Transcription automatique (Whisper), non relue — cliquez pour aller au passage.
Des Barricades mystérieuses à Over the Rainbow
0:00 Bonjour à tous, Musicosophie reprend. Il y a à l'instant, Dominique, nous exécutez les Barricades mystérieuses de Couperin. Va-t-il le refaire pour nous ? Suspense ? Ma foi, oui, mais si je le fais, sachant qu'il y a un public, je vais faire des fautes.
0:30 Il y a un bruit bizarre, mais j'ai un piano qui est cassé dans les notes du grave. Voilà. Bref. On te voit bien, on t'entend un peu mieux que d'habitude. Je peux vous faire la version clavecin. Ce sera plus original.
1:07 Voilà, la grande musique française du XVIIIe siècle. C'est un bel ornement, bravo. Tu me disais que c'était un rock, un rock'n'roll. Oui, oui, oui, je trouve qu'il y a un contre-temps qui fait un peu rock, là. Un after beat. Voilà, exactement. On a l'air d'improviser, mais je crois que tu avais quand même prévu de parler de quelque chose de bien précis, qui est l'interprétation. Oui, donc le contraire de l'improvisation.
1:38 Là, tout le problème est posé, justement. Entre improvisation et interprétation, on a la polarité qui va nous occuper. Parce que, prenons d'abord interprétation au sens courant, c'est-à-dire, il n'y a qu'entre connaisseurs qu'on parle vraiment d'interprétation. En gros, quand je dis connaisseurs, je mets douze guillemets tant qu'on voudra. Mais enfin, quand même, je veux dire, c'est un mot intéressant connaisseur. Ce n'est pas objectif comme une équipe nobélisable ou nobélisée, d'ailleurs.
2:11 Mais enfin, quand même, je veux dire, c'est vrai que, quand on parle des meilleures interprétations au piano de Mozart, on ne met pas Clara Haskil, le premier venu, je ne donne pas de nom, sur le même plan. Voilà, c'est vrai qu'il y a des domaines d'excellence. Mais que dire d'un pianiste comme Oscar Peterson en jazz ou Bud Powell ? Que veut dire interpréter ici en jazz, par exemple ?
2:42 Alors que le jazz est basé sur l'improvisation, par exemple. C'est-à-dire que le musicien qu'on écoute, je parle du pianiste de jazz, est en même temps le compositeur, puisque la musique qu'on entend, il la crée à chaque instant. C'était strictement inouï avant que nous l'entendions, puisque c'est une improvisation sur le même thème. Je ne sais pas, je vais prendre un standard comme Over the Rainbow, qu'on joue toujours à Noël, magicien d'oz.
3:13 Pardon, au clavecin, ça fait bizarre. Je vais quand même le mettre, voilà. Voilà, moi j'ai fait le thème d'une manière un peu canonique, comme ça, sans improviser pour qu'on le reconnaisse. Mais si je fais… Là, je fais des trucs que personne n'a entendus juste avant.
L'interprète entre compositeur et auditeur ; Debussy et Satie
3:50 Donc, la notion d'interprétation ne veut plus rien dire. Ça, c'est une exécution, une version, on va dire. C'est la version du X mars 2021 d'Over the Rainbow. Voilà. Donc, on pose bien le problème là entre l'interprète. L'interprète suppose qu'il y a un compositeur à l'extérieur de lui. Alors, on va être sérieux. L'interprète veut dire celui qui intervient au milieu entre.
4:20 Inter, oui, c'est ça. C'est-à-dire entre le compositeur et le consommateur de musique. Nous sommes le mélomane. Autrement dit, ça suppose qu'il y a un texte au départ et que celui qu'on appelle l'interprète ne se contente pas de l'exécuter. Voilà encore une autre nuance. Exécution, interprétation. Parce qu'un élève, un bon élève du conservatoire qui maîtrise suffisamment la technique peut exécuter la partition de la sonate de Liszt.
4:51 Je prends une œuvre très difficile. De la sonate en si mineur de Liszt. L'unique grande sonate pour piano de Liszt qui est un cheval de bataille de tous les grands virtuoses. Mais il peut la massacrer du point de vue de l'esprit, de la manière dont il la ressent, de son feeling. On peut prendre les mots qu'on voudra et ne pas prendre le bon tempo, etc. Parce que tout n'est pas écrit, justement. Donc, déjà, entre exécution et interprétation, l'interprétation suppose une restitution, une identification à la subjectivité du compositeur et à celle de l'auditeur.
5:27 C'est assez complexe. Et on s'aperçoit tout de suite, c'est pour ça que tu as très bien fait de me dire « On croit qu'on improvise ». De commencer par là, parce que tu posais le problème de l'improvisation qui est presque un antonyme ici à l'interprétation. C'est qu'il n'y a pas si longtemps historiquement qu'on parle de l'interprète. Ça suppose déjà des musiques écrites. Donc déjà, c'est assez tardif historiquement parlant. Et en plus, des musiques où presque tout est écrit.
5:57 Je vais prendre exprès un exemple dans notre ami, j'allais dire, Debussy. Voilà le temps que je... Voilà, voilà. Je regarde des indications. Pardon, parce que... Voilà. C'est juste là.
6:28 C'est pas bien loin. Suite Bergamasque. On va prendre... Alors ça, c'est peut-être pas indiqué. Voilà. Excusez-moi. Voilà, voilà. Il faut le chercher dans le... Peu importe, je ne l'ai pas. Mais enfin, quiconque a vu une partition de Debussy c'est que tout est extrêmement prescrit dans Debussy.
6:59 Sur telle mesure, il va dire céder. On ne sait pas très bien ce que ça veut dire céder. Ça veut dire ralentissez et finissez par venir vous évanouir sur la dernière note de la mesure, vous voyez. Bon. Les enregistrements de lui. Bien sûr, oui, tout à fait. On a une bonne partie de l'œuvre de Debussy et qui est assez bien remasterisée maintenant, comme on dit. Qui n'est pas inaudible, quoi. Pour l'époque, c'est... En fait, ce n'est même pas des disques. Ce sont des rouleaux. Je vais finir par le trouver.
7:32 Voilà, Debussy ici. Mais ça, c'est la Suite bergamasque, qui est une œuvre de jeunesse. Ça ne m'arrange pas tellement. Ah ben oui, je suis idiot. C'est l'autre côté, oui. Excusez-moi. Alors. Voilà, voilà, voilà. Oui. J'ai ici les préludes de Debussy. Un peu en dehors. Indication que donne Debussy. Jouez un peu en dehors, sous-entendu, de la mesure, de la stricte métrique. Soyez pas trop métrique. Bon.
8:02 Sur une mesure. Après, à un autre endroit, il y a marqué... Je lis les indications de Debussy. Extrêmement égale et léger. La main gauche, un peu en valeur, sur la main droite. Un petit décalage, pas tout à fait à la même vitesse, les deux mains. Oui, vraiment. Le pire, c'est qu'on parle de Satie, parce que là, c'est complètement délirant. Exactement. C'est la même époque.
8:32 Lent et mélancolique. Doucement soutenu et très expressif. Un peu plus à lent et plus gravement expressif. À peine quatre mesures après. Plus lent. N'est-ce pas ? Bon. Presque plus rien. Là, c'est une indication marquée. Presque plus rien. Ça veut dire, on sent un son qui s'éloigne, comme ça, à la limite de l'audible. Donc, ici, là, c'est le comble, vraiment, de la partition écrite où tout est stipulé. Quand on prend à l'inverse, Bach, c'est-à-dire les débuts de la musique écrite, enfin, ça commence un peu un siècle avant, c'est pas...
Bach : peu d'indications, des relations invariantes
9:07 Bon, 16e siècle. Quand on le voit, Bach, il y a quoi ? Il y a, à la rigueur, piano, forte et encore. Sous-entendu, on sortait de millénaires d'improvisation, des musiciens chevronnés, n'est-ce pas ? Ils étaient des virtuoses de la flûte à bec, de hautbois, de ce qu'on veut, de luth. Et donc, on n'avait pas besoin de leur dire qu'est-ce qu'il fallait accélérer, ralentir. Oui, ça ne veut pas dire du tout que c'était absolument...
9:37 Quand Bach fait ça, il ne précise pas s'il faut faire un peu staccato comme je viens de le faire à la main droite. Je vais faire légato. Il y a des deux mains, oui. Il ne le précise pas parce que, je veux dire, il le laisse au goût de l'interprète. Selon l'humeur du moment, etc. Il y a quand même un invariant qui est ce qu'il a écrit, qui se tient tellement, qui est tellement autosuffisant.
10:07 Voilà. Je prends un autre exemple, extrait de l'art de la fugue. C'est le fameux canon par augmentation et diminution et en mouvement contraire, in contrario motu. Et puis, c'est vers ça. C'est une espèce de magnifique blue note. Bon.
10:40 Là, je le fais lentement. Mais Bach, alors là, je prends exprès un exemple limite. Dans l'art de la fugue, non seulement, on n'a pas d'indication de tempo, mais on n'a pas d'indication d'instrumentation. Autrement dit, quand vous regardez sur le marché de l'enregistrement, j'allais dire du disque, mais maintenant, c'est le streaming, vous mettez l'art de la fugue sur YouTube, vous avez des versions pour clavecin, pour piano, pour orgue, pour quatuor à cordes. Pour orchestre, oui. Pour grand orchestre, oui, absolument.
11:10 Parce que précisément, c'est un compte de défi, de challenge. C'est une musique tellement bien écrite que vous pouvez la jouer avec ce que vous voulez, avec de l'orgue de barbarie, avec un synthétiseur, avec des trombones à coulisses, ce sera aussi bien. C'est extraordinaire. Et c'est pourquoi ce que je viens de jouer là, on peut très bien le jouer comme ceci. Pardon. Je vais prendre, c'est un peu plus rock, piano électrique.
11:43 Ça ne change pas grand-chose. La cohérence de l'oeuvre est là entièrement. Elle ne souffre pas un quart de poil. Mais je pouvais aussi faire ceci. Pardon. Excusez-moi. Voilà.
12:15 Les cordes. Je change complètement l'atmosphère du morceau. Rien de tout ça n'est précisé.
Lithophone et arc musical : la musique sans compositeur
12:47 Ce qui compte, c'est les relations qui restent invariantes entre les hauteurs et les durées et les durées respectives. Donc, ici, interpréter. Il faut déjà restituer. Voilà. Donc, encore une fois, on commence à y voir un peu plus clair. Dans la plus longue partie de l'histoire musicale, si je remonte, on essaye d'imaginer ce que pouvaient être les sons musicaux que Néandertal faisait pendant qu'il y avait la saison des pluies à l'intérieur de la caverne.
13:24 Je veux dire, il devait y avoir sans doute des éléments rythmiques, des vocaux, ce qu'on voudra, sans doute mélodiques aussi. Et on peut toujours spéculer. on a quand même les plus anciens instruments qu'on a trouvés. Le plus ancien, d'ailleurs, est un lithophone trouvé au Vietnam, dans la jungle vietnamienne. Un lithophone, c'est-à-dire un genre de xylophone. Oui, sur la pierre. Voilà, voilà. Un genre de xylophone, mais les touches sont des morceaux de pierre de différentes longueurs et qui font une espèce de gamme.
14:01 Pardon, excusez-moi. On va prendre un vibraphone, comme ça, ce sera plus vraisemblable par rapport au lithophone. Mais voilà. Voilà, c'est un lithophone, mais pas aussi accordé au niveau que ça, beaucoup plus. Et autrement dit, le plus vieil instrument qu'on ait trouvé est un instrument qui fait dans le discret ou le discontinu, comme on voudra.
14:31 où l'on passe, vous voyez, d'une hauteur à une autre directement sans qu'il y ait comme dans un violon. Voilà. On pense aussi qu'un des plus vieux instruments qui existe encore, qui est pratiqué encore par les chasseurs, en particulier en zone de forêt, c'est l'arc, ce qu'on appelle l'arc musical. Les chasseurs du néolithique étaient d'excellents chasseurs. L'arc est une révolution. C'est la première fois que la mort est transmise à distance. Je veux dire, c'est une arme de jet. affronter le mammouth à l'épieu, il faut y aller.
15:04 Il faut quand même mieux le faire à distance. Mais il y a des pièges, je pense. Oui, ça se fait encore beaucoup chez les Bushmen, par exemple, en Afrique australe. On jette une flèche empoisonnée sur un bœuf et on passe la journée à le suivre après parce qu'il ne tombe pas comme ça en une seconde. Il y a que dans Hollywood qu'on voit ça, il met une journée à agoniser. Donc, l'arc musical, les chasseurs se sont aperçus très tôt que lorsque la corde détendait et que la flèche partait, il y avait une vibration. Après, des moments d'ennui, la pluie qui tombe, on se réfugie sous un arbre et avec la bouche et les dents qui servent à la résonance.
Le centre musical du Niger et le supplément d'âme
15:42 Ancêtre de la guimbarde, exactement. Voilà. On sait, en gros, quel c'était le plus bonheur. Mais alors, que veut dire ici l'interprète ? Il n'y a pas d'interprète, il n'y a pas de compositeur. Il y a un genre qui règne ici qui est l'improvisation. Où le musicien joue tous les rôles en même temps. Il est concepteur, il exécute, il interprète, il restitue, c'est extraordinaire. Alors après, on peut différencier. J'ai constaté comme ça empiriquement moi-même, je veux dire, je me suis occupé de musique au sud du Sahara pour les convainures de l'Union.
16:21 un centre musical. Moi, j'ai dû le financer par vos impôts, mais je vous remercie, je n'ai jamais été si bien payé par l'Union européenne qui avait consenti à financer à la demande des musiciens nigériens. C'est un centre dit de formation et de promotion musicale, CFPM, qui existe bien sûr encore, parce que c'était très gratifiant au niveau, tout ce qui est culture, c'est l'identité du pays pour les politiques, pour les responsables politiques.
16:52 Ça ne mange pas de pain, ça ne coûte pas cher. La musique, c'est quoi, à côté d'une route transnationale, ou d'un barrage, une centrale hydroélectrique, c'est rien. Allez, Pagani va s'en occuper, on va lui mettre un mail, ça va leur faire plaisir. Je ne veux pas cracher dans la soupe, je veux dire, c'est une très bonne idée. Ce n'est pas comme renégocier les contrats d'Areva au Niger. Voilà, voilà, dans le même pays. C'est pour ça que je pense que ça. Areva, c'est au nord d'Agadès, à Arlit, c'est autre chose. Alors là, par contre, les salaires, on regarde de près. C'est sûr.
17:22 Bon, donc, c'est une très belle aventure, d'ailleurs, puisque le cahier des charges de ce centre consistait, était en trois parties. Premièrement, essayer de sauver le patrimoine musical, traditionnel, qui disparaît à la vitesse où la brousse va à la ville, c'est-à-dire à la vitesse grand V, vous vous en doutez. Donc, mettre dans le frigidaire numérique des musiques en voie de disparition, en enregistrant dans d'excellentes conditions avec des appareils professionnels.
17:56 Ça, c'est le côté où l'UNESCO, j'ai sollicité l'UNESCO aussi, d'ailleurs, comme conseil. Ça, c'est le côté patrimonial. deuxième aspect, école de musique. Alors, on dirait, ça, c'est banal, il y en a dans tous les arrondissements de Paris. Ah non, non, là-bas, il n'y en a pas. Il n'y en a pas. C'était une grande première qui puisse avoir un apprentissage de la musique, parce que dans la musique traditionnelle, j'y reviens, le griot, ou même celui qui s'improvise musicien, le chasseur, on parlait du chasseur avec son arc musical, ou le gamin qui, en gardant les voitures à Abidjan pendant que le propriétaire de la voiture fait ses courses, joue avec des boîtes d'allumettes avec une rythmique d'une subtilité assez extraordinaire, avec une invention.
18:46 Donc, je ne parle pas de musicien, est-ce qu'elle était seulement ici ? Il est évident que pour l'instant, on se passe complètement du musique qu'on apprend. C'est déjà un luxe d'être à l'école, d'apprendre à lire, écrire et compter, vous imaginez ce que serait. Donc, c'était une grande première. Et bien sûr, vous n'avez pas de mal à imaginer l'extraordinaire demande, je crois qu'il n'y a aucune région au monde où la jeunesse a une telle soif de formation musicale que dans cette région, contrairement à ce que pense le Blanc, qui a un racisme bienveillant, si je puis dire, je mets bienveillant ironiquement, je veux dire.
19:26 Ah bon ? Vous faites une école de musique, mais ils n'ont pas la musique dans le sang, les Noirs ? Comme ça, nous, on n'a pas besoin d'aller apprendre les maths à l'école parce qu'on a la raison dans le sang. Alors que le nègre, je fais exprès de dire le nègre ici, n'est-ce pas ? La négritude, lui, c'est l'un. Vous connaissez le discours de Senghor qui a dénoncé un de vos auteurs chez Delga, n'est-ce pas ? Senghor, ça doit être vie. Le noir, c'est l'instinct, le blanc, c'est la raison.
19:56 Autrement, l'émotion est nègre, la raison est hellène. Voilà, voilà. Hellène, n'est-ce pas ? C'est ça, exactement. C'est vrai qu'on conseille de lire, si tu vas un peu vite, il faut, on conseille de lire, ce n'est pas simplement parce que je suis l'éditeur, mais parce que c'est un très grand livre, négritude et négrologue. Oui, absolument, c'est un chef-d'œuvre, négritude et négrologue, Adotevi, qui fait justice de ce genre de théorie. Qui est philosophe, bien sûr, de formation, Stanislas Adotevi, philosophe béninois, et qui est par ailleurs un ami.
20:34 J'ai pratiqué au Bénin, mais aussi en Côte d'Ivoire, où il était responsable de l'UNICEF, bon bref, pour la région. Donc, c'était intéressant de voir que il n'y avait que les expatriés qui étaient étonnés qu'on puisse offrir la possibilité d'un apprentissage musical à des enfants africains. Ils sont censés l'avoir dans le sang extraordinaire, quand même, alors que j'avais des gamins qui avaient la larme à l'œil d'émotion en jouant une valse de Chopin.
21:11 Ah, mais vous ne pensez pas que vous êtes en train de troubler leur culture ? Je dis, vous n'aimez pas la musique africaine, vous, ici ? Donc, vous prenez leur musique, vous ne donnez pas la vôtre. C'est ça, votre coopération. Bon, je ne veux pas faire la somme des préjugés qu'il y a là-dedans, n'est-ce pas, d'avoir une relation à ces pays-là qui est éternellement exotique et se servir de l'Afrique comme un supplément d'âme, comme a dénoncé un autre grand béninois et philosophe aussi et qui a été éphémère entre deux coups d'État, ministre de la Culture.
21:41 Je pense à Paulin Hountondji, un grand bonhomme. Sur la philosophie africaine. Voilà, voilà. Et... Pardon, je rends des hommages, là, mais Paulin Hountondji avait une petite librairie dans Cotonou qui s'appelait Librairie de la Renaissance, poussiéreuse, parce que dans un quartier comme ça, ce n'est même pas goudronné, à la saison sèche, la poussière de la rue, où vous trouviez les œuvres complètes de Lénine. C'est extraordinaire l'héroïsme de ces gens-là, soutenus par rien ni de son pays, parce qu'à l'époque, il y avait une librairie qui avait le monopole, n'est-ce pas, pour l'éducation nationale, la Libawol.
22:19 Et donc, j'admire, bon, ce Paulin Hountondji, je l'ai vu donner une conférence au Collège international de philosophie à Paris, où il avait été invité, et où un de nos compatriotes de 50 ans s'est levé en disant, mais vous ne trouvez pas que vous exagérez, est-ce que ce n'est pas important que l'Afrique garde son authenticité ? Et j'ai vu Paulin l'interrompre, il lui dit, monsieur, je ne suis pas obligé de vous servir de supplément d'âme. C'est à lui que j'emprunte la formule qui est admirable, n'est-ce pas ?
22:52 L'Afrique, quand je dis l'Afrique, on peut l'étendre, n'est-ce pas, à tout ce qui est objet d'exotisme, n'est-ce pas, à l'Indien d'Amazonie, l'Inuit, ou celui qui est dans les jungles du Laos, n'est pas obligé de servir de supplément d'âme, n'est-ce pas, à une Europe en mal, en décadence de sensibilité, voilà, je vais dire. Je referme cette longue parenthèse. Donc, encore une fois, c'est très important de voir que pendant la plus immense partie chronologiquement de l'histoire sonore et musicale de l'humanité, la musique a d'abord été improvisée.
Le pipeau du berger, de Tristan au Cygne de Baudelaire
23:31 Et donc, j'y reviens. Lorsque j'enregistrais des musiques de pasteurs, de bergers, ce qui est très important dans le Sahel, où le climat est trop sec, en bordure du désert, Sahel veut dire rivage, n'est-ce pas, belle métaphore, le désert étant l'océan ici, n'est-ce pas, d'ailleurs les chameaux, on les appelle les vaisseaux du désert en arabe. Donc, dans le Sahel, il y a assez de pluie, un petit minimum, pour qu'il y ait une herbe rase, mais pas assez pour qu'il y ait de l'agriculture au sens vraiment de la récolte.
24:04 Donc, c'est la zone dite agro-pastorale par géographie, c'est les troupeaux à l'infini. C'est le domaine de la Bible. Abraham faisait paître ses troupeaux sur une terre sans limite, dit Hegel, n'est-ce pas, dans ses œuvres de jeunesse, dans ses études sur l'esprit du christianisme et son destin. Donc, voilà, on ne peut que nomadiser dans ce genre de décor. C'est là qu'on voit qu'il faut rester basé réaliste, il y a au départ une contrainte d'abord extérieure et la praxis doit faire avec. Voilà, on n'a pas la même praxis selon qu'on est dans la forêt vierge ou au contraire il y a un excès d'humidité ou dans le désert.
24:40 Donc, quand chaque fois que j'enregistrais des musiques de la zone agro-pastorale de berger, je remarque que c'est toujours la même instrumentation, que ce soit en Irlande, je prends des régions pastorales, l'Irlande est pauvre, c'est surtout des troupeaux de moutons à l'origine, que ce soit en Irlande, en Corse, en Sicile, en Castille, le berger a toujours un instrument à vent, c'est le pipeau du berger, c'est le lamentable au sens de lamentation, le navrant solo de corps anglais, c'est-à-dire de hautbois basse dans Tristan au troisième acte, quand le rideau se lève et qu'un berger auquel Kurwenal le fidèle écuyer de Tristan a dit regarde la mer et si un bateau vient, joue avec ton la houlette du berger, c'est toujours un instrument à vent, plaintif qui fait pour résonner au loin, on voit la solitude de celui qui est loin de la communauté, qui n'est pas dans le village, qui fait paître son troupeau loin et qui chante sans doute l'absence de la bien-aimée, quand le rideau
25:50 se lève. Au premier acte de Tristan, les premiers mots, c'est le regard, c'est l'homme de Vigie qui chante, le regard va vers l'est mais le cœur va vers l'ouest. Jeune fille d'Irlande, sont-ce tes soupirs qui gonflent les voiles. Je pense au matelot isolé dans une île. Ah ben voilà, exactement. Ça c'est la fin d'un des plus beaux poèmes de Baudelaire, dans Les Fleurs du mal, Le Cygne, aussi dans la forêt où mon esprit s'exile, un vieux souvenir sonne à plein souffle du cor et on a un instrument à vent.
26:28 Je pense oublier au matelot oublier dans une île, je pense bien sûr à Victor Hugo qui a été exilé à Guernesey et à Jersey, aux captifs, aux vaincus, à bien d'autres encore. Vous voyez, ça finit sur une rime féminine pour ne pas finir. Le son continue à résonner le berger, c'est ça. Donc, il y a comme ça des traditions. Mais ce berger-là, il est compositeur, il module, il varie. Il est compositeur pas au sens de l'écriture, d'une musique orale.
Les classiques improvisaient : cadences de Mozart et Beethoven
26:59 C'est intéressant de poser ces problématiques. On est tellement habitués à notre culture qu'il faut un peu sortir de l'européocentrisme et comprendre que parler de l'interprétation en général. C'est déjà supposé une séparation des fonctions qui supposent des spécialisations. Je ne dis aucun jugement de valeur. C'est un progrès par certains côtés, c'est une limite pour d'autres, il n'y a pas la fraîcheur et la spontanéité de l'improvisation, c'est sûr. Alors, j'en profite pour dire, bon, tout à l'heure, tu as dit, le jazz, c'est une musique improvisée, le classique, c'est une musique écrite.
27:34 Non, ce n'est pas si simple. Il n'y a pas si longtemps que l'improvisation, que l'écriture musicale est caractéristique du genre dit classique, parce qu'à l'époque de Mozart et de Bach, on passait son temps à improviser. malheureusement, il n'y avait pas de magnétophone ni d'enregistreur numérique qu'on pourra maintenant. Vous voyez les pertes. Les tout premiers, on a fait allusion tout à l'heure, c'est Debussy sur des rouleaux de cire.
28:09 Encore bien. Souvent, ils exécutent un morceau, mais on ne les voit pas improviser. Voilà, voilà. Non, mais c'est intéressant de savoir que, par exemple, je l'ai fait allusion quand on a parlé de Mozart, c'est 27 concertos pour piano, c'est Mozart qui les créait à chaque fois. La première fois qu'on les entendait en concert, c'est Mozart qui était au clavier, bien sûr. Jamais il ne jouait tout à fait de la même manière un mouvement. Et puis, surtout, il y a des cadences dans les concertos. Et en plus, il y avait, comme tu dis, dans chaque mouvement, pas seulement, surtout les mouvements rapides, les mouvements lents un peu rares qu'il y a des cadences, un passage pour que le soliste montre son savoir-faire instrumental.
28:48 Ça passe son petite partie d'exhibition. Et cette cadence est progressivement devenue écrite. Beethoven propose deux, trois, quatre cadences écrites différentes pour son quatrième concerto pour piano, dont celle-ci. Pardon, c'est encore dans les... C'est en lithophone, là. parce que c'est celui qui commence.
29:25 Là, il reprend le même thème rythmique. là encore, on essaye de trancher à la hache, le classique, on écrit, on compose et il y a une partition, le jazz, on improvise et c'est comme ça, spontané. Ce n'est pas si simple. jusqu'à la moitié du 19e siècle, l'improvisation reste omniprésente chez les musiciens classiques.
Bach chez Frédéric II et les préjugés sur la musique classique
29:59 Liszt, on lui donnait n'importe quoi comme thème qui faisait immédiatement des variations dessus. Quant à Bach, il pouvait se mettre les mains derrière la tête à l'orgue et avec les pieds faire une fugue à deux voix. Improviser. il l'a fait, il l'a fait chez le roi de Prusse quand il a été enfin invité à la cour, ce musicien qui a été effacé que personne ne connaissait. Les musiciens de cour étaient des musiciens italiens ou français. Les Allemands n'avaient pas leur place ici.
30:29 Rappelez-vous que le roi Frédéric disait que l'Allemand c'était une langue bonne pour les chevaux et qu'à la cour il fallait parler français. Bon, c'est un peu comme ça pour la musique. Or, avant le romantisme et la poussée des écoles nationales, les Allemands n'occupent pas tellement. Or, lorsqu'il arrive à Frédéric qui est un excellent flûtiste, il lui propose le fameux thème royal qui doit être à la base de l'offrande musicale. Thème royal parce qu'il a été composé par le roi.
31:01 Et quelques heures après que le roi lui ait montré son thème, il lui a restitué une fugue à quatre voix. Voilà. improviser en contrepoint, ce n'est pas évident. Voilà. Donc, je commence par rassembler tout ça pour rappeler tout de même qu'avant de parler d'interprétation, on va y arriver à l'interprétation proprement dite. Celle dont j'ai dit au début qu'elle fait l'objet des discussions entre connaisseurs.
31:34 Quelle est la meilleure interprétation de la sonate Appassionata, ou l'opus 27 numéro 2, de Beethoven, voilà. Mais enfin, il fallait quand même faire ce long détour historique pour bien établir les choses. Et puisque je parle de Beethoven, les témoignages tous concordants disent que les gens s'évanouissaient pendant les improvisations de Beethoven. Ah oui, c'est surtout lui à ses improvisations.
32:05 Elles étaient d'une telle force excessive parce que Beethoven jouait. Là encore, il faut se battre contre des imageries aliénantes qui voudraient que la musique classique, qui dissuade les jeunes et les classes populaires, n'est-ce pas, de s'intéresser à la musique classique puisque c'est bon pour l'élite et pour les gens qui vivent et riches. Ce qui est incroyable quand vous voyez que Moussorgski est mort dans le caniveau et que Mozart, son corps, est à la fosse commune, c'est un peu fort quand même, je l'ai. Bon, et Schubert, n'en parlons pas, c'est mort dans un anonymat et une misère.
32:37 Mais c'est les préjugés, je crois que c'est Pascal qui en parle à propos des Moïse, Jacob, etc. On les voit toujours avec de longues barbes alors que ce sont des gens comme vous et moi. Oui, surtout que le mot préjugé, s'il fait bien de citer Pascal parce que c'est au 17e siècle. Je ne le cite pas vraiment, j'aimerais bien retrouver le passage. C'est au 17e siècle que ce mot revient un peu au centre du débat, comme si ça préparait un peu le siècle de lumière, la critique des préjugés. Descartes dit bien que dans la première règle de la méthode, il faut éviter soigneusement la prévention et la précipitation.
33:09 Par exemple. Donc, pardon. Alors, oui, parmi ces préjugés, il y a le fait que la musique classique ne se joue que dans les salons, soit à la cour, soit dans un salon privé, d'un bourgeois, ce qui était souvent le cas. Mais enfin, je veux dire, Beethoven, parce que je suis parti de là, ces œuvres les plus savantes, les plus difficiles, les derniers quatuors à cordes ont été créées dans des guinguettes.
33:49 Aux environs de Vienne, au bord du Danube. Même les Razumovskis ? Bien sûr, avec des odeurs de bière, mais bien sûr. Et avec un auditoire passionné. Quand même. C'est là-dedans qu'il y avait certains qui tombaient dans les pommes, moi-même, lorsque, alors là, c'est plus une musique de cour, je pense à la création de l'opéra. L'opéra suppose une infrastructure, une budgétisation, pas plus lourde qu'un simple piano.
34:20 Et je pense ici à Monteverdi, à la création de l'Orfeo à la cour des ducs de Mantoue, Mantova, là, on a parlé aussi de syncope. Mais pas au sens musical, au sens médical. Le choc musical, et pas dans le sens musical, le choc musical qu'a été d'entendre l'expression de l'émotion de la voix soliste alors qu'on sortait de siècles de polyphonie et d'anonymat de l'individu noyé dans le chœur et d'un affaire chorale et collective.
Interprétation et individualisation de la société bourgeoise
34:51 Voilà, c'est pour rappeler des choses comme ça. Donc, pour en revenir maintenant à l'interprétation, c'est surtout à partir du XIXe siècle et même de la deuxième moitié que les problématiques et les discussions sur la bonne et la mauvaise interprétation viennent au centre du débat. Lorsque sans doute le enregistrement mais d'après tous les témoignages celui qui fut le plus grand pianiste de l'histoire je pense à Liszt qui ne faut pas réduire à n'être qu'un virtuose c'est un grand compositeur dont on écoute malheureusement que toujours il y a 10 ou 15 mêmes oeuvres très populaires qui sont souvent des compiles de rhapsodies hongroises empruntées au folklore des choses extraordinaires qui annoncent même Schoenberg je pense à la Gondole funèbre et des choses comme ça bon c'est pas notre sujet mais Liszt dit un jour à à la comtesse d'Agoult c'est-à-dire à sa future épouse dit prépare un petit peu l'appartement parce que ce soir je reçois quelqu'un qui joue mieux que moi le problème de
36:01 qui sait bien jouer du piano je suppose elle dit qui ça à Thalberg Thalberg était un virtuose de l'époque on a oublié parce qu'il n'était que un virtuose justement et il dit non Thalberg j'en fais mon affaire ça va parce qu'il y avait des concours comme ça des monstres de foire où chacun devait faire de la haute voltige n'est-ce pas de pyrotechnique pianistique il dit non non c'était Chopin beaucoup plus discret que Liszt n'aimant pas jouer dans des grandes salles préférant jouer dans des intérieurs etc mais tous ceux qui ont assisté à Chopin en train de jouer disent mais on n'a jamais vu je vous dis une manière là il ne s'agit pas seulement de virtuosité elle était évidente je ne sais pas c'est dans l'ivette ces cours de cadeau mais simple la manière de jouer son légato ces nuances le choix de ses tempi montre bien que la notion d'interprétation vous le devinez c'est la deuxième détermination que je fais intervenir j'ai mis du temps ça vient avec l'individualisation de la société civile bourgeoise à partir des époques
37:11 modernes tout simplement il y a une prodigieuse différenciation d'un individu à l'autre prenez Telemann prenez Vivaldi vous avez du mal des fois à distinguer vous pouvez confondre à bon droit un concerto de Corelli je vais prendre un polonais maintenant moins connu Zelenka qui est de la même époque un baroque polonais c'est difficile des fois de distinguer une fugue de Purcell il y a des très belles fugues n'est-ce pas et une de Corelli par contre on a du mal à confondre Schumann et Schubert il y a une puissance de différenciation et d'individuation dans le même courant dans la même sensibilité le courant du romantisme musical et en soutenant du romantisme pianistique il y a un monde qui sépare un Mendelssohn d'un Chopin d'un Schubert d'un Schumann et d'un Brahms c'est 5 styles complètement différents et 5 manières de jouer du piano Brahms toujours comme si on avait 15 doigts à chaque main avec des octaves
38:21 voilà Schubert extrêmement transparent extrêmement aéré et peu pianistique à part la fameuse Wanderer Fantasie c'est difficile sinon ça demande surtout de l'expression voilà et Chopin qui réunit à peu près toutes les qualités mais Schumann qui annonce plus Debussy alors que Liszt annonce Ravel c'est intéressant de voir ces filiations et écouter les jeux d'eau de Ravel pour parler d'une oeuvre des plus populaires de Ravel et écouter les jeux d'eau de la Villa d'Este de Liszt et on voit d'où ça procède c'est vraiment frappant alors que Schumann est plus harmonique là où Schubert est mélodique Schumann est plus harmonique et ça c'est Debussy qui va s'en souvenir il ne faut pas oublier que Debussy pendant sa période de formation conservatoire était un excellent très bon pianiste et qu'on avait déjà remarqué qu'il avait des harmonies étranges ses premières oeuvres je pense le printemps
39:31 une espèce de cantate qu'il a écrite à Rome lorsqu'il bénéficiait de son séjour après avoir eu le prix de Rome à la Villa Borghèse les critiques de l'époque français avaient dit il y a quelques harmonies originales mais ce monsieur devrait savoir qu'il faut quand même nervurer et donner un sens et une forme à la musique et ne pas la laisser ainsi dans l'indétermination on ne voyait pas à quel point sa musique était prodigieusement construite et cohérente mais une cohésion tellement nouvelle qu'on ne s'en apercevait pas même dans l'histoire de la musique entre le contour par la ligne à la Gauguin ou au contraire par le dégradé à la Van Gogh il y a forcément deux on peut défendre un au contraire de la croix parce que c'est la même opposition qu'on retrouve c'est exactement la même dichotomie c'est exactement la même tu prends des références à la peinture j'avais un ami peintre je parle d'un domaine que je connais plus mal j'apprécie je n'ai pas la connaissance technique donc j'ai peur de dire mais il me disait tu vois je te demande de faire un visage le tu s'adresse à quelqu'un qui n'est pas de la partie qui n'est pas un artiste
40:41 un graphiste un artiste plastique ben fais moi un visage je faisais un ovale comme ça comme nous le disons tous spontanément comme on a fait sur nos cahiers d'écoliers et puis un chemin ovale donc c'est à dire je commence par faire le contour et j'inscris dedans des yeux un nez et il me dit moi il dit je commence par la narine gauche et de là je me propage vers la périphérie ça n'a rien à voir oui c'est ça là au début lorsqu'il en est qu'à la narine gauche on pourrait penser comme de Debussy que ça manque de construction que ça manque d'unité alors que il y a une implacable progression qui est en train de se déployer enfin je vais dire une irréfutable progression qui est en train de se déployer donc voilà quand je parle d'interprète voilà maintenant ceci dit je voudrais quand même pour ne pas partir dans tous les sens rendre un hommage particulier à quelques interprètes pas on va pas en faire une liste parce que c'est très et puis je vais en prendre un ou plutôt une une seule qui va nous servir
Clara Haskil : l'enfance d'une musicienne
41:51 de métonymie pour montrer l'importance maintenant de l'interprétation dans la musique à partir du monde contemporain disons du répertoire classique donc je prends ici voilà pour pas je ne me sers pas de l'ordinateur pour pas quitter l'onglet je vais prendre ici voilà Madame Clara ce qui est dont je fais allusion tout à l'heure qui a qui floruit comme on dit en latin n'est-ce pas a eu son apogée dans les années 50 en gros qui est une fois contemporaine et une grande amie d'ailleurs des Dinu Lipatti des gens comme ça donc vous voyez je vais quelques éléments d'abord une biographie parce qu'on ne réalise pas ce que c'est que ces parcours c'est quand même un sacerdoce aussi voilà alors vous voyez merci miracle de je me dis net ah oui sur la pardon donc rapidement
43:07 je ne vais pas tout lire mais je vous donne quelques indications de biographie n'est-ce pas bon elle est née pratiquement un peu avant le début du 20ème siècle elle est née en 95 à Bucarest d'origine roumaine bien sûr et alors issu d'une famille roumaine juive Haskil semble venir du verbe hébreu je n'arrive pas à le prononcer signifiant discerner apparenté au mot Haskala c'est les lumières juives et qui est incollable et se révèle une enfant surdouée alors écoutez bien à l'âge de 3 ans ça commence elle reproduit déjà avec un doigt à 3 ans des mélodies qu'elle a entendues la mère de Clara Bertha Haskil pianiste et musicienne amateur là encore partie de rien c'est intéressant que Mozart Bach Clara Haskil on est dans des millions de musiciens sagatoriens même si il y en a qui sont partie de zéro la mère Clara Haskil lui donne ses premiers cours de piano et Clara révèle des dons stupéfiants d'oreilles et de doigtés sa mère lui a donné son prénom
44:17 en souvenir de sa propre sœur aînée qu'elle admirait passionnellement et qui mourut à 20 ans retenez bien tout ceci vous allez voir c'est des vies incroyables alors qu'elle effectuait des études brillantes de piano au conservatoire de Bucarest Clara travaillait aussi le violon on dirait les sœurs Boulanger un peu oui tout à fait et Clara travaillait aussi le violon et Lily Boulanger beaucoup moins connue celle qui est qui est mort très jeune travaille aussi le violon et se montre également douée par cet instrument c'est épouvantable le violon pendant 3 ans on fait crac crac on n'arrive pas à sortir un son elle a deux sœurs Lily son aîné qui joue du piano et Jeanne la cadette qui apprend le violon son père meurt d'esprit d'une pneumonie en 99 contractée une nuit de décembre lors d'un incendie survenu dans leur immeuble décidément et sa mère doit subvenir aux besoins de la famille en donnant des leçons de piano de français d'allemand d'italien et de grec moderne la maman on est bien en Roumanie des pays dont les autres ne parlent pas la langue dans l'Europe dans les grands foyers culturels d'Europe on ne parle pas et c'est pour ça qu'il y a tellement de polyglottes chez les slaves alors que les français
45:28 sont mauvais en langue n'est-ce pas les américains et les français les deux grands peuples les plus mauvais en langue parce qu'ils savent que tout le monde dans le monde entier pour des raisons différentes et à des époques différentes parlent leur langue n'est-ce pas on voit ici madame Haskil mère leçon de piano de français d'allemand d'italien de grec moderne puis en ouvrant un petit atelier de couture pour rester auprès de ses enfants j'admire ces lilas mais son travail ne suffit pas et la famille survit grâce à l'aide d'un de ses frères Isaac actuaire assureur Isaac deviendra directeur de la nationale je passe Clara Haskil continue de développer ses dons toujours avec sa mère un ami des Haskil emmène la fillette chez un professeur de chant du conservatoire pour l'instant elle est restée que dans la famille qui lui joue une sonatine de Mozart qu'elle ne connaît pas Clara la joue immédiatement sans faute d'une traite puis la rejoue en la transposant vous savez ce que ça veut dire transposer je fais ça pardon excusez-moi à la tierce à la quarte on ne pouvait pas transposer un ton au-dessus si je crois que c'est dans le morceau d'ailleurs là je le fais
46:38 parce que c'est facile quand il faut transposer une étude du Chopin à l'instant c'est une gageure donc Clara la joue immédiatement sans faute d'une traite puis la rejoue en la transposant elle a 5 ans on décide de lui faire commencer le cours au conservatoire alors quand Clara a 7 ans la famille décide de l'envoyer étudier le piano à Vienne donc ça confirme voilà c'est pas à Bucarest qu'elle va devenir une célébrité mondiale il y a peu de chances statistiquement donc non mais je rends hommage à ces pays là un patrimoine populaire d'une richesse invraisemblable il n'y a qu'à voir les rhapsodies roumaines d'Enescu qui a beaucoup plongé et n'est pas le grand musicien national roumain dans ce répertoire et donc ce qui motive des vives musiciens les plus grands musiciens de films français sont deux roumains c'est Joseph Kosma et Vladimir Cosma c'est quand même pas un hasard de même que les plus grands musiciens d'Hollywood en particulier dans les westerns et dans les grandes sagas américaines sont slaves c'est Dimitri Tiomkin qui a fait à peu près toutes les musiques de films et de John Ford et de Howard Hawks vous voyez c'est pas des hasards
47:49 tout ça donc on l'envoie à Vienne étudier le piano elle s'y rend seule avec un autre de ses oncles un médecin âgé de 35 ans qui ne pratique plus et qui voue une véritable passion à sa petite nièce à Vienne Avram le tonton l'amène auprès du célèbre pianiste Anton Door émerveillé par les dons de l'enfant il écrit au quotidien viennois Neue Freie Presse qui publie l'article suivant le professeur Anton Door attire notre attention sur une petite fille dont le talent musical est tout à fait exceptionnel il nous écrit ces jours-ci s'est présenté chez moi un médecin venant de Roumanie tenant par la main une petite fille de 7 ans fils d'une veuve pardon excusez-moi fille d'une veuve cette enfant est un prodige elle n'a jamais reçu le véritable enseignement musical il n'y a qu'à Vienne n'est-ce pas bon mais ce n'est pas nécessaire car tout ce qu'on lui joue dans les possibilités de ses petites mains elle le joue à son tour de mémoire sans une faute et qui plus est dans n'importe quel ton dans les 24 demi-tons ça veut dire je lui ai présenté une sonate de Beethoven elle l'a déchiffré d'une façon parfaite et sans accroc 7 ans on se trouve là devant une énigme cette maturité
48:59 d'un cerveau d'enfant est véritablement angoissante comment il disait l'autre Chateaubriand de Pascal c'est effrayant j'ai une bon alors je vais un peu vite pour arriver quand même à Paris après trois années d'études avec Richard Robert l'oncle Abraham décide d'amener Clara alors âgée de 10 ans à Paris elle ne reverra plus son professeur Clara se présente aux examens d'entrée de piano et de violon du conservatoire de Paris elle poursuit l'étude du violon parallèlement à celle du piano jusqu'à ce que la scoliose déformante et diagnostiquée en 1914 l'empêche de continuer cet instrument et là commence un calvaire elle bat toi la leucémie il faut voir la vie de Clara elle devient l'élève d'Alfred Cortot le grand pianiste français de l'époque en 1907 mais l'illustre pianiste futur collabo vous savez ça Cortot avait d'excellentes relations avec du régime de Vichy voilà je ne dis pas qu'il a été célèbre sous Pétain parce qu'il y en a eu d'autres Marcelle Meyer n'a jamais collaboré n'a jamais dit non de ces personnes mais enfin elle était dans les salons de l'époque Cortot était plus en phase
Cortot, Fauré et le trac
50:10 à la cise de la époque mais regardez bien elle devient l'élève de Cortot mais l'illustre pianiste ne l'aime pas et devant les autres élèves cette espèce de roumaine juive n'est-ce pas la renvoie souvent en lui disant nous vous entendrons la prochaine fois il lui dira même vous jouez comme une femme de ménage tout est dit si on ne comprend pas ici que la race c'est la classe c'est que décidément on est indécrottablement anti-marxiste oui c'est ça ou plutôt ça prouve la vérité de Marx donc nous vous entendrons la prochaine fois d'ailleurs vous jouez comme une femme de ménage et la remettra entre les mains de son collègue Lazare Lévy Gabriel Fauré alors directeur du conservatoire de Paris se prend d'affection pour elle le bon Gabriel pas directeur du conservatoire et la félicite après l'avoir entendu jouer une de ses pièces c'était mes variations je ne savais pas qu'il y avait autant de musique dans ce que j'avais écrit dit Fauré c'est l'hommage là on voit dans cette citation de Fauré ce que signifie l'interprétation il a dû entendre 50 fois c'était mes variations jouées par des élèves
51:20 exécuter c'est là qu'on voit la différence on doit simplement exécuter une partition même sans faute sans faute technique et en même temps passer à côté de ce qu'il y a d'intéressant musicalement c'est mystérieux la musique qui n'est pas dans les notes c'est vous alors je ne savais pas c'est comme définir comment on appelle ça le swing il paraît que c'est très difficile c'est difficile mais on en vient aux mains entre amateurs de jazz mais il ne swing pas ce mec tu veux dire quoi par là vous voyez c'est inconcevable Clara vit seule à Paris avec son oncle Avram un homme taciturne et lors de vacances en Roumanie où la famille de Clara est restée sa mère la voyant si triste vous vous rendez compte le Cortot l'a empêché de faire une carrière fulgurante à Paris si triste décide de louer un appartement à Paris pour des raisons matérielles elle ne pourra emmener Lili et Jeanne l'oncle Avram malade revient à Bucarest et entre dans la compagnie d'assurance de son frère où il restera jusqu'en 1911 à 14 ans Clara remporte le premier prix de violon
52:31 au concours de l'Union Française de la Jeunesse on ne parle même plus de piano et c'est un instrument terriblement éprouvant le violon le concours de l'Union Française de la Jeunesse présidé par l'immense Jacques Thibaud qui est disparu tragiquement dans un accident d'avion on ne l'oubliera jamais les extraordinaires exécutions de Thibaud en musique de chambre aux côtés de Pablo Casals et de Cortot c'est ce trio qui a fait les interprétations de référence le trio de Beethoven de Brahms par exemple elle remporte le premier prix de violon mais seulement un second prix de piano au conservatoire l'année suivante en 1910 elle gagne son premier prix de piano au conservatoire dans la classe d'Alfred Cortot vous voyez pourquoi je me suis concentré sur une interprète elle commence à donner des concerts vous vous rendez compte à Vienne un imprésario suisse s'intéresse à elle et lui organise une tournée en Italie du Nord et en Suisse Ferruccio Busoni l'immense compositeur italo-germanique qui a entendu Clara jouer à Zurich propose à sa mère que la jeune fille vienne étudier chez lui à Berlin et se heurte un refus que Clara regrettera toute sa vie Berlin ça aurait pu être le tremplin
53:41 ça elle aurait pu aussi disparaître dans un camp en 1917 la mère de Clara meurt d'un cancer son oncle est dans un camp de réfugiés il a été arrêté ayant pris la nationalité autrichienne Clara se retrouve donc seule en 1917 il a été arrêté je n'ai pas des nazis il s'agit de la guerre entre les centraux d'Angleterre et les alliés Clara se retrouve donc seule alors que jusqu'à présent elle n'était pas particulièrement sujette au trac celui-ci va devenir terriblement envahissant et paralysant on peut superposer l'éditale superposer surdéterminé la trac elle est roumaine elle est en marche donc de grande mondanité musicale Dominique on ne te voit pas bien oui c'est ça voilà c'est mieux merci elle est roumaine elle est une femme raison d'être inhibée à l'époque surtout avec les tribunaux de ne pas s'affirmer alors que jusqu'à présent elle n'était pas particulièrement sujette au trac elle refusera souvent de jouer prétextant que ça n'ira pas elle disait de plus elle n'est que rarement satisfaite de sa performance alors
54:52 après la première guerre mondiale elle revient à Paris Georges Enescu le grand musicien national roumain intervient alors auprès de l'état roumain pour s'assurer que la jeune musicienne pourrait y achever ses études musicales en 1921 il la fait jouer à Lausanne à Paris la pianiste fait la connaissance de pianistes célèbres c'est Madame Desmarais qui propose à Clara Haskil d'aller reprendre des forces en Suisse accompagnées d'une infirmière vous voyez le calvaire de cette vie elle y retrouve son oncle Abraham dont le caractère s'est grandement assombri et fait des rencontres importantes pour la reconnaissance de son talent en Suisse je vais te signaler au passage qu'un autre roumain Dinu Lipatti va trouver aussi en Suisse des reconnaissances qu'il n'aura nulle part ailleurs pendant ces années de 1920 à 1950 c'est dans les années 50 que Lipatti meurt d'une leucémie la Suisse est le seul pays où le public reconnaît le génie de Clara Haskil et l'assure de sa fidélité la jeune pianiste manque de confiance en elle lors de son premier concert avec l'orchestre de la Suisse romande le meilleur orchestre de Suisse de très loin et son chef emblématique Ernest Ansermet son trac est si fort
56:04 qu'elle n'imagine pas entrer en scène le concert le concert est cependant un succès et Ernest Ansermet ne cesse de la féliciter Clara passe la nuit à l'hôtel à répéter à sa compagne de chambre n'est-ce pas il est furieux monsieur Ansermet elle mesure pas cette critique excessive envers elle-même le trac paralysant avant d'être en scène et la maladie de Parkinson de son oncle Abraham qui refuse les soins qui ne sont pas prodigués par sa nièce la conduisent à refuser et même à annuler des concerts et empêchent sa carrière de prendre son essor je fais cette biographie pour montrer que quel sacerdoce une grande interprète quand tu viens d'un milieu populaire on a écrit parfois que Clara Haskil avait un jeu sobre en avance sur son temps entre guillemets et que c'est pour cette raison qu'elle aurait été rejetée par le public parisien elle n'avait pas encore l'expressivité romantiste je dirais plutôt que romantique n'est-ce pas parce que le jeu de Chopin détestait n'est-ce pas les débordements il n'en est rien les critiques de l'époque et les quelques enregistrements des années 20-30 montrent tout au contraire une pianiste aux jeux très virtuose passionnée sa carrière piétine
57:15 malgré le soutien de ses mécènes en 24 à Bruxelles son concert rencontre un vif succès mais elle ne sera pas réengagée avant 1930 elle donne deux concerts à Vienne où elle joue son cheval de bataille de l'époque une oeuvre à laquelle on ne l'identifie pas de nos jours le deuxième concert c'est un immense succès mais ce sont ces les apparitions à Vienne Madame Jélisse pardon mais j'ai des notes qui ne résonnent plus organise une tournée en Amérique du Nord et Clara Haskil triomphe à New York éblouie par la prestation de cette jeune pianiste de 29 ans maintenant le critique du courrier musical de New York écrit le 13 novembre 24 un article très élogieux n'est pas une grande sensibilité dire que Mlle Haskil joue de toute son âme peut sembler ridiculement sentimental il n'y a cependant pas d'autre ni de meilleure expression elle semble être à la recherche de la signification purement intérieure et de plus en plus profonde des pensées et des sentiments
Succès américains, Rilke, les salons de la princesse de Polignac
58:25 trouvés dans l'esprit même du compositeur on a de nouveau on est en face du problème de l'interprétation qu'est-ce que ça veut dire intérieur maintenant il faut être attentif aux notes qui sont devant moi quand même vous voyez comme c'est complexe de musique qu'est-ce qui est musical dans la musique qu'est-ce qui n'est pas seulement sonore mais musical je pense à Rilke qui écrit dans un admirable passage des Sonnets à Orphée donc il ne faut pas oublier qu'il a été inspiré par la mort d'une jeune fille justement n'est-ce pas qui était partie pour être la plus grande danseuse danseuse russe en bonne russe voilà et qui est une maladie endocrinienne aujourd'hui n'est-ce pas qui s'est mise à grossir de manière pathologique et qui a dû interrompre la danse mais qui a essayé de danser jusqu'au bout pour expliquer pourquoi il se réfère au mythe d'Orphée qui a continué à chanter alors que les ménades le lapidaient donc et pourquoi j'y pense là parce qu'il dit à ce moment donné seul celui qui éleva la lyre je traduis en simultané parmi les ombres peut sentir
59:35 et proclamer la louange infinie seul qui des morts a mangé le pavot leur pavot ne perdra plus jamais juste le plus léger les sons oui c'est parce qu'en fait qu'il revient des enfers et qu'il devient un chant lui-même en fait voilà voilà ce concert est un immense succès et Léopold Stokowski vous voyez les grandes vedettes la recommande à son agent Stokowski qui tient la baguette dans le film de Walt Disney Fantasia ce dernier est prêt à organiser une tournée à travers les Etats-Unis tout de suite la promotion mais faute pour Clara Stokowski de posséder les 100 dollars nécessaires aux frais de publicité il y a une malédiction sur sa vie 100 dollars c'est pas 100 milliards une somme importante à l'époque cette tournée ne se fera pas et elle ne reviendra aux Etats-Unis que 30 ans plus tard pour la musique de chambre ses partenaires sont d'emblée enthousiasmés du dialogue et qui s'instaurent avec elle à l'instar de leurs instruments Pablo Casals qui adore jouer en sa compagnie Pablo Casals vous savez qui mourra en France qui fondera le festival de Prades de l'autre côté des Pyrénées pour fuir le franquisme
1:00:45 en 1927 pour le centenaire de la mort de Beethoven le grand violoniste belge Eugène Ysaÿe l'a choisi pour donner en trois concerts les dix sonates pour violon et piano du maître de Beethoven je recommande bien sûr dans le genre sonates pour piano et violon essentiellement celles de Mozart et de Beethoven il faut la voir jouer avec l'immense Arthur Grumiaux autre membre illustre de l'école dite franco-belge de violon c'est le modèle du genre Arthur Grumiaux vous trouvez ça sur bien sûr sur Youtube Arthur Grumiaux Clara Haskil en 1927 je recommande en particulier une sonate de Mozart en mi-mineur la seule sonate pour piano et violon de Mozart qui est un des sommets de l'oeuvre de chambre de Mozart la maison Gaveau lui propose de prendre en charge toute sa carrière à l'unique condition qu'elle ne joue que sur les pianos Gaveau comme elle n'aime pas ses instruments elle refuse mais c'est une malédiction malgré les tentatives d'approche réitérée
1:01:55 de la marque française qui ainsi éconduite finira par renoncer il ne faut pas négliger ses problèmes il faut se rappeler tout ce que Pleyel a fait pour que Chopin joue sur piano Pleyel avec son prestige elle rencontre la princesse de Polignac grande mécène des musiciens n'est-ce pas et dont le mari était un grand ami de Proust née Winnaretta Singer c'est les machines à coudre Singer vous voyez c'est pas l'argent qui manque les Singer une des dernières grandes mécènes privées du XXe siècle la princesse reconnaît en elle une grande musicienne et décide de l'aider non pas tant par sa fortune son avarice est légendaire mais en mettant à sa disposition un de ses pianos dans son hôtel particulier de l'avenue Henri Martin vous voyez dans le 16ème Henri Martin vous y allez Georges Montaigne dans le Monopoly Clara peut ainsi venir travailler autant qu'elle le désire et peu à peu se retrouve introduite dans les soirées musicales que donne la princesse en ses salons enfin un peu de mondanité musicale je sais si ça compte à l'époque l'élite de la création artistique se retrouve chez tante Winnie comme l'appellent les habitués Clara y rencontre
1:03:05 regardez Stravinsky Poulenc Rubinstein Horowitz mais Clara qui est une timidité maladive ne profitera jamais de ses rencontres à l'exception de sa rencontre un soir de 1936 vous devinez vous le voyez venir avec un jeune pianiste totalement immense Dinu Lipatti pardon excusez-moi lui aussi roumain instantanément une amitié profonde s'installe entre eux que seule la mort de son ami de Dinu en 1950 interrompera pas de chance ici il faut penser l'extraordinaire concert de Besançon de Lipatti un concert donné par Lipatti trois semaines avant sa mort où il n'y a que des oeuvres courtes et jouait d'une manière miraculeuse les médecins lui ayant dit il ne faut pas jouer des oeuvres prolongues en 1938 elle écrit pour lui sa symphonie concertante pour deux pianos voilà donc vous voyez quelques contrats arrivent quelques passages à la radio française où elle relève le défi d'apprendre en huit jours le second concerto de Brahms
1:04:15 croyez-moi tout est difficile dans Brahms le second concerto en particulier une semaine plus tard elle l'interprète en direct à la radio une semaine plus tard elle l'a appris en huit jours une semaine plus tard elle l'interprète en direct à la radio son talent commence à s'imposer mais la guerre vient tout remettre en question au moment où ça commence ça y est à percer elle est de confession juive doit se cacher grâce à sa soeur Jeanne membre de l'Orchestre nationale de France elle passe avec les musiciens en zone libre et d'une manière inespérée elle est recueillie dans le manoir d'une autre protectrice des arts la comtesse Lily Pastré en effet c'est grâce à l'instance de conservatoire que Clara est hébergée dans la propriété de la comtesse à Montredon déjà suroccupée par des exilés et des fugitifs en 42 sa santé se dégrade elle a de plus en plus de peine à lire des maux de tête toujours plus violents à la saille quasi quotidiennement on diagnostique une tumeur du nerf optique en plus de la scoliose et de la leucémie on fait venir de Paris un disciple du premier grand neuro chirurgien qui accepte de ne pas être payé pour son opération et ne demande qu'à être défrayé pour le voyage et les documents pour la zone libre
Guerre, opération et reconnaissance tardive
1:05:25 l'opération a lieu à Marseille elle dure 9 heures sous anesthésie locale même pas totale pendant toute la durée de l'intervention afin de vérifier que rien de son cerveau n'est touché Clara Haskil joue sur la table d'opération le concerto Jeunehomme de Mozart son concerto excuse-moi oui son concerto comme elle le nomme n'hésitez pas à écouter le concerto jeune homme de Mozart par Baratski en particulier ce mouvement médian ce mouvement là où il y a une mélodie d'une simplicité miraculeuse son concerto comme elle le nomme sa convalescence est rapide et étonnante pour fêter ce retour à la vie un concert est organisé pour elle dans les jardins de Montredon elle joue le concerto en ré mineur le plus célèbre de Mozart K 466
1:06:36 on en avait parlé on avait remarqué que c'est la même tonalité toujours sombre chez Mozart toujours dramatique celle du Requiem et celle de Don Giovanni n'est-ce pas elle joue le concerto en ré mineur Köchel 466 de Mozart un compte rendu d'Antoine Goléa grand musicologue évoque le beau absolu osant s'opposer au mal et aux souffrances de la guerre à propos d'elle comme elle peut être arrêtée à tout moment et qu'une fois déjà elle a pu être libérée d'une rafle organisée par la police française de Vichy on la presse se réfugier en Suisse ce qu'elle refuse le même cercle d'amis et d'admirateurs qui en Suisse est occupé de récolter l'argent nécessaire à son opération s'affaire maintenant pour obtenir les papiers qui lui permettront d'être accueillis dans ce pays qui dès ses débuts l'avait reconnu après une ultime hésitation quasiment sur le quai de la gare elle monte seule dans le train pour la Suisse au début de novembre 42 elle arrive à Genève 24 heures plus tard le douanier qui vérifie ses papiers lui dit c'est vous mademoiselle Haskil le douanier qui fait de la si belle musique son cercle d'amis la conduit dans le canton de Vaud où elle résidera
1:07:46 jusqu'à sa mort malgré l'interdiction qui lui est faite de quitter le canton elle obtient de pouvoir donner quelques concerts en Suisse romande vous savez que les relations de la Suisse avec le troisième Reich étaient assez au moins ambigu je rappelle que lorsque Hitler a proposé ses juifs avant la solution finale il a essayé de les exporter à l'extérieur si je puis dire le gouvernement suisse a répondu un juif de plus et nous coulons il y a le livre de Jean Ziegler une Suisse au-dessus de tout soupçon voilà voilà je connais bien son cercle d'amis la conduit dans le canton de Vaud donc la fidélité du public lui assurera les maigres revenus dont elle disposera pendant ces années de la fin de la guerre alors que sa vie a été principalement faite de désillusions de souffrances et de rendez-vous manqués avec une carrière qui s'annonce extrêmement brillante Clara Haskil a tenu bon et sa persévérance lui apporte enfin une reconnaissance éclatante dès la fin de la guerre elle est invitée partout dans le monde d'abord en Suisse alors qu'elle est à l'agonie où elle peut maintenant se déplacer librement elle joue à Genève à Zurich à la Chaux-de-Fonds à Ascona puis en Angleterre où elle enregistre pour la BBC une série de sonates de Scarlatti
1:08:56 c'est un grand succès en 1947 elle enregistre son premier disque commercial pour la firme Decca le quatrième concerto de Beethoven avec Carlo Zecchi étant apatride depuis les changements de frontières à la fin de la guerre elle obtient en 1949 la nationalité suisse ce qui mettra fin à ses problèmes administratifs pour jouer dans certains pays pendant les dix derniers de sa vie les dix dernières années de sa vie son agenda est surchargé de concerts et elle peut s'acheter un piano de la marque Steinway elle joue aux Pays-Bas en Allemagne après avoir hésité comment pardonner pour l'interrogation où elle est toujours très applaudie et en France on reconnaît enfin malgré Cortot son talent exceptionnel en 1956 elle est choisie par l'Orchestre Philharmonia et Herbert von Karajan pour une tournée européenne en hommage à Mozart dont on célèbre le bicentenaire de la naissance un enregistrement public réalisé pendant la Mozartwoche à Salzbourg les semaines mozartiennes en garde le témoignage et a été publié par le festival de Salzbourg sur disque compact elle part ensuite en tournée aux Etats-Unis limitée toutefois à Boston et à New York Boston avait le meilleur orchestre
1:10:06 philharmonique des Etats-Unis à l'époque où elle donne quatre concerts avec Charles Munch qui malgré son nom c'est pas Carl Munch c'est Charles Munch qui est bien français et Paul Paray et reçoit des ovations debout là comme partout on reprend la formule parue quelques années auparavant dans un journal viennois de point Clara Haskil a été envoyée sur terre pour jouer Mozart telle une comète la pianiste illumine le ciel nord-américain mais ne reviendra plus la santé fragile de l'artiste fait peur aux imprésarios américains prennent des garants voilà alors je termine pardon c'est un peu long mais ça résume tellement ce que pour devenir une grande interprète il ne faut pas croire que n'est-ce pas que c'est uniquement une question de partition la grande dame de la musique comme on la surnomme maintenant doit faire face aux exigences d'une carrière qui effraie et épuise de plus jeune qu'elle entre 57 et 58 elle frôle la mort par deux fois et elle est obligée de quitter la vie musicale momentanément elle s'estime alors en sursis mais elle remonte sur scène reprend les séances d'enregistrement
1:11:16 dont quelques-unes laissent pantois les producteurs et les ingénieurs du son certains mouvements d'oeuvre ne nécessitent qu'une seule prise c'est-à-dire qu'en général dès qu'il y a un petit accrochage un petit problème on refait on ne peut pas le refaire comme au cinéma first take second take ne nécessite qu'une seule prise tant son jeu parvient à une chaleureuse perfection c'est ainsi qu'entre 56 et 58 pour la firme Philips elle enregistre avec le violoniste Arthur Grumiaux les sonates de Mozart que je vous recommandais tout à l'heure pour piano et violon ainsi que l'intégrale les sonates pour piano et violon de Beethoven dans une lettre à sa femme datée du 26 juin 53 Arthur Grumiaux écrit « Mon premier concert celui avec Clara Haskil qui trouvera une photo si je vois fut paraît-il magnifique j'ai eu la plus grande joie de jouer avec cet artiste magnifique grande musicienne et d'une modestie que beaucoup ferait bien d'imiter Arthur Grumiaux l'avait rencontré au festival Pablo Casals et cette rencontre avait été le point de départ de leur tournée de concert et leurs enregistrements voilà alors je termine tous les témoignages concordent il y avait un contraste extraordinaire entre son apparition
1:12:26 sur scène déformée par la scoliose et la maladie et son jeu s'avançant à pas lent jusqu'au piano elle semblait une femme d'une fragilité extrême très vieille bossue du fait de l'aggravation de la scoliose le public retenait son souffle et se demandait si elle arriverait au piano puis dès que ses doigts entrent en contact avec le clavier l'auditoire était immédiatement subjugué l'affaiblissement de ses forces physiques la contraignit à amenuiser la dynamique sonore de son jeu qui maintenant s'épanouissait de la nuance triple piano au simple forté elle rejoignit en cela les moyens sonores d'un Chopin dont elle fut une trop rare et géniale interprète en se rendant à Bruxelles en 1960 pour y retrouver Arthur Grumiaux elle chute dans les escaliers de la gare du Midi et après avoir été transportée d'hôpitaux en clinique elle décède le 7 décembre elle est enterrée au cimetière du Montparnasse à Paris près de ses deux soeurs
1:13:53 une hyper sélection je dirais le fameux Concerto Jeunehomme de Mozart n'importe quelle œuvre de Mozart au piano solo dans les sonates absolument miraculeux même si on les connaît par cœur et en haut des couilles je ne vais pas m'attarder sur un toucher c'est tellement difficile à définir donc Mozart en particulier le Concerto Jeunehomme et l'ultime sonate de Schubert et Dieu sait si c'est une œuvre les mieux servies au disque les plus grands interprètes qu'on pense que des Richter des Claudio Arrau des Brendel qui n'a pas joué il faut voir ce qu'elle en fait voilà et comme par hasard j'ai cité quand même deux grands viennois Mozart et Schubert parmi les styles les plus difficiles à restituer voilà pourquoi donc après cette longue illustration par la singular on change le cadrage là oui ?
Furtwängler contre Stravinsky
1:14:52 ça va mieux oui là c'est bien parfait c'est bon là ? non parce que je n'ai pas de recul ok c'est parce que je préférais me concentrer sur une seule interprète que de faire une espèce de compile des grandes interprètes ceci dit je ne vais pas maintenant faire la biographie des autres loin de là mais je dois dire que ce qui m'a donné l'idée de faire un numéro sur la notion d'interprétation dans le répertoire classique c'est quelques petites anecdotes que je précise maintenant et qui permettent une fois encore de nucléer les problèmes cette fois pour les conclure plutôt que pour les ouvrir je pense à Furtwängler qui dit dans ses entretiens avec Abendroth entretien sur la musique ça s'appelle on les trouve au seuil qui trouve dans ses entretiens sur la musique dit un journaliste m'a demandé une fois un journaliste musical qu'est-ce que vous faites avec votre main gauche la main droite elle bat la mesure c'est clair et votre main gauche vous faites quoi avec et Furtwängler
1:16:02 qui à ce moment-là après de 601 répond je me suis aperçu je me posais la question attendez je n'ai pas encore posé le problème je dis voilà une conception de l'interprétation on m'a dit il y a une part de spontanéité non prémédité n'est-ce pas le dernier moment que Furtwängler disait comment voulez-vous je joue moi-même je ne joue pas la même oeuvre de la même manière selon l'acoustique de la salle l'humeur du moment la réceptivité du public je prends maintenant l'antithèse Stravinsky très objectiviste au contraire qui disait quelque part je demande à l'interprète d'exécuter ce que j'ai écrit le reste je m'en fiche vous voyez là le problème de la polarité de l'interprétation est posée parce que c'est bien joli moi je veux bien que Stravinsky ait raison après tout si c'est bien écrit il n'y a rien à rajouter mais si je fais et que c'est ça qui est écrit et si je le fais bien
1:17:13 un peu plus vite tout ça n'est pas précisé ou alors il faudrait millimétrer à chaque fois en disant le tempo à 182 virgule c'est infaisable on voit bien le même interprète ne joue pas la même oeuvre au même tempo selon les différentes versions donc déjà ici le problème est assez bien posé maintenant le problème de la l'autre anecdote c'est plus qu'une anecdote c'est un témoignage de Gould de Glenn Gould pardon en faveur de Richter de Sviatoslav Richter du pianiste soviétique on ne peut pas faire plus opposé comme style Gould étant très plutôt staccato lui il n'aurait pas fait voilà
Gould écoutant Richter jouer Schubert
1:18:27 c'est pour ça qu'il est très apprécié chez le musicien de jazz par exemple parce qu'il détache les éléments rhythmiques exactement l'inverse d'un Richter qui joue le clavier bien tempéré on a l'impression que c'est Chopin en train de jouer Bach c'est extraordinaire des légatos et un sens mélodique ahurissant or qu'est-ce qu'il dit et là c'est important pour notre incursion dans le problème de l'interprétation il dit une chose très très intéressante et Gould et très exhaustive surtout il dit il y a deux sortes d'interprètes en général pas seulement au piano il y a ceux qui mettent en valeur l'instrument on a fait allusion à Liszt tout à l'heure sans doute je ne parle que de deux dont on a malheureusement pas enregistrement Paganini au violon dont tout le monde disait on croyait que c'est le diable vers lui et Paganini disait qu'il était capable si on le défiait de jouer un opéra avec un violon avec une seule corde on a fait ce qu'il voulait de toute façon quand on écoute et je le recommande les caprices de Paganini on voit jusqu'où peut aller
1:19:37 la virtuosité et violonistique ça semble infaisable donc il y a ceux qui mettent en valeur l'instrument on pense à des interprètes démoniques un peu comme Horowitz on le voit bien ici Horowitz quoi qu'il joue y compris une petite marche militaire on est stupéfié on est surpris à chaque instant presque et alors que quand on regarde de près il y a une extraordinaire rigueur par rapport à la partition soit dit en passant au niveau des tempis et des nuances donc il dit et puis il y a ceux qui laissant de côté l'instrument essayent de mettre en relation directe le compositeur et l'auditeur le plus grand que l'admement dit-il c'est monsieur Sviatoslav Richter et il donne un exemple il dit ici j'ai un aveu difficile à vous faire il dit je n'aime pas Schubert alors l'un des plus grands pianiste du siècle qui vous dit je n'aime pas Schubert effectivement c'est un aveu difficile à faire il dit j'ai toujours pensé qu'il y avait chez lui des redites des répétitions des longueurs manque d'invention harmonique
1:20:48 des mièvreries tout ce qu'on peut dire sur Schubert vu de très loin jusqu'à ce que je l'écoute par Sviatoslav Richter il était en train d'exécuter et là je reviens à sonate pour laquelle je recommande à Clara Haskil son ultime sonate la D960 si vous la référence en si bémol dernière sonate et vous la connaissez elle est épouvantablement longue déjà il trouvait qu'il avait des longueurs dans Schubert et là il prend son premier mouvement qui dit est un des plus longs mouvements de formes sonates de toute l'histoire de la musique et en plus il attaque sur un tempo désespérément lent comme on dit s'il n'avait pas peur de déranger le public il serait levé il serait parti je n'ai pas pu décrocher une seconde j'étais dans un état d'hypnose et j'ai compris le génie de Schubert que ses répétitions c'est de l'ordre de l'hypnose c'est là qu'on voit les différences l'interprète entre celui qui met en valeur l'instrument et celui qui met l'auditeur directement en relation avec le compositeur
1:21:59 c'est plus l'interprétation c'est l'herméneutique quasiment c'est Hermès ce musagète celui qui fait le lien au cortéor orphique quoi qu'on dise dans les milieux lacaniens sur l'impossibilité de l'identification à l'autre n'est-ce pas Lacan prend en l'exemple d'Edgar Poe prenant l'exemple dans la lettre volée dans quelle main j'ai la pièce vous savez il faut chaque fois se dire tiens il l'a mise dans la main gauche donc maintenant je vais dire la main droite et Lacan montre que c'est toujours sur un mode imaginaire ce qui n'est pas tout à fait idiot qu'on essaie de s'identifier à la pensée de l'autre qui lui fait pareil et donc on voit quand même grâce à cet exemple de Richter cité par Gould qu'il y a quand même un universel qu'on peut sortir de la bulle dans laquelle le capital voudrait enfermer chacun des individus que nous sommes en ruinant tout collectivisme intersubjectif je ne parle pas de l'intersubjectivité des états d'âme je parle de l'intersubjectivité réelle de la communication sur un contenu
La modernité comme crise et les moyens de l'individuation
1:23:09 déterminé parce que tu as parlé d'émergence de l'individu éché en contenant de la polyphonie et l'interprétation effectivement le tout même d'interprète mais il y a aussi l'universel qui reste là il y a aussi la compréhension je suis content que tu dises ça parce que tu anticipes sur la conclusion je voudrais faire c'est l'incroyable dialectique qui apparaît qui ne pouvait pas apparaître avant cette crise qu'est la modernité non pas à un moment où l'on voit la crise et la modernité mais la modernité est une crise être moderne c'est tout d'un coup être se poser des problèmes et des questions que pendant des millénaires on a évité parce que la religion faisait en sorte que les réponses précédaient les questions c'est là qu'on voit l'importance pardon j'ai l'air de faire un détour mais parfois il y a un bar et Marx c'est là qu'on voit l'importance parce qu'on est tellement habitué maintenant on fait comme si le fait religieux s'était réglé on s'était émancipé je n'en suis pas sûr je vois un retour terrible du religieux sous les formes diverses sous la forme d'un certain écologisme sous la forme d'un intelligent design comme on voudra n'est-ce pas je dirais
1:24:19 de multiples manières sous la forme d'une haine de l'homme et d'une diabolisation de l'homme et d'une divinisation de la nature n'est-ce pas et donc je fais ce détour pour rappeler que cette espèce d'orphelinat ontologique en lequel consiste la modernité c'est l'émergence tout d'un coup de vous de moi de chacun pas comme si tout d'un coup on se sentait responsable d'un monde qui n'avait pas été fait pour nous prévu pour nous organisé pour nous mais dans lequel il fallait qu'il fallait rendre habitable et collectivement c'est ça l'émergence de la modernité or le paradoxe c'est que c'est au moment où cette conscience apparaît qu'une possibilité d'individuation surgit comme jamais parce qu'il y a les moyens de s'individualiser une femme dans un village de l'Afrique traditionnelle ne peut pas s'individualiser elle ne peut pas décider d'être une marginale une hippie etc elle ne va pas tenir
1:25:29 24 heures dans le village je dirais même qu'une femme tout à fait normale c'est à dire soumise à tous les protocoles traditionnels de son peuple de son ethnie de son village mais qui simplement n'a que des filles et pas des garçons commence déjà à avoir une vie très difficile elle subit des lazzis enfin pas des hommes mais surtout des femmes des autres femmes là tu n'es pas capable de faire des garçons je le dis pour mettre en place un certain féminisme bourgeois que j'oppose ici au vrai féminisme et si en plus non seulement elle n'a pas elle n'a que des filles mais qu'elle n'a pas d'enfants du tout autrement dit on va dire dans le village qu'elle est stérile ce qui est parce qu'on ne se pose jamais la question de savoir si ça vient du mari ça ne peut venir que de la femme alors là carrément il vaut mieux lui conseiller de quitter le village ou alors qu'elle se suicide c'est admirable je suis en train de dire quoi qu'il faut avoir les moyens de l'individuation parce que j'ai discuté avec des gens de la tradition
1:26:39 là-bas de l'oralité pourquoi c'est si important pour vous d'avoir des garçons parce que des filles parce que si un garçon je vais manger quand je suis on a tellement oublié ces choses-là parce qu'on n'est plus dans la ruralité dans la survie dans le vivrier il faut avoir vu la saison sèche commencer dans le Sahel c'est-à-dire lever les yeux vers le ciel et se dire voilà nous sommes en novembre jusqu'à début juin il n'y aura pas une goutte de pluie c'est inouï à réaliser inouï donc les derniers mois sont très durs ce qu'on appelle le moment de la soudure est-ce qu'il reste des provisions de la précédente récolte sinon c'est la famine bon quand on en est là il est évident que le garçon celui qui peut émigrer aller dans la riche côte d'ivoire au sud où il pleut où c'est arrosé louer ses bras et ses jambes comme ouvriers agricoles dans les plantations de café et de cacao d'où les tensions entre les immigrés burkinabés sahélien malien mais essentiellement burkinabés puisque le chef de l'État ivoirien actuellement avec l'origine burkinabée
Le piano dans l'appartement et l'universel concret
1:27:49 etc donc c'est là qu'on voit les vrais problèmes et l'individu au sens concret économique ne peut apparaître que lorsqu'elle est moyen pour l'individu de pouvoir s'isoler c'est qu'il y a une société assez riche pour qu'un individu vous voyez on avait dans une des premiers numéros de musicosophie j'avais parlé du surgissement du piano dans les foyers comme par hasard au début de l'expansion de la bourgeoisie de la classe d'avant-garde de l'époque l'appartement tel qu'on nous connaît maintenant avec salon chambre cuisine tout ça séparé est très tardif fin 19ème en gros pour que ça prenne forme avoir un piano ce que j'avais appelé la chaîne hi-fi de l'époque parce qu'avec un piano on peut reconstituer un orchestre un opéra tout ce qu'on veut on peut intérioriser au sens propre intra-muros dans les murs même de l'appartement ce qui jusqu'ici nécessitait qu'on assiste à un spectacle à l'extérieur à la cour ou au concert
1:28:59 donc l'individuation dans tous les sens c'est pourquoi je fais ce long détour sur la dialectique entre ces moments où il y a un je pense à Not en allemand détresse je ne sais pas comment dire quoi misère détresse oui oui c'est ça misère morale misère matérielle l'une étant l'effet de l'autre on ne sait pas commune collective provoquée par la modernité par l'orphelinat dont je parlais tout à l'heure à titre métaphorique je veux dire ça c'est l'universel concret concret cette fois pas universel au sens où il y a la voiture en général et cette Peugeot en particulier ça c'est du général abstrait c'est pas ce fond d'universalité de tragédie de la modernité je ne suis pas en train de vouloir faire pleurer les chaumière au contraire qui ouvre la porte à des possibilités de bonheur qui n'existaient pas et je reviens à cette phrase que je ressasse de Saint-Just qui est-ce un hasard coïncide chronologiquement
1:30:10 avec le début de l'expansion de cette bourgeoisie au moment où elle va prendre le pouvoir en Europe que le bonheur est une idée neuve en Europe et bien l'interprétation joue sur cette dialectique elle permet et c'est un luxe que nous avons de trouver d'excellentes interprétations malgré leurs différences énormes un Claudio Arrau prend souvent des tempos très lents et un son extrêmement ample creusé au fond du clavier d'accord là où d'autres vont à peine au contraire frôler le clavier vont avoir un toucher beaucoup plus délicat donc c'est intéressant de voir qu'on peut faire des chefs-d'oeuvre dans les deux cas c'est là qu'on voit que l'universel il ne faut pas être idéaliste n'existe au sens vraiment matériel du terme à chaque fois que d'une manière déterminée avec une différence déterminée réaliser exécuter développer au centre et peut-être tout simplement réaliser mais dans tous les sens du terme
Réaliser une basse chiffrée ; le jazz comme synthèse
1:31:20 exactement et je terminerai sur cette métaphore musicale comme à l'âge baroque on disait réaliser une basse chiffrée parce que tant qu'elle est chiffrée tant que je vois marqué 5-8 sur la partition elle n'existe pas c'est une essence c'est pas une existence c'est comme AX2 plus BX plus C aucun corps qui se propage avec cette équation susceptible de rendre compte de sa courbe par contre si je dis 4X2 plus 9X plus 5 oui s'il faut des paramètres déterminés qui fait que c'est singulier les exécutions musicales et les interprétations surtout nous baignons dans le luxe d'avoir un Toscanini et un Furtwängler je prends deux chefs d'orchestre extrêmement différents un Furtwängler comme on a vu tout à l'heure et un Stravinsky un Stravinsky et un Schoenberg ou comme tu disais un Richter et un Gould avec un Gould qui sait comprendre son antipode et c'est pour ça ce sera mon dernier mot c'est
1:32:30 que quelque part il y a un genre musical qui qui fait une synthèse inespérée je dirais presque miraculeuse au double sens de merveille et d'exception statistique c'est le jazz précisément parce que alors là il y a un niveau d'individuation sur des saucissons on dit en jazz en argot du jazz français saucisson c'est un standard qu'on a entendu plusieurs fois n'est-ce pas je sais pas moi Summertime quelque chose que tout le monde connaît Over the Rainbow comme j'ai esquissé tout à l'heure n'est-ce pas voilà ou Blue Moon comment peut-on encore surprendre un public avec des thèmes aussi ressassés le jazz avec un et c'est ce qu'on appelle les standards presque par antiphrase comment peut-on recevoir un coup de poing dans l'estomac auriculaire si je puis dire dans l'oreille interne et donc dans l'âme avec une chose
1:33:40 qu'on croyait en avoir fait le tour et qu'il n'y avait plus rien qui pouvait nous y surprendre miracle du jazz précisément parce qu'il passe son temps à se propager entre l'improvisation et l'arrangement ce sera ma conclusion je la disais je me permets de me citer je disais à mes élèves à l'école de musique au Niger l'improvisation ça ne s'improvise pas voilà super voilà on terminera là-dessus et à la semaine prochaine et voilà merci au public et j'espère qu'il se précipitera sur les interprétations de Clara à ce qu'il se met en plus il se met en plus merci Dominique merci Aymeric