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Introduction musicale : Kempff joue la Sonate au clair de lune
0:00 Musique
Sciences dures, sciences humaines et intelligence artificielle
1:42 Eh bien, bonsoir, chers amis, bonsoir tout le monde. Je suis très content de vous retrouver, comme d'habitude, même si pour certains d'entre vous, et certaines d'entre vous, ça peut peut-être s'embrouiller, vu… On me dit que je n'arrête pas de produire, oui, ben, écoutez, il ne fallait pas me chercher, hein, vous vouliez que je fasse des formats courts. Alors, on a multiplié un peu, et je remercie d'ailleurs Pierre-Alain, qui prend beaucoup de son temps et qui n'a pas que ça à faire, et qui les met en ligne au fur et à mesure que nous les enregistrons.
2:20 Mais là, c'est notre atelier régulier du mercredi soir, une fois tous les quinze jours, je le rappelle, hein, au cas où il y en a qui prennent le train en marche, et donc là, il y a une continuité de notre feuilleton, si je puis dire, sur la possibilité d'instiller dans les sciences dites humaines, les sciences sociales, les sciences de l'histoire, comme nous préférons dire, la possibilité, on n'y est pas encore, d'y instaurer la rigueur qui fait tout le prestige, absolument pas usurpé, à ce titre-là du moins, des sciences dites dures.
3:00 C'est-à-dire, rappelons-le, ça c'est moi qui fais le montage là, des sciences de la nature, plus les mathématiques qui ne sont pas des sciences de la nature. Voilà. Vous avez cité un petit extrait d'Einstein, autre jour, qui s'étonnait justement que les sciences de la nature ne sont devenues efficaces, que l'homme a pu, n'est-ce pas, prévoir, s'approprier, et vu le rêve de Descartes, dont nous allons en reparler dans un moment, rendre l'homme maître et possesseur de la nature à partir d'une discipline, n'est-ce pas, qui est basée sur des notions qui ne sont ni naturelles, ni sensibles même, ni accessibles au sens, comme l'unité, le nombre, la droite, le point, le plan, pour ne parler que des plus simples.
3:44 Donc, c'est la suite de ce feuilleton et c'est aussi la suite, comme nous l'avions promis la dernière fois, d'un chapitre de ce feuilleton, sur le rapport sciences dures, sciences humaines, centré autour de l'intelligence artificielle qui, il ne faut pas bien être sorcier pour le réaliser, se situe justement, presque toujours, en tout cas dans la discussion qui tourne autour, et qu'elle suscite à la limite des deux champs, n'est-ce pas, des sciences dures et des sciences moins dures, n'est-ce pas, pour être le plus gentil possible.
4:26 Alors, nous allons reprendre notre dialogue avec Christophe, mais d'abord, je voudrais juste une petite séquence animée, après l'introduction par une sonate, un extrait de la finale de la célèbre, « sonate au clair de lune » de Beethoven, c'est un choix de Christophe, et je lui demanderai tout à l'heure pourquoi il a choisi cette sonate, pour continuer notre discussion sur l'intelligence artificielle, c'est les dernières mesures du final de l'opus 27 numéro 2, dite sonate au clair de lune, Beethoven ne l'a jamais appelée comme ça, dès qu'il y a des notions extra-musicales, littéraires comme clair de lune, ça ne vient jamais des compositeurs, ou tellement rarement, ça vaut la peine d'en parler, ça vient la plupart du temps des éditeurs, qui savent que pour le public, ça fait vendre.
5:24 Mais avant, auparavant, avant que notre dialogue avec Christophe prenne, qui va être le moment essentiel de cette session, je voudrais passer une petite séquence filmée, comme un deuxième moment de notre générique après la musique, si vous voulez, où on va retrouver un film que j'avais déjà évoqué, on en avait présenté la bande-annonce il y a quelques ateliers, il s'agit d'un film Space, vous diriez aujourd'hui d'un film de fiction ou d'anticipation, comme on disait à l'époque, qui est une référence chez les cinéphiles, donc je ne suis pas assez compétent, mais je l'aime beaucoup, je suis content quand les cinéphiles me disent, mais tu as raison, c'est un excellent film, il s'agit de Planète interdite, n'est-ce pas ?
Planète interdite : le robot et la machine à penser
6:20 Forbidden planet, c'est vraiment la traduction littérale pour une fois, et où l'on trouve un robot qui est un petit peu un des ancêtres des robots que vous connaissez beaucoup mieux dans Star Wars et autres, voilà. Et donc, bon, sauf qu'il est plus archaïque, il n'y avait pas les trucages, n'est-ce pas, de votre époque, et les effets spéciaux. Mais je vous passe, il apparaît très souvent dans le film, mais il y a deux séquences que j'affectionne particulièrement, et une que je vous recommande, mais regardez-le, planète interdite, essayez de le voir intégralement, parce que ça vaut le coup.
7:02 Mais, y compris peut-être même surtout philosophiquement, il y a deux séquences que j'affectionne particulièrement, c'est tout au début, il y a un des hommes de l'équipage qui vient de la planète Terre, bien sûr, des gens de la NASA en gros, n'est-ce pas. Et parmi eux, il y a le cuistot qui n'est pas le plus futé de l'équipage, comme par hasard, mais qui est en tout cas le plus sympathique, enfin, qui m'est à moi le plus sympathique de l'équipe, parce qu'il est humain, c'est pas comme ces astronautes sans état d'âme, qui ont été recrutés parce qu'ils n'avaient pas d'état d'âme, je sais pas.
7:35 Avec ce flegme, mais auprès duquel celui des Britanniques, c'est encore beaucoup trop émotif, voilà quoi. Avec ce regard bleu acier. Et lui, c'est vraiment un gars qui a un peu porté sur la bouteille. Et quand il a vu que le robot dans la planète où ils atterrissent, le robot peut reproduire tout ce qu'il a analysé, il suffit de mettre dans le petit trou qu'il a en dessous de ce qui est censé être sa tête, l'échantillon de ce que vous tenez, admettons, je sais pas moi, vous avez du chocolat, et pouf, il vous fabrique en quelques secondes 20 tablettes de chocolat.
8:12 Sauf que là, il lui met une petite bouteille de whisky, je sais pas, et le robot après avoir dit, oui, il y a de la graisse, il y a des trucs, bon, mais enfin, et puis il y a 50 bouteilles de whisky qui tombent, vous verrez pas tout ça dans le détail. Et puis il y a une séquence alors très importante, allez, soyons sérieux maintenant, mais je faisais une séquence apéritive, si vous voulez, c'est le cas de le dire, mais pour en arriver à des trucs très importants. Là, nous sommes dans la maison du terrien qui habite la planète et qui les accueille, qui est le seul survivant d'une ancienne équipe de la NASA qui était déjà venu, ils sont tous morts, et justement le but du film, de l'équipe, la nouvelle équipe qui arrive, c'est de voir qu'est-ce qui s'est passé, et le seul survivant, c'est un savant qui habite là, qui est seul sur la planète avec sa fille.
8:58 C'est drôle de voir une jolie star, une blonde de Hollywood, là, sur cette planète, où il n'y a absolument personne, sauf lui et sa fille et quelques animaux. Et là, il a capitalisé, si je puis dire, les manuscrits d'une civilisation qui était sur cette planète bien avant notre époque et qui lui ont permis de réaliser des choses impensables sur Terre, comme ce robot, on va parler d'intelligence artificielle à travers ce robot, comme, et aussi très important pour comprendre la suite, une machine qui permet, quand on colle sa tête dessus, de réaliser devant vous un peu comme un hologramme, on dirait aujourd'hui, ce à quoi vous pensez.
9:40 Il y a même un petit moment comique parce que le chef de l'équipage, on lui demande de prendre la machine et on voit dans le petit bocal, comme dans une boule de cristal, on voit la fille de l'autre, bien sûr, voilà ce qui occupait ses pensées. Donc, ce n'est pas des détours. On va arriver au centre de la chose. Et là, on arrive, la séquence qu'on va vous passer, c'est celle où ce terrien qui les accueille, qui est leur prédécesseur sur la planète, leur explique un peu ce que je viens de vous dire, ces civilisations qu'il a trouvées et dont il a réalisé quelques petites applications qui sont très loin du niveau de savoir et de technologie qu'ils avaient, mais qui sont déjà fabuleux pour nous.
10:24 Et en particulier ce robot, il le présente, il en montre les capacités, il peut tout faire sauf détruire la personne, son maître, celui qui l'a fabriqué. Il est programmé de telle façon que si on lui donne l'ordre de détruire la personne, il se dérègle. Je n'en dis pas plus, je commenterai après. Mais pour l'instant, envoyons la séquence.
Lois d'Asimov, robot pianiste et rossignol de Kant
17:24 Je vais passer la parole à Bertrand qui m'a envoyé un article très intéressant, je crois qu'il y a un extrait de la recherche, mais il l'analysera, je crois, beaucoup mieux que moi. Je lui passe tout de suite la parole. Ou alors s'il préfère qu'on lise le texte de Descartes d'abord. Christophe, tu me dis… Déjà, bonjour à tous.
17:58 Dans l'extrait, ça fait écho beaucoup aux règles d'Asimov dans le terme robotique. En fait, c'était un auteur de science-fiction. Et sur la robotique, il y a encore des règles que je peux rappeler un peu brièvement. Il y en a trois règles, en fait. La première règle, c'est qu'un robot ne peut porter atteinte à un être humain, ni rester passif, laisser cet être humain exposé au danger.
18:30 La deuxième règle, c'est qu'un robot doit obéir aux ordres donnés par les êtres humains, sauf si ce tel ordre entre en contradiction avec la première loi. Et la troisième loi, donc c'est les trois lois d'Asimov, c'est un robot doit protéger son existence à la mesure où cette protection n'entre pas en contradiction avec la première et la deuxième loi. Alors, sur la première loi, juste pour introduire, elle peut être vue de manière incomplète, parce qu'un robot peut porter atteinte à un être humain sans le savoir.
19:06 Un exemple, par exemple, imaginons qu'un robot met du poison dans un verre de lait, le premier robot, le deuxième robot met du lait dans ce verre de lait, et l'humain le voit et meurt ou est très malade. Et peut-être, le premier robot, il était juste programmé, il met du poison dans un verre de lait sans avoir l'intention.
19:36 Donc, sur les règles aussi d'Asimov, ce qui fait aussi que ce qui est assez intéressant, c'est de voir que c'est un auteur de science-fiction qui a alimenté aussi la science et la robotique. Donc, il y a souvent des allers-retours aussi entre la science-fiction et la science. Pas que d'un point de vue social, parce que souvent, on voit aussi la science-fiction comme l'évolution des sociétés, qu'est-ce que ça va devenir, quand il ne va plus avoir, est-ce qu'on va être en terre de Mad Max, ou je ne sais pas, mais ça donne aussi des réflexions sur des choses avec les progrès technologiques qu'on croyait vraiment du domaine de la science-fiction et qui viennent dans la science.
20:25 Et par contre, il y a d'autres choses qu'on rêvait peut-être, et c'est toujours intéressant de voir un peu dans le rétroviseur, d'imaginer comment on voyait l'an 2000 dans les années 60, dans les années 60, et ça ne s'est pas produit. Donc, sur les lois d'Asimov, aussi pose aussi un autre souci, c'est si on utilise des méthodes d'apprentissage machine, on n'est pas sûr de vérifier ces règles, puisque on ne connaît pas le fonctionnement.
20:59 Donc, il y a certaines, il faut utiliser d'autres règles, des choses plus formelles pour les utiliser. Voilà. Donc, sur le robot, il y a eu beaucoup. Dernière chose aussi, peut-être aussi importante de noter, c'est que vous voyez, là, le robot, il n'a pas une forme très humaine. Et il y a des études qui ont été faites, mais je ne me rappelle plus, par le nom du professeur japonais, qui montrent qu'on peut avoir vraiment une, on peut être agressif.
21:35 En fait, il y a eu des robots, par exemple, qui ont été attaqués par des humains, détruits. En fait, parce qu'ils ressemblaient, ils ressemblaient beaucoup à l'être humain, mais il y avait un petit défaut qui faisait qu'il y avait une imperfection qui était sensible. Et cette petite imperfection, entraîne aussi de la colère de la part de l'être humain. Donc, le côté aussi, le robot qui ressemble beaucoup à l'être humain, quand il y a une imperfection sensible ou des choses comme ça, il y a un rejet de l'humain.
22:14 Et sur le premier, je pense qu'il y a peut-être eu un petit problème technique, mais sur la sonate, la question qu'on peut se poser, c'est est-ce qu'on prendrait autant de plaisir à écouter cette sonate si elle était faite par un robot, par un robot pianiste ? Pourquoi pas ? Et ça pose peut-être aussi la même chose, c'est est-ce qu'on prend du même plaisir à écouter un piano mécanique qui est peut-être très optimisé par rapport à un pianiste qui joue ?
22:56 Alors, qu'est-ce qu'on peut sortir ? C'est que, en fait, alors là, je vais reprendre des... On avait commencé à faire des travaux avec ma collègue, Judith Nicogossian, sur les systèmes de communication. Qui est anthropologue, qui est anthropologue, oui. Spécialiste dans le domaine de la santé, des nouvelles technologies. Et qui avait rappelé que, dans l'école de Palo Alto, en fait, ils avaient mis en chose, parce qu'elle s'occupe aussi de l'anthropologie de la communication, qu'il y a une communication qui est digitale.
23:34 Par exemple, là, on peut dire, c'est les touches qui sont appuyées par le pianiste. Et il y a aussi une communication analogique, affective, qui est plus flou, par exemple, le visage, etc. Et que les deux participent. Voilà, aux choses. Et c'est aussi, j'imagine, les imperfections, les changements de mesure, etc., du pianiste, qui fait qu'on prend un plaisir à l'écouter. Et après, on pourrait se poser aussi d'autres questions. Ça sera peut-être, un jour, on pourra en discuter.
24:04 Est-ce qu'on parle pour la musique ? On pourrait aussi en parler pour la poésie. Parce que vous avez vu qu'on voit qu'on peut reproduire, on peut, les machines d'apprentissage qui sont un peu plus sophistiquées que l'apprentissage machine supervisé peut, par exemple, reproduire un tableau de maître. Mais après, la question, c'est est-ce que ça reste de l'art ? Est-ce que ça reste de... Si ça reproduit une poésie, est-ce que ça reste de la poésie ?
24:34 Et pas. Et la question n'est pas, n'est pas vraiment, je pense, évidente à trancher. Bon, les problèmes sont posés, et même clairement, grâce à ces exemples qui parlent, et qui vont nous amener tout droit au texte sur lequel on va plancher, qui est un texte de Descartes. Vous me direz, mais qu'est-ce qu'on va s'embêter à prendre un texte du XVIIe siècle alors qu'on parle de technologie, d'avant-garde ? Mais c'est bien ça qui est accablant pour une grosse partie, c'est pas Christophe qui me contredira, une grosse partie des discours qui tournent autour de l'intelligence artificielle et qui se croient pertinent, soulèvent des problématiques qu'ils croient actuelles et qui sont en fait aussi vieilles que l'humanité pratiquement, et ce qu'on va voir avec le texte de Descartes.
25:21 D'ailleurs, avant même de passer à Descartes, je ne voudrais pas par-dessus, en remontant le temps, passer par-dessus la tête de Kant, mais Kant disait déjà à propos de ton pianiste électronique, ton pianiste machine, il disait déjà, l'exemple est célèbre dans la critique du jugement, dans son esthétique, je me promène dans un parc, j'y avais fait allusion il n'y a pas si longtemps, j'entends le chant d'un rossignol au crépuscule, je suis subjugué par la beauté de ce chant, lorsque le propriétaire du parc qui m'accueille me dit « oui, ma, reviens sur Terre, en fait c'est un mécanisme, un automate que j'ai dissimulé dans l'arbre, et hop, il dit « du coup mon plaisir disparaît, je suis très déçu, je pensais que c'était un rossignol naturel, voilà, ça en dit long déjà, ce que tu viens de dire, vous voyez que je ne résous aucun des problèmes, mais je vous montre à quel point ils sont soulevés depuis longtemps. »
Lecture du Discours de la méthode, cinquième partie
26:13 Et je vais en arriver maintenant au texte de Descartes, si tu veux bien l'afficher, Pierre-Alain, je voudrais bien le lire. Merci. Alors, Descartes, je vous dis tout de suite ce qu'il y a avant les premiers mots, c'est l'extrait de la cinquième partie du discours de la méthode, il est intéressant de se rappeler que c'est écrit, ce discours, il paraît en 1637, donc un an après de la condamnation de Galilée, donc Descartes il est très prudent, je dis ça parce qu'il fait une petite allusion à Dieu à un moment donné, il n'a pas envie de s'aliéner les gens d'église qui ne pouvaient pas l'encaisser, d'ailleurs, soit dit en passant, il était surveillé très près par les jésuites et il le savait, et sa devise, n'oublions pas, c'était « j'avance masqué », je dis ça en voix off, mais ce n'est pas indifférent, surtout par rapport à ce qu'il va dire.
27:05 Juste avant, il a parlé du corps, des animaux, etc., et dans un champ explicatif qu'on appellerait mécaniste depuis, n'est-ce pas, c'était tout nouveau depuis Galilée, avec uniquement mécanisme, c'est ça, le mécanisme classique, il n'y a que l'étendue et le mouvement. Il y a deux concepts fondamentaux, il y a de l'étendue de l'espace, aujourd'hui, et du mouvement, ça suffit pour tout expliquer. pour ce qui est de l'ordre des corps, bien sûr, on ne parle pas de ce qui est censé être la pensée, etc.
27:38 Et alors, une fois qu'il a donné quelques exemples dans le monde animal, il enchaîne, et maintenant je lis son texte, « Ce qui ne semblera nullement étrange à ceux qui sachant combien de divers automates ou machines mouvantes l'industrie des hommes peut faire sans y employer que fort peu de pièces à comparaison de la grande multitude des os, des muscles, des nerfs, des artères, des veines et de toutes les autres parties qui sont dans le corps de chaque animal, considéreront ce corps comme une machine qui, ayant été faite de main de Dieu, est incomparablement mieux ordonnée et a en soi des mouvements plus admirables – il parle des animaux là – qu'aucune de celles qui peuvent être inventées par les hommes.
28:30 Et je m'étais ici particulièrement arrêté à faire voir que s'il y avait de telles machines, vous voyez, qu'il anticipe sur aujourd'hui, qui eussent les organes et la figure extérieure d'un singe ou de quelque autre animal sans raison, car l'instinct n'a pas la raison, nous n'aurions aucun moyen pour reconnaître qu'elles ne seraient pas en tout de même nature que ces animaux. Il n'y a rien qui distinguerait cette machine des animaux. Allez, j'ai dit que je ne faisais pas de voix off. Au lieu que s'il y en avait qui eussent la ressemblance de nos corps et imitassent autant nos actions que moralement il serait possible, nous aurions toujours deux moyens très certains pour reconnaître qu'elles ne seraient point pour cela de vrais hommes.
29:11 Deux points, c'est le cas de le dire. dont le premier est que jamais elles ne pourraient user de paroles ni d'autres signes en les composant comme nous faisons pour déclarer aux autres nos pensées. Car on peut bien concevoir qu'une machine soit tellement faite qu'elle profère des paroles et même qu'elle en profère quelques-unes à propos des actions corporelles qui causeront quelques changements en ses organes, comme si on la touche en quelque endroit et qu'elle demande ce qu'on veut lui dire. si en un autre qu'elle crie ou qu'on lui fait mal et choses semblables mais non pas qu'elle les arrange diversement pour répondre au sens de tout ce qui se dira en sa présence ainsi que les hommes les plus hébétés peuvent faire.
29:55 Ça c'est le premier point. Et le second est que bien qu'elle fisse plusieurs choses aussi bien ou peut-être mieux qu'aucun de nous pensez aux calculatrices elle manquerait infailliblement en quelques autres par lesquelles on découvrirait qu'elles n'agiraient pas par connaissance mais seulement par la disposition de leurs organes car au lieu que la raison est un instrument universel qui peut servir en toutes sortes de rencontres ces organes ont besoin de quelques particulières dispositions pour chaque action particulière.
30:28 D'où vient qu'il est moralement impossible qu'il y en ait assez de divers en une machine pour la faire agir en toutes les occurrences de la vie de même façon que notre raison nous fait agir. Or par ces deux mêmes moyens on peut aussi connaître la différence qu'il y a entre les hommes et les bêtes car c'est une chose bien remarquable qu'il n'y a point d'hommes si hébétés et si stupides sans en excepter même les insensés il s'agit ici des fous grossièrement qu'ils ne soient capables d'arranger ensemble diverses paroles et d'en composer un discours par lequel ils fassent entendre leurs pensées et qu'au contraire il n'y a point d'autres animaux tant parfaits et tant heureusement nés qu'ils puissent être qui fassent le semblable ce qui n'arrive pas de ce qu'ils ont faute d'organes car on voit que les pies et les perroquets peuvent proférer des paroles ainsi que nous et toutefois ne peuvent parler ainsi que nous c'est-à-dire en témoignant qu'ils pensent ce qu'ils disent au lieu que les hommes qui étant nés sourds et muets sont privés des organes qui servent aux autres pour parler autant ou plus que les bêtes ont coutume d'inventer d'eux-mêmes quelques signes par lesquels ils se font entendre à ceux
31:38 qui étant ordinairement avec eux ont loisir d'apprendre leur langue et ceci ne témoigne pas seulement que les bêtes ont moins de raison que les hommes mais qu'elles n'en ont point du tout car on voit qu'il n'en faut que fort peu pour savoir parler et d'autant qu'on remarque de l'inégalité entre les animaux d'une même espèce aussi bien qu'entre les hommes et que les uns sont plus aisés à dresser que les autres il n'est pas croyable qu'un singe ou un perroquet qui seraient des plus parfaits de son espèce n'égala en cela un enfant des plus stupides ou du moins un enfant qui aurait le cerveau troublé si leur âme n'était d'une nature toute différente de la nôtre et l'on ne doit pas confondre les paroles avec les mouvements mécanés les mouvements naturels qui témoignent les passions et peuvent être imités par des machines aussi bien que par les animaux ni penser comme quelques anciens que les bêtes parlent bien que nous n'entendions pas leur langage car s'il était vrai puisqu'elles ont plusieurs organes qui se rapportent aux nôtres elles pourraient aussi bien se faire entendre à nous qu'à leurs semblables c'est aussi une chose fort remarquable que bien qu'il y ait plusieurs animaux qui témoignent plus d'industrie que nous en quelques-unes de leurs actions on voit toutefois que les mêmes n'en témoignent point
32:48 du tout en beaucoup d'autres de façon que ce qu'ils font mieux que nous ne prouve pas qu'ils ont de l'esprit car à ce compte ils n'en auraient plus qu'aucun de nous et feraient mieux en toute autre chose mais plutôt qu'ils n'en ont point et que c'est la nature qui agit en eux selon la disposition de leurs organes ainsi on voit qu'une horloge n'est composée que de roues et de ressorts peut compter les heures et mesurer le temps beaucoup plus justement que nous avec toute notre prudence point final de cet extrait alors je vais recommencer au début si tu veux bien Pierre-Alain je vais recommencer au début de manière moins longue bien sûr mais tout de même avec quelques commentaires d'abord dès la deuxième ligne on parle d'automates et oui c'était tout nouveau ce sont les tout premiers automates qui apparaissent comme par hasard au moment où la révolution scientifique c'est comme ça qu'on l'appelle chez les historiens vient de se produire en Italie d'abord n'est-ce pas avec la physique galiléenne la coupure galiléenne comme on dit du côté de chez Bachelard par exemple n'est-ce pas et qui est la première irruption des sciences dures appliquées dans l'histoire
Les premiers automates et la révolution galiléenne
33:59 des sciences par ordre d'entrée en scène puisque bon 2000 ans avant étaient apparus les mathématiques mais là il s'agit de sciences appliquées de mathématiques et je sais si c'est important pour Galilée qui disait que s'il n'y avait pas une loi mathématique une explication mathématique les expériences qu'il pouvait faire ne suffisait pas à le convaincre de la validité des lois physiques qu'il dégageait donc ça je vous renvoie aux admirables études galiléennes d'Alexandre Koyré j'en vais m'en fumer pour m'excuser la dernière fois d'avoir ça fait 20 ans que je cite l'histoire du concept du réflexe de Canguilhem je ne sais pas pourquoi la dernière fois je l'ai attribué à Koyré là il s'agit bien de Koyré les études galiléennes je vous renvoie à ça ce n'est pas notre sujet directement mais enfin tout ce que dit Descartes là présuppose cette révolution scientifique qui vient de se produire cette physique mécanique qui ne retient rien qui ne cherche plus dans les corps une âme une volonté cachée mystérieuse des forces occultes comme on disait mais uniquement la matière et le mouvement ou l'étendue et le mouvement l'étendue étant le genre
35:10 de tout ce qui est matériel à cette époque dans la pensée physique or et immédiatement arrive l'hypothèse et pas seulement l'hypothèse on a commencé à fabriquer les premiers automates de l'époque qui vont bientôt donner mais à peine un siècle après au XVIIIe siècle un joueur d'échecs mécanique pas encore électronique mais encore mécanique n'est-ce pas donc à ceux qui sachant combien de divers automates ou machines mouvantes vous voyez toujours le mouvement mécané en grec l'industrie des hommes peut faire sans y employer que fort peu de pièces bon à comparaison de la grande multitude des os des muscles des nerfs bon autrement dit imaginez imaginez une machine qui aurait autant de pièces que n'importe quelle des animaux n'est-ce pas qui nous entoure elle serait encore incomparablement plus performante et on aurait encore plus de mal à la distinguer des animaux vivants qui nous entourent c'est ce qu'il dit n'est-ce pas et donc je saute au paragraphe qui vient après vous voyez et je m'étais vous voyez en fin de ligne et je m'étais ici particulièrement arrêté à faire voir que s'il y avait de telles machines
36:20 qui eussent les organes et la figure extérieure d'un singe ils n'avaient pourtant pas vu la planète des singes ou de quelque autre animal sans raison nous n'aurions aucun moyen pour reconnaître qu'elles ne seraient pas en tout de même nature que ces animaux autrement dit on ne pourrait pas les distinguer des animaux si ces machines étaient parfaitement si leur mimesis comme on dit leur imitation des animaux était très bien faite on ne pourrait pas les distinguer des animaux au lieu que s'il y en avait qui eussent appliquons ça maintenant aux êtres humains la ressemblance de nos corps et imitant autant nos actions que moralement il serait possible et c'est là que la symétrie ne marche plus nous aurions toujours deux moyens très certains pour reconnaître qu'elles ne seraient point pour cela de vrais hommes alors avant de les rappeler ces deux moyens je veux dire je vois venir ceux qui vont dire oui et Descartes il ne veut pas se résigner à l'anthropocentrisme il veut absolument garder une spécificité alors écoutez je vous conseille de relire la saison en enfer de Rimbaud ça nous rapproche déjà beaucoup plus du monde moderne
Quelque chose et quelqu'un : contre le naturalisme
37:30 et Rimbaud dans la saison en enfer dit à un moment donné cette sentence tellement que c'est court il a le génie de dire le maximum de choses en minimum de mots Rimbaud il n'y a personne ici et il y a quelqu'un alors quand on n'est pas capable n'est-ce pas de distinguer quelque chose de quelqu'un vous avez le droit si je viens dans votre bureau et je viens vous serrer la main vous demandez des nouvelles de vos enfants vous avez le droit de me dire que je suis un quelque chose moi je veux dire c'est pas là que je mets mon amour propre mais enfin je veux dire il faut assumer s'il n'y a rien qui distingue l'homme n'est-ce pas parce que c'est très à la mode c'est ce que je suis en train de dire il y a un préjugé qui qui est vieux comme le monde d'ailleurs qui est naturaliste c'est sans doute la plus vieille de toutes les pensées alors qu'elle se croit la plus actuelle et la plus up to date n'est-ce pas surtout lorsqu'elle se donne des garanties pseudo-scientifiques il y a cette pensée qui consiste à nier la différence qui entre quelque chose et quelqu'un mais moi je veux bien je tranche pas comment voulez-vous que je tranche mais il faut l'assumer les nazis l'assumaient n'est-ce pas pour eux les gens leurs prisonniers étaient des quelque chose
38:40 si vous n'étiez pas d'abord de la bonne race vous n'étiez déjà pas des quelqu'un vous étiez des quelque chose et vous savez que la notion d'homme a été vigoureusement attaquée par la pensée nazie la notion d'homme est celle d'homme universel avec son universalité c'est-à-dire s'appliquant aussi bien à des pygmées à des japonais qu'à des dolicocéphales blonds n'est-ce pas a été vivement attaquée par les nazis dans la continuité d'une vieille pensée européenne qui apparaît dès la contre-révolution après la révolution française et qui est pour la première fois formulée par Burke et ce sera repris par tous nos contre-révolutionnaires français dans le style de de Maistre et j'en passe qui consiste à dire j'ai rencontré dans ma vie des Irlandais des Iroquois des Français des Bretons mais je n'ai jamais rencontré l'homme en général vous voyez c'est un vieux dossier pourquoi j'ai fait cette parenthèse je me suis attardé sur ce commentaire parce que le mot universel ne va pas tarder sur la plume de Descartes qui est donc en avance sur ces pensées demeurées que je viens de dénoncer n'est-ce pas ?
Premier critère : composer des signes pour dire sa pensée
39:47 enfin dont je viens de rappeler qu'elles sont très anciennes elles ont peut-être raison il faut assumer les conséquences politiquement il faut bien les assumer il ne faut pas jouer sur tous les tableaux je dis ça parce que maintenant j'ai vu des gens qui se réclament de la gauche de la gauche et qui valorisent Popper moi je le veux bien et le néopositivisme en général donc je reprends la phrase de Descartes nous aurions toujours deux moyens très certains pour reconnaître qu'elles ne seraient point pour cela de vrais hommes deux points dont le premier que jamais elles ne pourraient user de parole alors éclat de rire j'en entends déjà de contemporains comment comment mais il ne sait pas qu'elles sont les dauphins et les abeilles ça c'est des gens qui regardent derrière eux en disant regardant l'attardé qui est loin derrière eux alors que la personne qui parle est loin devant eux il faudrait qu'ils retournent leur tête comme Janus Descartes est bien au-delà de leur pensée dans le premier qu'elles ne pourraient jamais user de parole ni d'autres signes en les composant il parle de signes pas de signaux comme les dauphins ou les abeilles comme nous faisons pour déclarer aux autres nos pensées car on peut bien concevoir qu'une machine soit tellement faite sous-entendu bien faite qu'elle profère des paroles vous voyez il a l'air de se contredire non une machine peut proférer des paroles et même qu'elle en profère quelques-unes
40:57 à propos des actions corporelles qui causeront quelques changements en ses organes regardez comme il est nuancé il ne se contente plus de dire qu'elle ne peut pas émettre une parole pas seulement l'animal mais même une machine peut émettre des paroles est en train de dire Descartes on est au cœur de notre problématique d'intelligence artificielle comme si on la touche en quelque endroit qu'elle demande ce qu'on lui veut dire si en un autre qu'elle crie qu'on lui fait mal donc Descartes en 1700 dans les années 1730 anticipe le fait qu'on peut très bien construire des machines qui crient quand on est censé leur faire mal ou les appuyer à un endroit sensible etc.
41:33 mais non pas qu'elle les arrange diversement leur parole pour répondre au sens de tout ce qui se dira en sa présence on en arrive à l'universel ainsi que les hommes les plus hébétés peuvent faire et le second là on y saute en plein est que bien qu'elle fisse plusieurs choses aussi bien ou peut-être mieux qu'aucun de nous ils donnent l'exemple de l'horloge à la fin mais moi je pense aux puissants ordinateurs qui ont des puissances de calculs ahurissantes n'est-ce pas qui font des milliards d'opérations par seconde je crois hein Christophe je rajoute pas trop de zéro tu peux en rajouter encore je pense je croyais faire une hyperbole mais on est toujours en ça du vrai du réel et le second est que bien qu'elle fisse plusieurs choses aussi bien ou peut-être mieux qu'aucun de nous faut pas prendre Descartes pour un imbécile mais elle ne sait faire que ça voilà ce qu'il va dire elle ne sait faire que ça la machine qui joue aux échecs et qui bat le champion du monde des échecs elle ne sait faire que ça elle ne va pas en plus jouer la sonate de Beethoven et surtout elle ne va pas en composer je suis très content que Christophe ait cité sa collègue anthropologue qui dit il y a aussi des composantes analogiques tu disais qui se communiquent
Le rubato et la diversité des interprètes
42:44 entre le pianiste humain cette fois et l'auditoire et j'avais le mot au bout des lèvres quand tu as cité ta collègue c'est un terme que les musiciens les musicologues ça va de soi mais même beaucoup de mélomanes connaissent ce qu'on appelle le rubato en musique en général et en musique classique en particulier rubato to rob voler en anglais n'est-ce pas rappelez-vous dans le ring d'Urstraum il faut voler l'or au Nibelheim au prolétariat rubato ça veut dire ce qui est volé qu'est-ce qui est volé le tempo ça veut dire que un tempo trop régulier trop métrique parce qu'une machine on peut lui dire allez tu vas jouer cette sonate de Beethoven à 125 croches à la minute ça c'est faisable c'est pas un problème c'est pas un problème tout ce qui est quantitatif la machine peut parfaitement le faire mais non que la machine choisisse les endroits où il faut un peu ralentir il n'y a pas deux pianistes qui ont la même exécution justement y compris parmi les plus grands et j'en profite pour dire Christophe tu nous as servi l'interprétation
43:55 de Wilhelm Kempff j'apprécie beaucoup car ceux qui connaissent ce répertoire savent que Kempff est une des des plus belles réalisations du répertoire béthovénien et pas seulement c'est un immense schoubertien je recommande son intégral de sonate de Schubert et je disais tout à l'heure off record que avant que nous commencions notre diffusion que Kempff avait une formation d'organiste ce qui est assez rare chez les pianistes ce qui donne à son jeu cette clarté horizontale parce qu'avec l'orgue c'est comme le clavecin vous pouvez taper fort ou doucement ça ne change pas le volume donc on est obligé d'être d'une clarté parfaite dans l'horizontalité cette transparence qui convient si bien des œuvres aussi complexes que l'opus 27 numéro 2 par lesquelles nous avons commencé malgré les bugs voilà donc il y a mais nous notre luxe à nous qui consommons cette musique ou même qui essayons de les interpréter quelquefois beaucoup plus mal que ces grands interprètes nous avons le luxe de pouvoir hésiter entre l'interprétation d'un Kempff d'un Yves Nat sans doute certains disent que c'est le plus grand beethovénien c'est un français
45:05 malgré les apparences il n'y a pas que les allemands qui jouent Beethoven d'un Schnabel qui est le premier qui a enregistré l'intégrale des sonates de Beethoven à l'époque en 78 tours je ne dis pas qu'il y en a un qui est meilleur que les autres là je suis dans l'Himalaya tout ça c'est des cimes qui sont hors concours et notre luxe justement c'est d'hésiter selon notre sensibilité à chacun on trouvera celui-là un peu plus introverti et celui-là peut-être mieux dans les aspects rythmiques et dynamiques et celui-là peut-être plus lyrique voilà mais à chaque fois c'est fabuleux comment voulez-vous qu'une machine puisse avoir cette diversité d'affect et de sensibilité donc je suis très content Christophe que tu aies cité les paramètres analogiques si je puis dire à laquelle faisait allusion ta collègue donc je reprends Descartes rapidement j'ai l'air de parler vite mais il y a de la matière et puis je voudrais vous passer la parole au public tout à l'heure donc je ne voudrais pas la manger à votre place et le second est que oui donc car au lieu que la raison est un instrument universel et là le mot est lâché qui peut servir en toutes sortes de rencontres ce n'est pas qu'il est vague c'est qu'il applique ce qu'il vient de dire
La raison instrument universel et l'abîme du désir
46:15 là on est vraiment au cœur de l'anthropologie parce que ça ne s'applique pas seulement à la connaissance cette faculté de l'universel le fait qu'un ours blanc il ne peut pas vivre longtemps en Amazonie il va être j'allais dire repéré comme le loup blanc n'est-ce pas c'est son camouflage dans les glaces à qui il doit sa survie et un blaireau n'est-ce pas dans un terrain où il n'y a que du granit il est foutu parce qu'il est équipé pour faire des trous et des terriers donc l'animal est entièrement déterminé par la particularité de son ici de son maintenant de ce qu'on appelle à juste titre en zoologie son biotope dans les sciences du vivant en général il y a des biotopes des temples aussi alors que l'homme vit dans la forêt vierge construit des stations au pôle et même des stations dans l'espace sur des terrains qui n'étaient pas du tout fait pour lui autrement dit une différence fondamentale chaque animal s'adapte à l'ici et maintenant qui constitue son environnement immédiat alors que l'homme adapte l'environnement à sa volonté que ce soit une capsule spatiale
47:25 un bateau déjà vous savez déjà nos ancêtres qui ont lancé de frêles esquiffes qui devaient être des troncs d'arbres à l'origine pour traverser une rivière déjà naviguer sur l'eau on n'est pas fait pour flotter sur l'eau le corps humain au départ vous voyez donc cette faculté universelle est capitale et je le disais pas seulement pour ce que je viens de dire la différence entre l'universel et le particulier au niveau cognitif mais aussi au niveau je vais vous surprendre au niveau syndical ou comme je deviens actuel vous savez autrement dit à partir de quand on trouve que le salarié revendique trop parce qu'après tout un néandertal avait résolu le problème de la nourriture c'est un des plus grands chasseurs qu'on ait jamais vu néandertal si l'action humaine était guidée par des instincts c'est à dire par la survie c'est à dire par la nécessité biologique il y a longtemps qu'on aurait plafonné au néandertal et peut-être même qu'on trouverait que néandertal est bien sophistiqué parce qu'il faisait des épieux quand même par rapport au monde animal
48:36 mais si le progrès technique je le dis sans aucun jugement de valeur vous voyez je suis honnête qu'on s'en plaigne qu'on trouve que c'est une catastrophe à l'aune des guerres ou qu'on trouve que c'est une voie de la libération une voie nécessaire mais pas suffisante le progrès technique s'il est et par contre il est indéniable on peut le mesurer c'est à dire le temps que je mets à fabriquer cet objet n'est-ce pas avec une machine maintenant ça prend quelques secondes ça prenait des mois extenuants de travail auparavant ce progrès-là s'il n'a pas de limite s'il ne cesse de développer c'est parce que le désir humain est aussi universel que la connaissance humaine comme Descartes vient de la décrire c'est à dire que c'est un abîme le désir humain qu'aucune satisfaction limitée et particulière fut-elle celle d'un milliardaire regardez Citizen Kane comme le film illustre bien n'est-ce pas qu'aucune satisfaction particulière ne peut venir combler on dit les choses graves là aujourd'hui je le dis pour ceux qui voudraient supprimer le genre humain les nazis voulaient supprimer les judéo-bolcheviques
49:47 les juifs les communistes les homosexuels certains malades mentaux les trisomiques tout ce que vous voulez n'est-ce pas mais pas le genre humain maintenant il y en a pour qui le genre humain c'est vraiment la seule espèce qui est en trop n'est-ce pas sur la planète donc il y en a qui veulent supprimer le genre humain de dire l'homme est tout au plus une espèce parmi les autres c'est ça les enjeux qu'on est en train de discuter c'est important de réaffirmer qu'il y a un genre humain ce qu'il ne veut pas dire et pas transhumain aussi et voilà ce qu'il ne veut pas dire qu'on va traiter les animaux comme des comme une machine ou comme chose d'inerte il y a de très beaux passages ou Descartes dont on dit que il parle des animaux machines avec un cynisme épouvantable pas du tout Descartes nie que l'animal ait de la raison mais pas du tout qu'il ait du sentiment je vous renverrai à ces textes une autre fois voilà d'où vient qu'il est moralement impossible qu'il y en ait assez de divers bon je ne vous fais pas un dessin son raisonnement est simple s'il y avait dans une machine quelle qu'elle soit dans un robot même avec le degré de miniaturisation qu'il y a aujourd'hui n'est-ce pas s'il y avait assez de pièces pour parler comme Descartes
La parole, les sourds-muets et Helen Keller
50:58 qu'il y a d'occasion pour nous n'est-ce pas de de faire fonctionner notre raison sur les rencontres de la vie quotidienne il lui faudrait n'est-ce pas c'est c'est tellement invraisemblable que c'est même pas la peine d'y penser or par ces deux mêmes moyens on peut aussi connaître la différence qu'il y a entre les hommes et les bêtes car c'est une chose bien remarquable c'est pas qu'il n'y a point d'homme si hébété et si stupide sans en excepter même les insensés qui ne soit capable d'arranger ensemble diverses paroles et d'en composer un discours par lequel ils fassent entendre leurs pensées vous voyez c'est plus précis que tout à l'heure où il disait qu'ils émettent des paroles non mais par lesquelles ils fassent entendre leurs pensées et qu'au contraire il n'y a point d'autre animal tant parfait et tant heureusement né qu'ils puissent être qui fassent le semblable ce qu'il n'arrive pas ce qu'ils ont faute d'organes et il sait très bien que les perroquets et pas seulement les perroquets il y a des oiseaux qui parlent beaucoup mieux que les perroquets en termes de de clarté vocale je me rappelle à Genève j'étais rentré dans une boutique d'horlogerie comme par hasard et tout d'un coup j'entends bonsoir mais comme je viens de vous le dire bonsoir je me retourne et je vois un petit mainate dans une cage qui avec son petit bec me regarde droit
52:08 dans les yeux et qui me répète bonsoir vous savez j'ai jamais vu un perroquet c'est cocoy et contente mais ça c'était bonsoir tranquillement vous voyez donc c'est pas qu'on n'a pas les organes le langage c'est pas seulement d'être équipé pour parler car ça on peut prouver qu'il y a des animaux qui sont même pas équipés mais c'est pas suffisant qu'il y ait ces équipements la preuve et Descartes la donne c'est les sourds muets de naissance qui très bien qui ne peuvent pas parler au sens sonore n'est-ce pas dans le champ auditif vont trouver un substitut à cette communication par laquelle on peut transmettre de la pensée et non pas seulement exprimer des instincts n'est-ce pas avec des signes conventionnels et le CON de convention prouve bien que ça suppose une relation entre les hommes et non pas que les choses qui préexistaient à notre naissance n'est-ce pas comme l'hérédité et puisqu'on est là je vais rendre la parole après à Christophe je terminerai sur l'exemple de quelqu'un qui est bien oublié aujourd'hui c'est Helen Keller est-ce que ça vous dit quelque chose Christophe ?
53:19 et bien Christophe tu as bien la chance d'avoir ta jeunesse si tu avais mes cheveux blancs tu en avais entendu parler mais il y a longtemps qu'on n'en parle plus mais c'est quelqu'un je te recommande de regarder dans Wikipédia parce que c'est quelqu'un qui intéresse beaucoup des recherches alors je dis que c'est une petite américaine qui est née sourde muette et aveugle la pauvre gosse ça arrive mais tu as dû entendre parler peut-être en oubliant oui mais pas le nom je ne me rappelais plus le nom voilà voilà et vous me direz et qui a fini prof en faculté et qui a écrit des bouquins c'est ça qui est extraordinaire alors qu'est-ce qui s'est passé je vais vous le dire moi enfin je vais vous le dire je vais vous dire ça comme si c'est moi qui le décrétais non allez je vais vous dire le plus important pour moi comme je le résume c'est l'amour qui est intervenu je m'explique elle avait eu une domestique une servante à la maison qui a eu cette idée géniale chaque fois c'était un petit animal sourde muette aveugle de naissance c'est pas un grognement comme ça elle demandait de l'eau et une fois la servante au lieu de lui donner de l'eau comme on satisfait un animal qui manifeste qu'il a faim a pris son doigt
54:30 parce qu'il lui reste le toucher c'est là qu'on voit qu'il faut être matérialiste le sensible est incontournable il faut au moins qu'il reste un sens elle a pris son doigt et elle elle lui a fait faire un rond dans l'évier sur le fond de l'évier un rond avec son doigt et chaque fois qu'elle demandait de l'eau elle faisait ça et c'est comme ça que la gosse a eu accès à la fonction symbolique ça a commencé par l'eau par le mot eau puis par d'autres et je vous dis à la fin vous voyez c'est l'amour et l'attention d'une servante qui a fait que cette fille qui était partie pour rester n'est-ce pas en marge de l'humanité a fini avec des compétences que sans doute je n'ai pas voilà chemin d'avoir je te rends la parole Christophe oui mais pour l'exemple je ne me rappelle plus de nom mais c'est vrai que ce que tu dis c'est un c'est un thème qui est vraiment d'actualité sur l'empathie la relation empathique etc par exemple pour prendre un exemple sur les outils de diagnostics médicaux c'est le fait que même si on a des pour reprendre un peu Descartes même si on peut avoir des machines très sophistiquées etc elle n'arrive pas encore
Empathie, altérité, test de Turing et chambre chinoise
55:40 je dis encore à reproduire quand même la reproduire la relation empathique entre le médecin et le patient je crois qu'on avait déjà discuté la dernière fois et je pense il y a plusieurs choses qui sont que j'ai noté pendant qui ont fait aussi écho c'est le côté déjà je pense qu'il y a une notion importante aussi c'est que en être entre être humain il y a la question aussi d'altérité qu'on n'a peut-être pas forcément avec des robots qui se ressemblent tous parce que ça fait partie aussi un peu regardez quand il y a des films un peu de science fiction et on voit toute une toute une toute une rangée de robots qui se ressemblent et bien même nous dans les sens ça nous fait un peu peur mais et tu parlais aussi de de la période nazie etc et je pense qu'il y a aussi un auteur un philosophe qui est un peu le père le père de l'éthique qui a parlé aussi des notions de visage qui est Emmanuel Lévinas et qui disait justement
56:51 voilà et qui parlait justement de l'altérité et que finalement l'altérité je me rappelle par exemple le moi devant autrui est infiniment responsable qui avait beaucoup bon le visage c'est une métaphore sur sur l'autre et qui a une relation aussi voilà et qui une oui et qui est asymétrique la relation est asymétrique avec autrui je me rappelle j'avais noté je ne dois pas attendre de réciprocité alors pourquoi je parle de ça parce que sur les systèmes d'IA et bien on peut être aussi perdu dans nos sens on peut être perdu parce qu'on a une illusion de réciprocité par exemple un exemple c'est ce qui fait ravage je crois au Japon moi c'est tous les parce qu'on on a peur de s'engager etc c'est tous les systèmes un peu je ne me rappelle plus de nom un peu androïde où en fait c'est c'est d'avoir une femme ou un homme à la maison etc avec une illusion de réciprocité mais c'est
58:01 et que c'est un piège quand même qui est tendu par les concepteurs de la machine donc là je reprends encore des réflexions que j'avais qu'on avait eu avec Judith parce que ça joue des mécanismes d'addiction voilà en termes de récompense frustration et donc sur ce premier point je pense que il est important aussi de voir comme tu parlais de l'universel c'est bien le défaut pas le défaut il y a difficulté maintenant c'est pour ça qu'on ne va pas s'orienter je pense sur de l'IA forte je rappelle l'IA forte ça veut dire que c'est le remplacement plus ou moins de l'être humain ça veut dire que on va avoir un robot humanoïde qui va pouvoir agir comme un être humain mais il y a quelque chose qui est très difficile encore dans le domaine de la recherche et qui qui fait écho à ce que tu disais par universel c'est l'apprentissage du sens commun alors ça l'apprentissage du sens commun c'est quelque chose qui est universel commun c'est lié voilà et ça c'est vraiment une très grande difficulté
59:11 parce que on arrive très bien et ça ce que je voulais dire aussi c'est que ce qui est assez frappant frappant ou pas mais c'est qu'on voit qu'il y a un continuum entre comme tu l'as bien présenté entre Descartes et les réflexions qu'on a maintenant sur l'IA parce que tu l'avais très bien illustré et c'est aussi il y avait ce côté donc universel il y avait aussi comment distinguer un système de robots robots dits intelligents et un être humain donc on avait présenté la dernière fois le fameux test de Turing ça veut dire que là on prendrait le robot et l'être humain on le mettrait dans les deux pièces séparées en posant des questions on pourrait selon Turing distinguer le robot de l'humain mais on peut être aussi perdu dans nos sens et puis il y avait aussi le fait aussi des contre un contre-exemple qui était par quelqu'un qui s'appelle Searle
1:00:21 et qui était qui s'appelle un peu la chambre chinoise où en fait on peut on peut imaginer qu'on est dans une pièce on donne des instructions en chinois et de l'autre côté ça ressort une traduction en anglais voilà donc on peut se dire là le système est intelligent il a appris à parler à anglais et voilà à traduire mais le truc c'est qu'on pourrait dire qu'à l'intérieur donc dans Searle c'est de l'apprentissage par coeur parce qu'il avait un livre qui fait une correspondance entre les idéogrammes chinois et l'anglais voilà une autre je pense aussi que la dernière fois on avait aussi parlé des premiers mythes pas des premiers mythes des utopies de l'IA dans les années 57 de reproduire le raisonnement humain etc et ce que je voulais parler parce que ça fait aussi un peu écho à ce que disait Descartes côté mécaniste par exemple il y a un projet qui
1:01:31 je ne me rappelle plus exactement de la date mais en 2013 par exemple il y a eu un énorme projet qui se déroule toujours mais qui a été réorienté qui s'appelait Human Brain Project dont la mission d'où l'objectif était de reproduire le le fonctionnement du cerveau on a plein de données on a des puissances de calcul qui en Tera ou en bientôt exa voilà et donc on a dit et en plus ce qui est assez c'est qu'il y a eu un financement de plus de 1 milliard et qu'on retrouve encore ce qui est assez drôle on est encore dans la même chose ça veut dire qu'on a une puissance de calcul qui est plus importante on va dire on va reproduire le mécanisme du cerveau humain alors que par exemple Yann LeCun donc le fameux Yann LeCun il a dit ben non il est illusoire qu'on puisse imaginer d'avoir une une IA comme ça qui va faire le cerveau humain simplement
1:02:41 d'un ordinateur avec de l'apprentissage machine supervisé avec de l'apprentissage par cœur rappelez-vous des histoires que j'apprends un chat j'apprends à reconnaître un chien d'un chat mais c'est par cœur et ça s'est réorienté en fait sur en allant plus vers les sciences cognitives en fait on rajoute de la connaissance et on rajoute et les algorithmes d'apprentissage classique ben sont pas efficaces mais on s'est quand même lancé dans ce projet parce que il y a quelque chose qui est peut-être je dirais intemporel je pense que d'un point de vue humain c'est-à-dire avec les machines on peut reproduire on peut peut-être un peu à la place de de se mettre à la place du créateur s'il existe alors la dernière chose c'est que peut-être on va peut-être en en parler après sur sur la conscience est-ce que oui alors qu'est-ce que j'avais voulu dire aussi que je trouve
Mathématisation du monde et Méditation première
1:03:51 oui quand tu parlais bien sûr de Galilée mais on va pas parvenir c'était aussi le comme tu as dit justement c'était le début de la mathématisation du monde c'est-à-dire que vraiment on se mettait d'un un pas de côté par rapport au monde sensible par exemple le plus ça veut dire que l'observation réfutait en fait les lois donc voilà c'est les lois de mathématiques c'est par exemple sur la chute des corps par rapport à Aristote voilà ou si on prend deux la bille de plomb et la plume voilà la bille de plomb voilà en principe on se dit qu'il y en a un qui va aller plus vite et c'est parce que après il y avait des la science est contre-intuitive voilà mais des fois on est obligé de revenir aussi au côté du sensible mais là après ça on reviendrait sur l'analogie de la ligne de Platon mais y revenir après avoir formulé des hypothèses pour vérifier infirmer valider ou confirmer une hypothèse c'est pas du tout pareil que de promener ses urnes pensant qu'il suffit
1:05:01 de regarder les pommes tomber pour trouver la loi de l'attraction universelle c'est ça la différence comme il nous reste pas beaucoup de temps avant les questions je voudrais simplement au travers de ce que tu viens de dire deux choses d'abord à propos de l'altérité c'est un moment important dans ce que tu as dit je rappelle Rimbaud il n'y a personne ici il y a quelqu'un comment savoir que ce quelque chose en face de moi qui me parle n'est pas seulement un quelque chose mais un quelqu'un je ne sais pas comment en avoir l'assurance je rappelle je ne tranche pas mais je rappelle puisqu'on a parlé de Descartes que dans la première méditation celle où Descartes va jusqu'au paroxysme du doute il n'a pas encore trouvé le cogito il n'a pas encore trouvé le fond de sa plongée dans le doute ça y est il a touché le fond il peut revenir à la surface non il est en train à sa stupéfaction de voir s'écrouler tout ce qu'il pensait comme monsieur tout le monde être certain par exemple que je sois assis ici au coin du feu en train d'écrire et comment puis-je nier
1:06:12 que ces mains-ci je le cite textuellement et ce corps-ci soit à moi on voit bien qu'il regarde ce qu'il y a de plus proche là son corps il n'y a pas de sensibles plus proches pour chacun de nous que notre corps comment puis-je nier ça si je ne me compare à ces insensés et là il parle des fous dont le cerveau est tellement offusqué par les noires vapeurs de la bile je lui souhaite cette réduction des explications de la folie qu'ils pensent être tout nus quand ils ont qu'ils pensent être des rois quand ils sont tout nus ou qu'ils ont un corps de verre bon mais quoi ce sont des fous et je ne serais pas moins fou si je me réglais sur leurs exemples et là on voit que Foucault peut tout d'un coup le tacler et dire vous voyez il a fallu le siècle de la raison pour que l'homme se définisse comme raison et exclut les fous de l'humanité pas du tout parce que là il met un point à la ligne Descartes et il fait un pas en profondeur en s'auto-humiliant c'est là que c'est un immense philosophe toutefois j'ai à considérer ici que je suis homme et que par conséquent j'ai coutume de dormir et de me représenter en mes songes des choses aussi extravagantes et peut-être quelques fois plus extravagantes que ces insensés lorsqu'ils veillent
1:07:22 de sorte qu'en y pensant soigneusement je vois qu'il n'y a point d'indice concluant sous-entendu sensible qui me fasse distinguer la veille du sommeil que j'en suis tout étonné comme le tonnerre et que cette pensée est presque capable de me persuader que je dors c'est un texte extraordinaire il est en train de dire enfin vous voyez bien vous voyez bien votre grand-mère elle est là devant vous oui mais en rêve aussi il m'arrive de voir ma grand-mère et pourtant elle a disparu hélas il y a bien longtemps donc c'est pas suffisant le critère sensible pour dire qu'il y a quelqu'un alors où je veux en arriver à la vérité c'est parce que c'est par rapport à des objets qu'ils désespèrent de voir s'affirmer quelque chose de certain mais tout d'un coup enfin ils forment l'hypothèse qu'il n'est pas tout seul mais qu'il y a et c'est la fameuse hypothèse un malin génie alors là on n'est plus dans les quelque chose qui est aussi puissant que Dieu mais qui est à différence de Dieu est malin donc qui emploie toute l'industrie à me tromper et à me donner des illusions n'est-ce pas et c'est seulement lorsqu'il a fait cette hypothèse qui lui fait arriver
1:08:32 au paroxysme du doute qu'il arrive au fond et qu'on peut enfin avoir la première certitude validée qu'il me trompe tant qu'il voudra il ne pourra me tromper nonobstant que je pense de sorte que cette proposition je suis virgule j'existe est vrai toutes les fois que je la conçois ou que je la prononce en mon esprit on oublie toujours de lire la suite c'est peut-être pas valable quand je ne le dis pas avec des mots on y revient voilà donc je voulais rappeler ceci et peut-être ben oui il serait temps de donner Pierre-Alain il reste juste c'est bon là je crois qu'on peut donner la parole au public s'il y a des questions est-ce qu'on m'entend ?
Ratés du robot pianiste et défaite du champion d'échecs
1:09:29 oui comment je s'entends ? bon est-ce qu'on m'entend du côté de la régie ? oui alors je vais revenir avec vous juste pour vous dire vous avez un peu de temps si vous voulez lire d'autres textes sous l'article que Christophe avait préparé ou sinon vous pouvez voir vous avez des questions sur le côté je ne sais pas si Christophe tu les vois ou Dominique ah oui je n'ai pas mis les comments oui oui donc tu peux regarder les commentaires voilà je n'ai pas vu ça y est voilà il a établi ce qui notre vieux compagnon enfin notre compagnon de vieille date pardon qui est avec beaucoup d'humour et même un député pour proférer des paroles bon et malheureusement pour certains groupes de députés on ne voit pas d'altérité mais ça c'est bien de l'ajouter ça doit aller ensemble d'ailleurs et ce n'est pas les moins bavards il y avait une question sur le aussi sur le robot pianiste oui non c'est plutôt je peux lire
1:10:40 un jour le robot pianiste aura aussi des peines des faux des imperfections la perfection technologique pourra aussi jouer des parties imparfaites des ratés touchants des ratés ça c'est possible qu'un robot ait un raté au piano mais que ce soit des ratés qui soient dus à sa sensibilité ça m'étonnerait je vais prendre l'exemple dans le jazz sans doute je ne sais pas le seul à le dire mais d'un pianiste qui a complexé 40 ans de pianiste je pense à Bud Powell qui était un grand compagnon de Charlie Parker et de Dizzy Gillespie je ne sais pas à qui il arrivait d'accrocher c'est comme ça mais d'accrocher parce qu'il faisait des dérapages contrôlés à 250 à l'heure avec sa main droite donc là c'est une prise de risque fabuleuse qui fait qu'il accroche et quelque part il accroche au moment où il y a une crispation intérieure je veux dire c'est toujours l'ombre d'un monde moral ce qu'on entend avec les sens chez l'homme c'est une production d'un monde moral la machine peut très bien faire des ratés mais c'est des ratés contingentes et non pas qui ont un sens esthétique voulu nécessaire qui rentre dans l'unité de l'oeuvre je te coupe pardon non moi aussi
1:11:51 et puis si on peut se demander que si on fait apprendre à la machine parfaitement des imperfections est-ce que ça reste des imperfections si elle arrive à les reproduire parfaitement oui absolument ce n'est plus des imperfections souvent d'ailleurs les ratés sont plus difficiles à exécuter qu'est-ce qu'il y a t'écrit oui et après c'est vrai qu'il y a le côté aussi bug parce que des fois il y a des bugs je ne sais pas si je vous l'avais dit aussi le fameux exemple si on en avait parlé la dernière fois du jeu d'échec où Kasparov justement avait pris avait été perdu dans ses sens il avait pris un bug de la machine qui avait fait un coup fabuleux ou un coup sur lequel il ne s'attendait pas parce qu'il avait commencé à apprendre le fonctionnement de l'algorithme de la machine et ça l'a déstabilisé et il a perdu mais là c'est voilà mais tu avais eu un très bel échange avec Philippe Moreau de notre association qui est un excellent joueur d'échecs d'ailleurs et qui disait évidemment que la machine bat le champion mais ce n'est pas parce que elle a
1:13:02 plus de compétences c'est plutôt que le champion pense à plein de choses à ce moment-là affectives le trac tout ce qu'on veut je veux dire et bref c'est le plus de l'homme qui peut être battu par la machine c'est ça pour dire ce que tu disais tout à l'heure je reviens aux paramètres analogiques tout à l'heure exactement et on pourrait reprendre aussi la question est-ce qu'on serait content de voir des robots faire des 100 mètres je ne sais pas quoi voilà c'est ça non non mais voilà autrement dit la machine va battre le champion parce qu'elle ne fait que ça jouer aux échecs elle a été conçue pour être championne d'échecs d'accord alors qu'il y a autre chose dans la tête de l'homme qui joue aux échecs que les échecs et heureusement et dans son ventre pas seulement dans sa tête et dans son cœur voilà oui alors je vois beaucoup de questions qui tournent autour de gens qui ont encore l'illusion de croire vous voyez qu'avec le progrès il y a des machines finalement qui vont arriver à faire tout ce que on est en train de dénier à l'animal par exemple
Coupure logique et non ontologique : du signal au signe
1:14:13 vous voyez alors t'en es il y avait une question aussi tu sais qu'on a passé mais qui était passé il y a des je crois que c'était assez drôle aussi il y a des pianistes qui jouent comme des automates alors pourquoi pas l'inverse oui oui oui oui attendez alors j'avais vu ça quelque part enfin quelqu'un qui disait voilà par exemple ceci pour dire que l'on peut tout à fait admettre qu'un jour la machine puisse acquérir des propriétés que l'on pensait jusqu'ici exclusivement humaine je pense à notre ami Redrom très fidèle pensée, conscience, sens, parole alors je comprends très bien que cette objection serait justifiée si j'étais en train et Christophe même de suggérer qu'il y a tout d'un coup une coupure mystérieuse entre le genre animal et le genre humain entre le monde de la nature et le monde de l'esprit n'est-ce pas une discontinuité qui friserait l'idéalisme ou plutôt
1:15:23 qui friserait plus que le friser mais je ne dis pas du tout ça il y a une continuité matérielle je suis le premier à le dire je suis content que quelqu'un dise quelque part plus loin que pour qu'on ait une âme il faut qu'il y ait un corps n'est-ce pas bien sûr mais ce n'est pas une coupure ontologique que je suis en train de faire à la Descartes précisément ce n'est pas ça que je suis en train de faire c'est une coupure logique je veux dire et au sens propre le fossé c'est le langage je veux dire et je reprends notre distinction signal-signe qu'un animal je reprends toujours la même parce que j'ai remarqué que ça a éclairé beaucoup de personnes donc je la reprends lorsqu'un animal dans la savane sent l'odeur de la fumée ça c'est une sensation c'est un signal pour lui qu'il y a un danger de feu de brousse n'est-ce pas qu'il y a du feu pas loin parce que dans son ici et dans son maintenant il n'est pas dans l'universel il ne parle pas il y a la sensation qui est toujours ici et maintenant ceci ici maintenant c'est ça la sensation et dans la sensation qu'il a la fumée a toujours été consécutive ou liée quelque part dans l'environnement
1:16:33 au feu l'animal n'a pas besoin de penser ni de parler pour savoir qu'il n'y a pas de fumée sans feu il éprouve dans sa chair si je puis dire donc ça c'est le signal qui se caractérise par la consécution naturelle du signifiant et du signifié du feu et de la fumée par contre je prenais l'exemple du mot lion parce que je le connais dans plusieurs langues dont même le bambara au Mali n'est-ce pas Löwe en allemand lion en anglais n'est-ce pas et diara en bambara je veux dire là il n'y a plus aucun lien entre le signe et la chose c'est ce qu'on appelle n'est-ce pas l'arbitraire du signe chez les linguistes arbitraire et non plus naturel c'est pas arbitraire que la fumée signale le feu c'est une loi c'est un décret c'est arbitraire la preuve c'est qu'on change de pays et hop c'est plus du tout c'est pas le même signifiant c'est ce saut là et ça ça tombe pas du ciel à un moment donné n'est-ce pas ça a été pratique pour les chasseurs cueilleurs etc de passer au stade verbal et c'est progressivement ce stade verbal qui a fabriqué
1:17:43 qui a produit l'instance anthropologique progressivement de plus en plus précisément parce qu'elle est un accès à l'universel il est pas tombé du ciel je suis pas dans une mystique et dans un flou n'est-ce pas irrationnel c'est exactement l'inverse au contraire le langage c'est matériel il faut un tympan il faut des vibrations dans l'air pour le percevoir ou même quand on est n'est-ce pas sourd comme a très bien dit Descartes on a l'équivalent avec un système de signes pourvu que ce système de signes soit commun à toute une communauté où c'est convenu autrement dit où le rapport et c'est ça la différence avec le signal le rapport décisif c'est pas de moi à la chose de la fumée au feu mais le rapport de moi à l'autre et là on est dans un triangle et non plus binaire il n'y a plus la fumée et le feu ça fait deux mais il y a moi qui signale le feu à l'autre ça fait trois moi l'autre le feu l'autre soyons courtois le feu et moi voilà et là dessus je voudrais répondre sur la question
Sentiment, sens commun et principe d'identité
1:18:53 sur peut-être avant sur le corps je ne me rappelle plus c'était si on peut distinguer ah oui au final pour qu'il y ait conscience il ne faut-il pas simplement avoir un corps voilà et même en allant en n'allant pas jusqu'à la conscience je réponds oui oui mais je veux dire que même pas en allant jusqu'à la conscience c'est aussi sur la prise de décision parce qu'il y a des des neurologues un qui était qui s'appelle Antonio Damasio de mémoire oui Damasio voilà qui avait montré que de toute façon qu'il faut aussi voir que nos prises de décision sont souvent ça ne suit pas une raison aussi c'est aussi des fois c'est la prise en compte des sentiments de l'affect etc et que si on n'avait pas ça on serait dans l'incapacité de décider et on voit qu'on est un peu excuse-moi t'interromps là mais alors là ça me brûle les lèvres mot pour mot Descartes dans une de ses saïe Pascal juste une petite génération après dit cette chose extraordinaire on dirait qu'il paraphrase Damasio mais avec ce style lapidaire tout notre raisonnement
1:20:04 c'est un immense mathématicien qui parle tout notre raisonnement se réduit à céder au sentiment on ne peut pas être plus précis je te rends la parole parce que ça illustre tellement ton propos n'est-ce pas c'est tout à fait ça c'est que et ça permet aussi justement cette prise en compte des sentiments parce qu'il y avait une question aussi qu'on parlait du sens commun c'est justement c'est que on n'est pas que l'humain n'est pas qu'un être rationnel il y a tout il y a les sentiments qu'on apprend aussi par rapport aussi à l'expérience etc on peut continuer à parler Christophe parce qu'il y a Adibou qui nous pose cette question bonsoir à tous Christophe pouvez-vous nous expliquer ce qu'est le sens commun merci par avance oui c'est un peu ça bonsoir plutôt oui donc c'est ça ça veut dire que paradoxalement pas paradoxalement même pourquoi je dis ça c'est que il est très difficile par exemple
1:21:14 de faire des choses qui nous paraissent très simples qui paraissent très simples à l'être humain il est très difficile de le programmer à une machine pourquoi parce que et bien il y a tous les choses tout le codage qu'on a hérité aussi du passé ce qu'on appelle aussi des fois sous forme de rétention en fait il y a des choses qui s'accumulent d'un point de vue aussi et qui se transmettent et qu'on n'arrive pas forcément aussi à formaliser il y a beaucoup de choses qui sont informelles qu'on n'arrive pas à formaliser et il est très dur de le programmer à des machines paradoxalement c'est pour ça d'ailleurs qu'on prend des fois il y a un mauvais exemple je trouve c'est qu'on peut se dire ceux qui veulent vulgariser des fois un peu l'apprentissage machine ils disent ben voilà l'apprentissage machine de maintenant c'est comme un petit enfant voilà c'est un petit enfant et au fur et à mesure ben avec ce
1:22:24 ce niveau d'enfant à force de l'apprendre ben ça va devenir un adulte avec toute la connaissance mais en fait ben c'est bien sûr complètement faux puisque l'éducation de l'enfant c'est quand les enfants quand quand il y a un enfant c'est là qu'il acquiert ben tout tous ces codes tout tout ce sens commun etc donc cette vision un peu l'IA de maintenant c'est comme un enfant qui va progresser ben c'est parce que toute l'éducation tout l'apprentissage se fait quand même dans les les premières années de la vie de l'être humain quoi donc voilà donc le sens commun oui c'est ben tout ce qui peut être tout ce qui est difficilement qui est difficilement formalisable je dirais sous forme d'algorithme et c'est d'ailleurs pour ça que c'est difficile ça demanderait d'avoir une connaissance aussi qui est qui est partagée alors là il y a beaucoup de travaux dessus mais on est encore assez loin et avec les même avec au niveau mathématiques maintenant ça va être un peu un peu difficile j'espère avoir répondu
1:23:37 à la question mais on a bien beaucoup de questions aussi intéressantes oui mais il y en a qui répètent un peu le même problème et tant mieux ce problème est nécessaire oui je crois qu'on a fait à peu près le sens commun est au risque que la musique militaire à la musique classique oui en tout cas je suis très content de ton histoire que la décision finale qui vient conclure un raisonnement n'est pas de l'ordre rationnel oui que tout notre raisonnement se réduit j'aime bien le vocabulaire de Pascal qui est très précis se réduit sous-entendu in fine à la dernière seconde à céder au sentiment là je voudrais juste ce sera peut-être ma conclusion à moi moi je parlerai plus après mais c'est que toutes les mathématiques sont basées au niveau de la rigueur sur le principe d'identité ou de non-contradiction comme on voudra c'est-à-dire A égale A avant de dire A égale B A est différent de B il faut d'abord que A soit la réflexivité comme on dit
1:24:47 n'est-ce pas en mathématiques que A soit identique à lui-même mais ce A égale A suppose à son tour que le sujet puisse dire je suis je c'est une formule de Fichte au début du XIXe siècle je suis je il faut que je suis je vous me direz il est évident que je suis je oui peut-être pour nous mais pour un schizophrène c'est peut-être pas évident vous voyez il faut élargir le débat un schizophrène qui dit je suis Napoléon je prends une imagerie classique ou Rimbaud qui n'a rien d'un schizophrène mais qui a assez de lucidité pour dire je est un autre je t'en prie et d'ailleurs c'est ça le problème aussi de la communication entre l'IA et l'humain c'est que l'IA n'est pas aussi sujet de de cette chose donc on peut être on peut être aussi perdu par cette relation et puis tomber dans l'addiction ce qui est recherché des fois aussi par certains produits alors peut-être aussi quelque chose sur le sens commun je pense qu'une meilleure une bonne illustration c'est il y a tous des champs sur les
1:25:57 ce qu'on appelle les facteurs humains human factors et par exemple reprenons par exemple sur des centres par exemple des peut-être des usines ou de la production industrielle etc des trucs par exemple des centres de production électrique en termes de sécurité il y a eu de sûreté il y avait avant une fête de dire on va tout mettre sous forme d'algorithme et l'opérateur n'aura qu'à suivre le cheminement suivant les points voilà ils sont aperçus que et bien quand tout va mal qu'est-ce qu'il faut faire et bien il faut débrancher les opérateurs de tous ces algos et de leur dire voilà vous avez 10 minutes vous avez un quart d'heure on vous donne plus rien et c'est avec ce sens que je pourrais dire commun etc qu'ils vont arriver à trouver une solution voilà donc on voit bien le côté on pourrait se dire c'est toujours ça on pourrait se dire on prend si c'est le domaine
1:27:08 de la sûreté pourquoi mettre de l'humain parce que l'humain est faillible parce que l'humain va se tromper etc donc on automatise tout et comme ça on va être tranquille on aura une sûreté optimale mais il y a toujours aussi le fait de s'adapter le petit caillou un peu dans la chaussure qui fait que à un moment donné et bien ça va ça va sortir de ce qu'on a formalisé et il faut quand même qu'il qu'il y ait le cerveau humain qui ait aussi un côté irrationnel qui va prendre une décision on sait pas trop pourquoi par exemple vous avez vu c'était celui le le pilote d'avion là je me rappelle plus qui c'était qui avait qui avait pas atterri qui avait amerri dans un fleuve aux Etats-Unis etc dans tous les dans tous les systèmes de pilotage peut-être il aura dit il faut pas le faire il l'a fait il a sauvé l'avion et les gens aussi c'est le plus important qu'est-ce que je voulais dire aussi là-dessus je profite un instant de ton hésitation
La machine peut-elle se donner une fin ?
1:28:18 pour reprendre la parole je me je joue les prolongations par rapport à ce que je voulais dire mais je viens de voir surgir une question sinon je serai assez dans le silence de notre camarade Antoine Vatan qui est un économiste un jeune économiste un des plus brillants pardon de le faire rougir que j'ai rencontré depuis bien longtemps et avec lequel je vous l'annonce à l'avance j'espère avoir bientôt à l'usage de tous et s'il veut bien mais je crois que ce n'est pas donc je suis de son côté avoir des échanges comme nous avons maintenant avec l'informatique et or Antoine Vatan pose cette question très importante la machine est-elle capable de se donner une fin autrement dit c'est une même manière de poser la question Antoine me corrigera si je sollicite sa pensée est-ce que la spécificité de l'homme est concevable si on ne lui impute pas une fin ça revient au même alors je rappelle ici pour y répondre très très rapidement à sa question et là je vous promets que je me tais après c'est que autant le finalisme est une catastrophe cognitive lorsqu'on l'impute
1:29:29 à la nature c'est-à-dire quand on pense que pour expliquer les mouvements des planètes des étoiles des galaxies il faut raisonner en termes d'intention de volonté mystérieuse d'ordonnance divine etc. bien sûr ça c'est le vieux système du finalisme antique en particulier d'Aristote mais surtout Aristote je ne veux pas reprendre l'éternel exemple n'est-ce pas des chevaux qui accélèrent c'est l'exemple que prend Aristote quand ils sentent l'odeur de l'écurie ils accélèrent et c'est pour ça que les corps dans leur chute accélèrent aussi parce qu'ils arrivent près du bas qui est leur écurie leur chez-soi tout ça c'est du délire de point de vue strictement physique il n'y a pas de bas il n'y a pas de haut il n'y a pas de chez-soi donc par contre cette critique justifiée du finalisme antique repose sur le fait que l'homme aliène son propre finalisme et là je réponds à la question d'Antoine l'homme créateur de milliers d'objets n'est-ce pas depuis la préhistoire à qui il assigne une fin un silex pour tailler un racloir pour racler un arc pour tuer je veux dire à une écuelle pour transporter
1:30:40 de l'eau l'homme a assigné une fin à tous ces objets-là et donc il tombe dans l'illusion de croire que tout autour de lui tout est à son image autrement dit je veux dire ce qui lui est spécifique à l'homme à savoir précisément le fait de pouvoir se projeter dans un avenir ce qui faisait dire à Marx qui n'a rien d'un idéalisme c'est le moins qu'on puisse dire ce qui distingue tout de suite l'architecte le plus intelligent de l'abeille la plus experte c'est que l'architecte a sa maison dans la tête avant de la réaliser dans le monde extérieur c'est ça une fin c'est une maison dans laquelle je ne peux pas encore habiter parce qu'elle n'est encore que dans ma tête c'est une maison pour ingénieurs mais il n'y a pas encore les ouvriers qui ont fait passer de l'essence à l'existence si vous préférez voilà voilà comment j'y réponds donc pour aller jusqu'au bout de la critique du finalisme antique qui a été une impasse pour la science enfin qui a pendant longtemps été ce que Bachelard appellerait un obstacle épistémologique le fait de nous retrouver tout le temps à travers des choses qui sont inertes et de leur attribuer des intentions
1:31:50 des inclinations des impetus comme on disait dans la vieille physique la même logique nous oblige à resituer la finalité là où elle est et non plus dans son déplacement aliéné c'est-à-dire chez l'homme c'est pas un hasard c'est Kant parler du règne des fins pour la communauté intelligible voilà ça ne clôt pas le débat mais c'est pour me féliciter de la question d'Antoine Matan qui est une vraie question de philosophe si je peux me permettre oui et je suppose aussi est-ce que peut-être la manière aussi de relire la question c'est est-ce que la machine si elle est capable de se donner une fin bah oui mais est-ce qu'elle a la conscience de se donner une fin c'est ça la question puisque tu es là avec le mot conscience je suis un peu agacé parce que tout le temps on se demande est-ce que la machine a une conscience c'est le mot mystérieux ça n'a rien de mystérieux la conscience tout animal a une conscience un chien est parfaitement conscient qu'il y a un danger devant lui ce qui est spécifiquement humain c'est pas la conscience la pensée c'est pas la conscience c'est plus que ça bah oui même un ver de terre
Conscience de soi et « moins » qui font l'homme
1:33:00 il a la conscience un requin il a des signaux électriques qui lui signalent qu'il y a une proie il est conscient qu'on c'est avec il n'est pas enfermé en lui-même il a un rapport au monde extérieur fut-il sommaire un signal électrique mais le requin il l'a et Dieu sait si le requin c'est un des plus vieux animaux de la création de ceux qui existent encore en tout cas c'est pas création c'est une métaphore tandis que on est vraiment à des choses capitales ici ce qui est typique de l'homme c'est pas la conscience c'est la conscience de soi exactement c'est là qu'on voit l'importance de la réflexion du miroir de la distance c'est un moins qui fait l'homme il faut arrêter de le chercher dans un plus il ne s'agit pas de le diviniser non plus c'est un moins que le mythe de Prométhée exprime à merveille dans la mythologie grecque mais il y en a d'autres dans tous les cas c'est pas puisque on est dans le champ de la question d'Antoine j'insiste toujours sur ces moins
1:34:10 qui font des plus que ce soit le fait que l'homme n'a pas les griffes du blaireau il n'a pas les écailles de la tortue pour avoir un chez-soi dans son corps qui n'a pas qui ne peut pas voler comme l'oiseau courir comme le guépard qu'il est inférieur à chacune espèce animale dans toutes ses spécialités qui n'a ni la vitesse du guépard ni la force de l'éléphant qu'il est tout nu qu'il n'a pas la fourrure l'écaille il faut qu'il tisse ses vêtements c'est ce moins qui fait qu'il est obligé de passer ses limites de Prométhée par le feu très belle métaphore qui est l'universel ici qui lui permet d'être transversal précisément et je disais que j'aime beaucoup les moins qui font plus est-ce un hasard puisque je parle à Antoine Vatan qui connaît très bien Marx beaucoup mieux que beaucoup de ceux qui parlent de Marx aujourd'hui qui cherchent encore comment l'interpréter n'est-ce pas lui il l'applique je ne sais pas il serait peut-être temps comme disait Marx on a suffisamment perdu du temps à interpréter le monde il serait peut-être temps de le transformer or Marx
1:35:21 la clé de son explication du monde c'est précisément ce moins qu'est la plus-value il ne faut pas se foutre de notre gueule dans plus-value il y a plus oui mais la plus-value ça consiste à dire qu'il y a une partie du travail du salarié qui n'est pas payé qui lui est sous-tiré qui lui est sous-straite c'est parce qu'on le paye moins que ce qu'on devrait lui donner que la valeur qu'il a créée qu'il y a plus-value je rappelle au passage que j'aime beaucoup on pourrait faire comme ça une liste des moins qui font des plus et je rappelle aussi et je terminerai là-dessus définitivement à Soria Mehdi donc ça fait deux fois que je lui réponds ce soir parce que j'ai mis du temps à lui répondre qui ne comprenait pas ce que veut dire un sujet négatif on y est en plein le privilège de l'homme c'est de pouvoir se nier lui-même c'est de pouvoir dire à son voisin de table je vous en prie servez-vous d'abord alors que tout ce qui est naturel le pousse plutôt à se jeter sur la nourriture surtout quand le service est un peu long voilà j'étais en plein moi il y avait quelque chose sur je pense qu'il faut sur Claude Missy qui s'est presque
Hommes dociles, pompiers pyromanes et conclusion
1:36:31 à se demander c'est derrière certains de ce projet autour de l'IA il n'y aura pas un fantasme en fait inavoué de reproduire des hommes artificiels aux traits dociles et non désobéissants en fait voilà mais je pense qu'il ne faut pas aussi tomber dans le dans l'autre fantasme ça dépend voilà dans l'autre fantasme parce qu'il y a une finalité quand même il y a je pense qu'il y a toute un option de l'IA qui qui peut aider au au bien-être humain etc l'IA médical etc mais c'est c'est comme tout c'est un outil qui c'est un outil qui peut être bien utilisé ou mal utilisé voilà alors l'histoire de reproduire des hommes artificiels aux traits dociles et non désobéissants malheureusement on peut dire aussi qu'on n'a pas attendu l'IA des fois pour avoir des hommes dociles et non désobéissants aussi donc voilà voilà mais il y a tout un tout un champ
1:37:41 aussi de alors il faut des fois un peu se faire attention alors c'est une formule qu'avait pris Jean-Gabriel Ganascia qui réfléchit sur l'éthique des pompiers pyromanes en fait des fois les GAFA nous font un peu peur d'une IA qui serait incontrôlable etc en disant regardez nous pauvres humains on ne pourra pas lutter donc il faut peut-être se doper se transhumaniser etc pour survivre dans ce monde qui sera peut-être même pas là en tout cas les promoteurs oui il y a ce côté-là mais bien sûr mais merci beaucoup d'avoir complété ces réponses à la question d'Antoine je je remercie tous ceux qui ont participé à cette séance je remercie Christophe dont nous exploitons les compétences je remercie Pierre-Alain qui qui réussit un peu un tour de force avec toutes ses références et et je vous dis à la prochaine fois et je voudrais conclure
1:38:52 juste quand même sur un petit point par rapport à notre public c'est ne vous inquiétez pas si ça a l'air de partir dans tous les sens ça c'est notre atelier du mercredi régulier avec un programme qui continue sur le rapport sur la nature sciences humaines par contre je veux dire il y a tous ces formats courts qui peuvent être sans sujet sans programme préalable les réponses à vos questions c'est déjà les formats courts n'est-ce pas et je suis très reconnaissant à Pierre-Alain d'en avoir mis déjà pas mal en ligne il y en a encore qui sont enregistrés et qui ne sont pas encore en ligne donc je vous les annonce elles vont paraître incessamment voilà et d'autres ce que j'ai aimé appeler des rêveries analytiques un peu des freestyles si vous préférez de la réflexion là encore aussi sur des formats courts que vous n'allez pas tarder à voir apparaître sur notre chaîne YouTube pour la fidélité à laquelle nous vous remercions d'être à ce point attachés la plupart d'entre vous et de plus en plus nombreux si j'en crois les chiffres que me communique Pierre-Alain voilà merci beaucoup Christophe grand merci bonsoir et tout le monde au revoir
1:40:03 merci