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Retour après une longue absence et concept de mondanité
0:30 Vous me direz, ça fait longtemps. Je suis bien d'accord avec vous. À qui le dites-vous ? En tout cas, merci du bonheur que j'éprouve à vous retrouver. Eh bien, c'est que j'ai été abandonné par tout le monde. Franchement. Non, non, sérieusement. Très sérieusement. C'est la saison aussi qui veut ça. Il y a plusieurs raisons à ces longues interruptions, mais la principale, depuis plusieurs semaines, c'est que c'est la saison des examens, ceux qui en passent, ceux qui en font passer, n'est-ce pas ? Les concours. Et je n'allais pas mettre un pistolet sur la tempe à tous ces merveilleux bénévoles qui travaillent pour notre association et pour ces vidéos directement, ou indirectement, alors qu'ils jouent une partie importante dans leur propre avenir. Et je ne parle même pas de Pierre-Alain, qui, je vous ai déjà dit, je crois que la plupart d'entre vous s'en rappellent que je vous avais encouragé à visiter son extraordinaire exposition immersive à Beaubourg,
1:50 qui s'est terminé le 29 mai, et elle reprenait le 5 juin à New York. Il était présent là-bas avec son équipe, vous voyez. Donc, je n'allais pas lui dire, bon, c'est bon tout ça, New York, mais enfin, et mes vidéos ? Alors oui, non. Donc, je le remercie en tout premier que dès son retour, il m'ait proposé de faire ce direct ce soir. Donc, vous voyez, ça va dans le sens d'une stabilisation. Et pour éviter que ce soit une interruption dans le contenu, il va de soi que je continue le cycle, je vous ai dit que ça prendrait du temps, le cycle dans lequel nous sommes rentrés depuis que nous interrogeons ce concept, j'assume le fait de dire le plus clouscardien, sans doute le plus essentiellement clouscardien, les concepts de Michel Clouscard, à savoir celui de mondanité. Je répète que c'est, Philippe Axel, le plus important, que c'est plus important que les forces productives, les rapports de production et que sais-je, mais ça, c'est pas des concepts propres à Clouscard. Ça existait avant lui, même si, petite anecdote,
3:05 à chaque fois que je l'interrogeais à chaque rentrée, quand il était devoir à Paris, et puis lorsqu'il était prof il y a très longtemps, en terminale, puis bien plus tard, quand il est après la soutenance de sa thèse, quand il était professeur d'université à Poitiers, côté de gens comme Jacques D'Hondt , je veux dire, et du cercle hégéliano-marxiste de Poitiers, je me rappelle que chaque fois je lui disais, « Tu mets quoi au programme de cette rentrée ? » Vous répondez invariablement chaque année, « Forces productives et rapport de production ». Vous voyez, non, bien sûr, mais ce n'est pas proprement clouscardien. Celui de mondanité, c'est là où se concentre son apport propre. Et c'est pourquoi je tiens à continuer. Alors, je suis dans le préambule, vous imaginez bien, depuis cette si longue absence, pour reprendre un titre célèbre. D'abord, ne croyez pas que je suis devenu un incorrigible narcissique. Mince, comment on fait ? Ah oui, voilà, parce que j'ai jamais eu de servir des miroirs. Voilà. Mais cette photo, la plupart d'entre vous la connaissent déjà, certains la commentaient. J'irais jusqu'à dire que c'est une photo culte, si je n'étais pas dessus, je le dirais.
4:21 Ou plus péjorativement, c'est une photo de la bande des quatre, n'est-ce pas ? Mais plus sérieusement, si je l'expose là, c'est parce que c'est la première fois qu'on voit l'original. C'est que Louis Schiavo, le quatrième larron, ici, donc, voilà, immense plasticien, poète, dramaturge. Ces pièces rencontrent un mal de succès. Et compagnon indéfectible de Michel jusqu'à ses dernières heures avec René Comer. Bref, c'est parce qu'il a eu la gentillesse de me l'envoyer encadrer de cette manière. Et pour la première fois, j'ai l'original argentique, si vous voulez. C'est pour ça que je lui ai fait promettre, en contrepartie du fait qu'il me l'envoie, qu'elle serait bien exposée à ma prochaine causerie. Voilà. De toute façon, on aurait du mal à partir, quand bien même ça aurait été du
5:31 narcissisme, narcissisme divisé par quatre, ça va. Et surtout que je suis Benjamin sur cette photo, j'irai jusqu'à dire, j'arrêterai là de parler de moi sur la photo, c'est que je ne m'aime pas sur cette photo parce que j'ai un petit air fourbe qui vient du fait que j'ai le soleil dans l'œil et je plisse les sourcils, n'est-ce pas ? Voilà. Donc, revenons à des choses sérieuses.
6:01 Je suis dans un désordre apparent de préambule, mais puisqu'on parle de ce concept de mondanité chez Michel Clouscard, je reviendrai après sur la magnifique photo d'Aragon et surtout l'excellent montage que Pierre-Alain vient de faire de deux photos différentes d'Aragon. J'en profite pour reparler de la cagnotte, vous savez, en faveur de la traduction en anglais de Michel Clouscard, en particulier du capitalisme de la séduction.
6:42 J'en parle parce que j'ai été ému de recevoir des courriers récemment et c'est une manière aussi de faire un petit rappel à l'ordre, mais le budget de notre association, c'est le cumul des cotisations des adhérents, des adhésions et à part la cagnotte concernant, destinées à la traduction de Michel. Là, je viens de recevoir par exemple une enveloppe d'une personne qui est dans le Sud-Ouest, je ne dis pas son nom, bien sûr, parce que je respecte sa discrétion, mais qui me dit « Oh là là, je suis en retard, je mets à jour ma cotisation ». Donc ça, c'est le rappel à l'ordre, qu'elle sert de bon exemple. On a quelques dépenses d'équipement à faire, c'est pour nous aider à les faire.
7:47 Et par ailleurs, et dans la même enveloppe, il y a un deuxième chèque, je dis « Voilà pour l'adhésion et voilà pour la cagnotte pour Michel Clouscard ». Vous voyez, ça m'a fait penser de faire ce petit piqûre de rappel. Et bien sûr, cette piqûre de rappel que je termine, en retirant la seringue, en disant un immense merci à ceux qui ont déjà contribué à cette traduction qui, je ne veux pas en dire beaucoup plus ce soir, semble en bonne voie.
8:25 Il semble qu'on ait trouvé enfin l'interlocuteur anglo-saxon, idéal, c'est un bien grand mot, mais en tout cas tout désigné pour cette opération. J'en dirai un peu plus lorsque les choses se confirment et confirmeront cette avancée. Voilà. Donc, je rentre un petit peu dans le vif du sujet. Vous avez… Il ne vous a pas échappé que la présence d'Aragon ce soir en illustration.
Lecture d'Aragon : le château triste et le soldat de 1914
9:04 D'habitude, je mets une illustration sonore. Là, pour une fois, j'ai trouvé que ces photos et les textes étaient assez parlants. J'ai choisi un Aragon en apparence… Un poème en apparence désespérant. Un Aragon vieilli qui fait le point et qui dit que… Écoutez, je vais demander à Pierre Alain de me reprojeter un petit peu le poème. Voilà. Vous voyez, c'est assez clair, mais tout de même, je me tiens sur le seuil de la vie et de la mort, les yeux baissés, les mains vides.
9:42 On ne va pas dire que ça commence par embrassons-nous Folleville. Voilà. Et la mer dont j'entends le bruit est une mer qui ne rend jamais ses noyés. Et l'on va disperser mon âme après moi, vendre à l'encan mes rêves broyés. Voilà. Là, déjà que mes paroles sèchent comme une feuille à ma lèvre humide. Alors, est-ce que c'est un constat, le constat d'une maison en ruine ? Eh bien, on y arrive. On va sauter quelques strophes là. Et on va s'arrêter sur… encore un petit peu.
10:14 Voilà. Cette vie aura passé… Regardez. Je disais, est-ce qu'on est dans une maison en ruines ? Cette vie aura passé comme un grand château triste que tous les vents traversent. Les courants d'air claquent les portes et pourtant aucune chambre n'est fermée. Il s'est assis des inconnus, pauvres et las, qui sait pourquoi certains armés. Mon point est déjà à l'actualité. Et là, j'ai fait une première petite incise qui interrompe ce texte admirable.
10:44 J'ai tenu à ce qui est, à côté des photos que chacun connaît d'Aragon, du poète, qui est la photo du soldat. Qui sait pourquoi certains armés. C'est que la plupart ignorent que ce n'est pas seulement un poète, un rêveur, ou même simplement, la plupart savent très bien que ça a été aussi un engagé politiquement, mais on sait moins qu'il a d'abord été avant son engagement politique, d'avoir été un engagé militaire à la guerre de 1914.
11:16 Et pourquoi j'en parle ? Parce qu'il y a reçu la croix de guerre, il n'y était pas en figurant. Et c'est de quoi il parle quand il parle de réel Aragon. Et comme la guerre n'a jamais été aussi proche, malheureusement, que ce soit géographiquement ou historiquement, j'espère que ce n'est pas le cas, n'est-ce pas, et chronologiquement de notre réalité la plus contemporaine, la plus actuelle plutôt, je tenais à ce qu'il y ait aussi cette photo du général Aragon en uniforme.
11:46 Et j'insiste, il n'a jamais perdu une occasion de rappeler à quel point. C'est le carnage épouvantable, c'est une guerre de 1914. Don Michel Clouscard me disait, ils se sont démerdés avec la guerre de 1914 pour liquider plus d'un millénaire de paysannerie qui nous ont fait. Qui nous a fait, le millénaire, je crois qu'il disait plusieurs millénaires de paysannerie qui nous ont fait. Voilà. Ce carnage dont l'Europe ne s'est jamais remise, n'est-ce pas ?
12:19 Pensez qu'avant la guerre de 1914, la France prêtait de l'or au Japon. Mais oui. C'est abjecte cette tuerie dans laquelle on a enfourné, n'est-ce pas, des générations et des générations de jeunes gens. Et si c'était que des jeunes, mais pour les jeunes, c'est encore plus irréparable, n'est-ce pas ?
12:51 Un manque à gagner. Donc, c'est pour ça qu'il y a cette photo qu'on voit moins d'Aragon en uniforme. Donc, vous voyez, je reprends l'image qu'il a de cette maison, de ce château, à l'abandon, si je puis dire, des vents de l'histoire et de l'espoir, apparemment. Ici, assis des inconnus pauvres et las, qui sait pourquoi ?
L'adresse aux jeunes gens et « Il n'y a pas d'amour heureux »
13:21 Certains armés. Les herbes ont poussé dans les fossés, si bien qu'on n'en peut plus baisser la herse. Il n'y a pas de porte, les clacs, on ne peut pas pousser la herse. La herse, c'est ce qui protégeait, n'est-ce pas, qui faisait qu'on ne pouvait pas rentrer dans le château. Dans cette demeure, en tout cas, anciens ou nouveaux, nous ne sommes pas chez nous. Ce n'est pas actuel, tout ça ? Nous ne sommes pas chez nous. Personne à coup sûr ne sait ce qui le mène ici. Tout peut-être n'est qu'un songe. Certains ont froid, d'autres ont faim.
13:53 La plupart des gens ont un secret qui les ronge. Vous voyez, malheur physique, malheur moral, comment séparer ça chez l'homme ? De temps en temps, passent des rois sans visage, on se met devant eux à genoux. Et là, vous voyez, je parle pour tous ceux qui sont tentés par la désespérance, pardon, c'est barbarie, par la désespérance dans le contexte actuel.
14:28 Plusieurs fois, quand on regarde un petit peu les chroniques depuis l'Antiquité, il y en a eu des désespérances. Il y en a eu des époques où on s'est dit que ça n'a jamais été aussi ténébreux qu'aujourd'hui. Mais enfin, reprenons la parole d'Aragon. Quand j'étais jeune, on me racontait que bientôt viendrait la victoire des anges. Ah, comme j'y ai cru ! Comme j'y ai cru deux fois ! Voilà que je suis devenu vieux. Le temps des jeunes gens, là commence toute une série de vers qui sont une adresse à ces jeunes gens, regardez bien.
15:03 Le temps des jeunes gens leur est une mèche toujours retombant dans les yeux. Mais non, ce n'est pas un poète hermétique, Aragon, c'est clair. Ça veut dire qu'on est souvent aveuglé quand on est jeune encore. Le temps des jeunes gens leur est une mèche toujours retombant dans les yeux. Et ce qu'il en reste aux vieillards, qui n'ont plus beaucoup de cheveux, est trop lourd et trop court, que pour eux le vent change. Ils s'interrogent sur l'essentiel, sur ce qui vaut encore qu'on s'y voue.
15:36 Est-ce qu'on veut m'engager ici ou là, dans tel groupuscule ou dans tel parti qui n'est plus que l'ombre de lui-même ou qui est en pleine renaissance ? Allez savoir, bon, peu importe pour l'instant. Ils voient le peu qu'ils ont fait, parcourant ce chantier monstrueux qu'ils abandonnent. L'ombre préférée à la proie. Je tiens, il est un peu long ce poème, je tiens, à le porter jusqu'au bout. Et vous comprendrez facilement à la fin pourquoi.
16:06 L'ombre préférée à la proie. Ô pauvres gens, il parle toujours au jeune. L'avenir qui n'est à personne. Ici, encore une petite incise, une intertextualité. Il y en a très souvent chez Aragon. C'est un rappel de Victor Hugo, qui dans la légende des siècles fait parler de Napoléon, qui vient d'apprendre la naissance, qu'il a enfin un fils, un héritier pour l'Empire, et qui s'exclame, l'avenir, l'avenir, l'avenir est à moi. Et le poète, c'est-à-dire Hugo, rétorque, non, l'avenir n'est à personne, c'est-à-dire l'avenir est à Dieu, etc.
16:36 Bon, bref. L'ombre préférée à la proie. Oh, pauvre Jean, l'avenir qui n'est à personne. Quasi citation de Hugo. Petit qui jouait dans la rue. Enfant, quelle pitié sans borne j'ai de vous. Je vois tout ce que vous avez devant vous de malheur, de sang, de lassitude. Vous n'aurez rien appris de nos illusions, rien de nos faux pas compris. Nous ne vous aurons à rien servi.
17:06 Vous devrez à votre tour payer le prix. Je vois se plier votre épaule à votre front. Je vois le pli des habitudes. Bien sûr, vous me direz que c'est toujours comme cela, mais justement, regardez, c'est parmi les plus bouleversants. Songez à tous ceux qui mirent leurs doigts vivants, leurs mains de chair dans l'engrenage, pour que cela change. Et songez à ceux qui ne discutaient même pas leur cage. Est-ce qu'on peut avoir le droit au désespoir, le droit de s'arrêter un moment ?
17:42 Et vienne un jour, quand vous aurez sur vous le soleil insensé de la victoire. Rappelez-vous que nous avons aussi connu cela, que d'autres sont montés arracher le drapeau de la servitude à l'acropole, et qu'on les a jetés, eux et leur gloire, encore haletants, dans la fosse commune de l'histoire. Là, je contrepointe Aragon par Aragon, dans son texte sans doute le plus célèbre, celui que Brassens a mis dans une chanson inoubliable, il n'y a pas d'amour heureux, n'est-ce pas ? Qui commence par « rien n'est jamais acquis à l'homme ».
18:15 Il n'y a pas une victoire qui règle définitivement tous les problèmes, rien n'est jamais acquis à l'homme, ni sa force, ni sa faiblesse, ni son droit. Et quand il croit ouvrir ses bras, son ombre est celle d'une croix, et quand il veut serrer son bonheur, il le broie. Sa vie est un étrange et douloureux divorce. Voilà. Songez qu'on n'arrête jamais de se battre et qu'avoir vaincu n'est trois fois rien. Et que tout est remis en cause du moment que, c'est admirable, l'homme de l'homme est comptable.
18:46 L'homme de l'homme est comptable. Nous avons vu faire de grandes choses. Vous vous rendez compte de l'époque qu'il a vécu, il a fait la guerre de 14, il a connu la clandestinité traquée par la Gestapo, planquée entre autres dans le Midi de la France, et surtout dans le village où mon fils est né à Dieulefit, pardon pour l'anecdote, mais tout de même, j'ai vu ça de près, j'ai parlé avec des gens qui l'ont connu dans la clandestinité. Nous avons vu faire de grandes choses, mais il y en eut d'épouvantable. Dans notre camp, sous-entendu, car il n'est pas toujours facile de savoir que l'humilité, où est le mal, où est le bien.
19:27 Vous passerez par où nous passâmes. C'est toujours un jeune que ça s'adresse essentiellement. Moi, je le reçois encore comme un message, tout décati et abîmés que je sois. Vous passerez par où nous passâmes, naguère. « En vous, je lis à livre ouvert. J'entends ce cœur qui bat en vous comme un cœur me semble-t-il en moi battais. Vous l'userez, je crois, comment et comment cette chose en vous s'éteint, se tait, comment l'automne se défarde, et le silence autour d'une rose d'hiver. »
Le retournement du poème et la préface de Hegel
19:59 Vous me direz, mais je ne l'ai pas gagné, mais je ne comprends pas. On était au bonheur de nous retrouver de cette quasi-rentrée, et puis cette quasi-rentrée avant les vacances. Et voilà, tu nous pousses au désespoir. Alors regardez bien, regardez bien, comme ça se retourne. C'est là que vous comprenez mon titre. C'est sur la positivité du négatif. Je ne dis pas cela pour démoraliser. Il faut regarder le néant.
20:31 Sous-entendu, je suis un peu agacé. Et c'est pour ça que j'ai tenu aussi, pardon, je vais prendre une référence, je vous rejoins tout de suite. Voilà, voilà, voilà. Je le trouve tout de suite. Merci.
21:08 Je vais m'excuser, j'y ai pensé avant, mais je l'ai déplacé au dernier moment. Je continue tout de même. Il faut regarder le néant en face. Je m'arrête là. Vous voyez ? Et je lis un extrait, n'est-ce pas ? D'un auteur dont on croit à l'opposé de tout ce qu'on vient de lire d'Aragon, de la sensibilité. D'un auteur, je pense à Hegel, n'est-ce pas ? Qui est dans un empire d'abstraction, dans l'idéalisme, toutes les conneries, excusez-moi de parler français, qu'on peut dire sur lui.
21:43 Et qui, dans un passage clé de la préface à la phénoménologie de l'esprit, dit ceci, n'est-ce pas ? Je l'avais cité, c'est un passage qu'on ne sait qu'il ne faudrait jamais cesser de citer, mais qui prend ici tout son sens. Voilà.
22:16 Pardon. Ouh là là, c'est que le livre part en morceaux. Voilà. Alors, pardon. Alors, bon. Ah oui, c'est... Excusez-moi, mais vous voyez dans quel état se trouve le volume ?
22:48 En fait, c'est un des rares que j'ai depuis ma terminale, n'est-ce pas ? Alors, de temps en temps, il y a les pages qui se perdent. Alors, attendez, je vais prendre une édition. Le livre est en meilleur état quand même, parce que je n'ai pas envie de perdre du temps. Si, je vais quand même... Je le vois là. Je vais mettre celle-là, et se s'en aller comme ça.
24:35 Je suis désolé, c'est un peu long, mais j'ai eu une petite inondation ce matin qui a fait que j'ai dû... Voilà, alors nous y sommes. Et nous avons ce fameux passage. Donc vous voyez, je répète la phrase d'Aragon que je vais contrepointer ici avec la lecture de Hegel.
25:13 Il dit « Il faut regarder le néant en face ». C'est le titre de la séance de ce soir, la positivité du négatif. Néant, négatif, le moins, je veux revenir sur tout ça, ne vous inquiétez pas. Mais regardez, pour faire écho à la phrase d'Aragon, ce que dit ici Hegel. La mort, si nous voulons nommer ainsi cette irréalité, est la chose la plus redoutable, et tenir fermement ce qui est mort est ce qui exige la plus grande force. Il s'agit de la traduction ici de Jean Hyppolite.
25:44 La beauté sans force, passage célébrissime, la beauté romantique, la beauté narcissique, la beauté sans force est de la haine, du verbe haïr. La beauté sans force hait l'entendement, le travail du concept. Parce que l'entendement attend d'elle, de l'artiste, de la beauté, l'entendement attend d'elle, ce qu'elle n'est pas en mesure d'accomplir. On comprend pourquoi on en veut à Hegel, n'est-ce pas ? Dans le narcissisme esthétisant, « Ce n'est pas cette vie qui recule d'horreur devant la mort et se préserve pure de la destruction », celle qui refoule, si vous voulez.
26:26 Pour prendre un concept qui vient d'un autre champ. « Ce n'est pas cette vie qui se recule d'horreur devant la mort et se préserve pure de la destruction », Narcisse attentif à l'intégrité de son image dans l'eau, « mais la vie qui porte la mort et se maintient dans la mort même, qui est la vie de l'esprit. » « L'esprit conquiert sa vérité seulement à condition de se retrouver soi-même » Donc il ne s'agit pas non plus par antinarcissisme de nier l'importance du moi, « de se retrouver soi-même dans l'absolu déchirement », dans la condition de reconnaître, c'est tout le sens de l'humilité, vertu cardinale en théologie, n'est-ce pas ?
27:06 L'humilité à quel point il y a une misère propre à l'homme aussi, pour parler comme Pascal. Et on dirait, non, on est quand même un peu loin, tu nous disais que c'était presque les mêmes mots, un peu loin de la phrase d'Aragon qui dit, je répète, il faut regarder le néant en face. Regardez bien, c'est ce qui vient. L'esprit est cette puissance, en n'étant pas semblable au positif qui se détourne du négatif, vous comprenez mieux le titre de la séance de ce soir, au positif qui se détourne du négatif, comme quand nous disons d'une chose qu'elle n'est rien ou qu'elle est fausse, et que débarrassée d'elle, alors nous passons sans plus à quelque chose d'autre.
L'idéologie dominante est un néopositivisme
27:43 Oui, je m'énervais un peu, c'est que je suis de plus en plus fatigué par l'idéologie dominante, je ne sais pas peu dire. Et pourquoi j'en parle ? Pour dire que l'idéologie dominante n'est pas l'idéalisme. J'ai encore beaucoup de camarades, je ne parle pas des adversaires ici, je parle de camarades, n'est-ce pas, qui font la guerre à l'idéalisme, qui en sont à l'époque, n'est-ce pas, où c'est un peu comme, en politique, comme si on prenait encore au sérieux le combat du parti radical pendant le fond de la République, il passait son temps à bouffer du curé pour paraître un petit peu progressiste et à gauche, n'est-ce pas, alors que c'était déjà un combat dépassé.
28:19 À une époque où c'était vital et essentiel, et il faudra toujours être reconnaissant à un Feuerbach, n'est-ce pas, d'avoir à ce point lutté conceptuellement pour nous libérer de l'aliénation religieuse. Bien sûr, bien sûr, et le jeune Marx en sait quelque chose. Et puis Marx, aussi bien que Engels, ont rendu hommage à ce moment-là. Mais on en vu aussi les limites. C'est que l'idéologie dominante d'aujourd'hui est un néo-positivisme.
28:51 C'est tout le contraire d'un idéalisme qui voudrait limiter l'activité rationnelle, le concept, le raisonnement, donc qui semble un petit peu, vous voyez, se démarque lui aussi du romantisme narcissique et de l'esthétisme. En limitant cette rationalité, vous avez entendu mille fois le dire, mais je le répète parce qu'il y a de plus en plus, et tant mieux, ce n'est pas de nouvelles oreilles et de nouveaux yeux qui s'intéressent à nos publications. Et c'est à eux que je pense, quand je rappelle que les sciences dures, contre lesquelles je ne dirai jamais un mot, même si j'ai d'excellents amis qui me pousseraient bien à le faire, n'est-ce pas ?
29:27 Et des amis et camarades. Les sciences dures, sciences de la nature, sciences exactes, appelez ça comme vous voulez, vous savez que je n'ai pas la superstition structuraliste, du signifiant. Mais je suis un tantifo-structure. Les sciences dures n'ont de sens que pour la connaissance des objets. De l'univers qui nous entoure que l'univers des objets.
29:57 Jamais je dirai un mot contre ces sciences-là. Nous sommes en philosophie, vous voyez les rappels que nous occasionne la lecture de ce texte qui nous rappelle la nécessité de passer par le négatif pour arriver à la vraie positivité, celle qui n'est pas illusoire. Je résume l'essentiel du propos que je suis en train de vous tenir. C'est qu'en philosophie, il ne s'agit plus de connaître les équations qui nous permettent de mesurer la distance qu'a parcouru la lumière d'une étoile qui nous vient d'une galaxie qui est à des millions d'années-lumière.
30:37 Il ne s'agit plus de calculer la probabilité qu'il y a que tout d'un coup un électron ait une position déterminée au moment où on le mesure. Pour parler d'une mécanique plus quantique que newtonienne, n'est-ce pas ? Non, non. Notre discipline, elle commence avec le « connais-toi-toi-même » qui était inscrit à l'entrée de l'oracle de Delphes et que Platon rappelle dans la bouche de Socrate, dans l'apologie de Socrate, n'est-ce pas ?
31:11 C'est toujours pareil. Tant qu'on réduit tout ce qui fait la différence entre quelqu'un et quelque chose, tant qu'on réduit les quelqu'un, les quelqu'unes que nous sommes, que vous êtes, à être des quelque chose, on ne quitte pas le néo-positivisme. et pour montrer que j'en parle tout à fait à l'opposé de ceux qui combattent le positivisme. Moi, je n'ai rien contre le positivisme, qui était une grande avancée contre l'époque, justement, où le religieux et un idéalisme subjectif, n'est-ce pas, dominaient le débat idéologique.
31:50 Non, mais pour montrer que c'est l'inverse, que c'est d'un point de vue matérialiste que je combats l'idéologie néo-positiviste dominante, je rappelle qu'une machine, la caméra que je suis en train de regarder devant vous, le produit d'une technologie, d'une praxis humaine, n'est pas moins matériel, tant s'en faut, n'est-ce pas, qu'une lave volcanique ou que la vibration, d'une onde lumineuse ou sonore, pas moins.
32:29 Tout ça, c'est la matière, matière tantôt purement naturelle, on révise, tantôt une matière dont la forme a été donnée par l'activité humaine. Lorsque Marx dit ce qui distingue l'abeille, pardon, l'architecte, pardon, le plus malhabile de l'abeille la plus experte, parce qu'à l'abeille aussi ça sait très bien faire des maisons, des cellules, c'est que l'architecte a sa maison dans la tête avant de la produire dans la réalité.
33:02 C'est pas ? Il y en a d'abord une représentation. C'est pour rappeler tout ça, ce que c'est qu'un quelqu'un, ce que c'est qu'une visée, ce que c'est qu'un désir, on va appeler ça comme vous voulez, là encore, c'est pas le moment d'être structuraliste et de réduire tout ça à un seul mot, c'est tout un champ, le champ d'activité d'un sujet précisément, c'est-à-dire de quelque chose qui n'est pas entièrement déterminé par son ici et son maintenant, mais qui a une visée. Et là, on est en train de lire un poème qui semble découragé, n'est-ce pas, d'avoir une visée, que toutes les visées ont été décevantes, déceptives.
Le séjour magique qui convertit le négatif en être
33:36 Je fais cette longue interruption pour comprendre le rapport. Donc, je repars de là où je me suis interrompu dans le texte d'Aragon et il faut regarder le négatif en face. Je reviens et termine le contrepoint avec la citation de Hegel. L'esprit est cette puissance en n'étant pas semblable au positif qui se détournent du négatif et là, et c'est pour ça que je me suis énervé, je fais l'égoïs à tous ceux qui se servent de Spinoza contre Marx et contre Hegel.
34:08 Non mais, je suis précis ce soir à ce niveau-là sur des références. Est-ce que je dis un mot contre Spinoza ? Jamais vous ne me direz un mot contre Spinoza. Il m'arrivera de dire ce qui manque encore dans Spinoza. Heureusement. Je vous ai déjà dit que je ne suis ni marxiste ni hégélien ni même clouscardien. Tu vois ? Ce qui m'intéresse c'est le mouvement qui permet de parcourir ceci et d'essayer de faire encore un pas en avant.
34:39 Donc, ce n'est pas parler contre Spinoza de dire que lorsqu'il parle de la nature, il en est encore à une physique galiléenne, galiléo-cartésienne, de l'inertie, je le dis au passage, et qui ne voit pas l'histoire. Il a fait des profondes réflexions sur l'histoire dans son traité théologico-politique entre autres, mais je veux dire et jamais il lui est venu à l'esprit de dire que c'est l'histoire qui nous constitue en tant qu'êtres humains, animaux humains, beaucoup plus que la nature, qui nous constitue, pas seulement qui nous fait exister.
35:15 La nature suffit à cela et sans cela, rien de l'homme n'existerait. Mais il n'y aurait que la nature, il existerait bien un animal, mais qui ne mériterait pas le nom d'homme. Ah, mais oui, c'est un peu plus compliqué que ce positivisme parce qu'on s'assure de Spinoza pour dire, alors là, ça suffit, les passions tristes, il faut être heureux, il faut baiser, comme disait le solaire slave, vous savez. Bon, je le cite, c'est pas moi qui déraille. Allez, je termine ces citations par les passages qui font le plus écho à ce que dit Aragon.
35:49 l'esprit est cette puissance en n'étant pas semblable, je le répète une dernière fois et j'enchaîne cette fois, au positif qui se détourne du négatif, du malheur, comme quand nous disons d'une chose qu'elle n'est rien ou qu'elle est fausse et que débarrasser d'elle, alors nous passons sans plus à quelque chose d'autre. Mais l'esprit est cette puissance seulement en sachant regarder le négatif en face, le même mot. Il faut regarder le néant en face, Aragon, il faut regarder le néant en face.
36:19 Égale, néant, négatif. Et en sachant séjourner près de lui, en sachant séjourner, pas un regard d'un instant et qu'on refoule après, non, séjourner près de lui. Et là, il y a cette phrase magnifique que j'ai failli mettre en exergue de la séance de ce soir, mais ça aurait été un peu long. ce séjour. Ce séjour est le pouvoir magique qui convertit le négatif en être. Enfin, on arrive à l'être. On n'est pas dans Heidegger. L'être, ce n'est pas les origines, c'est le résultat. C'est un affrontement du sujet à la réalité qui veut l'éliminer.
36:50 Voilà pourquoi je me référais ici à ce très vénérable texte de Hegel. Donc, je continue. Je m'excuse. Je prie de bien vouloir m'excuser d'avoir interrompu le poème à son plus beau passage, celui où il y a ce retournement sublime après avoir été apparemment désespérant. N'est-ce pas ? Je reprends cette strophe qui est le grand retournement. Je ne dis pas cela.
37:20 pour démoraliser tout cela, tout ce qu'on a lu depuis le début. Il faut regarder le néant en face pour savoir en triompher. Le triomphe, ce n'est pas le désespoir. Le chant n'est pas moins beau quand il décline. Il faut savoir ailleurs l'entendre qui renaît. Ailleurs, parce que des fois, l'esprit au sens hégélien, c'est-à-dire l'histoire, l'histoire, elle est en Orient, elle est en Grèce, l'esprit est toujours ailleurs de lui-même.
37:50 n'est jamais figé, n'est-ce pas, dans une identité, parce qu'il y en a tellement qui confondent, qui se disent souverainistes parce qu'ils sont identitaires, n'est-ce pas ? Moi, je défends une souveraineté politique, n'est-ce pas, mais pas un souverainisme identitaire. Non, non. il faut savoir ailleurs l'entendre qui renaît ailleurs que chez nous, comme l'écho dans les collines. Nous ne sommes pas seuls au monde.
38:21 C'est bien ce concept de monde qui nous occupe depuis le début de ce cycle. Ce poème, n'est-ce pas, est au centre de notre réflexion sur la modernité. Nous ne sommes pas seuls au monde à chanter et le drame est l'ensemble des chants. Le drame, il faut savoir y tenir sa partie et même qu'une voix se taise. Sachez-le, toujours, le chœur profond, le chœur, c'est l'élément collectif, le chœur. Le chœur, ce n'est pas le chanteur soliste.
38:51 Sachez-le, toujours, le chœur profond reprend la phrase interrompue du moment que jusqu'au bout de lui-même, le chanteur soliste, cette fois, le poète Aragon, par exemple, a fait ce qu'il a pu. Je suis sûr qu'il y en a qui se rappellent quelque chose dans mes interventions, ce passage, du moment que jusqu'au bout de lui-même, le chanteur a fait ce qu'il a pu. Car j'ai l'immense satisfaction de voir qu'il y en a qui commencent, à travers leurs commentaires de mes dernières interventions, qui commencent à dire qu'il y a une cohérence, peut-être qu'il le voit même mieux que moi, dans mes apparemment détours, allés et venus, coq à l'âne, il y en a qui disent, il y en a un, par exemple, qui m'a dit, quand Pagani parle de Nerval on a l'impression que tout d'un coup, il néglige un petit peu l'universel pour nous parler de son dada, je ne le dis pas comme ça, mais au contraire, c'est peut-être là qu'il est le plus exhaustif sur tous les autres aspects de la philosophie.
39:46 Et il y en a qui disent pareil lorsque je parle musique. Non, c'est pour vous dire, je suis content de voir qu'on commence à voir, non pas tel ou tel thème chez moi, mais les relations horizontales, ou si vous préférez, transversales, il faut prendre un mot un peu plus à la mode, qu'on peut faire entre différents thèmes. Et ici, puisque mon thème de ce soir, c'est la positivité du négatif, ce qu'il y a de négatif dans tous les malheurs qui nous arrivent, je le dis avec des mots différents pour rester dans l'essentiel de ce texte admirable.
Le griot dogon et la fin du poème
40:16 Et donc, je sais qu'il y en a qui, je suis surpris par le mémoire d'intervention que j'ai faite il y a 4, 5, 6 ans, lorsque j'avais parlé du griot, vous savez, j'avais fait une vidéo, on pourra laisser le lien, je demanderai à Pierre-Alain de le mettre tant que je le retrouve, le lien de cette vidéo où j'avais répondu à ceux qui me disaient, « Mais quand est-ce que tu nous donnes ta méthode ? » Parce que tout ça est bien joli, n'est-ce pas ?
40:46 Et j'avais rappelé la répugnance de Hegel comme de Marx, d'ailleurs, à proposer une méthodologie distincte du contenu, n'est-ce pas ? Séparée comme un formalisme de son contenu. Et pour ne pas non plus botter en touche et satisfaire quand même la question qu'on me posait, j'avais dit « Si j'ai une méthode, je vais vous la dire, c'est celle du griot africain. » Enfin, « Griot » est une notion africaine, ça s'appelait au nas. Vous voyez, c'est-à-dire, j'avais raconté l'histoire de ce griot, c'est vrai que j'avais pu assister à une cérémonie chez les Dogons du Mali, n'est-ce pas ?
41:23 Pendant cette extraordinaire cérémonie, fête, cérémonie, appelez-la comme vous voulez, qui, exceptionnellement, dans une tradition orale, se produit sur une période extrêmement longue en durée, tous les 60 ans, à peu près, donc presque de deux générations, et au cours de laquelle j'entendais ce griot qui était un peu le maître de cérémonie, au sens strict, si vous voulez, là, au sens propre en tout cas, et qui saluait toutes les arrivées de ceux qui venaient de tel village, de telle vallée, n'est-ce pas, du pays dogon, et en les saluant par les généalogies, parce que le griot est poète, musicien, tout ça, vous le savez, mais aussi historien, on néglige un peu plus, n'est-ce pas, il est la chronique, mais d'une tradition orale, la mémoire ne remonte pas très loin lorsqu'il n'y a pas l'écriture.
42:17 On a fait l'expérience, ça a été mesuré par les anthropologues, n'est-ce pas, on interroge les gens sur quand est censé se passer cette légende, et des autres, ça remonte à la nuit des temps, quand on fait une enquête, c'est une histoire dont le maître-il remonte au plus, n'est-ce pas, même pas un siècle. C'est périssable, la mémoire. Eh bien, le griot faisait comme dans la Bible, n'est-ce pas, appeler les gens par leur nom, et en les inscrivant dans une généalogie, et voici, comme dans la Bible, on dit, voici Salomon, fils de David, Suleiman, Ben Daoud, et bien là, c'était, voici Traoré, fils de Sidibé, fils de Diarra, fils de Touré, et tout d'un coup, il s'interrompait, je vous avais dit, comme un disque rayé.
43:01 Vous voyez, c'était pathétique et sublime, et il disait, et le mille-pattes a trop de pattes, on ne peut pas les compter. Et le mille-pattes a trop de pattes, on ne peut pas les compter. Le griot, arrivant à la limite de son potentiel mémoriel, n'est-ce pas, et donc, en disant, écoutez, je ne veux pas vous tromper, les mecs, moi je vais jusque là, au-delà, c'est trop compliqué, le mille-pattes a trop de pattes, on ne peut pas les compter. Prenez le relais, ça veut dire, n'est-ce pas, comme Aragon s'adresse aux jeunes gens ici, prenez le relais.
43:34 C'était magnifique et sublime, et pathétique en même temps. Vous voyez, donc, comment ne pas y penser lorsque Aragon dit, sachez-le, toujours le cœur profond reprend la phrase interrompue, disque rayé, du moment que, jusqu'au bout de lui-même, le chanteur a fait ce qu'il a pu. qu'importe qui chemin faisant, vous allez m'abandonner comme une hypothèse. Je vous laisse à mon tour, merci à Pierre-Alain, comme le danseur qui se lève une dernière fois.
44:07 Ne lui reprochez pas, dans ses yeux, s'il trahit déjà ce qu'il porte en lui d'ombre. Il a son côté, c'est le côté de misère personnelle, chacun dans sa bulle, comme on dit maintenant. Je ne peux plus vous faire d'autres cadeaux que ceux de cette lumière sombre. Hommes de demain, soufflés sur les charbons. Que la flamme aura naissé braise, ne va souffler sur les charbons. Et c'est la chute, à vous, de dire ce que je vois. Donc, avec la transformation qui sera un progrès et un enrichissement.
Le lien entre néopositivisme et puritanisme
44:38 Voilà. Je tenais à commencer par ce poème pour insister et pour donner un peu plus de contenu de chair et de sang à ce qui semble bien abstrait quand on dit la positivité du négatif. Donc, on voudrait bien ce négatif faire abstraction avec le poids de cette idéologie dominante, n'est-ce pas, qui est en particulier, et là, je le préviens parce que c'est important philosophiquement, j'introduis une nouvelle articulation que je n'ai pas encore dit depuis le début.
45:09 Je mets en relation la critique que je fais du néopositivisme avec la critique que je fais souvent aussi. Apparemment, ça n'a pas de rapport du puritanisme. Oui, le puritanisme écologiste qui n'a rien à voir avec le souci légitime de l'environnement, il y en aurait des choses à modifier dans la gestion de nos environnements. Jamais je dirais le contraire, n'est-ce pas ? Mais je parle d'un certain discours que vous connaissez bien de même qu'il y a un féminisme bourgeois qui n'a rien à voir et qui même s'oppose à l'émancipation des milliards de femmes qui font l'honneur de l'humanité.
45:50 Pour ça, je vous envoie une admirable publication de Delga qui s'appelle « Les femmes de la CGT » et vous verrez qui se mettait en travers de la véritable émancipation féminine. Quand je critique ce féminisme bourgeois ou le discours écologiste qu'on reconnaît toujours par son côté punitif et par le côté que la faute est toujours partagée, ce n'est pas un pouvoir, ce n'est pas le capitalisme, c'est nous tous qui en tant que vautrés dans l'abjecte consommation sommes responsables du réchauffement de la planète.
46:27 Il faut le sortir, ça, quand même, n'est-ce pas ? Vous comprenez pourquoi les pays du tiers-monde commencent à lâcher l'Occident, qu'ils en ont marre de se faire moraliser, n'est-ce pas ? La misère, le malheur de ceux qui traversent la Méditerranée en y laissant la peau bien des fois avec armes et bagages et femmes et enfants, surtout, n'est-ce pas ? Qu'on leur fasse la morale à ceux-là qui se vautrent dans une société de consommation, mais c'est un côté obscenne qu'il faut cesser.
46:59 On me dit, mais quel rapport ? Mais je suis en train de le faire. Les deux nous viennent d'une idéologie anglo-saxonne. Je ne suis pas raciste, vous le savez. Je serai toujours admiratif de choses qui nous sont apportées par la culture anglo-saxonne et pas seulement que le jazz. Je suis sérieux. Il y a un pragmatisme qui est excellent. Mais il y a ce défaut que ce sont des cultures qui viennent d'un monde puritain, de plus de lignée protestante. Voilà le rapport. Oui, mais quel rapport avec le néo-positivisme ? Je vous le dis maintenant.
47:30 Le fait de limiter la rationalité à la connaissance de mondes dits objectifs, comme si un marteau était moins objectif, n'est-ce pas, qu'une étoile ? Ou qu'un animal qu'une entité physique, chimique ou biologique. Car le marteau, lui, est en plus une entité historique et praxique. Le fait de limiter la rationalité au monde des objets en laissant de côté le sujet, en ignorant l'impératif delphique apollinien du connais-toi toi-même procède d'un puritanisme.
48:10 Parce que si on commence à regarder dans le moi, on va trouver des choses, on va trouver des choses épouvantables, je pense ironiquement à ceux qui font le procès de la psychanalyse de Deleuze à Onfray. Quelle importance, je veux dire. Sauf que je veux plus à Deleuze parce qu'il est quand même autrement plus pertinent comme philosophe que Onfray, soyons clairs. C'est lui-même. Mais dans les deux cas, il faut régler ses comptes. Celui qui a osé parler de sexualité infantile au moment de l'enfant roi et de l'idéalisation, dès que le projecteur ne se passe pas, cesse d'éclairer mon jardin, mais qui se retourne contre moi, le propriétaire du jardin, il y a des choses que j'aimerais bien qu'on ne voit pas.
48:53 Vous voyez le lien entre néopositivisme et puritanisme. Je ne parle pas du positivisme entre l'acharnement positiviste, c'est-à-dire le néopositivisme. Je pense à Popper en particulier, n'est-ce pas ? Karl Popper, dont se servent les anti-marxistes comme étant l'essence de la scientificité. Non, absolument pas. Et je me suis servi de plusieurs passages de Nerval ou bien de la comparaison du concept de nature à celui de paysage dans des cycles auxquels je vous renvoie.
49:28 Sur notre chaîne YouTube, toutes ces vidéos sont répertoriées. Je vous y renvoie. Nature ou paysage ? C'était une série et Angélique de Nerval, c'était une autre série auxquelles je vous renvoie, dans lesquelles je m'efforçais de montrer qu'on peut introduire la rigueur scientifique dans ce qu'on appelle science humaine, science sociale. Vous savez, je n'aime pas rentrer dans ce débat des signifiants. N'est-ce pas ? Et bref, lorsqu'il s'agit de passer des sciences qui ont comme champ d'application à les objets à la science des sujets.
La Terre et le monde : l'exemple de la rue Mouffetard
50:06 C'est-à-dire, et on y revient, au monde. Car la Terre est une notion qui n'est pas philosophique, qui appartient, qui est un objet pour des sciences comme la géologie, la glaciologie, la cosmologie, d'une certaine manière aussi, pour sa genèse, à la Terre Ce n'est pas ma partie, là. Moi, je n'aime pas parler de domaines où il y a des compétences autrement plus univoques et beaucoup plus fondées que les miennes.
50:38 Mais le monde, c'est autre chose que la Terre. Le monde romain, le monde de Néandertal, pour prendre des ailleurs, des ailleurs dans le temps et dans l'espace, n'est-ce pas ? Le monde de la Chine impériale, le monde de l'islam sahélien, ou de l'animisme congolais, de la forêt congolaise qui englobe plusieurs pays d'aujourd'hui.
51:10 Tout ceci, des relations d'amour entre hommes, il y a une unité dans le monde qu'il n'y a pas dans les sciences de la nature, qu'il n'y a pas dans le cosmos. Ce n'est pas, comme dit admirablement Pascal, qui a vécu le traumatisme de la révolution scientifique, traumatisme pour un narcissisme qui mettait l'homme au centre, n'est-ce pas ? Et qui les est ? En parlant du cosmos, je ne parle pas des sciences humaines, c'est une sphère dont le centre est partout où vous voulez, sous-entendu, et la circonférence nulle part.
51:40 Il n'y a pas de limite, c'est pire que le chaos. Un monde, au contraire, c'est quelque chose qui est unitotal, comme on dit, qui a à la fois une unité, mais pas une unité vide, ce n'est pas l'unité du vide, ce n'est pas le nirvana. Je dis nirvana parce que quand on demande au Bouddha, qui est un homme sérieux, lorsqu'on lui demandait ses disciples, les bhikkhus, comme on dit, lorsqu'on lui demandait ce nirvana, c'est quoi ? Il répond toujours d'une manière négative, on n'y est ni couché, ni debout, il n'y a ni gauche, ni droite, il n'y a ni haut, ni bas.
52:16 Non, je ne parle pas de cette unité vide. Dans l'immense misère de l'Inde traditionnelle, quand on peut tirer son épingle du jeu, de la méditation, et dans une espèce de sérénité méditée, c'est déjà pas mal. Mais les millénaires d'effort de l'animal humain méritent quand même des gratifications plus positives. Donc, je reprends mon fil lorsque je crée un lien que je vous précise aujourd'hui entre ma critique du positivisme acharné, ce n'est pas le positivisme en général, c'est-à-dire le néo-positivisme, celui d'une rationalité qui se limiterait à ce qu'on appelle maintenant les sciences dures, et encore une fois, sans dire un seul mot contre les énoncés de ces sciences dures, en tout cas, je ne dis pas qu'il n'y a pas de débat, mais ce ne sont pas les miens.
53:18 Je serai incapable de trancher dans ces débats-là. Et savoir si le Big Bang est un début ou bien si le cru se vend le Big Bang, je laisse ça à l'astrophysique. Mais lorsqu'il s'agit de, je reviens au monde unitotal, au lieu que ce soit et j'y reviens l'unité vide, c'est une unité dans la pluralité, dans une diversité. Je prends l'exemple de la rue Mouffetard parce que j'étais hier, j'avais un rendez-vous au Jardin des Plantes.
53:49 C'est un monde à soi seul, la rue Mouffetard. Je dis ça parce que maintenant, j'ai vu qu'il y a une association des riverains de la rue des Canettes à Paris-Borger. J'ai découvert ça dans le sixième petite rue étroite qui a échappé, n'est-ce pas, qui a échappé aux élargissements haussmanniens sous Napoléon III. Paris change, mais rien dans ma mélancolie n'a bougé, comme dirait Baudelaire. Et là, que dire de la rue Mouffetard, qui est une des rares survivances, une rue quasi-médiévale, n'est-ce pas, dans l'îlot Mouffetard.
54:19 Je rappelle au passage que le nom même de la rue vient du fait que la bièvre coule en dessous de cette rue sur une partie de son parcours et qu'elle était à découvert avant la bièvre. Je suis à Cachan sur le cours de la bièvre, donc j'en parle, ça vient de beaver Castor. Il y a encore dans les sondes des Castor, mais non, passons. Mais oui, mais oui, vous trouverez dans la munice une étymologie du mot bièvre qui vous étonnera vous-même par son érudition. Oui, la bièvre était à découvert avant.
54:52 Il y a des photos qui existent encore maintenant de la rue Mouffetard avant Haussmann où on voit des gens avec un tablier dégoûtant parce que c'était la rue des tanneurs. Vous savez, tanneurs, il y a peu d'odeurs aussi nauséabondes que là où les peaux ont encore le sang qui sèche, n'est-ce pas ? Les peaux dont on va faire le beau cuir et qu'il faut nettoyer dans l'eau de la bièvre. Parlez d'un bon temps, soit dit en passant.
55:22 Et donc, ça puait. C'est la rue qui moufte en argot. C'est bien de là, voilà, je vais faire ma parenthèse. J'ai été hier, mais c'est pour vous parler de l'odeur de la rue. C'est pour vous parler au contraire de ce qu'elle est devenue. des loyers inatteignables. Moi, je l'ai connu encore. Je suis assez vieux pour l'avoir connu à l'époque où il y avait, bien sûr, des appartements bien chers au premier ou deuxième étage. Je me rappelle avoir passé des soirées chez Jean Vilar à la rue de l'Estrapade. Il y a bien longtemps, magnifique appartement.
55:52 Mais, il y avait de la misère au quatrième, au cinquième, au sixième étage. il y avait des vieilles dames qui descendaient mendier chez le boucher du mou pour leur chat qu'on leur mettait dans les papiers journaux. Mais non, la moindre soupente est inatteignable en prix de loyer, n'est-ce pas, à la rue Mouffetard. Autrement dit, ça a cessé d'être un monde parce que précisément, il n'y a pas de totalité. Il n'y a plus qu'un ghetto de riches.
Clouscard : la lutte des classes immanente au désir
56:25 Oui, on comprend mieux ce que c'est qu'un monde. et vous voyez la sagesse populaire qui se contente de dire il faut de tout pour faire un monde. Un monde, ce n'est pas une partie. Donc, quand je dis unité totale, vous comprenez mieux ce que je veux dire. Voilà. Et alors, j'enchaîne maintenant. J'ai essayé, je voudrais que vous reteniez au moins pour aujourd'hui cette nouvelle, ce nouveau pas que j'essaie de faire en avant avec vous et grâce à vous, grâce à l'effort que je fais pour le communiquer, à savoir qu'il y a un lien, il y a un lien entre le néopositivisme et le puritanisme et que ça vient des mêmes cultures.
57:13 Quand je dis anglo-saxon, encore une fois, c'est pour souligner ce qui est obstacle dans cette culture-là, ce qui n'efface pas ce qu'elle a d'irremplaçable. Comme la France de l'Ancien Régime a des choses épouvantables et des choses extraordinaires que les touristes du monde entier viennent encore saluer. n'est-ce pas ? Eh bien oui, saluer, ou que des gens moins nombreux, peut-être que le tout venant des touristes, retrouve dans peut-être les sommets de notre poésie avec Rimbaud, c'est-à-dire Racine, n'est-ce pas ?
57:45 pour parler d'un poète du grand siècle. Donc, cette articulation, on n'est plus dans le débat cognitif, il ne s'agit plus de savoir qui a raison entre le vrai et le faux, entre le positivisme et la dialectique des marxistes. Non, on voit bien que pour trancher ce débat-là, il faut sortir du cognitivisme, il n'y a pas seulement un enjeu de connaissance, est-ce que la matière a précédé l'esprit ou l'esprit de la matière ? Laissons-là la métaphysique, ça a pris un coup de vieux, après Kant, tout ça.
58:16 Lénine l'a très bien vu. Il ne faut pas essayer d'être plus léniniste que Lénine. Vous comprenez pourquoi je tenais à ce qu'il y a sa photo, derrière, dans le dos d'Aragon, sur l'admirable montage que je dois à Pierre-Alain, que nous devons à Pierre-Alain ce soir. Donc, voilà, dans le protestantisme, il y a toujours, n'est-ce pas, une hantise de la libido, qui nous empêche d'aller au bout du « connais-toi toi-même ».
58:50 Et comme Clouscard est celui qui a sorti la libido de son confinement psychanalytique pour l'élargir à la lutte des classes, et je renvoie pas seulement ici à l'admirable traité de l'amour fou, c'est pendant toute son œuvre, il montre à quel point il y a la lutte des classes qui est immanente au désir humain en général, et à celui de l'éros en particulier.
59:20 Ne serait-ce que son extraordinaire analyse du romanesque, comme il fait dans L'Être et le code, par exemple, n'est-ce pas, lorsqu'il fait la dichotomie du père avare, Harpagon, et du fils prodigue, ça peut être Clitandre, ça peut être Léandre, peu importe, il n'y a pas un qui est ridicule et un qui est, il peut être odieux, mais pas ridicule, Harpagon, c'est qu'il y a une logique entre un qui a passé sa vie à épargner, épargner, épargner, là on est dans la praxis, n'est-ce pas, pour constituer un capital et son fils qui le claque pour le premier jupon qui passe, ça fait forcément des tensions entre père et fils, il y a une lutte de classe immanente aux rapports humains, aux rapports les plus intimes.
Prométhée : l'homme défini par un moins
1:00:08 Et voilà, je voudrais que ce soit un acquis entre nous avec notre lecture d'aujourd'hui de ce poème d'Aragon. Ça illustrerait, d'une part, ce que dit Aragon, il faut regarder le néant en face, et ce que dit Hegel, c'est pas que ce, de pouvoir regarder le négatif en face et séjourner en lui et le séjour magique, je rappelle ce que dit Hegel, qui convertit le négatif en être. Et donc, je rappelle que c'est bien l'être comme résultat, on est à l'opposé de Heidegger, non pas, et non pas le Grund des origines, n'est-ce pas.
1:00:45 Voilà. J'en profite, puisque je parle du négatif, pour faire des rappels, mais des rappels, pas des répétitions oiseuses, c'est pour créer des relations, n'est-ce pas, entre des vidéos déjà publiées et ce que j'essaie de faire apparaître maintenant, ce soir, c'est la série des moins sur lesquels il m'est arrivé d'insister.
1:01:15 Moins, négatif, c'est le signe négatif, moins. Dans le désordre, le mythe de Prométhée, je commence par une tradition bien connue, n'est-ce pas, le mythe de Prométhée, qu'est-ce qui fait la supériorité ? Je ne dis pas ça, je demande à l'heure que je prends à mon compte, je dis dans la mythologie grecque, n'est-ce pas, qu'est-ce qui fait la supériorité de l'animal humain sur les autres animaux de la nature ? Ce n'est pas un cerveau plus développé, ou plutôt un cerveau développé, le résultat, je ne sais pas, de tâtonnements praxiques, mais enfin, dans le mythe, laissons-là pour l'anthropologie, dans le mythe, ce qui fait sa supériorité, c'est un moins, ce n'est pas un plus.
1:02:00 Vous vous rappelez le mythe ? Zeus avait confié à Épiméthée, frère de Prométhée, Épiméthée, je ne suis pas un héléniste de premier ordre, comme mon ami éditeur Aymeric Monville, mais je crois que Épiméthée veut dire en gros celui qui a l'esprit pas tout à fait, un peu imparfait, qui n'est pas fufute, si vous préférez, en langage plus familier. Il avait confié la mission de distribuer des avantages et des inconvénients à toutes les espèces animales, en sorte que ce ne soit pas qu'il n'y en ait pas une qui l'emporte sur toutes les autres et qu'il n'y ait pas la disparition des espèces, comme on dit maintenant, n'est-ce pas ?
1:02:39 Le zoo aussi, généralisé. Et donc, il s'agissait de donner, je ne sais pas moi, la rapidité de l'envol à l'oiseau et la force à l'éléphant, n'est-ce pas ? L'éléphant ne peut pas s'envoler, mais l'oiseau, quand on le tient dans sa main, il est plus fragile que l'éléphant. Voilà, donc de distribuer un petit peu, en sorte que chacun ait sa chance. Et comme il avait l'esprit imparfait, j'y reviens, arrivé à l'homme, il se dit, oh là là, je n'ai plus rien pour lui, il n'avait plus rien pour l'homme, il avait tout distribué, il n'avait plus d'écailles, de plumes, de poils, de, il y en a si peu chez l'homme par rapport à l'ours, ou au chimpanzé, de ceci, de cela, il n'avait plus rien.
1:03:21 Alors, il est allé trouver son frère Prométhée. Et là, vous connaissez la suite. C'est un coup de talon, ça c'est moi qui l'ajoute, Prométhée, a bondi jusqu'à l'Olympe pour ravir au feu le Dieu. Pour ravir au Dieu, pardon, le feu, vous m'avez déjà corrigé, le feu, mais oui, le feu dans toutes ses acceptions, c'est-à-dire au sens propre comme au sens figuré. Bien sûr, au sens figuré, celui qui nous fait parler du siècle des Lumières, le feu qui éclaire, qui allume de l'intelligence, de la science, mais bien sûr, qui fait que, comme dit admirablement Aristote, la mathématique unit les hommes, la politique les divise.
1:04:02 Le feu, mais aussi au sens propre, le feu qui permet de fondre les métaux, le feu réel, le feu physique, de fondre les métaux et d'engendrer la praxis. Et bien sûr, bien sûr, ce ravissement au sens de chaud-raver, n'est-ce pas ? Vous retrouvez rave, tout ça, le radical, c'est avé, comme dans avion. Avis, c'est les ailes, ferme avicole, quand on élève des poulets ou des pintades, n'est-ce pas ?
1:04:33 C'est le même radical. On dit que Ganymède a été ravi par Zeus. Ganymède était si beau, paraît-il. C'est vrai que dans la culture grecque, les hommes sont sensibles à la beauté des hommes. Zeus a ravi Ganymède de son activité de berger là sur terre pour qu'il serve dans l'Olympe d'échanson aux dieux, celui qui servait à la table des dieux à verser l'hydromel, le nectar, etc. Voilà, ravir, c'est ça, c'est aller vers le haut, n'est-ce pas ? Et l'éveil jaune et bleu des phosphores chanteurs et l'aube exaltée ainsi qu'un peuple de colombe, tout ça, c'est des ravissements.
1:05:08 C'est deux vers extraits du bateau ivre, bien sûr. Donc, à cause de ce ravissement d'avoir ravi le feu aux dieux, les dieux se vengent. Vous savez que Prométhée a été enchaîné un rocher dans le Caucase, tout ceci n'est pas tout à fait inactuel, et avec un vautour enchaîné au rocher et avec un vautour qui lui dévorait le foie qui renaissait aussitôt que le foie était terminé pour que son agonie furent perpétuelles. Alors là, je vous renvoie, mais je vous objurgue de le lire, ce n'est pas très long.
1:05:43 L'admirable pièce d'Eschyle, tout ça existe certainement, oui, Wikisource, c'est pas libre de droit depuis longtemps, heureusement, le Prométhée enchaîné d'Eschyle, dans lequel vous apprenez qu'il y a une prédiction qui dit qu'un jour Prométhée se libérera de cette chaîne et de ce châtiment et où l'homme prendra sa revanche sur les dieux. Je suis en train de célébrer l'humanisme si décrié par les temps qui courent. N'est-ce pas ? Vous savez, on en révise des choses ce soir.
1:06:15 Vous savez, mon triangle maudit, le triangle maudit de la pensée post-moderne et de l'idéologie dominante, c'est-à-dire le triangle qui apporte trois sommets, l'homme, l'universel, le progrès, les trois notions les plus critiquées dans l'idéologie dominante. Eh oui, dominante, vous me direz « mais moi, je ne suis pas dominant, moi, je suis une pauvre victime du salariat et je trouve que le progrès est une connerie, une illusion ». Oui, une idéologie dominante, ça ne veut pas dire celle qui est dans la tête seulement des dominants.
1:06:45 Si elle est dominante, c'est qu'elle est dominée. N'est-ce pas ? Quand on attaque le progrès, c'est pour que les fruits du progrès soient réservés à ceux qui le dénigrent. n'est-ce pas ? Et qu'il n'est pas certain à le discréditer pour les foules des fois que la masse critique serait obtenue. Voilà. Le séjour magique qui convertit le négatif en être, il fallait passer par ce long malheur que déroule Aragon dans ce poème, ce long malheur dont on a besoin.
1:07:19 Aujourd'hui, il y a trop de certitudes à droite comme à gauche, à l'extrême droite comme ce qui se prétend à l'extrême gauche et dans le pire, c'est-à-dire l'extrême droite qui se pense à gauche. C'est ça qui nous dirige. C'est à nous, collectif, c'est pas que la France, malheureusement. Oubliez-vous un peu Macron de temps en temps, n'est-ce pas ? C'est un moment que ça dure, n'est-ce pas ? cette idéologie dominante, les Sarkozy, les Hollande, n'étaient pas bien meilleures que Macron. Il est évident que Macron va encore plus loin dans le même sens.
1:07:49 Donc, c'est encore plus terrible. Mais, je veux dire, oubliez, le combat, le combat se dirige contre cette idéologie dominante. Quand je dis nous, donc, j'y reviens, dans ce monde qui est de plus en plus remis en question par ce qu'on appelait autrefois le tiers-monde. comme c'est curieux. N'est-ce pas ? Eh bien, oui. Vous avez vu à quel point les journalistes américains se sont fait gifler, mais moralement, regarder tous ceux qui sont allés voir le président de l'Afrique du Sud pour lui dire « Vous n'allez pas recevoir Poutine, il est condamné ! »
1:08:23 Je m'interrompe. Parce qu'il faut être. On n'est jamais assez clair. J'ai dit mille et mille fois que si, attention, il y a beaucoup de si, si je vivais en Russie, si j'étais citoyen russe, et si, la Russie n'était pas entourée de fusées nucléaires. N'est-ce pas, qui l'étranglent de la Pologne à Turquie en passant par l'Est et la Chine par la Corée du Sud, le Japon, les bases nucléaires américaines qui sont partout chez elles. Si, il n'y avait pas tout ça, il n'est pas du tout évident qu'en tant que citoyen russe, je voterais Poutine.
1:08:58 Est-ce que c'est clair ? C'est entendu, il est évident que je voterais mieux que Poutine. mais je défendrais toujours la Russie de Poutine contre l'OTAN. C'est important ce que je suis en train de dire contre l'OTAN qui pousse, qui pousse à la guerre. C'est ça l'essentiel de mon propos. J'ai commencé toutes mes vidéos par entre crise et guerre, philosophie et interrogation, sauf qu'on n'a jamais été si proche depuis le début de la crise de la guerre.
1:09:35 Donc, on ne me dit pas que je suis incohérent, que je ne saute pas du coq à l'âne et que je fais des digressions. Elles servent tout le temps à revenir à ce point essentiel. N'est-ce pas ? Donc, je tiens à vous rappeler, c'est, j'y reviens, c'est moins. C'est le fait que l'homme n'est pas spécialisé comme le blaireau avec ses griffes dès sa naissance pour creuser des terriers. Il n'est pas doué, doté de ce qui est un déjà-là.
1:10:08 Il n'y a pas besoin. Donc, il n'est pas blanc comme l'ours dès sa naissance pour se cacher dans les glaces, n'est-ce pas ? D'éventuels prédateurs. Il n'est pas et ainsi de suite, je pourrais multiplier tout ce qui caractérise des espèces. L'homme, c'est un genre, c'est là que j'y viens. C'est-à-dire qu'il s'efforce de ne jamais être spécifique. Il s'efforce de vivre dans les glaces du pôle. Je ne sais quelle base dans l'Antarctique ou dans le Groenland.
1:10:40 Il s'efforce de vivre dans le désert et il entretient l'Oasis, n'est-ce pas ? Ou simplement, n'est-ce pas, traverser du désert dans une magnifique voiture climatisée ou dans la forêt vierge. Je veux dire, il n'y a pas de biotope qui détermine l'homme. C'est lui qui adapte le milieu à son infinité. c'est-à-dire je prends infini non pas pour faire des tremblements métaphysiques mais au sens précis à son un.
Les trois âges du positivisme d'Auguste Comte
1:11:15 Je vais remplacer fini par déterminé. Vous êtes d'accord ? Par l'indétermination de son désir. Il n'y a pas de raison de me fixer une limite au désir humain. J'espère que beaucoup de dirigeants sont en écho sont en train de m'entendre. Voilà. Je voudrais tout de même regarder un petit peu du côté de vos interventions. Je vais demander à Pierre-Alain. Je vois marqué la maison. Oh, j'ai besoin d'explications. Ah oui, pardon.
1:11:45 Monsieur, ma compagne me demande ce qu'est le néopositivisme. Aurez-vous l'occasion de revenir en particulier un jour ? Merci pour tout. C'était M. Salem qui m'avait tourné vers vous. Si c'est quelqu'un qui a connu Salem, je vous remercie d'évoquer le nom de cet ami qui est une perte. Ce Salem qui avait réussi à établir une tête de pont dans la Sorbonne. Ce séminaire Marx qui continue à exister mais qui l'animait avec un rayonnement. Jean Salem. Nous nous sentions bien seuls. Aymeric et moi.
1:12:15 Aymeric, Monville et moi sont entièrement. Oui, écoutez, je vais le faire tout de suite. Il y a eu le positivisme avant le néopositivisme. Il y a toujours quelque chose chez moi, si je peux me permettre, de péjoratif contre les mouvements qui commencent par néo. Néoclassicisme, néo-baroque, néo... j'ai rien contre le répertoire baroque, au contraire, je suis un admirateur éperdu, n'est-ce pas, de la musique qui va de Monteverdi à Bach.
1:12:50 Mais par contre, le discours du néo-baroqueux, n'est-ce pas, qui veut nous faire croire que le piano est le commencement de la fin ou d'autres qui disent carrément qu'après le grégorien, dès qu'il y a plus d'une voix, n'est-ce pas, c'est le commencement de la fin de la musique, c'est du néo-baroqueux. Il y a eu un positif. C'est quoi le positivisme ? C'est la pensée extrêmement respectable d'Auguste Comte, le père du positivisme au XIXe siècle, dans les années 1840-1850, Auguste Comte, pour en dire l'essentiel, disait que l'humanité, au XIXe siècle, témoin d'un siècle qui voit un développement prodigieux des sciences positives, justement, ce qu'on appelle aujourd'hui les sciences dures, qu'on appelait à l'époque les sciences exactes, vous voyez, peu importe pour l'instant, et qui trouvent l'essentiel de leur champ d'application dans la nature.
1:13:46 Donc, je ne peux pas faire dire les sciences de la nature s'il n'y avait pas les mathématiques, n'est-ce pas, qui n'ont rien de naturel. Donc, Auguste Comte diviser l'histoire de l'humanité, voilà pour l'essentiel de sa pensée et donc du positivisme, en trois étapes, qu'il appelle trois âges. Il y a l'âge religieux, l'humanité commence toujours par le religieux, je restitue son discours, je ne suis pas en train de prendre parti pour ou contre pour l'instant. Il y a l'âge religieux, puis l'âge métaphysique, et il y a enfin, en troisième, l'âge positif.
1:14:21 Alors, regardons ça d'un peu plus près. l'âge religieux où l'essentiel de l'explication du monde qui nous entoure est imputable à des êtres personnifiés, peu importe que ce soit Brahma, Allah, Vishnu, Jéhovah, etc. Peu importe pour l'instant, ou des génies du monde animiste ou des dieux de la transcendance, mais à des êtres animés qui ont un nom propre. L'importance du nom, n'est-ce pas ?
1:14:52 Comme Moïse dit, comment il faudra que je dise, comme je t'ai rencontré, la première vision de l'éternel au Sinaï, comment je dois t'appeler ? Et c'est là qu'il lui répond l'imprononçable. C'est pour ça que je ne peux pas vous le dire. Enfin, on le traduit par Yavé en rajoutant des voyelles qui n'existent pas dans le texte sacré. Il n'y a que des consonnes dans les langues sémitiques. Vous savez, dans les Écritures anciennes sémitiques, il n'y a que des consonnes YHWH, etc. Mais un radical qui paraît-il, c'est plus compliqué, ça voudra dire « je suis ».
1:15:22 Je ne vais pas m'égarer, je reste au positivisme. Vous voyez, l'âge religieux, c'est celui qui commence par des entités personnifiées et qui ont donc, comme toute personne digne de ce nom, des noms propres. Pas seulement des noms communs comme poire, banane, caméra, écran. Et puis, après, il y a l'âge métaphysique. Là où il est profond, j'en dis du bien, du positivisme, Auguste Comte, c'est qu'un peu comme Hegel, sans le savoir, il voit dans la suppression des êtres personnifiés et transcendants des dieux, lorsqu'on passe à l'âge métaphysique, celui qui explique le monde par des principes comme l'être, le néant, le multiple, le devenir, Héraclite, le devenir, le parménide, l'être, Démocrite l'atome, le pythagore, le nombre, tout est nombre.
1:16:18 Je commence comme ça, la métaphysique. Il dit, c'est un progrès, mais en même temps, il reste quelque chose du stade d'avant, c'est quoi ? C'est que ce principe est absolu. Ça, ça vient de l'âge religieux, comme un dieu, le principe est absolu et on peut tout réduire à lui et tout expliquer à partir de lui. Et donc, il faut passer à un troisième stade où enfin, on laisse tomber, c'est Auguste Comte qui parle, on laisse tomber la recherche, sous-entendu inutile, oiseuse et qu'on n'arrêtera jamais, des causes premières, métaphysiques, et des causes finales pour s'occuper de ce qui est entre les deux, de ce qui est là dans le champ de notre expérience possible, ajouterait Kant, ce que ne fait pas Auguste Comte, qui n'a pas la subtilité de Kant à ce niveau-là, tout le champ d'une expérience possible, tout ce qui est dans le temps et l'espace, en gros, pour parler en termes kantien, qu'on abandonne la recherche des causes premières et des causes finales et qu'on s'occupe de ce qui est autour de nous qui est en gros la pensée la plus répandue dans le monde scientifique, par exemple, vous voyez.
Le néopositivisme comme régression et la résistance du sujet
1:17:22 Donc, ce n'est pas rien. Je n'ai rien à dire contre cette pensée-là. Là, je vous ai parlé du positivisme. Par contre, le néopositivisme ce serait celui qui maintient ce point de vue, c'est-à-dire en faisant abstraction, c'est-à-dire en niant, en supprimant, en liquidant, en régressant vers quoi ? En supprimant les pensées, c'est-à-dire en quoi c'est une régression, qui ont été un progrès par rapport à Auguste Comte. Je dis dans le désordre, le marxisme et la psychanalyse. C'est-à-dire là, deux discours où l'on s'attarde beaucoup plus sur ce qui se passe à l'intérieur des sujets, la notion d'idéologie chez Marx.
1:18:02 L'idéologie, c'est l'illusion qui fait croire que je suis dans le scientifique, dans le théorique, alors je suis dans l'idéologique. Et dans Freud, l'illusion de la conscience qui croit que le je, c'est tout ce dont je suis conscient, n'est-ce pas ? Alors que Freud va montrer que ce moi, cette conscience qui se croit au centre du moi est en fait du sujet véritable, la partie émergée est aussi dérisoire que celle de ce qu'on voit de l'iceberg par en haut alors que les 4-5ème sont sous l'eau, n'est-ce pas ?
1:18:36 Voilà. Donc, ça c'est des progrès immenses dans le sens du connais-toi toi-même, vous voyez que ça se tient ce soir. Que n'explorent pas les sciences des objets extérieurs. Et donc là, je réponds à votre question, c'est ce que je reproche au néopositivisme qui, et je résume ce que je dis ce soir, sans même s'en abonner, inconsciemment, c'est le cas de le dire, influencé par le puritanisme dont il est géographiquement, historiquement originaire, ce néopositivisme qui nous vient surtout des pays anglo-saxons depuis qu'il n'y a plus d'alternative, depuis la chute des murs de Berlin.
1:19:15 Non, non, je ne complique pas, au contraire, ça éclaire de voir ça avec du recul. Ce discours qui s'étend partout, qui fait que je maintiens, ce n'est plus l'idéalisme qui est le danger principal dans l'idéologie dominante, c'est le néopositivisme puritain. vous me dites ça parce que je suis une femme, vous dites ça parce que je suis noir, vous dites ça, vous voyez, vous dites ça parce que je suis corse.
1:19:48 Le politiquement correct, le puritanisme punitif, n'est-ce pas, et son terrorisme immanent. Voilà ce que j'appelle, je fais un petit peu le tour avec différents attributs, le néopositivisme. Donc encore une fois, ce n'est pas le retour du positif d'Auguste Comte. Auguste Comte ne liquidait pas les avancées de son temps, au contraire, il en fait un bilan. Alors que le néopositivisme ne tient pas compte des progrès qu'il y a eu aussi, pas seulement dans l'étude de l'histoire de la Terre à partir des carottes de glace prélevées dans l'Antarctique ou dans le Groenland, mais les avancées qui ont eu lieu dans le sujet, dans la connaissance du sujet, de ses motivations.
1:20:39 Et là, c'est beaucoup plus lent, c'est beaucoup plus difficile. Et c'est mon dernier développement par rapport à cette question qui est capitale. Plus la science, le savoir objectif, rationnel, universel, partageable, plus la science se rapproche du sujet, plus elle rencontre des obstacles et de la résistance. Si vous pouviez comprendre cette loi, car c'est une véritable loi, pourquoi croyez-vous que l'édifice des sciences est commencé par la mathématique ?
1:21:16 Parce que si je vous dis que les racines du trinôme du second degré, dans l'analyse, pour prendre une partie capitale des mathématiques, si ces racines sont déterminables à partir du discriminant moins B, racine de B2 moins 4ac sur 2a, si je me rappelle bien, d'autant que je ne l'ai pas révisé, si je vous dis ça, vous me direz, pourquoi pas ? Sans doute. Vous ne vous sentez pas concerné. Donc, il n'y a pas de difficulté à se mettre d'accord dans un discours où je ne me sens pas impliqué, où on ne me dit pas tu es le dernier des imbéciles.
1:21:53 Là, je ne laisse pas dire n'importe quoi, n'est-ce pas ? Non, ça me semble étranger. Donc, c'est la mathématique qui est la première apparue il y a 2500 ans, la mathématique scientifique. Puis, ça a été la physique à partir de Galilée, à partir de la transition, du 16e siècle, au 17e siècle, ce qu'on appelle la révolution scientifique, précisément en histoire, n'est-ce pas ? Et pas seulement en histoire des sciences. La révolution scientifique, qui commence par les grands noms de Galilée, qui culmine Newton, et qui, philosophiquement, est liée autour du nom de Descartes au départ.
1:22:31 Philosophie du sujet, tiens, tiens, comme par hasard, vous voyez ? Je montre qu'il y a un progrès des sciences, là, oui, mais il a fallu, quand même, là, du temps, entre l'apparition des mathématiques et l'apparition de la physique. C'est qu'avec la physique, là, les équations mathématiques, les abstractions, pourquoi pas, moi, il peut faire ce qu'il veut avec son papier et son crayon, mais le mathématicien, ça ne me concerne pas, c'est des abstractions. En fait, dès l'instant qu'elle trouve une application, les mathématiques ont une pertinence pour comprendre le monde dans lequel je vis.
1:23:07 C'est des géants qui ont plus de résistance et vous comprenez, pourquoi Galilée a eu plus de problèmes que Euclide ou que Pythagore. Pythagore a eu des problèmes, mais pas comme mathématicien. N'est-ce pas ? Ou qu'Archimède. Sans doute la culmination des mathématiques de l'Antiquité, Archimède. C'est important, ce qu'on est en train de réviser.
1:23:37 Donc, il y a une résistance, déjà un peu plus à la physique que le procès de Galilée, à l'Église, à l'époque, parce que là, il s'agit du monde dans lequel on vit. Et puis, plus cette science se rapproche, parce que là, c'est la physique, bon, je veux dire, après tout, les planètes, les machins et tout, c'est encore un peu loin de moi, après tout. Je ne sais pas si c'est Galilée ou le pape qui a raison à l'époque, je veux dire, mais au moment qu'on n'est pas en train de critiquer, moi, ma famille, mes valeurs, etc.
1:24:08 et puis, après, qu'est-ce qui reste comme progrès après le continent mathématique ? Je donne le point à Althusser ici qui mérite de prendre cette métaphore des continents parce qu'il y a plein de, la mathématique a plein de sous-disciplines, la topologie, l'algèbre, l'analyse, la géométrie, la physique, la chimie, la résistance des matériaux, peu importe. Tout ça, c'est physique.
1:24:38 Et la biologie, tout d'un coup, le vivant, ah mince, alors là, ça se rapproche de moi, de vous, de moi. Ça nous est très vivant. Il y a longtemps, on a dit, oui, mais la science, il ne pourra se développer, jamais elle expliquera le mystère de la vie, quand même. Lorsque Claude Bernard, fondateur de la biologie moderne, a commencé par dire le vivant, c'est le mort. Des dons, il faut oser, il faut oser. Comment voulez-vous qu'il n'y ait pas de résistance à ces trucs-là ? Et puis, c'est fini là, les sciences de la nature, mathématiques, physique, chimie, biologie, les sciences dures, mathématiques, j'ai ajouté.
1:25:17 Au-delà, au-delà, commencent les sciences dites humaines ou les sciences sociales, psychologie, sociologie, qui apparaissent fin 19e siècle. C'est cohérent tout ça, quand même, n'est-ce pas ? Enfin, apparaissent des discours qui se prétendent scientifiques, et après, il y a tout le débat de savoir si ce sont des sciences, bien sûr, il faut toujours mettre des guillemets quand il s'agit. Et s'il faut les appeler sciences sociales ou sciences humaines, je vous ai dit qu'on peut renvoyer tout ça dos à dos pour l'instant. C'est l'essentiel de ce qui nous interroge n'étant pas là.
1:25:49 L'essentiel, c'est que là, comment voulez-vous qu'on se mette d'accord sur l'homme, sur moi, cette fois ? Vous comprenez ce qui devrait venir clore, cette progression mathématique, physique, chimie, biologie, sciences humaines ? À la fin, il devrait y avoir une science politique. Et on nous revient à mon histoire de monde, mais un monde qui serait harmonieux, parfait, où tout le monde s'entendrait bien, où il n'y aurait plus de dissension. Aristote, la mathématique unit les hommes, la politique, les divise.
1:26:20 Vous comprenez pourquoi encore maintenant la politique, hélas, pour vous, pour moi, pour tout le monde, est loin d'être une science. Et pourquoi, encore, si peu loin d'ici, n'est-ce pas, la terre boit regret le sang des fils de l'homme ? Et peu importe de quel camp il s'agit ici, n'est-ce pas, quand je vois l'âge moyen de ceux qui succombent à ce conflit. Mais, si la politique est encore bien loin d'être une science, c'est parce que là, il y a des résistances, il y a des intérêts qui sont en jeu immédiatement.
1:26:57 N'est-ce pas, donc, vous avez compris ce que je veux dire, c'est presque une loi de dire que plus une science se rapproche du sujet, n'est-ce pas, plus un savoir, plus la rigueur concerne le sujet, plus elle est repoussée, refoulée, plus on lui met des bâtons dans les roues Voilà comment je réponds à cette question. Je salue Estadiski, à qui je promets une réponse, j'ai reçu des messages, je sais très bien de quoi je parle, des réponses très, très prochaines.
Néopositivisme et mondanité : le jean et le rêve américain
1:27:34 C'est parce que j'ai été occupé par cette rentrée des ateliers, encore merci à Pierre-Alain, que j'ai retardé la réponse à la question concernant la traduction de Clouscard, mais je crois que j'y reviendrai en privé. Pouvez-vous faire le lien entre le néopositivisme et la mondanité chez Clouscard ? Je viens de passer deux heures à le faire, mon cher Philippe, non, je dis ça amicalement. D'abord, les deux nous viennent du monde anglo-saxon, déjà oublié. Quel rapport avec l'anglo-saxon et la mondanité ?
1:28:10 Écoutez, et le jean, vous avez oublié le jean, ça nous vient de Chine à l'origine ? Ça nous vient de Corse à l'origine ? Tout le monde en porte en Chine, en Corse, ce n'est pas la question, moi-même. Ah ben non, je ne suis pas assez grand. Voilà, et Clouscard répond très bien sur l'interview, mais je porte un jean, je me conforme aux mœurs de mon époque. Mais si le jean a eu ce succès mondain, alors c'est bien le cas de le dire, lorsqu'on a vu que les milliardaires qui rentraient à l'hôtel Carlton à Cannes à partir d'une certaine année, en gros, l'après-guerre, l'après-dernière guerre, avant, c'était les gens en redingote, cravate, n'est-ce pas, on a commencé à voir des milliardaires rentrer en jean à l'hôtel Carlton.
1:28:58 Comment il y a pu y avoir cette transsubstantiation de l'habit qui représentait le bas de gamme, le fond de l'échelle sociale, celui du garçon vacher et du cow-boy, littéralement ? Je réponds à la question de Philippe Stavisky. C'est parce que c'est l'habit qui connote le western, l'idéologie dominante. Ben oui, ben oui.
1:29:28 C'est-à-dire la nation la plus riche de la planète, surtout dans les années 50, où jamais l'Amérique n'a été aussi riche, c'est-à-dire quand tout était décimé autour d'elle. Et quand sa fortune et sa richesse, je ne dis pas des... c'est bien qu'elle soit rentrée en guerre du côté des Alliés, mais quand même, je veux dire, il ne faut pas oublier, ne jamais oublier qu'au moment où l'URSS se ramassait 30 millions de morts, 70 000 villes détruites et j'en passe, et que dire de la Pologne et que dire, n'est-ce pas, de l'Allemagne ?
1:30:07 Je parle des destructions ici, en hommes, en matériel, en villes, en quartiers, et Nuremberg rasée qui était, paraît-il, la plus belle vieille ville allemande. Pendant ce temps-là, il n'y a pas une brique d'une maison, d'une ville des États-Unis qui a été éraflée par une seule balle. Et tant mieux ! Moi, je ne souhaite pas la guerre aux gens, je me bats pour le contraire. D'accord ? Mais il ne faut pas oublier les conséquences objectives. C'est que c'était le pays le plus riche au moment où ce jean devient à la mode.
1:30:40 Je réponds, voilà pourquoi un marxiste comme Clouscard, ce n'est pas qu'il ne se contente pas, comme la plupart des marxistes et des écoles d'un certain parisianisme, je n'ai rien contre Paris que j'adore, et d'ailleurs, que je l'adore ou pas, c'est la ville la plus visitée au monde, il y a eu des raisons, qui me dépasse. Heureusement, qu'un marxiste comme Clouscard et vu le lien qu'il y a entre la vogue de cet habit et le fait qu'il connote, comment on dit en sémantique, qu'il connote la richesse absolue, le rêve américain.
1:31:19 Mais oui, mais oui, mes vacances en Allemagne de l'Est, je ne sais pas, vous me demandez si je n'avais pas des jeans. Mais oui, vous croyez que le rock aurait eu succès si ça ne venait pas des États-Unis ? À l'époque, c'était la musique de là où ça se passait. On pense toujours qu'il y a une Californie idéale quelque part sur la planète, n'est-ce pas ? Mais maintenant, en Californie, il y a des kilomètres et des kilomètres de SDF dans les rues.
1:31:51 Et pas que ça, en Californie, il y en a de plus en plus. Je suis frappé par le nombre de documentaires qui montrent la misère des villes entières abandonnées du Texas à la Californie. Pendant que je vois des documentaires sur des chantiers en Chine, mais je n'imaginais même pas qu'il puisse exister des machines comme ça, je veux dire, dans les endroits perdus où la transformation de région grande comme un tiers de la France transformée de désert en verdure. Tout ça pour illustrer que le monde est en train de changer, est en train de basculer, tout le monde en est conscient.
1:32:23 Et je reviens à la manière, encore une fois, dont les Occidentaux se sont fait gifler par les interviews de chefs d'État africains. Eh oui, l'Afrique prend la parole, elle était silencieuse et soumise jusque-là. C'est pas vieille habitus dû à la mentalité de l'esclave. Maintenant, l'Afrique s'émancipe. Il dit, j'espère que vous allez arrêter Poutine. Je ne veux pas reprendre mon couplet anti-Poutine. là, je parle, je ne suis plus anti-Poutine encore qu'anti-Poutine.
1:32:56 Je suis contre les deux. Vous allez arrêter Poutine, parce qu'il est arrêté par quoi ? Par un tribunal de coopter dans lequel il n'y a ni les États-Unis ni la Russie, soit dit en passant. Vous allez l'arrêter. Le chef d'État dit, mais vous, vous avez arrêté qui quand vous avez fait plus d'un million de morts en Irak ? Quand vous avez fait 3 millions de morts au Vietnam et 3 millions de morts en Corée ? À 10 000 kilomètres de chez vous, ce n'est pas comme la Russie qui est attaquée sur sa frontière, qui est menacée sur sa frontière par l'arme nucléaire et plus que jamais.
1:33:31 Et vous voulez que nous, vous nous donniez des leçons qu'on a arrêté le Poutine ? Mais dites donc, vous avez arrêté les Bush, vous avez arrêté les… Ah, j'ai oublié le beau gosse qui s'est fait prendre en flagrant délit à la Maison Blanche de gracieuseté, bref, les Clinton, ce n'est pas les Clinton et les Bush et autres Obama, vous avez déjà oublié. On peut continuer la liste jusqu'à Biden qu'on prend les doigts dans la confiture avec ce scandale où il fait virer un juge en Ukraine avant la guerre.
1:34:05 Un juge qui avait osé demander des comptes à son fils pour malversation. Et regardez cette vidéo hallucinante où l'on voit Bush en confiance qui parle des grands lobbies américains, des grands think tanks comme on dit, n'est-ce pas ? Et en disant « Oh, moi je leur ai dit écoutez, ce juge, vous me le virez, ce juge qui cherche des noises à mon fils, vous me le virez sinon vous n'aurez pas le milliard que le président vous a promis. » D'ailleurs, je prends l'avion, il fait comme ça, comme moi là, il regarde son poignet, regardez la morgue, je prends l'avion dans trois heures, donc vous avez trois heures pour me liquider, pour me virer ce juge-là.
1:34:44 Et il dit à ceux qui l'entourent, n'est-ce pas, aux grands patrons de ces think tanks glorieux, n'est-ce pas, qui font et les font l'opinion, et ils l'ont viré, ils disent « Bast, ce salaud ! » Vous voyez, mais je parle de choses sérieuses, et maintenant, c'est juste, on ne le présente pas comme le bien contre le mal, on nous réédite la geste de Bush et de Reagan, l'empire du bien contre l'empire du mal, attention où on va, le monde, ce n'est pas ça, ça c'est l'argumentaire mondain.
1:35:18 Voilà. Donc, merci pour la question de notre chère Estavisky et merci pour sa fidélité, et je lui donne rendez-vous pour ces jours très prochains, pour le quid de la suite pour la cagnotte au Clouscard, il y a un progrès, j'y ai fait allusion pendant ma intervention, et je serai plus clair très bientôt, et j'espère que la notion de mondanité s'éclaire un petit peu, n'est-ce pas, la mondanité, c'est un monde qui est dirigé par un prince de ce monde, il y a toujours un dominant, n'est-ce pas, et ce dominant, c'est pas un monde sans maître.
L'injustice épistémique et la lutte des classes
1:36:07 Voilà. Et le jean et le pantalon des maîtres du monde. Julien Belmonte, que j'ai déjà vu, je crois que j'ai déjà vu, dans le grand parcours de la science, que faites-vous de l'injustice épistémique de Donna Araoué qui évoque le problème de crédibilité qui touche les femmes ou certains groupes ethniques ? Je ne rentre pas là-dedans. Ce soir, je ne dis pas que c'est des problèmes dérisoires, mais enfin, je veux dire, ils sont tellement débattus en dehors de moi, soyez gentils, essayez de m'interroger sur des choses où je peux faire avancer, là où ça sera.
1:36:38 On ne débat que de ça, soit le plateau télé, des identités, de ce genre, de sexe, de couleur, quand même. Vous voulez que je rentre là-dedans ? Qu'on reprenne la guerre des Hutus et des Tutsis, des Corses et des Français, des hommes et des femmes, des jeunes et des vieux ? Non. Parce que tout ça, c'est pour ne pas cacher la guerre qui ensanglante l'humanité et qui est la lutte des classes. Voilà ce que je vous réponds. Je sais bien que ça a l'air un peu expéditif, mais qu'est-ce que vous voulez ? Je sais que vous êtes très certainement, très sincèrement concernés par ce genre de problématiques.
1:37:13 Je vous dissuade d'y tomber. On les abordera quand vous aurez vu tout ce que l'analyse sociale de la lutte des classes permet de répondre à cette question à la manière dont Marx disait « La mystification ne vient pas des réponses, mais à la manière de poser les questions ». Autrement dit, c'est une question mystifiée, pas mystifiante, je ne le permettrai pas. Je suis sûr que vous êtes sincère et que vous pensez que c'est important. C'est une question mystifiante.
1:37:43 J'ai suffisamment regardé mes vidéos, excusez-moi de vous renvoyer à ce qui est déjà publié, mais comme un flagrant délit pour vous montrer que je ne suis pas opportuniste, où j'ai parlé de la femme africaine, son souci de chercher de l'eau tous les matins et du bois pour chauffer l'eau et qu'on va lui dire qu'elle se vautre dans la consommation ou en tout cas qu'elle est dominée par je ne sais quelle, alors que son mari pendant ce temps a fui en Côte d'Ivoire au Ghana dès la saison sèche pour essayer de vendre ses bras et ses jambes dans les plantations de cacao de pays plus arrosés que le pauvre Sahel.
1:38:14 Je ne sais pas, et vous allez lui dire « C'est un salaud, tu fais régner une domination patriarcale sur ta femme. » J'ai dit et redit et je le répète pour vous montrer qu'il y a une justice puisque c'est votre radical dans l'injustice épistémique et une justice dans votre question que je respecte. J'ai toujours dit et je répète une fois de plus que toute chose restant égale par ailleurs, c'est-à-dire une fois qu'on a fait le bilan des classes sociales, ce qui n'est pas présent dans votre question, il n'y a pas plus exploité que la femme, n'est-ce pas, dans quelque société que ce soit, que ce soit un pays pauvre, c'est quand même toujours toute chose restant égale.
1:39:05 Par ailleurs, la femme qui encaisse le plus. Je ne peux pas être plus clair à propos de l'injustice dont vous parlez. Mais enfin, si vous donnez l'eau courante aux femmes du Sahel, on ne parle pas de problème féministe, si vous donnez simplement l'eau courante, croyez-moi que vous transformez son enfer déjà en ce qu'elle estimera être un paradis, même si elle verra que d'autres problèmes commencent. Voilà comment je réponds à votre question. La déconstruction n'était pas un retour de l'idéalisme philosophique.
La déconstruction n'est pas un idéalisme
1:39:35 Au début, était le verbe Christian. D'abord, je suis très heureux de retrouver Christian Régnier qui a toujours des questions très pertinentes et creuse. Oui, je me demande si ce n'est pas déjà passé de mode le côté tragique de l'actualité géopolitique a au moins ceci de positif dans son horreur. C'est le positif qu'elle remet à sa place ces débats idéologiques sur la déconstruction et la vision à Derrida, bien sûr. Eh bien, oui.
1:40:06 Là, je vous renverrai, je pense aux travaux de notre camarade, quelqu'un que je considère comme un camarade malgré son jeune âge, il est bien brillant. Il s'agit de Simon Verdun qui avait fait paraître chez Delga un développement sur le thème du néo-kantisme, la critique du néo-kantisme sous la plume de Michel Clouscard, précisément. Parce que c'est une réponse à la question de Christian. Quel rapport ? Que la déconstruction c'est encore une manière, n'est-ce pas ?
1:40:39 On dit que Kant c'est la philosophie critique, la critique c'est un peu comme la termite qui ronge le bâtiment à la déconstruction. Vous voyez le rapport ? Sauf que chez Kant il n'y a pas que ça. Chez Derrida, chez Derrida, n'est-ce pas ? Il ne faut surtout pas en rester au grand récit, il faut déconstruire tout ce qui est grand récit à commencer par l'histoire, bien sûr, bien sûr. Alors ces gens qui n'ont jamais déconstruit Heidegger, nous donnent des leçons de déconstruction, qui n'ont jamais déconstruit le plus nazi des philosophes, je vais encore en scandaliser plus d'un, mais je ferai de nouveau des émissions spécialement sur lui, puisqu'il n'y en a besoin.
1:41:19 Mais voilà, voilà comment je réponds. Je m'inscris en faux juste contre la notion d'idéalisme philosophique. Je ne défends pas l'idéalisme ce soir, je dis ce n'est pas l'idéologie dominante, alors que la déconstruction est, a été surtout, et reste pour une petite sphère de l'intelligentsia, un moment décisif de l'idéologie dominante. Mais ce n'est pas un idéalisme. Ça passe son temps à se faire passer pour une critique de l'idéalisme, précisément.
1:41:54 Voilà. Bref, il nous faudrait qu'on ait une émission sur l'idéalisme et non pas ce qui a été son opposé pendant des siècles, le réalisme, mais son opposé matérialiste. Voilà. Et là, on reviendra à ce que je m'évertue à essayer de faire comprendre Dieu. C'est parmi ce qu'il y a de moins difficile à comprendre et c'est ce qu'il y a de plus difficile à faire admettre. C'est curieux. C'est un peu moins curieux quand on approche du fait que, je disais tout à l'heure, plus la science se rapproche de notre propre réalité, plus on a de la résistance à l'admettre, à savoir que l'opposition de l'idéalisme et du matérialisme a elle-même quelque chose d'idéaliste, cette opposition.
1:42:55 Concevoir une matière opposée à l'esprit, c'est déjà de l'idéalisme. Ça veut dire qu'il y aurait un esprit qui ne devrait rien à la matière, il faudrait savoir. Voilà, je m'amuse un petit peu, mais Christian est quelqu'un d'assez subtil pour comprendre ce que je veux lui dire. La déconstruction, bien sûr, là où je suis d'accord, c'est au début qui était le verbe, mais là, parce que Derrida se rattache aussi à la déconstruction au courant structuraliste qui aurait voulu faire de la linguistique la discipline noyau de toutes les sciences humaines.
1:43:30 Alors qu'un Lévi-Strauss, je disais tout à l'heure qu'il ne fallait pas être plus léniniste que Lénine, on ne va pas être plus structuraliste que Lévi-Strauss. Alors qu'un Lévi-Strauss, à partir de sa série mythologique, je sais, Chris Regnier, c'est de quoi je parle, à partir du Cru et du Cuit, qui est la première parution de sa série Mythologiques au pluriel, dans son Anthropologie, dit bien que jusqu'ici, c'était la linguistique qui était mon modèle d'intelligibilité, je résume un petit peu sans déformer sa pensée dans l'anthropologie, et qu'à partir du Cru et du Cuit, c'est la musique, et non plus le verbe, n'est-ce pas ?
1:44:13 C'est le titre de magnifiques entretiens qu'a fait l'immense chef d'orchestre Furtwängler, musique et verbe. C'est la musique à partir du Cru et du Cuit qui devient modèle pour eux. Voilà, donc c'est bien de pointer au début le verbe. Pourquoi ? Parce que c'est sans doute dans les sciences du langage que la bourgeoisie, que l'idéologie bourgeoise, et là je ne l'ai pas au sens péjoratif, le plus grand hommage à la bourgeoisie a été fait par Marx dans toute la première partie du manifeste du Parti communiste.
1:44:45 Donc j'étais là, liquidé la religion, la famille, faites-en autant. Bon, tout ce à quoi on essayait de revenir maintenant, dans la nouvelle droite, celle qui dit les gauchistes en mettant les communistes, les gauchistes tout dans le même panier. Vous voyez ? C'est-à-dire en mettant l'extrême droite d'aujourd'hui, elle appelle ça gauchiste. L'extrême droite d'aujourd'hui, c'est l'atlantisme. Ce n'est pas le poujadisme des Le Pen. Bon, ils s'uniront les deux, le jour où il y a un danger, ils s'uniront pour nous fusiller, s'ils en ont les moyens.
1:45:18 Je ne suis pas en train de dire que l'un est bien et l'autre est mal. Je dis que le plus dangereux, la plus dangereuse extrême droite, c'est celle qui ensanglante le monde depuis depuis la pré-guerre. Et qui continue la croisade contre le bolchevisme, elle n'est plus judéo-bolchevisme, mais contre l'universel, contre le progrès, contre l'homme, pour reprendre le triangle maudit de la pensée post-moderne.
Le chœur et le soliste : de la musique instrumentale à Beethoven
1:45:48 Voilà. Le chanteur seul est le cœur. Voilà quelqu'un qui écoute. Oui, c'est Daniel Arias que je salue plus que jamais. Camarade, j'aimerais bien qu'on se rencontre un jour. Victor Jara avait Jara c'est difficile pour un français, avait une chanson « Vientos del pueblo » du poète communiste Miguel Hernández que je salue « Vent du peuple ». Voilà. Bien sûr. Je pensais à Neruda, je ne vous le cache pas tout à l'heure, pour rester dans la latinité, mais je remercie ici l'évocation de l'immense Miguel Hernández.
1:46:24 Et oui, j'en profite pour dire, j'en parlais hier avec pardon Laurent Angot, merveilleux lecteur de textes dans toute l'histoire littéraire et en même temps extrêmement exigeant dans l'analyse conceptuelle du monde qui nous entoure.
1:46:56 Je discutais avec ce jeune homme hier, au jardin des plantes, pour rien vous cacher, et j'évoquais justement, apparemment, ça n'a pas de rapport avec ce que vient de dire Daniel Arias, la citation, mais si, on parlait dans l'histoire de la musique du passage tardif de la musique non pure, la musique toujours au service d'autre chose que de la musique, au service, je ne sais pas moi, du couronnement d'un roi, d'une messe, d'un requiem, de célébrer une victoire, d'un Te Deum, n'est-ce pas, comme il y en a eu après Waterloo dans toute l'Angleterre.
1:47:34 bref, de cette musique au service d'un mariage, d'une funéraille, que ce soit dans les sociétés dites primitives, sans écriture pour être plus objectif, ou dans les sociétés les plus développées, la musique au service d'autre chose, et l'apparition tardive dès le 17ème, 18ème, ça commence à faire, il commence à faire les premiers concerts de musique instrumentale, où il n'y a plus la voix, où il n'y a plus lié à un texte, à un contenu extra-musical.
1:48:04 Et donc, une espèce de ruse de la raison, je reviendrai sur ce concept qui va nous occuper la prochaine fois, je voulais en développer cette fois-ci, mais j'ai fait des détours assez longs comme ça, cette intériorisation, ne serait-ce que l'arrivée du piano dans les maisons, dans les familles bourgeoises au 19ème siècle, les premiers concerts de musique instrumentale au 17ème, c'est une intériorisation qui va à l'inverse de ce que dit ici Miguel Hernandez et de ce que nous rappelle Daniel Arias, à l'inverse du collectif qui intériorise, qui développe au contraire la culture musicale de l'intimité de l'individu.
1:48:52 et bien ce cycle se termine dialectiquement, regardez comme c'est magnifique la rigueur, avec Beethoven, Beethoven qui est celui qui a peut-être fait dans les grands compositeurs, celui qui a fait le moins de musique vocale, il a fait quelques mélodies, certaines, et il a fait une messe, on a quelques œuvres chorales, mais très peu, par rapport à tous ses contemporains, à ses prédécesseurs et à ses successeurs, et par contre, c'est un champion incontesté de la musique instrumentale, et pas seulement du piano, ce n'est pas des instruments solistes, de la symphonie, en particulier la symphonie, c'est-à-dire l'ensemble des instruments, toute voix exclue, et voilà, que dans la 9e symphonie, cette longue phase historique avait permis un approfondissement, une complexification du discours musical, en étant passé dans l'intériorité, dans la subtilité, tout d'un coup, revient dans la lumière du chœur public, dans le final de la 9e symphonie, dans l'ode à la joie de Schiller, dont je suis désolé qu'il ait été souillé par la commission,
1:50:02 par l'Union européenne. Voilà. Donc, merci beaucoup, Daniel, pour ce rapport entre le chœur et le soliste, mais bien sûr, le chœur, c'est le collectif, mais, vous voyez, il faut que le collectif s'exile quelquefois dans l'intériorité de l'individu, vous voyez, il faut de tout pour faire un monde, pour que ce collectif ne soit pas celui de la société dominée par des trusts sanguinaires mais que ce soit une société un peu plus juste qu'une autre.
Hölderlin : « nul n'était seul à supporter la vie »
1:50:36 Pour ça, il faut tenir compte de la richesse de ce qui compose cette société, c'est-à-dire des individus. Je ne sais pas si on a fait le tour, Pierre-Alain, et bien voilà Laurent, nul n'était seul à supporter la vie. Ah, je vois que Laurent cite Hölderlin, pour une fois que ce n'est pas moi qui le fait, je suis ravi, ça, ça m'encourage à en recommencer. Oui, cet extrait, un magnifique extrait de Hölderlin, un extrait du grand hymne qui s'appelle Le pain et le vin Brot und Wein, où, à l'évocation de la Grèce, on peut croire encore un qu'à la nostalgie de la Grèce, la cité, Apollon, la belle statue, l'esthétisme et l'équilibre, pas du tout, ce n'est pas du tout l'approche de Hölderlin.
1:51:24 Ce qu'il regrette de la Grèce, ce n'est pas seulement la beauté des statues, c'est que nul n'était seul à supporter la vie. Souvent, pour faire comprendre ça, je dis, mais qu'est-ce qu'on fait ce soir ? Je ne sais pas, moi ce soir, je vais à After Hours dans un café branché près de, près de Ménilmontant, c'est un jeu impersonnel, moi j'aimerais bien, mais je suis un peu fatigué, un peu fatigué maintenant. Ou non, moi je veux plutôt au cinéma, non, moi je veux regarder, je veux regarder, il n'y a pas gagné, je fais un atelier ce soir, pardon, je me suis bien servi que par soi-même, et on a un choix quasi infini, où je ne fais rien, où j'ai rendez-vous avec vous, comme dit la chanson, le Brassens, ce n'est pas ?
1:52:07 La question ne se pose pas à Athènes, le soir où Eschyle va faire jouer les Perses, toute la cité à rendez-vous sur les gradins de l'amphithéâtre. Nul n'était seul à supporter la vie, car un tel bien, le bien suprême, c'est par l'échange et le partage avec les inconnus qu'il donne joie. Nous sommes ici à l'opposé de ceux qui ont la hantise du grand remplacement. Eh bien oui !
1:52:41 Eh oui, puisque la gauche, la gauche véritable a quasi disparu du panorama politique, pourquoi voulez-vous que la droite se gêne ? Vous n'êtes pas content de Zemmour, de Le Pen ? Il faut vous en prendre à vous. Je paraphrase Clouscard, qui avait dit « Vous n'avez pas voulu du communisme, ils n'ont pas voulu du communisme qu'ils se démerdent. » Je le cite, excusez-moi, avec son accent du tarn et son langage cru, car il disait ça non pas dans une publication, mais dans l'intimité.
1:53:15 Ils n'ont pas voulu du communisme qu'ils se démerdent. Oui, oui ! Car le contraire, n'est-ce pas, de ce retour de tout ce qu'on croyait proscrit depuis 1945, depuis la Libération, tout ce qui a l'odeur de ces papiers journaux qu'on accrochait dans les toilettes avant-guerre, dans les lieux publics. Ce qui s'oppose à ça, c'est ce bien qui n'existe que par l'échange et le partage avec les inconnus. C'est ça qui donne la joie.
1:53:45 Merci beaucoup, Laurent, de nous ramener à l'essentiel. Je ne sais pas si je peux encore prendre sur votre temps, c'est Pierre-Alain qui va décider, parce que lui aussi, il a du temps. Je ne sais pas, il a bien la gentillesse de nous consacrer. Et je vais ici peut-être restituer un peu le son. Pierre-Alain, il y a encore des questions ?
1:54:17 Tu m'entends, Dominique ? Je pense qu'on peut arrêter pour ce soir. Je crois qu'on est arrivé au bout des questions. Je suis très, très heureux de vous avoir retrouvé. et je ne vous donne pas la date. En principe, c'est dans 15 jours qu'on devrait avoir la reprise de ceci, mais je n'ose pas trop m'engager parce que là, on sort de cette période des concours, examens, etc., qui fait que tous ceux qui m'aident à faire ces prestations et ces publications audiovisuelles, comme on disait autrefois, sont bien occupés et pour d'excellentes causes.
1:54:54 Et voilà qu'on va rentrer bientôt dans le temps des vacances, donc je n'ose pas tout à fait vous dire une date, mais je vais tout faire pour que dans 15 jours, il y ait la suite de notre feuilleton sur ce concept de mondanité chez Michel Clouscard. Je vous remercie en tout cas d'avoir participé à cette séance-là et encore, pardon, pour une aussi longue absence et merci de continuer ensemble.