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L'époque de Hegel et le tour d'Allemagne des jeunes penseurs
0:00 La dernière fois, on a un petit peu tourné autour du pot, dans la mesure où la lecture d'une œuvre aussi difficile que celle de la phénoménologie de l'esprit, si on... moi je veux bien, je vous lis une séquence, c'est du chinois, accessible, traductible, je vous rassure.
0:38 Mais bonjour, donc la lecture d'une œuvre aussi difficile ne pouvait pas se faire de but en blanc et qu'il fallait d'abord quelques préalables pour contextualiser un petit peu l'œuvre de Hegel, ce qu'on a fait la dernière fois essentiellement. Pas contextualiser de manière trop empirique, mais de manière plus rapprochée, disons, des courants d'idées qui s'agitaient à l'époque, et Dieu sait si les idées se sont agitées à cette époque.
1:16 Et à Kostas Papaioannou, c'est un nom presque imprononçable, c'est le grec qui a écrit... On a rarement écrit autant de choses intelligentes sur Hegel en si peu de pages. Je vais vous dire, c'est en meilleure grâce que je ne partage pas tout à fait toutes les prises de position de cet auteur, mais c'est remarquable. Donc Kostas Papaioannou dit quelque part, il faut lire cette phénoménologie sur le fond des canons napoléoniens et des tambours béthovéniens. Vous voyez, ça montre bien l'agitation d'une époque où l'Europe est labourée par les armées Napoléon de l'Espagne à la Russie.
1:53 Et où venaient se produire deux craquements dont nous continuons à... Nous n'avons pas tant s'en faut fini de subir les effets qui sont la révolution industrielle anglaise et la révolution politique française. Ça fait quand même beaucoup de craquements en si peu de temps. Cette fois-ci, nous avons terminé la première causerie en s'engageant à procéder d'une manière différente aujourd'hui. Maintenant, à la lettre, l'aphorisme de Hegel que j'ai cité l'autre fois, tu ne pourras pas être plus que ton temps, mais au mieux tu seras ton temps.
2:27 C'est un épigramme. À l'époque, à la fin de la période de Francfort, c'est la période de sa formation, les textes dits de jeunesse, l'avant-dernière étape, tout ça est très ponctué, les critiques de Hegel, les lecteurs de Hegel le savent bien. C'est des périodes ponctuées géographiquement, la période de Bamberg, la période de Berne, la période de Iéna, la période de Francfort. Il faut savoir cette intelligentsia allemande se balader d'une ville à l'autre, parce que contrairement à la tradition centralisée française, toutes ces villes-là ont été des petites capitales.
2:58 Il n'y a pas en Allemagne la relation capitale-province comme chez nous, ça ne veut rien dire, provinciale. Vous prenez Munich, par exemple, c'est une capitale royale, ce n'est pas de la province, avec des palais, les palais des Wittelsbach, des mécènes, une puissance qui faisait trembler le reste de l'Allemagne à la fin du Moyen-Âge, par exemple. Et dans un roman de sans doute le plus grand romancier du romantisme allemand, je souris parce qu'il est connu pour son humour aussi, Jean-Paul, c'est comme ça qu'il est connu en littérature, mais son vrai nom c'est Friedrich Richter, qui s'est appelé Jean-Paul Richter par amour pour Rousseau, Jean-Paul pour Jean-Jacques.
3:39 Et dans un de ses romans, son héros décide d'aller voir un ami qui est à Bayreuth, Bayreuth n'était pas encore le lieu du festival que vous savez, c'était une petite cité, une ville d'eau, comme on dit, qui était connue non pas pour le festival Wagner mais pour un parc qui existe encore, le parc fantaisie qui est admirable. Et alors, au début c'est à quelques, quoi, deux journées de marche du petit village où il habite, et lorsqu'il part le matin, il dit au bout de cinq minutes, lorsqu'il arriva dans la première terre étrangère, ça nous fait drôle quand on est français, qu'en cinq minutes de marche on arrive déjà en terre étrangère, alors ça vous montre le morcellement de l'Allemagne de l'époque, qui était divisé jusqu'à près de 400 petits grands duchés, petits duchés, principautés, etc.
4:29 Donc, le tour d'Allemagne était un petit peu un genre obligé pour l'intelligentsia de l'époque, c'est ainsi que, si on distingue chez la formation de Hegel, la période de Berne, de Francfort, de Iéna, c'est que c'était un petit peu le parcours des combattants pour ces jeunes, j'en profite de faire des petits rappels, la première fois, ces jeunes penseurs allemands, qui pour la plupart étaient passés par la faculté de théologie, parce que la seule manière pour eux, on n'est pas en France, il n'y a pas eu le moment des Lumières, qui est en retard en Allemagne, sauf qu'il se rattrape largement avec Kant, je vous rassure, mais qui est le couronnement pratiquement des efforts de Lumières, mais, au sens strict du terme en tout cas, mais le moyen le plus sûr pour ces petits bourgeois, je ne parle pas du tout de manière péjorative, mais comme appartenance sociale, il voulait faire carrière dans la chose philosophique, la voie royale, du point de vue strictement professionnelle, c'était de se préparer au pastorat,
5:40 et ce n'est pas hasard si les deux plus grands philosophes de l'époque et le plus grand poète de son temps, c'est-à-dire Schelling, Hegel et Hölderlin, se sont retrouvés dans la même piole, au Stift, comme on disait, la fondation de Tübingen, c'est-à-dire le séminaire de théologie protestante qui était le plus en pointe à ce moment-là, et c'est là qu'on pouvait apprendre un peu de philosophie, et en tout cas, celle qui était au centre des débats à ce moment-là, c'est-à-dire tous les débats postérieurs à l'initiative kantienne, bien sûr, tous ces gens-là, parlaient de Kant comme d'un dieu, y compris le jeune Hegel, bien sûr.
6:17 Il y avait une très belle, je vous la recommande, une très belle correspondance entre les trois amis, la Correspondance de Hegel éditée chez Gallimard. Une très belle correspondance où tantôt Schelling compare Kant à un lever de soleil, comme ça, et même s'il reste encore des marécages et des miasmes dans les vallées bientôt, et tous les trois ont un point commun, c'est qu'ils sont furieux de voir que le message kantien, qui prolonge pour eux, je les paraphrase, je n'ajoute pas ma pensée, je les fais parler, Kant qui, dont le principal intérêt est de prolonger, sur le plan philosophique, l'initiative politique prise par Rousseau dans les contrats sociaux, que ces trois jeunes gens étaient furieux de voir la récupération religieuse, mais au sens bigote, on dirait en français, cléricale et contre-révolutionnaire, qu'on se servait de la philosophie de Kant pour restaurer la foi contre le savoir, ce qui est quand même une drôle de manipulation, de rationalisme kantien.
7:24 Voilà, donc, il y a des textes, dans le début de ces correspondances, vous verrez, période de Tübingen, c'est la période la plus importante, c'est là où ils se sont rencontrés tous les trois, c'est là aussi que le dernier ne restera pendant 40 ans plus tard, lorsque la folie se sera déclarée enfermée dans la tour, pas enfermée, il était libre de sortir, mais enfin, dans la tour, lorsqu'il a été recueilli par ce brave menuisier, donc, cette période de formation, à un moment donné, lorsqu'il en est à Francfort, il a cet aphorisme, « Tu ne seras pas plus que ton temps, mais au mieux tu seras ton temps ».
« Tu ne seras pas plus que ton temps » : le présent comme limite
8:06 C'est un énoncé qu'il faut prendre avec précision. Il y a une inéquation, comment dire, mathématiques dans cet énoncé, mais au mieux tu fais, au plus, au moins que ça, les inéquations et les limites. Ça veut dire que le temps présent est la limite de ma pensée, pour Hegel. Alors, c'est pas possible, il y a bien des gens qui sont en avance sur les autres, et d'autres qui sont plus ignorants, oui, bien sûr, dit Hegel, mais ceux qui sont... Bonjour, Jean, grand philosophe, si je peux me permettre. Le temps présent recommencé, c'est trop beau.
8:41 Je me permets de faire une parenthèse, à l'occasion de l'arrivée de Jean Salem, qui est, comme moi, un auteur Delga, puisque notre éditeur, modestement, contemple ses deux ouailles. Jean Salem anime avec un acharnement, une ténacité, une générosité sans pareil, excuse-moi Jean, un séminaire sur l'actualité de Marx à la Sorbonne, croyez-moi que c'est un peu être le renard dans le poulailler, si je puis dire, en inversant, les jugements qu'on peut porter sur la liberté bourgeoise.
9:18 Voilà. Je vais refaire la parenthèse. Je n'ai pas entendu Jean. Je vais sortir et revenir, parce que c'est trop bien. Je ne sais pas. Merci de la mère d'un coup. C'est-à-dire qu'un début, après, il y a la perfilie. Non, non, je suis très honoré qu'il soit là. Et très heureux aussi. Simplement, oui, c'est cet épigramme. Il l'a écrit sur un de ses carnets, à l'époque, comme il est encore dans sa jeunesse para-romantique, disons, pour simplifier.
9:52 On croit, il n'a pas encore la notion du système, il en est encore, c'est à la mode à son époque, à des fragments, des aphorismes. La quasi-totalité de la production non-poétique ou non-romanesque du romantisme allemand se compose d'aphorismes, précisément. Je dis ça parce que c'est très à la mode. Dans les 40 dernières années, on a brandi la pensée parcellaire, comme ça, variétaire, moléculaire, contre le système. On trouverait ça chez les maîtres-penseurs que nous allons faire allusion dans quelques instants.
10:26 Donc, j'étais en train de dire que cette proposition, « Tu ne pourras jamais être plus que ton temps », il se parle à lui-même, c'est réincarné, mais au mieux, tu seras ton temps à la forme d'une inéquation mathématique. C'est-à-dire que le temps présent est une limite. Et si je ne suis pas dans le vrai, ce n'est pas que je suis dans le temps, dans l'erreur, dans le présent, mais dans l'erreur. Ça veut dire que je suis dans le passé. Je ne suis pas à la hauteur des possibilités que m'offre mon présent. En ce sens, c'est très proche de Marx lorsque Marx dit que les hommes ne sont jamais posés que des problèmes à partir du moment où ils avaient les moyens de les résoudre.
11:06 C'est-à-dire que quand le temps présent leur a enfin permis de pouvoir soulever ce genre de problématique. Voilà, je tenais à commencer par cet épigramme « Tu ne pourras jamais être plus que ton temps, mais au mieux tu seras ton temps » pour justifier qu'aujourd'hui, nous faisons l'inverse dernière fois, au lieu d'être dans le passé, de contextualiser la phénoménologie de l'esprit dans ce passage agité de craquement titanesque entre le 18e et le 19e siècle, nous allons au contraire, à partir de l'époque présente, précisément pour essayer d'être régulier, dans la mesure où, grâce à Hegel, Marx a creusé encore plus cet aspect-là, quand je crois encore une fois me plonger dans le passé et dialoguer de plein pied avec Spinoza, Platon, ou anticiper l'avenir, en fait, ce sont les déterminations de mon présent historique qui courbe, qui impose un tropisme, tropos veut dire courbe, tout simplement, les héliotropes, ceux qui se courbent vers le soleil, impose ce tropisme à ma pensée, voilà, ma pensée est courbée par le présent historique.
Déterminisme naturel et liberté humaine
12:11 Alors, vous me direz, voilà, là, je vous vois venir, ça y est, on sent déjà venir le goulag, le totalitarisme, quoi, nous serions donc déterminés, et non pas libres. Et oui, puisque mon présent historique me détermine, moi, individu ineffable, voilà, vous me réduisez à être une courbure, un peu comme dans la physique relativiste, n'est-ce pas, un mobile qui croit vouloir aller tout droit et courbé par une masse qui se trouve à sa proximité, comme la lumière de Mercure, n'est-ce pas, nous arrive avec retard, parce que la ligne droite qui devrait amener sa lumière à nous est courbée par le soleil, par la masse du soleil, de la même manière, là, ben, penser serait déterminé, comme par une gravitation.
12:56 Mais la différence, tout de même, c'est que le déterminisme qui est à l'œuvre dans la périhélie de Mercure est un déterminisme contre lequel le pauvre Mercure ne peut rien. Et la Lune a beau en penser ce qu'elle voudra, si tant est qu'elle pense, il n'est pas qu'on pensait qu'elle pensait, mais si tant est qu'elle pense, voyons que j'en sais rien, n'empêche qu'elle n'a pas le choix de sa trajectoire, la masse de la Terre lui impose de tourner autour d'elle, parce que c'est un rapport de force dans la nature, la plus grosse masse, n'est-ce pas, faisant tomber sur elle, pour parler simplement, de la plus petite.
13:28 Ce déterminisme-là, effectivement, il est irrémédiable. mais, quand il s'agit de choses humaines, quand il s'agit de choses historiques, ce n'est pas tout à fait le déterminisme qui est à l'œuvre, je dirais même au contraire, c'est un déterminisme dont on peut se débarrasser. Et ici, je cite une phrase que j'ai citée par ailleurs quand je faisais une petite causerie sur Rousseau, quelques-uns d'entre vous s'en souviennent, cet admirable passage de l'Émile où Rousseau dit tout ce que les hommes ont fait, les hommes peuvent le défaire. Il n'y a de caractère ineffaçable que ce qu'imprime la nature, on vient de le voir avec la loi de la gravitation, et la nature ne fait ni riche, ni prince, ni grand seigneur.
14:03 Qu'on n'aille pas nous faire croire que la détermination à être divisée en classe soit aussi inéluctable, n'est-ce pas, que la loi de la chute des corps, tout de même. Donc, je vous apprends une bonne nouvelle. Parce que la mauvaise nouvelle, c'est de dire, ah là là, ou bien je suis libre, ou bien je suis déterminé. Alors là, je suis bien embêté. C'était la position du problème avant Hegel et à l'époque de Kant. Et il faut rendre justice à Kant qui a ouvert la voie à une solution. À savoir, j'ai affaire à deux discours, moi contemporain, intellectuel moderne, j'ai un discours scientifique, celui de Newton, qui montre que tout est déterminé.
14:37 Et puis en même temps, j'ai une exigence morale qui suppose tout de même la liberté. Parce qu'à quoi sert toute l'histoire de la philosophie qui passe son temps à répondre à la question « Que dois-je faire ? » Là, il ne s'agit plus de savoir. Il ne s'agit pas de que puis-je savoir. Tu sais, les trois questions kantiennes. « Que puis-je savoir ? Que dois-je faire ? » « Que m'est-il permis d'espérer ? » Excellent pour faire un découpage pédagogique. « Que puis-je savoir ? » Si la philosophie ne cherchait qu'à savoir, sa place serait au CNRS. Je rappelle qu'il est bon de faire de temps en temps. Mais elle cherche aussi la sagesse. C'est-à-dire, ce qu'on doit faire, non pas seulement ce qu'on peut savoir.
15:09 On peut être un très grand savant et être un fiefé nazi. Pensez à Heisenberg ou des gens comme ça. On peut être inversement un sage, au fond, d'un village africain et donner de bons conseils à celui qui veut se marier ou faire un voyage un peu loin sans pour cela savoir combien il y a de grains de sable dans le Sahara ou combien il y a de satellites autour de Jupiter. Les deux notions sont disjointes. Sagesse et savoir. Je ne dis pas qu'elles sont contradictoires. Loin de là, toute la philosophie, c'est d'essayer de les accorder.
15:39 Mais dans la Sophia grecque, philosophia, la recherche de la Sophia, là je le dis exprès en grec, pas pour snobber à la Heidegger et pour troubler les eaux afin qu'elles semblent profondes. Mais, parce que justement, je ne trouve pas dans la langue française un mot qui dit les deux à la fois. savoir et sagesse et les deux sont indissolublement liés. Donc, à l'époque classique, disons, je suis tiraillé entre le déterminisme et puis ça marche, prédit une éclipse, tac, les mouvements des marées, Newton, c'est efficace, ce n'est pas des idées seulement, c'est vérifié.
16:17 Alors là, ma liberté, ouah, c'est terminé. Et en même temps, j'ai besoin de la liberté comme pour parler comme Kant, postulat de la raison pratique. Kant a le mérite de s'exprimer très précisément. C'est dit compliqué, c'est très simple quand on traduit. Quand je pose la question que dois-je faire, ça ne sert à rien de me la poser si on me dit de toute façon, tu as beau te la poser, comme tout est déterminé, tu ne pourras pas faire autre chose que ce que tu fais maintenant. Donc, la question que dois-je faire suppose, présuppose, je n'ai pas dit, prouve que, loin de là, présuppose à tort ou à raison, si vous préférez, que la liberté existe.
16:53 Et donc, voilà comme a été posé le problème entre déterminisme et liberté. Je vous donne une bonne nouvelle aujourd'hui, je reprends mon fil, grâce à Rousseau qui ouvre une brèche et qui fait dire à Kant que Rousseau est le Newton de la morale. Oui, comme les choses se recoupent, Newton, le déterminisme, la loi de la chute, ça va vers le bas, la loi des graves, comme on disait à l'époque. et Rousseau, qui met la liberté au centre des relations humaines. Vers le haut, prométhéen. Et, ou icarien, si vous préférez, vers le haut.
17:24 Non, pas icarien, dédaliens, excusez-moi. Icare, trop haut. Ce n'est pas la bonne mesure. dédaliens. Soyons positifs. Donc, il y a une relation symétrique entre le déterminisme, cette négation de la liberté qu'est la loi naturelle, la loi physique, la nature ici au seul sens qui soit scientifique, et pas au sens fantasmatique, et entre la loi naturelle et la liberté, cette dichotomie.
17:57 Et, et bien, on peut être à la fois, voilà, la dialectique déterminée et libre, ça arrive dans les choses humaines, lorsqu'il y a, si je puis dire, auto-détermination humaine. Lorsque je me trouve pris dans des déterminations qui m'influent, je reviens à mes tropismes. Mais enfin, la différence entre la Lune et nous, c'est que nous, en prenant connaissance de ces déterminations, je vais dire, on a plus de chances de s'en émanciper qu'en les ignorants. C'est ce qui fait dire à Hegel à la suite de Spinoza, là-dessus, ils sont tout à fait d'accord sur cette conception de la liberté comme intellection de la nécessité, que l'ignorant n'est pas libre.
Realität et Wirklichkeit : deux mots pour le réel
18:35 Et je ne crois pas que les deux pensent au sauvage quand ils disent ça. on peut être un grand intellectuel et être totalement ignorant des causes qui vous déterminent. Donc, qu'est-ce que cet emprisonnement ? je vais le prendre doublement au sens propre, historique, historico-politique, au sens de ce qu'on appelle dans la langue française, avec une précision, l'actualité. terme qui aurait plu à Hegel, je fais une petite parenthèse ici, mes détours sont plus pour clarifier, pas pour vous embrouiller.
19:11 Hegel a deux mots pour dire le réel, pour dire beaucoup de choses, d'ailleurs, parce que l'anglais comme l'allemand a le choix de tantôt faire appel à une racine germanique, tantôt une racine d'origine romane, française. Et par exemple, pour la réalité, il a le mot « réalité » qui vient, ce n'est pas du latin, « res », « chose », « réalité », et quand il l'emploie, c'est la réalité au sens courant, la réalité empirique, celle qui est autour de nous, et « wirklichkeit », que Hyppolite traduit par la réalité effective, mais qu'on pourrait très bien traduire par l'actualité, si ça ne prêtait pas à équivoque, comme en français tout de même, parce que dans « wirklichkeit », vous retrouvez, même pour ceux qui ne connaissent pas l'allemand, vous retrouvez le « Werk », qui donne le « work » anglais.
20:01 Là, il y a du travail, de l'action. Ce n'est pas une réalité qu'il suffit de ramasser en ouvrant ses yeux ou en respirant avec son nez. On n'attrape pas beaucoup de réalité. Plus vous écarquiez les yeux, moins la terre bouge. Regardez, elle ne bouge pas. Ce n'est pas avec les yeux qu'on arrivera à savoir qu'elle bouge tout de même. Il a fallu beaucoup d'équations pour en arriver là. Il a fallu cesser de regarder et commencer à concevoir. Vous savez, il y a une anecdote qui raconte que Thalès se trouve au pied de la pyramide. Peu importe, l'anecdote est vraie.
20:31 Ce qui compte, c'est que s'il a traversé les siècles pour venir jusqu'à nous, c'est qu'il a une signification profonde. Et que les Égyptiens, la petite rivalité nationale, l'Égyptien et ce grec de passage, et les Égyptiens disent à Thalès, « Tu es si fort, va donc mesurer la pyramide, la hauteur de la pyramide. Vous imaginez, le Cagnard, 50 degrés à l'ombre, Khéops, il y en a qui, il y en a, j'en fais partie, il y a une attaque avant d'arriver au bout. Thalès a répondu, « L'ombre de Thalès mesure la pyramide. »
21:04 Il n'y a pas besoin d'aller là-haut. Il avait trouvé la théorie des proportions, vous savez, le théorème de Thalès. Le rapport de mon ombre à moi, vous n'avez pas besoin d'aller là-haut. Mesurer l'ombre de la pyramide, c'est le même. C'est une équation à une inconnue, c'est facile. Voilà. Thalès avait appris, comme dit Bachelard, à faire comme les dieux, travailler sans rien faire. Savoir avant d'aller voir. On est loin de l'empirisme. Tous les empirismes ne sont pas critiqués, mais celui-là, l'empirisme de ce que Hegel appelle la certitude sensible immédiate qui croit enfermer tout le réel parce qu'elle ne pense pas.
21:39 C'est la plus pauvre des connaissances et celle qui enferme le moindre réel. Donc, deux mots pour réel chez Hegel. « Realität » « Réalité empirique » et « Wirklichkeit » quand c'est une réalité auquel on ne peut accéder que par le détour du concept de l'abstraction et de ce qu'elle appelle la « Anstrengung des Begriffs » « L'effort astreignant de la conception ». Voilà. Ceci étant mis au point, donc quand je dis qu'il faut partir de la réalité d'aujourd'hui, je pense bien sûr à la « Wirklichkeit »
22:11 et je la prendrai à deux niveaux. Un niveau macro, pour parler un peu people, c'est-à-dire en rappelant tout de même la situation historico-politique dans laquelle notre présent historique se meut, et un niveau plus micro, c'est celui des débats d'idées et comment est reçu Hegel aujourd'hui dans le débat d'idées. Je vais commencer par le micro et pour rappeler donc, j'en étais là, que le présent philosophique n'est pas hegelien, mais est même violemment anti-hegelien.
Un présent philosophique violemment anti-hégélien
22:50 et même il l'est de plus en plus dans l'axe du temps, je veux dire, dans l'école philosophique française qui va de Sartre à Derrida, par exemple, ou à Onfray aujourd'hui, s'éloigne de plus en plus de Hegel. Autant Sartre l'utilise énormément, mais en prenant d'énormes... Avec Onfray, on est même sorti de la philosophie. D'énormes distances, oui. Il a étendu un peu le spectre, c'est un peu trop large. Je ne l'ai pas jusque là, mais bon, je ne veux pas faire un argument d'autorité, comme on dit, ce serait malhonnête.
23:22 Je ne fais pas comme lui. Mais on va y arriver. Il y a des choses plus précises sur Onfray tout à l'heure. Donc, c'est une pensée Hegel rationaliste. Le réel est rationnel, le rationnel est réel, il ne sort que du Hegel rabâché. Et je vous rappelle tout de même que Hegel a dit ce qui est bien connu parce qu'il est bien connu n'est pas connu. Donc, quand on croit ne connaître que ça de Hegel, c'est qu'on a encore beaucoup de travail à faire. Il n'empêche que la pensée contemporaine se veut au contraire irrationnaliste, accorde beaucoup de importance au désir.
23:56 Et même quand elle parle de désir, parce qu'Hegel en parle beaucoup, mais c'est une conception qui se veut opposer. Là, il faut citer Deleuze, en particulier, qui a été extrêmement précis sur ce sujet, en particulier dans l'Anti-Oedipe, où Deleuze est furieux que toute une tradition, que Hegel illustre éminemment, définisse le désir comme manque d'abord. Quel manque ? Pas du tout, le désir c'est la plénitude, c'est l'affirmation, c'est la création, vous voyez, vous connaissez ça mieux que moi, j'allais presque dire. Et, or, autre exemple, le toucher dans la pensée contemporaine, un modèle, une référence commune à des gens, par ailleurs tout de même différents, entre Foucault, Deleuze, Derrida et Onfray, c'est Nietzsche, c'est leur référence privilégiée, et de loin, il y en a d'autres, il y a Hegel, il y a Tocqueville, et à tout France Culture.
24:50 Et bien oui, vous écoutez la madone des bibliothèques, la cantoche pervers, et vous voyez qu'elle n'a que des auteurs hyper libéraux à la bouche, c'est quand même extraordinaire, de Benjamin Constant à Tocqueville. Et donc, cette pensée-là, qui se réclame de Nietzsche, justement, insiste sur une conception du désir, un désir illimité, infini, et qui n'a pas à se limiter aux charités perdues, comme disait Rimbaud quelque part, dans les Illuminations précisément.
Lecture de la Phénoménologie : la conscience de soi est désir
25:20 Et on se demande, où est l'actualité de Hegel là-dedans ? Eh bien, écoutez, je vous lis un extrait de la phénoménologie, qui est, quatre pages avant, le passage le plus célèbre, celui qui va déployer la fameuse dialectique du maître et de l'esclave. Et, je vous le lis d'abord sans interruption.
25:51 Le moi simple est ce genre, ou l'universel simple, pour lequel les différences sont néants. Mais il est seulement, quand il est l'essence négative, des moments indépendants, qui se sont formés. T'as compris, Antoine ? Non. Là, c'est normal, on ne comprend rien. Non, mais je fais exprès l'orément. Moi, vite, je vais te comprendre. Le moi simple est ce genre, ou l'universel simple, pour lequel les différences sont néants. Non, mais c'est un excellent lecteur, Antoine, c'est pour ça que je me sers de lui. Mais il est seulement, quand il est l'essence négative des moments indépendants qui se sont formés.
26:25 Ainsi, la conscience de soi est certaine de soi-même. Moi, c'est un peu plus concret, un peu plus de le dire. Ainsi, la conscience de soi est certaine de soi-même, seulement par la suppression de cet autre. L'autre, c'est l'objet du désir. Par la suppression de cet autre qui se présente à elle comme vie indépendante. Elle est désir. La conscience n'a pas des désirs. Hegel dit, elle est désir. Vous voyez ? Elle est désir, certaine de la nullité de cet autre. Je me rappelle, quand j'étais au Niger, un margouillat, il y a plein de temps que margouillat, c'est aussi abondant que les moineaux, vous savez, là-bas. Je parle de margouillat qui fait ses pompes, la gamme, ce sont les scientifiques.
26:57 Et qui était devant un passage de fourmis, le bienheureux. Et puis, le passage de fourmis, là-bas, ils sont fournis. Les fourmis sont fournis. Non, mais il n'y a pas de margouillat, là. Non, mais il était là, il est regardé avec ses deux yeux, il en gobe une, et l'autre. Il en avait 10 millions. Il en avait de la réserve. Le désir est destructeur. C'est une thèse fondamentale de l'hégélianisme. Le désir est d'abord destructeur. Moi, je désire une chose, c'est qu'elle est en voie d'être transformée. Ce n'est pas ni péjorativement. Il y a des transformations qui sont positives, après tout.
27:28 Le désir est destructeur. C'est scandaleux quand vous pouvez dire ça. Enfin, je désire ma femme, je ne veux pas la détruire. Il y a des gens qui ont cru faire le bonheur de l'autre, n'est-ce pas ? Et on sait comment souvent ça se termine. Ben oui, désolé. Je ne sais plus dire Hegel, mais pas au niveau des intentions, même s'il n'y a pas l'intention. Il ne dit pas que le désirant a dans ses pensées des idées destructrices. Pas du tout. Il dit qu'il le veuille ou non et qu'il pense même le contraire, n'est-ce pas ? En tant qu'il est désirant, il y a une menace pour l'objet du désir.
27:58 Surtout quand cet objet est un sujet. Donc, je répète ce paragraphe. Le moi simple est ce genre ou l'universel simple pour lequel les différences sont néantes. Mais il l'est seulement quand il est l'essence négative des moments indépendants qui se sont formés. Ainsi, la conscience de soi est certaine de soi-même seulement par la suppression de cet autre qui se présente à elle comme vie indépendante. Elle est désir. L'autre qui se présente à elle comme vie indépendante, imaginez une antilope se présentant devant un lion. Oui, si vous ne comprenez pas. Cet autre qui présente à elle comme vie indépendante, elle est désir.
28:32 Certaine de la nullité de cet autre, elle pose pour soi cette nullité comme vérité propre, anéantit l'objet indépendant et se donne par là, en la consommant, la certitude de soi-même. Comme vraie certitude. La certitude qui est alors venue à l'être pour elle sous forme objective. Alors, quand je vois ça, et je ne vois pas du tout l'inactualité qu'il y aurait, dans la problématique la plus moderne du désir. Et quand on voit que chez lui, ce qu'il appelle le moi simple, ce genre indépendant, c'est la conscience de soi abstraite qui ne s'est pas encore réalisée dans un caractère, dans quelque chose de déterminé, qui ne s'est pas encore engagée dans le réel, qui est une conscience pratique théorique, si je puis dire.
La volonté abstraite et la liberté du vide
29:18 Ce moi abstrait, il en donne une description saisissante. Oui, je vous ai dit un passage qui était difficile. Donc, on va l'expliciter dans des cours, dans les cours qui est les plus clairs, dans les cours qu'il fait à la fin de sa vie sur la philosophie du droit. Vous avez un passage qui reprend cette étude de la volonté abstraite comme ça, qui affirme le moi dans son abstraction de manière assez terrifiante, mais jugée plutôt. Alors là, c'est tout le contraire de la phénoménologie. On n'est pas en train pas à pas de suivre l'évolution d'une conscience. On est dans le cours premièrement, deuxièmement.
29:48 La volonté contient un petit alpha de vieux égale. La volonté contient l'élément de la pure indétermination. Vous voyez, notre discussion sur déterminisme et liberté tout à l'heure. Alors là, c'est la conscience qui refuse toute détermination. L'élément de la pure indétermination ou la pure réflexion du moi en lui-même. Vous voyez, il disait le moi simple et maintenant, il dit la pure réflexion du moi en lui-même. C'est très proche. Dans laquelle s'évanouissent toute limitation, tout contenu fourni et déterminé soit immédiatement par la nature. Il faut manger pour vivre.
30:18 C'est une détermination. Je n'y peux rien. Ça aussi, je peux le nier. Mais je peux le nier même concrètement en faisant le carême ou le ramadan. Hegel est sérieux. Il s'est beaucoup intéressé aux mœurs. Il voit la profonde signification des comportements humains. Ça me paraît des fois absurde qu'on se macère, qu'on s'impose des sacrifices, etc. Mais c'est une manière pour l'homme d'affirmer sa liberté, y compris contre la nature qui voudrait lui imposer car ça, ce n'est pas l'homme qui a décidé de manger pour vivre. Et quand on se balade en Afrique et quand on est en plein désert et quand on voit on se croit seul, on n'est jamais seul dans le désert, surgir de derrière un rocher deux ou trois silhouettes et des enfants souvent qui gardent les troupeaux et les petits patres et les jeunes garçons et les petites filles qui voient que c'est un blanc donc il y a sans doute de l'eau dans le 4-4 et qui viennent avec un bidon vide assoiffé vous demander de l'eau.
31:04 Si c'était des êtres de nature, ils commençaient par boire goulûment. Non, ils versent d'abord quelques gouttes par terre pour les dieux d'abord. C'est une manière de montrer à moi qui suis dans une autre sphère je ne parle pas de moi personnellement mais en tant que blanc économiquement, sociologiquement dans une autre sphère que moi aussi j'ai ma dignité en tant que toi. Je peux prendre une distance moi aussi avec mes besoins avec la nature. Je ne suis pas une bête qui se précipite sur sa nourriture tout de même. Et Hegel aurait appelé ça une source de lutte pour la reconnaissance pacifique et superbe.
31:35 Donc, ici, la volonté contient l'élément de la pure indétermination ou de la pure réflexion du moi en lui-même dans laquelle s'évanouissent toute limitation c'est l'anarchie si vous voulez en gros. Tout contenu fourni est déterminé soit immédiatement par la nature je viens d'en parler les besoins les désirs les instincts soit par quelque intermédiaire la culture les tropismes dont je parlais tout à l'heure n'est-ce pas la manière dont le présent historique nous influe les besoins les désirs et les instincts soit par quelque intermédiaire l'infinité illimitée de l'abstraction et de la généralité absolue la pure pensée de soi-même.
32:07 Et il ajoute sans doute l'aspect de la volonté définit ici cette possibilité possibilité absolue de m'abstraire de toute détermination où je me trouve ou bien où je me suis placé cette fuite devant tout contenu comme devant une restriction d'ailleurs on le retrouve dans le mot détermination ce qui est déterminé est terminé ce qui est défini est fini il faut prendre la langue au sérieux il y a une admirable préface de Hegel à la logique la grande logique préface que vous ne trouvez pas partout quand on a les traductions disponibles à la logique ce passage a été sucré c'est quand même extraordinaire c'est un des plus grands de Hegel où il dit et c'est très moderne quand on pense à la vogue linguistique des années 60 que la pensée humaine se dépose dans le langage et que nous pensons selon le langage dit Hegel et il montre bien que la logique n'est que l'explicitation de forces qui sont à l'oeuvre dans le fait qu'au commencement soit la parole tout de même donc cette fuite devant tout contenu comme devant une restriction est ce à quoi cette volonté là se détermine c'est ce que la représentation vous voyez c'est péjoratif Hegel non pas le concept l'effort que nous faisons
33:17 pour essayer d'y voir clair mais ce que la représentation ce qu'on se représente quand il y a un mot quand je vous dis prolétaire, liberté vous avez des représentations c'est ce à quoi la représentation pose pour soi comme liberté et ce n'est ainsi et ça c'est Hegel qui juge que la liberté négative ou liberté de l'entendement vous voyez on a parlé la dernière fois de la distinction capitale opérée par Kant mais que Hegel va creuser entre l'entendement et la raison ici il qualifie cette liberté anarchisante si vous voulez de liberté pour faire appel à une représentation familière liberté de l'entendement et il dit c'est la liberté du vide le moi simple l'universel simple le moi abstrait c'est le vide regardez les plantes qui sont dans ce jardin bonjour Charmin regardez les plantes qui sont dans ce jardin toute leur substance si je puis dire végétale est composée de ce qu'elles ont trouvé sous terre des sels minéraux et sur terre aussi je pense à la lumière du soleil à l'oxygène à tout ce que vous voudrez je veux dire si vous essayez de penser l'essence de l'individu plante lui-même mais indépendamment de tous ces matériaux qu'il lui a fallu pour croître on n'a vu plus rien du tout c'est une plante abstraite
34:29 qui n'est même pas parvenue à l'existence donc telle est la liberté de la volonté excusez-moi c'est la liberté du vide voilà elle peut se manifester on arrive à la politique attention si une figure réelle et devenir une passion jusqu'ici c'était théorique voilà ce que je pense de moi moi je suis limité par rien moi qui me suis dit mage ou ange dispensé de toute morale je suis rendu au sol avec la réalité rugueuse à étreindre et un devoir à chercher ça ne vous rappelle rien ça ?
34:59 ça ne vous rappelle personne ? c'est un passage célèbre d'une œuvre célèbre à un auteur célèbre quand même oulala c'est pour ça que je fais le professeur il est enlevé les élèves ça ne va pas là pardon ? moi deux fois qui me suis dit mage ou ange quand même dispensé de toute morale révolté contre tout allez je vous le guide Rimbaud bien merci je suis rendu au sol Rimbaud Hégélien avec la réalité rugueuse à étreindre et un devoir à chercher paysan ce n'est pas moi qui l'ajoute c'est lui voilà comment il se parle à lui-même quand il pense être l'indéterminé bien donc c'est la liberté du vide mais pour l'instant elle est théorique c'est ce que je pense mais ça ne s'est pas encore tourné dans la pratique encore moins dans la pratique collective politique ne parlons pas de malheur vous allez voir la suite alors s'il reste simplement théorique c'est le fanatisme religieux par exemple de la pure contemplation hindoue moi, moi, le atman le moi, le moi le soi de l'en soi je ne veux pas caricaturer c'est une très grande tradition à laquelle Hegel rend hommage ailleurs dans son histoire de la philosophie mais enfin ces récupérations dans l'occident bobobo comme je l'appelle bobobo
36:09 bourgeois bohème bouddhiste et bonobo c'est pas tout à fait la même chose que l'enseignement du Bouddha ce n'est euh c'est en donc si elle reste là je ralentis si elle reste cette attitude du moi abstrait qui se définit comme étant libre de toute détermination si elle reste simplement théorique c'est le fanatisme religieux de la pure contemplation hindoue si elle se tourne vers l'action c'est en politique comme en religion le fanatisme de la destruction de tout ordre social existant et l'excommunication de tout individu suspect de vouloir un ordre et l'anéantissement de toute organisation voulant se faire jour terrifiant!
36:51 vous vous rendez compte de l'argument qui nous tombe là? parce qu'on dit mais il est fou de parler de Hegel mais Hegel il n'a pas connu la révolution industrielle enfin il n'a pas connu euh euh euh euh euh euh le romantisme c'est ce qu'il a connu de plus moderne en matière d'esthétique tu parles il n'a pas connu ce qu'il a après le réalisme dans le roman le symbolisme ou l'impressionnisme comme vous voudrez selon qu'on est en peinture, en littérature ou en musique c'est pareil c'est la même référence, Debussy mais en musique et des poèmes de Verlaine le mot de l'air heuuh jamais avec la perfection que ne l'a faite Duparc j'ai dit ça pour Anne-Marie c'est de quoi je parle qui est beaucoup moins connu mais qui apportait à sa perfection le genre de la mélodie française ou du lied, comme vous voudrez je reprends la parenthèse donc Hegel n'a pas connu le surréalisme il n'a pas connu quittons le monde intellectuel il n'a pas connu le goulag, les camps de concentration enfin je veux dire comment on pouvait dire qu'il est actuel et là on a une théorie du camp d'extermination sous la plume de Hegel, dans la plume de la philosophie du droit à partir de ce mot abstrait l'excommunication de tout ordre voulant se faire jour
38:01 furie de destruction excusez moi, je me trompe de page voilà c'est assez terrifiant comme portrait, je répète si elle se tourne vers l'action c'est en politique comme en religion le fanatisme de la destruction de tout ordre social existant et l'excommunication de tout individu suspect de vouloir un ordre et l'anéantissement de toute organisation voulant se faire jour et maintenant on recommence à philosopher ce n'est qu'en détruisant que cette volonté négative comme ça on comprend ce que veut dire le concept le plus hégélien sans tout filer la négativité ?
38:36 cette volonté négative a le sentiment de son existence vous vous rendez compte pour avoir le sentiment d'exister il lui faut détruire beaucoup de choses beaucoup d'existence ce n'est qu'en détruisant que cette volonté négative a le sentiment de son existence elle pense qu'elle veut un état positif par exemple celui de l'état de l'égalité universelle ce sont les anarchistes dont se moquait Marx ou de la vie religieuse universelle Fourier c'était les deux hein et Proudhon aussi du côté religieux et politique mélangé mais en fait elle n'en veut pas de la réalité positive car celle-ci introduit quelle qu'elle soit aussitôt un ordre quelconque, une détermination singulière je ne sais pas moi payer des impôts par exemple aussi bien des institutions que des individus alors que c'est en niant cette spécification et cette détermination objective que précisément cette liberté négative devient consciente de soi ainsi ce qu'elle croit vouloir voyez il rend hommage à sa bonne foi on voit les limites ici de la bonne foi vous savez la langue et donc le peuple je ne parle pas du langage et de la parole mais la langue sait fort bien que l'enfer est pavé de bonnes intentions comme on dit ainsi ce qu'elle croit ce qu'elle croit vouloir ne peut être pour soi pour elle-même qu'une représentation abstraite et sa réalisation n'être qu'une furie de destruction
« Conte » de Rimbaud, illustration de la théorie hégélienne du désir
39:46 extraordinaire dialectique ici de la contemplation d'une pensée contemplative qui déquestonne dans l'action et d'une puissance effroyable de destruction or j'étais en train de dire enfin il n'a pas connu la poésie moderne il n'a pas connu Rimbaud taratata ce que je viens de vous lire c'est cette forme de volonté de désir qui ne prend conscience d'elle-même que dans la mesure où elle a des choses à supprimer tout le temps vous en trouvez une superbe résumé non pas dans mon livre je suis désolé de me servir d'un livre que j'ai écrit mais je vous rassure c'est pas pour me citer moi-même c'est pour citer quelqu'un que je cite dedans ce qu'il y a de meilleur dans mon livre ce sont les auteurs que le Fugy signale et il s'agit d'un texte de Rimbaud extrait des Illuminations assez court une page une petite page et qui va nous détendre puisqu'elle a pour titre Conte non pas les comptes avec l'huissier je vous rassure conte c'est O-N-T-E voilà nous sommes enfants et on écoute un conte un prince, comme ça commence un conte ?
40:55 je vous rappelle que c'est pour illustrer la théorie du désir abstrait et négatif la volonté négative un prince s'était vexé de ne s'être employé jamais qu'à la perfection des générosités vulgaires c'est peut-être aussi difficile que Hegel oui bon, un prince s'était vexé de ne jamais être employé que la perfection des générosités vulgaires j'ai des moyens, je suis un prince, j'ai des moyens matériels donc je peux donner des fêtes, tout ça mais enfin tous les souverains le font moi j'ai envie de faire un peu plus, un peu mieux que ça un prince s'était vexé de ne s'être employé jamais qu'à la perfection pensez à Caligula en gros des générosités vulgaires il prévoyait d'étonnantes révolutions de l'amour et soupçonnait ses femmes de pouvoir mieux que cette complaisance agrémentée de ciel et de luxe c'est pas oui quand on a un prince, vous croyez les femmes se donnent toutes seules je parle du harem ici je ne fais pas du macho, ne vous inquiétez pas c'est-à-dire on trouve toujours des femmes à acheter quand on a les moyens hélas, pour les femmes et donc cette complaisance agrémentée de ciel et de luxe le harem il voulait voir, donc ça lui en a marre il en a marre d'être un souverain comme les autres, il veut faire plus il a l'hubris comme aurait dit les Grecs aller encore au delà, je pense à Caligula vous savez il avait nommé son cheval consul
42:06 il s'est mangé à table rigolo Caligula, il allait un peu au delà de la moyenne des souverains il voulait voir la vérité c'est pas inintéressant pour un philosophe ce passage il voulait voir la vérité deux points c'est moi qui dis le deux points, il y a une virgule pour expliciter, est-ce que la vérité pour Rimbaud l'heure du désir, on en parle dans le sujet et de la satisfaction pas le désir sans fin non non non non, cette fois je veux un désir qui soit satisfait pas de blague l'heure du désir et de la satisfaction essentielle que ce fût ou non une aberration de piété il voulut, pas idiot Rimbaud pas idiot pour deux sous ce gamin vous vous rappelez que ça a été écrit entre 17 et 20 ans il a du vivre dans un autre temps après ce météore et donc il sait très bien que c'est une aberration de piété de vouloir désirer et être satisfait il a lu Pascal, il sait bien que le désir est infini que ce qu'on désire c'est pas les choses mais le désir des choses, je m'attarde pas trop là dessus parce que ce sont des notions familières les moralistes français ont écrit des choses admirables là dessus de littérature bon donc et ben lui il veut, il voulut que ce qu'il ait une aberration de piété il voulut, il possédait au moins
43:16 un assez large pouvoir humain les princes possédent au moins un assez large pouvoir humain tout ce passage je viens de vous lire cette introduction est à l'imparfait si vous avez remarqué comme dans les contes il était une fois la suite enchaîne toutes les femmes qu'il avait connues furent assassinées et on passe au passé simple ça y est il met en oeuvre son but de voir autre chose que le train train des souverains et ça se plonge exactement ce qu'il dit les gars l'en furie de destruction toutes les femmes qu'il connu furent assassinées ça peut si vous voulez désexiser le problème vous pouvez aussi le prendre à l'envers je pense à à cette qui est donc purifier à Catherine qui donc dit qu'elle jetait ses amants par la fenêtre aussitôt après les avoir consommées toutes les femmes qu'il avait connues furent on le dit ça aussi la reine Margot je crois enfin comme ce sont des oui voilà ce sont des raconteurs enfin voilà toutes les femmes qu'elle avait connues furent assassinées quel saccage du jardin de la beauté sous le sabre elles le bénirent il y a comme une ruse dirait Hegel l'objet du désir au lieu de résister à ce prince là et à dire ben toi pas me détruire comme ça
44:27 se laisse faire quelle ruse le prince va pouvoir enfin aller jusqu'au bout de son désir puisque rien ne s'y oppose quel saccage du jardin de la beauté sous le sabre elles le bénirent il devait avoir de la séduction il n'en commanda point de nouvelles les femmes réapparurent l'objet du désir et c'est là l'impasse de tout désir pour Hegel qui ne s'est qui s'attarde à la pure extériorité l'objet du désir se renouvelle j'ai dit tout à l'heure fallait manger pour vivre bon ben je mange je supprime l'altérité n'est-ce pas la pomme qui est à l'extérieur elle devient digérée dans mon estomac je me suis affirmé face à la pomme je l'ai fait pénétrer dans ma dans mon essence mais dans cette satisfaction je relis la Phénoménologie la conscience de soi fait l'expérience de l'indépendance l'indépendance de son objet demain j'ai encore faim et puis il y a toujours toujours plus d'objets dans l'univers que je pourrais jamais en consommer je sais pas si je serais gagnant à ce jeu là le désir et la certitude de soi atteintes dans la satisfaction du désir sont conditionnés par l'objet et là où je croyais à ma liberté je ne fais que retrouver mon conditionnement par l'objet quelle humiliation en effet la satisfaction a lieu
45:37 par la suppression de cet autre pour que cette suppression soit cet autre aussi doit être comment voulez-vous supprimer une pomme si elle n'existe pas la conscience de soi ne peut donc pas supprimer l'objet par son rapport négatif à lui alors après Hegel va progresser et montrer que la conscience de soi quand elle va se trouver face non plus à des objets qui se laissent avaler comme les femmes dont parle Rimbaud comme les favoris mais quand il va se trouver face à un sujet qui lui résiste ça va être le heurt des consciences et ça va être déjà une étape plus élevée en profondeur quand la conscience de soi va être non pas en face d'un objet mais d'un autre sujet en face d'une autre conscience de soi mais on n'en est pas là donc je reprends un peu pour le texte de Rimbaud vous montrer à quel point il résonne en harmonique avec le passage de Vécu le cochon en train de vous lire vous vous lire quel saccage du jardin de la beauté sous le sabre elles le bénirent il n'en commanda point de nouvelles les femmes réapparurent il tua tous ceux qui le suivaient alors c'est plus les femmes c'est tous ces courtisants malins il tua tous ceux qui le suivaient c'est arrivé avec Néron, Caligula, etc.
46:31 il tua tous ceux qui le suivaient après la chasse ou les libations tous les suivaient quelle chance rien s'oppose à lui tous le suivaient il s'amusa à égorger les bêtes de luxe là il y a une petite allusion aux empereurs romains cette fois plus précise vous savez les jeux du cirque égorger les bêtes de luxe en général c'est plutôt les bêtes qui égorgent les pauvres gladiateurs non car l'empire était arrivé à un tel degré de décadence qu'un empereur comme Commode vous le connaissez peut-être il paraît qu'il a été un peu non pas popularisé mais bipolarisé récemment dans un film sur les gladiateurs un film grand public qui se passe à l'époque de Commode bref Commode était tellement courageux comme empereur et tellement surtout vaniteux et soucieux de gloire de se faire applaudir par le public de l'amphithéâtre et du cirque qu'il descende à lui-même dans l'arène pour affronter les tigres il ne faut pas le prendre pour un idiot non plus des oies il descendait l'arène et il étranglait des oies avec précaution parce que les oies c'était mieux ça peut picoter les mollets c'est-à-dire le grand courage de Commode bon je crois qu'une petite allusion à ça Rimbaud connaissait bien son histoire classique il était premier en composition de vers latins le poète qui a le plus révolutionné
47:42 notre langue à l'époque est celui qui s'était le plus imposé la discipline des arts classiques et de la langue classique c'est pourquoi c'est le seul d'un humanité qui atteint la perfection formelle d'un racine il tua tous ceux qui le suivaient après la chasse ou les libations tous les suivaient il s'amusa à égorger les bêtes de luxe il fit flamber les palais il se ruait sur les gens et les taillait en pièces vous voyez qu'il y a une accélération presque fantastique dans le texte ce que Hegel appelait une furie de destruction quand l'abstraction se tourne vers le concret elle devient une furie de destruction quand Hegel va analyser le phénomène le phénomène de la terreur à la révolution française il va voir qu'il y a dans la terreur aussi et Dieu sait s'il a été traité comme jacobin et comme défenseur jusqu'à ce dernier souffle comme défenseur de la révolution française mais il en a vu aussi les travers et les impasses il a très bien vu qu'il y avait dans le phénomène de la terreur quand il dit quelque part on coupait les têtes comme on coupe des choux l'abstraction et là je ne peux pas m'empêcher de penser parce qu'il décide souvent au mythe à un mythe grec le mythe de Procuste vous savez la table de Procuste ou le lit de Procuste ça dépend des traductions Procuste était un de ces brigands auxquels Thésée et Hercules nos compagnons, nos camarades
48:52 je dis ça au sens quasiment révolutionnaire du terme et pour les terriens Hercules et Thésée sont ceux qui ont purgé la terre des monstres qui empêchent l'homme de l'habiter et ce sont des héros positifs et donc lorsque Procuste lui-là sa fantaisie à lui monstrueuse c'était le premier passant qui arrivait à son carrefour il était embusqué il les mettait dans un lit ou une table peu importe et il fallait qu'il fasse vous voyez l'abstraction exactement à la longueur de la table s'il était trop petit il étirait comme en écartelant si vous voulez et si c'était trop grand il coupait tout ce qui dépassait il fallait que ça fasse exactement à la longueur de la table vous savez que ça ne le fait jamais parce que vous avez été en physique vous avez même ceux qui ont fait quelques cours de physique en seconde je ne sais plus en quelle classe on commence maintenant la physique vous avez fait la petite théorie de la mesure vous avez vu qu'il n'y a aucune mesure n'est absolue il y a toujours même si je mesure ce cendrier il y aura toujours un petit électron qui se balade par là qui fait que ma longueur est déjà ou mon diamètre est déjà révisé bon vous voyez le danger du formalisme de vouloir imposer au réel quelque chose d'abstrait sans médiation d'une manière immédiate l'abstrait immédiat car il y a un bon abstrait celui qui fait dire à Lénine s'il n'y a de concret que par l'abstrait celui qui permet d'arriver au concret après bien des détours
50:04 l'abstrait qui va jusqu'au bout qui ne s'arrête pas ici unilatéral à mi-chemin dans l'abstraction du moi donc il fit flamber les palais il se ruait sur les gens et les taillait en pièces la foule les toits d'or les belles bêtes existaient encore c'est exactement ce qu'il dit Hegel dans le passage de la Phénoménologie que je viens de vous lire n'est-ce pas ? dans cette satisfaction la conscience de soi fait l'expérience de l'indépendance de son objet l'objet revient ironiquement après chaque destruction il se renouvelle le désir et la certitude de soi atteintes dans la satisfaction du désir sont conditionnés par l'objet la satisfaction a lieu par la suppression de cet autre mais pour que cette suppression soit cet autre aussi doit être et moi qui voulais le nier ben je suis en train de l'affirmer tous les jours et de m'apercevoir de son importance je vais faire un progrès quand même la foule les toits d'or les belles bêtes existaient encore peut-on s'extasier dans la destruction ?
50:59 nouvel obstacle qui pourrait réfréner la furie destruction du prince l'opinion publique Rimbaud commence à lui donner un peu la parole peut-on s'extasier dans la destruction se rajeunir par la cruauté ? le peuple ne murmura pas oui vraiment pas d'obstacle personne n'offrit le concours de ses vues alors où on va comme ça ? eh ben je vais vous le dire c'est presque fini un soir il galopait fièrement revient à l'imparfait un génie apparu d'une beauté ineffable inavouable même je ne sais pas ce que vous vous représentez comme qui parle d'une beauté ineffable ou inavouable mais je constate pour m'en tenir à la lettre et pour éviter les représentations en bon hégélien qu'il dit un génie quel sexe ?
51:37 c'est justement pas précis un génie apparu d'une beauté ineffable inavouable même de sa physionomie et de son maintien ressortait la promesse un amour multiple et complexe d'un bonheur indicible insupportable même ça y est il touche à ce qu'il cherchait au début vous vous rappelez il voulait voir la vérité l'heure du désir et de la satisfaction ça y est il touche d'un bonheur indicible insupportable le prince et le génie s'anéantirent probablement dans la santé essentielle parce que ce texte est hégélien jusqu'à un vocabulaire comment n'aura-t-il pas pu en mourir ?
52:10 ensemble donc ils moururent vous avez à la ligne c'est les trois dernières lignes mais ce prince décéda je vous dis que c'est un conte dans son palais à un âge ordinaire c'était un conte le prince était le génie le génie était le prince et c'est la chute un peu plus mystérieuse mais je la commentais bien d'autre fois la musique savante manque à notre désir illustration presque ligne par ligne mot à mot de la théorie hegelienne du désir de la part d'un poète donc on brandit souvent comme étant le type même des avant-gardes que Hegel n'a pas pu connaître c'est quand même troublant de voir une actualité qui se repointe chaque fois qu'on veut l'en écarter et en revenant au maître-penseur que je faisais allusion tout à l'heure Deleuze et Foucault je vais c'est une métonymie ils ont plein d'épigones je ne m'acharne pas je ne fais jamais d'argument ad hominem je n'ai pas de querelle de personne avec ces gens-là et je pense plutôt au champ de leur pensée à Heidegger qui a encore plus d'influence ou la néo-nietzschemanie contemporaine comme vous voulez je dis ça par générosité pour Nietzsche pas confondre la néo-nietzschemanie avec Nietzsche
Baeumler, ou l'anti-hégélianisme nazi
53:21 mais tout de même qui est un génial nigaud le pauvre vieux qu'on peut faire passer pour un des quatre heures qui est un immense écrivain mais qui en philosophie s'un peu mélangé les pinceaux jugez plutôt donc je vous cite ce philosophe contemporain enfin du XXème siècle puisqu'il est mort la critique systématique de la tradition idéaliste fait partie de notre travail futur voilà une pensée contemporaine qui est à l'opposé de Hegel la critique parce que Hegel est classé comme dans son idéalisme même un idéalisme absolu je le dis scolairement vous savez qu'on distingue l'idéalisme subjectif Kant, Fichte, etc.
53:56 si vous oubliez ça c'est pas grave l'idéalisme objectif chez Schelling qui trouve la réalisation de l'idée dans la nature et l'idéalisme absolu Hegel qui le voit plutôt dans l'histoire que dans la nature donc l'idéalisme par excellence la critique systématique de la tradition idéaliste est partie de notre travail futur lorsque Nietzsche oui voilà quelqu'un qui se réclame de Nietzsche une fois de plus se moque de l'apothéose de l'Etat il pense avec un instinct sûr à l'Etat total Hegelien comme état de culture oui parce que avec l'écologisme ambiant la nature est plus une valeur aujourd'hui que la culture ou que l'histoire n'est-ce pas et donc quand il dit avec un instinct sûr il s'oppose, Nietzsche à l'Etat total Hegelien comme état de culture oui effectivement l'Etat Hegelien c'est un état de culture mais sauf qu'ici c'est une anti-valeur c'est l'esprit de Weimar matérialisé j'y reviendrai sous forme d'Etat que Nietzsche combat Hegel est le penseur du classicisme il y a quelqu'un qui peut réhabiliter le désir infini des romantiques vous allez voir il nous faut réhabiliter les romantiques allemands critiqués par Hegel et pour leur donner toute leur place pardon et nous ne pouvons pas leur donner toute leur place je cite et je ralentis
55:06 sans détruire la tradition du 19ème siècle celle de l'importance prépondérante du Weimar classique et de l'amitié entre Goethe et Schiller et Goethe est un ami de Hegel et tous les deux partagés de méfiance à l'égard de certains aspects nocturnes du romantisme nous ne pouvons pas exprimer philosophiquement notre conception du monde sans maîtriser par la critique l'évolution intellectuelle qui mène de Kant à Nietzsche c'est le découpage inverse au mien pour moi il y a un parcours qui va de Rousseau à Lénine en passant par Hegel et Marx et ici c'est le contraire de Kant à Nietzsche à la première manifestation ou en tout cas la plus popularisée aujourd'hui c'est pas la première, Schelling était là avant de l'irrationalisme on ne peut plus apprendre notre monde avec les formulations de Fichte et Hegel quelle que soit la profondeur de la compréhension qu'on peut en avoir et pourtant il n'y a rien de plus fréquent que d'assimiler notre philosophie à celle de Fichte cela ne changerait rien si le sans-tours Hegel prenait la place mais sans-tours Fichte est-ce que vous avez une petite idée de qui c'est ?
56:04 Fichte ? non non, l'auteur de ce que je viens de lire alors je continue parce qu'il en veut aussi à Descartes Hegel accomplit d'une manière indépassée la conscience de l'Occident en matière d'histoire de la philosophie c'est précisément par le tableau historique de Hegel que le cartésianisme a connu sa justification durable après que le combat contre le cartésianisme ait été mené pendant des siècles par les meilleures forces de la philosophie allemande de même qu'à l'inverse les thèmes de l'histoire allemande des conceptions du monde ont été banalisées dans la philosophie occidentale par la conception universaliste de Hegel sous l'influence de Descartes et pour une part ensevelie pour un siècle qui ça peut être ?
56:39 ça peut être beaucoup de gens hein ? tous Deleuze ? oui ça peut être Deleuze ce qu'il y a de commun c'est que voilà quelqu'un qui est opposé à Hegel à Descartes et je vous le dis c'est pas présent là dans le texte mais ça va être présent plus loin au christianisme on peut être anti chrétien sans adhérer au texte qui est là mais quand on est à la fois anti chrétien anti rationaliste anti cartésien anti hégélien on peut être anti gaulliste je vais faire un petit détour politicien vous savez comment ce que je veux dire moi j'ai voté contre De Gaulle toute ma vie on peut être anti gaulliste mais quand on est anti gaulliste et anti communiste à la fois pourquoi pas ?
57:16 on peut être anti communiste pour d'excellentes raisons je suis le premier à le penser mais quand on est à la fois contre les deux il y a un précédent historique qui s'appelle Pétain donc comme quelqu'un me dit moi je suis anti gaulliste monsieur très bien je demande à voir si c'est anti gaulliste comme moi parce qu'il ne trouve pas assez à gauche pourquoi pas ? mais si c'est anti gaulliste parce que c'est l'homme de la résistance et celui qui a donné l'indépendance à l'Algérie ce salaud qui nous a chassé de Bab el-Oued etc etc vous voyez des choses familières vous voyez je fais ce petit détour pour montrer qu'on peut être anti gaulliste moi ça ne me dérange pas pas toi anti gaulliste anti cartésien anti rationaliste et anti chrétien ça fait beaucoup à la fois vous dites Deleuze mais ce texte il est de monsieur Baeumler est-ce que vous connaissez Baeumler ?
58:06 je vous recommande franchement ça c'est une lacune je vous entendrais parler de Baeumler de manière assez développée dans le gros travail que Jean-Pierre, euh, Emmanuel Faye pardon a consacré à l'imposture Heidegger n'est-ce pas ? et Baeumler c'est le philosophe qui a été nommé immédiatement mais il demandait l'arrivée d'Hitler au pouvoir pour verrouiller tout ce qui était idéologie dans le secteur philosophie à l'université allemande mais Lukács qui en parle de Lukács ?
58:40 c'est, c'est, je te remercie euh, de parler de Lukács, parce que c'est grâce à Lukács bien sûr c'est, c'est dans un travail de Lukács que j'ai isolé cet extrait mais Faye cite d'autres extraits qui sont aussi accablants par ailleurs, hein, je veux dire, du pur Baeumler alors, nous avons entendu parler, chez les Heideggeriens, de l'abîme, l'insondable tout ce qui est le contraire, n'est-ce pas ? du déterminé, de la raison, de ce qui a un contour, du concept, de la clarté des idées claires et distinctes je vous cite le maître de Baeumler, Krieck celui qui était le maître à penser de Rosenberg, d'Hitler l'insondable, ce n'est pas pour la pensée allemande, je peux le dire maintenant, c'est à l'époque l'insondable, ce n'est pas pour la pensée allemande la définition de limite c'est au contraire une détermination totalement positive l'insondable traverse toute notre réalité et la régit en gros et en détail l'insondable, comme trame indissoluble de notre réalité dans sa nature inaccessible mais pas totalement inconnue nous le connaissons même si on ne peut pas le dire, il agit dans notre vie et si Hegel entendit le connaissant, on ne peut pas le dire, pour Hegel qui passe son temps à dire que le vrai s'exprime l'intérieur n'est vraiment intérieur que s'il peut s'extérioriser et se perdre en se déployant
59:52 ce dévouement à l'insondable constitue la profondeur de la conception allemande du monde vous voyez, ces idées qu'on croit être décapantes, rebelles et même qu'on fait croire non seulement comme étant de gauche mais étant, dans les années 60 on le faisait croire en tout cas à l'extrême gauche on est un peu revenu avec la crise même vous les trouvez presque mot pour mot dans les plus terrifiants des philosophes ayant pu exercer leur profession dans un cadre institutionnel vous me direz, vous devriez me dire, vous n'osez pas, vous avez tort je vais dire, mais Dominique, mais je suis en train de faire de l'amalgame, c'est grave, des choses comme ça non, je ne fais pas de l'amalgame je fais des rapprochements conceptuels et je vais expliciter la différence Hegel se moquait à propos de ceux qui disent qu'on fait un amalgame dès qu'on rapproche deux choses en essayant de conceptualiser et de comprendre en disant que je ne sais pas moi, que le Teckel et Saint-Bernard sont des chiens, on fait un amalgame après tout on ne devrait jamais employer le concept de chien sauf pour dire qu'il n'aboie pas
Rapprochement conceptuel et amalgame ; les oppositions restent les nôtres
1:01:03 Hegel, comparer ça à un patient à qui un médecin aurait dit, mon pauvre ami, vous êtes cuits si vous ne mangez pas des fruits et le malade meurt parce que c'était un sceptique nominaliste comme nos oailles comme ceux qui se méfient de l'amalgame parce qu'il dit Hegel, il ne trouve nulle part des fruits mais seulement des figues, des bananes, des pommes ou des poires ou des cerises et on pourrait aller à l'infini, vous savez le le réel est bonne fille, le réel empirique même s'il prend des cerises, il faudra distinguer les griottes, des coeurs de pigeons, des bigarots, et ainsi de suite donc quand elle n'est pas capable de s'élever au genre, on traite tout d'amalgame, évidemment bon, évidemment si j'avais fait un seul rapprochement, si j'avais pris un mot par-ci par-là mais là, ce n'est pas un thème que j'ai rapproché, c'est une systématique c'est-à-dire l'ensemble de thèmes, anti-cartésianisme regardez, toute l'histoire de la folie de Foucault commence par ce fameux thème du grand renfermement que Descartes, la philosophie de Descartes, viendrait sanctionner le début de ce qu'il appelle le grand renfermement la prison étant ici bien sûr la raison avec Descartes la raison prend le pouvoir et après nous avons allez allons-y le goulag, on était en pleine guerre froide à l'époque, vous savez
1:02:16 je veux dire par là que je ne vois pas pourquoi je vais me défendre d'amalgame à l'égard d'une pensée qui dit, vous savez le goulag ? il était déjà dans Lénine, et d'ailleurs il était déjà dans Marx, et d'ailleurs, s'il est dans Marx, c'est qu'il est dans Hegel et d'ailleurs, il est déjà dans Descartes, mais je ne plaisante pas, vous pouvez dire ça dans... et puis je vais vous dire, il est dans Platon, dès l'origine de la philosophie les ceux qui trouvent grâce donc, c'est les quelques balbutiements des présocratiques à titre prophétique, les Deleuze, les Foucault et Derrida adorent citer, Parménide, Héraclite, ça c'est bien on a des balbutiements, ce que Mallarmé aurait appelé les primitives épellations et à qui on peut faire dire tout son contraire comme les propos de Nostradamus à peu près j'ai un immense respect pour les présocratiques, on peut en faire une étude plus sérieuse que ça mais justement, à condition de ne pas les traiter comme ça, c'est un mot purement aphoristique dans l'insondable voilà, dans l'insondable, comme je dis, avec l'avantage de la nuit des temps mouris je ne vais pas me justifier d'amalgame pour des gens qui amalgament au goulag à peu près toute la tradition philosophique de Platon jusqu'à nous, en culminant par Hegel, enfin quand même je ne peux pas m'empêcher, je ne résiste pas à la tentation de vous lire, même si on salit un peu la bouche avec ces propos-là
1:03:35 tenez, tenez, tenez, tenez, on entend ça souvent dans les émissions écologisantes je n'ai rien contre l'environnement, je suis contre l'écologisme je suis comme tout le monde, j'ai très souci de mon environnement, ne vous inquiétez pas et je ne me couche pas sous les tuyaux d'échappement pour aspirer leurs émanations avec délices et d'ailleurs personne ne le fait, donc c'est des débats creux nous croyons, voilà, face à Hegel et l'histoire universelle, nous croyons qu'il n'y a pas de véritable histoire universelle au sens de la science ce qui veut dire qu'il n'y a pas d'histoire selon laquelle tous les peuples et toutes les races seraient ensemble amenés à une fusion systématique unique c'est exactement ce que la pensée contemporaine nous reproche à Hegel en disant qu'il a une pensée linéaire qui fait que tous les peuples devraient passer par les étapes de la rationalisation de l'Occident, etc.
1:04:36 indépendamment de tous les contres sens que ça constitue, parce que Hegel passe son temps à dire que l'absolu est présent à chacun de ses figures et même dans les plus frustres et les plus barbares, il est sauvage, même dans les cultures des peuples les plus sauvages je veux dire, l'absolu est là, sous la forme du totem il y a une très belle analyse par Hegel de la fonction du totem dans les sociétés dites sans écriture si vous préférez une appellation plus objective que sauvage, tout de même encore que le sauvage, je sens, c'est étymologique, c'est pas péjoratif, c'est celui qui se sauve et croyez-moi, quand il voit débouler les blancs, il a quelques raisons de se sauver, hein, quand on connaît l'histoire Hegel montre que l'identification au totem est la première conscience de soi politique dans l'histoire de l'humanité et la première conscience de soi de l'esprit objectif, comme il dit ça je rappelle, ce sont des notions qui vous paraissent un peu abstraites, vues de loin donc, nous croyons au contraire, selon laquelle tous les peuples, toutes les races seraient ensemble amenés à une fusion systématique unique selon laquelle il faudrait qu'il y ait un projet de christianisation de toutes les races vous vous rendez compte ?
1:05:38 l'universel... ces salauds de juifs nous amènent le christianisme, le rationalisme, l'universel vous retrouvez ça aujourd'hui, mais pas avec les salauds de juifs, au contraire même je vais être moi taxé d'antisémitisme si je défends Hegel, c'est quand même extraordinaire si je défends la raison, on va dire que la raison est totalisante, totalitaire, ou pas ? et donc, voilà un texte qui en veut à la critique, un texte fait par le philosophe nazi, estampillé il n'y a même pas besoin comme Heidegger de se demander s'il est ou pas, à mon avis Heidegger n'est pas nazi, il y en a eu plein de petits philosophes nazis à l'époque de Heidegger, j'avoue il n'est pas le seul, il n'est pas nazi Heidegger, il est le plus nazi des philosophes ce qui est très différent Baeumler, lui, est nazi, estampillé, à mon avis, parce qu'il est connu comme un penseur médiocre par ailleurs quand on voit ses autres productions quand il parle comme ça avec un minimum de cohérence dans l'abjection, ça a été soufflé par Heidegger, c'était très proche en tout cas, on voit des termes Heidegger, pour ceux qui connaissent bien Heidegger, ils sont évidentes attaques simultanées contre le cartésianisme, contre le mécanisme, contre la machine, contre l'industrie, contre l'outil, contre la technique, contre le christianisme, bref, contre le juif quoi
1:06:50 je vous rappellerai aussi qu'à l'époque, ça va nous ramener à Marx via Hegel on n'attaquait pas le juif tout seul, la plupart du temps il était accolé de son camarade, on en voulait au judéo-bolchevisme lisez bien la presse nazie de l'époque, l'adversaire répétait de manière obsessionnelle c'est pas le juif ou le communiste, c'est celui qui en même temps les deux d'ailleurs Marx est un juif, non ? Et Jésus est un juif ! c'est pas des pensées très sophistiquées donc, le judéo-bolchevisme dont les instruments essentiels sont la rationalisation, la médiocrité vous connaissez la suite donc, cette pensée sur laquelle il faudrait qu'il y ait un projet de christianisation de toutes les races à la suite de quoi tout cela servirait à l'objectif de l'humanisation de la prétendue humanité nous croyons à l'inverse que l'histoire de chaque peuple représente pour lui une sphère vitale dirais-je en france des portes là, je contredit Anaïs ?
1:07:50 le problème c'est que vous trouvez ces thèmes-là presque mot pour mot dans toute une pensée que l'on pourrait n'y compris qui se situe quelquefois à gauche c'est là où je tire la sonnette d'alarme qui se veut anti-chrétienne, écologiste, réhabilitant les dieux païens et les cultes solaires en Bretagne je caricature un peu mais quand même quand j'amalgame je le dis un peu mais enfin c'est le même ordre, c'est le même champ, le même champ symbolique le retour des dieux païens et donc je suis en train de constater, je termine là ma première partie qui montre l'actualité Hegel si je commence par l'aujourd'hui et ça va me permettre en faisant ce bilan de vous annoncer la bonne nouvelle c'est que je vais faire la pause juste après ça va entre deux séances, une heure et demie, à savoir que nous avons affaire aujourd'hui comme au temps de Hegel à la même contradiction fondamentale et le mérite de Hegel est au moins de l'avoir formulé comme dit très bien Hyppolite, tenez, il a tous aussi du droit voilà, voilà pas mais oui, il vous l'aissait sous les yeux alors attends, non, pas ça non plus c'est toi qui nous a coché Antoine non rien donc voilà l'écran faisait écran
1:09:01 comme tous les écrans c'est un quatrième de couverture il a voulu réconcilier et Hyppolite va dire à ma place la contradiction fondamentale dans laquelle nous continuons de nous débattre et celle de l'époque de Hegel a voulu réconcilier Hegel a voulu réconcilier la subjectivité chrétienne infinie et on retrouve le mot abstrait tout à l'heure au désir infini regardez le Parthénon, c'est borné, le cathédral, le minaret, bien sûr il arrive à la transcendance, ça n'a pas de limite que la technique, il va en faire toujours plus haut il a voulu réconcilier la subjectivité chrétienne infinie avec l'idéal de la cité antique selon laquelle l'Etat et pour les citoyens l'Etat donc la politique et non pas le religieux est le but final de son monde il a voulu maintenir au sein de l'Etat sous-entendu donc grec le libéralisme bourgeois moderne tout en affirmant que l'Etat était au-dessus de la société civile et il dit, et je voudrais commencer ma pause à partir de cette position qui me semble la plus honnête celle de ce brave Hyppolite non, admirable ses oppositions celle du christianisme et de l'Etat terrestre celle de l'homme privé et du citoyen alors où l'on parle du voile, de laïcité, vous savez que c'est actuel tout ça
1:10:13 ses oppositions, celle du religieux et de l'Etat terrestre celle de l'homme privé et du citoyen du monde économique et de l'Etat politique sont encore nos oppositions on peut discuter des solutions qu'Hegel leur a apportées mais on reconnaitra au moins après la petite séquence qu'on vient d'achever avant la pause que ça reste nos oppositions 10 minutes de pause merci à la librairie tropique qui met ce dispositif à notre disposition on prend place une petite heure encore voilà c'est parti deuxième partie pagani 9 août 2012 il est 18h36 celui-là je ne l'ai pas branché parce qu'il va le brancher donc pagani 2012 il est 18h36
Question du public : le bébé consommateur et l'anarchisme récupéré
1:11:24 après la pause c'est bon Dominique ? c'est bon ? c'est bon ça c'est bon avant de continuer je crois qu'on a accumulé ensemble assez de matériaux dans la partie précédente la partie précédente pour ça soulève quelques questions donc j'aimerais bien quand même recueillir des questions c'est dans plusieurs raisons de poser des questions la première et la plus impérative c'est sur la façon de faire c'est un minimum une motivation seconde raison on a compris mais on voudra en savoir plus et troisièmement on a compris on va savoir plus on n'est pas d'accord et on a un argument s'il n'est pas une de ces raisons pour poser des questions voilà oui et non pardon c'est pas vraiment une question c'est un peu pour parler de tout à l'heure de systématique
1:12:38 quand anti mais effectivement les jeux Serangan je lisais récemment un juste sale showing region sud sud sud sud sud sud sud sud sud sud sud sud dispenses En fait, on est un peu cohérent, ça recoupe ce que tu as dit, le texte de la vie, etc. Mais comme quoi tout est cohérent et tout se rejoint dans l'inversion totale des valeurs que ces gens-là...
1:13:14 Ça, en ce sens, que le réel irrationnel apparaît comme un élan un peu moins abstrait qu'on ne croit. Parce qu'en fait, pour Deleuze, le sadisme, c'est un excès de surmoi, un excès du père, un excès de la loi, un excès de l'État, finalement, et un excès de l'autre. De l'autre, c'est-à-dire l'autre, mon papa, l'État... Alors qu'effectivement, pas mal de choses nous montrent aujourd'hui, si tu veux, que le sadisme, c'est plutôt l'excès du moi, l'excès de la consommation, finalement, l'excès du consommateur, finalement, l'excès de la mère, plutôt que l'excès du père.
1:14:06 Mais vous nous amenez à la guerre des sexes, sur un miel. Non, non, non, mais... Non, mais ça tombe très bien, mais tu allais enchaîner là-dessus. La mère, dans le sens que la mère, comment, enfin, la mère du bébé, consommateur absolu, qui a besoin de sa mère. Le stade politique est... Je t'interromps pour te rendre aussitôt la parole. Bonjour, monsieur. Bonjour. N'hésitez pas à vous asseoir, hein. Oui, oui, non, je te regarde, c'est un émortif. Le, le, le, le... Ah, c'est une père de fille. Juste avant, tu disais, je t'ai interrompu quand tu parlais de...
1:14:36 Le père et la mère. Oui. Le bébé consommateur. Le bébé consommateur absolu. C'est... C'est Aymeric Monville qui parle, qui est l'éditeur de Jean Salem qui est ici. Et... Et de moi-même. Mais surtout l'éditeur qui a commencé par consacrer une bonne partie de son fond à la réédition. Et croyez-moi, il fallait du courage. Quand on voyait comment il était traité comme un chien crevé, ce pauvre Clouscard, de Michel Clouscard. Qui m'en a dit un immense penseur, sans doute le plus grand pour moi de l'après-guerre en matière de...
1:15:09 de marxien en tout cas. Et... Avec Lukacs. Et il se référait souvent à lui d'ailleurs. Et la notion de bébé consommateur est un concept familier au lecteur de Clouscard. Voilà. C'est juste pour faire la parole. Je te rends la parole. Oui, non. C'est une méfile. C'est pour dire qu'en fait toute cette... La cohérence de la pensée de ces gens-là, si tu veux, est totale. Oui, tout à fait. Au niveau social comme au niveau anthropologique, ils font l'inversion finalement de...
1:15:41 Je te remercie de Paris. Ils font l'inversion de tout. Et alors je rejoins un peu ce que dit Clouscard justement là-dessus. C'est qu'il montre, si tu veux, que... Ces gens-là finalement, est-ce qu'ils n'en sont pas restés au stade d'un criticisme de leur consommation parasitaire ? C'est-à-dire qu'ils n'ont pas arrivé au stade politique finalement de consommation de... Comme le prince en parlerait un mot.
1:16:11 Voilà, absolument. C'est-à-dire qu'ils en sont restés au stade du consommateur absolu, c'est-à-dire de la mère. Ils n'ont pas passé au stade politique au stade du... Oui, sauf que la mère a quand même une résistance au bébé, c'est qu'elle ne se laisse pas dévorer facilement. Oui, oui. Et pourtant, ce n'est pas faute d'avoir de l'amour pour son bébé. C'est une métaphore. C'est une bonne éducation qu'elle donne à son bébé, le sevrage. Voilà. Mais c'est vrai que c'est quand même un... Il y a une cohérence au niveau social et au niveau anthropologique des thèses de ces gens-là. Non, non, mais je n'ironise pas du tout.
1:16:41 Tu fais très bien de soulever la guerre des sexes, ça c'est une boutade. On ne va pas parler en termes de guerre. Mais tout de même, il y a bien un conflit, mais pas du tout au sens posé dans certaines dérives du mouvement féministe d'aujourd'hui. Vous savez, je faisais une critique. Quand Hegel parle du moi abstrait, de la négativité abstraite, et du moi qui se pose comme moi au prix de nier tout ce qui n'est pas moi, c'est la négativité, mais de le nier malheureusement concrètement, si c'était que dans sa tête, lorsqu'il a des pouvoirs.
1:17:15 Donc, je le taxais d'anarchisme. Je voudrais ici rendre hommage, qu'on ne se méprenne pas, à une tradition d'anarchisme populaire, tout simplement d'abord et avant tout argument logique, c'est assez rare que je dise ça, c'est pas un problème de Hegel, parce qu'il y a un lien du sang. Je ne sais pas ce que dans la guerre civile espagnole, mais ailleurs, à la commune de Paris, entre les anarchistes, le mouvement ouvrier, il y a un lien du sang. Cela, je le respecte, cet anarchisme-là, bien sûr. Ce que je critique, c'est la récupération conservatrice de l'anarchisme, celle du libertarien américain qui attend le mec des impôts avec un fusil près son hanche.
1:17:51 Il y a des sectes américaines comme ça, c'est l'individu au sens absolu, je ne dois rien à personne, pourquoi pas ? Regardez Rousseau connaître. Rousseau dans l'Émile hors de la société, en dehors de lui, hors de la société, l'individu isolé a le droit de vivre comme il lui plaît. Et d'ailleurs, quand Rousseau était dans l'île Saint-Pierre, dans son isola, pour parler italien, il disait bien qu'il s'est livré avec volupté aux précieux farniente, il a le droit de faire ce qu'il lui plaît. L'homme isolé a le droit de vivre comme il lui plaît.
1:18:23 Mais dans la société, dit Rousseau, et là, il y a sans doute la phrase la plus marxiste de Rousseau, où il vit nécessairement aux dépens des autres. Là, Rousseau ne dit pas qu'il y a des salauds qui vivent aux dépens des autres. Il dit qu'en tant qu'être humain, nous vivons nécessairement aux dépens des autres. Qu'est-ce que je fais ? J'utilise la langue française, c'est pas moi qui l'a inventée, bon sang, je m'en sers. Elle me préexistait, je ne pourrais pas communiquer avec vous sans les outils fabuleux, comme le langage en général, qui m'a été porté par l'humanité, et la langue française, qui m'a été portée par une fraction de l'humanité, qui me permet de communiquer sur un champ extensif.
1:19:01 C'est un des millionièmes exemples que je pourrais prendre pour dire que l'autre est toujours présent. Et donc, Rousseau dit, mais dans la société où il vit aux dépens des autres, je termine ma phrase la plus importante, il leur doit en travail le prix de son entretien. Voilà, on a le droit de vivre aux dépens des autres quand on donne l'équivalent en travail. Je trouve que c'est le passage peut-être le plus marxiste de Rousseau dans l'Émile. C'est le moment où Rousseau insiste pour que son élève prenne un métier manuel et sa mère qui est une aristocrate est horrifiée de voir que son fils, alors le noble ne travaille pas, mais en plus travailler à la rigueur comme le noble, il dit qu'il y avait des petits ateliers, la fin de 18e, c'est très à la mode.
1:19:36 Montesquieu était habillé de chimie, c'est comme l'encyclopédie, Voltaire de physique, Rousseau de botanique, c'était la mode. Non, non, non, il faut apprendre un métier manuel, dit Rousseau. Il dit bien, je ne veux pas qu'il soit artiste ou doreur de livre, je veux un métier qui ne fasse plus travailler les mains que la tête, vous voyez, c'est pas artiste, pas artisan sans artiste, vraiment. Un métier manuel. Et la mère dit, à mon fils, mon fils artisan, monsieur, y pensez-vous ? Je cite, hein. Et le précepteur, donc le narrateur, si je puis dire, de l'émile, répond, j'y pense mieux que vous, madame, qui voulez ne jamais en faire qu'un marquis, un lord, un prince, et peut-être un jour moins que rien.
1:20:15 Moi, je vais lui donner un rang qu'il ne puisse perdre. Je vais l'élever à l'état d'homme. Et quoi que vous puissiez dire, il aura moins d'égaux à ce titre qu'à tous ceux qu'il tiendra de vous. Il veut parler des titres de noblesse à l'époque. Voilà. Les sommets de Rousseau sont parmi les sommets de mon français. Il est comme en lui aussi chez Rousseau, hein. Et ça, c'est admirable. Et, donc, tu fais très bien de faire intervenir l'ex-ex que je soustresse féminisme-là. Je prolonge ma parenthèse, actualisant, pour bien comprendre le monde idéologique dans lequel on vit et les pressions dominantes qu'il exerce, c'est à la mesure où il y a une récupération droitière, disons, de l'anarchisme, au profit de l'individualisme pour l'autre, qui ne va avoir de compte à rendre à personne, la libre entreprise, comme je l'ai dit pour les Robinsonades tout à l'heure, ceux qui étaient là un petit peu avant le début de la discussion, j'ai fait allusion à ce que Marx appelait les Robinsonades.
1:21:06 S'ils imaginaient qu'à l'origine de l'humanité, il y avait des individus isolés, comme chacun dans son lieu, justement, et puis qui ont tout d'un coup décidé de s'associer, parce que c'était quand même plus pratique, niveau technique, pour vivre. Non, non, il n'y a pas d'être humain isolé. Rousseau a bien vu que l'homme ne commence à exister que dans l'état civil, pas dans l'état de nature. Dans l'état de nature, dit Rousseau, au chapitre 8 du premier livre du contrat social, il est un animal stupide et borné. C'est le passage à l'état civil qui en fait un être intelligent et un homme. Je cite, je ne l'interprète pas. Donc, cette récupération droitière de l'anarchisme auquel je rends hommage, qui a été un compagnon de combat, de l'émancipation prolétarienne, je puis dire, et de la récupération bourgeois de l'anarchisme au profit de la pensée gauchiste telle qu'on la connaît depuis mai 68.
1:21:54 Vous savez, tout est permis. Comme pour le prince de Rimbaud, le Néron, là, tout est permis. Ben oui, tout est permis à quoi Clouscard a ajouté, c'est même le titre du DVD qui lui est consacré, il y a deux jeunes gens qui ont fait un admirable film sur sa pensée et sur sa vie. Le DVD est en vente dans cette librairie. Il n'est pas le domine. Qui s'appelle, tout est permis, mais rien n'est possible. Vous savez, depuis mai 68, tout est permis, mais à la MPE. Belle astuce, belle récupération à l'anarchisme.
Antigone, fil qui traverse toute l'œuvre de Hegel
1:22:27 Qu'est-ce que vous voulez pourvu que vous n'empêchez pas la loi implacable du marché ? Le marché et la concurrence des individus, comme tu dis, tout ça est très cohérent. Non ! La remarque, là où elle est providentielle, la question, enfin, ton incident, en parlant d'hommes et de femmes, c'est qu'elle nous ramène à un conflit réel entre masculinité et féminité, analysé par Hegel. C'est là que j'y arrive. Qui est à ce point, enfin, qui est si peu marginal, le conflit dont je parle, homme-femme comme concept, je ne parle pas de mâle-femelle, ça c'est dans la nature.
1:23:02 On parle de homme-femme, ça ne existe que dans la culture et dans l'histoire. Il y a des femelles plus viriles que certains, mâles, et vice versa. Donc, ne nous égarons pas là-dessus, je souhaitais dire un doute. Ce conflit-là est si peu marginal dans l'œuvre de Hegel qu'il traverse toute son œuvre en diagonale. Je parle du conflit tragique, lorsqu'il l'analyse, par exemple, dans sa monumentale esthétique en quatre volumes, et qu'il en arrive au conflit tragique à la tragédie grecque, la tragédie la plus classique qui soit, et au grand tragique grecque, en particulier à Sophocle.
1:23:38 Et dans Sophocle, en particulier à la tragédie d'Antigone. Voilà où j'en arrive à la féminité. Vous savez, la version actuelle, idéologique et droitière d'Antigone serait cette petite bourgeoise qui se révolterait comme un individu qui ne veut pas payer d'impôts contre l'État. Ce serait le symbole de la grande révolte contre l'État, les pouvoirs. Foucault, son ennemi, ce n'est pas le capitalisme, c'est le pouvoir. Comme disait Bachelard, s'engager, c'est être précis.
1:24:08 Il n'y a pas beaucoup d'engagement quand on en veut au pouvoir en général. Et en l'occurrence, Hegel est fasciné, je dis bien fasciné, c'est assez rare, c'est un mot hégélien, pour un quelqu'un qui est capturé par un effort de rationalisation, plutôt que de se laisser hypnotiser ou fasciner ou bluffer, comme on dirait aujourd'hui. Il y a une fascination à travers toute son œuvre, c'est le conflit d'Antigone. Il a traduite, quand il avait 15 ans, quand il était au lycée déjà, il a dit un 6 degrés.
1:24:38 On a un commentaire. Elle sert de fond au passage le plus troublant, le plus développé de la phénoménologie d'esprit, dans son deuxième volume, on n'en est pas là, quand il en est à ce qu'il appelle le monde éthique. C'est la première fois que l'esprit prend conscience de soi comme collectivité, disons par rapport à l'esprit individuel, l'esprit collectif. Il se sert du monde grec pour l'illustrer dans la phénoménologie.
1:25:08 Donc, elle sert de toile de fond, si vous voulez, aux analyses que fait Hegel, du conflit tragique dans le monde grec. Ça ne suffit pas. À la fin de sa vie, quand il écrit les principes de la philosophie du droit, qui sont son testament politique, il n'est pas aride, il n'est pas aride, austère, qui n'a pas les riches médiations concrètes de la phénoménologie, les figures de la belle âme, de la conscience malheureuse, du maître et des esclaves. C'est beaucoup plus abstrait, c'est la philosophie du droit, mais d'autant plus étonnant, à un moment donné, où il en arrive à la relation entre ce qu'on appelle, en philosophie politique, la société civile et l'État.
1:25:45 On a l'air loin d'Antigone, maintenant, on est en plein digne. Il fait tout d'un coup une remarque, où il cite la tragédie d'Antigone. Il dit de tous les chefs-d'œuvre... Je vais trop vite. Je laisse la philosophie du droit de côté, je reviens en arrière, j'ai sauté une étape, c'est sa monumentale esthétique à laquelle vous allusions tout à l'heure. Quand on est septique, il en arrive à la tragédie, je vous rappelle, je vous rappelle pour ceux qui l'ont appris, d'une manière peut-être rapide et a fortiori à ceux qui ne le savent pas, que l'esthétique de Hegel offre un déploiement, il y a un ordre, il y a une hiérarchie des arts, qui va en gros des arts plastiques vers les arts du temps, ça va y avoir la poésie et la musique, sculpture, peinture, musique, poésie, etc.
1:26:24 Donc la poésie au sommet, et dans la poésie, au sommet de la poésie, il y a la poésie dramatique. Je dis dramatique et non pas tragique, cette fois pour comprendre aussi bien la comédie, l'art dramatique. Et la tragédie, par exemple, et Hölderlin, il y a eu beaucoup de discussions entre les deux dans la Pio, Tübingen et la Suisse, je suis sûr, je les entends comme si j'y étais, et dans la cité grecque, le sommet mystérieux de l'art grecque, pour les deux, c'est bien sûr la tragédie, plus encore que les statues d'Apollon, de Phidias et de Parthénon, qui mobilisent tout le reste.
1:27:00 Dans la tragédie, vous avez le visuel, le décor, le plastique, c'est l'œuvre d'art totale, comme on a dit à propos de la Néan. Plus la poésie par le texte, plus la danse, la mimique, tout y est. Je reviens à Antigone et au conflit des sexes. Donc, au lieu de faire passer que ce contresens anachronique le faire passer pour celle qui défendrait l'individu contre le totalitarisme de la cité représentée ici par l'homme créon, je vous rappelle très rapidement que le pitch de l'histoire, c'est qu'il y a la guerre entre Thèbes et une autre cité, c'est purement politique, la guerre, l'histoire d'homme, à l'époque surtout, et Parc le Corrard s'amazone.
1:27:39 Et dans les citoyens, dans les guerriers de Thèbes, il y a deux frères ennemis, Étéocle et Polynice, et l'un des deux frères qui se dispute, c'est classique dans les fratries, c'est Abel et Caïn, c'est Romulus et Rémus, légendes fondatrices, et développement dans Freud là-dessus. Et vous savez comment, dans la symbolique freudienne, comment le rêve représente les collatéraux, la chicanerie freudienne ?
1:28:13 Quel est le symbole qui sert ? Dans les collatéraux, pour montrer qu'il y a plus de veines qu'un homme là-dedans, la vermine. Quand on rêve d'insectes, une vermine qui pullule en général. Bref, je vous laisse l'appréciation. Bref, conflit entre Étéocle et Polynice. L'un des deux, et a tellement de haine pour l'autre, qu'il trahit la cité, en collaborant, on dirait aujourd'hui, avec la cité adverse. Voilà, ça c'est le pitch, et c'est tellement monstrueux, il y a rien de pire, dans le monde des valeurs grecques, que de trahir sa cité. Créon, chef de la cité de Thèbes, décide, en décision politique, purement politique, que devant un crime aussi monstrueux que de trahir sa cité, il est interdit, à qui que ce soit, et à quiconque, d'offrir à ce rénégat, et donc Antigone, qui est la sœur, du cadavre concerné, tout de même, se dresse au nom des lois du sang, et vous connaissez la suite, elle va être condamnée, à être emmurée, pour son crime.
Lien du sang contre lien politique : deux unilatéraux
1:29:11 Donc, Hegel dit, non seulement, ce n'est pas l'individu, contre la cité totalitaire, c'est le contraire. Elle défend une collectivité, pas l'individu. Une collectivité, plus naturelle que la cité. Je m'explique. Dans naturel, il y a natal, N-A-T, il y a de la naissance, dans nature. Il ne suffit pas de naître, il y a une époque où il suffisait de naître noble, pour être noble. N'est-ce pas ? On a été noble par nature, ou alors on ne l'était pas. Par naissance, ça veut dire.
1:29:41 Jusqu'au moment où il y a eu l'édit de la Paulette. Ça ne vous dit rien, l'édit de la Paulette, pour s'être intéressé à l'histoire ? On l'appelle comme ça, parce qu'il a été formulé par, c'est Louis XIII, par Paulet, un conseiller, vous savez, dans le parlement de Paris, Paulet, P-A-U-L-E-T, il y a eu l'édit de la Paulette. C'est l'édit qui a institué ce qu'on appelle la vénalité des charges. à partir de l'édit de la Paulette. Ça, ce sont les grands traitements d'histoire, silencieux. Avant, il fallait naître noble pour être noble. Maintenant, non, je peux le devenir, il suffit de payer.
1:30:13 Ça, c'est ce qu'on appelait à l'époque redorer le blason. Les nobles étaient bien contents de trouver des bourgeois qui voulaient épouser leurs filles pour faire revenir un peu d'argent. Dans les familles nobles, ils s'étaient ruinés en guéroyant. Quand on ne travaille pas, l'argent ne peut que diminuer. Il ne peut augmenter. Et c'est ce qui se fait que la bourgeoisie, raison de la noblesse, a fini par décapiter même le roi. Laissons ce polar historique de côté et revenons à Antigone. Dans l'esthétique, quand il fait son cours, quand il arrive à cette tragédie, il y a ce cri, qu'est-ce que d'orgueil et en même temps de grand pédagogue qui lui est arraché parce qu'il parle d'Antigone et il faut dire, il en perd son sang-froid.
1:30:48 Il dit ceci, à ses élèves, à ses auditeurs, de tous les chefs d'œuvre de l'Antiquité et du monde moderne, et je les connais tous, c'est vrai qu'il était d'une érudition extraordinaire mais tout de même. Et il ajoute, ce qui modère, la vanité du propos et chacun peut et doit les connaître. C'est là où c'est un grand pédagogue. Je n'ai pas la connaissance comme ça, il est réservé à quelques initiés, l'Église, non. Tout ça, il est là pour moi. Comme ça, il peut se communiquer, c'est-à-dire transmissible, c'est ce qu'il est en train de faire. Et chacun peut et doit les connaître de tous les chefs d'œuvre de l'Antiquité et du monde moderne.
1:31:18 Pas des chefs d'œuvre littéraires, tous les chefs d'œuvre de l'art. Littéraire, plastique, musique, Antigone ne me semble plus parfait, le plus apaisant. Et il ajoute, voilà un conflit qui garde encore pour nous toute sa signification. Alors on ne comprend plus. Je vais vous dire pourquoi après, avec mon dernier exemple, donc maintenant la philosophie du droit, Berlin, le vieux Hegel, on arrive donc au choc de la société civile et de l'État et il dit, on trouve une illustration de ce choc dans la tragédie d'Antigone. Cette tragédie incarne, je le cite, l'opposition éthique suprême, la plus hautement tragique.
1:31:54 En elle, féminité et masculinité sont individualisées. Il y a un grand enjeu pour cette tragédie. Ce qui s'oppose donc, ce n'est pas l'individu à la société, à la cité, ce serait anachronique, ça c'est une société moderne et bourgeoise pour faire des éclatistes comme ça. C'est un progrès, c'est pas péjoratif. Ce qui s'oppose, c'est une collectivité archaïque, c'est-à-dire dont le lien est un lien naturel puisque c'est lien du sang un lien de naissance. Je reviens à mon propos. Tu sais, je suis corse.
1:32:25 C'est ce que c'est, les Vendetta. On est venu me trouver, une fois j'étais étudiant à Paris, excusez-moi de verser dans l'anecdote, tout de même, le substantiel, comme dit Hegel. C'est incroyable ce qui vous arrive dans les sociétés substantielles et archaïques. Je ne suis pas en Corse, je peux parler librement. On est venu me chercher pour aller faire la peau à quelqu'un qui avait déshonoré, soit disant une de mes cousines que je n'avais jamais vu sauf peut-être à 7 ans à un mariage pendant 2 minutes. Et il fallait que j'aille venger l'honneur puisque dans mes veines sont censées couler quelques gouttes d'un sang commun dont je suis partie prenante objectivement.
1:32:59 C'est comme ça, vous voyez, quand on a été archaïque, il fallait faire la peau. Je m'en suis tiré en disant que j'étais moi-même sur une autre vengeance, etc. Sans partir à surer. Moi aussi, hein. Bien. Enfin, je vois faire une anecdote. Le lien du sang, quand on savait à l'époque. Et... Et par rapport à un lien qui n'est pas naturel, c'est le lien politique, le lien de citoyenneté qu'incarne Créon. Alors, je vois venir Hegel, il donne tort à cette pauvre Antigone parce que c'est une femme, c'est bien son côté macho.
1:33:35 Je parle comme un lecteur de deleuzo-foucaldien ou derridien. Et... Onfrayiens. Tout ça, des monotonies quand on prend thème par thème. Et... Il donne raison à Créon qui défend, bien sûr, l'État, l'État... Ah non, non, non, Hegel ne donne pas raison à Créon. Hegel, qui est dialecticien, il montre que les deux ont tort. Que les deux sont « einseitig » comme on dit en allemand. « Seite » c'est « side » en anglais, c'est le côté. Ils sont d'un seul côté, ils sont unilatéraux.
1:34:07 Il y a un deal, dit Hegel, dans la cité. Il y a un deal profond et dialectique. Le citoyen appartient à la cité. Elle l'a fait, citoyen. J'ai parlé des enfants sauvages dans la première séance la dernière fois, dans le jeudi dernier, si vous vous rappelez. Et je vous rappelez qu'il ne suffit pas de naître homme pour être homme. Pardon, de naître d'ascendant humain pour être soi-même humain. Il faut qu'une éducation, qu'une transmission reprenne en charge, par un apport de la société, en l'occurrence ici de la famille, mais des parents, se fasse le relais de millénaires d'histoire pour humaniser ce qui, sans cela, deviendrait un petit monstre et qu'est l'enfant.
1:34:51 Je me méfie des pédagogues qui disent qu'il faut épanouir l'enfant. Tout n'est pas épanouir. Je suis l'enfant. Chacun a, à part soi, des souvenirs de pulsions qui aura mieux vu l'enfant ne pas épanouir. Je vous le dis. Bref, quand on a vu les enfants avec les animaux, on comprend ce que je veux dire. Plus il est toujours mignon, plus il est torturé. Je n'ai pas eu d'ambivalence et pulsions. C'est pas mon sujet aujourd'hui. Donc, l'attitude de Antigone par rapport à Créon, non seulement Hegel ne donne pas raison à Créon contre Antigone comme les contemporains s'empressent de donner en raison à une Antigone travestie, en gauchiste, contemporaine ou contre totalitaire Créon, mais il montre que les deux font une faute.
1:35:33 Je répète, le citoyen appartient à la cité. La cité, l'envoie guerroyer contre les Perses, je n'en sais rien, il a des devoirs. Il a compris le devoir de vie ou de mort. Mais une fois qu'il est mort, il appartient à la famille. La famille est chargée des rites funéraires. Vous avez une magnifique page d'analyse dans le second volume, j'ai fait une monologie là-dessus trop longue, je vous les cite, mais qui ont été repérées dans l'anthropologie. Ricœur, en particulier, les philosophes a remarqué à quel point Hegel pressentait avec une pertinence étonnante les travaux de l'anthropologie la plus actuelle dans la manière dont il interprète les rites funéraires dans les sociétés en général.
1:36:08 L'homme essayant d'y être pour quelque chose dans la mort, que la mort ne soit pas un accident contre lequel on ne peut rien, essayant de répéter la mort. Il n'y a que voir le livre des morts égyptiens ou le livre des morts tibétains pour comprendre ce qu'on est en train de dire et ce que veut dire Hegel. C'est une manière de faire comme si l'homme pouvait codifier quelque part l'incodifiable. Donc, une fois qu'il est mort, c'est à la famille, c'est ça le deal de tout temps, c'est à la famille d'aller prendre son corps, de l'enterrer selon les rites.
1:36:38 Donc, Créon fait une faute et dit Hegel. Il fait lui aussi un hubris comme Antigone, commet un hubris en se dressant contre la loi de la cité, c'est le pire crime dans le monde grec, mais Créon fait aussi un crime en outrepassant son champ. Son champ est celui de la cité, du monde public et non pas du monde privé. Et pour bien, c'est pour ça que ta question est capitale. Vous voyez que féminité et masculinité, je sors complètement du papotage pseudo-féministe contemporain, un féminisme que je respecte, celui qui dit à travail égal, salaire égal, c'est pas le même.
1:37:08 Vous avez un admirable livre qui a été édité aux éditions Delga qui s'appelle Les femmes de la CGT, vous verrez la différence entre l'émancipation réelle de la femme et celui qui consiste à dire Madame la ministre ou de Madame le ministre. Je ne sais pas si c'est un féminisme important, mais en tout cas, ce que je suis non-excuse c'est qu'il ne coûte pas et il est sous le capital, celui-là, et que le capital l'adore, c'est le féminisme. Réfléchissez. Quand il est sociétal, quand il n'est pas social, le capital l'adore. Vous savez, le sociétal, c'est le capital à la mode. Donc, il faut absolument que je vous lise le passage, je voulais résumer un peu avant pour que ça paraisse un peu moins abstrait où Hegel répartit ces deux rôles.
Lecture du monde éthique : loi humaine et loi divine
1:38:06 Si je vais lire un passage, une petite direction sans m'arrêter, si il y a des obscurités, ne vous inquiétez pas, elles seront explicitées dans la suite du passage. Il est en train de distinguer deux lois dans la cité, mais représentons-nous comme cas de la cité grecque. Celui qui a vu éclore la tragédie dont nous parlons. Deux lois, ce qu'il appelle la loi divine, la loi humaine. La loi divine, c'est celle d'Antigone. Antigone dit à Créon, là, je cite, Sophocle, toi, tu te réclames de la loi de la cité, moi, je me réclame d'une loi non écrite, celle des dieux d'en bas. Je ne me rappelle plus la suite tout à fait.
1:38:41 Enfin, voilà. La loi, bref, il est sacrilège, Créon, en ne respectant pas ce qui, depuis Néandertal, jusqu'à nos jours, est quand même sacré, le fait qu'on enterre les morts. Donc, la loi divine et la loi humaine, celle qui décide sur l'agora, clairement, dans l'explicitation, pas dans les ténèbres de la tradition, de l'intuition, ou du sentiment, mais dans l'explicitation des lois formulées et discutées là où on parle, c'est-à-dire au Parlement, à l'agora, sur Rome, comme on le dit. Donc, maintenant, dans l'une comme dans l'autre loi, il y a encore des différences et des étages.
1:39:16 La communauté, ça, c'est Créon, la loi d'en haut, dont la validité se manifeste à la lumière du jour, à sa vitalité effective dans le gouvernement, car c'est là qu'elle est individue. Le gouvernement, je ne parle pas de l'État en général, mais de la cité grecque. Le gouvernement est l'esprit effectif, réfléchi en soi-même. Il est le soi simple de la substance éthique de l'ensemble de la cité. Total. Il est vrai que cette force simple permet à l'essence de s'étendre dans les membres organisés qui la composent. L'État, même la cité grecque, il arrive d'être parfois un peu libéral.
1:39:48 Je répète, je ne sais pas ça, je ne sais pas si j'appelle libéral, il est vrai que cette force simple, le gouvernement, permet à l'essence, l'essence collective, la société civile, on dirait aujourd'hui, de s'étendre dans les membres organisés qui la composent et de donner à chaque partie une subsistance et un être pour soi propre. En cela, l'esprit a sa réalité. Le fait qu'il se déploie dans différentes parties, telle classe sociale, tel milieu, telle profession, tel secte, peu importe, dans ces parties, en cela, l'esprit, il faut remplacer l'esprit par la cité, vous allez tout comprendre.
1:40:23 L'esprit est en même, en cela, l'esprit a sa réalité ou son être là. Dasein veut dire existence, tout simplement. Et la famille est l'élément de cette réalité. Alors là, il faut, petite question de vocabulaire, dans le langage hegelien, élément n'est pas du tout au sens atomiste. On ne veut pas dire les éléments simples avec lesquels on fait un mécano, les atomes on fait des molécules et avec les molécules on fait des corps composés, donc ce n'est pas ça. L'élément, c'est au sens de l'élément marin, c'est-à-dire le milieu ambiant sans lequel la chose dont on parle ne pourrait même pas survivre.
1:40:53 Lorsqu'il dit par exemple que la logique se déploie dans l'élément du savoir absolu, ça veut dire qu'il faut avoir traversé toutes les étapes de la phénoménologie et prêt de se débarrasser de ses illusions une à une pour arriver enfin dans l'élément du savoir. C'est un peu drôle. Voilà. Donc ici, l'élément, c'est l'élément bien sûr de la cité, de l'élément politique. En cela, l'esprit a sa réalité ou son être là et la famille est l'élément de cette réalité. En effet, s'il est vrai que la loi d'en haut, comme il dit, la loi de la communauté incarnée par les hommes dans le monde de la cité, heureusement que maintenant les deux rôles peuvent être partagés par tous les sexes.
1:41:35 la loi humaine, comme il dit, si elle s'attache à ce qui est manifeste, explicite à la lumière du jour et vous remarquez au contraire dans la mythologie grecque tout ce qui est du côté des femmes, Hécate, etc. c'est un monde obscur. Hécate, c'est la reine des poisons, par exemple. Tout ce qui se dérobe à la lumière du jour, souvent, c'est pas ? Et Phèdre au labyrinthe, avec vous descendu, ce serait avec vous retrouvé ou perdu.
1:42:05 Non, je vous dirais, elle va être emmurée, la pauvre Antigone, vous voyez, comme tout ça se fait écho. Mais quand il dit que la famille est l'élément de cette réalité, la cité, pour parler en termes rigoureux, donne aux citoyens son essence d'homme, son essence de citoyen. Il n'est plus un enfant sauvage, un Mowgli, un enfant loup. Grâce à la cité, le petit animal qui est né, animal devient homme. Vous vous rappelez que dans la préface, il avait dit si l'embryon est bien en soi homme, l'embryon le fœtus, il ne l'est pas encore pour soi, il l'est avec éducation, avec toutes les médiations, je ne reviens pas là-dessus.
1:42:44 Donc, si elle donne l'essence à l'homme, elle ne lui donne pas l'existence. la cité. Ça, c'est le rôle de la femme. Là, Hegel a bien vu les deux forces. N'empêche que, sans l'élément naturel, car je ne dis pas que la femme est plus naturelle que l'homme, ne faites pas dire ce que je n'ai pas dit, je suis en train de dire que le processus par lequel une femme met un enfant au monde n'est pas un processus culturel. Il n'est pas un peu décidé par l'homme, purement anthropologique, mais existe dans le monde organique bien avant l'apparition de l'homme.
1:43:18 C'est donc un processus naturel. Je parle de l'enfantement, je ne redis pas la femme. C'est un peu d'enfant. Mais tout de même, sans la femme qui est ici rejetée dans l'ombre d'une société archaïque, le citoyen aurait bien une essence grâce à la cité, mais la belle affaire d'avoir une essence quand tout de même n'est pas d'existence. La femme apporte tout de même l'existence au citoyen. C'est pour ça qu'il vit. Il est l'élément de cette Wirklichkeit quand il est réaliqué. C'est bien la Wirklichkeit. La réalité effective. Mais, revenons maintenant au gouvernement, mais l'esprit est en même temps la force du tout qui recueille une fois de plus ses parties dans l'un négatif.
1:43:53 On a de nouveau un peu belliqueux. L'un négatif, c'est la cité, Créon, le gouvernement. Et leur donne le sentiment de leur dépendance et les retient dans la conscience dans leur vie seulement dans le tout. Tu n'auras ta vie, toi, citoyen, que seulement en tant que membre de la cité. Bien. Alors, comme c'est un développement un peu long de trouver le passage où c'est quand même le mieux résumé, le droit du saint-billé.
1:44:24 Voilà. La communauté est l'esprit qui est pour soi. Je reviens à cette différenciation, je reviens avec Créon. Elle est l'esprit qui est pour soi quand il se maintient en se réfléchissant dans les individus. La substance effective, cet esprit est un peuple. Comme conscience effective, il est citoyen du peuple. Cette conscience a son essence dans l'esprit individu et la certitude de soi-même dans l'effectivité de cet esprit dans tout le peuple. Et elle a immédiatement en cela aussi sa vérité.
1:44:55 Sa vérité, oui, mais pas sa réalité. Sa réalité, c'est la famille qui la lui donne. Vous voyez, vous commencez à voir les deux termes du conflit. ainsi, non pas dans quelque chose qui n'est pas effectif, mais dans un esprit qui a existance et validité. On peut nommer un tel esprit, celui que défend Créon, la loi humaine parce qu'il est essentiellement dans la forme de l'effectivité consciente d'elle-même. Ce qui se vote à l'agora. On parle, on pense, on réfléchit, on prend la loi après. Dans la forme de l'universalité, il est la loi connue publiquement. Donc, vous voyez, la métaphore du jour, la loi du jour par rapport à la loi nocturne qu'incarne Antigone, c'est à la fois au sens propre puisque ça se fait sur l'agora, à la lumière du jour et au sens figuré, au sens du siècle des Lumières.
1:45:35 C'est là où on débat rationnellement. Donc, il est la loi connue publiquement et les mœurs actuelles dans la forme de la singularité et la certitude effective de soi-même. Mais, ça c'est Créon, à ses puissances éthiques, celles du gouvernement, de la cité, incarnées par l'homme à l'époque, il y a l'homme et non pas au mâle, mâle, femelle, naturel, homme, femme, culturelle. Mais, à cette puissance éthique et à cette manifestabilité, voilà, c'est manifeste, ce n'est pas caché, ce n'est pas ce que, ce n'est pas intime, ce n'est pas domestique, ce n'est pas la famille, mais à cette puissance éthique et à cette manifestabilité s'oppose une autre puissance, la loi divine.
1:46:14 En effet, la puissance éthique, le pouvoir de l'État étant le mouvement de l'opération explicitement consciente, c'est souligné, trouve son opposition dans l'essence simple et immédiates. La conscience, c'est la médiation, il faut réfléchir, par le raisonnement, la plus immédiate, celle du sentiment, de l'ordre éthique. Comme universalité effective, le pouvoir de l'État est une force s'exerçant contre l'être pour soi individuel et comme effectivité, en général, il trouve, le gouvernement, dans les sens intérieurs, le contraire de manifestable, de la lumière du jour, dans les sens intérieurs, encore quelque chose d'autre que ce qu'il est lui-même.
1:46:47 Et la faute de Créon, dit Hegel, c'est de ne pas reconnaître l'importance de cet autre, de la famille, du monde nocturne et de la féminité. On a déjà mentionné que chacun des modes d'existence opposés de la substance, la femme aussi bien que l'homme, le privé aussi bien que le public, car c'est ça que développe Hegel, la famille c'est le monde du privé. Lorsque le citoyen est mort, ça devient une affaire privée, entièrement. Créon n'a pas à s'en mêler, la cité n'a pas, aucun État n'a à s'en mêler. C'est sacré. Si donc, la communauté, oui, il est en train de, ses modes d'existence, c'est les deux qu'on est en train d'opposer, il dit que chacun contient la substance toute entière, je vous rassure, il vous rassure.
1:47:28 On a déjà mentionné que chacun des modes d'existence opposés de la substance, Antigone ou Créon la contient toute entière et contient tous les moments de son contenu. Si donc la communauté et la substance éthique comme le côté de l'opération effective, consciente de soi, vous reconnaissez que le Créon, l'autre côté, a la forme de la substance immédiate ou de la substance posée dans l'élément de l'être. On n'est plus dans l'essence, le citoyen qui a élevé l'homme à son essence. On a l'élément de l'être plus immédiat. Ah oui, l'être, c'est important, ça existe quand même. Dans l'élément de l'être.
1:48:00 Celle-ci, l'essence intérieure, est ainsi d'une part le concept intérieur ou la possibilité universelle de l'ordre éthique en général. La féminité, c'est la possibilité, vous voyez, le réel et nécessaire n'existerait pas sans le possible. Il n'y aurait pas un arbre sans d'abord la graine qui lui a donné naissance. Le possible. Celle-ci est ainsi d'une part le concept intérieur ou la possibilité universelle de l'ordre éthique en général, mais à d'autre part, pareillement en elle, le moment de la conscience de soi. On n'est pas en train de parler des femelles chez les animaux, mais des femmes d'hommes et la conscience de soi.
1:48:31 Ce moment, opposé à celui de Créon, ce moment exprimant l'ordre éthique dans cet élément de l'immédiateté ou de l'être ou une conscience immédiate de soi, aussi bien comme essence que comme ce soi-ci dans un autre, c'est-à-dire une communauté éthique naturelle est la famille. Donc, ce n'est pas un individu contre la société qui fait que Antigone inoubliablement s'embrase et s'insurge. C'est au nom d'une communauté que Hegel appelle une communauté éthique naturelle par opposition à la communauté éthique purement politique de la citoyenneté.
1:49:04 La famille, comme le concept inconscient pas attendu Freud et qui n'est encore qu'intérieur, surgit en face de l'effectivité du concept quand elle est explicitement consciente. Comme l'élément de l'effectivité du peuple, elle surgit en face du peuple lui-même. On voit bien qu'il pense Antigone, il n'a jamais cessé d'y penser. Comme l'être éthique immédiat en face de l'ordre éthique se façonnant et se préservant grâce au travail pour l'universel. Les pénates, vous savez que les pénates étaient les divinités qui présidaient à la domesticité, à la famille, les petits dieux familiers. Les pénates surgissent face à l'esprit universel, face à la cité.
1:49:38 Oui, c'est tout de même ta question, Edmond, nous a permis d'anticiper sur ce passage capital qui a pour titre comme de chapitre dans la phénoménologie deuxième volume Le Monde Éthique et qui est censé correspondre pour tous les commentateurs et je le dis moi-même au moment grec de l'histoire. Mais là, je voudrais vous mettre en garde, ce n'est pas un manuel d'histoire. Il y a tant partie de l'histoire que nous ne connaissons pas et que Hegel connaissait très bien. Il s'est passionné très tôt pour l'histoire. Il connaît admirablement l'histoire, non seulement antique, mais les révolutions anglaises, il fait tout un travail sur Cromwell, bref, passons.
Ni livre d'histoire ni roman de formation
1:50:13 Disons qu'il avait à peu près toute la documentation qu'on pouvait raisonnablement avoir à cette époque-là avec les moyens d'un professeur allemand un peu exilé, là-bas, éloigné, et sans Internet et j'en passe. Et il a pris en anthropologie. Donc, dans ce deuxième volume, quand il parle de l'objectif et de la cité, ce n'est pas un livre d'histoire, mais c'est un livre qui se sert de références historiques qui nous sont familières, qui nous sont connues.
1:50:45 C'est-à-dire que la référence littéraire est connue entre toutes, mais de telle manière que pour lui, ce sont des moments par lesquels nous, c'est-à-dire la conscience, est passée et sans ces étapes, nous ne comprions, nous ne comprendrions pas le résultat que nous sommes aujourd'hui. En fait, Hegel souscrit comme tout philosophe à l'impératif pythique, celui qui était inscrit sur le fronton du temple d'Apollon quand on venait consulter l'oracle, c'est le fameux Gnôthi seauton, connais-toi toi-même. Bien sûr qu'Hegel souscrit, la condition que le soi-même ne soit pas trop abstrait.
1:51:18 Il faudra beaucoup de temps des siècles voire des millénaires pour voir que dans le moi-même, il y a aussi des tas de détermination qui me viennent de l'extérieur, de la collectivité, de l'histoire, etc. Donc, ce n'est pas un livre d'histoire, c'est une projection quasi cinématographique, mais ça, je l'ai prévu pour la fois prochaine où on parlera de ce qu'on appelle maladroitement la méthode Hegel. C'est quelque chose que Hegel évitait, c'est qu'on sépare la méthode du contenu. Il le dit souvent, je me situe à des tas de passages où je lui dis qu'on ne peut pas présenter la méthode d'abord et puis après la mettre en application.
1:51:51 Ça, c'est exactement le péché de formalisme. Sauf à titre purement pédagogique et encore, ça peut être contre-productif. Il dit, la méthode doit se révéler au fur et à mesure de la progression de la chose même. C'est pour ça qu'il passe son temps à dire dans la préface que je vous dis gratuit, parce que pour que ce soit nécessaire, ça devrait coïncider avec ce qui va suivre la préface, tout de même. Donc, la prochaine fois, je compte tout de même commenter non pas la préface, la Phénoménologie, mais l'introduction, car la préface est suivie d'une introduction qui est fascinante. Parce que Hegel, là, définit le genre.
1:52:21 Il répond à la question que nous nous posons est-ce que c'est un livre d'histoire ? Est-ce que c'est un roman ? Vous vous rappelez ? On a souvent compris la Phénoménologie à ce qu'on appelle en Allemagne un Bildungsroman et qu'on appelle en français un roman de formation, mais c'est une spécialité allemande. Même si c'est, entre France et Allemagne, un Suisse, le premier qui a inauguré le genre avec l'Émile. N'est-ce pas ? Médiation de Rousseau. Entre le classicisme français, les lumières et le nocturne allemand, les rêveries. Rêveries, c'est intermédiaire entre le jour et la nuit. On a plein la nuit.
1:52:55 C'est entre masculin et féminin, c'est du Rousseau. Ce qui est important, c'est de voir la réponse à la question du genre. Le genre, je l'ai essayé de le développer un peu ailleurs, mais je vous le résume ici. Ce n'est pas l'histoire. Il y a de l'histoire comme matériau. Ce n'est pas un roman. Il y a du roman. Lorsque Hegel dit dans sa préface, je l'ai cité plusieurs fois, mais je le répète, le but de la phénoménologie, le but, s'il y a vraiment un résumé, il déteste résumé, c'est de faire descendre la conscience philosophique, celle de l'intellectuel, à la conscience commune, donc à bien une visée pédagogique, et inversement, d'élever la conscience commune, la conscience philosophique.
1:53:39 ça, ça vient de Rousseau, de l'Émile, ça va se continuer avec Goethe, le chef-d'oeuvre de Goethe, je ne le répète pas, je l'ai dit la dernière fois, le Wilhelm Meister, les années d'apprentissage de Wilhelm Meister, c'est le titre exact, où Goethe montre admirablement, avant Flaubert, le parcours du petit bourgeois, qui commence par des idéaux, etc., et qui se fait une raison, en se réconciliant avec ce qu'il appelle la prose de la vie. Goethe, survivant du roman, il a toujours tenu à une certaine distance. Vous savez que, sans les derniers mots de Goethe, c'est assez connu, au moment de sa mort, ce n'est pas très romantique.
1:54:14 Les romantiques ont écrit Les hymnes à la nuit, c'est le titre de Shadow, de Novalis, qui semble le plus romantique des romantiques allemands. C'est pour vous guider. Quand Goethe est mort, bravo, mehr Licht, plus de lumière. Goethe est quelqu'un qui se réclame des grecs, du classicisme, etc., tout ce que condamnait le nazi tout à l'heure, le classicisme de Weimar. Oui, je vous ai dit qu'on y reviendrait, mais là, c'est très rapide à titre historique. Quand le nazi s'acharnait sur Weimar tout à l'heure, il y en a qui ne comprenaient peut-être pas pourquoi. C'est un... Il fait exprès un amalgame entre Weimar, bien sûr, la république de Weimar, ça, vous le savez, c'est-à-dire la forme de bourgeoisie décadente, ruinée par le judéo-bolchévique de l'intérieur, minée, sans même qu'elle s'en aperçoive.
1:54:54 Bref, la démocratie parlementaire, en gros, la dernière qui a connu l'Allemagne avant le 3e Reich, donc, Weimar. Mais il joue en même temps sur ce que tous les Allemands cultivés s'en font très bien, c'est que Weimar, si vous connaissez un peu l'Allemagne, est une petite ville, je vous l'ai dit, l'Allemagne, ce n'est pas une capitale où il y a tout, l'opéra, le machin, etc. Chaque petite capitale a son opéra, son théâtre. Weimar est la grande capitale littéraire de l'Allemagne. C'est là que Goethe et Schiller ont régné, si je puis dire, on venait de toute l'Allemagne, l'Allemagne intellectuelle, venait visiter les dieux.
1:55:27 C'était des dieux. Il y a la statue de Goethe et Schiller par la main sur la place centrale de Weimar, les dieux, de ce qu'on croit être, nous, le romantisme, parce qu'on a toujours un petit décalage des Allemands, mais qui est leur classicisme à eux. C'est leur racine, leurs Corneille Goethe et Schiller. Un décalage depuis un siècle, tout de même. C'est qui nous. Je dis ça pour montrer contre quoi ça charge le nazillon, précisément contre la meilleure Allemagne, celle qui s'est défiée, de ce que Lukacs, le grand philosophe marxiste, appelle l'opération de destruction de la raison, opérée par l'irrationalisme, et spécialement chez les contre-révolutionnaires allemands.
1:56:01 C'est justement contre cela que ça charge, n'est-ce pas, le nazillon de tout à l'heure. Et bien sûr, Hegel fait partie de ceux qui se méfiaient comme de la peste de ce qui est soi-disant allemand profond, obscur, l'abîme, l'insondable, comme disait l'autre tout à l'heure. Et quand on lui parlait de la Deutschtum, s'il y en a qui font l'allemand parmi vous, ça veut dire en gros la Deutsche T, la Germanité, l'allemandité, la Deutschtum, Hegel répondait oui, la Deutschtum, oui, dumm, ça veut dire idiot. Parce qu'il y a des manifestations d'étudiants nationalistes à l'époque déjà allemands, etc.
1:56:32 La Deutschtum. Il y a la bonne Allemagne, la bonne Allemagne, ça veut dire rien d'être pro-allemand ou pro-français. Vous savez, il y a la France de la résistance et celle de la collaboration. C'est les Baudruchins comme on ne précise pas. Je l'ai montré avec de Gaulle tout à l'heure, on peut être antigaulliste, c'est un fiéfé facho. Je dis même qu'on en est d'autant plus qu'on est un fiéfé facho. Je rends cette justice à quelqu'un contre qui j'ai toujours voté. Donc, ce long détour, pour rappeler que la question, la réponse à la question dans quel genre sommes-nous, je ne rejette aucun de ces apports.
Le problème du genre et l'intérieur qui s'exprime
1:57:04 Il y a de l'histoire, il y a du roman, mais il y a encore plus proche. Dans les genres, je parle littéraire, je parle du genre, c'est quelque chose qui m'a toujours tracassé, mais je ne suis pas là pour vous embêter avec mes tropismes personnels, parce que je crois qu'il y a un grand problème objectif que Nerval a admirablement développé dans une nouvelle qui s'appelle Angélique. Le problème du genre, on a remarqué que l'humanité est divisée en sexe, psychanalyse, s'est engouffrée là-dedans, on a remarqué qu'elle était divisée en classe, le marxisme. Il ne faut pas oublier que le monde de la profession littéraire est divisée en genre.
1:57:35 Je peux encore dire que j'amalgame des choses qui... Mais tout de même, le point commun dans les trois, c'est qu'on n'a pas le choix du genre. On a le genre du choix, chaque fois qu'on écrit, qu'on le sache ou non. Écrit à sa fiancée pour dire « C'est un militaire, terminé, je reviens, parmi que il a pari de Parcaï qui en a plusieurs militaires. Ou à son patron pour demander une augmentation. » On est dans la littérature épistolaire. Je veux dire, qu'on le veuille ou non, et même quand j'écris une lettre, selon que je l'écris à ma petite amie, à un ami pour raconter, à un camarade de classe pour raconter comment j'ai passé mes vacances, à un patron pour demander une augmentation.
1:58:12 On pourrait dire que j'ai trouvé mieux ça va ensemble chez un autre. Et ou à mes parents pour leur demander de leur nouvelle. Je n'ai pas le même vocabulaire. C'est pourtant le même sujet qui écrit apparemment. Je n'ai pas la même syntaxe. Je n'ai pas le même ton. Donc, je ne suis pas le seul auteur. Lacan a admirablement vu ça lorsqu'il dit « Avant de signifier quelque chose, toute parole signifie pour quelqu'un ». Ce qui fait qu'une parole a un sens. Ce n'est pas de chercher dans la tête de celui qui a écrit ce qu'il a voulu dire, le vouloir dire, une chose cachée de notre pierre.
1:58:43 Non, non, chez Freud, ce qui est intérieur s'exprime. Vous pourriez vouloir me cacher et vous me dites tout en un lapsus d'une fraction de seconde qui vaut à lui seul 40 pages de détails. L'intérieur s'exprime et Hegel passe son temps à répéter. La profondeur de l'esprit est profonde. Je cite une phrase de la préface de la phénoménologie « La profondeur de l'esprit est profonde dans la mesure où elle ose s'épancher, s'extériorisé et se perd en se déployant. »
1:59:15 C'est les pensées qui manquent de profondeur qui ont peur de s'extérioriser et qui pensent que c'est plus riche de garder pour soi et que le langage dès que je vais m'exprimer va trahir la profondeur de ma pensée. Vous savez, il y a des élèves qui vous disent « Monsieur, ce que j'ai dit, c'est peut-être nul, mais ce que j'ai pensé, c'était génial. » Ben oui, mais le jour du bac, mon grand, on te jugera sur ce que tu as dit et non pas sur ce que tu as pensé. C'est ça le problème. Entre hommes, on s'exprime. Entre êtres humains. Et ceux qui pensent que leur pensée est mille fois plus riche que tout ce que les mots pourraient dire me font penser à ceux qui font la plongée sous-marine se maîtriser quand j'étais gamin, d'être tout déçu, d'être un poisson comme ça à leur monter à la surface.
Ce qui est pour la conscience et ce qui est pour nous
1:59:49 Ben oui, quand on s'exprime, ce qu'on croyait de profond s'enrichit, on pense à des contradictions que l'on n'aurait jamais pensé tout seul. Voilà. Ça fait du bien de passer par l'autre pour se connaître toi-même. Donc, j'y arrive. Ce n'est pas d'histoire, ce n'est pas un roman, mais c'est un genre littéraire et je le dis, je ne vais pas vous faire moderner, nous sommes au théâtre. Je ne suis pas l'antigone.
2:00:19 Tout ça dans la foulée de l'intervention d'Edmou. Nous sommes un théâtre. Dans la Phénoménologie, pas dans l'œuvre de Hegel en général. C'est ce qui fait l'originalité prodigieuse de cette œuvre. Nous sommes dans une salle obscure. On éteint les lampions. Wagner voulait dire l'obscurité totale pour pouvoir hypnotiser ses auditeurs. Il a inventé l'obscurité totale à l'opéra. Il a inventé le cinéma avant la lettre. Et lorsqu'il y a eu les répétitions de Parsifal, son testament, son chef d'œuvre, lorsqu'il arrive, il voit un étudiant au conservatoire qui venait assister, hypnotisé par la scène de la monstration du Graal au premier acte.
2:00:58 Il utilisait l'œil et l'oreille hypnotisés par le spectacle total. Wagner est venu par derrière lui, qui lui enlevait les lunettes en disant Brille ab. On enlève les lunettes. Donc, on est au théâtre, donc dans la sphère de la représentation. Il faudrait savoir, tout à l'heure, il nous a dit que la philosophie d'Hegel était un combat incessant contre la représentation. Oui, oui, tout à fait. Mais il faut passer par la représentation pour comprendre ce qui est représenté dans la représentation.
2:01:35 Ce qui est important, c'est « re » dans ce moment-là. Je vois ma grand-mère, je n'ai pas besoin d'y penser puisque je la vois, elle est là, je lui parle. Mais si je ferme les yeux et que je me la représente, là, oui, il faut qu'elle ait été présente pour qu'elle soit de nouveau représentée. On va y revenir parce que c'est important, le monde de la représentation. On a beaucoup insisté dans les philosophies des 30 dernières années sur le champ de l'imaginaire. C'est ça, le monde, alors, on va nous assurer le monde du rêve. Mais oui, mais oui, mais oui. Le monde du rêve que les contemporains de Hegel voulaient pousser à l'absolu, les romantiques, également.
2:02:05 C'est ce qui fait leur profondeur et leurs limites. Donc, nous sommes au théâtre, dans le théâtre. Euh, pardon. Oui, je vais trop vite, ça y est, vous l'avez deviné, nous sommes dans le théâtre et à l'intérieur du théâtre parce qu'il y en a des sous-genres dans le théâtre, tragédie, comédie, scénette, sketch, impromptu, impromptu de Versailles, je vais vous dire. Oeuvre d'art totale, tétralogie qui dure quatre jours et quatre minutes comme chez Wagner. Non, non. Ici, on est dans un genre précis qui est le théâtre dans le théâtre. Vous savez, vous l'avez vu chez Corneille, l'illusion comique. Le théâtre dans le théâtre.
2:02:35 Vous le voyez dans plein de films. Vous le voyez chez Shakespeare. Qu'est-ce que c'est que Hamlet ? C'est dans une superbe représentation, vous savez, la scène où il demande aux comédiens de jouer leur comédie, plutôt leur tragédie, devant les assassins de son père, n'est-ce pas ? Il y a théâtre dans le théâtre. Et d'ailleurs, c'est Shakespeare qui dit « All the world is a stage and men and women merely players. » Le monde entier n'est qu'une scène de théâtre, le monde entier n'est qu'une représentation où les hommes et les femmes font plus ou moins de plus ou moins bon gré.
2:03:06 En ce moment ils font de bon gré les acteurs, je traduis littéralement et donc maladroitement excusez-moi, les players, les acteurs, les joueurs. Et d'ailleurs, Hegel très souvent reprend cette métaphore du jeu quand il oppose tout le temps de la phénoménologie « Spiel » et « Beispiel ». « Spiel » c'est le jeu. « Spiegel » c'est le miroir, la réflexion. « Spiel » c'est le jeu. Et exemple c'est normalement « Beispiel ». Et Hegel dit souvent en jouant sur les deux mots je suis obligé de le dire en allemand sinon on ne comprendrait pas le jeu de mots qu'il y a souvent un énorme enjeu « bei Spiel »
2:03:41 dans le jeu. « Spiel » c'est pas ? Jeu au sens théâtral. Nous sommes au théâtre dans le théâtre et je le développerai la prochaine fois mais tout de même il dit très bien que la conscience celle que nous suivons en phénoménologie qui poursuit toutes ces étapes c'est comme un spectateur au cinéma le mot n'existait pas à l'époque mais il dit cette phrase il dit il faut bien comprendre que ce qui est pour elle doit être distingué de ce qui est pour nous nous phénoménologues quand nous lisons le texte que nous propose Hegel nous avons accès à ce qui n'est pas pour elle non pas que nous ce ne serait pas Hegelien que nous arrivons avec un savoir venu de l'extérieur que nous lui imposons des certitudes qu'elle n'a pas à voir puisque dans la phénoménologie il ne doit y avoir rien d'autre que ce qui traverse le champ de la conscience mais nous avons la mémoire de ces étapes parce que la conscience on le verra passe son temps quand elle passe à une étape suivante à oublier la précédente comme si vous voyez c'est la métaphore le bouton disparaît dans l'éclatement de la floraison et le fruit s'introduit à la place de la fleur comme le véritable être-là de la plante il y a des étapes bouton, fleur, fruit et Hegel insiste pour dire que chacune de ces étapes est aussi nécessaire à la plante que toutes les autres très important c'est le contraire d'une pensée totalitaire chaque partie
2:04:51 absolument nécessaire et même ils disent et cette égale nécessité constitue seule la vie du tout la plante ne serait pas un être vivant s'il n'y avait pas cette égale nécessité de chacun non pas de ses organes mais de ses moments ce qui est très différent les organes sont répartis dans l'espace les moments se déploient dans le temps là on est dans l'église et quand je vous dis que je compare ça au cinéma il dit ce qui est pour nous il appelle ce qui est en soi ce qui est pour nous ou en soi ça vient souvent dans la phénoménologie ce qui est pour nous en soi opposé à ce qui est pour la conscience et bien nous sommes en train de regarder un film de Chaplin voilà ce que je suis en train de dire quand on lit la phénoménologie c'est à dire nous nous voyons ce qui se passe nous voyons la porte qui s'ouvre Charlot qui va entrer dans la pièce
Intervention d'un participant : Polynice, Créon et Staline
2:06:06 surtout en nous taisant en ne philosophant pas en lui imposant des déterminations hegeliennes qui ne signifient rien du tout mais en ayant la mémoire de ce qui lui arrive car la grande différence entre nous et Charlot c'est qu'on a la mémoire de toutes les séquences avant et qu'on n'a pas l'amnésie comme si la fleur oubliait le fruit et que la fleur oubliait le bouton et que le fruit oubliait la fleur voilà j'ai longuement répondu à ta question parce qu'elle me semblait fondamentale elle m'a permis d'amener je crois que tu en as une autre oui Jean je t'en prie ça me brûlait les lèvres tout à l'heure mais si tu me donnes deux minutes je la prends je l'ai bon alors Emile et ses volets merci grand homme écoute merci pour ton talent rhétorique pédagogique c'est théorique voilà tu prends tes revanches je suis comme fait non non c'est vraiment à cause de ce plaisir que j'ai envie de cuistrer un peu donc c'est bon pour les petits mémoires de littérature comparée comme Antigone de Sophocle qui est comme tu sais la Thébaïde de Racine qui reprend le même affaire tout à fait les frères ennemis sous le titre les frères ennemis voilà ça n'a pas été monté pendant 300 ans mais c'est un peu
2:07:16 scandaleusement d'ennemi il y a 30 ans à Paris remonté depuis puis il y a l'Antigone d'Anouilh mais alors donc point de détail tu te souviens que en vérité c'est pas une guerre entre Thèbes et des ennemis c'est que une promesse a été faite un pacte deux des fils d'Œdipe Étéocle et Polynice doivent régner chacun un an sur la cité de Thèbes et Étéocle a régné un an et il refuse de quitter la place parce que c'est l'origine du conflit d'où le fait que Polynice est quand même un peu fondé à prendre les armes pour revendiquer un droit qui normalement lui revient parfait alors ce que je veux dire c'est que par conséquent c'est très très fort parce que tu l'as montré brillamment évidemment c'est deux grands unilatéraux l'homme du pouvoir et la sœur qui saigne pour son frère mort mais elle n'est pas seulement la nature la casse-pied qui vient de dire que son frère ça passe au-dessus de tout elle défend un droit c'est quelqu'un qui défend aussi quelque chose qui n'est pas du tout naturel qui est la promesse un droit trahi que l'autre a essayé de récupérer et inversement Créon n'est pas seulement un abruti qui défend le social
2:08:26 en ce sens que entre nous on ne va pas se choquer mais le camarade Staline qui a commis toutes les horreurs qui est pire que le diable et trois hitlers réunis d'après ce qu'on nous dit mais enfin qui a quand même été aussi un grand chef d'état les nazis lui proposent de lui échanger son fils prisonnier contre je crois un petit paquet d'une dizaine de milliers de prisonniers allemands pour par exemple et c'est évidemment impossible pour un chef qui a la dignité d'un chef et qui ne pratique pas le népotisme comme on fait aujourd'hui de dire oui et par conséquent Staline laisse si c'est horrible son fils se faire fusiller par les allemands par les nazis on va dire plus précisément donc il y a quelque chose de ça aussi dans Créon il est impossible tu l'as dit en citant Hegel tout seul de déroger à la loi de la cité en laissant quelqu'un qui a pris les armes contre la cité venir même à titre posthume mettre trop la pagaille faire une exception on ne peut pas faire d'exception si on est appelé à ça un collabo normalement voilà merci non non merci de ton intervention parce que elle est d'autant plus
2:09:36 pertinente finalement Staline et son fils auraient plus de Corneille que ce fort quelque part puisqu'on est dans la tragédie mais je te remercie d'avoir bien précisé que la femme c'était pas la loi naturelle au sens biologique du terme car ce que précise c'est que les rites funéraires auxquels préside la famille incarnée dans la figure de la féminité qui règne sur le monde domestique comme Créon règne sur la loi et dans le gouvernement que les rites funéraires tout ça c'est on ne peut plus on dirait aujourd'hui anthropologique sociologique non naturel justement les animaux n'enterrent pas leur mort précisément il n'y a pas de rites funéraires l'animal une fois subsiste il n'arrive pas jusqu'à l'existence pour reprendre les problématiques qui étaient familières dans les années 50 il n'y avait pas de l'existence c'est pas l'aspect le plus dépassé de l'existence c'est un hyaline celui-ci au moins savoir que l'animal subsiste seul l'homme arrive jusqu'à l'existence une fois ses possibilités subsistent s'y puiser l'animal se couche en terre et pourri sans embêter son monde et alors qu'il y a des sociétés archaïques je dirais dans les écritures comme on voudra
2:10:46 et je sais si dans la bouche comme je leur dois énormément et puis en soi de toute façon indépendamment de moi il n'y a rien de péjoratif mais n'empêche que ça c'est fait dans toutes les cultures je parle de moments de l'humanité pas de lieux qui seraient extra-européens ça c'est fait dans l'Europe comme l'anthropophagie européenne aussi je parle au sens propre au sens extensif l'anthropophagie financière c'est autre chose on peut en parler il y a les sociétés où quand un chef meurt un chef de tribu pour simplifier il ne peut pas mourir tout seul il faut tuer beaucoup de gens ses serviteurs ses femmes etc.
2:11:25 et les enterrer avec lui ben oui c'est un peu idiot quand même d'être dans l'au-delà sans mourir ça n'a pas le coup on va éviter le chef je ne veux pas l'arrêter maintenant voilà donc merci pour l'intervention je me rappelle que quand Hegel assigne à la femme une communauté naturelle le lien du sang par rapport à la communauté politique c'est pas du tout du naturalisme car c'est la cité qui a assigné la féminité cette fonction on est bien d'accord c'est pas la nature et donc tu as eu raison de dire que l'opposition ici la distinction homme-femme n'a rien à voir avec une lutte je ne sais quelle obscure entre les hormones mâles et les hormones femelles dans une perspective de biologisante voilà quoi donc je te remercie pour ton intervention est-ce qu'il y a d'autres questions ?
2:12:15 apparemment non donc ce sera pour le pour jeudi prochain d'accord j'ai lancé le programme de jeudi prochain nous approfondirons cette camera obscura comment on dit cette chambre obscure qu'est la phénoménologie nous nous asseyons en silence nous lecteurs pour oublier nos idées nos idéologies nos philosophies et assister à ce qui se passe pour ce Charlie Chaplin de la conscience qui ne sait pas toutes les tuiles qui vont lui tomber dessus voilà merci Dominique merci à tous