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Saint-Just et le syllogisme du bonheur
0:00 Je souhaite une heureuse année, participants. Pas seulement bonne, hein, on a dû vous le dire, mais heureuse quand même. Bonheur est une idée neuve en Europe, n'est-ce pas, disait un grand révolutionnaire, à l'époque de la convention, un grand et jeune. Je pense à Saint-Just. C'est une de nos plus belles citations. Je rappelle ceux qui ont, eu la gentillesse, assisté à quelques causeries que je faisais dans les jardins de la librairie Tropiques sur Rousseau.
0:33 J'ai eu l'occasion de répéter dans les murs de Rousseau à Chambéry au Charmette. Si vous passez par là, allez y faire un tour, qu'est-ce que c'est bien comme coin, alors là. Et parler de Rousseau dans ce décor, c'est quand même un privilège. Et j'en profite pour remercier à l'époque Sabrina et Hugo, qui se reconnaîtront, qui ont, avec un dévouement et beaucoup d'effacement, et beaucoup d'efficacité, avaient organisé cette causerie sur Rousseau dans ce petit paradis à la sortie de Chambéry, où on rentrait, comme vous voulez, des Charmettes.
1:09 Oui, je pense à Rousseau, parce que Saint-Just y pensait souvent. Et j'ai eu l'occasion, pendant ces causeries, de rappeler ceci, pour aller droit à la chose. Un syllogisme. Syllogisme, c'est pas seulement une espèce de grammaire de la réalité historique et dialectique. Là, je vais vous dire un peu énigmatique, mais on aura tout le temps de le clarifier, c'est pas le plus important. Alors, surtout, quand ça dit de manière abstraite et générale comme ça, ce qui est beaucoup plus concret, c'est le contenu de syllogisme en particulier.
1:45 En syllogisme, il y a des extrêmes et un moyen terme, c'est ça qui m'intéresse pour l'instant. Donc, trois termes. Là, j'en ai déjà hérité. À savoir, à l'époque de la fin du XVIIIe siècle, qui voit la période entre Rousseau et le sacre de Napoléon ou Waterloo, comme vous voulez. On se demande quand ça finit, cette période. L'espoir où tout semble est permis. Est-ce que c'est Bonaparte qui a mis fin ?
2:15 Ou est-ce que c'est les Anglo-Saxons ou Waterloo ? Je laisse la question ouverte, en tout cas. Il y a l'Ancien Régime, avant la prise de la Bastille. Il y a le Nouveau, après la Restauration, entre les deux. Il y a cette période ouverte. Les jeux n'étaient pas faits. C'est l'exprime la musique de Beethoven. Alors, voilà un syllogisme. On avait le choix pour ce qui est de profiter de la vie entre deux extrêmes.
2:45 Pardon pour ceux qui l'ont déjà entendu. Celui de la jouissance et celui de la vertu. Il n'a plus arrivé qu'on guillotine au nom de la vertu, comme vous le savez. Et en même temps, ils se sont trouvés aussi dans les jeux de la Révolution, pour parler comme des contre-révolutionnaires, des gens comme marquis de Sade, qui étaient plutôt du côté de la jouissance que de la vertu.
3:19 Quand il nous a dit de la vertu que les infortunes. Voilà deux extraits. Le bonheur, c'est le moyen terme. Et oui, c'est un moyen terme concret, parce que dans les deux extrêmes, c'est ça le propre des extrêmes, quelque syllogisme que ce soit. On gagne un truc et on en paume un autre. On y laisse des plumes, tout en gagnant quelque chose.
3:50 Par toute détermination est négation. Si j'établis un champ, c'est que j'ai coupé le morceau de forêt qu'il y avait à la place. Ou j'ai drainé le morceau de marécage qu'il y avait à la place, comme vous voulez. Je ne suis plus dans la logique abstraite, là, je suis dans le réel, vous voyez. Toute détermination est négation, ça fait abstrait. Mais vous voyez, là, tout d'un coup, le paysan flamand, hollandais, néerlandais, n'est-ce pas, qui a conquis son territoire sur la mer, qui fait que dans l'esthétique de Hegel, on trouve que si un glacis dans un verre de vin, enfin, quelque chose de trivial, de quotidien, des objets qui étaient jamais dans la grande peinture italienne, comme on a vu par ailleurs, ce n'est pas des saints, non, c'est un glacis dans un verre de vin, ou sur la lèvre d'une domestique qui s'en retourne à la cuisine chez Vermeer, ou chez De Hooch, si ça, cette présence extraordinaire qui est propre de la peinture hollandaise, c'est que tout ce qui est quotidien a été conquis miraculeusement, sur la mer, et qu'en cas de vin se repose sur une table, dans les Flandres,
Répétition, berceuses et jouissance éphémère
5:00 il a fallu beaucoup de travail, voilà ce qui est magnifié dans cette peinture. Donc, deux extrêmes, il y a toujours deux extrêmes, dans lesquels, si on n'avait que ces deux-là, sans moyen terme, si on était binaire, sans aller jusqu'au ternaire, vous voyez, je reprends un peu, vous montrez qu'on n'a pas perdu de temps, à l'air des apparences, on est obligé d'y laisser des plumes, ou bien on a, c'est un peu le sujet aussi que je débat cette année, ou bien on a la répétition, c'est la sécurité tout de même, rappelez-vous ce qu'on a dit la dernière fois, des berceuses, on voit rarement des berceuses se moduler, n'est-ce pas, au rythme d'une gigue, ou d'un hard rock, et puis la pire, en classique, comme un jazz, comme ailleurs, comme dans les musiques, comme on dit, au ministère actuel, sous direction de la musique actuelle, et oui on s'est fait entre la musique contemporaine, la musique moderne, la musique actuelle, vous allez savoir,
6:10 donc voilà, non, les berceuses, il faut que ce soit bien répétitif, rédiculé, hypnotique, le flux et le reflux de cette eau, son bruit, continu, mais renflé par intervalles, rousseau, sombre dans la réverie, dans l'uniformité, du mouvement continu, qui me berçait, berçait, ah, on a la sécurité, mais enfin, je veux dire, comme disait Nietzsche, les romantiques ont toujours confondu le plaisir de se réveiller avec celui de s'endormir, c'est bien, j'ai bien vu ça, l'enthousiasme romantique, ils ne savent pas qu'ils sont en train de s'endormir, ils sont en rêve, moi je crois être bien réveillé, dans leur enthousiasme, ils ont entendu l'appel de la reine de la nuit, ils n'ont pas eu la vigilance du siècle des lumières, où régnait Sarastro, le roi soleil, je suis dans la Flûte enchantée, là je ne suis pas dans la Flûte enchantée, c'est le même personnage, mais dans la Flûte enchantée, il est très opposé à son ex-épouse, reine de la nuit, n'est-ce pas, et à ses sortilèges, donc, vous voyez, avec la jouissance, c'est bien, on a du plaisir, je ne vous trouverai jamais de vous dire un mot contre quelque chose qui fait du bien,
7:22 tel quel en tout cas, il y a plein de si, si ce n'est pas au détriment, l'un d'autre, etc., ça ne fait pas du mal, tant que ça fait du bien, et que ça ne gêne personne, vous ne verrez jamais de dire un mot contre, mais il est court, le plaisir de la jouissance, il est court, le temps s'en va, le temps lasse non, madame, mais nous nous en allons, dit Ronsard dans un beau poème, c'est joli non ? le temps s'en va, le temps lasse non, madame, mais nous nous en allons, le temps restera là, et nous on sera parti, ou alors le même Ronsard dit, la matière demeure, et la forme se perd, la forme c'est nous, la matière c'est ce qui reste de nous quand on est mort, la matière demeure, et la forme se perd, voilà, c'est ça la jouissance, et puis ça vient les libertins, vous savez, c'est une grande tradition philosophique, je vais sérieux, il n'y a pas qu'une tradition littéraire, qui est très poussée, Les Liaisons dangereuses sont un des mieux écrits de toute notre littérature, mais il y a un sérieux philosophique qui est souvent lié à l'atomisme, à la tradition antique, à la théologie d'Épicure, les libertins ont le mérite de maintenir la tradition matérialiste à l'époque où elle était vraiment
Le sérieux du libertinage
8:33 la plus refoulée, et donc entre le XVIe siècle, n'est-ce pas, qui bouscule 10 siècles de Moyen-Âge, c'est extraordinaire, la Renaissance, et le XVIIIe siècle, qui prend la relève du XVIe, vous voyez comme deux lignes parallèles sur un parallélogramme, entre les deux, c'est bloqué, verrouillé, par le plus long règne de l'histoire de France, que c'est Louis XIV. L'État, c'est moi. Mais, sinon, le mouvement n'aurait pas repris, les Lumières, je vous ai dit, reprennent, le mouvement des Lumières reprend l'humanisme, le grand mouvement de l'humanisme, le XVIe siècle, mais ça n'aurait pas repris si le mouvement avait été complètement arrêté, bloqué, verrouillé.
9:11 Mais un refoulement, on ne réussit jamais à 100%, on s'en fout, en pointillé, sous le grand arge du classicisme versayais, et vous savez à quel point j'en suis un admirateur passionné, mais en pointillé, il y a la pensée libertine, enfin la pensée des libertins, on ne dit pas libertine, à ce moment-là. Gassendi, il y a une rue à Paris, le méridien, vous savez qu'une des parties majeures de l'œuvre des Descartes, c'est les réponses aux objections, parce qu'il a fait paraître les méditations, le discours de la méthode, c'est un résumé, c'est un condensé, on ne rentre pas dans le détail, donc on ne peut pas toujours se sentir concerné, surtout si on lit un peu vite, c'est un chef d'œuvre, mais les méditations, là, vraiment, on rentre dans le vif du sujet, le discours en français, car ça c'est politique, on voulait que ça ait un maximum de diffusion, à l'époque, ce n'était pas évident qu'un grand auteur écrive en français, et les méditations en latin, là, ils s'adressent à la gent savante, et non pas à la gent courante, ils s'adressent au sanscrit, et non pas au prêtre, voilà, et après les méditations, il y a eu bien sûr un grand mouvement en Europe, moi j'aime dire, à l'époque,
10:21 les télécommunications, des fois il y a des bugs, c'est comme ça qu'on dit, ça ne marche pas, le mail n'est pas venu, ou il est passé dans les spams, les savoirs, il y a des problèmes, vous vous rendez compte à l'époque, ce que ça devait être, franchement, et les lettres que Descartes, en gros, à Locke, en Angleterre, la Manche, les tempêtes, voilà, je fais une parenthèse, moi je suis admirateur de ce courrier abondant qu'ils échangeaient, et donc, un de ceux qui a le plus gêné Descartes dans les réponses de l'objection, car il recevait des objections de Locke, elles sont célèbres, on ne sait pas, de Hobbes, c'est tout, mais celles qui l'ont mis le plus en difficulté, c'est les objections de Gassendi, donc je ne parle pas d'auteur mineur, qui par ailleurs est un immense savant pour l'époque, n'est-ce pas, voilà, donc, petite parenthèse sur le libertinage, il y a un sérieux du libertinage, comme il y a un sérieux de la jouissance, ce sérieux c'est la mort, la disparition, la fuite, il y a du plaisir, mais ce qui fait que ce n'est pas du bonheur, ce qui fait que la jouissance ne peut pas se conjuguer à l'imparfait, au passé simple, à la rigueur, d'accord,
Béatitude, bonheur et remerciements
11:32 puis je lui ravis un baiser, en tout, c'était le nouveau, c'est au passé simple, ça passe vite, mais ce n'est pas tous les matins que je prenais le chemin de l'école, ça vous rend le goût de mon café, j'invente, moi, très mauvais, avec les... le café, Bach a écrit une cantate du café, bon, je m'arrête, parce que c'est... non, le café, c'était subversif, la révolution, c'était dans les salons, le café, pas à Versailles, je ne peux pas négliger l'importance du café, allez, je le dis quand même, avec la cantate du café, c'est rare que Bach fasse des cantates profanes, donc on va quand même en parler, tous les dimanches, j'ai fait une cantate sur commande, où il y a un jeu pour l'office protestant, pas de blague, pas d'opéra, pas d'histoire d'homosexuel, et de prostituée, ça c'est le monde de l'opéra, je parle comme celle qu'il employait, une cantate, tous les dimanches, il y a quelques exceptions, très peu, la cantate de la chasse, la merveilleuse, la recommande, la cantate du café, la merveilleuse, de toute façon, mais regardez, le premier rire, c'est le père qui engueule sa fille, parce qu'elle prend du café, elle fume des bédos, quoi, ah non, c'est exactement ça,
12:42 comment j'apprends que tu prends du café, je ne peux pas m'en passer, papa, c'est, le café, tu ne connais pas, c'est, elle est possédée, et à la fin de la cantate, un peu, je vous laisse, ce qui est fantastique, la grand-mère prend du café, le chat prend du café, l'Allemagne va à vau-l'eau, voilà, je tenais cette parenthèse, plaisir éphémère, vous avez la vertu qui essaie de s'installer dans une éternité, n'est-ce pas, digne déjà, en cette vie de Dieu, etc., il y a le salut dans l'au-delà, alors ça, c'est la béatitude, alors là, c'est ni le plaisir, ni le bonheur, ni le plaisir éphémère, ni le bonheur qui a quand même une petite épaisseur de durée, autant qu'un homme, un être humain peut se le permettre, mais dire carrément l'éternité, dans le positif, ça c'est la béatitude, ça c'est le siècle d'avant, c'est Pascal, qui nous promet la béatitude, si, si et seulement si, vous connaissez la suite, qui veut sauver sa vie, la perdra, il y a la logique du christianisme, qui est le bonheur, et voilà, que ce siècle ose le bonheur, vous vous rendez compte, c'est-à-dire, le plaisir qu'il y a dans la jouissance, mais avec la durée, j'ai déjà pensé à la béatitude,
13:54 il ne faut pas mépriser le bonheur, non, parce qu'il y en a qui le regardent un peu, le bonheur c'est bourgeois, vous vous rendez, quand même, à dire ça, à la femme malienne, qui fait 10 km tous les matins, pour chercher l'eau, 10 km après, pour chercher le bois, pour chercher l'eau, qui pile toute la journée, enfin quand même, que le bonheur c'est pour faire, accorder lui un peu de bonheur, bien droit quand même, à l'humanité, alors que Saint-Just, a pleine raison de dire, voyez, puisque je suis en train, de me battre contre ceux, qui snobbent le bonheur, c'est que le bonheur, est une idée neuve, donc voilà, je veux dire, je tenais à rappeler ce syllogisme, entre les deux extrêmes, de la jouissance qui est éphémère, et qui est extrêmement vive, qui est dans ce que Kant appelle mystérieusement, enfin il est très clair, il le définit, mais enfin c'est une idée qui reste mystérieuse, c'est les grandeurs intensives, pas les grandeurs 1 milliard, 10 milliards, ça c'est extensif, les grandeurs intensives, les grandeurs en intensité, les jouissances, entre la jouissance éphémère, et fut-elle la plus intensive,
15:04 et la béatitude des saints, ou de celle de Dieu, le bienheureux, le chrétiennique comme dans les hommes, le bienheureux, c'est cohérent, tout ça, et bien, vous avez tout de même, la possibilité d'étendre, comme en étendant un peu le rayon d'un cercle, la surface, le bonheur, possible pour le rendre réel, voilà, alors, je ne voudrais pas déroger à notre nouvelle coutume, qui consiste à répondre aux questions, mais comme c'est quand même les vœux, tout ce long détour, c'était pour vous souhaiter une heureuse année, mais vous voyez que dans ma bouche, c'est quand même, ça part d'une bonne intention, deuxième petit préambule, avant de passer aux réponses aux questions, c'est un grand remerciement, ben voilà le matériel, on va prendre une photo, pour immortaliser le trophée, franchement, moralement, nous sommes comblés, nous, par l'association, et qui avons lancé cet appel, puisque la précédente caméra, était un petit peu, appartenait à quelqu'un à titre privé,
16:15 elle m'était à notre disposition, elle a rendu l'âme, on était bien embêtés, donc franchement, cet appel de fonds, comme on dit, crowdfunding, en moins de trois jours, satisfait, je n'en reviens pas, franchement, je n'en reviens pas, je pensais être dans le sillage de notre patron Socrate, qui reprochait aux sophistes de faire de la pseudo-philosophie, pour du vrai argent, et voilà que, on est presque sur ses traces, n'est-ce pas, vous voyez que ce n'est pas la bonne cause, voilà, donc, franchement, merci, et un dernier merci, c'est à vous tous d'être présents, ce soir, si nombreux, malgré le tempaccio, comme on dit chez moi, non, c'est en Italie, tempaccio, c'est du bon italien, tempaccio, on le dit encore, c'est pas, voilà, c'est un temps épouvantable, ça veut dire, de l'avoir bravé, pour venir assister, à ce troisième atelier, de cette rentrée, donc, j'ai eu une longue question, qui m'a été posée, et qui me demande de me prononcer, je vous demande, pardon, mais j'ai apporté ma tablette, pour la lire, elle est très longue,
La question sur M. Soler et la fin du marxisme au pouvoir
17:25 et, je vais arrêter les gens, j'ai fait un acte manqué, peut-être réussi, ou raté, je ne sais pas, maintenant, je ne peux pas vous la lire, mais je me rappelle très bien, il me présentait la pensée, d'un monsieur Soler, peut-être que vous connaissez, moi, je vais être brutal, un petit peu, mais j'ai dit tout de suite, il n'est pas nécessaire, de le connaître, c'est déjà une réponse anticipée, à la question, je ne voulais même pas encore, je me suis demandé, de me prononcer, sur la pensée, de ce monsieur Soler, pour, je vais discuter, la pensée, de ce monsieur, mais, je veux dire, elle est la 327 millième, mouture, n'est-ce pas, d'une vieille pensée, contre-révolutionnaire, c'est pour ça, qu'elle est fausse, et qu'elle est idiote, je veux dire, Baudelaire avait le culte, de celui qu'il appelait, l'impeccable, de Maistre, qui est vraiment, le contre-révolutionnaire, en chef, pendant le 19e siècle, un penseur français, qui avait été oublié, alors j'y viens, j'y viens, la réponse qui m'a été posée, sur monsieur Soler, mais qui revient à la mode, à la faveur de cette formidable pensée, contre-révolutionnaire, qui déferle sur nous, depuis que, ah, depuis que quoi ?
18:32 Alors vous avez le choix, depuis la crise ? Ou depuis que, que le marxisme n'est plus en danger ? Qu'est-ce que j'ai vu le marxisme ? La pensée de marxisme est là, je crois même qu'il y a genu autant de gens qui l'ont eu. Historiquement, ça doit être facile à guérir. Oui, mais c'est des bouquins, c'est des idées, vous connaissez Marx, vous savez, on peut s'inspirer de dire pour lui, c'est pas des idées qui mènent le monde, c'est pas.
19:04 Par contre, quand il y avait un marxisme, enfin, des gens qui se réclamaient du marxisme au pouvoir, oula, ça c'était beaucoup plus inquiétant. Vous savez, moi je suis né au Vietnam, je suis né au Vietnam, sous les bombes américaines, qui chassait les japonais à l'époque. Enfin, ils avaient l'habitude de bombarder à l'américaine, ils montaient très haut, ils tuaient deux fois plus de vietnamien, on sait que les japonais, c'était bien intérêt. Je vous dis ce que j'ai entendu, moi j'étais né, pour ne pas me souvenir, de ma mère, qui était pourtant pas très progressiste, je la salue, que la terre lui soit légère, pour ne pas me souvenir.
19:44 Elle disait, les anglais sont pour la juge, ils sont à 400 mètres, les américains font n'importe quoi. Vous faites ce que j'ai entendu. Je suis appris que les anglais avaient rasé Dresde, autant de morts, à Hiroshima. Bon, allez, je ne suis pas là, je ne veux pas dénoncer les bons et les méchants. J'adore l'Amérique, pour des tas de points. Donc, je suis né au Vietnam, non, mais le problème, c'est que, immédiatement après ma naissance, commence la guerre d'Indochine. Ça, vous savez.
20:18 Qui dure longtemps. Qui se termine par un désastre pour nous. Je crois aux quatre générations, celle-ci, la fine fleur des officiers, s'est fait faucher dans cette cuvette, de Diên Biên Phu. Et à peine, pas, la guerre contre les français se termine, que la guerre du Vietnam prend la relève de la guerre d'Indochine, pauvre pays, vous vous rendez compte. Il affronte une des plus grandes puissances de la Terre, la France, à l'époque. Et à peine c'est fini, il affronte la plus puissante, tout court.
20:51 Et il en sera encore vainqueur. Il y avait le même général en chef, il y aura hommage ici, le général Giap. Jamais fait de carrière politique, ça, tu me permets d'en parler. Tout de même. On est toujours les grands soldats de l'histoire, Alexandre, César, Napoléon, rien. Il n'est pas devenu quasi-roi de Rome comme César, dictateur, mais au sens romain. Il n'est pas devenu empereur, il n'est pas devenu empereur comme Alexandre, ou empereur comme Napoléon.
21:27 C'est retiré. Donc, pauvre, vous vous rendez compte, résistance de ce peuple, souffrance, dizaines de milliers de victimes encore aujourd'hui, des gaz défoliants, du gaz orange, et des choses atroces. Bref, je ne sais pas, pas sombrer dans le gore. Vous savez qu'il est tombé plus de bombes sur le Vietnam que sur tous les champs de bataille de la Deuxième Guerre mondiale. Vous voyez, je veux dire par là que si on se bat comme ça contre un pays qui a eu le malheur de prendre une orientation marxiste, qui est à 10 000 km des États-Unis, enfin, c'est quand même extraordinaire.
22:12 C'est quand même extraordinaire. Et avant, il y avait eu 3 millions de morts, le conflit des deux Corées, mais quoi, quelques années à peine auparavant, 3 ou 4 ans auparavant, les cadavres de la Corée sont encore chauds, 3 millions de morts. Je vous dis ça parce que ceux qui maintenant font la morale au monde entier ont quand même tous ces morts-là sur la conscience. Donc, cette formidable contre-révolution ne pouvait pas se produire quand l'humanité progressiste regardait du côté Pékin et de Moscou, de la Havane.
22:49 Moi, je me souviens quand j'étais gamin que Castro n'était pas du tout communiste, il n'était pas pro-russe du tout, et encore moins pro-soviétique. Je me souviens même de manifestations à Cuba mais Jean de Pontra, il connaît bien Cuba, enfin, il me dirait si je me trompe, il y avait des manifestations, le slogan des pro-castristes, c'était Cuba sí, Rusia no. C'était au début, c'était un réactionnaire, vous savez ce qu'il avait sous le bras, dans la Sierra Maestra, quand il était encore clandestin, le contrat social.
23:25 Ah ben, il a conduit dans ce que je dirais, je croyais faire un détour, vous m'entendez. Non, c'est pas moi qui m'entendait, c'est l'histoire. Et puis voilà, n'est-ce pas, que les Américains veulent le déstabiliser, vous connaissez la suite, la baie des cochons, combien de tentatives d'assassinat contre Castro, je ne sais pas, chiffre faramineux. 500. Pardon ? Plus de 500. Voilà. Pardon ? Moi, j'ai entendu plus de mille. Non, peut-être que c'est mon côté, les méditerranéens, je crois.
23:55 Bon. Ah oui, oui, non, je comprends avec la nature, oui, c'est ça. C'est ça. Et donc, à ce moment-là, je vais chercher un protecteur. Deuxième exemple, je ne suis pas en train de défendre un camp ou l'autre, je suis en train de dire depuis quand il y a cette formidable, regardez la continuité, déferlante de pensées contre-révolutionnaires et tellement contre-révolutionnaires que pour la plupart, je suis sûr que la plupart d'entre vous ne les dépistent pas encore comme contre-révolutionnaires. Parce qu'il n'y a pas besoin de moi pour voir à quel point ils sont réactionnaires et d'autres qui ont, c'est beaucoup moins apparent.
Alternance romantique et révolutionnaire
24:29 C'est pour ça que je m'attarde. Et pour tout ça, je vous remercie Zébin. Zébin, maintenant, c'est le pseudo du jeune homme qui a eu la gentillesse qui m'a envoyé cette question. Je vous remercie d'avoir posé, ça me permet de mettre tout ça au clair. Et je ne suspends pas la suite de la réponse à la question sur laquelle j'avais fini un petit peu en queue de poisson la dernière fois, parce que ça me permet d'illustrer le même problème. je fais ici une petite digression très rapide, mais qui est, on a besoin pour comprendre la continuité de mon propos entre le dernier atelier et celui de ce soir.
25:06 Dernière fois, j'avais montré en quoi il y avait une alternance depuis la révolution française, qui est une hypothèse que je me permets de formuler, comme ça, entre, en gros, une tendance, en gros, néo-classique et une tendance néo-romantique qui se dispute un petit peu le terrain culturel depuis le premier surgissement du romantisme. Tantôt, voilà, on est sortis, puis après, le romantisme revient sous une forme encore exaspérée. Je n'étais pas allé, je le dis comme ça, je clôt d'ailleurs la séquence jusqu'au surréalisme, qui est peut-être la dernière manifestation, là, en date, ce n'est pas d'un romantisme échevelé, si vous regardez bien les thèmes communs, c'est effarant, contre le néo-classicisme qu'un Gide dans le roman ou qu'un Valéry en poésie essayait de verrouiller, il n'y a rien de péjoratif dans tout ça, moi, j'aime beaucoup les romans de Gide et la poésie de Valéry et l'explosion contre la poésie de Valéry de la poésie, on se voit, un desnos, un Michaux, peu importe, je vais dire, mais il y a toute la irrationalité, la référence à l'inconscient, l'écriture automatique, pas plus romantique que ces thèmes, bon, bref, donc, c'est mon hypothèse, depuis le romantisme, il y a une alternance
26:16 de tentatives de juguler l'élan romantique et cette, comment je pourrais dire, ce refoulement est mis en échec et donc, il y a un retour à chaque fois, mais qui n'est pas un retour à zéro, mais un retour en spirale, on avait dit, parce que le romantisme revient de manière encore plus forte, plus approfondie, le spleen baudelairien a une dimension physique plus pénible que la mélancolie romantique et tout, voilà, je ne reviens pas, voilà. Or, grâce à la question de Zévin, je finis mon petit rappel, je montre qu'il se passe la même chose dans l'idéologie et dans la politique.
26:54 Depuis la révolution française, on n'arrête pas d'alterner la pensée révolutionnaire et la pensée contre-révolutionnaire, voilà ce que je suis en train de dire. Alors, ne me faites pas faire des correspondances bi-univoques, je crois, on dit chez les logiciens, chez les mathématiciens, que chaque fois que c'est révolutionnaire, ça va du côté du romantisme et que c'est contre-révolutionnaire du côté du classicisme. On pourrait parfois, statistiquement, ça marche, ça marche pas mal, mais enfin, c'est un peu aussi mécanique.
27:28 ce qu'on va faire avec un mec comme Baudelaire, n'est-ce pas, qui est hyper romantique dans le contenu et qui est hyper classique dans la forme. Parce que d'ailleurs, Rimbaud lui reproche un mot. Baudelaire est le premier des voyants, roi des poètes, un vrai dieu, mais la forme si vantée chez lui, il est mesquine, il l'a vécu dans un milieu trop artiste. Il a 17 ans, il est bon, il est ça gonflé, génie. Parce que c'est bien vu, en plus. Il a tort sur le fond, c'est formidable, cette synthèse baudelairienne, du vers racinien et du contenu nouveau.
28:04 Mais c'est bien vu quelque part. Il a vécu dans un milieu trop artiste. Voilà. Donc, la même alternance, vous voyez, dans l'idéologie. Bon, c'est pour ça, j'ai l'air un peu brutal, je m'en excuse d'avance auprès. Non, je ne m'excuse pas, parce que ça voudra dire que j'ai tort sur le fond, c'est pas question. Je lui demande pardon. C'est pas pareil. Je fais une nuance. Je lui demande pardon parce que c'est pas contre lui que j'en veux. Il est victime, comme souvent, les nouveaux arrivants, ça c'est le privilège de la jeunesse, de croire que c'est nouveau comme pensée, alors que c'est la xème fois que ça se répète depuis Chateaubriand, par exemple.
28:43 C'est un bon Chateaubriand, c'est une merveille. Mais, je vais vous dire en gros les thèmes de M. Soler qu'il cite là, qui sont les mêmes. J'ai Schopenhauer, j'ai Nietzsche, j'ai... de Maistre, je vous en ai parlé, de Maistre, mais il y a aussi l'Anglais qui les avait précédés. Bon sang, son nom m'échappe, puis vous allez me le rappeler. Un des premiers contre-révolutionnaires. Alors, celui qui a dit... L'homme, l'homme, je ne connais pas l'homme, je n'ai jamais rencontré l'homme, j'ai rencontré des Anglais, des Hongrois, des... Pardon ?
29:14 Ah oui, merci, Edmund Burke. Merci beaucoup. Je vais un nom. Donc, voilà, c'est exact. Tous ces gens-là, n'est-ce pas, vont finir par faire aussi... C'est typique. Ce Soler, je ne veux pas noyer le poisson, fait avant tout le procès. Il a... J'ai l'air d'être hors sujet, comme on voit. le long extrait, que je vais faire, il a gentil à se transcrire dans le message qu'il nous a laissé, qu'il m'a adressé.
29:50 Je viens d'être hors sujet, parce qu'il ne parle pas de tout ce que je viens de dire. Il se place à peine sur un plan idéologique, si quand même, quand il parle des marxistes, mais il se place surtout sur un plan religieux. Il critique avant tout, allez, soyons clairs, il critique la religion, les religions monothéistes, l'apparition du monothéisme, enfin, tous nos maux, en gros, presque tous nos maux la peste, le choléra, la sobatique, etc. Tous les maux de l'histoire, tous les crimes, etc., les déviations, les turpitudes, n'est-ce pas, de l'homme dans l'histoire, ont explosé avec l'apparition du monothéisme de la transcendance.
30:24 C'est vieux comme... comme la contre-révolution. Je peux vous dire mieux. C'est peut-être ça qui a raison, allez savoir. Vous voyez, je ne pense pas sur le fond. Je veux dire, ce contre quoi je m'insurge, c'est contre ceux qui font croire que ceux-ci sont nouveaux pour séduire une jeunesse qui légitimement cherche de la nouveauté parce qu'avec l'air qu'elle respire, je comprends qu'elle a besoin d'un appel d'air. Voilà. Il faut faire attention de ne pas prendre les vieilles lunes pour des nouvelles luttes.
30:55 Je dis ça parce qu'en 68, on parlait des problèmes. Les anciennes, c'était l'histoire de salaire, de retraite, de trucs méprisables. Non, mais je n'exagère pas. Je n'exagère pas qu'on a fait ça de revendication catégorielle. Ça a un peu changé. Maintenant, les jeunes, c'est aussi de le retraite pour croire vraiment qu'on a encaissé socialement depuis. C'est bien, c'est bien de vous y prendre maintenant pour ceux qui sont prêts de vous. Bon, à l'époque, voilà, et puis maintenant, on est très content quand on est inscrit dans un lycée qui marche bien avec de bons profs.
31:30 À l'époque, c'était tiré à boulet rouge, pas encore sur le comité central, pour avoir une citation célèbre, mais contre le lycée français napoléonien. C'est un des rares endroits où l'inégalité de naissance est un petit peu régulée, n'est-ce pas, est un petit peu équilibrée. Un peu, tout de même, oui, ça me fait penser à ces histoires scolaires. Tout de même, que vous savez, que j'ai passé une partie de mon enfance en Afrique et me rappelle de derrière ma fenêtre de mon salon climatisé, je regardais les camarades de classe que j'ai vus dans la journée étudiant leurs leçons à la lumière du réverbère.
32:15 Voilà, donc, je veux dire, métro, boulot, dodo, c'était ça le slogan. La plupart d'entre vous, le métro, boulot, dodo. On a comme le mépris qu'il faut qu'on parle comme ça. Le mépris des masses qui est commun à toute cette pensée-là. Un certain écologisme aussi qu'elle a trouvé, on est plus en nombre de ces cas-là. Curieuse convergence du malthusianisme le plus réactionnaire, de l'écologisme le plus avant-gardiste.
32:45 et de la bonne vieille contre-révolution que Edmund Burke, le premier de là-bas, de l'Angleterre, là, à l'époque, j'ai rien contre les Anglais, moi j'adore. mais, enfin, c'était quand même là. Elle qui finançait, c'est pas, les pays germaniques trouvaient les soldats chair à canon et l'Angleterre payait. Déjà, déjà. C'était l'Arabie sans le titre de l'État.
La modernité n'est pas ethnique
33:15 Ben oui. Et les trônes croulaient comme des feuilles mortes pour parler comme Hugo. Donc, voilà, d'abord et avant tout, cette pensée n'est pas nouvelle. Quand elle dit, je voudrais, surtout pour les ébènes qu'elle mérite à poser, être un peu plus, maintenant, transversale, parce qu'elle est une richesse culturelle dans cette question. Il s'agit du conflit.
33:45 En gros, du christianisme, du paganisme. Et là, on revient sur un terrain familier. Dans nos échanges, je vous ai déjà dit, dès l'année dernière, et même le séminaire d'avant, être moderne, de cette modernité qui est apparue pour la première fois dans ce que nous appelons l'Occident, mais qui n'a rien d'ethnique. Il ne faut pas oublier que nous étions dans des huttes en fumée quand l'Égypte ne se pas construisait en dur et connaissait le nombre pi à l'époque où les Gaulois étaient analphabètes Et quand les orientaux de l'extrême-orient chinois au Nil, en passant par le Tigre et l'Euphrate, maniaient déjà l'écriture et le calcul depuis longtemps, n'est-ce pas ?
34:35 Non. Je dis ça parce qu'il y en a qui croient qu'il y a une équation entre l'Occident, le progrès technique, l'industrie, mais il n'y en a quoi encore. D'abord, il n'y aurait pas eu la révolution industrielle sans la révolution scientifique. Là, on est tous d'accord. Quand on utilise la cour, on fait un raisonnement. Ça vaut le coup, on continue. la révolution scientifique, elle n'aura jamais été possible sans les mathématiques. N'est-ce pas, Thomas ? Non, non, il faut demander à un physicien plutôt s'il est d'accord.
35:08 Erwan, je l'ai vu arriver. Tu es d'accord, hein ? Je sais bien qu'il y a un conflit avec les mathématiciens comme tous les physiciens. C'est un conflit structurel, c'est psy, ce n'est pas scientifique. Bon. Bon, on supprime les maths physiques. Scientifique. Il y a la meilleure interrogation des anciens. Est-ce que la Terre est cubique ? Alors, or, les mathématiques, on dit, pourquoi, on n'a pas besoin des arabes ?
35:39 C'est les grecs, puis on dit, enfin, je ne parle pas des balbutiements. Moi, j'ai de l'admiration pour les balbutiements chaldéens, mésopotamiens, le système duodécimal que nous utilisons encore pour le calcul du temps, je ne sais pas. C'est sexagésimal, c'est pareil. Une minute, une seconde, ça, c'est Babylone, qui était même plus avancée que les égyptiens en matière arithmétique. Les égyptiens étaient en géométrie, ça allait à peu près mal, alors, arithmétique. bon, et pour l'instant, il n'y a toujours pas d'algèbre.
36:10 La mathématique d'aujourd'hui, c'est l'algèbre, elle algébrise tout, elle algébrise la géométrie, en gros, et même la physique. C'est ça qui t'ennuie. Non, non, je sais bien que ça ne t'ennuie pas et que ça vous fait progresser, c'est bien. Algebra, c'est un mot arabe. Il faut le savoir. Algebra, je ne sais pas bien prononcer malheureusement cette langue magnifique, mais je crois savoir que ça veut dire un membre luxé qui a été remis. Vous voyez, membre d'équations.
36:43 Et surtout, c'est entre Damas et Bagdad, il y a quand même des coins comme ça. Damas et Bagdad, entre le 11e et le 13e siècle, essentiellement, avant déjà, après encore, mais surtout, dans cette période que je visais entre le 11e et le 13e siècle, qui a eu la mise au point de toute l'analyse qu'on a. C'est une magnifique discipline de mathématiques, l'analyse, le second degré, vous savez, le second degré a été initié et développé par des musiciens, excusez-moi, joli lapsus, par des mathématiciens arabes.
37:22 À l'époque, le califat qui s'était déplacé de Damas à Bagdad Et voilà. Et même la notion de l'algorithme ne fait que reprendre d'une manière euphonique le nom d'un grand mathématicien arabe je me garderai de prononcer son nom pour ne pas le défigurer, mais l'algorithme est la francisation de son nom. Voilà. Pour dire au passage que c'est... Alors, qu'est-ce qui est occidental dans tout ça ? Ce qui est vrai, c'est pour ça que j'y insiste, c'est que ce qui a commencé en Occident, c'est la convergence de tout ça.
38:00 Par exemple, à la fin du XVIe siècle, il y a longtemps que le christianisme est installé en Europe. Je vous le dis au propos, la transcendance et le monothéisme. Donc, il y a longtemps qu'il n'y a plus d'esclavage. Esclavage, l'esclave est la force productive basique de l'Antiquité. Pour cette traction animale, c'est l'esclave. Et oui, comme le cheval de trait est la force productive basique du Moyen-Âge à partir d'une invention du véhicule, c'est-à-dire du collier qui faisait qu'il pouvait tirer sans s'étrangler, c'est les grands de l'évolution.
38:35 D'aller au Moyen-Âge, c'est l'esclave et le pilier sur lequel repose toute l'économie de l'Antiquité. C'est pas rien, des gens. Voilà. Vous comprenez pourquoi le christianisme s'est d'abord répandu dans les villes et non pas dans les campagnes parce que c'est dans les villes qu'il y avait le plus d'esclaves et c'est bien sûr chez les esclaves que ce message où on se prosterne devant personne que devant Dieu, devant aucun maître, c'est le fait qu'il y a des différences entre nous.
39:05 Mais enfin, par avis, vis-à-vis de Dieu, c'est une différence négligeable. Ça, c'était révolutionnaire et ça parlait à l'oreille des esclaves. Et mon nom vient de là. Ah, je vais parler de moi. Non, de mon nom. Oui, parce que pagani, en fait, ça veut dire à l'origine les paysans. pagus, c'est le pacage. C'est le plus primitif dans le prisonnier, le pâturage, c'est même pas encore l'agriculture. Voilà, les moutons, les bœufs, les bœufs quand on a un peu plus d'argent que pour avoir les moutons et les chèvres.
39:36 Et... Mais comme, celui de ce que je viens de vous dire, le christianisme a commencé à Urbs, la ville, urbain, c'est comme ça qu'on désignait Rome. C'est les latins, on disait Urbs, comme ça, on disait Urbs, sans préciser, c'est pas la ville en général, c'est Rome. Les campagnes sont restées païennes beaucoup plus longtemps. Les centres-villes commençaient déjà à se christianiser à la vitesse grand V quand les campagnes étaient encore, et pour certaines jusqu'à maintenant, et qu'aller dans le Berry, vous savez, il y a des rites de sorcellerie dans le Berry, il n'y a personne qui est berrichon ici, c'est pas péjoratif.
40:19 Mais on jette des sorts encore pour des vaches, je sais pas. Et... Ouida, comme ça qu'on dit là-bas. Et... Donc, finalement, Pagani a fini par dire de paysans à de païens. Voilà. Je reviens à mon conflit dans lequel prend partie ce monsieur Soler. Mais, encore une fois, comme un avatar d'une thématique qui est vieille, je vous l'ai dit, comme la contre-révolution.
Restauration et siècle des révolutions
40:49 Comment se dit qu'elle est presque aussi vieille que la révolution ? C'est pratiquement aussi vieille. Thermidor, c'est... Je vais dire... Thermidor se produit quand... Je vais dire comme qu'un cadavre de Robespierre est encore chaud. Est-ce que ça va ? Et puis après, c'est la contre-révolution, c'est le retour de la royauté, un des rois les moins futs-futs qu'on ait eus, c'est pas Louis XVIII, le retour de ceux qui n'avaient rien appris ni rien oublié. Belle forme d'élui. En fait, il était tellement abruti que finalement, ça n'a pas duré trop longtemps, le peuple s'est soulevé.
41:23 Il avait une cote au départ, il se fatiguait, les gens des guerres de l'Empire, de la révolution, ils se contentent quelque part que ça se stabilise. Il fallait vraiment, si vous voulez savoir comment ça a été gâché cette occasion, comment on va me voir et revenir avec la brutalité de l'ancien régime, bien pire même que dans l'ancien régime parce que les conservateurs étaient devenus réactionnaires. Réactionnaires, c'est le conservateur qui est devenu méchant. Souvent, oui, pas pareil. il y a des conservateurs qui vont très loin du XVIIIe siècle en générosité, tout ça.
42:00 Madame d'Épinay qui propose à Rousseau, je ne fais pas ça, mais voilà, quand il revient Louis XVIII, là, les émigrés, là, ceux qui n'ont rien appris ni rien oublié, c'est pas ça. Si vous voulez, la meilleure littérature là-dessus, c'est un auteur assez peu connu et c'est peut-être un des sommets de la langue française en prose et une plaque qui lui est consacrée à la rue des Fossés Saint-Jacques, j'ai nommé Paul-Louis Courier, pas très connu. Messieurs, je suis Tourangeau, j'habite Luynes une petite bourgade de 10 000 habitants qui risque d'être réduit si votre prudence n'y vient mettre garde.
42:33 Lettre ouverte au Parlement, un texte que je vous recommande qui s'appelle « Pétition pour les paysans qu'on empêche de danser ». C'est un type qui n'écrit que des pamphlets, que des pétitions, qui parait un érudit qui a fait une traduction qui fait encore référence de Daphnis et Chloé, enfin des poèmes bucoliques grecques, ça c'est une autre chose, mais chercher, dans Internet il y a tout ce qu'il faut, chercher la pétition pour les paysans qu'on empêche de danser. C'est une merveille. Parce que déjà c'était le retour aux puritaniques, il ne faut pas danser, il ne faut pas fumer, il ne faut pas boire, c'est moi qui ai rajouté.
43:04 Il ne faut pas fumer, je dis sérieusement. J'ai tendance, je viens d'avoir un infarctus il y a un an, c'est bon. Mais enfin, je veux dire, il y a la crise de 29, vous voyez, celle qui précède, celle qu'on vit maintenant, hop, prohibition de l'alcool, tu seras au chômage et en plus tu ne boiras pas. Maintenant tu es au chômage, mais tu ne fumes pas. Zut, à la fin, je veux dire, la République, voilà. Donc je veux dire, il voulait empêcher le nouveau curé qui revenait là, jeune en plus, il voulait supprimer une tradition qui remontait à l'an 1000, qui faisait que les paysans dansaient après que le marché n'a pas vendu leurs trucs, là.
43:41 Eh bien, c'était trop. On ne danse pas devant la maison de Dieu parce que à la place du village, il y avait l'église, vous voyez. Il disait, le Courier de Méré. Voilà, donc vous voyez, hop, ça y est, on est revenu à la Révolution. Louis XVIII est parti. Arrive le roi bourgeois, c'est comme ça qu'on l'appelle, je crois, en histoire, Louis-Philippe. Ah non, il est Charles X alors. Voilà, Charles X. Alors lui, il n'était pas chuté non plus. Louis-Philippe, peut-être pas plus de malin. Il avait même côté Giscard, et j'avais fait lui.
44:11 Non, parce que Giscard, il arrivait à pied à l'Élysée. Et Louis-Philippe, il paraît que c'était pareil. Il se promenait avec son parapluie à la rue de Paris. Et Giscard, il marquait un goal au foot, un seul, juste avant la élection présidentielle. Puis, il a joué un peu d'accordéon, bon, moi. Louis-Philippe, il est un peu comme ça. Mais entre-temps, il y a Charles X alors. Alors lui, il n'a pas juste une seule anecdote. Il est en train de visiter le musée des arts et métiers que je vous recommande.
44:42 C'est une splendeur. Avec un de nos plus grands savants, Arago. Et Arago lui explique qu'une machine, et le pauvre Arago, qui est un honnête homme, un savant, c'est pas un orateur, se perd un peu. Il voit que l'autre, il ne comprend rien. Et il a cette parole magnifique. Il s'interrompt. Il dit, Sire, je vous en donne ma parole d'honneur. Moi, je trouve ça magnifique. Je ne peux pas tout vous dire. Ça marche, Faites-moi confiance. Sire, je vous en donne ma parole d'honneur. Vous voyez. Bon. Et puis, il y a la révolution de 1830 qui le chasse.
45:16 Puis, après, il y a Louis-Philippe. Il y a 48 qui le chasse. Vous voyez, cette alternance de révolution, je suis sérieux. Avant, il y a le siècle des Lumières. Avant le siècle des Lumières, il y a le siècle de Louis XIV. Avant le siècle de Louis XIV, il y a le siècle de l'humanisme, la Renaissance. Et le 19e siècle qui n'a pas de surnom, je vous propose, allez, on baptise ensemble le siècle des révolutions. Il n'y a que ça. Jusqu'à 1917, ça n'arrête pas. Je n'ai pas parlé de la commune de Paris, etc., etc. Vous voyez, on peut continuer la liste.
Mesure grecque et infinitisation chrétienne
45:48 Donc, quand je vous dis que la contre-révolution est aussi vieille que la révolution, c'est pour ne pas prendre ces idées-là comme nouvelles. Mais je ne tranche pas. Si, je tranche pour vous dire qu'il ne faut pas trancher. Soyons comme Nerval. Modulons tour à tour sur la lyre d'Orphée, les soupirs de la Sainte, voilà pour le christianisme, et les cris de la fée. Vous voyez ? Être européen, c'est ça qui est proprement au-delà.
46:20 Si il y avait une identité, elle est dans cette schizophrénie. C'est un peu très enrichissante, ce n'est pas la question. Nous sommes tous, que nous le voulions ou non, on est dedans. On a un héritage grec, on a un héritage chrétien. Vous voulez que j'y fasse ? Hein ? Un héritage qui veut la mesure, la limite. On en a assez parlé, donc je n'insiste pas, n'est-ce pas ? Et qui craint et qui châtie par-dessus tout la démesure, n'est-ce pas ? Vous reconnaissez le monde de la tragédie antique. Et puis, il y a le monde des flèches de cathédrale, des minarets. Soyez parfaits comme votre père céleste est parfait.
46:52 C'est ce que dit Jésus dans l'Évangile, il faut être comme Dieu. Ah ! L'infinité, tout d'un coup. L'indétermination romantique est déjà là dans les âges chrétiens. L'homme sans qualité, vous savez, c'est un beau titre de Musil qui définit l'homme moderne. L'homme, parce qu'avoir une qualité, c'est avoir une détermination. C'est presque le même mot en allemand. avoir une propriété. Le plomb a propriété de ceci, de cela, de fondre à tant de degrés. Ça, c'est des choses finies. On peut énoncer leur propriété.
47:22 C'est pas l'homme. L'homme, il définit toutes les choses. Lui, il ne peut pas être défini, sinon il est fini. Mais oui, c'est sérieux. C'est très à la mode à l'époque de Sartre. C'est peut-être le meilleur Sartre, celui qui n'habite dans cette thématique-là. N'est-ce pas ? Il existe, d'abord, l'homme. Avant d'avoir une essence, il a été d'abord l'assigner à une essence serait déjà limité. Le triangle, on peut. C'est le polygone qui a un minimum de côté. C'est pas sa vraie définition. Ça peut aller.
47:54 Vous voyez ? Il y a des choses qu'on peut définir. Elles sont limitées, elles sont terminées. Déterminées, définies. Mettez-vous à l'écoute des mots. Souvent, ça va bien être bavardage d'être à l'écoute de ce que le mot dit au lieu de parler à sa place. Je vais citer Mallarmé. L'œuvre pure implique la disparition élocutoire du poète qui cède l'initiative au mot. Voilà. Donc, il y a quelque chose de déjà pré-révolutionnaire, pré-romantique dans le simple fait de donner comme programme idéologique, pardon, je vais réduire la religion judéo-chrétienne à une idéologie, je le prends au sens plus extensif, comme politique, comme moral, comme éthique, comme vous voulez.
48:43 Infinitisez-vous. Mais oui ! Le Grec prescrit la mesure. Donc, qu'est-ce qu'il nous dit Baudelaire, le premier des modernes ? Paraît-il, d'après un mot, il y a des potentens et verbes, à l'unanimité de ceux qui enseignent la littérature, le premier des modernes au sens actuel, la poésie moderne, qu'est-ce qu'il nous dit ? Énivrez-vous, vous savez, ce célèbre poème en prose que vous trouvez dans le Spleen de Paris, dans ce recueil de poèmes en prose.
49:13 Il faut être toujours ivre, tout est là. C'est ça le refrain, je crois. Merci, Jean. Il faut être toujours ivre, tout est là. De quoi ? C'est Baudelaire, de vin, de vice, ou de vertu à votre guise. Vous savez ce que vous voulez. Et le même Baudelaire, dans le même recueil, un poème encore bien plus court, et moins light, moins sexy, moins fun, comme ton, l'étranger. Fais-le, il est très court. C'est une suite, c'est un dialogue de questions et réponses.
49:45 Question d'un anonyme qui doit être le lecteur. Étranger, tu fais une tête, que cherches-tu ? Pas de réponse. Est-ce que tu veux faire ceci ? Est-ce que ceci ? Alors on propose, je ne suis pas la beauté, les beaux paysages, les belles femmes, les soucis, l'argent, la santé, ou pas. Il ne faut pas la tête. Quand même, dis-nous au moins quelque chose. Oui, il cherche une détermination de son désir. Que ce qu'il puisse déterminer, définir, quel est le désir de cet étranger. Et enfin, l'étranger ouvre la bouche à la fin pour dire ce que je veux dire, c'est les nuages là-bas, les merveilleux nuages.
50:21 Vous comprenez pourquoi les nuages ? Parce que la forme est indéfinie. Le désir n'a pas de fin là. Vous voyez ? Et Baudelaire dira dans Le Voyage, le dernier poème des fleurs du mal, celui qui se termine par « Ô mort, vieux capitaine, il est temps, levons l'ancre, ce pays nous ennui, ô mort, appareillons, si le ciel et la mer sont noirs comme de l'encre, mon cœur que tu connais sont rempli de rayons. » Je vais jusqu'au bout parce que c'est mon propos. Verse-nous ton poison pour qu'il nous reconforte. Nous voulons. « Tant ce feu nous brûle le cerveau, plonger au fond du gouffre, Enfer ou Ciel, qu'importe, au fond de l'inconnu, pour trouver du nouveau. »
50:56 Eh bien voilà ! On n'a pas la forme, là, encore, de l'objet qu'on désire. Ce qu'on sait, c'est qu'il doit être inconnu, que ce nouveau. Voilà ! Parce que le reste, ça nous barbe, le reste nous ennuie. Le pays nous ennuie, ô mort, appareillons. Or, dans ce même poème, il compare ceux qui partent pour fuir un danger, ceux qui partent pour cause un chagrin, astrologues, noyés dans les yeux d'une femme.
51:26 Les uns, joyeux de fuir une patrie infâme, d'autres, l'horreur de leurs berceaux. Quelques-uns, astrologues, noyés dans les yeux d'une femme, la Circé tyrannique au dangereux parfum. C'est un misogyne. Et, un dent dure, en bref. Sauf quand il appelle ma soeur. Mon enfant, ma soeur. Et, mais les vrais voyageurs, c'est lui qui parle, sont ceux-là seuls qui partent.
51:57 Allez, vous connaissez la réponse. Merci. Alors, Tristan, c'est un plaisir. Qui partent pour partir. Cœurs légers, semblables aux ballons. De leur fatalité, jamais ils ne s'écartent. Et, sans savoir pourquoi, disent toujours, allons. Ceux-là, et on y arrive au nuage, regardez. Ceux-là, dont les désirs ont la forme des nues, nus à nues, et qui rêvent ainsi qu'un conscrit le canon de vastes voluptés changeantes et inconnues dont l'esprit humain n'a jamais su.
La contradiction, catastrophe pour la science
52:31 Ben, ça, c'est pas grec. Il manquerait plus qu'on ne sache pas le nom. Le grec, il y a bien sûr le logos, le concept, la définition. Socrate, Platon, Aristote. Mais oui, vous voyez, voilà, je ne dis pas l'un à tort, l'autre à raison, je vous montre que nous héritons de ces deux traditions qui ne sont pas différentes. Si elles n'étaient que différentes, mais bon, on n'a pas tous ces problèmes, c'est qu'elles sont contradictoires. Nous avons ici des hommes de science. Tout est autorisé en science, même des audaces, pas la contradiction.
53:01 Ah, la contradiction, c'est une catastrophe. Hier, j'ai eu une discussion sur le théorème de Gödel. Je ne vous dis pas ce que c'est, je vais me faire ridiculiser par Thomas, je sais que chaque fois, les non-mathématiciens qui en parlent disent que des bêtises. mais, et puis on a le temps de parler une autre fois, c'est très important. Mais en tout cas, la discussion portée plutôt là-dessus, c'est la contradiction.
53:37 Oui, Gödel disait qu'on avait le choix entre l'incohérence et ou l'incomplétude. Voilà. Et il vaut mieux avoir une théorie qui peut-être est incomplète, enfin, qui avance un petit peu que l'incohérence. Alors là, c'est la catastrophe, tout est ruiné. Et l'incohérence, c'est une contradiction quelque part, tout est foutu dans un discours scientifique. Vous vous rappelez Descartes, ces longues chaînes de raisons, toutes simples et faciles. Une chaîne, c'est une chaîne. Si vous enlevez un chaînon, boum, tout tombe. La métaphore est sérieuse.
54:07 Or, ici, voilà que la contradiction, ah oui, pardon, dernière médiation, avant de revenir à mon sujet, le christianisme, le paganisme, c'est en fuyant, en évitant soigneusement la contradiction, je parle comme Descartes, en évitant soigneusement la prévention et la précipitation, que l'homme s'est approprié le réel, que l'homme, Newton, Einstein, pas moi, le réel, le réel empirique, le réel naturel, science humaine, beaucoup plus douteux.
54:41 Ni Newton, ni Einstein ont prétendu être des sociologues, des politiciens. Mais voilà, en tout cas, dans leurs équations. Mais c'est des énormes, des énormes petites phrases comme ça de Newton qui nous rendent compte de la quasi-totalité, quasi-totalité des mouvements de la nature, de ceux qui ne vont pas trop trop vite. quoi. Donc, il y a bien un rapport entre la non-contradiction et le réel. Et moi, je suis en train de vous dire, voilà une non-contradiction existante. La preuve, vous et moi.
55:13 C'est là où il y a un problème. C'est pas ? Et quand, lorsqu'il y a eu le projet de constitution européenne contre lequel vous avez magnifiquement voté ? Oui, on ne tient pas compte de notre vote, mais c'est passé. C'est rien, on a pris date quand même. Vous vous rappelez que Giscard avait, il n'était pas le seul, mais enfin, pas pour l'envie spécialement ce soir, il n'y en a plus pour l'entendre pour lui. Mais, avait insisté, il a fallu vraiment énormément négocier pour y renoncer, parce que déjà, on n'est pas sûr qu'ils vont répondre non, qu'ils vont répondre oui.
55:48 Si en plus, tu mets ça, ils voulaient mettre la référence au christianisme dans l'identité européenne, dans la constitution européenne. Vous vous rappelez de ça, j'invente rien. Moi, ça ne me choque pas qu'on fasse référence au christianisme pour définir, je ne sais pas ce que c'est une identité, mais disons, en tout cas, l'histoire ou l'Europe. Mais à ce moment-là, on ne peut pas faire l'impasse non plus sur Marathon, Salamine, Platon, Aristote, Archimède, enfin quand même, ça compte aussi. Voilà, je ne suis pas en train de choisir l'un ou l'autre, je vous dis, on a les deux.
56:20 Et je ne dis pas que si on enlève les grecs, qu'il nous reste quand même tout ça, les rois chrétiens. Non, parce que Versailles, c'est une référence à la Grèce, esthétiquement. Tout le classicisme, on l'a vu entre nous, que vous l'avez déjà appris en place, tout le classicisme, n'est-ce pas, consiste à dire, on fait ce qu'on peut, mais les grecs sont le modèle indépassable, c'est ce que je dis Racine, c'est vrai que je vous dise. Molière reprend Ésope, Racine reprend Sophocle. Vous voulez qu'on nous prive de tout ça ? Enfin quand même, c'est mon héritage, pourquoi tu me cambrioles ?
56:55 Donc voyez, vous comprenez mieux ce que je voulais dire, ce que je reproche à ces Soler et à d'autres, c'est pas de prendre parti contre le monothéisme, surtout que, au nom du monothéisme, au nom de ce Dieu-là, qu'est-ce qu'il y a eu comme atrocité dans l'histoire de l'Europe ? Moi je suis le premier à le dire. Je crois pas que c'était dans l'évangile prescrit, qu'on mettait du plomb fondu dans l'anus et les yeux des juifs comme a fait l'Inquisition. Enfin, non, parce qu'il y en a qui disent que c'était déjà dans l'évangile et que c'est déjà dans la notion de monothéisme, c'est ce que dit ce monsieur Soler.
57:27 Il dit ce Dieu-là est venu dans nos... Ce Dieu des juifs, ce Dieu de l'Ancien Testament, c'est lui qui parle là, est venu dans les bagages du christianisme. c'est une manière de parler. Les juifs qui s'introduisent... Vous voyez, méfiez-vous de ces pensées-là. Vous voyez pourquoi je parle un peu brutalement de ce monsieur Soler. Je ne sais pas. Nietzsche, il s'y prend mieux quand même. J'étais un peu tenté, comme tout petit bourgeois allemand à l'époque, être par l'antisémitique. J'aurais été antisémite si elle était petit bourgeois allemand et pris de musique et de culture.
57:58 A l'époque, je ne suis pas en train de faire de la morale. Moi, je ne m'appelle pas Bernard-Henri Lévy, je ne m'appelle pas Onfray, je ne m'appelle pas Bush. Voilà l'empire du mal, donc moi, je suis bien. Ce n'est pas ça. Peut-être. Peut-être, j'aurais été pire que Heidegger. Ce que je parle de Heidegger, c'est de rempiler après la guerre. De continuer à faire le procès de la technique et se mettre du côté de l'OTAN, et de continuer à se battre contre ce qui avait toujours été l'ennemi du Troisième Reich, le judéo-bolchevisme. Voilà. Vous voyez, ce n'est pas la même chose.
De mauvaises raisons d'être antimonothéiste
58:29 Je ne suis pas la morale. Donc, je ne veux pas défendre le monothéisme contre le polythéisme, mais je mets en garde contre des très mauvaises raisons d'être anti-polythéisme. Voilà. Là, on a fait un progrès, vous voyez, dans notre débat. Je continue à répondre à la question. On me demande de dire ce que j'en parle. Et là, je fais un petit détour par De Gaulle. Ah, ça, ça va être très utile. Voilà. Quelqu'un vient à ma table et me dit, dites-donc, vous avez voté antigaulliste. Moi, je suis une génération de Gaulle qui est au pouvoir à la fin des élections.
59:02 Et bien, je vais voter contre. Je trouvais les ordonnances qui passent la Sécurité sociale sont des ordonnances scélérates. C'est-à-dire, ce Pompidou, etc. Et bien, moi, je vais voter contre parce que ce salaud-là, il est en train de tuer l'Algérie française. Merde. J'étais prêt. Moi, j'étais prêt à sympathiser avec eux. Ne vous laissez pas avoir. Comprenez ma comparaison ? Je suis anti-monothéiste. Pourquoi pas. Hein ? Qu'est-ce que ça veut dire je suis anti-catho, anti-inquisition, anti-voilà, l'arbitraire papale, l'infaillibilité pontificale.
59:36 Bon, il faut le grandir de, comment ça s'appelle ? Prévert. Dans parole, vous savez, il y a un magnifique, magnifique poème. Il y a cette hybrine, Barnabé. Ils n'ont pas vu comme ça. Il va la vie. C'est un traître, un mec qui est capide. Il compte aller à Rome parce que tous les chemins mènent à Rome. Oui, parfaitement, Rome, l'unique objet de mon ressentiment. Il arrive, il arrive, il est reçu par le pape.
1:00:07 Le pape, il dit, fermez la fenêtre, Barnabé. Barnabé, il a déjà fermé Sa Sainteté. Le pape, qui répond, c'est vrai que je ne suis atteint que sur les choses du dogme. Ça ne me dérange pas quand on fasse de l'humour, etc. Pas du tout. Je ris de bon cœur, j'en ai besoin, surtout quand c'est le pape Pie XII, n'est-ce pas, qui disait que le grand danger, c'est sous Hitler. Quand chacun me demandait de se prononcer contre le nazisme, il me dit, ah non, non, ou alors, vous prononcez contre le communisme. C'est malin, ça.
1:00:40 On n'avait pas encore mis au point la notion de totalitarisme, c'était avant la guerre, mais la notion de totalitarisme va perpétuer ça. Il y a deux méchants, le communisme et le nazisme, mais moi, je suis ni l'un d'eux, donc je suis bon. Fantastique. C'est fantastique. Et tout ça, mis au point par ceux qui disaient plutôt Hitler que le Front populaire. Et qui se sont empressés, là, je suis beaucoup plus précis, après la guerre, en Allemagne, en Allemagne. Vous savez, je suis le plus germano de français, donc je ne suis pas en train de bouffer du boche.
1:01:12 Si, il faut toujours bouffer du boche, mais pas de allemand. sous injonction américaine de nommer chef des services secrets du BND Bundesnachrichtendienst, service spécial, qui ça ? Vous savez, certains, comment ils s'appellent, le général ? Pardon ? Gehlen ? Bravo, merci. Le général Gehlen, on l'appelle. C'est celui qui Hitler avait recruté pour flinguer le plus de communistes possible.
1:01:43 Il y en avait 20, l'URSS, Pologne, tout le monde. Pas faire d'angle détail, là, il a recruté du service. Il a dirigé tous les services du fédéral, il n'a jamais été zéro, il est mort dans son lit, il a bien fait son boulot. Il a bien fait son boulot, depuis la moyenne, on dirait que les meilleurs des Allemands étaient morts dans l'école. Voilà. Alors, comme disait, je ne vais pas citer un communiste, je vais citer un vieux catholique, gaulliste, Mauriac. qui avait dit j'aime tellement l'Allemagne que je préfère qu'il y en ait deux.
1:02:20 Ah oui, écoutez, dès qu'elle est réunifiée, elle pose des problèmes. Je ne peux rien. L'histoire. Chaque fois que l'Allemagne s'ébrou, depuis les chevaliers teutoniques jusqu'à maintenant, il ne va pas avoir eu problème. même Mélenchon, il a compris ça, je veux dire. Bon. Mais lui, il bouge du bosse, tout en même temps. Il bouge de l'Allemand au passage. Non, non, je ne joue pas la carte de Corse-Méditerranée. Comment il...
Être dialectique ; transcendance et nature
1:02:50 La France a des problèmes, l'Allemagne est un problème. Donc, voilà. Vous comprenez mieux ce que je veux dire quand j'ai dit... Ce n'est pas que je... Je ne vous demande de ne pas trancher. Je vous demande de trancher en faveur du fait de ne pas trancher. Ne pas trancher, ça veut dire aller renvoyer dos à dos. Ça veut dire assumer en soi-même la nécessité de chacune de ses déterminations opposées.
1:03:20 C'est ça. Non pas faire de la dialectique, n'importe quel tocard peut avoir l'esprit de contradiction dans un café. Mais être dialectique, ce qui est beaucoup plus dur. C'est assumer ses propres contradictions. Je fais souvent référence à Freud des propres explications que vous avez remarquées alors que je ne m'inscris pas spécialement dans le champ freudien. Mais on ne peut pas faire l'impasse dessus. Car Freud a admirable de nous montrer que notre pseudo-identité est basée sur des conflits. Et que c'est même ce qui constitue notre identité.
1:03:51 Parce qu'il y en a qui comprennent mal Freud, qui croient que notre vérité c'est l'inconscient, c'est le ça qui veut des tas de choses dégoûtantes. Non. Non, non, je ne pense pas aux croustillants, je pense au fait de l'être aussi des voisins. Oui, c'est rien ça. Le goût des hommes et des femmes comme dirait un... pas grave ça. Non, non, il y a quand même plus grave. Saint Augustin, très freudien, Saint Augustin, fantastique les confessions qu'on le disait. il parle d'un bébé qu'il avait regardé et qui avait déjà vis-à-vis de son frère jumeau une lueur de haine dans le regard.
1:04:28 Saint Augustin avait repéré ça déjà. Déjà, Saint Augustin avait surmonté les critiques de Freud qui se sont monstrueux de dire que l'enfant a une libido. Mais comment ? Enfin, c'est des anges. C'est des anges. C'est mieux que des anges. Ils ne font pas le mal. Ils sont en deçà du bien et du mal. Ils ne sont pas encore par-delà comme le bien de Nietzsche. On a le Nietzsche. Enfin, ils sont en deçà. Mais voilà, il avait déjà le regard de haine, vous voyez. Si on apprend à l'enfant à ne pas trop s'empêcher de tuer son père, à ne pas fracasser le crâne du voisin pour lui prendre sa nourriture, etc., bon, je veux dire, ça va créer quelques conflits internes en lui.
1:05:08 C'est ce que j'illustre le plus souvent avec mon histoire qui a l'air d'une platitude. Je suis désolé de le répéter, mais c'est quand à la table on dit à la femme qui est à côté de vous, servez-vous d'abord. On a un conflit en soi. Un conflit entre... C'est un peu long, servez-vous. On s'enlève, etc. Surtout, les anorexiques ratés comme moi. Il y a un petit, une fois, il m'a dit que c'est un anorexique raté. Ce que je mange, en fait.
1:05:38 Mais c'est pas ça, je m'arrête assez vite. Voilà, j'ai toujours faim. Voilà ce que je veux dire. Alors des fois, je prends sur moi, je dis non, je suis bon pris. C'est un conflit. Être humain, je disais, être européen, c'est assumer un conflit. C'est être humain qui assume un conflit. Je ne vais pas me perdre dans les abstractions. Être européen, c'est une différence de contenu. C'est ce conflit-là, celui du monothéisme et du polythéisme. Du christianisme, de la transcendance et de l'immanence. Si vous voulez le convertir en termes philosophiques et non pas en termes religieux, l'historique, c'est le conflit entre la transcendance, le monothéisme, c'est-à-dire, il y a un dieu, mais qui est tellement au-delà de trans, en latin, méta, en grec, au-delà, qu'on ne rencontre jamais.
1:06:23 Ce qui est très pratique pour une société qui se veut scientifique. Je suis en train de vous montrer que ce n'est pas hasard si c'est en Europe qu'il y a eu la révolution scientifique et technique parce qu'il fallait une civilisation. Une civilisation, qu'on y croit ou pas en Dieu. Une civilisation nourrie du christianisme, nourrie dans la transcendance pour dire, mais non, il n'y a rien de divin, là, il n'y a pas des nymphes derrière les sources c'est du H2O, on peut faire un barrage. Point. Vous comprenez ? Il n'y a pas, on ne tremble pas devant la nature, devant le...
1:06:53 Tu peux se venger, oui. Ces écolos sont des néo-paganismes qui s'y servent, des néo-paganismes pour dire que si on touche aux grenouilles, les gens veulent aux grenouilles. Non, je prends toujours cet exemple-là parce que je suis furieux quand même qu'on ait fait dépendre le changement de cadre de vie de population entière à cause des grenouilles. Je connaissais quelqu'un, je vous dis en tout cas, je me suis assassiné sans registrer. Non, c'était pourtant un type, c'était un saint, un juif polonais que j'ai rencontré qui était contractuel local, même pas coopérant en Côte d'Ivoire, gagner le salaire.
1:07:29 Un Ivoirien était fou de musique d'avant-garde, c'était quelqu'un d'extraordinaire, une pauvreté, enfin, matériel, il adorait ce qu'il faisait, prof d'Espagnol, perdu à Bingerville, il avait maricain, la Yuna. Et justement, on y arrive au marécage, ah ah, il renombe, il écoutait donc des disques sur sa terrasse, le soir, comme ça, et vous savez, là-bas, dès qu'il y a un petit peu, une petite pluie, il y a des millions de crapauds, si c'est encore sur les petites rainettes, n'est-ce pas, d'ignobles crapauds, plein de pustules, il prenait sa machette, il les enfourchait, il en avait des brochettes de 5 ou 6, il me dit, écoute, il y en a encore des millions.
1:08:10 Voilà, il y en a qui disent qu'il avait tort, il avait peut-être tort de s'y prendre comme ça, je ne sais pas, maintenant je vous garantis qu'ils ne sont pas en disparition. Voilà, non, ce qui est ridicule, c'est de dire que si l'homme a une initiative, tout l'équilibre de la nature et la providence en fait des signes. on va l'expliquer à certains peuples de la Terre qu'il y a une providence en la nature, elle est bien bonne, ils aimeraient bien. Bref, tout ça s'écroulerait, n'est-ce pas, parce que j'ai fait un barrage qui empêche les saumons de remonter chez eux.
1:08:43 Je croyais que l'hydroélectrique, c'est bien, c'est pas, c'est ni le charbon, ni le pétrole, ni le nucléaire, il n'y a même pas le problème des déchets, c'est, c'est que c'est bien. Ah non, non, on développe les poissons. Voilà, donc, sous couvert de pseudo-scientifiques, cette pseudo-science qu'est l'écologisme, parce que je suis un amoureux de l'environnement et je trouve qu'il est saccagé et qu'on devrait s'associer politiquement pour le préserver, mais pas dans le sens de préserver la nature.
1:09:17 Je répéterai jamais assez cette parenthèse. Mais par contre, je veux dire, si on doit précisément aménager notre environnement, c'est que tel qu'il est, tel qu'elle, et avant qu'on agisse, il n'est pas du tout l'effet d'une providence. Car c'est une providence de dire que chaque espèce est nécessaire, etc. En plus, c'est une contradiction, parce que la nature a utilisé des millions d'espèces, bien avant que l'homme n'apparaisse sur Terre. Mais alors, avec sans souci, si vous savez, la plus grave disparition, c'était il y a à peu près 250 millions d'années, lorsqu'il y a eu le phénomène qu'on appelle les volcans sibériques, c'est un propos situé en gros, où il y a eu d'autres phénomènes volcaniques, on dit, voilà, de plusieurs millions d'années, mais c'est terrible, n'est-ce pas, qui a fait disparaître, je crois, 96% des espèces d'humants.
1:10:08 C'est-à-dire que tout ce qui vit, il s'agit de vol, nage, ou grouille. Et le soupergnant de félicité, j'étais promené dans une forêt où il n'y a pas d'animaux, quand même. Donc, je suis pour les protéger, mais pour le plaisir d'en voir. Par contre, je ne sais quel équilibre qui n'existe nulle part. tous ceux qui existent maintenant sont les descendants du 4% restant donc. Tenace, la vie, hein. Voilà. Donc, ce néo-paganisme va très bien, vous voyez, et parfaitement congru.
Parménide et Héraclite, peras et apeiron
1:10:44 En gros, tous les néos sont réactionnaires. Je reviendrai une autre fois parce que je dis d'une manière dogmatique comme ça. Mais, il faut bien voir à quel point, ce n'est pas un hasard si ce néo-conservatisme qui restaure des notions, alors là, on n'a pas de l'écologie, l'identité. Ben oui, tout ne se résume pas à des problèmes de classe ou sociaux, etc. Il y a quelque chose, il y a la francitude, il y a la germanitude, il y a la corsitude, et même la bravitude, si j'en crois, Ségolène Royal. Ce n'est pas ça ?
1:11:14 Ce n'est pas la bravitude ? La notion d'identité qui est ontologiquement marquée, comment dire, en philosophie, n'est-ce pas, qui suppose qu'il y a de l'être et non pas du devenir, qui a choisi Parménide par rapport à Héraclite. Je ne suis pas en train de dire que c'est Héraclite qui a raison d'affirmer que tout s'écoule par rapport à Parménide qui dit ce qui est, est ce qui n'est pas, n'est pas. Vous voyez, vous faites comme les élèves en Afrique, vous avez éclaté de rire quand j'avais cité ça. Quand j'avais dit Parménide, c'est celui qui a dit ce qui est, est ce qui n'est pas, n'est pas.
1:11:47 Éclats de rire. Vous n'avez pas besoin de faire la philosophie pour comprendre ça. Ils n'avaient pas compris que c'était sérieux. Ils venaient de formuler avec rigueur le principe du tiers exclu. Sans lequel il n'y aurait pas les mathématiques, la non-contradiction. Ou bien ceci, c'est une paire de lunettes ou bien ce n'est pas une paire de lunettes qu'il n'y a pas entre les deux. Le tiers est exclu. A ou non a. C'est comme ça qu'on dit en logique. A ou non a. Pas de blague. Il ne dit pas, ben, tu es mon ami, je te fais un bon prix.
1:12:24 Mais oui, c'est le peuple marchand qui a inventé le dialogue. Donc, c'est important ce qu'on voit là. Je ne choisis pas Héraclite contre Parménide. Même si je penche pour des philosophies de l'histoire, de l'avenir, etc. Mais, justement, j'essaye d'être à la hauteur de la dialectique du réel c'est que pour qu'il y ait mouvement, il faut qu'il y ait un point fixe. Il faut les deux pour rendre compte du réel.
1:12:54 Vous avez tous été surpris de croire que le train avait démarré, mais non, c'était le train d'à côté qui partait. Et ça, on le sait depuis Galilée. Enfin, la plupart des gens ne le savent pas. La relativité du mouvement. Ils sont bien sûrs que le mouvement, c'est une chose qui existe, qui est réelle. Non, il n'y a mouvement que par rapport à un point fixe. La même chose, cette table est immobile, là, maintenant, alors qu'elle va rire en même temps, il n'est pas faux de dire qu'elle va à 30 km secondes comme tout ce qui est sur Terre autour du Soleil. Tout dépend du laboratoire par rapport auquel on observe cette table ou par rapport auquel on parle de cette table.
1:13:33 Donc, le point fixe, c'est Parménide et le mouvement, c'est Héraclite. Voilà. Mais oui, je suis en train de réhabiliter la bonne vieille dialectique de la nature. Enfin, la nature, la philosophie, comment dire, c'est quelque chose de contradictoire, voilà. De même qu'avant, on opposait la matière, l'inertie, l'énergie, alors que la formule physique la plus célèbre du XXe siècle, n'est-ce pas, consiste à montrer qu'il y a une relation d'équivalence entre la matière et l'énergie. E égale MC2, ça veut dire ça.
1:14:03 exprime, pardon, cette équivalence. On peut passer, Erwan, je ne dis pas des bêtises. Merci. On peut le dire à haute voix, hein. On peut le dire à haute voix, parce qu'il faut le confondre. Il faut le préciser le GLC2. Voilà. Euh... Il faut le préciser au repos. Pardon ? Il faut le faire avec le GLC2, c'est dans un référentiel au repos. Dans un référentiel au repos, absolument. C'est bien de préciser les conditions de température et pression, je vais dire.
1:14:35 Merci. Donc, voilà. Nous n'avons pas le choix, nous, en tant que... Et oui, je ne dis plus européens, là. En tant que modernes, même si cette modernité, celle qui essaie de faire cohabiter en nous l'infinitisme romantico-chrétien, cristiano-romantique, et le peras grec, c'est Anaximandre, un présocratique, qui opposait l'apeiron, vous voyez, sans périmètre, un apeiron, et sans contour, Paris sans le périph.
1:15:13 Voilà, on ne sait plus où, là, mon Dieu, je ne suis pas sérieux, moi, j'ai payé cher, on ne peut pas passer. L'apeiron, ou peras, le peras, c'est ce qui est bien déterminé, un contour, un angle droit, un cercle, etc. C'est l'apeiron. Les nuages, là-bas, les merveilleux nuages, comme dirait Baudelaire, l'apeiron, on a triomphé avec l'impressionnisme, vous voyez. Le fait que ce soit en Europe que, pour la première fois, en termes de chronologie, soit apparue cette forme de modernité, ne veut pas du tout dire que ça repose sur une ethnie.
1:15:53 ça concerne tous qui ont eu ce double héritage, tout simplement. Qui s'investissent aussi bien dans l'un que dans l'autre. Et nous avons vu que ce sont des valeurs aussi universelles l'une que l'autre. Je ne vais pas encore reparler de mes verseuses pour rappeler qu'un minimum de régularité est une valeur universelle. Je fais une parenthèse pour les verseuses. Je ne vais pas me empêcher de me rappeler tout d'un coup qu'à la fin de sa préface à la philosophie du droit, dans le testament politique, le vieux Hegel qui en a un peu marre d'avoir plus joué.
1:16:27 Il a un peu plus incisif, bref, et elliptique. En fait, voilà, c'est appliqué patiemment à tout démontrer. Et à un moment donné, il dit, voilà, c'est un ouvrage de philosophie politique et non pas de politique qui apprend à considérer l'État tel qu'il est et non pas tel qu'il doit être. Il est d'abord comme Marx pourra avec le capitalisme. On étudie comment fonctionne le capital. Mais c'est pas ça. C'est là qu'il dit le philosophe n'a pas se préoccupé du détail de telle ou telle prescription politique particulière.
1:17:01 Et là, il dit, Platon aurait pu se passer de prescrire au 8e livre de la République aux sages-femmes de courir de long en large pour faire que les bébés s'habituent au confort et que le citoyen soit un bon guerrier. quand même, le bébé avait un peu de berceux de tranquillité. Platon, il y a ça, il est dur, Platon. Et Fichte de demander qu'on mette le portrait des criminels sur leur passeport. Il n'y a pas encore des photos et Fichte. qui a été jugé sur son passeport, Il n'y a pas encore de l'identité.
1:17:39 Il n'y a pas encore de l'hôpital. Et j'adore les nourrices de la République de Platon courant de long en large en agitant le bébé pour ne pas qu'ils s'habituent au confort et pour ne pas qu'ils se ramollissent, n'est-ce pas, dans son sommeil de nourrisson. Voilà. Donc, c'est universel, ça. Ce n'est pas grec, ce n'est pas chrétien, ce n'est pas européen, ce n'est pas inuit. C'est commun à tous les peuples.
1:18:10 Et donc, j'ai fait cette longue réponse à cette question parce que elle me permet de montrer que l'alternance entre classicisme, néo-classicisme et néo-romantisme dans l'expression littéraire de la révolution française jusqu'à nos jours se retrouve aussi bien dans l'idéologie politique par l'alternance d'une pensée révolutionnaire et d'une pensée contre-révolutionnaire. Voilà. Je clôt provisoirement le débat sur...
L'OTAN comme cible commune ; les poèmes de Nerval
1:18:44 Je dis à Zébin bravo pour la question, bravo pour la thématique, vous avez vu qu'elle n'est pas indifférente, mais par contre qu'elle illustre par d'autres que M. Soler. Oui, je ne vous l'ai pas dit. Je vais la mettre à avoir un peu la dent dure. Bien sûr, il condamne tout le christianisme et puis il dit le marxisme, tous les mouvements révolutionnaires sont influencés par ce monothéisme du Goulag. Enfin bref, je ne sais pas. Donc finalement, on est toujours du côté de l'OTAN.
1:19:15 C'est ça le point commun, vous voyez, à toutes ces idéologies, c'est qu'elles finissent toujours pour avoir comme cible, y compris l'intégrisme islamiste. Ah, vous n'attendiez pas celle-là. Regardez sérieusement, Ben Laden, historiquement, c'est-à-dire avant les souvenirs occultants, c'est-à-dire après il y a des événements tellement importants qui nous font oublier ce qu'il y avait juste avant. Vous voyez, comme mai 68, on ne peut oublier qu'en 67, il y a, 1967, il bat le record du nombre d'heures de grèves qu'il y ait jamais eu en France depuis la libération.
1:19:46 On ne peut pas durer. On confond les révolutions et les contre-révolutions. Je reviens à Ben Laden. Ils ont les mêmes protecteurs. En tout cas, ce qui est sûr, c'est que ce Ben Laden, c'est l'époque où sa famille fréquente la famille Bush père déjà. Je veux dire, ça tout le monde le sait, je veux dire, je ne sais pas la réalité, on ne peut pas c'est archivé.
1:20:18 Je ne vais pas chercher les documents, les photos frites. Les poubelles d'Internet, non, c'est archivé. Mais, à qui il en voulait à ce moment-là ? Saddam Hussein, à Kadhafi, à Arafat. C'est-à-dire, les trois seuls dirigeants de la région qui n'étaient pas les plus recommandables, d'ailleurs, mais qui n'étaient pas polarisés sur la question religieuse.
1:20:48 C'est eux trois auxquels l'OTAN va déclarer et faire la guerre. Quand même, hein ? Quand même. Il a bien mérité de la patrie atlantiste, je veux dire. Bon, encore, on se débarrasse. Comme je vous ai dit la dernière fois, la raison s'est débarrassée de Napoléon et de la Sainte-Hélène, dès l'instant que Napoléon a fait éclore l'État moderne, la raison n'avait plus besoin de ruser, n'est-ce pas ? Il pouvait le mettre dans son cachot de Sainte-Hélène.
1:21:18 Voilà. Donc, c'est pour ça qu'il y a mieux que ce soit. Je pense, bien sûr, si cette forme de pensée qui joue la carte des dieux païens contre le dieu vengeur et l'unique et jaloux, oui, je comprends très bien. Oui, je suis de ceux-là qu'inspire le vengeur. Il m'a marqué le front de sa lèvre et le résultat. C'est quelqu'un qui connaît ça, qui connaît, à qui ça dit quelque chose.
1:21:49 Oui, je suis de ceux-là qu'inspire le vengeur. C'est rien, genre. Tu connais le début, tu ne te rappelais pas de la suite. Il y a un chimère. Tu demandes pourquoi j'ai tant de rage au cœur et sur le col flexible une tête indomptée, c'est que je suis issu de la race d'Antée. Ça, c'est des rôles d'antiquité. C'est celui qui a du mal à tuer parce qu'il est fils de la terre, de Gaïa. Donc, chaque fois que ses pieds retouchaient la terre dans le combat, il reprenait toutes ses forces.
1:22:20 Donc, il a dû l'étouffer en l'air, Héraclès. C'est ce que dit le mythe. Voilà pour ce qu'il y a d'Antée. Oui, je suis issu de la race d'Antée, je retourne les dards contre le dieu vainqueur. Vous devinez que c'est quelqu'un qui joue le rôle du jeu des dieux païens et qui veut leur revanche contre le dieu vainqueur, le dieu chrétien qui est venu toute la planète. Oui, je suis de ceux-là qu'inspire le vengeur. Il m'a marqué le front sous la pâleur d'Abel et l'ensanglanté. J'ai parfois de Caïn l'implacable rougeur.
1:22:51 Oui, c'est quelqu'un qui joue la carte de Caïn, celui qui, dans la Bible, est désigné comme méchant par le dieu jaloux, n'est-ce pas ? Eh bien, j'ai la tentation de Caïn, c'est Gérard de Nerval. C'est ça parce qu'on l'appelait le gentil Gérard. Qu'est-ce qu'il a pris de se suicider ? Il était charmant. Bon, il était un peu bizarre. Il avait des fantaisies, il avait des visions. Mais enfin, quelle belle plume, c'est dommage. Ses amis, quelle solitude. Il va pas être comme ça. Là, il dit, pourquoi j'ai tant de rage au cœur, le gentil Gérard ?
1:23:23 La pâleur d'Abel, hélas, ensanglanté, j'ai parfois la carte de rougeur. Lui, il assume les deux jusqu'à la folie. D'accord ? C'est parce qu'il est seul. Ce sera ma conclusion, je vous le dis avant, parce que je voudrais que vous passez la parole à la dernière demi-heure. Ce sera ma conclusion, c'est que le grand danger de cette contradiction lorsqu'elle passe dans la réalité, c'est qu'elle est un danger de déséquilibre. Et donc, d'irrationalité et de folie. Et donc, la meilleure manière de l'éluder, c'est la synthèse d'être soit dans le mensonge qui dit cette contradiction soit dans la folie lorsqu'on a un risque, c'est de la partager.
1:24:03 Ce qui est terrible dans les poètes maudits, merveilleux, etc., c'est, rappelez-vous ce qu'on avait dit sur la cloche fêlée, vous vous rappelez, c'est qu'on isole celui qui assume ces contradictions comme étant un malade, un ébompat, il n'est pas des nôtres, celui-là, c'est un poète maudit, il faut le condamner, important. Le poète dit, Mallarmé, il est plutôt au contraire celui qui donne un sens plus pur aux mots de la tribu. Et là, je crée des mots avec les mots TS comme le fait Mallarmé ou M-A-U-X, ça revient pour le même ici.
1:24:35 Donc, ils m'ont plongé trois fois dans les eaux du Cocyte, vous avez entendu les anges du nouveau Dieu, ils m'ont plongé trois fois pour me noyer dans les eaux du Cocyte. C'est un des fleuves des enfers, ils ont essayé trois fois de me tuer. En fait, c'est les trois crises de folie qu'il a eu à ces trois internements. C'est une mort psychique. Ils m'ont plongé trois fois dans les eaux du Cocyte et protégeant tout seul ma mère Amalécyte, je resseme à leurs pieds et les dents du dragon. Ça sonne bien, hein ? Bon, et puis vous avez vu que j'ai cité son poème le plus célèbre, le ténébreux, suis-je Amour ou Phébus ?
1:25:14 Ah, c'est bien très bien, hein ? Lusignan ou Biron ? Mon front est rouge encore du baiser de la reine. Elle est plus beau avec notre langue. Mon front est rouge encore. Encore une fois, ça s'est passé il y a 10 000 ans le baiser et tout le monde encore la chaleur. Mon front est rouge encore du baiser de la reine. J'ai rêvé dans la grotte où nage la sirène sur un petit tour. C'est pas chrétien, ça. La sirène, vous vous rendez compte ? Queue de poisson. J'ai rêvé dans la grotte où nage la sirène et j'ai deux fois vainqueur traverser l'Achéron. Donc voilà, on est chez les Grecs, le fleuve qui entoure les enfers, modulant tour à tour, tour à tour sur la lyre d'Orphée.
Nietzsche, Wagner et le passage à Parsifal
1:25:46 Donc voilà, la poésie absolue, les soupirs de la sainte, les cris de la fée. Voilà, il faut assumer cette contradiction. C'est lui. Il y a peut-être plus loin dans la pensée, je ne dis pas dans la philosophie parce que lui-même se gausse des philosophes souvent. Mais je pense à Nietzsche. Je ne sais pas. Nietzsche, alors là, a fait le plus grand procès qu'on ait jamais fait, enfin le plus virulent en tout cas, en force du christianisme, pas le plus obsessionnel parce qu'il y a qui ont encore 540 volumes, mais je veux dire le mieux argumenté, le mieux écrit surtout et le mieux nourri d'exemples adéquats.
1:26:24 Et il dit bien souvent aut Christus, aut en latin ça veut dire ou bien ou bien. C'est comme le tiers exclu tout à l'heure, il n'y a pas entre les deux. Aut Christus, aut Zarathoustra. Ou bien vous vous en tenez pour Zarathoustra, qui est mon prophète à moi, le prophète du Grand Midi. Midi, ce n'est pas le matin ou le crépuscule, ce n'est pas l'Occident, ce n'est pas chrétien, ce n'est pas crépusculaire, mélancolique, vous voyez, ça se tient. C'est bien. La Pauline, à gauche on tombe, à droite on tombe, c'est en midi.
1:26:56 C'est le fait du Grand Midi. Voilà, on ne peut pas être à la fois, n'est-ce pas, chrétien et nietzschéen, en gros. Et puis, je vous ai cité la dernière fois cet admirable dédit que fit Nietzsche de sa propre parole, alors qu'il avait, n'est-ce pas, à la lecture, qui venait de découvrir, du livret de Parsifal, dernier opéra de Wagner, son testament, qui, à la différence, on est en plein dans le sujet. Wagner avait consacré son immense oeuvre, la plus longue oeuvre de tout l'art occidental, puisqu'elle dure quatre jours.
1:27:30 Il y en a qui trouvent que les symphonies de Mahler sont longues, enfin, c'est-à-dire, c'est pas tout à fait une heure, c'est quatre jours. En fait, non, ça vient des Grecs, c'est les Grecs qui avaient l'habitude de faire une trilogie, qui, par exemple, pour la famille des Atrides, Agamemnon, Orestes, tout ça, on fait trois jours, on sait qu'à quoi faire. Et puis après, on fait une comédie à la fin, ce qui fait qu'on se quitte sur une note un peu plus fun, et le tout s'appelait une tétralogie. Trois plus un quatre, une tétralogie. Wagner va venir reprendre un petit peu ça, cette tradition-là, puisqu'elle veut reconstituer cette manière unique qu'avaient les Grecs de rassembler le peuple, disperser le peuple individualisé, moderne, rassembler sur les gradins d'un théâtre.
1:28:12 Je fais une petite parenthèse, mais en général, je veux dire, les rois, ils leur arrivent de s'enticher pour des poètes de valeur, voire des musiciens de valeur, comme Frédéric a fait avec Bach. Bach était un obscur petit musicien de province, il n'avait pas eu la chance comme Haendel d'être attaché à la grande cour d'Angleterre, parce qu'ils sont nés à 13 kilomètres l'un de l'autre. Leipzig, Bach, Halle ! Bon, Haendel, les deux titans du baroque sont vraiment voisins. C'est une pépinière, la Saxe. Schumann est né là, Wagner est à Leipzig, enfin, voilà, tout cas.
1:28:43 Sauf que Haendel, le hasard biographique, a eu la chance d'aller habiter en Angleterre, et Bach est toujours resté employé par les austères protestants de Leipzig, on va faire ton patin dimanche prochain, pas d'opéra. Et donc, assez obscur, voyez, le plus grand musicien de son temps, certains le disent tous les temps, enfin, tout le monde, comme ça, celui des musiciens pour dire, c'est quand même un patron, hein. Voilà, tout le monde, sa renommée, pas de compositeur, ils ne renomment pas, mais ils étaient tellement fabuleux pour être instrumentale à l'orgue de la Cain, ils pouvaient faire une fugue avec un petit chien, parce qu'il y avait d'alui, vous savez, on doit bien clavier avec des pieds, talons-pointes, ils vous faisaient une fugue à trois voix, comment on dit ?
1:29:19 Donc, sa réputation, on aime bien les monstres de foire quand on ne connaît pas bien la musique. Et donc, et là, le roi, qui est un excellent flûtiste, lui a présenté un thème de fugue et Bach a fait un miracle de fugue, monsieur. Ça pourrait arriver, enfin, c'est déjà pas mal, c'est pas que les artistes soient invités à la cour. Avec Wagner, c'est les empereurs et les rois qui se déplacent pour aller à Bayreuth chez l'artiste. Wagner, c'est quelqu'un. Il s'est permis ça, lui, n'est-ce pas ? Ben, il vient de s'y voler.
1:29:49 Et sa devise, cet homme odieux était le monde me doit ce dont j'ai besoin. L'homme était odieux. Je vous dis la vérité, c'est le document, il tapait le mec, sa femme, son fric, parce qu'il était fauché. Bon, il y a plusieurs mots comme ça. Et pour être tout à fait honnête, tous ceux qui l'ont connu disent, vous ne le connaissez pas. il est d'une ensorcelante de gentillesse. Votre note. Et, allez, prenons son cocu le plus célèbre, Hans von Bülow, le premier mari de Cosima, le futur Madame Wagner.
1:30:22 Ce n'est pas évident à l'époque, excusez-moi, je suis dans le closeur, mais c'est un peu le sujet. C'est un peu le sujet parce que je suis en train de parler du moment où Wagner va passer de son inspiration païenne et néo-germanique à faire Brünnhilde, Siegfried, Wotan, Walkyrie, etc., à son testament de Parsifal, Perceval, le Gallois, la Quête du Graal, la matière de Bretagne, chrétien, breton, celte, contre le germanisme païen, parce que quelque chose. Donc, oui, il est entre les deux, il a une soixantaine d'années, Cosima, 25 de moins, elle a pour époux le plus grand chef d'orchestre de l'époque, Hans von Bülow, Karajan, c'est rien à côté.
1:31:01 Et grande famille prussienne en plus, je veux dire, la noblesse prussienne, bouddhiste, c'est un beau sens. Dans ces milieux-là, à l'époque, déjà, les Bobobobobobos, les bourgeois bohèmes, bouddhistes et bonobos. Très grand chef d'orchestre. Et voilà, elle abandonne tout pour ce musicaillon, fauché, qui n'a même pas répondu au premier émissaire que lui envoyait le roi, Louis II, qui le cherchait dans toute l'Europe pour en faire son musicien à lui, parce qu'il avait peur que ce soit des huissiers qui le cherchent, des créanciers.
1:31:39 Je veux dire à quel point il était fauché. Et donc, je saute des étapes, Bülow dirige Tristan. Non, non, mais écoutez, vous ne connaissez pas, mais de toute façon, pour ceux qui ne connaissent pas, c'est 5 heures de la passion la plus torride qu'on ait jamais osé mettre dans l'art en général une musique en particulier et qui chante les amours. Je veux dire, c'est son rival qui s'exprime là. Vous voyez, il est en train de diriger d'une manière incandescente l'éros de son rival. Vous savez ce qu'il dit à la fin de la répétition ?
1:32:10 Il y a ce qu'il dit à l'orchestre. Un homme qui a fait ça, on doit tout pardonner. Vous voyez, donc, il ne faut pas il ne lui a pas de rien promis. Il faut être honnête. Donc, Nietzsche, qui était ravi du personnage de Siegfried, car Siegfried, il est jeune, il casse les anciennes valeurs, il a du mépris pour la pitié, comme ça. Oui, il n'y a pas de pitié pour Mime, le fourjour, on peut vous raconter toute l'histoire parce que c'est encore plus long que Le Seigneur des Anneaux.
1:32:41 Mais c'est à peu près pour la même histoire. Donc, il y a pour ce qui est des fondamentaux. Et voilà que tout d'un coup, son héros, c'est un idiot. Perceval, frappe sur une jouille tant l'autre. On l'amène dans le domaine du Graal. Alors lui, il n'y en a qui cherchent toute une vie, lui, on l'amène direct. Et on attend qu'il pose la question qui lèverait le maléfice qui plane sur le monde. On ne dit rien. Le silence.
1:33:11 Enfin, le premier acte que le rideau se baisse c'est parce qu'il n'y a pas de Nargent. Et on ne connaît même pas son nom. Non, mais ça, on oublie le deuxième acte, ça fait déjà trois heures que ça a commencé qu'on ne saura pas. Et on va faire son nom. Tu m'appelles, moi qui n'ai pas de nom. Donc, il tombe sur ce texte-là, Nietzsche. il a la petite colère. Les gens, ils commencent à se brouiller avec les Wagner. Il dit, c'est la haine, c'est impossible. Là, Nietzsche devient philo-sémite. Je suis sérieux. Ça, on ne vous le dit jamais pour les Nietzscheens. C'est vrai. C'est vrai que Nietzsche n'avait pas ça.
1:33:42 Je vous dis, il faudrait marier les purs sangs prussiens avec les juments juifs pour s'attraperer bien le sang allemand. Vous voyez, c'est pas des phrases antisémites, ça. Et puis même sur ses carnets de folie, à l'instant, je fais fusiller tous les antisémites. Vous voyez, c'est clair. C'est clair. Mais, il n'a pas toujours été comme ça. Comme tout, je vous l'ai dit, comme la quasi-totalité de la petite bourgeoisie cultivée allemande, il était antisémite dans sa jeunesse. Et s'il est devenu filosémite, c'est par haine de Wagner.
1:34:12 Qui lui, n'avait rien d'un nazi sauf un antisémitisme maladif. Alors que Nietzsche a tous les termes du nazisme sauf l'antisémitisme. Voilà, je vous donne le dossier comme ça. Ne me croyez pas sur parole, creusez. Parce que ça intéresse. Mais c'est intéressant. Bon, je vous dis, la France a des problèmes, l'Allemagne est un problème. Et donc, il tombe sur le texte, c'est pas possible. Je peux pas me répéter, mais il est devenu gâteux le vieux. C'est vrai que c'est mon dernier rêve. C'est le chemin de Rome, ça.
1:34:43 Si on est vraiment connu le chemin de Rome, ça veut dire on revient au catholicisme. Il y a le grand conflit d'histoire allemande, c'est le conflit des empereurs et des papes. Il faut savoir, ça. Le chemin de Rome, c'est vraiment la reddition totale. Il ne faut pas oublier que Luther, c'est ça. La réforme, c'est qu'on a la marre de payer des impôts à quoi qu'on bosse, nous, Merkel, Chorubles, c'est pas ça. Non, mais quand même. Donc, Nietzsche est furieux de voir l'autre gâtisé tout d'un coup dans le romantisme chrétien pessimiste, anti-chair, anti-machin, anti-volupté, culpabilisant, avec du sang de tous les côtés, le sang du cygne qu'on a éclamoussé et qu'on n'aurait pas dû parce qu'il était végétarien, le sang du Christ, le sang du roi pêcheur, ça avait sûr qu'il ne se referme pas tout ce truc malsain que Nietzsche déteste.
1:35:35 C'est pas grec, ça. Enfin, franchement, eh, ah bon ? C'est Vénus, sortant de l'onde, hein ? C'est pas... C'est pas les... Comment ça s'appelle ? Les gisants, les gisants, rongés par les vers, sculpture de fin du Moyen-Âge. Pas ça, c'est le corps glorifié, c'est le corps glorieux. Et puis, je vous l'ai dit la dernière fois, je crois que je le répète pour ceux qui n'étaient pas là et tout d'un coup, à quelques semaines de son effondrement psychique, à quelques semaines du cheval maltraité à Turin à qui il va rouler ce magnifique patin, et là, je parle sans aucune ironie, il prouve que la pitié, il n'avait pas réussi à la refouler entièrement dans son âme, et quand il commence donc sa folie et qu'on en perde et qu'il ne reconnaît plus personne, bref, il mourra dans cette solitude dans l'asile, il sortira un peu, il ressortira des fois, en disant à un voisin lit à l'hôpital, chante-moi un chant.
Le prélude de Parsifal et la solitude du poète
1:36:28 C'est beau, hein ? Et, ou en écrivant des petits billets à Madame Wagner où il y a marqué Ariane, je t'aime, signé Dionysos. C'est des gens qui concernent la mythologie, c'est-à-dire, c'est un coureur, il faut pacifier, moi, je serai fidèle à Dionysos. C'est beau, c'est Ariane. Voilà, bref, moi, je ne t'aurais pas laissé à Naxos, ça veut dire. Et voilà que quelques semaines, quelques mois, pardon, de l'effondrement, il entend pour la première fois cette fois la musique parce que là, il ne parle que du texte, il n'avait pas entendu la musique.
1:37:05 Vous voyez, à Monte Carlo, il entend le prélude et là, il est plus wagnérien que personne ne l'a jamais été, plus chrétien que personne ne l'a jamais été. Vous voyez, ces alternances. Je suis en train d'être presque à ma conclusion, je vais la hâter un peu d'ailleurs, à savoir que je vous ai dit, il faut assumer d'autres contradictions, je vais reprendre le fil pour Nietzsche, ne vous inquiétez pas, et cette alternance qui se fait d'une époque à l'autre peut se faire aussi dans l'ordre du simultané, dans la même personne comme on l'a vu pour Nerval, qui est partagée entre les soupirs de la Sainte et les cris de la Fée et comme on le voit maintenant pour Nietzsche.
1:37:44 Et vous voyez que je parle de deux fous, de deux qui ont fini dans la folie, et c'est ce qui arrive lorsque le destin est individuel, c'est ça ma conclusion, lorsque, comme dit Hölderlin, le poète n'est pas seul à être tête nue face au feu divin, mais quand il est partagé par, et comme c'était le cas pendant la Grèce, car c'est ça la référence grecque, c'est pas Apollon, c'est pas à l'argent de droit, c'est que, comme dit Hölderlin, nul n'était seul à supporter la vie dans ce monde de la citoyenneté, et pas le monde du privé, le monde de la citoyenneté. Donc, je termine quand même, parce que, Nietzsche, il va jusqu'à dire, c'est comme, quand j'écoute ce prélude, comme s'il ne me parlait et me disait la vérité que je ne me suis jamais avouée, celle du christianisme, c'est-à-dire le discours le plus fort, il dit le mot fort, chez l'île, c'est une valeur forte, c'est dire en latin, virtus, c'est la vraie traduction, pour ceux qui sont de bon latiniste, c'est la force, c'est pas la vertu, dans le même sens en tout cas.
1:38:39 Voilà, vous voyez, ce dédit est magnifique, et je demande donc à Zében de bien méditer l'exemple de Nietzsche qui va au moins, lui, jusqu'au bout de ses contradictions et non pas, pour ceux qui, parce que l'agitation du prolétariat leur donne des boutons, qui deviennent anti-monothéisme, anti-transcendance, enfin, non, je ne sais pas. Voilà. Je ne voudrais pas, sur un sujet qui concerne chacun et chacune d'entre nous, monopoliser la parole, on a le temps de poser quand même des questions. Je ne sais plus si c'est dans Matthieu ou dans quel âge l'apôtre qu'on dit, il ne peut pas y avoir de prêtre chrétien, il ne peut pas y avoir d'église chrétienne.
L'Évangile contre la culpabilisation
1:39:15 L'église, le mot ecclésia, je ne veux pas faire la théologie à la place des théologiens, mais enfin, ecclésia, que les philologues savent, ça veut dire l'assemblée de ceux qui croient en la parole du Nouveau Testament. Point. Il n'y a pas une caste privilégiée, c'est d'ailleurs l'essence de la réforme de Luther. Dans son ouvrage le plus célèbre, la liberté du chrétien. C'est pas avant lui, on disait hors de l'église, point de salut. Je ne peux pas arriver au ciel si je ne passe pas par la médiation d'un curé à qui je demande c'est quoi le bien, c'est quoi le mal. Bref, je demande au curé du coin, à la paroisse, ce qui nous en veut du bien et du mal.
1:39:49 C'est comme quoi ? Je ne connais jamais un parti communiste dans l'histoire. On a vu cette organisation. dans chaque paroisse, c'est rien une cellule de quartier à côté. Dans chaque paroisse, mais je ne dis pas ça ironiquement, ça joue un grand rôle dans l'histoire et pas du tout négatif. Non, c'est un mec qui s'entretuait et qui avait la trêve de Dieu, c'était quand même mieux. Mais dans chaque paroisse, même on sonde les reins, les cœurs et les âmes. Vous vous rendez compte ? Je peux savoir avec qui Madame trompe son mari, c'est fantastique.
1:40:20 Je parle de niveau politique uniquement, c'est prodigieux. Alors, on connaît ça. Bon, et on est loin de l'évangile de Jean. On est loin de qui veut sauver sa vie, il la perdra. On est loin de la parabole du jeune riche. Je ne sais pas si vous savez, dans l'évangile, il y a un jeune riche qui a abordé Jésus. Voilà, je fais 10 commandements, je respecte, qu'est-ce qui me reste pour mériter le royaume des cieux. Et le Christ lui dit, laisse tes biens et suis-moi. Et le texte s'ajoute, et le jeune homme s'en alla fort triste car il avait beaucoup de biens. C'est mignon.
1:40:50 C'est là que, le voyant s'éloigner, Jésus dit à ses disciples, je vous dis en vérité, il est plus difficile pour un chameau passé par le chas d'une aiguille. C'est impossible. C'est plus difficile. Voilà. Et puis, je pourrais multiplier. Allez, je crois, non, mais ta question est intéressante. Parce qu'il y a une telle perversion, pas inversion, mais perversion, une vraie perversion des concepts qu'on est arrivé jusqu'à fonder le concept de judéo-chrétien pour symboliser tout ce qui, en gros, brime notre libido.
1:41:22 En gros. Non, non, mais c'est normal. Allez, soyons clairs. Bien. malheureusement, il est plutôt libertaire. Alors, je cite l'évangile, je ne me prononce pas, je ne l'interprète pas. Lorsqu'il y a la scène de la femme adultère, il dit aux pharisiens, vous, vous jugez selon la chair, moi, je ne juge personne. Premièrement, moi, je ne juge pas selon la chair. C'est énorme pour quelqu'un qui est censé fonder le judéo-christianisme.
1:41:52 Deuxièmement, le seul péché impardonnable, dans la religion du pardon par excellence, il faut que ce soit grave, mais le seul péché impardonnable, vous le savez, c'est le péché. Non, pas contre la chair, mais... Oui. Oui, merci, contre l'esprit. Ben, voilà, des gens qui ont une bonne éducation. Mais oui, contre l'esprit. En gros, le mensonge. Parce qu'il y en a qui est besoin que ce soit grave. Non, pas le mensonge du gamin qui dit c'est pas moi qui voulait des bonbons.
1:42:23 Non. Ben, ben, le mensonge à soi-même. C'est intéressant, le poids de l'idéologie sur l'individu. Des trucs que je pense parce que ça m'arrange et non pas parce que c'est vrai. Le mensonge. Ça, ça, c'est une privation, une privation de vérité à l'intérieur de soi. Voilà. On est à l'opposé du christianisme auquel tu penses. Des connotations qu'il y a derrière le mot chrétien qui est lié à une église, qui est lié à...
1:42:53 d'intérêt à... Voilà. Et si tu te masturbes, tu vas devenir fou, tu auras des boutons. Enfin, je veux dire... Voilà. Bien sûr. Alors, vous, je suis en recherche, je ne juge personne. Le péché, impardonnable, c'est le péché contre l'esprit. Mais surtout, surtout, ça, c'est plus important car ça va bien au-delà de l'histoire seulement de religion. Et je reviens à l'écologie, je te vois, rien dedans. Mais, parce qu'il y a beaucoup de culpabilisation dans les discours qui est écologiste.
1:43:24 Encore une fois, moi, je suis un... Quand je vais en forêt, il faut mettre avec moi qu'avec un écolo. Ils sont tristes en forêt. Ça, c'est du cas, je suis un pays. Ça, la vaut comme ça, mais c'est les plus acides qui ont gâté César. C'est bien, là. Non, non, non, mais l'apocalypse, à la fin, lorsque les dernières catastrophes, le septième sceau, où s'écroule, l'étang de feu, soufre, et Satan, qui est plongé dans l'étang, souffre.
1:43:54 Et la voix dit, le voilà, vaincu, le serpent ancien, celui qui accusait nos frères devant l'éternel. Le mal, c'est celui qui accuse. Or, on en a fait une religion de la culpabilité. C'est ça qui dévoit, à juste titre. Je ne suis pas pour... Je ne suis pas pour faire une statue à monsieur Soler. Voilà. vaincu le serpent ancien, dans les traductions, le dragon, le côté reptilien, dans le mal.
1:44:28 Aristote disait que le serpent, mais lui, c'est un naturaliste, Aristote, on a l'impression que c'est pas mentionné. Il disait, lui, il a sa bouche sur le sol. Il n'est même pas comme l'homme d'Ovide, de la tête, qui peut dresser vers le ciel, parce que même les quadrupèdes ont du mal à faire. L'inverse de l'homme, c'est Ovide qui avait dit que l'homme est le seul animal qui peut regarder vers le ciel. vers le ciel, quelquefois, comme l'homme d'Ovide, vers le ciel, ironique et cruellement bleu, dira Baudelaire ailleurs, alors que le serpent, l'inverse, n'y qu'à son ventre, sa bouche, il traîne sur le sol.
1:45:00 Peut-être pour ça. Bon. Puis ça filtre un peu. Donc, le serpent ancien, celui qui accusait nos frères devant l'éternel. Vous voyez, il y a un désaveu ici de la culpabilisation. Voilà, parce que j'ai répondu en partie. Voilà. Donc déjà, historiquement, le christianisme ne signifie pas la même chose que l'histoire de l'église catholique et ou protestant. Alors, ce n'est pas la question des églises instituées.
L'impressionnisme, chrétien au sens conceptuel
1:45:30 Là, tu as raison de parler de l'institution. Pardon, je te dis quoi. Et voilà. par contre, je veux dire, d'une manière inversement, je dirais, on peut trouver dans des phénomènes qui n'ont apparemment aucun rapport avec le religieux et la peinture impressionniste. Ce n'est pas un mouvement religieux. Mais il y a déjà une dilution du contour de la chose, de ce qui fait que c'est un objet fini, bien net, qui fait que c'est une table et non pas la chaise. D'accord ? Et non pas une fenêtre. Le fait que l'admirable le coucher de soleil sur la tamise de Monet, par exemple, bien malin celui qui sait où finit l'eau où commence le ciel ou si c'est la brume ou le smog ou la fumée de l'industrie dans l'ensemble du fondu chatoyant que nous rend Monet dans ce tableau.
1:46:20 Or ça, c'est chrétien dans le sens conceptuel maintenant. Bien qu'on ne soit pas dans le cadre de religion. Ça veut dire qu'il y a une indétermination donc une infinitude quelque part. On revient un petit peu à une période qui serait antérieure à la séparation des éléments. La création du monde, on a séparé l'eau ici, la terre là, là c'est du grec. Et là, tout d'un coup, voilà, c'est de nouveau un peu comme l'homme sans qualité. La difficulté qu'a le héros moderne, y compris dans le roman, à définir son identité.
1:46:55 Tout simplement. J'ai répondu en partie après. Très bonne question. J'ai répondu en partie