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Bégaudeau, Clouscard et les ghettos sonores
0:00 Il me semble que nous sommes de nouveau ensemble. Bonsoir tout le monde. Je suis d'autant plus heureux de vous retrouver. Vous me direz, je dis ça à chaque fois, mais vous ne pouvez pas savoir à quel point à chaque fois c'est vrai. Et même de plus en plus, puisque, et je vais commencer par là, je voudrais remercier mes très nombreux nouveaux abonnés qui sont venus nous rejoindre dans l'association.
0:39 Il y a en permanence comme ça l'agrégation de nouveaux abonnements, mais là il y a un seuil qui a été franchi. Et j'en profite pour rendre à la fois un hommage, une salutation amicale et une vieille complicité de camarade à notre camarade, Loïc Chaigneau. Il a fait récemment une vidéo que je suis sûr que la plupart d'entre vous ont vue.
1:11 Mais quant aux autres, je ne peux que leur recommander chaudement. Ce n'est pas une vidéo sur Bégaudeau en général, mais sur les grosses faiblesses de l'argumentaire de Bégaudeau, qui est quelqu'un d'intelligent, de cultiver, de fin, comme il y en a tellement dans Paris. Mais là il s'agit de Bégaudeau parlant de Clouscard. Là il patauge un peu notre ami Bégaudeau. Donc, ce n'est pas mon sujet, Loïc traite magistralement la lecture de Clouscard par Bégaudeau.
1:54 Et voilà qu'à un moment donné, je ne retiens que ce point pour vous dire à quel point je suis débiteur à l'égard de l'IHT en général et de mon camarade Loïc en particulier. Puisqu'à un moment donné, Bégaudeau dit « Oui, mais Clouscard, il y a des trucs… » Bon, j'avoue qu'au début, j'étais un peu expéditif. J'avoue qu'en regardant de près, c'est quand même mieux que ce que je disais. Mais quand même, il n'a rien compris au rock. On voit bien le vieux ringard qui n'arrive pas à se faire aux musiques nouvelles.
2:24 Là-dessus, très intelligemment et malignement, mais une malignité révolutionnaire que je salue, Loïc instille à ce moment-là sur sa propre vidéo. Je vois apparaître mon visage, vous imaginez ma surprise. Et je vois un extrait du superbe film d'Aliosha, alors que vous connaissez bien, la fausse note, le court-métrage. Au moment, mais c'est quelques minutes, même pas deux minutes, où je suis en train de dire que ce n'est pas du tout le côté moderne, bruyant, jeune, du rock qui me dérange.
3:04 C'est tout le contraire. Ce que je reproche à cette musique, c'est de ne pas bouger depuis près de 80 ans maintenant. Il faudrait bouger un peu pour rejoindre les musiques nouvelles. Les musiques nouvelles, mais vous ne les connaissez pas. Je vais dire, excusez-moi, je fais un vous ici un petit peu trop inclusif. Mais je veux dire, la plupart de ceux qui sont enfermés dans les ghettos sonores que j'ai dénoncés, j'ai essayé d'analyser le processus dans le court-métrage La fausse note, sont tenus soigneusement par le capital.
3:39 Pas d'une manière machiavélique. Oubliez ça, c'est la parano, ça ne vaut rien. Ils n'ont pas besoin d'y penser d'une manière explicite. Les jeunes oreilles sont parquées dans des ghettos sonores où plus rien ne bouge, ni en matière de timbre, ni en matière de rythme, ni en matière de dessin mélodique. Pour l'essentiel, je ne mets pas sur le même plan un groupe de dance boys. Non, c'est comme ça qu'on dit, de dance boys sur des tubes de l'été, avec, je ne sais pas moi, avec Yesterday, The Beatles, ou des choses beaucoup plus récentes.
4:25 Mais justement, j'y arrive, il y a des musiques nouvelles. Je ne vais pas m'y attarder parce qu'on va le reprendre tout ça dans le détail de notre lecture de Hegel. Mais j'insiste bien que le contresens que fait Bégaudeau, il cherche Clouscard loin en arrière de lui sur la route, en bas, vous savez. Il monte vers la cime dans sa tête et il voit Clouscard attardé, retourné. Il voit son dos en train de regarder en arrière. Alors que c'est lui. Il ne se rend pas compte que s'il se retournait, il verrait Clouscard loin devant lui, près du sommet.
4:59 Dans des musiques bien plus actuelles que le rock, pop, folk, techno et voilà. Dans lesquels, oui, il y a des groupes moins nuls que d'autres. Je sais bien, je vais clore là-dessus, en disant que chaque fois qu'un des amateurs addict, et pourquoi pas, vu la pression qui est exercée à cet effet, à ces musiques, me dit non, non, mais attends, tu ne connais pas. Tu ne connais pas ces... Parce que tu écoutes ce qu'on entend sur toutes les chaînes de télé, ce n'est pas ce que j'écoute. Mais il faut écouter, il y a des groupes underground qui font beaucoup plus loin, c'est plus sophistiqué.
5:33 Alors, moi, je fais ce qu'on me dit, j'écoute, je suis toujours à l'affût de nouveautés. Ça fait plus de 75 ans, presque, 70 facilement, que je suis à l'affût de nouveautés musicales. Dans tous les genres, classiques, musique du monde, school, jazz, etc. Et ces groupes underground, c'est encore plus nul, n'est-ce pas, que le mainstream. Voilà. Je clos là-dessus. Donc, je tiens à remercier l'IHT à ce niveau-là.
6:05 C'est pour ça que je commence par saluer les nouveaux abonnés qui n'auraient pas grossi leur nombre d'une manière aussi discontinue. Et nous en sommes très heureux si ce coup de pouce n'avait pas été donné par Loïc Chaigneau. Prenez exemple sur lui, n'est-ce pas ? J'en profite pour relancer l'appel que Pierre-Alain avait eu, la gentillesse de vous lancer en tout début d'ouverture de saison. Nous avons besoin de hausses, enfin je veux dire des adhésions.
6:35 Voilà, pour faire une petite montée en puissance, toujours pareil, il y a toujours un matériel à réparer, des maintenances, pas grand-chose, mais il en faut un petit peu. Voilà. Après ces salutations et ces remerciements, bien sûr, je remercie aussi tous ceux qui sont là par fidélité, qui sont nos camarades et nos amis depuis longtemps. J'essaie de ne pas dire des followers pour rester dans la francophonie. et j'en arrive à la suite de notre lecture, on a l'année qui vient pour ça, au moins l'année scolaire, notre lecture de l'opuscule que Delga avait eu la bonté de bien vouloir éditer, n'est-ce pas, que j'ai commis, qui a pour titre « Féminité et communauté » chez Hegel,
Lien du sang et lien politique : instinct et institution
7:50 Comment s'articule la réflexion esthétique et la réflexion politique dans le système hegelien ? Voilà, je ne développe pas, parce que c'est ce qu'on va développer toute cette séance. Je rappelle simplement qu'on en était là. Sauf que la dernière fois, j'ai plutôt commenté le titre « Féminité et communauté » en vous lisant des passages difficiles. Je vais clarifier aujourd'hui, ne vous inquiétez pas. du deuxième volume de la phénoménologie de l'esprit, dans la traduction, célébrissime d'Hyppolite chez Aubier-Montaigne, d'aucuns préféraient tel ou tel autre, celle de Bourgeois est très précise aussi, mais en matière, quand on conjugue tous les paramètres, la pertinence, la clarté, l'appareil critique.
8:37 En combinant les trois, celle d'Hyppolite me semble encore le plus indiquée. Or, j'avais lu certains passages où Hegel développe sa dichotomie, son opposition dans la cité grecque, qu'il n'appelle jamais la cité grecque, je ne reviens plus sur tout ça, il n'y a pas de nom propre dans cet ouvrage, il y en a un seul neveu de rameau, sur deux volumes. Mais c'est très bien codé, quand il veut parler de la Grèce antique, du modèle de la cité grecque dans l'histoire, il appelle ça le monde éthique.
9:14 Alors, vous n'allez pas non plus conclure que le monde éthique, c'est la Grèce de Périclès, ce n'est pas un livre d'histoire. Il développe un moment dans les étapes que la conscience doit franchir pour arriver au savoir absolu. Là, je suis clair, je ne sais peut-être pas très bien ce que recouvre tout ça, mais je suis clair, c'est un moment. Et ce moment, nul autre période de l'histoire ne l'incarne mieux que la cité grecque aux yeux de Hegel.
9:46 Et j'avais opposé, j'avais lu le texte où Hegel oppose le monde humain, celui de la politique, et le monde féminin, celui plus intérieur, celui de la famille, la communauté politique sur l'agora, où ça en majorité des hommes, pour ne pas dire quasi exclusivement à cette époque-là, et puis le monde qu'il appelle le monde divin, le monde où préside la femme, qui est plus ancien, qui est lié au lien du sang, qui est le plus ancien, dans toutes les communautés, de toutes les formes de sociabilité dans lesquelles l'espèce humaine se reconnaît ou s'organise.
10:33 C'est la famille qui, à chaque fois, c'est sûr qu'il n'a pas le même aspect, c'est pas le ménage, papa, maman, les enfants, dans un F3, aujourd'hui ça peut être la grande famille élargie, avec les tantes, les grands-mères, la horde, tout ça a été étudié en anthropologie. Mais c'est le lien du sang, c'est ça qui est important. C'est-à-dire, on est à la limite là, de la nature et de la culture, avec la famille. Parce qu'en tant que lien du sang au sens propre, comme au sens biologique, le lien est naturel.
11:03 Le lien entre une mère et son enfant est un lien naturel, ce n'est pas une convention sociale, n'est-ce pas ? Par contre, la mère ne fait pas un enfant comme ça au hasard. En général, dans l'histoire que nous étudions là, ces périodes, mais elle le fait dans le cadre d'une institution qui remonte aux plus hautes antiquités, qui a des aspects différents, monogame ici, polygame là-bas, vous devinez que je parle de l'institution mariage, entre autres, n'est-ce pas, par exemple. Donc, ce n'est pas non plus entièrement naturel.
11:33 La nature, c'est le monde de l'instinct. La culture, c'est le monde de l'institution. La faim est un instinct. La faim, la faim, F-A-I-M. Le repas est une institution. Et la preuve que c'est une institution, c'est qu'il diffère énormément dans ses règles et ses rythmes, selon qu'on s'y met à table avec des baguettes, avec une fourchette, avec les trois doigts de la main droite, dans le monde oriental en particulier, et ainsi de suite.
12:03 Voir avec des tubes, n'est-ce pas, lorsque ce sont des astronautes, disent les Américains, des cosmonautes, disent les Russes, n'est-ce pas, qui aspirent, ne veulent pas savoir quoi, même s'il paraît que Bocuse s'en est occupé, dans leurs tubes. Voilà. Donc, le repas, c'est une institution. La faim, c'est un instinct. Il n'y aurait jamais eu le repas, s'il n'y avait pas eu la faim. Mais s'il n'y a que la faim, on ne comprendra rien du tout à la manière dont les hommes mangent.
Hegel et Marx ne sont pas prescriptifs
12:33 Et ça, c'est matériel. Ça veut dire qu'on n'est même pas scientifique. C'est-à-dire qu'on sacrifie tout ce qu'on peut expérimenter tous les jours, à savoir que je dis, servez-vous d'abord, par exemple. Ce n'est pas de l'ordre de la nature, ça. Vous voyez un chien en train de dire, à un autre chien, à la même gamelle, servez-toi d'abord, mon gros, je t'attendrai. Donc, encore une fois, une petite mise au point, lorsque Hegel parle de l'homme et de la femme ici, il n'est pas en train de prescrire des choses.
13:04 Il ne dit pas, voilà le comportement que la femme devrait avoir dans une société, voilà celui que l'homme devrait avoir. Non, non, non. Il n'y a rien de plus éloigné de la pensée de Hegel. Tous ceux qui sont tant soit peu familiarisés avec ses textes n'ont même pas besoin que je le précise. Hegel est un ennemi acharné de ce qu'on appelle le devoir-être en philosophie. Si vous préférez, il y a qu'à, faut qu'on, c'est ça, le devoir-être. C'est-à-dire, de proposer le modèle de la cité idéale, comment il voudrait se conduire, la morale qu'il faudrait suivre, tout ce qui est un peu prescriptif.
13:39 Non. De même que Marx n'est pas prescriptif dans le capital, il ne dit pas, voilà comment devra s'organiser la société communiste. Non, non, il n'y a pas une seule ligne dans le capital là-dessus. Il y en a quelques-unes, dans quelques œuvres de la fin, en particulier, quand il sollicité par la classe ouvrière, en train de s'organiser, il y a le fameux programme de Gotha et d'Erfurt, où il y a quelques pages, très importantes, bien sûr, mais qui sont en nombre, n'est-ce pas, tout à fait marginal dans l'immense œuvre de Marx, qui est consacrée, non pas à ce qui devrait être, à ce qui doit être, mais à ce qui est.
14:14 Voilà. Dans la préface à la philosophie du droit, Hegel ne cesse de revenir sur cet aspect des choses. C'est que la philosophie, comme la science, comme le savoir, doit s'occuper de ce qui est. Et non pas, soit comme au café du commerce, l'opinion qui s'investit dans ce qui n'est pas, dans les ombres de l'opinion, voire le fond de la caverne chez Platon, ou alors, ce n'est pas comme le font les moralistes, surtout lorsqu'ils sont affectés de ce que Nietzsche, là, je le cite à crédit, il a bien raison de dénoncer ça, parle de moraline, les hommes devraient faire ceci, ils sont méchants, il faudrait qu'ils soient gentils, bon, je caricature un peu, mais ça c'est l'ordre du devoir-être, voilà comment ça devrait se passer.
14:54 En attendant, Marx étudie ce qui est, comment fonctionne le capital, voilà, si ça vous plaît, tant mieux, si ça ne vous plaît pas, si vous voulez vous en débarrasser, vous avez encore plus intérêt à savoir. comment ça fonctionne ? Voilà ce que fait Hegel dans les passages, où il parle, dans la cité grecque, quand on commençait à voter sur la Pnyx, sur l'Agora, sur la place publique, et là, il insiste bien, c'est-à-dire à la lumière du jour, pour décider une loi manifeste, qui a été défendue d'abord par des paroles, dans le cadre de ce qui a été les embryons, de tout ce qui s'appellera plus tard, les parlements.
15:27 car la grande nouveauté de ce moment, du monde éthique, ou de la cité grecque, comme vous voulez maintenant, la grande nouveauté, c'est que ce qui décide du pouvoir, à l'intérieur des hommes libres, ces 20% de la cité, n'oubliez jamais qu'il y a 80% d'esclaves, il ne faut pas idéaliser non plus, mais à l'intérieur de ces 20%, qu'est-ce qui décide du pouvoir ? Ce n'est plus la force, ce n'est plus la descendance, le lignage, c'est la parole, d'où l'importance, je ne reviens pas, les dialogues de Platon, il passe son temps, à croiser le fer, avec les sophistes, qui se faisaient payer grassement, pour enseigner aux jeunes loups, des familles aisées, qui aspiraient à des responsabilités politiques, dans la cité, si tu veux te faire élire, voilà comment il faut parler, pour convaincre les gens.
16:17 Voilà, la meilleure illustration, et l'un des textes, plus dramatisés de l'histoire de la pensée, à ce niveau-là, c'est Gorgias de Platon, on en vient presque aux mains. Bon, mais revenons à Hegel. Donc, vous voyez, je vous rassure, par rapport à la dernière fois, je vous ai demandé un effort d'abstraction, c'est plus simple, comme je viens de le dire, d'une manière générale, dans la société traditionnelle, celle que Hegel analyse, et qu'il appelle lui, la société substantielle, qui ne s'est pas encore émancipée de la substance au sujet, et là, c'est plus mystérieux, mais on aura tellement l'occasion d'y revenir, que je vous laisse entre parenthèses, et juste pour familiariser vos oreilles avec quelques analogies, et quelques rapprochements, dans la société grecque traditionnelle, il est indéniable, n'est-ce pas, qu'à la guerre, il y a plus d'hommes que de femmes, même s'il ne faut jamais oublier les Amazones, et que sur la place publique, là où on vote, c'est surtout des hommes, n'est-ce pas, et les femmes, étant confinées, cantonnées, comme vous voulez, aux travaux que vous connaissez bien, qui sont justement,
17:27 je reviens au lien du sang, plus proches des contraintes naturelles que le simple rapport politique. Le rapport politique n'est pas simple, je veux dire que le pur rapport politique, je veux dire par là, que le repas, c'est lié quand même à un vieil instinct naturel qui est la faim, la cuisine, la salle de bain, les lieux des femmes, les thermes, sont liés à des contraintes bien antérieures à l'apparition de la culture, de l'histoire, voire même de l'homme, n'est-ce pas ?
17:59 Donc, c'est d'ailleurs, à mon avis, cette contrainte, connotation de la femme avec des contraintes naturelles qui induisaient dans la culture grecque qui faisait un énorme effort pour s'arracher à la nature. Et oui, c'est l'inverse du monde d'aujourd'hui. Qu'est-ce que vous voulez ? Je vous ai déjà dit que ce qui est typiquement moderne, n'est-ce pas, c'est d'en vouloir à la modernité. Ce qui est typiquement, ce qui est typique de l'âge industriel, n'est-ce pas, c'est qu'on dénonce en permanence le monde de la ville pour regarder vers la verdure.
18:31 Et, premier chef-d'œuvre, n'est-ce pas, de la poésie romantique qui nous vient du Nord, vous le savez, d'Angleterre et d'Allemagne, je pense à Coleridge, par exemple, apparaissent en Angleterre au moment où la révolution industrielle se produit et quand, comme le dit Poe dans une phrase admirable, n'est-ce pas, qui est une phrase qui est déjà à résonance écologiste, mais il s'exprime tellement mieux, le discours des Jadot et compagnie, à savoir, les vertes feuilles se recroquevillèrent devant la chaude haleine des fourneaux.
19:04 C'est bien tourné, c'est pas un hasard, voilà, et bien là, c'est pareil, le monde grec, n'est-ce pas, certains m'ont dit, s'évade de la nature dans la cité, c'est le contraire de nous, pas dès qu'il y a le week-end, moi je suis allé aux champignons, oui, tout de suite, respirer un peu l'air de la forêt, surtout après le confinement, je suis comme vous, j'en fais pas tout un plat, n'est-ce pas, et j'oblige pas la politique à se conformer à mes humeurs, mais, je suis un moderne, je vis dans une ville, n'est-ce pas, où la nature, semble assez loin, donc on est toujours ravis de la retrouver, surtout quand c'est dans le confort d'une voiture pour y aller, ou d'un bon train, n'est-ce pas, avec de bons habits, bien chaud, enfin, tout ce que des dix milliers d'années d'histoire, et de culture, nous ont permis, n'est-ce pas, de faire reculer la contrainte naturelle, et d'avoir donc un rapport à la nature, plus positif que les anciens, qui étaient terrorisés.
20:05 j'illustre ce dernier point, par une anecdote que je vous ai déjà souvent racontée, je crois, mes familiers connaissent bien, c'est le chauffeur du projet dans lequel j'ai travaillé au Niger, le chauffeur du centre de formation musicale, quand on est passé une journée à l'intérieur, en Brousse, on dit là-bas, mais enfin, en plus politiquement correct, on dit à l'intérieur, sur des pistes, vous imaginez, souvent épouvantables, lorsqu'on revenait vers la capitale, en fin de journée, la nuit tombante, les quinze derniers kilomètres, le goudron réapparaît, juste avec quelques candélabres, candélabres réverbères, à l'entrée de la capitale, en l'occurrence ici de Niamey, capitale du Niger, et je me souviens toujours de l'exclamation du chauffeur, n'est-ce pas, qui était d'origine burkinabée, mais qui vivait au Niger, qui disait, « Eh, votre goudron, c'est doux, hein, goudron, c'est doux. »
21:08 Eh oui, pour comprendre ça, il ne faut pas être dans une zade, il faut en baver. Voilà. Il fallait que je rappelle tout ceci pour vous dire, ce n'était pas si compliqué. Je voulais vous familiariser avec les concepts hégéliens, ce monde que traditionnellement, sans même remonter au grec, vous demandez à vos grands-mères, dans lequel il y avait plus de femmes que d'hommes, celui du repas, celui du cauchemar, de la lessive, qui était bien plus astreignante, croyez-moi, que la vaisselle, au cours des siècles.
21:45 c'est pas ce monde-là, dans lequel la femme est majoritaire, il l'appelle le monde divin, et un monde souterrain. Souterrain, parce qu'il est moins à la lumière que le monde politique, même s'il est hypocrite, tout ce qu'on veut, n'empêche qu'il est manifeste. Il y a des journaux qui écrivent, vous voyez, c'est pas dans le silence feutré des murs, du home sweet home, de la maison, de la famille.
22:18 C'est l'opposition de cette communauté restreinte, et plus archaïque, et avec un lien naturel, celui du sang, je résume tout maintenant, de la famille, opposée au lien politique, au lien qui fait qu'on est membre d'une même cité, qu'on soit la même famille, ou qu'on ait le même sang, ou pas. Vous voyez que c'est déjà bien différent, donc un lien plus lâche au niveau naturel, n'est-ce pas ? Mais plus évolué, sans aucun jugement de valeur, qui suppose un stade historique plus tardif, que celui du clan, de la horde, et du lien du sang, de la meute, même quelques fois.
22:55 Vous savez comment on dit meute en allemand ? On dit gang. Eh oui, Wolfgang, ça veut dire meute de loup. Non, Mozart n'a rien à voir avec ça, c'est son prénom, mais c'est un prénom très courant en Allemagne, on aime bien le totémisme dans ces tribus germaniques. Donc, maintenant que j'ai fait ce rappel, je voudrais vous annoncer, après ce long préambule, un générique. et je voudrais vous dire deux mots de générique que vous allez voir pour justifier que j'aurais pu, pour illustrer le personnage d'Antigone, féminité et communauté, vous devinez que le personnage d'Antigone va jouer un rôle central dans la réflexion de Hegel et donc dans la nôtre.
Alexandre Nevski d'Eisenstein : les femmes parmi les morts
23:42 une photo d'une peinture d'une poterie grecque, j'en ai vu pas mal, mais je veux dire, il y en a qui sont très belles, mais la figure qu'on voit, ça pourrait être Antigone, ça pourrait être la reine des Amazones, ça pourrait être Athéna, à quelques symboles près. Donc, ce n'était pas très convaincant au niveau visuel. Donc, j'ai changé complètement d'approche et j'ai pris un extrait d'un des chefs-d'œuvre du cinéaste soviétique Serge Eisenstein, l'un de ses chefs-d'œuvre, c'est Alexandre Nevski, dont le temps fort est cette fameuse bataille qui a existé, où la coalition des forces slaves des forces, des esclaves, n'est-ce pas, qui étaient soumis par le fer et par le feu à la christianisation par les chevaliers teutoniques, n'est-ce pas, les chevaliers teutoniques se sont pris la raclée à cette bataille-là et le héros de cette résistance russe, vous devinez que le film
24:52 est sorti dans les années 40, au moment du plus grand conflit qui a jamais opposé les hommes entre eux. qui a laissé 30 millions de soviétiques sur le carreau pour que l'Europe soit dénazifiée. Je prends la séquence où, juste après la bataille, sur la lande, la plaine infinie russe, glacée, les cadavres jonchent le sol, on devine les hurlements des loups, et qu'est-ce qui apparaît avec des torches, des femmes ?
25:25 Et voilà le rapport avec lesquels que je vais vous signaler, que je vais maintenant structurer un peu plus juste avant le générique. Tant que le citoyen de la cité grecque, d'Athènes, de Sparte, peu importe, est vivant, il appartient à la cité. Appartient au sens qu'il doit obéir aux lois de la cité, plus qu'encore qu'à celles de la famille, au point que si la cité le réquisitionne pour aller se battre contre l'armée perse, qui menace n'est-ce pas, l'existence même des cités héléniques.
26:01 Il doit y aller, bien sûr, toutes affaires cessantes. Par contre, lorsqu'il est mort, une fois qu'il est mort, il cesse d'appartenir à la cité, il quitte la priorité du lien politique, c'est l'affaire de la famille, son cadavre, les rituels qui doivent y procéder, la toilette du condamné, sa sépulture, tout ceci est l'affaire de la famille. Vous devinez qu'on en arrive à Antigone, vous savez, celle qui a commis cette hubris, la faute la plus grave dans le monde grec, cette transgression de la mesure, la mesure c'est la cité.
26:37 Et le chef de la cité, Créon, avait dit, deux frères se disputaient, Étéocle et Polynice, je ne sais pas, et là, trahit carrément la cité grecque en collaborant avec une autre cité, c'est un crime monstrueux, bien sûr, il ne peut pas y avoir plus grave que chez les grecs. Et du coup, devant ce crime exceptionnel, Créon, le chef de la cité, décide, donc, le numéro un politique, non pas à Athènes, c'était à Thèbes, dans le mythe, décide qu'on doit même, il n'aura même plus droit, n'est-ce pas, à tout ce qui est à quoi même le plus pauvre hère a droit, c'est des rites de sépulture, fût-ce une fosse commune, une croix, n'importe quoi, rien, il faut qu'il soit laissé, volucribus et feris, comme on dit, comme j'ai trouvé chez Cicéron, lorsqu'il commente ce passage, aux oiseaux sauvages et aux bêtes de proie, et bien sûr, ça scandalise sa sœur, alors là, c'est le lien du sang, la sœur de celui qui est condamné à ne pas recevoir de sépulture, ni à bénéficier des rites que l'on doit aux morts,
27:47 c'est sa sœur, Antigone, qui transgresse l'interdit et qui va clandestinement la nuit, et bien, c'est justement ce qui m'a inspiré de passer par cette extraordinaire séquence du film d'Eisenstein, où après, lorsqu'il n'y a plus que les cadavres, la paix des cadavres est revenue sur la plaine la nuit, et, mais, vous avez un magnifique film, je vais laisser la place à l'image, je n'ai plus besoin de vous dire que ce sont bien sûr des femmes qui viennent essayer de reconnaître parmi les cadavres qui est un ami, qui est un fils, qui est un père, qui est un frère.
28:24 Je laisse la place à un des plus grands films, d'un des plus grands cinéastes de tous les temps.
32:45 Je vous salue d'être là, mais je salue surtout Redrom, qui est une connaissance familière et dont je me réjouis que sa fidélité se maintienne jusqu'à aujourd'hui, parce que c'est un de nos tout premiers auditeurs. Redrom nous a rappelé, et d'ailleurs, pas sur le bec pour ce qui me concerne, et j'ai oublié de vous dire dans l'annonce, bien sûr, comme par hasard, c'est presque ce qui m'intéresse le plus dans le film, c'est l'admirable musique de Prokofiev. Il y a comme ça des collaborations qu'on voit rarement dans l'histoire du cinéma, n'est-ce pas ?
33:22 Prévert, Kosma, pour ce qui est des dialogues et de la réalisation, dans les films de Carné, en particulier Les Enfants du Paradis, entre autres, Porte de la Nuit et j'en passe, mais il y a aussi cette collaboration d'Eisenstein et sans doute du plus grand musicien soviétique, je dis bien soviétique, parce qu'à la même époque, il y avait l'immense Stravinsky, mais qui avait migré en Californie.
33:55 Je pense à Prokofiev, qui avait été en Occident et qui est revenu à la fin de la guerre dans la Russie, dévastée. Et où il est mort. Donc, après avoir écrit, si vous voulez voir une œuvre où l'on voit, si tenté que ce soit exprimable, l'immensité de la souffrance russe, cette fois jeudi, n'est-ce pas ? Encore que tous les peuples soviétiques aient participé à cette souffrance, depuis la Louente en Sibérie, depuis les Tchouktches, les Évenks, les Toungouses, jusqu'au Biélorusse, à l'ouest, n'est-ce pas ?
34:30 En passant par tout ce que vous voulez, les Kazakhs et autres Kirghiz, la musique de Prokofiev, a composé une cantate, je vous dis ça pour ceux qui veulent la chercher sur YouTube, vous mettez Prokofiev, Aleksandr Nevsky, tout de suite vous tomberez sur la cantate, essayez de trouver la version intégrale, si possible avec un chef slave, même s'il y a de très belles versions occidentales, je pense à Abbado par exemple, le chef italien qui est excellent, qui est un très bon chanteur, mais essayez de prendre un chef slave, ça ne se commande pas, n'est-ce pas ?
35:11 Donc, j'ai commencé par la fin. La fin de quoi ? De ce sur quoi nous allons travailler maintenant. C'est-à-dire, si vous regardez la table des matières, n'est-ce pas, de mon ouvrage, il n'est pas nécessaire que ce soit projeté sur l'écran, parce qu'la table des matières est extrêmement succincte, n'est-ce pas ? Et vous verrez qu'il y a trois parties, n'est-ce pas ?
35:45 Excusez-moi. Un petit problème de collage. Voilà. Il y a deux pages collées, je n'arrive pas à aller. Voilà, ça y est. Excusez-moi. Il y a donc une introduction, n'est-ce pas ? Et trois parties. Là, vous dites qu'il y en a quatre avec l'introduction, comme vous voulez. Alors, pourquoi je pinaille là ? Parce que nous allons travailler un long moment sur l'introduction qui va de la page 5 à la page 37 sur 140 pages, c'est quand même pas mal.
Question et problème : ce que doit faire une introduction
36:22 Et comme c'est dans cette introduction que je pose la nécessité du problème qui va nous occuper, je ne vois pas pourquoi je vous imposerais un problème qui n'intéresse personne. Donc, il y a la nécessité d'un concept, voire d'un problème et de beaucoup la chose la plus importante en philosophie qui est la philosophie du droit. Puis, conseil à tous ceux qui passent des examens et des concours en philosophie, n'est-ce pas ? Enfin, on vous l'a tous dit et redit comme vous avez de bons profs, il y a beaucoup d'excellents profs, l'introduction doit servir à ça.
36:54 Il y a un sujet qui est donné, il rentre dans l'introduction comme dans une machine et à la fin, à la sortie de l'introduction, il doit y avoir un problème. Le sujet a été transformé en problème. C'est-à-dire, ça doit se terminer dans l'idéal par quelque chose qui ressemble à un point d'interrogation. Mais attention, toute question n'est pas un problème. Quelle heure est-il ? C'est une question. Ce n'est pas un problème. Un problème, c'est une question. Donc, ça a la forme interrogative, mais à laquelle on saurait répondre immédiatement par oui ou par non.
37:25 À laquelle on ne peut répondre qu'en faisant un détour. Et c'est précisément ce qui va nous occuper dans cette introduction. Et cette introduction se termine sur l'évocation de la figure d'Antigone qui va occuper après toute la première partie que j'appelle, en citant Hegel, l'opposition éthique suprême. On aura le temps de se familiariser avec ses intitulés. Donc, j'ai commencé par la fin de cette introduction, non pas pour faire comme une écrevisse, comme ça, pour aller à l'envers.
37:59 Rassurez-vous, maintenant, on va commencer par le début. Voilà, vous savez que j'ai rechigné longtemps à commenter mon livre. On me demandait, n'est-ce pas, d'en faire la matière de nos ateliers. Et ça me semblait un petit peu oiseux voire déplacé, de commenter un texte dont je suis l'auteur. Mais la multiplication des très amicales pressions que j'ai subies en ce sens et le regain d'actualité aux problématiques de la féminité dans la communauté et dans la société, inhérentes au mouvement féministe et à sa diversité, d'abord.
38:42 Il y a le féminisme bourgeois, c'est le plus répandu dans les médias, le dominant. Et puis, il y a quand même un travail égal, un salaire égal. et il y a des... il y a des... il y a un féminisme qui ne doit rien, n'est-ce pas, à MeToo. Donc, je vais commencer cette introduction en lisant le texte lui-même et en arrêtant quand ça semble obscur.
Début de la lecture de l'introduction
39:19 Je salue ici le travail qu'on avait fait en ce sens, je l'avais déjà signalé, mais j'insiste. Philippe Moreau, notre ancien régisseur avant Pierre-Alain, qui est affecté à des fonctions maintenant qui l'oblige à se déplacer entre Paris et Lyon, mais que nous saluons et qui, je sais, qui nous suit très amicalement, lui-même et Hugo venaient chaque samedi, n'est-ce pas, pour que j'explicite ce qui semble un petit peu, je ne reviens pas là-dessus, allusif, n'est-ce pas, c'est la troisième raison qui m'a décidé, finalement, à me servir de mon livre comme matière d'atelier cette année, c'est qu'on me dit très souvent, même ceux qui ont le commentaire les plus sympathique, disons, les plus agréables à entendre, même ceux-là émettent, c'est toujours à la même réserve, c'est qu'ils font ce reproche qu'il est trop souvent elliptique, allusif, que ça demanderait à être développé.
40:17 Autant dire presque que c'est un livre de paresseux, c'est peut-être ça l'explication, c'est que j'aurais pu le développer, mais il aurait fallu écrire plus longtemps, vous savez que je traîne un peu les pieds pour ça. Alors, voilà le début de l'introduction, où je vais essayer de dire pourquoi je vais parler des problèmes énoncés dans le titre, en insistant moins sur féminité et communauté, on va y revenir, ne vous inquiétez pas, parce que je viens de le faire assez longuement, la dernière fois aussi, mais en insistant qui explicite déjà le titre, le rapport de l'esthétique au politique dans le système.
40:52 qu'il s'agisse de dénigrer, d'accepter en partie, ou de souscrire entièrement au système, donc les adversaires irréductibles de Hegel, dénigrés, accepter en partie, c'est la majorité, ou de souscrire entièrement au système, voilà, je répète, si besoin était, je ne suis pas marxiste, je ne suis pas Hegelien, je ne suis pas clouscardien, même si les trois références que je viens d'énoncer, et plus j'avance dans le temps, plus je réalise que c'est loin d'être démenti, ce sont les trois références qui englobent le plus toutes les autres références, c'est-à-dire avec les autres, j'aurais un monde plus mutilé, voilà, ça ne veut pas dire que j'approuve tout ce qu'a dit Marx, tout ce qu'a dit Hegel, tout ce qu'a dit Clouscard, mais, j'ai beaucoup plus de reproches à faire lorsqu'on descend de cela vers d'autres, voilà, mais au point que j'aurai l'occasion de refaire.
42:01 Donc, qu'il s'agisse de dénigrer, d'accepter en partie ou de souscrire entièrement au système, la bibliographie hegelienne, dans tous les livres qui traitent, n'est-ce pas, spécialistes, en particulier le monde universitaire, des textes de Hegel, reconnaît dans tous les cas à l'auteur des leçons sur l'esthétique, c'est comme ça qu'a apparu ce qu'on appelle rapidement l'esthétique de Hegel, Hegel, il n'a pas écrit son esthétique, ce sont les leçons de ses élèves, c'est-à-dire, c'est les transcriptions de ses cours par les meilleurs de ses élèves, approuvés, validés par Hegel, tout ce que vous voulez, mais enfin, ce n'est pas comme la phénoménologie de l'esprit ou la grande logique, n'est-ce pas, ou la philosophie du droit, ce n'est pas des textes écrits de ça, c'est important à savoir donc on les appelle les leçons sur l'esthétique.
42:51 Reconnaît dans tous les cas à l'auteur des leçons sur l'esthétique en même temps qu'une vaste culture encyclopédique, s'il en fut, parce que l'ouvrage peut-être le plus emblématique de Hegel dans l'approche de la philosophie, c'est l'encyclopédie des sciences philosophiques. En même temps qu'une vaste culture encyclopédique, s'il en fut, on lui reconnaît une exceptionnelle diversité d'intérêts.
43:22 Hegel s'intéresse autant à la manière de fabriquer des outils dans l'histoire de la technologie qu'à ce qui se passe au Parlement anglais à son époque, son ultime texte, et d'ailleurs, il monte au créneau pour protester contre l'irruption du libéralisme à couverture politique, mais qui est avant tout l'effet d'intérêts économiques particuliers, comme il dit, au Parlement anglais.
43:55 C'est la... c'est la fameuse critique du Bill de réforme. Bill, c'est projet de loi, n'est-ce pas ? Voilà, donc, à l'art, n'est-ce pas, à la musique, à l'origine de l'écriture en Chine. Alors, vous me direz, oui, attendez, il n'y avait pas Internet. les lignes, c'est contemporain, moi, j'admire. Il n'y avait pas Internet, il n'y avait pas tous les musées qui sont à votre disposition. Vous, non seulement, on a le musée, mais si je veux ça, avoir une récente, d'un musée qui est à Cologne, je le prends sur Internet.
44:34 J'enfonce des portes ouvertes, mais quand on dit une culture encyclopédique, une diversité d'intérêt, quelqu'un, n'est-ce pas, qui connaît, en gros, la quasi-totalité de ce qu'on peut savoir sur la pensée chinoise à l'époque de Hegel, sans les outils de communication qui sont les nôtres, aujourd'hui, c'est assez remarquable. Donc, si l'on porte cette dernière à son actif, cette diversité d'intérêts, on parle volontiers d'un étonnant pouvoir de synthèse, vous voyez, si on en fait un hommage, veut-on lui en faire grief si on lui reproche de s'éparpiller, par exemple, le système se ramène alors selon la formule de Kostas Papaioannou, que Kostas Papaioannou a écrit, je vais disparaître, ou en tout cas, bouger de l'écran un instant, je vous montre ceci, voilà, laissez-moi le temps de monter un petit peu en hauteur, voilà,
45:46 je ne saurais trop vous le recommander, là encore, ce n'est pas parce que je suis d'accord avec tout ce qu'il dit, n'est-ce pas, mais parce que c'est sans doute parmi ce qu'on a écrit de plus dense, de plus pertinent sur Hegel dans ce format, je ne sais pas, ça nous fait 205 pages, y compris la table des matières, ce n'est pas très long, n'est-ce pas, et encore, 205 pages, y compris un recueil de textes à la fin, c'est une très bonne approche du système, à condition qu'on n'en reste pas là et qu'on aborde les textes de Hegel, n'est-ce pas, c'est juste une introduction.
46:19 Bon, oui, alors pourquoi je le cite lui, là, veut-on lui en faire grief, le système se ramène alors, selon la formule de Kostas Papaioannou, je cite, à une impossible cathédrale à la Gaudi, vous savez, cet architecte espagnol, tout le monde va voir à Barcelone, la Sagrada Famille, cette église qui semble inachevée, et puis de toute façon, il y a toujours un côté inachevé, dans les chefs-d'œuvre de cet architecte de Gaudi.
46:50 Et voilà, donc ça veut dire une espèce de système qui ne cesse de s'échafauder, de vouloir tout totaliser, qui n'est pas bien jamais tout à fait. Bon, alors, il est vrai que l'intensité, aussi bien que la permanence de cet intérêt, peuvent apparaître plus ou moins vivaces selon le domaine appréhendé. Il va de soi que comme chacun d'entre nous, ce n'est pas avec le même intérêt que Hegel aborde, je veux dire, n'importe quoi, la botanique, qui s'intéressait, surtout avec son ami Goethe, et la politique, qui était beaucoup plus intéressée par la politique et l'histoire, par exemple, que la botanique, même si, je ne sais pas, il était très au courant des progrès que faisaient cette discipline et cette science à son époque.
Le rapport de l'esthétique et de la politique
47:29 si, donc, il est vrai que l'intensité, aussi bien que la permanence de cet intérêt, peuvent apparaître plus ou moins vivaces selon le domaine appréhendé. C'est là que je commence à nucléer le débat. Il existe au moins deux instances, quand je parle d'esthétique et politique, je vais parler des instances maintenant dans le système, à l'égard desquelles, précisément, l'investissement du philosophe ne s'est jamais démenti. Ils se sont entendus tout au long de sa carrière, n'est-ce pas ?
47:59 Depuis ses premiers devoirs d'écolier, jusqu'aux ultimes textes de Berlin, au point que l'on peut à bon droit discerner dans leur rapport mutuel à ces deux instances, esthétique et politique, au point que l'on peut à bon droit discerner dans leur rapport mutuel, l'indice, vous voyez, je suis prudent, je ne dis pas la preuve, l'indice d'une problématique, c'était bien ça notre but, d'arriver à un problème, essentiel à l'intelligence du système. Il s'agit, pour ce qui est de ces deux instances, bien sûr, de l'esthétique et de la politique.
48:34 Si nous insistons sur cette notion de rapport, je laisse le texte là un instant, je suis en train de dire, sur ça je peux sauter la page qui vient parce que ce n'est pas très compliqué, ce n'est pas, je ne vais pas procéder à une étude de tout ce que dit Hegel sur l'esthétique, virgule, puis après tout ce qu'il dit sur la politique. Non, l'objet de notre étude cette année, ça va être le rapport des deux. Quelle relation entretienne en permanence l'esthétique et la politique dans une société, dans une culture donnée ?
49:11 Je le dis avant, pour ne pas que les arbres finissent par cacher la forêt. Si nous insistons sur cette notion de rapport, c'est pour tenir compte de cette tendance non moins persistante du philosophe à faire en sorte que sa réflexion sur l'art, donc son esthétique, aussi bien que sa tentative de penser rationnellement l'État, ses textes politiques, loin de se répartir dans l'ensemble de l'œuvre sous l'aspect de deux ensembles de textes simplement juxtaposés, c'est comme la bibliothèque d'Aristote.
49:41 Il y avait la logique, puis la physique, puis au-delà de la physique, au-delà ce dit méta en grec, les livres qu'on plaçait dans la bibliothèque après la physique, métaphysica, c'est de là que vient le mot métaphysique. Après, bien sûr, le mot a fini par avoir des connotations qui vont assez bien avec le préfixe méta, au-delà. Bon, et bien, chez Hegel, c'est pas ça, il n'y a pas l'esthétique, puis après le politique, n'est-ce pas ? Mais c'est toujours l'une qui est pensée en fonction de l'autre, on y arrive.
50:13 Il apparaît, en effet, dès les textes de jeunesse, que l'on ne saurait appréhender le champ politique sans évoquer l'élément esthétique et vice-versa. Et maintenant, je le dis gratuitement, il faut que je donne quelques illustrations, quand même. Mais je remonte à ces années de lycée. Le plus ancien des écrits de Hegel qui nous soit parvenu, entretien à trois, c'est le titre, entre Antoine, Octave et Lépide, les trois Romains qui assurent le Triumvirat après la mort de César, entretien à trois, entre Antoine, Octave, le futur Auguste, et Lépide, au sujet du Triumvirat.
50:53 Problématique politique, apparemment. Mais regardez, entretien à trois, sous une forme théâtrale, dramatisée, un dialogue, c'est déjà sous une forme esthétique que Hegel traite un problème politique. Dès ses cahiers d'écoliers, vous voyez, enfin de lycéens. Ce texte se présente déjà comme une mise en scène poétique, en l'occurrence dramatique, comme tout ce qui se rapporte au théâtre, d'un problème politique. Voilà pour ce qui est de la jeunesse. Maintenant, je vais à l'autre bout de l'arc, n'est-ce pas ? Ou de l'arche, comme vous voulez, à l'autre extrémité de l'œuvre, dans un ouvrage réputé pour être aussi aride, aussi peu dépourvu de références existentielles que les principes de la philosophie du droit.
51:35 Texte, qu'est le testament politique de Hegel, qu'il a fait à Berlin. Berlin étant la dernière de ses affectations, vous savez que les philosophes allemands devaient faire, non pas un tour de France, mais un tour d'Allemagne dans leur carrière. Il n'y a pas, comme chez nous, comme en France, la capitale et la province. Ça n'a aucun sens en Allemagne. Munich est une capitale pendant des siècles. C'était la capitale du royaume de Bavière. On le voit à ses palais, à son opéra, à son théâtre, à ses musées. Voilà. Berlin, pendant longtemps, n'était que la capitale du Brandenburg ou de la Prusse.
52:10 Hannover, pour ce qui est, n'est-ce pas, de la Niedersachsen, comme on est en Allemagne, la Basse-Saxe. Je n'insiste pas, parce qu'il y a beaucoup de micro-États dans cette Allemagne. La liste ne finirait pas, mais chacun avait sa capitale. Stuttgart, qui était une capitale pour le duché de Bade, n'est-ce pas ? Tübingen, pour la Souabe, et ainsi de suite. Je n'insiste pas.
52:40 Nuremberg, pour la Franconie. Hegel a fait pratiquement tous ces postes. Nuremberg, justement, c'est là qu'il a découvert sa future épouse. Heidelberg, avec sa vieille et célèbre université. On reste encore à peu près dans l'Allemagne du centre-sud. Et puis, il a fini sa carrière à Berlin à la mort de Fichte. N'est-ce pas ? On lui a demandé de venir occuper le poste de Fichte. Si vous voulez vous intéresser à sa carrière, il n'y a pas beaucoup de hasard, vous verrez par qui il a été appelé là.
53:16 N'est-ce pas ? Un philosophe qui sentait le soufre parce qu'il était un petit peu trop impliqué dans sa admiration pour la révolution française, n'est-ce pas ? Contre laquelle luttait tous les autres États d'Europe, dans le cadre d'une immense contre-révolution financée par l'Angleterre et dont la chair à canon étaient essentiellement les pays allemands plus russes. Les pays germaniques, parce que l'Allemagne n'existait pas. Vous avez d'excellents ouvrages de notre regretté camarade Jacques D'Hondt, qui longtemps a été le compagnon de Clouscard au centre d'études hégéliano-marxistes de Poitiers, qui l'avait fondé d'ailleurs.
53:57 Remarquable, universitaire, admiré de tous ses proches, hégéliens ou pas, marxistes ou pas. Je pense à tous les termes affectueux dans lesquels Bernard Bourgeois parlait de cette grande figure. Je vous recommande deux titres qui sont passionnants pour suivre la carrière de l'homme Hegel. Il ne s'agit pas de sa pensée, c'est plus facile à lire. C'est Hegel secret.
54:28 Bon sang. Ceux qui vont me revenir, il y en a plein d'autres. Hegel, philosophe, de l'histoire vivante, il y a tout ça, bien sûr, de ses titres. Mais là, pour ce qui est de Hegel à Berlin, il y a Hegel secret et ça va me revenir. Pardon pour ce trou. Ce que je ne pensais pas à notre ami, à notre camarade, à Jacques D'Hondt au départ, mais il explique très bien, j'isole juste ce point, pour en finir avec cette référence, que c'est le gouvernement le plus progressiste qu'il y a jamais eu la Prusse, ça n'a pas duré longtemps, qui a appelé Berlin pour venir remplacer Fichte après la mort de ces derniers à Berlin.
55:10 D'ailleurs, à sa mort, Hegel a demandé à être enterré du côté de Fichte. On le verra une autre fois. Dans le cadre de cette étude, que ce n'est pas non plus innocent, comme on requête. Quand on voit que la première publication de Hegel a porté de la différence des systèmes de Fichte et de Schelling, Schelling étant son vieux camarade à l'université, son jeune camarade, il a fini par opter pour Fichte, n'est-ce pas, après l'avoir critiqué en compagnie de Schelling. Laissons cela.
55:40 Donc, voilà, je vous recommande Hegel secret et Hegel en son temps. Voilà, ça me revient à ces deux titres, n'est-ce pas, où ils expliquent très bien exactement qui au ministère à Berlin, c'est pas l'éducation nationale, c'est un anachronisme, c'est le ministère des cultes, qui s'occupait de l'éducation. L'Église avait la haute main quand ils sont protestants sur ces chères têtes blondes. Voilà. Donc, je tenais à préciser ça dès l'introduction, que chaque fois qu'il veut parler politique, il se réfère à l'esthétique et vice-versa.
Antigone, « l'opposition éthique suprême »
56:21 On parle de l'esthétique, on y vient maintenant. À l'autre extrémité de l'œuvre, je prends, là où je l'avais suspendu le texte, et j'enchaîne, à l'autre extrémité de l'œuvre, dans un ouvrage réputé pour être aussi aride, aussi peu dépourvu de références existentielles vivantes que les principes de la philosophie du droit, c'est encore la tragédie et plus précisément le conflit entre Antigone et Créon, on finit par y arriver, considéré ici comme, je cite, car ça va être le titre de toute la première partie, l'opposition éthique suprême qui sert en quelque sorte de toile de fond au paragraphe 166 sur la famille dans son testament politique.
57:05 Vous voyez, c'est une figure esthétique, la tragédie de Sophocle, l'Antigone, c'est un poème, une tragédie, un poème dramatique, qui sert de toile de fond au paragraphe 166 sur la famille pour étudier le rapport de la famille et de l'État dans la société de l'époque, Hegel se sert de la tragédie de Sophocle et de ce qui se noue dans cette tragédie. Pas seulement de Antigone, mais c'est surtout d'Antigone, la figure d'Antigone qui va s'attarder. Si l'on se rappelle enfin que c'est dans le cadre de ce même drame de Sophocle, encore Antigone, que se développent les analyses les plus politiques de la phénoménologie de l'esprit, vous voyez, je fais un ping-pong, on est sans cesse renvoyé de l'esthétique au politique.
57:48 Les analyses les plus politiques, c'est-à-dire celles qui nous présentent la conscience, vous, moi, celle qui ne sait pas, qui ignore ses déterminations, n'est-ce pas, qui ignore sa propre logique et qui va avoir beaucoup de mal à garder son équilibre lorsqu'elle sera obligée de reconnaître sa propre logique. Mais laissons cela, on n'est pas en psychanalyse. Si l'on se rappelle enfin que c'est dans le cadre de ce même drame de Sophocle que se développent les analyses les plus politiques de la phénoménologie de l'esprit, c'est-à-dire celle qui nous présente la conscience, j'arrive au moment où elle accède à sa vérité comme, je cite, « esprit d'un peuple »
58:27 dans la phénoménologie, vous trouvez, n'est-ce pas, cette formule, c'est que la conscience ne commence vraiment à obtenir sa vérité lorsqu'elle se reconnaît comme faisant partie de l'esprit d'un peuple et non pas comme blond, brun, homme, femme, n'est-ce pas, et tous les communautarismes que vous imaginez aujourd'hui, n'est-ce pas, où on a bien besoin puisqu'on vit sous le régime du privé. Vous ne voyez pas le rapport entre le privé et le sociétal, n'est-ce pas, surtout qu'il y a plein de gens qui se disent anticapitalistes et qui sociétalisent.
59:02 À fond la caisse pour parler, comme mes amis des cités et les barres, les jeunes camarades, oui, c'est pourtant simple, c'est tellement simple aveuglant qu'on ne voit pas. C'est la différence qu'il y a entre la cécité et la bévue. Ce n'est pas une simple bévue, c'est un aveuglement. À savoir que le pouvoir n'a pas du tout intérêt à ce que nous soyons unis contre lui.
59:33 Donc tout ce qui nous rassemble, tout ce que nous avons de commun, par-delà les différences de couleurs, de sexe, de race, etc. Par-delà, je n'ai pas dit, on faisait un impasse sur ces problèmes-là, tant s'en faut. Mais j'ai dit, par-delà, nous rassembler, hommes et femmes, non pas hommes contre femmes, jeunes et vieux, non pas jeunes contre vieux, ni jeunisme, ni féminisme, n'est-ce pas, noirs et blancs, lorsqu'il y avait les grandes grèves chez Renault à Billancourt, et qu'elles se terminaient par un succès, les mêmes augmentations de salaire, les mêmes acquis et droits syndicaux d'entreprise, profiter à tout le monde, n'est-ce pas, qui s'appelle Jean-Michel ou qui s'appelle Aziz, ou Kouassi, ou Abderrahman.
1:00:26 Donc, lorsqu'on réalise, n'est-ce pas, que ces analyses de la phénoménologie de l'esprit, la conscience arrive à sa vérité comme esprit d'un peuple, au sens que je viens d'essayer de creuser un petit peu et non pas un peuple, c'est plus global que mon lien familial, que mon équipe de rugby ou que mon équipe de joueurs d'échecs. On se convaincra aisément du fait que la référence esthétique et la réflexion politique, parce que je vais multiplier les exemples, sont aussi indissociables dans la réflexion hegelienne que le plaisir et la douleur sur la cuisse de Socrate au prologue du Phédon.
Le plaisir et la douleur de Socrate, l'unité selon Baudelaire
1:01:11 Je me souviens que Philippe Moreau et Hugo m'avaient demandé d'expliciter cette curieuse, vous voyez, on me reproche d'être allusif, alors je vais développer. Je vous rappelle que c'est ici une analogie pour ce qui est de l'indissociabilité de l'esthétique et du politique dans la pensée de Hegel, quand vous l'entraitez l'un, il parle de l'autre et vice-versa. Et bien, on retrouve la même chose pour deux choses qu'on oppose en général, n'est-ce pas ? C'est le plaisir et la douleur des plus opposés, n'est-ce pas ?
1:01:43 Et dans le Phédon, c'est-à-dire l'ultime dialogue que Socrate, au travers duquel Socrate s'entretient avec ses disciples, c'est en même temps celui où il leur fait ses adieux, mais c'est l'ultime dialogue et qui a pour sujet de l'âme. Est-ce que l'âme est immortelle ou pas ? C'est un peu dur de la place de ses disciples de lui avoir proposé ce sujet, n'est-ce pas ? Imaginez qu'il n'arrive pas à prouver que l'âme est immortelle au moment de prendre la ciguë, c'est un peu dur.
1:02:13 Bon, mais laissons cela. L'humour de Platon est au xième degré. J'ai souvent répété que c'est sans doute le plus grand philosophe, ça ne veut rien dire, mais d'autant que ça s'est complexifié après. Mais par contre, c'est certainement le plus grand artiste de l'histoire de la pensée. C'est le plus grand metteur en scène en particulier. Ses dialogues sont admirables, sont des chefs-d'œuvre aussi bien littéraires, poétiques que philosophiques, bien sûr, et même quelquefois scientifiques. Donc, j'y reviens dans le Phédon, juste avant le dialogue, dans le prologue, justement, c'est une partie des mises en scène, il y a toujours un prologue.
1:02:54 Le gardien de la prison, qui est un brave homme, Socrate nous l'apprend au cours de l'entretien, qui regrette presque d'être son geôlier, vient lui enlever les fers pour qu'il puisse discuter un peu plus à l'aise avec ses camarades pour son dernier dialogue. Et Socrate se met à gratter à l'endroit où le fer l'avait marqué sur la jambe, ce qu'on peut concevoir. C'est là qu'il dit que c'est quand même étrange ce que les hommes appellent le plaisir et son opposé, la douleur.
1:03:26 Tout à l'heure, le fer me faisait mal, la démangeaison, elle faisait mal. Je me faisais du bien en me grattant. Mais plus je me grattais, plus j'excitais la douleur. Je faisais ainsi un va-et-vient permanent entre le plaisir et la douleur, de sorte qu'il m'est venu à l'esprit que si Ésope, le grand fabuliste de l'Antiquité, et celui où presque tous les fables de La Fontaine sont inspirés d'une fable d'Ésope, le grand fabuliste auteur de fables de l'Antiquité, il m'est venu à l'esprit que si Ésope, avait pris conscience de ce problème, il aurait fait une fable en disant qu'à l'origine, plaisir et douleur sont deux corps qui ont une seule tête, ce qui fait que lorsqu'on veut attraper l'un, automatiquement, on attrape l'autre.
1:04:10 Oui, je suis Platon. Lui aussi, il est allusif. Non, je ne dis pas ça. Je ne suis pas Platon, loin de là. Enfin, je vais dire, ses allusions sont d'une profondeur et d'une portée. Voilà. Donc, plaisir et douleur sont aussi indissociables sur la cuisse de Socrate, dans le fait, si vous préférez, que l'esthétique et le politique dans la réflexion de Hegel. C'est pourquoi notre enquête, je reprends le propos, plutôt que d'entreprendre le commentaire systématique de chacun de ces deux moments de la philosophie de l'esprit que sont l'art et l'état, essaiera de préciser la nature de la ténébreuse et profonde unité.
1:04:47 C'est une citation de Baudelaire. La nature est un temple où de vivants piliers ne laissent parfois sortir de confuses paroles. L'homme y passe à travers des forêts de symboles qui l'observent. Les symboles observent l'homme. Les symboles qui l'observent, qui observe l'homme, avec des regards familiers. Les symboles sont étranges pour l'homme. Le sphinx, c'est une énigme. Mais l'homme n'est pas étrange pour les symboles. L'homme est familier. C'est un peu inquiétant, quelque part.
1:05:17 Donc, l'homme y passe à travers des forêts de symboles qui l'observent avec des regards familiers. Comme de longs échos qui au loin se confondent en une ténébreuse et profonde unité, vaste comme la nuit et comme la clarté, les parfums, les couleurs et les sons se répondent. Et vous voyez, c'est le fameux sonnet qu'on appelle « correspondance ». Mais voilà. Dans une ténébreuse et profonde unité. On va faire en sorte, nous sommes dans Hegel, mais pas dans Baudelaire, après tout, Baudelaire ne me sert d'ici que de superbes illustrations, de traquer un peu cette année, vous pourriez envoyer un petit peu quelques rayons de lumière.
La hiérarchie de l'esthétique et du politique s'inverse
1:05:55 N'est-ce pas ? Ce qui est indique, c'est indigne de la connaissance du philosophe, n'est-ce pas ? de laisser dans l'obscurité, ce qui peut, des fois, ça ne peut pas, ce qui peut être ramené à la rigueur du concept. Donc, c'est là que notre problème qui a servi de titre à la séance aujourd'hui va intervenir. Un premier problème se pose, celui de la hiérarchie qui gouverne ce rapport.
1:06:27 Écoutez, je vais parler français simplement avant d'entrer dans le détail. Qu'est-ce qui est le plus important pour Hegel ? L'esthétique ou la politique ? Je le dis grossièrement comme ça, mais au moins, ça le mérite. Ce n'est pas d'être clair d'abord, on a tout le temps de compliquer après. Mais il vaut mieux commencer par la clarté. D'abord, qu'est-ce qui, dans la hiérarchie de ces instances, dans ces parties de la philosophie que sont la réflexion sur la politique, la réflexion sur l'art, l'esthétique, quelle est celle qui va le plus loin dans les vérités qui nous apportent, dans les réponses à la question connais-toi toi-même qui est fondatrice de la philosophie depuis que l'oracle de Delphes a enjoint à Socrate.
1:07:09 De ne pas faire comme ceux qui le précédaient, les pré-socratiques qu'on appelle aussi les physiciens qui interrogeaient la lune, les terres, l'eau, le feu. C'est admirable. D'accord ? Je ne dis pas du tout que c'était des gens qui ont perdu du temps. Non, non. Mais on n'était pas dans la philosophie. Et les gens de l'époque, à très juste titre, les appelaient les physiciens. Même si c'est d'une vertigineuse profondeur et même si à l'époque, la physique touchait à bien d'autres choses que ce qu'on appelle aujourd'hui la physique.
1:07:41 Mais enfin, Socrate, lui, l'oracle lui répond « connais-toi toi-même ». Arrête d'interroger le solide. « Connais-toi toi-même ». Dans laquelle des deux instances qui nous occupent, va-t-on le plus loin dans la réponse à cette quête de soi-même ? Dans l'aventure artistique, n'est-ce pas ? Ou bien dans les multiples manières qu'on a de changer la donne politique ?
1:08:11 Pour l'instant, je ne sais pas, je n'ai pas la réponse, mais c'est cette hiérarchie qui va nous occuper. Dès ce niveau pourtant, un premier problème se pose, celui de la hiérarchie qui gouverne ce rapport. Car si tout au long de ce parcours, le domaine de l'art esthétique et celui de l'État politique semble toujours, je cite Mallarmé, s'allumer de reflets réciproques, il semble pourtant et c'est là qu'il y a un problème dans l'œuvre de Hegel, qu'entre la manière dont le philosophe de Berlin, le vieux Hegel, à la fin de ça, au dernier moment de son parcours intellectuel, essaie de concevoir l'État et d'un autre côté, l'élément poétique dans lequel baigne la référence du jeune condisciple de Hölderlin quand ils étaient étudiants tous les trois, Hegel, Schelling, Hölderlin, trois, trois lobes d'un trèfle, je fais allusion à un très beau poème de Hölderlin, fleur de trèfle
1:09:21 qui splendidement verdouille, il ne pensait pas à lui, Schelling, Hölderlin, bien sûr, et Hegel, il pensait à Héraclès, Dionysos et le Christ, puis d'étudiants en théologie, n'est-ce pas, trois personnages indispensables à la présence de l'homme sur terre, n'est-ce pas, Héraclès qui vient débarrasser la terre des monstres qui empêchent l'homme d'y établir sa demeure, Dionysos qui fait fondre ce qui nous sépare, qui fait fondre, qui crève ces bulles dans lesquelles le capital essaye de nous isoler, n'est-ce pas, chacun dans sa bulle, de femmes, d'hommes, de jeunes, de turcs, de corse, de Hutus, de Tutsis, de chiites, et autres, Ouïghours, et j'en passe, Dionysos, dans le vin, l'ivresse fait fondre,
1:10:31 vous savez, dans le carnaval, Nietzsche l'a très bien vu, n'est-ce pas, que dit Dionysos, c'est le dieu de la foule, c'est le dieu du collectif, alors qu'Apollon est le dieu de l'individuation, pas d'individualisme, laissez tomber, c'est un anachronisme, c'est beaucoup plus moderne, on n'est pas dans l'Angleterre du 19e siècle, dans la mythologie grecque, le prix de l'individuation. On aura tellement d'occasion d'y revenir. Donc, il n'y a pas du tout le même discours politique entre celui du vieux Berlin, dans le principe de la philosophie du droit, du vieux Hegel à Berlin, et celui du jeune étudiant au Stift de Tübingen, pour qui le modèle, il a déjà trouvé, comme si la quête était finie à son début, le modèle de toute idéale politique, c'est la cité grecque antique, n'est-ce pas, telle qu'il se l'imaginait.
1:11:24 Et vous allez voir que lui, aussi bien que son camarade, Hölderlin, je ne peux pas en dire autant de Schelling, seront, à terme, se verront obligés d'infléchir ce point de vue, et de mieux comprendre ce que la modernité a porté d'irremplaçable, et qui manquait alors, encore, à la soi-disant perfection grecque, n'est-ce pas. Donc, je répète cette position du problème, il semble pourtant qu'entre la manière sur laquelle le philosophe de Berlin essaie de concevoir l'État, et, d'un autre côté, l'élément poétique dans lequel baigne la référence du jeune condisciple de Hölderlin à la polis, la cité antique, polis, P-O-L-I-S, bien sûr, il semble qu'entre les deux une discontinuité soit manifeste, tant au niveau du contenu, et qu'elle ne dit pas la même chose, qu'à celui de la forme et du ton, ton volontiers lyrique dans les œuvres de jeunesse, n'est-ce pas, dans l'explosion du romantisme allemand ton beaucoup plus sec dans les principes de la philosophie du droit, beaucoup plus analytique, alpha, beta, gamma.
1:12:33 Bien. Alors, donc, voilà, c'est quoi, on va chercher une hiérarchie qui n'existe pas, parce que ce n'est pas la même selon que on prend les Hegel jeunes ou les Hegel vieilles, on a un petit problème. Celui-là, il n'est pas très compliqué, vous allez voir, je vais essayer de m'en débarrasser assez rapidement, mais juger plutôt, à s'en tenir très empiriquement cette interprétation évolutive de la pensée de Hegel, le jeune Hegel, la maturité, le vieux, il apparaît que la hiérarchie qui gouverne cette relation en arrive même à s'inverser.
1:13:04 Donc, c'est encore plus grave, ce n'est pas seulement qu'il y a une différence entre le jeune et le vieux, c'est que l'un dit l'inverse de l'autre, vous allez voir, à s'inverser selon que l'on se réfère au jeune séminariste, je reviens à vous, le jeune, qui, à l'instar de sa génération romantique, veut subordonner celle-ci, la politique, à celle-là, la politique. Là, je vais être obligé, je ne sais pas, de me référer à un autre texte, je vais, pour s'en emprunter une seconde, un autre écran.
1:13:37 Je vais faire ma tablette. Merci. Je reviens entre temps. Merci. Il faut l'aimer. Oh, puis alors, je crois que je l'avais la mieux. Premier programme systématique de l'idéalisme. Il n'est pas sur le site, je crois. Oui, pour illustrer ce moment auquel je fais allusion, celui du jeune Hegel de son culte, du monde de la cité, je fais allusion à un texte co-écrit par les trois, au point que, encore maintenant, on se demande qui en est vraiment l'auteur, même si le problème est plutôt bizarrement posé, et sans doute idéologiquement un peu faussé.
1:14:26 Je veux dire, par là, est-ce que vraiment il y avait une grande différence entre la pensée des trois à ce sujet à l'époque ? S'ils ont fait tous les trois le même texte et qu'ils l'ont ratifié tous les trois, et qu'ils pensent à peu près la même chose. Ce qui est sûr, c'est que ça, les techniciens graphologues en sont sûrs, le texte est de la main de Hegel, mais comme c'est un texte qui dit tout le contraire, n'est-ce pas, de ce à quoi les adversaires de Hegel veulent réduire sa pensée comme étant un seigne rationnel, systématique, qui n'a rien compris à l'art et à...
1:15:02 Je caricature, il y en a comme ça, bien sûr, ça ne tient pas la route. Dès qu'on a affaire à ceux qui abordent les textes, ça en fait quand même pas mal à l'université, mais enfin, il y en a encore à qui ça fait mal au cœur de montrer qu'il peut y avoir la même pertinence poétique, je ne dis pas le même niveau d'écriture poétique que Hölderlin, mais la même pertinence dans la réflexion sur la poésie que Hölderlin, d'ailleurs sur les mêmes thèmes et c'est la même distribution de valeurs.
1:15:38 Je vais donc vous trouver ça. Alors, c'est dans mes textes, ne bougez pas. Attendez que je suis bête, tout simplement, ce sera plus rapide, comme ça, je vais le prendre. je ne pensais pas vous le citer parce que je ne pensais pas qu'il était en wiki, mais on m'a dit qu'il y était dans le premier programme.
Le Plus ancien programme de l'idéalisme allemand : liberté et création
1:16:11 Est-ce que c'est ça Dominique ? Que je t'ai mis à l'écran. Oui. Ah ben voilà, vous l'avez écouté. La magie Pierre-Alain, enfin la magie c'est la compétence et le travail, mais au service d'une bonne cause puisque c'est la vôtre. Merci Pierre-Alain. Donc, ce texte est tronqué, on n'accède pas, mais écoutez, je reprends là où j'en étais pour vous montrer le lien, n'est-ce pas ? J'étais en train de parler d'inversion entre la position de la jeunesse, le jeune séminariste qui, à l'instar de sa génération romantique, veut subordonner celle-ci, la politique, à l'esthétique.
1:16:53 C'est l'art qui doit, c'est les valeurs de l'art qui doivent, n'est-ce pas, déterminer le politique, la science politique et non pas l'inverse. Et, juger plutôt une éthique. Bon, je m'excuse, ça ne nous est pas revenu comme ça. étant donné qu'à l'avenir toute la métaphysique passera dans la morale, ce dont Kant n'a donné qu'un exemple avec ses deux postulats pratiques, je ne sais pas trop à comprendre pour l'instant, mais ce que vous comprenez déjà, c'est l'importance qu'a eue Kant pour tous ces jeunes gens, tout le retournant.
1:17:26 Kant, qui est la somme du siècle des Lumières, ce siècle des Lumières française, c'est pas, c'est un Allemand qui en a fait la somme. Ce qui faisait dire à Hegel et plus tard à Marx et reprendre le même argumentaire, nous les Allemandes sommes profonds. Ils sont plus profonds que les Français. Nous pensons mieux qu'eux, mais nous pensons ce qu'ils ont fait, mais eux, ils le font. Les Français font la révolution et nous, nous en sommes encore à penser la révolution française.
1:18:00 Vous comprenez que sous la plume de la Marx qui a dit jusqu'ici les philosophes n'ont fait qu'interpréter que le monde, il faut le transformer, ça a une certaine résonance. Donc déjà, n'est-ce pas, c'est pas un hasard si ça illustre bien ceci que l'énorme effort politique fait par les, qui n'est pas seulement philosophique, regardez l'encyclopédie, la culmination éditoriale et dans l'action presque parapolitique, n'est-ce pas, des philosophes des Lumières françaises. Vous vous rappelez le titre « Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des techniques, faire un point accessible à tout le monde, à l'époque, avec des illustrations superbes, il n'y avait pas de photos, toutes les machines de l'époque divisées en planches, en parties, en pièces, travail extraordinaire auquel je vous renvoie.
1:18:46 Eh bien, c'est Kant, n'est-ce pas, qui en fait le bilan final de ce siècle. donc, voici ce qu'ils disent. La première idée est naturellement la représentation de moi-même comme d'un être absolument libre. Là, je suis obligé de vous renvoyer, enfin, obligé, je me permets de vous renvoyer à une communication que j'ai faite dans l'enceinte des murs de l'école normale supérieure, donc à la rue d'Ulm, il y a quelque temps. Le lien sera joint lorsque cette vidéo sera envoyée sur YouTube, c'est une séance d'aujourd'hui, dans lequel je prenais la suite d'un cycle qui avait pour titre la pensée révolutionnaire de Rousseau à Lénine.
1:19:34 Là, on y est en plein. C'est-à-dire la séquence qui mène de Rousseau à Kant. Vous savez que Kant a dit Rousseau est le Newton de la morale, donc de l'action. De Rousseau à Kant, de Kant à Hegel, on y est, ici au jeune Hegel, de Hegel à Marx, de Marx à Lénine, et on m'a encouragé à le prolonger. J'avais dit à l'époque, j'avais dit on devrait le prolonger jusqu'à Clouscard.
1:20:04 Et un de mes auditeurs m'a dit ah oui, oui, vous devriez le faire. Je le ferai un jour. Faites penser. Donc, je crois qu'à l'occasion des traductions qui sont en train d'être faites, je ne peux pas en dire beaucoup plus pour l'instant, de Clouscard en anglais, ce qui est une manière de passer considérablement la vitesse avec laquelle son audience s'élargit au niveau planétaire. Ce sera peut-être une occasion à ce moment-là de revenir sur cette extraordinaire avenue, n'est-ce pas, qui va de Rousseau à Lénine à Clouscard en passant par Kant, Hegel, Marx.
1:20:46 Or, pourquoi c'est Rousseau le début, le premier ? Parce que c'est le premier qui, comme le dit Hegel ailleurs, nous a appris à marcher sur la tête. C'est ça que Hegel admire le plus dans la révolution française, que tout est à l'envers. Ce n'est plus les souverains, la force qui domine. Vous savez que toutes les premières pages du contrat social désavouent le fait de vouloir fonder la politique sur la force. Le plus fort n'est jamais assez fort pour être toujours le maître s'il ne convertit sa force en droit et l'obéissance en devoir.
1:21:23 Ceci dit, en tout cas, avec une rigueur quasi algébrique. Il ne dit pas la force, ce n'est pas bien, c'est méchant, il ne fait pas de la morale, il ne pleurniche pas. Il dit que ce n'est pas comme ça que se sont construits la société. Sinon, il n'y aurait pas de société. Il y aurait comme dans le monde de la nature où la force règne en permanence, il n'y aurait jamais une stabilité, un régime, il n'y aurait pas l'Égypte des pharaons qui a duré des millénaires. La monarchie française qui a duré, vous vous rendez compte, de Clovis à Louis XVI, quelle stabilité ou les Habsbourg.
1:21:55 Bon, passons. Je ne parle même pas de la Chine, ce soit sans doute la plus longue continuité avec la France, un pouvoir monarchique. Ça s'est vu l'historien. Enfin, il y a deux continuités qui n'ont pas d'équivalent en durée ailleurs. C'est intéressant par les temps qui courent. Eh bien, Rousseau est le premier à fonder l'anthropologie, l'étude de l'homme sur la liberté. Donc, je reviens à ce texte des trois jeunes gens.
1:22:28 la première idée est naturellement à la représentation de moi-même comme d'un être absolument libre. C'est un mot générique, bien sûr. Avec l'être libre, conscient de soi, apparaît en même temps tout un monde. Le terme est souligné comme vous le voyez en italique. À partir du néant, ça veut dire qu'on n'est plus dans l'ordre naturel. C'est ça, veut dire néant. À partir du néant, se dit en latin ex nihilo. Que la lumière soit et la lumière fut.
1:23:00 Il semblait que seul Dieu pouvait faire quelque chose de rien. Parce que dans le monde de la science, de la nature, de la physique, donc dans le monde de la... Élargissons la physique à la biologie, enfin les sciences de la nature, le monde animal. C'est jusqu'à l'homme qui est un animal, mais qui apporte de nouvelles déterminations. C'est ce qu'on est en train de voir. qui est parallèlement au fait qu'il ait besoin de manger pour vivre, ce qui n'arrêtera pas jusqu'à mon dernier souffle En ce sens, je reste animal jusqu'à mon dernier souffle Mais je ne me réduis pas la nature animale.
1:23:35 Je sors, n'est-ce pas, de l'espèce pour créer un genre nouveau à partir du néant. C'est quoi ? Eh bien bien sûr, c'est tout le monde de l'outil, de la culture, de l'anthropologie. Celui qui fait dire, qui me fait dire souvent, au cas où vous vous embrouillez en philosophie, au cas où vous mélangez les concepts, ça devient trop abstrait. Et il y a toujours comme petite lumière dans la brume, comme ça, qui vous fait retrouver une route plus claire.
1:24:08 Je suis même mieux éclairé. c'est que tous les systèmes philosophiques, pas le mien, je ne suis pas dans les opinions, peuvent se ramener à l'un des trois suivants. Ou bien, premier, le point de vue naturaliste, c'est la nature qui fait l'homme. C'est ceux qui, aujourd'hui, essayent de déduire tout ce qui est humain à partir des sciences de la nature, de la physique, de la chimie, de la biologie, des sciences cognitives, des neurosciences.
1:24:40 Il y a des choses très sérieuses là-dedans, mais certainement pas dans l'objet qu'elle se propose. Mais, vous savez, ce qui est important, ce n'est pas le but qu'on poursuit, ce qu'elle a très bien vu, c'est les moyens qu'on déploie pour y arriver et qui font des nouvelles découvertes très intéressantes. Mais ça, c'est autre chose comme problématique. Donc, premier point de vue, le point de vue naturaliste, c'est la nature qui fait l'homme. Second point de vue, alors, l'antithèse totale. Non, l'homme, ce n'est pas naturel, c'est surnaturel. Vous reconnaissez le principe commun à toutes les religions.
1:25:12 Je vais très vite. Là, je ne suis plus dans les différences entre les religions qui sont très à la mode. Tout ce qui nous divise est très à la mode. Vous voulez que je refasse la liste. Les Hutus, les Tutsis, les Corses, les Français, les Bretons du Morbihan et ceux du Finistère. Oui, mais qu'est-ce que vous voulez ? Il y a les Alsaciens de Mulhouse, il y a ceux de Strasbourg, de Strasbourg. Et même cette Colmar au milieu, que je salue, une belle région. Comme presque toutes les régions de France. Toutes.
1:25:42 Et, non, il s'agit ici, n'est-ce pas, de ce qui est censé nous retenir. Un terme qui fait peur à la culture du monde bourgeois, du monde capitaliste et universel. Sauf quand il l'annexe. on peut penser que ce qui est universel chez tous les hommes, c'est ce qui n'est valable que pour l'homme blanc, mûr, qui a toute sa raison, bref, ni le fou, ni le sauvage, comme on disait à l'époque, l'enfant à peine est un homme.
1:26:15 Non, non, l'universel concret. Là aussi, on aura beaucoup de matière à travailler dans le cadre de ce petit livre à ce sujet. Donc, pour l'instant, ce qui m'intéresse, c'est de voir cette création à partir du néant, ex nihilo. C'est que ce que l'homme attribue à Dieu, c'est typique du mécanisme de l'aliénation. Ce n'est pas tout à fait faux, c'est vrai qu'on peut créer à partir de rien, contrairement à ce qu'a dit la physique qui dit rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme, ce qui est vrai.
1:26:49 Dans la physique, physique, ça vient d'un mot physis grec qui veut dire nature. Dans l'ordre de la nature, c'est indéniable. C'est pas ? Que rien ne sort de rien et que s'il y a quelque chose, c'est qu'il y avait autre chose avant qui en est la cause, etc. Vous savez ça. Mais par contre, n'est-ce pas, ce qu'exprime bien le film de Kubrick, vous voyez, l'Odyssée de l'espace, on voit tout d'un coup la création de l'outil qui est plus qu'un instrument, le singe n'a pas à l'aube de l'homme, on prend un caillou et casser les noix.
1:27:20 Des outils qui ont toutes la même forme typique, on trouve toutes les mêmes formes des pointes de flèche sur des milliers de kilomètres dans le Sahara, c'est qu'il y a une idée dans la tête, une forme qui est là, qui faisait dire à Marx ce qui distingue tout de suite l'architecte le plus malhabile de l'abeille, la plus experte, c'est que l'architecte a sa maison dans la tête avant de la produire dans la réalité. Voilà pour illustrer tout ce passage qui est évident à partir de la révolution opérée par Rousseau, et que je résume sur cette phrase de l'Émile, tout ce que les hommes ont fait, les hommes peuvent le détruire, le défaire.
1:27:57 Il n'y a de caractère ineffaçable que ce qu'imprime la nature. Et la nature ne fait ni riche, ni prince, ni grand seigneur. Donc, toutes les déterminations qui nous viennent de ce que l'homme a fait, on peut les changer. C'est la découverte de la liberté en politique. Avec l'être libre, je reprends le texte du premier programme systématique de l'idéalisme allemand, c'est comme ça qu'on l'appelle, avec l'être libre, conscient de soi, apparaît en même temps tout un monde à partir du néant, la seule véritable et pensable création à partir du néant, deux fois, est soulignée en italique.
1:28:34 C'est ici que je descendrai dans le champ de la physique. Donc, on passe à la nature. La question est la suivante. Comment un monde doit-il être constitué pour un être moral ? Je veux redonner des ailes à notre physique qui progresse si lentement et laborieusement au fil d'expérimentation. On sent l'impatience romantique qui voudrait, n'est-ce pas, passer outre ce que Hegel, à un stade un peu plus mûr, quelques années après ce texte, appellera le « Anstrengung des Begriffs, »
1:29:05 l'effort astreignant du concept, la patience du concept. Il dit même quelques fois le calvaire de l'histoire et de l'esprit par lequel l'esprit doit passer pour conquérir sa liberté. Donc, si la philosophie donne les idées et l'expérience et les données, nous pourrons enfin, regardez, je suis parti de là, comment illustrer l'enthousiasme du jeune séminariste, n'est-ce pas, sur la polis antique, nous pourrons avoir enfin la physique en grand que j'attends des temps à venir. Il ne semble pas que la physique actuelle puisse satisfaire un esprit créateur, on croirait entendre Rimbaud dans Une saison en enfer qui dit « la science est trop lente », n'est-ce pas, un esprit créateur comme l'est ou devrait l'être le nôtre, vous voyez, de la nature, j'en viens à l'œuvre humaine, l'idée de l'humanité au premier plan.
1:29:52 Je veux montrer qu'il n'y a pas d'idée de l'État, car l'État est quelque chose de mécanique, pas plus qu'une idée de la machine. Seul ce qui est objet de la liberté s'appelle idée. Nous devons donc dépasser également l'État, vous voyez, c'est dit avant le jeune Marx, qui ne cessera de répéter cette formule, car tout État est obligé de traiter les hommes libres comme un rouage mécanique et c'est ce qu'il ne doit pas. Vous voyez, ils en sont encore au devoir, être à la morale. Il faut donc qu'il arrête, on ne sait pas très bien comment, vous voyez de vous-même qu'ici, toutes les idées de paix éternelle ne sont que des idées subordonnées à une idée supérieure, la liberté.
L'idée de beauté et la mythologie de la raison
1:30:27 En même temps, je veux consigner ici les principes d'une histoire de l'humanité. Je cite maintenant. Tu peux continuer en dessous, en dehors du dernier par exemple. Voilà. Et, en dernier lieu, l'idée qui les unit toutes, l'idée de la beauté, vous voyez qu'on arrive à l'esthétique, le mot pris dans son sens platonicien le plus haut, je suis désormais convaincu que l'acte suprême de la raison, celui par lequel elle embrasse toutes les idées, est un acte esthétique.
1:31:02 On ne peut pas mieux prouver ce que je disais tout à l'heure, ce que j'écrivais, à savoir que, à ce stade-là, dans sa jeunesse, Hegel comme toute sa génération romantique, place au sommet de la hiérarchie l'instance esthétique en général et poétique en particulier. Je suis désormais convaincu que l'acte suprême de la raison, celui par lequel elle embrasse toutes les idées, est un acte esthétique et que vérité et bonté ne sont sœurs qu'unies dans la beauté. Le philosophe doit avoir autant de force esthétique que le poète.
1:31:34 Le philosophe doit avoir autant de force esthétique que le poète. C'est intéressant de voir ça à une époque où un poète comme Hölderlin a des considérations philosophiques vertigineuses dans ses plus beaux textes, sans que ça fasse de la pensée plaquée sur la poésie, et inversement, le philosophe, on a souvent vu dans le cas de Hegel, a une tendance à poétiser sa phrase. Pour rappeler le passage où il parle de la mort, que l'on voit dans les yeux de l'être humain, la conscience de la mort, c'est la nuit de l'être qui s'avance ici à la rencontre de chacun.
1:32:14 Les hommes dépourvus de sens esthétique sont nos philosophes de la lettre. Ça a la vie de l'opposition qu'à l'Évangile, ne disons pas que ce sont des jeunes séminaristes, l'opposition entre la lettre d'un écrit et l'esprit dans lequel il faut le comprendre. Ce qu'il est dit dans l'Évangile, la lettre tue et l'esprit vivifie. La philosophie de l'esprit est une philosophie esthétique. Sans sens esthétique, on ne peut avoir aucun esprit, même pour raisonner sur l'histoire, à Lombon, même l'histoire doit être subordonnée à la poétique.
1:32:44 Ici doit apparaître clairement ce qui manque véritablement aux hommes qui ne comprennent pas les idées et qui sont assez honnêtes pour avouer que tout leur paraît obscur dès qu'ils ne disposent plus de tables et de registres. La poésie reçoit alors, attendez, c'est le moment le plus important. Jusque-là, il y a des choses un peu naïves et là, c'est un très grand texte qui commence. La poésie reçoit ainsi une plus haute dignité. Elle redevient à la fin ce qu'elle était au commencement. Je pense à Homère, nous pensons tous et eux en premier à Homère, l'éducatrice de l'humanité.
1:33:16 Car il n'y a plus de philosophie, plus d'histoire. La poésie seule survivra au reste des sciences et des arts. On va maintenant voir la suite. En même temps qu'on entend si souvent que la grande masse devrait avoir une religion sensible, vous savez qu'il y a eu de belles communications à la librairie Tropiques sur la raison sensible. belle publication de notre collègue. Excusez-moi si le nom m'échappe, ça va me revenir très vite.
1:33:47 Ce n'est pas seulement la grande masse, mais c'est aussi le philosophe qui en a besoin. Monothéisme de la raison et du cœur, polythéisme de l'imagination et de l'art, c'est ce dont nous avons besoin. Je répète cette phrase superbe. Monothéisme de la raison et du cœur, polythéisme de l'imagination et de l'art, c'est ce dont nous avons besoin. Je saute le paragraphe d'après. Si, quand même. Je le prends, mais je le commence à sa deuxième phrase. Après le tiret. Nous devons avoir une nouvelle mythologie.
1:34:21 Oui. Mais cette mythologie doit être au service des idées. Elle doit devenir une mythologie de la raison. Tant que nous n'avons pas rendu les idées esthétiques, c'est-à-dire mythologiques, les idées n'ont aucun intérêt. Vous voyez, une espèce de synthèse, n'est-ce pas ? Les idées sont trop abstraites en général. Il faut faire comme dans la mythologie, c'est-à-dire les rendre un peu plus concrètes, en forme de récits avec des personnages qui nous semblent de chair et de sang. Et inversement, le sensible ne s'élève à sa vérité que lorsqu'il fait un détour par l'idée.
1:34:55 Donc, tant que nous n'avons pas rendu les idées esthétiques, c'est-à-dire mythologiques, les idées n'ont aucun intérêt pour le peuple. Vous voyez qu'il y a une visée éducative qui est dans le droit fil de l'Émile de Rousseau, on le voit bien, n'est-ce pas ? Et dans le droit fil de l'Émile de Rousseau et de l'immense effort des encyclopédistes, pour mettre à la portée du plus grand nombre, un nombre croissant de gens alphabétisés, même s'il y avait une majorité encore analphabète dans les campagnes, pour les amener au savoir.
1:35:25 Et inversement, tant que cette mythologie n'est pas rationnelle, tant qu'elle reste une superstition, elle est un objet de honte pour le philosophe. C'est ainsi que les hommes éclairés et ceux qui ne le sont pas doivent se tendre la main. La mythologie doit devenir philosophique et le peuple rationnel. Et la philosophie doit devenir mythologique afin de rendre les philosophes sensibles. Quelle extraordinaire génération quand même de jeunes gens qui ont pu concevoir de telles phrases dans les années 1792.
1:35:56 « Aucune force ne sera plus réprimée. La liberté et l'égalité universelle des esprits régneront. » Voyez l'importance des idées révolution à la française. « Un esprit supérieur envoyé du ciel doit fonder cette nouvelle religion parmi nous. Elle sera la dernière et la plus grande œuvre de l'humanité. » Je ne pouvais pas ne pas faire le détour par ce texte incroyable. Si vous voulez le retrouver, c'est le premier programme systématique de l'idéalisme allemand. C'est la suite qui s'appelle.
1:36:30 Je voudrais bien consulter l'heure, peut-être la maintenant, parce que je ne vois pas. Si, ça y est. Tout de même, oui. J'ai dépassé de plus près de 7 minutes mon temps de parole par rapport à vos questions. Je ne veux pas. Alors, je vais, si vous voulez bien, me servir de ma souris un instant. Voilà. Vous retrouvez et bien voilà, je vois qu'il y a plein de questions et j'en suis ravi.
1:37:01 Je vois que nous avons nos fidèles, d'abord, je commence par ce plus ancien, Redrom est encore là, n'est-ce pas, et je m'en félicite. Stavisky, compagnon de route, c'est un fou, qui n'a rien à voir avec l'affaire Stavisky, je vous le garantis. Guillaume Duguay, qui nous interroge sur l'opposition entre la lettre et le code, sans doute pour rebondir sur ce qu'on a dit de l'opposition évangélique entre la lettre et l'esprit.
Lordon, Friot et la suppression de l'échelon national
1:37:33 Redrom qui nous dit, il parle de Lordon, c'est impressionnant. Lordon est de plus en plus Friot, malheureusement, je lui laisse la responsabilité de ce qu'il dit, mais en général, Redrom est extrêmement réfléchi. A 200 ans de retard, voire plus, sur nos trois Allemands préférés. Ah, ça, c'est la lecture du premier programme systématique de l'idéalisme allemand. Bon, j'ai un énorme respect et une affection, peut-être unilatéral, mais peu importe.
1:38:12 C'est même la preuve qu'elle est saine à l'égard de quelqu'un que je ne peux pas ne pas appeler mon camarade Bernard Friot. En tout cas, c'est pas dans une organisation, c'est pas, je ne milite en aucune organisation, comme vous le savez, mais dans le mouvement communiste en général, au sens extensif. Et maintenant, il est sûr que j'ai quelques désaccords sur quelques aspects sociétaux de la société dans laquelle nous vivons.
1:38:45 Les discours, je n'ai rien contre la réalité sociétale, il n'en rappelait que ça, mais contre les discours qu'essayez de rendre compte et surtout qu'on profite pour dire que tout ne se réduit pas au social, comme si on voulait réduire. Il fait allusion à ça. Mais je passe en revue, je ne veux pas trop perdre de temps, je fais d'abord un débroussaillage des questions. Et notre camarade Stavisky dit, Tannes, je retourne la question, pourquoi est-il si important pour ceux qui soutiennent Bégaudeau de supprimer l'échelon national ?
1:39:21 Très intéressante question, très actuelle, n'est-ce pas ? Tout à l'heure, je ne suis pas non plus, n'ose pas, fanchouillard nationaliste et cocardier, encore que je suis atterré de voir la manière dont la souveraineté française se fait traiter par Bruxelles, par Washington. L'affaire des sous-marins est encore présente à tous les esprits, j'espère probablement de plus de temps, mais surtout par ses propres dirigeants.
1:39:54 Déjà, on a quand même un chef d'État qui a dit, c'est quand même la première fois dans l'histoire de France qu'il n'y a pas de culture française. Mais je ne verse pas non plus dans le camp opposé d'un nationalisme qui en profiterait pour dire que l'essentiel est là dans le lien d'une espèce d'identité imaginaire qui serait, on se demande où, ce qui fait pour moi un coup, ce qui... je ne suis jamais aussi franchouillard au sens d'être amoureux de la France que lorsque je vois son extraordinaire diversité d'origine, de culture, de langue, et langue germanique donne ce qui se passe, ce qui se parle dans l'intimité des Alsaciens, a fortiori encore, chez moi encore, ce sont sans doute les deux régions où la langue traditionnelle est la plus parlée dans la vie quotidienne.
1:40:42 d'ailleurs, on a beau dire qu'on parle le gaélique, le breton, les deux, ça ne va pas bien loin du point de vue extensif. Par contre, vous rentrez dans une boulangerie à Strasbourg et vous entendez une dame demander à la caisse « Amenez-y, un bichet de pain, s'il vous plaît. » Voilà. Mais c'est cette diversité qui fait la richesse incomparable. L'identité de la France vient du nombre d'identités qui s'y télescopent.
1:41:13 Donc, je suis content que notre ami et camarade Stavisky ait posé le problème sous forme de question car c'est bien ce qui s'impose ici. On ne manquera pas d'y revenir. L'opposition de la lettre et le code, ce n'est pas tout à fait la même chose mais je comprends tout à fait qu'on y pense. Ce n'est pas la même chose parce que ici l'être serait du côté de l'esprit.
La lettre, l'esprit et le code : Patmos de Hölderlin
1:41:46 La lettre tue et l'esprit vivifie. Je rappelle la dichotomie traditionnelle théologique. Donc, l'être serait du côté de l'esprit. Ceux qui ne s'attachent pas d'une manière démentielle à ce qui est littéral comme les hommes de droit en général par exemple il faut bien s'en tenir ou comme vous passez votre code de la route il ne faut pas changer les mots de l'énoncé sinon on rate son code par exemple. Soyons sérieux, c'est cette opposition qui est importante mais dans l'être c'est pas tout à fait le cas il n'y a pas l'esprit du côté de l'être et la lettre du côté du code le code est beaucoup plus concret et déterminant que la pure lettre que la littéralité dans le texte évangélique encore que vous voyez j'ai l'air de faire des va-et-vient parce que je ne suis pas sûr et donc je tiens par honnêteté intellectuelle envers vous je tiens à essayer de donner une chance aux deux points de vue dans un de ses plus beaux poèmes Patmos l'île de Patmos
1:42:56 en Grèce et selon les actes des apôtres on reste dans la théologie l'île dans laquelle a échoué lors de naufrages Jean enfin qu'on appelle Saint Jean chez les catholiques l'apôtre Jean et c'est là qu'il a eu la vision de l'apocalypse il a eu la révélation du texte qui clôt tout le Nouveau Testament dans l'île de Patmos Jean le maître de la parole celui de l'Évangile qui commence par non pas Jésus fils de Joseph fils de machin fils de ceci fils de Lévi des fils de non Isaac Abraham Jacob c'est important mais c'est pas par là c'est le seul qui commence par au commencement était la parole et c'est le seul qui est écrit en grec aussi je dis ça pour mettre les choses au point à ce niveau là or c'est le même Jean qui n'a rien à voir avec Jean Baptiste ici c'est Jean l'évangéliste qui va clore le Nouveau Testament avec la révélation de l'apocalypse donc c'est celui qui tourne toujours voyez qu'on arrive à la lettre à la parole à l'écrit l'évangile c'est la parole du Christ censée être transcrite
1:44:06 j'ai du mal à le dire tellement que c'est proche ne serait-ce que pour l'oreille n'est-ce pas or n'y a-t-il pas une trahison déjà de la parole pour rappeler Rimbaud que comprendre à ma parole il fait qu'elle fuit comment peut-on l'enfermer dans la stabilité de l'écrit non je ne veux pas je ne veux pas me défendre ma cause subrepticement faire croire que c'est pour des raisons aussi nobles que je n'écris pas il y a beaucoup de confusion c'est sans doute des causes névrotiques qui n'intéressent pas le public mais voilà n'empêche que c'est une vieille histoire n'est-ce pas j'ai dit que c'était un très beau problème mais je ne suis pas arrivé au passage où il parle de la lettre où il contredit ce que je viens de dire que la lettre c'est un peu plus réducteur que l'esprit lorsqu'il dit que le code pardon je m'excuse lorsque Hölderlin dit car le Père le Père Dieu exige avant toute chose que soit respectée la lettre Dem folgt deutscher Gesang C'est assez bouleversant
1:45:18 cette conclusion de ce poème qui est splendide par ailleurs Patmos je n'ai pas lu les passages les plus beaux je dis celui qui se rapporte à la lettre et il termine par je le dis en allemand c'est le dernier verbe le chant allemand lui obéit le chant allemand c'est celui qui s'efforce de respecter la lettre voilà n'allez pas me dire que rien n'est pour le formalisme juridique mais enfin c'est pour vous dire que les deux peuvent se discuter je ne reste plus dans cette question parce qu'elle m'entraîne non pas parce qu'elle m'intéresse pas parce qu'elle m'entraînerait bien loin je ne sais pas et je regarde à moins que Pierre-Alain ait repéré des questions essentielles parce que j'ai mis à l'idée Estavisky réagissait à des questions de Tannes que tu as juste sauté alors juste pour que tu comprennes un peu le fil ah oui Tannes ah oui oui ça j'ai compris j'ai compris qu'il répliquait bien sûr et donc voilà l'original bonjour Dominique on vous dira que l'identité politique nationale française est une division une diversion de la communauté humaine
Contre l'identité ontologique : l'ici qui n'est pas un point
1:46:28 voir Bégaudeau encore par exemple c'est terrible on essaie d'importer sur le terrain philosophique des manières de poser des problèmes qui sont journalistiques et qui sont très loin de la philosophie poser comme ça c'est déjà le pouvoir qui a l'avantage vous voyez où je veux en venir c'est quoi l'identité politique nationale française il y a quatre mots importants à la identité politique nationale française ouais n'est-ce pas alors celui qui pour moi est le plus fragile c'est l'identité non pas qu'il n'y ait pas quelque chose qui qui distingue entre autres je suis le premier à le penser une certaine tradition française moi certaines idiosyncrasies françaises oui j'essaie de trouver des mots laborieux pour ne pas dire identité enfin ce que je n'ai rien contre l'identité mais je me méfie de son sens ontologique c'est ça que je vais essayer
1:47:38 de clarifier tout de suite par exemple lorsque les allemands disent pour comme on dit nous je suis heureux comme un roi je suis heureux comme le pape au Vatican et c'est une vieille formule eux ils disent heureux comme Dieu en France n'est-ce pas heureux comme Dieu en France il y a une certaine identité qui fait que le français aime bien la bonne chair ben oui comment voulez-vous Dieu il est mieux en France qu'au paradis est-ce que vous allez trouver au paradis des jolies brunes bouclées comme en France non c'est pas des blondes des rousses je veux dire je ne suis pas en train de parler en mon nom mais c'est comme ça que la France est vue de l'étranger vous savez regardez tous les cartes de touristes à Pigalle maintenant c'est devenu une usine c'est une horreur mais pendant longtemps il y avait une gaieté parisienne c'est le titre d'une des plus célèbres opérettes n'est-ce pas d'Offenbach à l'époque du second empire il y a une certaine légèreté française léger comme les bulles de champagne comme le bonheur comme le c'est pas qui ne sont ni dans la crispation puritaine
1:48:49 du monde protestant c'est-à-dire des pays nordiques n'est-ce pas ni non plus dans l'excessive c'est encore ce qu'il vous parle dans l'excessive rigidité substantialiste des regardez comment les femmes sont tenues dans le bassin méditerranéen traditionnellement n'est-ce pas ils ont incomparable moins de liberté que les garçons et les filles et entre les deux la France c'est ce pays où passe le 45ème parallèle la chanteur vous voyez d'esquisser ce qui pourrait être une identité mais c'est pas du tout ce qu'on invoque quand on parle d'identité je suis pas en train de parler d'une fantasmatique de la celtitude j'en sais rien c'est quoi pour moi je veux dire un Corse n'est pas plus ni moins français qu'un ch'ti et les deux pourtant proviennent d'identités respectives qui à l'origine n'est-ce pas qui préexistait à la France mais je le disais à l'instant et j'insiste ce qui fait l'identité française c'est la richesse de tous ces apports c'est que quand vous voyez l'immense Eurasie ben oui j'élargis le débat l'immense Eurasie
1:49:59 quand vous allez du Kamtchatka c'est pas la partie la plus orientale de la Sibérie donc de l'Eurasie et que vous arrivez à la pointe du Raz dans le Finistère du Raz ou pas loin du Cap Fréel ou à Plougastel bref au Finistère là où la terre finit on ne peut plus aller plus loin donc tout le monde s'est donné rendez-vous là à l'époque les grandes invasions n'est-ce pas ils n'allaient quand même pas à l'époque ils n'avaient pas encore ni les caravels ni le gouvernail à l'étambot ni la boussole pour se risquer ardiment à aller au-delà encore ce qui n'arrivera qu'à partir de l'aube des temps modernes c'est-à-dire au XVIe siècle et à la Renaissance avec les grandes découvertes à commencer par celle du Nouveau Monde n'est-ce pas donc voilà je précise bien que toutes ces identités se sont retrouvées là il y en a qui n'ont fait qu'à traverser regardez une tribu germanique les Visigoths ils ont traversé la France ils ne sont pas restés longtemps après ils sont allés en Espagne ils ont suivi leur chemin et ils ont resté des siècles en Afrique du Nord
1:51:09 ce qui fait que je taquine des fois mes amis arabes en leur disant vous savez que les Allemands étaient avant vous dans le Maghreb alors bien sûr c'est les Faisers Sauten je fais allusion au Visigoths c'est vrai qu'ils étaient là au 3ème, 4ème siècle après Jésus-Christ avant la conquête arabe il y avait déjà des numides qui étaient là des libico-berbères si vous voulez parler en termes linguistiques oui on est encore dans les identités on s'y perd dès qu'on les prend en compte on s'y perd on se cancérise si telle région va être indépendante elle va être gagnée elle-même par des luttes à l'intérieur d'elle-même pour savoir si c'est le nord ou le sud de la région qui est la plus représentative de l'identité de la région je ne donne pas des exemples exprès pour fâcher personne parce que toutes les régions de France sont concernées ce qui est certain c'est que le Corse de Bonifacio au niveau linguistique n'est pas celui de Bastia je ne vais pas au niveau linguistique et quant au niveau des mentalités on n'arrête pas de faire des blagues encore c'est la différence des mentalités et donc des identités entre les Bastiais et l'Ajaccien donc plus on regarde de près plus ça se perd
1:52:19 plus on prend cause les identités plus on veut les saisir plus on se perd et là je reviens à Hegel qui a l'air d'être très loin de tout ça dans son étude de notre perception de la spatialité ça a l'air d'être loin dans le premier chapitre du premier tome de la phénoménologie la certitude sensible quand il a parlé du maintenant ça je passe mais c'est passionnant que le maintenant c'est quelque chose qui fuit tout le temps on a à peine dit maintenant qu'il est déjà passé le maintenant qui est est un autre que celui qui a été prononcé etc laissons ce qui est pour le temps et quand il arrive à l'espace il dit il en est de même pour l'ici le maintenant et l'ici les deux formes de ce qui est là devant mon nez le maintenant et l'ici ceci ici maintenant les trois paramètres de l'empiriste acharné qui ne voit pas plus rien que le bout de son nez qui est souvent d'ailleurs l'ensemble du monde dans lequel baigne l'animal ceci ici maintenant avec ses sens lorsque ceci vise l'ici ici c'est ce livre ici voilà un lieu mais celui-ci
1:53:30 regardez je parle du ici le haut c'est un autre ici le bas c'est un autre ici la gauche c'est un autre ici la droite excusez-moi pour vous c'est l'inverse c'est un autre ici et l'ici de cette ligne ou l'ici de celle-là et là j'arrête de vous promener car Hegel à cette phrase saisissante dont il a le secret tout d'un coup et qui met fin à cette quête qui peut aller jusqu'à l'infini parce qu'elle est imaginaire on est loin du réel et il finit par dire l'ici visé était le point mais il n'est pas un point ça n'existe pas et bien l'identité française telle que l'imaginent trop souvent ceux qui la défendent en disant l'identité politique nationale française avec autant de force que ceux qui disent l'identité alsacienne bretonne corse irréductible alors ils vont entrer en conflit après excusez-moi ça c'est la région mais l'international oui la région va crier à la dictature de la nation et la nation va crier aux forces centrifuges à l'éparpillement n'est-ce pas et à l'atomisme des régions
Le Congo, le Katanga et la sécession
1:54:40 soyez dialectique soyons dialectique et je finirai sur l'Afrique pour illustrer pour dépassionner pour éloigner un petit peu mais vous allez voir qu'on est en plein dans notre problème de la comment on dit l'identité politique nationale française je vous propose cette formule la région à la nation qu'elle mérite et vice versa pourquoi je pense à l'Afrique parce qu'un pays qui a été atrocement ensanglanté et plus qu'aucun autre sans doute dans l'histoire disons moderne au sens large disons depuis le début du XXe siècle je pense à ce pauvre Congo on parle les historiens les plus optimistes parlent de 10 millions de morts et ça continue les massacres comme du Rwanda c'est un avatar récent en termes historiques et tardif d'un vieux carnage qui n'a jamais cessé d'avoir lieu sur les bords de la rivière Zaïre pour apprendre un texte et le garçon mais je reviens à des choses beaucoup moins poétiques n'est-ce pas le Congo a été longtemps la propriété personnelle du roi des Belges de Léopold Ier c'était même pas
1:55:51 au peuple belge que ça appartenait et lorsqu'il y a eu le boom du caoutchouc il y avait toute une mise en coupe réglée de la population congolaise pour que la production caoutchouc ça s'est écroulé après avec le caoutchouc synthétique mais vous n'imaginez pas je ne suis pas un voyeur je ne veux pas vous dire des atrocités mais il y a des villages quand la production n'était pas celle de caoutchouc qu'attendait les colonisateurs Belges en l'occurrence ici on crucifiait les hommes et on coupait les seins aux femmes et après on les clouait sur des poteaux c'était épouvantable ça a fait 10 millions de morts cette histoire renseignez-vous ne croyez pas sur parole je vous fais confiance il y a parmi vous des gens instruits qui savent ce que c'est que se documenter que d'aller à des archives ne serait-ce que des archives du net qui savent distinguer dans la faune du net où il y a le pire et le meilleur qui se côtoient plus souvent le pire statistiquement je sais que c'est des gens qui verront tout de suite qu'il y a des hélas
1:57:01 des documents on ne peut plus sérieux qui vous rapporteront des choses bien plus terribles encore que celles que je suis en train d'essayer de vous rapporter or qu'ont fait les colonisateurs à un moment donné je dépasse l'époque du roi des Belges lorsqu'il y a eu la guerre civile au Congo ce qu'on appelait le Congo Belge n'est-ce pas l'époque où l'ONU a dû intervenir où le secrétaire général l'ONU a disparu mystérieusement d'un accident d'avion Hammarskjöld à l'époque et l'époque où les occidentaux n'est-ce pas dirigeaient la manière dont l'ONU gérait le Congo dit Belge à ce moment-là qui était encore Belge encore pour quelque temps qu'est-ce qui s'est passé c'est que immédiatement les anciens colonisateurs pour garder la part du lion c'est-à-dire le sud de l'ancien Congo belge de l'actuel RDC République démocratique du Congo c'est ce qu'on appelait à l'époque le Katanga la région la plus fabuleusement riche encore maintenant en tout ce que vous voulez
1:58:11 c'est plus qu'un scandale géologique c'est du manganèse de l'uranium de l'or du diamant à ne pas savoir quoi en faire du coltan des métaux rares des métaux précieux et c'est un pays qui est presque plus pauvre la population que les pays du Sahel où il n'y a que que des buissons épineux dans le désert je pense à mes camarades du Mali du Burkina ou du Niger c'est pas vous les Tchadiens presque plus pauvres que cette politique criminelle où je veux en arriver je veux en arriver que les occidentaux ont tout fait vous savez que j'aime pas ce terme enfin c'est juste pour qu'on se comprenne puisque apparemment les auditeurs le comprennent mieux que moi ont tout fait pour que puisqu'on peut pas empêcher le pays d'être indépendant c'était à l'époque n'est-ce pas de l'émergence et de Tchermondos indépendance des anciennes colonies et bien on va essayer de garder la partie la plus riche en faisant un coup d'état et en mettant ici un titre dont on fera ce qu'on voudra c'était l'époque de Tshombe n'est-ce pas Tshombe l'homme à tout faire des Belges et des Français
1:59:21 qui s'est dépêché d'assassiner l'immense Lumumba n'est-ce pas en disant qu'il était libre il pouvait fuir il a été abattu une balle dans le dos après avoir été brutalisé enfin vous savez des films là-dessus je suis pas voyeur donc j'aime pas tellement vous renvoyer tout ça il disait plutôt des textes n'est-ce pas Patrice Lumumba qui avait conduit son pays à l'indépendance et qui avait eu le malheur n'est-ce pas de l'engager sur une voie qu'il pensait être celle de Cuba de l'Union soviétique de l'alphabetisation de masse a été assassinée et une région a fait a prétendu faire sécession vous voyez où ça peut mener ça ne se pose pas comme ça il n'y a pas mon idée mes valeurs à moi c'est la nation mes valeurs à moi non c'est ma région c'est pas comme ça que ça se pose ça se pose en termes de sang, de boue et pardonnez-moi d'innommable c'est grave ces problèmes je suis en train de dire la nation a la région qu'elle mérite et vice versa quand une région est délaissée par l'état-nation qui est censée la gérer il faut comprendre qu'elle soit tentée de faire sécession si vous voulez
2:00:31 que la région ne fasse pas sécession et qu'elle reste dans le giron français argentin et j'en passe ou chinois si vous voulez il faut dans ce cas là que la région alimente la nation comme dans un organisme je veux dire toutes les parties doivent bénéficier de la santé de l'organisme c'est pas possible que que le foie soit foutu et que le cœur marche bien petit à petit ou l'inverse si le cœur n'irrigue pas les poumons il va y avoir des problèmes de respiration d'accord donc la le rayonnement et la la meilleure justification que peut avoir un état-nation de rester un état-nation avec une identité nationale avec une une souveraineté nationale c'est de se déployer dans les régions de prendre le risque de perdre l'un dans le multiple et se faisant d'enrichir le multiple à ce moment là la région a la nation qu'elle mérite et la
2:01:41 la nation a la région qu'elle mérite aussi si à un moment donné il y a sécession sans intervention étrangère ça peut arriver c'était pas le cas c'est pour ça je vous dis méfiez-vous les gens ces problèmes sont mal posés il est évident que le séparatisme ouïghour en Chine qui n'existait pas n'est-ce pas et les révolutions de couleur, on cherche le point faible, et ça fait des bains de sang qui n'arrêtent pas depuis, quand on continue à se débattre dans les conflits sanglants engendrés par la sécession du Katanga au Congo ex-Belge, en République démocratique du Congo, ou dans l'Afrique dite des Grands Lacs, qui jouxte, n'est-ce pas, ce même conflit, étendu jusqu'au Burundi et au Rwanda.
2:02:37 Je vous fiche mon billet que bientôt l'actualité reviendra sur ces coins-là. C'est-à-dire quand la Chine construit un train qui fait du 500 à l'heure, qui va même plus vite que le TGV, qui file jusqu'au Tibet, ou jusque chez les Ouïghours, le problème se pose différemment. Lorsque les femmes Ouïghours cessent d'être enlevées à la cravache sur des chevaux, comme ça se faisait encore au Kazakhstan il n'y a pas si longtemps, dans les anciennes républiques centrales soviétiques. Et lorsque l'État central oblige les enfants à aller à l'école, et les femmes aussi à aller à l'école, et puisque j'en parle, puisque j'en parle, je parlais de la région de la nation, maintenant je vais parler de la femme et de l'homme, je ne m'égare pas, j'en suis aux identités.
Afghanistan, talibans et lit de Procuste
2:03:22 C'est pas qu'elles soient biologiques, au contraire même, c'est encore pire. Lorsque les talibans ont pris le pouvoir en Afghanistan la première fois, maintenant tout le monde dit que c'est l'horreur, regardez, vous voyez, ça y est, on commence, les femmes n'osent plus sortir de chez elles, mais qu'est-ce que c'est que cette hypocrisie ? Je ne suis pas en train de défendre les talibans, c'était mes ennemis. C'est l'obscurantisme que je dénonçais, le retour à l'identité, à l'issé religieux, à la littéralité, d'on ne sait quel texte, d'ailleurs parce qu'on ne trouve jamais dans le Coran ce que prescrivent les talibans.
2:03:59 Il n'y a même pas l'interdiction de l'alcool dans le Coran, si vous êtes un peu renseigné. Il y a la mise en garde contre des excès qui est à peu près dans les mœurs de tous les pays. Je reviens à mon histoire d'Afghanistan. Lorsqu'ils ont pris le pouvoir la première fois les talibans, c'était sous les hourras de l'Occident. Dans Paris, vous aviez des tas de restaurants afghans, les vaillants défenseurs de la liberté. Le héros du jour, c'était Massoud, le colonel Massoud, le commandant Massoud.
2:04:30 N'est-ce pas, la coqueluche des BHL et j'en passe. Criminels de paix. Je dis ça parce qu'ils vivent dans la paix, mais ils déclenchent des guerres au bout de la planète. Ce n'est pas qui dure encore. Où je veux en arriver ? C'est que lorsqu'ils ont pris le pouvoir, le fameux Massoud, cet homme, c'est presque tout juste, il ne s'est pas un ange, qui a rasé Kaboul. Ce qui s'est passé, c'est que le chef d'État de l'Afghanistan, celui qui avait appelé les Soviétiques, en application des accords internationaux qui étaient signés entre eux, les Soviétiques ne sont pas intervenus en Afghanistan, comme les Américains et les Français interviennent actuellement en Syrie où personne ne les a invités.
2:05:16 Lorsqu'ils sont intervenus, les Soviétiques, quand ils sont repartis, les Américains ayant surarmé les Afghans en missiles anti-aériens, un avion, ça ne sert à rien, dans ces vallées, l'hélicoptère, là-bas, avec un gamin de 15 ans, avec un missile Stinger, un hélicoptère, mais ça, la réception américaine eux-mêmes le raconte, ne me croyez pas moi, l'ex-chef d'État dont les talibans se sont emparés a été torturé, crucifié, puis pendu, son cadavre pendu, jeté dans une fosse d'excrément.
2:05:54 Et les instituteurs qui, pour la première fois dans l'histoire de ce pays, avaient appris, avaient mis les filles à l'école, ont été eux-mêmes crucifiés, et sous ça, sous les applaudissements de l'Occident, c'était les soldats qui dégageaient l'Afghanistan de la dictature totalitaire du régime pro-soviétique. Il faudrait savoir où on est là. Et maintenant, ce sont les mêmes là, qui étaient des anges, à ce moment-là, qu'on montre maintenant comme des démons. Attention à l'identité.
2:06:25 Il n'y a rien qui fait plus de mal, je redeviens philosophe, que l'imaginaire qui cherche à s'installer dans le réel. Ça me fait... Le réel n'est jamais autant endommagé que lorsque ce qui n'existe pas essaie d'y obtenir une existence. Brutalement. Sans l'accord et l'acquiescement de ce qui est déjà là. Et cela, je l'ai déjà indiqué il y a plusieurs fois, mais je le répète ici, est admirablement illustré, puisque nos trois amis de Tübingen ne faisaient appel à la mythologie, est admirablement illustré par le mythe de Procuste dans la mythologie grecque.
2:06:59 Procuste était ce brigand qui vivait au dépens des passants, au carrefour des routes, et qui avait mis au point un lit ou une table, ça dépend des traductions, toujours un plan sur lequel il plaçait les voyageurs qu'il avait capturés, et il fallait que le voyageur fasse exactement la taille de son lit ou de sa table. Vous voyez, une belle illustration. Les physiciens savent très bien qu'il n'y a jamais de mesure absolue. Donc, quand ça dépassait, il coupait tout ce qui était plus long, et si ce n'était pas assez long, si c'était trop court, il écartelait, il tirait.
2:07:32 Pour que ça fasse un peu, qu'il ne le faisait jamais. Voilà par quel rappel mythologique je termine provisoirement. Vous pensez bien que ce n'est pas les occasions d'y revenir. Non, non, je ne me suis pas éloigné du sujet. Si on n'aborde pas ces problèmes, on va tomber dans le piège de ceux qui ont plus intérêt à poser la question comme on la pose d'habitude. C'est de poser une identité nationale et une identité régionale. C'est une notion d'identité, d'abord, qu'il faut dialectiser.
La proximité, la Corse et la solidarité élargie
2:08:04 Je pense que tu as répondu à la deuxième partie de sa question, mais pour être juste, Tan a fait une deuxième partie dans sa question juste en dessous. Alors, oui, merci, grâce aux indications de Pierre-Alain. Je prends, mais je ne répondais pas à Tan. Je profitais de la question de Tan, je suis bien certain, que Tan ne tombe pas dans les travers que je suis en train de dénoncer. Alors, qu'est-ce qui donne à l'échelon national une légitimité que les autres divisions communautaires n'auraient pas ? Très bonne question, à laquelle je réponds en disant tout de suite, pour ne pas être trop long, parce qu'il est tard, pour vous, moi ça va, la proximité.
2:08:42 Il faut sortir, il faut se méfier des solidarités que je suis le premier à respecter et même à réclamer lorsqu'on n'a plus rien d'autre, dans la détresse, dans le dénuement. Je vais revenir à la Corse. À l'époque où c'était la misère qui a été en Corse, lorsqu'il n'y avait pas la manne touristique, lorsqu'il n'y avait pas les bains de mer. Vous voyez le relief chez nous ? Quand je pense qu'il y en a qui parlent de la flemme des Corses, de leur nonchalance, quand on a très bien vu que c'est une manière de se protéger contre les abus de ceux qui les occupaient.
2:09:18 Déjà, les Romains disaient que les esclaves corses se laissent mourir, plutôt que de travailler pour un autre. Oui, quand vous voyez les cultures en terrasse qui montent jusque dans des abîmes, depuis le niveau de la mer jusque vers des cols où les chèvres ont à peine se risquaient, vous dites qu'ils n'étaient pas flémards ceux qui faisaient ça. Eux, ils ne parlaient pas d'identité corse, de la corsitude, ils n'en parlaient pas au bistrot, ils la produisaient avec leurs mains. Il faut voir les chemins muletiers. N'est-ce pas, qui permettait de faire la transhumance.
2:09:49 Mais ce n'est pas de ça que je veux parler. Il y a encore plus important, c'est l'émigration en Corse. Il y a plus de 2 millions de Corses à l'extérieur de la Corse. Il y a 230 000 habitants en Corse. Tantin, plus qu'Aubervilliers, en gros. Il y en a plus de 2 millions. Pourquoi ils sont partis si nombreux ? À cause de ce que je viens de dire, parce qu'à l'époque, c'était la misère. Il y avait la misère et la vendetta, ceci étant souvent l'effet de cela. C'est-à-dire la vengeance de proximité. Je ne suis pas en train de condamner la vendetta, ni de la justifier.
2:10:21 Mais j'y reviens, la région, la nation. Quand il y avait un crime qui avait fait souffrir une famille, donc une communauté liée par le sang. Vous voyez comment on revient à Antigone ? Merci pour ces questions, Tannes, qui nous replacent au cœur du débat. et que tout le sang était concerné, les cousins, etc., tous ceux dans lesquels circule ce sang commun étaient concernés. Ça risquait de faire beaucoup de morts.
2:10:52 Lorsque la justice tardait à venir depuis Gênes, depuis Pise, de l'autre côté de la mer, des bureaucraties, de la corruption, des Génois, c'est débrouillé pour que les Corses achètent la fin de leur peine. Je simplifie, je vais très vite. Mais c'est une des raisons de la révolte victorieuse et magnifique des Corses contre le joug génois. Même si Gênes, par ailleurs, je ne suis pas dans le bien et le mal, a fait des équipements, des ponts, des routes, quelques fois, quelques équipements qui n'existaient pas dans la Corse traditionnelle.
2:11:29 Mais pour l'instant, je pense ici à la rapacité de la Sérénissime. Donc, lorsque le Corse émigrait et qu'il arrivait à Marseille, ou plus tard, quand il arrivait aux colonies, moi, même je suis au Vietnam, je suis dans cette histoire, c'est rare que je parle de moi, mais mes quatre grands-parents, du côté de ma mère comme du côté de mon père, se sont connus là-bas, en Indochine, ils ne se connaissaient pas en Corse.
2:12:01 Vous voyez, à quel point c'était important l'émigration, cette diaspora. Il est évident que lorsqu'on est loin comme ça de chez soi, le lien de proximité est important. Se retrouver entre Corse, on a souvent dit qu'aux colonies, la fête la plus importante de l'année, c'était la fête de l'Amicale Corse. La plus belle plage à Dakar, c'est la plage qui était celle de l'Amicale Corse. C'est comme ça, à cause de l'importance de la communauté Corse en expatriation. Des régions bien riches n'avaient pas du tout envie d'aller s'expatrier sans antibiotiques à l'époque.
2:12:34 Je pense à ma mère qui disait qu'elle voyait monter les cobras terrorisés sur les pilotis de sa maison, sur les lagunes du Cambodge. Tout ça pour dire que c'est comme ça qu'il faut poser les problèmes de l'identité. Qu'est-ce qui donne à l'échelon national une légitimité que les autres divisions communautaires n'auraient pas ? De nous libérer de la proximité qui, vous le comprenez, n'a pas que des avantages. Je viens de dire qu'elle n'a des avantages que dans la détresse.
2:13:05 Lorsque ça va mieux, il faut une autre solidarité, plus élargie, plus extensible. Regardez les problèmes de langue. On dit souvent, et c'est vrai, qu'on m'origénait, n'est-ce pas ? On punissait, on châtié le jeune élève corse qui parlait corse dans l'enceinte de l'école au lieu de parler français. Mais c'est très mal posé. On le fait comme s'il y avait une dictature et des ordres qui viennent du ministère de l'éducation à Paris pour qu'on mette au piquet. Non, c'est l'instituteur corse qui faisait ça parce que dans les familles, c'était un espoir d'émancipation que le petit ne reste pas à la langue des bergers, mais qu'il puisse simplement s'exprimer, écrire pour avoir une place de gratte-papier à la poste.
2:13:47 J'ai assez vécu en Afrique, vous savez, en Afrique, quand quelqu'un sait lire et écrire, en Côte d'Ivoire, on dit, et lui, il connaît papier. Il connaît papier, ça veut dire qu'il est sauvé, enfin, à la tête, de ceux qui n'ont rien, qui ont déjà cette possibilité d'avoir un petit emploi de commis. Voilà ce que je suis en train de rappeler. Il faut poser les problèmes concrètement. L'histoire, ce qui fait bouger l'histoire, ce n'est pas des oppositions abstraites, idéologiques, biaisées, qui servent les intérêts politiques du moment de tel clan.
2:14:18 Ce sont des problèmes qui existent, j'allais dire, presque de toute éternité, mais c'est un peu eu lieu en histoire, qui sont intimement liés au développement de l'anthropologie. Dans la détresse, on fait preuve d'une solidarité, de proximité. Voilà les lois que j'essaye de mettre en exergue, une loi anthropologique. Et là, c'est valable en Chine, en France, au Tchad, au Maroc. Dès qu'il y a plus d'abondance qui circule, le regard va plus loin. Il va donc de la région un peu au-delà à la nation.
2:14:50 Tout simplement. Alors, ne me faites pas dire que je justifie l'Europe. Parce qu'on peut aller au-delà de la nation et voir maintenant, maintenant qu'en Amérique, la solidarité européenne. Mais bien sûr, mais moi, je ne suis pas anti-européen. Je suis contre l'Europe de Bruxelles. C'est un dictat qui n'existe pas. C'est biaisé. Vous vous rappelez le projet de constitution ? Vous avez vu ? Tout domaine de la politique étrangère et militaire, il y a trois lignes pour dire que c'est l'OTAN qui l'a en charge. Point. C'est-à-dire une puissance qui n'est même pas européenne.
2:15:21 Qui nous parle d'une identité européenne ? Voilà. Je crois que j'ai donné quelques éléments de réflexion. Je ne veux pas clore ces débats-là. Une fois, comme ça, avec une pirouette ou une série de pirouettes, j'essaie de poser, d'amener des argumentaires qu'on n'amène pas, des problèmes concrets qui sont ceux qui font vraiment remuer les hommes et qui insistent pour se faire entendre et qui sont rémanents et qui reviennent si on ne les règle pas.
2:15:51 À la différence de la manière abstraite et criminelle dont on les pose en général ou on oppose. Je termine là-dessus. Ironiquement, les Hutus aussi, c'est le plus grand génocide de l'après-guerre avec les Khmer rouges qui étaient des Khmer verts, vous savez, d'après moi. Passons, je vais m'énerver avec les Khmer. Alors là aussi, vous avez un discours identitaire chez les Khmer, n'est-ce pas, contre la nation vietnamienne qui était pro-soviétique à l'époque. Suivez mon regard. Ils n'ont pas été formés par n'importe qui.
2:16:22 Il y a un Khmer rouge dans la jungle. Leur première grande action, ça a été de vider la ville pour aller à la campagne. Pour ça, je les ai appelés les Khmer verts, c'est cruel. parce qu'ils ont fait verser beaucoup de sang. En ce sens, ils sont rouges. Les pro-chinois de l'époque et les antisoviétiques, les pires antisoviétiques les plus acharnés au nom de l'identité Khmer qui avait fait leur leçon idéologique à Paris, à Paris, et non pas à Pékin ou à Moscou, soit dit en passant, étaient des champions de l'identitarisme, de la Khmeritude, si j'ose dire, contre laquelle je n'ai rien par ailleurs.
2:17:01 c'est une des plus belles cultures qui soit. Pas besoin d'évoquer le temple d'Angkor pour ça, c'est bien autre chose. Voilà, il faut qu'on cesse, n'est-ce pas, cette guerre civile permanente des identités entre elles, des ontologies, comme j'aime bien dire, c'est-à-dire ces identités qui ont toutes comme point commun, car je ne suis pas contre l'identité, je suis contre l'identité ontologique, c'est-à-dire qui repose sur un déjà-là, la race, je ne sais pas ce que ça veut dire, alors que Hitler, lui, il savait.
2:17:34 Je termine là-dessus, sur Hitler. Hitler a fini par avouer que ce n'est pas la nation qui est importante, c'est la race. Comment, pas mieux conclure, sur les adversaires et partisans de la nation, c'est un faux problème. parce que si vous leur accordez l'identité nationale, vous allez finir par arriver à la race. Alors, en France, il y a un de ces télescopages de race, là, on a... Eh bien, je m'en félicite.
2:18:04 Dans l'histoire de France, je ne parle pas, de la manière dont le capital a importé les centaines de milliers de travailleurs étrangers, n'est-ce pas, pour empêcher les salaires d'augmenter et pour prendre à revers des traditions, des générations entières de lutte syndicale nationale. Voilà. Je suspends ici les réponses à ces questions. Et vous voyez que l'opposition de la communauté restreinte, je ne parle pas de la région ici, mais de la famille, je reviens au texte qui nous occupe, c'est égal, de la famille et de la cité, nous a amenés à des problèmes extrêmement actuels.
2:18:48 Je vous remercie pour vos questions. Que ceux auxquels je n'ai pas répondu les questions que je n'ai même pas lues, ne m'en veuillez pas. Vous voyez bien que je suis passionné par vos questions et vous savez que grâce à notre régie technique, en particulier à Pierre-Alain, nous travaillons beaucoup là-dessus, nous allons consacrer des séances entières de plus de deux heures à répondre à vos questions et en particulier à celles qui n'ont pas été prises en compte ce soir. Voilà, je vous dis à la prochaine fois dans 15 jours.
2:19:19 Si, j'ajoute un dernier mot, parallèlement à nos ateliers qui sont bien hebdomadaires, comme je viens de le rappeler, n'oubliez pas que Pierre-Alain met progressivement à votre disposition des séances de mes causeries qui avaient été enregistrées mais qui ne peut pas se consacrer entièrement à notre association. Pierre-Alain, vous comprenez qu'il a un travail fou par ailleurs. Je demande même comment il arrive à les cumuler. il a déjà mis dans le circuit, certains d'entre vous s'en sont certainement aperçus, depuis deux jours maintenant, la suite de notre rêverie analytique qui consistait à lire les Promenades et souvenirs de Nerval.
2:20:02 On a eu la suite et fin depuis deux jours sous le titre nomade et sédentaire. Non plus comme la première partie ou bien on choisit le mouvement le nomadisme ou bien on est sédentaire si on va recommencer l'immigré et puis le français de souche ou bien on fait la synthèse comment on peut être à la fois nomade et sédentaire. Regardez cette vidéo qui est un format court enfin un peu plus court que d'habitude même si celle-là c'est la plus longue de mes rêveries analytiques et voilà c'est pour vous dire que vous allez avoir de nouvelles rêveries analytiques de séances déjà enregistrées qui ne vont pas tarder à alimenter le site en attendant que nous nous revoyons dans 15 jours.
2:20:50 Je vous remercie pardon de vous avoir fatigué de vous avoir tenu un peu plus tard et en tout cas je suis extrêmement heureux de vous retrouver et de voir que vos questions sont à la hauteur des problématiques qui nous intéressent tous voilà et à très bientôt