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Le Ragnarök, fin cyclique des dieux scandinaves
0:12 Bonsoir à tous les camarades, à tous les amis, à tous les fidèles. Je suis un peu ennuyé ce soir, enfin ennuyé. Il y a une fin à tout, mais en principe on devrait achever notre prise de connaissance pour la plupart. Et notre audition-vision, notre audition du ring. Et là, hélas en accéléré, mais même si vous allez voir, un peu dans le même esprit que la session précédente, nous avons pris soin, je remercie la régie technique, en particulier Pierre-Alain qui fait un travail du virtuose à ce niveau-là, nous avons pris soin de prendre des extraits, C'est substantiellement assez long.
1:04 Bon, je vous parlerai un petit peu en voix off de temps en temps. S'il y en a qui trouvent ça à juste titre sacrilège, ils ont le lien et pourront le regarder sans moi tranquillement après, avec d'autant plus d'attention qu'ils seront un peu mieux informés des tenants et des aboutissants de cet écheveau dramatique. Bon, nous allons donc aborder presque tout le troisième acte, si vous voulez, donc le dernier acte du dernier drame de la tétralogie, le crépuscule des dieux et le Götterdämmerung, comme on dit.
1:54 Je ne vais pas partir dans une grande dissertation, vous trouverez, de toute façon, mettez le crépuscule des dieux sur Wikipédia, où vous voulez, ou un site de musicologie, il y en a, ou encyclopédia. Il y a des tas de choses. Il y a quelque chose à dire en particulier que la donnée mythologique sur laquelle se base Wagner pour parler d'une chute des dieux, ce n'est pas une fantaisie à lui, c'est le fameux Ragnarök des Scandinaves, n'est-ce pas ? Il y a dans la mythologie scandinave les dieux qui passent leur temps à s'entretuer, soit entre eux, soit avec leurs ennemis respectifs, avec des tas de génies, de démons et de totems animaux.
2:41 Pour aller vite, finissent par s'engloutir eux-mêmes dans une catastrophe finale qui est une fin de cycle. C'est comme ça une mythologie cyclique comme souvent les mythologies archaïques, n'est-ce pas ? Il n'y a pas de progrès, il n'y a pas. Et nous, les dieux s'abîment dans une catastrophe finale qu'on appelle Ragnarök. Vous retrouvez le vieux radical indo-européen Ragn que vous trouvez dans Rajasthan, le pays des rois aux Indes.
3:12 Oui, ça paraît loin, mais c'est les mêmes langues que nous. Et en latin, roi, c'est Rex Regis, Reg, Ragn, n'est-ce pas ? Raja, Maharaja, c'est-à-dire grand roi, Maharaja, Magna en latin, Charlemagne. Bon, bref, déjà comme je ne m'égare pas, on parle du crépuscule des dieux, mais déjà à quel point il y aurait des tas de choses à dire, des milliers de pages, encore une fois, ce n'est pas nécessaire qu'on soit ensemble pour prendre connaissance de tout ça.
3:47 À l'époque où vous avez des banques de données qui auraient fait rêver les travailleurs de l'intellect des temps passés, si je puis dire, et bien sûr tous les autres. Donc, nous allons… comme on vous a donné un plan, je suis bien content qu'il apparaisse, qu'il ait été publié, Je commence par dire dans le plan qu'on revient au début, le côté cyclique. Tout le ring a commencé dès le lever de rideau après le formidable prélude du devenir universel, avec plus de 100 mesures, 124 mesures sur un seul accord.
4:36 Ça a commencé par les trois filles du Rhin en train de s'ébattre dans l'eau. On va les retrouver là, mais dans une tonalité différente. Donc, ce n'est pas un retour à la case départ. Vous voyez, on sent déjà plutôt notre spirale que le cercle de l'éternel recommencement à zéro. Comme les abeilles qui font les mêmes cellules pentagonales ou hexagonales, peu importe, je veux dire, depuis des millions d'années. Il n'y a pas de progrès à ce niveau-là. Ce n'est pas un jugement de valeur, ils n'en ont pas besoin du progrès.
Le retour des filles du Rhin, dans une tonalité mélancolique
5:19 Et... Le tonalité n'est pas la même. Quelle est la différence ? Elle est un peu plus mélancolique. Et pour cause, vous devinez, l'or n'a toujours pas été rendu au Rhin et on arrive à la fin. Elles étaient joyeuses quand elles étaient, elles s'ébattaient autour de l'or qu'elles gardaient d'une manière un peu contingente, n'est-ce pas ? Sauf là, l'aînée, l'aînée des trois qui leur dit « faites attention, vous bavardez là ». Alors qu'on nous a dit de garder l'or. Je le rappelle pour ceux qui prendraient le train en marche, au début de l'Or du Rhin, en train de parler de la première scène, au moment de parler des dernières, elle révèle en bavardant le secret de l'or, c'est que celui qui peut, avec cet or, forger un anneau, Qu'il connaîtrait la magie qui permet de forger l'anneau avec cet or du Rhin, cet anneau lui donnera la puissance sur le monde.
6:18 Voilà, le reste vous connaissez, le seigneur des anneaux, n'est-ce pas ? Ça a été assez popularisé. Et là, on les retrouve sans l'or, donc elles ont un côté mélancolique. Il y a une nostalgie, elle n'arrête pas de pleurer l'or perdu quelque part. Je vous résume un petit peu avant, uniquement factuellement, je ne fais pas d'interprétation ou de dire voilà ça veut dire que… Non, je vous dis le déroulement des faits. Et Elle pleure l'or perdu et je vous dis l'ordre des faits pour ce qui est de l'histoire et en même temps la musique, des généralités sur la musique qu'on entend mais sans l'interpréter.
7:01 Pendant toute cette scène où elle pleure l'or perdu, et même au-delà, le chant des filles du Rhin, des trois filles, a des harmonies pré-debussystes. C'est Debussy qui va être la grande coupure qui va, pour certains, il y a un quasi consensus à ce niveau-là, inaugurer la musique du XXe siècle, la musique dite contemporaine pratiquement. Vous verrez les harmonies déjà, c'est dans l'air, pré-debussystes, et ça va très bien avec l'élément aquatique, soit dit en passant.
7:40 Et elles sont comme ça un petit peu mélancoliques jusqu'à… alors c'est une occasion, je parlais de la musique pour Wagner, de nous faire entendre des tas de thèmes que vous devriez avoir dans l'oreille à force d'écouter des extraits, Mais qui apparaissent un peu comme dans un lointain. Comme des rappels, comme des réminiscences. Le thème de l'or, le thème de l'anneau, le thème bien sûr des flots du Rhin, et surtout incessamment leur propre thème.
Les leitmotive, exemple de rigueur pour les sciences de l'histoire
8:19 Je fais remarquer, je l'ai déjà fait une fois, mais tellement rapidement que j'ai peur que ça passe inaperçu. Je rappelle que la référence à Wagner et au Ring est ici présente pour essayer de caler sur un exemple précis, dans l'ici et le maintenant, Maintenant, notre grande thématique générale alors cette fois sur comment faire des sciences dites, sciences humaines, des sciences de l'histoire, aussi rigoureuses que les sciences dures, même si ce n'est pas la même rigueur bien sûr.
8:50 On a vu à quel point ça ne pouvait et ça ne devait pas être la même, ce n'est pas les mêmes finalités. Et enfin, prendre exemple sur le fait qu'ils sont parvenus à une rigueur. Je vous donne un exemple ici. Je faisais le thème des filles du Rhin. Sur la note de l'accord parfait comme ça. Comme souvent les thèmes fondamentaux des êtres tout simples comme ça. Ce n'est pas un thème très compliqué contrairement à Ce n'est pas les mystérieuses harmonies du casque. Bon, je vais faire maintenant le thème de l'oiseau.
9:29 Ça n'a rien à voir, l'oiseau, il est figuré. Regardez, c'est ça le thème de l'oiseau. C'est le même thème, il y a une différence rythmique, c'est tout. Il y a une différence rythmique, les notes n'ont pas tout à fait la même durée, n'est-ce pas ? Là elles sont très égales chez les filles du Rhin, elles sont plus, elles pépient un peu plus dans le thème de l'oiseau.
10:06 Voilà. Bref, je suis en train de montrer quoi ? Que l'un est ce qu'on appelle en mathématiques le transformé de l'autre, la transformation de l'autre. Il a suffi d'une modification rythmique et on obtient l'autre, n'est-ce pas ? D'un paramètre. Je dis ça pour un rappel qu'on n'est pas ici seulement pour être au concert, même si je suis ravi qu'on soit à l'écoute de cette œuvre immense, donc comme je crois que c'est le jugement le plus équitable qu'on peut mettre dessus, Cette tétralogie, elle comporte des longueurs. Une œuvre de quatre jours, elle comporte des longueurs, mais elle comporte aussi des sommets, et ces sommets sont ceux de la musique occidentale. Voilà, c'est un jugement qu'on rencontre assez souvent et qui est assez équitable de la musique avant qu'elle évolue au XXe, XXIe siècle, pour le meilleur ou pour le pire, mais pour le meilleur souvent aussi. Moi, je ne suis pas de ceux qui arrêtent la consommation de la musique classique à la fin du XIXe siècle.
11:10 Loin, loin de là. Mais enfin on n'est pas là pour parler de mes goûts. Donc il y a cette tonalité des trois filles du Rhin un peu plus mélancolique, mais voilà qu'elles retrouvent leur côté, je ne dis pas qu'aucun, mais leur côté enjoué, plus enjoué, dès que Siegfried arrive. Parce qu'on est au bord du Rhin, au bord d'une grande forêt, et que Hagen, que vous avez vu la dernière fois avec ses manigances, n'est-ce pas, Hagen qui a tout fait pour que Siegfried oublie Brünnhilde la Valkyrie, j'allais dire l'amour du siècle, l'amour intemporel presque, l'amour héroïque par excellence, que ce couple absolu, qu'il oublie la Valkyrie, un philtre qui donne l'amnésie, et un autre philtre aphrodisiaque, on dirait aujourd'hui, n'est-ce pas, qui le rend immédiatement.
Siegfried marivaude avec les filles du Rhin
12:09 C'est un moment amoureux de Gutrune, de la sœur de Gunther. Je vous rappelle que Gunther est un impuissant sans femme et sa sœur Gutrune, pour l'instant, est mariée à personne. Elle souffre d'être la sœur d'un roi dont le célibat assombrit un petit peu la gloire. C'est pas le rayonnement, le célibat prolongé. Voilà, pour résumer très rapidement. Donc, Hagen a arrangé ça, ne vous inquiétez pas, Gutrune va épouser Siegfried, je vais le rendre amoureux avec un philtre. Et quant à Gunther, Il sera l'époux de la plus belle femme, de la plus prestigieuse dont un roi puisse se targuer de posséder, c'est la Valkyrie, Brünnhilde. Je vous rappelle que quand on dit la Valkyrie, c'est Brünnhilde parce qu'elle a neuf sœurs comme les muses, ce sont toutes des filles de Wotan que Wotan a eues avec la terre, un peu comme Ouranos dans la mythologie grecque, n'est-ce pas, a engrossé la terre, si je puis dire.
13:07 Sauf que les autres, on les voit de temps en temps, la chevauchée, tout ça, elles ont un rôle très épisodique, sauf justement celle-ci, et puis Waltraute aussi, qui vient lui annoncer ce que devient son père, dans la fin du premier acte du Crépuscule, mais ce n'est pas notre sujet. Brünnhilde, c'est la Valkyrie, la fille préférée de Wotan. Elle est l'équivalent, je vous l'ai déjà dit, pour mettre les choses en place, je ne reviendrai pas, de ce que pour Zeus est Athéna. Elle aussi vierge, guerrière, n'est-ce pas ?
13:43 Alors, je vous ai dit qu'elle devient plus enjouée quand Siegfried apparaît. Qu'est-ce qu'il fait là, Siegfried ? Hagen, dans ses fourberies, a inventé, a pris le prétexte d'une chasse. Siegfried, immédiatement, est volontaire, on va à la chasse. C'est un divertissement courant de ces familles royales. Et donc on va à la chasse et il s'est perdu un peu dans la forêt. Enfin, il s'est perdu. Je veux dire, il est seul, il a un peu quitté le gros de la troupe des hommes de Gunther, parmi lesquels se trouve Hagen. Et il déboule là, tout d'un coup, sur le bord du Rhin. Et toutes heureuses, les filles du Rhin, qui étaient un peu mélancoliques, voient arriver un homme.
14:23 Ils savent très bien qui c'est, c'est Siegfried et Taïm. Et lui, on va voir qu'il n'est pas insensible aux charmes des filles du Rhin. Il y a une espèce de délitement sentimentale de Siegfried. C'était l'homme d'une seule femme, de la Valkyrie, puis avec un philtre, vous me direz, ce n'est pas de sa faute, elle lui rendra justice à la femme, mais n'anticipons pas. Avec un philtre, il devient l'époux de Gutrune. Et continuons la série et la dégringolade.
14:54 Et maintenant, vous allez voir qu'il y a des allusions très claires. Je vais anticiper sur le texte que vous allez voir défiler. Il batifole. Il aimerait bien batifoler avec les filles du Rhin. Mais il a l'anneau aux doigts. Et les filles du Rhin, il voudrait bien aller nager avec elles. Les filles du Rhin, elles lui disent « Oui, mais alors qu'est-ce qu'ils nous donnent en échange ? » Elles savent très bien ce qui leur est arrivée. Elles font allusion à l'anneau. Je vous résume les événements.
15:31 Siegfried est prêt à leur donner. Lui, pour lui, l'anneau n'a pas de valeur marchande, etc. Vous retrouvez l'algèbre qui gouverne tout le ring ou l'or ou l'amour. Même quand c'est un amour comme ça, un petit éros passager, comme cette attirance libidinale que Siegfried a pour les naïades, qui ne l'auraient pas. Ces filles qui… comment a dit Nerval quand il est dans la baie de Marseille, à l'époque où les bains de mer n'étaient pas fréquents ? Tous les matins, je me rencontrais dans la baie, devant les îles riantes du Golfe, l'île du château d'If, tout ça, avec une jeune Anglaise dont, je cite, dont le corps délié Olivier fendait l'eau verte autour de moi. Pour celui qui a écrit « J'ai rêvé dans la grotte où nage la sirène, il n'y a rien de fortuit ».
16:18 Or, l'un d'entre vous m'a justement dit, je lui rends justice, n'est-ce pas ? M'a dit, c'est notre ami Steiner, je prononce pas Steiner à l'allemande, je sais pas, je sais pas si d'après son prénom, s'il est de ce côté-ci ou de l'autre côté du Rhin, mais je veux dire, St-U-N-E-R qui fait des remarques très pertinentes sur le champ musical et qui voit un rapport avec les ondines. Dans mon histoire de mignon pour ceux qui ont suivi, et je sais que vous êtes nombreux, j'en profite pour vous remercier parce qu'on n'a jamais eu autant d'audience que notre format, je ne dis pas court parce que je peux encore faire des progrès vers le court, c'est-à-dire quand même une heure, mais enfin vers le format raccourci que nous avons développé dans nos rêveries analytiques, en particulier dans Mignon.
17:07 Et comme Mignon chante, et elle est même un chant, la fameuse ballade qu'elle chante sur le texte de Goethe, et que tant de musiciens se sont inscrits à mettre en musique avec plus ou moins de bonheur. Et là, pour une fois, c'est même pas Schubert qui pourtant n'a pas d'équivalent dans le genre du lied, mais c'est Hugo Wolf, un peu plus tardi, fin XIXe siècle, qui a fait sans doute la meilleure réalisation, la meilleure réalisation musicale du poème de Mignon. Donc, on n'est pas très loin.
17:42 Il y a donc ce curieux échange, vous voyez, il se taquine un peu, ça marivaude, on dirait en français, ça marivaude. Vous voyez, c'est ni hard, ni en parole, ni c'est très… tout ça est très jeune. Siegfried est un jeune innocent, en gros, innocent au sens psychologique. Les trois filles du Rhin, on l'a vu, sont un peu comme Mignon, elles sont entre l'enfance et la maturité, entre l'animalité, les ondines, les sirènes, une queue de poisson après tout. Elles sont à mi-chemin entre l'animalité et l'humanité, elles babillent plus qu'elles ne parlent. On a vu C'est pour ça que je ne m'attarde pas.
18:28 Il faut le rappeler maintenant. Et donc on se taquine sur ce ton-là et au moment où Siegfried leur dit « Allez, vous voulez l'anneau ? Je vais vous le donner. » Et à ce moment-là, elle tombe le masque. Elles lui ont fait croire comme ça pour jouer le jeu du marivaudage qu'elle voulait l'or. Mais non, elle dit « Ce n'est pas à nous qu'il faut le donner, il faut rendre l'or au Rhin. » Alors Siegfried n'y comprend pas, lui ça aurait intéressé de le donner en échange d'une jolie baignade avec les naïades.
18:58 Non, avec les nix, comme on dit, n'est-ce pas ? Au-delà du Rhin. Elles disent non, c'est pas nous qu'il faut donner, c'est au Rhin. Et comme ça change la donne, elles ont le malheur d'ajouter « si tu ne le rends pas, il porte malheur, c'est à nos Siegfried ». Elles lui disent « si tu ne le rends pas, tu vas mourir dans la journée ». Et c'est ça qu'il ne fallait pas dire, puisque lui qui n'a jamais… Je ne connais pas la peur. Je fais un petit retour en arrière. Wotan avait prédit que seul celui qui n'a jamais connu la peur pourra franchir le cercle de flammes qui protègent le sommeil de la Valkyrie, et qui pourra réveiller et posséder sa fille préférée.
Celui qui n'a pas connu la peur et le jeu des genres
19:45 Même s'il s'y oppose au dernier moment, mais ça, c'est une autre histoire bien courante. Seul celui qui n'a jamais connu la peur. Et Siegfried, quand l'oiseau lui dit « Seul celui qui n'a jamais connu la peur pourra franchir les flammes et le guide vers le rocher de Brünnhilde », L'idiot qui n'a jamais connu la peur, c'est moi ! Je cite mot pour mot ! Quand il arrive, quand il a franchi les flammes, les flammes ne lui font pas peur, le dragon ne lui a pas fait peur, rien ne lui fait peur.
20:21 Mais quand il arrive et qu'il voit ce personnage endormi, j'ai dit ce personnage parce qu'au début il croit que c'est un homme, il voit un guerrier en armure protégé par son bouclier. C'est extraordinaire, on n'a pas vu tout ça, on ne peut pas tout voir. Avec son épée, pour soulager sa respiration, il a l'air un peu engoncé, il casse le lien qui retenait la poitrine et il voit pour la première fois une femme. Et là il bondit de terreur, pour la première fois il connaît la peur, en criant « Das ist kein Mann, ce n'est pas un homme ».
20:56 Je vous le dis parce que c'est quand même intéressant ce jeu des genres et des sexes qu'on a déjà vu dans Mignon la dernière fois. Je vous rappelle qu'un anthropologue a écrit le thème de l'androgyne chez Wagner, et n'oubliez pas que Siegfried lui-même est fils incestueux de frères et sœurs jumelles. Voilà, je rappelle toutes ces étrangetés, ou ces incongruités à la morale traditionnelle en tout cas, qui sont assez courantes chez Wagner.
21:28 Donc, pourquoi je résume tout ça ? Pour en arriver au fait que, comme elles essaient de lui faire peur et lui, il n'aime pas qu'on lui fasse peur, il dit « puisque c'est comme ça, je le garde ». Et si vous croyez avec la peur, ça va m'intimider, il garde l'anneau. Et là, ça termine la scène avec les filles du Rhin, donc je continue ma progression maintenant. Elles s'en vont un peu effrayées en disant « mais le pauvre, il ne comprend pas, laissons-le à sa folie, il n'a pas compris pourtant, On l'a averti, etc. Leur chant s'éloigne, comme ça, d'une manière de plus en plus debussystes, avec des notes de harpe et aquatique.
22:02 Et quand tout d'un coup on entend des sonneries de trompe, les hommes le cherchent. Et on voit arriver tout d'un coup, toute la compagnie de Hagen sur ce bord du Rhin. Je vous dis tout de suite qu'on ne voit pas le fleuve. Patrice Chéreau a une idée très intéressante, c'est de montrer le fleuve métonymiquement. C'est-à-dire qu'on voit la grande digue d'un barrage. On est sur un barrage. Donc on n'est pas sur le bord du Rhin, en tout cas pas sur les bords latéraux, mais sur un bord transversal.
22:32 Et donc, Hagen et Siegfried sont en pleine forme, il est un peu penaud de dire « je suis désolé, j'ai pas de gibier, j'ai laissé échapper le gibier, un nain a dû me le cacher ». Vous voyez, il y a une même affaire de surnaturelle. Un nain, un kobold, un lutin, comme les nains de jardin, a dû m'empêcher de trouver du gibier. Je n'ai trouvé que du gibier d'eau. Vous voyez l'allusion aux filles du Rhin ? Je n'ai trouvé que du gibier d'eau. Enfin voilà, on discute entre hommes.
23:04 Et Hagen et les hommes, tout le monde sont étonnés de voir qu'il est bredouille, lui, le super-héros. Hagen fait apporter le butin de la chasse et c'est là que j'ai appelé le carnage cynégétique. C'est terrifiant, on voit passer des cerfs, des chevreuils qu'on jette comme ça. On sent que le sang n'est pas loin. Gunther, qui est présent, rase un peu les murs. Il a honte, il sait très bien que c'est un piège qu'on a à Siegfried. Il a juré la mort de Siegfried pour venger… Je passe, donc… Mais comme c'est un pleutre, n'est-ce pas ? Il n'a pas l'assurance de Hagen.
Le langage des oiseaux, l'anamnèse et la mort de Siegfried
23:49 Et voilà pour aller vite que Hagen dit à Siegfried, « Au fait, Siegfried, il paraît que tu comprends le langage des oiseaux. » Ça fait la rumeur à traîner comme une traînée de poudre, cet homme qui comprend le langage des oiseaux. Je vous rappelle que quand Siegfried tue le dragon, il prend son épée où il y a encore du sang du dragon et s'en mettant pour s'essuyer les doigts à sa bouche, que le contact avec le sang du dragon lui fait tout d'un coup comprendre le langage des oiseaux. Prenez-le comme vous voulez.
24:26 Donc, j'y reviens. Il paraît que tu comprends le langage des oiseaux. Du coup, tout le monde se met en ordonnance, on lui demande de raconter comment c'est arrivé et Siegfried va raconter sa vie. Attendez, s'il raconte sa vie, il ne peut pas puisqu'il a bu un philtre d'amnésie. Donc au milieu du récit, vous le verrez, je vous le dis avant, au moment où il dit j'ai soif, Hagen lui prépare une boisson qui rend la mémoire. Je sais c'est un peu compliqué le crépuscule des dieux, pas tellement. Il y a un breuvage qu'on a vu dans le deuxième acte où il a bu et qui lui a donné l'oubli et maintenant une mémoire qui va lui rendre la mémoire parce que Hagen a besoin que Siegfried aille jusqu'au bout de sa mémoire jusqu'à dire comment il a réveillé la Valkyrie, comment il arrive au sommet Et de son parcours, c'est le cas de dire ce que le rocher l'a.
25:21 La Valkyrie dort au sommet d'un rocher. « Auf hohem Felsen sie schläft » dort sur un haut roc. « Altharoka » Et bien sûr, du coup, il avoue qu'il a possédé celle qui est maintenant la femme du roi, de Gunther, alors que tout le monde pensait que c'est Gunther qui l'avait attrapé, la Valkyrie, par sa propre force. Personne ne sait qu'à une ruse. Et grâce au casque qui permet de changer de forme, c'est Siegfried qui prenant les traits de Gunther, je rappelle, il ne faut pas qu'on s'embrouille, a pris la Valkyrie, car lui seul peut franchir les flammes, a pris la Valkyrie et l'a amené à Gunther.
26:07 Donc, c'est en allant bout de ce souvenir, quand il arrive à ce souvenir là, c'est parmi les plus beaux passages, cette espèce d'auto-anamnèse là, d'auto-biographie sur le mode de l'anamnèse, où les thèmes les plus mélodiques reviennent. Et c'est au moment où il dit qu'il n'a pas pu s'empêcher de donner un baiser qui réveille la belle dormeuse, c'est à ce moment-là bien sûr qu'avec sa lance dans le dos, Hagen tue Siegfried. Je vais vite. Je vous passe les péripéties qu'il y a après, mais il n'y a plus qu'à restituer la grande scène finale.
La Valkyrie ordonne le final ; le mythe d'Éros et Psyché
26:48 La scène finale, c'est quoi ? Enfin, c'est qui surtout ? Je n'ai pas la question, c'est qui ? Alors là, tous les personnages, vous pouvez les oublier, les dieux, les géants, les nains, le dragon, il n'y a plus qu'un personnage qui règne et qui ordonne tout le final. Et c'est cette femme qui a été la plus bafouée, la plus magnifique, c'est la Valkyrie. C'est elle qui va jeter la torche qui va embraser le palais des dieux, donc précipiter le crépuscule des dieux et le brasier va sombrer petit à petit dans les flots du Rhin.
27:25 Mais avant qu'elle jette la torche, avant qu'elle joue le feu, elle prend l'anneau de Siegfried qu'elle a au doigt et elle le rend aux filles du Rhin, elle le jette dans les flots du Rhin. Voilà, et donc le palais des dieux sombres petit à petit, mais je vous en dirai plus quand on y sera sur les thèmes musicaux qu'on entend, parce qu'il y a une combinaison assez ahurissante de thèmes, Et la dernière image qu'on voit, c'est une idée à mon avis quasi géniale de Patrice Chéreau, c'est de montrer l'humanité, vous et moi, ni des nains, ni des géants, des gens de tous les jours, en foule, une foule qui envahit la scène. Les dieux ont disparu, le règne de l'homme commence. Pour le meilleur ou pour le pire, mais enfin, c'est l'homme maintenant. Voilà.
28:19 Je crois qu'on peut… Non, non, j'oubliais l'essentiel. Le fait que Wagner décide de clore tout ça par le récit d'une femme qui dit « maintenant je comprends tout ». « Maintenant je comprends tout dans le deuil où je suis ». « Je suis la femme qui a la révélation de tout, quand même les hommes ne savent pas ». « Alles weiss ich, je sais tout ». Elle arrive au savoir absolu, c'est pour ça que je l'ai mis dans le plan, si vous voulez. Comment se fait qu'il a pu confier ce rôle de liquidation finale de l'action des personnages du palais des dieux, de tout ce que vous voulez, à une femme ?
28:58 Eh bien, la réponse, je vais vous la donner à travers un texte. Je ne vais pas abuser des épithètes et des hyperboles, mais quand même. Écoutez, je ne vous dis pas de qui c'est. Il y a deux personnages là-dedans, il y a un couple. Si vous connaissez le site, Vous connaissez l'histoire d'Éros et Psyché, j'ai remplacé les noms des personnages par Éros et Psyché parce que c'est les mêmes rôles. Je vous rappelle que dans la mythologie grecque, Éros, comme tous les dieux, il s'ennuie un peu dans l'Olympe, il préfère les femmes des hommes, nos femmes, nos sœurs, nos mères, nos amantes, les dieux, il préfère les bergères. Ils sont à l'Olympe, là-haut, ils voient une bergère. Plein d'histoires comme ça.
29:37 Ou les nymphes. Vous savez, Apollon a poursuivi la nymphe Daphné qui, au dernier moment, pour ne pas être saisi par Apollon, s'est transformée en laurier. Et qui depuis ne cesse de nous embaumer. Et là, c'est le mythe d'Éros et Psyché. Vous vous rappelez, le pitch, c'est simple. Eros, ravi au sens propre, enlève vers le haut cette bergère qui jusqu'à là était avec ses soeurs, ses cousines, à garder les moutons, comme dans toute la Méditerranée, et elle arrive dans un espèce de paradis matériel où elle obtient tout ce qu'on veut, tous ses voeux sont satisfaits, et lui il vient la visiter chaque nuit, il vient l'aimer chaque nuit, il pose une seule condition, c'est qu'elle ne doit jamais chercher à le voir, elle ne doit jamais chercher à le voir, à l'identifier.
30:28 A savoir qu'elle a pour amant le Dieu de l'amour lui-même, c'est pas mal. Mais enfin, nous, nous savons, elle, elle ne doit pas le savoir. Alors bien sûr, le théâtre mythologique, comme elle s'ennuie un peu, le Dieu l'autorise à retourner périodiquement chez ses proches, n'est-ce pas ? Et puis après il les récupère et donc elle bavarde. Et elle dit à ses proches, vous ne pouvez pas savoir ce que je vis, c'est un amant extraordinaire, Je suis dans un palais, je veux dire, j'ai tout…
31:00 Je veux tout ce que je veux, toujours mes joues comme un bib, bref. Et ça rend les autres un peu jalouse. Et elles finissent par semer le doute. C'est exactement ce qui va se passer pour le couple dont il s'agit dans le texte que je vais lire. Le doute, en lui disant « attends, si, il ne veut pas que tu le voies, c'est que ce n'est pas clair ». Ça veut dire quoi ? Qu'il a peut-être un nez comme ça ou qu'il est monstrueux ? Elles finissent par semer le doute. Et le doute devient tellement insupportable qu'une nuit, après l'extase, elle prend, pendant que son amant dort, Elle ne le voit pas, elle est sûre dans l'obscurité. Elle prend une lampe, mais une lampe de cette époque, ce n'est pas EDF. Elle prend une lampe, ni une lampe torche, c'est une lampe à huile. Et elle voit le plus beau jeune homme qu'on puisse imaginer.
31:48 Elle en tremble d'émotion et en tremblant, elle fait tomber une goutte d'huile bouillante sur le corps du Dieu qui se réveille et bien sûr tout disparaît. C'est l'échec de ce couple. C'est la même histoire ici. Mais alors, ce que l'auteur dit, des raisons pour lesquelles la femme a cherché à savoir, parce que nous on dit, cette petite idiote, elle aurait dû profiter au lieu d'écouter les calomnies de ces sœurs, c'est bien les femmes. Vous voyez, on pourrait faire une conclusion banale et calomnieuse à l'égard du beau sexe. Donc, je lis le texte et je vous dirai après l'auteur.
Lecture d'Une communication à mes amis de Wagner
32:26 Cette femme qui, alors attention, c'est une subordonnée qui n'en finit pas, cette femme qui, cette femme qui, il y a un suspense de la principale. Cette femme qui, avec un savoir clair de ce qu'elle fait, se jette à sa perte par la nécessité de l'amour. Qui ? Subordonnée. Alors même qu'elle est en proie à la volupté d'adorer, préfère s'anéantir si elle ne peut saisir entièrement celui qu'elle aime. Alors qu'elle ne connaît rien de sa vie, rien du tout, elle ne sait même pas son nom. Celui qu'elle aime. Cette femme qui, du jour où elle rencontre Eros, s'est condamnée à périr elle-même en faisant périr l'autre. Cette femme, c'est psyché dans le mythe. L'âme.
33:06 Cette femme qui peut aimer seulement ainsi et non autrement. Qui, à travers l'explosion même de sa jalousie, parvient et seulement ainsi à passer du ravissement de l'adoration A la plénitude de l'amour, manifestant par sa propre déchéance cette plénitude à celui qui ne la comprend toujours pas. Cette femme magnifique devant laquelle Eros ne pouvait encore que se retirer, je vous laisse imaginer les connotations qu'on voudra bien de ce verbe, Sa nature particulière, sous-entendu de Dieu, lui interdisant de la comprendre, cette femme, et voilà la principale, je l'avais maintenant découverte.
34:00 L'auteur voulait faire une œuvre qui a pour héros Éros, et donc il est obligé de parler, entre autres, à l'aventure d'Éros, de sa relation à psyché. Et c'est en regardant le caractère de cette Psyché qu'il a vu que c'était peut-être plus important que son héros lui-même. C'est en creusant son personnage que le dramaturge a découvert, j'enchaîne avec le texte, cette femme merveilleuse, je l'avais maintenant découverte.
34:34 Et Eros, donc mon premier but, le premier centre qui devait être le centre de mon ouvrage, Eros, c'était, regardez comme l'image est belle, la flèche perdue, tirée dans la direction de ce trésor que j'avais seulement pressenti. Donc adieu Eros, mais j'échangeais sa perte contre la certitude d'avoir découvert à présent le véritable féminin. Je vous lis un texte incroyable.
35:06 Incroyable, enfin incroyable, je vous dis tout de suite, je ne vous dis pas l'auteur, mais ça va en guider certains, je vous dis l'époque où il était écrit. Il a été écrit en 1851. Écoutez bien. Mais j'échangeais sa perte, Éros, contre la certitude d'avoir découvert à présent le véritable féminin, celui qui doit m'apporter ainsi qu'au monde entier, donc là on quitte l'anecdote personnelle, la libération, une fois que l'égoïsme masculin, on dirait aujourd'hui la domination masculine de patriarcat, que l'égoïsme masculin fût sous sa figure la plus noble, ce sera brisé.
35:53 Psyché, la femme que je n'avais pas comprise jusqu'alors, cette expression la plus nécessaire et la plus pure de l'involontaire, a fait de moi, en toutes lettres, un révolutionnaire achevé. On est passé du psychologique au politique. Elle était l'esprit du peuple dont j'attendais aussi en tant qu'artiste ma libération. Texte incroyable.
36:24 Alors qu'est-ce qu'il fait ? Vous voyez, c'est pour vous dire que c'est dans l'air un peu à l'époque, que Wagner confie à une femme le soin de rapporter la révélation finale et de liquider tout ce qui était resté sans solution. Je peux vous le dire maintenant qui est l'auteur. Je ne voulais pas le dire avant parce que quand on sait qui est l'auteur, on est influencé par les représentations. Même si on connaît mal cet auteur, il est associé à des images qui faussent l'attention qu'on doit donner aux détails du texte qu'on a devant soi.
36:58 Pardon, mais ici je m'adresse à mes collègues pédagogues. J'ai souvent demandé, j'ai participé à des jurys de bac par exemple, j'ai demandé souvent que pour le commentaire de texte on ne donne pas le nom de l'auteur. Mettons que ce soit un texte de Rousseau, je continue ma parenthèse pédagogique, mettons que ce soit un texte de Rousseau, même un élève relativement sérieux mais qui ne connaît que sa question de cours, Après que Rousseau dit ça, voilà ses thèmes principaux, il va essayer de recaser sa question de cours sur Rousseau, sans s'apercevoir que dans ce texte-là, peut-être Rousseau dit pour une fois quelque chose de très inhabituel par rapport à ce qu'il dit d'habitude, peut-être même qu'il contredit certaines de ses thèses. Donc rien ne vaut la docilité au signifiant, on dirait, dans un autre champ, au texte.
37:49 Je peux vous dire maintenant, c'est Wagner lui-même qui a écrit ça en 1851 dans un texte qui s'appelle « Une communication à mes amis ». J'en profite pour vous remontrer cet ouvrage, j'aime pas beaucoup la couverture, tant s'en faut, mais que l'illustrateur me pardonne, Qui a l'avantage, donc chez Gallimard, qui a l'avantage de contenir les principaux essais, pas tous, parce que c'était un garçon bavard, il a écrit beaucoup d'essais théoriques, surtout à l'époque où il était en exil, qu'il ne pouvait pas encore composer, et qu'il avait pas mal de démêlés matériels.
38:30 Il a été compensé en écrivant des écrits théoriques sur la musique et sur le théâtre musical. Donc, il contient très largement, l'essentiel en particulier opéra et drame, le fameux, c'est extrait de ce texte-là, Une communication à mes amis, écrit au moment où il a terminé ces trois opéras de jeunesse, ça c'est encore des opéras, les opéras romantiques, le vaisseau fantôme, Tannhäuser, Lohengrin, C'est des légendes, si vous voulez. Et il passe au mythe à partir du ring et de l'or du Rhin. Mais il n'a pas encore composé la tétralogie, il l'a en projet.
39:08 Et la tétralogie devait s'appeler au départ la mort de Siegfried. C'est ce qu'on va voir ce soir. La mort de Siegfried. Et c'est en étayant cette mort, en essayant de comprendre comment il est arrivé à se mettre en situation d'être tué par Hagen, Il est remonté un peu à l'écrevis, en allant à reculons, il a dit « et donc il faut que je commence par expliquer sa jeunesse, ça donne Siegfried, ses parents, les malheureux parents de Siegfried qui sont les héros de la Valkyrie, les jumeaux Siegmund et Sieglinde. »
39:41 Et puis, pour introduire tout ça, quelque chose qui se passe loin, bien avant que les hommes n'apparaissent sur Terre, à l'époque où il n'y a que des dieux, des géants et le monde souterrain, l'or du Rhin. Donc, vous voyez, il est allé un peu à l'envers pour ça. Donc, le texte, vous voyez, il l'a fait comme ça, rétrospectivement, le texte. Mais la musique, elle a suivi l'ordre normal. Il a commencé par composer L'Or du Rhin d'abord, puis la Walkyrie la musique frite. Et vous aurez encore une occasion de voir, on l'a vu largement la dernière fois, que ça, ayant interrompu, comme je vous l'ai signalé la dernière fois, Il a fait près de 12 ans. La composition du Ring, parce qu'il avait des… son feeling, comme on dit ailleurs, était orienté sur d'autres sujets.
Tristan, les Maîtres chanteurs et l'assouplissement de l'écriture
40:32 Il a écrit entre-temps ses deux chefs-d'œuvre absolus, même pour ceux qui ne sont pas très wagneriens, disent qu'il n'y a rien de plus beau chez lui que Tristan et les maîtres-chanteurs, les deux œuvres les plus humaines de Wagner, si vous voulez. Or, ces deux œuvres ont assoupli considérablement son écriture, elles vont ouvrir la porte à Debussy et même à Schoenberg plus tard, c'est enfin quelque chose. À Mahler, n'en parlons pas, à tous les post-wagnériens, Richard Strauss, Bruckner, etc. Mais pas Brahms. Brahms, elle restait toujours à l'écart, c'est une influence.
41:03 Donc, faisons pas une histoire de la musique pour l'instant, je tiens à vous le dire, dans l'assouplissement de cette langue musicale, on la voit très bien, je vous ai déjà signalé quelques résonances presque debussystes dans le babyl un peu mélancolique des filles du Rhin, surtout au début avant que Siegfried n'apparaisse, et je suis très content que l'un de vous m'ait dit dans un Je ne rêve pas, le violoncelle, il fait la gamme du blues. Lui, il a bien écouté. Je vous avais signalé, dans cette espèce d'énorme masse orchestrale, plus les voix et les chœurs, des fois, il y a quelquefois des passages de musique de chambre, de musique raréfiée avec une présence, une intensité de présence des instruments solistes.
41:56 Il y avait en particulier une phrase courte mais extrêmement expressive du violoncelle solo quand Hagen dit « rappelez-vous le casque qui sera invisible, je vais lui faire boire un breuvage, je vais lui faire tout oublier ». Voilà, donc à partir de là, je crois qu'on peut commencer maintenant, c'est plus intéressant que mon bavardage tout de même, le rideau va se lever sur les bords du Rhin, on va revoir le barrage et les trois filles pleurent l'or perdu.
Projection : les filles du Rhin pleurent l'or perdu
42:33 Elles ont le même habit un peu de filles de saloon comme dans l'Or du Rhin, mais elles ne sont plus aussi enjouées, taquines et aguicheuses. Je ne vous en dis pas plus.
43:57 Là on entend le cor de Siegfried. Ça met de l'ambiance.
44:35 Chant.
47:18 Attention à l'accord là ! Un accord terrible. Le tragique revient.
48:14 Vous voyez, elle le charrie quand même.
49:02 Comme il est piqué au vif, là, il dit « je vais leur donner l'anneau si elles pensent que je suis avare ». Il ne veut pas donner mauvaise impression. Tout ça est très humain. La musique est étrange.
Les filles du Rhin tombent le masque
49:32 Là, je vais demander à Pierre-Alain de faire une petite pause. Merci Pierre-Alain. Excusez-moi, voilà, il y a un problème de cadrage. Oui, pourquoi je fais une petite pause là ? Parce que vous voyez, elles l'ont tellement taquinée, tu es avare, etc. Il ne veut pas donner le mauvais rôle, il est prêt à leur donner. Et c'est là, tout d'un coup, qu'elles vont, comme je dis tout à l'heure, tomber le masque. Vous allez voir, comme le jeu de scène est complètement différent, elles vont aller jusqu'à ramper à ses pieds comme si elles étaient prises d'une angoisse en même temps.
50:09 Ce n'est pas pour nous, alors ce n'est pas à nous qu'il faut le donner, il faut le rendre. D'abord ça sauvera le monde, mais ça commencera d'abord à te sauver toi, parce que tu risques de mourir dans la journée. Enfin, tu risques, il est sûr que si tu le gardes, tu mourras avant la fin de la journée. Et vous allez voir comme tout change, les thèmes de la malédiction de l'anneau. J'en profite pour vous dire, voyez, le thème des filles du Rhin, Rheingold, l'adoration de l'or, là. Excusez-moi.
50:53 Il y a multiples variations, donc je répète. D'ailleurs, Wagner, quand il le répète, c'est seulement ses premiers accords. Ça, c'est l'adoration de l'or par les filles du Rhin. C'est un des nombreux thèmes des filles du Rhin. Mais le thème de la servitude, qui est beaucoup plus pénible, c'est ça, là. Lui aussi il se compose de deux notes comme ça, n'est-ce pas ? Mais d'abord, ce n'est pas un ton, c'est un demi-ton, c'est la plus inquiétante.
51:28 Vous voyez toutes les combinaisons qu'on peut faire avec… chacun des leitmotifs est composé de telle manière qu'il puisse se combiner à l'infini et se transformer en un autre. J'ai parlé de transformation tout à l'heure au sens le plus rigoureux. Allons-y.
52:03 De nouveau l'accord terrible. Il ne comprend pas pourquoi il refuse tout d'un coup.
52:46 Le thème du renoncement à l'amour. Le même thème mélangé.
53:25 La Malédiction !
Rappel : Siegfried brise la lance de Wotan
54:45 La Confusion de la Servitude et du Chant des Filles du Rhin On va faire une interruption.
55:21 Merci Pirella. Ici une interruption s'impose. Il fait une allusion à une scène qu'on n'a pas vue, donc je vous la résume quand même, parce que ça vaut aussi son pesant d'or. Rappelez-vous, elle vient compléter ce que j'ai dit tout à l'heure. Lorsque l'oiseau, le deuxième acte de Siegfried, le final du deuxième acte de Siegfried, vient de tuer le dragon, Il est ravi de voir l'oiseau qui est le seul personnage sympathique qu'il a vu dans sa vie depuis qu'il a été élevé dans la forge par le nain fourbe Alberich qu'il vient de tuer.
55:52 Donc il n'a que des cadavres, celui du dragon, celui de son père adoptif. Et il y a l'oiseau qui comprend son langage, qui va le guider vers le rocher de Brünnhilde. La suite, c'est le troisième acte de Siegfried. Quand le rideau se lève, Siegfried est en train de se diriger vers le rocher de Brünnhilde, guidé par l'oiseau. Mais qui l'attend au pied du rocher ? Wotan, le père de la Valkyrie. Je vous ai dit tout à l'heure qu'il est ravi que ce soit le meilleur des héros qui réveille sa fille, mais au dernier moment, il ne peut pas s'empêcher de s'opposer à ce que Siegfried vienne s'emparer de son bien le plus précieux, sa fille.
56:33 Mais il ne le dit pas comme ça. Lorsque Siegfried le rencontre, il lui dit « Salut vieillard, tu connais peut-être… » Vous voyez, déjà un peu insolent Siegfried. « Salut vieillard, tu sais peut-être où se trouve le rocher de la Valkyrie qui dort entouré de flammes. Mais qui t'a dit qu'il y a une vierge qui dort entourée de flammes ? » « Ben c'est un oiseau. » « Oh tu sais, il dit, les oiseaux, ça bavarde, ça agace Siegfried. » Bon, le ton monte, et Siegfried le bouillant prend son épée et casse en mille morceaux quoi ? La lance de Wotan.
57:06 La lance sur laquelle sont inscrites depuis le commencement des temps et du monde les runes, les vieilles écritures scandinaves magiques, qui font qu'il y a un semblant d'équilibre dans l'univers, qui font que Wotan ne peut pas rompre tous ces pactes entre les géants, les dieux, les nains, etc. Donc l'épée de Siegfried, qu'il a forgée lui-même à partir des morceaux de l'épée de son père brisée par la lance de Wotan dans la Valkyrie, vous voyez quelle revanche ! L'épée de Siegfried a cassé en mille morceaux la lance du roi des dieux.
57:46 Donc on revient trois secondes en arrière pour reprendre cette phrase. Merci Pierre-Alain.
1:02:12 Là c'est explicite qu'il est intéressé par les figurines. Je ne fais pas de procès d'intention.
1:03:00 Malédiction ! Qui vient se mélanger au fanfare de la troupe de chasseurs qu'on entend au loin. La servitude, la voix de Hagen. Le thème volontairement ridicule, un peu niais et naïf de Siegfried au cor.
Le carnage cynégétique, le récit de Siegfried et sa mort
1:03:52 Voici les hommes, les fusils.
1:04:28 On prépare le pique-nique. Regardez cette scène de carnage. Il y a du sang dans l'air.
1:05:50 C'est un biais d'eau, voyez ?
1:06:35 La soif entraîne les breuvages. Les violences sont de plus en plus mélodiques. Oui, le malaise de Gunther.
1:07:17 Il voudrait que son beau-frère fasse la fête. La servitude.
1:08:25 Écoutez cette phrase capitale pour l'équivalence femme-oiseau.
1:09:24 Le récit de Siegfried D'abord la forge.
1:09:55 C'est toujours le thème de la forge.
1:10:30 Et là, retour au murmure de la forêt, la magie de l'Ontario. Le moment le plus heureux du ring. Les instruments montent vers l'aigu.
1:11:24 Le thème de l'oiseau, il chante sur le thème de l'oiseau là.
1:12:13 Deuxième couplet.
1:12:59 Les hommes veulent la suite. Et voilà le breuvage qui va rendre la mémoire. Attention, le breuvage d'anamnèse. Le casque.
1:13:58 Je ne commente pas cette idée scénique de Chéreau, elle se passe de commentaires, elle est superbe. Et maintenant on va parler de Brünnhilde. La mémoire revient.
1:14:55 La traversée des flammes. Regardez comme la musique va remplir entièrement quand il arrive à la Valkyrie.
1:16:28 La malédiction.
1:17:27 Je vais demander une pause maintenant. Bien, je vais demander à Pierre-Alain de sauter les péripéties qui suivent, qui sont très marginales, Et de passer directement au récit final de Brünnhilde, qui clôt toute l'œuvre. Donc évidemment, je saute deux passages magnifiques, mais moins récapitulatifs que ceux du dernier, du récit de Brünnhilde final, qui est une splendeur aussi.
Marche funèbre et versions de la mort de Siegfried
1:18:05 La fameuse marche funèbre s'enchaîne immédiatement à presque, on vient de voir, sans une voix, uniquement les instruments, mais enfin elle existe partout sur tous les extraits, vous mettez en streaming. Marche funèbre de Siegfried, Marche funèbre du Crépuscule des Dieux, vous avez toutes les versions dans toutes les meilleures interprétations, c'est pas compliqué. Et puis la mort de Siegfried elle-même. J'aurais bien aimé, mais en manque de temps, vous passer un échantillon. Je reviens ici un petit peu dans les réponses aux questions que nous avons faites la dernière fois. Je réponds à notre interlocuteur qui m'avait demandé quelles sont les meilleures versions audio du Ring. Je l'avais répondu qu'on ne peut pas comparer.
1:18:53 Il faudrait faire presque deux classements, un classement des enregistrements corrects du point de vue technique, ce qui n'existe que vraiment depuis la fin des années 50, ce qu'on appelle en haute fidélité, pratiquement, même un peu avant le début de la stéréo. Il vaut mieux une bonne mono en haute fidélité qu'une stéréo qui réverbe. Et puis il y a des enregistrements d'avant-guerre, des années 50, des années d'avant-guerre, plus on remonte, plus la technique du son est tellement récente que les prises de son sont très mauvaises.
1:19:30 C'est un son héroïque pour connaisseurs, si vous voulez. Mais quelquefois… Mais par contre au niveau des interprètes, il y a des versions qui sont restées inégalées à ce jour. Je ne dis pas ça par nostalgie des vieilles cires. Il y a d'excellentes versions, je les ai signalées la dernière fois, je ne reviens pas, avec tout ce que vous voulez comme splendeur sonore, par Georg Solti, par Karajan, par Karl Böhm, avec des voix qui n'arrivent peut-être pas à la hauteur.
1:20:00 Mais alors, pour ce qui est du moment de la mort de Siegfried, ce n'est pas long, c'est-à-dire même pas dix minutes, avec sa dernière chevauchée. Il revit le moment où il a traversé les flammes et où il a découvert la Valkyrie. Tout lui revient en mémoire, n'est-ce pas ? Oubliez les Gutrune, les faux semblants. Et il meurt en simulant sa dernière chevauchée pour aller réveiller la Valkyrie. Chevauchée virtuelle donc cette fois. Il faut l'écouter dans la version de Lauritz Melchior. Comme le prénom, retenez, Lauritz Melchior.
1:20:38 Je vous le dis, ça c'est souvent en anglais. Écoutez ça. Et vous verrez que des voix comme ça, qui en même temps, une puissance phénoménale et une douceur qui vient tout droit des écoles de chant italiennes, est restée jusqu'à ce jour inégalée. J'en parle avec un peu d'émotion parce que c'est dans ce morceau-là, dans cet extrait de tout ce qu'il a enregistré, que l'immense Melchior, le plus grand ténor wagnérien de tous les temps, Il n'y a pas que moi qui le dit, danois.
1:21:12 Je l'ai découvert justement dans ce morceau, dans la mort de Siegfried, dans une magnifique émission de France Musique dans les années 60, qui continue d'ailleurs, mais c'était ces époques héroïques qui s'appelaient la tribune des critiques de disques, excellente pour la formation de l'oreille, où on compare plusieurs versions d'une œuvre donnée. Et arrivé justement au ring, l'animateur de l'émission, Armand Panigel, avait dit « Bon, on va écouter hors concours, parce que la prise de son est très précaire. Hors concours, la manière dont Lauritz Melchior chantait la mort de Siegfried, mais complètement hors concours, parce que ce serait presque injuste pour les autres de les lui comparer. » Voilà.
Brünnhilde accède au savoir absolu
1:21:50 Donc retenez ça, Lauritz Melchior, la mort de Siegfried en extrait sur YouTube. On peut continuer, alors maintenant on enchaîne directement sur la scène finale. Entre temps, je vous le dis, Hagen a tué Gunther, n'est-ce pas, qui voudrait avoir sa part du trésor maintenant, parce que l'anneau a été pris à Siegfried, n'est-ce pas, au doigt de Siegfried.
1:22:27 Et comme toujours, le bon, la brute et le truand, comme toujours, quand il y a trésor, il y a dispute, comme on avait vu L'Or du Rhin, les deux frères, l'un avait tué l'autre. Dès l'instant qu'il s'agissait du partage du trésor, donc Gunther a été tué, Hagen est là, je vous dis tout de suite qu'il ne dira pas trois mots, juste quand à la fin, dans les dernières secondes, quand Brünnhilde jette l'anneau, il se précipite en disant « l'anneau, l'anneau ! » et les filles du Rhin l'entraînent par le fond et l'or retrouve son élément liquide et tout redevient comme avant que le trésor.
1:23:05 L'or disparaisse du Rhin. Donc j'enchaîne au moment où la Valkyrie prend toute sa dimension et ordonne tout ce qui va suivre. Regardez les paroles, tout est bien dit.
1:24:25 Le thème de Siegfried Héroïque, on l'attendait depuis longtemps.
1:27:45 On s'approche du moment où elle exprime le savoir absolu. Elle s'adresse aux dieux.
1:28:24 La faute éternelle des dieux. Elle parle à son père.
1:29:11 Vous voyez ? Afin qu'une femme accède au savoir. Et maintenant je sais tout à l'heure. Sur les harmonies du destin.
Intermède : l'oiseau messager
1:29:56 Les accords dissonants des corbeaux. Il faut arrêter un instant.
1:30:26 Je suis désolé d'arrêter cette phrase ascendante qui va arriver à un apaisement, parce qu'elle va dire finalement à Wotan, repose en paix, finalement, malgré toutes tes fautes. Elle est en train d'envoyer un message à Wotan, l'or sera rendu au Rhin, Wotan peut respirer, il n'a plus à craindre la malédiction, l'or va être rendu au Rhin. Mais, comme messager, elle envoie les corbeaux dans la tradition totémique archéo-germanique.
1:31:00 Et nos Gaulois en font partie, les ailes sur le casque des Gaulois, c'était les ailes de corbeaux, pour les historiens qui connaissent. Le corbeau joue un rôle très important dans les populations nordiques, y compris chez les Inuits, où il est à l'origine même de la création du monde, il est à l'origine de la lumière, oui, lui, l'oiseau ténébreux, enfin, nous ne nous égarons pas. Mais ce qui m'intéresse, c'est la fonction de messager, de l'oiseau en général et du corbeau en particulier.
1:31:35 Je ne parle pas seulement des pigeons voyageurs. Je constate que par exemple dans l'ethnie sénoufo, au nord de la Côte d'Ivoire, frontière avec le Burkina, les frontières coloniales ont divisé des ethnies, donc on retrouve dans les deux pays des peuples, les sénoufos placent toujours un oiseau, qui est en général le Kalao, sur la tête des Les personnages humains. Comme chez nous les ailes sur le casque dans notre lointain Moyen-Âge et bien au-delà même dans la période barbare et dans les temps obscurs et mérovingiens. Où je veux en arriver ?
1:32:25 J'ai demandé une fois à un Africain pourquoi vous mettez toujours l'oiseau sur la tête ? Et ils me disent tous la même réponse avec des formulations différentes mais c'est la fonction est toujours la même. C'est celui qui prend tes pensées, c'est pour ça qu'il est sur la tête, et qui va les transmettre à l'autre. C'est la huppe messagère de la reine de Saba, si vous voulez prendre une tradition plus orientale, avant qu'elle rencontre Salomon dans la splendeur de la reine du Matin.
1:32:55 Elle envoie une série d'oiseaux qui vont vers Salomon, à la tête desquels il y a la huppe messagère. Je tenais à faire cette parenthèse ornithologique pour rappeler à quel point la fonction de messager de l'oiseau ici. Ici, bien sûr, le message c'est de dire à Wotan « tu peux mourir en paix, la malédiction ne ronge plus, dans quelques instants, la malédiction aura cessé de ronger l'univers ».
1:33:33 Je rends la parole au drame. Repose en paix, ô dieu.
L'embrasement du Walhalla et le retour de l'anneau au Rhin
1:34:30 Maintenant les événements vont se précipiter. Après ce dernier adieu à Wotan. Vous remarquerez que l'assistance ressemble de plus en plus à une foule, une foule d'hommes, une société civile on dirait aujourd'hui.
1:35:01 Les flots du Rhin. L'anneau. Le chant des filles du Rhin.
1:35:42 Et tout l'orchestre reprend le thème des filles du Rhin.
1:36:43 La malédiction ! Attention là ! Les flammes, les flammes commencent. Les flammes.
1:38:02 La servitude ! Les flammes s'accélèrent, le feu ronge. La Valkyrie, la chevauchée de la Valkyrie.
1:39:52 otototot Les flammes.
1:40:56 Le sommeil éternel. Le sommeil éternel qui tombe dans les flots du Rhin qui monte. Les filles du Rhin qui récupèrent l'anneau. Hagen, dernière tentative de Hagen pour récupérer l'anneau qui va lui être fatal.
1:41:33 La dernière fois qu'on entendait la malédiction. Ça se calme et il ne règne plus que la paix du chant des filles du Rhin. Le Valhalle qui tombe dans les flammes, majestueux mais glorieux mais en descente. Et au violon, une mélodie sublime, le thème de la rédemption par l'amour qui plane au-dessus de tous les autres thèmes.
1:42:10 Voyez la succession ? Le Valhalle, Chant des Filles du Rhin, la rédemption par l'amour au violon, Le Valhalle, on voit les murs du Valhalle. L'orgueilleux palais des dieux qui menace de s'écrouler.
1:43:18 Une dernière fois le thème de Siegfried. Et on n'entend plus que la rédemption par l'amour qui conclut l'œuvre.
1:44:31 Merci. Merci Pierre-Alain, c'est un exploit. Alors, on dirait que, je pense à vos questions, on dirait que la mise en scène de Chéreau a été inspirée par notre camarade Daniel Arias, que je suis très heureux de retrouver à chaque fois, bonsoir Daniel, et qui dit ceci, n'est-ce pas, « Finalement, tous ces mythes n'invitent-ils pas les hommes à abandonner Dieu, l'idéalisme, pour devenir maîtres de notre avenir par la connaissance et le travail ? »
Réponses aux questions du public
1:45:14 C'est exactement la conclusion quand on voit cette foule d'hommes. Vous avez vu, on a commencé à avoir des enfants, des vieillards, c'est la foule de la société civile. Ce ne sont pas des guerriers, des dieux, des gens qui ne vivent que du travail des autres. Et cette foule tourne le dos, Walhal, c'est la dernière image, et nous regarde. Donc oui, on passe de l'Empire de la nécessité, le câble des Nornes, je paraphrase Engels, n'est-ce pas, où il dit que le but quand même c'est de passer de l'Empire de la nécessité au Royaume, vous remarquerez la précision des termes, l'Empire et le Royaume c'est différent.
1:45:56 Il s'agit de passer de l'empire imperium, Impérialisme, de la nécessité au royaume de la liberté. Voilà. Et oui, je vois que Péricorès dit « culte d'Odine ». Alors oui, Odine, c'est le nom scandinave de Wotan ou Wotan, c'est le nom allemand de Odine. Ça sonne à peu près la même chose. Ça vient d'un radical, je vous l'ai dit la dernière fois, Wut, la rage, la colère, qui rappelle que Zeus aussi est le maître de la foudre. Voilà. Mais enfin, ici, les choses sont consommées. Daniel Arias, je le recite pour le faire compléter par une remarque intéressante de notre ami Arnold Steiner.
1:46:54 « Tous ces mythes n'invitent-ils pas les hommes à abandonner Dieu ? L'idéalisme pour devenir maître de notre avenir, prendre la connaissance et le travail ? » Réponse de Arnold Steiner, c'est vrai par Toutatis, avec beaucoup d'humour. Bien, je rappelle aussi, parce que je vois que notre ami Péricorès, je ne cite que les pseudo, dit tous ces ismes d'ailleurs, idéologisme, islamisme, humanisme, etc.
1:47:26 Je rappelle que je me suis engagé récemment à accéder à la requête de Daniel Arias de dire qu'il faudrait un jour renouer un peu avec le bon vieux carnet de vocabulaire. Donc, dans mes prochaines interventions, la très prochaine d'ailleurs, ces jours prochains, que ce soit des cours au plus long format ou le format du mercredi, Je compte bien à chaque fois en dire un peu plus et d'une manière très brève sur chacun de ces termes qui sont les termes basiques, ces noms des différents courants philosophiques depuis que la philosophie est apparue, pour qu'on soit à peu près sûr les uns et les autres de désigner la même chose avec les mêmes mots.
1:48:10 Voilà. Et sinon, je veux dire, est-ce qu'il n'y a pas de question ? Question orale, Pierre-Alain ? Une question en direct ? Sinon, s'il n'y a pas de question en direct, je vous rappelle que dans 15 jours, nous ferons une autre conclusion, mais qui, cette fois, concerne l'autre moitié de ce long cycle, n'est-ce pas ? C'est-à-dire celui sur le passage de « Est-il possible de lancer une passerelle, fut-elle frêle sur l'infranchissable abîme qui, au dire de Kant, sépare les sciences dures des sciences de l'Histoire ? »
1:48:56 Alors je vois une question d'Daniel Arias, là, « Le savoir est tragique lorsque psyché ou zécrides y accèdent contre l'ordre des dieux. Peut-être à rapprocher plus tard du mal du siècle Baudelaire par exemple. Oui, surtout que chez Baudelaire, le mal du siècle, expression qui date de la génération de juste avant Baudelaire, de celle des romantiques proprement dit, pour rester en France dès Lamartine, des Musset, des Vigny, etc. Avec Baudelaire, le mal du siècle s'aggrave en spleen avec une dimension presque physique et névrotique, n'est-ce pas ? Et qui se rapproche bien sûr de l'homme moderne.
1:49:33 Vous savez, je renvoie à un opuscule de Freud, un de ses meilleurs ouvrages, qui est le fameux « Malaise dans la civilisation » ou « Malaise dans la culture », ça dépend un petit peu des traductions. Où il revient un petit peu sur… enfin un petit peu, plus qu'un petit peu, n'est-ce pas ? Où il prend en compte l'apparition dans la modernité d'une nouvelle forme de malheur, n'est-ce pas ? Et qui n'est pas le malheur tragique des temps anciens, mais qui n'est pas moindre, n'est-ce pas ?
1:50:08 Je salue aussi Inès Oludé, que je suis très content de retrouver, qui est très fidèle à nos émissions. Et je retiens sa proposition de faire quelque chose autour de la poésie. En gros, on est en train de le faire un petit peu, si vous regardez nos formats courts. Bon, on vient de commencer, mais je vais dire, je ne vais pas m'arrêter là pour autant. Il va y avoir, je ne veux pas déflorer le sujet, mais on avait terminé sur Mignon la dernière fois et on va enchaîner sur un texte, je vous le dis à l'avance, en avant-première, on ne joue pas à cache-cache, un texte de Nerval, le dernier texte achevé de Nerval qui s'appelle « Promenade et souvenirs » que je n'ai jamais commenté en diffusion, Ni en direct, ni en salle, Promenade et Souvenirs. Et vous verrez qu'il y a une surprise à la fin qui montre que c'est toujours le même sujet qu'on développe, si vous regardez bien.
1:51:13 Voilà, mais je vous renvoie parce que toute l'œuvre de Nerval est sur Wikisource, n'est-ce pas ? Vous mettez Gérard de Nerval, œuvre Wikisource, et vous avez Promenade et Souvenirs. C'est très vite lu, c'est quelques pages, c'est rien du tout. Mais c'est le dernier, c'est un des plus accomplis au niveau de sa prose. Je présume que Inès connaît trop la poésie pour la réduire uniquement à des poésies en vers. Il y a des tas de textes en vers qui ne sont pas vraiment de la poésie, qui sont des récitations, qui ne font que jouer avec la rime.
1:51:47 Ce qui fait dire à Verlaine dans son art poétique « Ô qui dira les torts de la rime ? » Ce bijou d'un sou qui sonne creux et faux sous la lime. Bien sûr, la grande poésie, voire les poèmes en prose de Baudelaire par exemple, la grande poésie s'exprimait en prose, c'est cette poésie en prose atteint parmi ses sommets dans Promenades et souvenirs. Voilà pourquoi j'en parle. Et vous verrez une allusion au personnage de Mignon dans les dernières lignes, au moment où s'y attend le moins.
1:52:20 Il me reste à vous souhaiter très très bonne soirée à tous, je remercie tous ceux qui nous saluent et qui nous souhaitent aussi une bonne soirée. Je regarde une seconde. Quelles sont d'après vous une question de Péricorès dont il dit lui-même qu'elle est trop longue ? Et il dit, passons, non, on va passer ce soir, mais on y répondra, j'ai promis qu'on répondrait à toutes les questions. Quelles sont d'après vous les différences entre Socrate, Platon et Aristote, s'il vous plaît, à part qu'ils soient maîtres et disciples l'un de l'autre ?
1:52:55 Bon, je l'ai un peu esquissé, je donnerai les références, le lien, lorsque j'avais fait le retour à la logique du sujet, J'avais rappelé la différence entre le sujet substance chez Aristote et le sujet proprement sujet chez Descartes. Par exemple, on ne va pas ergoter là-dessus, effectivement c'est trop long pour développer ça. Donc promis, on y répond, d'autant, je rassure Pyrrécorès, que je ne vais pas répondre aux questions comme je le fais maintenant En bâclant un peu d'un dernier quart d'heure d'un long direct de plus de deux heures. Mais on va consacrer des séances entières de deux heures à répondre aux questions comme on l'a fait déjà à trois reprises, enfin sur trois vidéos différentes. Voilà. Donc, il me reste à vous remercier tous, à vous remercier surtout de votre présence et de votre fidélité et à vous dire donc à ces jours très prochains. Restez au courant.
1:53:53 Ce sera annoncé dans Facebook certainement le fait que vous aurez bientôt une suite de vos formats courts, raccourcis, très prochainement. Et merci aussi Pierre-Alain une fois de plus.