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Reprise de l'atelier et trois raisons de poser des questions
0:00 Je suis bien content de vous retrouver. C'est un peu solennel pour moi en tout cas. D'abord de me retrouver vivant parmi vous après l'incident cardiaque dont j'ai été l'objet. Je me suis relevé grâce aux excellents soins de la pitié salpêtrière. S'il vous arrive un truc au cœur, allez à la pitié. Il paraît qu'on y vient même du Japon, du Californie. Alors nous ne nous égarons pas. Je suis bien content de vous retrouver parce que très sérieusement, ça avait un goût d'inachevé à notre première année l'année passée entre crise et guerre philosopher.
0:38 Ou du moins achevé un peu en queue de poisson, une métaphore que vous voulez, en eau de boudin. À la mesure où la riche matière de la dernière partie du cours, la dernière partie dite philosophie de l'action, a été un peu précipitée pour des raisons chronologiques. Je ne dis pas bâclées, mais enfin je veux dire, il y avait une matière trop dense par rapport au temps dont on disposait pour y réfléchir ensemble les uns et les autres.
1:11 Donc je suis d'autant plus heureux de pouvoir reprendre la discussion. Et à ce propos, je crois que c'était aussi une année d'essai. Ce n'était pas prémédité. Mais objectivement, c'était la première fois que cela se faisait entre nous. Donc il faut quand même prendre ça au sérieux, c'est-à-dire, pour ce qui est des points négatifs en particulier, moi je pense pratiquement qu'à cela. Je veux dire, en votre absence, à ce qu'on pourrait améliorer.
1:44 Il me semble qu'il n'y avait pas assez d'interactivité. Ça a été dit lorsqu'on a fait notre petite assemblée générale. Il y en a qui disaient que tout était très bien, puis ils ont fini par concéder que quand même, c'est mieux si la parole circule un peu plus. Alors je sais bien qu'il y en a qui veulent savoir la suite et qui se taisent. Mais j'ai déjà dit, je le répète ici, j'aurai d'autres occasions de le répéter, qu'il y a au moins, c'est une formule que je conseille à tous ceux qui enseignent, quelle que soit la discipline.
2:17 Il y a au moins trois raisons de poser des questions, au moins trois. La première, la plus importante, c'est qu'on n'a pas compris et qu'on demande quand même de revenir sur le sujet jusqu'à ce qu'on comprenne. La seconde raison, on a compris mais on n'est pas d'accord. C'est aussi une raison très importante, surtout dans une discipline comme la philosophie tout de même, où il a été convenu, n'est-ce pas ? Une belle image que donne Platon, c'est que l'étincelle ne vient pas d'une des deux pierres qui se frottent l'une contre l'autre, mais de leur frottement précisément.
2:50 Donc je veux dire, s'il y a un désaccord, ça ne peut être que profitable lorsqu'on l'explicite. Ça ne peut que renforcer la vérité précédente, ou en tout cas où en donner une nouvelle mouture plus satisfaisante pour toutes les parties. Donc, deuxième raison, on n'est pas d'accord. Troisième raison, on a compris, on est d'accord, mais on aimerait en savoir un peu plus sur ce point-là. Vous voyez, ça fait au moins trois raisons. Donc ça, je les réitère, je veux dire, mais pour pas que ça reste un vœu pieux, je reviens sur l'aspect qui me semble plus problématique, non pas sur tel ou tel passage du cours qui s'est étalé sur plusieurs mois tout de même, du cours du cursus, je veux dire, la causerie que nous avons là-dessus.
Le titre de l'atelier et le présent historique
3:45 Mais de son principe même, tel que j'ai essayé de le concentrer dans le titre, titre dont plusieurs ont dû penser qu'ils ne voient pas toujours le rapport entre le détail de ce que je peux raconter et le titre qui interpelle, vous voyez, entre crise et guerre, virgule, philosopher, point d'interrogation. Je n'ai pas fait exprès, c'était avant tout ce qui se passe maintenant. Maintenant, on le dit carrément qu'on est en guerre, c'est officiel.
4:15 On va parler de la parole aujourd'hui, vous allez voir. Parole qu'elle soit publique ou privée. Bien sûr, le titre fait allusion à la situation présente, à un présent historique, pas un présent immédiat, pas à l'actualité du jour, pas à l'éditorial. Mais à l'époque que nous vivons, si vous voulez, celle dont Hegel disait sur un de ses carnets comme une réflexion privée, tu ne pourras jamais être plus que ton temps, mais au mieux tu seras ton temps.
4:57 Il faut renoncer à la chimère, elle doit croire qu'on peut anticiper l'avenir ou qu'on pense le passé, on arrive à penser le passé comme ça, avec la langue de tous les jours. Alors qu'en fait, qu'on pense le passé, qu'on s'imagine comment les premiers hommes se sont assemblés pour former la société, comme Rousseau fait le discours sur l'origine de l'inégalité. Et dans d'autres essais, dans le 18ème siècle, tout le monde essaie d'imaginer comme ça, comment l'homme est apparu, plus les discussions du darwinisme après, etc.
5:34 Bref, chaque fois qu'on pense les origines, on croit qu'on pense le passé, et en fait c'est les intérêts du présent qui se reflètent dans notre pensée. Voilà ce que dit Hegel, tu ne pourras jamais être plus que ton temps, mais au mieux tu seras ton temps. Ça veut dire que vous et moi, chacun de nous est toujours en retard sur son présent historique. C'est la chose la plus difficile à penser, c'est le présent historique, ce serait un peu la limite, au sens que les mathématiciens donnent à ce terme.
6:04 Chez les mathématiciens, ce qui est bien, c'est que la limite ne demande qu'à être transgressée. C'est intéressant. Bon, donc, le présent serait cette limite, n'est-ce pas ? Un peu comme la limite qui fait que le champ cesse d'être un champ là où commence la forêt, et vice versa. La forêt s'arrête là où commence le champ. La nature a pour limite la culture au sens le plus propre qui soit, le champ. Et vice versa. Donc, cet horizon du temps présent qui résonne dans le titre que j'ai donné à cet atelier, non sans raison, ça me tracassait.
Socrate et la cité : la complicité principielle de la philosophie et de la crise
6:48 Il m'a semblé que j'étais pas le seul que ça tracassait. On n'est pas là pour papoter personnelle. Ce qui est un excellent exercice, mais qui peut se faire au café du commerce, ou chez soi, ou entre amis, c'est différent. Ici, oui, les questions de l'universel tout de même. J'ai rappelé tout au début de nos entretiens, et j'insiste ici en prenant la suite, parce que ça ne change pas, c'est même plus vrai que jamais, qu'il y a une complicité au moins historique, sinon principielle, logique, mais pas seulement chronologique, entre la philosophie et la notion de crise.
7:25 Je crois que tous ceux qui ont assisté à l'atelier l'année dernière s'en souviennent. Je rappelle pour les quelques-uns d'entre vous qui nous font la gentillesse de rejoindre notre promenade collective, dans la chasse aux idées, comme dit Platon dans le Théétète Cette tension de chasse aux idées. Mais ces trois-là sont comme chasseurs en chasse. C'est un poème de Hölderlin où il fait allusion à Jésus-Christ, à Dionysos et à Héraclès. Allez savoir pourquoi, mais ça c'est notre histoire.
7:55 Je vous renvoie à ce texte même. Où il dit, mais ces trois-là sont comme chasseurs en chasse. Donc, important qu'on ait vu cette complicité principielle. Je ne vais pas me gargariser de mots techniques, mais quand même, si je disais principal, ça manquerait de force. Parce que je voudrais dire que ça fait partie de l'essence de la philosophie, et pas seulement de tel ou tel moment de son histoire. Comme le fait d'enfermer un espace fait partie de l'essence de la notion de figure géométrique.
8:29 Donc, son rapport avec la crise. Je rappelais tout de même que la philosophie commence par le questionnement d'un individu qui va être mis à mort à cause de son questionnement. Par la cité, tout de même. Et non pas par une vengeance personnelle, par une vendetta locale. Non, non, non, non. Un tribunal. Une majorité à une voix près. Et sous prétexte, vous savez, le prétexte qui avait été invoqué, c'est que Socrate, c'est toujours les mêmes qu'ont fait le procès de l'intellectuel, qu'à cause de ces questions, la croyance au dieu de la cité s'affaiblissait, premièrement.
9:19 Et deuxièmement, qu'il corrompait la jeunesse. Mais je vous ou de la corruption que j'exerce à votre égard. Toujours est-il que j'avais comparé la situation de Socrate à la cité d'une manière générale du philosophe à son présent historique et politique. Polis, je vais me dire autre chose que cité après tout. Et à savoir que, comme invariant, dans le cas de Socrate, je parlais de malentendu, avec beaucoup de guillemets, parce qu'il y a quelque chose un petit peu d'accidentel dans le malentendu, qui est un petit peu insatisfaisant, mais tout de même.
10:01 À savoir, est-ce que c'est la critique de Socrate, est-ce que c'est l'interrogation philosophique qui amène la zizanie dans la cité, ce qui revient à justifier l'accusation. Le problème n'est pas tranché. Ou bien, c'est parce que la cité est en crise, c'est parce qu'elle est déjà en crise, que la zizanie s'y est installée depuis longtemps, que s'impose tout d'un coup le surgissement de la question socratique pour essayer de sauver les meubles quand on peut encore les sauver.
10:40 Et dans ce cas-là, je comparais Socrate au veilleur de nuit, vous savez, qui se lève pour dire, hé, réveille-toi, sinon tu vas flamber dans ton lit. Et l'autre le tue, je boum, parce qu'il lui donne le déplaisir de se réveiller. pour se venger du déplaisir qui est déprimé. C'est vrai que ce n'est pas agréable d'être réveillé. De ses évidences, de ses habitudes, ce n'est jamais agréable.
11:10 Pour votre serviteur, pas moins, pas plus que pour n'importe quel d'entre vous. On y tient à nos trucs. On a un intérêt, comme dit Freud, à nos investissements, à nos erreurs, etc. Mais, donc, ce n'est pas bon de se réveiller, parce qu'on est en question. Mais enfin, il vaut peut-être mieux, c'est tout ce qu'il faut peser. Je n'ai pas la réponse. Mais je reviens à la source de la question qui fait qu'on philosophe aujourd'hui en crise. comme à l'origine, comme dans le principe.
Marx, Nietzsche, Freud hors de la philosophie
11:44 À savoir, est-ce que les inconvénients qui peuvent venir du fait que on pose des questions, on réfléchit, comme dit Merleau-Ponty, qu'on commence à donner des raisons, d'autres raisons viennent s'opposer, et le respect s'en va. C'est pour ça que dans les institutions extrêmement structurées, comme l'Église et l'armée, je pense que c'est de là, ça fait deux fois que cite Freud ce soir, c'est un hasard, mais je rappelle, petite parenthèse, je ne perds pas mon fil, ne vous inquiétez pas, j'ai été à l'Église et l'armée, loin de là.
12:15 Je rappelle tout de même que les trois grands événements dans l'histoire de la pensée, postérieurs à la clôture que voulait en fait Hegel, bref, à la fin de la philosophie telle qu'elle apparaît à la fin du XVIIIe siècle, au début du XIXe, à la fin proclamée de la philosophie, la preuve que ce n'est pas la fin de la pensée, les trois grands événements, à savoir, l'ordre chronologique, Marx, Nietzsche, Freud, ceux qui ont fait le couler le plus d'encre, ce n'est pas un jugement de valeur, depuis, se situent chacun des trois en dehors de la philosophie.
12:50 C'est un rappel que je fais au passage. le jeune Marx écrit misère de la philosophie, si vous vous rappelez bien, je ne l'invente pas. Freud est un médecin, il ne s'est jamais prétendu comme philosophe, au contraire, il arrive de débusquer dans des postures ou des positions philosophiques des éléments qui lui semblent familiers dans son bestiaire, de l'inconscient, ou dans son théâtre, comme vous voulez. Œdipe n'est pas une bête tout de même.
13:21 Et quant à Nietzsche, il a toujours dit, il était assez narquois à l'égard des philosophes, la philosophie, c'est un ensemble de jeux de mots, pour lui, n'est-ce pas ? Il aime bien citer Molière, et pas n'importe quel Molière, mais celui qui, dans le Malade imaginaire, a la question, certains d'entre vous connaissent certainement ce passage, non pas seulement dans Molière, mais dans Nietzsche, rapportant Molière, à savoir, à la question, vous savez ce que Molière pensait des médecins de son temps, il n'avait pas tout à fait tort, vous savez qu'il ne vous faisait qu'un saigné dès qu'on avait un rhume, donc, c'est souvent des charlatans, et souvent, dans l'ignorance, le plein du mot vient remplir le vide de la chose, donc, il répondait en latin, quand il, ils n'avaient pas l'explication scientifique, il répondait en latin, alors, on leur a dit, pourquoi l'opium fait dormir ?
14:10 Constatation, on connaît depuis l'antiquité, l'opium bu, les opiacés, c'est un hypnotique, et, répondent aux médecins, quia est in eo virtus dormitiva, parce qu'il y a en lui une vertu dormitive. Pour Nietzsche, ça résume un petit peu la manière philosophique de procéder, n'est-ce pas ? On répond par une tautologie, qu'est-ce que ça veut dire, une vertu dormitive ? Ça veut dire, il y a dans l'opium quelque chose qui fait dormir. Alors, pourquoi il fait dormir ? Parce qu'il y a dedans, quelque chose qui fait dormir, alors, on est bien avancé. Pourquoi la voiture se déplace ? Parce qu'en elle, il y a une faculté motrice.
14:42 Vous rigolez, vous rigolez, vous avez raison, Molière, c'est fait pour ça. J'ai eu un prof de lettres, c'était son premier, qui nous barrait, chaque fois qu'on mettait le mot génie, quand on est ado, et il disait, alors, ça suffit, un génie Molière. Voilà. Je laisse être en stabilité, mais que tout de même. Et donc, Nietzsche, vous voyez, rappelle qu'il est philologue, il étudie les langues, et donc leur procédé rhétorique.
15:12 La tautologie est une figure de rhétorique, après tout. Et surtout, Nietzsche aurait été très amusé par la vague de Nietzscheïsme qui déborde d'une manière obscène depuis 40 ans dans la pensée contemporaine, ou dans l'idéologie, dans les formes les plus réactionnaires de l'idéologie contemporaine, dans la pensée, beau, beau, beau. Moi, je l'appelle beau, beau, beau. Bourgeois, bohème, bouddhiste, et même bonobo, après tout. Oui, il y a beaucoup de bonobobisme dans les réactions aux attentats. Je reviendrai.
15:44 Oui, je parle d'obscénité, parce que quand même, Nietzsche, il a payé de sa personne le pauvre vieux. Quand il s'effondre à Turin, vous savez, quand il embrasse ce cheval maltraité, quand il s'écroule dans la rue et que les psychiatres s'en mêlent et que c'est le début de la fin, la folie se déclare à Turin qu'un cheval maltraité, il lui roule un patin. Lui, qui dans toute son œuvre, avait dit que la contre-valeur par excellence, la valeur la moins Nietzscheïenne, c'est la pitié. figure pathétique, pauvre Nietzsche, n'est-ce pas ?
16:15 Et voilà qu'on en fait un décapeur, un démystificateur, etc. Bon, j'ai beaucoup de tendresse, d'affection pour lui, mais quand même, je le cite, voilà, pour ne pas parler dans son dos, vous avez un long poème au milieu de Zarathoustra, il vaut mieux le laisser parler plutôt que de parler à sa place, qui a un refrain, un rondo, Nietzsche connaît bien la musique. Et ce refrain, c'est, toi, on parle à lui-même, toi, l'ami de la vérité, l'ami de la sagesse, elle n'est pas en traduction, sous-entendu, philosophia, strictement, toi, le philosophe, allons donc, de point, rien qu'un fou, rien qu'un poète.
16:51 Voilà, Nietzsche n'avait pas cette prétention qu'on lui assigne maintenant d'être le maître à penser des philosophes. Je referme cette parenthèse un petit peu longue sur Nietzsche, qui était nécessaire parce qu'il prend beaucoup de place, enfin, un pseudo Nietzsche prend beaucoup de place et surtout celle du pauvre Nietzsche qui est beaucoup plus intéressante. Dans l'idéologie contemporaine et dans le désordre, Deleuze, Foucault, Derrida, Onfray je veux dire, ils sont d'accord sur rien sauf qu'ils sont tous hypernietzschéens, c'est bizarre.
L'Église et l'armée ; l'origine des mots
17:23 Et donc, ces trois-là, Marx, Nietzsche, Freud se situe en dehors de la philosophie. Donc, oui, Freud faisait remarquer que l'église et l'armée, je ne perds pas mon fil. Il a étudié ses deux foules. Ce n'est pas son domaine. C'est un psychiatre de formation, etc. Il était amené un peu extrapolé de sa vie. Il fait des hypothèses. Il est très prudent. Il est très humble. Quand il s'égare de son domaine propre, de son domaine de compétence, on dirait aujourd'hui dans les CV, il est très humble.
17:55 Il dit, je dis ça, c'est purement spéculatif à partir de maintenant. Il dit, je ne suis pas sûr du tout. Et puis, souvent, il revient en arrière. J'aime bien sa manière de procéder, qui n'est pas du tout dogmatique. Donc, avec des prises de risques et d'orbes qui corrigent. Ou au contraire, ils s'entêtent. Et là, deux foules sans femme, l'église et l'armée. Relisez ce texte. C'est un texte admirable. Oui, dans les institutions fortement structurées, il est évident que dès un questionnement, je reviens à mon propos sur le surgissement de la philosophie, une mise en question des évidences de tous les jours est un peu plus périlleux.
18:35 N'est-ce pas ? Plus l'institution est structurée, plus sa mise en question est subversive au sens étymologique, vertere, retourné par-dessous. Vous savez, comme un pull, qu'on retourne, comme un gant. C'est pire qu'une blessure, ça. Comme ça, on retourne. C'est le même sens qu'il y a dans la révolution avec tout de même le fait que l'origine soit astronomique. Ce qui est en bas est en haut et ce qui est en haut est en bas.
19:05 La révolution des astres. La révolution de la lune autour de la Terre. C'est ça le sens étymologique. C'est toujours intéressant de voir d'où vient un mot. Vous avez dit qu'on a parlé pas mal des mots et du langage ce soir. C'est toujours intéressant de voir lorsqu'on s'empatouille dans des labyrinthes d'abstraction et qu'on ne sait plus très bien où on en est, de réfléchir à quel est le champ d'origine du mot que j'emploie. Est-ce qu'il vient de l'agriculture, de l'astronomie, du droit, du langage militaire ? Je pense aux événements au Mali ce soir.
19:36 Or, le Mali, moi je travaillais pas mal outre-mer comme les autres fois. Ça fait partie des pays du champ. C'est comme ça qu'on dit. Certains d'entre vous connaissent peut-être l'expression des pays du champ. Et ben voilà. Quand vous êtes coopérant par exemple en Côte d'Ivoire, au moment des vacances de Pâques, vous ne pouvez pas aller, indépendamment d'événements d'aujourd'hui, depuis toujours, dans votre statut, dans votre contrat, vous ne pouvez pas aller au Burkina sans demander l'autorisation à l'ambassade de France parce que vous êtes dans le champ.
20:07 Alors on a beaucoup réfléchi, c'est quoi les pays du champ ? C'est les pays francophones, non ? Parce qu'il y a des pays, le Canada, les francophones, ce n'est pas un pays du champ. On ne peut pas envoyer coopérant par l'air. Alors c'est... Ou la Belgique ? Alors c'est... Les anciennes colonies, c'est déjà mieux, ça recoupe presque, mais non, parce que la Sierra Leone, qui est une ancienne colonie anglaise, qui n'a jamais été colonie française, qui maintenant fait partie du champ. Je ne sais pas ce que ça veut dire. Je connais la liste des pays que ça concerne.
20:38 En gros, les pays concernés par l'aide au développement, ceux qui sont censés ne pas pouvoir s'en tirer sans moi, sans toi, sans moi, sans nous. Je n'ai jamais vu un pays en aider un autre à devenir son concurrent, mais ça, on en reparlera une autre fois. Je n'ai jamais compris l'aide au développement. Déjà, déjà, on s'étripe entre le français, allemand, anglais, au niveau commercial. Je parle un, je vais dire espagnol, qui va vendre ses trains, ses centrales nucléaires, ses trucs, ses bagnoles. Vous voulez qu'on aide maintenant quoi ? Le Nigeria à rentrer dans le jeu ? Non, mais ça ne va pas.
21:09 Qu'est-ce que ça cache encore ce truc-là ? Ça fait longtemps que ça dure. Le bilan n'est pas gai. Bon, alors, ce n'est pas notre sujet. Toujours est-il que la métaphore est militaire, le champ. Vous voyez, l'origine, là, on voit bien, ces pays à l'origine qui sont objets d'une invasion, un truc. Donc, c'est vrai, moi, je ne suis pas contre. Quand on est là-bas, on doit avoir une certaine obligation de réserve, parler de son pays d'une manière différente que lorsqu'on est chez soi dans l'Hexagone. Je ne discute pas le principe. Mais voilà, c'est toujours se rappeler d'où vient le domaine d'origine du terme que j'emploie.
Au-delà du malentendu : la crise athénienne
21:44 Donc, voilà, je situe vraiment le problème en termes de malentendu pour l'instant. Je reprécise que ce n'est pas tout à fait satisfaisant, c'est malentendu parce qu'il y a un petit côté contingent accidentel, à savoir, ah, vraiment, si on s'était bien concerté, ils auraient compris que Socrate, s'il les réveillait, s'il les exposait au déplaisir d'avoir à se réveiller, je m'arrête de nouveau, oui, déplaisir, je ne suis pas à la mode, la philosophie n'est pas à la mode, il y a plein de philosophes à la mode. Mais la philosophie telle que je la rappelle dans son surgissement, dans son essence, elle n'est pas du côté de l'hédonisme, c'est ça la philosophie du plaisir, non ?
22:19 L'hédonisme, c'est comme ça qu'on l'appelle, n'est-ce pas ? C'est la doctrine officielle, du moins, si j'en crois France Culture. Écoutez, le matin de France Culture, n'est-ce pas ? Surtout au mois de juillet, on a Michel Onfray, il paraît qu'il est terminé, mais j'ai lu ça. Mais Onfray, on parle de l'hédonisme, ça sur les plages, on peut être sur la plage, comme ça, et entendre entre le flux et le reflux la voix d'Onfray. Philosophe balnéaire, comme ça, avec, ben oui, moi, il y en a marre, des consciences malheureuses, et des romantiques, et je ne sais pas quoi, des chrétiens, des sous-nits.
22:57 Nietzsche, en savait quelque chose, du principe de déplaisir. Il n'y a qu'à voir sa photo à côté de Lou Salomé, c'est édifiant. Je vous recommande cette photo, pas 36 photos de Nietzsche, après tout. La photo de Nietzsche à 3000 mètres d'altitude, avec une fille qui l'a failli épouser, cette fois, il n'était pas loin de pauvue. Et, ben oui, on en fait le mec de l'éclate et tout, on lui veut bien, mais en ne pas pas 3000 mètres d'altitude avec la redingote, Herr Doktor, et à côté du futur mari, les deux tirant une petite charrette, suisse, c'est un truc folklorique, pour les touristes, comme ça, et avec Lou Salomé, dessus, avec son fouet, qui fouette nos deux acolytes Nietzsche.
23:49 C'est extraordinaire comme photo, pas inventée, il faut la voir. Voilà. Quelque chose me gêne dans cette histoire de malentendu, parce que, on a beau dire, oui, si on s'est expliqué, on n'aurait pas flingué Socrate, on aurait dit, ah, heureusement que tu nous as réveillés, bon sens, c'est vrai que si on continuait comme ça, on ne voyait pas que Philippe de Macédoine était préparé une offensive sur Athènes et qu'il allait bientôt bouffer la cité et introduire l'Empire à la place de la cité.
24:21 C'est bien ça qui s'est passé, non ? On est enfin ici à ce qu'on appelle le miracle grec. Je ne crois pas au miracle, toujours des... Quand on regarde de près la genèse d'un processus, le miracle s'évapore. Je veux dire par là que quand on regarde de près, il y a beaucoup d'Orient dans la Grèce. Ça ne surgit pas de nulle part, même s'il y a un seuil, mais tout de même. Astarte, ça sent Ishtar, la grande déesse babylonienne qui a vu la porte d'Ishtar au musée de Pergame à Berlin, comprends ce que je veux dire.
24:53 C'est la fécondité qui va donner Astarte, notre Vénus. Donc voilà, tout de même, il y avait bien une crise. C'est que pendant que les Athéniens discutent de qu'est-ce que le beau, qu'est-ce que ceci, qu'est-ce que le bien, etc., Au Banquet, entre Agathon, Alcibiade et tout, pendant ce temps, les Macédoniens affûtent les lances, les javelots, les glaives, les épées. Là, dans le nord, un peu plus barbare, un peu plus fruste, là-haut, là.
25:23 Et vont bientôt mettre tout le monde d'accord. D'abord Philippe, puis ensuite le fiston, n'est-ce pas, qui va étendre ça à l'Empire, et puis l'on la relève sera l'Empire romain, et on passe la cité à l'Empire historique. Donc Socrate avait bien raison de dire, oh là, et puis il faut se réveiller, il se passe des choses, il se passe des choses. On a un modèle, qui est malade. Et je vous ai dit qu'on allait parler des mots. J'ai l'air de m'égarer dans les choses, pas du tout.
Langage dépolitisé et politique de l'autruche
25:55 Parce que la maladie, son symptôme, et c'est tout le génie, au sens le daemon, pas au sens, on va mentir, c'est tout le, ce qu'est décisif l'initiative de Socrate d'avoir compris ça, que la maladie s'exprime dans les mots, dans les mots de la cité. M-O-T-S. Les mots M-A-U-X de la cité s'expriment dans les mots M-O-T-S de la cité. Il y a un côté symptomatique.
26:28 Je suis frappé, je fais cette longue introduction parce que je suis frappé par le traitement de l'actualité la plus brûlante. Alors que le politique, avec un P, comme on en voit rarement, frappe à nos portes et à nos portes, vous voyez, les plus intimes, on se demande, quelquefois, si on fait bien sortir ici ou là. on assiste pour en parler à un langage dépolitisé, plus psychologique que jamais. Mais oui, il faut montrer qu'on continue à vivre comme on aimait, qu'on en veut à nos valeurs.
27:02 C'est qui ce « nous » ? Moi, il me semblait qu'une société française avait de profondes dissensions bien avant tous ces événements, déjà. c'est difficile de la ramener à un « nous » commun. Et maintenant, il se semble tout d'un coup, est-ce un milieu, le milieu des « B, B, B » ? « B, B, B » ? On fait quatre B ? Bourgeois, bohème, bouddhiste et bonobo. C'est moi qui rajoute « bouddhiste » et « bonobo ». Je vais vous dire pourquoi « bouddhiste »
27:32 parce que vous connaissez mon côté anti-écolo, je ne vais pas enfoncer le clou. Je suis agaçant. Mais, côté bouddhiste, j'ai eu la chance d'être au Vietnam en 1945. Et donc, oui, je dis ça parce que enfant, autour de mes parents, c'était le discours réactionnaire classique du monde de l'expatriation de l'époque. On leur a donné les hôpitaux, les écoles. Bref. Et j'entendais souvent ceci, j'étais gamin, j'entendais souvent les Vietnamiens, ils ne sont pas bien, ils ne nous aiment pas, ils sont nationalistes.
28:05 C'est avant la guerre du Vietnam américaine. C'était tout juste au début de la guerre dite d'Indochine avec les Français. Vous voyez, je me résituais un peu. Ils n'aiment pas, ils sont... Je ne tranche pas sur le fond, c'est peut-être rien. Alors que les Cambodgiens, ils sont doux, ils sont bouddhistes, ils sont gentils. plus grands génocides de l'après-guerre, un million et demi de morts. Ce ne sont pas les Vietnamiens rouges, c'est les Khmer rouges. Je me méfie de... Je me méfie. Je ne sais pas, tout le monde dit il est beau, tout le monde dit il est gentil et nos habitudes et nos valeurs.
28:38 Nos valeurs. Nous partageons nos valeurs avec le patron de l'Occident, c'est les États-Unis, non ? Ce n'est pas dans mes valeurs qu'on me mette à la chaise électrique un innocent de 14 ans. Enfin, quand même, ce ne sont pas les vôtres non plus. Je sais bien. La plupart des pays d'Europe ont interdit la peine de mort. Je ne sais pas un jeu personnel. Il y a des choses que j'admire aux États-Unis. Je ne bouffe pas de l'Américain, vous voyez bien. Il y a des gens de droite, vous bouffez de l'Américain. Je bouffe de l'OTAN. Bah, pareil. Des fois, c'est lié. Disons que c'est le navire amiral. Mais quand même, il y a des choses excellentes aux États-Unis.
29:09 J'aimerais bien voir chez nous. Mais il y a aussi des contre-valeurs. Et tout d'un coup, on aurait des valeurs homogènes. Je ne voudrais pas que la gravité de la situation soit accaparée par un milieu qui, plus que jamais, fait la politique de l'autruiche. Le jeu de mots, il n'est pas de moi. J'aurais bien aimé. Il n'est pas mal. C'est Lacan, vous en doutez. C'est sa spécialité, les jeux de mots.
29:40 Lacan parle de la politique de l'autruiche quand la conscience ne veut rien savoir. Le déni total. Parce que c'est la politique de l'autruche, vous vous en doutez, vous savez, dont on dit que lorsqu'elle est en danger, elle met sa tête dans ça donc on ne peut plus mettre le derrière sans aucun problème. Donc, tactique que je ne vous conseille pas. Mais c'est aussi le rapport à autrui. L'autruche, mais autrui. Et bien sûr, l'Autriche patrie du fondateur de la psychanalyse. Donc, c'est un triple jeu de mots. C'est pas mal.
« Qu'appelles-tu ? » : laxisme, échec et crise
30:10 Voilà. la politique de l'autruche est plus que jamais à la mode, n'est-ce pas ? C'est-à-dire qu'il consiste à continuer plus que jamais dans le discours qui a précédé les événements qui nous secouent et qui sont pourtant le plus éclatant démenti de tout ce qu'on a entendu jusque-là. Si j'étais en Russie, je ne suis pas du tout sûr que je voterais Poutine. Je vous parle librement. Pas du tout sûr. Mais ce qui est sûr, c'est que ce n'est pas Poutine qui est venu arroser les mecs sur les cafés dans le 10e arrondissement. Or, le danger, c'était lui, il n'y a pas si longtemps.
30:40 C'était lui avant tout. Ah, la menace russe. Et pire, Bachar al-Assad. Puis on dit toujours le nom, le prénom, Bachar al-Assad. On personnalise. Saddam Hussein, Bachar al-Assad, Kadhafi. J'en vis ces anonymes qui sont à la tête de grands trusts anglo-machin-américain-allemand-francais, ce que vous voulez, etc. On ne connaît même pas le nom et qui dirigent le monde avec autrement plus de puissance et d'efficacité que Bachar al-Assad, croyez-moi. Voilà. Pour vivre heureux, vivons cachés et non pas coucher.
31:15 Voilà. Donc, vous voyez, de nouveau, les maux de la cité s'expriment dans les mots de la cité. Et j'avais fait remarquer au début, tout au début de notre atelier qui a quand même la forme d'une initiation à la philosophie ou d'une réinitialisation pour parler comme les ordinateurs, n'est-ce pas, pour ceux qui l'ont déjà pratiqué. D'une manière peut-être plus radicale, puisque je vous rappelle que la question socratique fondamentale n'est pas qu'est-ce que c'est entre nous, mais qu'appelles-tu ?
31:45 Merci. Ah, c'est bon de voir qu'on a entendu. Un écho. Qu'appelles-tu ? Et oui, parce que qu'est-ce que c'est l'être de la chose est déjà donnée ? Alors que qu'appelles-tu ? C'est vraiment le vrai départ. C'est-à-dire, pour l'instant, je n'ai qu'un mot qui circule entre nous. Allez savoir si ça correspond à quelque chose qui existe. on entend souvent dire maintenant qu'on a été laxiste avec les terroristes. Vous entendez ce mot ? On entend tout le temps. Laxiste, la preuve, c'est qu'on vient de prendre de loi.
32:17 Attention. Je ne sais pas si ça va servir pour les terroristes, mais enfin, au cas où il y a des émeutes sociales, parce que tiens, on ne parlait que de crise économique et sociale il n'y a pas si longtemps. On n'en parle plus. C'est déjà ça d'acquis. Merci les terroristes. Le jour où il y a des émeutes, on aura un dispositif tout prêt. Mais enfin, on n'en est pas là. Ce n'est pas hasard si ça fait la quinzième fois qu'un renforcement de la loi qui aggrave la répression. Quand même, je vais dire en quelques années. Il faut suivre.
32:47 Même si je suis plus attaché à la sécurité que quiconque ne croyait pas. Mais tout de même, on entend parler de laxisme. Vous voyez ? Donc, le mot lui-même, si je l'analyse, si je le prends au sérieux, ça veut dire que c'est des gens qui ont de bonnes intentions, mais qui ne sont pas sérieux, qui se sont relâchés dans la vigilance à l'égard des dangers qui nous menacent. C'est ça, laxisme. Comme on dit, Jospin avait échoué. Vous vous rappelez, Jospin ? Il avait échoué.
33:18 Qu'est-ce que ça suppose en les deux cas ? Ça suppose que la finalité poursuivie par les intéressés, ceux qui étaient laxistes ou bien Jospin, leur finalité est la bonne. Mais comme malheureusement, ils ont échoué dans leur finalité. N'est-ce pas ? Mais moi, je ne suis pas sûr. Peut-être qu'on peut dire que Jospin a réussi. Après tout, c'est sous Jospin qu'il y a eu le plus de privatisation, de libéralisation de l'économie. C'est peut-être ça la fonction historique du PS.
33:48 Qu'est-ce que vous voulez que je vous dise ? C'est une hypothèse. De la social-démocratie, en général, dans le PS, il y a tout ce que vous voulez, même des gens qui critiquent ce côté-là. Je ne suis pas politicien. Il y a d'excellents gens. Mais enfin, voilà, on peut dire que nice job, Mr. Jospin. Nice job. Oui, quand même, ça a été mesuré. Je veux dire, jamais le gouvernement de droite ne peut pas. Giscard d'Estaing de piquer dans l'affaire des diamants avec le petit doigt en l'air quand il prend le thé, il ne peut pas faire passer certains trucs.
34:21 Il est trop repéré comme étant de droite. Mais un social-démocrate peut le faire. Voilà. Donc, je vous rappelle que lorsqu'il y a eu le dernier soubresaut qui pouvait s'opposer à Hitler dans les rues allemandes, quand le parti nazi ne cessait de gonfler ses voix et que les voix centristes s'effondraient comme souvent en crise. Je ne sais pas si certains d'entre vous ont déjà vu ces modèles dans ce qui s'appelle Politologue que je ne critique pas, je n'ironise pas.
34:54 Mais il y a des courbes, vous savez. Il y a la courbe de Gauss, la courbe la plus répandue, la courbe normale comme on l'appelle aussi, n'est-ce pas ? parce que c'est comme à la pétanque, n'est-ce pas ? Les boules qui sont à 50 mètres du cochonnet sont assez rares, les boules qui touchent le cochonnet sont assez rares, la plupart sont dans la moyenne, comme on dit ça, la courbe de Gauss. Donc, la plupart des gens votent à peu près centre-gauche, centre-droite et puis il y a 2 ou 3% qui sont extrêmes droits. Je peux couper, c'est moi.
35:26 On coupe Mozart, le Mozart numérique, on peut gagner. Donc, c'était, j'ai perdu mon fil. La courbe de Gauss, merci. Moi, c'était ça presque dans toute ma jeunesse, l'extrême droite faisait 2%, je ne sais pas, l'extrême gauche, il y avait des mouvements, Van Aert, Trotskar, je ne sais pas, il n'y a pas encore les maos qui s'amenaient. Il vous paraît 1,5% et puis une large majorité étant entre les deux.
35:59 Puis on se rapprochait du centre, puis la courbe avait la forme d'un ballon d'Alsace, vous savez, c'est une montagne érodée, ce n'est pas les Alpes, il est ventripotent. Et puis, en période de crise, regardez, je suis dans les années 30 en Allemagne, le centre s'effondre et c'est la courbe en U, là, c'est plus inquiétant. Oui, en U, avec les extrêmes qui recrutent, les nationaux-socialistes et puis qui faisaient la peau dans la rue aux spartakistes, les partis communistes allemands, et bien, qui a liquidé dans la rue les deux grands leaders historiques des spartakistes allemands, Karl Liebknecht et Rosa Luxemburg, un flic qui était le parti socialiste et qui a dit je serais « der Bluthund »
36:44 je serais le chien sanglant. Donc, je ne plaisante pas, je suis grave aujourd'hui. Situation qui m'interpelle, quelque part si vous voulez. Je dis ça parce qu'il se passe des choses à Bamako. Vous voyez que j'ai pensé à Paris, hein. Je me rappelle, j'étais à Bamako il n'y a pas si longtemps, ça faisait quelques années, quoi. Avec une amie à qui je disais qu'elle était dans les ruelles les plus populaires à 2h du matin, elle était plus en sécurité, là, enfin une femme et plus en sécurité en tant que femme, en tant que blanche, le sac peut être toujours intéressant à dérober, ça c'est un homme comme une femme.
37:20 Mais en tant que femme, elle est moins importunée à 2h du matin à Bamako qu'au boulevard Saint-Germain un vendredi soir, à la limite, je veux dire. C'est vrai que l'Afrique subsaharienne, pour ne pas dire l'Afrique noire, est une des régions les plus tranquilles qui soit au niveau civil. Je veux dire, à part quelques grandes villes où il y a toujours une pègre comme Abidjan mais qui n'arrive pas à se vivre. Les grandes pègres de Chicago. Bref. Donc, et voilà que maintenant on ne peut même plus prendre un verre à Niamey, je ne sais pas, Bamako bientôt à Ouaga.
37:57 C'est quand même extraordinaire. Il n'y a rien qui a changé dans ces pays. C'est nous qui avons changé en Libye. On a ouvert les écluses. Bouf ! Regardez sur la carte. Là, il dit, ça c'est cool maintenant. Plus rien qui empêche à l'horreur de venir dans cette région qui était une des plus paisibles au niveau civil qui soit. Les gens avaient du mérite à être paisibles parce que bon sang, qu'est-ce qu'ils encaissent matériellement ? Les pays les plus pauvres du monde, les PMA, comme on dit à Bruxelles, les pays les moins avancés.
Euclide : les énoncés premiers comme demandes
38:27 Donc vraiment, que ce n'est pas ça, Bamako, ça me reste en travers de la gorge. Voilà. Donc, est-ce que c'est la critique qui provoque la crise ou est-ce que c'est parce qu'il y a la crise qu'il ne faut plus que jamais philosopher ? On en revient à notre question. Et si je rappelle que la réponse ne peut se trouver que dans la prise en compte des mots, M-O-T-S, cette fois, je laisse maintenant les mots M-A-U-X de côté, c'est pour faire un autre rappel, c'est que j'avais dit que le philosophe se trouvait dans un drôle de compagnonnage lorsqu'il est aux prises avec les mots parce qu'il y en a deux autres, non pas qu'ils font concurrence, mais qui ont aussi en objet la réflexion, n'est-ce pas, sur les intitulés, sur les énoncés.
39:18 C'était le mathématicien de l'origine et le poète. On ne peut pas faire plus opposé, enfin plus opposé dans la conscience commune, n'est-ce pas, rien interdit à un mathématicien de faire d'excellents poèmes à ses heures et vice-versa. Je pense à Lautréamont, un grand poète, je ne sais pas, qui dans un texte célèbre dit mathématiques sévères, je ne sais pas, il doit connaître ça, un bel hommage aux mathématiques. Voilà. Et puis je pense aussi à Évariste Galois, vous savez, ce prodigieux mathématicien mort à quel âge ?
39:48 23 ans, 24, maximum, un truc comme ça, duel. Et qui dans ses papiers, activement, la nuit précédant, le duel, qui va lui être fatal, n'est-ce pas ? Pour une amourette qui est passée par là, j'ai perdu la nuit précédente, son duel, il met ses résultats de toutes ses recherches à lui, la démonstration, et c'est la source des théories des ensembles, la Bible des mathématiques contemporaines, Évariste Galois, le Rimbaud des mathématiques, oui, c'est pour faire le parallèle, on l'appelait, précoce.
40:20 Oui, quand même, le mathématicien, déjà vis-à-vis du langage, là je vais insister parce qu'on prend la relève de l'année dernière, je peux maintenant creuser alors qu'à l'époque, ça aurait été un détour, on aurait perdu le fil. Qu'est-ce qui s'est passé avec l'apparition des mathématiques ? Je ne dis pas l'origine, à l'origine, les choses se perdent parce que l'origine des mathématiques va bien au-delà d'Euclide, les babyloniens ont une importance capitale, bien plus que les égyptiens encore, les égyptiens étaient plutôt géomètres mais en arithmétique, les babyloniens étaient allés très loin, le système duodécimal est excellent, on l'a gardé dans le calcul du temps quand même, n'est-ce pas ?
40:59 C'est le système sexagésimal. Mais, ce qui fait qu'on attribue ce rôle historique à Euclide, c'est parce que c'est la première fois que quelqu'un se propose de faire un discours mathématique pur, c'est-à-dire indépendant de telle application pratique, de telle visée matérielle et qui s'occupe uniquement de la vérité, de la validation des énoncés avancés. C'est en ça que c'est une grande première épistémologique qui va fonder la science que nous connaissons.
41:31 Je vous rappelle quand même que les mathématiques n'ont pas besoin des autres sciences pour exister, alors que les autres sciences n'en seraient pas si il n'y avait pas un recours mathématique. C'est un peu abstrait ce que j'ai dit dans l'histoire des mathématiques. On s'aperçoit qu'il y a un va-et-vient entre mathématiques, physique, tout ça, bien sûr. Mais je veux dire, théoriquement, un mathématicien a besoin de son papier, de son crayon et encore. Il paraît que dans les congrès de mathématiques, il y a des mécs allumés qu'on voit dans des couloirs d'hôtel comme ça, en train de rêvasser, rêvasser à la quatorzième racine de... C'est extraordinaire, la puissance d'abstraction.
42:03 Et profitez-en quand vous êtes jeunes parce que nous avons des mathématiciens brillants dans la salle, parce qu'il paraît que c'est ce qui disparaît le plus vite, la pertinence. Vous avez peut-être lu des choses là-dessus. On peut être un grand physicien encore à 75 ans, être fécond, utile, etc. Pour un mathématicien, peut-être à cause de cette abstraction qui demande, quand on rentre dans la vie active et qu'on a des enfants, c'est difficile d'occuper le cerveau. Donc, qu'est-ce qui se passe avec Euclide ? Où est le tournant décisif ? C'est plusieurs points.
42:37 J'en ai dit quelques-uns, mais je voudrais le systématiser ce soir. Premièrement, que tout part d'énoncés. Vous avez dit qu'on parlerait des mots et du langage au commencement et sinon à la parole, en tout cas le discours. C'est-à-dire que pour énoncer la moindre vérité, Euclide, il faut que des énoncés vrais soient déjà donnés à titre primitif. Ces notions premières, comme on les appelle à l'époque, s'appellent tantôt postulat, tantôt axiome, bien sûr définition.
43:10 Souvent, on commence par là. Et c'est à partir de ces notions premières considérées comme acquises qu'on peut commencer à construire des propositions, théorèmes, etc., qui auront besoin pour leur démonstration de ces énoncés primitifs considérés comme vrais au départ. Seulement, j'ai dit les espèces, j'ai énoncé les espèces de ces notions primitives, axiome, postulat, définition.
43:41 Euclide les unifie tous les trois dans un mot générique, il les appelle des demandes. J'avais insisté là-dessus l'année dernière, je réinsiste ce soir. Des demandes, parce que ça change tout. Si je dis axiome, postulat, j'ai le sujet, moi Euclide, et l'objet, c'est la figure, le triangle qui est sur mon papier là, ou qui est dans ma tête, peu importe, ou sur le sable. Donc je vais tracer par l'esclave, comme ça se faisait. Et, bref, le rapport du sujet à un objet.
44:14 d'un sujet qui parle à un objet qui ne dit rien, qui laisse dire de lui ce qu'on voudra. Un triangle, c'est ceci, c'est cela, ce n'est pas le triangle qui va démentir après tout. C'est l'homme qui parle, pas les choses. Alors que quand tu remplaces ces notions par des demandes, alors là, on ne s'adresse plus à des choses, la notion de demande s'adresse non plus à quelque chose, mais à quelqu'un. il y a un démocratisme fondamental dans le surgissement des mathématiques.
44:48 Ce n'est pas un hasard si ça apparaît en même temps, tout ça, la philosophie, les mathématiques, la démocratie relative. Un quart d'homme libre et trois quarts d'esclaves à Athènes. Mais le fait que cette société d'homme libre soit régie non pas par l'arbitraire d'un chef, d'un clan, etc., mais, comme c'est curieux, par la parole, c'est-à-dire que la décision se fasse là où on parle au Parlement, à l'agora, là où on convainc de l'importance des croisements de fer entre Socrate et les sophistes.
45:21 Vous voyez bien qu'il y a des enjeux dans ces histoires apparemment de jeu de mots puisque c'est les mots qui vont l'emporter. Vous comprenez l'importance de la communication aujourd'hui ? Que l'importance est pas seulement tout ce qui se passe mais la manière dont je vais le travestir. Y compris moi peut-être à mon insu. je vais le tirer de mon côté. Dans ce style, je vous l'avais bien dit. Donc, le fait qu'on demande à quelqu'un signifie pour la première fois dans l'histoire de la pensée on quitte définitivement le café du commerce qui existait à Athènes.
46:02 Croyez-moi, c'était pas le café. Mais il y avait de l'agneau, il y avait tout ce que vous voulez. Mais l'important au café du commerce c'est que tu sois d'accord avec moi. Alors que pour la première fois ce que demande Euclide c'est qu'on soit d'accord avec soi-même. Accordez-moi que. Après, tout ce qui va venir c'est soit sera congru à ce qu'on avait décidé au départ soit sera en contradiction et dans ce cas-là ensemble nous déclarerons que c'est faux et non pas moi arbitrairement.
46:40 N'est-ce pas ? Donc c'est important de voir cette immanence je dis bien du démocratisme pas seulement de la démocratie mais d'une vérité n'est-ce pas ? Puisqu'on part de vérité. C'est un domaine où vraiment là où elle est le moins discutée la vérité géométrique mathématique quand même. C'est pas ? Qu'elle n'a pu surgir que par le frottement des sujets entre eux. Ce qu'on appelle un peu pompeusement en philosophie moderne l'intersubjectivité. Car une demande encore une fois s'adresse à quelqu'un.
Loisir, travail intellectuel et principe de non-contradiction
47:12 J'ai besoin de quelque chose mais je demande à quelqu'un. Premier point. Voilà ce qui est révolutionnaire dans l'initiative d'Euclide au-delà même de ce qu'il pouvait en penser lui-même. Deuxième point. J'ai dit tout à l'heure que le grand itinéraire admirable des mathématiques pré-euclidiennes qu'il s'agisse de l'arithmétique mésopotamienne ou de la géométrie égyptienne quand même était arrivé au nombre pi.
47:47 C'était un peu grossier par rapport à maintenant sans aller à des milliers de décimales je veux dire c'était 3, 18 ou un truc comme ça. C'était pas mal quand même. C'était malin. C'était malin parce que le problème du nombre pi c'est la formule est restée quand on veut dire une difficulté insurmontable on dit la quadrature du cercle. On le dit encore maintenant. Ça veut dire quoi ? Ça veut dire depuis toujours c'est une gageure de mesurer le courbe par le droit.
48:18 Prenez un double décimètre et mesurez votre pièce toute ronde. Vous allez m'en dire des nouvelles. Difficile. C'est pas de mesurer le courbe. C'est agaçant. C'est pas congru le courbe et le droit. Le droit c'est ortho. Orthodoxie. Le courbe c'est féminin. C'est pas moi. C'est dans la tradition. Les femmes sont sinueuses. Donc l'homme est tout droit. L'homme vote sur l'agora au grand jour. Alors qu'Antigone invoque les dieux souterrains.
48:48 C'est obscur ça. C'est un passage admirable. Sophocle. Comment ils ont fait ? Une colonne. C'est rond. Alors je mets une ficelle autour de la colonne. Après je déplie la ficelle et j'ai plus qu'à mesurer une droite avec une droite.
49:19 Et le tour est joué. Un segment avec un segment. C'est empirique. C'est tâtonnant. C'est pour dire je méprise pas. parce que là il fallait construire le temple. Le temps plein plus. Le pharaon il est pressé. On n'est pas dans la recherche pure. Il y a une visée. Au point qu'Aristote déclare à ce sujet au niveau du surgissement des mathématiques en Égypte. Il sait bien ce qu'il leur doit. Il dit cette phrase que Hegel appréciait beaucoup parce qu'elle est pré-sociologique.
49:50 La sociologie n'existait pas à l'époque de Hegel. Mais enfin vous allez comprendre ce que je veux dire. Hegel introduit quand même l'histoire comme constitutive de notre pensée. Et Aristote dit ceci. Ce n'est pas un hasard si les mathématiques ont commencé à se développer en Égypte. Il veut dire en Orient. Parce que là-bas la caste des prêtres jouissait de loisirs. Et oui il faut être délivré des contingences de tous les jours de la faim, de se nourrir, d'attraper au filet les poissons du Nil etc. Et de survivre. Il faut avoir le confort de l'intellectuel.
50:21 C'est à dire d'un certain milieu social. du scribe ici. Le scribe. Vous voyez au Louvre l'image admirable du scribe accroupi avec son calme. Du fonctionnaire impérial comme vous voulez en Chine. Donc il faut déjà un certain quant à soi pour développer la recherche. C'est important. Deuxième chose qui surgit avec Euclide. le fait qu'il y a un travail mais que ce travail ne soit pas celui du cordonnier qui transforme le cuir pour faire une sandale.
50:55 Et les grecs avaient deux mots pour le travail. Les économistes connaissent bien cette distinction. Entre praxis celle justement du cordonnier qui travaille le cuir et qui transforme la matière donc au sens propre transformée qui donne une autre forme que celle qu'elle avait. Et chrématistique pour le travail que je fais avec vous maintenant et que Euclide beaucoup plus rigoureusement que moi faisait dans ses recherches c'est-à-dire le travail intellectuel qui ne transforme pas la matière.
51:31 La chrématistique c'est C-H-R-E-M-A-T-I-S-T-I-Q-U-E Voilà ce qui est à l'origine des activités libérales comme on disait dans le sens de l'époque bien sûr. Ici vous voyez l'origine parce qu'elle était le privilège des hommes libérés libérés des tâches urgentes. Voilà même Aristote dit quelque part avec beaucoup de naturel après tout si les navettes tissaient toutes seules on n'aura pas besoin d'esclaves.
52:05 Le problème social est bien à relier ici à l'état des forces productives on dira plus tard avec Marx si les navettes tissaient toutes seules on n'aura pas besoin d'esclaves. Vous voyez il s'est passé beaucoup de choses avec Euclide. Premier point la demande et le fait que tout ce que je te demande c'est pas d'être d'accord avec moi mais d'être d'accord avec toi-même autrement dit de ne pas te contredire Puisque cette année j'ai décidé qu'on creusait ce qui a été un petit peu accéléré l'année dernière je rappelle que ça va de soi vous-même vous êtes les premiers à tiquer quand vous voyez une contradiction dans une enquête etc.
52:44 Mais il a fallu beaucoup de temps pour en faire un principe fondamental du savoir scientifique d'exclure la contradiction en particulier en mathématiques. il a fallu il a fallu beaucoup de temps il a fallu il a fallu attendre le quatrième livre de la métaphysique d'Aristote donc il a fallu attendre le quatrième siècle avant Jésus-Christ qui est assez tardif quand on voit déjà des millénaires de civilisation qu'il y a avant en Orient en Extrême-Orient pour arriver à ce passage solennel où Aristote tourne autour du pot il fait durer le plaisir parce qu'il est en train de dire il a marre des sophistes des sceptiques ils font croire qu'aucune proposition vraie absolue ne peut être énoncée il y a quand même un truc que personne ne peut nier la notion première sur laquelle tout le monde doit se mettre d'accord je vais l'énoncer pendant quatre pages il fait ça je vais la dire alors on l'attend et la voici il le dit et la voici donc je ne vais pas faire comme lui je vous le dis tout de suite deux attributs contradictoires vieux, jeune, froid, chaud deux attributs contradictoires ne peuvent pas appartenir en même temps au même sujet sous le même rapport point final voilà le principe dit d'identité ou de non-contradiction qu'on sentait
53:54 depuis des millénaires mais qui est enfin explicité dans toute sa rigueur parce qu'il y a trois fois le mot même en effet si je dis Socrate est jeune Socrate est vieux ce n'est pas contradictoire il peut être jeune à 8 ans et vieux à 60 ans donc il faut que ce soit en même temps deux attributs opposés ne peuvent pas appartenir en même temps ensuite au même sujet il faut bien qu'on parle de Socrate à chaque fois sinon il y aura de l'opportunisme et sous le même rapport parce qu'on peut très bien dire Socrate est vieux par les artères mais il est jeune de tempérament il n'y a qu'à voir comme il a retourné Alcibiade voilà donc je veux dire et comment il veille plus tard que nous au banquet comment il fait les dames banquets c'est lui qui endort tous les autres à la fin et puis qui sort à l'aube silencieusement sur la pointe des pieds sans ses compagnons endormis il ne va pas se reposer c'est dans Platon artiste de la pensée Platon grand metteur en scène voilà donc avec Euclide nous obtenons ce principe d'identité si vous voulez parler de manière positive
Galilée et le principe d'inertie
55:04 ou de non-contradiction ça revient même si vous voulez parler d'une manière négative alors vous dites voilà bonne question historiquement la révolution Euclidienne a précédé le surgissement socratique de la philosophie c'est intéressant de voir que dans l'histoire de la pensée je prends un terme maintenant plus extensif qui inclut aussi bien l'histoire de la physique de la pensée économique que de la métaphysique ou la réflexion religieuse dans l'histoire de la pensée il est intéressant de voir que les grands moments les articulations fondamentales qui scandent les étapes de l'histoire philosophique par exemple succèdent immédiatement à une révolution qui vient de se produire dans le domaine scientifique je viens de donner le premier exemple il ne peut pas y en avoir avant par définition par hypothèse puisque c'est le premier système qui nous soit parvenu est celui de Platon que Socrate est relaté la parole de Socrate est relatée par écrit chez Platon c'est vrai que Socrate n'écrivait pas donc juste avant il venait de se produire
56:14 autour de la personne d'Euclide est-ce un individu est-ce une équipe on y réfléchit encore il venait de se produire de se répandre comme une trainée de poudre ça a eu un succès de librairie on dirait aujourd'hui assez immédiat les fameux éléments d'Euclide que vous pouvez trouver aux éditions Hermann encore aujourd'hui dans leur version originale avec un excellent appareil critique les éditions Hermann qui sont en rue de la Sorbonne ont un excellent catalogue épistémique deuxième exemple je vais prendre la science qui si je prends l'histoire des sciences par ordre d'entrée en scène si je puis dire je viens de parler de l'entrée en scène des mathématiques tout seigneur tout honneur il faudra attendre 15 siècles c'est quand même long pour que la première après les mathématiques surgissent savoir la physique c'est des notions très extensives quand je dis les mathématiques j'inclus toutes les disciplines mathématiques je ne distingue pas la topologie l'arithmétique la théorie des nombres etc je ne connais rien
57:24 je vois ça de loin et physique pareil c'est au sens très large qui inclut même les deux tiers de la biologie si on regarde de près je veux dire mais ça inclut la chimie la biochimie la biomécanique c'est une discipline intéressante et savoir là ça surgit avec non pas avec Euclide mais avec Galilée Galilée là aussi il y a une révolution totale ce que maintenant on retient dans l'imagerie on dirait qu'on retient dans l'imagerie que ce qui ne fait rien que comprendre à l'histoire des sciences c'est très curieux on a l'impression des fois que que pour comme Newton c'est pas arrivé à cette prodigieuse extension de notre pensée qu'a été la théorie de la gravitation universelle une petite phrase d'une ligne et demie je résume tous les mouvements de l'univers connus de l'époque et qui reste encore valable maintenant sauf lorsqu'on approche un peu trop de la vitesse de la lumière que tous les corps s'attirent en fonction directe de leur masse en fonction inverse du carré de leur distance point on a l'impression que pour arriver à cette trouvaille il suffit de faire sa sieste à l'ombre d'un pommier et de voir tomber des pommes c'est comme ça qu'on raconte les sciences je caricature à peine ce conte là
58:38 mon sens c'est en Normandie c'est un Normand qu'on aurait trouvé dans la gravitation universelle avant tout le monde bref il me dirait que c'est des normands qui ont compris en Angleterre on ne sait jamais donc ça doit être ça il y en avait des équations dans la tête de Newton pour que une pomme qui tombe lui inspire des réflexions n'est-ce pas vous connaissez l'histoire de tous les raisonnements mathématiques depuis Euclide il était lui-même le plus grand mathématicien de son temps avec Leibniz tout de même donc qu'est-ce qui se passe avec Galilée c'est pas seulement que l'imagerie c'est que la terre est ronde et non pas que ceci qu'elle bouge et non pas qu'elle est immobile eppur si muove et pourtant elle tourne c'est pas seulement tout ça c'est tout qui est scandaleux par rapport à la pensée d'avant le fait de dire que dans les astres il y a des défauts enfin ce qu'on jugeait des défauts parce qu'ils étaient parfaits donc la moindre chose dedans des montagnes des aspérités sur la lune n'est-ce pas c'était scandaleux c'était des dieux les dieux n'ont pas d'aspérité ils n'ont pas de zone d'ombre ils n'ont pas des creux et des vallées et du négatif pas encore féminin ça monsieur Galilée et même il y en a qui disaient
59:48 quand il leur disait regardez dans vos lunettes regardez ils disaient oui mais dans votre lunette il y a un truc c'est comme ça il y a un truc même à la tour de Pise il les a amenés à la tour de Pise c'est pratique la tour de Pise parce qu'on pouvait mettre des observateurs des sceptiques à chaque étage quand même un peu penché et on voit lui il monte tout en haut il lâche la boule de plomb et la boule de plume je ne sais pas en prenant bien soin la boule de plume tout de même de vous donner une petite forme sphérique il n'est pas con voilà et pour montrer qu'ils vont arriver en même temps en bas alors que eux disaient mais non le plomb va arriver avant le plomb ça tombe plus vite que alors chaque étage en même temps jusqu'au stop en même temps et bien non ils ont dit qu'il avait triché c'est terrible pourtant c'est terrible donc les arts sont pas incorruptibles et surtout Galilée dans les passages célèbres ça a été étudié je vous renvoie à ceux qui s'intéressent aux admirables études galiléennes d'Alexandre Koyré un de nos plus grands épistémologues n'est-ce pas dans l'immédiat avant-guerre et surtout des développements que c'est le petit qui lui donne après-guerre Koyré K-O-Y-R-E Alexandre Koyré études galiléennes entre autres ouvrages magnifiques et où il montre bien qu'il y a des tas de textes
1:00:58 il s'écrit sous forme de dialogue un peu inspiré par Platon à l'époque il y a un très beau texte si ça vous intéresse de lire Galilée directement la cena delle ceneri le banquet des cendres la cena delle ceneri où il discute avec ceux qui discutent son système donc moi tant que il n'y a pas une équation mathématique qui valide mes observations je ne suis pas satisfait voilà ce que dit Galilée vous voyez très théoricien quelque part pas seulement expérimentateur même s'il prenait bien soin de mettre du savon sur ses ficelles et ses pendules pour éliminer les frottements il avait les deux qualités Galilée sa grande révolution avant tout et qui va déréligi j'allais dire en barbarisme déréligiosiser le monde si je puis dire n'est-ce pas en tout cas le désacraliser c'est son principe d'inertie avant lui on pensait qu'il y avait des forces spontanées comme ça les vers surgissaient spontanément du fumier il y a des tas de trucs sur les magies de grand Albert du manuel de magie de l'époque ces mots d'automne la magie c'est toujours le même truc voilà si vous laissez le fumier il y a assez longtemps automatiquement les vers vont surgir
1:02:08 il n'y a pas de genèse on appelle ça la génération spontanée si vous connaissez votre histoire des mentalités la génération spontanée le contraire de la pensée scientifique il dit qu'il n'y a pas de fait sans cause bon donc Galilée qu'est-ce qu'il dit il dit qu'un corps qui n'est soumis à aucune force est soit au repos soit animé d'un mouvement qui est uniforme ce qui revient pour lui strictement même qu'au repos effectivement quand c'est un mouvement uniforme j'imagine un train sans frottement et sur une longue durée je pense aux trans-sibériens s'il n'y avait pas de distance entre les rails si vous voulez pas de secousse c'est qu'il serait il y a deux braves maris qui tous les jours écrivent à leur femme dans le trans-sibérien en disant ma chérie je t'écris tous les jours du même endroit les épouses ne comprennent pas parce qu'une fois la lettre arrive de Khabarovsk une autre fois de Sverdlov une autre fois de Novosibirsk ce que ça veut dire du même endroit ben oui dans le trans-sibérien comme dans un avion quand il est en vitesse de croisière comme on dit pas au décollage l'atterrissage ça bouge un peu et quand il n'y a pas de turbulence en principe c'est même la publicité pour les avions c'est un crayon debout il tient la petite tablette etc ça veut dire que quand tout se déplace à la même vitesse il n'y a aucune différence avec le repos c'est ça que Galilée
1:03:18 découvre allez savoir si on est en mouvement au repos c'est la même chose quand tout va à la même vitesse c'est l'inertie c'est ça le repos c'est pas que ça bouge pas mais que ça bouge à la même vitesse vous voyez ça nous oblige à repenser complètement notre pensée de tous les jours la pensée scientifique la plupart d'entre nous n'en sont pas à Galilée je ne dis pas Einstein ou Quanta il ne faut pas non plus rêver mais on n'en est même pas à Galilée même les étudiants en science pardon je dis ça ils savent bien que tout ça c'est des fariboles mais spontanément dans la vie de tous les jours ils ont l'impression qu'une voiture leur sourit certaines voitures d'autres font la gueule avec les phares c'est vrai moi aussi moi le premier les enfants ils trouvent qu'un lézard c'est vilain et qu'un petit ourson c'est mignon la réalité c'est terriblement différent un ours il vous arrache la tête d'un petit coup de griffe négligent nonchalamment donc un lézard il s'enfuit le pauvre voilà les allergines du racine c'est des choses comme ça il ne dirait pas comme ça mais oui donc voilà je vais dire c'est ça Galilée c'est énorme cette désacralisation du monde je vais dire or il ne formule pas le principe d'inertie enfin si il dit ça
Descartes, Luther et le sujet qui fonde la certitude
1:04:28 ce que je veux dire mais c'est Descartes qui va le formuler tel que je viens de le dire c'est à dire que cette révolution scientifique oblige la pensée philosophique à se redéployer à être en crise d'abord c'est toute la scolastique la pensée qui régnait pendant tout le Moyen-Âge c'est à dire que hors de l'église point de salut ce qui fait que le plus grand acte politique de Luther ça a été de traduire la Bible en allemand c'est le plus grand acte politique parce que jusque là pour savoir ce que avaient dit Jean Luc Jésus il fallait passer par un par un intermédiaire par un ministre de Dieu par un ambassadeur de Dieu un représentant Botschafter hors de l'église point de salut et alors que là l'allemand de tous les jours la petite artisan celui qui savait lire et écrire on avait quand même pas mal maintenant à la renaissance ça commence un peu vous pouvez directement dire mince alors on dit ça dans la Bible mais c'est pas possible le curé ne l'a jamais dit qu'il est plus difficile pour un riche d'entrer au royaume des cieux
1:05:38 que pour un chameau de passer par le trou d'une aiguille c'est dans l'évangile j'en m'étais rien vous savez ce qu'ils disaient les jésuites au XVIIe siècle les malins jésuites c'est des grands intellos ils ont compris que face aux protestants à la réforme il fallait se battre avec l'intelligence bon c'est pas les vieux conservateurs des guerres de religion les gens ont compris qu'il fallait pas trop avec des baïonnettes qu'on détrui les idées donc ils ont dit il faut savoir interpréter il faut être linguiste quand on regarde bien le terme hébreu ce qu'on appelle le chas d'une aiguille enfin d'étymologie en étymologie le chas d'une aiguille devenait grand comme un portique dans lequel trois chars pharaoniques pouvaient passer en toute volée voilà et c'est de là que vient l'origine du mot casuistique les jésuites étaient des champions de l'étude de cas il faut faire cas par cas la casuistique c'est ce qui fait que Pascal qui était un chrétien radical leur en voulait autant quand même l'enfer pour tous ces demi-pécheurs des pécheurs hardis auront le salut dit Pascal c'est magnifique ça les demi-pécheurs dans l'enfer
1:06:49 voilà donc c'est Descartes qui oblige enfin qui impose à la philosophie un tout nouveau cours n'est-ce pas où c'est la pensée du sujet qui va fonder toutes les certitudes quand même ceci est vrai parce que sous réserve que je toi lui elle nous le reconnaisse comme tel ça ne peut pas être imposé de l'extérieur ni par la nature ni par les hommes ni par Dieu ni par l'église il faut que ma pensée le valide consent il faut que ça passe au crible de ma pensée cogito oh c'est la première personne du singulier même si c'est pas François René Descartes avec un grain de beauté ici et gentil homme poitevin qui à ce moment là c'est tout homme qui a fait cet itinéraire qui a la position du cogito mais tout de même vous voyez comme la philosophie à chaque fois et je prends un troisième exemple n'est-ce pas quand les les sciences historiques c'est peut-être ce qui convient le mieux plutôt que sciences sociales sciences humaines éternel débat vous savez qu'il y a
L'institution contrecarre l'instinct
1:07:59 l'EHESS n'est-ce pas je ne tranche pas parce qu'à mon avis il ne peut pas y avoir de bonnes réponses à des questions mal posées mais c'est Marx il dit quelque part que la mystification n'est pas dans les réponses mais dans la manière de poser les problèmes et les sciences dites historiques c'est-à-dire celles qui ont pour objet des choses qui n'existaient pas avant que l'homme initie l'histoire et donc fasse intervenir dans l'être quelque chose qui n'était pas prévu dans les programmes purement naturels le programme naturel prévoit il y a comme Newton qui ne s'y connait en matière de loi naturelle que lorsque l'eau vient de la montagne elle cherche le centre de la terre comme tout ce qui tombe n'est-ce pas elle s'écoule vers le bas voilà ce que je suis en train de dire et après selon les accidents du terrain elle s'écoule rapidement comme un torrent où elle fait des méandres si c'est en plaine et donc des marais et ainsi de suite c'est pour ça que tout va arriver aux estuaires tout est un peu fangeux et marécageux ça c'est valable pour la nature mais dès le néolithique les hommes ont vu que c'était
1:09:09 pour pêcher c'est un poisson c'était bien des cailloux faire des petits barrages c'était pas prévu ça faire des barrages faire des trucs voilà donc je veux dire l'histoire commence lorsque tout d'un coup le programme naturel est pris à contre-pied le programme naturel dit tu dois manger pour vivre oui ah ben non moi je fais le carême ou Ramadan ah ben je m'en fous je crois pas en Dieu c'est quoi ces conneries ah ben oui mais comme tout le monde là tu vas pas baffrer au repas tu vas dire à table écoutez je vous en prie madame servez-vous d'abord alors que tu crèves enfin vu que tu as envie de te précipiter dessus tu vas dire je vous en prie servez-vous d'abord parce qu'il va pas paraître pour un rustre que tu n'es pas voilà tu as mes raisons je fais une petite lutte pour la reconnaissance dirait Hegel vous voyez que je suis pas un animal moi non plus voilà donc quelque part vous voyez pourquoi je prends cet exemple parce que là encore je mets les mots en question quand on dit la technique prolonge la nature l'outil prolonge l'organe j'ai la main et l'outil prolonge non non ça c'est comme Jospin tout à l'heure c'est un piège prolonger ça veut dire aller dans la même direction mais plus loin oui ou non alors que là on va en sens inverse
1:10:19 on va pas dans la même direction il y a un sens qui me dit mais bouffe tu as faim ça c'est l'animal l'animal va faire tout ce qu'il peut pour raccourcir le temps la portion de temps qui sépare le besoin de sa satisfaction et si c'est retardé c'est par des obstacles qui lui sont de l'extérieur et qui l'agacent alors que là c'est l'homme qui va prendre sur lui de retarder ainsi la sexualité va devenir mariage l'instinct va devenir institution ceux qui pensent que l'institution est un prolongement de l'instinct elle est bien bonne la Bible dit croissez et vous multipliez il y a moins de chances de se multiplier que la monogamie vous voyez ce que je veux dire que dans le monde animal vous mettez deux lapins en Australie c'est ce qui s'est passé historiquement d'ailleurs il y en a eu des millions quelques années après tous incestueux si je puis dire venant du même couple heureusement que la myxomatose en a liquidé quelques millions sinon on ne pourrait pas circuler
1:11:29 ça serait encombré de lapin donc voilà je veux dire c'est important de voir ici les mots les plus innocents qui ont l'air les plus inaperçus prolonge non l'outil ne prolonge pas l'organe l'outil contrecarre l'organe souvent l'institution contrecarre l'instinct pourquoi pour des raisons stupides diront les uns pour des raisons excellentes diront les autres on n'en est pas là on ne tranche pas mais factuellement parce qu'on est dans le discours scientifique on était en train de voir ça les sciences historiques ont commencé lorsqu'elles ont été attentives à ce genre de contraintes d'ailleurs le fondateur de la sociologie Durkheim pas du mot parce qu'Auguste Comte l'emploie déjà mais de la discipline je ne sais pas Durkheim dans sans doute le premier texte qui développe une méthodologie de la discipline les fameuses règles de la méthode sociologique dit bien que ce qui distingue les faits sociaux parmi tous les autres qu'est-ce qui fait que moi individuellement tout ce qui m'est propre à moi relève de la psychologie mais dès que je suis dans un stade je fais des choses que je ne ferais pas
1:12:39 si je n'étais pas en société là c'est encore autre chose il est même proprement sociaux on va être plus agressif en stade ou au volant mais enfoiré alors moi je suis plutôt brave et poli d'habitude n'est-ce pas voilà qu'au volant tout de même coup je vais jouer les machos et je vais l'être donc il dit que ce qui caractérise les faits sociaux par tous les autres c'est leur côté coercitif oui il avait bien vu ça une coercition ne serait-ce que par le rire et l'humour le rire que peut susciter une remarque ou un accent que j'ai qui est jugé un petit peu venant de la campagne profonde ou je ne sais pas où etc.
1:13:16 voilà je veux dire c'est une manière pour le groupe d'exercer une pression sur donc encore une fois l'institution va au sens inverse de l'instinct je pense aussi au premier mot toujours pour illustrer ceci le rapport inverse de la culture à la nature de l'histoire à la nature de l'esprit dans l'idéalisme allemand on se remet à peu près tout ça si on regarde de près c'est un peu surprenant pour ceux qui pensent que l'esprit c'est une petite fumée qui disait dans le Phédon je rire vous allez voir pourquoi l'esprit est la fumée c'est le dernier dialogue de Socrate avec ses disciples qui va bientôt casser sa pipe et les disciples ont la cruauté amicale de lui demander sa démonstration de l'immortalité de l'âme au moment où il va mourir vous vous rendez compte s'il n'y arrive pas c'est quand même douloureux Cyprès admirablement et alors à un moment donné il y a un des disciples qui dit écoute il faudrait que tu recommences la démonstration parce que moi j'ai l'impression que ma mort mon âme comme une espèce de fumée va s'évaporer au lieu d'être immortel alors je dis
1:14:26 on va recommencer dit Socrate mais alors on fait une prière à Éole qu'il n'y ait pas de vent ce jour-là voilà pour ce qui est de l'esprit fumé non alors ce que Hegel appelle l'esprit dans sa philosophie de la nature philosophie de l'esprit et bien ce qu'il appelle l'esprit c'est l'outil regardez bien ses textes etc c'est l'outil les institutions le droit il remarque que le premier droit écrit dans la stèle est reproduite au Louvre enfin reproduite visible au Louvre la stèle qui nous montre le code d'Hammourabi le premier code écrit qui nous soit parvenu historiquement de Mésopotamie n'est-ce pas qui nous paraît monstrueux dit Hegel à juste titre qu'il faut couper la main au voleur il pourrait y d'en pendant et dit c'était un progrès énorme par rapport à l'arbitraire qui régnait jusque là du caprice du prince du vainqueur de la bataille etc il y avait quand même un même texte pour tout le monde etc oui c'est des étapes voilà pour montrer que l'esprit c'est à l'inverse de la petite fumée ce qu'il appelle calvaire de l'esprit patience et le labeur de l'histoire comme il dit donc que ça c'est de la nature de la culture de l'esprit c'est ça comme vous voudrez je n'ai pas la superstition
1:15:36 pour l'instant des énoncés ici puisqu'on est là pour les remettre en question et de voir un peu ce qu'ils signifient et ce qu'on leur fait dire surtout je vous vois attentif à l'inversion qu'ils produisent par rapport à l'ordre proprement naturel je pense ce sera ma dernière illustration à ce texte que je cite souvent parce qu'il est décisif dans le contrat social n'est-ce pas à l'heure au moment où Rousseau fait allusion au passage de l'état de nature à l'état civil il y a encore une autre appellation il peut être un individu et qui se débrouille comme il peut dans l'ordre de la nature mais d'avoir un rapport médié non pas immédiat à l'être mais médiatisé par l'autre par la société et qu'il appelle l'état civil et en dehors duquel il ne voit pas d'anthropologie si on regarde bien ce texte il dit ceci ce passage prenait dans l'homme un changement très remarquable en substituant dans sa conduite la justice à l'instinct et en donnant
1:16:46 à ses actions la moralité qui leur manquait auparavant quoi qu'il se prive dans ce nouvel état de plusieurs avantages qu'il tient de la nature il n'est pas idiot il voit bien on y paye on y perd on y gagne quoi qu'il se prive dans ce nouvel état l'état civil de plusieurs avantages qu'il tient de la nature il en regagne de si grand deux points les voici ses facultés s'exercent et se développent on commence mieux à comprendre ce que ça veut dire au vu de l'exécution qu'on vient d'avoir ses pensées s'enoblissent ses passions pardon excusez-moi s'enoblissent on vient de voir que la sexualité devient amour mariage éros ce que vous voulez oui et son âme tout entière s'élève à tel point que on a l'impression qu'on a tout gagné à passer à l'état civil et que tous les problèmes sont résolus alors que Rousseau sait bien qu'ils ne font que commencer il n'est pas tout à fait idéal puisqu'il ajoute que si les abus de cette nouvelle condition dégradait souvent au-dessous de celle dont il est sorti comme peut-on être en dessous de l'animal en dessous de la bête si les abus de cette condition ne le dégradait souvent au-dessous de celle dont il est sorti
Helen Keller et l'ordre symbolique
1:17:57 il devrait voyez les modes et les temps comme ils deviennent bizarres on est au conditionnel il devrait bénir sans cesse l'instant heureux qui l'en arracha de l'état de nature pour jamais c'est Rousseau qui parle et qui d'un animal stupide et borné fit un être intelligent et un homme voilà cette version de Rousseau qu'on ne diffuse pas beaucoup qui n'est pas cherchée dans une correspondance à sa grand-mère mais quand même dans un texte majeur j'ai dit que ça se voyait au niveau des mots vous voyez bien tout ce que je suis en train de dire déjà notre rapport aux choses est médiatisé par les mots depuis que nous sommes nés pratiquement même si il y a un stade entre le moment nous sommes nés au moment où nous parlons un stade qu'on dit en infance qui veut dire qui n'est pas arrivé à la phase fatigue infance justement à la phase de parole c'est significatif vous avez j'ai pas une superstition de la parole auditive je sais bien que je suis passionné de musique je ne suis pas le seul ici mais ça peut être d'autres modes de communication que par l'oreille vous connaissez tous l'admirable extraordinaire cas d'Hélène Keller je ne sais pas vous avez entendu parler
1:19:07 peut-être peut-être pas une génération c'est une jeune petite fille qui était née sourde, muette, aveugle pauvre gosse sourde, muette, aveugle mal barrée elle a bien fini sa vie elle a enseigné en faculté etc bon sang c'était un animal au départ vous savez ce qui l'a sauvée ? quelqu'un connait peut-être l'histoire non ?
1:19:37 Hélène Keller Keller comme une cave celle-là non l'amour pas maternelle mais d'une servante chaque fois qu'elle demandait de l'eau comme un animal ça c'est un besoin on n'avait pas encore un être humain avant de lui donner elle prenait son doigt et elle faisait un rond dans l'évier pour que le besoin d'eau soit l'eau soit associée à un symbole à une convention à un rapport à l'autre c'est extraordinaire et à partir de là elle a pu rentrer en communication et puis après elle a raconté sa vie dans des livres c'est quand même extraordinaire donc vous cherchez dans Hélène Keller ça ne veut plus c'est pas une philosophe c'est pas une artiste c'est pas une savante c'est un testament au sens étymologique c'est à dire un témoignage donc voilà je voulais que je sois un peu plus un peu plus savant je dirais que ce que sanctionne cette servante c'est l'accès à l'ordre symbolique comme on dit du côté
1:20:47 des psychanalystes avancés à l'ordre symbolique avec chez Lacan c'est le réel l'imaginaire et le symbolique qui vient structurer tout ça quand même et j'insiste un peu sur le symbolique parce que c'est l'aspect le moins connu des sciences dures par ceux qui sont familiers des sciences dures et qui ne seraient jamais arrivés sans l'ordre symbolique x, y, égal tout ça c'est un code donc l'importance du symbole dans l'anthropologie n'est-ce pas et l'important ici je suis pris à l'exemple d'Hélène Keller pour montrer que c'est pas seulement le langage au sens auditif avec les vibrations dans l'air mais toute forme je dis tout à l'heure d'intersubjectivité que moi sujet je ne suis pas condamné à rester en relation avec des objets ce que peut faire aussi bien la taupe ou le moustique moustique sent une proie sent du sucre sent votre sang sent les peaux fines et voilà l'animal a la conscience il n'a pas la conscience de soi mais il a la conscience
1:21:57 regardez la truffe d'un chien une conscience prodigieusement aiguisée sur tout ce qui l'entoure une mobilité et bien supérieure à la nôtre d'ailleurs sur beaucoup de points en tout cas sur le point l'olfactif donc ça c'est le rapport aux choses et puis il y a le rapport aux autres qui suppose l'ordre symbolique je dis un lion il n'y a pas de lion ici immédiatement vous avez une représentation dans la tête quelle qu'elle soit c'est à dire que par le mot il y a cette puissance prodigieuse que je donne une présence à ce qui est absent et enfin le mot nous inscrit dans un triangle c'est pour ça que je m'y attarde ce triangle sans quoi il n'y aurait pas d'ordre humain d'ordre culturel d'ordre historique à savoir le mot désigne une chose pour un autre nous avons la totalité là je vous dis un verre il y a moi un le verre deux et celui à qui j'en parle trois remplis-moi ce verre voilà donc je veux dire lorsque je parle c'est à quelqu'un je parle pas au verre il y a bien trois choses donc
Merleau-Ponty : le moi, le vrai, les autres
1:23:07 le mot le langage en général se situe toujours dans un triangle où il y a l'autre la chose et moi ou moi la chose et l'autre en l'ordre que vous voulez je dis ça parce que dans les éloges de la philosophie vous voyez comment on se retrouve donc non pas de tel ou tel moment de la philosophie mais dans les éloges de la discipline philosophique elle-même un ouvrage que j'aime bien citer parce que lorsque j'ai dit que seront déçus ceux qui attendent de moi qu'il y ait de la baston et que je choisisse Spinoza contre Kant et Kant contre Descartes etc alors que je m'attache plutôt à essayer de vous passionner pour l'entreprise philosophique en elle-même incarnée par chacun de ces grands moments pour parler comme qui sont constitutifs du parcours philosophique et chacun y est indispensable même qu'on ne peut pas sauter les étapes de la fleur elle est de la graine aux fruits comme ça si il y a un cas une petite parenthèse poétique Rilke le poète qui avait remarqué que le figuier ne voyait pas les fleurs le figuier passait directement comme si toute sa patience son sucre se préparait à cette perfection qu'est ce fruit la figue il ne perd pas son temps à fleurir tel le dieu
1:24:18 entrant dans le cygne c'est admirable on va trouver ça dans les sauts n'est à avoir fait mais sinon en général il n'y a pas des étapes qu'on ne peut pas sauter on ne peut pas passer comme ça sauter la graine donc chacun de ces moments de l'histoire de la pensée l'empirisme d'aristote le rationalisme l'idéalisme de platon le mécanisme cartésien ou la téléologie de Bernardin de Saint-Pierre pour prendre l'exemple moins connu je veux dire autant de pierres nécessaires à l'édifice pas seulement possible mais je dis bien nécessaire chacune est nécessaire exactement comme dans un organisme bien constitué chaque organe a une fonction ce n'est pas nécessaire mais quand même parmi tout cela je faisais remarquer que c'était le cas de Merleau-Ponty donc c'est un titre à lui éloge de la philosophie que je vous recommande pas long une conférence donnée au collège de France
1:25:28 c'est pour célébrer un jubilé Bergson et je vous le dis comme ça très rapidement pour introduire ce qu'avait le séminaire de cette année pour ce qui est la problématique vous allez voir que ça nous ramène à Socrate je vous le dis parce que tout le monde ne le sait pas Bergson était le philosophe le plus à la mode disons je mange valeur dans les milieux les plus réactionnaires de la France des années 30 voilà c'est pas de sa faute à lui j'ai un immense respect pour personne qui a une complexité d'une subtilité qui ne se règle pas comme ça en trois coups de cuillère à pot mais je veux dire comme sa pensée allait à l'inverse le matérialisme grossier etc n'est-ce pas qui menaçait venant des classes populaires il était très admiré dans les salons il y a des dames je ne dis pas les femmes je dis le respect pour les femmes mais il y a des dames qui venaient monsieur Bergson dites nous enfin aujourd'hui le fond des choses Bergson dit mais madame pourquoi voulez-vous que les choses aient un fond donc ce Bergson là elle est tellement dans le sens par certains côtés n'est-ce pas d'un pouvoir honteux de ses propres principes comme dit Merleau-Ponty
1:26:38 que sous Pétain on a voulu lui décerner les honneurs c'est un juif Bergson un pouvoir honteux de ses propres principes et Bergson était sur le point de se convertir au catholicisme là je vous rappelle le contexte je n'apporte rien de nouveau ni précis des points d'histoire il a dit tout mon itinéraire avait pour logique de convertir au catholicisme au dernier moment j'ai refusé pour ne pas abandonner ceux qui demain seront des persécutés vous voyez il refuse les honneurs d'un gouvernement honteux de ses propres principes pour les lui décerner et là il renouvelle la geste socratique un rapport difficile du philosophe et de la cité même si le pouvoir le reconnaît le philosophe tient à ce que cette reconnaissance découle de sa propre pensée à lui n'est-ce pas ils n'ont pas de malentendu c'est admirable et donc Merleau-Ponty dans cet éloge de la philosophie qui commence par l'éloge du philosophe Bergson qui nous retrempe dans le sillage socratique nous donne ce triangle c'est pour ça que j'en parle parce que je parlais
1:27:48 du triangle du mot moi la chose et l'autre ils disent aussi Socrate à partir de Socrate on comprend le philosophe en général comprend et c'est ce qui va le distinguer du religieux mais aussi du scientifique je prends des choses très éloignées l'une de l'autre à savoir ou bien c'est avec les autres que nous allons au vrai ou bien ce n'est pas au vrai que nous allons il n'y a pas de vérité solitaire alors que en termes religieux un ascète seul dans la montagne peut très bien avoir un rapport à l'absolu je respecte mais ça c'est le moment religieux mystique ce n'est pas le moment philosophique ou bien nous allons au vrai avec les autres ou bien ce n'est pas au vrai que nous allons et voici le triangle voici les trois sommets du triangle le moi le vrai les autres donc ce n'est pas le moi la chose et l'autre comme dans le langage ce n'est pas n'importe quelle chose c'est le vrai ici le moi le vrai les autres et il dit le problème ou le malheur comme vous voulez les difficultés commencent là c'est qu'il ne suffit pas d'être avec les autres
1:28:58 pour être dans le vrai sinon le vrai serait au café du commerce que je ne méprise pas j'aime bien écoutez il faut un chouillard il y a des moments sympathiques au café du commerce quand on discute pour savoir qui va gagner le match entre Marseille pourquoi pas ou autre chose ou politique les femmes c'est le même truc bon et mais ce n'est pas le lieu le lieu où l'on chasse la vérité quand même le lieu où on se vient de remarquer c'est bon grand je trouve pour ceux qu'une sorte pour aller au café du commerce donc le moi le vrai les autres voilà les trois sommets du triangle il ne suffit pas d'être avec les autres pour être dans le vrai les autres ne sont ni des dieux ni des idoles alors essayer de faire une combinatoire moi avec le vrai sans les autres je l'ai dit c'est le mysticisme c'est l'ascète c'est le yogi sur sa montagne et ça je respecte on n'est pas en philosophie on est loin des mots d'ailleurs
1:30:08 on est dans la contemplation dans la méditation ou bien moi avec les autres mais sans le vrai vous voyez je prends chaque fois deux sommets du triangle en sucrant un troisième et bien ça c'est le café du commerce c'est l'opinion allez le café du commerce ça suffit d'une manière générale c'est l'opinion la doxa moi avec les autres mais sans le vrai c'est le sophiste c'est la com l'important c'est pas que ce soit vrai etc c'est que les autres sont persuadés que c'est vrai je vous recommande une vidéo qui met en scène le sophiste le philosophe c'est-à-dire Séguéla face à Clouscard c'est une vidéo qui est devenue culte paraît-il ce qui me fait bien plaisir quelque part mais voilà pour chercher ça dans Google vous le trouverez certainement dans Youtube Clouscard, Séguéla ça doit suffire vous verrez comment Séguéla dit qu'il est un dernier grand poète d'aujourd'hui et bien oui je ne dis pas que Wulit lave plus blanc sur un mensonge je dis que Wulit lave plus belle j'ajoute à l'acte de consommer
1:31:18 qui est navrant de banalité j'ajoute cette part de rêve c'est là que Clouscard dit c'est pas du rêve avec son accent de Toulouse c'est de la pacotille le rêve c'est Tristan vous connaissez M. Séguéla et là il y a un ange qui passe parce que Séguéla est Tristan l'ange n'est pas étourgent avec serviette donc c'est un vieux combat entre la parole qui démontre je n'ai rien contre les mots mais pour arriver à la vérité la démonstration géométrique par exemple c'est le contraire du dogmatisme je ne te l'impose pas tu vas voir avec moi que c'est vrai si tu prends le même départ on va arriver au même résultat ça c'est la démonstration qui a pour but d'arriver à la vérité c'est pas de la sophistique ça on n'a plus la philosophie c'est la géométrie j'en profite pour vous dire peut-être le plus important de la révolution euclidienne qui résume les trois points mais qui les condense en un seul cette fois c'est qu'on n'est plus dans l'ordre du langage je ne voudrais pas trop développer ça aujourd'hui même si je parle beaucoup des mots parce que je vais le creuser en plusieurs séances
Le discours mathématique n'est pas un langage ; le poète
1:32:28 mais y égale f de x c'est pas du langage c'est discursif indéniablement c'est pas intuitif c'est discursif ça se sépare un sujet un attribut etc mais ce n'est pas du langage les algorithmes ne sont pas des mots x égale y etc c'est pas des mots je dis ça parce qu'on abuse un peu on dit le langage de la pub le langage du cinéma le langage des mathématiques on a le droit à un titre métaphorique mais sinon justement parce qu'il n'y a pas de métaphore dans le discours scientifique ce n'est pas un langage je ne suis pas le seul mais les linguistes du cercle de Prague je ne vais pas être savant mais ont remarqué qu'une des fonctions constitutives du langage dans ce qu'elle a de spécifique par rapport au monde animal c'est la fonction poétique au sens pas du tout romantique seulement mais au sens justement qu'il n'y a pas trois mots d'énoncé du langage courant qui ne soit pas métaphorique tiens le jour se lève c'est une métaphore se lever
1:33:38 se coucher on a l'impression que le soleil baille un peu et écarte les nuages comme des draps des crêpes des petites crêpes littéralement crépuscules petites crêpes oui alors tu me tu me vrilles le tympan avec tes cris c'est une métaphore je n'ai pas un trou dans le tympan que constaterait l'oto-rhino on passe son temps à être dans la métaphore c'est justement ce que veut à juste titre éviter la mathématique qui n'a pas un problème politique ni moral comme la philosophie qui ne cherche pas que dois-je faire quelle est la voie de la sagesse mais elle cherche le savoir l'universalité est dans les choses elle veut l'objectivité des choses pures indépendamment des rapports entre sujets et donc elle prend bien soin d'écarter la métaphore pour que ce soit univoque comme un peu ce qui lui ressemblerait à la rigueur dans le langage l'examen du permis de conduire n'est-ce pas vous le savez tous que quand vous déviez un peu l'énoncé exact que vous vous faites allumer par l'examinateur que ce soit presque mot pour mot bref à ce signal-là doit correspondre un sens et un seul alors si je vous dis démocratie je mets la classe
1:34:48 l'assistance à feu et à sang si on creuse un peu ce que chacun entend par démocratie ou par liberté je pourrais voilà donc cette polysémie comme on dit qui est caractéristique du langage courant le philosophe lui n'a pas le choix il ne peut pas écarter comme ça la métaphore je ne sais pas et faire comme le mathématicien parce qu'il a il a un souci de rigueur c'est ce qui l'apparente au mathématicien mais il veut avoir cette rigueur avec un outil qui n'est pas fait pour ça ce sont les mots de tous les jours c'est ça la gageure étrange de la philosophie et je vous ai dit tout à l'heure qu'il y avait une parenté du philosophe et du mathématicien j'ai suffisamment développé je reviens à celle du philosophe et du poète Mallarmé dans son tombeau d'Edgar Poe c'est un genre poétique le tombeau très à la mode à l'époque un peu décadente et symboliste c'est ce qu'affectionnait Mallarmé c'est un hommage et là il fait un hommage à Edgar Poe c'est ce souvenir qui commence par ces mots qui sont devenus au point que même ceux qui ignorent Mallarmé ne sachent pas que c'est bien de lui tel qu'en lui-même
1:35:58 enfin l'éternité le change le poète suscite oui parce qu'il a appris qu'à Baltimore là où il y a ce monument à la mémoire de Poe qui est mort dans le caniveau l'alcool pratiquement c'est un mort en pour comprendre la suite il y a un bloc de pierre dans le goût un peu d'américaine époque calme bloc ici bas chu d'un désastre obscur comme dit Mallarmé et il dit très bien comme c'est un peu des chinois Mallarmé je vous dis avant tout ce contexte un petit peu eux c'est les autres américains la foule bon je ne les convainc pas à la poésie eux comme un vil sursaut d'hydre un hydre c'est un monstre avec plein de tête c'est la foule eux comme un vil sursaut d'hydre oyant écoutant jadis de ce qui était vivant l'ange c'est-à-dire pour donner un sens plus pur aux mots de la tribu voilà la fonction de poète oui pour Mallarmé donner un sens plus pur aux mots de la tribu aux mots collectifs retrouver leur sens qui s'est perdu qui s'est perverti parce que pur là
Analyse de textes, philosophie générale et lecture du présent
1:37:09 il y a une fonction morale un peu là vous voyez le philosophe fait un va-et-vient entre le besoin de rigueur et d'univocité il y en a qui est dans le discours mathématique qui n'est pas un langage et dans le langage de tous les jours qui a une fonction poétique qu'il ne faut pas laisser tel quel non plus et que les grands poètes se gardent bien de laisser tel quel justement voilà ça nous fait quelle heure ça nous reste combien de temps je veux dire entre 15 et 20 minutes voilà oui je voudrais consacrer ces 15 et 20 minutes à vous poser des questions j'ai besoin de vos réponses je trouve que l'année dernière c'est les autocritiques que je fais vous êtes d'accord ou pas d'accord moi c'est votre avis qui m'importe je vais dire je prends compte votre demande on n'a pas fait assez d'analyse de texte c'est mon avis il me semble que quelquefois vis-à-vis des problèmes qu'on aborde ce serait bon de s'apesantir même le temps de toute une séance sur un texte c'est pas ça qui manque il y a des textes denses sur lesquels on pourrait passer plus que deux heures croyez moi et peu importe de quel moment
1:38:19 de l'histoire de la pensée il s'agit donc je voudrais savoir ce que vous en pensez si ça si vous en éprouvez le besoin ça me fait bien plaisir de l'entendre parce que je veux dire vous savez tous que enfin ce qui est des études ceux qui font des études de lettres c'est pas que c'est des genres bien différents la dissertation et le commentaire et les deux s'appellent réciproquement je ne privilégie pas l'un par l'autre mais ce qui est grave c'est de confondre les deux genres et l'avantage du commentaire c'est qu'on a moins de chance de s'égarer du sujet parce que le texte nous y ramène tout le temps quelque part c'est pas à la dissertation on ne s'aperçoit pas qu'on est en train de s'égarer oulala la troisième page on est loin du sujet mais loin on est si proche de soi on est content on est bien mais on est loin du sujet voilà et oui c'est difficile c'est pas les mêmes difficultés voilà donc avec votre accord j'en ai dit les textes c'est pas seulement des textes pour me confirmer mais aussi bien comme j'ai analysé
1:39:31 tout à l'heure la manière de proniser que Jospin avait échoué etc ça peut être des articles de presse ça peut être vous voyez ce serait de l'interrogation de l'expression de la réalité c'est ça qui nous importe ici pourquoi tel mot est récurrent et pourquoi est-ce que ça ne contredit pas ce qu'ils disaient la veille etc il y a ce premier point et alors par ailleurs je voudrais vous faire part d'une inquiétude que j'ai personnellement qui est que je vis une contradiction en essayant de vous transmettre ma passion pour la recherche philosophique une contradiction c'est que tantôt je voudrais être en pure philosophie c'est à dire soit ah tu voulais arriver discrètement on est trop tard salut Dominique c'est sympa de venir et donc en pure philosophie c'est à dire indépendamment des résultats auxquels je suis arrivé par ailleurs vous voyez d'une manière anistorique si vous préférez en termes de genre l'université
1:40:41 appellerait ça la philosophie générale et tantôt il me semble que c'est pas que c'est pas très honnête parce que je sais bien moi que le résultat c'est ça et donc je suis partagé entre le fait de vous exposer le point où j'en suis arrivé non pas pour l'imposer au contraire quand on l'expose on le rend plus vulnérable on le soumet à la discussion je pense souvent ici la métaphore de la plongée sous-marine je sais pas si vous êtes arrivé quand j'étais gamin j'étais très déçu que quand on est sous l'eau paf on a repos à l'époque on a reposé poisson énorme les autres ils vont faire une tête quand ils vont voir ce que je ramène et puis quand on le remonte à la surface c'est le masque qui faisait un peu loupe il y a des idées qui me semblent géniales quand on les garde en nous même je sais pas ce que je vais lui dire à la dernière bon vous mecs vous en prête au télé quand il y a l'autre en face c'est jamais si simple ben oui il y a l'autre il faut s'y faire voilà donc je suis un petit peu partagé entre les deux et donc j'ai pensé que je vais alterner non sérieusement j'ai réfléchi beaucoup la question ça m'a tracassé c'est à dire que je vais vous exposer
1:41:53 je vais être tantôt dans la philosophie générale donc un petit peu dans le mode socratique comme je fais aujourd'hui si vous voulez tantôt je vais essayer de décoder l'actualité la plus immédiate en termes historiques cette fois puisqu'on parle de genre puisque il se trouve que j'ai abouti à un point de vue qui vaut ce qui vaut mais qui peut se discuter on est là pour ça selon lequel je vous l'ai dit tout à l'heure au début enfin je l'ai fait miroiter tout à l'heure lorsque j'ai cité le fameux aphorisme de Hegel sur son cahier de jeunesse où il se dit tu ne pourras jamais être plus que ton temps mais au mieux tu seras ton temps c'est à dire que le présent historique est un horizon indépassable de notre pensée j'ai pensé c'est important pour les dix minutes qui nous restent que ça a inspiré à Marx un passage célèbre celui sur les fameuses Robinsonades certains d'entre vous c'est peut-être familier pour certains d'entre vous je vous rappelle ce que c'est je ne sais pas lorsque Marx voit les la manière dont les libéraux écrivent l'histoire les premiers hommes se sont mis ensemble
1:43:03 parce qu'ils ont pensé qu'ensemble pour le mammouth c'était plus simple de le courser et voilà ils ont invité ils ont inventé l'habit pour se protéger du froid comme s'il n'y avait pas des habits à Tahiti des caches sexes bon bref et tout ça bref quand ils projettent dans le passé la libre entreprise du présent quoi les libres producteurs qui s'associent je ne sais pas hein ils disent ce sont des Robinsonades ça c'est typique non pas de l'erreur bien plus grave que l'erreur de l'illusion c'est à dire l'inversion on croit que je crois que je suis dans le passé et je suis dans le présent c'est le monde de la libre entreprise qui s'institue voilà c'est pour ça que quand j'ai dit tu ne pourras pas être plus que ton temps mais au mieux tu seras ton temps pour résoudre l'aporie il faut penser qu'on est la plupart du temps pour rendre ça cohérent en deçà de notre contemporanéité parce qu'elle est c'est ce qui est difficile à penser que vous avez tous les jours dans les efforts que vous faites que je salue pour essayer de s'y retrouver un petit peu dans tout ce qu'on entend ici et là dans tout ce qu'on voit c'est bien difficile de penser le présent c'est tellement plus plus facile de se concentrer uniquement sur le surgissement du style baroque
1:44:13 au XVIIe siècle bien sûr j'adore c'est pas la question mais voilà mais le présent c'est un peu comme les poissons de tout à l'heure quand on remonte à la surface donc voilà je vais alterner les deux philosophie générale d'un côté parce qu'il faut creuser des problèmes qui sont inhérents même à l'histoire de la pensée et qui sont incontournables et d'autres fois en application prendre un point de vue j'allais dire historial si le mot n'avait pas été dévoyé ailleurs vous voyez pour pas dire historique parce que je suis pas historien non plus mais historial c'est à dire élever des problématiques montrer que la genèse historique résout les apories et les difficultés auxquelles nous avons affaire restituer la véritable genèse historique est une manière de lever les difficultés auxquelles nous avons affaire donc je vous rends la parole si j'ai omis quelques difficultés qui sont changées l'année dernière oui moi j'ai deux questions d'abord sur le contenu parce que tu as dit juste avant tu as parlé d'un triangle moi les autres le vrai tu as dit on peut faire cet exercice dans le V1 et le bras du combinatoire oui et il y a une question que j'en ai laissé un de côté voilà lequel vas-y vas-y donc les autres le vrai
Les autres et le vrai sans le moi : la folie
1:45:24 sans moi alors je suis ravi parce que tu vas voir pourquoi je l'ai laissé de côté c'est parce que c'est grave tout d'un coup donc le moi avec le vrai sans les autres c'est le mysticisme la contemplation le moi avec les autres sans le vrai c'est la sophistique la com et là tu me dis maintenant le moi oui les autres et le vrai sans le moi c'est quoi c'est quel moment alors là vous m'épatez je m'accroche cette année mais c'est ça c'est pour ça que c'est grave c'est la folie voilà c'est pas ça ne condamne pas celui qui en est l'objet ou le sujet comme vous voulez vous savez que j'ai l'affection pour un fou qui s'appelait Gérard de Nerval pour moi c'est mon prosateur français préféré mais c'est personnel donc ça n'a pas de grande importance mais tout de même il dit avec beaucoup d'humour il cite Pascal qui disait les hommes sont fous Pascal si nécessairement fous attention
1:46:34 Pascal est un grand mathématicien quand il dit nécessaire ça veut dire que la folie fait partie de l'anthropologie comme les trois angles égales 180 ou 20 degrés font partie de l'essence du triangle les hommes sont fous si nécessairement fous que ce serait d'être fou par un autre tour de folie que de n'être pas fou et c'est toujours Nerval qui cite un autre et qui dit que ah oui qu'un proverbe allemand dit que qui veut ne voir aucun fou doit rentrer chez lui et casser son miroir et Nerval conclut ses Maximes sont consolantes voilà donc je prends la folie extrêmement au sérieux n'est-ce pas je sortirai quant à moi volontiers d'un monde où l'action n'est pas la soeur du rêve puissé-je user du glaive et périr par le glaive disait Baudelaire et un poème admirable qui s'appelle La Voix où il imagine que dans son berceau quand il est né il y avait son berceau s'adossait à la bibliothèque comme il y avait donc des voix se disputaient son attention c'est joli comme métaphore j'étais haut comme un infolio et deux voix se disputaient alors la première disait le monde est un gâteau plein de douceur je puis
1:47:44 et ton plaisir serait alors sans trêve te faire un appétit d'une égale grosseur l'autre il disait viens viens voyager dans les rêves on n'est plus dans le gâteau le gâteau il est réel au delà du possible au delà du connu et celle-là chantait comme le vent des grèves alors bien sûr je vous souhaite le poème qui est long il souscrit à cette voix là et alors là commence mon remords ma fatalité ma plaie depuis je ris dans les deuils et pleure dans les fêtes et trouve un goût suave au vin le plus amer mais la voix me console et me dit c'est pour vous dire sur votre admirable préscience garde tes songes les sages n'ont pas d'aussi beau que les fous quand même oui je lui ai donné quelques gages à la folie donc tu fais bien je l'ai mis de côté exprès c'est plus complexe peut-être que c'est sur le fou que repose la responsabilité du collectif lorsque le collectif est irraisonnable est en crise complètement quand c'est le collectif qui déraisonne après tout je terminerai là-dessus après tout il faudrait bien méditer ce que je vais dire là parce que c'est un fait historique c'est pas une opinion personnelle des braillards comme Hitler dans une brasserie au Bürgerbräu à Munich
1:48:54 allez voir là-bas sur la fête de la bière où il allait souvent avant même qu'il soit bien avant qu'il soit chancelier qui dit ouais les juifs les pédés les communistes il faut liquider tout ça bon bon ça il y en a dans tous les cafés de France et de Navarre il n'y a pas besoin de chercher à l'Allemagne à deux heures du matin je ne sais pas vous trouvez ça à peu près partout des gens pas très dangereux parce qu'ils font rigoler un peu la galerie oui ou non personne ne le prend en sérieux quand tout d'un coup 80 millions 80% pardon des millions d'Allemands votent pour lui c'est qu'il y a autre chose c'est qu'il y a eu des feux verts c'est qu'il y a des gens à l'université qui disent ce monsieur Hitler il a du bon sens mais de l'ordre il met les syndicats vous voyez je suis en train de dire des choses graves voilà donc il y a des moments quelquefois n'est-ce pas où encore une fois il est possible comme un des plus beaux textes de l'histoire de toutes les littératures le King Lear la pièce la plus sombre de Shakespeare il y en a des pièces sombres dans Shakespeare mais alors le roi Lear c'est terrible la scène de la folie sur la lande comme ça regardez bien le roi Lear écrit par quelqu'un qui dit dans Hamlet qu'il y a quelque chose
1:50:04 de pourri dans le royaume de Danemark donc Hamlet moi je joue le fou n'est-ce pas pour être le seul raisonnable là-dedans voilà donc c'est un cas à prendre en compte un cas difficile Pierre m'était moins que je voulais discuter au collège de la philosophie d'un triangle de la folie qui aurait regroupé dans l'ordre chronologique Hölderlin Nerval et Nietzsche trois folies très différentes mais tous les trois chacune des trois étant une expression quasi unitotale de la modernité c'est des problèmes qui sont encore les nôtres donc voilà c'est pour ça que ta question je la mets de côté en tant que solution mais il faudra la reposer