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Montage d'ouverture
0:00 La tijd de la lectrice freie le bruit Heidegger avec la famille dans le Schwarzwalddorf Todtnauberg. Hier baut il y a la mer berühmte hütte et le fait heimisch au mouvement du verbeilé, au einfachen.
0:30 à ce qui nous sépare le plus les uns les autres, la naissance. So bleibt Heidegger natürlichen erfahrungen nahe. Und sein Denken, weder spröde noch mystisch, ist gesättigt vom eingesogenen, erlaufenen, erfahrenen seiner Landschaft, die auf die yenseite, das heimisch werden im ungewöhnlichen des geheimnisses verweist. Si on insiste tellement sur ce qu'on a par nature, c'est qu'on ne veut rien devoir.
1:00 À ce qui demande du travail, de l'acquisition, rien n'est jamais acquis à l'homme. Non, non, il faut assimiler, ce n'est pas acquis comme l'hérédité. Rien n'est jamais acquis à l'homme, ni sa force, ni sa faiblesse, ni son droit. Rien n'est pas acquis à l'homme, ni sa faiblesse. An die moderne Wissenschaft.
1:30 Und diese unbedingte Glauben, das heißt der Vertrauen auf die Sicherheit der Ergebnisse der Wissenschaften, ist ein Glaube und ist in gewissen Sinne etwas, was über den einzelnen Menschen hinausgeht und ist also eine Religion. Au lieu d'avoir ce lamentable choix à choisir entre la mondialisation atlantiste et le repli sur soi, zemmourien ou un autre, on s'en fout. La porte rencombrée à mara du choix au cosmopolitisme bourgeois.
2:03 Les marxistes ont l'habitude d'opposer l'internationalisme prolétarien. Le premier lieu de la philosophie de Heidegger. Vor allem hat die Philosophie von Heidegger den Beginn der ontologischen Analysen in unserem Kontinent begünstigt. Dann, was den politischen Aspekt betrifft, und man muss unterstreichen, dass dieser politische Aspekt des heideggerschen Denkens in Europa ziemlich unbekannt ist, er hat es ermöglicht, dass in Lateinamerika auf der Basis der Ideen Heideggers eine Doktrin oder ein Denken erarbeitet wurde, welches mithalf dem Marxismus entgegenzutreten und, ich würde sagen, ihn zu überwinden.
2:48 Sie können immer lokalen Lösungen suchen, verdir le capital, verdir le capital, verdir, j'adore, bricoler des insurrections lettres de la région, de la couleur, du sexe, du genre, des insurrections lettres des émancipations indigènes, vous ne pourrez rien contre la vérité révélé du marché libre et non faussé. Die Heidegger's Sprache ist nicht, wie die des Dichters, sinnstiftend. Sie will den Bezug des Menschen zum Sein eröffnen. Eine der großen Gefahren unseres Denkens ist heute gerade die, dass das Denken, also im Sinne des philosophischen Denkens, keinen wirklichen ursprünglichen Bezug mehr hat zur Überlieferung.
La bombe atomique a explosé depuis Descartes
3:35 Philippe nous pose cette question, je la lis. A propos de scientisme, Dominique, pourrais-tu nous commenter la phrase de Heidegger sur la bombe atomique qui a explosé depuis Descartes ? Philippe cite ce texte de Heidegger qui date de 1951. Donc, vous voyez, d'après la guerre. Je rappelle avant de la lire que j'ai souvent dit, pour ceux qui croient que j'écrase du talon des figures, n'est-ce pas, qui pour certains, n'est-ce pas, des soins touchés, sont des vaches sacrées, comme on dit.
4:11 Hannah Arendt, Heidegger, etc. Foucault, etc. Je répète que j'aurais peut-être été pire que Heidegger. Comment je peux être plus honnête dans sa génération, avec ma sociologie de départ ? Je n'aurais pas eu tout à fait le même parcours par définition. Enfin, je suis né un peu plus tard, en 1945. Donc, je me revois dans les années 1930, comme Heidegger, j'aurais peut-être été pire, dans le même milieu. Mais ce que je ne pardonne pas, c'est que Heidegger, d'après la guerre, il continue à faire, comme on va l'entendre, et je vais lui laisser la parole, le procès de cette méchante technique par laquelle l'homme, n'est-ce pas, de Descartes, est censé se donner les moyens, en tremblant, de devenir maître et possesseur de la nature.
5:01 N'est-ce pas ? Lui, que le mythe de Prométhée a montré si dépourvu de tout, et dans sa misère vagissante au départ, de s'être élevé à la civilisation. La science d'aujourd'hui a le comportement inverse au sens d'une attaque contre l'être même. Alors voilà, la science s'attaque, et une attaque contre l'être. Alors, vous le direz, après tout, c'est toujours bien de critiquer l'attitude belliqueuse, agressive et attaquante en général. Oui, sauf que là, on parle du philosophe qui a dit que la création des Panzer Divisionen, à propos d'attaques, n'est-ce pas, penser à la trouée des Ardennes, est le plus grand événement de la métaphysique occidentale, dans un séminaire célèbre pour ceux qui ne sont pas dans l'aveuglement, mais les documents sont là.
5:50 La science d'aujourd'hui a le comportement inverse au sens d'une attaque contre l'être même. Je commenterai après. Se présente à nos yeux ici un processus qui a son fond dans le déploiement de la technique. Le fait qu'en lui, si on peut prononcer cela au sens d'un destin, la destruction est proprement dite menée à même. À terme sans doute. La bombe atomique a explosé depuis beau temps exactement au moment, un éclair.
« C'est la faute à Descartes » : la contre-révolution philosophique
6:22 Oui, un éclair où l'être humain est entré en insurrection par rapport à l'être. Et de lui-même a posé l'être, le transformant en objet de sa représentation. Vous avez vu en cogito cartésien. Depuis Descartes, représenter l'étant, il n'y a plus l'être, vous voyez, c'est très inférieur l'étant dans la pensée de Heidegger. À l'être, c'est infiniment inférieur. Représenter l'étant comme objet par un sujet, représenter l'étant comme objet par un sujet, voilà qui est accompli en connaissance de cause depuis Descartes.
6:57 Après la révolution, n'est-ce pas, les émeutes ouvrières chanteront, c'est la faute à Voltaire, c'est la faute à Rousseau. Vous voyez, la grande contre-révolution du Troisième Reich va dire, c'est la faute à Descartes, bien sûr, n'est-ce pas ? Depuis Descartes, cette provocation de la nature à n'être qu'objet, vous voyez le naturalisme qui pointe, caractérise le comportement fondamental de la technique. Et oui, vos ancêtres, les laboureurs, avec leurs charrues qui éventreraient la terre, ah non, non, il ne pense pas ça, il est guéris, il adore la terre, il y a des textes célèbres de lui sur les sabots de Van Gogh, cette espèce d'obscénité, non pas les sabots de Van Gogh, mais la manière dont il en parle, le pétainisme de la terre qui ne ment pas, vous savez.
7:46 Bon, mais enfin, c'est à lui d'accorder les violons à la technique, elle existe depuis qu'on fait éclater les galets, je veux dire, et des silex. Ou alors qu'ils nous disent le curseur, précisément à partir de quand la technique, n'est-ce pas, a commencé. Ah ben il nous le dit, il y a eu un éclair, clac, c'est quand Descartes a dit, je pense, donc je suis. Cette provocation de la nature à n'être qu'objet caractérise le comportement fondamental de la technique et en lui repose toute science moderne. Je vous avais déjà dit que la modernité déteste la modernité, n'est-ce pas ?
8:19 Et ça se voit là qu'elle est la plus dangereuse. Cette provocation de la nature à n'être qu'objet caractérise le comportement fondamental de la technique et en lui repose toute science moderne. Science physique moderne, voyez toutes ces redondances, science physique moderne, ce n'est que le développement du déploiement de la technique, je m'excuse pour ce style laborieux, ce n'est pas le mien. Science physique moderne, ce n'est que le développement du déploiement de la technique dont nous ne savons encore que pas grand-chose. Il nous est impossible de surmonter la technique avec de la morale.
8:54 La technique, la diabolisme, n'est ni simplement ni même en premier lieu seulement quelque chose d'humain. Bon sang ! Il y en a qui se servent de Heidegger contre l'humanisme, n'est-ce pas ? Là aussi, il faudra accorder les violons. Bon, j'y reviens. C'est des pensées familières à tous ceux qui sont un petit peu, je ne sais pas, qui ont un minimum de culture philosophique, surtout que c'est la philosophie la plus rabâchée depuis plus de trois générations, surtout à Paris, plus que n'importe où ailleurs, n'est-ce pas ?
9:28 Parce qu'à Paris, il y avait quand même un parti communiste qui représentait un quart de l'électorat. Et c'était plus urgent, n'est-ce pas, de mettre ces pensées-là à la mode, existentialisme, structuralisme, nouveaux philosophes, voyez la séquence de plus en plus à chaque fois, de plus en plus anti-marxiste, contre-révolutionnaire. Il y a une logique dans tout ça. Et bien là, on est un petit peu dans les pères fondateurs de cette logique, n'est-ce pas ? Comme je voudrais, non pas, vous savez, je n'aime pas l'interprétation, faire de la cuisine sur ce texte, je voudrais tout de suite qu'on passe au texte suivant pour que vous-même, n'est-ce pas, entendiez l'intertextualité qui se dégage des textes que je vous présente ce soir.
Faciliter le travail des hommes : le vrai scandale cartésien
10:09 Je vous rassure, il y en a trois. Alors, notre intervenant, commentateur, et que je salue, Lucas Luderle, je vais prononcer à l'allemande, c'est un cause à Heidegger, ça, Lucas Luderle, nous dit ceci, « Bonjour, cette question concerne le naturalisme. » Vous voyez déjà, Heidegger disait que le cogito de Descartes est un attentat contre la nature, parenthèse.
10:39 On dit souvent que, voilà, tout date du cogito, Heidegger a bien pointé le curseur là où il fallait, en fait, c'est parce qu'il donne des boutons à Heidegger et à tout ce courant de pensée, ce n'est pas le cogito, c'est la phrase de Descartes, beaucoup plus scandaleuse, surtout quand on la relie aujourd'hui avec l'idéologie dominante. Je dis d'abord les phrases qui la précèdent pour la faire jaillir, n'est-ce pas, comme son acmé. C'est quand il raconte tout son cycle d'études, comme une fable, comme un roman, comme il dit dans le discours de la méthode, son parcours de jeunesse, n'est-ce pas, où il montre que, il a travaillé toutes les disciplines, même les plus curieuses, de la chimie, tout ça, bref, et que ça n'a fait que le laisser dans des doutes encore plus embrouillés que ceux qu'il avait avant d'étudier.
11:31 Et il y a une exception, et là je cite, « Je me plaisais surtout aux mathématiques à cause de la certitude et de l'évidence de leurs raisons. » Je quitte le texte, je reviens à vous, « Mais je ne remarquais point encore leur vrai usage. Et pensant qu'elles ne devaient servir qu'aux arts mécaniques et faciliter le travail des hommes, quelle honte ! » Quelle honte ! Voilà une insurrection, sacrilège contre l'être, de vouloir faciliter le travail des hommes et rendre l'homme comme maître et possesseur de la nature.
12:02 C'est ça, je referme ma parenthèse, qui est le plus impardonnable dans ce courant de pensée, dans Descartes et dans ce qu'en est issu, les lumières en particulier. Donc c'est avant tout une agression contre la nature. Néanmoins, je reprends, cette question concerne le naturalisme. En effet, à l'instar de M. Pagani, cette notion, sans le souffre, il m'entend bien, et Heidegger, et je trouve inquiétant de la confusion entre les termes nature et environnement qui se répandent dans le débat public.
12:35 Ah, écoutez, des fois j'ai envie de respirer et de dire que je peux mourir tranquille quand je vois des gens qui ont l'oreille comme ça. Pardon, je fais des compliments à quelqu'un qui n'a pas besoin de mes compliments, je suis sûr, mais je le remercie, de valider cette distinction qui devrait être enseignée à l'école primaire. Il suffirait de dire aux enfants « Regardez autour de vous, regardez votre environnement, où est la nature là-dedans ? » Puis après, les amener à la campagne, leur dire « Où est la nature ? » Ben voilà, ou quoi, quoi, quoi. Ici, il y a un champ, un champ, ce n'est pas la nature, il a fallu le travailler. Ici, il y a une voiture qui passe, il y a une route, il y a des haies entre les champs, le bocage, et j'en passe.
13:16 Ou un petit port, si c'est au bord de la mer, un joli petit port de pêche, tout ça, on est bien loin déjà, ce n'est pas tombé du ciel, tout ça. Ça a été produit par, comment il dit, Descartes, par le travail des hommes. Donc, je respire, je vous dis, je continue un petit peu mon satisfecit, j'espère qu'il ne sera pas mal pris, parce que je m'aperçois qu'il y a des choses dans ce que je ressasse qui commencent à circuler.
13:49 Même, même, on a eu, des amis ont eu, la gentillesse en tout cas, ils ont jugé approprié de m'envoyer, et je les remercie, de me donner des, je ne suis pas à l'affût des vidéos qui me citent, n'est-ce pas ? Mais enfin, on m'a envoyé une vidéo récente de Bégaudeau, où il descend en flamme, je veux dire, et avec une telle absence de catégorie proprement philosophique, je veux dire, il n'y en a qu'une, c'est que ça a été une révélation pour lui quand il a écouté les Sex Pistols.
14:22 Pourquoi pas ? Moi, je suis toujours très content quand quelqu'un tire un plaisir d'une musique, quelle qu'elle soit, je n'ai jamais, je ne dirais jamais rien contre ce genre de choses. Par contre, je veux dire, ce n'est pas un argumentaire suffisant pour dire que cette musique est valable ou pas valable ou que les autres sont ringardes ou au contraire, trop d'avant-garde, enfin bref, laissons cela. Franchement, ce que j'ai entendu, je le dis ça sans aucun sentiment contempteur, mais je veux dire, ça ne vaut pas la peine que je m'attarde dans le détail de cette vidéo, à moins qu'il m'en donne, mais il n'y en a pas beaucoup sur la musique proprement dite.
14:59 sauf que, il passe son temps à commenter, son interlocuteur, celui qu'il interview, sur, oui, Pagani dit, parle de la pauvreté, de la métrique et de l'instrumentation et les timbres dans les musiques people. Voilà, donc, mes idées circulent, pour le pire comme pour le meilleur, je reviens ici à Lucas qui a bien vu l'enjeu, n'est-ce pas, encore une fois de cette distinction nature-environnement, n'est-ce pas ?
Dans la nature il n'y a ni bien ni mal
15:32 Dans les deux cas, on est dans la matière, je le rappelle pour ceux qui croiraient que ce qui vient se surajouter à la nature, c'est une surnature, un surnaturel, je n'ai jamais donné là-dedans, j'ai mis en garde. Même si le discours du surnaturel a au moins le mérite de tenir compte d'une réalité, n'est-ce pas, qui s'ajoute à la nature, sauf qu'il la cherche derrière les nuages, n'est-ce pas, alors que elle est derrière notre dos dans le passé, dans l'histoire, dans ce ancêtre, c'est-à-dire dont nous sommes le résultat, à qui nous devons ces résultats.
16:07 Néanmoins, que faire du naturalisme, je reprends la question de Lucas, que faire du naturalisme d'un zola, du juste naturalisme ou du stoïcisme ? Bravo Lucas ! Il me donne l'occasion de montrer qu'il ne fait pas le procès du naturalisme en général, et encore moins de la nature. Je me suis exténué à répéter que dans la nature, il n'y a ni bien ni mal, donc il n'y a pas de mal non plus, il n'y a pas à en dire du mal de la nature, ni du bien d'ailleurs au sens moral. La nature, le physicien, cherche à établir sur elle des discours qui soient le moins faux possible et le plus vrai possible.
16:45 C'est le vrai et le faux, les catégories. la nature. Ou alors, n'est-ce pas, le bien et le mal, ça suppose déjà qu'on a quitté le paradis terrestre. Non, non, non, c'est pas moi, c'est dans l'Ancien Testament. Vous croyez qu'il était dans les nines ? Ça ne le contredit pas, loin de là. Mais enfin, je veux dire, vous voyez, dans l'Ancien Testament, que dit le malin à Ève, n'est-ce pas ? Si vous goûtez ce fruit, eritis, sicut, deus, scientes, bonum, et malum, si vous goûtez ce fruit, je ne le dis pas en hébreu, malheureusement, je ne connais pas ces belles langues, ces sémites, l'hébreu et l'arabe.
17:26 Si vous goûtez ce fruit, vous serez comme Dieu, connaissant le bien et le mal. Vous cesserez d'être des animaux qui se baladent tous nus dans le paradis terrestre. Vous savez qu'après la faute, après qu'elle ait mangé le fruit, Dieu les appelle et s'étonne et que Adam se cache et ne veut pas se montrer. Ah, si tu ne veux pas te montrer, c'est qu'il y a honte de ta nudité et donc tu as goûté le fruit. Vous voyez, c'est très précis. Tous les signes du passage de la zoologie à l'anthropologie surgissent avec le péché. Donc, comme disent certains théologiens, felix culpa, heureuse faute, qui a apporté tout un malheur à l'homme parce qu'avoir le souci du bien et du mal, que n'a pas, bien sûr, le cynique, le pervers, le chuchuchuch, vous savez, vous vous rappelez, vous avez cité cet Italien qui a été déporté à Dachau, on va savoir revenir qui cite ce SS qui lui avait demandé, qui lui avait arraché le glaçon qu'il avait pris sur une vitre pour essayer de boire un petit peu dans le camp de la mort et lorsqu'il lui avait dit Warum, pourquoi ?
18:33 L'autre a dit Es gibt kein Warum, il n'y a pas de pourquoi. Il n'y a pas de bien et de mal dans la nature chez l'animal. Et c'est vrai qu'à part tout le monde on a goûté le fruit, on est dans les affres, n'est-ce pas, de savoir si j'ai bien ou mal fait ceci. Encore qu'un grand, grand, grand chrétien comme Pascal dit, chacun fait le Dieu en jugeant s'il fait bien ceci ou cela. Chacun fait le Dieu, ce sont entendus, c'est la vanité.
19:03 C'est le Mystère de Jésus, je vous recommande, c'est un texte magnifique. Donc, encore une fois, vous voyez, ce n'est pas moi qui dit qu'il n'y a pas à se poser la question à dire du bien ou du mal de la nature. Dans la nature, l'animal ne fait pas ce qu'il veut, sinon il serait un sujet moral, vous savez, en tout procès, on commence par savoir si l'accusé est responsable de ses actes, s'il sait ce qu'il fait. L'animal fait ce qu'il peut, il ne fait pas ce qu'il veut, il fait tout ce qu'il peut pour satisfaire les pulsions dont il est l'objet.
19:38 Il ne se dit pas « Ah là là, j'ai envie de ça, mais je ne devrais pas parce que tout de même, tout de même, c'est un cadeau, je ne devrais pas l'offrir, c'est un cadeau comme a fait… Bon bref, peu importe. L'univers de la faute est incommensurable. Donc, il ne s'agit pas de faire le procès de la nature en général, mais je fais le procès d'un certain discours naturaliste qui diabolise l'homme et divinise la nature, ce qui n'est pas le cas nécessairement, n'est-ce pas, du naturalisme d'un zola, je reviens de la belle énumération de Lucas, du juste naturalisme, c'est-à-dire du droit naturel, « ius »
Stoïcisme, droit naturel, cosmopolis
20:19 c'est le droit, « ius » « iuris » au génitif, ou du stoïcisme, les stoïciens disant qu'il faut vivre en gros en conformité avec la nature. La question me semble tout particulièrement épineuse, vous voyez, pour le stoïcisme. 100% d'accord avec Lucas que je rassure, je ne fais pas la critique de ces discours-là. Je les critique dans la mesure où ils ont tous en commun, d'aliéner dans un déjà-là qui est la nature, ce qui en fait relève non pas d'une relation à la chose, mais d'une relation entre-sujets de ce que Kant appelle le règne des fins qui ne peut surgir que dans ce que Kant appelle, vous voyez, je ne sais pas dans mes références et il n'y a pas que les marxistes, que dans ce que Kant appelle la communauté intelligible.
21:10 Il n'y a que là qu'on peut parler, n'est-ce pas ? des raisons pour lesquelles on a hypostasié, comment dire, en philosophie ou en métaphysique, n'est-ce pas ? C'est-à-dire quelque chose qui est une hypothèse, n'est-ce pas, ou qui est censée se rapprocher d'un axe comme ça, de la réalité de plus en plus comme une asymptote, comme on dit en géométrie aussi. On finit, à la fin, tellement impatiente non plus qu'elle s'en rapproche de plus en plus mais qu'elle y soit dans le réel que quand on franchit ce seuil illégitimement, on commet ce qu'on appelle une hypostase, n'est-ce pas ?
21:50 Donc voilà, je reproche à ces discours d'hypostasier dans le concept de nature, n'est-ce pas, d'aliéner, de transporter ailleurs, alius, dans un autre, n'est-ce pas, ce qui est le propre de ce qui ne surgit que dans le cadre de la société humaine, pas de la société en général, je ne parle pas des abeilles ici, contre lesquelles je n'ai rien et j'adore même, je ne parle pas du miel, mais j'aime beaucoup aussi, mais j'aime beaucoup les abeilles. Après tout, c'était l'emblème du premier empire de mon compatriote Napoléon, mais là, comme j'ai beaucoup d'amis du côté de ceux qui écoutent à juste raison les excellentes conférences de Guillemin qui n'est pas tendre avec Napoléon, j'arrête là, ma comparaison.
22:32 En effet, et je ne suis pas un thuriféraire de Napoléon, quoi de plus antifasciste que le stoïcisme qui pose pour absolu la libre disposition de soi ? Alors là, Luca est en train de me dire, Pagani, faites attention, soyez précis, il a raison, je l'approuve, il donne l'occasion de répondre à son injonction, donc je suis bien content, soyez précis, ne vous contentez pas de dire, quand on a la nature comme valeur, comme repère ou comme critère, c'est qu'on est fasciste.
23:02 Non, je n'ai jamais dit ça et je ne le dirai jamais. en effet, de plus antifasciste que le stoïcisme qui pose pour absolu la libre disposition de soi, la cosmopolis, le contraire de trembler contre le grand remplacement de soi, la cosmopolis, je profite à ceux qui en sont encore dans la binarité qui oppose, n'est-ce pas, la mondialisation capitaliste, la mondialisation, ce qu'ils appellent la mondialisation, parce que eux, ils ne disent pas capitaliste, pour eux, c'est l'effet du progrès, de l'homme en général, de l'histoire, il faudrait revenir en arrière, à ceux qui opposent la mondialisation, c'est dans laquelle domine le capitalisme, n'est-ce pas, et qui s'oppose à l'identité, alors tantôt, de la nation, tantôt, la nation c'est trop grand, mais de la bretonnitude ou de la corsitude ou de l'alsacitude, je n'en sais rien, de l'Occitanie, et puis il y a pire, quand on va dans d'autres pays, encore pire que ce soit, parler avec un nationaliste ukrainien, vous appelez vite, n'est-ce pas, le MRAP pour les organisations
24:14 contre le racisme, et l'antisémitisme, et l'anticommunisme, et l'antibolchevisme, parce que tout ça, ensemble, pour ces gens-là, ce n'est pas moi qui fais amalgame, c'est eux, c'est pour ça que je précise, au lieu d'avoir ce lamentable choix à choisir entre la mondialisation atlantiste, n'est-ce pas, et le repli sur soi zémourien, ou un autre, on s'en fout, la porte est encombrée, il y a marre du choix, au cosmopolitisme bourgeois, les marxistes ont l'habitude d'opposer l'internationalisme prolétarien, et oui, ah ben oui, on ressort des frontières de nouveau, vous voyez, ça c'est pour parler en écho à ce que, à l'admirable expression hellénique que nous rappelle Lucas ici, invoquée par les stoïciens, la cosmopolis, la cité du cosmos, la cité mondiale, n'est-ce pas, et l'universalité de la raison, mais donc, vous voyez, en quelques lignes, Lucas me permet de revenir dans mon triangle maudit pour le sortir du piquet où on l'a relégué, ou de la prison dans laquelle on l'a enfermé, ce triangle maudit
25:24 de la pensée dominante, c'est pas où il faut dire du mal, de l'universel, du progrès, de la raison, tout ça, ça va ensemble, mais surtout, l'homme, c'est ce qu'il y a de pire, n'est-ce pas, c'est ce qui vient gâcher l'être, comme disait Heidegger d'ailleurs, l'homme, l'universel, n'est-ce pas, contre l'identité la mienne ? C'est de mes potes, or, dans le stoïcisme, l'arché, ça veut dire le principe, c'est de là que vient archaïque, le principe, ça veut dire le premier dans le temps, dans le commencement et dans toutes les mentalités archaïques, anciennes, ce qui est le plus ancien et souvent ce qui est le plus important, n'est-ce pas ?
Le radical « nat » : l'hérédité contre l'héritage
26:02 Or, dans le stoïcisme, l'arché de ces trois postulats catégories, c'est la nature. Oui, juste, par conséquence, pourrait-il que la source de mon incompétence vienne du problème de la traduction qui traduit indifféremment par nature les termes bios et physis ? Vous voyez pourquoi j'ai tenu à vous poser cette question ? Parce qu'elle a le mérite d'être intensément philosophique, c'est-à-dire qu'elle bourdonne de questions, cette question. Et de questions essentielles, parce que vous savez, à quelle heure est-il ?
26:33 c'est une question qui peut être importante à certains moments. À la fin, il montre qu'il y a bien un problème dont le philosophe serait inexcusable de ne pas s'occuper puisqu'il s'agit de savoir comment il faut nommer les choses. Et on revient à Socrate, n'est-ce pas ? Non pas qu'est-ce que la vertu, qu'est-ce que le courage, qu'est-ce que la beauté, qu'est-ce que l'âme, mais qu'appelles-tu âme, qu'appelles-tu beauté, qu'appelles-tu vertu ?
27:05 Toi qui as l'air d'en savoir un mot, puisque tu utilises le mot à tour de bras, n'est-ce pas ? Donc, ce terme, natura, par lequel on traduit aussi bien les termes bios et phusis. Je vais répondre en partie, parce qu'elle est trop vaste, pour que je réponde d'une manière exhaustive, ça demanderait tout un cycle, c'est pas de conférences dans un amphithéâtre, mais je répondrai pour l'essentiel, ce qui me semble le plus important, la question par laquelle finit la grande question de Lucas et pour laquelle je remercie encore.
27:41 Ce que je reproche au terme nature, à sa fréquence, à sa répétition, c'est son radical. Il m'est déjà arrivé de le dire, N-A-T. Je n'ai rien contre la naissance, contre le natal, contre la natalité. J'ai contre le fait que par ce terme, on s'est aveugle, on ne s'aperçoit pas que c'est de ça qu'on parle. N'est-ce pas ? Ce qui est naturel, c'est ce qu'on a par naissance. C'est l'hérédité, déjà on voit le Troisième Reich, c'est l'hérédité contre, non pas la science de l'hérédité, c'est un délire sur l'hérédité du Troisième Reich, il faut être bien clair, c'est l'hérédité contre l'héritage.
28:26 Voyez, je vous avais dit qu'on y reviendrait. Je vous ai dit en première partie avec la question précédente sur féminisme et féminité, ce n'est pas que la féminité après tout, si un être humain naît avec le sexe dit féminin, ce n'est pas une convention entre hommes, ce n'est pas, ce sont des voies biologiques qui s'accomplissent. Il faut bien distinguer ce qui appartient à cet être humain-là qui commence à vivre avec son hérédité de fillette, n'est-ce pas, ou de bébé-fille, et ce que plus tard par acquis d'un héritage historique millénaire s'appelle la féminité.
29:11 C'est le même mot apparemment, ce n'est pas du tout la même chose. Donc attention, ce que je reproche à ceux qui utilisent le terme nature, c'est de revenir à chaque fois à ce qui nous sépare le plus les uns des autres, la naissance, n'est-ce pas, car c'est chose terrible que la naissance pleure, crie, tremblement et beaucoup de sang. Vous trouverez ça dans le sermon de Noël, l'admirable sermon de Noël qui fait plusieurs pages dans le roman pour lequel Julien Gracq avait eu le prix Goncourt, Le Rivage des Syrtes et que j'ai posté lors des fêtes de fin d'année les dernières, n'est-ce pas, pour le soir de Noël.
29:53 Car c'est chose terrible que la naissance, c'est quelque chose qui vient toujours déranger. Voilà, donc, j'en veux, n'est-ce pas, à ceux qui naturalisent des choses, n'est-ce pas, qui ne doivent rien à la nature. Non pas parce que je dirais à César ce qui est à César, je ne suis pas ici dans la distribution des propriétés, même pas, ça pourrait, ce serait au moins un ménage intellectuel, non, c'est plus grave que ça. c'est que si on tient, on insiste tellement sur ce qu'on a par nature, c'est qu'on ne veut rien devoir à ceux qui demandent du travail, de l'acquisition.
Rien n'est jamais acquis : le travail et le négatif
30:34 Car c'est ça, c'est cet effort, n'est-ce pas, d'assimiler ce qui va faire notre être. Parce que l'hérédité, on n'a pas besoin de faire d'efforts pour en hériter, par définition. alors que l'héritage, vous voyez, devenir un grand pianiste classique, c'est 8 à 10 heures par jour pendant 20 ans. Un des plus grands pianistes de tout le monde contemporain, il est mort maintenant, mais qui s'est illustré presque tout le long du XXe siècle, n'est-ce pas, je pense à Sviatoslav Richter le soviétique, disait, j'illustre la notion de travail, il était acclamé dans le monde entier comme l'un des plus grands pianistes de ce siècle, il n'avait plus rien à prouver, de New York, à Moscou, il disait, quand j'arrête de travailler un jour, je m'en aperçois.
31:28 Quand j'arrête de travailler deux jours, le public commence à s'en apercevoir. Ça illustre bien les magnifiques poèmes d'Aragon, celui qui a pour refrain et que Brassens a mis en musique, il n'y a pas d'amour heureux, vous savez, rien n'est jamais acquis à l'homme. Non, non, il faut l'assimiler, ce n'est pas acquis comme l'hérédité, rien n'est jamais acquis à l'homme, ni sa force, ni sa faiblesse, ni son droit. Et quand il croit ouvrir ses bras, son ombre est celle d'une croix, et quand il veut serrer son bonheur, il le broie.
32:02 Sa vie est un étrange et douloureux divorce. Et oui, et oui, il y a tout ce négatif par lequel il faut passer pour connaître l'immense, les joies que ne connaissent pas ceux qui ne sont pas passés par le négatif. Je ne vous ai déjà parlé de la midinette, n'est-ce pas ? Je cite toujours la midinette parce que je suis scandalisé que ce soit devenu un mot péjoratif. Ça, c'est une réflexion de midinette. Moi, je trouve les amours des midinettes bien plus intéressants que l'amour des 9-10e des romanciers qui publient dans les dernières années.
32:35 Allez, des 8,8-10e. Oui, la midinette qui attend un métro pourri de banlieues pourries. Tous les banlieues ne sont pas pourris, je sais, ne me faites pas la leçon, je connais par cœur Demandez aux intéressés ce qu'ils en pensent, à ceux qui attendent dans ce décor. Je me rangerai à leur avis. Et qui attend son bien-aimé et qui a du retard, n'est-ce pas ? Et en 5 minutes, toutes les pensées ont défilé dans sa tête.
33:08 Il ne m'aime plus, il ne me trompe avec une autre, peu importe. Il a eu un accident, c'est pas ? Ou tous ensemble, allez savoir. Et puis tout d'un coup, on le voit surgir. On voit sa petite tête qui sort des escaliers et il a un bonheur que les dieux ne connaissent pas, que les immortels ne connaissent pas, que ceux qui ne sont pas passés par le dégâté. J'insiste, parce qu'il y a toute une pensée néo-spinosiste qui ne veut pas entendre parler du négatif. Car Dieu, la substance, n'est que positivité par définition.
33:38 Oui, effectivement, la substance Dieu. Moi, je parle de nous. Je n'échangerai jamais la béatitude, n'est-ce pas ? Concept théologique contre le bonheur, concept humain. Voilà. Comment je réponds à Lucas ? Je n'ai rien contre la nature de Zola, du jusnaturalisme, du stoïcisme. Il a pris trois exemples de cas différents qui sont en commun, effectivement.
34:10 Zola était un positiviste acharné. S'il avait été un philosophe, ce serait moins intéressant. Enfin, il aurait été un matérialiste, si vous voulez. Mais voilà, un matérialiste, mécaniste, pas dialectique, il ne faut pas trop en demander. Je dis ça, j'ai l'air un petit peu de diminuer Zola, mais simplement, Marx disait qu'il préférait le royaliste Balzac, qui comprenait bien mieux la lutte des classes, n'est-ce pas, que le progressiste Zola.
34:42 Et oui, les deux sont admirables, ce n'est pas la question. Par conséquent, pourrait-il que la source de mon incompréhension, Lucas, c'est pas de l'incompréhension, aussi, c'est une incompréhension, c'est bien de tomber sur les idées, de balbutier, n'est-ce pas, tout d'un coup, de bafouiller, de bafouiller dans la pensée. On compare souvent Socrate au poisson torpille, vous savez, qui déclenche une décharge électrique sur la personne qui le touche, et pendant quelques instants, on a engourdi, on ne sait plus où on en est, c'est ça, disaient les interlocuteurs de Socrate, qu'on ressent quand Socrate pose ces questions, n'est-ce pas, qui viennent tout d'un coup problématiser ces notions, qui ont l'air si simples ?
35:24 Femmes, hommes, féminité, féminisme, nature, histoire, culture, voilà, merci encore. Et on n'a pas fini, n'est-ce pas, de voyager à travers les champs que nous a ouvert cette question sur féminité et féminisme. Troisième variante que je dois à mon cher camarade, et oui, je suis un peu plus affectueux quand c'est quelqu'un qui a presque mon âge, n'est-ce pas, je veux dire qui est plus proche de ma génération que celle de la plupart de mes fidèles followers et followeuses et qui a une culture poétique qui m'émerveille, dont il concède une citation toujours parfaitement appropriée au contexte, parfaitement congrue au reste du propos.
Rêve réalisable : Lénine, Hölderlin et le menuisier
36:14 Et bon, je vais arrêter de le faire rougir. Bonjour Dominique, une rêverie éveillée après ta délicieuse balade onirique, je suis bien content, il fait allusion à, je vous y renvoie, je l'ai déjà dit, si quelqu'un veut rentrer après tout dans mes vidéos, surtout depuis celles des dernières années, parce que maintenant, il y en a plus, presque 500, deux heures chacune, c'est l'aiguille dans la botte de foin, commencer par celle qui s'appelle Mignon, c'est pas si vieux, dans la catégorie d'intervention qui ne sont pas vraiment les ateliers, mais qu'on a appelé les rêveries analytiques, c'est d'ailleurs la première des rêveries analytiques, celle qui inaugure la série, dans laquelle je fais une balade que je continue après dans la lecture de promenades et souvenirs de Nerval, etc.
37:05 Bonjour Dominique, une rêverie éveillée après ta délicieuse balade onirique sur les ailes de Vladimir Ilich, vous savez, j'avais lu un magnifique texte de Lénine où Lénine développe la thèse contre un journal qui se voulait bolchevique avec de bonnes intentions mais qui condamnait tout ce qui est évasion du réel, le rêve, tout ça, et Lénine disait le rêve est nécessaire, rêver est nécessaire, il faut rêver, à condition que le rêveur n'est-ce pas, est dans la tête un rêve réalisable, compatible avec ce qui peut se produire dans le phénomène.
37:45 Ce serait peut-être le meilleur sens qu'il y aurait à donner à un mot dont je méfie souvent, pas du mot mais de l'usage qu'on en fait souvent, de l'utopie, vous voyez à quoi je fais allusion, mais ici ça se justifie, si c'est ça l'utopie, moi je suis pour évidemment, mais à ce moment-là, n'importe quel menuisier qui fait une table, qui la fait avec amour, avec conscience professionnelle, n'importe quel, ébéniste, n'est-ce pas, je salue ici les camarades qui sont dans le Vaucluse et qui me comprendront et qui sont voués à cet admirable métier, allez, je fais une parenthèse en hommage à ces camarades, n'est-ce pas, ils sont allés soutenir dans un froid glacial, n'est-ce pas, des grévistes récemment, de très jeunes camarades que je salue, je reste dans le bois et dans l'ébénisterie et la menuiserie, Hölderlin, ça fait déjà presque 15 ans, n'est-ce pas, qu'il est enfermé, enfermé librement, il peut sortir, il va dans le jardin, il lui arrive d'aller au village, qu'il est hébergé chez ce menuisier, menuisier, qu'il a fait sortir de la clinique, qui a dit au médecin, si vous ne savez pas quoi en faire, moi je peux le prendre chez moi,
38:56 et on l'est où, si vous voulez, il n'a que quelques mois à vivre, il lui restait 37 ans, 37 ans, et un jour, Hölderlin descend de sa petite chambre, celle où il passait le plus clair de son temps, celle où il récitait des poèmes, « an die blau luft » comme on dit en allemand, au bleu du ciel, à la fenêtre, comme ça, ce qui fait qu'il n'écrivait pas des poèmes, il était diction, il était poème.
39:31 Eh bien, celui-ci descend de sa chambre un petit escalier en colimaçon, que je vous recommande d'aller visiter dans l'admirable petit musée qui se trouve au bord du Neckar, dans un endroit de rêve, au cœur de cette ravissante ville qui est Tübingen. Et là, Hölderlin voit une gravure dans l'escalier représentant un temple grec, c'est très à la mode, à l'époque, une gravure néoclassique, et dit au menuisier « Vous devriez en construire un comme ça. » Le menuisier lui répond qu'il avait déjà bien du travail à accomplir pour nourrir sa famille et qu'il n'avait pas le loisir de vivre en repos philosophique comme lui.
40:11 N'est-ce pas ? C'est joli, ce petit échange de classe sociale comme ça, entre le menuisier et son hôte. Et le dernier lui répond « C'est vrai, je suis quand même bien malheureux. » Et il écrit immédiatement un distique ou un quatrain, je ne sais plus, je crois que c'est un distique « À toi, mon ami, je dirais de mon secret. » Deux points. De Dédale, l'ingénieur de l'Antiquité sur lequel j'ai fait pas mal de développement, n'est-ce pas ?
40:45 En l'opposant à Ulysse. De Dédale, tu as le génie et la forêt. Voyez, la nature revient à l'arbre, dans lequel il n'y aura pas de bois et pas de table et pas de chaise et pas de poutre et pas de charpente. De Dédale, tu as le génie et la forêt. Je reviens à ma parenthèse. Donc, c'est ce rêve réalisable, n'est-ce pas ? N'importe quel menuisier qui produit, n'importe quel être humain qui fait passer une forme qu'il rêve d'incarner dans une matière, n'est-ce pas ?
Galilée a désenchanté le monde
41:16 qui fait passer un rêve dans la réalité, une représentation, une image, un fantasme en grec, c'est ça, mais qui ne reste pas l'état fantasmatique, mais qui par le travail ne se passe un cadre. Dans la réalité, ça peut être une table, ça peut être un poème. Un poème, c'est matériel, il faut des papiers, il faut de l'encre pour que ce soit communiqué à l'autre. Si c'était uniquement dans ma tête, personne n'en saurait rien. Voilà, donc, la formidable découverte de Galilée, oui, mais c'est incroyable, on dirait que c'est le même auteur toutes ces trois questions.
41:49 Tout à l'heure, Philippe Moreau, on a commencé par lui, ce soir, nous parlait de la rupture de Descartes, on dit la rupture galiléo-cartésienne, celle qui a, d'après Martin Heidegger, a assassiné l'être pour le transformer en la nature des physiciens, des chiffres, des figures géométriques, des équations. La formidable découverte de Galilée a désenchanté le monde. Oui !
42:19 On n'est pas passé du paganisme au christianisme un 31 décembre à minuit, au moment de la naissance du Christ, ou sa mort d'ailleurs. Ça a demandé du temps, l'immense et long Moyen-Âge, dont Clouscard disait que c'est la période la plus difficile pour comprendre notre propre jeunesse et la moins bien connue et à laquelle il a quand même consacré l'admirable traité de l'amour fou, tournant autour du mythe de Tristan et d'Iseut. La formidable découverte de Galilée a désenchanté le monde.
42:49 Oui ! Il a fallu des siècles pour commencer à transiter du paganisme où le monde est enchanté, où il y a des nymphes qui s'ébattent dans les sources comme les filles du Rhin. Au christianisme, où ce n'est plus que H2O, la civilisation chrétienne dans laquelle on bannit les idoles. Galilée a désenchanté le monde, noyé les nymphes dans l'abstraction mathématique, ruiné l'idée de Dieu.
43:21 Je dirais des dieux ici, mais on se comprend très bien. Brecht, le grand dramaturge communiste, Brecht le résume dans sa pièce en faisant dire à Galilée, Brecht a écrit Galilée, oh Galilée, une pièce consacrée à la vie en particulier, au procès de Galilée. Nous sommes le 10 janvier 1610. L'humanité note sur son journal ciel supprimé. Donc, il confirme Heidegger, sauf que lui, s'en lamente pas. la science n'est plus fille de l'Église, elle est écrite dans la langue mathématique et ses caractères sont des triangles, des cercles et autres figures géométriques.
43:59 C'est une citation de Galilée, ça. Sans le moyen desquels il est humainement impossible d'en comprendre un mot. Humainement. Parce qu'il y en a qui sont plus qu'humains, qui sont supérieurs à vous et moi. Pour le premier tocard, vous le dira, ça, qu'il est supérieur à eux, parce qu'il a de la divination. Il n'a pas besoin de passer par des équations. Bon, bref. Sans eux, c'est une... Alors, ces figures géométriques sont le moyen desquelles il est humainement impossible d'en comprendre un mot.
44:30 Sans eux, sans ce détour par l'abstraction, voilà ce qu'on est en train de dire, conquête de l'esprit humain. Parce que là, on est loin de la nature, avec les figures géométriques et les mathématiques. Sans eux, et là, il y a une formule admirable, c'est une errance vaine dans un labyrinthe obscur. Ah ben, écoutez, j'ai l'impression qu'on devrait écrire cette phrase, n'est-ce pas, chaque fois qu'on entre dans l'univers du net, de la toile, n'est-ce pas, des youtubeurs, n'est-ce pas, j'en suis... Mais il faut bien se jeter à l'eau, dans cette eau.
45:04 Au moins douteuse, n'est-ce pas, c'est une errance vaine dans un labyrinthe obscur pour faire entrer un rayon de lumière, n'est-ce pas, là-dedans. Une idée, une forme, un être, parti de l'azur, est tombé dans un styx bourbeux et plombé où nul œil du ciel ne pénètre. Je ne sais pas, Baudelaire, L'Irrémédiable. Donc, je reprends la citation, désormais, fille du temps et non de l'autorité, ah oui, décidément, non seulement on a assassiné l'être, mais on a quitté l'éternité, on est dans le temps, le monde de l'homme, l'histoire.
45:38 Fille du temps et non de l'autorité, c'est ce qui faisait dire à la théologie des qu'on pose une question hors de l'Église, point de salut, n'est-ce pas ? Ou alors, c'est un mystère, il n'y a rien à voir. La vérité est matérielle, chiffrée, et l'homme face au, citation de Pascal, au silence éternel des espaces infinis, réduit à son corps sans grâce. Kant constate que l'astronomie copernicienne anéantit son importance à l'homme et plus tard, eh bien oui, l'homme, il était au centre, et plus tard, Renan se lamente, enfin, son importance physique, comme dit là encore admirablement Pascal, n'est-ce pas ?
46:14 Il ne faut pas s'acharner contre l'homme, je veux dire, une simple accident, une simple humeur dont son sang suffit à le tuer. L'homme est un roseau le plus faible de la nature, c'est une des phrases les plus célèbres de Pascal, mais c'est un roseau pensant, autrement dit, l'univers m'écrase, oui, écrase l'homme, si l'on ne s'en tient qu'à l'ordre des corps, mais si l'on n'en passe à l'ordre de la pensée, c'est par ma pensée, moi, que je comprends l'univers. Vous voyez, il faut bien dialectiser ces notions-là.
De Bellarmin au capitalisme : « et pourtant elle lutte »
46:47 Kant constate que l'astronomie copernicienne anéantit l'importance de l'homme et plus tard, Renan se lamente, il se pourrait que la vérité fut triste, que le soleil ni la mort ne se peuvent regarder en face. Ça, c'est la lamentation de l'homme antimoderne et c'est pour ça qu'il déteste la modernité. Oui, c'était mieux l'époque, n'est-ce pas, où les réponses précédaient les questions grâce aux religieux ou que ce soit. C'est ce que professait le cardinal Bellarmin, théologien de la contre-réforme qui condamna Giordano Bruno au bûcher.
47:23 Vous savez que Giordano Bruno, qui défendait les thèses de Galilée, sauf qu'il était moins prudent, lui, sa thèse, c'était qu'il y avait plusieurs systèmes solaires comme le nom de plusieurs mondes, comme on disait à l'époque, la pluralité des mondes, il enseignait ça, il a voyagé jusqu'à Toulouse où il enseignait la sphère, c'est-à-dire le traité du ciel d'Aristote, enfin bref, ou le Timée de Platon. Donc, un des plus grands esprits de son temps, il a été brûlé pour avoir défendu les idées que tout le monde partage maintenant en matière d'astronomie.
47:59 par exemple, le cardinal Bellarmin, théologien de la contre-réforme qui condamna Giordano Bruno au bûcher et écrivit à Galilée « Nous ne pouvons pas savoir ». Il est déjà néo-kantien, ce n'est pas kantien, il est déjà, il baisse le rideau. « Nous ne pouvons pas savoir, mais il vous est loisible de chercher. Admirable jésuitisme qui invite en somme à regarder le ciel en fermant les yeux ». Je me rappelle dans la cantatrice chauve de Ionesco, n'est-ce pas, quand tout le monde supplie le pompier de raconter une de ses blagues lamentables et que le pompier finit par dire « d'accord ».
48:41 Alors, je veux bien en raconter une, mais alors promettez-moi de ne pas écouter. Ne peut-on voir dans cette supposée passion de l'ignorance une analogie avec la prétendue absence d'alternative au capitalisme. Merci, mon camarade, n'est-ce pas, merci de voir la vraie intelligence est celle qui voit des invariants là où ils ne sont pas explicites, n'est-ce pas, dans deux problématiques qui ont l'air indépendantes, n'est-ce pas, la science qui a désenchanté le monde et le fait qu'on dise dans le monde d'aujourd'hui aux jeunes « Bon, d'accord, il y a des choses à améliorer, tout n'est pas parfait dans le monde libéral, capitaliste, etc. »
49:24 Enfin, tous les autres sont pires. C'est sympa comme perspective pour des jeunes. C'est sympa, hein ? Donc, voilà, vous voyez, ne peut-on voir dans cette supposée passion de l'ignorance une analogie avec la prétendue absence d'alternative au capitalisme. Vous pouvez toujours chercher des solutions locales, continue Patrick admirablement, verdir le capital, les verts, j'adore, bricoler des insurrections lettrées, des insurrections lettrées de la région, de la couleur, du sexe, du genre, des insurrections lettrées, des émancipations indigènes.
50:00 Vous ne pourrez rien contre la vérité révélée du marché libre et non faussée. Sinon rêver de révolutions qui laissent debout les piliers de la maison. Ainsi que le noté Marx. Autrement dit, puisqu'il faut croire sérieusement en ses rêves, ça c'est Lénine, n'est-ce pas en affirmant, et pourtant, elle lutte, les classes, bien sûr. Vous voyez comme on revient au début du texte, il avait parlé de Galilée au début. Galilée, en sortant de son procès, elle avait dit, bon, j'ai dit que des conneries, après tout, l'homme est au centre si vous y tenez.
50:32 Bref, ce n'est pas être brûlé comme Giordano Bruno, heureusement, parce qu'il a fait des recherches qui nous servent encore, qui ont servi des siècles de science. Après lui, il avait dit, en sortant, eppur si muove n'est-ce pas, en parlant de la Terre, et pourtant, elle tourne, en bon italien, in petto, comme on dit à l'opéra, à part, n'est-ce pas, sans qu'on l'entende. Et pourtant, elle lutte, les classes, bien sûr. On a beau faire jurer que la classe, c'est dépassé, c'est ringard, n'est-ce pas, Pagani, Clouscard, tout ça, c'est ringard.
51:07 ils n'aiment pas le rock parce qu'ils sont arrivés trop tard. Il y en a qui continuent à chercher en arrière, en arrière d'eux, où sont Pagani, Clouscard. Je ne suis pas dans les avant-gardes. C'est quand même, à un moment donné, je répondrai juste sur un seul point avec Bégaudeau. Il dit, ces gens-là n'ont jamais été, il ne sait pas que je me suis occupé, d'une école de musique, enfin bref, au sud du Sahara, et que j'ai fréquenté les meilleurs musiciens de la place de Paris, alors qu'ils n'étaient même pas nés, mais enfin, ce n'est pas une référence en soi à la chronologie, mais tout de même, ça me fait rire.
51:46 Mais à un moment donné, il dit, ils ne sont jamais là, c'est comme Adorno, des gens qui comprennent, parce qu'Adorno avait critiqué le jazz, à tort, et ils ne sont jamais, ils sont là où on pense, où on surplombe. C'est un petit complexe, il a dû être vexé. Et ils ne sont pas là où se produisent ces musiques, n'est-ce pas ? Il dit ça d'Adorno, mais Adorno, c'est un élève de Schoenberg, lui-même compositeur de ce qu'il y avait de plus avant-gardiste dans les avant-gardes musicales de son temps, qui casse encore les oreilles à tous ceux, n'est-ce pas ?
52:21 qui ne sont pas habitués à écouter l'admirable Serenade opus 24 de Schoenberg, n'est-ce pas ? pour parler, je ne parle même pas des œuvres de jeunesse de Schoenberg, je parle bien d'œuvres sérielles, n'est-ce pas ? Je vous ai déjà passé des extraits assez courts de Moïse et Aaron ou des survivants de Varsovie, voilà. Ça, c'est les avant-gardes, n'est-ce pas ? En matière de rythme, de mélodie, d'harmonie et de timbre, n'est-ce pas ?
52:55 La musique people, on est éloigné à peu près comme les galaxies auxquelles on n'arrivera jamais. Et pourtant, l'éclat, bien sûr que l'on pourra retrouver sinon le sens de l'histoire, du moins, l'axe de sa rotation. Ah, mais j'envie, Philippe, j'envie la plume de Philippe ici, de Patrick, je trouvais que la question de Philippe était excellente aussi. Et non, en nier jusqu'au mouvement, comme le fait toute la prétendue gauche, PC compris, je présume, qui parle du PC, n'est-ce pas ?
53:33 Qui s'était constitué autour de Robert Hue et dont il ne reste plus grand-chose. Voilà, je parle de l'appareil ici du PC, n'est-ce pas ? Parce que quand à la base du PC, elle est dans cette immense matière noire qui s'appelle l'abstention. Et ça, on verra bien. Je ne suis pas le style à faire parler l'abstention. Il semble qu'il y ait des frémissements d'après ça. Je ne sais pas. mais ce qui est sûr, c'est qu'il y a bien des matières frémissements dans l'excellente question qui n'est pas une question.
54:07 C'est pour ça que je n'y réponds pas. Je ne fais que la commenter, n'est-ce pas, pour l'expliciter et montrer ses réquisits. Et je remercie encore une fois mon camarade Patrick et son excellent roman que je vous recommande. En tout cas, je vous remercie pour votre attention et je remercie ceux d'entre vous qui m'ont donné l'occasion de répondre à leurs questions. Merci.