Transcription automatique (Whisper), non relue — cliquez pour aller au passage.
Metastaseis de Xenakis, musique et architectonique
1:30 Je suis ravi de vous retrouver, comme toujours, et surtout après ce bel extrait pour lequel je remercie Pierre-Alain, qui officie ce soir, et ce beau morceau de Iannis Xenakis, un compositeur grec. Et nous avons entendu ici un de ces morceaux les mieux référenciés, il s'agit de métastasis, mouvement.
2:04 Beaucoup de termes en grec. Pour dire mouvement, on commence déjà à rentrer dans les connotations scientifiques. Avec chez Aristote, on distingue la mécanée, la dunamis, n'est-ce pas ? Et la métabolée, enfin vous voyez, des radicaux qui vous sont familiers par ailleurs, n'est-ce pas ? Ça fait quand même plus de 2500 ans qu'on fait des variations avec…
2:34 J'ai choisi ce morceau d'abord parce qu'il est beau, c'est un jugement de valeur, vous me direz. Je m'applique à moi-même, ce que je dis souvent, c'est que pour l'instant, je parle plutôt de moi quand je dis, c'est pas que ça me plaît. J'apprends pas grand-chose sur le musicien, sur le morceau. Mais enfin, il y a un consensus pour avoir salué, même ceux qui, la musique contemporaine, cassent les oreilles en général, reconnaissent que c'est… On reconnaît quand c'est un truc dans les années…
3:04 Enfin, les années 60, que c'était un chef-d'œuvre qui s'appelle métastasis, je répète. Je précise aussi que Iannis Xenakis est architecte de son métier. Un architecte qui compose, nous sommes ni dans l'architecture, ni dans le ton, ni dans la musique, mais dans l'architectonique, n'est-ce pas ? Vous voyez, ça existe. Oui, j'ai fait exprès aussi de choisir un compositeur qui a une connotation scientifique. Vous avez vu l'image apparaître.
3:34 Xenakis est aussi connu pour vous oublier tout ça, enfin, momentanément, pour vous en rappeler plus tard. Il creusait ça et écoutait sa musique surtout. Mais il est connu pour avoir initié le genre de la musique dite stochastique, une musique qui s'assiste avec l'ordinateur, et qui se sert un peu d'une distribution statistique des sons. Enfin, ne raffinons pas le morceau, vaut par lui-même.
4:05 La preuve, c'est que même ceux qui n'y connaissent rien, tous ces éléments théoriques, ont trouvé que le morceau avait quelque chose d'irrésistible. Alors, j'ai fait une entorse à l'alternance, vous voyez, du ring. Pour ceux auxquels le ring manque, il me manque à moi aussi, ne vous inquiétez pas, on y reviendra. Mais, et puis en principe, ceux qui suivent profondément savent bien qu'on ne s'en éloigne pas tellement.
4:37 Mais, je tenais à ne pas en rester, notre dernier épisode, où on a à peine couvert une première partie de ce que j'appelais un petit peu la métaphore géopolitique, puisque je fais se succéder les deux impérialismes, l'impérialisme philosophique, sur lequel je me suis assez, presque trop longuement étendu la dernière fois, mais quand même Aristote, c'est un morceau, ça valait le coup.
5:10 Et aujourd'hui, on enchaîne sur l'antithèse, l'impérialisme scientifique. Alors, pour l'introduire, je vais peut-être tout de suite plonger in medias res, comme on dit en latin, ça veut dire au cœur des choses, n'est-ce pas, au milieu de la chose, in medias res. Tout de suite, dans un texte que vous allez sans doute voir sur l'écran, un texte de, merci, merci Pierre-Alain, un texte de Max Planck.
Max Planck et les trois conditions d'un discours scientifique
5:41 Ai-je besoin de présenter Max Planck ? D'abord, ça m'intimiderait de le faire, on ne sait pas, ce n'est même pas un philosophe, c'est surtout un immense physicien. Et son nom, je vais être un petit peu ronflant, son nom, n'est-ce pas, trône dans l'Empirée aux Zéniths, n'est-ce pas, aux côtés de ceux d'Einstein, de Newton, de Galilée, en ordre inverse de la chronologie ? Non, non, sérieusement, c'est quand même le fondateur de la théorie des quantas, n'est-ce pas, de la physique quantique, de la mécanique quantique.
6:19 Et rien ne se passe dans les laboratoires de physique, n'essayez pas de voir des cornues, comme dans l'atelier du professeur Nimbus, ou dans l'antre du docteur Faust, non, non, c'est un laboratoire au sens presque théorique, c'est souvent, presque toujours de la mathématique, ou la physique théorique, comme on voudra, mais dans les calculs qui se font, pendant que nous parlons au sommet, au niveau les plus pointus de la physique, la plus actuelle, dont je parle de très loin, parce que je serais bien incapable d'en parler de près, il y a peu de pages qui peuvent se passer de la constante de Planck, vous voyez, H, la constante de Planck.
7:10 Bon, or, pourquoi j'ai choisi ce texte ? Parce qu'il nous ramène, ils ont ce texte bien illustré, puisqu'on va parler de l'impérialisme scientifique aujourd'hui, ce soir, pas une définition de la science un peu prétentieux, mais l'ensemble des conditions à partir desquelles on peut décider qu'un discours est véritablement scientifique. Je vous les avais réunies, ces conditions, je vous les avais proposées, en toute modestie, mais je suis sûr que ça a été oublié, donc c'est le moment de les rappeler, et de voir après à quel point Max Planck nous en donne, vient nous confirmer ici que c'est bien ce qui est considéré comme scientifique par ceux qui en sont les plus grands représentants.
8:00 Qu'est-ce que j'avais dit ? Un discours est scientifique quand il a un objet propre, première condition, un objet propre, bref, quand il ne parle pas de tout et donc de rien, mais d'un objet déterminé, propre, qui est son objet. La botanique, n'est-ce pas ? Pardon, l'ensemble des plantes, n'est-ce pas ?
8:31 Offre un objet propre à la botanique. L'ensemble des animaux offre un objet propre à la zoologie. Après, vous pouvez faire, n'est-ce pas, des sous-ensembles tant que vous voulez, n'est-ce pas ? À l'intérieur, les végétaux, ou à l'extérieur, parce que ça a varié un peu cette histoire, on peut distinguer les champignons et dedans, la mycologie, n'est-ce pas ? À l'intérieur de la botanique. Un objet propre.
9:04 Encore une fois, une science de tout, c'est souvent un reproche que je fais à un certain écologisme, pas aux écologues sérieux, qui eux ne sont pas des écologues, mais qui sont des glaciologues, des climatologues, des astrophysiciens, des spécialistes du soleil. Les rythmes de l'activité solaire ont une influence gigantesque sur le climat de nos planètes. Il serait peut-être temps de le rappeler de temps en temps à ceux qui sont assez mégalomanes pour penser que leur activité a plus d'importance sur le réchauffement de la planète que, par exemple, l'activité solaire.
9:46 Ça en a aussi. Quand j'expire, là aussi, je réchauffe la planète. Bon. Ce sont... Un objet propre, ça veut dire ça. Ce que je reproche à un certain écologisme, c'est qu'ils parlent de quoi ? De l'environnement. Dans l'environnement, il y a mille disciplines. Je fais ça, il y a l'architecture. La menuiserie, le mobilier.
10:20 Donc, première condition. Un discours est scientifique quand il a un objet propre. Ce n'est pas suffisant, loin de là. Deuxièmement, parce qu'on peut dire la théologie, elle a pour objet propre Dieu. Ou le divin, comme vous voulez. Ça ne veut pas dire que c'est une science. Deuxièmement, il faut que cet objet soit soumis à des lois. Parce que nous allons voir de plus près avec le texte de Max Planck. Des lois, c'est-à-dire des propositions universelles et nécessaires.
10:53 Je ne vais pas plus loin parce que Planck va nous donner sa propre définition de la loi. Je ne vais quand même pas risquer le ridicule de le doubler à ce niveau-là. Mais grosso modo, des propositions universelles, c'est-à-dire valables partout et toujours. Partout dans l'espace, toujours dans le temps. Et nécessaires. Ça veut dire que lorsque la cause est donnée, l'effet suit nécessairement. Mais non pas tantôt oui, tantôt non.
11:26 Troisièmement, parce que pour l'instant, on est encore dans le théorique. elle doit formuler ses lois de telle manière, là on passe, vous voyez, à la manière d'exprimer maintenant la science, à son langage, si vous voulez. Il m'est arrivé de dire que ce n'est pas un langage, les mathématiques, mais sa discursivité doit être exprimée de telle manière qu'elle puisse se prêter à une vérification expérimentale où intervient la mesure.
12:00 Je répète cette dernière condition parce qu'elle est un peu plus longue. Enfin, elle doit exprimer ses lois, les lois qui régissent son objet propre, pour tout résumer, de telle manière que ces lois puissent être vérifiées par des expériences faisant intervenir la mesure. Autrement dit, qui permettent non pas seulement de l'expérience, parce qu'il y en a qui disent « Oh moi, vous savez, les Africains, ça fait 40 ans, je les pratique, je les connais bien. »
12:34 Non, ce n'est pas l'expérience, c'est l'idéologie. C'est la prévention, comme dirait Descartes. On va y revenir tout à l'heure. Mais, non, non, l'expérimentation. Il ne s'agit pas de dire « Il fait chaud, il fait froid. » Ce n'est pas l'expérience, ça. Ce n'est pas quantifié. Mais il faut dire « C'est 18 degrés. » C'est chaud, c'est froid, ça, c'est l'affaire de chacun. Demandez à un Russe et à un Africain « C'est 18 degrés, c'est chaud et froid. »
13:04 Ils n'auront pas la même réponse. Il a fallu des millénaires pour qu'on passe de la qualité à la quantité. Et une des plus grandes régressions de notre époque, c'est à la fin des années 50, au début du discours écologique, je suis cohérent, lorsqu'on a commencé à dire « Oh, ce n'est pas tout ça, la quantité, oui, les retraites, les salaires, bon, d'accord. » Laissons ça aux marxistes. Ce qui compte, c'est la qualité de vie. Vous savez, la qualité de vie avec la moitié de RMI, c'est bien.
13:35 Allez, soyons sérieux. Un discours est scientifique quand il a un objet propre, quand cet objet peut être, quand il soumet cet objet à des lois et quand ces lois sont exprimables selon des termes qui se prêtent à une vérification expérimentale faisant intervenir le quantum, au pluriel des quanta, la mesure, la quantité.
Ce que Planck appelle une loi physique
14:07 Je passe la parole à Max Planck. J'ai le texte en anglais, mais écoutez, franchement, c'est tellement clair et tellement simple. Je vais essayer de faire une traduction simultanée. Je ne suis pas vraiment le plus endurci des anglophones, mais quand même. Alors, what now do we mean by physical law ? Alors là, vous voyez, par contre, je m'arrête. Maintenant, qu'entendons-nous par loi physique ? Ce n'est plus un savant qui parle ici, c'est un philosophe de la physique, car c'est la question socratique par excellence.
14:37 Qu'appelons-nous une loi physique ? Voilà ce qu'il est en train de dire. Donc, cette interrogation se place dans la catégorie de l'essence. Qu'appelle-t-on ? Je ne sais pas encore si ça existe, si le monde est soumis à des lois, mais avant de savoir si le monde est soumis à des lois, il faut qu'on s'entende qu'est-ce qu'on appelle une loi. Et voilà la question qu'il commence par soulever. Et il répond ceci, une loi physique, le physical law, is any proposition, donc n'importe quelle proposition, énonçant une relation fixe et absolument valide, établissant une connexion entre quoi ?
15:18 Entre des grandeurs quantitativement mesurables. Vous voyez, je traduis mot à mot, ce n'est pas du très bon français. Mot à mot, pour que ce soit bien clair pour tout le monde. Mais vous voyez, on est confirmé dans nos précédentes conditions à partir desquelles ce discours peut être dit scientifique. Donc voilà, une loi établit une connexion entre deux grandeurs, entre plusieurs grandeurs, grandeurs, donc grandeurs presque pléonasmatiquement, n'est-ce pas ?
15:53 Des grandeurs, c'est-à-dire des choses quantifiables. Une connexion qui nous permet, ou qui permet de calculer une de ces quantités si l'autre a été, a pu être mesurée. C'est tout ce qui fait l'intervention de la mathématique dans les sciences appliquées, n'est-ce pas ? À partir d'une quantité, on peut trouver celle qui est inconnue, n'est-ce pas ? Le plus haut degré, n'est-ce pas, de connaissance de n'importe quel physicien consiste à obtenir la connaissance, knowledge, la connaissance la plus parfaite possible des lois de la physique.
16:41 Vous voyez, on retrouve à peu près toutes nos conditions une à une. s'il semble aux physiciens, au pluriel, d'un point de vue utilitaire, de les mettre en valeur parce que ça les rend capables de se sauver même du trouble de l'effort de mesure ou d'avoir une vue plus profonde.
17:20 Je saute deux lignes, profonde yearning, bon, après la connaissance, et d'avoir une base ferme pour une science de la nature. Voilà, on a résumé, on a clarifié ce dont on se doutait, ce qu'on savait déjà, n'est-ce pas, grosso modo, tel que nous l'avions formulé. Comment avons-nous découvert une par une, n'est-ce pas, les individual laws et les lois de la physique et quelle est leur nature ?
17:55 On devrait remarquer, attention au virage ici du texte, on devrait remarquer, à commencer par là, car nous n'avons pas le droit de présumer que les lois physiques existent. Alors regardez la progression extraordinaire du point de vue philosophique de ce texte. On a commencé par la question de l'essence, qu'appelle-t-on une loi physique, que ça existe ou pas ? Maintenant qu'on l'a formulé, enfin, que Max Planck l'a formulé, il nous dit, il n'est pas du tout évident qu'à l'extérieur de nous, quelque chose existe qui correspond à ce qu'on vient de dire.
18:36 Or, if they have existed up to now. Ou qu'elles vont continuer à exister de la même manière dans le futur. L'eau bout à 100 degrés, par exemple, est-ce que demain, l'eau va continuer à bouillir à 100 degrés ? C'est ça. Et là, il y a cette phrase incroyable, n'est-ce pas, qui montre la prudence des plus grands scientifiques par rapport aux ignards.
19:06 Pardon, mais j'étais exaspéré par voir que tous les grands de ce monde, les chefs d'État et tout, font un consensus d'un écologisme obscène en ce moment, comme s'ils ne se souciaient plus que de la planète, n'est-ce pas, beaucoup plus que de l'humanité. Et je pense à la pauvre Greta, je ne lui en veux pas, la pauvre gamine, n'est-ce pas, la suédoise, la pauvre Greta, j'en veux à ceux qui font du lobbying à travers elle, qui sont d'ailleurs parmi les plus grandes fortunes de Suède, tout le monde les connaît là-bas.
19:40 Il est parfaitement concevable, oui, elle le dit tout le temps, elle disait, écoutez les scientifiques, c'est écoutez, au Moyen-Âge, on disait, hors de l'église, point de salut, c'est un comble que maintenant, on applique ça aux scientifiques. Je peux vous garantir que dans une équipe de physiciens nobelisables, une équipe nobelisable, voire ayant obtenu le prix Nobel, vous pouvez trouver dans la même équipe un qui croit en Dieu, un qui est complètement athée, un qui est déterministe, un autre qui est finaliste, un qui croit au hasard, n'est-ce pas, et un pour lequel il y a au contraire une conception anthropique, on verra ça une autre fois, et qui a un intelligent design, tout cela n'est pas du tout incompatible, dans la mesure où ils font les mêmes calculs, les mêmes expériences, et ils en déduisent les mêmes conclusions.
20:33 Donc, écoutez les scientifiques, c'est encore faut-il, n'est-ce pas, savoir de quoi on parle, c'est ce qu'on est en train de faire. Et là, il y a ce passage extraordinaire, il est parfaitement concevable que c'est mon expression préférée dans ce texte, je mets tic, un beau jour, ce n'est pas la plus scientifique, il est parfaitement concevable, donc on ne peut pas exclure le fait que, si vous préférez, qu'un beau jour, la nature pourrait provoquer un événement parfaitement inattendu qui nous prendrait tous à contre-pied.
21:15 Bref, en gros, je vais clore ici notre lecture, qu'à partir de, dans trois semaines, les corps tombent à un demi de GT4. Rien d'expérimental, puisque c'est leur critère, là, on l'a vu tout à l'heure, de validation, rien d'expérimental n'exclut le fait que ça puisse se produire. Car la loi dit ce qui est et non pas ce qui sera, ce qui sera n'est pas, ce qui a été n'est plus, ce qui sera n'est pas, la seule chose qui est, c'est maintenant.
Hume : le saut illégitime de l'induction
21:51 Et quelqu'un, un philosophe maintenant, qui est de la fin du XVIIIe siècle, sans doute le plus subtil des philosophes anglais, j'ai l'air de critiquer souvent un certain simplisme de la pensée anglo-saxonne, je trouve qu'elle n'est pas simple du tout et qu'elle est beaucoup plus complexe, les ouvrages de Locke, de Hobbes, de Hume, mais je pense à David Hume, ici, n'est-ce pas, de la deuxième moitié du XVIIIe siècle, qui a beaucoup réfléchi à cette question et dont Kant dit qu'il a été réveillé par lui de son sommeil dogmatique, c'est quand même un bel hommage, on aura le temps de voir ce que ça signifie.
22:33 Hume disait que les lois telles qu'on vient de le définir est censée être, c'est exactement ce qu'il vient de dire Max Planck, un lien objectif entre des objets. Et Hume dit alors que, si l'on regarde de près, c'est un lien subjectif, c'est parce que nous, sujets, avons l'habitude de voir ce phénomène suivi de tel autre que nous finissons par décider qu'il y a un lien objectif entre les deux et des lois.
23:08 Ainsi, j'ai ma casserole, je la mets sur le feu, elle se met à bouillir, j'ai un thermomètre, donc toutes les conditions sont réunies, y compris la mesure, la quantification, et je vois que lorsque ça atteint 100 degrés, l'eau se met à bouillir. De là à dire l'eau bout à 100 degrés, pour Hume, il y a un saut illégitime. Car si mon, attendez, soyons clairs, il faut voir les mots qu'on emploie. Si on dit que c'est l'expérience notre critère, parce que pour l'instant nous sommes dans le champ de pensée typiquement anglo-saxon de l'empirisme, empeiria, c'est l'expérience, périphérique, c'est ce qui est autour, faire le tour de la chose, avec nos sens.
23:50 Je reviendrai là-dessus avec un beau texte d'Alembert dans un petit moment, qui est contemporain de Hume d'ailleurs. Donc, nous sommes dans le champ de l'empirisme, si c'est l'expérience qui est notre critère, l'expérience nous dit ce qui est ici et maintenant. Nous n'expérimentons pas le toujours et le partout. je ne suis pas en train de mesurer la température à laquelle l'eau boue au sein de l'étoile Sirius.
24:26 Ni dans l'an 3027. Donc, pour Hume, on fait un saut illégitime quand on passe du particulier, ce qu'on appelle l'induction, si vous voulez des termes techniques, je suis conduit, duco, conduire, conduit, dans la chose là, dans la chose qui est là devant moi, devant mon nez, devant mes yeux, ici et maintenant, je suis astreint à l'ici et le maintenant.
24:58 Dès l'instant que je dis l'eau boue à 100 degrés comme une loi, je suis dans le partout et le toujours, il y a un saut illégitime. Quand on passe de l'induction à la déduction. voilà donc, Hume avait déjà, n'est-ce pas, donné les fondements de ce qui permet à Planck, Max Planck, n'est-ce pas, deux siècles plus tard, de dire, bon, pour l'instant, nous formulons des lois, et jusqu'ici les lois de Planck gouvernent et appartiennent parmi les plus décisives de la physique contemporaine, les plus décisives avec la physique relativiste, en gros, la mécanique relativiste et la mécanique quantique triomphe, l'une plutôt en macro physique, l'autre plutôt en micro physique, mais en tout cas, encore que l'opposition soit parfois un peu artificielle, et aucune des deux, n'est-ce pas, n'annule les acquis de leur illustre prédécesseur de la physique newtonienne,
26:08 n'est-ce pas, seulement, elles sont beaucoup plus extensives, plus générales, et disons que ce que, ce que le petit mot universel, l'épithète par lequel Newton exprime sa loi de la gravitation, n'apparaît plus à partir de la physique contemporaine, depuis le début du XXe siècle, relativiste et quantique n'apparaît plus que comme un cas particulier de loi encore plus générale, donc, Planck n'est pas en train de prêcher le scepticisme, au contraire, il a élargi considérablement le champ de notre connaissance, mais, il dit, tant que ça marche, on a de la chance, pour l'instant, la nature semble se soumettre aux lois que nous formulons, bon, pourvu que ça dure, voilà, voilà pourquoi je vais commencer par ce texte.
Galilée, l'inertie et la fin de la physique finaliste
27:05 Alors, comme il est question de loi, comme il est question d'universalité et de nécessité, je vais faire intervenir un second texte ici, plus familier pour pas mal d'entre vous, parce que je l'ai déjà cité pour d'autres questions, mais ici, il va être central, n'est-ce pas ? C'est un texte extrait du discours de la méthode, de Descartes, bien sûr, alors là, vous voyez, nous reculons dans le temps puisqu'on est en 1637, le discours de la méthode paraît en 1637, pourquoi je répète la date ?
27:50 Parce qu'un an auparavant, en 1636, Galilée a été condamné par le Saint-Siège, comme on disait, à Rome, n'est-ce pas ? A été condamné, pardon, pour avoir défendu et validé et élargi même le système de Copernic et avoir mis en évidence, alors, l'ignorant croit toujours que ce qui est important chez Galilée, c'est la rotondité de la Terre et qu'elle tourne autour du Soleil et non, pas l'inverse, ça c'est Copernic d'abord, c'est pas Galilée.
28:23 C'est beaucoup plus global que ça, la révolution, c'est l'apparition de la physique scientifique d'une manière générale. C'est avant tout l'inertie, je ne veux pas m'égarer, mais l'inertie, vous savez, que Galilée découvre mais qu'il faut attendre Descartes pour formuler un corps qui n'est soumis à aucune force soit au repos, soit animé d'un mouvement rectiligne, uniforme. Vous me direz, oui, d'accord, on enfonce les portes ouvertes, ça a l'air bien plat.
28:54 Ah oui, les portes ouvertes, il a failli être brûlé pour dire des choses comme ça. Parce que ça veut dire que c'est terminé tout ce qui gouvernait la pensée dite physique jusque-là, l'approche de la nature, l'approche non pas scientifique mais idéologique voire délirante de la nature qui consistait tout le temps à interpréter les mouvements, donc la mécanique, non pas d'une manière mécaniste mais d'une manière finaliste en expliquant le mouvement par un but mystérieux poursuivi par une âme qui est à l'intérieur de l'objet.
29:29 Ainsi, Aristote avait très bien vu que ce que chacun peut observer et expérimenter dans la vie courante, comme vous voyez, ça ne va pas loin cette expérience-là, qu'il ne fait pas intervenir la mesure, que les corps accélèrent dans leur chute. Mais il en donnait une explication pas loin du délire lorsqu'il dit c'est un immense esprit mais là, ce n'est pas dans sa mécanique qu'il est le plus pertinent. Lorsqu'il dit oui, mais c'est un peu comme les chevaux, quel rapport ?
30:03 Eh bien, chez Aristote, il y a les mouvements naturels et les mouvements violents. Inutile de vous dire que tout ça a disparu, n'est-ce pas ? Par exemple, la pluie qui tombe, c'est un mouvement naturel, c'est la loi de la chute. Par contre, si je jette une pierre en l'air, c'est un mouvement violent parce que spontanément, la pierre, elle a envie de rejoindre son lieu naturel comme tous les corps lourds. C'est Aristote qui parle, ce n'est pas moi. Les corps lourds vont rejoindre leur lieu naturel qui est le bas alors que la fumée, par exemple, les corps légers, vont rejoindre leur lieu naturel qui est le haut.
30:39 Je présume que vous en savez assez, même si vous êtes presque aussi ignare que moi qu'en physique, savoir que le lourd et le léger, ça n'existe plus depuis longtemps. Tout à l'heure, j'ai dit chaud, froid, ça a disparu au profit de 18 degrés. Chaud et froid, c'est l'affaire de chacun, on n'est plus dans la science. Par contre, 18 degrés, c'est précis et on peut s'entendre. On arrête de faire des millions de morts en ce qu'on parle. On n'est pas en train de se disputer. Non, c'est chaud aussi, c'est froid.
31:10 Non, mais là, pareil, il n'y a pas lourd et léger. Un cartable, n'est-ce pas, va paraître lourd, un petit écolier. C'est un extrait de « As you like it » de Shakespeare. C'est une merveilleuse comédie de Shakespeare. Et tous les écoliers anglais ont appris ce passage où Shakespeare décline les sept âges de la vie.
31:42 « Seven ages of life » où il y a le début, où il y a le bébé qui miaule et qui piaule dans les bras de sa nurse. « And then the whining schoolboy » n'est-ce pas, le petit écolier, la mine renfrognée qui va le matin, n'est-ce pas, avec les chenilles qui taquinent son visage. Bon, non, mal, unwillingly, unwillingly to school. Alors pour celui-là, le cartable paraît lourd. Pour un fort des Halles, c'est une plume, le cartable. Allez, il fait un kilo cinq cents, mais donc, là on sait de quoi on parle.
La mathématique unit les hommes, la politique les divise
32:16 On est dans l'universel. On est pacifique. Aristote, vous savez, je lui ai fait une citation à décharge avec sa théorie délirante de la chute. Maintenant, je vais montrer sa grandeur. La mathématique unit les hommes, la politique les divise. C'est là-dessus presque qu'on s'était quitté la dernière fois. Vous voyez que ce ne sont pas les occasions qui manquent de répéter inlassablement cette formule qui n'a pas pris un brin d'inactualité. La mathématique unit les hommes, la politique les divise.
32:49 Parce que, j'y reviens à mon agacement, je suis parti de la pauvre Greta, mais il y en a plein qui pensent qu'il existe la science, les savants, une communauté, les gens pensant tous la même chose sur tous les problèmes et même qu'on devrait leur laisser la parole. n'est-ce pas ? Comme s'il n'y avait pas de fiéfé nazi parmi les plus grands scientifiques dans les années 30. Et les années 30, vous savez, c'est la physique quantique, c'est la relativité. Quelqu'un comme Heisenberg avait des sympathies évidentes pour le régime. Et je parle sur le mode de l'euphémisme pour ne pas charger ce physicien qui par ailleurs est un grand esprit dans sa discipline en tout cas.
33:25 Mais oui, il y a le même contre-sens. Il y en a qui pensent qu'un grand écrivain, un grand peintre, un grand poète, forcément, il est de mon côté dans les valeurs. Ce n'est pas moral, politique. Non, absolument pas. On peut être un immense créateur et une fieffée crapule. Alors, vous me direz, oui, la preuve, regardez, regardez, Céline, peut-être il n'est pas recommandable politiquement, mais alors, quel style ? Je pense un peu comme notre ami François de Negroni, c'est peut-être son style qui est le plus nazi.
33:57 Je n'ai pas dit qu'il écrit mal. Je suis en train de dire qu'il faut disjoindre ici l'esthétique et la valeur. La valeur esthétique, pardon, et la valeur morale, politique. Attention, attention. Et quand en 68, n'est-ce pas, les gauchistes, je ne dis pas la gauche, les gauchistes, n'est-ce pas, ceux qui ont mis la gauche dans l'état dans lequel elle est maintenant, n'est-ce pas, alors qu'elle faisait trembler le patronat à une époque.
34:28 Lorsque les gauchistes disaient l'imagination au pouvoir, c'est terrifiant qu'on ait pu oublier à ce point-là, dès les sixties, que l'imagination, il n'y a pas si longtemps, avait été au pouvoir. Regardez les grandes places de Nuremberg dans les années 30, avec les torches la nuit, faisant la croix gammée, les grandes messes d'Hitler, avec les gens, les visages convulsifs, ils avaient l'art, du show, l'esthétique, ils connaissaient. Ils connaissaient. Donc, je reviens à Descartes, exprès, pour apaiser tout ça, parce que lui, il a formulé le principe d'inertie, toutes les forces cachées, en parler latin, le plein du mot, surtout quand il a un latin, vient ici, à Molière, le montre admirablement dans ses comédies, n'est-ce pas, le plein du mot vient remplacer le vide de la chose, n'est-ce pas, quand je ne sais pas grand chose et qu'on me pose une question et je réponds en latin, voire en grec, voire en allemand, chez les Heideggeriens français, n'est-ce pas, pour me donner une simili-profondeur.
Molière et la vertu dormitive
35:37 Je ne dis pas que des fois, il ne faut pas donner le mot original dans la langue originale. Ça peut arriver, il y a des cas où c'est indispensable. Mais à tout bout de champ, ce n'est peut-être pas nécessaire. Et alors, je fais allusion à quoi ? Je fais allusion à Molière, Nietzsche, il fait aussi allusion. Lorsqu'on demande d'un médecin malgré lui, vous savez ce que Molière pense des médecins de son époque, il n'avait pas tout à fait tort, qu'il y avait une bonne part de charlatanisme, la biologie n'était pas encore apparue comme discipline scientifique.
36:11 Lorsqu'on lui demandait pourquoi l'opium fait dormir, on le sait depuis l'Antiquité, n'est-ce pas, que c'est plutôt assoupissant, l'opium est hypnotique. Il répondait « Quia est in eo virtus dormitiva » parce qu'il y a en lui, quia est in eo, une vertu dormitive. Ça, c'est la science, ça s'appelle une tautologie. Qu'est-ce que ça veut dire une vertu dormitive ? C'est-à-dire, il y a en lui quelque chose qui fait dormir.
36:41 Pourquoi il fait dormir ? Parce qu'il y a en lui quelque chose qui fait dormir. C'est fort, vous savez ça. Alors vous riez, vous avez raison, c'est fait pour ça Molière. Mais vous le faites tout le temps, nous le faisons souvent. Vous savez, quand on dit j'ai un fils incroyable, il entend un morceau de musique, il le reproduit immédiatement. Il entend un texte, il le sait par cœur, au bout de la première audition. Autrement dit, il a de la mémoire.
37:11 Ça veut dire quoi, avoir la mémoire ? C'est se rappeler d'eux. Pourquoi il se rappelle d'eux ? Parce qu'il se rappelle d'eux. On met une faculté dans la tête de la personne dont on parle, d'une manière magique, on met une faculté, la mémoire. Et on croit qu'on a expliqué alors qu'on a mis un mot. On ignore encore tout de la complexité des mécanismes de la mémoire et de l'amnésie. Mais on a fait pas mal de causeries entre nous là-dessus. Et on a peut-être l'occasion d'y revenir.
Les quatre règles de la méthode
37:42 Mais je me suis suffisamment attardé et une période récente. Donc, pourquoi je prends ce texte de Descartes ? Je vais le situer pour que vous compreniez pourquoi je vais sélectionner celui-ci. Parce qu'il succède immédiatement dans le discours de la méthode à l'énoncé des quatre principes de la méthode. Alors, rappel, je résume ce que je viens de dire à propos de ce texte. Extrait du discours de la méthode. Parution de l'ouvrage en 1637. Un an après la condamnation de Galilée.
38:13 Pourquoi je l'ai rappelé ? Maintenant, je le dis. Parce que Descartes, ça l'a rendu prudent. Et que sa devise, c'était j'avance masqué larvatus prodeo. J'avance masqué. Je n'ai pas envie qu'il m'arrive la même chose qu'à Galilée. D'accord ? Il va jusqu'à dire au début du discours de la méthode que son méthode n'est pas là pour dire dogmatiquement ce qui doit être vrai, mais simplement comme le récit des chemins qu'il a suivis pour arriver à certaines conclusions et qu'on peut le prendre comme une fable. Il va jusqu'à dire comme une fable.
38:43 Vous voyez ? Malin Descartes. Et il y a quand même un temps fort où il arrive et il dit à propos des principes qui doivent gouverner notre connaissance. Et avec ça, dans la scolastique, la scolastique, il y avait une scola de l'école, c'est ce qu'on apprenait à l'école dans la théologie parce qu'à l'époque la philosophie était la servante de la théologie. Et depuis que saint Thomas d'Aquin avait fait d'Aristote le grand inspirateur de l'étayage philosophique de la théologie, la logique et la métaphysique d'Aristote, c'est-à-dire celui qui était le plus loin de la physique moderne qui venait d'apparaître avec Galilée, fourmillait de principes qu'on devait connaître par cœur.
39:42 Et Descartes répond, et c'est juste ce qui précède le texte que nous allons lire, au lieu de ces nombreux principes, j'ai cru qu'il suffirait des quatre suivants. Et ces quatre-là, je ne vais pas donner tout le détail du texte, et ces quatre-là, je les dis d'abord et après, j'enchaîne sur notre texte. Le premier était de ne concevoir jamais aucune chose pour vrai, que je ne la connusse évidemment être telle. On appelle la règle de l'évidence.
40:14 Et ne rien comprendre de plus en mes jugements, que ce qui s'y présenterait dans mes jugements si clairement et si distinctement que je n'eusse aucune occasion de le mettre en doute. Vous voyez ici le problème du doute qui joue un rôle fondamental chez Descartes. Aucune occasion de le mettre en doute. Ça veut dire que, parce qu'il y a des choses évidemment douteuses. J'entends un grondement au loin, est-ce que c'est l'orage, est-ce que c'est un avion, est-ce que c'est un camion ?
40:46 Est-ce que c'est mon voisin qui pousse un meuble au début et je peux avoir un doute. D'accord ? Mais par contre, là, je crois que, voilà, je vois cette tablette, je vois ce micro et je vois l'écran. Là, je ne peux pas le mettre en doute. Descartes distingue la première méditation métaphysique. L'ouvrage qui va suivre le discours de la méthode, il distingue bien les sensibles éloignés, l'avion, le grondement, et les sensibles rapprochés dont on ne peut pas douter, il veut dire aucune occasion de le mettre en doute.
41:19 Ça veut dire s'il y a la moindre raison d'en douter, je fais comme si c'était absolument faux. C'est la grande ruse cartésienne que je résume par cette formule qui est de lui et que je vous cite texto. Je décidais de réputer pour faux tout ce qui n'était que vraisemblable. C'est tout ça qu'il y a derrière de ne rien comprendre de plus en mes jugements que ce qui se présenterait si clairement et si distinctement que je n'ai eu aucune occasion de le mettre en doute.
41:52 Première règle, l'évidence. Seconde, diviser par ordre de mes pensées, je vais un peu vite, c'est ce qu'on appelle l'analyse dès qu'on divise en ces parties les plus élémentaires. Il y a la maison, je la divise, il y a les murs, dans les murs il y a les briques, dans les briques il y a la terre, partie constitutive, on fait du Lego à l'envers, c'est l'analyse. Et quand avec après les éléments du Lego je construis une grue, là ce serait la synthèse. Donc je passe à la synthèse, construire par ordre mes pensées, en commençant par les plus simples et les plus aisés à connaître, les plus simples, les briques, et en s'élevant comme par degrés à la connaissance des plus composés, on est presque arrivé à notre texte, on n'y est pas encore, les plus composés, et là il y a une phrase capitale, supposons même de l'ordre entre ceux qui ne s'entresuivent point de façon naturelle.
42:51 C'est-à-dire que même si je ne vois pas d'une manière évidente le passage de cette marche d'escalier à la marche suivante, bref, s'il me manque une marche ou un barreau d'échelle, je dois faire comme s'il y était, je dois prendre sur moi le vide et me dire dans la réalité il y a un passage, il y a une médiation, et on la trouvera, qui me permet de faire comme Jacob, de monter au ciel, barreau par barreau, n'est-ce pas ? L'échelle de Jacob, j'en profite pour dire aux amateurs de musique que c'est un des plus grands chefs-d'oeuvre de la musique vocale contemporaine du XXe siècle, c'est un opéra de poche, comme on dit, un opéra court, merveilleux, orchestrale et vocale de Schoenberg, Jakobsleiter, avec l'échelle de Jacob.
Les longues chaînes de raisons et le déterminisme
43:42 Et donc, une fois qu'il a énoncé ces quatre principes, il y a ce passage maintenant qu'on va regarder de plus près. Alors, on analyse maintenant, ça veut dire, c'est pas moi qui vais parler, mais on va faire parler ce cher Descartes. « Ces longues chaînes de raisons, toutes simples et faciles, dont les géomètres ont coutume de se servir pour parvenir à leur plus difficile démonstration, vous voyez comment on parle du facile ? Facile pour lui, hein ?
44:12 Pour parvenir à leur plus difficile démonstration, je répète, le groupe sujet, ces longues chaînes de raisons, toutes simples et faciles, dont les géomètres ont coutume de se servir pour parvenir à leur plus difficile démonstration, les géomètres, c'était ici une métonymie des mathématiciens en général, m'avaient donné occasion, voilà le verbe maintenant, de m'imaginer que toutes les choses qui peuvent tomber sous la connaissance des hommes, alors là, il ne s'agit plus des mathématiques seulement, n'est-ce pas ?
44:49 Tout ce qui peut tomber, tout ce qui peut tomber, je lis, sous la connaissance des hommes, tout ce qui peut être objet de connaissance, des dons, le carton, les excréments, la liberté, Dieu, la météorologie, tout ce qui peut tomber sous la connaissance des hommes, s'entresuivent en même façon. En même façon que quoi ? Que s'enchaînent les énoncés d'un géomètre. et que pourvu seulement qu'on s'abstienne de ne recevoir aucune pour vraie qui ne soit, vous êtes d'accord ?
45:23 Que si on enlève un chaînon, la chaîne, elle tombe, hein. Et qu'on garde toujours l'ordre qu'il faut, qui va de ce qui est démontré à ce qu'il n'est pas encore, du simple au complexe, du connu vers l'inconnu, en ramenant l'inconnu au connu. Je vous donne un exemple très simple, je prends un polygone, un polygone quelconque, c'est-à-dire une figure avec plein de côtés, n'est-ce pas, qui vont un peu dans tous les sens, pas un rectangle, un carré, mais beaucoup plus avec les angles qu'on voudra.
45:57 Je le divise en triangles parce qu'on me demande de calculer la surface de ce monstre, j'en sais rien moi. Par contre, je divise, vous voyez, je le divise en autant de triangles, qui le constituent, parce que je sais, auparavant, ça c'est dans le connu, calculer la surface d'un triangle, et je n'ai plus qu'à les additionner pour avoir, n'est-ce pas, la superficie de ce polygone. Ainsi, j'ai ramené l'inconnu au connu, le nouveau à l'ancien.
46:31 Et que pourvu seulement qu'on s'abstienne d'en recevoir aucune pour vrai qu'il ne le soit, et qu'on garde toujours l'ordre qu'il faut, et là commence un immense espoir, pour les déduire les unes des autres, il n'en peut y avoir de si éloigné auquel enfin on ne parvienne, donc il n'y a plus de limite, il n'en peut y avoir de si éloigné auquel enfin on ne parvienne, ni de si caché qu'on ne découvre. je reviens en arrière sur ce texte, parce que je suis passé un peu vite sur la toute première phrase, ces longues chaînes de raison.
47:14 La métaphore de la chaîne, ici, je ne rentre non pas dans ce que Descartes pense, mais dans ce que ces mots disent, et ces mots disent plus, encore peut-être même que ce qu'il en a pensé, mais ils sont là. Quand je pense à une chaîne, vous pensez plus à un prisonnier qu'à un homme libre, et vous avez raison. Car ce qu'il est en train d'énoncer, Descartes ici, c'est ce qu'on appellera aujourd'hui le déterminisme.
47:44 Tout est déterminé dans l'être, dans la nature, par exemple. S'il y a un orage, c'est qu'il y a eu des causes auparavant, c'est qu'il y a eu une accumulation d'énergie, s'il y a d'électricité négative, positive, qu'il y a eu un arc électrique, etc. S'il y a des pluies, c'est qu'il y a eu l'évaporation de l'océan. Ces longues chaînes, vous voyez, tous ces phénomènes s'enchaînent. Ça veut dire que chacun dépend de l'autre.
48:15 On est ici, non pas au royaume de la liberté, mais dans l'empire de la nécessité. Non pas dans la pensée de Descartes. Descartes, tient, absolument, pour lui, la liberté est une valeur. Mais, dans les domaines qui sont pénétrés par cette nouvelle connaissance scientifique, c'est bien ce qui est de notre sujet ce soir, à partir du moment où cet objet est soumis à ses lois, c'est la preuve que la liberté en est exclue et que cet objet est plutôt le fruit d'un mécanisme implacable qui s'exprime dans la sobre langue et langue univoque des sciences par la formule Y égale F de X.
49:06 Y dépend de X. Y est fonction de X. Y est déterminé par X. Si Y est la mesure, n'est-ce pas, de l'augmentation de taille d'un rail de chemin de fer qui est au soleil et qui est dilaté donc par la chaleur, n'est-ce pas, ça veut dire que la longueur est déterminée par la température ici. La différence dans la longueur est déterminée par l'augmentation de la température Y égale F de X est fonction de.
Science et scientisme : l'hommage et la critique
49:43 On est dans le déterminisme et là, il faut qu'on mette de l'ordre un petit peu ce que veut dire ici Descartes dans nos pensées. Parce que j'ai intitulé la partie que je suis en train de développer l'impérialisme scientiste. Je n'ai pas dit scientifique car je n'ai pas un mot à dire contre la science. De quel droit ? Surtout vu de ma position. Je ne suis pas un scientifique.
50:13 Qu'est-ce que je vais moi assigner des limites arbitraires à la science ? Non. Par contre, j'ai le droit de parler et de discréditer même le scientisme qui n'est pas une science mais qui est une idéologie. Et la tentation scientiste elle est présente ici dans ce texte de Descartes qui est admirable par ailleurs mais qui ouvre la porte et il y a souvent des imbéciles qui n'ont pas le génie de Descartes ce que Descartes on lui doit en termes scientifiques c'est pas bagatelle.
50:44 Chaque fois que vous faites des coordonnées vous savez l'axe Y' Y' X' on appelle ça des coordonnées cartésiennes. Et oui, c'est lui qui a mis ça au point. Non, il ne faut pas croire qu'on est avec lui. Je vais lui faire une critique à part de sa tentation scientiste mais ne croyez pas que je le diminue. C'est d'immenses avancées. Il a fait la synthèse de la géométrie et de l'algèbre de son époque.
51:14 Il y a un passage célèbre du discours de la méthode où il dit qu'il unit l'avantage des deux en laissant les inconvénients. En laissant leurs inconvénients. L'avantage de la géométrie c'est qu'on voit évidence. Dans évidence il y a vidéo. Regardez bien. D'accord ? Mais par contre il y a moins de rigueur que dans l'algèbre. Donc en unifiant je le cite maintenant la géométrie des anciens et l'algèbre des modernes. Regardez comme c'est précis. Les anciens c'est les grecs c'est Euclide.
51:44 Les modernes Al-Djebr, c'est un mot arabe c'est une invention récente. L'apogée de la science arabe et surtout des mathématiques entre Damas et Bagdad mon Dieu. Pauvres gens. Depuis que Lawrence d'Arabie espionne sa majesté britannique n'est-ce pas a annexé ça à l'impérialisme occidental pauvre pays au pluriel n'est-ce pas qu'est-ce qu'ils dérouillent ?
52:15 L'apogée de la science arabe à l'époque c'était l'inverse c'était la Californie le monde arabe comme développement scientifique et que nous on était encore dans des huttes enfumées pas très loin encore de la Gaule n'est-ce pas ? A peine sortant de la Gaule je veux dire pendant le 12ème siècle il y a l'apogée de l'étude du second degré en mathématiques par d'immenses mathématiciens arabes dont al-Khwarizmi je le prononce mal mais son nom est à l'origine du mot algorithme et oui on retrouve le AL qui a un gem algorithme donc quand Descartes dit j'unifiait la géométrie des anciens et l'algèbre des modernes et ça donne le graphe cartésien donc oui je lui rends hommage d'abord mais la tentation scientiste allait dans un seul mot et ce mot c'est tout allez trois mots toutes les choses ces longues chaînes de raisons toutes simples et faciles dont les géomètres ont coutume de se servir pour parvenir je lis texte alors plus difficile démonstration m'avait donné
53:25 occasion de m'imaginer que toutes les choses qui peuvent tomber sous la connaissance des hommes qui peuvent tomber en fait s'entresuivent en même façon c'est toutes les choses ici la composition de l'eau pourquoi pas bien sûr ça va se faire bientôt dans deux siècles mais aussi l'amour la jalousie l'agressivité tout ça peut être ramené et étudié sur le modèle de ces longues chaînes et donc enchaînement et donc exclusion de la liberté enchaînement de raison voilà donc je pour ne pas trop garder la parole je voudrais la rendre quand même au principaux disons au texte qui ponctue n'est-ce pas le développement de cette pensée qui va donner le scientisme le terme n'existe pas avant la fin du 19ème c'est Romain Rolland un des premiers qui n'est pas dupe pour le critique qui est d'ailleurs
54:35 un écrivain romancier aussi un humaniste qui l'emploie musicologue à ses heures un beau livre sur Beethoven et par hasard je présume pas mal d'entre vous ont lu son son Jean-Christophe n'est-ce pas cette espèce de Bildungsroman comme on dit en Allemagne n'est-ce pas un roman d'éducation dont suit le héros dans toute sa formation depuis ses premiers balbutiements jusqu'à sa maturité oui donc le mot est récent mais j'ai fait exprès de remonter à Descartes un contemporain au sens large Max Planck la physique la plus actuelle la physique quantique Descartes qui est l'expression exhaustive n'est-ce pas de ce qui vient de surgir en Italie la physique galiléenne la physique moderne la physique scientifique et qui va y ajouter ses propres travaux l'optique scientifique commence avec l'égalité des rayons incidents et des rayons réfléchis n'est-ce pas qui est un théorème de Descartes je fais exprès de prendre des textes qui ponctuent
D'Alembert : connaissances directes et réfléchies
55:45 ce qui va amener n'est-ce pas alors non plus à la tentation mais au scientisme déchaîné et nouvelle étape pas très loin après Descartes un siècle après au siècle des Lumières donc contemporain de Hume je vais citer un extrait de ce qui sert de préface à un des plus grands mathématiciens de notre histoire d'Alembert ça sert de préface à cet incroyable ouvrage collectif un des plus grands sinon le plus grand travail de vulgarisation qui n'a jamais été fait en tout cas à l'époque ça n'avait aucun précédent c'est-à-dire bien sûr vous le devinez Diderot a été un chef d'équipe mais beaucoup ont collaboré Rousseau a fait toutes les entrées musiques par exemple à la demande de Diderot il parle de musiques arabes persanes hindou chinoises je dis ça pour ceux qui croient que sortir de l'européocentrisme ça commence avec eux vous savez c'est les Lumières ça donc le titre de l'ouvrage l'encyclopédie dictionnaire raisonnée
56:56 des sciences des arts et des techniques une admirable préface rédigée par monsieur de d'Alembert monsieur d'Alembert donc un grand mathématicien et que les mathématiciens connaissent pour sortir une formule bien sûr et encore maintenant et qui a ce texte à l'avantage de donner les principes de ce qui va gouverner la pensée l'idéologie si vous voulez qui va mener de la science au scientisme du 18ème ou 19ème siècle je vous le lis sans autre considérant d'abord c'est très clair très précis on peut diviser toutes nos connaissances en directs et en réfléchis il y a donc des connaissances directes et des connaissances composées le contraire de direct réfléchis les directs sont celles que nous recevons immédiatement voilà le mot capital sans aucune opération de notre volonté donc ici
58:07 le sujet s'écrase si je voulais parler en termes argotiques le sujet fait abstraction de lui-même et est entièrement absorbé par l'objet je vois cette tasse voilà il me semble on verra plus tard que ce sont des illusions que je la vois comme ça immédiatement qu'il n'y a aucun intermédiaire je ne pense même pas le mot tasse je n'ai aucun mot aucune pensée je vois sa couleur sa forme les directs sont celles que nous recevons immédiatement sans aucune opération de notre volonté qui trouvant ouvertes si on peut parler ainsi toutes les portes de notre âme y entre sans résistance et sans effort on ne saurait mieux insister sur la passivité du sujet dans cette idéologie ça c'est pour les connaissances directes les connaissances réfléchies et c'est un mathématicien qui parle sont celles que l'esprit acquiert en opérant sur les directs en les unissant et en les combinant donc c'est clair deux catégories de connaissances
L'idéologie anglaise et le polar de la bourgeoisie
59:18 les directs et les réfléchies maintenant les directs c'est quoi ? vous devinez toutes nos connaissances directes se réduisent à celles que nous recevons par les sens nous sommes ici dans l'empirisme et même pas loin du sensualisme nous sommes ici comme la quasi-totalité des lumières Rousseau excepté dans l'idéologie anglaise à dominante anglaise la première grande publication de Voltaire ce sont les lettres anglaises l'Angleterre ne cesse d'être le modèle théorique idéologique politique économique de la bourgeoisie française la bourgeoisie française est en plein essor à ce moment-là alors on va faire un petit policier quand même elle est en plein essor elle est en train bientôt après c'est la révolution qui va sanctionner ce passage à prendre la relève de ce qui depuis des siècles tenait lieu de pouvoir c'est l'aristocratie féodale vous me direz non elle prend la relève du roi
1:00:28 non il y a des rois après la révolution restauration non c'est au contraire ce passage c'est un polar n'est-ce pas je le fais commencer au Moyen-Âge il y a l'aristocratie la féodalité les seigneurs les guerriers attention la noblesse d'épée on oublie souvent que la noblesse a un sens une fonction une utilité sociale lorsqu'elle sort l'épée et donc il y a l'aristocratie féodale qui bien sûr possède le sol le foncier etc et qui ne travaille pas sa fonction c'est la guerre c'est pas de travailler ni l'agriculture ni le commerce ni rien du tout et à l'autre extrême la paysannerie à partir du XIIe siècle surtout commence à paraître d'une petite médiation les communes la bourgeoisie les marchés les bourges les vitins parce que je ne vais pas m'égarer de notre sujet mais tout de même je veux dire est arrivé
1:01:38 à l'âge classique du XVIIe XVIIIe siècle le roi qui n'est jamais que le primus inter pares comme on disait le premier parmi ses pairs c'est-à-dire le patron des aristocrates et des autres féodaux le roi a eu beaucoup plus maille à partir dans l'histoire de France par exemple avec les autres grands avec les autres seigneurs pensez au démêlé de Louis XI avec Charles le téméraire de Philippe le Bel avec cette puissance cet état dans l'état qui étaient les templiers regardez Louis XIII qui n'est pas sur ordre de Richelieu si je puis dire n'est-ce pas fait interdire les duels vous interdisez à la noblesse d'épée de sortir ce qui jusque là n'est-ce pas était sa raison d'être son épée il y a monsieur de Cinq-Mars qui a voulu dire non mais de quoi il se mêle cette espèce de curé le cardinal de Richelieu je vais lui montrer moi que l'aristocratie ça n'obéit à personne vous voyez il croyait que c'était encore l'époque du Moyen-Âge des grands il n'a pas compris que la monarchie absolue commençait à se mettre en place il est venu se battre
1:02:49 en duel sous les fenêtres du cardinal de Richelieu il a été décapité l'autorisation du roi ça c'est des pages qui se tournent en histoire bon je suis en train de dire quoi le polar vous voyez il y a des morts il y a du sang il y a des cadavres il y a tout pour faire un polar les personnages sont là c'est que le roi va s'appuyer sur cette bourgeoisie montante j'y reviens c'est ce qui va faire les lumières au XVIIIe siècle pour contrer les grands qui le menacent beaucoup plus que la bourgeoisie et il va tellement s'appuyer sur elle que fatalement cette bourgeoisie va mettre tout le monde d'accord et le tournant de cette lutte entre bourgeoisie et féodalité avec l'accord du roi en faveur de la bourgeoisie ça va être le fameux l'édit de la Paulette sur lequel Michel Clouscard s'attarde longuement je vous recommande ces pages admirables dans L'Être et le Code qui est un immense polar historique qui va des temps obscurs du Moyen-Âge jusqu'à la révolution non incluse où il s'attarde sur l'édit rédigé par monsieur Paulet P-A-U-L-E-T
1:03:59 c'est pour ça qu'on l'appelle l'édit de la Paulette qui institue ce qu'on appelait à l'époque la vénalité des charges on peut vendre des charges tant qu'on peut les acheter auparavant c'est en 1610 en gros l'année de la mort d'Henri IV auparavant donc à l'aube de l'âge classique auparavant il fallait naître noble pour être noble là on est dans l'ontologie on l'est ou on ne l'est pas c'est pas en avoir ou pas c'est en être ou pas c'est plus radical que l'avoir et voilà à partir de maintenant je ne suis pas noble mais je peux le devenir le devenir remplacer l'être il suffit de passer à la caisse d'acheter une charge de noblesse un titre de noblesse et bien sûr pour ça il faut qu'elle soit mise en vente qui les vend les nobles qu'est-ce que je vous ai regardé comme le polar est rigoureux puisqu'il ne travaille pas n'est-ce pas et que la puissance croissante centrale
1:05:09 du roi a pacifié le royaume à l'extérieur il fait la guerre qu'est-ce qu'elle fait la noblesse passer son temps tout de même à regarder les pièces de Molière et de Racine à Versailles même si c'est pour ça que le château a été agrandi pour qu'il ait la morgue de ses grands à l'oeil de 1914 à l'époque mais qu'est-ce qu'est-ce qui lui reste à faire c'est là qu'on voit la logique des choses la noblesse ne peut que s'appauvrir puisqu'elle ne travaille pas lorsqu'elle est en activité c'est la guerre et la guerre ça coûte ça ne rapporte pas il faut payer des gens pour se battre très belle un très beau texte là-dessus de Voltaire les lettres anglaises donc encore une fois l'aristocratie s'affaiblit la bourgeoisie se renforce et le roi s'appuie sur la bourgeoisie pour se débarrasser de son principal adversaire lorsque il ne restera plus
Révolution industrielle, degré zéro du sujet et Gödel
1:06:19 que la bourgeoisie face au roi en tête à tête il ne manquera plus qu'une guillotine pour décider entre les deux voilà comment se termine mon polar donc voyez je tiens à mettre en perspective j'ai fait une petite séquence ici de matérialisme historique quand même pour montrer que ce n'est pas seulement d'ordre théorique notre discussion sur la science n'est-ce pas et il y a un chemin qui mène de la révolution scientifique qui s'opère au 16e 17e siècle jusqu'à la révolution industrielle pratiquement deux siècles après qui commence en Angleterre puis qui ensuite déborde sur le continent avec l'Allemagne en dernier mais qui va rattraper avec une brutale accélération qui explique beaucoup de choses et pas les plus glorieuses de l'histoire allemande petite parenthèse en 1913 le trafic du port de Hambourg dépasse pour la première fois celui du port de Londres le plus important du monde à l'époque la guerre devient inévitable entre les impérialismes alors que jusque là
1:07:30 l'Allemagne ne se comptait pas sur la flotte c'était continental c'était paysan mais Bismarck avait dit notre avenir est sur l'eau pour se faire une place face aux grands empires la France et l'Angleterre on ne sait pas qu'il y avait des colonies comme tout ça se tient les forces de projection on dirait aujourd'hui n'est-ce pas donc j'ai tenu à donner ce texte d'Alembert parce que il a commencé par ce qu'on peut appeler le degré zéro du sujet la philosophie commence par le connais-toi toi-même socratique n'est-ce pas par la réflexion connaissance directe connaissance réfléchie la flèche mathématique qui retourne sur elle-même non pas A égale B mais A égale A on a plein le droit de dire ça quand même A égale A encore qu'il y a quelques mathématiciens qui le contestent non non pas pas des chicaneurs je parle de mathématiciens parce que ou bien on parle
1:08:40 de quelque chose qu'on ne voit pas on revient toujours à l'empirisme ou bien on parle de ce qui est écrit sur la feuille de papier la A égale A mais qui vous dit qu'elle a le même nombre de molécules d'encre dans le second A que dans le premier oui je ne veux pas couper les cheveux en quatre mais il y a une école qu'on appelle les intuitionnistes aussi en mathématiques n'est-ce pas c'est des vieux débats j'en profite ici parce que j'avais l'air d'insister tout à l'heure en disant que dans une équipe de mobilisables il peut y avoir des idéologies complètement différentes voire opposées en religion en esthétique en ce que vous voulez sans que cela fasse la moindre dissension au niveau strictement scientifique dans le laboratoire ou dans l'équipe et de la même manière je prends un des plus grands noms de la mathématique contemporaine je prends au sens large 20ème, 21ème siècle je pense à l'immense Gödel n'est-ce pas Kurt Gödel et ses fameux théorèmes dits d'incomplétude enfin Gödel
1:09:50 il lui arrivait souvent de dire qu'il trouvait que depuis les avancées philosophiques et en particulier en philosophie des sciences et en particulier en réflexion sur les mathématiques de Leibniz et de Platon non seulement on n'avait pas fait beaucoup de progrès au 20ème siècle il dit ça après Cantor mais qu'on avait même sur certains points plutôt régressé c'est pas moi qui parle c'est Gödel c'est pas un philosophe qui dit jamais la science arrivera à démontrer non ça c'est oiseux qu'est-ce qu'il en sait le philosophe qui dit ça non c'est Gödel ça fait réfléchir oui la vraie science n'est pas scientiste alors qu'est-ce que je suis en train de reprocher au scientisme ce qu'on voit dans ce texte c'est que il faut vous associer ça dans votre esprit empirisme mécanisme la cause les faits mécanisme avec une antisymmétrie comment dire mathématiques la cause agit sur les faits et non pas les faits sur la cause et en même temps le bannissement de tout
1:11:00 de tout sujet autrement dit de tout ce qui est proprement actif vous voyez je répète les mots dans ce dont se sert d'Alembert pour dire comment nous devons nous comporter n'est-ce pas dans alors on va remonter un petit peu là voilà oui merci un peu encore au-dessus le paragraphe au-dessus ah non excusez-moi non non je vais à l'envers en dessous alors pardon oui oui pardon c'est ça c'est en dessous voilà voilà c'est pas ça non c'est encore au-dessus je ne comprends pas très bien parce que tout à l'heure on avait lorsqu'il dit nous devons voilà voilà c'est ça c'est le paragraphe qui arrive là-haut c'est ça exactement encore un petit peu voilà on peut diviser toutes nos connaissances en directs et en réfléchis les directs sont celles que nous recevons immédiatement sans aucune opération de notre volonté vous voyez la passivité du sujet qui nous trouvant ouvertes si on peut parler ainsi toutes les portes
Instinct et institution : l'exemple du repas
1:12:10 de notre âme je donne les clés de la ville n'est-ce pas il entre sans résistance et sans effort ce qui agit ici c'est l'objet c'est pas moi moi je dois surtout ne rien faire je dois rester objectif je fais abstraction de moi comme sujet c'est important alors que la philosophie avait commencé par le connais-toi toi-même alors c'est très bien lorsqu'il s'agit de connaître des objets il faut passer par là j'ai fait la critique du subjectivisme tout à l'heure à deux reprises quand j'ai dit que chaud et froid ça ne concerne que des sujets ça n'a rien de scientifique et ça nous apprend rien n'est-ce pas d'universel nécessaire sur la chose dont on parle qui n'est ni chaud ni froid mais qui fait 14 degrés à chacun de voir si c'est chaud ou si c'est froid même pour le même individu d'ailleurs n'est-ce pas selon qu'il avait ses mains dans l'eau brûlante auparavant ou dans l'eau froide un changement de température lui fait apparaître comme chaud d'une eau qui lui a apparu froide dans un autre contexte qui venait d'une eau encore plus chaude donc tout ceci est très relativisme
1:13:20 subjectivisme et donc je ne suis pas en train de défendre le subjectif contre l'objectif lorsqu'il s'agit de parler des objets au contraire il faut faire abstraction de tout sujet pour montrer pourquoi l'acide fait des bulles sur le calcaire effervescent sur le calcaire à partir de principes purement inertes objectifs c'est fort bien dans les sciences du monde extérieur et en particulier de la nature mais dès qu'on passe aux sciences de l'histoire sciences humaines etc et c'est bien ça notre sujet il ne faut pas perdre notre fil cette conception apparaît considérablement réductrice c'est à dire qu'elle est prise au piège de ses propres principes je lui reproche non pas de tout réduire à des choses matérielles empiriques expérimentales moi je suis pour vérifier le maximum de choses je suis pour la démocratie pour ne pas être le seul à décider qu'eux
1:14:30 mais est-ce qu'on se met tous d'accord sur le même résultat et qu'il y ait consensus mais justement le réel le réel empirique n'est pas pris en compte dès qu'on quitte par le scientisme dès qu'on quitte l'ordre des sciences de la nature je prends toujours les mêmes exemples parce que chacun peut les connaître chacun peut les mesurer n'est-ce pas dans toutes les cultures du monde laissons là tous les relativismes oui ça c'est valable pour les japonais mais pas pour nous c'est valable pour les bantous mais c'est faux pour les indiens l'amérique du sud laissons cela qu'est-ce qui est universel dans toutes les cultures humaines on ne mange pas l'aliment tel quel comme un lion dévore une gazelle telle qu'elle est il ne l'assaisonne pas il ne va pas dire à la lionne tu as un peu de basilic et du piment parce que je trouve j'en ai marre de manger toujours la gazelle monotone le goût d'accord dans cette vie là où l'ennui est mortel mais les animaux ils ne raisonnent pas comme ça ils ne s'ennuient pas ils sont toujours dans l'instant je suis en train de dire quoi dans toutes les cultures
1:15:40 humaines d'abord on cuit n'ont pas cru c'est déjà absolument pas nécessaire à la survie biologique ne commencez pas à faire des anachronismes ne croyez pas c'est pour tuer des bactéries qu'est-ce qu'ils ont ils ne savaient même pas que ça existait des bactéries ne prêtez pas aux anciens des connaissances qui sont apparus des millénaires plus tard inversement partout dans toutes les cultures il y a quelque chose il y a des rites du repas on sert d'abord un tel ça dépend des époques on met une nappe plus jolie que d'habitude les jours de fête on ne commence pas par se jeter sur la nourriture il y a des apéritifs il y a des entrées vous voyez or faire abstraction de tout ça ne tenir compte que de la causalité déterministe Y et X c'est-à-dire je mange parce que j'ai faim ça c'est réducteur ah s'il n'y avait pas la faim je ne mangerai pas et il n'y aura pas de repas mais réduire le repas
1:16:50 à ce qui est provoqué seulement par la faim c'est passer à côté de tas de choses qu'on peut mesurer dans toutes les cultures du monde et expérimenter le fait qu'il y ait une jolie nappe en dentelle ou amidonnée n'est pas du tout indispensable à l'accomplissement à la satiété n'est-ce pas et à à fournir la quantité de glucides de lipides de protides nécessaires à l'organisme bien sûr que ça compte et que sans cela il n'y aurait peut-être pas de raison de se mettre autour d'une table et de manger on mange parce qu'on a faim mais si on ne se contente pas de manger mais qu'on décide non pas l'instinct manger mais l'institution repas c'est pour des raisons qui ne sont jamais présentes dans ceux qui s'obstinent à vouloir appliquer dans le domaine humain anthropologique ce qui a été valable au niveau physique et la nature physiologique dans la causalité naturelle dès l'instant qu'on passe du cru au cuit pour reprendre
1:18:00 un titre célèbre n'est-ce pas de Claude Lévi-Strauss on a quitté l'ordre naturel purement naturel c'est pourquoi on ne l'a pas annulé il est présent mais si on ne se réfère qu'à lui on rend inexplicable des tas de nouveaux phénomènes qui ne sont pas moins phénomènes sensibles et expérimentables n'est-ce pas que la couleur de la plante n'est-ce pas ou la vitesse de l'électron donc voilà je veux dire c'est pourquoi je vais avoir recours alors je vais peut-être regarder tout de même l'heure qu'il est il est 21h49 oui donc j'ai dépassé un petit peu le moment où je ne devrais pas je me demande s'il y a des questions alors grâce à le nouveau matériel que Philippe et Pierre-Alain ont installé et que Pierre-Alain est le premier ici
Un historien des mœurs aujourd'hui : Houellebecq et Clouscard
1:19:10 à utiliser en direct pour me faciliter la tâche et surtout faciliter la vôtre aussi je vois maintenant s'afficher ça me fait bien plaisir les questions je vois qu'il y a une question de Christian Régnier que je suis très heureux de retrouver et je remercie sa fidélité qui me demande a-t-il selon vous un lien inconscient dit-il entre parenthèses une filiation entre l'irrationalité de Heidegger dans son être là littéralement Dasein être là et les activistes décoloniaux et consorts merci intéressant une question je lis une seconde question j'enchaîne question de Armin Shahardoli j'espère que je prononce bien bonsoir y a-t-il un historien de mœurs comme Balzac dans la littérature contemporaine française à votre avis si oui qui par exemple alors je vais d'abord être il y a une troisième question mais je la vois mal pour l'instant parce qu'il faut descendre un petit peu plus bas
1:20:20 mais je vais quand même répondre tout de suite à cette deuxième question parce que la question de Christian Régnier est plus complexe je vais d'abord avouer ma relative incompétence je n'ai pas une culture suffisamment étendue du romanesque vraiment contemporain de ce qui a été publié disons dans les 15-20 dernières années il y a tellement de publications donc je ne veux pas faire comme si je les avais tous lu vous avez ça par exemple je crois savoir bien qu'il y ait des tas de choses qui m'agacent dans le personnage voire dans les thématiques mais il y a un tel des gens que je respecte par ailleurs et dont je trouve les avis souvent très pertinents on pensait que quelqu'un comme Houellebecq le romancier Houellebecq avait fort bien décrit un certain milieu les mœurs d'un certain milieu de cadre moyen dans les open space enfin bref un monde que vous connaissez mieux que moi il semble là qu'il est un peu allez je vais faire un barbarisme qu'il est un peu balzacoté n'est-ce pas ce monde là maintenant mais je vais être très sérieux
1:21:30 et là je vais répondre à votre question je ne me défausse pas il y a un écrivain qui est sans doute et sans doute peut-être celui qui a le mieux exprimé les métamorphoses des mœurs produites dans le capital dans le passage du capital de papa celui de l'épargne de l'effort du travail d'avant-guerre si vous voulez quand on ne craignait pas la classe ouvrière et à partir d'après le front populaire la guerre puis la guerre froide n'est-ce pas quand le problème c'était de juguler cette montée des masses quelqu'un voudrait bien faire un essai sur la haine des masses qui est à la base de toutes les déviations idéologiques contemporaines et on est trop nombreux et il n'y en aura pas pour tout le monde et les ressources sont limitées la haine des masses de la part de qui ?
1:22:28 de la part de ceux qui en font partie je ne sais pas car ceux parmi ceux qui trouvent qu'on est trop nombreux ne commencent pas par se suicider c'est toujours l'autre qui est en trop ce n'est pas moi je reprends mon fil donc j'ai fait un suspense je pense à Michel Clouscard tout simplement bien sûr il a des passages des fois un petit peu théorique un peu ardu mais si vous voulez par exemple voir un chef d'oeuvre tout à fait équivalent en pertinence en saveur concrète des transformations opérées dans la bourgeoisie donc dans ce passage je disais du capitalisme de papa au libéralisme libertaire qui règne qui est dominant de la planète pas sur la femme tchadienne ou sur le paysan du Cambodge le libéralisme libertaire qui prend presque le contre-pied de certains aspects du capitalisme de papa à qui on ne pardonnera jamais
1:23:40 d'avoir permis de ne pas avoir pu juguler le front populaire n'est-ce pas et les avancées de la libération la sécurité sociale et la retraite par répartition ben oui donc oui je disais si vous voulez voir un chef d'oeuvre qui répond à votre question c'est le chapitre intitulé la maison de campagne à la fin du capitalisme de la séduction bien écoutez c'était pas prévu à cause de votre question je vais en lire un extrait et pas besoin d'aller bien loin sinon pour trouver mes lunettes et voilà n'est-ce pas voilà ben écoutez c'est très rapide j'ai ici l'édition originale parce que ça a été réédité chez Delga j'ai les deux éditions donc celle des éditions sociales qui malheureusement est épuisée ici avec ce ce jean
Lecture de « La maison de campagne » de Clouscard
1:24:50 dont Michel Clouscard parle longuement qui a divisé les femmes en deux catégories celles qui peuvent le porter et celles qui ne peuvent pas n'est-ce pas c'est des choses qu'on ne trouve pas ailleurs là on n'est pas dans les jugements subjectifs et les valeurs et les papotages mondains sur les plateaux télé on est dans les choses hélas objectives donc je vous donne ceci voilà pardon le temps de trouver voilà 233 vous voyez c'est bien précis à la page 233 je ne vous donne pas cette pagination là parce que vous ne trouverez pas cette édition donc vous voyez l'informatisation de la société au service de la convivialité on fait comme si c'était nouveau il écrit ça dans les années 70 sera l'idéologie humaniste de la nouvelle société sociale démocrate à l'époque Michel Clouscard n'a pas encore formulé son syntagme et qu'il est le premier à employer de libéralisme libertaire que Pompidou et Cohn-Bendit c'est exactement
1:26:00 la même politique la preuve c'est que Cohn-Bendit appelle à voter Macron après avoir fait passer pour le pour le grand révolté comme ça donne raison à Merleau-Ponty qui disait que si le philosophe était un révolté il choquerait moins non Socrate si on le condamne à mort c'est que c'est un révolutionnaire la cité le sent bien de révolter le MEDEF la bourgeoisie et le patronat préférant toujours un révolté à un révolutionnaire c'est tellement moins dangereux ça évolue vite un révolté donc je ne parle pas de la révolte nécessaire de l'adolescence comme nous avons tous été et qui est irremplaçable ça c'est autre chose donc vous voyez l'informatisation de la société au service de la convivialité sera l'idéologie humaniste de la nouvelle société il ne dit pas encore libéral-libertaire il dit social-démocrate après il va dire la social-démocratie libertaire et enfin le libéralisme libertaire cette idéologie je vous rappelle que c'est sous le gouvernement socialiste enfin socialiste n'est-ce pas socialo-mitterrandienne n'est-ce pas parce que c'est je ne veux pas insulter
1:27:11 la tradition socialiste d'un Jaurès tout de même c'est à partir de que j'ai encore vu sur facebook il y en a qui pense que c'est Sarkozy bien sûr ils ont accéléré les choses Sarkozy Chirac etc le gros du travail a été fait entre Bérégovoy je ne sais pas l'informatisation de la société au service de la convivialité ça c'est des valeurs d'aujourd'hui sera l'idéologie humaniste de la nouvelle société social-démocrate cette idéologie est une synthèse celle des deux dynamiques apparemment opposées constitutives du système cette synthèse n'est possible que lorsque chaque composante s'est accomplie en sa perfection il a fallu que l'animation en vienne à la convivialité et que la technocratie accède à l'informatisation vous me direz attendez c'est pas du Balzac ça c'est pas du roman ça c'est de la théorie c'est abstrait oui c'est l'introduction la mondanité
1:28:22 le mode d'emploi de la consommation de la nouvelle bourgeoisie aura connu trois grandes périodes l'implantation sauvage d'abord vous voyez il n'y a pas encore le thème des zadistes ça n'existait pas c'est 30 ans avant regardez comme c'est prophétique l'implantation sauvage d'abord celle de la bande de la subversion le règne du provocateur du rock du rythme du hachiche il fallait proposer il ne parle pas du hachiche il y a des foules énormes de marocains ou des ouvriers qui fument du hachiche c'est pas la question il parle de la posture j'en ai parlé milliers de fois avec Clouscard n'est-ce pas si tu n'as pas un pétard dans une soirée c'est que tu n'es pas branché mon vieux c'est pas du tout n'est-ce pas ce que le hachiche peut représenter comme un coup de rouge n'est-ce pas pouvait aider l'ouvrier de l'époque de Zola à vivre un coup de gnaul le règne du provo du rock du rythme du hachiche il fallait proposer des modèles de rupture percutant violent puis l'implantation de masse après les provocateurs après les marginaux les usages mondains selon les trois niveaux de la nouvelle hiérarchie sociale n'est-ce pas enfin la dernière période on y arrive après le surgissement du modèle
1:29:32 voici l'informatisation au service de la convivialité vous me direz mais quel rapport avec la maison de campagne et bien je vous saute quelques passages abstraits et je vous lis ceci le lieu de la synthèse la maison de campagne celle-ci sera le symbole de la rencontre et de la réconciliation des deux grands systèmes d'exploitation et de profit du système nous en ferons le symbole la maison de campagne de la nouvelle société du nouvel humanisme et le moyen de leur explication la France de l'UDR c'était le parti gaulliste de l'époque de la gestion gaulliste est un merveilleux exemple de l'arrivisme économique politique culturel elle a mis en place tout un nouveau système de profit de réinvestissement de ce profit une nouvelle forme de classe grande moyenne petite bourgeoisie est apparue nouvelle classe sociale qui est l'essentiel profiteuse du système son parcours est urbanistique de la spéculation immobilière qu'on peut faire à Paris à la maison de campagne des cabanes à lapins de Pompidou vous savez ce qu'on appelle maintenant
1:30:42 les barres les tours des cabanes à lapins de Pompidou à la somptueuse résidence secondaire oui c'est de plus en plus concret le profit fait sur la ville est réinvesti partiellement à la campagne et il ajoute entre parenthèses comme la bourgeoisie l'a toujours fait depuis le Moyen-Âge venez voir mes arbres comme on disait trois moments socio-culturels de cette spéculation alors là vous allez voir comme ça devient concret d'abord la désertification des campagnes et on parle maintenant de la France périphérique on fait comme si on découvrait tout aujourd'hui la désertification des campagnes la dépopulation rural l'effondrement des prix agricoles fait que les paysans laissent tomber la campagne ils vont chercher du boulot à la ville la petite ville du coin ou à la grande ville envoyer les paysans et les habitants des petits bourgs travailler dans les grandes villes et dans la banlieue parisienne et expédier aussi les travailleurs de Paris dans la banlieue et oui avant de voir les mœurs il faut voir ce qui leur sert de cadre puis alors racheter à vil
1:31:52 prix terres et maisons vous voyez à quoi va servir le discours écologique racheter à vil prix terres et maisons enfin par la loi sur les plus-values empêcher d'autres parvenus trop tard parvenus de faire des spéculations entre parenthèses le hippie se situe lui aussi dans cette mouvance comme un charognard il s'installe dans la misère rurale de la désertification il fait un décor bucolique de la restauration archaïque et artisanale je me rappelle dans la Drôme ça l'avait inspiré Clouscard aussi parce qu'il venait souvent nous voir nous lui servions un petit peu de foyer parce que c'était un célibataire et il était très très nos enfants l'aimaient beaucoup et c'était un très bon tonton donc il venait de temps en temps passer des jours de vacances chez nous et je le promenais un petit peu dans la Drôme et il voyait maison de l'artisan vous savez on voit ça partout maintenant on pense qu'il y a l'artisanat typique du coin en fait c'est les mêmes bijoux qu'on voit à Tokyo à Bastia à Londres ce que j'appelle moi les bijoux Nippo-Scandinaves donc de la restauration archaïque et pseudo-artisanale au noir une source de revenus
1:33:02 liquidation de la vieille France réinvestissement des profits de l'industrie et du commerce bucolisme écologisant triple dimension de la résidence secondaire qui entrelace les acquis de la technocratisation et les rêveries champêtres des arrivistes et parvenus autant l'implantation des usages je saute un passage on arrive alors purement aux mœurs ayant usé et abusé de toutes les animations à Paris n'est-ce pas prêt à repartir vers de nouveaux rivages le nouveau bourgeois se repose dans sa maison de campagne regardez le nombre de films bien faits auxquels ça correspond relais et pivots de sa prodigieuse migration mondaine reflet inversé de la migration du travailleur rural qu'il a délogé la convivialité dit bien l'humeur cordiale réjouie joviale hilare même de la nouvelle bourgeoisie qui a réussi l'idéologie de la participation à la ville la proximité on dit maintenant devient à la campagne la convivialité moment du potlatch de l'étalement des richesses des petits cadeaux somptuaires
1:34:12 à la ville on s'accroche on fonce on se bat balzac à la campagne on se relaxe on reçoit les amis on exhibe sa réussite on l'a faite plus de fébrilité les jeux sont faits la bande a triomphé elle est devenue caste ou strate de classe même sélectionnée par le système le prolétariat c'est une notion périmée archaïque qui fait sourire on peut encore entre vieux copains se rappeler les vieux souvenirs le temps de la vache enragée après s'être partagé les profits voilà à ce festin cordial et jovial et il y a de quoi on peut même inviter un pauvre au bout de la table pour le dessert ça porte bonheur mais l'invité le plus attendu on arrive aux mœurs les relations père-fils regardez dans Molière père avare fils prodigue mais l'invité le plus attendu c'est le fils et le plus inattendu le plus fêté son arrivée surprise inopinée papa je peux amener des copains sera un grand moment familial le couronnement de la convivialité le père consent à passer l'éponge sur bien des choses son humeur champêtre accueillante bienveillante surprend et touche
1:35:22 le fils prodigue un peu penaud et embarrassé et le père le système va même offrir au fils révolté le décor de ses rêves une nature sauvage ben tiens la réalité même du rêve hippie un ailleurs sans l'autre sans le producteur chassé par la misère rurale à la ville nature sauvage qui n'est autre qu'une nature longtemps travaillée le contraire d'une nature je vous renvoie à la série que j'ai fait sur le paysage comment il s'est constitué contre la nature au cours des millénaires un ailleurs sans l'autre sans le producteur nature sauvage qui n'est autre qu'une nature longtemps travaillée humanisée puis abandonnée nature faussement sauvage désertifiée une certaine campagne a été désencombrée de sa praxis de l'animation industrieuse voilà sur le territoire rural le grand moment de la réconciliation du père et du fils ce sera la commune restauration dont on parle depuis des années tout en rustique le père apporte le fric le fils ses visions et la main de l'oeuvre à bon marché celle du travail au noir les copains des arts déco les hippies ex hippies reconvertis dans l'artisanat vous connaissez la suite
1:36:33 peut-être mieux que moi voilà je me suis permis de m'attarder sur cette réponse quant à la question de Christian je vous remercie bien bien sûr Armin et je le salue pour cette excellente question quant à la question je ne suis pas sûr de bien la comprendre non pas qu'elle soit obscure mais j'ai peur de la comprendre dans deux sens différents quand il dit y a-t-il selon vous un lien inconscient une filiation entre les rationalités de Heidegger dans son être là et les activistes décoloniaux et consorts alors je présume qu'il a une dent contre les décoloniaux et je ne crois pas du tout que cela implique qu'il me corrige si je me trompe en tout cas ce n'est pas mon cas qu'il fasse la polo la colonisation d'accord mais il y a une manière et j'ai bien vécu ça lorsque j'étais outre-mer comme on le sait il y a bien longtemps en assistance technique comme on a dit après les indépendances en coopération c'est terrible ces mots-là quand on voit l'état dans lequel le continent africain après 50 ans de développement et qu'on fait
Heidegger, décoloniaux et néocolonialisme
1:37:43 la morale aux Chinois de ce qu'ils font en Afrique comme si on avait des leçons à leur donner quand on voit l'état dans lequel on leur laisse le continent entre banque mondiale fonds monétaires internationales ça c'est les coopérations multilatérales les coopérations bilatérales françaises allemandes zusammenarbeit le ministère allemand de la coopération l'AID américaine n'est-ce pas l'aide au développement ce qui faisait dire déjà à Clinton aid not trade trade not aid oui j'aurais même pas le dire plutôt le commerce que l'aide trade not aid c'est les sociodémocrates dont parlait jusqu'à ça parce que le secret de la droite qui règne sur le monde dominant le monde dominant depuis quand même plusieurs générations maintenant c'est plus on est à droite plus on essaie de se faire passer pour quelqu'un de gauche et il faudrait bien consacrer un jour un séminaire à ces notions là donc je me rappelle très bien le discours anticolonial
1:38:54 je crois que c'est celui-là que dénonce Christian je crois qu'il me corrige si je me trompe anticolonial de ces néocoloniaux qui étaient moi j'ai connu les deux je suis né dans le monde colonial j'ai vu la rapacité coloniale c'était de la bricole de papa c'est ce qu'elle veut dire à côté de ce qu'a été le monde néocolonial allez un chiffre très simple nous étions 5000 français en Côte d'Ivoire avant l'indépendance 50 000 15 ans après c'est pas une belle affaire c'est l'indépendance et puis on était pas seulement entre français tout le monde c'est la foire d'empoigne les allemands avant c'était une chasse gardée les allemands les japonais tout le monde tiens et après ça donne des guerres civiles je pense à ce qui s'est passé en Côte d'Ivoire et le Mali ça me fait mal d'en parler c'était les endroits les plus tranquilles du monde et quel mérite d'être tranquille dans la pauvreté c'est pas une pauvreté on peut même pas imaginer le Mali le Niger toute la frange sahélienne n'est pas mais c'était vous y étiez tranquille vous pouviez vous promener avec votre épouse votre copine à 2h du matin à Bamako vous étiez plus tranquille
1:40:04 qu'un samedi soir sur le boulevard Saint-Germain et maintenant c'est à feu et à sang il y a 50 villageois tués chaque jour chaque nuit pratiquement dans l'indifférence générale n'est pas alors que pendant ce temps-là si tout d'un coup n'est pas on emprisonne un leader des étudiants de Hong Kong n'est pas que toutes les caméras ont vues mais qu'on n'a pas trop montré mais qu'on a on peut voir et revoir quand on veut les documents sont là dans le bureau de l'ambassade américaine en train de prendre les subsides et les instructions un peu comme la secrétaire d'état américaine distribuait des viennoiseries à ceux qui tiraient à l'arme à l'arme à feu sur la police en Ukraine pour installer le régime néo-nazi actuel vous voyez non non j'ai l'air d'être dur je suis en deçà de la vérité je vais trop vite pour la dire dans toute son horreur donc si c'est ça être décolonial c'est à dire moi pour justifier ma présence rapace
1:41:14 j'ai vu des coopérants qui évitait de dire à leurs domestiques qu'ils partaient définitivement pour ne pas leur devoir les indemnités de licenciement les mêmes qui avaient dit en arrivant vous tutoyez vos boys c'est pas normal vous devriez les vouvoyer dans un pays où le pauvre hère tutoie le président s'il a envie hé président il faut nous donner à manger il faut que tu te débrouilles oui c'est ah politiquement correct mais rapace rapace politiquement correct ça veut dire dans l'expression dans l'apparence voilà si c'est ça c'est pas parce que il y a ça il y a un procès du colonialisme actuellement on ne le fait jamais assez mais c'est curieux qu'il soit tenu au moment où il est le moins actuel et qu'il prenne surtout je crois que c'est ça que veut dire Christian en ligne de mire l'impérialisme français qui a quand même du plomb dans l'aile ça fait longtemps alors que si vraiment il y a eu un colonialisme le plus réussi c'est à dire avec des colons qui se sont installés qui ont fait colonie et qui y sont restés
1:42:24 c'est les Etats-Unis d'Amérique au prix d'un génocide sur lequel on passe très souvent car ces colons-là ils n'ont pas été aussi idiots que les nazis n'est-ce pas d'attendre une solution finale eux ils ont fait la solution initiale on liquide d'abord tout ce qui est là et après on invente une légende relayée par d'admirables chefs-d'oeuvre hollywoodiens j'ai la plus grande admiration des John Ford et des Howard Hawks pour faire croire qu'on est arrivé sur une terre vierge avec un fusil dans la main droite et une Bible dans la main gauche n'oubliez pas que c'est les services américains qui luttaient contre le colonialisme français en Algérie tout en étant de mèche avec les partisans de l'Algérie française de l'OAS qui faisaient des attentats contre les mouvements et les partisans mais oui allez ça devient nauséabond donc y a-t-il une filiation entre ça et l'irrationalité de Heidegger c'est là que je comprends pas l'enchaînement parce qu'il me manque une médiation parce que disons que l'histoire coloniale n'est pas le propre de l'histoire allemande apparemment
1:43:35 c'est vrai que si on associe colonies à pays exotiques pays chauds évidemment c'était pas le cas de l'Allemagne à part quelques exemples Cameroun Togo Tanzanie on pourrait y revenir mais c'est rien à côté des Anglais des Français même des Portugais par contre je veux dire l'empire colonial allemand il est en Europe c'est les Balkans au sud et l'Europe de l'Est à l'Est et les steppes infinies qui s'ouvrent à l'Est la conquête de l'espace vital n'est-ce pas ça n'a pas été le périgord ça a été d'abord l'Ukraine puis le Caucase l'Allemagne a retrouvé son empire colonial juste avant que se déclenchent les guerres du Yougoslavie le mark était devenu la monnaie des échanges en Slovénie quand la Yougoslavie n'était pas encore démantelée en plusieurs états voilà je ne lis pas la troisième question Pierre-Alain peut-être tu peux remonter question de Athée je vois juste le début je ne vois pas la suite donc à moins que ce soit une question pour la prochaine fois on va peut-être en rester là
1:44:45 pour cette fois-ci je vais donc développer un petit peu l'impérialisme scientiste aujourd'hui je voudrais la prochaine fois en finir avec la coexistence pacifique et en revenir à l'idéologie d'aujourd'hui n'est-ce pas qui est une régression par rapport à cette coexistence pacifique c'est-à-dire qui revient je te donne le résumé de ce qui va suivre qui revient au scientisme du 19ème siècle comme à une régression parce que on avait enfin pu tenir compte de toute cette empirie cette richesse expérimentale objective de la jolie nappe qu'on met un dimanche n'est-ce pas des mœurs qui font qu'ici on prend avec des baguettes ici avec des fourchettes ici avec les trois doigts de la main droite peu importe pourvu que ce ne soit jamais immédiat justement mais qui est toujours le fait que l'homme impose sa marque à la satisfaction de ses besoins et ce qui est la source du désir c'est ce qui métamorphose le besoin en désir n'est-ce pas et le transforme en infinité et c'est pourquoi
1:45:57 j'en profite pour dire que la prochaine fois nous verrons que seul l'ordre symbolique peut élever cette empirie encore une fois cette immense partie de la réalité qu'on ne veut pas voir mais qui est aussi manifeste empirique et observable et expérimentable que les phases de la lune on peut l'élever à la rigueur scientifique et c'est bien ce dont nous allons nous occuper les prochaines fois en tout cas je vous remercie pour cette fois-ci je remercie infiniment Pierre-Alain Philippe qui lui a fait la passation et qui a préparé l'ordinateur pour qu'il soit compatible avec les nouveaux matériels qui nous permettent à la fois simultanément sur Facebook et sur Youtube ce sont des grandes premières et qui nous permettent d'avoir un son et une image pour l'image ça se voit un peu moins mais surtout un son plus fiable
1:47:07 que précédemment et vos remarques le prouvez bien lorsque les essais c'est dommage que le son gâche un petit peu l'opération nous espérons commencer à faire des progrès très sensibles dans ce domaine et je vous remercie d'avoir assisté je remercie la régie technique et en particulier Pierre-Alain ce soir d'avoir été à la hauteur de cette grande première voilà à très bientôt et à la prochaine fois ce sera le ring la prochaine fois promis