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Question sur le mouvement pédagogique de la Renaissance à Rousseau
0:00 Bonjour Dominique. Bonjour Philippe. Alors on se retrouve pour les deux questions qui avaient été posées lors du dernier atelier. Donc je vais dans un premier temps lire la question qui a été posée par Sainte Lucille.
0:38 Oui. Alors je serais intéressé de connaître l'avis de M. Pagani sur l'importance du mouvement pédagogique qui s'est développé depuis la Renaissance jusqu'aux Lumières et dont Rousseau semble hérité. Entre parenthèses, l'Émile. Bon, je me félicite de cette question. Enfin je félicite Sainte Lucille. Je veux dire, bon, ça fait toujours un peu convenu, c'est vraiment pas le cas là, mais ça fait toujours un peu convenu de dire que je suis très content de la question.
1:13 Mais ça fait tout de même, oh là là, plus d'un quart de siècle, mon Dieu, que j'enseigne ce segment précisément que Sainte Lucille définit très bien en termes chronologiques, si je puis dire. C'est-à-dire la séquence qui va du XVIe siècle à Rousseau, enfin à la deuxième moitié, à la dernière partie du XVIIIe siècle, disons. Alors, pourquoi j'en parle souvent comme d'un bloc ?
1:45 Ça me permet de préciser tout de suite à l'intention de Sainte Lucille essentiellement, et puis de ceux qui nous suivent, qui nous font en plus la gentillesse de nous suivre en direct, que je vais faire deux réponses, philosophiquement parlant. Une réponse d'abord chronologique, pour reprendre la séquence qui est contenue dans la question de Sainte Lucille, du XVIe au XVIIIe siècle, et une réponse logique. Bien sûr, ce n'est pas tout la même chose, c'est-à-dire en creusant le concept de pédagogie, de transmission, d'enseignement, etc.
La pédagogie, espèce du genre transmission
2:28 Je commence par l'élément logique. Pourquoi ? Pour rappeler que la transmission est un concept sensiblement plus extensif que celui de pédagogie. La pédagogie, pardon, je vais être un peu abstrait, pas pour être pédant, mais c'est pour être précis. La pédagogie est une espèce du genre transmission.
3:00 Voilà, ce n'est pas bien compliqué. Parce que dans le genre transmission, il y a aussi bien, arriverait demain au train de 17h02. Par un télégramme, par un mail, par un SMS, par ce qu'on voudra. Je veux dire, c'est aussi une transmission. Mais qu'est-ce qu'il y a de commun ? Et c'est là qu'il y a le concept. C'est le concept de moyen terme. Comme la parole qu'il y a en ce moment entre nous. Et je ne parle pas des autres canaux qui nous relient, ne serait-ce que la lumière, puisqu'on voit une image, ne serait-ce que l'air qui transporte le son qui nous relie.
3:39 N'est-ce pas ? Tout ça, ce sont des choses qui se passent au milieu, d'où le moyen terme. Moyen, moyeux, comme le centre d'une roue. Moyen terme entre les deux extrêmes que sont l'expéditeur et le destinataire. Étant bien entendu que les rôles peuvent s'échanger. Dans un dialogue, chacun est tour à tour, expéditeur et destinataire. Il s'agit bien de cela ici. Et donc, pourquoi je rappelle tout cela ? Parce que, puisque la question a été posée dans le cadre de l'atelier qui inaugure cette saison, je parle comme dans les séries, à savoir la pensée révolutionnaire de Rousseau à Lénine.
4:26 J'ai fait remarquer dans le teaser, je crois que c'est comme ça qu'on dit, que tu as bien voulu enregistrer à l'intention de notre public. J'ai bien précisé que Hegel aurait une place un peu plus développée dans cette séquence que les autres. Non pas du tout à cause d'une préférence subjective. Je le préfère ni à Rousseau, ni à Marx, ni à Lénine. Ce n'est pas la question. Mais c'est parce qu'il est lui-même le moyen terme de cette séquence.
5:00 Je n'oublie pas la séquence 16e, 18e. Mais là, je parle de la séquence de Rousseau et Lénine. Hegel est au milieu tout bêtement. C'est-à-dire, il y a Rousseau et Kant d'abord. Il y a Marx et Lénine à la fin. Et c'est Hegel qui fait le passage des deux premiers aux deux derniers. Première raison pour laquelle il occupe la position de moyen terme. Deuxième raison pour laquelle je le privilégie, c'est parce que j'ai une petite pensée pour les agrégatifs, agrégatives, qui vont se colter le corpus hegelien cette année, dans la mesure où Hegel est au programme du concours de l'agrégation de philosophie.
5:40 Voilà. Et donc, ce sera une occasion d'avoir un petit éclairage, bien sûr, complémentaire aux excellents cours qu'on leur fait par ailleurs. Je n'ai pas la prétention d'être exhaustif, surtout au niveau d'un concours du niveau de l'agrégation, dans un timing aussi limité. Je reviens au concept du moyen terme.
Hegel : la dialectique comme syllogistique, la forme essentielle
6:11 Il occupe une place centrale dans la pensée de Hegel. Hegel a souvent dit que sa dialectique est une syllogistique. C'est important à comprendre parce que dans la dernière deuxième moitié de son œuvre, Hegel emploie de moins en moins le terme dialectique il parle de la philosophie spéculative, pour parler de son propre point de vue, par rapport à la philosophie critique quand il parle de Kant, ou à l'universel abstrait, quand il parle de ce que nous appellerions aujourd'hui le positivisme, ou de moins abstrait.
6:55 Il parle de moins en moins du mot dialectique, non pas qu'il renie la notion, mais elle est contenue dans la philosophie spéculative. Alors la spéculative, c'est quoi ? C'est le syllogisme dialectique. Je commence par des choses un peu abstraites, par opposition à la syllogistique d'Aristote. Il n'y a pas 36 syllogistiques développées dans l'histoire de la pensée. Il y a celle d'Aristote et celle d'Hegel, je veux dire, c'est intéressant. Sauf que celle-ci est l'inverse de celle-là.
7:27 À savoir qu'Hegel, je ne veux pas développer trop ce point, mais je reviendrai là-dessus dans le cadre de nos ateliers mensuels, chez Hegel, il y a une scission portée à l'intérieur même du sujet d'un syllogisme. Autrement dit, de la prémisse elle-même, et pas seulement du prédicat. Donc, pourquoi j'insiste sur ce moyen terme ? Parce que, ce n'est pas seulement pour Hegel, la pensée moderne en général, je prends un courant, on ne peut plus opposer à Hegel.
8:05 Celui du structuralisme, par exemple. Je vais dire, on ne peut plus opposer. Moi, je ne les oppose pas, je trouve que Hegel est structuraliste à ses moments. Par exemple, lorsqu'il dit, contre les romantiques, qu'il pensait toiser un peu les éléments de forme, de présentation, et qu'il disait que ce qui compte, c'est le fond, c'est l'essence. Il a cette belle affirmation dans la préface de la phénoménologie. C'est précisément parce que l'essence, pardon, c'est précisément parce que la forme est aussi essentielle à l'essence que celle-ci l'est à elle-même, que l'essence n'est pas concevable simplement comme essence, mais aussi bien comme forme, gestalt, structure, mais aussi bien comme forme, et dans toute la richesse de la forme développée.
8:45 Voilà, on ne parlait pas encore, n'est-ce pas, du parcours du signifiant, mais enfin, pour reprendre la lettre de Hegel, dans toute la richesse de la forme développée. Donc, la pensée moderne, en général, prend moins par-dessus la jambe que pas mal de pensées du passé, la notion de moyen terme. On a souvent tendance à sauter par-dessus le moyen. Ce qui compte, c'est parce que les mots dont je suis en train de me servir pour te parler, ou pour parler au public, ce qui compte, c'est le contenu de ma pensée que je veux transmettre.
9:16 C'est le contresens qu'on faisait avant Hegel. D'accord ? Comme si ma pensée était plus profonde que mes mots. Et oui, ma génialité est certainement réduite par la pauvreté du langage. C'est des thématiques qu'on entend souvent. et les mots qui ne sont pas à la hauteur de ma pensée. Et non. Le langage n'est pas simplement un moyen, comme on le croit dans un usage télégraphique. Je ne sais pas. Arriverait demain en train de 14h02, comme c'est tout à l'heure. Ce n'est pas l'emploi le plus profond du langage.
9:47 Le moyen s'avère l'essentiel, alors qu'il semble passer au second plan par rapport aux deux extrêmes qui paraissent, moi, l'expéditeur et le destinataire, les deux moments essentiels. Entre les deux, le moyen n'est qu'un va-et-vient, un valet, un messager. Et voilà que le messager, d'après le renversement que je commente, et sur lequel il insiste beaucoup, voilà que le messager apparaît plus important que celui qui l'expédie et que celui à qui il adresse le message.
10:22 Il apporte le message. Je pense ici, bien sûr, à un admirable texte de Kafka qui s'appelle « Un message impérial ». Ça fait moins d'une page, donc je ne peux que conseiller de le relire. Il existe en ligne, à ma connaissance. Un message impérial, Kafka. Et l'envégrat, il ne faut pas trop s'attarder, comme je le fais, sur le rôle essentiel et non pas secondaire du messager. Il y a un côté politique dans tout ce que je viens de dire qui n'était pas apparent, donc je le précise maintenant.
10:52 C'est que le messager paraît un peu le serviteur. Et l'expéditeur et le destinataire, c'est les maîtres. Entre les deux, on envoie une estafette, un messager, un esclave. C'est pour ça qu'en réhabilitant le rôle du messager, je fais aussi, il y a aussi une dimension d'émancipation politique. Voilà. Alors, la transmission, la pédagogie, ce ne sont donc pas des instances secondaires. L'essentiel, ce n'est pas le corpus qu'il y a à transmettre.
Renaissance et Lumières, deux mouvements critiques parallèles
11:24 Et après, on va trouver je ne sais quel moyen, je ne sais quelle astuce pédagogique pour le transmettre. Non. La transmission elle-même apparaît essentielle. Or, ce côté essentiel de la transmission, Sainte-Lucille, j'y reviens, fait très bien de l'inscrire dans une séquence chronologique qui va donc du XVIe au XVIIIe siècle. Pourquoi ? Parce que, il y a, à partir du XVIe siècle, une remise en question, non pas d'un siècle précédent, mais de presque dix siècles précédents, qui correspondent à ce qu'on appelle le Moyen-Âge.
12:09 Le Moyen-Âge, c'est immense comme ère chronologique. Depuis la fin de l'Empire romain jusqu'à, bon, en général, on fait finir aux grandes découvertes, comme on voudra, on ne passe pas du Moyen-Âge à la Renaissance, c'est-à-dire au XVIe siècle, un 31 décembre à minuit, bien sûr. Mais enfin, je veux dire, en gros, il y a des repères comme, je ne sais pas moi, 1492, de l'Amérique, ou la découverte de l'imprimerie, à peu près dans les mêmes eaux. Voilà, ce qui compte, c'est que la Renaissance est une remise en question sur une période brève, et donc incroyablement riche, foisonnante, souvent même presque excessive, dans le meilleur sens du terme.
12:52 Je pense à Ronsard, quand il dit, je veux lire en trois jours l'Iliade d'Homère. Voilà, je pense au foisonnement du vocabulaire d'un Montaigne, d'un du Bellay, d'un Ronsard, d'un vocabulaire qui a dû, après, être élagué pour faire notre belle langue classique, mais qui l'a appauvrie aussi. N'est-ce pas ? Voilà. De Rabelais à racine, le vocabulaire, c'est quelque peu appauvri. Je ne suis pas le seul à l'avoir remarqué, je ne suis pas en train de faire un cours de littérature, je ne m'attarde pas trop, mais tout de même, ce siècle est tout entier vibrant de la remise en question dont je parle.
13:30 Or, cette remise en question, elle est stoppée à partir du XVIIe siècle, la toute puissance de la monarchie absolue qui s'installe à partir du XVIIe siècle. Et en particulier, et là, je vais faire un distinguo entre la période Louis XIII et la période Louis XIV, en particulier, sous le règne de Louis XIV, n'oublions pas que c'est censé être le plus long règne de l'histoire de France, une période exceptionnellement stable. Et donc, je fais comme si, d'ailleurs, on le dit souvent, c'est un titre de Voltaire historien, le siècle de Louis XIV, pour parler du XVIIe siècle.
14:09 Or, là, l'État, c'est moi. C'est une citation de l'intéressé de Louis XIV. Il n'y a pas question de souffrir la contestation pour le maître et le monarque de Versailles. Donc, dès la fin, dès la mort de Louis XIV, après la période un peu sombre où il était maqué, pardon, pour parler familier avec Madame de Maintenon, dans une espèce de bigoterie autoritaire, dès sa mort, dès la période qu'on appelle la régence, au début du XVIIIe siècle, les langues se délient et le siècle des Lumières commence.
14:51 Je suis en train de dire qu'il y a un parallèle à faire entre le siècle des Lumières comme siècle éminemment critique, ça, tout le monde le sait, critique de l'Ancien Régime, de la religion, de la féodalité, et le XVIe siècle, critique du Moyen Âge. Il y a un parallèle que je peux essayer, je ne sais pas si on le voit à l'écran, mais que je peux essayer de montrer par ce schéma où j'ai fait exprès deux lignes parallèles, je ne sais pas si on le voit, Philippe, mais où le XVIe est en pente parce que c'est une manière de métaphoriser la remise en question, il y a du mouvement, pente avec une flèche, ce n'est pas un segment, c'est un vecteur.
15:27 Le XVIIIe, ensuite, je sautais le XVIIe, est aussi en pente, en pente parallèle, comme si c'était les deux côtés d'un parallèlogramme écartelé. et entre les deux, j'ai fait exprès de faire le XVIIe, bien horizontal, bien stable, bien plane, pour montrer que le mouvement critique, le mouvement de subversion, est ici mis entre parenthèses le temps du règne de Louis XIV. Voilà. Or, que devient l'élément pédagogique dans tout ça ?
Rabelais, Montaigne, l'Encyclopédie
16:03 Si on regarde le XVIe siècle, la pédagogie joue un rôle essentiel dans l'œuvre de Rabelais, que j'ai cité de manière allusive, tout à l'heure. Les temps forts de Pantagruel, de Gargantua c'est le passage de l'éducation médiévale, où le rôle du par cœur, de la mnémotechnie, est central, n'est-ce pas, à l'intelligence, à la critique, à la discussion. C'est tout le programme de l'humanisme, bien sûr, du retour aux sources et l'examen des manuscrits, de la vérification.
16:41 C'est ce qui constitue l'essentiel de la nouvelle éducation auquel le se voit assigné pour rompre avec des siècles où, comme on disait très bien, hors de l'église, point de salut. Il suffisait de répéter, je prends, pour prendre une métonymie et cesser de m'attarder sur l'ancienne éducation, le terme français de Kyrielle, quand on dit « m'envoyer des Kyrielles de mail », par exemple, d'où ça vient ?
17:14 Ça vient de Kyrie eleison On répétait tellement en latin langue que les neuf-dixièmes des analphabètes, parce que l'imprimerie n'avait pas été inventée, la masse rurale ne comprenait même pas la langue de la messe, et donc on répétait Kyrie, eleison, Kyrie, eleison, Kyrielle, à la fin, on dit Kyrielle. Voilà, pour montrer à quel point l'éducation précédente faisait fi des qualités d'intelligence et de critique de l'apprenant.
17:46 Voilà pour Rabelais. Quant à Montaigne, je prends les deux extrêmes du XVIe, le début et la fin du siècle. Montaigne, sa formule la plus connue, même par ceux qui le lisent peu ou voire jamais, c'est tout de même, il vaut mieux une tête bien faite qu'une tête bien pleine. Le pédagogique joue un très grand rôle. Au XVIIIe siècle, tu vas me dire, et bien sûr tout le monde sera d'accord, le monument, c'est l'Émile de Rousseau qui veut faire bien des petits après.
18:17 Oui, oui, oui, mais attention, avant d'arriver à l'Émile qui est la perfection du genre, je parle du XVIIIe siècle, c'est pas un jugement de valeur, ça veut dire qui parachève, perfection au sens qui achève, c'est le sens grammatical, on se rappelle bien. Qu'achève, quoi ? L'immense édifice didactique de l'ensemble du XVIIIe siècle, y compris des autres philosophes des Lumières avec lesquels Rousseau a eu maille à partir. Enfin, tout de même, le gros œuvre de ce XVIIIe siècle, c'est tout de même l'Encyclopédie, l'Encyclopédie philosophique il ne faut jamais oublier, Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des techniques qui est la plus fantastique opération de vulgarisation à l'échelle de toute une population qu'on n'ait jamais vue jusque-là.
19:08 Il faut voir de près les planches, les illustrations où chaque machine est détaillée dans les moindres de ses pièces avec un admirable soin de reproduction. Je rappelle d'ailleurs que Diderot, à l'époque, il n'était pas encore tout à fait brouillé, avait demandé à Rousseau de faire l'entrée musique dans l'encyclopédie et que Rousseau s'en acquitte en faisant des développements sur les musiques persanes, chinoises et arabes. Non, parce qu'il y en a qui parlent encore d'ethnocentrisme, comme si on avait attendu, je ne sais pas, les années 80 ou le postmodernisme ou les postcolonial studies pour s'intéresser aux autres cultures.
19:42 Tout de même, vous fouillez l'article musique dans l'encyclopédie rédigé par Rousseau et vous verrez qu'on en apprend beaucoup sur les échelles et les modes, n'est-ce pas, orientaux, extrêmes orientaux, etc., sous la plume de Rousseau. Bien, je referme cette petite parenthèse. Mais donc, voilà, tout le 18, tout le mouvement des lumières et c'est un des sens du mot lumière qui est une métaphore que je déploie dans tout son spectre depuis le sens propre, non métaphorique, qui est la lumière qui me permet de voir, de voir l'écran, de voir la page du livre dans lequel je lis, de voir le visage de la personne à qui je parle ou qui me parle surtout et de voir à travers sa physionomie et les mouvements de ses lèvres de mieux comprendre encore ce qu'il dit.
Les Lumières, Prométhée et la transmission du savoir
20:30 C'est la lumière dans ce sens-là, bien sûr, au sens propre, mais c'est aussi le siècle du feu, pardon, c'est aussi la lumière au sens de la chaleur, donc du feu et on retrouve le mouvement de Prométhée qui va dérober au feu, le feu à l'Olympe pour la porter aux hommes. Entreprise éminemment subversive puisqu'il prédit dans le Prométhée enchaîné d'Eschyle en toutes lettres qu'un jour, l'homme viendra le délivrer du châtiment auquel Zeus l'a condamné pour avoir fait de l'homme un rival des dieux.
21:05 Vous voyez que au lieu d'opposer, comme le fait la pensée post-moderne, néo-païenne, sous-nietzschéenne, bref, la pensée dominante de ces dernières années qui veut absolument opposer le judéo-christianisme, je pense, comme Onfray, par exemple, pourfendue par un Nietzsche réduit à cet aspect-là, le pauvre vieux, au paganisme et pour lequel, comme le dit Nietzsche à plusieurs reprises, le judéo-christianisme ne serait qu'un discours qui ne peut émaner que d'être inférieur d'esclaves qui terrorisent les hommes libres par des incantations et des sortilèges et des menaces de l'enfer, etc.
21:55 Bref, je constate ici qu'à l'opposé de cette dichotomie, le mythe de Prométhée, j'y étais, dit en gros la même chose que la tour de Babel. Au lieu d'opposer les deux, je réunis au profit de l'humanisme qu'il ne faut pas amputer ni mutiler d'aussi gros morceaux que sont le moment grec et donc païen et le moment judéo-chrétien. La tour de Babel où l'humanité est punie d'avoir voulu s'égaler à Dieu et le mythe de Prométhée où Prométhée est punie d'avoir voulu égaler l'homme aux dieux disent en gros le même message.
22:31 Bon. Or, le feu, la lumière, le siècle des lumières, c'est le siècle donc de la lumière visuelle, c'est un siècle d'empiristes, c'est surtout sous l'influence anglaise, de la pensée anglo-saxonne, et c'est l'empirisme, la glorieuse séquence Bacon, Hobbes, Locke, Hume, etc. Et qu'il faut bien se garder de mépriser. Je dis ça parce que Nietzsche dit « je méprise Locke ». Et puis, il n'est pas le seul, c'est une grande tradition de la pensée allemande de faire un peu l'impasse sur l'exigence expérimentale de la pensée anglaise.
23:10 cet effort de vulgarisation au meilleur sens du terme, vulgum veut dire peuple en latin, c'est même radical que folk, vulgus, donc de mettre à la disposition du plus grand nombre des savoirs qui étaient réservés, qui étaient l'apanage d'un petit nombre. Voilà. Non pas simplement par charité ou pour faire du bien à ceux qui bénéficient de cet élargissement, mais simplement pour le savoir lui-même.
23:45 Car tous les chercheurs, et surtout à notre époque, savent très bien que si on limitait les communications entre savants, je rappelle que pendant la guerre froide, au pire de la guerre froide, les Russes et les Soviétiques et les Américains n'ont jamais cessé d'échanger leur recherche fondamentale. Je ne parle pas, bien sûr, des formules qui permettent de fabriquer un missile ou une substance chimique létale.
24:16 Non, non, mais au niveau fondamental, les avancées sur les concepts de masse, d'énergie, particules, d'astrophysique, du vivant, tout ça a été échangé parce que ce serait une énorme limitation du savoir si on limitait, et j'y reviens, la communication, la transmission du savoir. La transmission du savoir est l'élément essentiel du savoir. Il n'y a pas le savoir qui est là et puis après on va chercher comment le transmettre. La transmission est un moment essentiel du savoir.
24:46 Essayons de voir ce qu'aurait donné la mathématique si on avait été condamné à n'utiliser que le chiffre romain pour transmettre les grandeurs. On ne serait pas très avancé. C'est tellement empirique mais au sens indéfendable cette fois qu'il n'est pas le sens scientifique, d'ailleurs, qu'il y a le sens grossier de celui qui dit moi j'ai l'expérience, moi j'ai l'africain, moi j'ai travaillé avec eux pendant des années, je les connais, mais en fait le mec il n'a rien vu du tout en Afrique celui qui dit ça. Donc, c'est les chefs de chantier qui parlent comme ça. Je précise qu'il n'y a pas le savoir d'un côté et un moyen de transmettre de l'autre.
25:25 Je reviens toujours à mon histoire de moyen terme. Voilà, j'ai donc insisté sur l'aspect logique pour en arriver à la chronologie que je viens de dessiner où il y a bien le XVIe siècle de Rabelais à Montaigne qui ne cesse d'insister sur cette transmission et mouvement critique qui est stoppé momentanément, qui est mis entre parenthèses par l'installation de la monarchie absolue sous Louis XIV, il y a d'autres qualités sous Louis XIV, il y a des choses qui apparaissent, mais enfin ça, ça disparaît et ce mouvement critique, le mouvement de subversion et de remise en question est repris donc dès le début du siècle des Lumières, dès l'époque qui correspond en gros à celle de Montesquieu.
Le pédagogique, antichambre du politique ; le dialogue de Platon
26:10 historiquement à ce qu'on appelle la Régence. Bon, qu'est-ce qu'il y a de commun au niveau conceptuel ? Je reviens maintenant du chronologique dans tous les cas, ce qu'il y a de subversif et de progressiste et de positif dans cette insistance mise sur la pédagogie, c'est qu'il y a la conviction que former l'enfant, c'est former le futur citoyen. Le pédagogique est l'antichambre du politique.
26:42 Voilà comment je résume l'ensemble des réponses que je peux faire à la question de Sainte-Cécile. De Sainte-Lucille, pardon, excusez-moi. C'est mon investissement dans la musique qui me fait penser à la patronne de la musique à Sainte-Cécile. Mais Lucille, c'est bien beau parce que je suis en train de parler de lumière et c'est bien ça que veut dire ce beau prénom. Donc, le pédagogique est l'antichambre du politique. Pour le cas où on se perdrait dans les méandres de ma réponse, il se peut que je m'y perde moi-même, j'espère que non, je concentre ma réponse dans cette formule.
27:24 Et en cela, et je terminerai là-dessus, je me permettrai de renvoyer Sainte-Lucille à une tradition antique d'où procède aussi bien le mouvement de la Renaissance que le XVIIIe siècle à ce niveau-là, à l'égard de la pédagogie, c'est le rôle que Platon a assigné à la pédagogie. Ce n'est quand même pas un hasard si toute l'œuvre de Platon est en tout cas son œuvre exotérique puisqu'on a perdu son œuvre ésotérique.
27:54 Ésotérique, c'est l'ensemble de ses cours qu'il faisait à ses disciples. Et on ne sait pratiquement rien à part une demi-page capitale chez Aristote dans le De anima et quelques petits témoignages ici ou là très fugaces chez des compilateurs comme Diogène Laërce. On ne sait rien. Donc ne parlons pas de ce qui n'est pas documenté. Par contre, on a bien sûr, ils ont eu un gros succès dès leur parution, si je puis dire, donc il y a eu beaucoup de copies. Heureusement pour nous, on a les dialogues. Or, Platon a choisi une forme littérairement, artistiquement, très développée qui est le dialogue.
28:30 Ce n'est pas un hasard, car là, il y a un artifice au sens, bien sûr, le moins réducteur qui soit, une superbe mise en scène du contenu de ce qu'il a à dire. Et pour appliquer ce que j'ai dit tout à l'heure pour le 16e et le 18e à Platon, à savoir qu'il n'y a pas le contenu du savoir ici, et puis après, le pédagogique, il ne s'occuperait que du moyen de transmettre ce savoir qui serait un déjà là, mais que c'est l'effort dans l'acte même de transmettre, dans l'effort même d'enseigner que se constitue le véritable savoir, à condition qu'il ne soit pas unilatéral, mais qu'il soit, comme chez Platon, précisément dialogique, et qu'on ne dise pas que c'est artificiel, qu'on ne dise pas qu'il y a un Socrate qui mène toutes les discussions et que l'interlocuteur est condamné à dire oui, oui, certainement, pourquoi pas, etc.
29:23 Non, non, non, non. Quand on voit dans le Gorgias, par exemple, l'incroyable intervention de Calliclès qui coupe la parole à Socrate et à tout le monde pendant plusieurs pages jusqu'à menacer Socrate de verge, s'il n'était pas si vieux, qu'il ne mériterait les verges, une menace de violence, pour montrer que c'est sérieux le dialogue chez Platon. Ça veut dire quoi ? Ça veut dire que ça ferait plaisir à certains milieux psychanalytiques aussi, ce que je suis en train de dire, je ne sais pas, qu'il n'y a d'analyse qu'en fonction de l'analysant.
29:59 Ce n'est pas un corpus qui est dans la tête de l'analyste, n'est-ce pas, et qu'il faudrait transmettre, ce n'est pas faire une translation de la tête de l'enseignant à la tête de l'enseigné. Sinon, on serait toujours à répéter ce qu'Adam et Ève devaient dire à Abel et Caïn, je veux dire, s'il n'y avait pas, justement, du côté des générations qu'on enseigne à des enfants, une résistance ou une perte, peu importe, mais une modification de ce qui était voulu au départ par ceux qui enseignaient et qui fait que les choses évoluent.
30:34 Donc, je reviens à Platon, bien sûr, le dialogue le plus, je parle comme journaliste, le plus emblématiquement désigné pour montrer le souci pédagogique de Platon, c'est bien connu, c'est le fameux Ménon, dans lequel, pour illustrer sa thèse que toute connaissance est remémoration, c'est parce que je discute aujourd'hui donc je ne m'attarde pas, ou connaître, c'est se souvenir, c'est la même thèse avec une autre traduction, Platon, devant son interlocuteur éberlué pour étayer cette thèse fondamentale, fait venir un esclave et va démontrer à son interlocuteur que cet esclave qui est un analphabète au niveau des mathématiques qui était réservé au maître, n'est-ce pas, aux connaissances libérales comme on dira plus tard, va démontrer que si on le questionne bien, cet esclave qui n'a aucune notion du théorème de la diagonale va le formuler, ne va pas le répéter, il ne va pas répéter un théorème que lui dit Socrate.
31:36 Socrate, par des questions, va lui faire accoucher, c'est le sens, comme chacun le sait, premier, de la méthode de Socrate, la maïeutique, maïa veut dire sage-femme, c'était d'ailleurs le métier de sa mère, que l'esclave va formuler lui-même le contenu géométrique et arithmétique du rapport de la diagonale au côté du carré. Donc, là encore, j'insiste sur la dimension politique, souvent inaperçue à la problématique pédagogique.
32:12 Quand je dis le pédagogique en tant que champ politique, là, Platon fait venir un esclave. on est bien loin d'un Aristote qui dit, et Rousseau le critique dans le contrat social, il y a des hommes nés pour commander et des hommes nés pour obéir, comme si c'était des ontologies différentes, qu'on ne pouvait pas passer de l'un à l'autre. Voilà, un peu comme le rapport de ce qui est noble à ce qui est vil dans l'Ancien Régime, du moins jusqu'à l'édit de la Paulette, que Clouscard a beaucoup commenté dans L'Être et le code, à juste titre, parce que jusqu'à l'édit de la Paulette, M. Paulet est celui qui, en 1610, instaure cet édit qui permet, qui instaure, ce qu'on appelle la vénalité des charges.
32:56 Jusqu'à là, il fallait naître noble pour être noble et voilà qu'à partir de l'édit de la Paulette, on peut devenir noble même si on est des roturiers, on peut passer d'une ontologie à l'autre. Donc, ce ne sont plus des ontologies. si on a la substance, c'est-à-dire l'argent du chef pour acheter une charge de noblesse. Voilà. Je crois que, je reste ouvert bien sûr au cas où Saint-Lucy aurait décorré à sa question, mais je crois qu'avoir répondu pour l'essentiel, l'essentiel n'étant jamais bien sûr aussi important que le déploiement de la forme, comme j'ai dit au début en citant dans toute la chair de la forme développée, mais ça, je lui fais confiance, bien sûr, vu l'intelligence de sa question, pour trouver de la chair et du sang à mettre sur les propos un peu abstraits que je suis obligé de tenir en si peu de temps.
Question sur la dissolution de la séparation des genres
33:52 Et donc, je me dispose à répondre à la seconde question si tu es prêt. Alors, la seconde question a été posée en ligne par Sunbro. Qu'entend M. Pagani sur la dissolution de la séparation entre les genres, notamment les enjeux ? Ah, je suis frappé de voir la manière dont il posait la question le sens dialectique de Sunbro.
34:25 Pourquoi dialectique ? Parce qu'au lieu de, la plupart du temps, on pose cette question qu'est-ce que Dominique Pagani pense de la séparation des genres ou au contraire de la fusion des genres. Là, il dit de la... Répète-moi exactement, je ne veux pas déformer la littéralité de sa question. Qu'entend M. Pagani sur la dissolution de la séparation entre les genres, notamment les genres ? Voilà. Dissolution de la séparation. Pensez dialectique, c'est bien de le formuler comme ça.
34:55 Parce qu'en général, on oppose les deux. Donc, je vais commencer par une entrée littéraire, simplement pour faire comprendre de quoi je parle. Ce n'est pas du tout mon propos et la littérature, mon propos philosophique. Mais je rappelle, ça s'enseigne dans tous les cours d'histoire littéraire, que lorsqu'on fait l'opposition tout à fait académique et rebattue, je ne veux pas dire qu'elle n'est pas justifiée, mais je veux dire sur lesquelles on aura toute la documentation qu'on voudra, entre romantisme et classicisme.
35:30 Là encore, tout à l'heure, j'ai dit que la Renaissance du XVIe siècle se caractérisait par la remise en question de dix siècles de Moyen Âge. Le XVIIIe siècle se caractérise par la remise en question des privilèges féodaux et du fanatisme de la religion, du discours religieux. Donc, je constate au passage que ici, et ça ne surprendra pas tous ceux qui sont culpés de la gauche, vous voyez que je mélange un peu exprès les deux questions, on ne se pose qu'en s'opposant.
36:08 On voit mieux du vert sur du rouge que du vert sur du bleu, sinon ça donne du turquoise et on ne distingue plus très bien. Voilà. Donc, c'est pour bien comprendre une détermination, le mieux, c'est de l'opposer à son contraire. C'est ce qui fait dire d'ailleurs Spinoza, c'est une des significations de sa formule inépuisablement profonde et que Hegel appréciait énormément et explicitement que toute détermination est négation.
36:38 Or, quand le romantisme apparaît, il faut bien qu'il s'oppose à ce qu'avait avant lui. Voilà ce que je suis en train d'illustrer. Et avant lui, il y a le classicisme en matière de normes littéraires. Or, je ne vais pas, bien sûr, rappeler tout ce qui distingue et oppose ces deux mouvements, ça ferait un cours de littérature très intéressant ou fastidieux, ça dépend comment s'y prendre, mais en tout cas, qui prendrait beaucoup plus de temps que celui qui nous est imparti. l'un des éléments capitaux, et à mon avis, décisifs de cette opposition du point de vue formel, je ne parle pas d'éléments de contenu comme l'importance du moi, du sentiment, non, mais au niveau formel, c'est que le classicisme est pour la séparation des genres et le romantisme pour leur fusion.
37:21 Voilà ce qu'il faut d'abord rappeler à celles et ceux qui posent la question. Et en particulier ici à ce mot, n'oublions jamais que le classique, c'est-à-dire l'expression littéraire et artistique de l'ancien régime, je ne diabolise ni n'angélise rien. Je suis ici en train de faire du jugement d'existence, pas du jugement de valeur. Quand on dit classicisme, il faut impliquer la séparation des genres. Et comme tout classicisme, Hegel le voit très bien dans son esthétique, a pour référence absolue l'esthétique et la littérature de la Grèce antique, au point qu'un Racine ou des gens comme ça passent leur temps à dire « ce qu'on peut faire de mieux, c'est au mieux, »
38:06 je fais exprès de la faire pléonasmatique, « d'imiter les anciens sans jamais pouvoir les égaler, à la limite, et encore moins les dépasser. » Et ce mouvement s'amorce à la Renaissance. Dès la Renaissance, on voit un retour des valeurs grecs en art et en littérature. Je rappelle la petite citation que j'ai faite de Ronsard tout à l'heure, il y a un sonnet qui commence par « je veux lire en trois jours l'Iliade d'Homère ». Bon, la plupart des pièces de Racine se passent dans le contexte greco-romain, n'est-ce pas ?
Shakespeare, Molière et la prose poétique de Rousseau
38:42 Donc, j'insiste sur le lien qui est entre ancien régime, classicisme, référence hélénique. Pourquoi ? Parce qu'on retrouve aussi chez les Grecs ce soin très important de séparation des genres. Pas question d'avoir, comme dans Shakespeare, référence emblématique, du romantique, à l'inverse du classicisme, dans la même pièce, dans le même texte, de quoi rire et de quoi pleurer, du tragique et du comique, du bouffon, du burlesque.
39:18 Et en même temps, les passages, sans doute, parmi les plus tragiques, je pense à King Lear, au Roi Lear, n'est-ce pas ? C'est-à-dire une des œuvres les plus sombres qu'un écrivain n'ait jamais osé coucher sur le papier. il n'empêche que même dans ces pièces plus sombres, il y a toujours la place, n'est-ce pas, pour du comique, voire du burlesque. Ce que Hugo reprendra, par exemple. Donc, encore une fois, le classicisme sépare les genres, le romantisme les fusionne.
39:50 Vous devinez que si on me pose la question dans le cadre d'un cycle de causerie qui a pour intitulé général la pensée révolutionnaire de Rousseau à Lénine, c'est que les enjeux de cette séparation et de cette fusion, soit de cette séparation, soit au contraire de cette fusion, à rebours de ce que j'ai dit tout à l'heure, ne concernent pas seulement des éléments formels, mais des éléments de contenu.
40:21 Ce n'est pas un hasard si les genres, la comédie, la tragédie, la scénette, l'impromptu, l'impromptu de Versailles, chez Molière, par exemple, le genre de la prose, le genre des vers, on se rappelle un bourgeois gentilhomme, n'est-ce pas, comme M. Jourdain découvre avec cette ingénuité qui n'est qu'à lui, qui n'est qu'à nous, on dit bourgeois maintenant, socialement, tout ce qui n'est point vers est prose tout ce qui n'est point prose est vers vous voyez, c'est bien séparé, ou bien on est dans la prose, ou bien on en est dans le vers, or, et donc dans la poésie, or, que devient cette séparation, et je l'illustre maintenant à la fusion, le contraire de la séparation, avec un Rousseau.
41:07 Le mot romantisme existe à peine. La première occurrence, c'est précisément sous la plume de Rousseau, dans la cinquième promenade. Rousseau n'a plus que quelques mois à vivre, on ne sait pas, quand il écrit la cinquième promenade. Et c'est à ce moment-là que le mot romantique apparaît, et encore, dans un sens très précis et très restreint, c'est l'art de faire des jardins, qu'on appelle maintenant à l'anglaise, par opposition au jardin bien ordonné, à la française. Quand il dit, les rives du lac de Genève sont peu, pardon, les rives du lac de Bienne sont plus sauvages et plus romantiques que celles du lac de Genève.
41:38 Si on y voit moins de champs et de vignes, on y voit plus de forêts, plus de... Bon, c'est la première occurrence du mot romantique, à ma connaissance, je ne suis pas un spécialiste de l'histoire des textes, dans notre littérature. Enfin, il me semble que c'est bien étayé. Or, le mot n'existe pratiquement pas, en tout cas, certainement pas, il n'est pas courant à l'époque, ou il a un sens très technique comme celui que je viens de désigner, l'art de faire des jardins pas trop géométriques. Et, le même Rousseau est celui qui inaugure quoi ?
42:11 Une prose poétique. Ce que nous venions de séparer avec Molière et avec M. Jourdain, et avec surtout le maître de M. Jourdain, qui lui enseigne à ne jamais confondre ce qui est prose et ce qui est vers, voilà qu'avec Rousseau, la prose devient poétique. Ah, il a mis du temps. C'était tellement nouveau. Ce n'est pas dans les premiers essais, d'essais sur les sciences et les arts, ou des discours sur les sciences et les arts, ou des choses comme ça, où il a encore... une langue très classique, très parfois emphatique, pleine d'entités, de figures de style bien convenues.
Séparation des genres et séparation des classes
42:44 Par contre, dans les confessions, dans les rêveries, dans La Nouvelle Héloïse, il y a de véritables, ce qu'on appellera plus tard, des poèmes en prose. donc voilà, c'est pour illustrer, ici, la fusion. Ce n'est quand même pas un hasard si la séparation est caractéristique d'une époque où les sphères sociales sont, on ne peut plus séparer, presque castées. je rappelais tout à l'heure, qu'il fallait naître noble pour être noble. On ne pouvait pas le devenir avant l'édit de la Paulette.
43:15 Et je rappelle souvent ce petit détail, apparemment, ce n'est pas un détail pour moi, parce que je le répète souvent dans ma transmission, dans la préface que Racine fait à Phèdre, dans laquelle, pour justifier l'entorse qu'il fait à la tradition qu'il voulait, que ce soit Phèdre qui aille directement calomnier son beau-fils auprès à son mari et son royal époux Thésée, voilà que, dans la pièce de Racine, c'est la servante qui a l'idée de la calomnie.
43:48 La confidante de Phèdre Œnone, sa servante. Et voilà Racine qui, pour justifier cette modification, va jusqu'à dire « je pensais que la calomnie était une chose trop vilaine pour être mis dans la bouche d'une princesse et qu'elle était plus à sa place dans celle d'une servante. » C'est extraordinaire. On voit que, selon qu'on est maîtresse ou servante, ce sont des ontologies psychologiques séparées. Voilà, une princesse ne peut pas calomnier dès sa naissance. Alors, séparation des genres, indice qu'on est dans le classicisme, expression d'une époque où il y avait, allez, une place pour chaque chose et chaque chose et surtout chacun et chacune à sa place.
44:38 Pensez au caractère de la brouillère. Et pourtant, la brouillère est quelqu'un qui fait une transition intéressante à la fin du XVIIe siècle. C'est le premier qui parle, qui attire l'attention du lecteur dans les caractères, sur le sort effroyable des paysans de son époque. Ça, ça, ça va devenir courant plus tard, au XVIIIe siècle et puis bien sûr surtout au XIXe, mais voilà. Par contre, c'était impensable. Voilà. Mais même La Bruyère montre à quel point il est de l'Ancien Régime parce que la conception même de son ouvrage les caractères, chacun de ses caractères, de ceux qu'il exprime et qu'il aligne dans son admirable recueil semble enfermé pour l'éternité dans son caractère, dans sa détermination.
45:27 Voilà. Je présume que Sunbrot commence à comprendre pourquoi il a bien je suis ravi qu'il ait parlé d'enjeux. Il a très bien compris que dans mon insistance un peu obsessionnelle, je l'avoue, à m'attarder sur l'importance des genres selon qu'on les sépare ou selon qu'on les unifie, on les fusionne plutôt, il y a des enjeux qui dépassent bien sûr la chose purement littéraire, les considérations purement formelles ou purement esthétiques.
45:59 Voilà. Ceci dit, ces enjeux ne se limitent pas seulement à la séparation en classe ou plutôt il faut assumer les conséquences de ce qu'implique cette connotation que je fais, ce linkage, pardon, pour l'anglicisme, entre la séparation des genres et la séparation en classe sociale. C'est que tout de même, depuis un certain Marx, donc je reste dans mon programme, on a appris que la séparation en classe, ce n'est pas seulement qu'il y a des riches et des pauvres Cette séparation a des incidences énormes sur des choses que l'on n'a pas l'habitude d'imputer à la différence de classe.
46:40 des éléments qui ressortent de la psychologie, des choix esthétiques, voire même du choix amoureux. Il suffit de lire l'œuvre de l'immense Clouscard pour voir, je pense en particulier au traité de l'amour fou, mais d'une manière générale même dans le capitalisme de la séduction, le titre même l'implique, à quel point la lutte des classes n'est pas un élément étranger et extérieur, aux péripéties de la séduction au sens le plus romanesque qui soit.
47:17 Voilà. C'est là qu'on voit que l'enjeu s'élargit. Il faut ici en mesurer tout le spectre. Et là, je suis passé du spectre purement économique, c'est-à-dire la séparation, la détermination la plus apparente de la séparation en classe, c'est la séparation économique. Je ne dis pas qu'elle est inessentielle, loin de là, je dis même ce qui est essentiel en elle, c'est que c'est la seule où la séparation est mesurable, démontrable, transmissible.
47:51 Je pense seulement qu'il ne faut pas la réduire à cela, il faut en voir toutes les conséquences que Marx dirait, en langage marxiste, on dirait super structurales, et qu'en vocabulaire plus clouscardien, on mettrait sur le dos de la psyché, en quoi les mutations de la praxis, les mutations qui se produisent dans la sphère des forces productives et les rapports de production, a des incidences sur ce qui se passe, je dis dans nos têtes pour simplifier, mais on pourrait aussi bien dire, pas seulement dans nos têtes, mais dans nos cœurs et dans nos âmes, dans notre intériorité, et que Clouscard résume dans le concept fondamental de psyché, où je veux en venir, puisque je suis dans la psyché, psyché, psychologie, psychanalyse, l'âme, psyché, où je veux en venir, à la première apparition de la fusion des genres.
Le romantisme venu du Nord et l'hécatombe de folie
48:44 Je reviens au romantisme. La lumière nous vient du Nord et dans ses célèbres de Madame de Staël, voilà, qui, quelquefois, elle oublie un peu le sens du ridicule, mais enfin, elle a une grande pertinence sur ce point-là, elle sait très bien, et son époque le sait aussi, que le romantisme, si on ne l'apprend pas assez chez nous, est avant tout, avant d'être du Lamartine, du Hugo, du Vigny, du Musset, avant d'être le romantisme français, qui est très tardif, il a commencé, bien sûr, chez les Allemands, les Anglais, etc., quelque chose qui nous vient du Nord.
49:17 Du Nord, nous viennent les brumes et non pas le soleil classique d'Apollon, modèle grec et modèle classique par excellence. Voilà. Il faut prendre au sérieux toutes ces différences. Nietzsche disait, pour critiquer l'hyper-romantisme de Wagner, même si en histoire de la musique, Wagner est post-romantique, il disait, Wotan, le Zeus de la mythologie germanique mis en scène par Wagner, tout au long de, sa tétralogie, Wotan est le dieu du mauvais temps.
49:55 Et quand je parle de brume, que je l'oppose au soleil de la Grèce ou de la Corse ou de la Méditerranée en général, ce n'est pas tout à fait un caprice de ma part. Qu'est-ce que je suis en train, je reviens à psyché. Lorsque le couvercle enfin se lève sur la séparation des genres, lorsque tout d'un coup les genres commencent à fusionner à l'apparition du romantisme, il y a une hécatombe de folie. L'âme en prend un coup.
50:26 Et là, je fais une descente en profondeur dans ma réponse à la question de Sunbro. puisqu'il m'interroge sur les enjeux. C'est que la séparation qui faisait qu'il y avait une place pour chaque chose et chaque chose à sa place et surtout, pas seulement quelque chose mais quelqu'un, qu'on appartenait soit à la paysannerie, soit à la noblesse, soit à la bourgeoisie, soit à la noblesse de robe, soit à la noblesse d'épée, mais que tout ça était bien séparé, commence dès le XVIIIe siècle à être bousculé.
51:01 Regardez quelqu'un comme Beaumarchais il faut attendre le théâtre de Beaumarchais pour voir apparaître une Suzanne dans le mariage de Figaro qui sera admirablement exprimée pour l'oreille par Mozart qui a très bien vu l'enjeu social et politique dans les noces de Figaro, l'opéra qu'il a tirée de l'œuvre de Beaumarchais car Mozart a toujours choisi les œuvres d'avant-garde et les plus corrosives de son temps, que ce soit Don Juan, le libertin, ou les noces de Figaro. Or, pourquoi Suzanne parce que jusqu'ici, les bonnes, les soubrettes, les cuisinières, je pense à Molière où il y a des figures inoubliables, admirables, savoureuses, je pense à la Martine des femmes savantes, qui est peut-être la seule qui est raisonnable dans la maison des femmes savantes, n'empêche qu'elle reste une bonne, elle reste à sa place, ça c'est l'ancien régime.
51:54 Et quand les femmes savantes lui reprochent de faire des fautes de français, elles répondent superbement et ça fait rire, bien sûr, toute l'assistance, mais Molière est incomparable pour cela. Mon Dieu, je parlons tout droit comme on parle chez nous, je n'avions point étudié comme vous. Voilà. Mais elle reste une bonne, une paysanne d'extraction. Alors que Suzanne est un personnage à part entière, elle a une complicité avec la comtesse dans la psyché, dans l'éros, et son amour pour Figaro est en danger, même si elle le récupère à la fin, bien sûr.
Les classes moyennes comme moyen terme social
52:30 C'est une héroïne à part entière. Donc déjà, il y a une transition de la séparation sans passage à l'altérité des classes sociales dans l'Ancien Régime, au brassage qui caractérise ce que Marx, pas le premier, mais aime bien rappeler comme étant un concept essentiel de la modernité, pas seulement économique, mais politique, la société civile, la société civile moderne.
53:01 Et je reviens donc à ce que je disais quand je répondais sur la pédagogie au concept de moyens. C'est quoi les classes moyennes ? C'est la majorité de... C'est pour ça que je disais nous tous un peu par boutade tout à l'heure que nous sommes tous des bourgeois. Ça ne veut pas dire que nous avons une pensée bourgeoise ou des critères bourgeois d'évaluation, mais ça veut dire que socialement, du point de vue mesure, nous ne sommes ni ces pauvres hères qui scandaleusement sont condamnés à faire et à refaire le trajet qui mène de l'Afrique subsaharienne au risque de la Méditerranée, au risque de la noyade et de l'esclavage.
53:40 Je parle de prolétariat mondial, je prends des extrêmes, mais nous ne sommes pas non plus au CAC 40 et nous ne sommes pas membres de conseils d'administration de très grosses sociétés qui s'exténuent dans un travail harassant quelques minutes par an pour venir prendre leurs dividendes au conseil d'administration. Nous sommes entre les deux la majorité. Bien sûr, il y a une énorme différence entre la petite moyenne, je ne sais pas moi, l'enseignant débutant, qui est bien à plaindre par les temps qui courent, puisqu'il a contre lui, les parents d'élèves, l'administration, le ministère, les élèves, tout le monde.
54:17 C'est pour ça que je commence par lui. Et, à l'autre extrême, je ne sais pas, je veux dire, les grands bourgeois qui siègent dans les conseils d'administration que je faisais allusion. En fait, voilà, entre les deux, il y a l'immense majorité de ce qui constitue les classes moyennes. Nous revenons ici, on a vu que le milieu met tout le monde d'accord. D'où ça vient ? Regardez au Moyen-Âge, il n'y a pas de milieu entre la féodalité et le paysan.
54:50 Il n'y a que des extrêmes. Vous voyez, pourquoi je tiens à mon syllogisme ? Qu'est-ce que c'est qu'un syllogisme ? Des extrêmes, les prémisses et la conclusion, et entre les deux, un moyen terme. Eh bien, voilà nos extrêmes. Le paysan, le Seigneur. Je reviens au Moyen-Âge exprès. Au Moyen-Âge. Donc, le Seigneur est là pour défendre les biens matériels. C'est sa fonction, n'est-ce pas ? Il protège le fief contre le Seigneur voisin. N'est-ce pas ? On n'est pas encore à la monarchie centralisatrice absolue, loin de là, de se faire lentement.
55:24 Voilà. Et puis, il y a le curé, le clergé. Le curé, l'évêque, peu importe. Le clergé qui protège lui aussi, qui défend, mais non pas nos corps, nos biens matériels, mais qui défend nos âmes contre le diable, bien sûr. Voilà les deux premiers ordres. Et enfin, il y a le paysan qui travaille, lui, si on travaille très bien, pour nourrir les deux précédents. Je simplifie, je caricature exprès, il y a des moines qui bossent. Voilà. Mais, ceci ne bouge pas pendant des siècles.
55:57 La bourgeoisie, elle est à peine embryonnaire. Et puis, il y a le mouvement des communes qui va lui donner de l'importance. Car la bourgeoisie a commencé dans les bourgues. Bourgues, ça veut dire ville en Allemagne, tout simplement. Freiburg, ça veut dire ville libre. Tout simplement. Strasbourg, Freiburg, etc. Donc, et Charlottenburg, c'est la ville de Charlotte. Et j'en passe. Je suis en train de dire quoi. Que cette chose négligeable, c'est « Pie powders »
56:27 comme on disait en anglais, c'est « pieds poussiéreux » parce que les marchands étaient des gens qui allaient de ville en ville dans les marchés. Les marchés, c'était là où il y avait les carrefours, des routes qui descendaient des montagnes, ou qui quittaient les forêts, et à quelques croisements, on échangeait ce qui venait de vallées perdues ou de régions lointaines. Je suis en train de dire quoi ? Je suis en train de dire que cet élément embryonnaire, d'abord, qu'il n'y ait presque rien entre les seigneurs et le paysan, va devenir tout.
56:59 à moins de quatre siècles plus tard. Je ne voudrais pas paraphraser Malraux. Malraux disait à la fin de la Seconde Guerre mondiale, entre les communistes et nous, nous, c'était gaulliste dans sa bouche, il n'y a rien. C'était vrai à ce moment-là. C'est que tout ce qui n'était ni communiste, ni gaulliste, tout ce qui était compromis et mouillé dans la collaboration jusqu'aux socialistes, jusqu'à la social-démocratie, rasait les murs à l'époque. Mais voilà que ce rien est devenu le tout qui nous dirige.
57:31 Depuis la séquence qui va de Giscard jusqu'à Macron, en passant par les tontons et la génération Mitterrand et j'en passe. Voilà. Donc, je fais des raccourcis exprès, mais je suis précis, puisqu'on me demande de parler des enjeux. Je viens de montrer jusqu'où on pourrait les étendre. Et j'encourage Sunbrough à développer dans le sens que je viens de creuser. Que si la raison humaine a vacillé, j'ai fait allusion à la folie qui a été le sort de bien des romantiques allemands chez nous, de ceux qui s'apparentent romantiquement comme Nerval, par exemple, je pense aussi bien à Nietzsche, je pense aussi bien à Hölderlin, etc.
Fusion brutale, folie romantique et inconscient de classe
58:14 Bon, pour ne prendre que les exemples les plus célèbres mais si, c'est parce que, vous voyez, je ne suis pas sectaire ni dogmatique à ce niveau-là, je ne dis pas que la séparation, c'est mal et la fusion, c'est bien, parce que la séparation, c'est l'aliénation en classe sociale et la fusion. Non, il ne faut pas que la fusion soit brutale non plus telle que la bourgeoisie l'a imposée en dépeuplant les campagnes, n'est-ce pas, pour peupler les usines. Il faut voir le mouvement des enclosures, qui a été bien étudié, comment les pouvoirs anglais ont tout fait pour affamer les paysans, pour qu'ils quittent la campagne, pour qu'ils comprennent que s'ils restaient paysans, ils allaient mourir.
58:58 Et on a fait des marins et ou des ouvriers. Les marins, c'était atroce comme ça, à l'époque, et ou des ouvriers. Parce qu'on manquait de manœuvre. Donc, il y a fusion et fusion. C'est à la ville que les classes moyennes, que la bourge, ou asile-bourge, c'est la ville, je répète, que la société civile dans laquelle nous appartenons s'est développée, c'est à la ville. Mais enfin, on peut avoir une autre conception de la ville, une autre gestion du passage, de la séparation à la fusion, une autre gestion que la gestion capitaliste qui est terriblement limitative et aliénante.
59:35 Donc, cette folie, c'est parce que les romantiques allemands nordiques, c'est une métonyme allemand, ont été les premiers à se ramasser en pleine figure. Ce que jusqu'ici était un des avantages de la séparation, c'est que précisément, c'est-à-dire, le sujet n'avait pas trop de choses à encaisser. En particulier, regardez, il est marqué sur le fronton de Delphes, souligné par Platon dans l'Apologie de Socrate, connaître toi-même, il a fallu depuis le 25 siècle pour qu'on commence à formuler le concept d'inconscient, et je ne parle pas seulement de l'inconscient freudien ici, en marxiste et clouscardien, je préfère parler de l'inconscient de classe, c'est-à-dire de ce qui, même pour un psychanalyste, constitue l'inconscient de l'inconscient, de son inconscient à lui, de psychanalyste, regardez le temps qu'il a fallu, le calvaire, la patience et le travail du négatif pour parler, pour citer Hegel, pour aller du connaître toi-même comme programme abstrait, comme ça, comme programmatique à son remplissement.
La masse critique et l'élitisme collectif
1:00:41 C'est que quand on se connaît soi-même, on y laisse des plumes. Voilà, j'achève ici, à la fois sur le plan psy et à l'inverse, sur le plan collectif et politique, les enjeux de ce que signifie la suppression, comme dit très bien ce nouveau, la dissolution de la séparation. C'est bien d'avoir parlé de dissolution, c'est comme s'il y avait un acide, et ce sera ma dernière métaphore, ce n'est pas mon domaine, j'espère que je ne dis pas des bêtises, mais j'ai cru comprendre que le système de sécurité qu'on emploie pour les bombes nucléaires consiste par un acide par un dissolvant, c'est pour ça que je prends cette métaphore, à faire se rencontrer des masses de plutonium qui jusque-là, enfin de combustible nucléaire, qui jusque-là dans la bombe sont séparées par des cloisons d'isolant, et que c'est en dissolvant ces séparations qu'on atteint tout d'un coup ce qu'on appelle, je crois savoir, la masse critique.
1:01:46 et bien, peut-être que, et maintenant j'unifie les deux questions, ce sera ma conclusion, ma conclusion pour les deux questions, peut-être que l'immense travail didactique initié à la Renaissance, qui aboutit à ce monument qu'est l'Émile de Rousseau et qui se prolonge au-delà, en passant par l'extraordinaire travail de l'encyclopédie, peut-être qu'il permet d'obtenir ce que j'appelle moi, la masse critique, mais en politique.
1:02:18 C'est-à-dire une quantité la plus grande possible de personnes, de citoyens, on dira, ayant le maximum de connaissances. Ça, les pouvoirs, là, il panique. Ce n'est pas un hasard si aujourd'hui on préfère les animateurs aux professeurs. Et ce sera ma dernière citation, c'est celle d'un collègue, du collègue d'un ami, pardon, qui enseigne et qui a subi un professeur de lettres dans un collège en banlieue qui a eu une inspection récemment et l'inspecteur lui a dit je ne peux pas vous mettre une bonne note parce que vous faites de l'enseignement, vous faites de la transmission, il faut faire de l'animation.
1:03:04 Voilà, on voit les instructions que le pouvoir donne, n'est-ce pas, à ses agents, c'est qu'il ne faut pas atteindre la masse critique, il faut qu'il y ait beaucoup de savoir chez quelques cerveaux et ou pas de savoir du tout dans la majorité de la population mais qu'il n'y ait pas de rencontre, ça ce serait la masse critique et l'explosion nucléaire politique cette fois, que redoutent tous les pouvoirs aliénants, s'il y a à la fois l'extension dans la population et l'élévation dans le niveau de connaissance.
1:03:39 Je suis donc pour l'élitisme collectif. Merci Dominique, on va aussi remercier les personnes qui ont suivi cette diffusion en direct sur Facebook et qui l'ont partagé. Écoute, on se donne rendez-vous bientôt pour l'atelier 2, je ne sais pas si tu as déjà une date pour... Non, on va sans doute l'obtenir dans les deux jours qui viennent. Les petits congés des personnes intéressées doivent nous donner la réponse.
1:04:09 Non, mais j'en profite très très rapidement pour m'excuser auprès de ceux qui ont fait la gentillesse de nous suivre en direct. La séance de mardi, c'est de ma faute, en fait, c'est de la faute de ma tablette si l'opération a échoué. Il y a eu un problème d'alimentation. Voilà. Merci beaucoup Dominique et à très très bientôt. Merci Philippe, merci à vous.