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L'histoire de la musique remise à plus tard
0:00 Merci beaucoup, Romain. Merci à vous toutes et à vous tous qui êtes devenus nombreux pour cette rentrée d'automne. Bonjour, Wilfried. Ce sont les plus belles heures, les plus belles journées de l'année. Vous voulez passer dans les ténèbres avec moi, c'est sympa. J'avoue que je traîne un peu les pieds pour aborder le sujet.
0:31 Donc je vais tourner autour du sujet. Je ne sais pas ce que j'ai avec le sujet, mais franchement, avec un sujet comme ça, on n'est jamais hors sujet. Puisqu'il s'agit de mettre le sujet en question, ou plutôt d'en exprimer la logique, d'après l'intitulé qu'on vous a distribué et qui a été diffusé. J'avoue que je traîne un peu les pieds, a fortiori pour parler de la reconstitution du nazisme.
1:07 Parce que ce n'est pas très fun entre nous, il y a des trucs plus sympas à parler. Ce n'est pas très sexy, comme dirait nos jeunes amis. Mais enfin, j'ai dû renoncer. J'ai subi d'énormes pressions, les plus sympathiques qui soient, les mieux intentionnés, de la part de mes auditeurs les plus fidèles, et même de la part d'auditeurs plus récents d'ailleurs, pour que le sujet de cette année, au moment où c'était encore en discussion, soit cette fameuse histoire de la musique qu'on attend de moi et que vous n'aurez jamais.
1:44 Il faut un collectif pour ça, il faut être sérieux. Si on veut faire une histoire, parce qu'il y en a des histoires de la musique, ça encombre les librairies. Il y en a même quelques-unes qui sont pas mal. Encore que ce soit presque toutes les géographies de la musique. Géographies centrées sur l'Europe en général. Je constate en général, l'histoire de la musique, on ne s'attarde pas beaucoup sur les orgues à bouches du Laos. Vous ne connaissez pas les orgues à bouches ? C'est un harmonica, mais c'est avec le souffle, avec la bouche, c'est pour ça que ça s'appelle comme ça, que ça rend un son.
2:22 Mais au lieu que ce soit des petites lames à l'intérieur, c'est des tuyaux de bambou, c'est extraordinaire. C'est très beau à voir, très répandu dans le sud-est asiatique. Bon allez, ne nous égarons pas. Oui, j'ai du mal à revenir au sujet. J'aurais préféré faire une histoire de la musique, franchement. J'aurais préféré rendre hommage à la disparition de Jessye Norman, vous voyez, la semaine dernière. C'est une immense cantatrice, comment on dit en politiquement correct, afro-américaine.
2:53 Grande dame. La seule qui ait jamais chanté la mort d'Iseut, en respectant les 17 pianissimi que Wagner a écrits dans la partition. Mais des pianissimi qu'on entend jusqu'au bout de la salle de 3000 personnes, c'est extraordinaire. Même si elle sait couvrir l'orchestre quand il faut. Je ne vais pas être mufle en disant qu'elle avait le coffre pour ça, mais franchement, c'est une des plus grandes voix du siècle et une des plus scrupuleuses artistes.
3:25 C'est une discipline, c'est assez rare, parce que les divas jouent les divas. C'est une diva, mais scrupuleuse avec les musiciens, avec l'orchestre, avec le chef. Ce n'est pas toujours le cas. Je crois que je vous avais raconté une fois comment Toscanini, qui avait un caractère épouvantable, qui était un des plus grands chefs de tous les temps, dans l'histoire de l'enregistrement, était en train d'accompagner carrément Caruso, le grand Caruso, le ténor, auprès duquel les Pavarotti, etc., que j'aime bien, mais ce sont des nains, du point de vue vocal.
4:00 Quand on écoute les enregistrements, et pourtant, les enregistrements ne sont pas flatteurs à l'époque. Et voilà que, sur le conflit, les solistes, il faut toujours qu'ils en fassent un peu trop, vous voyez, par rapport à ce qui est écrit. Attirer les applaudissements, prolonger un peu une note. C'était justement à Bruxelles. Nous avons des amis qui viennent de Bruxelles aujourd'hui, et que je salue. Ils prolongent un peu la note. Et Toscanini, qui n'aimait pas ça, qui était très rigoureux au niveau de la battue.
4:30 Attention, il y avait la reine de Belgique, il y avait du beau monde. C'est un concert de gala. Toscanini arrête l'orchestre. L'autre, oh ! Surpris de voir sa voix dans le silence, tout d'un coup. Et il voit Toscanini qui lui dit, alors, signor Caruso, c'est bientôt fini, cette petite exhibition ? Vous voyez, devant la salle. Et Jessye Norman, c'était pas... Voilà, j'aurais voulu vous parler de ça. De l'amour d'Iseut submergée par la mer d'Irlande. Et de cela, il faut que je parle.
La résolution du Parlement européen et Thomas Mann
5:00 De cette ignominie. Qu'on est en train de rebadigeonner à je ne sais quelle sauce. S'il y a une sauce verte, actuellement. Donc je suis rattrapé. Allez, ce qui a fait que j'ai pas hésité à me salir les mains et à vous demander qu'on va bien y mettre les coudes ensemble. C'est la forfaiture qui vient de s'accomplir au Parlement européen, n'est-ce pas ? Le 19, je crois, le 19 septembre dernier.
5:37 Parlement européen, jusqu'à là, ils étaient plutôt connus. Comme des députés pris avec le doigt dans la confiture, vous savez, il y a eu des reportages où ils recevaient des pots de vin énormes de la part de lobby qui ont des bureaux spéciaux à Bruxelles. Moi, je l'ai fait. J'ai travaillé pour des grands groupes. Je peux vous dire, on avait loué un appartement à Bruxelles. On peut le dire. C'est connu. Si vous n'avez pas une boîte sérieuse, si vous n'avez pas de quoi faire pression quelque part devant la commission, c'est elle qui a les blés. Bon, bref. Ils sont plutôt connus pour ça.
6:08 Non, je n'ai jamais donné de l'argent à des députés, mais on avait un bureau pour être à pied d'œuvre, pour aller voir les responsables de la commission. Moi, j'allais voir le bureau de la commission qui s'occupait du Niger. C'est très modeste. Donc voilà. Mais le Nigeria, il y en a plus. Et ce parlement de voyous a osé adopter une résolution qui met sur le même pied le nazisme et le communisme.
6:41 Je sais qu'il y a des jeunes gens parmi vous qui sont nés après Hannah Arendt et pour qui ça va de soi. Tout ça, c'est pareil. C'est le totalitarisme. La guerre est loin. Aussi, allez, première citation. Vous ne l'avez pas. Donc je vous le dis. C'est une seule phrase. Je vous le dis de vive voix. Je me suis permis de le poster sur Facebook. Certains en ont peut-être déjà pris connaissance. Ce n'est pas celle d'un communiste. Ni même d'un marxiste. Mais c'est Thomas Mann, tout simplement, qui a écrit ça en 1942.
7:13 en 1942. La groupie de Heidegger, comme elle s'appelle, Hannah Arendt, elle n'avait pas encore commencé à balbutier à l'époque. en 1942. En 1942. C'est un allemand. Ce n'est pas un marxiste. C'est même, en gros, il fait partie d'un milieu sociologiquement réactionnaire. Les grandes familles de Hambourg. Hambourg, il y a de l'argent, attention. Hambourg, c'est le café, le cacao. En Allemagne, il n'y a pas de colonie, attention.
7:47 Brahms, Mendelssohn, pour ceux qui aiment la musique. Mendelssohn est né dans l'argent. C'est pour ça qu'il fait une musique si heureuse. Et c'est pour ça que souvent, on le juge superficiel. Un romantique heureux, ce n'est pas sérieux. Là, je rends hommage à Nietzsche, pour une fois. Mais musicalement, Nietzsche est fantastique. Il parle du maître alcyonien. Alcyon, c'est le vent du sud. Vous voyez, c'est lui qui vient apporter un peu de bonheur dans la musique allemande. Mais Brahms, avec son incurable mélancolie, est de Hambourg aussi.
8:19 C'est très spécial, Hambourg. Et Thomas Mann est né dans ce sérail. Vous voyez, c'est des grandes familles. Comme vous lisez, la saga de Buddenbrook. Tout ça est très bien exprimé. Pas m'attarder. Thomas Mann a sauvé l'honneur de l'intelligentsia allemande. Il avait un nom. Parce qu'il y en a qui n'ont rien à perdre, des fois. Mais lui, il avait déjà une surface mondaine importante en littérature et dans la culture allemande avant la guerre.
La misère politique allemande et le verdict de Thomas Mann
8:53 Et il est parti très tôt en laissant... Non, pas cette bande de voyous. C'est un peu juste comme analyse pour dire que nazisme, c'est une bande de voyous. J'ai connu un Allemand... Je le dis, c'était mon beau-père. Non, mais c'est un brave homme. Comme la plupart des Allemands qui ont voté pour le Troisième Reich. Je veux dire... Non, non, mais je vous le dis, c'est un brave homme. Allez, je vais vous le raconter parce qu'on est en plein dans le sujet. Le sujet, oui, le sujet. Dans la logique du sujet. Il était professeur de gymnastique d'EPS, on dirait aujourd'hui, avant la guerre.
9:28 Et spécialisé, c'est sa passion, dans le vol à voile, les planeurs. Donc, tout naturellement, il a fait la guerre dans la Luftwaffe. Ce qui veut dire, en mot à mot, l'armée, Waffe de l'air. Luft. C'est beau, Luft. Et il a refait du planeur à la fin de la guerre parce qu'il y avait tellement eu d'avions abattus, d'avions allemands abattus, qu'on ne s'entraînait plus que sur planeurs à la fin. C'est une autre histoire qu'on racontera. Toujours est-il qu'en 1936, il y a eu les Jeux Olympiques à Berlin.
10:02 Vous savez, ce fameux Jeux Olympiques où ce singe, Jesse Owens, un noir, un nègre, je parle comme les nazis de l'époque, a raflé toutes les médailles devant l'état-major des dolichocéphales blonds. Ça ne se fait pas. Ça ne se fait pas, comme dirait les cailleras. Ça ne se fait pas. Grand moment. Bon, eh bien, mon beau-père devait faire sa sélection. À chaque région, on demandait de faire une sélection des athlètes qu'on enverrait à Berlin. Il envoie sa sélection.
10:32 Réponse de Berlin. 36. Moi, je vous donne un scoop, là. Je n'ai jamais raconté. Ça me revient parce que je parle de Thomas Mann. Il me dit, Tommy, Dominique, Tommy, ils me disent, bon, c'est très bien, lui, 10 secondes, 5, 100 m, c'est bien, ça passe, etc. Mais dites-moi les Blum, les Birnbaum, là, vous les enlevez, hein. Mais, des Juifs. Alors, je leur ai réécrit en disant, je ne comprends pas le mélange du sport et de la politique. En 36.
11:02 Vous voyez ce que Hegel appelle la misère politique allemande. Brave homme ! D'accord ? Mais, la dernière phrase de sa lettre de réponse, et je suis sûr que si le Führer apprenait une chose pareille, il ne serait pas content du tout. Parce que le pouvoir ne peut pas se tromper. C'est ça, la misère politique. Alors, en France, on se plaint du contraire, on est toujours en train de râler contre les pouvoirs. Enfin, j'ai vu des Allemands râler, hein. Ça a été ma grande découverte en Allemagne de l'Est.
11:34 Et oui, oui, j'y ai passé des vacances. J'ai découvert un. Jean, on était ensemble en vacances, il était moins. Enfin, on voyait des Allemands comme quoi les mentalités éternelles, vous savez, Heidegger, là. Le sang, la race, ça passe vite. En disant, ouais, chez nous, on exporte tout sauf les trous sur les routes. Ça, c'est les citations d'Allemagne de l'Est. Voilà, je m'arrête là. Je ne suis pas hors sujet. Donc, allez. Thomas Mann a sauvé l'honneur.
12:04 Rien ne le prédisposait. Il avait un début assez réactionnaire. Il a fait un magnifique parcours. C'est lui qui a dit, je crois que je l'avais cité une fois, que le problème de l'Allemagne ne serait jamais réglé tant que Marx et Hölderlin n'auraient pas été réunis. C'est une belle formule, vous savez. Mais là, il dit ceci. En 1942, dans une série d'émissions radio qui s'appelait Deutsche Hörer, Allemagne, écoute, à BBC. Placé sur le même plan moral, le communisme russe, c'est un allemand, il ne dit pas encore soviétique, le communisme russe, der Ivan, comme ils disent là-bas.
12:44 Comme nous, on dit les fritz, eux, ils disent der Ivan. Placé sur le même plan moral, le communisme russe et le nazifascisme, en considérant que tous les deux seraient totalitaires, et dans le meilleur des cas de la superficialité, donc ça abrutit, dans le pire, c'est du fascisme. Ceux qui ainsi, sur cette équivalence, peuvent bien se targuer d'être démocrates. Vous connaissez sa clientèle, celui-là. En vérité, et au fond de leur cœur, ils sont déjà fascistes.
Platon contraint à la philosophie par un malheur politique
13:15 Et à coup sûr, ils ne combattront le fascisme qu'en apparence, et de façon non sincère, mais réserveront toute leur haine au communisme. Thomas Mann. Vous voyez, Platon, je ne suis pas Platon, j'aimerais bien, vous vous rendez compte. Le poids sur les épaules, d'autant qu'il avait des épaules tellement larges, qu'on l'a surnommé Platon à cause de ça, il s'appelait Aristoclès. C'est Aristoclès, non ? Mais au stade, vous voyez les javelots, attention.
13:46 Donc Platon, je ne suis pas Platon. Et encore moins pour la largeur de sa pensée, et de son talent de cinéaste et de metteur en scène. Fantastique, quand on voit ses prologues, ses épilogues. Quel metteur en scène. Plus grand artiste de l'histoire de la pensée, sans doute. Bon. Si je fais allusion à Platon, le seul point commun qu'il a avec ma situation de ce soir, c'est que lui, il était parti pareil pour faire une carrière de playboy politique. C'était un fils de l'establishment athénien, d'un aristocrate.
14:19 Il avait une carrière toute tracée avec ses relations, les relations qui lui ont permis de sortir de prison lorsqu'il a été condamné à travailler dans les mines de latomies, lorsqu'il a osé critiquer le comportement politique de Denys. Vous m'attendez au fond, Pierre ? Tout juste, quoi. Merci. Donc, je vais me en servir après, je vais élever la voix. Donc, qu'est-ce qui a fait que, comme il dit très bien dans la septième lettre, vous savez, les correspondances de l'Antiquité, c'est rare.
14:58 Tant de choses se sont perdues, on a perdu tous les dialogues d'Aristote. On n'a que ses cours, Platon, on n'a que ses dialogues, on a perdu ses cours, Aristote, on a ses cours, on a perdu ses dialogues, c'est comme ça. Donc, il y en a un qui paraît comme ça, littéraire, poétique, et l'autre qui paraît alpha, beta, gamma. Voilà. Mais dans l'Antiquité, les dialogues d'Aristote étaient très prisés. Je reviens à Platon. Qu'est-ce qui l'a détourné de cette carrière politique ? Oui, cette carrière politicienne.
15:30 Un malheur politique, c'est la condamnation de son maître Socrate. Comment l'homme le plus juste de la cité peut-il être condamné par la cité ? Vous voyez, c'est un traumatisme politique. Et comme il dit dans la septième lettre, admirablement, et c'est ainsi que, alors que j'avais encore les yeux tournés vers la politique, j'ai été comme contraint de m'adonner à la philosophie. Et je le répète, tant pis pour ceux qui l'ont déjà entendu, non seulement il y a des nouveaux venus, mais ça mérite d'être rabâché. Quand il dit contraint, il y a le terme grec anankè, qui dans la...
16:00 Tous ceux qui ont fait du grec savent que ça veut dire une damnation presque religieuse. Donc je suis désolé de ne pas parler de la mort d'Iseut par Jessye Norman, ni des orgabouches. Oh, j'y reviendrai de temps en temps parce que je traîne les pieds, mais j'ai trouvé un artefact, vous allez voir, pour passer de l'un à l'autre, pour faire un sas. Donc voilà, cette forfaiture du Parlement européen m'a obligé à penser...
Les résistants tombés, Bruno Müller et la logique du délire nazi
16:34 Vous savez, toutes ces petites plaques qu'on voit dans Paris, vous en voyez souvent. Ici est tombé le résistant XY, Tartampion, que la terre lui soit légère, comme on dit en Afrique, c'est la manière de dire que tu es son homme. Et c'est des gamins, souvent de 19 ans, de 20 ans, vous regardez les âges. On a fait ça, on était ensemble à Weimar, en Allemagne de l'Est. Non, je ne crois pas à Weimar, tu n'étais pas... Si, tu étais là à Weimar. Tu te rappelles le cimetière soviétique ?
17:07 Des milliers de tombes, pour libérer Weimar. C'est ça Weimar qui a le camp de Buchenwald, à 3 kilomètres, vous savez. Il y a 160 000 soviétiques qui sont tombés dans la région de Weimar. 160 000, rien que pour la petite ville de Weimar. D'accord ? Et on regardait les âges. 19, 20 ans, c'est quelqu'un tombe, c'est terrible. Donc, quand je regarde ces plaques, depuis le vote, là, du 19 septembre dernier, je me dis, mais on est en train de dire que ces jeunes qui sont tombés étaient...
17:47 C'est la même chose que des nazis, quoi. C'est ça qu'on dit. Parce que, à 9 dixième, c'était des communistes. Les communistes n'ont pas le monopole de la résistance. C'est de loin ceux qui sont majoritaires à gauche, comme les gaullistes sont majoritaires à droite. Mais il y a de tout, et même des royalistes, faut être juste au niveau individuel, même comme organisation. Le Parti communiste est le seul qui a refusé de voter les pleins pouvoirs à Pétain, juste avant la guerre.
18:18 Et ce sont ceux qui ont voté les pleins pouvoirs qui ont inventé le totalitarisme parce que ça leur permettait de se blanchir un peu, quoi. Grâce à la notion de totalitaire, Hitler n'est plus seul dans son tombeau, n'est-ce pas ? Il est en bonne compagnie. Ce n'est pas le seul des avantages du concept de totalitarisme, mais ça n'est déjà un de taille. Et il a raison. Je trouve Thomas Mann d'une perspicacité quand il dit qu'ils réserveront toute leur haine au communisme, même s'ils se disent en apparence antifascistes.
18:55 Je constate au niveau statistique, je ne suis plus dans l'opinion, ça se mesure, vérifier, ne me croyez pas sur parole dans les classes, les manuels, dans les programmes. Quand on parle d'une posture anti-totalitaire, c'est presque toujours l'exemple soviétique qui est pris. On glisse très vite, on dit il y a les deux totalitaires, mais on ne traite que d'un en fait. Voilà. Ça fait quand même beaucoup. Alors, on est en train de dire que ces jeunes gens-là sont du même niveau que Bruno Müller.
19:29 Est-ce que quelqu'un parmi vous a entendu parler de Bruno Müller ? Vous me direz que des Bruno Müller il doit y en avoir un paquet dans l'annuaire du téléphone de Stuttgart. Müller, c'est-à-dire le meunier, vous savez ça, Mühle, c'est le moulin. Mühle, c'est une langue germanique le français. Latine. Bon, un européen comme dirait mon confrère Apnumpen. donc, Bruno Müller, c'est un juriste qui a adhéré très tôt au Parti nazi et qui se trouve en 1941 à Tigina, en Moldavie, au nord des Balkans.
20:16 Alors, entre la Bessarabie, enfin, toutes ces régions disputées encore maintenant d'ailleurs, entre Roumanie, Grèce, Russie, Ukraine, etc. Il se trouvait là en occupation et il fait un petit stage avec les SS, les jeunes SS qui étaient autour de lui. Il n'y avait pas encore les massacres de masse dans cette région-là. Pologne, ça avait commencé. Et comme c'est des jeunes, il leur dit, maintenant, on a des instructions nouvelles, il ne faut pas seulement massacrer...
20:47 Alors, vous allez me dire, oui, les Juifs, les communistes, ne dites pas ça. Ils ne massacrent pas les Juifs, les communistes, logique du sujet, logique du sujet grammatical. Ou bien, vous dites les Juifs et les communistes, ou bien les Juifs ou les communistes, il faut être précis, vous savez qu'il y a un ou exclusif et un ou inclusif, puisqu'on est en logique. Si je dis les Juifs ou les communistes, ça veut dire tantôt on massacrait les Juifs ou bien les communistes. Non, non, ce n'est pas ça qui s'est passé.
21:18 Ou alors, pire, on dit les Juifs et les communistes. Lisez la littérature de l'époque. Je sais qu'il faut un effort, la littérature nazie. C'est obsessionnel. Mais bien avant la guerre, l'ennemi, c'est... J'ai rien à vous apprendre. Le judéo-bolchevisme. Ce n'est pas et ou, c'est la fusion. Je rentre dans la logique du sujet ici. Car il y a une logique dans ce que disent les nazis.
21:48 C'est que le communisme, ça nous vient de ce Juif de Marx, non ? Oui ou non ? Il y a une logique du sujet. Ne réfléchissez pas, ce n'est pas une logique causale ou biologique, c'est... Le délire est logique. Je suis en train de montrer. D'ailleurs, en psychiatrie, il y a des délires qui sont complètement incohérents en apparence. Mais il y a des délires très cohérents, c'est toujours les mêmes trucs. Ma voisine en-dessus, elle est de ligue avec le pape et elle dénonce que je fume des bédos. C'est toujours les mêmes trucs. Ils disent, non, mais c'est vrai, j'ai entendu ça, je fais des stages, moi.
22:20 Il y avait une vieille qui a changé trois fois d'appartement, la pauvre. Parce qu'elle disait, au-dessus d'elle, il y avait des gouines qui fument des bédos. C'est obsessionnel. J'invente rien. C'est toujours les mêmes trucs. Comme dit Freud, ce n'est pas moi qui mets la sexualité partout. C'est toujours les mêmes trucs. Tous ces malades avec leur maladie, comme dit l'autre dans un film. Je crois que c'est Guy Bedos. Nous irons tous au paradis. Et tous ces malades avec leur maladie et qui ont un accent en pied noir.
22:50 J'en ai marre. Ce Bruno Müller voit qu'il a affaire à des jeunesses bien motivées, mais bien motivables. Abstraitement, ils n'ont pas encore l'expérience du terrain. Donc, il fait appeler une prisonnière qui a un bébé et il leur tire un coup de pistolet au bébé et à la mère devant eux en disant, c'est ça qu'il va falloir faire maintenant. Vous voyez. Et c'est ceux-là qu'on compare à ceux qui sont tombés au jardin des plantes.
Aragon clandestin à Dieulefit : lecture du poème sur Paris
23:22 Alors, à cause de cela, j'ai du mal à rentrer dans mon sujet, vous remarquez. Alors, je suis en plein dedans. Mais, je vais satisfaire les deux pulsions pour me débarrasser de la première qui était de vous parler de la mort d'Iseut ou de Mozart. Je vais vous réciter un poème d'un grand communiste.
23:52 Vous devinez que c'est Aragon. C'est un poème qui a été écrit quand Aragon était traqué. Et à ce moment-là, il est dans la Drôme, il est clandestin, il est caché dans un endroit que je connais bien puisque mon fils est né là. Mon fils est né à Dieulefit, en toute simplicité. Et... C'est un village qui a été déclaré village des justes en Israël. Parce que c'est assez rare. Il faut le dire quand même. Ils ont réussi à sauver trois mille juifs en les cachant. y compris même un maire qui était plutôt pétainiste d'opinion.
24:24 Mais il y a une forte minorité protestante en Dieulefit. Et il y a une espèce de solidarité, vous voyez, des populations qui ont subi la répression. Vous savez, les Dragonades, pas loin, les Cévennes. Bref. Donc, il est planqué là avec Pierre-Emmanuel. Il y avait tout. L'école de Beauvallon, pour ceux qui s'intéressent souvent, il y a un très beau documentaire sur Youtube qui s'appelle Dieulefit, village des justes, où on raconte cette histoire. Comme j'ai enseigné dans une école qui est à côté de Beauvallon, je connais bien cette histoire.
25:01 Et alors là, bien sûr, Aragon, qu'est-ce qui lui manque ? Ce n'est pas un écolo, ce qui lui manque, c'est Paris. Très beau la région, la Drôme, c'est magnifique. Il y a déjà les cigales, mais il n'y a pas encore l'Olivier. C'est ces régions. Vous savez, on avait dit que Nerval, ce qui était magnifique avec Nerval, c'est que c'était quelqu'un pour qui les frontières n'étaient pas des lignes, mais des espaces. Vous vous rappelez de ça ? La Drôme, c'est un espace comme ça. Ce n'est ni le nord ni le midi. C'est moins gadasse, un peu desséché que le midi. Je ne suis pas raciste, je suis corse, quand même.
25:32 C'est magnifique. Et c'est moins un pot de chambre que la Normandie. C'est magnifique. C'est une douceur. Il y a déjà les cigales, mais il n'y a pas encore l'Olivier. L'Olivier commence à Nyons, les petites olives de Nyons, sans lesquelles la salade niçoise ne mérite pas cette épithète. Donc, il est là et Paris lui manque. Je vous dis ça pour contextualiser la première strophe. Comme on laisse à l'enfant pour qu'il reste tranquille des objets sans valeur traînant sur le parquet ?
26:06 Peut-être devinant quel alcool me manquait, le hasard m'a jeté des photos de ma ville. Les arbres de Paris, ces boulevards, ces quais. Je lui dis ça, je fais une voix off. Parce que c'est tellement beau qu'il faut prendre son temps comme avec tout ce qui est beau. On va trop vite sinon. On est en septembre et la lumière de septembre sur les quais de Paris quand il fait beau, c'est pas, ça vaut le coup. Il a le front Paris, il a le front chargé d'un acteur qu'on défarde. Il a cet oeil hagard des gens levés trop tôt.
26:36 C'est pourtant mon Paris sur ces vieilles photos, mais ce sont les fusils des soldats de la garde. C'est comme ces jours-ci, la rue est sans auto. L'air que siffle un passant vers soixante du plaire. Sous les fers, des chevaux, les pavés sont polis. Un immeuble m'émeut que j'ai vu démoli. C'est des photos qui traînent sur le parquet comme il dit. Cet homme qui s'en va, n'est-ce pas Baudelaire ? Ce luxe flambeant neuf, la rue de Rivoli. J'aime m'imaginer le temps des crinolines.
27:09 Il fait comme moi. Il a envie de parler de l'occupation et tout, vous voyez. Il parle de Paris d'avant tous ses malheurs. Il fait mieux que moi. J'aime m'imaginer le temps des crinolines. Le Louvre était fermé du côté tuileries. Par un château chantant dans le soir des soieries, les lustres priaient trop à minuit pour le spleen. Le spleen à la couleur des bleus d'imprimerie. Il se fait un silence à la fin des quadrilles.
27:41 Paris rêve. Et qui sait quels rêves sont les siens ? Je ne perds pas mon fil. Mon fil, c'est les plaques avec ceux qui sont tombés. Vous allez voir. Paris rêve. Et jamais il n'est plus redoutable, plus orageux jamais que muet mais rêvant. De ce rêve des ponts sur leurs arches de vent, de ce rêve aux yeux blancs qu'on voit aux dieux des fables, de ce rêve mouvant dans les yeux des vivants. Paris rêve. Et de quoi rêve-t-il à cette heure ?
28:12 Quelle ombre traîne-t-il sur sa lumière hantée ? Paris s'éveille et c'est le peuple de l'aurore qui descend du fond des faubourgs à pas brumeux. Ils semblent ignorer ce qui déjà les meut. L'air a lavé... Pardon, la pluie a déjà lavé leurs grands fronts incolores. Des songes mal peignés et pâlis comme eux. Qui n'a pas vu le jour se lever sur la Seine. Excuse-moi, il y a des bavures.
28:43 Ignore ce que c'est que ce déchirement quand prise sur le fait la nuit qui se dément, se défend, se défait les yeux rouges obscènes et Notre-Dame sort des eaux comme un amant. C'est un pont que je vois. Enfin, excusez-moi, Paris s'éveille et moi, pour retrouver ces mythes qui nous brûlaient le sang dans notre obscurité, je mettrai dans mes mains mon visage irrité que renaisse le chant que les oiseaux imitent et qui répond Paris quand on crie liberté.
29:18 Si vous écoutez les moineaux de Paris, ils disent vraiment C'est un pont que je vois si je clos mes paupières. Un roi de bronze noir à cheval le surmonte. Vous devinez d'où il parle ? Les vieux parisiens. Oui, bravo. C'est incolable. Il faut que je m'accroche. Touré de savant. Oui, je le dis pour ceux qui ne connaissent pas encore ce merveilleux endroit, n'est-ce pas, comme vous arrivez au milieu du pont Neuf, donc à la pointe de l'île de la Cité, à la proue, la pointe avant de l'île de la Cité, à proue dans le sens du courant.
30:01 Il faut regarder ce que dit Aragon là du côté du pont des Arts. Placez-vous sur le pont des Arts, regardez le pont Neuf et vous comprenez ce qu'il veut dire. Le pont Neuf a des alvéoles, vous savez, là, des demi-lunes qui étaient le paradis des camelots. C'est là qu'a commencé celui qui a fondé la belle jardinière, vous savez. Et donc, on dirait une énorme harpe, vous voyez, avec ces demi-lunes. Et donc, on voit en face, on devine l'ouverture qui mène à la place Dauphine, n'est-ce pas, et avec les deux maisons roses, vous allez voir que je suis tout près du texte, et l'espace vert qui est derrière.
30:36 Donc maintenant, je fais exprès de parler mal pour lui laisser le monopole de la vérité. un roi de bronze noir à cheval le surmonte et l'île qu'il franchit a double floraison pour verdure un jardin. Pour roses, les maisons, on dirait un bateau sur son ancre de fonte que font trembler les voitures de livraison.
31:07 C'est une beauté. La harpe du Pont-Neuf frémit comme un orchestre où j'entends préluder le vent de mes vingt ans. Vous voyez comme il s'évade de son présent ? Il essaye. La harpe du Pont-Neuf frémit comme un orchestre où j'entends préluder le vent de mes vingt ans. Il souffle un vent ici qui vient des vingt ans mourir dans les cheveux de la statue équestre. La ville comme un cœur s'y ouvre à deux battants. Il a raison Rimbaud, les poètes sont des voyants. Si vous regardez, c'est exactement ça quand on regarde le Pont-Neuf.
Suite du poème : la guerre de 14 et Paris au cœur
31:38 Il y a vraiment deux battants. Un cœur s'abat. La ville comme un cœur s'y ouvre à deux battants. Sachant qu'il faut périr, les garçons de mon âge se leurraient d'une vie au ciel gris. Nous, derniers nés d'un siècle et ces derniers conscrits, les pieds pris dans la boue et la tête aux nuages, nous attendions leur hache en parlant de Paris. Quand la chanson disait « Tu reverras Paname ceux qu'un œillet de sang se plait sur une balle, ceux qu'un œillet de sang allaient fleurir tantôt quelque part devant Saint-Mihiel ou Neufchâteau, je le dis parce qu'il n'en parle jamais Aragon, mais c'est attesté par ses supérieurs, il a été héroïque pendant la guerre.
32:22 Il connaît bien ce dont il parle ici. Ce n'est pas le poète qui vient comme Pindar glorifier, j'adore Pindar, ce n'est pas la question, glorifier ceux qui sont allés combattre les Grecs, Socrate en était. Mais voilà, quand il parle de Saint-Mihiel, il y était, il était en poste là-bas. « O Neuchatou, entourant le chanteur comme des mains la flamme, sentait frémir en eux la pointe du couteau. Depuis lors, j'ai toujours trouvé dans ce que j'aime un reflet de ma vie, une ombre de ses rues, monuments oubliés, passages disparus.
32:57 J'ai plus écrit de toi ô Paris que de moi-même et plus comme un soleil en toi ô Paris, j'ai cru. Cité faite flambeau que seul aimé consume, cité faite de pleurs qui rit d'avoir pleuré. » On a tous connu des personnes qui illustrent ce vers. Personne, la légèreté, la coquetterie parisienne, qui se veut parler de tout avec légèreté et qui se termine toujours en gloussant de rire. Cité faite de pleurs qui rit d'avoir pleuré.
33:28 Enfer aux yeux d'argent, paradis dédoré, forge de l'avenir où le crime est l'enclume, piège du souvenir où la gloire est murée. Sur les places grondaient les gilets jaunes. Non, pardon. Sur les places grondaient l'orage populaire. Les bras en croix tombaient des héros inconnus. Hors des cortèges noirs, le long des avenues, il paraissait écrire un serment de colère. Oh Paris, tu berçais les vents dans tes bras nus.
34:04 Afin d'y retrouver la photo de mes songes, si je frotte mes yeux, alors imagine Adieu le fils par train d'essayer de surmonter le manque de Paris, si je frotte mes yeux que le passé bleuit, ainsi que je faisais écolier à minuit, s'il était enfant à minuit, un printemps y fleurit encore et se prolonge et ce spectre dansant a moins que moi vieillis. C'est Paris, ce théâtre d'ombre que je porte.
34:36 Mon Paris, qu'on ne peut tout à fait m'avoir pris, pas plus qu'on ne peut prendre à des lèvres leurs cris. Que n'aurait-il fallu ? Excusez-moi, c'est... Que n'aurait-il fallu pour m'en mettre à la porte ? Arrachez-moi le cœur. Vous y verrez Paris. C'est de ce Paris-là que j'ai fait, mes poèmes. Mes mots ont la couleur étrange de ces toits. Vous savez, les toits d'ardoise ou de zinc. Ça vous fait penser aux bijoux, vous avez raison.
35:06 Je sais bien que beaucoup de gens détestent les bijoux. C'est dégoûtant. Moi, j'ai dit ça parce que j'en connaissais une qui était allergique. C'est bas ! Bon. Alors, c'est de ce Paris-là que j'ai fait mes poèmes. Mes mots ont la couleur étrange de ces toits. La gorge des pigeons y roucoule les châteaux. J'ai plus écrit de toi, Paris, que de moi-même. Et plus que de vieillir souffert d'être sans toi. Plus le temps passera, moins il sera facile de parler de Paris et de moi séparés.
35:40 Les nuages fuiront de Saint-Germain-des-Prés. Un jour viendra comme une larme entre les cils, comme un pont Alexandre III, blême et doré. Ce jour-là, une chanson qui dit un mal inguérissable. C'est la chute, je vous rassure. Une chanson qui dit un mal inguérissable, plus triste qu'à minuit la place d'Italie. Pareil au point du jour pour la mélancolie. Plus de rêve au doigt que le marchand de sable annonçant le plaisir comme un marchand d'oubli.
36:10 Une chanson vulgaire et douce où la voix baisse comme un amour d'un soir doutant du lendemain. Une chanson qui prend les femmes par la main. Une chanson qu'on dit sous le métro Barbès et qui change à étoile et descend à jasmin. Le vent la murmurera mais vers au terrain vague et frôlera les bancs où nul ne s'est assis. On l'entendra pleurer sur le quai de Passy et les ponts répétant la promesse des bagues s'en iront fiancés aux rimes que voici.
36:40 Et ça se termine comme la première strophe comme on laisse à l'enfant pour qu'il reste tranquille des objets sans valeur traînant sur le parquet peut-être devinant quel alcool me manquait le hasard m'a jeté les photos de ma ville. les arbres de Paris et ces boulevards secs. Voilà comment avec Aragon j'essaye de rester dans le sujet comme un janus en ayant un visage en arrière et un visage en avant.
Du sujet enfin en question : le projecteur et le miroir
37:13 Donc du sujet enfin en question. Ça ne vous dit rien ça du sujet enfin en question. Victor tu me déçois tu ne sais pas tout enfin tu me rassures. Dans les écrits de Lacan il y a un chapitre qui a pour titre du sujet enfin en question. Non je le dis parce qu'on m'interroge souvent sur par quoi il faut commencer en psychanalyse si vous tenez à y entrer en particulier dans Lacan s'il y a un chapitre à lire si vous n'avez pas le temps ou si le reste vous tombe des mains comme du sous-Mallarmé ce qui est souvent le cas au niveau stylistique.
37:56 Il aurait rêvé d'être Mallarmé. Comme Nietzsche aurait rêvé d'être La Bruyère. C'est vrai. Nietzsche son idéal c'était les moralistes français. Non mais il y a un chef d'oeuvre c'est le discours de Rome 1956 vous savez que les écrits de Lacan c'est une compile on dirait aujourd'hui. Une série d'articles faits à différentes époques différentes dates et il y en a un qui s'appelle le discours de Rome sous chapitre fonction et champ de la parole et du langage.
38:33 Si vous le lisez ça facilitera le séminaire que nous faisons cette année sur la logique du sujet. Ça ne l'épuisera pas loin de là mais j'allais parler avec mes journalistes en disant c'est incontournable voilà et à un moment donné il dit du sujet enfin en question c'est quoi le sujet pour lui c'est qu'on arrive enfin à parler du langage et de la parole vous voyez allez je commence à problématiser cette notion de sujet c'est que j'aurais pu donner comme titre c'est qu'il y a cette année il court le sujet ah non mais essayez d'attraper un train comme ça prenez un projecteur pour éclairer le jardin dans la nuit votre copine a perdu sa balle mesdames votre copain a perdu son portable comme toujours donc prenant un projecteur il doit tout fouiller les moindres buissons si image à moi je ne l'ai pas trouvé c'est pour ça
39:43 on peut trouver mieux mais le projecteur peut tout éclairer plus vous renforcer sa puissance plus on voit clair jusqu'au moindre caillou mais pas lui-même pas lui-même c'est ça le sujet le sujet c'est le projecteur qui est conscient de tout ce qui est devant lui mais comme dit très bien Auguste Comte le père du positivisme on ne peut pas être à la fois au balcon et se regarder passer dans la rue il disait ça contre la mode de la philosophie de l'introspection à l'époque il fallait que le philosophe rentre en lui-même je caricature un peu Théodule Ribot des gens comme ça ils sont bien oubliés vous voyez vous ne m'avez pas corrigé quand je lui ai dit le projecteur peut tout éclairer sauf lui-même vous auriez pu me donner un contre-argument oui bravo sauf si on le met face à un miroir et là vous voyez que le sujet suppose la réflexion déjà à ce stade élémentaire je prends la réflexion au sens propre c'est à dire au sens où ça nous vient non pas de la philosophie mais de l'optique
40:53 rayon incident rayon réfléchi qui est-ce qui a fait le théorème ? le premier oui c'est Descartes vous en savez des choses oui encore toujours c'est qu'à l'époque on pouvait à la fois être prix Nobel de philosophie de dioptrique comme on disait à l'époque de mathématiques de physique biologie Descartes par contre c'est pas ça voilà mais il ne faut pas être anachronique la biologie n'était pas encore une science à ce moment là j'essaye d'entrer dans le notion de sujet c'est difficile ceci dit si vous voulez la meilleure entrée alors c'est la plus simple vous savez tout ce qu'il y a à savoir sur le sujet si vous avez simplement un peu de mémoire de votre école alors comme on dit tantôt primaire, communale moi j'aime bien communal parce que je l'ai appris tardivement parce que moi je suis archaïque j'ai appris en Afrique subsaharienne avec un instituteur africain ils sont très attachés aux traditions école primaire
Le sujet répond à « qui » ; le culte romantique de l'automne
42:03 puis après je mets bien communal ça donnait un peu des racines que je n'ai jamais eues parce que moi j'ai bourlingué la commune c'est quoi le sujet à l'école primaire si vous avez été bien bien institué oui oui oui mais c'est quoi c'est ce qui répond à la question qui est-ce qui ah ben voilà ben voilà des gens bien formés non on n'est pas là en ergothé en logique en métaphysique le sujet c'est ce qui répond à la question qui est-ce qui c'est pas quoi qu'il y a je suis exprès par les barbares mais qui c'est pas quoi who c'est pas which c'est pas what c'est important ce qu'on est en train de voir oui je faisais allusion à Lacan tout à l'heure vous savez que la formule de lui que je répète le plus souvent parce qu'elle n'est pas propre à la psychanalyse elle est extensible ailleurs et elle est très importante c'est qu'avant de signifier quelque chose toute parole signifie pour quelqu'un et quelqu'un c'est qui
43:15 donc peut-être la meilleure entrée c'est ça c'est la réponse à la question qui est-ce qui et ben voilà on peut laisser tomber le sujet on a tout dit et revenir à la musique non j'aimerais bien mais ça va pas parce que si c'est ça la définition grammaticale merci du sujet merci à nos instits comment comprendre la phrase le vent secoue les arbres surtout que nous sommes en automne j'entrais avec ravissement dans la saison des tempêtes vous qui savez tout parce que vous commencez à m'agacer j'ai essayé de vous coller qui a dit ça oui qui a dit ça oui Chateaubriand attention c'est beau l'enchanteur j'entrais avec ravissement dans la saison des tempêtes non non ne croyez pas que je m'égare c'est pas un détour comment on peut être ravi à entrer dans la saison de la mort la modernité a commencé à ce moment là la postérité immédiate de Rousseau à un culte de l'automne et c'est pas un cas isolé
44:25 cette phrase levez-vous orages désirés dans René levez-vous orages Clouscard aimait bien répéter cette phrase ah oui quand il en avait marre en Corse après le 15 août vous voyez l'été insulaire on n'en peut plus ce Calvi bourré de touristes il n'avait pas sa campagne pour lui tout seul Clouscard ombrageux il s'engueulait avec les oiseaux vous savez vous avez lu sa biographie avec Clouscard vous avez vu sa prise de bec c'est le cas de dire avec le merle qui sifflotait pendant qu'il travaillait à écrire l'Être et le code tu vois la fermée c'est comme ça lisez ça ça vaut son pesant d'or oui alors que passé le 15 août il manque les orages d'été après le 15 août il y a un retournement de saison on va aller aux champignons après et il dit levez-vous orages désirés avec son accent de Toulouse il adorait citer cette phrase de Chateaubriand et quant à nous qui avons connu le Sahel Jean Jean c'est mon complice africain nous on a connu les saisons sèches qui n'en finissent pas vous vous rendez compte être en septembre regarder le ciel et se dire il n'y aura pas une goutte de pluie jusqu'à début juin
45:35 vous n'imaginez pas ce que c'est c'est l'hiver sibérien qui commence à l'envers si vous voulez mais c'est l'équivalent ce n'est pas des zones tempérées et moi je vous dis dans les quartiers de Niamey de Bamako quand c'est la fin de la saison sèche que les nuages commencent à s'accumuler mais sans crever encore c'est épouvantable c'est le pire pire le moment de l'année tu connais ? non tu ne connais pas et les enfants tapent sur des casseroles partout pour que les nuages crèvent on n'en peut plus et les premières pluies ne viennent pas avant fin mai début juin donc ce n'était pas une plaisanterie quand je citais Chateaubriand comment on peut être ravi d'entrer dans la saison des tempêtes là ce n'est pas une question de sécheresse que les gamins de Bamako soient ravis qu'il y a enfin de l'eau il n'y a pas besoin de vous faire un dessin Aman iman comme on dit en Tamazight Tamachèque Kabyl Berbère c'est pareil tout ça c'est la même langue les langues Libico-Berbère disent les linguistes ou Numide
46:47 n'est-ce pas comme on dit dans l'Antiquité Aman iman je dois mal prononcer mais ça veut dire l'eau c'est la vie dans des coins comme ça forcément ce n'est pas le cas d'un breton comme Chateaubriand on ne peut pas dire que ça manque de flotte les parages de Combourg non non c'est que toute la génération c'est pas un culte de l'automne un culte du moment où les feuilles meurent salut bois couronné d'un reste de verdure feuillage jaunissant sur les gazons épares Lamartine c'est un peu plus mièvre mais alors quelle fluidité attention il a été réhabilité sous les symbolistes sous Verlaine je ne fais pas un cours de littérature mais parce que ça coule c'est fluide c'est Rousseau le premier lisez par exemple la fête des vendanges La Nouvelle Héloïse ça se passe de commentaires n'est-ce pas et lisez surtout vous savez que mon favori c'est Senancour c'est moins connu mais c'est celui qui a le mieux exprimé ce qu'on ne va pas tarder à appeler le mal du siècle c'est un mal
47:58 comment on peut aimer la saison où tout pourrit où tout rentre sous le sol c'est pas un hasard si c'est assez là c'est en cette saison qu'on a placé la fête des morts vous vous rappelez mon texte de Nerval quand il écrit au directeur du journal c'est le jour des morts que je vous écris pardon de ses idées mélancoliques quand il arrive au pays de sa mère il ne nous le dit pas il fait comme s'il était un journaliste qui faisait une rubrique sa mère il n'a jamais vu son tombeau qui est là à lointain c'est le jour des morts que je vous écris pardon de ses idées on pense aux morts d'ailleurs Chateaubriand parle des oiseaux qui s'en vont des oiseaux migrateurs à l'automne on voit les oiseaux partir et vous savez vous savez la langue c'est pour vous la langue que nous parlons la langue qui dit partir c'est mourir un peu il y a une logique du sujet vous voyez ce que j'appelle la logique du sujet on commence à la voir Hegel dit dans la première page de la préface à la seconde édition de la grande logique il dit c'est le langage qu'on doit le moins oublier dans la logique c'est un passage extrêmement moderne enfin moderne par rapport
Hegel : le langage infiltré dans la logique
49:08 à des écoles à des courants de pensée comme le structuralisme des années 60 toutes ces écoles qui disent que c'est le signe qui détermine le sens je vais dire vous connaissez ça mieux que moi presque je ne vais pas me délire trop non plus il y a un long développement que je vous recommande cette préface c'est la seconde édition de la grande logique il y a une meilleure traduction Victor j'allais donner une traduction mais je voudrais ton avis la meilleure traduction de la grande logique ben voilà je citais celle de Bourgeois Bernard merci comme il a été mon directeur de recherche j'ai peur de vendre ma camelote oui où il dit dedans que dans toutes ces activités l'esprit qu'il sent qu'il pense qu'il sent même quand on est dans le monde qu'on croit être le monde immédiat des sensations qui n'a pas besoin de l'élément logique il suffit d'avoir des yeux des sens comme si on était des animaux il dit le langage est infiltré de sorte que nous pensons et nous sentons selon la logique extraordinaire passage c'est à dire selon le logos c'est pas la logique formelle au sens de comment s'appelle celui
50:19 qu'adbosier que nos femmes adorent Wittgenstein c'est vrai dans sa photo il est pas mal il faut toujours lancer des petits coups de griffe à des rivaux potentiels oui non c'est pas du tout la logique dans ce sens là au sens du tractatus au sens logique formelle au sens logistique il y a eu plusieurs noms au sens de l'école analytique je vous passe l'école anglo-saxonne vous savez que j'ai fait une conférence en Norvège il n'y a pas si longtemps je n'avais jamais été à ce point dans le septentrion et heureusement que ceux qui m'ont invité m'ont dit attention quand tu vas parler philosophie ici il faut savoir que tout le monde comprend que tu parles de l'école analytique et rien d'autre le reste c'est c'est les attardés que nous sommes des continentaux on est des métaphysiciens quoi circuler il n'y a rien à voir il n'y a pas de logique du sujet là la seule logique c'est celle qui règne pour les objets celle dont se sert l'astronome alors là j'ai rien à dire parce que là il connait mieux que moi l'astronome
51:29 pour parler du soleil d'une étoile d'une magnitude d'un champ magnétique vous voyez pourquoi j'appelle la logique du sujet je voudrais que vous compreniez aujourd'hui que c'est la logique qui ne peut exister que pour par et dans un sujet c'est ça qu'il faut bien noter ce soir parce qu'il y a dans le sujet des choses qu'on croit être logiques comme le fait que par exemple demain je vais avoir faim si je ne mange pas bien sûr ça c'est y égale f de x ça c'est la logique de l'objet car quoi que je dise et quoi qu'apporte la culture et l'histoire jusqu'à la fin de ma vie je devrais manger pour vivre donc il y a une partie animale qui est incoercible qui reste là mais il faut gratter pour la trouver parce qu'il y a 10 000 ans d'histoire qui nous en séparent dès l'instant qu'on a fait éclater les silex on s'est éloigné de cette histoire de cette nature pardon donc vous voyez on y vient petit à petit quand je parle de logique du sujet cette année j'essaye de déployer avec vous
« Le vent secoue les arbres » : le sujet grammatical n'est pas le sujet
52:41 un petit peu dans le désordre ce soir parce que c'est une présentation j'essaye de présenter une logique qui est immanente à tout sujet comme sujet et exclusivement pour des sujets de sorte que j'y reviens quand je dis vous voyez que j'ai perdu mon fil le vent secoue les arbres nous sommes en automne d'où ma langue père aux raisons mon imposition plutôt qui est-ce qui secoue les arbres ?
53:11 le vent le vent est sujet alors Paganis ça va plus là nous nous savons maintenant nous savons maintenant nous nous nous postérieurs à Galilée à Descartes au principe d'inertie au christianisme c'est pareil tout ça pourquoi c'est pareil ça Galilée le christianisme a condamné Galilée non non non l'église catholique a condamné Galilée Galilée c'est le seul chrétien dans la bande à l'époque après il y a Descartes qui va le rejoindre ce qui est chrétien c'est de dire il n'y a pas de divinité ici bas mon royaume n'est pas de ce monde c'est ça le christianisme c'est peut-être faux c'est peut-être de l'idéal ce que vous voulez mais en attendant grâce au christianisme pour la première fois on a pu avoir vis-à-vis des sources un rapport moderne c'est-à-dire c'est H2O les sources c'est pas des nymphes c'est dommage pour la poésie encore que si la parole il n'y a de parole que d'absence c'est encore mieux que les nymphes aient disparu et heureusement l'histoire de la poésie n'a pas fini avec l'antiquité donc
54:23 vous voyez le vent secoue les arbres un objet secoue un objet grammaticalement le vent est sujet je ne discute pas mais ce n'est pas le sujet tel qu'on va en parler cette année il n'y a pas de logique de ce sujet là une logique qui est celle de la physique basse pression haute pression air froid air chaud je m'arrête là parce qu'après il y a des physiciens qui vont me censurer ici c'est un peu plus clair avec ce contre-exemple n'est-ce pas quand je vous avais présenté cet exemple pour autre chose du vent qui secoue les arbres si dans la langue on éprouve le besoin de personnifier le vent de le faire plus quelqu'un et les arbres c'est quelque chose vous êtes d'accord encore qu'aujourd'hui maintenant les arbres ils pensent ils sentent vous savez il y a des bouquins là-dessus ils nous font la morale bientôt on devrait les mettre au pouvoir en fait on devrait voter pour les arbres comme ça Greta mourra en paix
55:33 je plaisante cette pauvre gosse je ne l'en veux pas j'ai un follower c'est comme ça qu'on dit un follower qui m'a écrit une chose qui a fait un commentaire très intelligent sur un post concernant Greta que j'avais mis sans aucune agressivité pour elle la pauvre gosse franchement où il dit très justement elle dit qu'on lui a volé sa jeunesse mais j'ai bien peur que ce soit bien plus grave on est en train de lui voler sa maturité vous vous rendez compte cette pauvre gosse quand on ne parlera plus d'elle quand on aura trouvé un autre gadget ce qui est déjà en train de se faire avec comment ça s'appelle l'extinction oui c'est des pas tristes ça moi je n'y croyais pas moi je suis encore naïf je crédite encore moi je vois extinction rébellion pourquoi pas j'ai vu de près leur questionnaire c'est extraordinaire je ne vais pas m'attarder aujourd'hui mais si on perd si la langue personifie c'est que la langue elle est ancienne on dit
56:44 il pleut on appelle ça des modes impersonnels en grammaire parce qu'à une époque on disait c'est Jupiter qui fait pleuvoir c'est Zeus qui lance la foudre c'est Dongo vous ne connaissez pas Dongo ça c'est au Niger c'est le dieu des orages la pluie c'est le Thor c'est le Thor scandinave qui se traduit par Donner qui donne Tonner dans l'Or du Rhin de Wagner après la mythologie scandinave Donner Wetter un temps de chien ça veut dire Wetter c'est météorologie c'est pas Wetter tout ça se tient à la langue elle en sait des choses la langue elle en sait sur nous plus que nous en savons sur elle vous savez la fameuse phrase de Horatio dans Hamlet il y a plus de choses sur la terre et dans le ciel que ne peut en contenir toute ta philosophie non non c'est Hamlet pardon qui dit à son ami Horatio il y a plus de choses sur la terre et dans le ciel que ne peut en contenir toute ta philosophie mon pauvre Horatio il avait sans doute raison mais je ne sais pas si on peut dire ça de la langue je ne sais pas s'il y a plus de choses dans la terre et dans le ciel qu'il y en a dans la langue voilà
57:55 j'essaie d'être précis je ne parle même pas de la parole ou du langage je parle de la langue qui à notre insu nous fait personnifier des choses qui sont des quelque chose et non pas des quelqu'un voilà voilà ce sur quoi je suis en train d'enfoncer le clou depuis tout à l'heure et donc ce n'est pas là qu'on va trouver notre sujet ce n'est pas dans les causes qui font que les arbres bougent quand le vent souffle mais ce qui fait qu'ils sont personnifiés vous le trouverez encore tardivement regardez le printemps de Botticelli je prends exprès des références que je crois presque tout le monde connaît ce magnifique tableau vous voyez ces divinités printanières ces nymphes avec les voiles qui sont gonflées par les brises de mai mais les brises de mai elles sont gonflées par des mecs derrière vous voyez qu'on voit souffler vous voyez c'est Éole Zéphyr Aquilon selon que le vent vient du nord je n'ai pas j'ai parlé tout à l'heure de Alcyon le doux vent du sud qui faisait dire à Nietzsche que Mendelssohn le seul juif des musiciens romantiques allemands était le maître alcyonien voilà donc
Steffens assiste à un cours de Fichte
59:06 je vais m'en tenir là pour aujourd'hui parce que je vois il est bien 9h30 8h20 j'ai eu peur c'est ce que je voulais dire oui 8h20 bientôt 8h30 alors pourquoi ça s'éteint tout le temps voilà oui dans les textes qu'on vous a distribués je vous ai parlé du projecteur tout à l'heure comme une image puis en vous une autre qui éclaire tout sauf lui-même c'est ça le sujet donc c'est intéressant toute la diversité la pluralité tout est dans l'objet le sujet lui-même c'est ce qui est en face c'est un peu inquiétant comme si le sujet c'était le vide devant le plein or vous avez un texte qui nous met sur la voie de la problématisation je suis en train de problématiser le concept de sujet je n'ai pas fini mais vous voyez il y a un texte un témoignage sur Fichte vous devez avoir ça non ?
1:00:14 et donc Henrich Steffens c'est un Norvégien qui a assez aisé qui a parcouru l'Allemagne à l'époque où il y a cette floraison sans précédent on a remarqué je vais très vite qu'au moment où la France bouleverse l'histoire européenne et bientôt mondiale à partir du 14 juillet 89 et encore il y a le siècle des Lumières avant il n'y a pas eu en Allemagne vous savez que la seule région en France où il n'y a pas de séparation de l'église et de l'état dans l'enseignement c'est l'Alsace à cause de la proximité de l'Allemagne et mon père que j'avais guidé une fois parce que je connaissais l'Allemagne mieux que lui à Wolfsburg parce qu'il avait sa Opel à faire réparer c'est la seule raison pour laquelle il était allé à ce point au nord il était à Nice comme c'était un vieux colonial Nice il y a encore des palmiers au glace et le grand nord bref il était très content c'était un bon voyageur et il me dit mais qu'est-ce qui se passe j'ouvre la boîte de nuit de mon hôtel la boîte de nuit de l'absurde comment ça s'appelle table de nuit merci j'ouvre le tiroir de ma table de nuit il y a la Bible découvre l'Allemagne bon allez
1:01:25 vous savez je suis germanophile je refoule je suis germanophile et donc il se promène et il fait un compte-rendu à peu près sur tous les penseurs qu'il a rencontrés et ici il assiste à un cours de Fichte alors profitons-en on a un scoop là on n'est pas à la Sorbonne il n'y a pas de faculté de philosophie à l'époque c'était tout nouveau tout nouveau quand Hegel avait 30 auditeurs c'était beaucoup et Schopenhauer marronnait parce qu'il en avait 3 après il a pris sa revanche il est devenu la coqueluche de la bourgeoisie pour extirper tout ce qu'il y a marxiste donc voilà et en plus il n'y avait pas de ministère de l'éducation nationale je dis ça parce qu'on a des réflexes qui sont anachroniques même le vieux Hegel bien plus tard qu'à la période de Steffens dans les années 30 20-30 il meurt à Berlin en 31 n'est pas employé par le ministère de l'éducation nationale ça n'existe pas c'est affreusement
1:02:36 laïc et français ça non c'était le ministère des cultes qui l'employait son employeur voyez c'est important et c'est une admirable chose attention donc j'allais de Schelling chez Fichte qui commençait justement ses conférences sur la destination humaine ce petit homme trapu avec ses traits coupants et autoritaires m'en imposa considérablement je l'avoue quand je le vis pour la première fois sa conversation elle-même était comme tranchante et aiguisée on reconnait bien Fichte familiarisé déjà avec les faiblesses de ses auditeurs il s'efforçait par tous les moyens de se rendre compréhensible il faut dire que le baragouin de l'idéalisme allemand c'est une période plus difficile je veux dire pour entrer dans les textes vraiment vous vous plaignez de Hegel mais quand vous lisez Schelling c'est pas triste non plus et le jeune Hegel est plus difficile que le vieux qui fait des cours et qui a affaire à des débutants l'esthétique est moins difficile à lire que la phénoménologie de l'esprit et a fortiori que les textes antérieurs bon allez donc il se donnait toutes les peines pour prouver ce qu'il avançait ce qui n'empêchait que son exposé gardât un caractère
1:03:46 abrupt d'autorité comme s'il voulait par un ordre auquel il fallait qu'on obéit éloigner quelques doutes messieurs disait-il comprenez-vous rentrez en vous-même il n'est ici question de rien d'extérieur voyez le projecteur ça commence il n'est question ici de rien d'extérieur uniquement de nous-mêmes là je fais une parenthèse quel est le mot important là ? bien bravo oui même car quand je dis logique du sujet après tout je reprends le flambeau socratique connais-toi toi-même bon sang la philosophie c'est ça je ne suis pas hors sujet alors je me rassure de temps en temps Diogène Laërce vous savez celui qui est fait sous cette compile où il y a à boire et à manger vie, doctrine et sentence des philosophes illustres qui est bien précieuse pour nous parce qu'il y a des témoignages de l'époque quelques fragments sur des gens dont on n'a rien on a tout perdu vous savez on parle Héraclite Parménide on a le poème qui est un peu plus long Anaximandre Anaximène je ne parle que des plus connus bien sûr Démocrite on n'a presque rien ou alors on a une phrase Démocrite
Connais-toi toi-même : le même, l'identité et le changement
1:04:56 rien n'existe que l'atome et le vide et tout le reste des commentaires il fallait oser vous vous rendez compte ça veut dire que le papier l'or l'amour Dieu tout ça c'est des combinaisons d'atomes vous vous rendez compte ou Pythagore tout est nombre vous savez l'intelligence artificielle il travaille dessus on peut tout numériser j'étais là d'avoir des doutes on verra qui vivra verra donc ça c'est les présocratiques on n'est pas en philosophie on les appelait les physiciens si vous connaissez un peu votre histoire de la pensée ces gens là parce qu'ils ont tous écrit un bouquin qui avait pour titre Peri physeôs de la nature les uns disaient qu'à l'origine du cosmos il y avait l'eau d'autres disaient que c'est le feu les uns disaient que la terre était un cylindre il y a des choses admirables mais quand même on ne sait jamais si on est en météorologie en métaphysique vous voyez c'est normal tout ça est encore indifférencié plus vous remontez vers les origines plus on s'approche
1:06:06 de chaos vous savez dans la mythologie de chaos il n'y a ni haut ni bas ni droite ni gauche tout est encore indifférencié j'ai une parenthèse Platon à partir de la grande crise du platonisme qu'il administre lui-même c'est rare tel courage vous savez de ruiner tout ce qu'on avait dit jusque là ou de le remettre à la question toute la théorie des idées est remise en question implacablement impitoyablement à partir du Parménide et ça inaugure la série des grands dialogues dits métaphysiques le Parménide le sophiste le politique le Philèbe le Philèbe le politique dans l'ordre or dans le Parménide il utilise cette méthode qu'on appelle apophantique je ne vais pas vous soûler avec des mots techniques apophantique ph mais c'est très simple qui consiste à ne pas dire ce que la chose est mais ce qu'elle n'est pas grosso modo l'être n'est ni immobile ni en mouvement il n'est ni ouvert ni fermé c'est la méthode apophantique pourquoi j'en parle ?
1:07:18 parce que dans l'enseignement du Bouddha je parle du Bouddha historique et non pas on va y revenir avec le nazisme des délires germaniques qui sont toujours hindouistes bouddhisto bono bo bo bo bo bongeo bohème bouddhiste bono bo ça c'est un moi non gitien je dis ça parce que j'étais un peu bouddhiste quand j'avais 16 ans il faut être juste C'était un petit nazillon, à cet âge-là.
1:07:48 J'en connais un bout, sur la logique des sujets. Enfin, comme dit Calliclès dans le Gorgias, à Socrate, quand on est jeune, tu te rappelles de ce passage ? On peut s'adonner à la philosophie, mais quand on a de la barbe comme toi, c'est un scandale. Et si tu n'es pas si vieux, tu mériterais des coups de bâton. C'est dans Platon, ça. La violence. Donc, les physiciens, qui parlent du monde extérieur.
1:08:24 Or, Diogène Laërce dit que les contemporains disaient que Socrate avait descendu la philosophie du ciel sur la terre. Vous me direz, Pagani, des fois c'est intéressant, mais là, qu'est-ce qu'il y a ? Il enfonce des portes ouvertes, c'est des phrases creuses. Ça, il fait des choses félicieuses. Non, c'est très précis. Ça veut dire qu'il a cessé de faire de l'astronomie et il a posé la question morale. Et la question morale, elle s'adresse qu'à des quelqu'un.
1:08:57 Ce n'est pas des étoiles qu'on va dire fais ceci, fais pas ça, mets la main devant ta bouche quand tu bailles et ferme la bouche quand tu manges. car il ne faut jamais montrer notre organicité à terre. C'est ça la courtoisie. Socrate a fait descendre la philosophie du ciel sur la terre. Donc, quand il y a son procès, l'apologie de Socrate, c'est là que nous apprenons sous la plume de Platon. Car il a... Le coup de génie de Socrate, c'est d'avoir trouvé un grouillot de génie comme Platon.
1:09:30 Il dit que quand il est... Quand on vient consulter l'oracle à Delphes, à Delphes, le lieu le plus sacré pour les Grecs, pour eux, Delphes était le nombril du monde. Le nombril du monde. Hölderlin dit dans un poème que Francfort est le nombril du monde. Intéressant. Vous rigolez, mais à Francfort, il y a la Banque Centrale de l'Europe.
1:10:04 Le milieu, le centre, le nombril. Revenons à Delphes. Quand on arrive, il y a l'entrée du sanctuaire Gnôthi seauton. Connais-toi toi-même. Merci, Romain. Le mot le plus important, parce qu'on dit oui, ça veut dire... Ça y est. D'ailleurs, Pagani nous l'expliquait. Ça veut dire qu'on est passé la connaissance du monde extérieur à soi. Il y a plus précis que ça encore. Connais en toi ce qui reste même. Connais-toi comme identité.
1:10:37 Car même, c'est le syntagme de l'identité par excellence. C'est le contraire de l'autre. C'est dans le sophiste, le grand dialogue, je ne m'attarde pas, c'est très compliqué. C'est dans le sophiste que par un acte véritablement héroïque, philosophiquement parlant, Platon va consentir, lui qui était parti pour être un fils de famille, un peu réactionnaire, en privilégiant tout ce qui est l'identité, tout ce qui va du côté de l'éternité, qui nie la mort, en gros, qui nie le changement, qui est du côté de Parménide, ce qui est, ce qui n'est pas, n'est pas.
1:11:07 Et non pas d'Héraclite, tout s'écoule. Oui, on va y arriver. Parce que le sujet, il y a tout ça dedans. Il y a ce qui demeure et ce qui s'écoule. L'oracle dit, connais en toi ce qui demeure. Des fois, on donne à des élèves de Terminale ce sujet qui a l'air tout simple. La phrase, j'ai changé, exprime-t-elle une contradiction ? Qu'est-ce que vous en pensez ?
1:11:39 La règle. J'ai changé. Alors ça, ce n'est pas un énoncé métaphysique. Hier, j'étais malade, aujourd'hui, je suis bien portant, par exemple. Je ne suis plus le même. Il n'y a pas de contradiction. Si, moi, j'en vois une. Dans l'énoncé, oui. Bravo. Il y a une partie qui dit le changement, malade, santé, maladie, santé. Et puis, il y a le je qui dit, oui, hier, je était malade, aujourd'hui, le je, il est toujours là. Je suis toujours le même qui, tantôt, est malade, tantôt, est en bonne santé.
1:12:11 Il n'y a rien de mystérieux, on a le droit de changer. Et c'est compliqué, cette histoire, le sujet, quand même. Vous venez de découvrir que le sujet est éminemment dialectique. donc, il n'appartient pas aux sciences de la nature, le sujet. Heureusement, sinon je ne pourrais pas en parler, moi, ce n'est pas mes compétences. J'essaye, j'essaye, parce qu'il faut suivre. On ne peut pas vivre dans le monde où nous sommes. On n'essaye pas, on ne peut plus faire comme à l'époque de Descartes, de Leibniz, on pouvait être à la fois, je vous l'ai dit, le plus grand philosophe de son temps, le plus grand mathématicien de son temps, le plus grand philosophe de son temps, le plus grand juriste, Leibniz, le plus grand linguiste, vous avez dans le chapitre des mots, du langage, des mots, M-O-T-S, dans les nouveaux essais sur l'entendement humain, de Leibniz, un passage, mais ahurissant, que je vous recommanderais rien pour être bluffé par son érudition.
Leibniz : de l'ordre dans une multitude ; la mesure dans le chaos
1:13:09 Le nombre de langues, y compris extra-européennes, chinoises, persanes, qu'il cite pour montrer les origines, extraordinaire, mais extraordinaire. Vous arrivez de passer par la rue Mouffetard ? Eh bien, sous la rue Mouffetard coule la bièvre, je ne sais pas si certains le savent, n'est-ce pas ? Voilà, qui se jette dans la Seine au niveau du jardin des plantes. Or, bièvre, en anglais, beaver, en allemand, Biber, c'est quoi ? Castor. Castor, merci, voilà.
1:13:41 Et encore maintenant, l'Essonne, car la bièvre prend sa source dans l'Essonne, est infestée de castor, quand on remonte un peu vers les sources et la bièvre. Et je parle de castor d'Europe, là, pas de ceux qui ont été implantés depuis les Etats-Unis, il y en a dans la vallée du Rhône. Vous voyez, il faut le lire pour le croire, là, c'est ahurissant. Des fois, il connaît mieux le Corse que moi, quoi. Et il ne voyageait pas beaucoup, mais il écrivait à l'Europe entière.
1:14:13 Moi, j'admire ces gens qui écrivaient, surtout que je n'écris pas, vous vous rendez compte. Mais des lettres à Locke, à Londres, vous voyez, avec les tempêtes, ça va mettre des mois à arriver. Et il trouve le moyen dans une cellette de dire peut-être la plus belle phrase qu'on a dit sur l'art baroque. Il ne pense pas du tout à l'art baroque. Il est en philosophie et il dit à Locke, il y a de l'ordre au fur et à mesure que l'on peut recenser dans une multitude. quand vous écoutez cette phrase, vous comprenez la musique de Bach.
1:14:45 C'est exactement contemporain. Il y a de l'ordre au fur et à mesure, c'est jamais immédiat, que l'on peut recenser dans une multitude. Je m'attardais un petit peu car nous avons la visite même d'amis qui viennent de Bordeaux et qui m'ont interrogé par courrier pour revenir sur la mystérieuse chute du poème de Rimbaud que je vous avais lu il y a deux ans, je crois, n'est-ce pas ? Le Conte, vous savez, un prince, s'était vexé, dont on va reparler pour la logique du sujet, il est bien passé.
1:15:17 Et qui se termine après la mort du héros, c'est tout petit, c'est une demi-page, c'est dans les Illuminations, qui se termine par cette étrange chute qui n'a aucun rapport avec tout le reste du texte. Merci. La musique savante manque à notre désir. La musique savante manque à notre désir. Il n'est pas rock, techno, pop, folk.
1:15:47 La musique savante je vous le cite, c'est un rebelle, et Rimbaud, attention, la musique savante manque à notre désir. Il y a de l'ordre au fur et à mesure que l'on peut recenser dans une multitude. La multitude est un challenge permanent qui défie ma tentative d'essayer de mettre de l'ordre dans ce bazar qui est le réel. Les scientifiques comprennent ce que je veux dire. Quel bazar ! Et voilà que l'homme arrive et instaure ce que les Grecs appelaient le métron, la mesure, qui veut dire cette table mesure je ne sais pas moi, deux mètres.
1:16:25 C'est incroyable ! Ramener la table qui est un chaos ! Si vous regardez avec un microscope, c'est effrayant quand vous regardez de près. C'est un chaos ! Je ne parle même pas du microscope électronique où vous verrez des électrons, enfin vous ne les verrez pas. Il y a des collisions, des photographies de chocs entre particules et dans ce bazar, ça fait deux mètres ! Bon sang ! On a décidé qu'il y avait une longueur immobiliste, ce qui nous convient très bien en menuiserie, ça suffit, il n'y a pas besoin d'aller au milliardième de millimètre, ce n'est pas nécessaire.
1:16:55 Voilà, donc, je ne vais pas aller trop au-delà, d'autant que c'est la demi-heure des questions que je viens d'entamer, mais je tenais à vous rappeler et à essayer de tourner autour pour se rapprocher comme une spirale du centre, vous voyez, je ne fais pas que me servir de la spirale pour être excentrique, mais de temps en temps, je reviens au centre pour essayer de vous faire au moins intuitionner, et j'espère de plus en plus conceptualiser, car l'intuition n'a de valeur que lorsqu'elle se surmonte dans le concept, et inversement, le concept n'a aucun intérêt s'il n'a pas commencé par la riche matière de l'intuition, sur ce que j'essaye d'appeler la logique de ce qui est proprement sujet.
Questions du public ; Ulysse et la répétition du carnage
1:17:47 Je vous passe la parole et n'hésitez pas aussi si ça concerne le futur de notre thème. Est-ce qu'on va parler de ceci, de cela, ou de revenir en arrière ? C'est vous qui avez la parole. Romain. J'ai une question dont tu viens de parler de mettre de l'ordre et de cette citation de Leibniz que je ne connaissais pas, donc je ne me souviens plus exactement, mais en gros que...
1:18:19 Il y a de l'ordre au fur et à mesure que l'on peut recenser dans une multitude. Voilà, et ce que ça m'évoque, c'est le titre d'un cycle d'atelier d'il y a quelques années, Ulysse, de la répétition et la libération. Est-ce qu'il y a un lien entre les deux ? Puisque tu as l'air de dire qu'il fallait du temps et de la répétition pour que l'ordre émerge. Quel est le lien avec la répétition que tu évoquais à l'époque avec Ulysse ? Merci.
1:18:49 On peut regrouper des questions s'il y en a d'autres, peut-être ? C'est le saut qualitatif ? Est-ce que c'est un saut qualitatif ? Je n'ai pas entendu. Est-ce que ça a un rapport avec le saut qualitatif ? La phrase de Leibniz ? Oui, enfin le fait que de la multitude l'ordre apparaît. Est-ce que ce n'est pas le saut qualitatif que Marx évoque ? Non ? Je croyais que tu faisais l'allusion au saut quantique, mais ça peut être aussi bien. Oui, bien sûr, la notion de seuil.
1:19:21 Oui, c'est pareil, la discontinuité dans le continu. Tout à fait. Léo, je passe à Léo si le câble va jusque là. Je voulais juste savoir si la nature est dialectique ou est-ce que la dialectique c'est quelque chose qui est réservé au sujet. Très bonne question.
1:19:56 Tarek. Il est en fait à parler de la langue et ma question ça sera maintenant par rapport au langage. Maintenant, à la logique du sujet, est-ce que pour y répondre, c'est de revenir en fait au langage plutôt que à la richesse de la langue ? La richesse du langage plutôt qu'à la richesse de la langue, c'est ça que tu dis ? C'est-à-dire qu'il existe plus le langage courant Je t'entends mal. Le langage courant plutôt que... Ah oui ! D'accord, d'accord.
1:20:26 Merci bien. Le langage dit naturel par les linguistes. Bon, on va y aller. Je l'ai oublié de ta question, Romain. C'est l'âge. La répétition et la libération. Oui, c'est ça. Je comprends pourquoi je l'avais oublié parce qu'il y a tout un aïe. Puisque tu me pousses dans mes retranchements sans aucune malignité, je ne sais pas si tu t'en doutes mais je ne crois pas. Mais en fait, je traite toujours le même thème.
1:20:56 Car cette année où j'ai initié un cycle qui s'appelait d'Ulysse à Dédale sous titre de la répétition Ulysse qui sans cesse répète le carnage. Je suis là dans mon sujet la reconstitution du nazisme. Je traite toujours de la même chose. Mais ce thème-là prenait déjà la relève d'un autre qui avait pour titre entre crise et guerre philosopher.
1:21:30 Je suis obstiné. Mais je m'en aperçois après coup. Je crois que je vais changer de sujet. En fait, je m'en aperçois que je traite toujours le même. Évidemment, puisqu'il reste pendant. Les dangers de guerre ne se sont pas éloignés depuis que j'ai commencé il y a six ans. J'ai bien peur qu'ils soient rapprochés. Donc, premier élément de réponse qu'il y a un lien entre les deux problématiques.
1:22:04 Je ne voudrais pas compliquer. La partie compliquée, je la réserve pour la suite du séminaire. Mais grosso modo, je le rappelle pour ceux qui savent tout ça mais qui ne savent pas qu'ils le savent. Tout le monde connaît l'histoire d'Ulysse en gros ici. Et tout le monde sait que c'est lui qui a eu l'idée du cheval, oui ou non ? Le cheval de Troie. L'ingénieux Ulysse. C'est un petit malin, Ulysse. Grand malin. Pour les sirènes, c'était un grand malin.
1:22:34 Je me mets dans la tête des sirènes ou plutôt dans leur cœur. Seul Ulysse leur a échappé. Elle ne voulait plus voir que les grands yeux d'Ulysse. Ce n'est pas de moi, c'est de Kafka dans un texte admirable qui s'appelle Le silence des sirènes. Si vous voulez en savoir plus, je cite le texte de Kafka dans un excellent ouvrage qui s'appelle Le féminité et communauté chez Hegel, 120 pages, aux éditions Delga. C'est bien la première fois que je fais de la pub pour ce bouquin. Non, j'aime beaucoup dans ce bouquin tout ce qui n'est pas de moi.
1:23:06 Tout ce qui n'est pas de moi. Mes citations, Kafka. C'est un très beau texte. Le silence des sirènes. Où il dit, allez, on peut imaginer que quelqu'un ait pu résister au chant des sirènes. Ce n'est jamais arrivé. Mais enfin, on peut essayer de l'imaginer. Mais alors, silence, jamais. Ça, c'est terrible. Ulysse, c'est peut-être le seul qui a entendu le silence. ne nous égarons pas. Ulysse a eu l'idée du cheval.
1:23:36 Grâce auquel, c'est épouvantable comme histoire. Regardez bien, c'est un cauchemar. Vous résistez sur les remparts. Il y a des atrocités déjà, vous verser de l'huile bouillante. J'imagine un tas de choses plutôt médiévales. Je leur fais confiance. C'est très bien. L'arme blanche est terrible. Mais là, on est tranquille. On dort. On est chez nous, au foyer. et l'ennemi est là, dans le centre-ville, caché dans ce cheval. D'accord ?
1:24:07 Pendant qu'on est dans nos lits avec nos épouses, nos enfants, c'est épouvantable. Par racine, il fait allusion de manière rapide comme il a le secret de savoir le faire admirablement. Dans Andromaque, j'ai fait des malheureux. Certes, tu parles, c'est Pyrrhus, celui qui a fait le carnage. le fils d'Achille, Pyrrhus. J'ai fait des malheureux, certes, et cent fois la Phrygie de votre sang a vu ma main rougie.
1:24:37 Mais que vos yeux sur moi se soient bien exercés, qu'ils m'ont vendu bien cher les pleurs qu'ils ont versés. C'est un monstre, c'est un héros racinien, donc un monstre. Il est en train de dire, je suis amoureux de vous, vous êtes plus cruel envers moi parce que je suis à lui. la veuve d'Hector, elle ne va quand même pas coucher avec celui qui a carnagé sa famille, si j'ose ce barbarisme. Qu'ils m'ont vendu bien cher les pleurs qu'ils ont versées, fus-je jamais si cruel que vous l'êtes ? C'est un monstre, les comparer, vous voyez, vous vous rendez compte.
1:25:07 Non, ce n'est pas ça, c'est que, historiquement, les Grecs viennent pour faire une ambassade auprès de Pyrrhus pour lui dire, il y en a marre que tu gardes cette captive et surtout son fils, son fils, c'est le fils d'Hector, Hector, c'est celui qui a fait des tas de morts dans nos rangs, il faut le liquider, point, c'est ça, c'est assez politique, on n'est pas dans... Corneille, il aurait développé Racine, non, ça c'est le prétexte politique. Racine, c'est l'histoire de Jupon, vous savez, de Toche, comme vous voulez, soyons pas sexistes.
1:25:37 Donc, ils viennent pour le liquider et l'autre, il ne veut pas parce qu'il est amoureux de sa captive comme un bon héros racinien, c'est-à-dire, est-il faible, il ne peut tomber amoureux que dans... il ne peut être possédé que par quelqu'un qu'il possède. C'est beau la langue, hein ? Une figure de style, j'ai oublié. Quand on répète deux fois le même mot mais avec un sens différent, moi, j'ai oublié le neuf dixième de ma figure de style. Bref.
1:26:08 Oui, il soit temps de s'y mettre. Et donc, vous voyez, les héros raciniens sont tous possédés par leur possession. Vous voyez, Néron dans Britannicus, il fait enlever Junie en pleine nuit, pof, il est en amoureux aussitôt de la voir comme ça, captif. Et le farouche aspect de ses fiers ravisseurs relevait de ses yeux les timides douceurs. Sadique. Non, mais je ne plaisante pas Sadique et masochiste dans le même vers, enfin, dans deux vers, j'employais les soupirs et même la menace.
1:26:41 Sadique. Quelquefois, mais trop tard, je lui demandais grâce. Le vers suivant. Franchement, ce n'est pas des mœurs, c'est ça. Là, j'en suis à Pyrrhus. Donc, le grec vient faire l'ambassade et lui, il répond qu'il refuse que ce n'est pas bien de demander la mort d'un enfant. Tout ça, c'est des hypocrisies. Il fait comme si c'était pour l'enfant. C'est parce qu'il a peur que la mère ne veuille plus de lui. Déjà, il se refuse si en plus ce monstre tue son gosse. Il prétexte la pitié et il dit ceci.
1:27:11 Je songe quelle était autrefois cette ville et si superbe en rempart en héros si fertile, maîtresse de l'Asie. Et je regarde enfin quel fut le sort de Troie et quel est son destin. Je ne vois que des tours que la cendre a couvertes. Donc, ils ont brûlé tout. Un fleuve teint de sang, des campagnes désertes, un enfant dans les fers. Et je ne puis songer que Troie en cet état aspirent à se venger. On croirait Macron quand il parle des victimes. Vous savez, qu'il a remis la croix à la Légion d'honneur.
1:27:41 Je n'ai jamais vu, je suis vieux, un dirigeant politique mentir aussi mal. C'est terrible, il n'a rien à en cirer. Il attend sa prochaine partouche. Excusez-moi, je ne vais pas être dans le closer. Donc, il dit, il fallait le demander avant. Tout était juste alors. La vieillesse, regardez le carnage. La vieillesse et l'enfance, et ça mon thème, en vain sur leur faiblesse, appuyaient leur défense.
1:28:12 La victoire et la nuit plus cruelles que nous nous incitaient au meurtre et confondaient nos coups. Ça n'a pas été une partie de plaisir, le sac de Troie. Or, c'est à cause d'Ulysse, c'est lui que, la ruse d'Ulysse, a permis qu'il y ait ce carnage. Et voilà que, dix ans après, dix ans de détour, et dans chaque détour, il a fait un stop-over, comme disent les agences de voyage. Ah, une île. Il y a toujours une île, une femme, qui est ravie de le voir arriver.
1:28:42 Mais oui, Nausicaa, Circé, etc. Et Calypso. Et puis, ça s'est mis de manière effroyable. Dès qu'il arrête de voguer, et dès qu'il reprend pied sur le sol, le carnage recommence. Circé dévore ses compagnons, enfin, pas elle-même, mais le géant polyphème en massacre pas mal, en jetant des rochers géants. Et quand il revient chez lui, à la heureux qui comme Ulysse.
Freud au-delà du principe de plaisir
1:29:14 Alors là, c'est bien, c'est le happy end, n'est-ce pas ? Allez, viens, Pénélope, on va aller au pieu, c'est fini, je te promets. Ça fait vingt ans qu'il est parti. Dix ans de guerre, et dix ans d'errance. Eh bien, non, c'est faux, ça. C'est une légende, on dirait en psychanalyse, qui remplace, qui vient prendre ici la place de l'histoire réelle. Lisez le texte d'Homère, c'est un épouvantable carnage, le retour d'Ulysse. Lisez le massacre des prétendants dans le détail, c'est épouvantable, il y a de la cervelle par terre, il y a du sang sur les murs, il y a une flèche qui traverse l'œil.
1:29:47 Pour avoir touché à Pénélope. C'est pour, vous voyez, Ulysse, c'est exactement ce que Freud appelle le principe de répétition, la pulsion de mort. Que Freud, à la fin de sa carrière, s'aperçoit qu'elle prend une place grandissante et qu'elle ruine toute sa théorie. Tout à l'heure, j'ai dit que Platon avait le courage de passer au crible de sa lucidité, le platonisme initial. Et voilà que Freud a dit mais bon ça, ça fait des années que je dis que c'est le principe de plaisir qui est à la base de tout, la libido.
1:30:24 Et voilà que je change de clientèle. Je n'ai plus les petits névrosés de Vienne, ça ne manquait pas. Mahler, Klimt, non mais ce sont des génies, je ne suis pas en train de dire du mal esthétique, vous voyez même mélanger les... Mais enfin, du point de vue, de l'équilibre psychique, je suis un fou de Nerval qui est encore plus malade qu'eux donc ce n'est pas une critique. Mais enfin voilà, ça défilait sur son divan. Et la femme de malheur, quel numéro alors ? Qu'est-ce qu'elle a fait avec Berg ?
1:30:54 Enfin, c'est une vingtaine. Et voilà que c'est la névrose bourgeoise. C'est avec ça qu'il fait sa fortune. Et voilà que tout d'un coup, la guerre de 1914 défile sur son divan des traumatisés de guerre, changement de clientèle. Et qu'est-ce qui dit ça au divan ? Toujours la même histoire. Ils veulent absolument revenir au trauma, à l'incident qui les a plongés dans la névrose. L'incident, la guerre de 1914, ça ne manquait pas les occasions.
1:31:25 C'est un euphémisme quand je dis incident. Ils essaient avec des gouttes de sueur, vous savez, ils essaient comme les accidentés de la route, pareil, ils essaient de revivre les dernières secondes avant le trauma, avant le choc, avant l'explosion de la grenade, de la bombe. Vous voyez ? Ils disent, mais ça ne va pas. Moi, je trouvais que c'était, à la base de l'inconscient, il y avait le principe de plaisir et ils sont en train de vouloir vivre le moment le plus pénible, le contraire du plaisir de leur vie. C'est comme ça que commençait à germer, au-delà du principe.
1:31:56 Ils veulent faire la répétition, vous voyez, du carnage. Voilà, je ne veux pas... C'est pour te dire, il y a une matière tellement riche que si je continue, je vais déployer la logique du sujet en raccourci et vous serez un peu saoulés, donc je préfère le faire par chapitre. Ensuite, c'était la question de Léo, non, ou d'abord de Tarek ? Comme vous voulez.
Dialectique de la nature : discours des sciences et langage naturel
1:32:27 Oui, la dialectique de la nature. C'est pas ça, non ? Ça aussi, je ne veux pas y répondre. C'est un énorme dossier. Non, non, mais c'est bien parce que c'est une très bonne question, mais classique. Le fameux dossier qui ressurgit périodiquement. Y a-t-il une dialectique de la nature ? D'accord ? C'est un problème de... parce que ça, on ne peut le dire qu'en allemand tellement qu'ils en ont parlé Naturphilosophie. On comprend en français. C'est le dossier, la philosophie, la nature, au-delà même du problème de la dialectique. D'accord ? Voilà.
1:33:02 Euh... Et qu'est-ce que tu en penses, toi, Léo ? Non, non, mais rapidement. J'ai commencé en étant positiviste, comme tout physicien. Donc en niant qu'il y ait une dialectique de la nature. Mais même du sujet, au début. Après, je suis tombé sur l'Anti-Dühring de Engels, et bon, je vais vite, mais bon, j'ai pensé que tout était dialectique. C'est bien, c'est bien ta progression. Et maintenant, je lui ai dit que finalement, je n'ai pas l'impression qu'il y ait besoin de dialectique pour parler de la nature.
1:33:36 Mais peut-être que je me trompe... Mais Victor, tu n'es pas d'accord ? Non. Maintenant, je ne sais plus trop, parce que... parce que si la nature n'est pas dialectique, comment le sujet peut émerger ? Moi, j'ai du mal à en parler en l'absence de mes physiciens favoris. Non, je dis que c'est parce qu'Hérouane est en ce moment à Toulouse. Enfin, nous avons d'excellents physiciens, ce n'est pas la question. Non, premièrement. Elle était plutôt mathématicienne, physiciens, je n'ai jamais su, toi, ce n'est pas clair. Voilà.
1:34:06 Physique théorique, quoi, c'est ça ? C'est-à-dire algèbre. Grosso modo, moi, je ne peux pas répondre au niveau purement physique. Par contre, je dois préciser comment se posent les problèmes. Comment ils sont dits dans le langage. C'est ça, le fond. Là, j'ai dit maintenant quelque chose, parce que je tiens à ta question, quelque chose, sérieusement, qui est valable au-delà du problème de la dialectique, qui est valable d'une manière générale pour tout discours philosophique sur le monde des sciences dites dures.
1:34:43 Je suis exprès, extensif, pas pour être vague, au contraire, c'est pour être précis ce que je vais faire maintenant. Je ne comprends absolument rien de la langue qui est à l'œuvre dans un manuel de physique théorique. Sans même aller chercher la mécanique quantique. Même avant, je décroche. Comme tous ceux qui ne sont pas de la discipline. Bien. Sauf que je sais que dedans, il n'y a jamais de langage.
1:35:14 Aussi peu que ça ne vaut pas la peine d'en parler. Ou alors, elle est métalangue. J'essaie de répondre le plus sérieusement possible à ta question, disons l'essentiel, philosophiquement. Je veux dire que quand vous prenez un manuel de physique de Descartes, vous le trouvez dans la Pléiade, dans le volume Descartes, ils ont eu la bonne idée de laisser ces ouvrages de physique. sur le vide, sur l'optique, bien sûr. Or, vous voyez, il y a beaucoup de langues de tous les jours à l'époque, encore.
1:35:47 Même les mathématiciens de l'époque disent si nous comparons les deux triangles, vous voyez, c'est la langue de tous les jours encore. Maintenant, soit, vous voyez, appartient à A dans l'ensemble. Tout est beaucoup plus formalisé. Je veux dire, il y a une autre langue que celle de la langue naturelle. Donc, ici, je contamine vos deux questions, exprès. du langage naturel, comme tu dis très bien. Vous vous rappelez cette citation d'Aristote que j'aime bien répéter, la mathématique unit les hommes, la politique les divise.
1:36:19 On ne peut pas dire qu'elle est devenue inactuelle. Il n'y a pas un concept tchadien de la vitesse de l'électron opposé à un concept bolivien. Il y a une unité anthropologique de la langue à l'œuvre dans les sciences dites dures. Une unité lexicologique dans laquelle le discours mathématique joue un rôle central. la formalisation mathématique, si vous préférez.
1:36:53 C'est pour ça que je dis ne confondez pas. Alors, on a le droit, quand on parle vite comme ça, on a le droit de dire le langage de la publicité, le langage des mathématiques au sens courant. Mais si on regarde de près, ce n'est justement pas un langage. C'est discursif, c'est un discours. si, alors, je veux dire, en évitant si et alors, il y a des signes pour ça maintenant. Il y a un « implique », je ne sais pas. Donc, je suis en train de dire quoi ? Et là, je deviens politique. Vous dressez l'oreille, vous avez raison.
1:37:24 C'est que l'arnaque commence quand on passe de l'une à l'autre. Illégitimement. Et ça, ça se fait tous les jours. Et jamais nulle part autant que dans les discours sur l'écologie. Qu'est-ce qu'elle dit Greta ? Écoutez la science. Écoutez les savants. C'est la première fois dans l'histoire. Ce qui caractérise les histoires de la science, c'est la rupture des consensus. Galilée rompt un consensus, Newton rompt un consensus, Einstein rompt le consensus newtonien. Oui ou non ?
1:37:55 Et Max Planck continue. Après Einstein. Voilà. Moi, c'est ça qui m'intéresse comme philosophe. je ne connais rien à la mécanique quantique, mais je sais. Ou alors, la mécanique relativiste aussi peu. Mais je sais que dans la mécanique relativiste, il n'y a plus d'éther. Et que la vitesse de la lumière se propage dans toutes les directions à la même vitesse. D'accord ? Parce que ça, on peut le traduire dans le langage courant. Alors, j'ai l'air de me contredire. Tu dis que l'arnaque commence quand on passe de Y égale F de X.
L'arnaque du passage à la langue naturelle ; Einstein et l'idéalisme
1:38:28 Bref. Allez, je vais être précis. De l'algorithme au concept. Au mot. Pour moi, l'arnaque commence là. Mais attention, il faut que je précise maintenant. Parce que quand je dis que tous les corps s'attirent en fonction directe de leur masse et inverse du carré de leur distance, Newton, je ne suis pas dans le délire. Mais cette grande différence, c'est que à l'opposé de Deleuze, non, de Foucault, on va être plus précis là, qui dit, vous savez, que tous les hommes désirent le pouvoir.
1:39:01 Par exemple. Ce qui est à la base de tout, ce n'est pas l'économie, c'est la recherche du pouvoir. Dans tous les sens, le pouvoir. Du mari sur sa femme, des parents sur les enfants, du maton sur les prisonniers. Foucault. Ce qui fait que le pouvoir, c'est nous tous, soit dit en passant. Le Medef, il est tranquille. Je dis ça en passant. Mais ce n'est pas ça qui m'intéresse. Quelle est l'unité de pouvoir ? C'est quoi ? Vous savez, vous ? C'est l'angström ?
1:39:31 C'est le Becquerel ? C'est le centimètre ? C'est la seconde ? C'est quoi l'unité de pouvoir ? Je dis que dans la phrase de Newton, tout est exprimé en termes qui se prêtent à la mesure. Les corps s'attirent en fonction directe de leur masse. Une masse, ça se mesure. Ça se mesure même en Newton, comme disait mon vieux professeur de physique. C'est pas ? Ou en kilogramme, masse, comme vous voulez. Et inverse du carré de leur distance. La distance, ça se mesure. Si on fait intervenir cette chose qui n'existe nulle part, nulle part avant l'homme, qui s'appelle l'unité.
1:40:06 Arbitrairement, comme j'ai dit pour la table tout à l'heure. De même que la Bible le dit, Dieu a donné à Adam le privilège de nommer les créatures. Tu es une table, tu es une caméra, tu es un âne, tu es un bœuf. Et ainsi, l'homme s'est assuré la maîtrise du monde. De même, l'homme s'est arrogé ce privilège d'instaurer la mesure, comme je l'ai dit tout à l'heure, dans un monde qui n'est pas fait pour, qui est un monde qui est de chaos. Vous savez, dans l'explosion d'une supernova, introduire la mesure là-dedans, il faut être gonflé quand même.
1:40:40 C'est extraordinaire. L'odyssée de la science. D'accord ? Donc voilà, l'arnaque commence quand on passe du langage, pardon, du discours des sciences dures, du discours ayant pour élément le lexique algorithmique au langage naturel, sans faire intervenir des notions susceptibles de se prêter à la mesure.
1:41:15 Je crois que avec mon contre-exemple du pouvoir chez Foucault, vous comprenez ce que je veux dire. le pouvoir, ce n'est pas comme la masse ou la distance. Voilà, comment je... Je pose le problème. Voilà les problèmes qui se posent si on veut parler de dialectique de la nature. D'accord ? Maintenant, je ne veux pas être malhonnête, je finis, je vais jusqu'au bout de là, ce que je peux répondre pour ce soir. Je ne comprends pas, elle avance ou elle retarde cette horloge.
1:41:46 elle n'est pas à l'heure. Ah, mais c'est ça, je me disais, mais c'est ça qui me plante depuis tout à l'heure. Il est 9 heures, non ? Ah, mais voilà, très bien, alors je finis là-dessus. Lorsque Einstein énonce sa formule la plus célèbre, avec dite d'équivalence de la masse et de l'énergie, corrigez-moi si je dis une bourde, mais en gros, je crois que c'est ça, égale MC2, certains ont dit à ce moment-là que c'était un triomphe posthume de l'idéalisme allemand.
1:42:22 Ah oui, oui, oui. Bien sûr. Je l'ai lu sous la plume de comment il s'appelle, le type qui était un ami d'Einstein qui a fait toute une vulgarisation. Vous ne le connaissez pas parce que vous êtes de grands physiciens, mais les ignars comme moi connaissent les vulgarisateurs. Non germaniques, mais américains. Bon, bref. Donc, qui dit bien, mais oui, parce que Schelling et Hegel avaient vu que la matière est une dynamique et non pas une inertie. Au sens galiléen, c'est intéressant.
1:42:52 Il y a un chapitre dans la phénoménologie qui s'appelle le jeu des forces, le phénomène ou la chose et l'illusion Je ne sais pas si vous voyez, pour ceux qui connaissent un petit peu ce texte difficile, je veux dire, où l'unité de la chose tantôt est concentrée en elle-même, tantôt se déploie dans ce qu'il appelle les propriétés. Vous savez, le livre de Musil, L'homme sans qualité, le terme allemand qu'il prend pour qualité, c'est Eigenschaften.
1:43:26 C'est le même mot en allemand pour qualité et propriété. Quand on dit le plomb entre autres, propriété de fonte, je crois, 380, un truc comme ça, non ? Le plomb, 400 degrés, je ne sais pas. Le texte, le tungstène a près de 3000, je crois. C'est une propriété, une qualité, tout ça, c'est pareil, si vous regardez bien, une détermination propre au plomb, une propriété. donc voilà.
1:43:56 Certains ont dit, allez savoir, c'était l'inertie qui régnait jusque-là et voilà que la masse est un potentiel de tout sauf d'inertie à partir d'Einstein. Avec une masse d'uranium comme ça, je donne du courant électrique à New York, plus Tokyo, plus Paris, je rajoute un peu. Voilà. Je n'irai pas plus loin pour ce soir. En tout cas, je rappelle aux présents que nous avons l'habitude de nous réconforter après le terrible effort que j'ai fait pour vous, ce qui n'est rien à côté de l'effort que vous avez fait pour venir et pour me supporter, dans un restaurant que tu as réservé ?
1:44:41 Oui. Oh là là, tu n'as pas oublié ? Pfff, moi j'ai oublié à ta place. J'ai réservé quand on y était la semaine dernière. Voilà. Voilà, c'est un chinois qui a un assez bon rapport qualité-prix, voilà, si ça vous dit. En tout cas, je serais ravi de vous retrouver là-bas. Voilà. Merci à vous.