Dominique Pagani consacre à Mignon, la créature de Goethe, une séance entière de ses rêveries analytiques, « Mignon ou le chant du silence ». Il y souligne tout ce qui reste indéterminé chez elle : on ne sait pas simplement si c'est une jeune fille, elle est habillée en garçon et se tient entre deux sexes et deux âges. Venue des gens du voyage, rejeton incestueux, elle gazouille un vague allemand plutôt qu'elle ne parle. Il voit en elle un être pré-social, dont la socialisation est impossible1. En rassemblant toutes ces indéterminations, elle incarne l'esprit de la musique ; elle meurt de chagrin quand Wilhelm s'éloigne2. Il rappelle que Wagner y voyait la musique qu'on fait souffrir3. Il la rapproche des filles du Rhin, des fillettes de Senlis chez Nerval, dont il fait « le Mignon d'Angélique », et même de la comptine du robot de Kubrick4. Il précise que son commentaire relevait d'une préoccupation politique. En 2024, il fait d'elle la figure d'une identité introuvable et toujours fugitive, le contraire de l'encroûtement5.
Synthèse établie automatiquement à partir de 22 des passages ci-dessous, à relire ; les numéros renvoient au moment de la séance.
Qui est-ce ?
Mignon est une tragédie lyrique en trois actes et cinq tableaux, musique d'Ambroise Thomas, livret de Jules Barbier et Michel Carré d'après Les Années d'apprentissage de Wilhelm Meister de Goethe, créée à l'Opéra-Comique à Paris le 17 novembre 1866 sous la direction de Théophile Tilmant.