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Bach : l'Art de la fugue, l'Offrande musicale, les Partitas
2:24 utexon utexon Bonsoir tout le monde, j'espère qu'on m'entend. Je suis désolé que ma voix succède à ce morceau qui nous confond, qui est stupéfiant quelque part, n'est-ce pas ?
3:28 La musique savante a un répertoire, dite savante, un répertoire immense. On pense tout de suite à Bach, bien sûr, et dans l'œuvre de Bach, il y a des musiques plus ou moins savantes. Il était évident qu'une gigue comme… Un petit côté dansant presque paysan, ce n'est pas comme à une noce paysanne, ces noces si bien illustrées par un tableau de Bruegel, avec une gaieté toute flamande, Mais le morceau que nous voulons entendre est extrait de l'art de la fugue ou culmine. Si on voulait une métaphore un peu prétentieuse, on pourrait parler des mathématiques supérieures de la musique.
4:17 C'est une métaphore, mais encore que c'est bien au cœur de notre propos puisque je reprends un peu les choses en main après notre propos sur comment rendre réelles les sciences historiques et comment prouver qu'elles existent déjà d'une manière inaperçue. C'est-à-dire qu'elles ont déjà un objet rigoureusement formalisable, comme le sont les mouvements des astres, n'est-ce pas, ou ceux des particules, même si ce n'est pas tout à fait les mêmes équations, en deçà de certaines vitesses en tout cas, ou en deçà de certaines masses.
5:06 Mais ce qui est sûr, c'est que l'art de la fugue voisine vers la même époque avec des monuments de musique savantes, des monuments jamais égalés, voire même approchés dans le genre. Je pense à l'offrande musicale qui a d'ailleurs inspiré la photo qui commence cette vidéo qui est le début de l'admirable thème royal, je reviendrai, on l'appelle comme ça parce que c'est le roi de Prusse qui se piquait de musique, qui est excellent flûtiste paraît-il, et qui a entendu parler de ce musicien, ce musicien allemand, il n'y avait pas beaucoup dans les C'était les musiciens italiens en majorité, quelquefois français, mais très rarement allemands.
6:04 Et on lui avait dit « mais il y a un type là-bas, leipzig, c'est incroyable, il arrive à improviser avec les pieds, il fait des fugues sur le pédalier ». Et il a invité Bach. Et lorsque Bach un peu intimidé, ce n'est pas quelqu'un qui allait souvent à ce niveau de mondanité éminente, le roi lui a montré un thème qui venait de composer, c'est pour ça qu'on l'appelle le thème royal, l'admirable thème de l'offrande musicale, en disant à Bach s'il pouvait composer quelque chose là-dessus.
6:40 Et Bach a demandé un petit moment, puis il est revenu avec l'offrande musicale. Ça dit bien ce que ça veut dire. Mais d'une complexité, mais d'une beauté, j'insiste. Les œuvres, sur un point qui a déjà été remarqué, pas seulement par moi, tant s'en Mais qui c'est un étrange paradoxe ? Quelle dialectique ! Les œuvres, les plus grandes œuvres de Bach, c'est unanime, ne croyez pas qu'on ait des goûts à ce niveau-là, il n'y a que les imbéciles ou les ignares qui croient que chacun peut avoir son avis sur des choses aussi importantes, sont des œuvres à qui Bach avait donné au départ.
7:30 Par, et même à l'édition, une fonction didactique. Par exemple, l'art de la fugue, il faut le prendre comme l'art de bien s'occuper de son jardin. Voilà comment il faut faire des fugues. C'est vraiment un mot art qui est plutôt le radical d'artisanat presque que d'artiste. Vous voyez quelle humilité ! Or, c'est dans les œuvres les plus pédagogiques, je pense, soit bien sûr à l'art de la fugue, soit à…
8:05 Bref, aux partitas, c'est le tout début, le prélude de la première Partita, de, regardez le titre, de Clavier-Übung. Übung, c'est l'effort, c'est vraiment l'apprentissage et l'exercice, voyez, la modestie de ce chef-d'œuvre absolu dont il existe une version inoubliable par l'immense D-I-N-U, plus loin L-I-P-A-T-T-I, D-I-N-U-L-I-P-A-T-I, pianiste roumain mort de la leucémie, sans même atteindre la quarantaine, après un ultime concert que vous avez, bien sûr sur tous les streamings que vous voulez, mal enregistré, mais ce ne sont quand même pas des gravures historiques et inaudibles, mais enfin, très ingrat comme prise de son, un concert à Genève et à Besançon, Les ultimes concerts, quelques semaines avant sa mort, les médecins lui avaient dit que des morceaux pas trop lourds.
9:00 Et il y a cette partita de Bach, n'est-ce pas ? Et il y a aussi la version que chacun connaît de… C'est parce que j'ai des fils sur mon clavier. Donc, vous voyez le paradoxe, c'est dans les œuvres les plus didactiques, qui sont affichées comme étant presque des exercices, que Bach est quelquefois le plus poignant, le plus présent du point de vue de l'intériorité.
9:35 Le prélude par lequel a commencé le générique, enfin le prélude qui fait la matière du générique, la forme s'il en fut, du générique qui a commencé ce direct, avec une tentative de visualisation pour lequel je salue les techniciens et les graphistes sur écran. Je ne sais pas comment on dit, ce n'est pas ma partie, mais vraiment je salue leur travail.
10:07 Ils ont réussi à rendre l'exact transformé, presque au sens algébrique, de la partition en termes visuels, avec la voix rouge en haut, la voix rouge orange, et la voix verte en bas quand elle commence, puis après la superposition des deux. Alors, je vous préviens, ça va être une séance assez dense parce que je vous l'ai dit, je reprends les choses en main, nous avions fait beaucoup de détours, beaucoup d'écarts, on s'est détendu grâce au ring, qui est une épouvantable tragédie. Pas une happy end, on ne peut pas dire ça, mais il y a quand même ça.
« Réglé comme du papier à musique » : retour à l'effort du concept
10:52 Musicalement, ça se termine par la rédemption, par l'amour, une humanité qui succède à la morgue des dieux et à leur forfaiture, au pluriel. Mais enfin, quand même, on était au théâtre, on était au concert, là il faut revenir un petit peu à l'effort « die Anstrengung des Begriffs », comme dit Hegel dans la Phénoménologie, à l'effort astreignant du concept. On va en avoir besoin. Si j'ai intitulé cette séquence « C'est réglé comme du papier à musique », c'est parce que la musique va jouer un grand rôle pour l'intelligibilité, je pense en vous disant je pense à la scientificité, mais ne supposons pas notre problème résolu, À l'intelligibilité, à la déterminabilité, je vais y venir, vous allez voir une nuance avec la détermination, plus que des nuances d'ailleurs, et donc la prévisibilité au sens où les astronomes prévoient des éclipses, des textes de Nerval que nous allons voir ensemble.
12:10 C'est réglé comme du papier à musique. La musique n'est pas prise au hasard. Ne croyez pas qu'à chaque fois, je vous refile mes goûts. Ça m'arrange parce que j'aime beaucoup la musique, je ne suis pas le seul. On connaissait beaucoup des gens qui n'aiment pas la musique. Il y en a, il y en a très rares. En général, c'est des gens à qui la musique fait de l'effet et qui s'en protège. On a vu ça à propos de Kafka déjà, dans Mignon, n'est-ce pas ? Et justement, puisque je parle de Mignon, je confirme que je vous demande un gros effort, mais en même temps un effort éclaircissant, si je puis dire, par rapport à ceux qui étaient un peu perdus dans nos allées et venues, dans nos détours et nos contours, et nos différences de tempi, Et apparemment l'impression que je donnais de passer souvent d'une problématique à l'autre sans terminer.
13:07 Justement, vous allez voir que l'agencement se remet en place grâce à la lecture des trois textes, à leur superposition, à laquelle nous allons procéder. Ils n'ont pas été écrits pour être superposés, c'est-à-dire pratiquement lus d'une manière juxtalinéaire, comme on dit, n'est-ce pas, une comparaison ligne par ligne. Je rappelle à ce propos que ce sont des textes écrits dans des contextes on ne peut plus opposés, voire différents.
13:39 Le texte d'Angélique, je ne vais pas trop m'attarder parce que j'ai consacré plusieurs vidéos à laquelle je vous renvoie tout un cycle, à laquelle je vous renvoie non pas pour me débarrasser de mes explications, loin de là, mais parce que, pour entrer dans le détail que mérite ce texte extraordinaire qu'est l'Angélique de Nerval, dont je dis qu'elle déploie un déplacement, un voyage qui est peut-être plus long que l'Odyssée. Oui, oui, oui, l'Odyssée d'Ulysse d'Homère, qui est peut-être plus long et qui dure 10 ans pourtant, alors que c'est une petite nouvelle, n'est-ce pas, de moins de 100 pages et qui, en termes spatiaux, n'est-ce pas, ne va pas plus loin qu'un rayon de 50 km maximum autour de Paris.
14:23 Si je fais abstraction des toutes premières lignes qui commencent à Francfort-sur-le-Main, enfin voilà, c'est pas non plus le bout du monde par rapport à Paris. Et moi je vous dis que ce texte est pour un voyage encore plus long que celui d'Ulysse avec la même structure, mais n'anticipons pas. Donc je vous renvoie à cette série, Angélique de Nerval, vous avez ça sur notre chaîne YouTube, je vous conseille de cliquer non pas sur accueil mais sur vidéo.
14:53 Ce n'est pas parce que là vous les avez dans l'ordre chronologique et vous voyez, vous descendez et vous tomberez sur la série Angélique. Je rappelle tout de même ce qu'il faut rappeler là, c'est qu'Angélique est un récit peut-être le plus journalistique de Nerval, pas seulement au sens figuré, qu'il instille un ton journalistique, mais au sens propre, parce que ce texte apparu en feuilleton dans un journal, Au moment où venait de paraître une loi qui interdisait les récits feuilletons, les feuilletons romans comme disait la loi à l'époque. C'est un amendement, je ne vais pas m'attarder, tout ça est bien précisé dans les vidéos dont je vous parle.
15:32 L'amendement Riancey, c'est le nom du triste sire qui avait publié cet amendement sous Guizot au moment où le pouvoir contre-révolutionnaire resserrait les boulons avant que le coup d'État de Napoléon le Petit mette tout le monde d'accord et aggrave encore la situation au niveau des libertés. Cet amendement était paru qui interdisait aux auteurs de faire des feuilletons romans et donc Nerval se met en quête d'un livre dont il a besoin pour prouver Il ne raconte pas un roman, une fiction on dirait aujourd'hui, mais il parle d'un personnage qui a vraiment existé, ce qui est vrai.
16:12 Et donc il a besoin pour ça de trouver le livre par lequel ce monsieur raconte ses mémoires, qui a été édité au XVIIIe siècle. Et il ne le trouve pas et c'est l'occasion de faire ce récit. En attendant, puisqu'il a promis au directeur du journal, le journal en question, monsieur le directeur du national, L'a promis de l'abbé de Bucquoy et qu'il ne peut pas le fournir parce que le livre devient introuvable dans les bibliothèques. Et croyez-moi, Nerval est plus qu'un rat de bibliothèque. Il y a d'ailleurs question d'Angélique des rats et des souris qui rongent les manuscrits dans les bibliothèques et qui effacent les traces mnésiques collectives. Mais c'est une autre histoire. En attendant, il dit au lecteur, Je vais composer un peu le paysage, le décor, et il se déplace dans le Valois, en fait, c'est sa région.
17:08 Donc là, vous voyez, je recoupe des problématiques que je viens de développer dans la suite de mes rêveries analytiques, la toute dernière ayant été enregistrée avant-hier et va paraître incessamment. Pierre-Alain, je le remercie, n'arrête pas de travailler sur nos enregistrements. J'espère qu'il a été en temps pour travailler pour lui parce qu'il a beaucoup de travail et qu'il est très demandé indépendamment de moi. Je l'en remercie d'autant plus.
17:40 Et donc, cette Ce dernier enregistrement était la suite de notre troisième rêverie analytique qui était une lecture de promenade et souvenirs qui a été écrite dans les mêmes lieux et à peu près dans le même décor et à peu près au même C'est le moment que les filles du feu et donc l'angélique dont on va voir un extrait. Donc, je fais des croisements et des recoupements. Alors, ça a l'air de compliqué encore, oui, au niveau formel, mais un peu comme on ne sait plus où aller quand des tas de routes se croisent à un carrefour.
18:17 Mais en même temps, je veux dire, ça donne du recul et une intelligibilité qu'il n'y avait pas quand on est à l'intérieur de chacun des textes. Par exemple, vous allez voir que le thème de la voix, la voix de la musique en général, en particulier de la musique vocale, mais pas de l'opéra, de la voix fraîche, comme il dit toujours, des jeunes filles qui sont encore assez jeunes pour que leur voix n'ait pas encore été, comme il le dit, je cite, gâtée par les leçons du conservatoire, qu'elles n'ont pas encore appris à phraser, comme il déplore que Sylvie, elle, le fait , au point qu'il ne la reconnaît plus à ce niveau-là dans Sylvie, justement, est un thème que nous allons retrouver, n'est-ce pas ?
Des sciences dures aux sciences de l'histoire : cause et signe
19:07 Donc, j'ai envie, sans plus de lire les textes, vous pensez bien que vous seriez les premiers d'accord, parce que la parole de Nerval est quand même plus intéressante que la mienne, elle est surtout plus belle. C'est jamais une beauté qui vient se surajouter au contenu. Plus c'est beau, plus le contenu est pertinent. Plus le contenu est pertinent et plus la phrase est parfaite. C'est ça le grand art, n'est-ce pas ?
19:38 À l'insu même du créateur, c'est « on ne peut mieux ». Mais juste avant tout de même, vous me permettrez de rappeler que notre problème, c'est le passage des sciences dures aux sciences de l'histoire. Et donc on a fait des progrès, on a vu qu'il y a dans les sciences dures, en particulier les sciences de la nature, le couple de la cause et de l'effet qui donne la loi, la détermination, le déterminisme physique, Et qui n'est pas du tout mis en échec par la théorie des quantas. Au contraire, la théorie des quantas atteint une précision dans la mesure, par exemple, et donc dans la prévision et dans l'approche des objets de la physique, fût-ce même des particules fugitives.
20:36 Je dis ça parce que le boson de Higgs, dont on a enfin avéré l'existence, il y a des traces photographiques, pas du boson, ne rêvons pas, mais des chocs dont il a été l'objet, comme effet, si vous voulez, dans les accélérateurs de particules, c'est un tantième de seconde, j'ose même pas dire, je suis trop ignare, si c'est un millième, un millionième, un milliardième, je crois que c'est au moins les millionièmes, ça j'en suis sûr, mais c'est pas de seconde, Voilà que pendant un millième de seconde on a fait exister cette particule sans la preuve de l'existence de laquelle tout le corpus physique contemporain s'effondre.
21:16 La théorie générale, canonique. Voilà, donc de la même manière ici, je voudrais rappeler qu'on a déjà vu qu'il y a la cause et l'effet dans les sciences de la nature, il y a le sens et le signe dans les choses humaines, mais enfin ça ne résout pas le problème de la rigueur. Si je dis qu'il y a une détermination symbolique, encore faut-il montrer qu'elle produit des objets aussi…
21:50 Alors c'est là que je vais parler de déterminabilité et détermination, aussi déterminée, aussi rigoureusement formalisable si vous préférez, où rien n'est présent au hasard dans les choses humaines, et ici il s'agit d'expressions écrites. Vous voyez des expressions verbales écrites. Formule un peu laborieuse pour ne pas dire littérature, parce qu'on pourrait faire ça, n'est-ce pas, pour le commentaire d'un match de football dans L'Équipe.
22:32 L'implacable discipline est-allemande a eu raison du panache français. C'était une phrase, je me souviens, dans un article qui rendait compte d'un match de foot entre la France et l'ex-république démocratique allemande. On avait été battus à je ne sais pas combien zéro, mais enfin pour nous consoler, les journalistes disaient « l'implacable mécanique ». Bon, d'accord, ils sont forts, mais c'est des bœufs, c'est des mécaniques, c'est des prolos, et puis des communistes. L'implacable mécanique est-allemande a eu raison du panache français. Bref, on est les meilleurs, mais on n'a pas eu beaucoup de chance, on n'est pas très vigilants ce jour-là, on était peut-être restés en boîte trop longtemps, on est français.
23:12 Ça montre que l'ordre symbolique n'est pas réservé qu'à la poésie et à la littérature, loin de là. Il régit l'ensemble de la langue que je suis en train de vous parler. de la langue véritable, du langage, qui n'est pas seulement un discours discursif, comme par exemple Y égale F de X, c'est un énoncé, c'est discursif. Il y a un sujet et un prédicat, il y a un sujet Y et puis F de X, Y et fonction de X, il y a bien un prédicat.
23:44 Mais plutôt que d'employer les mots que j'emploie, où on ne sait jamais si je parle au sens propre ou au sens figuré, parce qu'ils sont toujours plus ou moins figurés. Au point qu'on oublie et qu'on croit quelquefois qu'on a affaire au sens propre. Ça manque pas de sel, je fais exprès. Parce que je parle du sel de table, n'est-ce pas ? Ou vous êtes le sel de la terre, ça manque pas de sel. Entre les deux, entre ces deux extrêmes, vous savez, on dit... on a fait une plaisanterie un peu salée, vous voyez.
24:16 La langue de tous les jours, sans aller chercher la littérature, elle est salée et sucrée aussi, ça dépend d'un moment. Mais elle est imagée, elle est métaphorique. Autrement dit, elle est polysémique. Alors que pour chaque signe, signal, je préfère dire d'ailleurs en l'occurrence du code de la route, c'est des signes, c'est des conventions en termes rigoureusement linguistiques, mais enfin, je veux dire, il y a une bijection entre les signes du code de la route et la manière dont il faut les définir. Sinon, vous ratez votre code quand vous passez le permis.
24:52 Vous savez, en vous disant, il faut dire mot pour mot la définition. Bon. Donc, je fais une longue introduction. Et elle n'est pas finie. Parce que l'enjeu est énorme. Puisque cet enjeu, j'ai du mal à vous le dire directement, parce que ça fait un peu, ça fait un peu, j'allais dire prétentieux, ça fait un peu fort de café, n'est-ce pas ? On doit dire qu'en superposant deux ou trois textes d'un rêveur du 19e siècle, d'un rêveur en prose, c'est lui-même qui se proclame comme ça, il y a longtemps que je ne fais plus de poésie, il n'y a plus en moi qu'un rêveur en prose, on va franchir ce que Kant déclarait un infranchissable abîme entre la détermination à l'œuvre et la dureté des sciences qu'elle autorise, du coup dureté au sens que ça tient la route.
25:48 La route ne se dérobe pas sous nos pieds. Des sciences dites exactes, dures, de la nature, si on rajoute les mathématiques, les sciences dures, et cet état plutôt lamentable dans lequel se trouve l'édifice des sciences dites humaines, dans les temps qui courent en tout cas telles qu'elles sont enseignées. Il y a d'excellentes choses, ne faites pas dire ce que je n'ai pas dit, mais quel Capharnaüm ? N'est-ce pas ? Une chatte n'y retrouverait pas ses petits.
26:20 Et j'emprunte à la langue. Et moi je vous dis, les textes on peut montrer qu'ils sont aussi rigoureusement agencés que le mouvement de la Lune autour de la Terre, ou l'échange d'informations entre deux synapses, l'échange chimique quand même, ou entre deux cellules de notre corps.
Pourquoi la musique : deux axes quantifiables
26:51 Voilà l'enjeu. Je suis passé par la musique, et j'ai même donné comme titre, c'est réglé comme du papier à musique, donc je ne reviens pas en arrière. C'est pour dire maintenant, pour avancer d'un point de vue technique, je dis que ce serait un peu dense. En quoi la musique est privilégiée, que ce n'est pas un de mes caprices de la mettre à part dans les arts, C'est qu'à propos de rigueur, elle est le seul des arts dans son expression, sur une partition par exemple, ou même si c'est une musique orale traditionnelle, je ne sais pas, africaine ou amazonienne, elle est toujours notable.
27:35 Dès qu'on la note, elle se déploie sur deux axes, oui au sens cartésien, l'axe des hauteurs. Y si vous y tenez, n'est-ce pas ? Mais là, moi je parle de ce que je connais, la musique, il y a l'axe des hauteurs et l'axe des durées, les deux étant quantifiables. Voilà pourquoi la musique, quand on dit c'est réglé comme du papier à musique, c'est pour rappeler que le papier à musique, on dépose dessus des choses très rigoureuses.
28:10 Et en plus, si vous achetez du papier à musique, chez un papetier ou un libraire spécialisé, peu importe, une libraire musicale, vous remarquerez qu'il n'y a pas des carreaux, il y a des lignes, mais il n'y a pas des carreaux, Les lignes de la portée. Mais pas seulement, il y a des barres verticales. Ça veut dire qu'il n'y a rien d'écrit, il n'y a aucune note de musique, mais déjà le temps est formalisé, le temps est déjà découpé en intervalles d'égale durée. Ça alors ! Vous voyez, quand on dit que c'est réglé comme du papier à musique, ça va loin. Vous comprenez pourquoi j'ai choisi cette photo, n'est-ce pas, qui, je le rappelle donc, c'est très émouvant.
28:56 La première page, le fac-similé de l'offrande musicale de Jean-Sébastien Bach, qu'il a composé à peu près au même moment que l'art de la fugue, et qu'il a offert le roi de Prusse. Et par ailleurs, Nerval ne cesse de revenir sur la chose musicale, en particulier la voix, la voix féminine j'y reviens, et pas n'importe quelle voix féminine, je me répète, celle des jeunes femmes, sauf une seule fois il y a un chant d'hommes, mais ça je vous renvoie à la troisième de nos rêveries analytiques, La première partie de Promenade et Souvenirs, où il y a un homme qui lui rappelle son père, qui prend une guitare et qui chante dans un lieu public de Saint-Germain, mais sinon, la quasi-totalité des fois, ce sont des voix féminines.
29:59 Nerval fréquentait l'opéra, donc il avait l'embarras du choix, il a composé des textes pour les opéras de Berlioz, pas de La Damnation de Faust en particulier. Mais ce qui… j'allais dire ce qui est le « happe » du verbe « happer », il n'y a pas d'autre mot, n'est-ce pas ? C'est compulsif. Ce qui fait qu'il change tout d'un coup d'itinéraire de sujet, de continuité de pensée, c'est quand il est atteint, comme on est atteint par une flèche, par ce genre de voix.
30:32 Et tout ça fait que je ne pouvais pas ne pas mettre cette séquence de retour à la question de savoir comment les sciences de l'histoire peuvent être réelles, parce que montrer qu'elles le sont, c'est bien mon ambition ce soir, ce soit au travers de la chose musicale, et pas seulement pour les références sonores, voire visuelles, La photo que vous avez déjà entendue en générique, vous entendrez aussi encore le même canon à la fin, dans une version différente, un peu plus lente, mais aussi, après le premier texte de Nerval que je vais lire, je me permettrai de vous lire un texte de Claude Lévi-Strauss. Vous voyez que je ne suis pas sectaire, c'est un des auteurs les plus critiqués par Michel Clouscard, et à l'égard duquel j'émets souvent des réserves importantes Puisqu'il fut à la tête d'un des moments forts de la contre-révolution dans le domaine théorique et idéologique, mais enfin au sommet.
Parenthèse politique : Lévi-Strauss et la contre-révolution théorique
31:40 Je fais une parenthèse politique ici, politique et philosophique à la fois, puisque je vais parler des formes d'expression du discours politique, et donc esthétique même au sens des origines. Il faut bien que ce discours apparaisse, soit perceptible, s'il veut être politique, soit dans l'apparence, l'aisthesis. Le combat idéologique se mène sur des fronts très différents. Les Allemands savaient quelque chose, je me rappelle, pardon de rire, ce n'est pas très drôle, mais enfin, d'avoir été en Allemagne dans des familles, liées à ma famille à l'origine, qui racontaient le bonheur qu'ils avaient eu pendant la guerre d'occuper la France à Toulouse, on n'a jamais si bien mangé, etc.
32:31 Nous avions des amis français excellents, c'était des collabos. Ce front-là, ce front-là, le front de la Wehrmacht à Toulouse, ce n'est pas tout à fait Stalingrad. Heureusement que pendant ce temps-là, il y avait des Moujik qui faisaient le plus grand sacrifice que l'humanité ait jamais fait contre la barbarie. Et que ce sacrifice a été fait par ceux que les Allemands désignaient comme des barbares au couteau entre les dents.
33:06 Donc, je veux dire quoi ? Je veux dire que lorsqu'il s'agit d'opérer une contre-révolution au niveau des agrégés de philosophie ou du Collège de France, on ne prend pas on frais. Évidemment, je ne prends pas un Youtubeur comme moi qui sache pour me mettre au niveau des Youtubers dont je suis, de facto. Non, non, je prends des gens très différents. Althusser, Lévi-Strauss, Althusser à des aspects contre-révolutionnaires.
33:41 Je ne le réduis pas à ça, tant s'en faut. Par bien d'autres côtés, c'est un camarade. Et je l'ai déjà signalé à plusieurs reprises, je ne m'attarde pas. Quant à Lévi-Strauss, je veux dire, c'est un de ceux qui a le plus fait pour assurer le succès de ce qu'on appellera plus tard le structuralisme. Et qui a été sans doute ce qu'il y a eu de plus efficace pour faire reculer ce dont on vous fait croire que l'enseignement de la philosophie à l'époque, à savoir la dictature du marxisme dans l'enseignement supérieur. Mais quelle vaste blague ! Je vous garantis, vous pouvez demander à tous les contemporains, ne croyez pas sur parole, qu'on pouvait être agrégé de philo sans avoir jamais approché un livre de Marx, ni citer une livre de Marx.
34:25 Il a fallu que ce soit un Hegelien qui dit lui-même qu'il était un Hegelien de droite, je pense à Bernard Bourgeois, immense Hegelien. Il a fallu que ce soit un Hegelien, ce programme-là, même de droite, qui propose pour la première fois de mettre Marx au programme des auteurs de l'agrégation en philosophie. Non, non, ne vous inquiétez pas, la guerre froide a commencé très vite, et voilà, il y avait encore Bergson dans les années 50, puis très vite l'existentialisme, il était Sartre qui régnait, n'est-ce pas ? Bien sûr, qui rendait ici ou là des hommages marxistes, mais qui n'a jamais été marxiste à proprement parler, encore moins communiste.
35:11 Il a dit une fois « Tout anticommuniste est un chien » à quoi René Andrieu, qui faisait des très beaux éditoriaux dans l'Humanité, et d'excellente émission à l'époque où France Culture méritait encore son deuxième mot « Culture », c'était avant Laure Adler. Avant ce que je salue ici, n'est-ce pas, Edmond Jansen, pilier de Delga avec Aymeric Monville, n'ait créé l'association contre la casse de France Culture, c'est comme ça que je l'ai connu, Delga n'existait pas, mais il avait déjà constitué cette association.
35:55 Oui, et tous les samedis, on avait droit à la voix du Parti communiste qui, à l'époque, ne faisait pas… n'est-ce pas ? Il n'allait pas au-devant des gens, il parlait encore des classes sociales, du coup, il faisait 24% et non pas moins de 2, n'est-ce pas ? Donc, moins de 3, je dis. Donc, René Andrieu avait répondu à Sartre qui avait dit « tout anticommuniste, c'est un chien », il lui a dit « on ne lui en demandait pas tant ». Ce sont d'autres dossiers. Lévi-Strauss, c'est quelqu'un que je cite souvent aussi, pas à charge, mais à décharge. Quand je dis que c'est d'abord le 7e des plus belles épicultures musicales de Paris, on ne le répétera jamais, mais jamais assez souvent, mais c'est bien l'occasion de le répéter aujourd'hui.
36:42 Le texte que je vais vous lire est extrait après la lecture d'Angélique, je vous rassure, est extrait de la préface au Cru et le Cuit, qui est tellement placé, cet ouvrage qui inaugure sa série des mythologiques et qui marque un tournant d'après lui-même dans ses recherches qui jusque-là avaient pour discipline phare la linguistique, je vais très vite, et qui à partir de la série mythologique dont le Cru et le Cuit est le premier portique, Se détourne de la linguistique vers la musique, sans l'abandonner, bien sûr, vers la musique, comme étant plus approprié à procéder à l'analyse structurelle des mythes.
37:23 Je ne continue pas parce que le texte, il va le dire très bien, je l'ai mis tout à l'heure. Donc vous voyez, c'est pour vous dire que ce n'est pas un caprice de ma part. Quand je dis que c'est réglé comme du papier à musique, ce n'est pas seulement le texte de Nerval, et la littérature en général quand elle réussit. J'ai dit que plus c'est beau, pardon. Plus le contenu est pertinent, plus des vérités profondes s'y expriment, si vous préférez, vérité commune à nous tous, pas seulement pour l'auteur. Plus la forme est belle. C'est étrange.
Déterminabilité et détermination : l'image de l'enquêteur
38:04 Et donc après ce long préambule, je passe tout de suite au premier de ces deux textes. Non, c'est la fin de mon introduction, allez je vous rassure c'est la chute de mon introduction, non sans vous avoir dit plus clairement la distinction qu'il faut faire entre détermination et déterminabilité. Pour ne pas m'égarer et vous prendre trop de temps, j'emprunterai une image au récit policier. Lorsqu'un enquêteur, peu importe, Sherlock Holmes, Ahmed, peu importe, je vais dire Hercule Poirot, arrive dans la pièce du crime, là où on a trouvé le cadavre, Il commence son enquête, n'est-ce pas ? Et qu'il revient plus tard et il lui semble que quelqu'un est passé, que quelqu'un est passé dans cette pièce, n'est-ce pas ? Il ne peut pas dire tout de suite quoi, il ne voit pas ce qui manque, ce qui a été pris.
39:00 Autrement dit là, il sent qu'il y a une déterminabilité même s'il n'a pas encore fixé la détermination. Il ne sait pas encore qui est venu, et quand et pourquoi. Mais il sent bien, n'est-ce pas ? Que quelqu'un est venu, que ce n'est pas seulement le vent qui a remué les volets. La différence c'est ça. La déterminabilité c'est quand une analyse, une approche, je vais dire un mot qui n'est jamais employé, je l'invente, un barbarisme, quand on fait une approche phénoméniste, je dis exprès pour ne pas dire phénoménologique, ça la contient, c'est pas par mépris et que je la rejette, que ce soit de Husserl ou de Hegel, je veux dire.
39:45 Parce que ce sont deux espèces d'un genre qui est de commencer par étudier ce qui est là, là, devant nous. C'est ça un enquêteur, n'est-ce pas ? Les stricts faits comme fait un médecin légiste qui dit la balle, elle a pu être tirée que d'une hauteur de 1m72, bon voilà, je veux dire, et par un calibre de tant, et cette balle avait une vitesse de tant, donc la poudre n'était pas signée. Jusque-là vraiment c'est l'approche que j'appelle phénoméniste. Une approche phénoméniste finit par conclure à une déterminabilité, c'est-à-dire à conclure que dans un certain contexte, il n'est pas possible qu'il se soit fait au hasard.
40:27 Au hasard, au hasard, au sens courant, c'est-à-dire, comme ne correspondant ni à une fin, ni à une loi. Oui, on est dense aujourd'hui. Je m'explique très rapidement. Je tombe dans la rue par hasard. Je dis par hasard parce que je ne m'attendais pas à le voir. Un vieil ami, bon sang, qu'est-ce que tu fais là ? Et lui, il dit « et toi alors, ça fait une paye ».
41:00 Oui, ça veut dire quoi le hasard là ? Ça ne veut pas tout dire qu'on est allé au hasard et puis on s'est buniés. Non ! Il y avait des raisons très précises qui m'ont fait aller à cet endroit-là, mettons à la place du Châtelet, je dis n'importe quoi. Et lui aussi, peut-être réservé des places au Théâtre Sarah Bernhardt, à l'époque. Ou bien au Théâtre du Châtelet. On dit que Nerval, on a retrouvé son corps pendu à l'endroit exact, parce que la rue n'existe plus, où il y a maintenant la loge du Souffleur au Théâtre du Châtelet.
41:33 Ce qui me fait penser que c'était peut-être pas un hasard, j'ai dit que j'ai pris le Châtelet comme ça par hasard, mais vous voyez, je devais penser à mes textes. Enfin, vous pouvez en faire ce que vous voulez. C'est beaucoup plus rigoureux ce que je vais dire. Donc ici on est tombé par hasard, ça veut dire aucun de nous deux ne voulait, vous voyez, absence d'une fin, d'une finalité, n'avait pour fin de rencontrer l'autre ce jour-là. Donc ici hasard veut dire le croisement de deux nécessités, de deux nécessités finales pour l'instant. De deux nécessités non pas dues à des chromosomes ou à des mouvements d'atomes, mais à des volontés.
42:14 Une volonté qui ne pourrait pas se réaliser s'il n'y avait pas, bien sûr, nos cellules, nos corps, nos os, nos muscles. Mais enfin, je vous ai déjà suffisamment cité un passage célèbre de Platon repris par la ministre d'ailleurs là-dessus, et qui reste extrêmement actuel, et qui distingue bien les causes de ce sans quoi les causes ne seraient jamais causes. Passage plus matérialiste de Platon. Voilà. Ou alors on dit qu'il y a carrément du hasard, pas seulement une absence de finalité, mais qui n'a même pas de nécessité du tout, comme certains l'interprètent dans la théorie des quanta, et à ce moment-là, c'est la négation d'une loi et non pas seulement la privation d'une fin. Voilà ce que je voulais préciser.
43:02 Donc, quand on met en exergue une déterminabilité, ça veut dire qu'on montre que… Ah là là, ça ne peut pas être du hasard, ça, n'est-ce pas ? Après, je vous renvoie à tous les films policiers, les livres, les récits, mais pas seulement, n'est-ce pas ? Vous pouvez dire à votre copine, quand vous commencez à lui être infidèle intérieurement, vous n'en avez même pas encore aperçu. Vous pouvez lui dire, c'est un point personnel, vous pouvez lui dire parce que vous êtes arrivé très en retard au rendez-vous, voire vous l'avez oublié, bon sang, mais je vais complètement oublier que mon patron m'avait convoqué pour discuter de ma demande d'augmentation.
43:48 C'est possible, le hasard, vous voulez que ça tombe mal, c'est pas que vous... Mais quand vous lui faites dix fois le coup, etc., pour elle, il n'y a plus de hasard. Elle n'a pas besoin. Freud ou Pagani pour dire qu'il y a de la nécessité dans cette répétition. Voilà, vous connaissez l'adage, n'est-ce pas ? Errare humanum, les gens d'Église en savent des choses, perseverare diabolicum, n'est-ce pas ? L'erreur est humaine, la persévérance vient du diable, la répétition de l'erreur vient du diable.
Lecture d'Angélique : le jour des morts à Senlis
44:20 Voilà ma chute. Donc on va superposer ces deux textes et je vais vous demander avec moi de voir Et on va voir leur déterminabilité. Le premier est extrait donc des Filles du Feu, ouvrage de la fin de l'œuvre de Nerval. La plupart de ses grandes œuvres en prose sont faites dans les cinq dernières années de sa vie, entre 1850 et 1855. Angélique est la première nouvelle qui ouvre le recueil des Filles du Feu et qui est divisée en lettres parce qu'il a envoyé, comme je vous l'ai dit, ce n'est pas des chapitres, mais des lettres qu'il a envoyées au fur et à mesure de ses pérégrinations autour de Paris au directeur du journal, « Le jour des morts Senlis les tours des Romains, les jeunes filles, Delphine. » Et voilà le texte.
45:21 Les allées qui entourent Senlis et qui remplacent les antiques fortifications romaines, restaurées plus tard par suite du long séjour des rois carlovingiens, n'offrent plus au regard que des feuilles rouillées d'ormes et de tilleuls. Cependant, la vue est encore belle aux alentours par un beau coucher de soleil. C'est le jour des morts que je vous écris. Pardon de ces idées mélancoliques. Arrivé à Senlis la veille, donc il a traversé les forêts, si vous connaissez la région, surtout à l'époque entre Paris et Senlis, mais même maintenant. Arrivé à Senlis la veille, j'ai passé par les paysages les plus beaux, les plus tristes qu'on puisse voir dans cette saison.
46:00 En sortant, j'ai sauté un petit passage où il visite l'église. Vous ne ratez pas, vous allez à Senlis, c'est une des plus belles cathédrales de la chrétienté. En sortant, j'ai pu admirer sous un rayon de soleil couchant les vieilles tours des fortifications romaines, à demi démolies et revêtues de lières. En passant près du prieuré, j'ai remarqué un groupe de petites filles qui s'étaient assises sur les marches de la porte.
46:33 Vous allez voir, ce n'est pas la vue des petites filles qui attire son attention, c'est leur chant. Elle chantait sous la direction de la plus grande qui, debout devant elle, frappait des mains en réglant la mesure. Un, deux, trois, voyons mesdemoiselles, recommençons, les petites ne vont pas. Je veux entendre cette petite-là qui est à gauche. Retenez bien ce passage dans le texte de Lévi-Strauss qui fera une comparaison entre les formes musicales, le solo, le tutti, etc. Et en disant que c'est comme ça qu'il faut entendre les mythes des indiens d'Amazonie, vous voyez.
47:07 Voyons mademoiselle, recommençons, les petites ne vont pas, on le verra plus clairement après. Je veux entendre cette petite-là, voilà un solo qui est à gauche, la première sur la seconde marche. Allons, chante toute seule ! Et la petite se met à chanter avec une voix faible, mais bien timbrée. Les canards dans la rivière, une comptine. Et Nerval qui reprend la parole, encore un air avec lequel j'ai été bercé. Il a mis beaucoup de temps dans cette nouvelle. Au départ, on est arrivé dans cette région, le Valois au nord-est de Paris, parce que d'après lui, il n'y a que là qu'il pouvait prendre des renseignements sur l'abbé de Bucquoy, Il cherche en vain les mémoires depuis qu'il a trouvé le livre en Allemagne. Vous voyez, il nous promène au propre et au figuré depuis Francfort et même au sens argotique, un peu inquiétant. Il nous promène depuis Francfort et dans Paris, on a bougé. Je vous renvoie encore une fois à notre série sur l'Angélique de Nerval.
48:05 Encore un air avec lequel j'ai été bercé, mais oui, c'est le pays de sa mère qui est à 6 km de Senlis. Les souvenirs d'enfance se ravivent quand on a atteint la moitié de la vie. Donc important, c'est ni Nerval enfant, ni Nerval vieillard, il n'a jamais été vieillard malheureusement, c'est Nerval à la moitié de la vie. C'est comme un manuscrit palimpseste dont on fait reparaître les lignes par des procédés chimiques. Imaginez Proust lisant ça, en une seule petite phrase très claire, comme ça déploie l'immense entreprise proustienne.
48:43 Les petites filles reprirent ensemble une autre chanson, encore un souvenir. J'en profite pour vous dire que Nerval a fait… Je ne m'occupe pas de la déterminabilité, on va la voir ensemble. Pour l'instant, je donne quelques éléments qui vous permettent de contextualiser un peu tout ça, quand même, pour ceux qui découvrirent le texte. Mais Nerval a fait beaucoup d'écrits, il était fasciné par, vous vous en doutez, par le chant populaire, parce que ce n'est pas seulement les voix des jeunes femmes, Et même qui n'ont pas été gâtés par les leçons du conservatoire, il faut aussi que ce soit des jeunes femmes de populations à peine alphabétisées, voire analfabètes, comme les Filles du feu.
49:31 Trois filles de dans un pré, mon cœur vole, mon cœur vole, mon cœur vole à votre gré. C'est les rats d'enfants, dit un brave paysan qui s'était arrêté près de moi à les écouter. Mais vous êtes trop gentils, il faut danser à présent. Vous vous rappelez que Mignon chante et danse, d'après Goethe lui-même, n'est-ce pas, dans le spectacle qu'elle fait avec sa troupe de nomades, de gens du voyage. « Les petites filles se levèrent de l'escalier et dansèrent une danse singulière qui m'a rappelé celle des filles grecques dans les îles. Elles se mettent toutes, comme on dit chez nous, à la queue leuleux, puis un jeune garçon prend les mains de la première et la conduit en reculant, Pendant que les autres se tiennent les bras, que chacune saisie derrière sa compagne, cela forme un serpent, regardez comment on retrouve notre spirale, qui se meut d'abord en spirale et ensuite en cercle, et qui se resserre de plus en plus autour de l'auditeur, obligé d'écouter le chant, et quand la ronde se resserre d'embrasser les pauvres enfants, qui font cette gracieuseté à l'étranger qui passe.
50:38 On pense que c'est de lui qu'il s'agit. Je n'étais pas un étranger, comment je peux être un étranger au pays de ma mère ? Mais j'étais ému jusqu'au l'âme. Nerval a écrit ailleurs, à force de voyager, on finit par devenir étranger à son pays. Je n'étais pas un étranger, mais j'étais ému jusqu'au l'âme en reconnaissant dans ses petites voix des intonations, des roulades et des finesses d'accent autrefois entendues, et qui des mères aux filles se conservent les mêmes. C'est beau, c'est lyrique, c'est pas extrêmement original, n'est-ce pas ? Qui n'a pas eu la nostalgie des refrains de sa région, de son enfance ?
51:16 La musique dans cette contrée, et là il fait une réflexion plus générale, n'a pas été gâtée, vous voyez, par l'imitation des opéras parisiens, des romances de salon ou des mélodies exécutées par les orgues. On faisait beaucoup plus de musique populaire que vous ne le croyez dans les orgues. Les églises, c'est des lieux où on allait et venait, n'est-ce pas, on discutait un peu de tout et de rien, en dehors des offices. Et on y jouait souvent les refrains à la mode, n'est-ce pas, en profitant des équipements en orgues.
51:49 On en est encore à Senlis à la musique du XVIe siècle. Personne n'écoutait la musique du 16ème siècle. A l'époque, il n'y avait pas encore la résurrection, fort heureusement, du répertoire pré-classique. Pré-classique, c'est-à-dire antérieur au tempérament égal ou contemporain de son surgissement. Je pensais à la musique dite baroque, c'est un terme que je n'aime pas parce qu'aucun de ces musiciens-là ne l'a jamais employé pour se désigner. A fortiori de la musique ancienne, celle qui est antérieure même aux musiciens barocques.
52:24 En particulier la polyphonie du XVIe siècle. Nerval avait des connaissances, il cite Porpora dans ses livres. On en est encore à Senlis à la musique du XVIe siècle, conservée traditionnellement depuis les Médicis. L'époque de Louis XIV, un peu plus tard, a aussi laissé des traces. Il y a dans les souvenirs des filles de la campagne, oui, oui, ce n'est pas des cantatrices de l'opéra, ce n'est pas des primadones, n'est-ce pas, rompu à toutes les mondanités, non. Il y a aussi dans les souvenirs des filles de la campagne des complaintes d'un mauvais goût ravissant.
52:59 On trouvait là des restes de morceaux d'opéra du XVIe siècle, c'est un peu tôt pour l'opéra, peut-être, ou d'oratoriaux du XVIIe. En fait, on est juste... Dans la transition du XVIe au XVIIe, où apparaît, où surgit l'opéra autour de, non, comme vous savez, de Monteverdi, le divin Monteverdi. Comme dit un musicologue, cet ingénieur d'une rare hardiesse, puisqu'il jeta un pont entre la musique du XVIe et celle du XVIIe siècle, Monteverdi, n'est-ce pas, qui était né à Crémone et qui est mort à Venise, qui a créé le premier opéra qui tient vraiment la route, l'Orphéo, même si ce n'est pas tout à fait le tout premier, peu importe, c'est à son époque que l'opéra apparaît.
Le tableau à double entrée : superposition des déclins
53:46 Et on fera la musicologie une autre fois, en tout cas pour ce qui concerne l'opéra. Donc, je reviens maintenant au début de ce texte, je vais revenir et en faire un bilan avec vous. C'est là qu'il faut être attentif. Attentif à la déterminabilité. Vous remarquerez que dès le début, si on fait un tableau à double entrée, si ce texte on le formalise par un tableau à double entrée, je deviens sérieux. Ce n'est pas du formalisme, mon histoire de formel. On peut avoir une exigence formelle sans tomber dans le formalisme.
54:30 En laissant le contenu déployer sa propre forme. Regardez bien. Le jour des morts, les allées qui entourent Senlis, l'automne, le jour des morts, les végétaux caducs. C'est le déclin de la végétation. C'est le déclin aussi de l'année. L'automne, c'est le moment où l'année décline. Je dirais que c'est le même déclin, c'est le déclin saisonnier, bien sûr. Mais c'est intéressant de voir qu'il va de la vie vers la mort, des feuilles, bientôt les champignons qui poussent sur la mort, sur l'humus, posthume.
55:11 Il n'en faut plus au regard que les feuilles rouillées d'ormes et de tilleuls. Cependant la vue est encore belle aux alentours par un bon coucher de soleil. Alors attendez, là déjà le hasard il est de plus en plus difficile à maintenir. Que ce soit au déclin de l'année que les feuilles tombent, non seulement ce n'est pas le hasard, mais c'est même, on ne peut plus, logique. Mais qu'il voit ce spectacle à la fois au moment du déclin de la journée, ou plutôt qu'il nous l'exprime à nous dans le même passage, moi c'est ça qui m'intéresse, c'est la logique d'un texte, qu'il fasse en cinq ou six lignes se superposer le déclin de l'année, l'automne, et le déclin du jour, le coucher de soleil. Mais ce n'est pas tout.
55:59 Il rappelle, au cas où on ne s'en serait pas aperçu, qu'il y a bien de quoi être mélancolique. Ce n'est pas n'importe quel jour d'automne, c'est le jour des morts que je vous écris. Et tout d'un coup, cette excuse qui revient d'une manière lancinante, si vous connaissez le texte, Il faut commenter cette pulsion de protocole d'excuses que fait Nerval au lecteur, comme s'il s'excusait de laisser transparer de sa subjectivité, d'être un peu mélancolique.
56:33 Alors jusque-là, il était plein d'humour, il faisait le guide touristique, comme il va continuer à le faire après. Vous voyez quand il dit « les fortifications romaines restaurées plus tard par suite du long séjour des rois carlovingiens », Il fait un peu l'historien, il fait un peu le guide bleu. J'aime beaucoup cette veine, Nerval l'a fait admirablement. Pardon, ça a t'inquiéter moi de m'excuser maintenant, vous voyez, ça va être contagieux pour l'anecdote personnelle, mais si il m'était donné, je n'en crois pas un mot, mais s'il m'était donné, c'est juste pour le plaisir de l'hypothèse et surtout pour sa conclusion, de renaître, de me réincarner dans une vie future, et qu'on me demande maintenant, dans cette vie-là, de choisir la fonction, j'aimerais Il ne serait pas d'exercer la fonction professionnelle, ce ne serait ni philosophe ni professeur, ce serait auteur de guides de voyage dans une collection, dans une grande collection comme les guides verts, les guides bleus, je ne sais rien, les petits futés, je ne sais rien.
57:33 Voilà, quel beau genre qui réunit les compétences d'histoire, de géographie, de mémoire, d'archéologie. Voilà, je referme ma petite parenthèse personnelle. C'est le jour des morts que je vous écris et il dit pardon. Mais il y a une autre raison qui n'est pas personnelle seulement, ce n'est pas qu'il laisse. Il va venir, il est rattrapé, il est au pays de sa mère, on sait que sa mère est morte quand il avait deux ans. Enfin, c'est pire que ça, si c'était que ça.
58:09 Elle est morte un peu après l'avoir quitté. Elle est morte, elle l'a quitté pour aller rejoindre son mari dans les campagnes napoléoniennes entre la Pologne et la Russie. Nerval est resté fidèle à sa mère mère. C'est le mignon d'Angélique qui parle en ne parlant jamais de sa mère, pas du tout, il va en parler un peu, donc on a des souvenirs très discrètement. Non mais là, là. Il n'y en a pas question. À l'époque où chacun parle de sa vie et ne fait que se confier, à l'époque romantique, il se garde bien de parler de lui, il met beaucoup de temps.
58:40 Mais là, comme il rôde autour du domaine maternel, il raconte l'histoire d'Angélique de Longueval. Vous lirez cette nouvelle, c'est la première des filles du feu. Je vous la recommande, c'est moins qu'on puisse dire, mais il raconte qu'à un moment donné elle va suivre son amoureux dans les campagnes d'Italie, alors qu'elle vient des brumes du Valois. Et il dit, ça semble un peu audacieux qu'une femme de l'époque se soit jointe à des guerriers et vécue non loin des champs de bataille et des casernements et des campements militaires.
59:14 Mais en fait, ça remonte à la tradition. Vous savez, les femmes allemandes, et il dit, et les femmes arabes continuent cette tradition, sont souvent poussées par leurs hommes en première ligne, n'est-ce pas, pour exalter le courage des combattants. Je ne suis pas en train de vérifier ce que Nerval… C'est intéressant ce qu'il dit, mais ce n'est pas simple. Voilà quelqu'un qui a bien connu l'Orient, croyez-moi. Mais en tout cas, ce qui est intéressant, c'est que c'est sa manière de rester fidèle, n'est-ce pas ? Il ne dit pas Pagani exagère, ma mère ne m'a pas abandonné, il n'en parle pas.
59:51 Simplement, il faut savoir que pour lui, c'est dans un total inconscient, n'est-ce pas ? C'est pas seulement qu'elle est morte, c'est qu'elle est morte parce qu'elle est allée suivre, et elle n'est jamais revenue à ses voyages, elle a attrapé une fièvre quelque part entre la Pologne et l'Allemagne, Et elle est encore enterrée à l'heure où je vous parle en Pologne. Donc, cependant, la vue est encore belle aux alentours par un beau coucher de soleil. C'est le jour des morts que je vous écris. Pardon de ces idées mélancoliques.
1:00:23 Et je vous ai dit, ça c'est personnel. Mais il écrit ça dans les années 1850, et là je progresse maintenant, il ne s'agit pas de se répéter, mais c'est des choses importantes, C'est le moment où le romantisme, le plus puissant qui a marqué le début de la modernité, où tout y est passé, la littérature, la musique, l'économie, l'histoire, je pense à Michelet, avec les axons lyriques de Michelet, le droit. Quelle discipline a échappé au romantisme ?
1:00:59 C'est Armel Guerne qui parle du fabuleux océan verbal, par exemple, du romantisme allemand. Et voilà qu'il est en train de passer de mode, il va laisser la main au réalisme, je vous envoie au manuel de littérature à partir du milieu du siècle, du mi-temps du siècle. Angélique commence par cette courte proposition « En 1851 je passais à Francfort », juste le mi-temps du siècle. Donc, il y a en plus, n'est-ce pas, Il demande pardon parce qu'il sait que ce n'est plus à la mode. Pardon de vous bassiner avec une mélancolie qui sera peut-être bien passée à l'époque des publications de Lamartine, des méditations poétiques, ou du premier Hugo, ou de Chateaubriand, ou de Senancour, ou Benjamin Constant, mais pas dans les années 50.
1:01:52 Maintenant, c'est Balzac qui parle plus des huissiers et des dettes que Père Goriot est obligé de contracter pour ses filles, ou un autre pour sa maîtresse, que du jour des morts. Mais en même temps, je ne répéterai jamais cette phrase que j'ai souvent répétée dans mon feuilleton sur Angélique.
1:02:23 Il ne faut pas trop laisser passer… Si je me suis un peu attardé, c'est quand même extraordinaire. J'aimerais que vous le réalisiez, qu'on éprouve le besoin de s'excuser d'être mélancolique le jour des morts. Alors, arrivé à Senlis la veille, j'ai passé par les paysages les plus beaux, mais comme c'est la beauté d'automne et les plus tristes qu'on puisse voir dans cette saison. En sortant, j'ai pu admirer, sous un rayon de soleil couchant, vous voyez la répétition. Ce n'est pas moi qui interprète, j'analyse.
Lierre, voix faible, anamnèse et spirale dantesque
1:03:02 Ça fait deux fois qu'il y a Soleil Couchant. On sait bien que c'est le coucher de soleil, il y a une continuité du texte. J'ai pu admirer son rayon de Soleil Couchant, les vieilles tours des fortifications romaines, à demi démolis et revêtus de lierre. Je vous ai dit un tableau à double entrée. Vous mettez ici la végétation, les substantifs, et puis sur l'autre colonne, les épithètes. Est-ce que les végétaux sont caduques ?
1:03:34 Ou est-ce qu'ils sont vivaces ? Par exemple les conifères, le lierre, car les tours des Romains sont à demi démolis mais revêtus de lierre. Le lierre était un emblème du Dionysos, le dieu de l'ivresse, le dieu toujours vert, le dieu de l'éros aussi. Que ce soit l'ivresse des sens, n'est-ce pas ? Ou celle qui est due à la bouteille ou les deux. Donc en sortant j'ai pu admirer sous un rayon de soleil couchant les vieilles tours des fortis. Voilà encore le bâtiment aussi est en déclin, le bâtiment est en ruine.
1:04:10 Rappelez-vous que c'est écrit par celui qui a dit je suis le prince d'Aquitaine à la tour aboli. Et oui plus je vous fais des citations moins vous êtes tenté d'attribuer tout ça au hasard. Alors vous avez bien raison, si je voulais être convaincant, Ça me prendrait des heures, je ne ferai qu'amasser des textes. Moi, je n'aurai pas besoin d'interpréter. Je vous dirai qu'est-ce que vous en pensez. Vous vous posez cette question, vous avez raison, il faut toujours douter. Mais voilà un texte de Nerval, tenez.
1:04:42 Alors, on reverra ça plus loin. Donc, l'année décline, la journée décline et les bâtiments sont en ruine. C'est pas fini. En passant près du prieuré, j'ai remarqué un groupe de petites filles qui s'étaient assis sur les marches de la porte, à la bonne heure, ce ne sont pas des vieillards, c'est des petites filles, bien vivaces. Elles chantaient sous la direction de la plus grande qui, debout devant elle, frappait des mains en réglant la mesure. Voyons, mademoiselle, recommençons. Les petites ne vont pas. Je veux entendre cette petite-là qui est à gauche.
1:05:15 J'ai entendu, elle devait être un tout petit peu faux, comme ça, on les voit en fantine. La première sur la seconde marche. Allons, chante toute seule. Et la petite se met à chanter avec une voix faible. La voix est faible. Retenez ça, parce que vous allez voir le rêve suivant, il va parler d'une voix vibrante. Et la petite se met à chanter avec une voix faible, mais bien timbrée. Des canards dans la rivière, etc. Encore un air dans lequel j'ai été bercé. Les souvenirs d'enfance se ravivent quand on a atteint la moitié de la vie. Donc, il y a le déclin de l'auteur qui commence.
1:05:47 On apprend au passage. C'est une banalité, donc je passe. C'est comme un manuscrit palimpsest dont on fait reparaître les lignes par des procédés chimiques. Oui, le déclin est banal, mais par contre l'anamnèse comme sujet privilégié de l'expression littéraire, c'était assez nouveau. Il y a des grandes premières, des embrions déjà chez Chateaubriand, la fameuse Grive, n'est-ce pas, près de Combray, j'allais dire, près de Combourg, C'est un peu de tour, n'est-ce pas, près du château paternel.
1:06:19 Mais c'est Nerval le premier qui a donné ses lettres de noblesse, et Proust l'a bien vu, n'est-ce pas ? Il y avait un culte de cet auteur qui était très très très peu lu à l'époque où Proust en fait l'éloge. « Les petites filles reprirent ensemble une autre chanson, encore un souvenir. Trois filles dans un pré, mon cœur vole, mon cœur vole, mon cœur vole à votre gré. » Alors, c'étaient des enfants d'un brave paysan, qui seraient après de les écouter, mais vous êtes trop gentils, il faut danser à présent. Donc là, vous voyez, on n'est pas sur la ruine. Les petites filles se levèrent de l'escalier, dansèrent une danse singulière qui m'a rappelé, non pas le passé, cette fois non pas une distance dans le temps, mais une distance dans l'espace.
1:06:58 C'est étrange de penser à des danses de filles grecques dans les îles, quand on est dans les brumes et les étangs, ou les clochers gothiques du Valois. Et ça parce qu'il est au pied de la cathédrale. « Elles se mettent toutes, comme on dit chez nous, à la queue le leu, puis un jeune garçon prend les mains de la première et la conduit en reculant. Et vous avez remarqué, dans ma première lecture tout à l'heure, que le texte frôle le genre fantastique. Ce n'est pas pendant que les autres se tiennent les bras que chacune saisit, alors que c'est une comptine d'enfants, saisit derrière sa compagne.
1:07:30 Cela forme un serpent, ça commence à devenir un peu plus inquiétant, qui se meut d'abord en spirale et ensuite en cercle. C'est un lecteur de Dante comme Nerval, qui sait très bien que la descente aux enfers chez Dante, c'est le passage permanent d'un cercle à une autre, n'est-ce pas ? Et jusqu'à cet enfer de Dante comme une immense spirale où Lucifer occupe le centre. Un cercle qui se resserre de plus en plus autour de l'auditeur, obligé d'écouter le chant, presque prisonnier des enfants, n'est-ce pas ?
1:08:04 Même si tout ça est très attendrissant. Et quand la ronde se resserre d'embrasser les pauvres enfants. Je ne trouvais plus dans des pays très pauvres, n'est-ce pas, pour ne pas penser, comme c'était le cas des campagnes à l'époque, on est quand même dans la campagne là que ça devait, un peu comme les enfants anglais, à la nuit de Noël, vont chanter devant les porches des immeubles, en espérant qu'on va leur donner un petit gâteau, une petite pièce, quelques pennies, etc. N'est-ce pas ? Il faut quelques cents maintenant que c'est aux États-Unis. Je n'étais pas un étranger, mais j'étais ému jusqu'aux larmes en reconnaissant dans ces petites voix, donc de nouveau, vous voyez, la fascination de Nerval pour la qualité au sens, je vais dire presque chimique, des intonations, des roulades et des finesses d'accent autrefois entendues, et qui, non pas des parents aux enfants, mais qui des mères aux filles, on reste dans un seul sexe, là, vous voyez, pour ce qui est de ce chant, se conservent les mêmes.
1:08:59 Et puis, généralise, toute cette région est épargnée par les dégâts causés par l'explosion industrielle que connaît ce siècle et bien sûr la région parisienne à cette époque. La musique dans cette contrée n'a pas été gâtée par l'imitation des opéras parisiens. Vous voyez, c'est pas tellement ici la pollution industrielle, la pollution artistique, les airs à la mode, la musique people on dirait aujourd'hui plutôt populaire, alors que lui, il retrouve des musiques populaires, des romances de salons ou des mélodies exécutées par les orgues. On en est encore à Senlis à la musique du XVIe siècle, comme s'il y avait des poches de passé, vous voyez, conservées là, comme si ces lieux étaient des conservatoires dans tous les sens du terme.
1:09:47 Historico-musicologique, conservé traditionnellement depuis les Médicis. L'époque de Louis XIV a aussi laissé des traces. Il y a dans les souvenirs des filles de la campagne des complaintes d'un mauvais goût ravissant. Le texte le plus célèbre de Nerval, c'est le chant d'Adrienne dans Sylvie. Si vous voulez entendre ou imaginer, Vous ne pouvez pas appuyer, cliquer sur le texte de Nerval et entendre le son du chant d'Adrienne. Mais Nerval en parle. Ça vaut bien le chant si on l'avait enregistré. Chaque stance terminée par ces trilles chevrotants que font valoir si bien les voix jeunes quand elles imitent par un frisson modulé la voix tremblante des aïeules. Vous voyez jusqu'à quel point de détail il va ? Là, pareil, On trouve là des restes de morceaux d'opéra du XVIIe siècle, peut-être, ou d'oratorios du XVIIe siècle. L'oratorio, c'est un opéra ayant un sujet sacré, pris dans la Bible par exemple, ou dans l'Ancien Testament.
Lecture du rêve d'Aurélia
1:10:55 Oui, dans la Bible. Donc, je saute. Non, justement, avant de passer… Si, si, tout de même, je vais revenir au texte de Lévi-Strauss, je fais une entorse à ce que j'avais promis à Pierre-Alain, mais on va faire descendre le texte de Lévi-Strauss, on va y revenir, bien sûr. Et je vais immédiatement passer au texte que j'avais promis de lire en lecture. C'est pour ça que je ne veux pas que Lévi-Strauss nous fasse oublier le texte qu'on vient de lire.
1:11:31 Et pendant qu'il est encore frais à nos oreilles et à nos yeux, si certains d'entre vous, vous savez que tout ça est sur Wikisource, Nerval, Les filles du feu, Angélique, Lettre 6, vous avez toutes les références. Alors là, on n'est plus dans le récit journalistique, on n'est plus à la balade, on n'est plus en train de vadrouiller entre Senlis chantilly et de jouer à l'historien ou guide touristique, non. Et écrire à des lecteurs et au directeur de journal, il faut faire patienter les lecteurs, là c'est beaucoup plus grave.
1:12:04 Là c'est un texte, je vous l'ai dit souvent dans d'autres contextes, que l'on doit un peu au médecin de Nerval qui avait dit si vous pouvez mettre vos obsessions, vos visions surtout, Et donc les rêves. On dit les rêves, et on va le voir ici, mais souvent c'est les rêves qu'il fait en plein jour, donc les hallucinations, donc ce qu'il appelle lui-même admirablement, c'est ici qu'a commencé ce que j'appellerais, dans où il y a l'épanchement du songe dans la vie réelle. Et là il dit un rêve, donc je ne veux pas forcer sa pensée, je déteste interpréter, je ne veux pas solliciter sa parole, et il s'agit donc d'un rêve, vous voyez, on est loin du contexte qu'on vient de voir, c'est un rêve, toute cette œuvre est écrite dans l'urgence clinique de C'est quelqu'un qui essaie de se guérir et d'échapper des obsessions.
1:12:49 Un rêve que je fis encore me confirma dans cette pensée. Et voici le rêve. Je me trouvais tout à coup dans une salle qui faisait partie de la demeure de mon aïeul. Elle semblait s'être agrandie seulement. On va faire ça dans les rêves. Les vieux meubles luisaient d'un poli merveilleux. Les tapis et les rideaux étaient comme remis à neuf. Un jour, trois fois plus brillant que le jour naturel, arrivés par la croisée et par la Il y avait dans l'air une fraîcheur et un parfum des premières matinées du printemps. Trois femmes travaillaient dans cette pièce et représentaient, sans leur ressembler absolument, des parents et des amis de ma jeunesse.
1:13:28 La plus âgée me parlait avec une voix vibrante, non pas faible, et mélodieuse que je reconnaissais pour l'avoir entendue dans l'enfance. Je ne sais ce qu'elle me disait qui me frappait par sa profonde justesse, mais elle attira ma pensée sur moi-même. Je me vis vêtu d'un petit habit brun, de forme ancienne, entièrement tissé à l'aiguille de fils ténus comme ceux des toiles d'araignées. Il était, vous allez voir, une suite d'épithètes qu'on ne prend que pour caractériser l'habillage d'un enfant, d'un petit garçon ou d'une petite fille, mais vraiment très petite.
1:14:06 J'étais coquet, l'habit, gracieux et imprégné de douces odeurs. Je me sentais tout rajeuni et tout pimpant dans ce vêtement qui sortait de leurs doigts de fée. Et je les remerciais en rougissant, et là il le dit, comme si je n'eusse été qu'un petit enfant devant de grandes belles dames. Alors l'une d'elles se leva et se dirigea vers le jardin. Chacun sait que dans les rêves on ne voit jamais le soleil où on reviendra là-dessus. Bien qu'on ait souvent la perception d'une clarté beaucoup plus vive, Les objets et les corps sont lumineux par eux-mêmes. Je dis juste ça. Dans le rêve, la lumière n'est pas centralisée par le diktat solaire.
1:14:46 Je me vis dans un petit parc où se prolongeaient des treilles en berceaux chargés de lourdes grappes de raisins blancs et noirs. À mesure que la dame qui me guidait s'avançait sous ses berceaux, l'ombre des treillis croisés variait pour mes yeux ses formes et ses vêtements. C'est magique la phrase de Nerval. On ne peut plus clair, mais presque trop clair, parce que le nombre de nuances et de détails très volatils, qu'il arrive à nous faire défiler dans une langue extrêmement claire, sans chercher des mots très savants, l'ombre des treillis croisés, varié pour mes yeux, ses formes et ses vêtements.
1:15:22 Elle en sortit enfin et nous nous trouvâmes dans un espace découvert. On y apercevait à peine la trace d'anciennes allées qui l'avaient jadis coupé en croix, le jardin. La culture était négligée depuis de longues années et des plants épars de clématite, de houblon, de chèvrefeuille, de jasmin, de lierre, d'aristoloche, étendaient entre des arbres d'une croissance vigoureuse leur longue traînée de lianes. Des branches pliées jusqu'à terre chargées de fruits. Et parmi les touffes d'herbes parasites s'épanouissaient quelques fleurs de jardin, revenus à l'état sauvage.
1:15:59 Je suis sûr qu'il n'y en a pas parmi vous, parmi ceux qui ont la gentillesse d'assister à cette causerie, je suis sûr, je ne parle pas de ceux qui l'ont déjà lu, pour qui ça devient vite évident, qu'il n'y a pas de hasard, Que vous avez retrouvé le premier texte à l'envers. Je le dis, on croit que j'exagère, que ce texte c'est celui d'Angélique multiplié par moins un. Mais non, mais je ne plaisante pas, je ne force pas, ce n'est pas une métaphore. Bon sang, allez, on va reprendre notre tableau à double entrée. Les bâtiments, n'est-ce pas ? On reprend le rêve au début.
Aurélia, c'est Angélique « multiplié par moins un »
1:16:41 Donc, un rêve que je fais encore me confirme. Je me trouvais tout à coup dans une salle. Voilà une précision du bâti, n'est-ce pas, qui faisait partie de la demeure de mon aïeul. Je rappelle que son aïeul, c'est l'oncle maternel, je le dis au passage. C'est dit un petit peu avant et un peu après dans le texte, mais là, ce n'est pas dans le rêve, donc je passe. Elle semblait s'être agrandie seulement. Bon sang, les tours des Romains étaient à demi démolies, n'est-ce pas ? Et là, la demeure semble être agrandie.
1:17:11 Les vieux meubles luisaient d'un poli merveilleux. Les tapis, les rideaux étaient comme remis à neuf. Un jour, trois fois plus brillants. Bon sang ! La lumière était dans l'entrée bâtiment en ruine, dans le deuxième texte, agrandie. C'est pas la tour aboli, c'est la tour restaurée et au-delà. La lumière déclinante dans la première colonne, n'est-ce pas, trois fois plus brillant que le jour naturel dans ce texte-là.
1:17:43 La saison, c'était l'automne et il y avait dans l'air une fraîcheur et un parfum des premières matinées du printemps. Il aurait pu dire l'hiver, l'été. Il va chercher la saison qui est l'exact inverse de l'automne. Ce n'est pas la saison de solstice, l'hiver ou l'été, c'est la saison des équinoxes. Quand le jour et la nuit sont d'égale longueur, comme on dit dans un des plus beaux poèmes de Hölderlin, celui qui se termine par « la mer enlève et rend la mémoire ».
1:18:24 Les trois femmes la plus âgée me parlaient avec une voix vibrante et mélodieuse. Donc encore une fois, la voix, elle est faible dans le texte d'Angélique, elle est vibrante ici, que je reconnaissais, de toute façon c'est une adulte, ce n'est pas une enfant, pour l'avoir entendu dans l'enfance, et je ne sais ce qu'elle me disait qui me frappait par sa profonde justesse. Mais elle attira ma pensée sur moi-même, et vous connaissez la suite, il a un petit habit, il est emmailloté, si je puis dire, si vous regardez bien.
1:18:55 Un petit habit brun de forme ancienne entièrement tissait à l'aiguille de fil ténu comme ceux des toiles d'araignée, on ne peut pas faire plus impondérable. Et l'habit était coquet, gracieux, c'est un peu des bonnes fées ces trois femmes, n'est-ce pas, ce n'est pas des femmes menaçantes, et imprégnées de douces odeurs. Je me sentais tout rajeuni et tout pimpant dans ce vêtement. Vous voyez, je vous ai dit que c'est des épithètes qui caractérisent tout ça plutôt la petite enfance, pas que l'âge adulte, c'est le moins qu'on puisse dire, qui sortaient de leurs doigts de fées. Surtout qu'on est un peu dans l'enfance, dans le monde des fées, là. Et je les remercie en rougissant, comme si je n'eusse été. Et là, c'est explicite, je n'interprète pas. Qu'un petit enfant devant de grandes belles dames.
1:19:42 La relation humaine, je continue mes entrées du tableau. Un adulte entouré de petites filles d'Angélique, un enfant entouré de trois femmes adultes d'Aurélia. Bon sang ! Je vous dis que c'est le même texte, je me dis par moins un, mais vous croyez que Nerval écrivait avec un ordinateur, une tablette ici, un PC là ? Et en quoi est-ce que ça suffit ? Il suffirait à suivre une telle rigueur des textes, une telle élimination du hasard.
1:20:21 On ne peut plus nier après cette superposition qu'il y a une déterminabilité, mais on ne sait pas encore, comme je suis très prudent, quelle est la détermination ? Est-ce que c'est une détermination freudienne ? L'origine en dernière instance libidinale, est-ce que c'est une détermination de classe ? Je regarde du côté de Marx. Est-ce que c'est un couplage des deux puisque nous sommes tous traversés par les deux déterminations ? On a été d'abord enfants dans les familles, comme a dit Descartes, pour ce que nous avons tous été enfants avant que d'être hommes, mais d'être guidés par nos appétits et nos précepteurs, lesquels n'étaient pas souvent d'accord entre eux, comme il a compris.
1:21:05 Les appétits de l'enfant, des enfants que nous fûmes, nous poussaient vers des choses qui étaient en général désapprouvées par nos précepteurs, que ce soit nos parents, nos profs, nos surveillants, n'est-ce pas ? À l'époque, c'était Nerval, c'était souvent des gens d'église. Voilà. On n'a pas encore vu les végétaux. Alors, on y vient. Alors, l'une d'elles se leva et se dirigea vers le jardin. On y arrive. Chacun sait que dans les rêves on ne voit jamais. Le soleil, alors que là on le voyait bien, il était déclinant, mais on en parlait souvent, le soleil est couchant. Bien qu'on ait souvent la perception d'une clarté beaucoup plus vive, alors là il n'est pas déclinant.
1:21:44 Les objets et les corps sont lumineux par eux-mêmes, mais on a vu que quelle lumière, ce n'est pas trois fois plus brillante que celle du jour naturel. Je me vis dans un petit parc où se prolongeaient des treilles, bon déjà ça ne fait pas tellement… bon, des treilles en berceau chargées de lourdes grappes. Ah ben si tu vois bien, raisin, c'est l'automne, attendez ! De lourdes grappes, il a parlé, il y avait dans l'air, n'est-ce pas, Des effluves d'une matinée de printemps. Et dans le rêve, on peut très bien superposer l'un à l'autre, à mesure que la dame qui me guidait s'avançait sous ses berceaux, l'ombre des treilles croisées, pardon, de lourdes grappes de raisins blancs et noirs. Ici, je ne peux pas empêcher de faire de l'intertextualité, je quitte un peu l'analyse, sans pour autant la seule interprétation, je fais de l'intra-lecture.
1:22:30 Dans un des poèmes des Chimères, les poèmes en général sont faits pendant les moments de la folie chez Nerval. Suis-je Amour ou Phébus, Lusignan ou Biron, Mon front est rouge encore du Baiser de la Reine avec des notations apparemment discontinues, comme ça, une hésitation sur l'identité. Suis-je Amour ou Phébus. Sous la pâleur d'Abel hélas ensanglantée, on l'appelait le gentil Gérard. Sous la pâleur d'Abel hélas ensanglantée, j'ai parfois de Caïn, l'implacable rougeur.
1:23:02 Ce n'est pas le cas. On y apercevait à peine la trace d'anciennes… oui, non, si, si, je reviens à la lourde grappe de raisin blanc. Dans les chimères, vous avez un poème qui s'appelle Myrtho, M-I-R-T-H-O, c'est un prénom, puisqu'il s'adresse à une jeune fille qui a presque tous les titres des chimères, beaucoup, pas tous, Daphné, Artemis.
1:23:33 Et donc, dans celui-ci, Myrtho, qui est sous le signe de Naples, Naples est une région du feu, les filles du feu, à cause du volcan du Vésuve, n'est-ce pas ? Il dit ceci, je pense à toi Myrtho, divine enchanteresse, au Pausilippe, le Pausilippe, et c'est la montagne qui domine la baie de Naples. On dit voir Naples et mourir, c'est le décor de Così fan tutte et de Mozart. Je pense à toi Myrtho, divine enchanteresse, au Pausilippe, altier de mille feux brillants, à ton front inondé des clartés d'Orient.
1:24:08 Donc là c'est la clarté du matin, à ton front inondé des clartés d'Orient, aux raisins noirs mêlés avec l'or de ta tresse. Là c'est pas des raisins noirs et blancs, mais c'est un contraste de la noirceur des raisins avec l'or de ta tresse. C'est dans ta coupe aussi que j'avais bu l'ivresse, c'est dans l'éclair furtif de ton œil souriant, on a du mal à l'arrêter. Ainsi quand même, quant aux pieds d'Iacchus, c'est un des noms de Bacchus, on me voyait priant, et c'est ça ma chute, rassurez-vous, car la muse m'a fait l'un des fils de la Grèce, c'est-à-dire l'un des fils d'une époque où la mythologie était au quotidien avec un ordre symbolique rigoureux.
1:24:50 Voilà, là j'interprète certainement, mais on se comprend et donc vous en faites ce que vous voulez, je n'interviens pas. Elle en sortit enfin, on y apercevait à peine la trace d'anciennes allées qui avaient dû jadis la couper en croix. La culture était négligée depuis de longues années, et des plants épars de clématites, alors ça y va, de houblons, de chèvres-feuilles, vous parlez, c'est plus les feuilles rouillées d'ormes et de tilleuls qui subsistent sur quelques arbres autour de son lisse, étendait entre les arbres d'une croissance vigoureuse leur longue traînée de lianes.
1:25:22 Mais oui, mais on est au cœur de la Côte d'Ivoire, du Gabon, de l'Amazonie bientôt, dans le rêve. Le rêve peut faire ça, vous savez. Des branches pliées jusqu'à terre chargées de fruits, on les entend presque craquer, on a envie de mettre des tuteurs. Il ne faut pas que les branches se cassent. Des branches pliées jusqu'à terre chargées de fruits et parmi les touffes d'herbes parasites, c'est pas nous, c'est quelques fleurs de jardin revenus à l'état selvaggio. Selva, la forêt sauvage, n'est-ce pas ?
1:25:55 Si chaque texte pris à part, si dans chaque texte pris à part on peut difficilement faire abstraction de la déterminabilité, il devient alors là impossible et non pas seulement difficile, n'est-ce pas, d'éliminer la déterminabilité, c'est-à-dire le fait que toutes ces symétries ne peuvent pas être dues au hasard, de leur superposition. Ce qu'on ne fait pas, quand on lit Aurélia, on ne pense pas à Angélique et ainsi de suite, sauf si on connaît par cœur l'œuvre de Nerval et qu'on se la répète dans sa tête.
1:26:28 Donc on a décidé de lire ses œuvres complètes. Tout ça, c'est des scies qui font que ça n'arrive pas souvent. Si c'est un livre qu'on a acheté comme ça, un kiosque de gare comme ça au hasard, parce que la couverture vous plaisait bien pour meubler les heures de train, ça ne se verra pas. Discrétion suicidaire de Nerval. Voilà, maintenant je peux revenir à Lévi-Strauss. Merci Pierre-Alain. Et pardon, merci parce que c'est un travail d'une complexité qu'exige en particulier la séance d'aujourd'hui.
Transcender l'opposition du sensible et de l'intelligible
1:27:04 Donc Lévi-Strauss, je vous l'ai dit en introduction, à partir de la série d'ouvrages, de publications, Qui a par titre générique Mythologiques au pluriel et dont le premier volet, le premier volume, la porte qui ouvre cet édifice des mythologiques, c'est le cru et le cuit. Après, il y a du miel aux cendres, les manières de table, etc.
1:27:38 Je vous ai déjà dit qu'à partir du moment où il commence cette série, la musique, ce n'est pas seulement qu'elle occupe une place importante, c'est que c'est sa référence en matière de modèle d'intelligibilité formelle, entre les formes qui viennent du logos, de la logique, du langage, et la... La musique non vocale, si vous voulez. Il y aurait comme ça un intermédiaire, il y aurait les formes musicales qui sont intermédiaires entre les formes logiques, le syllogisme, le raisonnement. Alors là, on n'est pas dans des disciplines presque communes, comme une intersection, on dirait mathématiques, entre certaines parties de la philosophie et des mathématiques. Voir les tables de vérité, par exemple.
1:28:36 Et là, le passage qu'on va lire, donc j'y viens maintenant parce que je suffisamment introduit le reste tout à l'heure, initialement, c'est le passage où il justifie ce fait tout à fait inattendu que cet anthropologue, connu pour être un spécialiste de l'approche des peuples qui vivent au fond des jungles amazoniennes, pour rendre leur mythologie, et Dieu sait si c'est complexe, intelligible, En particulier les indiens, ils ont du Mato Grosso, c'est surtout là qu'il a travaillé, mais ça ne se limite pas à ça, du Brésil central si vous préférez.
1:29:14 Pourquoi ce monsieur tout d'un coup fait référence à la musique ? Ça ne paraît pas sérieux, vous voyez. Et il dit ceci, au début de cette introduction, j'ai sauté 20 pages, nous sommes à la page 22, où il a beaucoup parlé du fait, Ce qu'elle faisait spécifique dans la... Il s'approche des mythes. N'oublions pas que les mythes, c'est avant tout des paroles. Vous demandez à des Dogons au Mali quelle est pour eux l'origine, depuis quand les hommes ont pu acquérir la maîtrise du feu, ils vont vous raconter un mythe.
1:29:50 C'est pas comme un génie à donner. Mais la réponse est une parole. Donc quand il parle des mythes, il ne pense pas à des mythes, il n'est pas en train de rêver. Lévi-Strauss, il a enregistré, il a des magnétophones. Il a enregistré, c'est un matériel, c'est son matos sur lequel travaille l'anthropologue. Surtout dans les sociétés sans écriture. En effet, au début de cette introduction, nous nous déclarions avoir cherché à transcender l'opposition du sensible et de l'intelligible.
1:30:23 Là, on n'est ni en ethnologie, ni en anthropologie, ni en musique, on est au cœur de la philosophie. Et puis elle a commencé par là. Le premier grand système philosophique écrit qui nous parvient, celui de Platon, repose tout entier sur l'opposition du sensible et de l'intelligible. Même si, et ça, ça nous rapproche de ce qu'est en train de dire Lévi-Strauss, Platon nous dit que si l'opposition était totale, si la séparation était absolue, On ne voit pas pourquoi quelque chose, tout d'un coup, sur le fond de la caverne, réveillerait un des prisonniers et l'inciterait à quitter le fond de la caverne pour aller voir en arrière les modèles et non plus les copies.
1:31:06 Pour ça, il faut, on l'avait déjà vu ailleurs, quand j'ai déclaré « philosophie était fille de la crise », soit un grand malheur, soit au contraire une illumination. Mais laissons cela, c'est du grand Platon. En effet, ou laissons cela, oui laissons cela, je vais vous citer Baudelaire mais ça viendra à son temps. Ceux-ci, les mythes, expriment l'un, l'intelligible, par le moyen de l'autre, par le sensible.
1:31:37 Autrement dit, regardez le titre, le cru et le cuit. Jusque-là, la logique ne s'occupait jamais des qualités sensibles. L'opposition du lisse et du rugueux, c'est pas de la philo. La philosophie traditionnellement du cru et du cuit, du sucré et du salé, n'est-ce pas ? Toutes ces opérations qualitatives, ce qu'on appelait traditionnellement dans la logique depuis Aristote les qualités secondes, il n'y a pas de logique des qualités secondes, et voilà que Lévi-Strauss va le réhabiliter, mais il va le dire lui-même.
1:32:14 Donc je ne creuse pas trop ce côté-là, en tout cas c'est bien clair ici, n'est-ce pas, que pour expliquer l'origine du monde ou du feu ou du rire ou des manières de table, des ornements culturels, les plumes des aras en particulier, qui jouent un si grand rôle dans la décoration du corps à titre cultuel, Chez les Indiens d'Amazonie, en particulier chez les Bororo qui a étudié Lévi-Strauss, tout ceci donne des explications qui, eux, par contre, ne font pas l'impasse sur les qualités secondes, ou les notions qui n'ont aucun intérêt apparemment dans la science et la logique, n'est-ce pas, cru et cuit, enfin, je m'entends, tel quel, n'est-ce pas, tel que le ressent, celui qui mange sucré ou salé.
1:33:14 La science va expliquer pourquoi telle molécule donne le goût du sucré et tel le goût du salé, mais pas la sensation elle-même. Donc au début de cette introduction nous devions avoir cherché à transcender l'opposition du sensible et de l'intelligible en nous plaçant d'emblée au niveau des signes. En effet ceux-ci, les signes. Donc vous voyez pourquoi ça s'enchaîne sur notre conclusion avant le ring, on avait quand même bien vu qu'il y avait la cause et l'effet dans les sciences de la nature, Le signe et le sens dans les sciences de la culture, on dirait, puisqu'on est chez Lévi-Strauss, je arrête de dire historique, par courtoisie, sciences humaines ailleurs, sciences de la culture.
1:33:52 En effet, ceux-ci, les signes, expriment l'un, l'intelligible, par le moyen de l'autre, même en très petit nombre. Regardez, avec les 23 signes de l'alphabet, 24, 25, 26, ça dépend des langues européennes, Avec les signes de l'alphabet, le nombre quasi-infini de notions et de paroles et de discours qu'on peut échafauder. Il se prête à des combinaisons rigoureusement agencées qui peuvent traduire jusqu'en ses moindres nuances, vous voyez on croirait l'approche des textes qu'on vient de faire, toute la diversité de l'expérience sensible.
1:34:26 Ainsi espérons-nous atteindre un plan où les propriétés logiques, Je vous rappelle que la logique n'étudiait que les qualités premières, l'étendue, le temps dans les objets depuis Aristote, se manifesteront, ou les propriétés logiques se manifesteront comme attributs des choses aussi directement que les saveurs ou les parfums, dont la particularité excluant toute méprise renvoie cependant à une combinaison d'éléments qui, autrement choisis ou disposé eût suscité la conscience d'un autre parfum. Grâce à la notion de signe, il s'agit donc pour nous, sur le plan de l'intelligible, et non plus seulement du sensible, de rendre les qualités secondes au commerce de la vérité.
1:35:20 Alors que ça faisait 2500 ans, depuis l'apparition de la philosophie et de la logique, essentiellement chez Aristote, ça fait trois fois que je le répète, les qualités secondes n'avaient pas accès à la logique. On en parlait. Pour d'autres choses, Platon dit que les sophistes disent que le vin te paraît doux, donc il est sucré, il te paraît amer, donc il est amer, donc il n'y a pas de saveur en soi. Bien sûr, à ce niveau-là, mais il n'y avait pas une logique justement à cause de ce côté changeant et subjectif, et éphémère de la sensation.
1:35:52 On ne pouvait pas les installer dans le cœur d'une logique. Cette recherche d'une voie moyenne, décidément la médiation, c'est peut-être ce qu'il y a de plus Hegelien chez Lévi-Strauss à son propre insu. Cette recherche d'une voie moyenne entre l'exercice de pensée logique et la perception esthétique. Donc la pensée logique, l'entendement, la perception esthétique, la sensibilité, les sensations. L'esthésie, c'est le sensible à l'origine. Anesthésie, c'est supprimer le travail des sens. Il devait tout naturellement s'inspirer de l'exemple de la musique qu'il a depuis toujours pratiquée.
1:36:35 Cette manière d'utiliser, d'établir une médiation voie moyenne, une médiation en devient profond, dès qu'on prend une opposition apparemment à jamais inconciliable, Comme l'infranchissable abîme que mettait Kant entre les sciences dures et les sciences humaines pour aller vite. Dès qu'on prend une catégorie intermédiaire, quelque chose comme entre le cru et le cuit, je l'ai déjà dit, il y a le fermenté, c'est-à-dire cuit chimiquement.
1:37:14 Le poisson à la tahitienne, il a passé une nuit à cuire dans le citron, dans les aromates, dans le vinaigre, la marinade, le sanglier et ainsi de suite. Chaque fois que les choses qui ont l'air complètement opposées, ou c'est cru, ou c'est cuit, il y a des choses qui participent des deux règnes. Et là on est dans le concret, car le monde dans lequel on vit n'est jamais dans un des extrêmes. C'est un monde qui est toujours dans le moyen terme.
Succession, simultanéité, solo et tutti, récitatif et air
1:37:47 Et ce n'est pas seulement d'un point de vue général que le rapprochement s'imposait. Le rapprochement entre la manière dont les mythes s'expriment, la parole que déploie le récit d'un mythe, et le déploiement d'une phrase musicale ou d'un morceau de musique, obéissent aux mêmes logiques. C'est ça que dit Lévi-Strauss, et ce n'est pas seulement d'un point de vue général que le rapprochement s'imposait. Très vite, presque le début de la rédaction, nous constations qu'il était impossible de distribuer la matière de ce livre, ce livre qui a pour but d'étudier la mythologie des indiens amazonais, n'oublions pas, selon un plan respectueux des normes traditionnelles.
1:38:34 La coupe en chapitres, je vous rappelle que la préface s'appelle « ouverture », comme avant un opéra, avant que le rideau se lève, Il y a l'ouverture, n'est-ce pas ? Et puis je vous donne quelques titres comme ça, il avait une très grande culture musicale, n'est-ce pas ? Cantate de la sarigue, la sarigue est un animal qui joue un rôle important dans la mythologie des Indiens, espèce de petit marsupial. Cantate de la sarigue, fugue des cinq sens, n'est-ce pas ? La vie brève, c'est les mythes qui racontent depuis quand la vie de l'homme a été raccourcie, sauf que la vie brève est le titre d'un opéra, Je sais très bien, n'est-ce pas, de Manuel de Falla, le grand musicien espagnol.
1:39:14 « La coupe en chapitres ne faisait pas seulement violence au mouvement de la pensée, elle l'appauvrissait et la mutilait, enlevait à la démonstration son mordant. Paradoxalement, il apparaissait que pour que celle-ci, la démonstration parue déterminante, vous y voilà, détermination, déterminabilité, Il fallait lui concéder plus de souplesse et de liberté. Nous avons vu le côté sinueux de la phrase de Nerval, la dame que je suivais, développant sa taille élancée par un mouvement qui fit miroiter le taffeta de sa robe en plis changeants.
1:39:53 Oui, c'est une phrase presque impondérable, pourtant précise, sinueuse comme ça. Eh bien, je veux dire, le langage courant a du mal à restituer ce genre d'impondérable, ce genre de musicalité, de courbure, de tropos, tropisme, vient d'un mot grec tropos qui veut dire courbe. Les héliotropes, vous savez, les tournesols, les fleurs. Ça veut dire celles qui se courbent dans la direction du soleil. Nous nous apercevions aussi que l'ordre de présentation des documents ne pouvait être linéaire et que des phases du commentaire ne se reliaient pas entre elles par le simple rapport de l'avant et de l'après. Vous voyez que le rapport au temps qui est si important pour comprendre l'œuvre de Nerval.
1:40:50 Qu'est-ce qu'il a ? Le rêve, il est replacé dans la maison de son oncle maternel qui s'est agrandi. Le passé n'est plus passé. Le temps n'existe plus. On peut revivre des séquences. Or, ce qui est typique du temps, c'est l'irréversibilité. Ce n'est pas le temps réel, malheureusement. « Celui plus je ne suis que j'ai jadis été, plus ne saurais jamais l'être. Mon doux printemps et mon été ont fait le saut par la fenêtre. » C'est une chanson que Rousseau a. Un texte Rousseau a mis en musique, et Nerval tombe sur le manuscrit à Compiègne un peu avant ces lignes-là.
1:41:26 Je n'invente rien. Donc, des artifices de composition étaient indispensables, vous voyez c'est un terme musical, de composition, pour donner parfois au lecteur le sentiment d'une simultanéité sans doute illusoire, puisque l'on restait enchaîné par l'ordre du récit, Mais dont on pouvait au moins chercher l'équivalent approché en faisant alterner un discours étiré et un discours diffus, si vous voulez un discours linéaire, comme j'essaie de faire un peu plus aujourd'hui, et un discours plein de détours, comme je fais trop souvent, en les tenant séparés.
1:41:59 Ainsi nous constations que nos analyses se situaient sur plusieurs axes. Celui des successions, ça c'est l'ordre du temps par excellence. 4h05 est après 4h, qui est après 3h58. C'est l'ordre des successions. Alors que l'espace est l'ordre des simultanéités. Je ne suis pas en physique, mais vous et moi, les gens dans la vie de tous les jours, l'espace est l'ordre des simultanéités. C'est comme ça qu'ils parlent à notre langue, à notre imaginaire et à notre sensibilité.
1:42:30 Et de fait, si vous avez deux horloges très bien, d'excellente qualité, vous en mettez une à la cave, une au grenier, une au salon, elles marquent la même heure. L'espace est le lieu des simultanéités. Dans l'espace, les lieux sont extérieurs les uns aux autres. On dit souvent « partes extra partes ». Chaque partie est à l'extérieur de l'autre. Il ne peut y avoir une ligne, une droite, pardon, pour parler plus rigoureusement, Et c'est vraiment que si chaque point est extérieur à l'autre.
1:43:00 Il n'y aurait qu'un point, comme un trou noir, ce point absorberait toute la droite. Donc il faut que l'espace soit donné pour qu'il y ait un point à côté d'un autre point, à côté d'un autre point, et ainsi de suite. partes extra partes, ça c'est l'ordre, mais tout ça c'est dans la simultanéité. Par contre, le temps est l'ordre de la succession. Regardez ce que dit Lévi-Strauss. Plusieurs axes. Celui des successions bien sûr, mais aussi celui des compacités relatives qui exigeaient le recours à des formes évocatrices de ce que sont en musique, le solo et le tutti. Vous savez, dans les spirituels, il y a d'abord le preacher qui chante seul et tout le chœur des fidèles qui répond « Yes, my lord ! » ou alors qui répète ce que dit le preacher.
1:43:57 Je prends cet exemple-là, alors que je n'avais dans la musique qu'il n'y a que ça, l'opposition du solo et du tutti, parce que j'ai été frappé, et j'allais dire au fond de l'Afrique, oui, il faut tomber en panne, en brousse, pouvoir surgir des silhouettes de partout qui ne demandent qu'à vous donner un coup de main, qui vous aident à dépanner en quelques secondes, n'est-ce pas, avec une quinzaine de jeunes gens qui… On est dans un coin perdu où il n'y a personne, il surgit toujours du monde.
1:44:27 Et dans l'effort, il vous écarte alors de dire « vous ne salissez pas les mains, nous on sait faire ». Et donc, il y a un chef de l'opération qui fait « adegadabada » et là ils poussent tous. C'est de là que ça vient, l'échange entre le preacher et l'assemblée des fidèles dans le Gospel. C'est frappant quand on l'a entendu. Donc, ces structures-là, l'opposition du tutti et du soli, qui n'est plus ni la succession ni la simultanéité, mais aussi celui des compacités relatives qui exigeaient le recours à des formes évocatrices de ce que sont en musique le solo et le tutti, où il peut y avoir les deux en même temps, la simultanéité et la succession, ceux des tensions expressives et des codes de remplacement en fonction desquels apparaissaient au cours de la rédaction de son livre des oppositions comparables à celles entre Chant et récitatif, ensemble instrumental et aria. Ça a l'air un peu technique. Enfin, vous voyez, le récitatif, c'est ce qui raconte un peu l'histoire dans l'opéra, dans l'opéra ou dans l'oratorio, ou dans une messe ou dans une cantate quand c'est religieux le sujet.
1:45:37 Alors Jésus se retirera du temple, etc. Mais c'est un peu chanté, psalmodié, un peu slamé, on dirait aujourd'hui, vous voyez. Mais on n'est pas dans l'air. Quand le récit s'arrête parce qu'il a tout d'un coup dit quelque chose qui provoque un sentiment profond de tristesse, d'abattement ou au contraire de jubilation, dimanche de Pâques par exemple, Alléluia, et à ce moment-là c'est l'air, c'est la forme aria. Et à ce moment-là, vous voyez que quand Mozart fait… Je devrais enlever les câbles qui sont sur mon clavier.
1:46:27 On voit tout de suite que c'est un air, alors qu'auparavant il y a eu des bavardages entre Suzanne et la comtesse, parce qu'il est mignon. Chérubin, on dirait une fille, mon dieu, qu'il a la peau blanche. Il va faire des ravages, celui-là, chez nos compagnies, etc. Il est entre deux sexes et entre deux âges, Chérubin. Mais enfin, la séparation est très nette lorsque tout d'un coup le récitatif s'arrête et qu'un air magique, comme souvent chez Mozart, surgit un air à boire.
1:47:03 ce qu'on appelle l'opéra italien, un brindisi, c'est un air à boire, n'est-ce pas… Tom, tom, tom, tim, ta-da, la femme… la femme change souvent, la donna è mobile, n'est-ce pas, comme la fiamme, n'est-ce pas, ou bien… ...admirable, fontaine de brindisi, si je ne croyais pas que c'était un joyeux luron, enfin, je veux dire, dans ses opéras, ses opéras, c'est des moutoires épouvantables, Un lustre, un homme très sain. Et ce n'était pas du tout un mélancolique introverti et déprimé. À ses heures, comme tout le monde, vraiment pas plus, un bon vivant à ses heures.
1:47:45 Mais dans ses opéras, il y a souvent des airs à boire. Mais pensez, je reviens à un air quand il exprime le deuil ou l'abattement dans la passion de Saint-Mathieu de Bach, l'incroyable air Erbarme dich. Je cherche une traduction exacte. Pardonner tout simplement Erbarme, c'est très fort dans la théologie protestante de Erbarme.
1:48:18 Et essayer de l'écouter par l'inoubliable Kathleen Ferrier, une contralto anglaise avec un timbre de voix absolument unique dans l'histoire du chant enregistré en tout cas. Je pense à Nerval qui était sensible aux voix et emporté par la leucémie en pleine jeunesse. Écoutez là dans Mahler et dans Schubert, mais là, regardez comme elle chante, le Erbarme dich. de la libération. Bon alors, c'est tout simple, c'était un peu technique, j'ai essayé d'être un peu plus concret au cours de la rédaction.
1:48:51 On trouve dans le contenu. Pour rendre compte des mythes, il faut quelquefois faire des changements qui sont comparables à ceux qui lisent Il y a comme contraste. entre le chant, sous-entendu l'air, l'aria, et le récitatif, entre l'instrumental et le vocal, vous voyez, pour varier. Il y a un passage purement instrumental, je le dis parce que je sais qu'il y a beaucoup de gens qui écoutent de la musique parmi vous, je pense au répertoire, je pense au cantat de Bach par exemple, je pense à la cantate numéro 21, une espèce de monument.
1:49:26 Donc, Ich hatte viel Bekümmernis. J'étais plongé dans l'affliction, en gros, c'est difficile à traduire. Donc, avec ces hauts bois déchirants, dans l'introduction, le hautbois est toujours ce qu'il y a de plus tragique chez Bach, la crucifixion. Mais enfin, alors que c'est un instrument champêtre. Mais l'avant-dernière air est un air jubilatoire, et pour cause des paroles, c'est un Erfreue, il disait Erfreue, Il dit Hegel, réjouis-toi mon cœur, réjouis-toi mon âme, je suis pardonné. Voilà, c'est l'office.
1:49:58 Il y a un accompagnement de violoncelle, comme si c'était la septième, parce que Bach a fait six partitas pour violoncelle seule, c'est comme si c'était la septième partita, un violoncelle qui gambade littéralement, n'est-ce pas, des airs de danse, c'est extraordinaire pour accompagner cette jubilation du pécheur pardonné. Voilà, rédimé comme on dit. De la liberté que nous prenions ainsi de recourir à plusieurs dimensions pour y disposer nos thèmes, il résultait qu'une coupe en chapitre isométrique, c'est-à-dire plus ou moins semblable en longueur, devait céder le pas à une division en parties moins nombreuses mais aussi plus volumineuses et complexes, « Inégal par la longueur et dont chacune formerait un tout en vertu de son organisation interne à laquelle présiderait une certaine unité d'inspiration ». Je vous laisse le soin, puisqu'on va vous laisser le texte de toute façon, de lire la suite. Je voudrais accélérer un petit peu le texte et passer à la fin de ce texte. Allons-y, on va descendre, voilà, ici, mais en même temps. Vous voyez, il y a une deuxième partie.
Wagner, père de l'analyse structurale des mythes
1:51:10 Jusque-là, il a donné les raisons techniques, c'est pour ça que je ne m'attarde pas, ça prendra du temps. C'est passionnant, c'est plus que je vous recommande, je vous adjure de vous y référer. Comme il creuse le parallélisme entre le récit mythique et le déploiement des phrases musicales, ou du temps musical.
1:51:40 Mais en même temps, comme si c'était tout à fait autre chose, mais qui non seulement ne contredit pas, mais vient renforcer encore ça, mais par un tout autre côté, nous ne pouvions éluder un autre problème. Celui des causes profondes de l'affinité au premier abord surprenant entre la musique et les mythes, dont l'analyse structurale se borne à mettre les propriétés en valeur, les reprenant simplement à son compte et les transposant sur un autre plan. On vient de le voir. Et certes, c'était déjà faire un grand pas sur la voie d'une réponse à comment ça se fait qu'il y a ces analogies entre façon de procéder de la musique et du mythe.
1:52:21 C'était déjà faire un grand pas sur la voie d'une réponse que de pouvoir évoquer cette invariance, c'est rare qu'il parle de lui, à titre personnel. Cet invariant de notre histoire personnelle, quelque chose qui n'a jamais varié dans toute mon évolution. C'est quoi ? Pas même les fulgurantes révélations que furent pour un adolescent, on est en musique, l'audition de Péléas, le seul opéra qui est écrit Debussy, puis des Noces, extraordinaire opéra, païen comme ce n'est pas possible, mais russe primitif de Stravinsky.
1:52:57 Et puis, il y a aussi la révélation, parce qu'il est la génération. Lévi-Strauss où il a pu assister aux premières, enfin pas directement, mais je veux dire en tout cas, il a pu discuter de très près avec des gens qui avaient assisté à ses premières inoubliables, le plus souvent grâce au ballet Diaghilev, les ballets russes, car les grandes premières de la musique d'avant-garde du XXème siècle, où les Russes tiennent une place importante, s'est faite à Paris. Le tout Paris musical allait au ballet russe, comme on dit, grâce à l'immense Diaghilev qui était un grand chorégraphe.
1:53:33 Et un grand communicateur aussi. Donc, vous voyez, la phrase est suspendue. Cet invariant de notre histoire personnelle qu'aucune péripétie n'ébranla, pas même les fulgurantes révélations que furent pour un adolescent l'audition de Pelléas et des Noces, les musiques les plus avant-gardistes de l'époque, à savoir le service dès l'enfance rendu, les parents devraient en écouter, aux hôtels du dieu Richard Wagner. Des guillemets, c'est une citation de Mallarmé. Le silence déjà funèbre d'une moire, il y a une série de tombeaux chez Mallarmé, vous voyez, c'est un genre poétique, le tombeau, un des poèmes qu'on met à soutenir en hommage à quelqu'un de disparu.
1:54:12 Il y a le tombeau de Verlaine, le tombeau de Baudelaire, le tombeau d'Edgar Poe, dans lequel il y a ce vers, tout le monde connaît l'expression, on méconnaît rarement qu'on la doit à Mallarmé. Tel qu'en lui-même, enfin, l'éternité le change, tel qu'en lui-même, c'est bien du tombeau d'Edgar Poe. Mais là, il s'agit du tombeau de Wagner, mais là, il n'y a pas de petit tombeau de Wagner, il est marqué hommage au singulier. Et à la fin, le silence déjà funèbre d'une moire, on sent sa solennité, dispose plus qu'un pli seul sur le mobilier, Si vous ne comprenez pas tout, ce n'est pas grave.
1:54:47 que doit un tassement du principal pilier, on est dans un temple, précipitée avec le manque de vie, Notre vieille ébat triomphale du grimoire, vous savez la quête des initiés, maintenant c'est Guénon qui est à la mode, je crois, n'est-ce pas ? Que tout se tient comme ça, la tradition juive, la tradition chrétienne, la tradition païenne, les hindous, les chinois, tout ça, il y a… Oui, oui, oui, mais ce n'est pas pour les raisons que l'on croit, bien sûr, qu'il y a un universel concret dans l'anthropologie, je ne sais pas, mais de l'assombrer dans le mysticisme de ceux qui traitent Ce genre de problème, c'est ce qu'il appelle notre vieille ébat triomphale du grimoire, hiéroglyphe dont s'exalte le millier à propager de l'aile un frisson familier, sous-entendu c'est toujours la même chose, enfouissez le moi plutôt dans une armoire.
1:55:38 Du souriant fracas originel, on n'est plus dans l'armoire, haï, entre elles de clarté maîtresse a jailli, attend le sujet est retardé, jusque vers un parvis né pour leur simulacre, Un parvis d'escalier d'un temple, d'une église, d'une cathédrale. Il s'agit de Bayreuth, jusque vers un parvis né pour leur simulacre, né pour des représentations d'opéras, de théâtres, musicales. A surgi jusque vers un parvis né pour leur simulacre, le dieu Richard Wagner, irradiant un sacre, mal tue, du verbe taire, c'est compliqué à manormir, mal passé sous silence, mal tue par l'encre même en sanglots, sibylains.
1:56:19 Voilà. « Car si l'on doit reconnaître en Wagner le père irrécusable de l'analyse structurelle des mythes », ça fait 36 fois que je cite juste cette phrase. Aujourd'hui, pour la première fois, je cite la page. Parce qu'il s'agit non pas de Wagner, mais il s'agit Je l'ai dit ici de l'ordre symbolique et dont Lévi-Strauss, à la conclusion, je vous rassure, va dire que ce n'est pas un hasard, c'est la première fois qu'il a été ramené à la rigueur, c'est au travers d'une partition.
1:56:59 Car si l'on doit reconnaître en Wagner le père irrécusable de l'analyse structurale des mythes, et même des contes, voyez les maîtres chanteurs, Il est hautement révélateur que cette analyse était d'abord faite en musique. Quand donc nous suggérions que l'analyse des mythes était comparable à celle d'une grande partition, nous tirions seulement la conséquence logique de la découverte wagnerienne que la structure des mythes généralise de l'ordre symbolique.
1:57:31 Je vais scandaliser ceux qui sont croyants au premier degré, mais les vrais chrétiens ne sont pas ceux qui sont croyants au premier degré, les premiers chrétiens s'en moquent de savoir si l'arbre du paradis est une pomme, une banane, une pêche, il y a une banane, parce qu'il y en a qui ont dit que le vrai jardin d'Éden ça devait être les îles, les Canaries, parce qu'à l'époque c'était plus humide et il y avait des bananes, mais vous savez, ça c'est le réalisme le plus stupide qui soit, c'est pas la réalisme scientifique. Mon Dieu, il n'y a de concret que par l'abstrait, comme disait Agnès.
1:58:05 Donc vous voyez, nous tirions seulement la conséquence logique de la découverte wagnérienne que la structure des mythes se dévoile au moyen d'une partition. Donc si tout d'un coup je restitue toute la page où il y a cette phrase où l'importance de ce qui a surgi à partir de Wagner, ça s'applique à l'ordre symbolique en général. Donc je reprends mon fil, l'histoire du paradis terrestre. Il y a une logique dedans qui est exactement du même ordre, n'est-ce pas, que celle qu'on retrouve au fond de l'Amazonie ou sur les bords du désert pour prendre un climat exactement C'est vraiment inverse, n'est-ce pas ? Où l'eau est plutôt rare qu'elle n'est trop abondante.
1:58:49 Et voilà où on va retrouver aussi des invariants. Pourtant, et je termine, cet hommage liminaire confirme l'existence du problème plutôt qu'il ne le résout. Ça, ça veut dire, ça confirme bien qu'il y a une déterminabilité à l'œuvre, qu'il y a une logique et qu'on a eu tort, n'est-ce pas, de dire la logique C'est du côté uniquement. C'est vraiment des phénomènes physiques, n'est-ce pas ? Pour le reste, après c'est le caprice de chacun. Comme s'il n'y avait pas d'universel concret, comme si chacun était condamné à rester seul dans sa bulle. C'est bien là où va arriver l'idéologie dominante de nos jours.
Mythe et musique, langages temporels ; le quadrilatère
1:59:31 Pourtant cet hommage liminaire confirme l'existence du problème plutôt qu'il ne le résout. La vraie réponse se trouve, croyons-nous, dans le caractère commun du mythe et de l'œuvre musicale. Voilà le caractère commun d'être des langages qui transcendent chacun à sa manière, qui n'est pas la même, le plan du langage articulé tout en requérant comme lui, et à l'opposé de la peinture, une dimension temporelle pour se manifester comme le langage. Vous voyez, je vous avais dit que loin de s'embrouiller le fait qu'on croise plusieurs de nos interventions, là, j'ai beaucoup parlé du son, de la musique, du son sans parole, le grisillement du téléphone dans le texte de Kafka dans notre première rêverie analytique, ou bien dans la cloche du téléphone, Du château, toujours dans le roman de Kafka. Une cloche, ce n'est pas un son vocal, n'est-ce pas ? Mais enfin, elle semble appelée, n'est-ce pas ?
2:00:40 Elle en est d'ailleurs comme un appel, au sens strict, d'après l'auteur. Le bruit du téléphone comme un million de voix enfantines, lointaines, très lointaines, etc. Le coquillage que met à son oreille dans les dernières secondes d'un film sublime de Welles, l'histoire immortelle avec Jeanne Moreau et Roger Coggio. Et Welles lui-même, tout de même, qui joue toujours le rôle du vieux et qui entend cette rumeur marine quand on entend « Faune en coquillage » et qui clôt les dernières secondes du film en disant « I heard it before ».
2:01:16 J'ai déjà entendu ça. But where ? Je l'ai déjà entendu autrefois, mais où ? Laisse passer le temps, l'étranger. Donc, ça se recoupe maintenant, on n'est pas les seuls. Dès mes débuts, il y a sept ans, quand je commençais mes premiers ateliers, je disais bien que la philosophie, si on veut vraiment délimiter le champ qui lui est propre par rapport à des tas de choses vers lesquelles elle tend de temps en temps, Au point que des fois on la confond soit avec la religion, soit à l'autre extrême avec la science.
2:01:52 Et j'avais dit que le philosophe participe et du poète et du mathématicien. Il a une exigence de rigueur, de démonstrativité, de rationalité, de communicabilité. Donc une vérité qui doit être transmise par le langage, c'est pour y revenir. Qui est commune aux mathématiciens, aux logiciens, aux scientifiques en général, et aux poètes, dont l'instrument est quand même la parole, qu'elle soit parlée ou écrite, même écrite elle est censée être récitée, bien sûr. Que comprendre à ma parole il faut qu'elle fuit et vole, je répète souvent cet incident de Rimbaud.
2:02:35 Mais justement, je veux dire, avec la parole de tous les jours, il y a à la fois un côté sonore et un côté logique. Donc le langage de tous les jours est déjà lui-même un moyen terme, n'est-ce pas, entre la musique par exemple et le langage mathématique qui lui, alors là, n'est-ce pas, le discours mathématique, J'aime bien dire, ce n'est pas tout à fait un langage. C'est beaucoup plus rigoureux que le langage. Donc, une position intermédiaire, on le voit ici, le mythe qui est une parole.
2:03:14 Alors, le génie confia à l'indien Bérimbom, je ne sais pas, l'urne qui contenait la première flamme, et depuis les indiens mangent la viande grillée. Et de l'œuvre musicale, le point commun, d'être des langages qui transcendent chacun à sa manière le plan du langage articulé tout en requérant comme lui et à l'opposé de la peinture une dimension temporelle pour se manifester. Et j'avais dit justement dans mes deux premiers ateliers, je reprends et j'enchaîne, c'est que à ces trois personnages, les deux extrêmes, le mathématicien, le poète, le philosophe qui essaie de tenir la médiation, il fallait peut-être ajouter la musique.
2:03:54 Surtout quand c'est... La musique vocale. Et surtout, lorsque l'un des textes les plus beaux de Rimbaud, celui qui s'appelle « Mouvement », que j'ai analysé dans d'autres ateliers, finit par cette phrase qui semble n'avoir aucun rapport avec tout ce qui a précédé dans ce poème qui fait moins d'une page. La musique savante manque à notre désir. Il manquait quelque chose, le mathématicien, le philosophe, le poète. Voici qu'avec Lévi-Strauss, nous sommes d'accord pour transformer maintenant notre triangle en quadrilatère. Pourtant, cet hommage liminaire confirme l'existence du problème plutôt qu'il ne le résout. Je relis et je conclue.
2:04:40 La vraie réponse se trouve, croyons-nous, dans le caractère commun du mythe et de l'œuvre musicale, d'être des langages qui, au sens très extensif, qui transcendent, comme on peut dire le langage mathématique, mais enfin, il est très différent de ce qu'on appelle strictement le langage, d'être des langages qui transcendent chacun à sa manière le plan du langage articulé, tout en requérant, comme lui et à l'opposé de la peinture, qui elle est dans l'espace, une dimension temporelle pour se manifester.
2:05:13 Quand vous arrivez dans une salle du Louvre, vous voyez un tableau, vous voyez toutes ces parties en même temps. Vous prenez du temps pour le détailler, mais ça, ce n'est pas le tableau qui est dans le temps, qui varie dans le temps. C'est vous, c'est votre perception. Le tableau, lui, l'œil gauche de la Joconde n'est pas dans un temps différent de l'œil droit. Alors qu'entre 5 heures, entre 40 minutes, 20 secondes et 3 dixièmes dans une sonate de Schubert et 20 minutes, 3 secondes, 5 dixièmes, la musique ne fait pas du tout entendre la même chose.
2:05:52 Même chez un monsieur comme Schubert qui aime bien insister, lanciner et répéter. Voilà, je crois que j'aimerais bien pour l'instant, c'est le début, cette superposition des textes, j'en ferai le bilan complètement formalisé la prochaine fois, mais je crois qu'aujourd'hui ce qui est important c'est de vous montrer à quel point, n'est-ce pas, Nous avions expulsé le hasard d'une production qui appartient au champ des savoirs historiques, en l'occurrence ici à la littérature.
2:06:31 Mais je vous ai déjà dit que quand on dit « barre ta fraise » en argot pour dire « casse-toi », ou « casse-toi » c'est aussi une métaphore, il ne s'agit pas de se casser avec un marteau. Dans la colonne vertébrale, nous étions dans tous les cas dans l'ordre symbolique et que cet ordre symbolique répondait à une logique impeccable, implacable. Elle n'est pas menaçante non plus. Et nous avons prouvé la déterminabilité à l'œuvre dans les sciences de l'histoire.
2:07:10 Reste, mais non ! Maintenant, à faire encore un bond, un saut, c'est d'aller de la déterminabilité. Je reprends mon image du début, le détective n'a pas trouvé le coupable. Il y a de la déterminabilité, il s'en bat, mais il n'a pas trouvé la détermination. Et pourquoi il a fait ça, le mobile, etc. C'est encore autre chose. Voilà ! Maintenant je ne vais pas parler. À votre place, je me penche, je vais regarder sur les commentaires. Il y a toujours des excuses d'être en retard, mais moi je trouve miraculeux que vous soyez là alors que nous inaugurons enfin les soirées, enfin déconfinées, jusqu'à combien ? C'est 23h maintenant. Vous êtes bien gentils vu le temps magnifique de ces journées de juin qui n'en finissent pas.
Déterminité, déterminabilité et jugement de valeur
2:08:01 Quel bonheur de retrouver Paris avec ses terrasses ouvertes. Je suis à Cachambre, enfin, je suis allé assez souvent à Paris ces jours derniers parce que ça me manquait. Comme on laisse à l'enfant pour qu'il reste tranquille ? Et des jouets, sans doute devinant quel alcool me manquait, le hasard m'a jeté des photos de ma ville. Les images de ma ville, pardon, des photos iran sur le parquet pour reprendre Aragon. Donc Dominique Pagani, juste un reproche, je vais commencer par là. Vous avez l'art de faire un direct quand je suis le moins disponible. Je vous écouterai demain des loupes. Merci Richard, fidèle, pas de souci. C'est comme ça que j'ai commencé toutes mes causeries.
2:08:46 Entre nous, je vais être un peu personnel, mais j'avais tendance à pousser une goualante avec des amis très proches. Je vais mourir bientôt, je laisse à mes descendants rien d'autre, rien comme héritage, sinon un petit livre de 120 pages, qu'un éditeur avec beaucoup de délicatesses et de patience a fini par m'arracher. Mais sinon je parle, je ne fais que parler, ça ne laisse pas de traces. Les paroles s'envolent, les écrits demeurent. Et c'est là que des jeunes gens qui discutaient ont fini par dire, et s'accorder sur ce point, « Attends, aujourd'hui, tu peux parler, ça laisse des traces, et même ton débit, ça s'appelle Internet. » Voilà. Merci. Donc, Richard, rien n'est perdu, au contraire. Voilà.
2:09:33 Ensuite, Geoffrey, il reste aussi à passer de la déterminabilité. Oui, un petit point de sémantique, pardon d'interrompre la question de Geoffrey, j'y reviens tout de suite. Tantôt je dis la déterminabilité, tantôt je dis la déterminité. En français, les deux sont valables pour traduire l'allemand Bestimmtheit, pour une fois, je donne le terme allemand. Bestimmtheit, la déterminabilité ou déterminité, Bestimmung, la détermination. C'est beaucoup plus décisif. Donc, encore une fois, j'ai une petite préférence, j'ai donné les deux pour jouer le jeu, mais j'ai compris dans les écrits qui vous ont été envoyés dans le programme, j'ai une petite préférence, bien qu'il soit un peu plus long, pour déterminabilité, parce qu'il y a le suffixe -able qui insiste sur le potentiel, être capable, n'est-ce pas, quelque chose qui est incassable, n'est-ce pas, c'est-à-dire il n'y a pas la propriété d'être cassé, quelque chose qui est incassable, Ce qui est lavable, c'est qu'on peut laver, ça ne veut pas dire qu'on va laver, ce n'est pas le lavage en actes, mais en puissance, on peut laver.
2:10:38 La déterminabilité, c'est ce qui est apte à la détermination. Il reste aussi à passer de la déterminité perceptible chez un individu, Nerval, à la déterminabilité de l'homme en général. Mais bon sang, Geoffrey, on est dans la même équipe, bien sûr, mais c'est bien ça l'enjeu de mon intervention. Car si je dis qu'il faut… Il faut expliciter la logique à l'œuvre dans la réalité des matériaux, des disciplines historiques, la littérature, l'histoire, l'archéologie, peu importe pour l'instant, l'économie, etc.
2:11:19 Je salue mon camarade et ami Antoine Vatan, à qui je vais faire bientôt signe, qui ne croit pas que je vais laisser tomber. Loin de là, mais j'ai dû redoubler des efforts cet an dernier. J'ai besoin de temps pour de grands projets avec lui, que je ne vous dévoilerai que plus tard, car ça vous intéresse justement, cher Geoffrey. C'est qu'il y a bien sûr un enjeu collectif. L'intervention de Geoffrey, je la développe un petit peu, je ne veux pas sacrifier les autres, mais très rapidement.
2:11:56 Donc si je dis rapidement, c'est-à-dire épargnez-moi les démonstrations, sinon ça prend du temps. Mais je les tiens à votre disposition. Je les ai déjà faites dans d'autres vidéos et je suis prêt à les refaire comme vous voulez. Sauf maintenant. Rappelez-vous quand on a parlé de l'esthétique, on a dit qu'on a emprunté à Kant, qui est la première esthétique philosophique, à laquelle elle rend hommage d'ailleurs, systématique, sinon il y a Platon, comme Corpus.
2:12:28 Mais enfin, il faut prendre un morceau ici, un morceau par là, dans tel dialogue, pour faire une esthétique. Là, on a la critique du jugement, la critique de la faculté de juger, qui est la naissance. l'esthétique au sens moderne du terme, n'est-ce pas ? Ce qui est déjà hegelien de le constater. Il a fallu d'arriver au moment où la fin d'un monde arrive à son crépuscule, pour qu'on prenne du recul avec les œuvres d'art qu'il a laissées depuis l'Antiquité, et qu'on puisse faire non pas encore des œuvres d'art, on peut en faire, la preuve, ce qu'il y a eu depuis c'est pas mal, mais de commencer à faire la réflexion sur les œuvres d'art.
2:13:06 Ce que dit Hegel, que... Nous sommes les gens des musées, nous les modernes. Or, justement, nous avions vu grâce à partant de Kant, tout de même, en allant au-delà, que c'est beau est un jugement de valeur. Tout le monde est d'accord. Ce n'est pas un jugement d'existence comme celui qui mesure 3 mètres de longueur. J'exagère. Il doit faire un complexe. Pas tout à fait. Allez-y, on 2 mètres.
2:13:39 Donc ça c'est un jugement d'existence, ça peut se mesurer si on n'est pas d'accord, etc. Puis il y a les jugements de valeur dont on dit que c'est un peu en fonction de la pomme de chacun, il faut parler familier, n'est-ce pas ? On a vu le sophiste tout à l'heure, le vin t'apparaît sucré, c'est qu'il est sucré, il t'apparaît amer, il est amer, on ne va pas chercher comment le vin est en soi. Eh bien, vous voyez, on n'est pas loin de la question de Geoffrey, on y arrive au centre. Le jugement esthétique est un jugement de valeur et un jugement de valeur, la grande différence avec un jugement d'existence, c'est qu'on ne peut pas y faire abstraction du sujet.
2:14:18 Non pas seulement en disant qu'il est subjectif, mais parce qu'il n'a de sens que par rapport à une fin, j'ai pris, je prenais parce que il y avait pas mal de sportifs qui m'écoutaient, Si je dis ce stade est bien fait, il a été bien conçu etc. Vous comprenez bien que si je précise pas si c'est pour les hockey sur glace ou sur le foot qu'il a été fait, c'est pas le même cahier des charges. Donc si on ne connaît pas la fin, on ne peut pas émettre un jugement de valeur. Il est toujours sous-entendu dans un jugement de valeur.
2:14:50 Là j'ai pris un exemple très simple, c'est beau, c'est évident qu'il s'agit de valeur, j'aurais pu dire c'est bien, c'est bon. C'est tout ce qui ne peut pas. Tout ce qui ne se contente pas de constater une existence mesurable, de faire un jugement de simple existence, mais autrement dit de parler en même temps de l'objet et de moi. Ce qui je dis c'est bon, ça veut dire qu'il me fait du bien aussi, le plat de cuisine en question par exemple. Donc, j'ai dit que je ne serais pas long.
2:15:21 Jugement esthétique, est un jugement de valeur. En ce sens, il n'y a de sens que par rapport à une fin. Du coup, le fameux problème du critère du beau, et là, je n'arrive en plein à l'intervention de Geoffrey, c'est ou bien on va donner raison au sceptique qui dit qu'il y a autant de beaux que d'individus, ça c'est comme pour le vin, pour le sophiste, le sophiste, le sceptique, tout ça, c'est du même côté, du côté de ceux qui n'ont pas intérêt, n'est-ce pas ? Ce que le pouvoir d'aujourd'hui a tout intérêt, lui, n'est-ce pas ? Parce qu'on n'atteigne pas la masse critique de quelque chose qui unirait tous ceux qui sont en train de se… On est en période préélectorale, n'est-ce pas, de plus en plus. Ça se déchire à gauche, ça se déchire à droite, ça se déchire de tous les côtés, n'est-ce pas ? Et le PCF, où il s'épouse ?
2:16:13 Bon, eh bien, le pouvoir ne redoute rien tant que quelque chose qui serait commun à tous ceux qui le dominent, et sur ce qu'ils seraient d'accord. Alors, en valeur, vous vous rendez compte, ça atteindrait ce qu'on appelle en physique nucléaire la masse critique et la bombe atomique explose. Par contre, pas de malheur pour les pouvoirs. Ou bien, il y a autant de beaux que d'individus, allez, j'y arrive.
2:16:44 Ou bien il y a une fin commune à toute l'humanité, il y a un désir commun à toute l'humanité pour être concret. Mais oui, oui, n'importe quoi, il n'y a pas les mêmes désirs entre celui qui est plein de fric et moi. Ou bien il y a un désir profond commun à toute l'humanité, qui est immanent à tous les désirs, même si ce n'est pas au même moment chez chacun, ça on est bien d'accord. Même valeur suprême, j'ai suggéré que c'était la liberté, j'ai dit que je ne démontrais pas, donc je vais très vite. Et dans ce cas-là, une science de l'art devient possible. Un critère universel de l'art peut être possible, qu'il ne se ramène pas à un seul individu.
Nerval : de la tombe de la mère à la tombe du sage
2:17:27 J'aime beaucoup l'intervention de Geoffrey parce que si je me sers de Nerval, c'est parce que c'est un auteur qui, comme aucun auteur que je connaisse, c'est bien ce en quoi personne ne peut lui dénier cette unicité, a fait un effort qu'aucun autre auteur n'a fait pour essayer de ne pas réduire sa sensibilité à son roman personnel. Dieu sait si ça pesait, ce gamin qui reste fidèle tout au long de sa vie, c'est la mort ou la morte, celle que j'aimais seule, m'aime encore tendrement, c'est la mort ou la morte ô délice, ô tourment.
2:18:09 Ils m'ont plongé trois fois, je change de poème dans les médecins, les psychiatres, ils m'ont plongé trois fois dans les eaux du Cocyte, mais trop protégeant tout seul ma mère amalécyte, je ressème à leurs pieds les dents du vieux dragon. Voilà, c'est des phrases un peu comme dans la... Les contes d'enfants un peu mystérieuses, mais magnifiques. Éluard disait que dans les chimères de Nerval, c'est une petite poignée de sonnets, c'est très court. On trouve sans doute les plus beaux vers de la langue française, Éluard. Donc, je ne parle pas de ça, de sa qualité esthétique.
2:18:39 Nerval, j'ai dit tout à l'heure que c'était lié, Nerval fait un effort gigantesque, précisément comme jamais dans le reste de son œuvre dans Angélique, Angélique, œuvre qui paraît secondaire à beaucoup par rapport au prestige de Sylvie, d'Aurélia, des Chimères, du reste des filles du feu, même du voyage en Orient. Mais Angélique, vous savez qu'on n'en passe un peu, une nouvelle qui a l'air décousue, il fait un effort gigantesque. Tout laisse à penser qu'il va être absorbé par le deuil de la mère et en fait il arrive bien à un deuil qui est le but d'Angélique.
2:19:14 Le terme du voyage de la marche à pied laquelle il nous convie. Nous sommes partis de Senlis à pied à travers les bois, aspirant avec bonheur la brume d'automne. Mais cette fois, ils vont en direction d'Ermenonville, à la tombe de Rousseau. Et là, je réponds à Geoffrey en rappelant la modélisation que je propose, toute l'œuvre de Nerval. Il n'est pas le seul, mais personne n'accomplit cette logique à lui qui est à l'œuvre.
2:19:44 Et toutes les esthétiques réussies, c'est que tout le parcours, je fais comme ça, je refais le périple d'Ulysse, n'est-ce pas ? La grande boucle avec un petit trou en bas, n'est-ce pas ? Je pense souvent à la lettre Oméga, vous savez, parce qu'elle a un petit trou en bas. J'y pense tellement que je m'étais fait taper sur les doigts par un héléniste qui m'avait dit, c'est très intéressant ce que vous dites, Mais l'o d'Odysseus est un omicron, ce n'est pas un oméga, c'est un petit o en grec, ce n'est pas le grand o.
2:20:15 Mais voilà, je me sers de ça comme l'image de la boucle du périple autour de la Méditerranée. Ce périple, ou penser à un fer à cheval, parce que cette courbe est ployée entre deux pôles. C'est les deux pôles qui sont au bord du petit trou qu'il y a en bas. Dans l'Odyssée d'Homère, c'est Ilion et Ithaque. Troie et Ithaque. Le point de départ, le point d'arrivée. Et quel détour ! Que de détour ! D'un carnage à l'autre, du carnage initial au carnage final.
2:20:52 L'œuvre de Nerval obéit à la même structuration. Je propose à Geoffrey et à vous, bien sûr, parce que c'est essentiel que l'Odyssée, mais les deux pôles ici ne sont pas Ilion et Ithaque. C'est le tombeau de la mère et la tombe du sage, ce qui pour un fou est extraordinaire, n'est-ce pas ? Cet effort fait par Nerval.
2:21:29 Lorsqu'il est mort, suicidé, vous savez, les suicidés n'avaient pas le droit, c'est un péché mortel le suicide dans le catholicisme traditionnel, pour aller vite. Et donc il n'avait pas le droit d'être enterré avec des sacrements, de mériter les sacrements. Le médecin qui était vraiment en avant sur son époque, celui-là même qui lui avait prescrit d'écrire, de mettre ses visions, ses rêves, a écrit à l'archevêque de Paris juste après le suicide, Je peux vous garantir en tout cas que monsieur de Nerval, voyait sa folie face à face. Cet effort qu'il a fait de lucidité pour ne pas tomber dans le mortifère du roman personnel qui nous guette tous. Nous sommes tous nés dans le carnage initial.
2:22:25 Ici je me réfère à un livre magnifique qui s'appelle « L'Aventure ambigüe », un auteur sénégalais qui s'appelle « Cheikh Hamidou Kane ». Vous le trouvez en poche, « Cheikh Hamidou Kane », « L'Aventure ambigüe ». Je ne vais pas m'attarder, mais à un moment donné, il est fait allusion à la première arrivée des Blancs en Afrique. C'est le premier. Il dit « Ce fut un matin de gésine ». C'est ce que c'est la gésine, c'est le travail de l'accouchement.
2:22:59 « Si j'y, ce fut un matin de gésine ». Or c'est quelque chose, la naissance qui se fit dans la boue et dans le sang. Les naissances c'est toujours un peu sanglant et brutal. Passer de la chaleur au froid, d'être porté à la pesanteur, au poids. Pas de sa tête, de tout, de l'abîme qui guette et dès qu'on va où il ne faut pas. Donc vous voyez, entre la tombe, le roman personnel dans lequel il aurait pu être absorbé, et c'est peut-être ce qui fait, Julien Gracq l'a vu en comparant Proust, et jamais j'ai dit un mot négatif de Proust, c'est la première fois que je fais, non pas un reproche, mais que je place Nerval encore au-dessus.
2:23:49 Lui que, Cohn-Bendit, Proust admire tant. Gracq dit justement, c'est que, en dernière instance, azoter l'extase et tout, trouver la solution pour Proust, c'est trouver le souvenir personnel. Même si dans le temps retrouvé. Il y a une très belle théorie de la simultanéité, d'être à la fois dans le passé et dans le présent, c'est admirable. Mais il n'y a pas, comme chez Nerval, une quête qu'il a longtemps perdue, comme beaucoup qui sont encore, j'ai fait allusion, dans l'initiatisme, n'est-ce pas ?
2:24:22 Où c'est toujours les mêmes trucs qui reviennent. Il a cru longtemps trouver dans les analogies, il n'y a que ça dans les religions, n'est-ce pas ? Elle dit tout la même chose. Ça me fait rigoler quand on est opposé. Il y a un néo-paganisme qui passe son temps à pourfendre les religions totalitaires, du monothéisme, ou l'inverse. Le monothéisme qui prend les Bororos pour les sauvages ou les pygmées. En fait, toutes ces religions tournent souvent autour soit du triangle oedipien, n'est-ce pas ?
2:24:56 Mais elles expriment l'universel, mais à leur insu. Nerval voudrait que ce ne soit pas notre insu. Et en ce sens, c'est un héros de la pensée aussi bien que de la littérature. Et c'est pas un hasard si la phrase de lui que je cite le plus souvent est une phrase qui a surtout un intérêt cognitif. L'ignorance ne s'apprend pas. Une fois qu'on sait, on ne peut pas faire. On ne doit pas et on ne devrait pas pouvoir faire. Comme si... Ah si si, moi la terre est cubique, j'ai appris qu'elle était ronde, je ne crois pas qu'elle soit ronde, une fois que j'ai appris qu'elle était ronde.
2:25:34 Bref, une fois qu'on l'a démontré. Merci Geoffrey. Raphaël qui nous dit, et ça répond à ma question indirectement, merci Geoffrey. J'ai remarqué, des fois je suis un peu long dans mes questions parce que je sais que la même question est sous-jacente à plusieurs d'entre vous. Et je vous en remercie, ça veut dire que vous rôdez autour de l'essentiel. Y a-t-il d'autres questions, Pierre-Alain ?
2:26:09 Sinon, je donne rendez-vous pour la suite palpitante de notre passage de la détermination à la déterminabilité, parce qu'il y a encore un texte, un rêve qu'on doit avoir la prochaine fois. Il n'y a pas d'autres questions ? Je regarde parce que je suis ici. Non, je ne crois pas. Mais dans ce cas-là, il me reste à vous remercier, Et pas seulement de vos questions, mais encore une fois, D'avoir été présent, malgré toutes ces raisons de faire autre chose, en fin de printemps et en début de déconfinement, ça faisait beaucoup de raisons d'être ailleurs.
2:26:51 Et donc, je vous remercie d'autant plus de nous avoir tenu compagnie. À très bientôt et encore merci. Merci à vous.