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Récapituler à partir du mythe de la caverne
0:00 L'avant-dernière fois, l'avant-dernière séance, j'ai répété la séance précédente plutôt que de la refaire en solo chez un particulier. Et cette séance a été perdue par une fausse manœuvre, a été effacée par erreur. Donc je veux dire, il y a une rupture dans la continuité et dans le minimum de mémorisation de nos entretiens. J'ai donc jugé utile aujourd'hui de faire non pas une révision, je ne vais pas vous embêter avec ça.
0:33 Et puis on peut très bien progresser en récapitulant, c'est bien ce que je compte faire aujourd'hui. Et en principe, vous ne devriez pas avoir besoin de moi pour le faire. Je veux dire, si vous étiez... je vais parler comme un vieux prof. Si vous alliez... je suis un prof vieux, mais j'essaie de ne pas parler comme un vieux prof. Si vous étiez attentif, j'allais dire. Je ne doute pas que vous le soyez, mais vous n'avez peut-être pas assez confiance en vous pour voir que si vous réfléchissez avec un minimum de cohérence, vous devriez retrouver toute la cohérence que je n'ai pas toujours avec mes détours.
1:06 Je suis en train de dire quoi ? Je suis en train de dire que j'ai balisé un petit peu depuis, depuis 3-4 ans. Depuis disons 2014, les premiers ateliers que nous faisions en rive droite à l'époque. de telle manière que ce soit à chaque fois un élément complet. Et que chaque cycle se termine pour ceux qui ne pourraient pas revenir sans qu'il ait besoin d'une suite comme pour un feuilleton. Et en particulier, je vous renvoie pour ceux, je pense surtout aux nouveaux arrivants, qui voudraient avoir autre chose que la jungle des vidéos.
1:44 Parce qu'il y en a pas mal, et il faut pour s'y retrouver précisé, qu'il y en a qui sont particulièrement utiles pour avoir une vue plus globale sur l'ensemble de ces cycles de causerie. C'est, je pense, à celles qui est numérotées 7-8 et 8-8. Celles qui n'ont pas un petit chiffre devant, un petit chiffre, je veux dire un, deux ou trois maximum, correspondent à la toute première année. Je parle d'année scolaire, c'est-à-dire à 2014-2015, quand nous avons commencé le cycle qu'il y avait pour titre global entre crise et guerre, philosopher.
2:21 et qui a été composé de huit séances. Et donc l'avant-dernière et la dernière, 7-8 et 8-8, si vous voulez, sur la toile, sur le web, 7-8 et 8-8. J'aborde dedans, comme je vais le faire aujourd'hui, un moment de l'histoire de la philosophie dont je vous avais dit à ce moment-là que quand vous êtes paumé, c'est pour ça que je vous le dis, si vous étiez attentif, vous avez de quoi vous-même vous rassurer, vous vous référez au mythe de la caverne de Platon, parce que tout le programme y est.
2:58 Je n'ai pas dit que Platon a tout dit loin de là. Ça serait, elle est même contre des éléments fondamentaux de mon propre positionnement philosophique, de nier qu'il y a progrès en 2000 ans. Par contre, toute la progression y est déjà, dans le mythe de la caverne. La dernière fois que nous nous sommes vus, c'était un jour et demi avant le dernier scrutin présidentiel. Ça vous fait rire, vous avez de la chance.
3:29 C'est la meilleure réaction, je suis d'accord. J'avais donc concédé, parce que je ne voulais pas en parler, d'abord parce que ce n'est pas très sympa, je ne me flatte pas d'avoir de l'influence sur les votes des uns et des autres, mais enfin, je veux dire, je ne me sentais pas le droit, si peu de temps de l'échéance, de faire la moindre pression dans un sens ou dans l'autre. Et donc, je m'en suis tiré, je vous ai dit, je vais en parler sans en parler.
4:02 Et donc, j'ai fait un petit résumé de quelques apories fondamentales de ce qu'elle est convenue d'appeler la philosophie politique. Et pour montrer à quel point ce n'est pas marginal dans nos discussions, je reviens au mythe de la caverne. Je m'étais attardé sur Platon la dernière fois, c'est pour ça que je me réfère de nouveau. Je vais faire une première, non pas digression, une première pause. Ça ne va pas paraître comme une digression, je vous rassure. Je vais dire un peu plus light, ce que je viens de dire.
4:32 Je pense à un ami que j'ai perdu pour des raisons de santé, René Comer, pour ceux qui le connaissent et qui ont lu le livre, la biographie de Clouscard, faite par François Négroni avec Clouscard, on y parle de René Comer. On avait de temps en temps l'idée, c'est des plaisanteries entre amateurs de jazz, de faire un immense banquet. Je pense à Platon. Un banquet où il y aurait tous nos potes. Alors, tout le problème, il était restaurateur, pour vous dire, les tables, il connaît. Et le problème, c'était d'apparier les tables.
5:02 Avec qui ? Alors, il y avait une très grande table, bien sûr, où il y avait Platon à un bout et Hegel à l'autre. Et puis, le problème, c'était les petites tables. Qui mettre avec qui ? Qui mettre avec Mozart. On avait trouvé Kafka, finalement. C'était le mieux, parce que les deux, deux très délicats, comme ça, ensemble, c'était impeccable. Et puis, qui mettre avec Racine. Vous vous rendez compte ? On ne peut pas mettre quelqu'un. On ne peut pas mettre quelqu'un de vulgaire. On ne peut pas mettre, vous voyez.
5:34 Et moi, même moi, j'ai un côté plébéien. Je ne peux pas me mettre à côté de Racine, quand même. Puis, j'ai un côté groupi. J'aurais été tellement admirateur. Il m'aurait trouvé horripilant. Et on avait trouvé Duke Ellington. Vous connaissez ? Quelqu'un de classe. Duke Ellington, c'est le seul aristocrate qu'on a trouvé. N'est-ce pas ? Un Afro-Américain. Bon, voilà. Il y avait Platon et Hegel à deux bouts de la table. Vous voyez. Je referme la petite parenthèse ludique.
La Septième lettre et Platon inventeur du dialogue
6:07 Ce n'est pas hasard. C'est encore récurrent à Platon. On est en train de dire quoi ? Que Platon commence par le politique. Je ne reviens pas. J'ai assez développé la dernière fois. C'est un traumatisme politique qui est à l'origine de la carrière philosophique de Platon. Ceci est relaté dans la septième lettre. laquelle j'ai fait allusion la dernière fois et donc je n'y reviens pas. Sinon, quand même, pour rappeler que c'est rarissime qu'une correspondance nous parvienne après 20 siècles. Heureusement que la renommée de Platon était telle déjà à l'époque qu'il y avait un grand nombre de copies.
6:42 Il n'y avait pas encore les photocopies. Je retarde. Il n'y avait pas encore le net, en plus. Et les banques de données. Et donc, pour que ce soit parvenu jusqu'à nous, c'est qu'il y en a eu des copies. On a donc une correspondance, une partie. On a sauvé une partie de la correspondance de Platon. Une dizaine de lettres. Et c'est la septième lettre. Si vous consultez les archives, c'est sa septième lettre où il fait un peu l'historique de toutes ses aventures, de ses mésaventures, surtout, politiques.
7:12 très rapidement, il était appelé comme philosophe conseil consultant auprès de Denys, tyran de Syracuse. Ça veut dire roi, tout simplement. Et puis, il a tellement bien conseillé de manière tellement platonicienne que l'autre, après l'avoir appelé, l'a mis en esclavage. Parce que ça a devenu un trouble-fête de Platon. Il disait, ne fais pas ci, ne fais pas ça. Et voilà. Comme c'était une famille aristocratique, Platon, il a été racheté, des amis, etc.
7:44 Et c'est suite à ce traumatisme qu'il est revenu à Athènes et qu'il a ouvert, en achetant le jardin d'Academos, il a ouvert son école de philosophie. Et donc, très rapidement, je ne veux pas m'étendre que la dernière fois, il résume ça en disant, dans cette lettre, cette fameuse formule que je vous ai déjà souvent répétée, « Tandis que mes yeux restaient fixés sur la politique, j'ai été comme contraint de me tourner vers la philosophie. » Voilà. Donc, je n'invente rien, je ne fais pas une interprétation. Je ne lis pas entre les lignes, je cite Platon pour dire qu'il y a un traumatisme politique à l'origine de la médiation, du grand détour pour le citer, philosophique fait par Platon.
8:23 Dans son œuvre et dans ses dialogues. Donc, le corpus philosophique, puisqu'avant on n'a pas de corpus, on a les présocratiques, on a des fragments rapportés par les uns, par les autres, par Aristote, par très peu de choses. C'est pour ça que des gens comme Heidegger ne parlent que d'eux, parce qu'on ne peut pas passer ce qu'on veut avec un truc comme ça. C'est comme Nostradamus. J'exagère un peu. Non pas sur Heidegger, mais sur les présocratiques. Bon, il y a Diels, l'érudit allemand, qui a fait une édition critique remarquable, n'est-ce pas, de tout ce qui nous est parvenu des présocratiques.
9:00 Et puis on a la recension la plus exhaustive, et on dit une des moins fiables en même temps, celle de cette magnifique compil, faite par Diogène Laërce, dès l'époque romaine, n'est-ce pas, que vous trouvez en Garnier-Flammarion, ça s'appelle les penseurs grecs avant Socrate, si vous voulez vous renseigner sur tout ce qui a été écrit à résonance philosophique, puisqu'on est pré-socratique, donc on n'est pas encore vraiment en philosophie. La preuve d'ailleurs, c'est qu'on les appelait pour la plupart à l'époque les physiciens.
9:31 Les Thalès, les Pythagore, on les appelait les physiciens. Même lorsque, comme Pythagore, ils étaient plutôt mathématiciens, il y avait déjà le problème entre vous, entre Thomas et toi, entre les mathématiciens et les physiciens. Non, je sais que vous n'avez que des solutions, ça va. Et donc, on ne sait pas grand-chose, parce que même l'ensemble de ce qui a été publié par Diogène Laërce, ça fait quoi un petit volume comme ça chez Garnier-Flammarion ?
10:01 Et en plus, c'est des on-dit. Le chapitre sur Pythagore, il raconte à un moment donné Diogène Laërce qu'arrivée au stade, il a fait un mouvement avec sa toge, on a vu qu'il avait une cuisse en or, Pythagore. Tout n'est pas du même niveau, vous voyez, c'est une compil là. Il y a des choses très intéressantes. Et une sur laquelle je vais m'intervenir un tout petit peu, sur Platon précisément. Même si ça ne concerne pas apparemment directement le politique, mais sait-on jamais ce qui n'est pas politique chez Platon ?
10:32 Diogène Laërce, alors là, je viens de le caricaturer, enfin, caricaturer, de rappeler un petit peu qu'il y a à boire et à manger dans tout ce qui rapporte. Mais là où il est irremplaçable, c'est que d'abord, Platon, c'est un des plus longs chapitres, dans sa compile, et il en parle comme d'un moment dans l'évolution des genres littéraires. C'est quand même extraordinaire. Il parle de comment s'est faite l'évolution de la poésie dramatique.
11:03 Il remonte à l'origine, là on n'est pas dans Platon, dans le dithyrambe de Dionysos, ceux qui connaissent Nietzsche connaissent tout ça, et puis d'autres sources aussi, à l'origine de la tragédie, il y a le culte de Dionysos, le dithyrambe. À l'origine, c'était très primitif, il y avait juste le chœur, et puis un répondant, un sacrificateur, un prêtre. Les premiers personnages, la tragédie, c'est ça. Vous avez déjà la structure du théâtre, la foule, on aurait dit la tribu, en d'autres lieux, qui regardent le sacrificateur, les premiers personnages, de l'art dramatique, c'est le sacrificateur et sa victime.
11:35 Le sang coulée porte de bon, à l'origine de la tragédie. D'ailleurs, certains d'entre vous doivent le savoir, le mot tragédie lui-même, par étymologie, le mot bouc, le sacrifice du bouc, tragedia, c'est le bouc émissaire. L'origine, c'est ça, je ne m'attarde pas. Après, Thespis, je cite, Diogène Laërce, fit intervenir un récitant, D'accord ? Platon, oui, il fit intervenir Platon dans l'histoire du théâtre.
12:07 Platon inventa le dialogue, le dialogue vient prendre la relève d'un genre littéraire. Voilà, je ferme ma parenthèse sur cette recension très étrange et très intéressante de Diogène Laërce, ce qui rappelle que Platon était considéré déjà comme un artiste de la pensée. C'est celui qui a approfondi l'art dramatique en créant le dialogue. Indépendamment de l'intérêt philosophique auquel je reviens maintenant. Donc, vous voyez le rapport philosophie-politique. La politique encadre la philosophie par les deux extrémités.
Dessin de la caverne et cascade du modèle et de la copie
12:39 Par l'origine et par la fin. Et c'est là que je vais, pour ce qui est de la fin, reparler du mythe de la caverne qui a l'avantage d'être une représentation. Déjà, en tant que mythe, mythos n'est pas logos, n'est-ce pas ? C'est un peu moins abstrait que logos, le mythos. Et on peut donc le représenter. j'en ai jamais eu autant des dons.
13:12 Voilà, voilà, ça me dit, on va faire la mer pour debout. Donc, vous vous rappelez, il y a une falaise comme ça au bord de la mer, on est en Grèce. Je suis très mauvais dessinateur. Je n'ose pas faire venir quelqu'un au tableau pour le faire à ma place. Alors, voilà, je fais ça en pente... C'est trop pâle ? C'est trop pâle, c'est ça ? Oui, oui, on va le faire en rouge, quelque chose comme ça. Oui, mais ça, oui.
13:44 Ça va mieux, là ? Voilà. Bon, alors, on la voit, la mer ? Bon. Bon, on est en Grèce, on est au bord de la mer. Elle n'est pas toujours aussi agitée, bon, ça va, hein ? Bon. Alors, ça, c'est donc une caverne.
14:14 Ça, c'est un mur qui divise la caverne en deux parties dans le sens de la tranche, là, hein ? Voilà. À droite du mur, il y a, donc, vous et moi. c'est à nous qu'ils ressemblent, dit-il, les prisonniers, hein ? Donc, Platon nous dit qu'ils sont enchaînés, entravés, enchaînés, comme vous voulez, de telle sorte, c'est ça qu'il faut retenir, qu'ils ne peuvent pas regarder en arrière, ni même à gauche, ni à droite, mais seulement devant eux.
14:51 Et donc, ils ne peuvent voir, bien sûr, que le fond de la caverne, n'est-ce pas ? Voilà, ici, hein ? Ça va, on y voit ? Voilà, et, et donc, de l'autre côté du mur, donc, invisible pour nous, pour les prisonniers, passe d'étranges personnages qui défilent le long de ce mur avec sur la tête un simulacre de tout ce qu'on peut voir autour de nous, hein ?
15:24 Alors, comme je suis mauvais dessinateur, je vais en faire un qui a sur la tête une fleur, par exemple, voyez ? Voilà, un trèfle à quatre feuilles, une fleur, comme vous voulez, voilà, hein ? Un autre qui a un oiseau, hein ? En fait, comme si c'était un oiseau. Voilà, alors, bien sûr, à l'entrée, pardon, à l'entrée de la caverne, ici, il y a un feu qui projette les ombres de ce truc-là sur le fond de la caverne, il a inventé la caméra obscura, la chambre obscure et le cinéma, hein, Platon, franchement, regardez, une projection qui vient de derrière, c'est extraordinaire, hein ?
16:05 Corneille, au XVIIe siècle, reprendra dans l'illusion comique, hein ? Oui, c'est intéressant, ces histoires, hein ? Quant à moi, dit le dindon d'une voix caverneuse, hein, dans Corneille, et puis, au-dessus de la mer, nous sommes en Grèce, écoutez, ah, oh là là, je vais pas le faire marron, quand même, ça va pas, ça, euh, noble et brillant, auteur d'une illustre famille, toi dont ma mère osait, se vanter d'être fille, tu peut-être rougie du trouble, tu me vois, soleil, je te viens voir pour la dernière fois, donc, voilà, là, on a les éléments en place, vous voyez, toute une cascade du couple modèle-copie, le feu est déjà une copie, un simulacre du feu solaire, de la source première, surtout au royaume d'Apollon, on est en Grèce, et les ombres, n'est-ce pas, ne sont qu'un pâle reflet, n'est-ce pas, envoyé par le feu, lequel n'est qu'un relais du soleil, le rapport modèle-copie, comme vous le savez, joue un rôle fondamental dans la pensée platonicienne, puisqu'il divise les sens, l'apparence, le monde sensible, qui n'est que le reflet, la copie du monde intelligible, c'est des pensées qu'il ne faut pas enfermer
Le platonisme de Baudelaire
17:15 dans l'époque, la révolution qui inaugure la modernité poétique chez nous, qu'on attribue à Baudelaire, je parle scolairement, je veux dire, comment il dit Rimbaud, Rimbaud, il s'y connaît un peu en modernité, il dit Baudelaire, premier voyant, roi des poètes, un vrai dieu, quand même, mais la forme si vantée chez lui est mesquine, il a vécu dans un milieu trop artiste, Or Baudelaire a une poétique, c'est-à-dire une philosophie de la poésie, une théorie de la poésie, une voix off sur sa propre poésie qui est fabuleusement platonicienne.
17:49 Pour l'illustrer, bon, il y a plein de poèmes qui l'illustrent sur les fleurs du mal, ne serait-ce que correspondance, vous le connaissez, c'est archi connu, je cite quand même le passage le plus platonicien, n'est-ce pas, la nature est un temple où de vivants piliers laisse parfois sortir de confuses paroles, l'homme y passe à travers des forêts de symboles, lui Baudelaire sait ce que les prisonniers ne savent pas, que ceci est pipo, que ce n'est pas la réalité véritable, que ce n'est que la symboliser, l'évoquer, par analogie, avec ce qui est derrière.
18:21 L'homme y passe à travers des forêts de symboles qui l'observe, attention, Q, U, I, L, apostrophe, des symboles qui l'observe, qui observe l'homme. A l'habitude, c'est nous qui observons les symboles. Attention, il y a un stop. Vous voyez, l'habitude, c'est l'homme qui regarde les symboles, là, c'est les symboles qui observe l'homme. Et qui plus est, qui l'observe avec des regards familiers. Les symboles sont étranges pour l'homme. Le sphinx est étrange pour ceux à qui posent des énigmes. Mais l'homme est familier aux symboles.
18:53 C'est intéressant. Donc, je répète, la nature est un temple où de vivants piliers laissent parfois sortir de confuses paroles. L'homme y passe à travers des forêts de symboles qui l'observe avec des regards familiers. Comme de longs échos qui au loin se confondent, en une ténébreuse et profonde unité, les parfums, les couleurs et les sons se répondent. En une ténébreuse et profonde unité. Mais surtout, ça c'est comme lui, il a plein dans Les fleurs du mal comme ça. Mais alors, le plus platonicien en voix off parce que là, ce n'est pas sa voix off, c'est sa poésie.
19:24 Dans sa poétique, c'est un texte que je vous recommande, je crois que je ne l'ai cité qu'une fois en quatre ans. C'est l'introduction qu'il a faite, vous savez qu'il a fait une admirable traduction pour quelqu'un qui était mauvais en anglais comme lui, de l'œuvre d'Edgar Poe. Il l'a fait connaître à la France. Ce n'est pas le premier qui en parle. Le premier qui en parle, c'est Nerval, mais ça, personne n'en fait jamais mention. Dans un petit texte passé inaperçu à l'époque, ça s'appelle Les nuits d'octobre. Comme toujours Nerval, il fait une petite allusion en passant, à propos du réalisme. Mais c'est Baudelaire qui tape sur la table et qui dit qu'il faut connaître ce type et qui va être le maître à penser Edgar Poe de toute l'école qui va suivre, de Mallarmé, le maître à penser.
20:03 Le maître à penser, théoricien, l'idéologue presque. indépendamment de son œuvre proprement en poétique ou littéraire à Edgar Poe. Et donc, il a traduit l'essentiel du corpus, les histoires extraordinaires, puis la suite les nouvelles histoires extraordinaires et puis les histoires grotesques et sérieuses. Quand vous avez les trois, vous avez toute la prose de Poe à part quelques essais, dont un essai de cosmologie qui s'appelle Eureka. Je vous le signale au passage. Les considérations intéressantes le continu et le discontinu dans la matière.
20:38 Je me remets à la lecture. Et puis, il y a ces poèmes qui sont admirables, qui n'ont rien à voir avec les nouvelles, qui n'ont pas du tout le côté un peu macabre, quelquefois, le côté un peu, comment vous diriez, gothique. De ces nouvelles, c'est très gothique. Et ces poèmes sont beaucoup plus séraphiques. De toute façon, ce n'est pas mon sujet. C'est à propos de celui qui est au milieu, les nouvelles histoires extraordinaires, dans l'introduction, une longue préface que Baudelaire y consacre. Et cette préface s'appelle « Notes nouvelles »
21:09 au pluriel. « Notes nouvelles » sur Edgar Poe. C'est ce texte que je vous recommande. Il existe en wiki. Et donc, j'extrais ce passage. C'est cet admirable, cet immortel instinct du beau qui nous fait concevoir la terre et ses spectacles comme un aperçu, comme une correspondance du ciel. C'est à la fois par la poésie et à travers la poésie, par la musique et à travers la musique que l'homme entrevoit les splendeurs situés derrière le tombeau.
21:42 Vous voyez, comme un aperçu une correspondance du ciel. Juste après, Baudelaire, Mallarmé, parlera du ciel antérieur où fleurit la beauté. Vous voyez, c'est la même école, tout ça. Pour montrer que le platonisme traverse les siècles à ce niveau-là. Voilà. Mais enfin, je ne suis pas là pour faire du néo-platonisme un peu, avec le côté trouble de ce néo-platonisme esthétique qui agaçait Hegel parce que les romantiques allemands en ont été très férus. Il ne s'agit pas de ça. Il s'agit ici, au contraire.
De la doxa à la dianoia
22:13 Je suis en train de vous dire de vous rappeler ce qu'on avait vu dans notre long développement, surtout dans l'année 2014-2015, sur ce qu'il est convenu d'appeler en philosophie, le premier grand volet du programme, la philosophie dite de la connaissance. Toute la partie de la philosophie qui essaie de répondre à la question que puis-je savoir par opposition à la seconde qui répond à la question que dois-je faire ? Ce qui n'a rien à voir. Il ne s'agit pas des valeurs. Il s'agit de savoir ce qui est, non pas ce qui doit être. Je vais parler de la banane.
22:45 Pour bien faire comprendre l'opposition entre l'être et le devoir être, le devoir de la banane, c'est d'être dans mon ventre. C'est son devoir être pour le singe. Alors que pour le botaniste, qui a une visée cognitive, lui, et non pas intéressé, c'est de savoir s'il y a du carbone, de l'anhydride, j'en sais rien. COH ? Je ne me mouille pas parce qu'il doit y avoir du COH dans la banane de toute façon. Voilà. Ce qui est, non pas ce qui doit être.
23:15 Bref, dans tout ce grand parcours de la connaissance, j'avais rappelé, il n'y a pas si longtemps d'ailleurs, que Platon inaugure la presque quasi-totalité des systèmes philosophiques qui vont défiler jusqu'à maintenant, même à travers leurs contradictions et leurs désaccords, c'est qu'ils sont presque toujours tripartis. Chez Descartes, par exemple, l'arbre de la philosophie, les racines, c'est la métaphysique, le tronc, c'est la physique, au sens large, ça comprend la chimie, la biologie, et les branchages, les feuilles, le stade final, c'est la médecine et la morale, l'implication ultime, n'est-ce pas, de ce que la métaphysique et la physique nous apportent.
23:51 Instruit par le détour théorique, la métaphysique et la physique, on peut enfin passer à l'action dans la morale et dans la médecine. Trois parties. Kant, la sensibilité, l'entendement, la raison. Spinoza, connaissance du premier genre, du second genre, du troisième genre. Hegel, le logos, la nature, l'esprit. Eh bien ça, ça commence ici. Parce que, je rappelle, surtout pour ceux qui n'en ont jamais entendu parler, que sur le fond de la caverne, commence un parallélisme qu'on va suivre jusqu'au soleil.
24:31 Il y a un parallélisme entre les objets de la connaissance et le genre de connaissance qui s'y rapporte. Qu'est-ce qu'il y a comme objet au fond ici ? Des ombres, des simulacres, c'est le degré zéro, c'est pas le degré le plus bas de la connaissance, le plus faux, puisqu'on en a déjà. C'est auquel correspond ce mode de connaissance inférieur, la doxa, en grec, l'opinion. Voilà, l'opinion. C'est pas un savoir, c'est pas une épistémée, ce n'est qu'une opinion. Il me semble que ce grondement au loin, c'est un camion, non c'est un avion, non c'est le tonnerre.
25:02 au pied. Et bien sûr, en termes platoniciens, c'est l'ensemble de ce qu'il appelle le kosmos aisthêtos, le monde sensible. C'est-à-dire, n'essayez pas de lire entre les lignes, c'est clair, le monde qui est objet de nos sens, ça veut dire ça, sensible, qui ne peut être perçu que par les sens. et auquel correspond la doxa.
25:34 Donc, vous voyez, on va faire ce trajet qui va de là à là. Donc, ici, je mets ici la doxa. Dès qu'on a franchi le mur là, alors oui, quand même, comment ça se fait puisqu'il y a des chaînes ? De temps en temps, il dit, on peut forcer un prisonnier à se détacher de ses liens et c'est pour ça que j'ai fait la pente là. C'est pour respecter le texte, ce n'est pas parce que je suis mauvais dessinateur et que j'ai descendu, j'ai essayé de faire une pente. Parce que Platon insiste avec beaucoup d'humour et beaucoup de force sur le fait que la pente est dure et que le prisonnier qui veut remonter, il va avoir mal au genou car le sol est raboteux et il va renacler, il va vouloir revenir à la position qu'il avait, il faudra le forcer à se détourner les ombres et regarder vers la lumière.
26:21 D'abord parce que c'est raboteux et que la pente est difficile et deuxièmement parce qu'il est ébloui. Il va penser qu'il y voyait mieux que quand il n'y avait pas de lumière. Il le dit tout ça. Il le dit, j'invente rien. Lisez, lisez. Lisez, c'est le début du septième livre de la République. Vous avez tout ça au wiki. Ne sautez pas la fin du sixième. Je l'ai souvent cité, c'est peut-être le passage plus profond de Platon pratiquement où il parle de l'idée de bien et c'est après en avoir parlé qu'il l'illustre avec le soleil ici.
26:53 C'est pour vous dire que la caverne vient comme une récompense du gros effort qu'on a fait pendant les six premiers livres de la République. Donc la caverne est présentée dès le début du septième livre. Je vous rappelle qu'en tout, la République en a dix. On dit des livres, je l'ai dit la dernière fois, je le répète, ce sont en fait des chapitres. Ne vous découragez pas, ne croyez pas qu'il y a dix bouquins à se taper. Voilà. Même si, une légende rapporte que Platon aurait remanié chacun des livres de la République sept fois. Hegel aime bien le citer contre ceux qui pensent que l'intuition va nous faire appréhender l'absolu comme un coup de pistolet comme il dit.
27:26 Il faut même du temps, du travail, de la patience. Donc, le Anstrengung des Begriffs comme on dit en allemand, l'effort astreignant du concept. Donc, voilà, le prisonnier se rebelle, mais quand il a franchi le petit mur et qu'il passe des copies au modèle, il est parvenu de la doxa à la dianoia. avec un tréma. Voilà, c'est censé être un dé, ça.
27:58 Voilà. La dianoïa, alors dès qu'il y a dia, c'est per en français, perception, ou dia aussi, diagonale. C'est tout ce qui est à travers, tout ce qui est par l'intermédiaire de... Eh oui, parce que là, on avait une connaissance immédiate. Bon, elle est fausse, elle est pipeau, mais elle est immédiate, elle a au moins ce mérite. Elle se passe d'intermédiaire. Alors que là, c'est ce qu'on appelle historiquement, dans l'histoire de la pensée, la connaissance discursive.
28:29 Vous voyez, dès qu'il y a dis, des, il y a l'un se coupe en deux. Dis, dispute, digression, désordre, destruction, tous ces mots-là ont le même préfixe. parce qu'il faut, pour qu'il y ait un conflit, il faut qu'on soit au moins deux. Au moins, n'est-ce pas ? Et là, il y a une, ce n'est plus la connaissance immédiate, c'est la connaissance médiate. Pourquoi ? Parce qu'on connaît par l'intermédiaire d'eux. Par exemple, en ce moment, entre nous, là, il y a le langage, vous voyez ?
29:01 Il y a le raisonnement, il y a la pensée. Si, alors, c'est ça. La connaissance discursive, c'est si, alors. Le modèle parfait, c'est bien sûr les mathématiques qui l'incarnent. Il faut commencer par des propositions premières, des demandes, comme on disait à l'époque d'Euclide, je l'ai souvent répété, et c'est à partir de ces axiomes, définitions, postulats, qu'on peut déduire après des théorèmes et progresser. C'est une connaissance beaucoup plus qui n'a aucun rapport avec celle-là.
Dialectique, theoria et le Graal
29:34 Là, on commence à être dans la vérité, mais c'est une connaissance discursive. On n'est plus dans l'immédiateté, on est dans la médiation. C'est pour ça qu'on ne peut pas en rester là pour Platon. Et pourquoi ? Alors, il le dit à la fin du sixième livre, c'est pour ça que je vous dis de lire d'abord la fin du sixième qui donne un peu le mode d'emploi du septième, de la caverne, du mythe. Tu remarqueras que les géomètres, n'oubliez pas qu'il avait mis à l'entrée de son école que nul n'entre ici s'il n'est géomètre je rappelle que ça veut dire que la géométrie, c'est-à-dire les mathématiques de l'époque, chez les Grecs, c'est essentiellement la géométrie.
30:10 Essentiellement, pas seulement. Euclide a vraiment développé l'arithmétique. Mais, ça veut dire, cette inscription à l'entrée de son école, que c'est le meilleur entraînement pour contempler les réalités qu'on ne peut pas voir mais seulement concevoir, concept. Les mathématiques sont utiles pour ça, mais ça ne veut pas dire qu'on va faire des maths. Ça veut dire qu'il faut en avoir fait. Donc, nous sommes des philosophes médiocres parce que depuis que les maths, les sciences ont atteint un degré de spécialisation, qui était impensable à l'époque de Platon et même à l'époque d'un Pascal ou d'un Descartes ou d'un Leibniz, qui pouvaient encore être à l'époque le plus grand philosophe, le plus grand mathématicien, le plus grand juriste, le plus grand théologien de leur temps, on ne peut plus maintenant.
30:51 Comme disait Bachelard, qui s'y connaissait en philosophie et en sciences, rien que la chimie ne pourrait pas être contenue dans une seule bibliothèque aujourd'hui, tellement qu'il y a de bouquins, rien que la seule chimie, vous voyez. Bon, alors, donc, nous sommes des philosophes médiocres puisque nous n'avons pas le savoir mathématique dont Platon disait qu'il devait être la propédeutique à la philosophie digne de ce nom. Mais pourquoi ils ne s'en contentent pas ? Et c'est là qu'il y a cette fameuse phrase « Tu remarqueras, parce que c'est un dialogue, que les géomètres partent d'hypothèses en vue de conclusion, c'est ce qu'on vient de dire, si alors, au lieu, sans jamais remonter, pardon, des hypothèses vers le principe anhypothétique. »
31:35 Ce qu'on appellera bientôt la métaphysique, c'est de vouloir fonder tout ça sur un ancrage premier et non pas sur une série de définitions qu'on est obligé d'admettre comme ça parce qu'il faut bien commencer quelque part. Rêve d'un commencement absolu. Et donc, il y a un troisième terme au-delà, ici, qui s'appelle je vais le faire de... Oui, je vais continuer en rouge puisque... qui s'appelle ici, la dialectique. Dialogos. Il faut au moins deux discours face à face.
32:07 Platon donne une belle image, il dit pour que l'étincelle jaillisse, il faut que les deux pierres soient frottées l'une contre l'autre. Aucune des deux pierres prises à part ne peut donner l'étincelle de la vérité. Elle ne peut venir que de dialogos, pardon, dialectique. Voilà. On est à l'opposé de Deleuze qui parle de l'infâme dialectique. Il fallait bien être anti-marxiste à ce moment-là. Maintenant, le boulot est fait, alors on n'en parle plus. La guerre, il faudrait terminer. Parait-il.
32:37 Donc, voilà. Et puis, vous me dites, ah ben, tu oublies l'étape principale, enfin, quand même. Ah oui ? Non, mais là, il n'y a plus de philosophie. Il n'y a plus de discours. Bien sûr, tout ça, c'est la clé de tout ce qu'on a vu jusque-là. C'est la source. Mais il n'y a plus de discours. C'est un silence et c'est le moment que Platon appelle la théoria, qui veut dire en grec la contemplation. Donc, on ne parle plus. N'est-ce pas ? Théoria, vous avez le sens originel de la théorie.
33:08 N'est-ce pas ? Théoria, la contemplation. Et, d'ailleurs, le mot intuition à l'origine n'est pas ma grand-mère qui sentait que les animaux, non, c'est pas ça. L'intuition à l'origine, c'est voir, c'est toucher, c'est tout ce qui est un peu immédiat, c'est bien du supin intueri de ce verbe-là, théoria. Donc, intueri. Arrivée ici, donc, c'est la fin de toute la quête.
33:43 C'est le Graal, en région du Graal. Vous savez que le Graal, sa principale propriété, c'est de rayonner. Il y a quelques versions qu'on en ait, dans les romans arturiens, ils rayonnent, et sa lumière est même éblouissante. Est-ce que les présents d'entre vous ont eu la curiosité de lire le conte du Graal Oui ? Bon, version Chrétien de Troyes, c'est le premier qui en parle. Après, il y a eu plein de copies. Dès son époque, chacun a voulu finir parce qu'il le laisse inachevé mystérieusement à la quête du Graal.
34:14 Ça ne pouvait que rester inachevé, n'est-ce pas ? Ça s'inachève sur Perceval. Après, il y a des reprises où il faut que le fils de Perceval, Galaad, mais dans la version de Chrétien de Troyes, il est le premier à en parler. Il est le premier à parler du mot Graal. Il y a eu des milliers de pages, j'étais spécialiste, je pars maintenant, jusqu'à aujourd'hui pour savoir d'où il tire cette histoire, d'où il tire ce mot-là. On ne le sait toujours pas jusqu'à aujourd'hui. Il y a plein d'hypothèses, ça ne manque pas. Mais même qu'il faut remonter à la langue arabe, ça viendrait des croisades. Vous voyez, il faut vous dire de l'Orient, d'autres qui disent que c'est lié au graillon, Graal, Graal.
34:48 Oui, oui, oui. Grailler, c'est-à-dire en argot pour dire on va bouffer à grailler. Le grill, oui, parce que le Graal, et je reviens à Platon, le Graal nourrit. À l'origine, c'est ce qui permet la communion. L'hostie, l'hostie, on l'avale, non ? Dans la version, dans la reprise chrétienne, ce qui n'est pas le cas de Chrétien de Troyes, mais dans la reprise chrétienne faite par Robert de Boron au XIIIe siècle, le Graal devient le vase qui a recueilli le sang du Christ. n'est-ce pas ?
35:19 L'Église catholique a compris que devant le succès d'une telle mythologie d'origine apparemment celte, même si on en retrouve partout à peu près la même irradiation de l'absolu, la pierre noire dans la tradition arabe pré-islamique, ça relève un petit peu de cette histoire. Soleil noir. Or, je vous ai souvent cité ce passage souvent trois fois, le passage du VIe livre, j'y reviens, de la République, je ne saurais trop répéter qu'il faut lire la fin du VIe, disons les deux dernières pages du VIe livre avant d'attaquer le mythe de la caverne, ou après avoir dit que le bien, on ne peut pas en parler parce que c'est au-delà de toute l'ousia, ce n'est pas comme les autres idées, comme l'idée de beau, l'idée de table, l'idée de lunettes, l'idée d'homme, l'idée de beauté, ce n'est pas comme seulement un modèle pour tout ce qui est beau, pour toute lunette empirique, que toutes les lunettes du monde participent de l'idée de lunettes, lesquelles ne sont ni en écaille ni en métal, c'est l'idée de lunettes.
L'idée de bien, au-delà de l'essence
36:32 Je suis sérieux, Platon dit qu'il y a même une idée du cheveu, de la boue et de la crasse dans le Parménide. Vous voyez, il y a une idée pour tout, pour tout ce qui a un nom, en fait, un nom au sens grammatical, un nom commun. Bon, ça, c'est le platonisme scolaire, je ne m'attarde pas, c'est ce qu'on appelle la relation verticale des idées aux choses. Il y a les idées en haut dans le ciel des idées et en bas, c'est vertical, il y a l'idée de beau et puis en bas, il y a, je ne sais pas, vos actrices préférées, vos acteurs préférés, comme vous voulez. Le Parthénon, Notre-Dame de Paris, dépendez-vous.
37:03 C'est inépuisable. Ça, c'est la participation verticale, mais il y a la participation plus mystérieuse, horizontale. Qu'il y ait un point commun entre tous les objets beaux, même si c'est aussi différent qu'un coucher de soleil et que Brigitte Bardot, on s'y fait. On sent bien qu'on a un peu le même sentiment de beauté, même si, franchement, visuellement, il faudrait détailler pour savoir ce qu'il y a de commun. Par contre, je ne reste qu'au visuel, par contre, s'il y ait un point commun entre l'idée de lunettes et l'idée de réveil matin, et l'idée de beau et l'idée de ciel, de terre, il y a une circulation horizontale des idées pour Platon.
37:47 Quelque chose circule entre les idées. C'est pour ça que ce n'est pas une pyramide de système platonicien. Je m'y attarde, parce que les conséquences sont importantes. Ce n'est pas une pyramide comme chez Aristote où on part tout en bas de la matière sans forme et qu'on termine par la forme sans matière. 30 ans en école chez Platon. Pour le mot forme, il prend le mot eidos, qui est le même mot qu'on traduit par idée chez Platon. Chez Platon, je reprends ma métaphore, ce n'est pas un sommet comme ça isolé.
38:20 Vous connaissez le mont Ventoux en Provence. Il est curieux, parce qu'il est détaché des Alpes, il est tout seul avec plus de 2000 mètres, c'est magnifique. C'est un Himalaya, Platon. Il y a plein de sommets. Il y a autant de sommets qu'il y a d'idées. Vous voyez, c'est un massif. Mais ils sont reliés entre eux par quoi ? Par l'idée de bien. Et comme Platon ne veut pas en parler parce qu'il est au-delà du discours, il dit, je peux vous parler avec beaucoup d'humour de son rejeton. Voilà, de même que, ici, l'ombre d'arbre est un rejeton de l'idée d'arbre qui passe par là.
38:54 Je veux dire, le soleil, c'est l'équivalent dans ce qu'on voit autour de nous, dans le cosmos aisthêtos, dans le monde sensible, puisqu'on le voit, de ce qu'est le bien dans l'ordre seulement intelligible. Jusque-là, j'ai résumé en gros ce qu'on sait de Platon, même si déjà la participation horizontale c'est plus mystérieux. Je reviendrai dans deux minutes. Mais, le chapitre ne s'arrête pas là, ou plutôt le paragraphe ne s'arrête pas là. Il fait un pas de plus en avant en disant, après avoir étonné ces deux interlocuteurs Adimante et Glaucon qui disent mais tu es en train de dire qu'il est presque au-delà de l'essence.
39:30 Essence, c'est Eidos, c'est le même mot que idée et forme. Vous savez, pour être au-delà de l'essence chez Platon, on dit que le platonisme est une philosophie de l'essence, de l'idée. Alors voyez, si le bien est au-delà de l'essence, vous imaginez le niveau d'éminence que ça peut prendre chez Platon. Ses interlocuteurs sont sidérés. Il dit oui, oui, répond Socrate, il surpasse l'essence en splendeur et en rayonnement. Et, parlez-en nous, c'est là qu'il dit je ne peux pas, vous me demandez trop, je veux vous parler de son rejeton.
40:00 Et ses interlocuteurs lui disent, on voit l'humour de Platon, parle-nous du rejeton, mais une autre fois tu nous revaudras l'histoire du Père. Voilà, donc, c'est là qu'il ajoute, vous remarquerez que de même que le soleil est un troisième terme qui permet à l'objet d'être vu, le soleil, la lumière, à l'objet d'être vu et à l'œil de voir, car sans ce troisième terme qu'est la lumière, même un œil en bonne santé ne verrait rien et l'objet ne serait pas vu. C'est donc ce troisième terme, la lumière, ici le soleil, qui permet au sujet de connaître, si vous voyez, et à l'œil de voir et à l'objet d'être vu.
40:38 Eh bien, ce qui permet à l'âme, maintenant, et non plus seulement à l'œil, à l'œil de l'âme, de connaître, sous-entendu, le monde intelligible, et au monde intelligible d'être connu par l'âme, ce troisième terme, c'est ça qu'il faut appeler le bien. Mais ce n'est pas terminé, c'est là qu'arrivent les trois lignes les plus mystérieuses. Tu remarqueras que de même que le soleil ne contente pas d'assurer la vision par le sujet et la visibilité pour l'objet, il donne en outre aux êtres croissance et nourriture.
41:13 C'est beaucoup plus mystérieux parce que là, on n'est plus dans l'ordre de la connaissance et du cognitif. D'accord ? On est dans l'ordre de la vitalité et de ce qui donne la vie et même la croissance. croissance et nourriture. Là, tout se passe comme si cette théoria n'était pas seulement une contemplation extérieure un peu froide, un peu théorique. Je ne sais pas ? Comme Faust regarde dans le Faust de Goethe le paysage en disant quel spectacle magnifique mais hélas, un spectacle seulement où te saisirais-je nature infinie.
41:43 Vous voyez ? Dans la vision, il y a quelque chose toujours d'éloignant un petit peu par rapport à la musique qui est beaucoup plus intérieure. C'est pour ça qu'on voit des gens possédés par la musique. On voit rarement dans les musées des types en transe. Ça peut arriver. Il paraît qu'il y en a qui pleurent devant des tableaux. J'admire ça, c'est bien. Mais c'est quand même rare. Alors que dans la musique, la transe, c'est fréquent. c'est important. C'est aussi possédé par la musique. Et croissance et nourriture.
42:14 Comme si ce n'était pas une vision au sens où je vois l'arbre qui est là-bas, mais c'est en même temps comme une succion. Notre relation, n'est-ce pas, de l'âme qui a gravi tout ça, pas de mou, comme ça, au bien. Voilà. Je fais ce rappel. On me dirait, dis donc, tu étais parti pour dire que ça commence par la politique, ça s'est mis par la politique, on en est loin, là. Là, on est dans le mystique. Attendez.
De la connaissance à l'action : le retour dans la caverne
42:44 Parce que tout le monde s'arrête là pour Platon, alors qu'on n'a fait que la moitié du chemin. Si vous lisez le septième livre, vous allez voir que ce n'est qu'une moitié. C'est ça, la philosophie de la connaissance. Mais la philosophie, ce n'est pas assez énergé quand on y travaille. C'est la sorbonne ou à Censier ou vous voulez, mais pas au CNRS. Parce qu'elle n'a pas seulement une visée cognitive, vous le savez, je me répète, ce n'est pas seulement qu'elle puisse savoir ce que dois-je faire. C'est que le vrai et le faux, c'est un problème que nous partageons avec les scientifiques, même si nous ne le faisons pas reposer sur les mêmes objets, mais il y a aussi une question sur les valeurs.
43:16 Il y a le bien et le mal, ou le juste et l'injuste. Et ça, je ne cesserai de le répéter, on peut être un très grand physicien, même comme Irwane, être une crapule. Je ne dis pas que tu es une crapule, Irwane. Je veux dire, si Irwane est un type bien, ce n'est pas nécessairement la physique qui le doit. C'est un Irwane collectif, je parle. Ce n'est pas la quantité de connaissances que j'ai qui m'éclaire moralement. Est-ce que je dois achever ma grand-mère qui a une maladie ? Ce ne sont pas mes compétences de physicien, de biologiste, etc., qui vont mieux m'informer à ce niveau-là.
43:51 Je ne peux m'interroger que moi-même. Il faut prendre conseil auprès de gens que j'estime sages et non pas savants. Vous voyez, ce n'est pas pareil. On le voit là. Disjonction. Donc, en admettant même qu'on est terminé ici, on peut l'accorder à Platon, admettons qu'on lui accorde que tout ce qu'il y a à savoir est terminé ici, maintenant, il faut passer à la philosophie de l'action. Attention là. Maintenant, il faut faire ça. C'est-à-dire revenir et dire au type, tout ce que vous voyez là, c'est billevesées. C'est du pipeau.
44:26 Il faut arrêter. Ce n'est pas là que ça se passe. Et là, c'est le politique. Ça se termine comme ça, Platon. Ça commence par un traumatisme politique, la carrière philosophique de Platon, par un échec. Et ça se termine par une hypothétique rédemption de la communauté de la caverne. de telle sorte qu'elle soit libérée des chaînes de l'illusion, de l'erreur, du faux, etc.
44:57 C'est important de voir qu'il n'y a pas de salut individuel chez Platon. Aristote, qui est resté 30 ans à l'école chez lui et qui a plein de désaccords avec Platon, accorde quand même en bon athénien comme Platon que l'homme est zoon politikon. L'homme est un animal social. Il ne faut pas le traduire, ça ne veut pas dire un animal politicard. est un animal qui, propre parmi les autres espèces animales, c'est que la vie en société lui est essentielle et pas seulement accidentelle. Ce n'est pas qu'il arrive que des hommes vivent en société, c'est que nous ne connaissons pas, nous, d'attribution de l'épithète humain à des êtres qui ne sont pas apparus dans un cadre social.
45:37 À quelque niveau que ce soit, que ce soit à un niveau néandertalien, on trouve des restes de sépulture, de ce que vous voulez, des trucs qui prouvent qu'il y a un rituel collectif, et c'est seulement à ce moment-là même qu'on attribue l'épithète humain, qu'on est sûr et que c'est un rituel de sépulture, on dit, tiens, ça ne doit pas être des cynopithèques. Eh bien oui. Voilà. Donc, sauf dans l'imaginaire, à Hollywood, n'ont pas inventé le cimetière des éléphants. C'est peut-être vrai, allez y savoir.
46:07 Enfin, on ne connaît que d'Hollywood, cette histoire. moi qui suis un vieux africain, je ne m'entendais pas en Afrique. Donc, ce retour-là, lisez dans la République le passage qui s'y rapporte. Vous verrez que c'est violent. Je reviens à l'actualité. Vous avez raison de rire tout à l'heure, en même temps, vous voyez, ce n'est pas joué. Ce n'est pas joué parce que le retour, de même que, et je reprends la lettre du texte maintenant, Platon insiste sur tout le trouble qui envahit le prisonnier quand on le force à se défaire de ses chaînes et à grimper ce chemin raboteux, comme il dit, qui mène vers la sortie de la caverne, de même, il va souffrir quand il va revenir pour des raisons inverses.
46:57 De même que c'était la lumière qui l'éblouissait, maintenant, il n'y voit rien dans l'ombre parce que ses yeux ont été habitués à la lumière. J'ai oublié de vous dire qu'il ne faut pas y aller d'un coup. Je vais insister là-dessus tout à l'heure. Platon dit bien qu'il faut y aller par gradation. Il faut s'entraîner à regarder, c'est pour ça que j'ai mis la mer, les reflets dans l'eau du soleil avant de regarder le soleil. Sinon, c'est un très joli poème de Nerval, ce n'est pas la force des chimères, mais un poème de jeunesse qui s'appelle Le Point Noir, je crois.
47:29 Si je perds mon Nerval, je vais y pour de bon. Il parle des taches noires qu'on a tous dans l'œil quand on regarde le soleil un peu trop longtemps, vous savez, qu'après, il y a une tache noire qui se dépose sur tout. Il n'est pas encore le grand poète qui va dire le soleil noir de la mélancolie, mais vous voyez, celui qui a eu l'imprudence d'un autre fou, Hölderlin qui dit Apollon m'a frappé. Il faut faire attention avec le bien, avec le terme de tout savoir. On n'y va pas comme ça. Ce n'est pas en toute immédiation.
48:01 Il faut des médiations des intermédiaires, le dernier étant les reflets dans l'eau. Tout ça est dans le texte, je n'invente rien. Donc, après s'être entraîné, il a tellement compris la lumière que maintenant, c'est les ténèbres qui le gênent, donc il vacille, donc il titube. Et donc, la foule se moque de lui. C'est bien la peine d'aller là-bas si c'est pour être comme un ivrogne, etc. Et en plus, non seulement, il vacille, il titube, mais il leur dit qu'il ne faut pas rester là, qu'il faut changer de vie. S'il pouvait se saisir de lui, il l'attraperait et il le tuerait, n'est-ce pas ?
48:32 Oui, dit-il, Adimante. Enfin, oui, Adimante, son interlocuteur à Socrate. Oui, dit-il. Bref, il rappelle un peu la geste socratique, n'est-ce pas ? Mais qui ici est une métonymie, si vous voulez, une manière de généraliser à l'ensemble du parcours, non pas seulement de la connaissance, mais de la philosophie intégralement parlant. Car comme dit Platon dans le texte, c'est avec toute son âme qu'il faut aller à la philosophie. Pas seulement son entendement, c'est avec toute son âme. Voilà, donc, j'insiste sur ce, quand je vous dis que tout y est, je n'ai pas dit que Platon a tout dit.
L'esclave du Ménon contre l'esclavage par nature
49:04 Et je suis sûr, j'aurais eu plein de désaccords politiques avec Platon, qui reste quand même un homme du IVe siècle avant Jésus-Christ, moins esclavagiste qu'Aristote. C'est même un des rares qui émancipe l'esclave. Dans la République, il n'y a pas d'esclave. Et l'esclave le plus célèbre dans toute l'œuvre de Platon, pour ceux qui connaissent, quel est le dialogue où un esclave joue un rôle important ? Bravo. Qui a dit le Ménon ? Bravo. Oui, le Ménon. Le Ménon, où Platon va illustrer son mystérieux énoncé que toute connaissance est remémoration, comme son interlocuteur est interloqué, il dit, tu vas voir, appelle-moi l'esclave.
49:42 Fais venir, esclave, il vient de la campagne. Et il lui adresse des questions, il dit, voilà, tu avais bien ce carré ? Oui, dit l'esclave. Et ça, tu avais bien cette diagonale ? Oui. Et il lui demande que par des questions adroitement posées, l'esclave va trouver la formule qui permet de calculer la diagonale par rapport au carré Pythagore. Tu vois, il l'avait dans son âme. Ce n'est pas moi qui lui ai dit. j'ai simplement fait que lui poser des questions. J'ai joué le rôle de la maïa, la sage-femme, c'est-à-dire en grec, d'où la maïeutique, vous savez, la méthode de Socrate qui consiste à dire je ne prends pas une connaissance dans ma tête pour la déposer arbitrairement dans la tête de l'autre, je l'aide à accoucher et savoir qu'il a en lui mais qu'il a, comme nous tous, au départ, oublié.
50:24 Toute connaissance est remémoration. Nous avons oublié notre séjour primitif, je répète Mallarmé, au ciel antérieur où fleurit la beauté. Voilà. Donc, laissons ces mystères. Ce qu'il faut, pour l'instant, retenir de tout ça, c'est qu'il n'y a pas d'esclave et que l'esclave du Menon joue un rôle fondamental. Il montre que l'esclave est comme nous. Si on le questionne bien, il n'y a pas ce racisme qui dit qu'il y a des races faites pour la connaissance et d'autres faites pour obéir et travailler.
50:58 Rousseau, dans le contrat social, vous savez que toute la première partie du contrat social consiste à dire que le droit du plus fort non pas est immoral, que ce n'est pas bien, ce n'est pas de la moraline, Rousseau. C'est pour ça que ce livre est explosif. Mais que ça ne tient pas debout, ça veut dire que ça n'a pas pu se faire comme ça, l'histoire. Le plus fort n'est jamais assez fort pour être toujours le maître s'il ne convertit sa force en droit et l'obéissance en devoir. s'il y a des esclaves par nature, c'est qu'il y a eu des esclaves contre nature.
51:29 La force a fait les premiers esclaves, leur lâcheté les a perpétués. Ce sont des citations du contrat social. Pourquoi je en parle ? Parce qu'il cite Aristote au début. Aristote dit qu'il y a des hommes nés pour commander, les autres nés pour obéir. Alors là, on est dans les races, dans le biologique, ce qui est en même. Méfiez-vous d'une certaine utilisation des sciences cognitives ? Je ne juge pas les sciences cognitives, comment pourrais-je ? Surtout qu'il faudrait avoir des compétences multiples pour les juger.
52:03 Mais par contre, leur utilisation idéologique est terrifiante. Même Lordon, oui, pourquoi vous riez ? C'est vrai, j'ai discuté avec lui, à Tropique. Même Lordon, qui pourtant passe notre temps à se servir d'un certain Spinoza à la Lordon, à la guerre froide, comme je l'appelle, pour dire qu'il n'y a pas de liberté, qu'il n'y a pas de déterminé. Même lui, il dit, méfiez-vous, il y a des sciences cognitives. Alors eux, c'est un déterminisme encore pire que le mien.
52:33 Oui, même Lordon. Il a une formation scientifique que je n'ai pas. C'est sur le site. Vous trouvez ces interventions dans les germes des paréthropiques et ça y est encore, je crois que ça y est encore. Ça remonte à trois ans. J'ai cité Aristote exprès pour montrer l'audace de Platon à l'époque d'émanciper l'esclave. À ce niveau-là, montrer qu'un esclave, il n'y a pas de différence. Ce qui est important pour Platon, c'est les fonctions, les gardiens de la cité, les nourrices.
53:09 Je dis ça pour détendre un peu, mais Hegel se moque de Platon qui dit qu'il faut que les nourrices courent de long en large avec le nouveau-né dans les bras pour ne pas qu'ils s'habituent, pour qu'ils soient un bon guerrier, qu'ils ne s'habituent pas au confort. Platon aurait pu se passer de recommandé aux nourrices. La philosophie politique doit s'occuper d'autre chose que de ce genre de détails. Bon. S'il pouvait se saisir de lui, il le tuerait. C'est violent.
Platon hostile au changement, vérité à partager
53:40 Je suis en train de vous rassurer sur les détours qu'on a pu faire. On a eu des accidents dû à des éléments logistiques. Je ne veux pas dire même pas, par de contingences en tout. Mais en plus, il y a propre à la philosophie le fait qu'on passe son temps à faire un va-et-vient. D'accord ? Pourquoi me rapprocherais-je d'une vérité si cette vérité m'est fatale ? Donc, je vous renvoie à ce 7-8 et 8-8. Je vous donnais les références tout à l'heure.
54:10 Mai-juin 2016, pour les vidéos, pour préciser. Où je développe, je ne veux pas trop y revenir non plus. Je vous ai dit que je ne ferai pas de surplace. Ni non plus de retour en arrière. Mais où je développe le fait que, et c'est pour ça que j'aurais des désaccords politiques avec Platon, je reprends mon fil, c'est que Platon a eu une seule hantise, c'est que la cité se modifie, qu'elle se transforme, qu'il y ait du changement. Il n'est pas progressif du tout à ce niveau-là. Pour lui, le temps ne peut aller que dans un mauvais sens, vers un déclin. D'accord ? Le temps, c'est ce qui va de la jeunesse vers la vieillesse, vers le déclin, vers la décadence.
54:45 Par exemple, il prescrit dans la République qu'aucun citoyen ne doit sortir avant l'âge de 50 ans, je crois. Quelque chose comme ça, vous voyez ? Que des fois qu'il irait en Égypte ou je ne sais pas où prendre des habitudes étrangères, on n'en va pas, non ? Et qu'il le ramènerait dans la cité. Ah, plus bordel, ce n'est pas possible. Vous voyez à quel point il garantise qu'il n'y ait pas d'altération de la cité une fois qu'elle est faite. Il est le premier pour vouloir la changer. C'est un révolutionnaire, Platon. Une fois qu'elle a été changée selon les volontés de Platon, il ne va pas commencer à la transformer. Alors déjà, ça ne laisse aucune porte à ce qui est une notion très moderne, qui est le progrès qui ne prend vraiment corps qu'à partir du XVIIIe siècle.
55:27 Regardez bien. Soit en passant, qui est peut-être morte depuis la contre-révolution en 68. Je ne dis pas du mal de juin 68, du doublement du SMIC et de la reconnaissance des droits syndicaux dans l'entreprise. Je parle du Mai de Cohn-Bendit parce que celui de la CGT ne peut pas confondre. Quand même. Vous avez oublié le Mai de Cohn-Bendit. Il nous gouverne. Donc, encore une fois, j'aurais des désaccords avec Platon. Mais son immense mérite, c'est que rien n'est changé jusqu'à aujourd'hui.
55:58 C'est que la politique encadre la philosophie en amont et en aval et que la résolution de tous les problèmes du questionnement ne peuvent pas se faire d'une manière singulière. Je veux dire par l'individu isolé. L'homme retrouve son essence d'être zôon politikon. C'est ça qui est important. À quoi ça sert de garder la vérité ici si elle n'est pas partageable, si elle n'est pas universelle ? Et je vous ai indiqué, c'est pour ça que j'y tiens, que ce n'est pas seulement un savoir qui est à partager.
56:30 Il y a aussi une nourriture. On est bien d'accord ? J'ai cité Platon. Le soleil donne cette croissance et nourriture. Je dis bien que vous êtes jeunes, vous êtes des morphales, vous avez un appétit, j'aimerais bien avoir. Mais n'empêche que même vous devez éprouver que c'est plus facile de manger quand on est avec des potes sympas et tout, qu'on a plus appétit que lorsqu'on est tout seul. vous voyez ? Je suis en train de dire ça.
57:00 Chez l'homme, un serpent, il attrape le lapin, ne vous inquiétez pas pour ça. Je l'ai vu faire, c'est d'une rapidité terrifiante. Bon, de l'attraper, de l'avaler, c'est bon. Et de le digérer encore plus. On peut en faire ce qu'on veut. C'est la première fois qui est bon. Ne nous égarons pas. Voilà. Donc, je tenais à rappeler ceci pour dire que toutes les questions que vous pouvez vous poser sur une partie du programme de philosophie, de toute l'histoire de la philosophie, a sa solution quelque part par là au niveau de la position du problème.
57:33 La connaissance immédiate, l'intuition, la connaissance discursive, le rapport aux sciences, à l'épistémé. Encore aujourd'hui, j'en discutais hier, je crois, de Cugo, c'est ça, du côté insatisfaisant quelque part, n'est-ce pas, de l'émancipation purement technico-pratique, si je puis en parler en termes kantiens, de l'homme moderne, n'est-ce pas, qui laisse une insatisfaction. Tout ça, il y est quelque part là, n'est-ce pas. Donc, je ne saurais trop insister pour vous recommander de lire et de relire le début du 7e livre de la République à partir de la fin du 6e.
58:09 pour être bien clair. Voilà. Alors, je me suis référé à ce mythe, comme je vous l'ai dit, j'ai laissé aussi ce que j'ai un peu pompeusement appelé tout philosophe a tendance à se prévaloir de connaissances scientifiques qu'il n'a pas. En premier, on ne peut pas s'empêcher. même si j'avoue tout à l'heure que vu le degré de spécialité de maintenant, c'est dérisoire, le savoir scientifique qu'on peut posséder quand on n'est pas de la partie. Mais tout de même, métaphoriquement, des fois, je dis que j'ai laissé des éléments matriciels dans ma transmission.
Pas d'origine pure : le toujours déjà complexe
58:44 Bon, c'est un peu pour frimer, je ne connais rien au calcul matriciel. Mais tout de même, matrice n'est pas un mot qui vient des mathématiques, donc j'ai le droit de l'utiliser. Il y a des matrices en imprimerie, il y a des matrices en prise de son, plus beaucoup maintenant, mais c'est le mastering, c'était ça, on disait la matrice pour les preneurs de son en analogique, n'est-ce pas, le premier album, où je vais en arriver. Je veux dire que comme le temps nous est limité entre nous par rapport à tout ce qu'il y aurait à dire, forcément limité, je m'efforce de vous donner des éléments qui permettent d'avoir une vue synoptique et un petit peu circulaire à chaque fois.
59:23 Ainsi, il y a des éléments récurrents dans les différents ateliers que je fais depuis 2014 et je vais en énumérer quelques-uns avec le mythe de la caverne en arrière-plan. Par exemple, bon sang, ah oui, voilà. Quand j'ai commencé, pour ceux qui veulent se référer au tout début, en 2014, en décembre 2014, la première vidéo, malheureusement, on n'a pas la toute première, ça commence par la seconde.
59:55 Je vais dire malheureusement, pour moi, j'aimerais bien me rappeler sur nature et origine de la philosophie, de quoi voulez-vous qu'on parle au début, sinon en quoi consiste la philosophie, nature au sens de définition, proposition de définition, l'essence de ce qu'elle a en propre, etc., et donc d'origine, comment voulez-vous savoir, comment voulez-vous déterminer où commence une chose si vous ne savez pas en quoi elle consiste, où commence un fleuve ? Quand est-ce que l'Amazone mérite d'être appelée un fleuve ? Je ne sais pas. À un moment où il y a déjà plein de confluents, vous avez tous été dans les Alpes, dans ce qu'on appelle en géographie des cônes de réception, enfin tous, quelques-uns d'entre vous, quelques-unes, vous savez qu'il y a un endroit où on arrive près d'une source, près de la source, on a remonté, et à un moment donné, jusque-là on suivait à peu près le cours d'eau, puis tout d'un coup, on ne sait plus, ça part un peu dans tous les sens, il y a des filets d'eau qui me coulent entre les jambes, n'est-ce pas ?
1:00:48 Est-ce que le Rhône, ou le Rhin, ou le Danube, ou l'Amazone, c'est celui-là ou celui-là à 20 cm près, c'est quand ils sont réunis que ça commence à être sérieux, vous comprenez ce que je veux dire ? Il n'y a pas d'origine pure, c'est un fantasme. Dans le réel, dans l'abstraction, on peut dire l'instant T0, de manière constructiviste et arbitraire, mais dans le réel, il y a aussi peu d'origine pure d'un fleuve, un fleuve, je vous donne la catégorie philosophique à laquelle je suis en train de faire allusion, c'est le toujours déjà complexe.
1:01:21 Ce qu'on appelle toujours déjà complexe, qui a une grande importance dans la modernité philosophique. Ça veut dire que dès l'origine, c'est complexe. Donc ce n'est pas une origine au sens d'une origine simple et pure, parce qu'un d'Alembert, qui est un immense mathématicien, soit dit en passant, mais un d'Alembert, qui est sans doute le meilleur vulgarisateur de la philosophie de la lumière, si vous voulez résumer tout ce qui est essentiel dans la philosophie de la lumière, vous ne le trouverez pas dans Voltaire, vous ne le trouverez pas dans Rousseau, je parle de résumé synthétique. Qu'est-ce que les lumières ?
1:01:51 Je répondrais, c'est une question que pose Foucault dans un ouvrage, un écrit célèbre, je répondrais par le discours préliminaire à l'encyclopédie d'Alembert, qui a servi de préface à cet admirable ouvrage collectif qu'est l'encyclopédie, avec ses illustrations de rêves, ses tables, de machines, bref, ce travail où Diderot a joué un rôle essentiel, c'est d'Alembert qui a fait l'introduction. Il avait une science assez transversale à l'époque, une polyvalence assez extraordinaire, même si c'est la mathématique qui est en force, la compétence principale.
1:02:22 Pourquoi j'en parle ? Parce que lui, il peut encore dire à l'époque, toutes nos connaissances se divisent en simples et en composés. Les scientifiques qui sont là comprennent ce que je veux dire et ils savent très bien qu'il y a belle lurette que la physique a renoncé à dire qu'il y a des simples et des composés. Le simple, le simple, c'était les éléments stoicheia, on les a en grec. Quand Démocrite, le premier, a formé l'hypothèse qu'autour de nous, ce qu'on croyait être des totalités se divisait en parties infimes, en parties tellement petites qu'on ne pouvait pas les diviser au-delà de cette petitesse qu'elles étaient insécables, bref, atomos, ça veut dire a privatif.
1:03:02 Il n'y a pas de partie. Vous savez ce que c'est les tomes dans les bouquins ? Ça veut dire des parties. premier volume, deuxième volume, premier tome, deuxième tome, première partie, deuxième partie. Atome, ça veut dire sans parties tellement petites qu'on ne peut pas le diviser. Voilà. On a vu que d'abord c'était des molécules, donc c'est tout sauf indivisible, n'est-ce pas ? Regardez la molécule d'eau, elle se divise déjà en hydrogène et en oxygène. L'hydrogène, elle se divise en deux atomes. Mais l'atome lui-même, non seulement, alors là je fais mentir, son étymologie, il n'est pas indivisible, mais il se divise en noyaux et en électrons.
1:03:37 Et dans le noyau, alors je vais continuer après moi, moi je vais m'arrêter, il y a des gluons, des neutrons, des protons, des gluons, des... Vous vous rendez compte où on va alors ? Puis après il y a les charmes, les quarks, les couleurs même, j'ai entendu parler. Voilà. On croit à chaque fois qu'on est arrivé en fin à la particule fondamentale et à chaque fois elle se divise. Dans le réel, il n'y a pas d'origine pure. Mais par contre, d'à l'envers, c'est encore c'est un bel esprit d'abstraction. Toutes nos connaissances se divisent en simples et en composés.
1:04:07 Ça veut dire tout ce qu'on voit autour de nous sont des compositions d'éléments simples. Une fois qu'on a les briques du mécano, du Lego, si vous voulez, on peut tout reconstruire. Très optimiste pour la connaissance. Ça a été très utile à une époque. C'est lié à des traditions philosophiques qu'on appelle le mécanisme, pas le mécanisme dans le sens industriel, même si c'est lié. On ne retient que deux choses, la matière et le mouvement. Descartes pèsent de ce côté-là, n'est-ce pas ? La matière et le mouvement pour ce qui est du monde extérieur. Sinon, il y a la pensée chez Descartes.
1:04:38 Attention. À l'extérieur, vous me donnez la matière et le mouvement, c'est bon. L'étendue et même le mouvement, ça suffit pour Descartes. La res extensa. La chose étendue et la chose pensante. La chose étendue, elle est en mouvement. Voilà. Donc, ça, c'est le rêve fantasmatique d'une origine pure. se satisfaisant pour la connaissance de vouloir tout réduire à des éléments simples qu'il n'y a plus qu'à recomposer après. Regardez le temps fort du discours de la méthode de point de vue strictement théorique en qui est temps fort.
Les préceptes de Descartes : évidence et analyse
1:05:10 Ce n'est pas le moment le plus profond et le plus important mais ce où Descartes est le plus précis sur la révolution qu'il apporte et surtout dans ce qu'il appelle sa méthode. La méthode, chez Aristote, c'est des volumes et des volumes de la logique sur lesquelles se sont esquintés tous les étudiants en philosophie, n'est-ce pas ? Les catégories, pour titre collectif chez Aristote, je vais revenir à Descartes ne vous inquiétez pas, l'organon, ça veut dire en grec l'outil, l'instrument, l'organe, l'outil, avant de commencer à faire de la philosophie, les débutants, chez Aristote, commençaient par l'organon, de même en classe de TP de physique, avant, pardon, en TP de travaux pratiques, avant, oui, en TP de travaux pratiques, ça ne veut pas dire grand-chose, de travaux manuels, c'est-à-dire on vous apprend à vous servir des outils avant de fabriquer des objets avec, c'est ça, l'outil organon, la logique d'Aristote, on se sert à servir des mots, du langage, avant de m'appliquer à quelque réalité que ce soit, c'est un très bon début, chez Aristote, et ça fait des volumes et des volumes, je vous ai dit, les catégories de l'interprétation, les premiers analytiques, les seconds analytiques,
1:06:20 les topiques, vous n'avez pas, vous pouvez oublier tout ça, Descartes, il a quatre principes dont chacun fait quelques lignes, il a voulu faire le ménage, il a toute la scolastique, ce n'est pas qu'il avait fait son temps, je crus que j'aurais assez des quatre suivants, quatre principes, le premier était de ne jamais reconnaître aucune chose pour vrai qui ne se soit présentée, évidemment, être telle, c'est-à-dire éviter soigneusement la prévention, le préjugé, et la précipitation, à force de l'habitude, qui me fait dire, demain il fera jour, comme si c'était une certitude, alors, en Laponie, c'est dans six mois qu'il fera jour, et oui, mais oui, il faut faire attention avec ces vérités soi-disant évidentes, qui, dans l'évidence, Hume le verra très bien dans le 18e siècle, ne sont dus qu'à l'habitude, ce n'est pas un critère de vérité, l'habitude, la preuve, c'est pas, j'ai toujours remarqué que quand je prends un corps et que je lâche, il tombe, oui, dans l'espace, non, c'est même l'exception, c'est quand on est près de la Terre que ça arrive, dans l'immense majorité du cosmos, il flotte en l'air le corps que je lâche, regardez le capitaine Haddock et son whisky dans Tintin, donc il a raison de dire Descartes qu'il faut éviter
1:07:30 soigneusement la prévention et la précipitation, et ne rien comprendre plus en mes jugements que ce qui s'y présenterait si clairement et si distinctement que je n'eusse aucune occasion de le mettre en doute, je ne commente pas, il faudrait des pages, ça a été fait, des pages et des pages, ça a l'air simple, mais de n'avoir aucun, ça ne veut pas dire seulement qu'il faut douter comme ça par principe et par méthode, ça va beaucoup plus loin, il faut n'avoir aucune occasion de le mettre en doute, c'est fort le mot occasion à l'époque, ça veut dire s'il y a le moindre élément qui fait qu'on a un moindre doute, il faut faire comme si c'était absolument faux, c'est ça le principe de Descartes, je décidais de réputer pour faux tout ce qui n'était que vraisemblable, c'est sa force, il n'y a pas entre les deux, c'est peut-être pas à 100% mais il est probable que ne rien comprendre de plus en mes jugements que ce qui se montrerait si clairement et si distinctement que je n'ai eu aucune occasion de le mettre en doute, le premier principe, le second était de diviser par ordre mes pensées, ça s'appelle le principe de l'analyse,
1:08:40 diviser, analyser, c'est pareil, qu'est-ce que c'est qu'une analyse d'urine, sinon analyser cet élément organique pour montrer qu'il y a de l'ammoniaque dedans des cristaux, etc. et analyser l'eau pour montrer qu'à la fin il y a deux atomes d'hydrogène et un d'oxygène, etc. Analyser, ça veut dire décomposer un tout en ces parties, c'est diviser. L'activité de diviser, ce n'est plus Descartes qui parle, c'est une autre citation. L'activité de diviser est la force et le travail de l'entendement, c'est-à-dire de la puissance la plus prodigieuse qui soit, ou plutôt de la puissance absolue.
1:09:15 Hegel dans la préface de la phénoménologie. L'activité de diviser, le moment analytique de la pensée, ce qui fait que sur un segment de droite, vous pouvez isoler par la pensée un point. Vous pouvez diviser à l'infini. Vous pouvez dire qu'entre 9,9 et 10, vous pouvez diviser l'intervalle en un milliard de parties. Vous avez le droit. Oui ou non ? En fait, je ne sais pas.
1:09:45 En droit, oui. Puisqu'il reste encore un dixième, c'est énorme. Vous comprenez pourquoi en rêve, là j'interviens un peu, j'extrapole, je vous dis l'honnêteté intellectuelle, mais il me semble qu'il y a un rapport. Vous savez, on a fait des mesures quelqu'un, vous avez rêvé de quoi ? Une histoire. Je vais essayer de vous le raconter mal. Il faudrait 50 films pour le raconter. En fait, on mesure, il a dormi une seconde et demie. Vous avez tous expérimenté ça, qu'il y a une dilatation du temps dans le rêve.
1:10:19 C'est une occasion pour citer. Nerval, vous vous en doutez. En regagnant mon lit, je ne puis trouver le repos. Plongé dans une demi-somnolence, somnolence, un demi-sommeil, demi-somnolence, un quart de sommeil. C'est précis, la littérature. Plongé dans une demi-somnolence, toute ma jeunesse reparaissait dans mes souvenirs. Cet état, où l'esprit résiste encore aux bizarres combinaisons du songe, permet souvent de voir se presser en quelques instants les tableaux les plus saillants d'une longue période de la vie.
1:10:49 Regardez, Proust, le moment de la Madeleine, ça prend des pages et des pages, ça a duré quoi ? Quelques secondes ? Voilà, donc, même une seconde, c'est beaucoup quand on divise. Dans une seconde, il y a des milliards de fractions de secondes. C'est une société française, j'ai oublié le nom, qui est connue, y compris, employée même par la NASA, n'est-ce pas, pour la mesure la plus précise du temps, d'une manière isotopique, je présume.
1:11:19 Vous voyez, parce que ça n'a l'air de rien, un milliardième de seconde pour nous. Mais par contre, quand on envoie des satellites à de longues distances et tout, ça peut faire des différences énormes. Voilà, c'est pour vous dire ne pas négliger jusqu'où peut aller l'analyse. C'est vrai, c'est le passage étrange de Hegel. L'activité de diviser est la force et le travail de l'entendement, pas de la sensibilité qui unifie, au contraire, pas de la raison non plus, mais de l'entendement.
1:11:52 Quand je dis cette tablette, elle a un haut, un bas, une gauche, une droite, c'est extraordinaire. C'est une chose, quoi. Et puis moi, je distingue des parties. Et puis je peux dire ici, ici c'est la table, mais c'est un ici immense, n'est-ce pas ? C'est où ici ? C'est là ou là ? Il y a plein d'ici. Et comme dit Hegel toujours dans cette, non, pas tout à fait la préface, dans le premier chapitre. L'ici visée était le point, mais il n'est pas.
1:12:22 L'ici est un négatif. C'est comme quand on dit maintenant, entre main et non, le maintenant est déjà passé. Voilà, je ne vais pas vous saouler, mais c'est des bons entraînements pour l'esprit, pour vous dire que quand Descartes dit de diviser par ordre les pensées, c'est toute la puissance de l'analyse. N'oubliez pas que c'est celui qui a quand même laissé à la postérité des mathématiciens, un outil dont se sert encore plus que jamais, c'est les graphes cartésiens. Y prime, Y, X prime, X. Même si ce n'est pas lui. N'est-ce pas ?
Supposer de l'ordre : le dogmatisme cartésien
1:12:52 Il a fallu juste la génération d'après, Newton et Leibniz pour faire ce pas décisif vers les mathématiques modernes, entre guillemets, le calcul infinitésimal. Donc voilà pour la troisième règle. Composer par ordre mes pensées, c'est le contraire, la règle de la synthèse, on va partir des éléments pour reconstituer le tout. Alors c'est là que vous allez voir comment elle est importante. Composer par ordre mes pensées, en commençant par les plus simples et les plus aisés à connaître, les premiers éléments de Lego sont plus simples qu'une grue faite avec ces Lego.
1:13:28 Et une maison est plus complexe qu'une brique. Composer par ordre mes pensées, en commençant par les plus simples et les plus aisés à connaître et en s'élevant comme par degrés à la connaissance des plus composés. Ça paraît aller de soi. Et là, cette phrase capitale, écoutez bien, supposant même de l'ordre entre ceux qui ne s'entresuivent point de façon naturelle. C'est joliment dit, ce français qui sent encore un peu la province à l'époque de Descartes, c'est pas encore Louis XIV, nous égarons pas. Supposant même de l'ordre entre ceux qui ne s'entresuivent point de façon naturelle, de façon immédiate.
1:14:00 Vous vous rendez compte ce que ça veut dire ? Ça veut dire même quand je ne vois pas le passage pour passer, je ne sais pas, du droit aux courbes. Vous savez, il faut le nombre pi pour passer de l'un à l'autre. Ce n'est pas évident. Les Égyptiens l'ont trouvé empiriquement. C'est magnifique, j'admire. Mais enfin, ça me paraît grossier à juste titre aujourd'hui. Comment vous pouvez calculer la longueur d'un rond ? Vous avez essayé de mettre des carreaux dans une pièce circulaire. C'est compliqué. C'est embêtant. Il y a toujours des morceaux qui vous restent et on met à la cave.
1:14:31 C'est la quadrature du cercle dont je suis en train de parler. C'est devenu une métaphore en français pour dire un truc insoluble. La quadrature du cercle. Comment voulez-vous mesurer un cercle avec un double décimètre ? Avec un nombre pi. Mais comment ils y sont arrivés ? Quand il y avait une colonne, une petite ficelle autour de la colonne, et puis après, on étire la ficelle, on connaît le rayon, il n'y a plus qu'à comparer des droites. C'est malin l'homme, vous voyez, la ruse.
1:15:01 Bon, ça donnait un 3,18 ou un 3,20, j'en sais rien, mais c'est déjà pas mal pour l'époque quand même. Donc, Descartes dit même quand on ne voit pas le passage, il faut supposer que l'ordre y est, faire confiance. Et toute l'histoire des sciences donne raison à Descartes. Là où on croyait qu'il n'y aurait pas de passage, il y a eu des passages. Les algorithmes, les nombres complexes, les imaginaires, etc., ont permis de donner une extension considérable à la notion de nombre qui était limitée à l'origine chez Pythagore, à l'ensemble qu'on appelle n aujourd'hui, à l'ensemble des entiers naturels.
1:15:36 N'oubliez pas qu'il n'y avait même pas de nombre négatif dans la mathématique grecque. Il n'y avait que n plus et même pas zéro. Qui nous a apporté le zéro ? Quelle culture ? Ce n'est pas un individu, des trucs comme ça. Oui, c'est ce qu'on dit souvent les Arabes. Les Arabes, très honnêtement, disent qu'ils l'ont pris aux hindous. Les Arabes, c'est un import-export. Mokhtar, un import-export. Et oui, dans le désert, si vous voulez, on ne fait que transiter et faire transiter des marchandises, mais on ne les produit pas dans le désert.
1:16:09 j'avais un ministre au Niger. Il me disait, Dominique, de quoi tu veux qu'on vive dans le désert ? Sinon, de ce qui passe. Ça veut dire, mais en fait, c'était les pillards. Il dit, maintenant, on a évolué. Maintenant, on paye quelqu'un pour qu'il nous protège contre les pillards. On paye un guide. Voilà. Et une fois, j'avais une copine au Niger qui avait dit aux gardiniers, c'est comme ça qu'ils ont inventé un mot, c'est créatif, l'Afrique subsaharienne. Le Touareg, le Touareg n'aime pas faire certains travaux, ils aiment bien être gardiens ou bien chauffeurs.
1:16:45 En le désert, on bouge, le chameau. Et donc, ils étaient gardiens et jardiniers. Ils ont inventé gardiniers. Et une fois, il avait dit, la copine lui avait dit, pourquoi on voit jamais des roses dans notre jardin comme la voisine ? Histoire de femme. Et il faut toujours qu'on fasse la médiation entre la femme et les domestiques. C'est normal parce que c'est elle qui les a sur le dos. C'est la vie traditionnelle. Je plaisante. Donc, mais je ne plaisante pas pour cette anecdote-là.
1:17:16 Et donc, le lendemain, il lui apporte une rose magnifique. Ah, il dit, voilà, tu as trouvé où ? Sur les bords du fleuve ? Parce qu'il y a des horticulteurs. Non, j'ai pris son jardin à côté. Le désert. C'est pas beau ça ? Et, donc, supposons même de l'ordre entre ceux qui sont trotus. Faire confiance que le réel est ordonné, même si je n'en vois pas encore toutes les médiations. C'est ce qui définit exactement ce que Kant, le siècle d'après, va appeler le dogmatisme philosophique.
1:17:52 Faites attention, ce n'est pas le sens très péjoratif de dogmatisme dans le sens courant. c'est pas dire le gars buté, borné, Descartes, c'est quelqu'un qui doute d'une manière quasi maladive. Pensez au malin génie qui emploie toute son industrie à me tromper. À la limite de la parano, Descartes. Non, non, ce n'est pas ça. C'est, je vous dis, si, quelques-uns qui ont des carnets de définition, position de pensée pour laquelle il n'y a aucune limite assignable à la connaissance.
1:18:24 Ça ne veut pas dire qu'on a déjà tout connu, mais il n'y a pas de limite assignable à la connaissance. Vous savez, Archimède disait donnez-moi un point d'appui et je vous soulève le monde. C'est ça, le dogmatisme. Descartes dit donnez-moi la méthode. C'est à la suite de ces quatre principes, je m'interromps sur mon méthode parce que je vais le citer plutôt que de parler dans son dos, où il y a cette phrase que je vous avais déjà citée, où il dit ces longues chaînes de raisons toutes simples et faciles, chaînes de raisons, Descartes, c'est pour l'ordre des raisons, on commence par le simple, on va vers le plus composé, ces longues chaînes de raisons toutes simples et faciles, faciles pour lui, dont on coutume de se servir des géomètres pour parvenir à leur plus difficile, démonstration, m'avait donné occasion de m'imaginer, attention, on n'est plus dans le raisonnement, m'avait donné occasion de m'imaginer que toutes les choses qui peuvent tomber sous la connaissance des hommes s'entresuivent en même façon.
1:19:22 Dites donc, en même façon qu'en mathématiques ? Et que, vous allez voir où est l'optimisme cognitif, c'est une phrase qui parle d'elle-même, et que, pour peu seulement qu'on s'abstienne d'en recevoir aucune pour vraie qui ne le soit, vous êtes d'accord, la métaphore, les chaînes de raison, si vous enlevez un chaînon, tout s'écroule, il ne faut pas qu'il y ait un seul truc faux dans une axiomatique, sinon tout s'écroule. Et pour peu qu'on s'abstienne d'en recevoir aucune pour vraie qui ne le soit et que l'on suive toujours l'ordre qu'il faut, il n'en peut y avoir de si éloigné auquel enfin on ne parvienne ni de si caché qu'on ne découvre.
Kant, Planck et Hume : les limites de la loi
1:19:58 Vous voyez, comme on lève un drap ou un voile sur une femme nue, on dit que la vérité sort toute nue du puits, n'est-ce pas ? Il y a un côté voyeur chez Descartes, qui n'en peut y avoir de si éloigné auquel enfin on ne parvienne ni de si caché qu'on ne découvre. Voilà. C'est exactement ce que Kant va appeler le dogmatisme et vous savez que lui, Kant va conclure sa pensée en disant qu'il faut réduire le savoir pour faire une place à la foi. C'est curieux. On pourrait penser qu'au siècle des lumières, au contraire, c'est le développement illimité de la raison.
1:20:31 C'est que les lumières culminent avec Kant, n'est-ce pas ? Qui dit qu'il n'y a pas de limite, il a raison de Descartes, il n'y a pas de limite. Mais c'est dans un genre, c'est dans la connaissance du monde extérieur. Là, j'avance maintenant. Je ne suis plus dans le commentaire de Descartes. C'est dans le monde où on dirait aujourd'hui les sciences dures, les sciences dites de la nature, pour être précis, n'est-ce pas ? Chimie, physique, et bien sûr leurs codes communs que l'on doit en mathématiques. Sans laquelle ce ne seraient pas des sciences.
1:21:04 Kant est le premier à dire qu'on n'arrêterait pas de progresser dans ce champ-là. Je vous le recommande, même si c'est quand même plus difficile, comme lecture l'extraordinaire introduction à la critique du jugement qu'est le testament de Kant. Ça a l'air difficile, mais le peu que vous en comprendrez, c'est du trésor. Je dis le peu parce que moi-même, je ne comprends pas tout. Enfin, je veux dire, ça se discute après ce que je comprends. Je ne suis pas le seul à en discuter. Enfin, le bilan essentiel, c'est que dedans, il dit, il y a deux domaines.
1:21:34 Il y a le domaine de la législation par nature et le domaine de la législation par liberté. Et entre les deux, un infranchissable abîme. Il y a un domaine de législation par nature. C'est le domaine dans lequel Newton est compétent. C'est moi qui ajoute en voix off, mais je sais que c'est exactement ce que Kant pense. Ce domaine-là, il a sa propre méthodologie, n'est-ce pas, qui en gros se ramène au couple fondamental de la cause et de l'effet, du déterminisme, de l'effet par la cause.
1:22:10 La généralisation de la manière dont la cause exerce sa causalité sur l'effet s'exprimant sous la forme de ce qu'on appelle en physique des lois. Ici, je fais une petite parenthèse sur Kant et je donne la voix à un physicien du XXe siècle et pas n'importe lequel puisqu'il est à l'origine de ce qu'il y a de plus avancé dans les modèles fondamentaux de la physique contemporaine, contemporaine au sens large, moderne du XXe siècle, avec la relativité, je pense ici au quanta et je pense à celui qui a joué un rôle décisif, à Max Planck, dans un texte remarquable où il dit, où il pose la question qu'appelle-t-on une loi physique ?
1:22:47 C'est intéressant de voir un physicien poser une question philosophique. Qu'appelle-t-on ? La question philosophique par excellence. Et il répond, la loi physique consiste à établir une relation constante entre deux variables. Il répond très bien. Il va à la ligne et pose une deuxième question. Ceci dit, c'est lui qui dit, existe-t-il des lois physiques ? Vous voyez comment on passe à la question de l'essence, qu'appelle-tu ? Comment faut-il l'appeler que ça existe ou pas ?
1:23:18 Comment faut-il l'appeler ? On peut définir un ange, un personnage religieux qui a des ailes, qui sert de messager. Il ne peut pas très bien définir un truc qui n'existe ou pas. Ceci dit, existe-t-il des lois physiques ? Et voilà qu'un des plus grands physiciens du XXe siècle pose la question existe-t-il des lois physiques. Et il répond d'une manière encore plus troublante. Au lieu de répondre oui ou non, il commence par dire rien ne nous interdit de penser qu'un beau jour, j'aime beaucoup le beau jour.
1:23:50 La nature, pour des raisons que nous ne pouvons pas prévoir, décide tout d'un coup de changer la législation qu'elle nous a habitués. Que demain, les corps tombent selon un demi-de GT4, ne surtout pas, c'est lui qui dit, c'est pas moi. En tout cas, il n'y a rien dans ce qu'on observe qui interdit à la nature de changer de principe. c'est là qu'on voit à quel point la science officielle, la science positive, la science positive et même positiviste ici, se ressentent de ce qui en philosophie a été développé, Einstein le reconnaît comme une des pensées les plus applicables en science, à Hume, Hume au XVIIIe siècle, c'est-à-dire le sceptique par excellence, celui qui disait je mets une casserole sur le feu et je regarde quand je suis au XVIIIe siècle, je suis un moderne, j'ai des instruments de mesure, je ne dis plus chaud et froid, je laisse ça à la doxa au fond de la caverne, chaud et froid, c'est des conneries, ce qui est chaud pour un russe c'est froid pour un africain, bon, non, j'ai un thermomètre qui mesure la température, parce que 30 degrés, 18 c'est chaud et froid, c'est l'affaire de chacun, ça c'est pas scientifique, mais j'ai un thermomètre et j'ai ma casserole d'eau et même du feu en dessous et tout d'un coup,
1:25:01 des bulles, je regarde le thermomètre, 100 degrés, de là, dit Hume, à dire l'eau bout à 100 degrés, à dire donc, pour l'instant, tout ce que j'ai vu, c'est cette eau-là, ici et maintenant, dans les environs de Londres, c'est David Hume qui parle, bout à 100 degrés, mais qu'est-ce qui me dit que demain, après-demain, et dans 10 000 ans, et au pôle Nord et au pôle Sud, elle va bouillir à 100 degrés ? Vous pouvez me dire, j'en ai la certitude, c'est possible, mais là, c'est un homme de science et un homme de science empiriste.
1:25:31 On a l'Angleterre, la patrie de l'empirisme, les anglo-saxons. La vérité du pudding, c'est qu'on le mange. Je n'ai jamais réfléchi, les Anglais, de savoir, est-ce que c'est bien du pudding qu'on me fait manger ? Ça, c'est un problème politique. Bon, passons. Que le pragmatisme ne résout pas, ne compliquons pas. Mais là où il a raison, c'est que si mon principe est l'empirisme, c'est-à-dire si c'est l'expérience et l'expérience sensible, le fond de la caverne, ce que je vois, ce que je mesure, ça va plus loin que le fond de la caverne, je mesure, il n'y avait pas ça chez les prisonniers.
1:26:04 La mesure fait intervenir le nombre, le calcul, fait intervenir des réalités intelligibles, l'unité. L'unité, c'est une invention de l'esprit humain, c'est extraordinaire. Ça n'existe pas dans la nature, le centimètre, le gramme, enfin quand même. La nature se soumet à notre mesure. Ce n'est pas là qu'on les a trouvés. Donc, vous voyez que l'expérimentation scientifique ne se réduit pas à l'expérience dans ce réclame. Celui qui dit, moi les nègres, je les connais, j'ai vécu 50 ans en Afrique, qui n'a rien compris, qui n'a rien vu.
1:26:40 Et donc, si c'est l'expérience qui est le fondement de ma connaissance, par définition, je n'ai pas expérimenté demain, je n'ai pas expérimenté dans 10 000 ans, je n'ai pas expérimenté Tombouctou, je peux y aller à Tombouctou, mais je ne peux pas aller dans tous les coins de l'univers. Donc, dit Hume, il y a toujours un saut illégitime de l'induction à la déduction. Je ne peux pas déduire de l'expérience que l'eau bout à 100 degrés. Je tiens à faire tous ces rappels aujourd'hui, parce que beaucoup de nouveaux arrivants, me l'ont dit, sont venus au moment où nous sommes passés à la philosophie de l'action, on a traité des textes poétiques, concrets, complexes, et qui ne prenaient tout leur sens philosophique que si on rappelait tout de même qu'on se les était autorisés à partir d'un détour par la connaissance abstraite même, sur laquelle on aurait honte de lancer des résultats gratuits.
1:27:30 Donc, encore une fois, ne confondons pas l'induction, j'induis, il n'est pas idiot, mais il suffit bien qu'il faut arrêter de faire la chanson, à un moment donné, vous allez dire, bon, on va dire que l'eau bout à 100 degrés, comme ça, mais on sait que cette loi peut être révocable, la nature, Max Planck va le confirmer, un beau jour, rien interdit la nature, un beau jour, de faire en sorte que les corps tombent, horribile dictu, un demi de GT4. Il n'y a pas de passage continu de l'induction à la déduction.
1:28:04 Donc, tout ça, pour commenter un petit passage du troisième principe de la méthode de Descartes, je ne vous parle pas du quatrième, le quatrième, c'est de faire des dénombrements, des recensions, ensuite, pour systématiser, donc, ce n'est pas très compliqué, je reste au troisième, où il y a cet enjeu philosophique, conduire par ordre, mes pensées, en commençant par les plus simples, les plus aisés à connaître, et en s'élevant comme par degrés vers la connaissance des plus composés supposant même de l'ordre entre ceux qui ne s'entre-suivent pas de façon naturelle. Cette confiance dans l'objet de la connaissance comme étant ordonnée et que tout l'effort de l'esprit-même doit être de retrouver cet ordre qui permet de mettre ça là.
L'escabeau prométhéen : Babel, Jacob, le diable
1:28:45 Vous voyez, qui est-ce qui l'a escamoté ? L'escabeau ? Il y avait un escabeau, là ? Oui, elle est partie avec. Les échelons, vous voyez, s'il n'y avait pas d'échelons, il y a un trou, je ne peux pas m'élever comme par degrés, comme il dit. Pour Descartes, on peut toujours trouver et faire un intermédiaire, une petite marche d'escalier qui me permet d'aller au-dessus. Ça n'a l'air de rien, mais c'est toute la construction de l'humanisme, quand même.
1:29:17 Il y a un côté prométhéen, là-dedans. On a l'impression que Prométhée lui a donné un coup de talon pour aller faucher le feu à l'Olympe, n'est-ce pas, et pour nous le refiler. Il y a une belle métaphore d'aller du bas vers le haut, regardez. Je vous avais déjà dit qu'il y avait un lien entre le mythe de Prométhée, le mythe grec, donc païen, et celui judéo-chrétien de la tour de Babel. Dans les deux cas, ce qui est impie chez l'homme, c'est comme ça que le jugent les dieux ou Dieu c'est de vouloir s'égaler à ce qui est en haut, oui ou non.
1:29:51 Je vous dis ça parce qu'on dit les judéo-chrétiens sont venus gâcher ce beau monde païen. C'est la même chose, grosso modo, pour l'essentiel. Il y a des choses fondamentalement différentes, mais pour ce qui est de ça, de la culpabilité, c'est toujours la même chose. C'est là qu'on veut les distinguer, c'est quand même extraordinaire. Je pourrais même raffiner, ce n'est pas mon sujet, donc je ne vais pas m'attarder, mais je peux vous trouver dans l'évangile un passage où Jésus dit « Vous vous jugez selon la chair, moi je ne juge personne ». Il parle comme un grec, là. Comme un grec amateur.
1:30:22 Je vous cite le texte, vous faites ce que vous voulez. Quand il dit aux pharisiens, à propos de la femme adultère, qu'ils veulent lapider, « Vous vous jugez selon la chair, moi je ne juge personne ». Par contre, il est impitoyable. La religion de la pitié par excellence et celle du pardon est implacable sur un seul péché. Lequel ? Le péché. Oui, c'est-à-dire le péché, comme dans l'évangile, il s'appelle le péché. Non pas par le corps, mais oui, le péché contre l'esprit, c'est le seul qui ne soit pas pardonnable.
1:30:53 Je vous le rappelle, dans l'évangile, on est quand même bien loin du puritanisme dont l'église qui s'en réclame nous a habitués pendant des siècles. Parenthèse comique et profonde. « Clouscard ». Oui, oui, oui, non, c'est du sérieux Clouscard, surtout quand il rigole. Puis là, il ne rigolait pas, il était en colère. On était à une soirée avec, les plus jeunes connaissent pas, l'abbé Marc Oraison, vous vous souvenez ? Ça alors, je suis le seul vieux finalement. C'était un curé de choc, un curé d'avant-garde comme il y en a à chaque époque.
1:31:23 Mais tout ça, c'est des conneries qu'on raconte à l'église. Maintenant, on est branché. Oui, il était dans les salons en 68 avec Cohn-Bendit. Non, non, mais c'est très bien. C'est un moment là, il disait, mais le diable, mais c'est une invention, c'est stupide. Comment on peut croire encore au diable ? Clouscard a explosé. On était là. Pendant 20 siècles, vous nous avez emmerdé que le diable. on a brûlé des sorcières. Tes potes, ils ont brûlé ma grand-mère parce qu'elle était sa voisine et qu'elle avait mal aux dents avec un onguent, tu la faisais brûler. Mais on nous dit que c'était une blague.
1:31:55 Tu vas y croire au diable devant moi. Elle n'est pas belle, celle-là ? Il y a des opportunistes dans la vie quand même. Ils s'en sortent toujours. Ceux qui envoient les gens au bûcher, ceux qui en rigolent après. Mais non, mais c'était rien. Tu vas y croire au diable. Voilà. Donc, j'ai tenu à faire ce... à m'attarder sur les principes de la méthode pour vous rappeler qu'il y a quelque chose de prométhéen dans ces petites marches d'escalier dont Descartes dit qu'elles sont toujours là à notre disposition.
1:32:33 Vous savez, dans la Bible, j'ai parlé de l'escabeau. Vous devinez quelle image dans la Bible ? Oui ? Bravo. L'échelle de Jacob, qui est le titre d'un des plus beaux opéras du XXe siècle, un opéra miniature, profitez-en, ça ne dure pas longtemps. Bon, d'accord, c'est de Schoenberg, ça casse les oreilles. Enfin, quand on n'est pas habitué, c'est une splendeur. Jakobsleiter, l'échelle de Jacob. C'est une... Claude peut-être connaît.
1:33:03 Claude a une très belle culture musicale. Je suis sûr qu'il connaît plus d'une chose de Schoenberg, mais pas l'échelle de Jacob. C'est une merveille. Et vous voyez, c'est très biblique, ça. La tour de Babel, l'échelle de Jacob. Troisième petite parenthèse comique, à l'époque où on vendait les reliques au Moyen-Âge. Vous savez, c'est pourquoi Luther s'est insurgé pas tout à fait à tort. Il a d'autres défauts, Luther, mais là, il avait quand même raison. De quoi ?
1:33:33 De s'insurger contre le fait qu'on vende quand même au marché une plume tombée de l'archange Gabriel quand il a fait l'annonciation. Ou bien un barreau de l'échelle que Jacob vit en songe. L'échelle de Jacob, c'est Jacob qui, dans un rêve, a vu une échelle où des hommes montaient et descendaient du ciel. Vous voyez, il y a donc bien, même la religion autorise un passage, une médiation du bas vers le haut. faire monter le griffon de la mer et faire descendre la grue du ciel.
Hegel, Platon et la dialectique du Sophiste
1:34:07 Étrange comme formule, c'est Nerval qui écrivait ça, un fragment. Faire monter le griffon de la mer et faire descendre la grue du ciel. C'est la tâche de l'homme, unir le haut et le bas. Voilà. Donc, ce mythe de la caverne nous a amenés bien loin. Mais aujourd'hui, je voulais insister sur la deuxième partie, la redescente. on n'est pas philosophe, on ne peut pas se réclamer de Platon. Et le néo-platonisme Hegel a raison de s'en méfier, qui se contente de mysticisme trouble de celui qui arrive à la théorie et qui confond Platon avec le zen ou avec le respect, c'est les traditions.
1:34:40 Mais Platon, ce n'est pas ça. C'est un politique. C'est pour ça qu'on l'a mis là à la table et puis Hegel à l'autre bout. Et encore, une illustration de leur relation. Je m'en fous des noms propres, n'est-ce pas ? Je veux dire, je ne suis pas là pour parler de cas particulier, mais pour montrer que c'est une constante de l'histoire de la philosophie. C'est que dans son testament politique, les principes de la philosophie du droit qui sont pour Hegel à peu près l'équivalent de ce que sont à la fois dans Platon la République et les lois.
1:35:14 Je vous rappelle, j'ai dit la dernière fois que la République clôt la première série de dialogues et les dialogues aporétiques. C'est-à-dire qui va depuis l'apologie de Socrate jusqu'à la République. après le Phédon et les lois viennent clore jusqu'à... Après, il meurt, il est vieux. La seconde série de dialogues, celle qui commence par la crise du Parménide où tout le platonisme est foutu en l'air par Platon. On recommence tout à zéro. et qui se termine par les lois en passant.
1:35:47 Je ne vais pas en faire l'allusion sans au passage rappeler que c'est dans le sophiste, le deuxième dialogue de cette deuxième série, la suite du Parménide, c'est dans le sophiste que Platon devient immense. C'est-à-dire que Platon, fils d'aristocrate, aristocrate donc tendance à privilégier l'identique sur le différent, le permanent, sur le devenir. Devenir, c'est pour ceux qui travaillent, pour les prolos qui s'usent. Nous, on est dans l'éternité des statues des dieux. Platon s'auto-humilie en reconnaissant qu'il n'y a pas d'identité sans altérité, qu'il n'y a pas de même sans l'autre.
1:36:21 C'est dans le sophiste qu'il élève la dialectique à l'ontologie. L'être même est dialectique. Jusque-là, la dialectique, comme je l'ai montré ici, n'était que le chemin qui mène à l'être, mais l'être lui-même n'était pas dialectique. Elle n'était pas contradictoire, si vous voulez. ne contenait pas d'opposition. À partir du Sophiste, il reconnaît qu'on ne peut pas identifier l'identité sans que ce soit par la médiation d'un autre qu'elle-même. C'est admirable. Voilà.
1:36:51 Je peux y faire allusion à ces choses complexes. Seul Héraclite avait pressenti ça avant lui. Donc, je rappelle ici, si je les ai mis bout à bout, c'est que dans son testament politique égale dans les principes de la philosophie du droit, dans la préface, préface un peu agacée, ce vieil Hegel qui a fait ses preuves et qui en a marre de montrer les mêmes choses, etc. Et puis, il est agacé parce qu'il y a Macron... comme il s'appelle Metternich.
Aparté politique : Macron, la guerre et « ce pays »
1:37:23 Non, non, faisons pas cet hommage à Macron. Macron, c'est un pantin de Metternich. Je vais préciser ma pensée. Je n'ai pas envie d'en parler, donc je vais en parler rapidement. Macron, parce qu'on va en parler, là, de ses lois, de ceci. Il y aura peut-être des gens dans la rue, un petit peu, comme d'habitude, qui vont faire de la musique un peu de rock. Ça ne va pas l'empêcher de faire passer les trucs sur la retraite. Ne vous inquiétez pas pour ça. Par contre, il est là pour faire la guerre à la Russie. Ça a été décidé il y a des années, Macron, et en dehors de France, parce que la France résiste en bien merdant la France.
1:37:59 Il a fallu toute la Sainte Alliance pour mettre toute l'Europe contre la France, déjà après la Révolution française, sous la férule de Metternich, avec l'argent de l'Angleterre. J'adore les Anglais, j'adore les Autrichiens, c'est pire ce que je n'ai pas dit, j'adore Mozart et Shakespeare, enfin, ne faites pas faire de la xénophobie, vous trompez de parti. Mais à l'époque, c'était comme ça. Maintenant, ce n'est plus l'Angleterre qui finance les États-Unis, ce n'est pas une question d'insularité.
1:38:30 Mais la France est emmerdante. Dans ce pays, c'est comme ça que ça commence tous les propos de l'extrême droite qui est anti-française. Vous croyez que l'extrême droite est pour la France ? Elle le fait croire depuis quelques années. Moi, je suis vieux, j'ai entendu tous les gens d'extrême droite, l'OAS, pendant la guerre d'Algérie, commencent par dire dans ce pays. Je te rappelle, ça a commencé toujours comme ça, dans ce pays. Il y a trop de démocratie, etc., il y a trop de bordel, il y a trop de partis, je ne sais pas, dans ce pays. On n'est pas aussi discipliné que les Anglais, on n'est pas aussi travailleur que les Allemands, on n'est pas aussi efficace que les Américains, on n'est pas discipliné comme les Japonais.
1:39:05 On n'a aucune de ces qualités, on est tous les fous dans ce pays. Tenez, si vous voulez changer un peu de ce ton-là, ce n'est pas ce que je voulais dire, mais je ne peux pas ne pas vous l'indiquer, mais ça c'est sérieux, je fais de la transmission. Il y a un texte qui est un antidote contre ça dans ce pays. Pas d'un front, pas un texte qui vient du Front National Nouvelle Mouture qui brandit le drapeau bleu-blanc-rouge depuis que la gauche l'a jeté à la poubelle. Avant, il brandissait le drapeau blanc à fleur de lys, le drapeau bleu-blanc-rouge était la révolution, c'était la gueuse, la démocratie, qu'il détestait.
1:39:36 Il a fallu vraiment que la gauche soit abjecte dans tout pour que le Front National puisse se prévaloir du drapeau bleu-blanc-rouge. Je referme la parenthèse. L'Europe tremblait quand le drapeau bleu-blanc-rouge avançait avec les armées de la révolution. L'Europe des aristocraties et de la féodalité et de l'esclavagisme. Donc, il y a un texte qui sert d'antidote à cette vision-là de la France comme étant toujours, en ayant que des défauts et pas de qualité, c'est, j'allais dire, l'ouverture, en termes musicaux.
1:40:06 La préface, l'introduction à un recueil de poèmes d'Aragon écrit pendant la Résistance qui s'appelle La Diane Française. Lisez cette admirable préface qui commence par « Il y a des mares, des mares où je vois se refléter l'image des siècles » et ça commence. Il y a tout ce qu'on dit maintenant. On vous a dit que ce pays n'était plus un pays, qu'il était décadent, qu'il consommait trop. Déjà, 1940, n'est-ce pas ?
1:40:38 Oui, c'est ce qu'on disait à l'époque de Pétain. Les Allemands, c'était bien fait, c'est parce qu'on les a bien mérités. On a voulu consommer plus que ce qu'on avait produit. Oui, c'est vieux, tout ça, répétition. Voilà, donc, c'est pas mon sujet, La Diane Française, l'introduction, c'est admirable, en prose. Les poèmes qui suivent sont encore plus beaux. Dedans, vous en reconnaîtrez quelques-uns que vous connaissez. Celui qui croyait au ciel, celui qui n'y croyait pas, c'est dedans. Je veux dire, entre autres, la Rose et le Réséda, etc.
1:41:09 J'ai traversé les ponts de Cé Bon, alors, on a envie de tous les dire. On ne va pas commencer. Pourquoi je signale ça maintenant ? Parce que, je disais que Macron a été pressenti pour si on fait la guerre, à la Russie, à la Chine, à l'Eurasie, tout ce qui n'est pas tout à fait aligné sur ceux qui sèment la mort et la désolation de l'Afghanistan, au Maghreb, et même maintenant en Afrique noire depuis je ne sais pas combien de générations.
1:41:47 C'est grave ce que je dis. Enfin, ça a commencé entre crise et guerre, mon histoire. Il était pressenti, enfin, seulement les Français, ils ne veulent pas regarder ce salaud de Chirac comme il nous a laissé tomber quand on allait faire la peau à l'Irak avec les Américains. Il n'a pas voulu Chirac. Tant Chirac, c'est pas, franchement, pas bolchevique. Et puis, il pouvait faire le tour du monde avec sa secrétaire, etc., aux frais de la princesse. Peu importe, il y avait le plein emploi. Alors que Cahuzac, vous voyez, lui, il me demandait de serrer la ceinture, mais lui, il mettait son argent en Suisse.
1:42:21 Vous voyez, je ne suis pas en train de défendre Chirac, les crapules, tout ça, les crapules sympas. Le peuple ne s'y trompe pas. Il y a une manière de taper sur le cul des vaches. Mitterrand, il a un, Mitterrand, c'est mon lapsus. Hollande, il ne l'a jamais eu cette manière. Il fait ça, puis après. Non, je ne suis pas en train de dire du bien de Chirac. Je vais dire qu'il a eu l'intelligence, il va avoir les renseignements qui disent que les Français ne sont pas d'accord si on va en guerre. Vous voyez, la politique Chirac, comme de Gaulle, il avait le sens de l'État, il savait jusqu'où on peut aller.
1:42:51 Il n'est pas rentré en guerre. Schroeder non plus, il faut être juste. C'est les deux qui ont dit non à la deuxième guerre du Golfe. Ce qui a fait dire à Condoleezza Rice, vous allez comprendre pourquoi je suis anticommunautariste, je suis contre les Noirs et contre les femmes. Je suis contre les Noirs comme identité, bon, ça ne fait pas dire ce que je n'ai pas dit. Les Noirs me comprennent très bien. Contre ceux qui font de la couleur noire une catégorie politique. Condoleezza Rice était l'extrême droite, c'était la ministre des Affaires étrangères de l'autre abruti ivrogne, comment il s'appelait, Bush Junior.
1:43:29 Celui qui exhibait toujours la boucle de son jean, la ceinture de son jean pour montrer les armoiries du Texas. Bon, bon, pauvre vieux, c'est un ivrogne repenti. Un pauvre type, on ne va pas trop s'attarder. Mais alors, sa ministre, la Condoleezza Rice, qui sortait du conseil d'administration d'eux, une des Seven Sisters, les pétroles, ce n'était pas Texaco, c'était Mobile, avait dit, à la suite du double refus de Schröder, etc., il faudra s'entendre avec la Russie, qui avait bien sûr dit non, qui s'était opposé, pardonner l'Allemagne et punir la France.
1:44:07 Si vous vous souvenez. Oui, donc, vous voyez, il faut quelqu'un qui, ici, depuis Mitterrand, ici, essaye, la Sainte Alliance, ça comme vous voulez, l'OTAN, je m'en fous, l'Europe, Bilderberg, moi je ne suis pas dans la théorie du complot, ça peut changer de forme, c'est souple, mais la France, ça m'empêche de tourner en rond, il y a encore des résistances, ces salauds de français sont attachés à leur retraite, quand j'ai payé la négociation par branche et non pas par entreprise, tout ça, c'est embêtant, enfin quand même, ça résiste, il y a encore des choses qui résistent en France, un type comme Macron, on espère, puis les jeunes, non, puis les beaux gosses, pas moi qui parle, j'ai vu interviewer des petites vieilles qui disaient, on disait, quel est l'esprit de son programme vous approuvez ?
Remplacer le bien par la liberté : le soleil noir
1:45:11 Ah, je ne connais pas son programme, mais il est mignon, voilà, je n'en veux pas ces petites vieilles, voilà, je voulais rappeler que c'est tout ça, le politique, je veux dire, et donc, j'en arrive à ma dernière détermination, je ne vous ai pas laissé vous poser cette question, mais j'avais du temps à rattraper, c'est que plus qu'on se rapproche du soleil, et c'est ça ma grande différence avec Platon, je ne parle pas de moi, notre différence, nous modernes, on peut garder ce schéma, il y a juste un seul changement à faire, pour qu'il soit opératoire jusqu'à maintenant, est-ce qu'il y en a qui s'en rappellent, je l'avais fait à la fin de, en juin 2016, oui, Pierre ?
1:45:51 Ah oui, mais ça c'est déjà le résultat, tu vas trop vite, et le négatif au passage, il faut que le soleil devienne noir, c'est-à-dire oui, mais c'est ça, le résultat c'est qu'on va, c'est pas un vrai pantalon, c'est un chiffon, c'est un peu gros, bref, je vais essayer, voilà, oula, c'est compliqué les trucs, je n'ose pas cracher devant vous, oui, je vais y arriver, donc ici, oui, si on remplace le bien par la liberté, ne confondez pas, dites donc, la liberté, ça veut dire qu'on est libre de faire le mal, aussi bien que le bien, la langue française, aussi bien que le bien, le mal, pas tout à fait pareil, mais surtout, avant d'y arriver, c'est vrai, c'est ça, mais tu m'as enlevé une médiation, c'est une médiation, je vais l'emprunter à Nietzsche, le Nietzsche, qu'il faut connaître, celui qui, dès le début, de par-delà le bien et le mal,
1:47:01 qui est un de ses livres les plus noirs, je vous ai dit qu'on va atteindre ça en noir, de la même manière que je vous ai rappelé, qu'on est passé du siècle des lumières, dont l'idéal était le bonheur, vous voyez le bonheur, le soleil, une boule d'or, ou de miel, comme vous voulez, c'est la même couleur tout ça, c'est le blé mûr, comme on est passé de ça au mal du siècle, en une génération, et après le mal du siècle, le XIXe, celui du romantisme, le siècle du mal, celui des carnages, je suis sérieux quand je parle de noir, Nietzsche, au début, le par-delà le bien et le mal, dit, tous les philosophes qui disputent, ont le droit de savoir, c'est la bonne méthode, c'est l'empirie, le rationalisme, etc., bref, ils n'ont pas la même conception de la vérité, mais aucun ne conteste qu'ils cherchent la vérité, et surtout, aucun ne conteste que la vérité soit une valeur, et là, Nietzsche dit, et pourquoi pas, le non vrai, et pourquoi le non vrai ne serait pas supérieur en valeur au vrai, si la vérité est insoutenable, quel intérêt d'aller à la chercher, voilà ce qu'il veut dire,
1:48:11 vous savez, vous êtes tous trouvés en position, où est-ce que je lui dis la vérité ou pas, ça dépend de gravité des choses, mais ça nous arrive tous, ça peut concerner la santé, ça peut concerner, putain, il ne se la passe à voir que sa femme le trompe avec tout Paris, ou son mec, vous voyez, c'est compliqué, des fois la vérité, on se demande si on doit la dire, et puis les enfants, vous voyez bien, il dit dans l'évangile, malheur à ceux par qui le scandale arrive, c'est juste après qu'il ait dit, laissez venir à moi les petits-enfants, et il ajoute cette phrase, que Kierkegaard a repérée, sinon je n'en parlerai pas, je ne suis pas en religion, je suis en philosophie, Kierkegaard, qui connaissait admirablement les textes sacrés, a dit cette phrase est terrible dans l'évangile, celle qui suit, je ne vous ai pas dit, le Christ ajoute, il est impossible que le scandale n'arrive pas, mais malheur à celui par qui il arrive, c'est-à-dire que même Dieu ne peut pas empêcher le scandale, oui, on réfléchit avant de révéler certaines vérités, à ceux pour qui elles pourraient être fatales, ou dommageables, ou préjudiciels, comme une fois, un médecin m'a dit, des cancérologues souvent,
1:49:22 ils demandent tous de savoir la vérité, quand ils l'ont, ils se laissent tomber comme une pierre, on n'arrive plus à les guérir, oui, je prends des exemples très simples, mais là c'est beaucoup plus fondamental, ce que dit Nietzsche, n'est-ce pas, ça veut dire que, et puis Nietzsche meurt, et après lui, il y a Freud, ah, si Nietzsche et Freud s'étaient rencontrés, ça aurait peut-être guéri Nietzsche, le pauvre vieux, mais à quel prix, parce qu'il aurait fallu qu'il laisse tomber pas mal d'illusions, non, c'est qui, qu'est-ce qu'il dit Freud ? Il dit qu'il y a en nous, une volonté de non savoir, qui s'appelle, une catégorie freudienne très connue, oui, ce que je ne veux pas savoir, je le, le refoulement, ou bien, pendant la cure, ce qu'il appelle les résistances, mais moi j'ai jamais pensé ça, pas du tout, moi je suis un type bien, voilà, donc, l'histoire du soleil noir, de mon cher Nerval, vous voyez que ce n'est pas tout à fait idiot, il ne faut pas trop s'étonner, que ça prenne du temps, ce n'est pas d'arriver à la cité idéale, comme le veut Platon, ça fait 20 siècles, et voilà qu'au dernier nouvel an, on a Macron, voilà, je conclue là-dessus,
1:50:33 c'est pour vous rassurer, c'est un moment de va-et-vient, mais je vous fais confiance, pour pousser encore, voilà, à la prochaine fois.