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Programme : l'Esthétique de Berlin et la Phénoménologie
0:26 Pour donc, alors quand même une annonce, il y aura à la demande générale, on s'est aperçu qu'il y avait encore un jeudi. C'est le mois d'août des cinq jeudis. Il y aura un cinquième jeudi, donc une cinquième leçon, puisqu'on a annoncé que ce serait tous les jeudis du mois d'août, la semaine prochaine. Voilà, Dominique, à toi. C'est parti. Encore une fois, mille fois merci d'être là, de votre fidélité, et merci au nouveau venu aussi, a fortiori. Comme c'est donc notre avant-dernière séance, ce mois d'août des Hegel à la plage, j'en profite pour vous prévenir que pour le final, pour le jeudi prochain, j'aborderai les aspects les plus concrets du dernier Hegel à travers ce qu'il nous dit de l'esthétique, qui en nombre de pages est sans doute son oeuvre la plus considérable, et qu'il a écrit dans les dernières années de sa vie à Berlin.
1:27 Ça fait partie des cours. Il faut bien distinguer les ouvrages publiés par Hegel, sous sa surveillance, avec les va-et-vient habituels d'un auteur et de son éditeur, dont on peut endosser à part entière la responsabilité. Et ce qu'on appelle l'esthétique de Hegel, en fait, c'est les notes de ses élèves, bon bien sûr, des plus assidus, ses élèves prussiens pouvaient leur faire confiance. Ça a été bien consigné. Et c'est en faisant un peu un digest, en fait aujourd'hui une compil, je ne sais pas, des différentes notes prises par ses élèves, qu'on a publiées, ce qu'on nomme l'esthétique de Hegel, et dont il dit lui-même, certains disent même que ce serait une prudence vis-à-vis de la censure prussienne, précisément, que ce sont juste des notes de repérage, mais que l'essentiel est dit oralement dans ses cours, où la censure, bon je vais dire, où la parole est en acte, si vous voulez.
2:19 Et disant que toutes les précisions, les choses concrètes, il devait les dire en cours, en direct, et ne laissant par prudence dans les écrits, que des choses d'une telle complexité, que je plains les pauvres censeurs, j'imagine le ministre des Censeurs envoyé par le ministère des Cultes, car Hegel dépendait, bonjour madame, Hegel dépendait du ministère des Cultes, son éducation nationale, vous voyez, c'était quand même les autorités religieuses très vigilantes à l'égard de tout ce qui était propagation des idées dites françaises à l'époque, vous imaginez, en particulier des Lumières, donc, malgré tout cela, on voit bien l'édifice, et puis surtout quand on connaît le reste de son oeuvre, en quoi les leçons de Hegel sur l'esthétique sont bien congrues.
3:03 Donc, on terminera par l'esthétique jeudi prochain, mais n'oublions pas que tout ce petit séminaire d'été, cette petite causerie du mois d'août, est centré autour de la phénoménologie, donc, ça a l'air un peu compliqué, c'est beaucoup plus simple qu'on ne le croit, c'est à travers l'esthétique de Berlin, qui est, dans la mesure où c'est encore une fois des notes de cours, donc relativement plus claires, parce que c'est à la visée didactique et pédagogique, que des ouvrages comme la phénoménologie ou la logique, a fortiori, que nous reviendrons voir ce que Hegel dit de l'esthétique dans la phénoménologie de l'esprit, n'oublions pas que c'est la première œuvre où son système prend forme d'une manière quasi définitive, comme ces grandes articulations, et donc, ce serait intéressant de voir d'une manière beaucoup plus dense et beaucoup plus développée, avec toutes les médiations qu'il n'y a pas dans les cours, précisément, ce qu'elle dit dans la phénoménologie.
La volonté abstraite et la furie de destruction
3:58 Voilà pour la prochaine fois, donc, on regarde la prochaine fois, l'ensemble des avancées de la pensée hegelienne au travers d'un prisme spécifique, celui du regard qu'il jette sur l'esthétique. Voilà le programme de jeudi prochain. Et donc, la dernière séance. Pour ce qui est... Bonjour Madame. Bonjour Monsieur. Pour ce qui est d'aujourd'hui, nous allons partir d'un acquis que nous avons pu la dernière fois, d'un acquis particulièrement important pour comprendre l'ensemble des thématiques propres à la pensée. de Hegel, c'est à travers notre petite discussion sur le maintenant, vous savez, quand on est rentré dans le cœur du texte, le tout premier chapitre de la phénoménologie, la certitude sensible, nous avons pour la première fois vu la dialectique en direct, si je puis dire, et en dehors des introductions et des préfaces, et nous avons obtenu un premier résultat, fait une première illustration, une première modélisation, on dirait aujourd'hui, d'un concept qui joue un rôle décisif, donc dans toute la pensée hégélienne, et en laquelle, on peut dire, se concentre l'apport spécifique de Hegel, je veux parler ici, pour aller vite, et pour être précis, de ce qu'on appelle la négation de la négation,
5:09 ou la double négation, comme on le voit. et qui a prêté à de nombreuses discussions, d'ailleurs, depuis. Là, il faut être un petit peu, sinon solennel, en tout cas, marquer le coup, comme on dit en français, dans la mesure où je vous dis que c'est un concept décisif, essentiel, fondamental, mais nous nous sommes suffisamment entretenus ensemble pour savoir que chez Hegel, ça ne veut pas dire grand-chose, c'est un principe fondamental, absolu, etc. Il est le premier à dire qu'un principe fondamental, d'une pensée, quelle qu'elle soit, en est toujours une trahison, parce que le fondamental, c'est le simple, élémentaire, ce qui est important, c'est le développement de ce principe de base, et la richesse de son déploiement, qui seul lui donne son caractère concret, et donc vrai, c'est des rappels de fondamentaux hégélianismes.
5:51 Donc, si je fais quand même une exception pour la négation de la négation, ce n'est pas pour trahir Hegel, on va l'illustrer à travers des exemples très concrets, mais tout de même, pour la solennité de la chose, entre guillemets, je vous lis un petit texte où il en parle, dans un des ouvrages de Berlin, dans les principes de la philosophie du droit, ouvrage que je vous ai souvent cité, et le passage que je vais vous lire, c'est la suite d'un autre, que je vous ai lu trois fois, et que je reprends pour une quatrième fois, mais en enchaînant sur la partie importante pour aujourd'hui, et que je ne vous ai pas lu, il va nous amener à ce fameux concept de la négation de la négation.
6:31 Vous vous rappelez sans doute de mon personnage tiré des Illuminations de Rimbaud, de ce prince qui incarne ce que Hegel appelle la conscience de soi abstraite, le désir dans son abstraction vide, et qui est tellement vide, dès qu'il veut se satisfaire, il devient une furie de destruction vis-à-vis du réel. Je reprends donc la manière dont on avait illustré ce point de vue dans le texte que j'ai cité trois fois, et je rappelle tout de même que dans ce passage, Hegel, quand il montre ce point de vue du moi abstrait, du moi qui n'a pas introduit précisément la négation encore à l'intérieur du moi, qui se prend pour la seule positivité, le contraire de négatif, et qui donc a une attitude négative vis-à-vis de tout ce qui est positif en dehors de lui, il en dit ceci, rappelez-vous, ça je l'ai déjà cité mais je vais enchaîner, c'est la liberté du vide.
7:30 Elle peut se manifester sous une figure réelle et devenir une passion. Alors, si elle reste simplement théorique, c'est le fanatisme religieux de la pure contemplation indoue. Si elle se tourne vers l'action, c'est en politique comme en religion le fanatisme de la destruction de tout ordre existant et l'excommunication de tout individu suspect de vouloir un ordre et l'anéantissement de toute organisation voulant se faire jour. Il y a presque une anticipation des horreurs de notre siècle. Je pense en particulier au plus grand génocide de l'après-guerre, celui des Khmers, je vous dis ça parce qu'un hasard ma biographie fait que je suis né au Vietnam.
8:04 et vous savez que ce n'est pas pour l'individu personnel, c'est pour le peu d'universalité que ça peut contenir, en tout cas, pour ce qui est congru à ce que dit Hegel ici. L'illustration est assez saisissante. J'étais entouré quand j'étais enfant de gens, c'est le conservateur, des colonies, des collaborateurs, les japonais, comme il y a des pieds, les allemands, les pétainistes, ça va être le même mois pour savoir tout ça. Et qui disait souvent, en comparant, vous savez, ils aiment bien parler des génies, des races, ces gens-là, le Vietnamien, il est comme ceci, le Cambodgien, il est comme cela.
8:35 Alors le Vietnamien, il travailleur de ça, mais il ne nous aime pas, il est nationaliste, il est ombrageux. Par contre, le Cambodgien, il est gentil, il est doux, il est bouddhiste. Un million de morts. Quand Hegel dit, vous voyez, le point de vue de la pure contemplation qui se tourne en furie de destruction, c'est quand même saisissant comme pouvoir d'anticipation. Voilà. Et je m'étais arrêté là. Non, je vais quand même le terminer, ce paragraphe que j'ai déjà lu. Elle pense qu'elle veut un état positif, par exemple, l'état de l'égalité universelle ou de la vie religieuse universelle.
9:06 Alors on croit qu'il ironise contre les partisans de l'égalité universelle. Non. Mais en fait, elle n'en veut pas de réalité positive. Car celle-ci a introduit aussitôt un ordre quelconque. J'ai pris l'exemple des impôts la dernière fois. Ben oui. Une détermination et une détermination singulière aussi bien des institutions, alors que c'est en niant ces spécifications et ces déterminations objectives que précisément cette liberté négative devient consciente de soi. ainsi ce qu'elle croit vouloir, il fait confiance à sa bonne conscience.
9:38 Vous savez, le droit de l'homisme, comme on dit, c'est des gens sincères. Ainsi ce qu'elle croit vouloir peut n'être pour soi qu'une représentation abstraite et sa réalisation n'être qu'une furie de destruction. Je cite, une furie de destruction. Alors voilà la suite que je ne vous ai pas lue. C'est exactement l'antithèse. Je rappelle simplement que dans la philosophie du droit, Hegel parle de tout ça parce qu'il est en train de traiter de la volonté pour arriver à la personne juridique après, de la volonté, et la première détermination de la volonté, donc c'était celle que je viens de vous lire, la volonté abstraite, je n'en parle plus, on a assez développé.
Le caractère, puis l'individualité comme synthèse
10:10 Antithèse. En même temps, et non pas après, en même temps, le moi est passage de l'indétermination indifférenciée, on vient de voir, à la différenciation, la délimitation et la position d'une détermination spécifiée. Vous voyez, on ne va pas faire aux positions plus tranchées. Qui devient caractère d'un contenu et d'un objet. Alors là, on a à l'opposé de la volonté, disons romantique, abstraite pour aller très vite, qui ne se reconnaît dans rien autour d'elle, qui devient donc une conscience malheureuse comme dit Hegel.
10:41 Il s'agit au contraire, on va prendre comme exemple l'avare, l'avare de Molière. Ce qui apparaît de caractère. Nous avons tous appris l'importance des caractères dans le théâtre classique. Et d'ailleurs, ce qui définit le classicisme en général et le classicisme français et littéraire en particulier, c'est précisément cette puissante unité des personnages. Le héros moderne est un personnage qui se caractérise par son absence de contour fixe. Je pense à ce titre admirable que vous connaissez. même si on n'a pas eu le livre, on connaît le titre de Musil, c'est l'homme sans qualité.
11:14 Voilà l'homme moderne. L'homme sans... Mann ohne Eigenschaft. C'est le même mot en allemand, c'est profond pour Hegel, ça, qui dit qualité, c'est-à-dire ce qui spécifie une chose, dur, mou, qualité et propriété. Hegel, c'est ce qui est propre en même temps, ce qui est propre à une gère. La qualité, c'est ce qui est la qualité du plomb, c'est qu'il fond à telle température, etc. Ça fait partie de ses propriétés. Les deux mots sont liés aussi dans le français scientifique. Donc voilà, le héros moderne, c'est plutôt celui qui ne se retrouve nulle part, vraiment dans une détermination fixe.
11:48 Et à l'opposé, donc, je reviens maintenant à notre antithèse, j'ai pris l'exemple d'Harpagon, là-bas, ou celui qui se consacre tout entier à un trait de caractère. Mais ça peut être surtout le héros, le grand héros tragique de la tragédie grecque. Comme on a vu qu'Antigone est tout entier dans la piété familiale, dans la fidélité à la loi non écrite, à la loi du sang, comme Créon est tout entier dévoué à la loi de la cité, manifeste et décidée à la lumière du jour, il faut avoir ces représentations à l'esprit.
12:21 Je répète, ça va devenir plus concret. En même temps, le moi est passage de l'indétermination indifférenciée à la différenciation, la délimitation et la position d'une détermination spécifiée qui devient caractère d'un contenu et d'un objet. Ce contenu peut d'ailleurs être donné par la nature, c'est très elliptique, cet ouvrage qu'il a fait à la fin de sa vie, il n'a pas rien d'approuver, par la nature ou bien produite à partir du concept de l'esprit, c'est-à-dire en hégélien de l'histoire. Voilà, ce contenu, donc, quelqu'un qui est maladivement jaloux, qui est tout entier dans le trait de caractère de la jalousie ou de l'avarice ou de la misanthropie, comme ce brave Alceste dans Molière ou dans la fidélité comme Andromaque Racine, c'est ce qui précisément donne un contenu à ce qu'on appelle ici le caractère.
13:14 Par cette affirmation de soi-même comme déterminé, donc position inverse du moi moderne, le moi entre dans l'existence en général. Là, c'est intéressant ce que dit Hegel. Ça veut dire qu'il y a un côté peut-être plus archaïque, plus primitif que le moi moderne dans la mesure où il y a un contour bien déterminé à laquelle on est voué, le père patriarche, mais les rôles sont bien distribués et bien délimités. Mais par contre, il y a quelque chose de plus courageux. Le moi entre dans l'existence en général. Il n'est pas là comme ça à se retirer tout le temps des déterminations extérieures.
13:47 C'est le moment absolu, comme le premier était aussi absolu dans la détermination, c'est le moment absolu du fini et du particulier dans le moi. Et alors là, si je vous relise ce passage aujourd'hui et si j'enchaîne, c'est parce qu'on va arriver à notre fameuse négation de la négation vous allez voir. Il me met en forme de remarque à ce que je viens de lire. Ce second élément de la détermination, donc celui qui consiste à s'investir dans un caractère, dans une finitude, est aussi bien négation et abolition que le premier. C'est l'abolition de la première négativité abstraite.
14:18 Donc on apprend que se donner un caractère, se vouer tout entier d'une forme héroïque à un sentiment, à un élément substantiel, et entré dans l'existence, suppose qu'on est sorti de l'indétermination primitive. C'est l'abolition, donc on l'a nié. C'est l'abolition de la première négativité abstraite. Le premier élément, en effet, vous voyez ce va et vient, donc on revient au moi moderne, le premier élément, en effet, comme premier pour soi, n'est pas la véritable infinité ou universelle concret.
14:50 On a vu que ce qui lui faisait défaut, c'était son abstraction, au contraire. C'est-à-dire concept, mais seulement quelque chose de déterminé, d'unilatéral. Puisqu'il se veut l'abstraction de toute détermination, il n'est donc pas lui-même sans détermination. Rappelez-vous que celui qui désire croit qu'il est supérieur à l'objet qu'il est en train de faire disparaître, mais en fait, comme l'objet se renouvelle tout le temps, il finit par se prouver qu'il dépend de l'objet alors qu'il voulait le supprimer et il finit par affirmer l'objet alors qu'il voulait s'affirmer lui-même. Il ne revient pas à cette dialectique, je crois que c'est bien compris entre nous.
15:23 Donc, je répète, il n'est donc pas lui-même sans détermination et son être abstrait et unilatéral fait sa détermination spécifiée, son insuffisance, sa finitude. à force de se vouloir infini et séparer de tout ce qui est fini, il se retrouve avec le fini à l'extérieur de lui et c'est ce qui le détermine. Alors, jusque-là, et Hegel va ajouter un petit détail, il va nous dire que jusque-là, ce n'est pas une grande avancée, en tout cas, c'est une avancée déjà acquise avant lui par la philosophie moderne. Regardez, la séparation et la détermination des deux éléments indiqués, le moi abstrait et le moi qui s'engage dans le concret, se trouvent dans la philosophie de Fichte et aussi bien dans celle de Kant.
15:58 Pour s'en tenir à celle-là, à Fichte, plus actuel pour Hegel que celle de Kant, le moi comme illimité est pris seulement comme positif, c'est ce que Hegel lui reproche, le moi est une chose comme ça, positive, ce moi abstrait-là, il n'en voit pas la négativité, si bien que ce moi abstrait doit être le vrai et que par suite, la limitation lui apparaît toujours comme ajoutée de l'extérieur. Et là, Hegel ajoute cette phrase qui montre l'importance du concept que je vais amener. Concevoir la négativité immanente dans l'universel ou dans l'identique comme dans le moi, la négativité dans le moi.
16:32 Vous savez, on dit que la pensée moderne est une pensée qui a subverti la notion de sujet. On voit à quel point Hegel est actuel. Quand Rimbaud dit « je est un autre », on n'en est pas loin, vous savez là. concevoir la négativité immanente dans l'universel ou dans l'identique comme dans le moi était le progrès là il se lance un peu des fleurs, était le progrès que la philosophie spéculative avait encore à faire, nécessité dont ne se doute pas ceux qui comme Fichte n'aperçoivent pas le dualisme du fini et de l'infini à l'intérieur du moi.
17:02 Ça paraît abstrait mais vous voyez que les enjeux sont très concrets. Alors, j'enchaîne. La volonté, c'était son objet de départ, est l'unité de ces deux moments. Donc, thèse, le moi abstrait, le moi destructeur, la furie de destruction. Antithèse, le moi caractère qui se pose avec une détermination dans le monde extérieur. Je serai un mousquetaire et je défendrai mon honneur au premier qui bronche et je le provoque en duel. Synthèse, l'unité de ces deux moments, qu'est-ce que ça veut dire ? C'est la particularité, donc on revient au numéro 2, le particulier, pas le moi abstrait.
17:38 C'est la particularité réfléchie sur soi et par là élevée à l'universel, c'est-à-dire l'individualité. Alors là, c'est dense, il faut s'arrêter un peu. Je répète la phrase. La volonté, l'unité de ces deux moments, deux points, c'est la particularité réfléchie sur soi et par là élevée à l'universel, c'est-à-dire l'individualité. Une fois qu'on a une définition claire, un prédicat univoque de ce que l'individu est chez Hegel, on va en profiter. Ce qu'on a souvent fait. La pensée dominante veut absolument faire de Hegel un totalitaire qui fait fi de l'individu et il confonde visiblement ici l'individu et le particulier.
18:17 Hegel est en train de rappeler ici que l'individu ne doit pas l'opposer à l'universel. c'est autant plus actuel qu'une notion de l'universel a été discrédité dans les 40 dernières années. Les 40 honteuses, pour reprendre un titre que j'ai souvent cité de Michel Clouscard. Vous savez, que tout est relatif, que c'est le culturalisme dominant, que telle valeur, telle société devient une contre-valeur dans une autre, vérité en deçà des Pyrénées et au-delà. Je rappelle que Montesquieu avait déjà, Hegel l'admirait beaucoup, montré que c'était une pensée un peu paresseuse et que c'était normal que ce ne soit pas la même loi dans les Pyrénées au-delà et en deçà.
18:53 Parce que si, par exemple, dans un pays sec, l'incendiaire est punie plus sévèrement que dans un pays humide, c'est qu'il y a de la raison dans les lois. C'est tout le travail de Montesquieu d'avoir montré que les hommes ne sont pas tout à fait idiots. Quand je me suis mis à examiner les hommes, uniquement guidés par leur fantaisie. Donc, en général, on oppose l'individu à l'universel et voilà que Hegel dit que le véritable universel comme le véritable individu, c'est celui qui part de sa particularité comme nous faisons nous tous.
19:29 Nous avons tous une constellation familiale, nationale, régionale. Nous avons tous des déterminations particulières au départ. Mais le fait que nous soyons des êtres humains, c'est la différence avec le cendrier ou avec la poule, c'est que nous pouvons réfléchir, c'est-à-dire, pas se prendre la tête dans les mains, ça n'a rien à voir, mais prendre une distance, mettre un miroir, prenons réflexion, on gagne toujours avec les termes abstraits à rappeler leur sens propre.
19:59 Réfléchir, c'est d'abord placer une chose dans un miroir et face à cette chose, il y a son reflet, c'est le sens propre. Et donc, le fait que le particulier puisse réfléchir lui-même, c'est ça qui progressivement va l'élever à l'universalité. Et c'est lorsqu'il fait cet effort de réfléchir sur sa particularité, quand il prend conscience de ses déterminations. rappelez-vous la phrase de Spinoza que Hegel reprend à son compte, la véritable liberté, c'est l'intellection de la nécessité.
20:29 C'est quand je comprends, au lieu de faire des discussions sans fin entre partisans du déterminisme, c'est tout est déterminé, on ne peut rien changer, et ceux qui sont partisans sur le mode un peu volontariste de la liberté face au déterminisme, comme Sartre par exemple, qui est assez héroïque de sa part, mais enfin, c'est un peu naïf aussi, se méfiait dans la psychanalyse de ce qui, à juste titre, pouvait sembler une excuse pour la liberté d'un notion d'inconscient. Ah, j'ai fait ça, c'est pas moi, c'est mon inconscient. Caricature.
20:59 Et cette manière d'affirmer la liberté de manière un peu volontariste, un peu comme un devoir-être ici. Alors que pour Spinoza comme pour Hegel, la véritable liberté, ce n'est pas celle qui s'oppose à la détermination, je ne reviens pas, on l'a assez vu, le mot abstrait, mais qui au contraire prend conscience des déterminations qui sont à l'oeuvre sur elle et qui par là même s'en libère. Donc, l'autodétermination du moi consiste à se poser soi-même dans un état qui est la négation du moi.
Détermination libre : la liberté comme libération
21:29 Vous voyez qu'on y arrive à la négation. Puisque déterminer est borné et rester et à rester soi-même. C'est-à-dire dans son identité avec soi et dans son universalité afin d'être à n'être lié qu'à soi-même dans la détermination. Le moi se détermine en tant qu'il est relation de négativité à soi-même et c'est le caractère même de cette relation qui le rend indifférent à cette détermination spécifiée. Il veut montrer que c'est une détermination libre puisque c'est le moi qui librement s'investit dedans. Je ne vais pas ici m'empêcher de penser à Rousseau qui est le seul d'une manière magnifique quelque part dans l'Émile et j'en profite pour vous annoncer qu'il y aura nous avons déjà eu l'occasion de rappeler que nous avons la chance cette année de fêter le tricentenaire de la naissance de Rousseau c'était le 28 juin dernier donc toute cette année jubilatoire si je puis dire et il y aura le 19 septembre prochain ici même un petit débat sur l'oeuvre et la pensée de Rousseau avec des intervenants que je vous recommande à l'avance puisque Barbara de Negroni qui a fait un admirable petit ouvrage à l'appareil critique
22:39 des deux mises en oeuvre concrètes du contrat social le projet de constitution pour la Corse et le projet de constitution pour la Pologne et son traité d'économie politique très actuel les trois ouvrages dans un même volume chez Garnier Flammarion donc Madame de Negroni sera là et ainsi que Vargas le philosophe Vargas qui a été un collaborateur d'Althusser et qui viendra nous présenter un tout autre point de vue un inédit d'Althusser écrit en 72 sur Rousseau voilà je reprends la parenthèse si je me réfère à Rousseau là c'est pour tout à fait autre chose à propos de cette fameuse détermination libre vous voyez cette synthèse copier et égale détermination qui est libre parce que je m'y suis placé et non pas parce que la nature ou Dieu m'y a placé là je ne peux rien faire vous avez dans l'Émile de Rousseau un passage que j'ai déjà cité mais à propos de l'outil donc pour une autre raison où le narrateur si je puis dire celui qui exprime la pensée de Rousseau vient de convaincre la mère de son élève qui appartient à l'aristocratie à l'époque d'apprendre un métier manuel à son fils alors bien sûr à un moment d'effroi parce que non seulement la noblesse ne travaille pas même pas du négoce mais en plus
23:49 travaille manuel surtout que Rousseau précise je veux un métier qui fasse travailler les mains plus que la tête je ne veux pas qu'il soit musicien ni faiseur de livres je veux qu'il soit menuisier bon vous voyez c'est brutalement manuel au sens le plus prosaïque du terme mais pas au sens au terme prétexte à faire des métiers artistiques non et un métier à mon fils mon fils artisan me suis dit pensez-vous je pense mieux que vous madame qui ne voulait jamais en faire qu'un marquis un lord un prince et peut-être même un jour moins que rien on n'aurait jamais osé parler comme ça 60 ans avant du grand 1814 et on sent que le royal est bien ébranlé déjà et il dit qu'on admire tant qu'on voudra ce roi vaincu qui veut s'enterrer sous les débris de son trône disons à Sardanapale moi je le méprise je vois qu'il n'est roi que par sa couronne ma détermination c'est la royauté c'est pas mal quand même mais celui qui la perd et s'en passe est alors au-dessus d'elle dit Rousseau du rang de roi qu'un lâche un méchant un fou peut remplir comme un autre il monte à l'état d'homme que si peu d'hommes savent remplir les grands textes de Rousseau il y a des trucs plus agaçants de Rousseau mais là les grands textes de Rousseau sont des sommets du rang de roi qu'un lâche un méchant
24:59 un fou peut remplir comme un autre tous les rois sont pas méchants ils font ils montent à l'état d'homme vous voyez l'extraordinaire antithèse stylistique que fait Rousseau monter du rang de roi monter à l'état d'homme que si peu d'hommes savent remplir donc voilà la couronne celui qui la perd et s'en passe c'est pas grave que j'ai une détermination c'est pas grave que je sois excusez-moi pour ceux qui sont dans la région un breton porté sur la bouteille ou un corse je prends chez moi ou un corse paresseux c'est pas grave ce qui est important c'est de prendre connaissance et de faire avec et surtout de ne pas y être lié ce qui est terrible dans Harpagon je reviens à mon exemple du caractère de L'Avare c'est qu'il veut mourir dès l'instant qu'il a perdu sa détermination essentielle c'est-à-dire sa cassette oui sa cassette il est alors là c'est là qu'on voit le sens d'aliénation il s'était complètement aliéné dans son avoir et au sens propre ce qui fait que lorsqu'il le perd il se perd lui-même beau revu et ce n'est pas de la légende c'est pas le génie le caricaturiste de Molière rappelez-vous c'est très actuel pendant la grande crise la grande dépression des années 30 ces banquiers qui se jetaient par le 30ème étage il faut être idiot pour se tuer parce qu'on a fait faillite je sais bien que c'est lié
26:09 à de détermination l'honneur c'est quand même idiot vous vous rendez compte il m'est arrivé j'espère comme certaines gens de bien ici d'avoir des dettes etc on ne peut pas se tuer parce qu'on a de l'argent à la BNP pardon pour le raccourci c'est pas un encouragement c'est un encouragement au peuple grec je suis ici il y a des dettes illégitimes on ne peut pas en même temps leur vendre je pense aux allemands ici le budget d'armement le plus énorme de la communauté européenne par tête d'habitants et ensuite se plaindre qu'ils vivent comme des cigales après avoir encaissé la facture donc c'est une avancée importante ce texte je crois parce que encore une fois il pose sur des bases tout à fait nouvelles en faisant intervenir la négation la discussion traditionnelle à laquelle on assiste encore souvent de nos jours au niveau de l'opinion entre est-ce qu'on est déterminé ou est-ce qu'on est libre je sais pas au départ on est déterminé et l'effort qu'on fait pour s'en libérer c'est cela la vraie liberté c'est le chemin qui mène de la détermination à la liberté ce chemin s'appelle libération la liberté n'est pas un déjà là c'est pas une qualité c'est l'acte par lequel on s'en émancipe
27:20 donc le moi se détermine en tant qu'il est relation de négativité à soi-même et c'est le caractère même de cette relation qui le rend indifférent à cette détermination spécifiée ce qui veut dire à Rousseau celui qui la perd et s'en passe il sait qu'elle est sienne et idéale et non pas réelle il la conçoit comme une pure virtualité par laquelle il n'est pas lié mais où il se trouve seulement parce qu'il s'y est placé telle est la liberté de la volonté qui constitue son concept ou sa substance sa pesanteur comme la pesanteur fait la substance des corps vous vous rappelez j'avais fait un parallèle la dernière fois à la suite de la belle phrase de Kant qui rendait cet hommage à Rousseau ce bel hommage à Rousseau que Rousseau est le Newton de la morale c'est pas tout à fait de hasard c'est pas des phrases ronflantes c'est des phrases précises ça veut dire que la liberté joue dans le monde moral au sens extensif bien sûr le rôle que joue la gravité et c'est pas rien dans le monde physique demandez au physicien il s'arrache les cheveux pour savoir maintenant s'il y a des particules de gravitation des gravitons donc voilà la liberté c'est la substance la pesanteur de la volonté comme la pesanteur fait la substance des corps je n'ai pas oublié la négation au contraire j'y arrive au coeur
28:31 il fait une petite remarque ici à Hegel quand c'est un peu abstrait il fait une remarque on a même dit souvent qu'il avait renvoyé le concret aux remarques dans ses derniers ouvrages et cette remarque va être utile pour nous parce qu'elle révise un petit peu tout ce qu'on vient de dire et elle apporte la dernière détermination qui nous manquait sur la négation la négation chaque conscience se conçoit comme un universel comme la possibilité de s'abstraire de tout contenu et comme particulier comme de tout contenu pardon et chaque conscience d'autre part l'antithèse se considère comme particulier avec un certain objet un certain contenu un certain but ces deux moments ne sont pourtant qu'abstraction là on voit le dialecticien il renvoie les deux dos à dos le concret et le vrai il dit entre parenthèses est tout vrai et concret sont l'universel qui a pour opposé le particulier mais un particulier qui par sa réflexion en soi s'est accordé à l'universel qui a reconnu si vous voulez que sa position se retrouvait aussi chez l'autre c'est accordé à l'universel cette unité est l'individualité non pas dans son immédiateté comme une unité ça c'est le particulier on dit en français le quidam justement
29:41 vous savez que quid c'est neutre en latin c'est un quelconque un individu c'est plus puissant que ça tout de même cette unité est l'individualité non pas dans son immédiateté comme une unité mais selon son concept même les deux premiers moments sont facilement accordés et conçus chacun peut facilement penser la liberté abstraite comme son opposé le caractère parce que pris chacun pour soi ils sont des moments abstraits sans vérité mais le troisième le vrai celui qui fait la synthèse le particulier qui se réfléchit sur lui-même et qui accède par là à l'universel donc l'individu le troisième le vrai le spéculatif et le vrai en tant que conçu ne peut être pensé que spéculativement est ce que l'entendement se refuse toujours à pénétrer et de nouveau un coup de griffe à l'entendement abstrait qui voit toujours des contradictions mais qui est incapable d'opérer leur synthèse qui est incapable de comme le fait la raison de se lever au-dessus de l'entendement et de faire la synthèse donc ce troisième moment est ce que l'entendement se refuse toujours à pénétrer lui qui justement appelle toujours inconcevable le concept et il dit la démonstration et la discussion
30:51 et c'est là c'est solennelle de ce coeur de la spéculation de l'infini comme négativité qui se rapporte à soi de cette source dernière de toute activité de toute vie et de toute conscience c'est assez rare chez Hegel appartient à la logique comme philosophie purement spéculative ça veut dire qu'il n'en fera pas le déploiement là il ne fait que le rappeler on peut seulement faire ici remarquer que lorsqu'on dit la volonté est universelle la volonté se détermine on exprime la volonté comme sujet ou comme substrat déjà supposé mais elle n'est pas quelque chose d'achevé avant la détermination et avant la suppression et l'idéalisation de cette détermination donc vous voyez l'importance de ce concept universel concret et de négation la négation je vous ai demandé un effort d'abstraction je m'en excuse c'est un texte assez dense et non pas pour se reposer mais pour l'illustrer aussi c'est assez reposant en soi quand même je vais essayer de l'incarner dans un texte dans un domaine que Hegel est le premier à avoir intégré à la démarche proprement philosophique
L'outil, moyen terme existant rationnel
32:02 c'est le thème de ce qu'on appelle aujourd'hui l'économie politique pour parler d'une manière extensive avant Marx Hegel est le premier à avoir compris l'aspect décisif une fois qu'il a compris l'importance de l'histoire et des déterminations historiques sur chaque conscience individuelle il s'est intéressé de près le tout premier parmi les philosophes aux déterminations proprement économiques et il a fait un commentaire lorsqu'il était jeune à Iéna il a fait un commentaire qu'on a perdu malheureusement des principes d'économie de Steuart l'anglais qui était qui situait à peu près entre Smith et Ricardo donc Hegel avait potassé les premières économies dites classiques et je vous cite un texte de 1805 donc c'est deux ans avant la phénoménologie au moment où le système est en train de se mettre en place dans lequel ça c'est émouvant puisque c'est la première fois c'est le texte où on assiste à l'apparition de l'outil on ne peut pas faire plus prosaïque de l'outil de la force productive on dirait un terme marxiste pour prendre une bêche ou une charrue ou aussi bien
33:12 un accélérateur de particules on reste toujours dans la sphère des moyens il ne faut pas en termes conceptuels et Hegel dans ses textes de jeunesse est en train de faire le bilan je vous dis le contexte de sa réflexion pour comprendre le passage de ce qu'il appelle il a encore un langage schellingien à l'époque les trois puissances de l'esprit puissances un peu comme des racines comme ce qui est potentiel mais qui n'est pas encore en acte et ces trois puissances selon lui c'est facile la liste est facile à énoncer sont dans l'ordre chronologique la mémoire le langage et l'outil et là c'est une grande nouveauté en philosophie mémoire, langage on s'est aperçu avant Hegel en philosophie que ça avait une certaine importance dans l'éclosion de la pensée mais l'outil qu'est-ce que ça vient faire ici c'est chose grossière n'est-ce pas qu'est-ce que ça vient faire dans le spirituel et bien excusez-moi voilà voilà donc la mémoire le langage je saute et tout d'un coup il en arrive à ce qu'il appelle bon le texte dit l'instrument c'est une traduction on peut dire l'outil peu importe et il dit ceci
34:25 le désir animal est un état de conscience animal dans lequel se réfraîne l'acte d'anéantir et dans lequel les membres de l'opposition sont posés uniquement comme devant être supprimés excusez-moi je le prends un peu en avant l'instrument voilà nous avions vu n'est-ce pas que le désir immédiat finissait par affirmer la toute puissance de l'objet donc on l'a déjà lu dans la terminologie je le dis ici rapidement le désir en son acte d'anéantir ne parvient pas à obtenir sa propre satisfaction et l'être objectif dans la mesure même où il est anéanti continue cependant à subsister le travail est cette conscience pratique on va passer à des choses concrètes en tant qu'elle est la relation des êtres universels et l'être un des deux extrêmes le travail va venir prendre la position de moyen terme puisqu'il parle d'extrême dans un syllogisme il y a deux extrêmes et un moyen terme le porteur d'essence comme on disait chez Aristote entre tous les hommes
35:35 sont mortels et Socrate est un homme il faut passer par Socrate est mortel il faut passer par Socrate est un homme qui est le moyen terme le porteur d'essence donc ici nous avons deux extrêmes le travailleur et l'objet travaillé et entre les deux l'instrument c'est ce dont nous allons parler le moyen terme et il dit ceci l'instrument pardon le travail doit être de même le moyen terme à lequel les deux extrêmes se rapportent comme opposés et en lequel ils subsistent en tant qu'ils sont séparés et par quoi l'acte de travailler comme tel a son existence permanente et c'est ça qu'on va creuser l'instrument est le moyen terme existant rationnel c'est ça que Hegel a compris et qu'est nouveau qu'il est le premier à intégrer la philosophie c'est pas un moyen terme dans la tête dans la pensée comme je venais de montrer un exemple d'Aristote avec l'exemple de Socrate c'est pas un moyen terme entre des idées c'est pas une pensée médiatrice c'est dans la réalité l'outil produit un moyen terme entre la nature et moi l'instrument est le moyen terme existant rationnel l'universalité existante et non pas l'universalité dans ma tête du processus pratique il apparaît du côté de ce qui est actif face à ce qui est passif mais alors vis-à-vis je sais pas si je suis en train
36:45 de travailler des cailloux si je suis cantonnier l'instrument apparaît actif par rapport à ce qui est passif le caillou mais il est lui-même passif du côté du travailleur vis-à-vis de celui qui le manipule il est vraiment le moyen terme il est ce en quoi le travail a sa permanence là Hegel a été frappé ben oui le travailleur disparaît dans le procès du travail il s'use dans la fatigue l'objet disparaît dans le procès du travail le caillou va devenir un linteau pour une fenêtre ou pour une maison ou pour une porte mais ce qui subsiste c'est l'outil et les anthropologues le savent même ceux qui n'ont jamais lu Hegel et qui ne font pas de philosophie ils articulent comment les grandes histoires les grandes périodes de l'anthropologie pierre taillée pierre polie bronze fer c'est bien des étapes dans l'outil qui sont décisives et pourquoi ?
37:35 parce que l'enfant de de Homo sapiens a déjà tous les acquis dès sa naissance il n'a pas refaire tout à zéro grâce aux outils il a déjà les acquis de centaines de milliards d'années d'évolution de Néandertal donc on ne recommence pas à zéro biologiquement vous savez chaque fœtus recommence à zéro l'évolution biologique mais par contre quand il arrive à l'extérieur il ne part pas à zéro car l'histoire est déjà là grâce à l'outil l'outil a pu rendre présente ce qui jusque là serait resté comme on dit comme Hegel le critique souvent chez Kant et chez les philosophies de la subjectivité ce serait resté un devoir être la maison de mes rêves reste un devoir être creux une chimère si vous voulez tant qu'elle reste dans ma tête c'est seulement lorsqu'elle est réalisée il faut des maçons il faut des entrepreneurs oui je fais une petite parenthèse pour ne chageriner personne je veux dire pour faire un pont il faut aussi bien un ouvrier qu'un ingénieur on peut on peut éviter l'un ou l'autre on peut faire un pont avec des ouvriers sans ingénieur mais il risque de tomber on peut faire un pont avec un ingénieur sans ouvrier il reste sur le papier il n'existe jamais combien les deux
Le travail nie la négation naturelle et crée un monde
38:45 voilà une fin de concret importance de l'outil qui donc permet à l'homme d'avoir enfin une existence historique une existence proprement humaine une existence qui n'est pas par laquelle pardon il s'évade des seules déterminations naturelles et le travail qu'exerce l'homme le travail au sens concret que il y a des travail matériel qu'exerce l'homme vis-à-vis la nature sa transformation la transformation qu'il exerce vis-à-vis de l'être là naturel vous parlez précisément est donc une négation de cet être là par définition mais cette négation s'oppose à une négation qui était déjà là qui est celle de la nature rappelez-vous il faut manger pour vivre si je laisse faire la nature c'est elle qui me supprime l'animal en reste là c'est pour ça certains existentialistes disaient c'était à la mode dans les années 50 l'animal subsiste seul l'homme existe parvient à l'existence précisément parce qu'il sort de cette pure continuité de la détermination extérieure la nature sous forme de maladie j'ai pas mal enseigné en Afrique vous allez me dire
39:56 que je perds jamais l'occasion de donner un coup de griffe à l'écologie erreur à l'écologisme croyez-moi je suis un partisan je trouve que notre environnement pourrait être beaucoup mieux que ce qu'il n'est c'est pas la question mais je méfie du naturalisme qui se glisse dans l'écologisme croyez-moi c'est un corps ce qui vous parle quand il faut casser les cailloux pour faire pousser du blé c'est du boulot on ne part tous les jours en Normandie les Corses sont paresseux oui oui ils sont des malins Rousseau a fait une éloge de la paresse justement en montrant que c'est une forme de rébellion ils sont des bêtis moins souvent occupés par étrangers je ne mange pas de ce pain-là je vous rassure je ne suis pas dans la corsitude donc c'est important de voir que cette négation opérée par la technicité humaine à l'égard de la nature est une négation de second degré qui vient elle-même supprimer une négation qui est là de la nature je vous disais que quand j'ai été professeur en Afrique j'avais des dévastations des trous ça se produisait dans mes classes à chaque rentrée parce que la rentrée succède dans la saison des pluies à cause du palu plus grande cause de mortalité au monde première cause de mortalité au monde c'est le palu plus que le sida plus que les accidents de la route plus que les suicides
41:06 plus que tout ce que vous voulez plus que le cancer c'est le palu inoculé par un moustique garantie bio je vous le garantie bio en tout cas naturelle c'est vrai ça donc la nature nous supprime si on la laisse faire donc c'est lorsque l'homme s'affirme et crée un nouveau monde et plutôt pas un nouveau monde lorsque l'homme crée un monde parce qu'avant ça il y avait la terre le monde est une notion très élaborée le monde vous entendrez parler d'abord en théologie je parle sérieusement ici Rimbaud disait la théologie est sérieuse le ciel est vraiment en haut c'est Rimbaud qui parle et l'enfer est vraiment en bas oui vous savez dans le dans le à partir du jeudi saint je crois dans le jeudi saint l'évangile de Jean c'est plus développé que dans les autres cette partie là Jésus dit le prince de ce monde vient mais il est déjà vaincu le mal est défini comme prince de ce monde car quant à moi il est bien connu que mon royaume n'est pas de ce monde il y a bien une opposition au christianisme n'est-ce pas entre les valeurs supramondaines c'est ça que Hegel dit que le christianisme est une logique de l'essence et non pas de l'être comme chez les grecs comme ça c'est un passage de l'essence de l'être qui s'est supprimé
42:16 dans l'invisible et Deus absconditus n'est-ce pas le dieu caché on va parler comme les jansénistes donc le monde c'est pas parce qu'il y a souvent des glissements de sens dans les discussions de tous les jours on en dit que l'industrie pollue le monde non l'univers faites-lui confiance je veux dire les constellations d'étoiles qui nous environnent et dont la lumière nous parvient par des milliards de kilomètres ça doit les faire rigoler les étoiles lorsqu'on croit que l'homme est en train de polluer la nature la nature elle est immense l'homme commence à polluer une infime partie de son environnement le plus immédiat vous me direz c'est celui où on vit ah oui je suis bien d'accord mais alors poursuivre le raisonnement on va faire négation de la négation si c'est celui où on vit et là on a bien raison d'en prendre soin parce que c'est celui où nous vivons et c'est pas il s'écoulera beaucoup de temps avant qu'on aille vivre dans une autre galaxie si c'est parce qu'on vit je suis bien d'accord qu'on entretienne cet environnement et qu'on y prenne garde et qu'on en prenne soin à ce moment là c'est parce que l'homme est une valeur non pas la nature on a renversé complètement le point de vue du départ et alors là je suis bien alors là je suis pour soigner l'environnement et je suis pour pour en faire une police vigilante et non pas seulement répressive mais pour protéger l'homme
43:27 je sais pas non pas la nature quoi qu'on fasse on peut faire 500 guerres nucléaires la nature s'en moque il y a des explosions nucléaires la matière de étoiles qui valent à peu près 10 milliards de fois celle d'Hiroshima vous savez voilà donc j'insiste beaucoup là le monde créé par l'homme l'homme a créé le monde et jusque là il y avait la terre lorsque l'évangile dit le prince de ce monde vient et qu'il est évacu il y a et vous le retrouvez dans le français quand on dit tiens je vais dans le monde ce soir il y a une petite connotation c'est pas une connotation un peu un peu mondaine c'est le cas de le dire dans la notion de monde et où on voit bien donc c'est une relation intersubjective si je puis dire c'est les relations entre hommes qui font qu'un monde est un monde et que le monde je sais pas moi des chasseurs pygmées n'est pas le même que le monde d'un courtisan versaillais etc ce sont des mondes le monde donc qu'a créé l'homme à partir du moment où il il prend existence il rentre dans l'existence par l'outillage et en interposant un moyen terme entre la nature et lui ce moyen terme c'est le dans lequel nous vivons ce monde là
44:37 est une deuxième négation par rapport à la négation naturelle je reste encore sur ce point là vous voyez qu'il est concret et donc ça vaut le coup de l'illustrer pensez à Robinson Crusoe à la version d'origine je parle pas à la version de Tournier la version de Defoe qui est un ouvrage légèrement antérieur à la Phénoménologie de l'esprit c'est fin 18ème les anglais qui sont les premiers voyageurs du monde à l'époque avec une flotte ont de loin les meilleurs auteurs à ce niveau là prenez Robinson vous me direz non on ne vit pas dans un monde historique et technique je peux être au coeur du Sahara ou au coeur de l'Amazonie ou comme Robinson dans son île elle lâche une mouvement au contact immédiat et non pas avec une médiation outillée avec la nature les 100 premières pages de Robinson c'est quoi ?
45:21 c'est les efforts harassants de Robinson pour aller prendre dans l'épave du bateau qui l'a rejeté sur l'île tout ce qu'il peut gratter avec sa fatigue pour limite tout ce qu'il peut ramener dans sa cabane de quoi ? du plus haut niveau de la technologie historique de l'époque c'est la technologie anglaise un sextant une boussole un calendrier ben oui on n'est pas dans la nature et même si je n'ai pas tout ça le fait que je pense c'est que j'ai appris le langage croyez-moi le langage ça ne prend pas aux arbres les mots voilà je tenais à faire cette mise au point pour montrer que ce concept de négation de la négation et malgré son énoncé abstrait est extrêmement concret alors après le passage sur le maintenant avec lequel on a terminé la dernière fois on va illustrer maintenant cette activité de négation lorsqu'elle s'exerce non plus sur des choses comme c'était le cas jusqu'ici entre nous dans l'ordre du désir de la consommation immédiate par exemple mais lorsque la négation s'exerce sur l'autre c'est bien sûr le fameux passage de la lutte des consciences de soi dans la phénoménologie de l'esprit
La conscience de soi n'existe que reconnue
46:31 à l'intérieur de laquelle vous trouvez le passage qu'on cite le plus souvent et qui avait tellement fasciné le jeune Marx n'est-ce pas cette dialectique du maître et l'esclave alors je vous cite la première phrase de ce chapitre qui s'appelle indépendance et dépendance de la conscience de soi sous titre domination et servitude et avant de vous lire cette première phrase je ne peux pas m'empêcher je vois pourquoi je m'en empêcherai parce que c'est très congruent à ce qui va suivre à repérer un texte du 18e siècle qui est le premier à montrer que cette relation maîtrise servitude est décisive dans les rapports humains avec toute son histoire quitte à ce qu'elle s'émancipe mais qu'elle est décisive au départ dans la constitution même de l'anthropologie si je puis dire je pense encore à Rousseau lorsque dans la troisième lettre à Malesherbes Malesherbes était le brave type qui voulait servir d'interface aujourd'hui d'intermédiaire entre Rousseau et les encyclopédistes avec laquelle le caractère compliqué de Rousseau l'avait brouillé et donc il écrivait à Rousseau et en disant
47:41 essayez exprimez-vous vous ne comprennez pas vous vous faites mal voir qu'est-ce que vous trouvez dans la nature on ne comprend pas on est bien dans une belle cheminée des tapis Louis XV qu'est-ce que vous trouvez dans la forêt c'est tellement nouveau que ce n'était pas évident à l'époque et Rousseau raconte un petit peu le quotidien de son séjour à l'Ermitage en réponse à la demande de Malesherbes et parle d'un moment où il arrive dans la forêt après avoir quitté la petite maison où il était abrité avec son bureau et après un passage où évidemment on dirait le pire de Misanthropes mon premier souhait était que ni lettre, ni visite n'en vinssent troubler le charme je renvoyais tout cela divers soins enfin tout ce qui est relation à l'autre je le mets de côté c'est une source d'inquiétude c'est un homme traqué et mais une fois que j'avais pu doubler un certain coin avec quel pétillement de joie j'allais d'un pas plus tranquille me disant me voici maître de moi pendant le reste de ce jour la maîtrise de la servitude commence mais là je suis maître de moi et là je cherchais je saute des passages un lieu sauvage dans la forêt où je pensais avoir pénétré le premier et où rien ne montrant la main de l'homme n'annonça
48:51 la servitude et la domination exactement les deux thèmes qui sont ici les deux termes qui sont ici Rousseau est le premier à avoir montré que ce qui fuit c'est pas la société Rousseau est un amoureux de l'homme c'est quand même quand vous lisez un amoureux tremblant de l'homme mais simplement ce qu'il récuse c'est cette société non pas la société en général je dis ça parce qu'on voudrait bien jeter des fois à l'enfant avec l'eau du bain c'est cette société où règne servitude et domination je ne montre pas telle ou telle société il y en a suffisamment malheureusement où s'illustre ce couple donc ce rappel pour vous montrer que c'est vraiment l'affaire de l'époque qui est en train de germer avec Rousseau à 30 ans de la révolution française et avec Hegel une dizaine d'années après et voilà la première phrase la conscience de soi est en soi et pour soi quand et parce qu'elle est en soi et pour soi pour une autre conscience de soi ça c'est du Hegel alors je vous rassure parce qu'il y a la morale tout de suite c'est à dire qu'elle naît en tant qu'être reconnue et bien voilà il fallait le dire tout de suite c'est ça que ça veut dire être reconnue c'est être en soi et pour soi pour une autre conscience de soi parce que l'autre me reconnaît aussi voilà
50:01 alors la conscience de soi était bien en soi lorsqu'elle désirait les objets pardon elle était bien pour soi quand elle désirait les objets elle se croyait voilà mais elle disparaissait si je puis dire dans son attitude désirante on l'a vu assez avec le personnage de Rimbaud pour qu'elle soit non seulement pour soi mais en elle-même il faut qu'elle soit vue comme telle par une autre conscience de soi parce que l'autre conscience de soi ne va pas se laisser dévorer ne va pas se laisser consommer ne va pas se laisser nier n'est-ce pas comme l'objet tout à l'heure par l'autre conscience de soi vous vous rappelez dans le texte de Rimbaud l'objet si je puis dire puisqu'il s'agit de courtisane puis de courtisans puis de belles bêtes etc je me rappelle bien et même il se ruait sur la foule et la taillait en pièces n'est-ce pas je vous rappelle que dans Rimbaud l'objet ne résiste pas à la furie de destruction c'était un petit peu la fatalité qui était le pauvre prince tandis que là on est égal à égal le concept de cette unité de la conscience de soi dans son doublement est le concept de l'infinité donc pour la conscience de soi il y a une autre conscience de soi ah mince alors je croyais que c'était moi la vérité le reste c'est les objets que je domine et voilà l'autre conscience de soi qui elle aussi veut jouer au petit chef je dis oui c'est comme ça
51:11 que je fais elle se présente un homme qui lui crut j'avais une rivale dit-on en fait parce que j'adore c'est le qui lui crut ben oui dès qu'on passe dans le réel il y a des déterminations objectives on aimerait bien être seul mais un joli texte de Nerval où il se sombre dans une espèce de rêverie il revient du théâtre dans la mondanité de Paris ça soupire dans son lit dans l'état nervalien par excellence celui qu'a inauguré Rousseau qui n'est pas la veille ni le sommeil mais entre les deux la rêverie et plongé dans mon lit je n'ai plus trouvé de repos j'étais plongé dans une demi-somnolence c'est précis les bons écrivains une demi-somnolence c'est un quart de sommeil si vous calculez plongé dans une demi-somnolence toute ma jeunesse repassée de mes souvenirs cet état où l'esprit résiste encore aux bizarres combinaisons du songe permet souvent de voir se presser en quelques instants les tableaux les plus saillants d'une longue période de la vie c'est très bien vu sur le sommeil et puis il dit je vais me représenter un château du temps de Henri IV avec ses toits pointus couvert d'ardoise c'est son enfance dans le Valois visiblement et sa face rougeâtre aux encoignures dentelée de pierres jaunies une grande place verte encadrée d'ormes et de tilleuls et j'étais le seul garçon
52:21 dans cette ronde où j'avais amené ma compagne toute jeune encore Sylvie ben voyons le rêve fait bien des choses je suis le seul homme entouré de jeunes filles ben oui ça c'est le rêve revenons au réel il y a une autre conscience de soi qui lui crue bon ah ça va pas j'ai parlé de Robinson tout à l'heure vous voyez pas le rapport je suis le seul dans mon île et tout d'un coup vous savez très beau passage dans le fond quand il voit une trace de pieds nus sur la plage ah et quelqu'un d'autre et quelle est la première relation qui va s'instaurer ah tu es mon frère je me sentais mal je me sentais seul c'est bien on va se faire la popote pas du tout Vendredi devient l'esclave de Robinson maîtrise servitude grand texte de Robinson je ne sais pas si ça illustre la manière on se comporte dans une île déserte mais en tout cas ça exprime bien les contradictions qui sont à l'oeuvre dans l'Angleterre de l'époque c'est une robinsonnade, dirait Marx c'est magnifique donc pour la conscience de soi il y a une autre conscience de soi elle se présente à elle comme venant de l'extérieur en ce sens l'autre conscience de soi est un objet je ne la prends pas comme un sujet il n'y a que moi qui suis sujet au départ ceci a une double signification la conscience de soi s'est perdue elle-même car elle se trouve comme étant
53:31 une autre essence elle a par là même supprimé l'autre car elle ne voit pas aussi l'autre comme essence mais c'est elle-même qu'elle voit dans l'autre on comprend pourquoi Lacan qui a invité Hyppolite qui a traduit ce texte à son séminaire à l'école normale supérieure était fasciné par ces passages de Hegel tous les développements pour ceux qui s'intéressent je sais qu'il y en a parmi vous qui s'intéressent très très et qui sont pertinents dans ce champ dans le champ freudien voit l'importance de la relation imaginaire à l'autre c'est la relation du miroir je crois avoir affaire à l'autre mais ce n'est pas le vrai autre grand A c'est l'autre petit A c'est l'autre qui est un mirage où je me présente moi-même comme on voyait très bien dans le texte de Rimbaud où à la fin il tombe sur son double si je puis dire donc ceci a une double signification la conscience de soi s'est perdue elle-même elle a par la même supprimé l'autre car elle ne voit pas aussi l'autre comme essence égale à elle-même sous-entendu mais c'est elle-même qu'elle voit dans l'autre elle doit supprimer cet être autre sien c'est le rival absolu puisque je le vois comme si c'était moi c'est un petit conseil d'amis quand vous souffrez de la jalousie je vous conseille d'éviter la pente naturelle à ce moment-là c'est d'imaginer le rival comme soi
54:41 parce qu'on souffre d'autant plus qu'il est idiot mais oui ça s'applique au monsieur comme madame pour une fois c'est une relation purement imaginaire alors avant évidemment elle me trompe puisqu'elle fait tout ce que je faisais avec elle ben oui mais non l'autre c'est pas moi bon heureusement qu'il y a de l'autre elle doit supprimer cet être autre sien c'est là la suppression du premier double sens elle doit se mettre à supprimer l'autre essence indépendante pour acquérir ainsi la certitude de soi-même comme essence et nous avons vu la dernière fois que chez Hegel le mot certitude s'oppose toujours à excusez-moi je suis le prof je veux savoir si on a bien suivi nous sommes entre amis c'est pas la question bon ben vous avez pas suivi certitude oui c'est pas parce qu'on a une certitude qu'on détient la vérité il y a un long chemin qui mène certitude à la vérité tu avais pris l'exemple de la terre immobile n'est-ce pas qui a été une certitude pendant des siècles il y a loin de la terre immobile à la vérité la certitude n'est que l'aspect subjectif c'est pas de la pensée donc pour l'instant elle doit supprimer
55:52 cet autre sien c'est là la suppression du premier double sens et elle a la certitude d'être l'essence et que l'autre est inessentiel ce mouvement de la conscience de soi dans son rapport avec une autre conscience de soi a été représenté de cette façon comme l'opération de l'une des consciences de soi mais cette opération de l'une a elle-même cette double signification elle est aussi bien son opération que l'opération de l'autre l'autre fait pareil si nous sommes invités à une mondanité vous et moi nous m'éritenez et puis on arrive un peu en retard à cause de vous parce que vous êtes une femme une femme n'est pas en retard elle a été retardée mes déterminations singulières et mon caractère ressort mes déterminations singulières je vous les ai parlé on arrive je vous dirai vous en prie entrez d'abord vous voyez je suis avec monsieur il va me dire je vous en prie après vous on va avoir une petite lutte pour la reconnaissance chacun veut montrer qu'il n'est pas plus animal que l'autre ben oui et quand je suis à table je vous dis servez d'abord servez-vous d'abord vous avez déjà vu un chien qui dit à l'autre servez-toi d'abord mon grand même le plus adorable des toutous il grogne même quand la maîtresse de maison s'approche de sa gamelle des fois ça arrive vous ne voyez pas
57:02 un chien prendre distance en disant non non je peux réfréner mon désir je suis un être de culture je veux être reconnu comme quelqu'un qui à la différence de l'animal peut prendre une distance avec la nature donc servez-toi d'abord mon grand ah ben non non servez-toi d'abord ça peut durer longtemps oui c'est pour ça mais oui c'est pour ça que ce sont des enjeux ces règles de politesse qui dans chaque culture sont extrêmement développées en Afrique il n'est pas question qu'un enfant en bas âge regarde son père dans les yeux quand il lui parle il le regarde par terre et puis on ne dit jamais à quelqu'un tu es un con en Afrique on dit à un tiers dis lui qu'il est un con devant l'autre il faut éviter les violences tout ça est admirablement codé c'est profond la vie humaine ne serait pas possible sans cela tout ça ce sont des luttes sourdes pour la reconnaissance mais ce qu'on vient de voir avec Hegel avec ce qu'il appelle la double opération c'est que l'autre fait pareil ben oui j'ai plus affaire à un objet mais un objet qui est sujet ben oui il faut s'y faire mince alors il m'a dépisté c'est aussi Lacan a beaucoup travaillé là-dessus sur le jeu le jeu J-E-U à partir de la lettre volée puisque il fait pas mal d'allusions au jeu du pair et de l'impair dans la lettre volée Lacan profite pour dire regardez le petit jeu qu'on fait dans quelle main vous savez dans quelle main en général le novice
58:12 quand vous faites avec un enfant si l'objet est dans cette main là dans ma main droite à la fois suivante il va dire c'est dans la main gauche parce que l'enfant il est d'abord pour des différences sommaires quand il sera un peu plus malin il va remontrer la même main mais l'autre fait le même raisonnement il pense que je vais me la mettre dans la même dans l'autre main donc je vais la laisser dans la même donc ça s'annule toutes ces déterminations c'est terrible l'autre parce que l'autre c'est un autre même c'est ça le problème en général le même et l'autre ça s'oppose Platon a mis toute sa vie n'est-ce pas à comprendre que l'autre devait intégrer au même grand dialecticien à son grand regret mais c'est ce qui montre qu'il est un grand esprit il prend sur soi et mais ici la conscience de soi a affaire non pas à un objet mais à une autre conscience de soi qui fait les mêmes opérations je termine par encore une petite illustration très comique mais quand je faisais mes études de philosophie on avait comme ça des séquences de psychologie générale et on allait à soit à Sainte-Anne faire des observations soit ceux qui avaient choisi psychopathologie soit on allait voir des rats dans des labyrinthes psychologie expérimentale passons et il y en a un rat qui m'avait fait rire extraordinaire lorsqu'on
59:22 il était excité vis-à-vis des femelles dont on lui faisait passer des odeurs de femelles dans sa cage le pauvre malheureux et quand on lui faisait passer l'odeur d'autres mâles en rut ça inhibeait complètement sa libido j'ai trouvé ça mignon ah bon ça va d'autres s'enchargent l'espèce est assurée donc l'odeur de l'autre du rival inhibe voilà petite allusion comique donc voilà dans cette expérience alors s'il n'y avait pas la mort bien sûr et ce qui fait la grande différence entre la conscience humaine et la conscience animale si vous voulez comprendre ce n'est pas pour avoir des grands tremblements dans la voix on a souvent dit que Hegel était un pantragisme un panlogisme alors que je crois que je l'avais signalé la dernière fois il riait de bonheur en écoutant le barbier de Séville et il disait à sa femme en l'écrivant depuis Vienne c'est seulement à la fin de sa vie qu'il voyage j'ai presque honte de le dire mais j'ai presque préféré le Barbier de Séville ou de Figaro il adorait ce qui était léger et heureux il écrit à la femme de son meilleur ami
Les deux véhicules devant l'abîme : savoir qu'on meurt
1:00:32 on devrait aller au bal il n'y a plus que les bals d'intéressants dans notre triste époque c'est pas spécialement un peu tragique le comportement mais laissons Hegel de côté il est en train de dire que l'homme est passé par le tragique c'est l'animal qui sait qu'il va mourir en gros pour simplifier et pour comprendre les enjeux je vous demande de penser à une image que je construis pour vous si vous le voulez bien imaginez deux véhicules roulant sur deux routes parallèles de conserve comme on dit dans la marine dans la même direction et imaginez que ces deux routes arrivent à un même abîme une falaise dans les deux conducteurs il y en a un qui ne sait pas quel abîme l'autre qui sait qu'il y a il y en a un des deux qui va freiner c'est celui qui sait ou celui qui ne sait pas à votre avis il n'y a aucune raison de freiner celui qui ne sait pas il est ce qu'on appelle admirablement en français c'est assez bien à l'animal en temps normal un imbécile heureux ça veut dire un bonheur précaire Hegel a beaucoup travaillé sur le texte de la genèse dans la bible sur le paradis terrestre
1:01:42 felix culpa heureuse faute parce qu'il y en a qui croient encore vraiment qu'on était au paradis en fait si vous regardez bien avant la faute dans le texte je ne m'interprète pas je ne fais que rappeler ce que vous savez tous au paradis on ne travaille pas vous voyez le rapport direct avec l'outil le texte sur l'outil que je viens de citer puisque c'est après la faute que tu gagneras ton pain à la sueur de ton front mais avant ça pendait aux arbres avant la faute on est nu vous vous rappelez dans le texte quand Dieu appelle Adam après la faute je me cache parce que je suis tout nu ah tu as honte d'être nu donc tu as goûté à l'arbre et on voit tout de suite parce qu'avant il n'avait pas il n'avait pas de notion du bien et du mal c'est le serpent qui dit à Ève si vous goûtez ce fruit vous serez comme Dieu scientes bonum et malum en connaissant le bien et le mal le diable ne ment pas toujours il a raison la connaissance l'arbre de la connaissance surtout cette connaissance-là pas la connaissance du nombre de grains de sable du Sahara pas la connaissance indifférente mais la connaissance importante de la sagesse vous savez ce qu'elle sait
1:02:52 que le bien et le mal là il ne ment pas le menteur c'est une parabole du menteur mais felix culpa dit en fait c'est le passage de l'animalité à l'humanité que sanctionne ce texte admirable de la Genèse tout simplement qu'est-ce que c'est quelqu'un qui ne travaille pas qui est tout nu c'est l'animal alors donc celui qui sait qu'il y a l'abîme va freiner mais qu'est-ce que ça veut dire freiner parce qu'on ne peut pas filer les métaphores indéfiniment il faut être sérieux et concret sur quoi je vais freiner c'est quoi le moteur dans mon histoire et bien c'est les désirs précisément qu'est-ce qui me rapproche non pas de la mort parce que ça quand j'y pense ça ne change pas grand chose mais qu'est-ce qui qu'est-ce qui me fait penser tout d'un coup à la finitude et bien c'est le moment où j'ai l'inquiétude du désir c'est le fœtus dans le ventre de sa mère n'a pas de conscience du temps précisément parce que dès qu'il a le moindre désir il est comblé par d'admirables échanges dont je ne suis pas spécialiste mais je vais dire il n'est pas comme ça il n'est pas dans le tragique dans le manque en attendant que voilà ça c'est assez après il n'est pas dans la pesanteur il n'a pas d'effort à faire pour se mettre debout etc. etc.
1:04:00 donc vous comprenez maintenant c'est toute la démarche de Hegel d'essayer de trouver un sens aux comportements humains qui sont et non pas de faire des leçons à l'homme comment il devrait être c'est ça la grande originalité comment explique nous-en encore des philosophies de l'être et non pas du devoir être dans la philosophie du droit il ira avec un peu d'aggressivité contre ceux qui veulent toujours tout réformer concevoir ce qui est et la tâche de la raison il dit ce manuel parce que son testament politique ne consiste pas à donner des leçons à l'état comme tout le monde le fait aujourd'hui c'est Hegel qui l'a aujourd'hui en 1807 mais ce manuel consiste à comprendre comment il faut penser l'état qui est qu'on l'aime ou pas c'est un autre problème c'est exactement ce qu'a fait Marx c'est un écrivain de Capital comment fonctionne le monde dans lequel on vit et non pas voilà le monde que j'aimerais mettre à la place vous n'en verrez pas dans Marx voilà comment fonctionne le monde dans lequel on vit alors si ça vous plaît tant mieux pour vous si ça vous plaît pas en le connaissant vous verrez comment s'en libérer donc freiner pour la voiture qui sait qu'il y a l'abîme c'est dans toutes les cultures commencer à prendre des distances avec mon désir
1:05:10 parce que si je reste à la logique du désir animal je vais aller à la mort à toute vitesse donc servez-vous d'abord vous voyez comme ça reprend son sens tout d'un coup entrez je vous en prie après vous et plus sérieusement alors là ici c'est le carême de Pâques ailleurs ça va être le ramadan le jeûne le bouddhiste peu importe chaque culture a sa spécificité mais chaque culture a sa manière d'affirmer ce que j'appelle freiner n'est-ce pas de réfreiner précisément comme on dit en français le désir immédiat non pas parce que ce serait le mal etc mais parce que c'est l'instance qui nous animalise ça ne veut pas dire que le désir est mauvais surtout pas ce sens contre un sens on n'est pas en train de moraliser mais ça permet de donner un sens à des comportements qui paraissent des fois absurdes ou qui paraissent des erreurs ce ne sont pas des erreurs les choses qui existent sont rationnelles elles ont une raison d'être qu'elles plaisent ou pas donc c'est un exemple des deux véhicules j'y tiens et je vais l'illustrer avec un passage extrait d'un poème de Hölderlin je vieillis j'ai toujours une référence je suis désolé on se pense que les roses quand on vieillit mais enfin comme ce n'est pas des textes extrêmement lus ça me permet d'équilibrer un peu France Culture
1:06:22 mais oui j'ai pensé à France Culture autre jour parce que je me suis permis d'ouvrir mon livre pour faire une citation mais ce n'était pas pour citer moi c'était pour citer Rimbaud vous me direz mais j'espère que vous avez tous compris que tout ce séminaire ne sert qu'à faire la promotion de mon livre mais quand même cela serait je vais continuer ma parenthèse sur France Culture je suis sérieux tout de même il y a une époque où je rends hommage à France Culture d'une époque où c'était admirable d'avoir à sa disposition vraiment d'excellents auteurs d'excellents spécialistes ça pourrait être aussi bien d'ailleurs de la ponte et des oeufs par la femelle crocodile je vais dire je ne suis pas seulement en littérature qu'en littérature qu'en philosophie qu'en science et en réflexion sur les événements actuels en politique il y a d'excellents auteurs qui étaient invités et des journalistes de grand mérite et des interviewés ça paraît bien vieux à cette époque ce qui se passe maintenant que je critique c'est pas que je me permets de faire ce long de l'événement c'est de long de parenthèse et c'est comme ça que ça fonctionne et aux éditions Delga qui est mon éditeur il y a un ouvrage qui est paru sur le casse de France Culture et que je vous recommande ça correspond je ne vais pas faire le argument ad hominem mais en gros à l'époque de Madame Adler
1:07:32 ce sont les éditeurs et les producteurs de support qui vont carrément à la radio faire l'émission et qui font la promotion des dernières parutions etc. tout en donnant un aspect de discussion littéraire objective c'est quand même scandaleux quelque part c'est devenu de la com de la com publicitaire c'est un discours promotionnel là où il y avait un discours culturel voilà je prends la parenthèse dont je plaisantais à peine à moitié quand je disais tout ça c'est pour la promotion de mon livre si je faisais comme ça je serais avec les cas de France Culture alors je vous cite ce passage qui va illustrer ce que je dis sur les deux voitures qui se précipitent vers l'abîme vous voyez pardon une telle poème je vais essayer de le citer par cœur je vais essayer de le citer par cœur je le retrouve car il dit ceci dans ce passage là car ils ne peuvent pas tout les immortels
1:08:43 il parle des dieux ah il dit ils ne peuvent pas tout les immortels d'habitude il en parle avec des tremblements dans la voix avec son admiration du monde grec les dieux le divin etc oui les mortels donc nous avant eux atteignent l'abîme vous voyez c'est proche de mon image l'abîme ainsi avec eux c'est à dire avec nous avec vous avec eux l'écho change car il est long le temps mais il survient le vrai ils sont très proches Hegel le dernier Hegel parle à peu l'histoire de la patience et du calvaire du concept pour ceux qui sont trop pressés et Hölderlin dit ils ne peuvent pas tout je suis juste devant car les maîtres du ciel n'ont point toute puissance oui les mortels avant eux atteignent le bord du gouffre ainsi l'écho change avec eux le temps est long mais voici paraître le vrai donc encore une fois tous ces comportements de distance vis-à-vis de l'être naturel sont des effets de la deuxième négation et lorsque cette négation sur la conscience de soi
Lutte à mort et guerre : la mort, maître absolu
1:09:54 pour revenir à notre texte sur la maîtrise et la servitude le problème c'est que l'autre fait pareil et le rapport à la mort c'est pour ça que je fais cette longue parenthèse est ici décisif chacun veut montrer qu'il est au-dessus de la mort parce que si je montre que la mort est ce qu'il y a de plus important que c'est ce qui me fait le plus peur je ne me distingue pas de l'animal donc je ne prouve pas à l'autre que je suis un être humain d'où la vaillance et l'héroïsme dans le combat depuis les âges héroïques c'est le cas de dire pardon oui aussi bien les alpinistes qui vont chercher etc c'est une manière de l'extrême mais oui le premier risque est de montrer qu'il y a des valeurs pour moi qui sont nous savons tous que si notre enfant dans les flammes par un incendie on va se précipiter dedans sans faire attention si ça brûle les habits ou quoi on va aller le chercher il y a des valeurs qui sont au-dessus de la mort au-dessus je dis ça parce qu'il y en a qui croient avoir tout trouvé à la base de tout être humain c'est le principe de survie comme la nature non il y a des choses plus importantes que le principe de survie comme le résistant qui meurt sans livrer les copains il y a des choses plus importantes que le principe de survie je te rappelle donc se présenter soi-même comme pure abstraction de la conscience de soi consiste à se montrer comme pure négation
1:11:04 de sa manière d'être objective ou consiste à montrer qu'on est attaché à aucun être là déterminé je vais montrer à l'autre que je ne suis attaché ni à mon confort ni à rien que je suis prêt à tout sacrifier pour montrer que je suis libre et au-dessus de ces déterminations naturelles n'est-ce pas ? consiste à montrer qu'on est attaché à aucun être là déterminé pas plus qu'à la singularité de l'être là en général à montrer qu'on n'est pas attaché à la vie cette présentation est la double opération puisque chacun le fait ce n'est pas des combattants opération de l'autre et opération par soi-même en tant qu'elle est opération de l'autre chacun tend donc à la mort de l'autre c'est ça le combat mais en cela est aussi présente la seconde opération l'opération sur soi et par soi car la première opération implique le risque de sa propre vie le comportement des deux consciences de soi est donc déterminé de telle sorte qu'elle se prouve elle-même et l'une à l'autre elle se prouve vous voyez chacune à elle-même et l'une à l'autre double preuve pardon elle se prouve elle-même et l'une à l'autre au moyen de la lutte pour la vie et la mort elle se prouve elle-même il n'y a pas besoin de faire un autre complément d'objet direct elles doivent nécessairement engager cette lutte car elles doivent élever leur certitude d'être pour soi continuez ma phrase à la vérité
1:12:16 c'est un couple quand vous entendez la certitude il faut savoir on est au premier degré la certitude c'est dans ma tête mais le réel n'a pas suivi donc il faut il faut que je l'impose au réel et alors là ce sera la vérité le comportement des deux consciences de soi est donc déterminé de telle sorte qu'elle se prouve elle-même et l'une à l'autre au moyen de la lutte pour la vie et la mort elle doit nécessairement engager cette lutte car elle doit élever leur certitude d'être pour soi à la vérité en l'autre et en elle-même c'est seulement par le risque de sa vie c'est seulement par le risque de sa vie qu'on conserve la liberté je le dis parce qu'à l'époque on parle de métro boulot, dodo on a perdu souvent dit dans la société moderne le sens de la mort encore que c'est lorsqu'on est peut-être relance sa voiture qu'on est peut-être le plus proche maintenant que les guerres sont quand même heureusement moins fréquentes qu'on est encore le plus proche de la mort il y a la maladie et la mort c'est pas un problème c'est encore là mais c'est une phrase importante de Hegel c'est seulement au risque de sa vie que la liberté devient une valeur et ici je vous lis un passage de la phénoménologie où Hegel parlant du monde grec lorsqu'il analyse
1:13:26 la tragédie on avait vu le monde du jour l'homme Créon la politique le monde la nuit la femme l'antigone la famille les lois non-écrites et cachées les lois du sang et comment s'organise le rapport entre les deux entre l'instance publique la cité si vous voulez et toutes les particularités qui essaient de se faire leur place à l'intérieur les familles les pénates comme on disait à l'époque et il y a ce texte étonnant qui va reprendre l'importance de la mort pour conserver Hegel la liberté la communauté peut donc d'une part peut pas doit peut donc d'une part s'organiser dans les systèmes de l'indépendance personnelle voilà le particulier de la propriété du droit personnel du droit réel pareillement peuvent s'articuler d'autre part et se rendre indépendant dans leurs propres associations les modes du travail pour des buts au premier instant singuliers le menuisier celui qui fabrique des pots en Grèce celui qui fait des négoces l'huile d'olive la héraclite avec l'asie mineure on admet on tolère les modes du travail
1:14:38 pour des buts au premier instant singuliers où chacun ne projette que son intérêt personnel ceux de l'acquisition et de la jouissance pourquoi pas l'esprit de l'association universelle rappel est toutefois la simplicité et l'essence négative de ces systèmes en train de s'isoler donc il y a une hantise de la force publique c'est que encrouté dans cette acquisition pour des buts en premier instant singuliers le sujet ça peut être un sujet personnel ou collectif c'est une famille un clan peu importe une clientèle comme on dit si bien en économie il risque d'oublier l'universel et bien pour ne pas les laisser s'enraciner et se durcir dans cet isolement donc pour ne pas se laisser se désagréger le tout et s'évaporer l'esprit on voit bien les concepts hegeliens à l'oeuvre là le gouvernement doit là c'est plus peu et c'est Muss je connais le texte allemand c'est pas le doigt de la morale c'est pas le doigt du Soll du devoir être je ne dois pas voler les bonbons de mon petit frère non non non Muss c'est le Muss Es muss sein pardon madame muss sein c'est ça cela doit être en allemand Es muss sein c'est ce qu'on a retrouvé sur la partition du dernier quatuor de Beethoven absolument
1:15:48 où on voit trois petites notes tapam pam muss sein Es muss sein c'est un petit jeu de mots que s'est fait Beethoven sur sa partition bien sûr mais c'est parce qu'il est inspiré par Beethoven cela doit-il être cela doit être c'est Muss c'est vraiment du sérieux c'est la volonté c'est pas la velléité donc le gouvernement doit excusez-moi donc pour ne pas s'enraciner et se durcir sur cet isolement pour ne pas laisser se désagréger le tout et s'évaporer l'esprit dans toutes ces petites privatisations en train de s'opérer le gouvernement doit de temps en temps les ébranler dans leur intimité texte du Lens par la guerre il fallait dire la Grèce il n'est pas pour la guerre on n'est pas dans la morale il essaie de comprendre le sens de ce qui est le sens pourquoi le héros a ce prestige dans les Perses d'Eschyle par exemple il est un peu fragile lui qui s'est confronté à la peur de la mort sur le champ de bataille donc il doit de temps en temps les ébranler de leur intimité par la guerre il doit déranger leur ordre qui se fait habituel égal contre l'ordre intéressant il n'est pas contre l'ordre mais quand l'ordre se fait habituel il faut faire attention ça devient une croûte Péguy c'est pas un penseur de mon bord c'est un penseur qui est vraiment
1:16:58 par certains côtés réactionnaire chrétien et qui était partisan de la guerre de 1914 mais admirable immense poète l'église est du bois mort c'est du bois habitué c'est magnifique par la guerre il doit déranger l'ordre que se fait habituel violer leur droit à l'indépendance de même qu'aux individus qui en s'enfonçant dans cet ordre se détachent du tout et aspirent à l'être pour soi inviolable et à la sécurité de la personne le gouvernement dans ce travail imposé donner à sentir leur maître et voilà le mot qui finit dans ce paragraphe la mort et on a remarqué que chez Hegel la mort joue le rôle c'est le seul concept qui n'est pas dialectisable puisqu'il appelle le maître absolu alors en général le maître est toujours relatif le maître esclave on va le voir après l'esclave en s'émancipant le maître du maître mais là il y a un maître qui est maître absolu c'est la mort grâce à cette dissolution de la forme de la subsistance l'esprit réprime réprime l'engloutissement dans l'être là naturel loin de l'être là éthique il préserve le soi de la conscience et l'élève dans la liberté et dans sa force l'essence négative se montre comme la puissance
1:18:08 propre de la communauté et comme la force de sa conservation d'elle même la communauté trouve donc la vérité et le renforcement de son pouvoir elle qui était le monde la communauté c'est le monde du jour vous vous rappelez où on vote à l'agora en toute manifestabilité la communauté trouve donc la vérité et le renforcement de son pouvoir ô surprise dans l'essence de la loi divine et dans le royaume souterrain la mort c'est magnifique cette dialectique voilà je tenais à citer ce passage de la théologie de la logique extrêmement concret et Hyppolite dit en note que c'est un passage saisissant d'hégélianité si je puis dire je reviens à nos deux en train de s'affronter elles doivent nécessairement engager cette lutte car elles doivent élever leur certitude d'être pour soi à la vérité en l'autre et en elle-même c'est seulement par le risque de sa vie qu'on conserve la liberté qu'on prouve que l'essence de la conscience de soi n'est pas l'être n'est pas le mode immédiat dans lequel la conscience de soi surgit d'abord nous avons tout surgit comme des petits animaux réagissants n'est-ce pas ou l'essentiel pour nous à ce moment-là nos besoins même pas les désirs n'est pas le mode immédiat dans lequel la conscience de soi
Maître, esclave, jouissance, et l'esclave maître du maître
1:19:19 surgit d'abord n'est pas son enfoncement dans l'expansion de la vie on prouve plutôt par ce risque le risque que prend le héros que dans la conscience de soi il n'y a rien de présent qui ne soit pour elle un moment disparaissant donc je peux sacrifier ça veut dire n'est-ce pas disparaissant on prouve qu'elle est seulement un pur être pour soi l'individu qui n'a pas mis sa vie en jeu peut bien être reconnu comme personne au sens juridique l'individu qui n'a pas mis sa vie en jeu peut bien être reconnu comme personne mais il n'a pas atteint la vérité de cette reconnaissance il peut bien avoir la certitude il n'est pas une personne en vérité il n'a pas atteint la vérité de cette reconnaissance comme reconnaissance d'une conscience de soi indépendante je pense à un peuple comme le peuple vietnamien n'est-ce pas qui a prouvé face à deux immenses puissances la France d'abord et ses amis après que pour être pour subsister dans son indépendance il fallait lutter pour être reconnu comme tel n'est-ce pas pareillement je parle du Vietnam par opposition par exemple aux pays d'Afrique subsaharienne où l'indépendance a été octroyée n'est-ce pas par référendum par la puissance métropolitaine et regardez les différences que ça fait dans l'après n'est-ce pas entre une indépendance octroyée et une conquise de haute lutte
1:20:29 l'individu qui n'a pas mis sa vie en jeu peut bien être reconnu comme personne mais il n'a pas atteint la vérité de cette reconnaissance comme reconnaissance d'une conscience de soi indépendante pareillement chaque individu doit tendre à la mort de l'autre quand il gère sa propre vie car l'autre ne vaut pas plus pour lui que lui-même c'est pas un devoir moral vous entendez bien son essence représente à lui comme un autre il est à l'extérieur de soi et il doit supprimer son être là extérieur à soi l'autre est une conscience embarrassée de multiples façons qui vit dans l'élément de l'être or il doit intuitionner son être autre comme pur être pour soi comme absolue négation mais cette suprême preuve par le moyen de la mort supprime précisément la vérité qui devait en sortir et supprime en même temps la certitude de soi-même en général en effet comme la vie est la position naturelle de la conscience l'indépendance sans l'absolue négativité ainsi la mort est la négation naturelle de cette même conscience la négation sans l'indépendance négation qui demeure donc privée de la signification cherchée de la reconnaissance car tout ceci est une lutte pour la reconnaissance donc le maître regardons de plus près maintenant les deux caractères au sens du théâtre et les deux personnages qui apparaissent le maître et l'esclave le maître est la conscience qui est pour soi et non plus seulement le concept de cette conscience
1:21:39 avant le combat il était le concept mais là on a été au combat j'ai mis mon épée sur la gorge mon adversaire il avait le choix entre vivre mais dans la servitude ou mourir au combat il a voulu vivre donc il est mon esclave et c'est une conscience étant pour soi qui est maintenant en relation avec soi-même par la médiation d'une autre conscience d'une conscience à l'essence de laquelle il appartient d'être synthétisé avec l'être indépendant ou la choséité en général l'esclave a affaire à la choséité en général c'est lui qui passe la serpillière qui façonne les choses et à partir du moment où le rapport maître-esclave est institué dans ce couple c'est par la médiation de l'autre en l'occurrence ici de l'esclave que le maître maintenant a un rapport au réel apportez-moi le cendrier je dis ça parce que j'ai vu en Afrique des gens qui appelaient un boy qui était à 80 mètres pour le rapporter le cendrier qui était à 1 mètre c'est pour ça que je pense à cet exemple-là le maître se rapporte à ces deux moments à une chose comme telle l'objet du désir le maître a des envies mais plus c'est un maître puissant plus il a des envies le maître se rapporte à ces deux moments à une chose comme telle l'objet du désir et à une conscience à laquelle la choséité est l'essentiel le maître est petit 1 comme concept de la conscience de soi
1:22:49 rapport immédiat de l'être pour soi mais en même temps il est petit 2 comme médiation ou comme un être pour soi qui est pour soi seulement par l'intermédiaire d'un autre vous commencez à deviner que cet autre l'esclave qui avait l'air d'avoir le rôle secondaire passif prend de plus en plus d'importance c'est par lui maintenant que tout passe ma relation aux choses et à ce que je veux va passer par l'action d'un autre le maître est donc et en même temps il est comme médiation ou comme un être pour soi qui est pour soi seulement par l'intermédiaire médiation et non plus immédiatement comme c'est dans ma pensée comme dans ma certitude d'un autre qui ainsi se rapporte petit a immédiatement ou de moment le maître se rapporte médiatement à l'esclave par l'intermédiaire de l'être indépendant car c'est là ce qui lie l'esclave c'est là sa chaîne dont celui-ci ne peut s'abstraire dans le combat et c'est pourquoi il se montra dépendant ayant son indépendance dans la choséité j'ai voulu préférer les choses ce sera chose mais le maître est la puissance qui domine cet être car il montra dans le combat que cet être valait seulement pour lui comme une chose il parle de l'être matériel la vie la survie que cet être valait seulement pour lui comme une chose négative qui ne peut pas être au dessus
1:23:59 quoi le maître étant la puissance qui domine cet être cet être étant la puissance qui domine l'autre individu dans ce syllogisme le maître subsume par là cet autre individu pareillement le maître se rapporte médiatement à la chose par l'intermédiaire de l'esclave l'esclave comme conscience de soi en général se comporte négativement à l'égard de la chose et la supprime et la saleté dans le ménage je la supprime mais elle est en même temps indépendante pour lui il ne peut donc par son acte de nier venir à bout de la chose et l'anéantir l'esclave la transforme donc seulement par son travail c'est souligné il la transforme par son travail inversement par cette médiation le rapport immédiat devient pour le maître la pure négation de cette même chose c'est à dire la jouissance et le maître devient comme le prince de Rimbaud il devient pour jouissance sans plus d'obstacle qui lui résiste c'est pas comme le paysan qui pour manger doit d'abord labourer la matière ne résiste plus et on voit que le maître est en danger superbe dialectique inversement par cette médiation le rapport immédiat devient pour le maître la pure négation de cette même chose ou la jouissance ce qui n'est pas exécuté par le désir est exécuté par la jouissance du maître en finir avec la chose l'assouvissement dans la jouissance
1:25:09 on réentend la paraphrase du conte de Rimbaud n'est-ce pas cela n'est pas exécuté par le désir à cause de l'indépendance de la chose mais le maître qui a interposé l'esclave entre la chose et lui se relie ainsi seulement à la dépendance de la chose et purement en jouit dans ces deux moments pour le maître sa reconnaissance par le moyen d'une autre conscience devient effective c'est la même chose dans la torture dans le principe de la torture de là ? le principe de là ? dans le phénomène de la torture il y a une chose de jouissance aussi de celui qui torture de la torture de torture je parle de torture de la torture ?
1:25:42 il y a une forme de torture oui ? je parle pas de torture de la torture vous voulez dire qu'il y a une jouissance dans celui qui fait souffrir l'autre ? oui tout à fait chez le sadique en tout cas oui c'est ça il y a un aphorisme de Novalis qui est un exact contemporain de Hegel un nouveau moment également les plus nocturnes c'est terrible cette chose là a été écrite en allemand enfin j'ai peur de rien il dit sur un aphorisme c'est étrange que le fond propre de la cruauté soit la volupté dans ces deux moments cette conscience ne peut pas maîtriser l'être et parvenir à la négation absolue et donc ici présent ce moment de la reconnaissance dans lequel l'autre conscience se supprime comme être pour soi et fait ainsi elle-même ce que la première fait sur elle on assiste à un renversement ça paraît abstrait mais en l'illustrant tout même ce qui est en train de se faire jour c'est que le maître a un rapport au monde qui est de plus en plus disparaissant qui disparaît dans l'évanescence de la jouissance alors que l'esclave pour la première fois dans la mesure où il vit dans un monde qui ne lui appartient pas mais qui façonne comme dit Hegel qui le façonne retrouve sa propre activité dans la forme des objets qui l'entourent l'esclave se trouve reconnu par le monde extérieur qui est plus en équilibre
1:26:52 avec le monde extérieur et Hegel avait pris une très bonne image il a dit vous prenez un enfant qui est seul près d'une rivière et qui pour tromper son ennui jette des pierres dans l'eau et qui est fasciné par les ronds dégagés il dit vous avez là déjà la clé de notre rapport à l'art et à l'esthétique il y a une espèce de satisfaction de l'enfant qui voit tout d'un coup un monde qui lui est indifférent qui ne s'occupe pas de lui d'habitude n'est-ce pas lui renvoyer l'écho de sa propre activité c'est un très très beau passage bien sûr comme si tout d'un coup la nature indifférent à l'homme lui renvoyait pour une fois l'image de sa maîtrise à l'enfant petite maîtrise au sens qu'on voit ici cependant pour la reconnaissance au sens propre du terme il manque encore un moment celui dans lequel le maître fait sur lui-même ce qu'il fait sur l'autre individu et celui dans lequel l'esclave fait sur le maître ce qu'il fait sur soi a donc pris seulement naissance d'une reconnaissance unilatérale et inégale eh oui l'esclave s'est avéré maître du maître c'est par lui que tout passe vous avez une saisissante illustration de cette émancipation de l'esclave par le savoir-faire surtout quand il va devenir artisan dans l'étape suivante
1:28:02 c'est dans un film que certains d'entre vous ont peut-être vu de Joseph Losey qui s'appelle The Servant admirablement filmé en plus ce n'est pas ma spécialité mais je suis sûr que Dominique Mazoui me confirmerait que c'est un film bien filmé qui s'y connait mieux que mon écriture à la caméra et le pitch de l'histoire en gros c'est un jeune lion comme on dit n'est-ce pas un jeune de l'establishment britannique c'est un monde beaucoup plus casté encore que le d'autre celui de la restauration anglaise et qui a bien sûr son valet avec les rayures jaunes son valet qui est vraiment le valet british parfait très courtois impeccable et qui a un rapport il arrive de s'ennuyer un rapport des fois tellement intime à son valet il devient un petit peu pote et le valet prend de plus en plus d'ascendant sur son maître et à un moment donné il se dispute le maître voit très bien qu'il commence à prendre l'importance il le renvoie jusque là il n'y a rien de bien particulier et alors au bout de deux jours le maître n'en peut plus il va descendre sur le tapis il va aider et alors revient il me dit revient le maître est devenu dépendant quand il y a la grève
1:29:13 des poubelles il y a la grève des poubelles ailleurs c'est pas grave les gens habitués à ramasser leurs ordures ça ne les embête pas mais quand on est habitué à ce que la voirie le fasse pour vous c'est terrible on se retrouve mutilé à force d'avoir confié toutes les tâches ingrates à un autre que moi le jour où il refuse de travailler c'est là qu'on voit la force de la grève la signification d'origine la puissance parce que vous me direz que ce qui raconte l'esclave du maître il n'a jamais vu de la même puisque c'est qu'un esclave n'importe quoi où aller la liberté d'esclaves elle est potentielle mais elle est énorme comme disait Rousseau la force a fait les premiers esclaves leur lâcheté les a perpétués il y a eu des esclaves d'avoir par nature comment il le dit exactement il cite Aristote qui dit il y a des hommes nés pour commander des hommes nés pour obéir ça c'est une conception archaïque de naissance comme ça il y en a qui ont la mentalité servile la mentalité de maître la race des seigneurs vous voyez la suite ce que ça peut donner et Rousseau commente il dit Rousseau Aristote avait raison mais il prenait l'effet pour la cause il prend tout comme vraiment à l'envers il dit tout homme nés dans l'esclavage naît esclave c'est certain et il dit les hommes perdent tout dans leurs fers jusqu'au désir d'en sortir vous voyez ça recoupe
Rationnel et réel : l'universel est intersubjectif
1:30:23 la force a fait les premiers esclaves leur lâcheté les a perpétués l'esclave ne réalise pas à quel point il est puissant et quand Marx termine un texte célèbre par prolétaire de tous les pays unissez-vous c'est pas un slogan c'est le plus fort point et c'est une vieille thématique vous savez et là je vais rendre hommage à quelqu'un à qui Hegel rend hommage dans son dernier livre important politique et principe de la philosophie du droit dans la préface il rend un magnifique hommage dans la préface à Platon un passage un peu sombre le passage où il y a cette citation bien connue sur la chouette de Minerve qui prend son vol le crépuscule un passage où il dit c'est un vieux qui parle pour ce qui est de la prétention de changer le monde nous remarquons ici que la philosophie vient toujours trop tard comme la chouette de Minerve elle prend son vol à la tombée de la nuit elle accomplit son travail lorsque le monde a déjà accompli sa transformation elle ne peut pas le rajeunir avec du gris sur du gris c'est un passage un peu sombre un peu grisouilleux mais qui finit très bien je vous renvoie à la lecture du passage et à un moment donné il rend hommage à Platon et il dit pour montrer qu'il faut comprendre ce qui est et non pas dire à l'État ce qui doit être mais comprendre l'État qui est autour de nous la réalité qui est autour de nous il dit que c'est ce qu'a fait Platon dans sa République il paraît surprenant
1:31:33 parce que la République c'est même le symbole même de l'utopie par excellence la République de Platon c'est voilà voilà l'État idéal tel qu'on devrait le faire c'est tout contraire d'un truc hegelien c'est le devoir être et non oui c'est la lecture superficielle c'est comme ça même peut-être que Platon l'envisageait mais quand on regarde son texte on voit bien qu'il exprime les problèmes qui sont actuels à son époque c'est à dire que son époque apparaissait ce que Hegel appelle et qui va bien sûr s'épanouir dans le christianisme qui est l'ère qui commence juste après cet effondrement la subjectivité libre infinie qui donnera 20 siècles après le sujet romantique moderne nous tous celui qui est libre infinie vous savez on avait parlé la dernière fois du Parthénon qui limite avec un tympan bien horizontal l'hubris des colonnes qui veulent aller vers le ciel alors que la cathédrale ou le minaret ou l'argent de la transcendance vont jusqu'où elles peuvent aller il paraît qu'à Beauvais ce qui est la plus haute voûte de toute la chrétienté la plus haute flèche c'est Ulm en Allemagne la plus haute voûte c'est Beauvais il paraît que Beauvais c'était encore plus haut à la fin du 12e siècle et un peu trop haut parce que ça s'est effondré vous voyez l'hubris la tour de Babel ce qui devait arriver arriva ça s'est effondré je crois en pleine messe de Pâques je ne sais pas alors maintenant ça a 10 mètres après le mort c'est surveillé
1:32:43 avec des capteurs de vibrations malheureusement et voilà donc cette dimension de la subjectivité libre infinie qui n'est pas du tout caractéristique du monde grec mais quelque chose il y a déjà à l'époque où écrit Platon car la philosophie vient quand c'est trop tard Socrate, Platon et son élève Aristote enseignent quand Philippe est en train de Philippe de Macédoine est en train de faire une bouchée de la Grèce petit à petit on est en train de passer de la cité à l'Empire de ce que Hegel appelle pour le monde grec de la religion esthétique à l'Empire du droit abstrait du citoyen à la personne romaine mais ne nous égarons pas là-dedans on le verra la prochaine fois avec l'esthétique donc il fait un hommage à Platon et il dit la manière dont il s'y prend pour réprimer cette subjectivité qui est en train d'apparaître montre à quel point il exprimait l'archaïsme de son temps il dit parce qu'on ne peut pas réprimer ce qui apparaît à la liberté une fois qu'elle apparaît il faut faire avec si on ne fait pas avec c'est que ce qu'on va proposer va avoir un échec totalitaire il faut faire avec ou on ne fait pas du tout et lorsqu'il montre que c'est l'effort qu'a fait Platon
1:33:53 dans les mœurs pour interdire un citoyen de sortir avant 40 ans de la cité pour ne pas prendre de mauvaises habitudes dans un monde étranger il dit bon ça c'est le truc qui ne marche pas mais par contre il dit l'esprit et le principe il dit surtout autour duquel tourne sa méthode et là je le cite je cite Hegel est la révolution mondiale qui se produit alors deux points et c'est la phrase la plus connue de Hegel ce qui est rationnel est réel ce qui est réel est rationnel c'est curieux parce que Hegel l'attribue à Platon effectivement le fait que dans toute discussion dans un dialogue de Platon on passe par la rationalité que veux-tu dire qu'appelles-tu donne une définition et après tu parles sans contredire ce que tu as dit auparavant ça dit Hegel c'est une révolution mondiale car à ce niveau-là il y a démocratie universelle en puissance vous vous rappelez on avait constaté au début des mathématiques au moment d'Euclide ce qu'on appelle axiome et postulat bref notion première dont toutes les autres vont être dérivées s'appelaient à l'époque d'Euclide et un terme que j'aime beaucoup des demandes admirable terme qui rappelle plus que postulat ou axiome qui laisse cet aspect intersubjectif dans l'ombre que les notions premières même de la pensée
1:35:03 la plus abstraite la plus théorique sans l'appel à l'autre accordez-moi je vous demande de m'accorder que par un point on ne peut mener qu'une droite etc. et à partir de là je vous démontre tout mais au départ je ne peux pas commencer s'il n'y a pas un accord avec vous sur des notions de base donc l'universel est intersubjectif ou il n'est pas et ici je pense à Kant ce n'est pas pour vous donner le tournis c'est la même illustration du fait que l'universel passe par la relation à l'autre à l'intersubjectivité avec Kant bascule complètement la notion d'objectivité et qu'elle n'aurait pas fait ses avancées sans cette percée kantienne il y a deux mots pour dire objet en allemand et dont se sert Kant d'une manière très différenciée il y a deux mots objet au sens courant au sens où c'est l'objet de ma vue par exemple ou de mes oreilles si je le fais résonner le n'a pas de sens quoi c'est le mot heu de n'héren d'héren
1:36:23 L'objectivité-là, dit Kant, il ne faut pas la confondre avec le monde extérieur réel. C'est l'objectivité véritable. Autrement dit, Kant appelle objectif non pas ce qui serait extérieur au sujet, mais ce qui est valable pour tout sujet. Ça reste entre sujets. Il a fait basculer le problème de l'objectivité à l'intérieur du sujet, mais pas du sujet universel, bien sûr, pas de la particularité de chacun. Donc c'est une avancée admirable. Et c'est autour de ce pivot, pour parler comme Hegel, que Platon se grandit dans la solution qu'il propose, en faisant reposer sa cité sur l'effort de rationalité propre à chacun.
1:37:05 Et donc je vous illustrerai avec les demandes d'Euclide pour dire, je ne sais pas, toute l'objectivité mathématique, je prends l'objectivité la moins discutable, repose au départ sur un appel à l'autre. C'est une belle dialectique sur quelque chose qui n'est pas proprement parlé épistémique. Autrement dit, avant de dire A égale A, qui est la première proposition, la proposition d'identité, sans laquelle aucune logique discursive ne serait possible, vous savez qu'on parle de la logique hypothético-déductive, si, alors, c'est pour ça que ça fonctionne les maths.
1:37:38 Si on regarde la définition du cercle, on en déduit que tous les rayons sont égaux. C'est déjà dans la définition, avec l'équidistance, etc. Donc, cette manière de procéder, dans laquelle la pensée, par laquelle la pensée, surtout la pensée occidentale, entre guillemets, on a vu que c'est un concept un peu flou, c'est approprié le monde qui nous entoure, et la nature, la pensée technicienne, bizarrement, au départ, suppose un accord avec l'autre et avec soi-même.
1:38:12 C'est tout ce qu'exprime la non-contradiction. Je fais une petite parenthèse sur la non-contradiction, parce qu'il ne va être question que de ça, dans les textes que nous lisons. On dit souvent, oui, avant Hegel, il y avait la logique classique, la logique, justement, de la non-contradiction, de l'identité, A égale A, pour reprendre mon propos, et avec Hegel, la contradiction a un statut logique, la pensée de Hegel est une pensée qui n'exclut pas la contradiction. Oui, c'est vrai, la pensée de Hegel n'exclut pas la contradiction, mais attention, et qu'elle ne déroge jamais au principe d'identité et de contradiction.
1:38:47 Et là, je vais me référer à Aristote, qui est celui qui a défini avec le plus de rigueur, je vais faire un travail de clarification, Aristote, le principe dit de non-contradiction, ou plus rapidement, d'identité. Dans le quatrième livre de la métaphysique, le livre Gamma, si vous préférez, en grec, Aristote introduit beaucoup de solennité, ce fameux principe qui est à la base de toute la pensée discursive, de toute pensée rationnelle. Et il s'en sert, lui, comme argument polémique contre l'opportunisme sophiste, ou sceptique, qui dit qu'on peut dire tout et son contraire, il dit non.
1:39:19 Tu ne peux pas être d'accord avec moi, ça n'a aucun problème, il faut que moi-même, tu te sois d'accord avec toi-même, sinon on ne veut pas qu'on discute. Et alors voilà comment il définit ce principe. Deux attributs opposés, lourd, léger, petit, grand, vieux, jeune, deux attributs opposés ne peuvent appartenir au même sujet, en même temps, et sous le même rapport, il y a trois fois même, au même sujet, en même temps, sous le même rapport. Si je dis Socrate est jeune, tandis que Platon est vieux, excusez-moi, c'est plutôt l'inverse, Platon était à l'école de Socrate, Platon est jeune, Socrate est vieux.
1:39:59 Il y a contradiction entre vieux et jeune, mais enfin, comme ce n'est pas le même sujet, je passe très vite, tout le monde a compris qu'il n'y a pas de contradiction. Deuxième condition, il faut que ce soit en même temps. Et oui, ce que je peux dire, Socrate est vieux et Socrate est jeune. Ben oui, ça dépend à quel moment de sa vie. Les deux peuvent être vrais. Donc il faut que ce soit pour le même sujet et en même temps. Et ajoute Aristote, et rigoureux, qui ne veut rien laisser au hasard, et sous le même rapport. Parce que je peux dire, Socrate au même moment est vieux par les artères et jeune par l'esprit.
1:40:30 Oui. Donc il faut bien qu'il y ait trois conditions réunies pour qu'il y ait contradiction. Or, la contradiction hegelienne se résolvant dans le devenir, c'est ce que nous sommes en train de voir et que je voudrais vous amener pour conclure, nous avons vu la dernière fois qu'on n'arrive pas à dire maintenant, enfin d'une manière vraie, au sens empirique du terme, puisque entre le main et le tenant, il y a déjà une infinité de maintenant qui sont passés, n'est-ce pas ? Donc le temps est la vérité de la conscience. Donc il n'y a pas de dérogation au deuxième principe d'Aristote. La contradiction existe, c'est ça qui fait l'enlève de Hegel, c'est vrai qu'avant on l'excluait, la contradiction ne peut pas exister.
1:41:06 La contradiction existe, mais elle existe sous forme de devenir. et c'est illustré dans un concept qui jouait un rôle très important dans toute la pensée hegelienne, que le concept de moment, qui peut indiquer de temps en temps, et là je le mets un peu plus en lumière, moment, concept emprunté à la physique, n'est-ce pas ? Un moment c'est un couple de force en physique. Et la poignée de porte, on a à mon avis dans les instruments les plus familiers qui nous entourent, un exemple simple et pratique pour retenir ce que c'est qu'un moment. C'est-à-dire que quand je tourne la poignée comme ça, il y a une première flèche qui va vers la droite, en haut, ce n'est pas de ma main, et une flèche qui va vers la gauche, en bas.
La peur de la mort forme l'esclave
1:41:42 C'est donc, c'est ça un couple de force, un moment cinétique, comme on dit en physique. C'est un couple de force qui sont d'égale intensité, mais allant dans des directions inverses. Dans des directions inverses. mais le simple fait que je les mette tout d'un coup en opposition, elles se résolvent dans le temps. Donc il n'y a pas de contradiction en même temps. C'est une parenthèse pour ceux qui sont soucieux de rigueur et qui ont bien raison. Et donc vous voyez, l'esclave s'émancipant progressivement du maître par son travail et prenant de plus en plus de puissance, on a cette phrase, en conséquence, la vérité, c'est ce que vous voyez, ce n'est plus la certitude, la vérité de la conscience indépendante, c'est-à-dire du maître, est la conscience servile.
1:42:26 Le maître trouve sa vérité dans l'esclave. Sans doute, cette conscience servile apparaît tout d'abord à l'extérieur de soi et comme n'étant pas la vérité de la conscience de soi. Mais de même que la domination montre que son essence est l'inverse de ce qu'elle veut être, il dépend de plus en plus des objets, le pauvre maître, comme le personnage du film The Servant dont j'ai parlé, qui supplie son serviteur de revenir renettoyer ses tapis, de même, la servitude deviendra plutôt dans son propre accomplissement le contraire de ce qu'elle était immédiatement. Elle ira en soi-même comme conscience refoulée en soi-même et se transformant par un renversement en véritable indépendance.
1:42:58 Ça va être tout le trajet de la culture. Et pourquoi ? Parce qu'entre-temps, l'esclave est passé par la peur et là suit un passage que je vous lis intégralement parce qu'il est extrêmement concret, il a même une résonance littéraire. Nous avons vu seulement ce qu'est la servitude dans le comportement de la domination. On a vu l'esclave lorsqu'il est en relation avec le maître. Mais la servitude est conscience de soi et il nous faut alors considérer ce qu'elle est en soi et pour soi-même. Tout d'abord, en premier lieu, en première étape si vous préférez, c'est le maître qui est l'essence, sa vérité qui est essentielle.
1:43:34 Sa vérité lui est donc la conscience qui est indépendante et est pour soi. Mais cette vérité qui est pour elle n'est pas encore en elle-même. Elle a fait en elle-même cette vérité de la pure négativité et de l'être pour soi. Car elle a fait en elle l'expérience de cette essence. Cette conscience a précisément éprouvé l'angoisse, non au sujet de telle ou telle chose. Et là je m'arrête. Qu'est-ce qui l'entraîne ? La conscience servile a fait une expérience et tout d'un coup il rejoint ce qui a fait la force du maître. Il parle de l'expérience de la mort, tout simplement.
1:44:05 dans le travail de la matière. Cette conscience a eu peur au moment du champ de bataille lorsqu'elle s'est fait ravir comme esclave. Et cette peur est une expérience qui reste indélébile et qui a une fonction formatrice dans l'évolution intérieure de l'esclave. C'est ça qu'elle est en train de dire Hegel. Et pourquoi ? Parce qu'il va analyser cette peur qu'il a eue qui n'est pas n'importe quelle peur, je le rappelle, mais qui est une peur fondatrice. Ce n'est pas n'importe quelle angoisse. Je le cite maintenant. Cette conscience avait précisément éprouvé l'angoisse non au sujet de telle ou telle chose, ma cassette, ma femme, ma maîtresse, mes impôts, le huissier, mais elle a ressenti la peur, oui, non au sujet de telle ou telle chose, non durant tel ou tel instant, mais elle a éprouvé l'angoisse au sujet de l'intégralité de son essence, la mort, l'intégralité de son essence, car elle a ressenti la peur de la mort, virgule, le maître absolu.
1:44:58 Ça ressort sous sa plume à chaque fois, le maître absolu. Dans cette angoisse, elle a été dissoute, la conscience, intimement, à trembler dans les profondeurs de soi-même. Dissoute, il faut le prendre concrètement. Ça veut dire, tout ce qui était pour elle des déterminations importantes, fixes, des valeurs, puis, s'est évaporé. Cette conscience a précisément éprouvé, oui, dans cette angoisse, elle a été dissoute intimement, à trembler dans les profondeurs de soi-même et tout ce qui était fixe à vaciller en elle. Ça paraît terrifiant, mais Hegel fait un rappel qui est presque rassurant. Mais un tel mouvement, pur et universel, une telle fluidification absolue de toute subsistance, c'est là l'essence simple de toute conscience de soi.
Pascal, le divertissement, et la libération par le travail
1:45:41 La conscience de soi, rappelez-vous le mot abstrait, au départ, c'est avant tout cette angoisse de pure négativité. Angoisse qui, comme dit admirablement, Pascal dans toute son œuvre, se divertit dans le réel. Pascal est le premier qui a très bien compris la fonction. Il n'emploie pas le mot de négativité, Pascal. Je ne sais pas dans son vocabulaire, mais il montre très bien dans ce qu'il y a de plus profond chez lui l'analyse du divertissement. Et Dieu sait si ce n'est pas un thème marginal dans l'œuvre de Pascal. Non seulement, ce n'est pas marginal, mais il dit dans les pensées que vous savez bien ce passage célèbre, quand je me suis mis à examiner les hommes, je me suis aperçu que tout leur malheur, c'est important, pas un petit détail.
1:46:19 Tout leur malheur vient de ne savoir rester en repos dans son chambre. Parce qu'aussitôt qu'il est en repos, qu'il n'y a plus des choses pour le divertir, il va penser à sa finitude, à la mort, etc. Il va être inconsolable. Donc, il est bon qu'il se divertisse. Et il dit, il ne faut pas faire le malin et dire que les hommes sont stupides et se divertir alors que la mort les attend. Au contraire, ça montre la sagesse de l'homme, dit Pascal. Très bien. Là, il a vu la négation, la négation. Pascal a raison à quoi ça sert de poursuivre toute la journée à la chasse un lièvre dont on ne voudrait pas s'il était offert le matin aux chasseurs à l'aube.
1:46:54 Non, tu n'as pas besoin de la chasse, tiens. Je reviens du boucher, il t'offre ce lièvre. Un vrai chasseur, ça ne le satisfait pas. Ce qui l'intéresse quand même. Ça a l'odeur des brumes le matin, la chasse, l'odeur des halliers. Et voilà. Et même dans une forêt où je ne vois aucun animal, si on me dit que je risque d'en voir il y a déjà plus d'intérêt, c'est un jeu que je partage je croisime avec vous que si on me dit que tu ne se posais pas de m'avoir, il n'y en a jamais eu. Voilà, c'est un divertissement. Et donc Pascal est le premier, soyons sérieux, à expliquer ce que nous désirons non pas par la carotte qui est devant moi et que j'essaye d'attraper, non pas en examinant l'objet du désir que je poursuis, mais en nous faisant penser à ce que je fuis, à ce qui est derrière moi et non pas ce que devant moi.
1:47:35 C'est là que Pascal a bien saisi une forme de négativité. Je tenais à lui rendre cet hommage parce que d'ailleurs Hegel cite, Pascal, j'ai un passage sur Philosophie du droit où Pascal avait été violent contre ce qu'on appellerait aujourd'hui des centristes. Centristes de l'esprit, ne se souvient pas d'un politique politicienne, des hommes admirables dans tous les camps. Centristes de l'esprit. J'avais un ami qui avait écrit une pièce qui est dans la collection Folio qui s'appelle Arthur Adamov qui a été un dramaturge à l'époque de Beckett et Ionesco qui avait écrit M. le Modéré.
1:48:12 C'est terrible parce que le monde est gouverné depuis une soixantaine d'années par des modérés. Et son M. le Modéré est encore plus destructeur croyez-moi et sanglant que M le maudit qui ne fait jamais que des meurtres singuliers. C'est déplorable mais enfin qui est limité. Voilà. modéré. Oui, c'est quelqu'un qui a la hantise des extrêmes qui veut toujours à ce point de vue. Alors, et Pascal citant l'Évangile avait cité ce passage admirable des actes des apôtres qui a ce que l'esprit dit à l'église de Smyrne où le prédicateur dit à quelqu'un qui devait être un peu mollasson dans le prosélytisme chrétien du début tu n'es ni froid ni bouillant tu es tiède et c'est pour cela que je te vomis.
1:48:59 C'est magnifique. Donc, ici, alors là, on n'est pas dans la demi-mesure dans cette angoisse je répète tout ce passage elle a été dissoutue intimement à trembler dans les profondeurs de soi-même et tout ce qui était fixé à vaciller en elle mais, je rappelle le bilan un tel mouvement qui semble un traumatisme exceptionnel dit Hegel ne nous fait que révéler l'essence simple pour tout homme de sa conscience de soi face à la mort. Alors, on dirait mais c'est désespérant cette pensée c'est-à-dire que je crois que j'étais à ma vérité c'est pour me dire que ça s'existe j'ai qu'à me flinguer parce que je sais qu'il faut mourir ça me gâche tous les...
1:49:34 tous les plaisirs de la vie je vais m'aller plus loin parce que je parlais de Pascal et me servais de Pascal pour faire une axiomatique tenez, une axiomatique de la mort je vous la propose Pascal était, comme vous savez tous et en plus d'être un immense penseur je ne dis pas un philosophe extrêmement utile à la philosophie croyez-moi je ne décerne pas les prix et les philosophes sont les abrutis et de très grands penseurs ils ne sont pas des philosophes donc Pascal était aussi un immense mathématicien comme vous savez il a inventé le calcul des probabilités il a inventé la première machine la première calculette vous savez et puis à 16 ans il connaissait il avait retrouvé toute la géométrie d'Euclide par pure déduction cet effrayant génie comme disait Chateaubriand en bon romantique la pause je finis le jour sur Pascal allez on fait la pause c'est l'heure d'un pause tout de suite et le raisonnement c'est celui-ci l'homme est fini on va prendre ça comme prémisse du raisonnement le fini dans l'espace par son corps dans le temps par la mort l'homme est fini deuxièmement théorème c'est Pascal qui parle le fini s'anéantit devant l'infini vous êtes d'accord par rapport à l'infini
1:50:44 10, 100, 1000 kif-kif c'est zéro le fini s'anéantit devant l'infini les mathématiciens c'est le moment où le calcul l'infinitésimal commence à apparaître Pascal est mort un peu jeune au moment où Newton et Leibniz ses deux compères guettant les manuscrits de Pascal Leibniz a tout fait pour Pascal est mort pour ses manuscrits mathématiques c'était mon industriel qui était en jeu de calcul l'infinitésimal on ne plaisante pas vous voyez sur ces questions sur l'infini et donc le fini s'anéantit devant l'infini l'annulation la dérivation etc donc si l'homme est fini c'est que le fini s'anéantit devant l'infini continueusement vous-même il suffit d'être d'accord avec soi-même donc l'homme est néant ce qui finit c'est un infini l'homme est néant donc il n'a pas de nature et donc vous voyez comme la langue est profonde il a besoin de la coutume comme seconde nature pour exister il se produit librement une nouvelle nature à laquelle il n'est pas assigné par la biologie etc il fait comme dit Hegel une ruse de la raison il se sert des lois naturelles pour retourner la nature contre elle ici je vais faire un petit barrage qui va empêcher la rivière de déborder et c'est ça la machine pour Hegel l'homme se sert des lois naturelles
1:51:54 pour inverser les processus naturels c'est la ruse de la raison la raison est ingénieuse elle est ingénieur et il s'anéantit devant l'infini et donc il y a une seconde nature alors on dirait c'est désespérant alors chez Pascal bien sûr ça se résout parce que le problème du salut après la mort on n'est pas là l'ignorance ne s'apprend pas comme dirait ce pauvre Nerval donc réfléchissant ici Hegel nous assure l'essentiel de la conscience que ce soit c'est pour nous rappeler et c'est pas un hasard si je vous ai lu le texte sur l'outil tout à l'heure l'outil qui a produit un monde qui a produit le monde qui nous permet de nier cette négation qu'effectuait la nature sur nous au départ deuxième négation qui crée une nouvelle positivité pourquoi j'en ai parlé avant pour comprendre ce qui va s'éclairer maintenant je l'espère c'est que c'est pas un drame d'apprendre que nous sommes mortels ça fait longtemps que l'on le sait ce qui est important c'est de reconnaître tout l'effort qu'a fait l'homme depuis pour ne pas en rester à cette pensée désespérante mais à produire ces prodigieuses occasions
1:53:05 de se divertir mais pas au sens fun maintenant au sens le plus profond qu'il soit c'est à dire par la production économique matérielle l'homme s'est éloigné de cette peur ancienne et c'est pour ça que c'est c'est pas pour faire du sentimentalisme excusez-moi mais quand je vois une vieille faire la manche dans la rue c'est que ça me retourne je n'ai qu'en s'il y a une vieille dame en plus c'est quand même épouvantable ce qui est impardonnable c'est une société extrêmement riche n'est-ce pas non pas seulement qu'elle soit dépourvue matériellement les gens sont habitués à se priver de beaucoup de choses mais la détresse morale qu'est-ce que vous voulez ça veut dire que dans un lieu et dans une époque de grande production matérielle on enlève à cette dame pas seulement le fait de pouvoir manger s'habiller, se vêtir contre le froid bien sûr c'est important mais pas seulement c'est plus grave il y a crime mais pas seulement faute c'est qu'on lui enlève tout moyen de penser à autre chose c'est bien joli d'avoir la dépression mais entre avoir la dépression et ma chérie c'est pas grave t'as qu'à aller un mois au Bahamas je te soigne ta dépression je ne critique pas j'aimerais bien pouvoir le faire c'est pas la même condition que celle qui a sa déprime
1:54:15 en étant qu'est si rafran pris et qui se demande comment elle va assurer les fins de mois vous voyez dans la misère il y a un aspect qui n'est pas seulement matériel la reconnaissance par l'autre suppose un certain statut social qui est dénié c'est ce qui est c'est ce que rappelle ici cette angoisse c'est l'essence simple de la conscience de soi c'est pas une si mauvaise nouvelle et donc il veut dire par là que la conscience de l'esclave s'est enrichie culturellement d'un savoir que le maître n'a pas le maître est plus nié vis-à-vis du réel que l'esclave qui sait que c'est notre relation à la mort et à la matière qui est décisive et quand on la surmonte on s'en libère donc je répète ce passage mais un tel mouvement pur et universel qui a été provoqué par la peur la peur absolue une telle fluidification absolue de toute subsistance c'est là l'essence simple de la conscience de soi et on y revient à l'absolue négativité le pur être pour soi qui est donc enfin en cette conscience même la conscience de l'esclave ce moment du pur être pour soi est aussi pour elle car dans le maître ce moment est son objet cette conscience n'est plus donc cette dissolution universelle en général dans le service elle accomplit cette dissolution et la réalise effectivement en servant
Mallarmé reconnaît les travailleurs qui ont fait le monde
1:55:25 elle supprime dans tous les moments singuliers son adhésion à l'être-là naturel et en travaillant l'élimine elle s'en libère et le chapitre qui suit s'appelle la culture ou la formation Bildung ça permet de donner Bild, une image voilà on va faire la pause après cette citation si vous le voulez bien j'enchaîne en revenant sur le j'ai dit sur l'outil l'instrument et le travail et le fait que l'homme produise une positivité qui n'était pas produit dans l'ordre de la création en produisant à la place de la terre ce qui est devenu le monde vis-à-vis de cet outil et de l'importance et de ce qu'on doit donc à ces millions de travailleurs anonymes qui ont produit le monde dans lequel nous vivons y compris le patrimoine les patrimoines dont nous jouissons je je me réfère à deux textes que je n'ai pas sous la main malheureusement mais que je vous recommande chaleureusement un qui est vraiment
1:56:35 le plus inattendu pour parler de ce domaine je vais chercher les illustrations de la sueur du prolétaire de tous les temps chez un poète décadent élitiste dans sa tour d'ivoire je pense à Mallarmé je crois qu'un des plus les plus beaux hommages qu'on a jamais rendu au travail humain c'est dans un texte de Mallarmé qui est une partie d'une réflexion en prose j'aime beaucoup la prose de Mallarmé j'aime bien ses poèmes mais je trouve sa prose encore plus décisive ça s'appelle variation sur un sujet et il y a plusieurs chapitres le tout premier s'appelle conflit au pluriel je vous en raconte la petite dramatique le narrateur c'est lui dans ses méditations on arrive à comprendre c'est de Mallarmé on arrive à comprendre quand même en gros qu'il avait l'habitude de faire une petite promenade dans un petit coin de banlieue vers un petit pavillon une maison abandonnée qu'il aimait bien le propriétaire n'étant pas là aller contempler le coucher de soleil et voilà que
1:57:47 ce soir-là il y arrive comme d'habitude pour voir son petit coucher de soleil avec ce joli point de vue et hop l'endroit lui est gâché parce qu'il y a une escouade d'ouvriers qui sont en train de construire une voie de chemin de fer alors il est sur du mal impossible c'était mon coin c'est un truc il consolait du malheur de l'être là il ne voit que maintenant ça jure ça auquête c'est lui qui dit ça crie ça s'interpelle dans un français épouvantable vous imaginez bref une relation tout de suite d'hostilité vis-à-vis de ceux qui sont pour lui des intrus il y a un rapport de force même qui s'esquisse presque comique puisque Mallarmé dit je ferais bien un pugilat avec l'un d'eux qui illustrerait la lutte des classes c'est lui qui dit la lutte des classes sur le gazon et puis quand il voit un de ses ouvriers costaud qui le traite de fumier c'est dans le texte Mallarmé dit impossible de l'annuler mentalement j'aime bien cette phrase parce qu'on voit qu'il essaie il est comme costaud mentalement de parfaire l'oeuvre de la boisson de le coucher en terre et tout le passage admirable il a fatigué il court voir à ma place
1:58:57 mais il a tellement raison que les heures passant l'escouade des travailleurs gît dans un sommeil abruti de fatigue et Mallarmé continue sa règle et dire voilà je vais enfin pouvoir enjamber et pouvoir manger sur les et puis là il y a un passage admirable c'est un dieu je ne peux pas les enjamber ils ont créé l'être ils ont créé le monde ils ont tiré l'eau de la source ils ont construit les temples car l'homme ne vit pas seulement de pain un passage admirable c'est quand même vous voyez ce n'est pas chez Marx chez Lénine c'est chez Mallarmé poète aristocratique élitiste et décadent que je vois ici une reconnaissance au sens hégélien je ne demande pas à quelqu'un de militer pour ces pauvres gens mais au moins d'avoir la position de Mallarmé qui est de reconnaître au moins les déterminations dans lesquelles il se trouve placé il y a un splendide hommage je ne mets pas le texte sous les yeux malheureusement mais il est poétiquement admirable il y a un hommage à ceux qui ont tiré la force de construire les temples à partir de et il dit je ne peux pas les enjamber comme si je ferais quelque chose d'indu et ils me dérobent
Logos, nature, esprit ; esprit subjectif, objectif, absolu
2:00:09 actuellement par leur sommeil plus que par leur cri tout à l'heure des constellations voilà donc c'était une illustration d'arrière-garde par rapport aux propos de la première partie et dans cette seconde partie j'aimerais en prévision de la présentation de la citule de Hegel la prochaine fois expliciter enfin les principales articulations du système on est en allemand du système Hegelien puisque avec la phénoménologie on ne voit pas le système mais toutes les étapes que la conscience doit franchir toutes les étapes que la conscience doit franchir pour arriver à ce savoir absolu en lequel consiste la présentation systématique du savoir donc c'est maintenant qu'on va le voir et ne m'en voulez pas si ça prend un petit tour dogmatique mais qui n'est plus pour vous puisque vous connaissez grâce à la phénoménologie les médiations qui font que ceci n'est pas asséné tel et quel tout de même alors dans l'hégélianisme tel qu'il est enseignable comme un corpus tout fait donc je prends le résultat si vous voulez en vous demandant de ne pas le couper du devenir qui a permis sa constitution il y a un enchaînement permanent
2:01:19 de cercles en trois étapes je m'explique il y a un premier cercle fondamental qui se fait en trois étapes thèse, antithèse, synthèse si vous préférez mais ça c'est l'articulation de la dialectique ces trois étapes sont le logos la nature l'esprit c'est les trois cercles fondamentaux du système hégélien le logos d'abord qui l'explicite dans son oeuvre la plus développée la logique la grande logique la Wissenschaft c'est la logique la science de la logique qui est la publication à laquelle il s'est attaché tout de suite après l'apparition de la phénoménologie de l'esprit dès 1811 donc le logos c'est à dire l'ensemble des déterminations conceptuelles à l'oeuvre d'un langage dont nous servons vous et moi pour communiquer puis la nature deuxième cercle la nature pour Hegel ce serait l'esprit qui s'aliène complètement dans la nature le privé de pensée par excellence et la résurrection après de l'esprit dans la nature par l'esprit l'histoire par l'homme en gros autrement dit le logos meurt dans la nature
2:02:30 et ressuscite à travers l'histoire et à travers l'homme dans l'esprit logos nature esprit voilà les trois cercles ensuite dans ces dans ces cercles il y a de nouveau des divisions toujours en trois temps ça c'est facile à repérer donc je laisse ici pour l'instant la nature qui ne me concerne pas ce qu'a dit Hegel de la physique ou de la biologie ou de la chimie mais je reviens tout de suite aux sciences de l'esprit et ils divisent l'esprit en trois étapes esprit subjectif esprit objectif esprit absolu alors ça paraît dogmatique quand on pense que le système sans devenir en fait l'esprit subjectif c'est tout ce qu'on peut dire de l'esprit de la pensée en termes psychologiques si vous voulez l'esprit subjectif la conscience l'inconscience c'est des choses qui sont familières à l'honnête homme du XXe siècle l'esprit objectif par contre c'est une notion proprement hégélienne et moins familière c'est tout le contraire du petit un du esprit subjectif ce sont des choses concrètes l'esprit objectif c'est l'esprit qui s'est réalisé dans des objets dans des institutions par exemple étudier l'histoire du droit savoir faire à l'esprit objectif
2:03:40 comment le désir humain s'est institué dans des textes par exemple il marque le coup Hegel sur le code d'Hammourabi vous savez c'est le premier code juridique apparu dans l'histoire humaine enfin l'archéologie qui tient sur une stèle c'est pas grave aux voleurs on tranchera la main bon voilà le premier code juridique Hegel nous dit ça nous paraît barbare certaines dispositions mais ce qui est remarquable c'est que pour la première fois le droit dépendait d'un texte reconnu par tous ça dépend plus de l'arbitraire si vous voulez du sanglant despote qui est là voilà il y a un droit auquel tout le monde se réfère c'est pas énorme donc ça c'est l'esprit objectif au sens qui s'est objectivé dans du concret dans du réel dans du tangible et dans cet esprit bien sûr l'art l'état c'est une incarnation de l'esprit dans l'objectivité l'état ça peut être aussi bien quand il dit l'état ça peut être aussi bien un système de chefferie au fond de l'Amazonie dans une tribu je fais une petite parenthèse à ce niveau parce qu'il y en a surtout ceux qui ont eu Deleuze ils croient comme ça parce que Deleuze a de grands développements sur le sauvage sur le barbare et le civilisé et qui croient que
2:04:51 certains documentaires actuels d'ailleurs essayent de l'illustrer que l'état moderne serait le commencement du totalitarisme et que je pense à certains documentaires parce que j'ai vu que vous avez dû en voir comme moi où on dirait que le passage à l'agriculture à la sédentarisation serait le début de la barbarie et que seul le chasseur du paléolithique serait un homme digne de ce nom et que l'instant que l'homme s'est fixé s'est institué il est devenu un sauvage alors je rappelle à ce titre que quand il y a quand on croit que comme Deleuze qui a comme ça des je tombe bien de la chance dans un monde où il n'y a pas de codification de loi je rappelle qu'il y a des peuples africains je n'aime pas dire le mot très vite il y a des peuples africains qui parlent d'une langue commune par exemple dans lesquels il est interdit à une femme de penser je ne veux même pas de le prononcer parce que là ce serait encore plus grave de penser le nom de son mari lorsqu'elle a ses règles ça le souillerait
2:06:01 j'imagine mal un monde aussi totalitaire que celui-là où la loi vient traquer l'individu y compris dans ce qu'il pense aller vérifier la peau vie il me suffit qu'on me dise de ne pas penser pour que je fais la tentation de penser c'est terrible ce genre de voilà rappeler tout de même quand je dis l'état ne croyez pas que l'état soit le propre de cette société moderne et qu'il y a des sociétés heureuses qui ignore l'état dès l'instant qu'il y a une loi qui introduit la circoncision pour les garçons l'infibulation et l'excision entre les filles on est dans l'ordre de l'État donc tout ça c'est ce que Hegel appelle l'esprit objectif on n'essaye pas de prendre la tête de faire de la psychologie c'est parce que je pense l'intérieur s'exprime l'intérieur s'est exprimé il a fait des outils il a construit des états il a créé des civilisations et là on prend en flagrant délit le contenu du désir et donc quand on a affaire à l'esprit objectif pour Hegel on est beaucoup plus près des profondeurs de l'esprit vous voyez la dialectique l'esprit s'étant extériorisé on voit mieux sa profondeur que lorsqu'on cherche à l'intérieur dans un je ne sais quoi le procès d'intention c'est toujours douteux et heureusement en termes juridiques le procès d'intention et enfin la dernière étape
Symbolisme, classicisme, romantisme ; dieux égyptien, grec, chrétien
2:07:11 donc esprit subjectif esprit objectif esprit absolu et dans l'esprit absolu de nouveau trois étapes ça ne vous donne pas le tournis c'est au contraire plus facile comme refaire dans l'esprit absolu c'est à dire la dernière étape de l'esprit où il se retrouve enfin lui-même après toutes ces formes d'aliénation qui a parcouru dans l'histoire il y a trois étapes alors là je ralentis l'art c'est pour annoncer le jeudi prochain l'art la religion la philosophie je fais remarquer au passage que cette hiérarchie est précise que que Hegel qu'on soupçonne qu'il est souvent d'un fond de mysticisme et c'est le jeune Marx qui revient souvent là-dessus et que sa dialectique est une excellente méthode qui sera enfermée dans une gangue mystique Hegel ne met pas la religion comme ultime étape de l'esprit alors que la religion en général devrait être le couronnement pour un religieux le couronnement n'est pas toutes les étapes de la conscience non c'est l'avant-dernière la religion au-dessus il y a la philosophie avec la nécessité de la réflexion de la séparation de la pensée etc.
2:08:15 et donc je reviens à mes trois étapes l'art la religion la philosophie c'est important de voir ces étapes parce que je dessine en gros les grands lignes que je vais détailler la prochaine fois mais si j'isole maintenant l'art comme étant un de ces domaines de l'esprit objectif et absolu où l'homme ne s'est pas contenté d'avoir des ah c'est vraiment bâtard là apparemment c'est la conférence des oiseaux mais oui mais c'est l'heure c'est parce que vous avez perdu une demi-heure je voudrais m'appeler saint françois d'assise les oiseaux mais c'est l'heure des oiseaux ils reviennent au nid et là c'est la grande sarabande il y a un très beau tableau de Giotto qui a fait saint françois d'assise parlant aux oiseaux là c'est les oiseaux qui me parlent mais il faut juste que tu parles un peu plus fort qu'eux d'accord je vais essayer alors essaye de hausser à mon avis ils ne sont pas d'accord ils font dans le modèle non ils s'intéressent à autre chose donc voilà si j'isole l'art dans la triade art religion philosophie vous avez de nouveau trois étapes dans l'art je vais là un petit peu creuser la première étape c'est ce qu'il appelle le symbolisme la seconde le classicisme et la troisième
2:09:25 le romantisme et alors pour lui ça correspond à des divisions historiques ce n'est pas de l'histoire mais ça correspond à des divisions historiques ce qu'il appelle le symbolisme en gros et il s'y réfère souvent c'est l'art oriental l'art oriental c'est un concept extensif ça comprend aussi bien les millions de figures qui grouillent des sculptures sur un temple hindou caractérisé par cette prolifération égale à bien vu la substance prolifique l'orient et donc si vous comparez ça à une journée pour faire une unité de temps comme vous voudrez le théâtre classique vous avez le matin de l'esprit qui serait l'art oriental l'oriental vous avez le soir qui est notre monde le monde hespérique comme dirait Hölderlin le monde occidental c'est hespérique dit en grec ce que dit occidental dans le latin il déclame et entre les deux il faut bien un moment de midi vous devinez que c'est la Grèce donc l'esprit qui se lève en orient qui a son zénith à midi ça ne veut pas dire qu'il a atteint sa perfection à midi et qu'après plus rien ne vaut rien c'est au contraire qu'il manque encore une dimension mais je ne peux pas anticiper sur la suite et enfin
2:10:35 l'art chrétien alors vous voyez il y a tout un système d'analogie l'art symbolique ou substantiel c'est ce qu'on va voir c'est à dire le moment où il va répartir toutes ces trois étapes de l'art avec deux termes le contenu et la forme deux concepts qui reviennent tout le temps dans une discussion esthétique alors ce qui caractérise l'art orientale c'est que le contenu cherche sa forme et ne la trouve pas c'est le début donc il violente la matière et c'est j'y faisais allusion c'est la prolifération des sujets sur un temple indou des détails sur les illustrations d'un livre sacré de pensée chinoise vous verrez deux mille démons en train de grouiller c'est pas péjoratif tout ça ce sont les incarnations de l'absolu pour Hegel ne l'oublions pas tout ça ce sont des divisions de l'esprit absolu c'est des hommages qui le rendent et il est le premier d'ailleurs à écrire une oeuvre une grande esthétique où il demande à ses lecteurs de rendre hommage à l'effort plurimillénaire de l'humanité pour s'être réalisé et incarné dans des réalisations objectives
2:11:45 et donc partageable soit dit en passant donc le contenu cherche sa forme ne la trouve pas il a soumis à une violence l'infinité de la substance orientale je vais y revenir bien sûr on n'a pas fini avec l'orient loin de là avec le monde grec le contenu trouve sa forme il y a un équilibre entre contenu et forme et avec le monde chrétien et ou romantique le contenu dépasse la forme donc dans le grand 1 l'orient il la cherche dans le second la grèce il la trouve dans le troisième le monde moderne chrétien ou romantique il la dépasse chrétien sur le sens culturel bien sûr peu importe qu'on soit athée ou croyant ne change rien à l'affaire culture alors regardons regardons ça de plus près quand comparons la représentation de Dieu de l'absolu dans l'art pas de discussion théologique si on est dans l'art du Dieu égyptien par exemple du Dieu grec et du Dieu chrétien il y a une progression étonnante de cohérence quelque part la progression je parle dans l'art oriental pour ne pas
2:12:55 le modèle égyptien le Dieu écrase l'homme c'est le Dieu titanique le Dieu colossal les colosses de Memnon et hiératique qui semble à peine logique qui semble indifférent aux souffrances à l'usée d'âme de la journée qui sont faits pour l'éternité tel qu'en eux-mêmes l'éternité les change si je puis dire les divinités égyptiennes et en même temps une fusion de l'animalité et de l'humanité Dieu à tête de chacal à tête d'ibis tot je parle Thot parce que c'est le patron des intellos le bec d'ibis c'était celui qui était censé écrire avec son bec c'est malin c'est le Dieu scribe c'est joli comme image bon alors voilà l'esprit fait encore un énorme le sphinx lion à tête d'homme ou homme à tête de lion il y a un effort de spiritualité pour se dégager des déterminations naturelles de l'animalité qui fascine les Grecs et alors que dans la statuaire grecque toute relation à l'animalité à la nature a disparu c'est un homme j'allais presque dire comme vous et moi à une nuance près bien sûr c'est-à-dire qu'il est plus écrasant il est plus colossal il fait 1m70 en gros
2:14:05 75 et mais il y a quelque chose qui manque ouais et que va apporter la représentation de dieu chrétien c'est-à-dire cette espèce d'avorton qui se tord de souffrance sur une croix et là il y a un pas en profondeur ce qui manquait au dieu chrétien c'est de creuser la notion du mal de la souffrance c'est admirable comme analyse c'est-à-dire qu'au fur et à mesure qu'on passe du dieu des colosses de Memnon au Christ souffrant sur la croix en passant par l'apollon du belvédère ou l'origine du belve comme vous voulez vous avez une représentation du divin qui est de plus en plus proche de l'homme c'est ce qui fait dire à Hegel cette phrase magnifique les orientaux savaient qu'un seul est libre les grecs surent que quelques-uns les citoyens sont libres pas les esclaves les modernes savent que tous sont libres en puissance et c'est pour ça c'est pourquoi pour lui à partir du moment où ça se confirme d'une manière presque matérialiste si je puis dire le christianisme correspond historiquement à la suppression de cette force productive si vous voulez parler d'un terme marxiste
2:15:15 pour ceux que ça intéresse quelle est la force productive qui est la base de toute l'antiquité avant l'avènement du christianisme c'est l'esclave c'est la main d'oeuvre musculaire humaine ou animale mais ici en l'occurrence humaine à partir du moment où l'homme ne doit plus s'abaisser devant un souverain rendez à César qui est à César rendez à Dieu ce qui est à Dieu ne peut plus s'abaisser devant un souverain mais devant quelqu'un qui n'est jamais là l'homme ne s'abaise plus c'est l'émancipation chrétienne d'ailleurs c'est pas un hasard si le christianisme a commencé à être populaire dans la population des esclaves dans les faubourgs de Rome à l'origine ce film a eu un tel succès précisément c'est parce qu'il était en phase avec la nouvelle mentalité imaginez qu'un type comme Crassus qui appartenait au deuxième triumvirat après la mort de César Crassus avait à lui seul c'est un particulier un privé comme on dirait aujourd'hui 10 000 esclaves à lui tout seul c'est des limites c'est la Rome impériale tout de même je vous dirais et vous voyez dans le rapport de force auquel il faisait allusion tout à l'heure si ces 10 000 esclaves sont unifiés il ne fait pas le poids le Crassus je reviens en arrière et je reviens à Platon je vous recommande
2:16:25 de venir au Gorgias à ce qui est peut-être le dialogue le plus intensément dramatique de Platon le plus qu'un chef d'oeuvre politique à mon avis où il y a une discussion à un moment donné avec un sophiste sur la notion de force précisément et Socrate avance cette hypothèse complètement farfelue pour le sophiste et encore pour l'opinion maintenant qu'il vaut mieux subir une injustice que la commettre on ne sera pas lui dit l'autre tu préfères être à la place du gars qu'on torture plutôt que de subir qu'une torture oui, notre exemple il est là mais ce n'est pas possible enfin quand même si on n'est pas piqué il vaut mieux faire le mal et en profiter si on ne vous attrape pas quand même qu'être une pauvre victime et donc l'exclusion c'est ça mais ce n'est pas notre problème donc je passe et à un moment donné il dit alors c'est quoi le principe pour toi dit Socrate et moi c'est la force voilà il est très bien alors dans ce cas là puisque l'interlocuteur avait dit ce qui est d'ailleurs très pré-nietzschéen Calliclès s'appelle l'interlocuteur oui toutes vos lois vos morales tout ce que la cité on ne doit pas faire ceci on doit faire cela ce sont les faibles qui ont inventé ça pour jeter des filets sur nous les individus d'exception sur les forts sur les maîtres c'est dit en toutes lettres dans le Gorgias vous voyez on croit que c'est Nietzsche qui l'a dit il y a un siècle il y a 2000 ans cette pensée et la religion la menace
2:17:35 de châtiment après la mort ce sont des incantations le mot est dit comme on raconte des histoires pour faire dormir les enfants pour leur faire peur pour les faire dormir de même on raconte comme ça qu'on sera puni si on a fait des fautes et tout et c'est pour museler les individus d'élite c'est-à-dire les plus forts bon très bien des Socrates les petits nazis ont un mot les Calliclès alors il dit mais dans ce cas-là qu'est-ce que tu appelles la force la diction devient sérieuse qu'est-ce que tu appelles ça devient Socratique et Platonicien la force physique dans ce cas-là il dit je pense à Crassus la cité réunie est quand même toujours plus fort qu'un tyran isolé alors oui ça va pas non mais je ne parlais pas la force physique je voulais dire aussi bien les plus malins quoi vous l'entendez vous l'entendez souvent les petits patrons qui s'est débrouillé qui partent le plus malin la force de l'intelligence et Socrate lui dit tu vois tu me reproches de toujours dire la même chose et toi je te reproche de jamais dire la même chose tantôt la force c'est la force physique tantôt c'est l'intelligence on va savoir voilà pour ce qui est de la force donc je reviens à mon propos le divin
2:18:45 qui est asymétrique le divin égyptien qui est colossal et qui écrase la créature et la créature tremble devant la statue c'est bien différent les jambes collées vous voyez Hegel est concret il part de l'oeuvre il fait parler l'oeuvre il n'essaie pas de parler sur l'oeuvre il n'interprète pas les mouvements sont beaucoup plus contraints c'est pas un reproche esthétique c'est ce qui fait que ce sont des chefs-d'oeuvre parce que c'est conforme justement au monde dans lequel l'égyptien les mouvements sont pas très alors que le dieu grec il a un pied devant l'autre il a la bouche ouverte pour parler non pas pour manger comme le scribe accroupi et ainsi de suite mais il y a une espèce de sérénité dans le dieu grec de sérénité au-delà de tous les conflits qui fait qu'il lui manque encore une dimension pour que la figure humaine qui pour Hegel est l'esprit s'incarne à travers toutes ces approches progressives de soi il manque une dimension de souffrance que va apporter précisément le
La culture n'est ni simplicité naturelle ni jouissance
2:20:04 et je peux vous illustrer ça à partir d'un texte très clair qui est de la philosophie du droit et qui est actuel par rapport à certaines velléités actuelles de retourner à des sociétés patriarcales ou de décroissance vous connaissez ça mieux que moi j'allais presque dire vous allez voir ce qu'il en dit ici voilà les conceptions de l'innocence de l'état de nature de la simplicité des mœurs des peuples primitifs vous savez Hulot ah ces populations qui vivent en harmonie avec la nature alors lui il a un matos que j'aurais jamais c'est une espèce de comment ça s'appelle les ULM non ?
2:20:47 oui on survole le kilomètre c'est admirable les images je coupe le son et je garde voilà il nous dit ces peuples qui vivent en harmonie avec la nature alors que ces peuples n'ont qu'une chose c'est d'avoir envie d'un dixième du matos qu'il a enfin passons donc les conceptions de l'innocence de l'état de nature de la simplicité des mœurs des peuples primitifs et d'autre part la sensualité alors l'opposé le monde moderne pour qui le consumérisme on dirait aujourd'hui pour qui les besoins leur satisfaction les plaisirs et les commodités de la vie particulière sont des buts absolus ont toutes les deux un même corollaire vous voyez le génie de Hegel de voir dans deux positions apparemment opposées un point commun la croyance est le caractère extérieur de la culture comme si dans tous les cas la culture c'est quelque chose qu'on nous a imposé l'extérieur comme si ça ne correspondait pas à une démarche nécessaire de la conscience on la considère dans le premier cas dans les sociétés patriarcales qui sont actualisées par ces barbus qu'on veut mettre au pouvoir qu'on a mis au pouvoir en Libye qu'on a mis au pouvoir par le pétro-dollar en achetant les votes en Tunisie en Égypte je vais un peu vite ça peut discuter je suis d'accord je suis le premier avec le client et qu'on cherche à mettre au pouvoir en Syrie société patriarcale où la femme est bien muselée tenue à la maison la société patriarcale et c'est le quoi
2:21:57 il parle les gars il en avait dans la campagne chez lui sans aller bien loin on la considère dans ces sociétés patriarcales dans le premier cas la culture comme corruptrice très actuelle dans le second on a fait exploser les bouddhas de Bamiyan et les idoles plus récemment comme corruptrice dans le second comme un simple moyen la culture d'arriver à la jouissance etc. l'une comme l'autre opinion dénote la méconnaissance de la nature de l'esprit et des buts de la raison l'esprit n'a sa réalité que s'il se divise en lui-même s'il se donne les besoins naturels et les relations à la nécessité extérieure pour limiter et pour finitude et s'il parle à la même il se forme en s'y insérant et ainsi les dépasse et obtient son existence objective le but rationnel c'est la phrase la plus importante n'est donc ni cette simplicité de mœurs naturelle voilà pour la décroissance ni les plaisirs que l'on obtient par la civilisation dans le développement de la particularité Strauss-Kahn je le recâble pas vous voulez que je fasse une parenthèse Strauss-Kahn je vais vous dire parce qu'il me dégoûte non non non mais non non comme c'est actuel je ne peux pas m'en empêcher c'est logique
2:23:07 moi ce qui me dégoûte je vais vous surprendre c'est le dégoût qu'il inspire comme j'ai vécu assez longtemps en Afrique je l'ai assez dit souvent je suis dégoûté par l'activité de Strauss-Kahn chef du FMI qui a violenté des millions de femmes dans les pays où il a institué ce qu'on appelle pudiquement au FMI des PAS Programmes d'ajustement structurel que ces choses là sont galamment tournées ça veut dire qu'un spécialiste du FMI arrive dans les pays parmi les plus pauvres du monde un point qu'on ne peut même pas imaginer je pense au Mali au Burkina ou au Niger au Niger plus grand taux de natalité du monde et qui est frappé tous les ans comme plus sa lutte on en parle de temps en temps chaque année surtout par le choléra tantôt ça n'est pas la sécheresse la famine la famine toujours et voilà qui arrive un spécialiste du FMI qui dit à un des pays les plus pauvres du monde vous vivez au-dessus de vos moyens vous allez me faire plaisir de liquider la moitié de la fonction publique et de la privatiser vous avez créé le Burida bureau je le dis que je connais un bureau qui est d'aide à la privatisation alors qu'on sait que dans ces pays là un salaire de fonctionnaire fait vivre peut-être 100 personnes par effet induit c'est une fonction publique vous multipliez le prix des produits
2:24:17 de base vivriers c'est quand même le vital vous le pliez par trois au lieu de contrôler les prix à la soviétique et je vois on vous prêtera peut-être un milliard qu'on se récupérerait les intérêts parce que le FMI n'a de drapeau en termes financiers un drapeau c'est un impayé il n'a de drapeau nulle part tout est bien remboursé de rubis sur l'ongle donc c'est quand même extraordinaire de voir que c'est dans les pays les moins développés que je trouve ce qu'un qui était comme patron du FMI a fait du mal à des millions de femmes je pense aux retraités estoniennes on n'a pas besoin d'aller chercher le Mali ces pays baltes n'est-ce pas qui devaient retrouver et la prospérité et la liberté après la chute du mur résultat je pense aux polonais ils ne peuvent même plus avorter et puis ils découvrent le chômage pas que c'était mieux avant mais franchement ils méritaient mieux que ça ils espéraient mieux que ça quand ils se sont battus contre leur dictature que le pire de nous-mêmes et donc les estoniennes les retraités ont 50 euros par mois de retraite en Estonie depuis Strauss-Kahn y est passé or on ne parle jamais il ne faisait pas scandale à ce moment-là non c'est un homme admirable
2:25:27 qui était le meilleur candidat rappelez-vous le consensus qui a pris les socialistes c'est tout je vais fermer cette parenthèse non mais je ne suis pas pas pour eux je pourrais dire pas du tout on est en plein dans le sujet parce que Hegel est en train de parler du développement de la particularité dans la jouissance on y est en plein mais en plus être la bonne conscience c'est quand même extraordinaire et on l'attrape pourquoi ? ça est mieux que moi pour des histoires d'hommes et de femmes que je ne néglige pas enfin quand même voilà donc c'est très concret ce que dit Hegel là donc excusez-moi voilà le but rationnel n'est donc ni cette simplicité de mœurs naturelles pas que l'on tire un retour en arrière c'est pas un aigri ni les plaisirs que l'on obtient par la civilisation d'un développement de la particularité c'est au contraire de pour les mains oreilles synthèse soumettre à un travail de défrichement c'est presque agricole le propos la simplicité de la nature c'est à dire la passive privation de soi et l'inculture du savoir et de la volonté ou encore soumettre à un travail de défrichement l'immédiateté
2:26:37 et l'individualité où l'esprit fait naufrage et donner à cette extériorité la rationalité extérieure dont elle est capable la forme de l'universel la conformité à l'entendement Hegel admirait c'est pour ça que j'ai pensé à ce passage les égyptiens d'avoir réalisé les pyramides la forme presque géométrique du cristal la pyramide comme ça du cristal là la nature on trouve tout sauf ce genre de symétrie sauf ce genre pour montrer que là on tranche complètement avec l'ordre donné c'est quelque chose d'une création par l'homme sui generis voilà et donc cette progression qui fait qu'on passe d'un contenu qui cherche sa forme d'un contenu qui la trouve et qui s'équilibre avec elle dans le monde grec là on est passé donc du symbolisme au classicisme ce qui est caractéristique le classicisme c'est cet équilibre entre contenu et forme et d'un monde chrétien qui va être beaucoup plus tourmenté esthétiquement vous en doutez jusqu'à l'art et à la littérature d'aujourd'hui au sens où aujourd'hui date à peu près des lendemains immédiats de la révolution française du mal romantique et de ce qui s'ensuit et ses tentatives d'évasion dans l'hédonisme post-romantique deux impasses on a bien vu que chez Hegel c'est deux moments unilatéraux
Le romantisme, le sphinx et la liberté comme sens de l'histoire
2:27:47 du même contradiction non surmonté il est pertinent aujourd'hui de réfléchir à cette progression en trois étapes parce que si le romantisme qu'est-ce que ça veut dire c'est ce que j'ai moins commenté le contenu dépasse la forme ça veut dire que l'esprit quand il se sait lui-même quand il est arrivé à la conscience de soi il ne peut plus trouver dans l'extériorité quelque chose qui lui renvoie son image parce que toute forme toute détermination sera inférieure à la profondeur qui s'est découvert à lui-même et c'est pourquoi les modernes ne sont jamais satisfaits de leur oeuvre n'est-ce pas ?
2:28:26 si vous regardez des poèmes comme la muse malade de Baudelaire parce qu'il y a un thème typique de la modernité c'est d'abord l'impuissance créatrice comme dirait Mallarmé le vide papier que la blancheur défend la hantise de la stérilité littéraire le vide c'était pas le problème c'est pas de Sophocle la stérilité littéraire était plus ou moins inspirée selon les jours mais sa hantise c'était pas mon dieu tout a déjà été dit ça c'est le monde moderne tout a déjà été exprimé quoi donc de toute façon quoi que j'écrive ce sera toujours une détermination inférieure à la sublimité de ma pensée etc donc vide papier j'aime beaucoup l'image le vide papier que la blancheur défend défend contre quoi ?
2:29:04 contre la plume sans doute comme un bouclier voilà alors la blancheur du papier mallarméen le silence de Rimbaud qui arrête toute activité poétique pour aller fuir là-bas en Ethiopie la toile blanche de Kandinsky tout ça ne surgit pas par hasard ça illustre exactement ce que Hegel dit c'est que le contenu est arrivé à un point où ce n'est plus dans la représentation esthétique qu'il peut s'intuitionner et se retrouver il faut quelque chose qui aille au-delà de la représentation et c'est tellement important que ce combat du concept contre la représentation qu'il va même en faire un reproche parce qu'il est très surveillé par la censure mais une déficience du point de vue religieux quelque religion que ce soit il dit la religion c'est la dernière c'est une des étapes les plus élevées de la conscience sans doute la plus élevée où l'absolu ça y est se retrouvent lui-même mais sur le mode de la représentation pas du concept on dirait aujourd'hui dans l'ordre symbolique donc il reste encore à arracher au symbole son mystère et à propos de mystère Hegel était fasciné par la progression
2:30:14 de la figure du sphinx vous voyez je reviens en arrière de l'Egypte en Grèce le sphinx figure qui le fascine le plus dans l'art égyptien il l'appelle le symbole du symbole il dit ça résume à lui seul comme une métonymie la beauté de l'art égyptien c'est l'art du mystère l'art de l'énigme et il dit mais cette énigme il ne faut pas croire que les égyptiens comme certains parlent des extraterrestres qui seraient venus fonder l'humanité ces soucoupes volantes etc c'est beaucoup plus univoque et les égyptiens n'avaient pas eux-mêmes la solution des énigmes qu'ils proposaient c'était des énigmes aussi pour les égyptiens mais quand on passe en Grèce vous savez le sphinx intervient dans le mythe d'Oedipe puisque avant d'entrer dans Thèbes et avant que l'irréparable s'accomplisse l'accès à Thèbes lui est barré par le sphinx qui dévore tous les passants qui ne résolvent pas précisément ces énigmes or il se trouve et Hegel ça n'est pas tombé dans l'oreille d'un sourd que quelle est l'énigme que propose le sphinx à Oedipe voilà enfin ça c'est la réponse
2:31:24 voilà mais la question c'est quel est l'animal n'est-ce pas qui marche à 4 pattes le matin à 2 pattes à midi à 3 pattes le soir alors bien sûr Oedipe trouve que c'est l'homme puisqu'à 4 pattes quand le bébé qui marche comme il peut sur ses 2 pieds à midi quand l'homme est mûr et puis bien sûr avec un bâton une canne à 3 pattes le soir laissons tomber l'anecdote l'important c'est que la réponse à ce qui était énigme pour l'antiquité symbolique c'est l'homme c'est ça que Hegel a vu de profond dans le mythe d'Oedipe et effectivement les dieux grecs sont moins écrasants et beaucoup plus humains entre guillemets à la nuance que le mal et la souffrance ne sont pas encore creusées et sont plutôt éludés on voit que c'est l'art des maîtres je ne sais pas que dans ce qui va suivre donc vous voyez cette progression et bien c'est finalement une progression qui permet de résoudre l'aporie qui est encore une aporie de la pensée d'aujourd'hui c'est la discussion de savoir si l'histoire a un sens on en discute comme un lieu commun depuis l'existentialisme jusqu'à aujourd'hui et la discussion
2:32:35 souvent échoue dans ces deux points de vue il y a ceux qui pensent qu'elle a un sens mais un sens il y aurait comme ça une voie linéaire à laquelle on devrait se conformer alors ça a l'air de compromettre un peu les velléités de liberté et puis ceux qui disent non l'histoire c'est une suite d'absurdité il n'y a pas de sens la question ça pose depuis Hegel du sens de l'histoire le problème de l'histoire déjà oui mais le sens déjà l'histoire avant Hegel n'est pas un sujet proprement philosophique c'est seulement à partir de Hegel que l'histoire mais pas seulement quelque chose avant lui on connaissait le maximum de l'histoire que vous pouvez connaître mais c'est lui le premier qui dit à quel point l'histoire est constitutive de notre être c'est ça son principal apport Kant avant nous rire avait bien écrit la raison dans l'histoire pardon excusez-moi le A essai d'une philosophie rationnelle de l'histoire mais c'était des approches mais jamais chez Kant l'histoire est constitutive de l'individu donc est-ce qu'il y a un sens et si oui il est totalitaire c'est un peu le terme de la discussion tel qu'on enregistre la plupart du temps et sinon c'est un monde absurde
2:33:45 et chaotique or en mettant à la place du sens la liberté les orientaux savaient qu'un seul est libre les grecs savent que quelques-uns les modernes savent que tous sont libres je veux dire Hegel lève l'aporie parce que si on fait de la liberté le sens de l'histoire à ce moment-là c'est pas un sens linéaire imposé et qui à titre programmatique comme un programme d'ordinateur se déroulera inéluctablement qu'on le veuille ou non ça veut dire que ça peut échouer qui vous appartient à vous comme à moi de faire échouer à chaque instant le sens de l'histoire ça s'appelle la barbarie ce qui est monstrueux pour moi ce qui est le plus monstrueux dans les crimes du monde moderne du XXe siècle en particulier c'est pas les crimes en eux-mêmes l'homme est vieux vous savez quand vous regardez près je ne concille pas ça démoralisme enfin je veux dire les atrocités l'époque des Assyriens Gengis Khan tout ce que vous voulez je veux dire on n'a rien à inventer en matière de souffrance torture etc malheureusement l'imagination de l'homme est aussi ancienne que son apparition à ce niveau là j'ai une parenthèse ça va en agacer certains je fasse des détours mais je crois pas que je m'éloigne beaucoup Hobbes disait l'homme est un loup pour l'homme ça mais c'est bien connu cette proposition à quoi Spinoza rétorquait l'homme homo homini deus l'homme est un dieu pour l'homme Spinoza est quand même
2:34:55 plus subtil que Hobbes parce que Spinoza contient Hobbes et la réciproque n'est pas valable Spinoza va faire comprendre Hobbes c'est parce que l'homme est un dieu pour l'homme il a très bien anticipé ce que Hegel dit de la reconnaissance qu'il a besoin d'être reconnu comme homme par l'homme qui se montre plus monstrueux que n'importe quel loup envers l'autre homme quand cette reconnaissance ne lui est pas accordée point voilà je vais dire de toute façon je ferme la parenthèse donc ce qui est monstrueux c'est pas les crimes en eux-mêmes c'est le fait qu'ils aient surgit chez vous chez moi c'est dans une société qui pensait s'être libérée de la barbarie qui était dans le raffinement la civilisation et dans l'humanisme c'est ça qui est monstrueux c'est une régression en tant que ça a été une régression que c'est monstrueux c'est le retour de la barbarie dans une société qui ne devrait pas l'être le barbare des origines est incomparablement moins coupable l'animal ne l'est pas du tout que quelle atrocité apparente que fasse l'animal il n'y a pas de bien de mal dans la nature que celui qui fait ressurgir le pur rapport de force dans ce qui depuis la nuit des temps a essayé timidement d'instituer le droit à la place de la force donc c'est une véritable ici régression
2:36:06 donc en faisant la liberté le sens de l'histoire et en disant tout de suite que c'est si plus linéaire que ça peut capoter c'est pour ça que j'ai fait allusion je ne suis pas pessimiste spécialement mais je vous ai montré qu'il appartient à l'humanité de ne pas faire en sorte que cette liberté aille au gouffre la liberté ce n'est pas le bien la liberté c'est la possibilité de faire le mal aussi bien que le bien mais c'est aussi le mal donc je veux dire c'est une position en mettant la liberté à la place du sens vous avez la seule manière de donner une intelligibilité à l'histoire au comportement humain chacun peut être libre être reconnu par l'autre comme tel si je paye si je paye une femme une jolie femme tous les jours pour me dire tout le matin que je me réveille tu es le plus beau tu es le plus intelligent etc.
2:36:47 je vais être ravi la première fois pas le premier matin si je suis un vaniteux nous sommes tous le deuxième jour c'est charmant ça me paraît déjà un peu moins crédible le troisième jour j'en ai ras-le-bol le bout de huit jours c'est pas moi qui ai inventé c'est Voltaire dans Zadig qui imagine un souverain comme ça qui était un peu vaniteux et Zadig tu veux te le faire passer et il invite un orchestre à lui dire tous les matins ses louanges genre tu es le plus grand roi de l'Orient tout le monde admire de la bikini jusqu'à la Cidici etc. et lui trouve ça délicieux le premier matin et puis ça devient insupportable jusqu'à la nausée parce qu'il répète ça tous les matins voilà donc je veux dire ce qui m'intéresse c'est qu'on me le dise librement comment voulez-vous qu'une reconnaissance de l'autre soit gratifiante pour moi si elle n'émane pas d'un être libre donc si être libre pour moi c'est être reconnu comme tel par l'autre libre j'ai intérêt que l'autre le soit je fais pas de la morale je suis pas en train de dire c'est pas bien qu'il y ait des pauvres et riches c'est pas bien regardez ils sont malheureux non c'est pas de la morale c'est pas du devoir être je suis pas dans Kant je suis dans Hegel là dessus je ne sais pas si c'est une conclusion mais je t'invite à la faire rapidement parce qu'on a plus de lumière et on t'entend mieux qu'avec les piaf je sais pas ce que vous en pensez
2:37:57 mais je crois que ce serait une belle conclusion c'est quand même pas une mauvaise c'est pas une mauvaise nouvelle voilà