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Lecture de la présentation de la Phénoménologie de l'esprit
0:00 A un quart de siècle de distance, voient le jour sans doute les deux plus grandes oeuvres, les plus révolutionnaires, du moins après la Révolution cartésienne, de la philosophie moderne, la critique de la raison pure et la phénoménologie de l'esprit.
0:34 Kant et Hegel les présentent respectivement comme des propédeutiques à la philosophie, comprises en tant que système scientifique de la raison immanente, responsable de soi, mais des propédeutiques dans lesquelles cette raison se critique ou s'éprouve elle-même en justifiant l'affirmation qu'elle peut se constituer comme science, c'est-à-dire en s'exerçant déjà de façon scientifique. C'est pourquoi Kant développe la critique de la métaphysique rationnelle comme une critique déjà métaphysique de la métaphysique, tandis que Hegel va semblablement déployer l'introduction phénoménologique à la science spéculative comme une introduction déjà scientifique à cette science.
1:16 Ce statut des deux ouvrages est ainsi celui d'un discours rationnel, complexifié par la réflexion en soi de la raison, anticipation d'elle-même, telle qu'elle se systématise à son propre niveau, à travers son autre, la non-raison ou l'expérience qu'elle présuppose ou se présuppose. Une telle réflexivité de l'affirmation de soi de la raison accroît la difficulté d'une lecture maîtrisée de son discours. Et cette difficulté est à son comble dans le cas de la phénoménologie de l'esprit qui fait se justifier l'autoposition systématique de la raison à travers l'expérience d'elle-même, saisie non pas seulement, comme chez Kant, dans la vie spirituelle effective apparemment la plus élaborée rationnellement, celle de la raison théorique objective et de la raison pratique universelle, mais dans toute l'extension de cette vie, de ce qui semble infrarationnel à ce qui se donne comme suprarationnel, de la certitude sensible aux mystères religieux.
2:16 L'immensité du champ exploré par la phénoménologie de l'esprit, qui va de l'identité de l'intuition la plus insignifiante, ponctuelle, à son identité la plus englobante, réconciliatrice, niant l'une et l'autre la discursivité ou différenciation de l'entendement, exige du lecteur l'assomption maximale de la réunion pensante de la différenciation et de l'identification du contenu rationalisé. Réunion qui, chez Hegel, constitue précisément la raison.
2:47 A la densité ainsi totalisante de ce qui est lu, l'extrême richesse comprimée en quelques centaines de pages, doit bien répondre à l'intégration constante de la lecture du texte hegelien, assurément l'un des plus difficiles qui soit, et peut-être par son caractère total, le plus difficile qui soit. La totalisation du sens, dans cette cime de la spéculation philosophique, qui est la phénoménologie de l'esprit, est elle-même tellement totalisée, sa médiation avec soi tellement médiatisée avec elle-même, c'est-à-dire rendue quasi immédiate, que l'on a peine à restituer les intermédiaires manifestant l'identité des moments discursivement soulignés par Hegel et faisant comprendre le lien de ceux-ci.
3:29 La fixation analytique des médiations opérantes est dès lors toujours plus ou moins risquée. Quel est bien à chaque fois, dans la détermination d'un moment, l'élément qui lui donne alors sens et le relie au moment prochain, et par quel élément de celui-ci. Cette fixation n'est jamais pleinement assurée. A la limite, et sans doute plus que dans toute autre lecture philosophique, il n'y a jamais rien d'absolument acquis dans la compréhension de la phénoménologie de l'esprit. Ce qui, à la fois rend nécessaire et impossible, justifie et condamne tout commentaire, surtout aussi légèrement esquissé que celui de la présentation ici tentée, et des notes ajoutées au texte traduit.
4:07 Mais la densité spéculative de celui-ci est encore plus redoutable pour le traducteur que pour le commentateur. La différence des langues, c'est-à-dire des cultures, et d'abord des expériences du monde en sa vie, leur faisant en effet totaliser de manière différente, en chacun de leurs signes originairement liés, en leur différence même. L'appropriation discursive de ces expériences, l'accentuation interprétative diverse de telle ou telle nuance sémantique pourra faire choisir des traductions diverses, également permises grammaticalement.
Le monde actuel est encore celui de Hegel
4:39 C'est pourquoi la traduction d'un texte comme la phénoménologie de l'esprit se sait vouée à une précarité intensifiée. Fort consciente d'un tel destin sont donc et la présentation, et la traduction ici entreprise de l'œuvre phare de Hegel. Alors, vous parlez d'un événement, à savoir la nouvelle édition en collection de poche de la phénoménologie de l'esprit.
5:09 C'est un événement, si on considère que la phénoménologie de l'esprit est un ouvrage qui doit être lu encore aujourd'hui. Hegel l'avait écrit parce qu'il considérait que l'actualité avait besoin d'un tel ouvrage. Et dans la mesure d'ailleurs, ou d'une manière générale, mais vous savez que c'est un aspect de mon conservatisme, je considère que le monde dont Hegel avait dit qu'en son imminence, il était l'imminence de la situation la plus rationnelle de l'humanité, caractérisée politiquement par l'existence d'un État politiquement fort, mais socialement et culturellement libéral, sachant libérer de son autorité, tout en étant bien attentif à certaines limites, sachant libérer de lui une vie sociale
6:20 marquée par un double mouvement qui est toujours le sien actuellement, même plus intensifié, un double mouvement d'individualisme croissant et d'universalisme ou de mondialisme croissant, face à la réalité essentiellement nationale et définitivement nationale des communautés humaines véritablement instituées. Alors, revenons à Hegel.
6:53 Je dis que, mais vous savez que, vous m'avez déjà entendu tenir ces propos sclérosés, que le monde dans lequel nous vivons, en ces éléments les plus développés, et en ce qui concerne la réalité sociopolitique, le monde dans lequel nous vivons, est encore le monde que Hegel avait considéré, en son imminence de réalisation à son époque, comme le monde vrai, définitif, que l'humanité ne devrait plus s'évertuer à réformer sans cesse, mais qu'elle devait utiliser comme un moyen efficace, puisque c'est par lui que tout peut se faire, même contre lui, par lesquels, donc, les conditions fondamentales, constitutives d'une existence libre étaient réunies.
7:57 La liberté a des conditions de divers ordres. Elle n'est pas abstraite, elle consiste dans un certain nombre de libertés de différents ordres. Ces différents aspects sont liés rationnellement, et c'est ce monde que Hegel avait présenté comme le monde définitif, sur lequel l'attention des hommes ne devrait donc pas continuer de se porter, mais au contraire, sur lequel elle aurait à s'appuyer pour résoudre les problèmes empiriques de la diffusion d'un tel modèle sociopolitique, les problèmes empiriques, donc, de la réalisation de cet idéal.
8:50 Je pense que la critique que Marx a faite du monde moderne est toujours valable. La critique du capitalisme que Marx a faite comme compréhension critique du capitalisme reste absolument vraie. De ce point de vue-là, l'analyse de Marx n'a pas à être révisée, ni à être transformée dans tout ce que Marx dit de négatif, sa critique, il reste vrai.
9:27 Vous savez que ma réserve concerne l'aspect positif du message de Marx. Lorsqu'il est négatif, négateur, il est vrai, et le monde actuel confirme cette vérité. Mais l'histoire a montré que le langage ou les propositions positives de Marx n'ont pas été avérées et confirmées. C'est d'ailleurs, ça pose d'ailleurs un problème considérable qui met en question l'identité de la négation du négatif et du positif.
Contre l'expressionnisme intersubjectif
10:11 Hegel a écrit la phénoménologie contre des adversaires, des penseurs, dont les successeurs sont toujours là. Ceux contre qui il a écrit la phénoménologie sont toujours présents. Plus que jamais. est même présents.
10:42 Plus que jamais. C'est ce que j'ai. Nous nous rencontrons. Plus que jamais. Si vous voulez, si vous pensez à la Chine, ce qui a succédé à divers endroits, au capitalisme, au socialisme, ne s'est pas avéré positif, il a été remplacé par ce qui, à mes yeux, est encore plus négatif, à savoir par ce qu'on appelle le sociétalisme, c'est-à-dire l'expressionnisme intersubjectif.
11:28 Hegel a critiqué, et dans les derniers passages de l'encyclopédie, je vous présente, les leçons sur la philosophie de l'histoire, c'est aussi présent, il a critiqué l'expressionnisme intersubjectif qui voulait s'affirmer comme pensée dominante. L'expressionnisme intersubjectif, c'est ce dans quoi on vit actuellement.
12:03 Les gens ne veulent pas tant exprimer les choses, exprimer les choses, c'est-à-dire les comprimer pour en faire sortir et jaillir le sens unificateur. Ils ne veulent pas tant exprimer les choses, c'est-à-dire dégager le concept des choses que s'exprimer eux-mêmes.
12:33 Se donner en spectacle, se faire voir, mais non pas concevoir ce qu'ils voient. Et c'est une sorte de maladie de l'époque, c'est la maladie de ce subjectivisme multiplié, redoublé, renforcé qu'est l'intersubjectivisme. La catégorie, je le dis souvent, essentielle qui régit le présent, notre présent, c'est celle d'interaction ou d'action réciproque.
Renan, Taine, Jaurès et la grande nation
13:14 La phénoménologie est la démonstration de la venue à l'existence d'une coexistence des hommes qui se réaliserait à l'intérieur des États nationaux. Renan, d'ailleurs, Renan, qui était hégélien avec Taine, ils avaient envisagé d'élever à Paris, sur une des places les plus importantes de Paris, une statue à Hegel.
13:54 Une souscription avait été lancée par l'intermédiaire du journal des Débats au début de l'année 1870. Il n'y aurait pas eu le conflit avec l'Allemagne à l'époque. Hegel aurait une statue sur la base du corpus Hegelien de l'époque qu'ils avaient donc compris, lui, qu'ils avaient été capables, eux, à cette époque, il semble-t-il était devenu très difficile après, de s'approprier et d'en mesurer toute la portée positive.
14:24 C'est ça. Et c'est ce que Jaurès va retrouver beaucoup plus tard en saisissant la globalité du message Hegelien en soulignant que l'éloge par Hegel de l'État nation, peut-être indépendant souverain, etc., que cet éloge ne signifiait aucunement de sa part une occultation du fait social puisque c'est précisément le caractère libéral socialement parlant de la pensée de Hegel qui a été souligné par Jaurès lorsqu'il a entrepris quelques décennies après le conflit de 1870 de restaurer l'image de l'hégélianisme en France.
15:23 La philosophie sociopolitique de Hegel c'est ce qui avait semblé à Jaurès très positif dans le message hegelien. Donc, l'affirmation qu'il y a une réalité du tout et que l'interaction sociale et a fortiori sociétale présuppose l'existence des réalités nationales une réalité nationale qui n'est pas celle que propose le nationalisme puisque la nation à laquelle pensait Hegel est une nation la grande nation celle qu'on appelait la grande nation c'est-à-dire celle qui avait fait la révolution française.
16:18 La grosse nation. Pardon ? La grosse nation. Oui, la grande nation c'est celle qui a fait sa révolution et sur ce point Hegel n'a jamais varié lors même qu'il a condamné les excès conventionnels. Mais sur ces excès n'ont pas du tout diminué en lui l'admiration qu'il a toujours eue pour l'événement de 1789.
16:50 C'était une magnifique aurore. C'était une magnifique levée de soleil etc. Kant avait déjà souligné la chose que tous les spectateurs de l'événement où qu'ils soient quels que soient les régimes sous lesquels ils vivaient avaient ressenti un sentiment d'enthousiasme et d'exaltation pour l'événement de 1789. Alors la phénoménologie justifie en soulignant non seulement ces aspects objectifs mais également la prise de conscience subjective du processus historique la phénoménologie justifie ainsi le point d'arrivée de l'histoire à savoir la venue à l'être d'un état polit national indépassable comme tel en dépit de toute la collaboration la coopération nécessaire des états un état national
Fin de l'histoire et conditions objectives de la liberté
18:00 particulier comme tel indépassable ayant autorité mais sachant libérer de lui une existence sociale permettant aux citoyens d'être d'abord un homme en affirmant en lui d'une part la singularité et d'autre part l'essence comme le dit Marx générique c'est-à-dire universelle l'homme singulier est universel comme support nourricier du citoyen qui lui est attaché à la particularité de l'état national donc la phénoménologie opère cette justification elle elle justifie processus historique la réalité de l'institution enfin de l'état rationnel qui est pour Hegel l'ensemble enfin la structure
19:10 objective conditionnant une existence libre car si l'histoire s'est développée comme elle s'est développée non pas de façon chaotique mais en dépit des pauses des régressions des allers et retours parce que l'élément ou le milieu dans lequel elle se déroule c'est le milieu naturel qui favorise toutes ces irrégularités ou ce qui apparaît comme une irrégularité au regard de la signification du mouvement historique alors il justifie donc ce processus historique qui est essentiellement animé par la recherche par l'homme de la réalisation de sa liberté l'homme c'est essentiellement un être libre ça s'exprime d'abord
20:20 subjectivement par les caprices etc mais il y a des conditions objectives qui permettent le plein usage de la liberté abstraite c'est à dire du libre arbitre le libre arbitre n'est pas sans conditions objectives il se fait illusion à lui-même on croit être libre alors qu'on ne l'est pas il y a des conditions objectives qui avèrent le sentiment du libre arbitre et ces conditions objectives qui font système l'histoire les réalise progressivement mais pour Hegel arrive un moment inauguré d'ailleurs par la révolution française un moment où l'humanité a saisi au moins en certains de ses éléments de ses groupes les plus évolués a saisi quelles étaient les conditions objectives rationnelles de la liberté celle de le moment inauguré par la révolution française c'est à dire
21:30 qu'à ce moment là l'histoire en tant qu'elle a été motivée par la réalisation de la liberté sous toutes ses formes et sous ses formes systématisées réunies l'histoire a abouti à la prise de conscience par l'humanité même si c'est dans des endroits limités d'elle-même la prise de conscience par l'humanité des conditions objectives qui font système il y a des dimensions économiques sociales culturelles et politiques rien ne se faisant dans le monde si ce n'est à travers la force du politique puisque c'est là qu'il y a la puissance par conséquent la politique est la condition de tout le reste même de ce qui de ce qu'elle de ce dont elle permet qu'on la nie elle-même parce qu'il y a des mesures sociales qui rendent la vie politique
Une philosophie du vrai et d'une logique concrète
22:40 plus difficile etc. alors cette histoire est finie et pour Hegel il n'y a pas d'autre histoire possible c'est peut-être là que la critique du hegelianisme peut s'amorcer dans une époque où la notion de sens est la notion dominante Hegel à travers la phénoménologie de l'esprit rappelle que la notion première est essentielle en ce qui concerne l'existence c'est celle de vérité c'est pas une philosophie du sens c'est une philosophie du vrai le vrai qui est soumise
23:50 à une logique à la logique mais une logique qui n'est pas la logique abstraite de l'identification d'une diversité extérieure à elle mais qui est une logique concrète une logique qui non seulement ne méprise pas le divers et n'en fait pas abstraction mais accueille en elle le divers et le divers dans toute son acuité c'est à dire le différent et même le contradictoire c'est pour Hegel cette pensée vraie qui est l'objectif essentiel et la phénoménologie de l'esprit n'est pas simplement descriptive elle justifie que l'homme dans son existence assume tous les moments d'une existence vraie et il montre que il y a un ordre
25:00 vérifiant chacun de ces moments et l'ordre selon lequel il se succède il reconstruit sa thématique si vous voulez la conceptuelle après il reconstruit l'existence humaine pour montrer coordonnée à la saisie de la vérité une vérité non seulement théorique mais une vérité pratique il montre qu'il faut passer par les différentes étapes qu'énumèrent la phénoménologie de l'esprit pour arriver à une conscience absolument rationnelle qui comprend les choses comprend les limites de l'existence humaine et les conditions mêmes de son progrès c'est cela la phénoménologie de l'esprit la démonstration de l'existence vraie par le parcours
26:10 si vous voulez nécessaire de tous ces moments fondamentaux c'est un redressement de l'existence suivant la vérité alors que dans le monde dans lequel nous vivons ce qui est important ce n'est pas le vrai ce n'est pas la vérité c'est la simple signification on s'efforce de redonner à une existence une surabondance de sens une surabondance d'expérience une sorte de dilettantisme qui n'est pas ordonné permettant de jouir de tout mais Hegel ne s'intéresse pas à cela il s'intéresse à une existence vraie c'est à dire permettant à l'homme d'accomplir
De Schleiermacher à Ricœur : l'herméneutique contre Hegel
27:21 son existence dans toutes ses dimensions hiérarchisées mais qui doivent toutes à un degré ou l'autre de cette hiérarchie se présenter l'anti-Hegel c'est le philosophe du sens par excellence de la signification par excellence qu'a été Ricœur c'est à mes yeux le représentant le plus totalisant le plus complet d'une existence non-hégélienne vous voyez le sens mais accumuler des expériences des sens ça donne
28:31 Macron ça sert à quoi pardon ça donne Macron un disciple revendiqué de Ricœur oui c'est du dilettantisme vous voyez mais on vit l'herméneutique a absorbé la philosophie vous voyez l'interprétation ça avait commencé avant Ricœur ça avait commencé avant Ricœur si vous voulez ça a commencé avec le plus grand adversaire de Hegel qui n'a pas été Marx qui n'a pas été Schopenhauer plus tard qui a été Schleiermacher celui qui lève le voile Schleiermacher qui commence à lever le voile qui a engendré Dilthey après puis plus proche de nous quelqu'un que je ne devrais pas critiquer puisque Benaval avait voulu qu'il fasse partie
29:41 de mon jury de thèse il est venu à Paris à cette occasion Gadamer vous voyez Gadamer lisez l'herméneutique de Gadamer vous connaissez la philosophie de notre époque comme par hasard il revient à la mode Schleiermacher oui oui oui mais vous voyez Schleiermacher Dilthey et Gadamer c'est ça a été la critique la plus forte du Hegelianisme parce qu'elle a attaqué le concept même Marx a attaqué Hegel mais en restant dans l'élément du concept il n'a pas attaqué il l'a critiqué oui il l'a attaqué oui enfin quand même c'est une critique c'est vrai pas simplement verbale surtout quand il était jeune oui en restant Hegelianisant toute sa vie quand je lis Capital je me sens dans la mesure où je me veux Hegelien je me sens chez moi il n'y a pas seulement le premier chapitre tout le Capital était Hegelianisant
30:53 alors Marx a donc été un adversaire de Hegel Schopenhauer plus tard aussi mais Schleiermacher qui faisait ses cours ou ses prêches au moment où Hegel faisait ses cours à Berlin déjà Hegel faisait ses cours à Berlin pardon à l'époque Hegel faisait ses cours oui Hegel faisait ses cours Schleiermacher la philosophie de l'interprétation la philosophie du sens opposée à la philosophie du concept ou à la philosophie de la vérité parce que ce qui justifie un sens c'est qu'on le vive c'est qu'il soit vécu c'est qu'il existe voyez ce qui compte c'est la subjectivation de l'objet au sens où il faut enrichir son expérience la philosophie du sens la philosophie du symbole c'est la philosophie opposée à la philosophie Hegelienne du concept et la filiation
32:03 elle remonte bien à Schleiermacher d'ailleurs je le disais Lorsan, on va bien me revenir, dit que c'est de Schleiermacher qui se sent le...
32:48 Un séminariste. Pardon ? Un séminariste. Oui, bien sûr. Oui, oui. Alors, la phénoménologie, vous voyez, est un ouvrage qui expose les vécus fondamentaux de l'homme. Oui, l'expérience sensible, la vie perceptive, la reconnaissance, ce qui l'a fait, l'esprit, à savoir l'esprit communautaire, c'est une reconstruction du sujet.
Le vécu restructuré selon le vrai, contre l'authenticité
33:23 Oui. Oui, mais précisément, ce qui est essentiel, c'est que le vécu soit restructuré selon la vérité de l'existence humaine, qui fait que l'homme s'emploie à vivre sans se contredire. Oui. Alors que la philosophie herméneutique veut simplement décrire la multiplicité des vécus.
33:57 C'est le vécu comme tel qui compte, c'est pour ça qu'il faut qu'il soit le plus riche possible. L'important, c'est d'éprouver. L'important, c'est de dégager un sens, quel qu'il soit, de ce que le monde propose, mais pas de sens vrai. La notion de vérité a été éclipsée par celle d'authenticité. L'authenticité était la conformité de soi, non pas à l'être, mais la conformité de soi à soi-même.
34:33 Vous voyez ? Qu'on vive vraiment ce qu'on vit de la façon la plus subjective, la plus personnelle, etc. Ça nous ramène aux identités très en vogue aujourd'hui. Oui. Et à la pédagogie de l'épanouisme. Oui, bien sûr. Les enfants ne sont pas des fruits.
35:14 Ça vaut mieux que ça. Alors, la phénoménologie, donc, qui est un ouvrage qui ne parle que du vécu, que de l'odyssée de la conscience, en parle d'une façon radicalement opposée à tout ce qui constitue... Allez, je vais dire le mot, puisque c'est bien celui qui résume la chose, la phénoménologie. La phénoménologie, l'étude du phénomène, de ce qui apparaît, de ce qui m'apparaît, de ce qui se manifeste à moi.
35:54 L'essentiel étant de vivre vraiment conformément à ce qui se passe en nous, à ce que nous vivons. Cette forme d'identité à soi qui est une manifestation, enfin, tout à fait excessive de la subjectivité. Les dernières pensées de Hegel allaient contre l'intersubjectivisme.
36:28 Chacun à notre époque, dit-il, veut s'exprimer. Parler le plus haut. Philosophie de l'auto-expression. Chacun se donne en spectacle, etc. C'est cela que la phénoménologie de l'esprit, qui est pourtant un extraordinaire ouvrage phénoménologique, aux antipodes de la phénoménologie contemporaine, parce que ce qui intéresse Hegel dans le vécu, c'est le vécu d'un homme qui veut, enfin, être, c'est-à-dire surmonter la contradiction, c'est-à-dire qui veut vivre de façon vraie.
37:23 Le sens a obnubilé le vrai. Et on... Dans... Si vous voulez, il y a un texte de Ricoeur, c'est au début de son ouvrage sur l'interprétation. Il y a quelques pages qui sont éblouissantes, si je puis dire, en tant qu'elle décrive parfaitement cette démarche phénoménologique qui, précisément, vise à dire l'expression de soi au lieu de dire, d'exprimer conceptuellement les choses.
38:06 Philosophie du concept et philosophie du sens. C'est le choix qui faut... C'est le choix qu'il faut faire. Revenir de cette phénoménologie débridée, vous voyez, à une philosophie qui relie solidement entre elles l'idéalité principielle et la réalité empirique la plus solide, c'est-à-dire l'ontologie ou même le théologique et le politique.
38:44 Nous avons ce système hegelien qui ontologise la politique ou politise l'ontologie et face à lui la philosophie de l'entre-deux, etc. la philosophie du sens. Donc, la phénoménologie s'est vécue mais en sa vérité.
L'être, la parole et la personnalité pure
39:15 Voilà pourquoi la phénoménologie de l'esprit est la négation absolue de toute la phénoménologie moderne de ce qu'on appelle depuis Husserl la phénoménologie. Voilà pourquoi pour Hegel ce qui compte ce n'est pas l'origine parce que l'origine c'est l'être. L'être qui ne fait qu'être et parce que il n'est qu'être il est identique au non-être c'est-à-dire qu'il se détruit lui-même.
39:55 Vous voyez ? Il y a que les enfants qui n'ont toujours à la bouche le mot être. Oui, oui. Alors on part de l'être l'ancrage Hegelien est extraordinaire vous ne pouvez pas partir d'autre chose on le dévoile. parce que qu'est-ce que c'est que l'homme qu'est-ce qui différencie l'homme à différence de l'animal c'est que l'homme il est celui qui dit ce qui est il est il devient homme lorsque il vise ce qui est pour lui de l'être c'est l'homme c'est l'être qui dit c'est l'animal lui qui est rempli de lui-même absorbe l'être il le désire il l'ignore il consomme l'homme peut dire
41:05 c'est et dire c'est c'est mettre à distance de soi précisément ce qui est parce que ce qui est c'est pas moi c'est autre chose alors on part de l'être et Hegel se demande à quelles conditions qu'est-ce qu'il faut ajouter au sens être qui est le sens le plus indéterminé qui soit pour que ce que ce sens en son abstraction dit à savoir être donc ne pas se contredire ne pas immédiatement passer au non-être qu'est-ce que l'être doit être pour être au lieu de se renverser dans le non-être et Hegel finit par montrer au terme de la logique qu'il peut être que si en lui comme principe et on peut l'envisager de différentes façons il y a ce qu'il appelle
42:16 la personnalité pure c'est-à-dire cet être réfléchi en lui-même qui s'appelle une personne enfin une personne qui en tant que telle n'est rien parce que la personne c'est personne c'est-à-dire rien pense à polyphème etc mais il y a cette réflexion en soi ce mouvement réflexif qui est le principe de la subjectivité vous voyez
Une philosophie de la liberté, un livre horriblement difficile
43:26 vous avez donc dans la phénoménologie un traité du développement de la conscience du sujet ou de l'esprit qui est fidèle à l'exigence qui le constitue à savoir de saisir l'être de saisir de l'être ce qui n'est pas contradictoire en soi en quoi on peut donc se reposer en y adhérant pour échapper soi-même à la contradiction se retrouver soi-même dans ce qui est dont l'autre nom c'est la liberté voilà toute la philosophie de Hegel est une philosophie de la liberté et la phénoménologie de l'esprit est la description de la libération de l'existence humaine
44:36 en quête donc de son accomplissement vrai la phénoménologie de Hegel est encore une fois la négation radicale de tout le mouvement phénoménologique contemporain voilà pourquoi il faut relire sans cesse la phénoménologie de l'esprit c'est une tâche difficile c'est très c'est un ouvrage horriblement difficile il faut pas c'est pourquoi j'ai toujours eu de l'estime pour Kojève qui a pris à bras le corps certains chapitres de la phénoménologie de l'esprit dans son livre qui a relancé les études sur Hegel en France la introduction la philosophie pardon l'introduction la philosophie l'introduction oui c'est c'est très difficile on croit comprendre et puis finalement on voit qu'on a pas compris il faut on peut passer sa vie en disant la phénoménologie de l'esprit on en est loin c'est
45:47 c'est vraiment difficile qu'un esprit comme celui de Hegel et puis ça ça me remplit d'admiration oui on va insister là-dessus parce qu'on est quand même là aussi pour promouvoir auprès de tous ceux qui écoutent et au-delà même de ceux qui sont présents la réédition en poche oui avec un vous avez fait vous m'avez dit je vais te repasser la parole je vais te réassister là-dessus oui vous avez repassé en revue quand même vous m'avez dit j'ai bien nettoyé aussi bien les notes que l'appareil critique oui oui j'ai essayé vous avez bossé encore une fois oui mais j'ai enfin j'allais parler au passé parce que maintenant j'ai bien aimé travailler dans ma vie vous savez je me suis intéressé à Hegel parce que je ne comprendrais rien et je sentais que c'était quand même là qu'il fallait tu voyez lorsque je comprenais j'ai retrouvé c'est que là qui devraient rassurer ceux qui s'accrochent j'avais commencé c'est pour les encourager j'avais commencé il faut bosser je voulais d'abord faire un travail sur Spinoza j'avais j'avais commencé c'est pas simple oui oui Hegel dit bien qu'il veut commencer
Le travail de traduction ; Losurdo et l'égalité devant la loi
46:57 par Spinoza mais il ne faut surtout pas y rester je ne suis pas assez resté sans doute oui oui mais Spinoza va vite faire le tour on peut se nourrir de Hegel encore maintenant en toute chose oui justement suite à l'annonce dramatique du décès de notre ami Domenico Losurdo je relisais moi aussi ses récents enfin ses ouvrages sur Hegel et il me semblait qu'il avait insisté par rapport à ce que vous disiez sur le à propos de liberté égalité fraternité sur le fait que tout l'idéalisme allemand insiste sur cette notion d'égalité ne serait-ce que par l'égalité par rapport à la loi et Losurdo lui s'inscrivait complètement dans je pense que si on peut essayer de présenter sa pensée je pense que c'est pas seulement un marxiste qui teinte sa pensée d'hégélianisme c'est vraiment quelqu'un qui vit dans l'idéalisme allemand et qui retrouve après
48:08 le mouvement envoyé tel qu'il se développe et parce qu'il restait fidèle à cet idéalisme allemand en ce sens où il a été une immense aurore lui aussi puisqu'il est le décalque théorique de la Révolution française et il est un monde qui recommence d'une certaine manière par l'autonomie de la raison peut-être bien sûr Descartes avait créé ce commencement ce que Hegel ne contredit absolument pas au contraire il affirme très bien mais cette égalité de tous par rapport à la loi ça distingue complètement l'idéalisme allemand de la tradition libérale telle que Losurdo l'a retracé puisqu'il en a fait la genèse il a montré à quel point justement ce libéralisme était entaché de féodalisme d'inégalité sociale on pense à un Locke pour qui justement la raison dépend du portefeuille n'existe pas chez les esclaves justifie l'esclavage mais ça bien sûr c'est bien antérieur à l'idéalisme allemand mais Burke à qui sont confrontés justement des gens comme Kant et leurs représentants allemands bien sûr qui existent aussi les gueureuses etc sont des libéraux au sens classique du terme
49:18 au sens de l'époque et contre qui justement cet état national hegelien s'est créé c'est à dire que ce que nous admettons comme à l'état national avec comme vous disiez une certaine intervention de l'état et une forme d'initiative privée c'est une conception moderne on a pu obtenir cette forme de libéralisme parce qu'il y a eu justement une contradiction historique avec justement un très fort antilibéralisme hegelien sur lequel insistait Losurdo en polémique avec Ilting avec même Jacques D'Hondt par certains moments alors là je vois la vraie première objection et sinon je voulais vraiment vous remercier parce que ce que vous dites sur la phénoménologie justement je repensais notre ami Losurdo la phénoménologie de l'esprit contre les approches phénoménologiques la philosophie du concept contre la philosophie du sens je crois vraiment c'est excusez-moi je peux pas m'empêcher de penser à Losurdo en ce moment mais c'est normal forcément nous on l'a lu dans notre génération par on a eu envie de redécouvrir Hegel en le lisant parce que c'est comme ça qu'il nous y amenait et forcément on retrouve ces points
50:28 de passage mais ce qui est frappant justement ce que vous illustrez très bien sur renoncer aux incursions personnelles dans le rythme maintenant du concept ça c'est vraiment l'essence même de l'église contre cette philosophie de l'Erlebnis c'est-à-dire cette philosophie où il faut accumuler un certain nombre d'expériences d'expériences vécues et où ça ferait sens mais ça ferait plus du tout justement on perdrait cette notion de totalité de concept de vérité il me semble c'est ce que Losurdo a fait lui-même puisqu'il a essayé justement dans une période difficile pour sa famille politique il a fait cette grande réconciliation avec la réalité le grand docteur Zenou justement il a renoncé à ses incursions personnelles il a essayé d'expliquer où en étaient les sociétés qui n'étaient pas précisément communistes mais qui étaient socialistes mais socialistes il a vu qu'il perdurait il a vu qu'il perdurait en Chine sous des formes très très étonnantes mais il perdurait Cuba il perdurait dans il a essayé de l'analyser dans ce qu'il est justement penser l'état tel qu'il est et penser justement ces états socialistes ça ça a été mais c'est parce qu'il était hégélien qu'il l'a fait et voilà et mais en même temps justement et par rapport peut-être je connais je ne veux pas être excessivement critique
51:38 par rapport à la pensée d'un Badiou qui est extrêmement suggestif et qui nous fait réfléchir à tous ces problèmes là mais il me semble qu'au contraire la stratégie d'un Badiou n'a pas été justement l'affaire Zenoum ça a été au contraire la fidélité à un événement qui était pour lui la révolution culturelle sur le mojou justement de l'herbe l'ibnisse de l'événement et y compris même jusqu'à une reformulation du sujet et ce qui l'intéressait précisément c'était ce que vous décriviez dans le sartre de la critique de la raison dialectique c'est à dire ce parcours du sujet fidèle à un événement qu'il reproduit en lui-même et mais je me suis sûr que justement là vous me faites comprendre à quel point et je trouvais ça absolument passionnant de votre exposé cette philosophie de ce sens il faut remonter jusqu'à justement Schleiermacher Dilthey Gadamer peut-être cette espèce de phénoménologie du sens contre la phénoménologie du concept et là je crois qu'on aurait vraiment tous les enjeux y compris dans notre philosophie progressiste en France je pense qu'on les retrouverait je trouvais ça extrêmement suggestif ce qui m'a frappé
Schleiermacher traducteur, l'Aufhebung et un hapax
52:50 c'est que par contre vous rendez hommage dans votre livre votre présentation à Schleiermacher comme traducteur comme théoricien de la traduction ah ben si vous voulez Schleiermacher c'est un bon traducteur mais ça a été un mauvais théoricien de la traduction il a opposé deux sortes de traductions ou bien je ramène la pensée de celui que je traduis à moi ou bien je m'efface devant lui en réalité le traducteur doit toujours être habité par ces deux exigences contraires et essayer de s'en tirer de façon empirique vous en savez quelque chose j'en sais quelque chose je pense que Schleiermacher a traduit des textes il a été un bon traducteur mais malheureux enfin heureusement il traduisait mieux qu'il n'a dit ce qu'était la bonne traduction il a opposé
54:00 deux manières de traduire alors qu'en réalité le traducteur qui ne cherche pas à élaborer une philosophie de traduction mais qui va faire son boulot honnêtement le traducteur il doit essayer de mener de front ces deux impératifs d'obéir à ces deux impératifs c'est à dire c'est toujours la traduction une cote mal taillée c'est toujours empirique voyez il faut se méfier des gens qui font une philosophie de leur pratique quelle qu'elle soit ce qui est important c'est la pratique c'est pas c'est ce que je fais et souvent avec sa marque l'indétermination sont de mauvais théoriciens de leur pratique voyez est-ce que je peux faire un éloge de votre traduction précisément parce que vous ne la ferez pas vous-même mais moi ce qui m'a frappé justement après toutes ces traductions qu'il y a eu de la phénoménologie de l'esprit que ce soit Lefebvre que ce soit Labarrière Jarczyk et Véran Hyppolite et c'est c'est en même temps que vous retrouvez une certaine simplicité que vous ajoutez quelque chose de nouveau je prends le simple concept d'Aufhebung quand vous montrez très bien
55:10 que si Hegel veut lui donner ce double sens cette chance spéculative que donne la langue allemande il ajoute Erhaltende à Aufhebung voilà donc c'est en ce sens qu'il faut dire sans le premier conserver ça veut dire que pour lui l'Aufhebung elle est essentiellement négative voyez essentiellement négative sinon vous montrez pour préciser aux gens que c'était pas le simple sens de l'Aufhebung c'est à dire suppression les gens n'aiment pas le négatif ils n'aiment pas l'assumer alors c'est la taupe ils veulent être réenchantés vous savez c'est ce que j'entends tout le temps oui mais Dominique vous dézinguez tout le monde nous on veut être réenchantés vous êtes pro négatif ce que je veux dire c'est que cette traduction aussi elle a aussi cette simplicité qui est le fruit d'un long travail justement pour arriver à retrouver justement alors qu'il me semble que certaines traductions récemment précédentes ne faisaient que compliquer les choses enfin par rapport et voilà donc c'est pour ça qu'elle est en même temps tout à fait lisible elle vient après toute une longue tradition mais j'ai trouvé mais je ne l'ai pas souligné
56:20 ça a été discours de ma part les traducteurs j'ai trouvé depuis certains ont retraduit sans dire pourquoi mais il y a un hapax en allemand on peut s'en étonner parce que l'équivalent français il est il est tout à fait courant c'est Hubert Tegiche que tous les traducteurs de la phénoménologie avant ma traduction tous avaient fait comme s'il s'agissait de Hubert Tegiche suractif tous Hippolyte y compris ils avaient tous fait ce contre-sens c'est beau ça me tombe alors ça veut dire éphémère tout simplement Hubert et épi sur vous voyez hêmera le jour éphémère Hubert Tegiche et bien j'ai trouvé
57:30 j'ai tout l'état du peur avant suractif donc on le met on toujours c'est presque un jeu de mots mais j'ai consulté un vieux dictionnaire allemand Hubert Tegiche hapax chez Hegel une fois ah oui c'est indiqué qu'il était comme tel et les allemands sont les champions du dictionnaire voilà vieux dictionnaire du dixième c'est un bon dictionnaire mais tous les traducteurs français ont fait la peau je ne l'ai pas souligné quand ils ont retraduit après ils ont corrigé ça m'avait amusé ça moi je rebondis sur ce que vient de dire Aymeric parce que c'est la meilleure manière d'introduire ce que je voulais amener pour commenter l'introduction de Bernard Bourgeois quand tu insistes sur la clarté de cette traduction et je n'oublie jamais c'est même l'essentiel de mon intervention qu'il y a des jeunes lecteurs
Une œuvre médiatrice : Bildungsroman et tradition pédagogique
58:40 une transmission je n'oublie jamais enfin il ne faut jamais oublier qu'on parle de cette édition c'est-à-dire d'une édition Uber médiatrice Uber Fermit l'amour surmédiatisante qu'est-ce que je veux dire que premièrement la phénoménologie Hegel l'écrit au milieu de sa vie c'est plus le Hegel de jeunesse c'est pas le Hegel de Berlin c'est le milieu c'est une médiation entre son romantisme de jeunesse et puis le stade final du système je n'ai pas dit le stade sclérosé le stade final et deuxièmement il dit et il passe son temps à dire en particulier dans la préface que c'est une oeuvre médiatrice au sens de pédagogique il s'agit de faire je cite la formule célèbre descendre la philosophie à la conscience commune et élever la conscience commune à la philosophie c'est admirable ce double mouvement ce faisant il prend le relais d'une tradition je veux bien noter
59:51 votre petit apparent cafouillage sur Descartes la chronologie et la révolution française qu'il faudrait peut-être remonter à Descartes c'est intéressant je veux dire qu'il prend le relais de cette immense entreprise pédagogique que fut l'encyclopédie et le siècle des Lumières dans le projet pédagogique de la phénoménologie qui est explicitement une oeuvre qui est ce qu'on appelle en Allemagne un Bildungsroman à la suite et de l'Émile de Rousseau qui sont les grands modèles de l'époque un petit peu avant et surtout le Wilhelm Meister de Goethe que toute la génération de Hegel elle était imprégnée et il y a le pédagogique y est toujours et ça c'est une tradition là j'interviens pour le faire remarquer si je peux me permettre qui remonte à la Renaissance le pédagogique est toujours l'antichambre du politique c'est pas un hasard si c'est à partir de la Renaissance du XVIe siècle de Rabelais tu vois comment on arrive à Descartes et de Montaigne que le problème pédagogique monte au zénith les temps forts des romans de Rabelais
1:01:01 c'est la nouvelle éducation à laquelle on va élever Pantagruel Rabelais c'est de la pédagogie il faut arrêter de manger que de la barbac comme les seigneurs barbares du Moyen-Âge il faut aussi manger des légumes je suis un médecin je suis allé à Montpellier je connais c'est comment faire un homme voilà sérieusement c'est l'humanisme donc l'homme total bon Montaigne n'en parlons pas tête bien faite tête bien pleine etc et puis il y a c'est là que la chronologie a son sens j'essaie d'être hegelien dans cette triade du XVIe XVIIe XVIIIe siècle j'essaie grâce à Hegel et grâce à notre traduction qui éclaire la chose c'est que ce mouvement critique du XVIe siècle par rapport au Moyen-Âge c'est-à-dire où la relation au Moyen-Âge verticale de l'homme à Dieu était essentielle centrale au Moyen-Âge elle s'appelle théologie elle s'appelle religion cette relation-là alors qu'à partir de Machiavel dont Hegel est le premier lecteur moderne il faut jamais oublier à partir de la Renaissance c'est la relation de l'homme à l'homme et non pas de l'homme à Dieu la relation politique qui va prendre de plus en plus d'importance et voilà
1:02:11 que ce mouvement de la Renaissance qui va être repris au XVIIIe siècle est bloqué au XVIIe siècle par le plus long règne de l'histoire de France par la monarchie absolue Louis XIV donc il faut pour que la postérité de Descartes explose attendre que Madame de Maintenon et que les dernières années du XVIIe siècle se sont manifestées c'est pas un hasard c'est le premier grand texte social de notre littérature mais social d'une extraordinaire force c'est le fameux texte sur les paysans de la Bruyère c'était à la fin du XVIIe siècle où il compare les paysans et on voit dans la campagne des animaux qui grattent le sol et quand ils lèvent la tête on voit qu'ils ont une face humaine c'est une violence et ils passent leur vie à produire le pain que nous consommons à leur place voilà tout de même c'est pas c'est pas de l'absolutisme ça et bien Hegel hérite de tous cette tradition pédagogique au sens bien sûr l'Émile de Rousseau étant l'aboutissement tout ça où c'est l'antichambre du politique il s'agit non pas d'éduquer d'épanouir l'enfant justement sociétalement parlant mais de produire le futur citoyen c'est dans le sens
L'Encyclopédie, la vulgarisation, et Nerval martyr du signe
1:03:21 que le pédagogique est l'antichambre du politique on le voit très bien dans l'Émile donc j'y reviens je dis selon des détours historiques pour me féliciter de cet événement qu'est cette traduction parce que le fait qu'elle soit en poche c'est le troisième moment de la médiation ça le met à la portée d'un grand nombre c'est une vulgarisation qu'est-ce que c'est que l'immense travail qu'a été l'encyclopédie des arts, des sciences et des techniques dictionnaire raisonné des arts, des sciences et des techniques pour reprendre le titre intégral titre exhaustif qu'est-ce que c'est sinon la plus grande entreprise de vulgarisation des temps modernes ce n'est pas les équations de Newton c'est la mise à la disposition d'un plus grand nombre possible des résultats obtenus par Newton par Galilée par Lavoisier bientôt etc c'est quand même et bien sûr par les techniques de l'artisanat et des fabriques c'est le vrai et pas le sens voilà voilà exactement alors là je commence à avoir une petite inflexion critique par rapport à une discussion de tout à l'heure c'est clairement sémantique je l'avoue j'ai vécu l'époque
1:04:32 du terrorisme structuraliste donc c'est pas très important on peut appeler ça comme on voudra je ne suis pas terrorisé par un signifiant indépassable je veux dire vous dites vous opposez très belle dichotomie philosophie du vrai et à une philosophie du sens moi je dirais à la place de philosophie du sens philosophie du signe parce que quand on lit Ricœur et les phénoménologues je veux dire le sens se dérobe en permanence c'est ce que vous disiez d'ailleurs on est toujours inondé par une pléthore de signes je viens de finir pendant toute cette année j'ai essayé de vulgariser d'initier certaines idées philosophiques à travers une courte nouvelle de Gérard de Nerval introduire le savoir absolu et le rationalisme absolu à travers l'oeuvre d'un fou n'est-ce pas connu pour plutôt introduire le rêve dans la littérature que la raison c'était un paradoxe même même s'il arrivait de dire que dans ses ouvrages ils n'ont pas toujours manqué de raison même s'ils ont parfois manqué de raisonnement où j'ai voulu en arriver en faisant ce raccourci
1:05:44 c'est précisément non pas pour faire l'apologie de Nerval psychomoteur il n'a pas besoin de moi c'est une merveille mais je veux dire au niveau du sens précisément Nerval est un double échec suicide psychique la folie suicide physique la pendaison pourquoi ? parce qu'il a passé son temps à voir des signes partout et en ce sens il incarne la forme la plus mortifère de la modernité dans laquelle nous nous débattons donc c'est pas pour en faire l'apologie c'est un peu un martyr si vous voulez un martyr d'être condamné à l'horizon l'horizon indépassable indépassable du signe derrière lequel il n'y aura aucun sens circuler il n'y a pas de sens à voir c'est un peu ce que nous avons hérité du structuralisme et aussi en un certain sens des déconstructivistes voilà je ne voulais pas monopoliser la parole mais je rends hommage à la fonction médiatrice on va passer la parole aux questions du public moi j'avais une question pour essayer de savoir si j'ai bien compris un petit peu pédagogique
L'homme, être qui dit « c'est » ; nature et artifice
1:06:54 mais une question de philosophie pure si j'ai bien compris quand vous dites que c'est le enfin si j'ai bien compris l'être il n'y a d'être qui n'a de sens que lorsqu'il y a un être qui dit ceci est on passe du essai à etché c'est ça quelqu'un de vrais vivants la phénoménologie quelque chose qui vit on peut être tous des êtres un animal une bête et un être mais il n'y a de l'être lorsqu'il y a parmi les êtres quelqu'un qui le dit ceci est pour désigner la vérité il y a un sujet humain il se trouve qu'il est humain mais il n'y a d'être vrai que lorsqu'il y a quelqu'un qui dit ceci est c'est-à-dire il dit la vérité sur quelque chose et pas vivre au sens être plein de sens plein de est-ce que c'est bien ça oui pas s'exprimer non mais exprimer enfin ce que les sens fournissent une vision un bruit etc comme être c'est-à-dire comme ce qui n'est pas moi si vous voulez l'homme est cet être
1:08:04 qui peut poser de l'être c'est-à-dire ce qu'il n'est pas voyez ce dont il est à distance c'est l'extériorisation qui est c'est la transcendance vous voyez poser de l'être ce qu'il n'est pas ce dont il est alors si je parlais comme les philosophes ce dont il est en retrait etc ce dont il il s'exclut tout ce que vous voulez avec des voiles des tons larmoyants bon vous réjouis l'homme cet être qui peut dire c'est si je peux me permettre de répondre aussi à la même question pour prolonger ce que vous venez de dire si vous remplacez être par nature c'est pour être actuel que je dis ça parce que c'est quand même la valeur la plus répandue dans les plateaux télé je ne peux pas s'arrêter dans une pharmacie sans dire garantie bio machin produit naturel je veux dire donc pour paraphraser ce que dit Bernard Bourgeois mais en traduisant être par nature ce qui n'est pas trahir tellement Hegel parce que la nature
1:09:14 c'est l'être immédiat c'est l'être péjoratif chez Hegel lorsque c'est l'être immédiat l'être véritable c'est l'être qui est absolument médiatisé n'est-ce pas qui est reconnu par le sujet sans sans vouloir rappeler tout cela il ne peut exister de nature que pour un être qui en est sorti c'est exactement la même chose on veut qu'un animal ait conscience qu'il y a une nature seul un être qui est sorti de la nature peut prononcer le mot ceci est naturel tiens ce sont des seins naturels et non pas des seins artificiels j'aurais pu dire des fleurs excusez-moi un être qui s'en est abstrait il n'y aurait jamais eu de fleurs artificielles on n'aurait jamais le besoin de dire mais je vous garantis que ces fleurs là sont naturelles réfléchissons ça suppose l'apparition de l'artifice que l'on puisse parler de nature je voulais appeler un petit commentaire pardon je voudrais jure ma chute je pensais à Clouscard l'histoire précède la nature voilà ce que je suis en train de dire pour bien comprendre y compris
L'abstrait est un extrait, le concret une totalité
1:10:24 la réflexion de Dominique le rapport à la nature et l'abstrait il y a une chose qu'il faut préciser pour les néophytes il y en a sans doute là et puis peut-être dans ceux qui vont nous écouter je vous expliquerai après pourquoi j'insiste sur la demande d'éclaircissement que je vais vous demander que je vais solliciter il faut bien comprendre que ce que Hegel qui opère toutes sortes de renversements donc il a déjà été question appelle abstrait c'est pas du tout ce que habituellement on entend nous couramment par abstrait et abstraction c'est plutôt ce que vient de décrire justement Dominique c'est c'est ce mouvement d'abstraction qui fait que justement on se sépare des déterminations etc.
1:11:10 alors je vous laisse la parole pour préciser ce point parce que je ne veux pas avoir la cuistrerie de me charger d'apporter ces explications l'abstrait c'est un extrait c'est à dire c'est le partiel le concret c'est ce qui est le produit d'un concrescere crescere croître se différencier et d'un concrescere comme avec c'est à dire d'un différencier qui est avec lui-même c'est à dire qui s'identifie à lui-même le concret c'est l'identité d'une diversité ou d'une différence c'est à dire le tout concret c'est synonyme de total vous voyez?
1:11:58 en gros pour bien comprendre pardonnez-moi cette cette vulgarisation il faut imaginer que c'est en gros l'inverse de ce qu'on de ce à quoi on pense quand on pense de choses abstraites il est dans les abstractions etc chez Hegel c'est exactement le contraire oui je peux me donner un exemple parce qu'il faut être pédagogique je veux dire si on me demande c'est quoi Mozart je préfère penser à un autrichien on peut dire pareil d'Hitler c'est pas inexact mais c'est abstrait voilà ça a l'air très concret on a vraiment pris au sens où on entend habituellement on est dans les déterminations là enfin ce qui était ce que en philosophie à partir de Descartes mais c'était un grand problème théologique même bien avant lui c'était même le problème théologique par excellence celui auquel s'affrontaient aussi bien ses successeurs comme Spinoza et d'autres que ses prédécesseurs c'était l'homme est-il libre par quoi est-il déterminé s'il n'y a pas de Dieu ou s'il y a Dieu etc les déterminations c'était la question théologique philosophique par excellence et c'est pour ça que Hegel commence son cours en disant
Tout ou totalisation : Sartre, et Losurdo sur l'universel concret
1:13:08 enfin Descartes vint et tout recommence voilà je vous rends la parole non non mais c'est bien non mais j'insiste là-dessus concret total sans synonyme abstrait c'est partiel c'est extrait le vrai et le tout est toujours concret voilà alors le problème c'est de savoir c'est le choix qu'est-ce qui est premier est-ce que c'est l'un ou l'unification est-ce que c'est le tout qui est un un rempli ou la totalisation Sartre qui est un individualiste absolu il n'y a pas d'individualiste plus absolu que Sartre il répète ça Sartre n'envisage que des totalisations mais jamais de tout on peut affirmer que le tout est premier même si c'est un tout en lui-même extrêmement abstrait parce que ces deux dimensions l'identité et la différence
1:14:18 sont juxtaposées et non pas articulées ensemble mais le progrès c'est celui qui fait passer d'un tout relativement indifférencié à un tout qui est différencié en lui-même vous voyez vous pouvez on va du tout d'un tout indifférencié à un tout qui est plus différencié le progrès est dans une différenciation dans une détermination ou alors on peut affirmer comme ça que ce qui est premier c'est le non-tout donc l'individu est considéré que le processus qu'il accomplit c'est celui d'une totalisation qui ne réussit jamais pour Sartre il n'y a jamais de tout en acte non c'est jusqu'à mesure l'individualisme absolu Aymeric tu voulais oui oui je suis très très heureux d'avoir cette distinction
1:15:28 étymologique du concret concrescere pour détermination du tout mais c'est vrai que je repense toujours à Losurdo effectivement et pardon de l'évoquer je ne veux surtout pas en parler à sa place mais simplement en me replongeant de ses textes je me rends compte que cette recherche de l'universel concret qui est la marque hégélienne par rapport à l'universel abstrait effectivement je crois qu'il en avait conscience tout un instant dans sa propre famille politique qu'est-ce qu'il en concluait il en concluait qu'il y avait un processus d'apprentissage dans les milieux marxistes ou communisants et il en concluait que justement il y avait une redécouverte des éléments nationaux qui perduraient le temps long braudélien si on veut et qu'il aimait souvent citer Fidel Castro disons nous avons redécouvert la nation ce qui a été pour des internationalistes abstraits et je sais qu'il y avait une certaine générosité dans cet internationalisme en pleine guerre de 1914 ça voulait dire quelque chose mais redécouvrir ce sens des particularités nationales et du respect de chacun ça a évité justement ces travers un peu millénaristes que Losurdo n'a cessé de pointer il en parle au début de la révolution les gens comme Bloch ou le jeune Lukács qui voulaient la transformation
1:16:39 de la révolution en amour absolue la fin de l'argent etc on pensait vraiment que ça allait disparaître et il s'est toujours accroché encore Versöhnung avec Lierstein réconciliation arrêtez-moi si je me trompe mais réaffiliation c'est-à-dire avec tout ce concret toute cette et c'est ça qui l'a ramené je pense à une défense du socialisme c'est-à-dire comme point de passage vers le communisme puisque le communisme n'a pas eu lieu alors qu'au contraire peut-être que finalement dans votre exposé vous m'avez semblé très proche ça va vous étonner mais en même temps il vient de publier sa correspondance avec Althusser qui est Lucien Sève qui a dit qui lui en un sens comme vous vous voulez rester fidèle au texte marxien et en disant mais de toute façon pour être fidèle à Marx c'est la libération des travailleurs sera l'oeuvre des travailleurs eux-mêmes et de toute façon on pourra y être que quand on sera littéralement dans le communisme et Sève en a conclu que le mot socialiste ne figurant pas par exemple chez Marx ni même dans le programme critique du programme de Gotha parce qu'on a été victime d'une élégation collective de ce point de vue-là il fallait justement faire dépérir l'État maintenant par d'autres procédés mais de ce point de vue-là et alors que Losurdo justement lui faisait une défense du socialisme peut-être de tous les socialistes
1:17:49 je ne sais pas lesquels avaient sa préférence mais surtout aujourd'hui on voit vraiment une diversité nationale que ce soit je ne sais pas l'expérience vénézuélienne même que ça vous plaise ou non mais la Corée du Nord a gardé sa propre autonomie c'est sanctuarisé le fait que ça existe ça allait comme le Mont-Blanc était pour Hegel la Corée du Nord existe donc il faut le penser mais parce que justement Losurdo voulait penser l'universel concret voilà c'est très bref commentaire c'est justement on a parlé d'universel tout à l'heure on a parlé de de l'abstrait du concret on a simplement oublié de dire qu'évidemment ce qui intéresse Hegel c'est justement pas l'abstrait c'est il est plutôt dépréciatif c'est plutôt un franche c'est le concret et donc et c'est l'universel concret est-ce qu'on pourrait peut-être on n'est pas trop loin de la conclusion évoquer ce qui est finalement une espèce de synthèse de tout ce petit débat l'universel concret justement l'universel concret au départ j'aurais voulu qu'on reparle de la conscience malheureuse
L'universel concret et la singularité
1:19:00 mais on n'aura pas trop le temps ce sera peut-être pour une autre fois mais l'universel concret j'intercède juste la parole non pas pour couper la parole mais au contraire pour lui servir de piédestal c'est juste parce que pour les jeunes auditeurs c'est toujours mon souci il faut amener l'universel concret pour montrer à quel point c'est une synthèse rappeler que ça a toujours été opposé l'universel et le concret avant Hegel donc rappeler la fameuse phrase d'Aristote il n'est d'existence que de l'universel pardon il n'est de connaissance que de l'universel il n'est d'existence que de l'individu je ne sers pas la louche à l'homme en général mais à un homme particulier vous voyez donc on a l'impression que l'idée d'homme c'est une abstraction qu'on a tous dans la tête comme ça en prenant des points communs à tous les hommes et puis l'idée d'arbre il y a un tronc il y a des branchages il y a des racines et puis voilà comme ça le bananier le chêne et puis le Doberman et le Teckel et le Saint Bernard tout ça et donc si vous prenez Aristote je m'en sers comme tremplin à la lettre ça veut dire s'il n'est d'existence que de l'individu et de connaissance que du général ça veut dire que le général n'existe pas l'universel n'existe pas n'est jamais concret
1:20:10 et que l'individu est inconnaissable si vous le prenez à l'envers pour dire la même chose voilà maintenant je me permets de vous passer la parole vous devinez la formidable synthèse que fait Hegel d'oser parler d'un universel concret que le plus concret c'est ce qui est véritablement universel si vous voulez le vrai pour Hegel c'est le c'est pas l'universel c'est pas le particulier c'est le singulier qui est l'unité de l'universel et du particulier c'est à dire que la réalité vraie est toujours une unité ou une totalité total et singulier sont des synonymes disent la même chose voyez c'est pas l'universel qui existe c'est l'abstraction c'est pas le particulier nous sommes des particuliers mais pas vraiment des singuliers
1:21:20 parce que nous sommes pas assez particularisés nous sommes une synthèse si vous voulez extrêmement superficielle d'un ensemble de détermination ou de différence mais la singularité c'est autre chose que l'universalité et que la particularité c'est ce qui est vraiment par soi-même un tout et ce qu'on appelle l'individu en général n'est pas un tout il dépend de tout le reste il reflète son milieu des influences et des autres rien n'est plus difficile que d'être au sens fort un individu c'est à dire une singularité voyez pour ça il y a une totalisation mais il n'y a pas de tout c'est un individualisme absolu le sartrisme ça c'est c'est extraordinaire il n'y a pas eu plus individualiste oui
Individu, communisme et liberté, égalité, fraternité
1:22:35 justement vous êtes toujours sévère avec lui là je me permets de reprendre la patate chaude qui est entre nous pas non plus on n'est pas là on est pas là on a des Bisounours s'embrassent on nous vieille folle je ne sais pas pour moi c'est que tout de même on voit bien l'ambivalence de la notion d'individu vous venez très bien de citer à titre péjoratif l'individu empirique l'individu dans la représentation c'est quelque chose qui est tout sauf individuel on est bien d'accord ce que vient de dire Bernard Bourgeois sur le singulier comme synthèse de l'universel abstrait et du particulier soi-disant concret vous le trouvez condensé dans le chapitre 7 de les principes de la philosophie du droit comme nulle part ailleurs avec autant de clarté je veux dire je le dis pour pour ceux qui veulent retrouver le texte où il dit très clairement la particularité réfléchie sur elle-même est par là élevée à l'universel c'est-à-dire l'individualité mais ce que je voudrais alors maintenant je fais un titre polémique si vous voulez entre nous c'est que si je suis communiste personnellement je ne parle pas de parti si je suis communiste profondément c'est parce que
1:23:45 c'est pour moi le système qui a le plus de chances de faire éclore l'individu c'est vrai je vous rappelle le texte de L'Idéologie les individus sont toujours partis d'eux-mêmes et partent toujours d'eux-mêmes Marx est un individualiste absolu si je puis dire mais je voulais juste préciser que nous avons eu une longue discussion l'autre jour avec Bernard Bourgeois où je me suis aperçu qu'en réalité sa préoccupation la négation de Marx il est un peu revenu dessus parce qu'il et d'ailleurs dans son exposé tout à l'heure il le précise il dit Marx a tout à fait raison mais ça n'a pas débouché sur ses promesses en gros et le problème c'est ça le problème il n'y a finalement pas de reproche à faire à Marx mais à l'incompréhension ou au mésusage ou au fait que le procès la contradiction en procès qui se poursuit qui est l'histoire n'a pas permis à l'esprit si vous voulez de réaliser totalement mais ça ça voudrait dire et là je reprends la polémique et du côté de Dominique mais elle revient
1:24:55 sous une autre forme que donc cette histoire n'est pas terminée puisque tout on sait peut-être tout y compris avec Marx mais il nous manque quand même quelque chose puisqu'on n'arrive pas à la réaliser votre principe je le conteste un peu parce que ça n'a pas été ça sera ah non c'est pas ça que j'ai dit j'ai pas dit ça non plus ma conclusion c'est celle que je viens de donner c'est à dire que et sous forme contradictoire c'est à dire que ça sous-entend y compris votre critique on peut l'interpréter comme ça que l'histoire n'est justement pas finie puisque l'esprit ne s'est pas encore auto-révéler tout ce qu'il avait à savoir pour arriver à la fin de l'histoire justement et que donc les formes actuelles ne sont pas encore suffisamment pleines de ce qui est nécessaire pour réaliser ce qui m'ennuie un peu c'est cette idée quand même que l'avenir peut surgir
1:26:05 sans aucun lien au passé ça je crois personne ne défend aucun d'entre nous n'a prétendu ça et pas davantage et moins et Marx moins encore je vous fais un procès d'intention oui ah bah oui non mais ou alors je me suis mal exprimé mais non non c'est tout le contraire en plus comme vous imaginez que je pense je crois qu'il faut penser l'individu comme résultat du processus et non pas seulement comme point de départ il dit les hommes parlent des individus moi je veux bien mais l'individu c'est justement l'aboutissement je vais donner un exemple très simple il y a pendant que je parle des centaines de milliers d'enfants aux Indes et dans le sous-continent il y en a ailleurs mais c'est surtout là qu'il y en a dans le sous-continent je veux dire il y a le Pakistan aussi des enfants de 6 ans qui fabriquent des briques des briques là toute la journée et toute l'année pour payer les dettes de leurs parents comment voulez-vous que surgissent là-dedans un Einstein ou un Mozart ou un Clifford Brown je dois faire une référence musicale bon comment voulez-vous que ça surgisse il ne peut pas y avoir d'individu c'est hélas un nivellement par la misère donc l'individu suppose et c'est là que pour l'égalité je trouve que quelquefois il faut la prendre un peu comme la pas à 5ème roue du carrosse je ne veux pas non plus
1:27:15 vous caricaturer mais enfin vous savez la limite que je pose l'égalisation oui c'est au moins une mesure de prudence c'est vrai au moins ça un homme prudent doit c'est vrai mais juste je me chute je ne veux pas me poser il y a la salle qui a d'autres questions votre progression et l'ordre est excellent liberté égalité fraternité c'est votre plan c'est tout sauf que moi je le prends à l'envers de vous c'est à dire vous il semble qu'il y a une entropie de la liberté à la fraternité en passant par l'égalité on descend un peu dans l'échelle des valeurs moi je crois au contraire que la sagesse de la révolution française c'est de l'avoir énoncé dans l'ordre de la progression c'est que la liberté c'est la puissance au sens aristotélicien sans laquelle il n'y a rien je suis d'accord avec vous voilà je suis d'accord avec vous je ne demande rien d'autre il faut la médiation de l'égalité pour qu'elle rentre qu'elle passe de l'essence elle est l'essentiel mais de l'essence dans l'existence oui et de là ça produit comme résultat la fraternité voilà c'est un enrichissement c'est pas une chute d'accord la seule limite que je mets à l'affirmation de la liberté comme condition
1:28:25 de l'égalité comme conditionnant l'accomplissement de la liberté c'est qu'au nom de l'égalité on ne mette pas en question l'affirmation de la liberté parce que les hommes peuvent désapprendre il n'y a aucun désaccord entre nous à ce sujet il dit bien que toutes les sociétés qui ont essayé de s'opposer à l'apparition de la liberté individuelle sont condamnées à échouer mais égalisons tant que nous pouvons c'est au moins une prudence élémentaire mais au nom de l'égalisation ne pas comme ça a été fait dans l'histoire ne pas enfin compromettre la pleine affirmation de la liberté voilà le principe la liberté est conditionnée mais ça ne veut pas dire qu'on peut pour réaliser ce qui la conditionne nier précisément ce qui est conditionné je comprends c'est une bonne question voilà
L'Esthétique de Hegel et la fin de l'art
1:29:35 ce point là d'accord alors il y a d'autres questions oui j'ai juste une question pour monsieur Bernard Bourgeois oui merci monsieur c'est peut-être déjà contenu virtuellement dans ce que vous avez dit mais j'aimerais vous entendre là dessus comment est-ce que vous expliquez que Hegel cet immense esprit comme vous l'avez rappelé ah oui finit fait sa dernière oeuvre et la plus longue sur l'esthétique enfin une de ses dernières oui c'est des leçons en nombre de pages c'est la plus longue mais c'est des leçons oui c'est des leçons c'est des leçons et les notes de cours toutes les leçons et les cours c'est-à-dire qu'il avait arrêté de produire une oeuvre c'est traité de la même façon bien sûr l'art c'est pour lui une dimension fondamentale mais c'est pas la dimension absolue c'est pas le dernier mot justement c'est ce paradoxe qui m'intéresse c'est de savoir pourquoi est-ce qu'il a consacré tant de pages et de pages même si c'est des leçons et la place de l'esthétique dans le système de Hegel
1:30:47 c'est un sujet que réaliser l'égalité des conditions au niveau du sentiment artistique c'est sans doute l'égalisation la plus difficile qui soit c'est plus difficile d'égaliser les conditions du sens de l'art que d'égaliser les conditions du sens de la religion ou les conditions du sens de la philosophie l'art c'est autre chose voyez on s'attaque à la faculté de juger comme disait si j'étais malicieux je dirais ce que je me garde bien d'être mais je dirais qu'on peut dire de l'art ce que je disais tout à l'heure de la nature et ce que Bernard Bourgeois disait de l'être c'est quand il est fini qu'on peut faire une esthétique c'est quand on en est sorti nous sommes des muséomanes nous les modernes nous modernes à partir de la fin du 18e siècle puis du 19e nous avons tous chez nous un tableau de ceci un masque africain aucune époque n'a fait ça chaque époque était plongée dans son temps au niveau esthétique avant je veux dire Racine il fait parler ses grecs comme les Versaillais je veux dire bon il n'y a qu'à notre époque tout d'un coup qu'on se promène dans toute l'histoire de l'art
1:31:59 et tant mieux moi je suis le premier accumulé sur mes murs tout ça mais je veux dire ça veut dire quelque part que c'est un rapport muséique je veux dire ce barbarisme à l'art c'est pas le rapport de Fra Angelico qui peint la Vierge et les Saints c'est amusant parce que ça nous ramène à une discussion qu'on a eu il y a très peu de temps à Annie Le Brun à ses deux derniers ouvrages tu m'as inspiré tout à l'heure et dans le où elle évoquait dans du trop de réalité c'est le côté muséique justement qui est évoqué d'un point de vue critique et dans le dernier ça va encore plus loin mais c'est parfaitement homogène à ce que tu viens de dire et ce que vous venez de dire tous les deux elle évoque le fait que justement nous sommes dans une époque où il n'y a plus de rapport entre le citoyen et l'art qui se fait maintenant c'est à dire qu'il y a eu la période muséique où il y avait encore un art avec beaucoup de guillemets contemporains mais maintenant à l'art de l'époque contemporain de l'art contemporain il n'y a plus aucun rapport du citoyen du type du vrai de celui qu'on évoque sinon le rapport du sens justement il faut que c'est signé d'un sens et c'est devenu combinatoire
1:33:09 c'est la seule chose qui compte mais avec l'art au sens de l'esthétique de Hegel entre autres là il n'en est plus question du tout la période vraiment des dernières décennies des 40 ou 50 dernières décennies et c'est le sens de son livre est marqué par ce constat effrayé terrifié que justement on en est arrivé là donc c'est assez amusant qu'on en revienne à ça donc tu vois l'intérêt et un niveau plus prosaïque parce qu'avec l'art on est dans le poétique et un niveau plus prosaïque on va tous partir en vacances la plupart pour aller visiter les civilisations passées à commencer chez moi en Corse par exemple ah c'est joli ce village avec ses pierres sèches sur les toits il n'y a pas beaucoup d'entre nous qui avons passé leurs vacances dans des usines rutilantes je constate ça vérifie Hegel et qu'est-ce qu'il dit de l'art la mort de l'art ne veut pas dire qu'il n'y aura plus d'oeuvres d'art il passe son temps à dire dans l'esthétique que l'art ne cessera de se perfectionner je réponds à ta question et de se développer mais il a perdu sa fonction de représenter l'absolu je vais à la fois sur le rapport
Fragilité de la fin de l'histoire : totalitarisme et adversaires de la raison
1:34:22 sur l'actualité de la phénoménologie de l'esprit aujourd'hui et la question de la fin d'histoire chez Hegel il me semble que la fin d'histoire chez Hegel c'est quelque chose d'assez fragile et on le voit bien aujourd'hui enfin monsieur Pagani a parlé de l'adversaire de Hegel dans la phénoménologie de M. Schelling il y a beaucoup de néo-schellingiens aujourd'hui qui s'ignorent et finalement après avoir attaqué octobre 17 on les voit aujourd'hui de plus en plus ces néo-schellingiens s'attaquaient à 1789 parce que finalement la fin d'histoire chez Hegel n'est pas quelque chose d'extrêmement fragile qui aujourd'hui est menacée pourquoi dit-on qu'elle est fragile ?
1:35:00 fragile au sens où elle définit des conditions justement oui les conditions de la liberté ces conditions de la liberté c'est cela même que le jeune homme rappelle qui est mis en cause et critiqué aujourd'hui je pense aux historiens du livre noire du communisme de M. François Furet qui après avoir raté octobre 17 ce qui était derrière c'était 1789 c'est ça qui était visé d'où l'abjecte bicentenaire qu'on a vécu ou c'était la contre-révolution chouanne qui était à l'oseille il y a une espèce de fragilité de cela et je regardais récemment une vidéo de Georges Labica avec Jean Salem une conférence qui l'a fait à la Sorbonne où il arrivait de manière assez intéressante il y a plus de 10 ans vers la fin de sa vie à une conclusion qui ne me semble pas tellement éloigné de vous c'est que après son passé de militant communiste qui conservait il gardait cette idée que la démocratie effectivement c'était aujourd'hui ce qu'il fallait défendre le plus parce que c'était en fait ce qui était le plus attaqué il y avait une espèce de comment dire une réunion des deux combats de 1789 et 1917 de Marx et Hegel que l'histoire finalement
1:36:10 bon gré mal gré soudée oui il faut juste préciser que cette démocratie qu'il s'agit de défendre c'est ce qu'aujourd'hui les mêmes adversaires que tu as évoqué appellent le totalitarisme il faut être clair dans les mots d'aujourd'hui c'est devenu cette forme de démocratie que salue Hegel cette apparition des conditions absolues nécessaires historiques de la liberté aujourd'hui c'est ce qui est appelé totalitarisme et y compris Hegel lui-même est un totalitaire évidemment en philosophie ça commence c'est Popper qui commence à la volonté générale de Rousseau et le début du totalitarisme à ce moment là le jeune homme je ne connais pas votre prénom oui monsieur Sark Victor merci je veux dire moi je répondrai à sa question par une citation célèbre c'est que c'est la fin de la préhistoire je crois que la réponse de Marx permet d'éviter les cafouillages qu'on peut faire avec des interprétations cafouilleuses pardon je me répète de Hegel je veux dire dans les deux cas les deux sont d'accord Hegel et Marx il y a bien une fin à l'époque de Hegel bien sûr mais pour l'un c'est la fin de l'histoire question de prédicat pour l'autre c'est la préhistoire de l'histoire comme histoire sensée vous ne savez pas dire
1:37:20 qu'il n'y a plus d'événements il n'y en a plus jamais voilà mais bon ça vient un peu vous évoquez Popper je vais juger une thèse dans quelques jours à Lyon sur Popper et Bergson alors intéressant oui la société ouverte selon l'OTAN est l'auteur préféré de Vichy c'est intéressant et selon Popper oui c'est méchant pour Bergson Bergson vaut mieux que Vichy alors oui Bergson vaut quand même mieux que Popper oui tout à fait oui Popper oui je ne trouve pas que c'est sérieux il dit que Bergson c'est Hegel il y en a qui disaient que Bizet c'était Wagner quand Carmen est sorti je vous jure les maîtres les maîtres ignorants n'ont pas attendu Rancière pour prendre le devant de la scène les maîtres ignorants ils sont là depuis longtemps Popper parmi d'autres non mais je lui dis Bergson Hegel voilà on va peut-être pas pouvoir développer l'arrêtement contre je ne suis pas Popper non c'était plus d'avoir votre opinion sur la question de la fragilité finalement oui la raison c'est à dire que
L'institutionnel plus fort que le participatif
1:38:30 c'est pour l'extinction du popérisme c'est ça oui à peu près 10h du soir oui je ne sais pas s'il y a d'autres questions mais on va approcher de la conclusion mais oui la réponse la question c'est ce qui est attaqué ce qui est menacé aujourd'hui vous en avez tout de suite parlé les adversaires de Hegel à cette époque là que vous avez décrit ils sont toujours présents aujourd'hui c'est ceux que vient de décrire le jeune homme et quel est leur cheval de bataille ou leur terrain de combat c'est et ça ça fait déjà on va dire une cinquantaine d'années que ça dure le chien crevé au bas mot c'est évidemment derrière Hegel la rationalité évidemment Descartes Marx naturellement même le christianisme on va remonter assez vite jusqu'à grâce à Furet jusqu'à Robespierre la révolution française on est déjà dans le totalitarisme et puis on va remonter encore plus loin avec certains du genre Deleuze jusqu'à Platon alors ces adversaires là ils ont toujours existé c'est ça que je veux dire comment vous les recontextualisez
1:39:41 historiquement dans ce moment-ci c'est un peu la question est-ce que vous êtes inquiet parce que c'est cette inquiétude cette fragilité de l'universel concret finalement qui est continuellement mise en cause par ces réactionnaires parce que ce sont ceux-là les réactionnaires évidemment c'est pas étonnant qu'ils aient un peu de mal à s'y retrouver entre la gauche et la droite aujourd'hui ils sont dans la perche de voir qu'ils sont beaucoup plus réactionnaires que ceux qui qualifient de droite oui écoutez je pense que l'institutionnel qui est la cible de ce qu'on pourrait appeler le comment est-ce qu'on pourrait le participatif je pense que l'institutionnel est plus fort que le participatif qui d'ailleurs profite de la tolérance de l'institutionnel et qui ne peut se développer que dans un milieu pacifié oui
1:40:51 par conséquent je pense que si le participatif peut égratigner l'institutionnel est quand même beaucoup plus fort et c'est lui qui permet au participatif de s'agiter vainement d'ailleurs mais il ne demande que ça je ne suis pas très inquiet je viens d'entendre une jolie paraphrase d'un passage que j'aime beaucoup dans la préface la philosophie du droit vous voyez ce que je vais dire où Hegel dit tous ceux qui critiquent l'état ou qui conçoivent comment l'état devrait être en fait tirent leur subsistance de l'état ils en profitent bien sûr il n'y a pas de libéralisme sur l'état je crois que la relation de voisinage ne met pas en péril la relation de concitoyenneté donc je suis relativement optimiste je ne m'attends pas au pire mais je ne m'attends pas non plus à quelque chose de très bien le pire n'est jamais sûr alors
Sens et vrai, le héros, l'imaginaire au pouvoir
1:42:01 une question ça va être la dernière parce que le temps file bon les deux allez il faut revenir sur une distinction entre il me dit qu'il y avait du sens il me dit qu'il y avait qu'il était vrai on a un peu cette distinction et deuxièmement c'est que faire du droit sacré des héros à pouvoir changer l'époque le droit sacré des héros à pouvoir changer l'époque c'est ça oui c'est ça aujourd'hui il n'a pas de vue éthique est-ce que là encore j'interpose une réponse avant la vôtre mais Clouscard avait donné à ses élèves en terminale quand il était prof de philo il avait dit voici trois types d'idéal de l'humanité l'artiste le saint le héros quel est votre préféré c'est pas le thème de votre question oui c'est ça il disait je suis sûr que je vais choisir l'artiste à cause d'idéologie dominante et je corrigerai en montrant que c'est le héros qui va le plus loin voilà qu'est-ce qui disait ça Clouscard en train d'être de plus en plus redécouvert ce bon Clouscard et sur la première partie de la question on l'a pas mal développé mais le sens contre le vrai oui non
1:43:11 l'absolutisation du sens je ne suis pas pour le non-sens ou contre-sens bien sûr mais nous sommes à une époque où le sens est absolutisé par rapport au vrai moi ce qui m'intéresse c'est pas le sens le sens on est dans le sens je prends le sens dans tous les sens le sens qu'on donne c'est la vérité on est immergé dans le sens l'important c'est de savoir quel est le sens vrai c'est tout la vérité il n'y a que ça de vrai si je peux me permettre je vais rajouter un petit commentaire que je fais souvent en rapport je ne sais pas si on ne l'avait pas discuté l'autre jour c'est ce que Lacan qui était un hégélien fervent du moins pendant une longue période de son activité évoquait clairement dans son dans son discours dans son dans son jargon à lui quand il évoquait une question politique
1:44:23 puisque c'était une question de classe puisqu'il s'agissait de la névrose la grande névrose du 20ème siècle mais c'était la grande névrose de la classe moyenne de la petite bourgeoisie c'est clairement ça dont il parlait et il expliquait cette névrose c'est à dire cette contradiction refoulée à ne pas vouloir se dire ce qu'en réalité on ne voulait surtout pas savoir qui était liée à la confusion entre ce qu'il appelait l'imaginaire et ce qu'il appelait le symbolique on retrouve la même structure de distinction la même contradiction que celle que vous évoquez je ne sais pas si ça éclaire votre compréhension de de cet univers des signes qui nous envahit et qui faut qu'il faut auquel il faut à tous donner de manière comminatoire un sens peu importe que ce soit vrai ou pas et je dirais à titre personnel que c'est ce que nous avons beaucoup vécu à partir de la fin des années 60 avec la profusion de ce qu'il va donner à la place de la philosophie en gros de manière très répandue ce qui va donner une apparence de popularité à la philosophie ce qu'on va appeler le développement personnel et qui va être
1:45:34 introduit médié propagé par des agents extrêmement efficaces qui sont tout simplement les sophistes du 20ème siècle les sophistes ils ont produit voilà les sophistes qui ne s'intéressent absolument pas au vrai mais qui seront là pour satisfaire le public le réenchanter lui plaire lui donner ce qu'il a envie d'entendre du sens justement interpréter ses signes alimenter son fétichisme est-ce que je n'ai pas sollicité votre interprétation non non alors je ne sais pas j'espère que ça peut clarifier de manière concrète aujourd'hui cette problématique d'accord puisque puisqu'on sort d'une commémoration de 68 donc de mai on en sort puisqu'on est en juin je viens de parler de l'imaginaire et du symbolique vous rappelez un slogan célèbre l'imagination au pouvoir oui oui oui absolument regardez regardez le reportage sur les cérémonies à Nuremberg dans les années 30 et vous verrez que l'imaginaire au pouvoir c'est terrifiant vous ne pouvez pas me dire que c'est la raison qu'il était au pouvoir de faire du entier romaine etc et les torches la nuit ça ça parlait à l'imaginaire c'est la raison
1:46:44 et le symbolique nom d'une pipe il était sollicité non je dis Pascal qui croit que ce sont des slogans mais il y a eu le réel mais ce sont puis alors bien je pense qu'on peut conclure là dessus alors à moins que vous vouliez rajouter une conclusion et on va passer donc bravo merci et on va passer