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Le triangle de Nerval : le roi, Rousseau et Gabrielle
0:00 Le premier triangle le fils du garde aux paysans qui leur fait visiter les lieux et qui leur dit « Voici la tour de la Belle Gabrielle, tous les soirs Rousseau venait pincer de la guitare sous sa fenêtre et le roi qui était jaloux a fini par le faire mourir. »
0:38 Et Nerval de daubé un peu sur le paysan qui mélange à trois siècles d'intervalle comme ça les célébrités du coin Rousseau, Henri IV. Et puis il cesse tout d'un coup de vanner et il dit « Le paysan est profond. » Rousseau en refusant les 100 Louis de Madame Pompadour pour le Devin du village, la pension qu'on donnait au showbiz, à ruiner l'édifice fondé par Henri. Tout le bourbon, la monarchie. Tout a croulé, son image immortelle demeure debout sur les ruines. Cet élargissement tout d'un coup, presque comme un demi-dieu de la figure du Rousseau, comme une statue sur les ruines de l'Ancien Régime, m'interpellé dans la lecture de ce passage.
1:14 Je connais mon Nerval un petit peu. Et je retiens de cette approche de Rousseau par Nerval, le triangle que Nerval fait apparaître, un triangle structurel bien sûr, celui du roi, le pouvoir, la richesse, Henri IV. Le pouvoir, le pouvoir de l'argent, des armes, de ce que tu veux, le pouvoir, pas au sens foucaldien, très concret. Le challenger, Rousseau qui vient de pincer de la guitare, celui qui est challenger, lutte de classe. Et l'enjeu entre les deux, la femme, Gabriel, comme ici, symbolisant et condensant en elle-même comme une métonymie des millénaires et des millénaires de condensation de plus-value.
1:53 Comme c'est le cas dans tout discours symbolique et mythique, et comme on parle de la femme dans l'Évangile ou dans l'Apocalypse, la Jérusalem qui a accumulé toutes les immondices de son impudicité, etc. Bref, la courtisane, ce n'est pas la femme. Bien sûr, ce n'est pas les millions de femmes qui œuvrent et qui produisent la plus-value, plus que n'importe quels autres humains. Voilà, c'était pour faire ce rappel, le triangle, je ne me développe pas.
2:37 Donc, j'enchaîne sur cette distinction. Dans la lettre sur le commerce, dernier texte que je cite avant de citer Rousseau, Voltaire écrit « En France, c'est marquis » C'est une lettre où il veut montrer qu'il faut réhabiliter le commerce, que c'est mal vu dans l'aristocratie et que c'est une connerie, les Anglais, c'est ma lettre anglaise, les Anglais ont bien vu à quel point c'était décisif.
Voltaire, le commerce et le bonheur ; Rousseau consultant pour la Corse
3:15 « En France, c'est pour le contexte, en France, c'est marquis qui veut et quiconque arrive à Paris du fond d'une province avec un nom en ac ou en ille, je dirais raccoupe de Merville, ça ne va pas vous changer, peut dire un homme comme moi, un homme de ma qualité et méprisé souverainement un négociant. Je ne sais pourtant lequel est le plus utile à son pays ou un seigneur bien poudré qui sait exactement à quelle heure le roi se lève, à quelle heure il se couche, là ils sont d'accord, Voltaire Rousseau, sur cette critique-là, de l'inutilité et du côté parasitaire de l'aristocratie. Qui sait exactement à quelle heure le roi se lève, à quelle heure il se couche et qui joue un rôle d'esclave dans l'antichambre d'un ministre ou bien un négociant qui, de son cabinet, donne des ordres à Surat et au Caire, mondialisation, et contribue, et c'est la chute de ce texte, au bonheur du monde.
3:58 Et là on voit bien qu'à la conception du bonheur, à la différence du salut religieux ou de la paix, du mystique, le bonheur est lié quand même au monde, à une richesse réelle, matérielle, voilà pourquoi j'insiste beaucoup sur la femme tout à l'heure dans le triangle, au support matériel du signifiant, comme on dit dans certaines écoles. Voilà, j'attache beaucoup d'importance. Là on a la révolution bourgeoise au sens de Marx, explicitement. Bien sûr, il ne faut pas oublier que le plus grand hommage jamais rendu à la bourgeoisie, c'est la première partie du manifeste du Parti communiste, où il montre que la bourgeoisie a fait un boulot, un boulot qui a liquidé la religion, la famille, pour faire de l'autorité, les mecs, je ne sais pas si mieux.
4:34 Donc, à ce point de vue-là, j'avais une élève qui faisait une thèse très intéressante, je la cite ici au passage parce qu'elle est au cœur du débat, elle est littéraire, et donc sur, elle étudie un répertoire très peu connu, celui des pièces de théâtre populaires, à l'époque entre la Révolution et Waterloo, en gros, comme découpage entre les années un peu avant la Révolution, Waterloo, les pièces de théâtre populaires, où on voit apparaître ce nouveau couple, précisément que la Flûte enchantée illustre à merveille, qui est exactement à cette époque-là, soit dit en passant à la Flûte enchantée, c'est-à-dire d'un couple populaire, où le bonheur est possible à deux, alors qu'avant c'était toujours la commedia dell'arte, le mari, le truc, l'avoir, l'argent, Molière, les rapports de classe impitoyables, et voilà que, avec le personnage de Suzanne, par exemple, dans les Noces de Figaro, Suzanne, ce n'est pas la soubrette des comédies d'habitude, elle tient, elle veut son bonheur, dans les Noces de Figaro, on voit déjà une bourgeoisie, le bonheur, le bonheur, voilà, c'est juste un petit rappel, au passage, que l'œuvre de Rousseau se situe à ce moment-là, exactement.
5:33 Donc, j'ai su citer le texte de Voltaire pour faire surgir le mot de bonheur dans la Chute, pour montrer l'unité profonde, j'y tiens, de l'Aufklärung, du siècle des Lumières, et... En dépit des oppositions entre Voltaire et Rousseau. Exactement. Voilà, et d'autant plus significatif, cette unité, dans la recherche du bonheur, qu'elle passe par des points de vue pas seulement différents, mais opposés complètement, on a bien vu que Voltaire faisait l'éloge du capitalisme, les négoces, etc., il n'y a qu'à laisser faire, les entrepreneurs, et vous verrez que le bonheur, il vient sur la planète, c'est la main invisible du marché, déjà, il y a tout ça, c'est pas étranger à la pensée de Voltaire, qui avait des représentants de commerce pour sa fabrique de bas, en soie, à Ferney, et...
6:16 le point de vue de Rousseau, qui aurait rêvé, lui, les deux ont une insuffisance, à s'il vous plaît, la politique, comme l'économique, de la division d'une France, en petit propriétaire terrien, d'égale surface, et en passant à côté de la révolution industrielle, pas tout à fait, quand on voit, je le dis au passage, à titre documentaire, son projet constitution pour la Corse, très peu connu, mais où l'on voit pour la première fois le Rousseau politique, c'est-à-dire qu'est-ce qu'il ferait s'il était au pouvoir, on lui demande, et là on voit un Rousseau qui demande de développer l'industrie, je le dis au passage, si on veut être vraiment exhaustif sur Rousseau.
6:47 Les Corses connaissent-ils bien ce texte ? Je ne connais pas les autonomistes corses, tout ce qui se rapporte à la Corse, de près ou de loin, est fouillé au microscope, au télescope, et eux demandent, ah, parce que Rousseau c'est un comble, tu vois, parce que comme il a fait... Il doit être bien ce type, puisqu'il a fait une constitution pour la Corse, donc il doit être bien, c'est un camarade. Bon, allez, passons. Donc, si on veut se renseigner sur le Rousseau et l'industrie, texte rare, je vous recommande les projets de constitution pour la Pologne et pour la Corse. Il a fait deux sur commande. Ils sont différents ? Ah oui, oui, justement, parce qu'il s'est renseigné, il a fait une étude de consultant.
7:19 Il va jusqu'à dire, on pourrait réunir la Piévé, ça veut dire le canton, de Petraboune avec celui-là, parce qu'il y a des mines de... C'est sérieux. Ah oui, il a charbonné. Rousseau au charbon, oui. Consultant en faisabilité. Voilà. Intéressant, ça me soupe est connu. Tandis que pour les Polonais, il s'est renseigné également, il a imaginé tout à fait aussi. Il critique des divisions, comme pour les Corses, je ne vais pas m'étendre. Oui, ce sera un autre... Voilà. Il dit uniquement ça, il a compris le problème Corse mieux que personne. Le problème soi-disant insoluble dont Jospin dit, on m'avait dit que c'était dur, la Corse, mais je n'ai pas de la place.
7:49 Bon. Eh bien, lui, il a dit, les Corses, c'est vous-même, vos divisions, vos clans, etc. Très bien, une très bonne analyse. Passons. Qu'accomplira quelques années plus tard un Baudelaire. Bravo. Exactement. Comme quoi, comme quoi, c'est bien dans l'air du temps, ça se cherche. Or, on revient, Rousseau, à partir de là, parce qu'avec toi, ça va très vite. Comme Rousseau est le premier, pas dans ses débuts, il n'y a pas de prose plus mauvaise, pour aller vite, que celle du discours sur les sciences et des arts, un peu ampoulé, avec ses prosopopées, ses ô, ses grandes antithèses, etc.
La prose de Rousseau et Angélique de Nerval face à l'amendement Riancey
8:24 Par contre, la phrase fluide des rêveries va arriver, en quelques années, à produire, d'une écriture laborieuse et maladroite au départ, à tout d'un coup, une écriture qui annonce Chateaubriand et Proust, la phrase qui ne termine pas, qui épouse, comme dit Baudelaire, justement, les moindres circonvolutions de l'âme. Le flux et le reflux de cette eau, son bruit continue, mais renflé par intervalles, frappant sans relâche mon oreille et mes yeux. On n'est pas dans ça, on est dans la sensation pure, dans l'impression comme dans Proust, putain, c'est extraordinaire. Ce n'est pas un hasard si, comme je disais tout à l'heure, il y a des classes sociales, il n'est pas de grande vérité.
8:56 Au niveau collectif, il y a des sexes au niveau du couple et il y a des genres. Et ça, on néglige un petit peu, je veux dire, la prose ou la poésie, c'est des genres, l'histoire de M. Jourdain, elle reste toujours patente, je veux dire. Le fait d'avoir à parler en vers ou en prose reste toujours un enjeu énorme. Et comme cette nouvelle-là, Angélique, extrait des Faux Saulniers, part d'un prétexte amusant qui est un livre impossible à trouver dans la bibliothèque parisienne et c'est dommage parce qu'il en a besoin pourquoi ? C'est un livre qu'il avait trouvé sur les quais en flânant, c'est vrai ça.
9:28 Il en avait besoin pour prouver et qu'il parlait d'un personnage qui avait réellement existé, il avait besoin du livre comme témoignage au XVIIe siècle, peu importe qui pour l'instant. Et il en a besoin. Et pourquoi il en a besoin absolument ? Parce que une loi venait de paraître, ça concerne l'édition et la librairie, ce que je veux dire. L'amendement Riancey, qui, sous l'iso, c'est le moment où ça a la reprise en main, après 48, qui interdit le roman feuilleton comme genre. Mais oui, on ne sait pas. Or, c'est le moment où il triomphe avec Dumas, etc. Dumas, c'est interdit à ce moment-là.
9:59 Oui, il y a l'amendement Riancey. Et à quel motif ? Nerval était au lycée à Charlemagne avec Gautier et Dumas. D'accord ? Donc, le roman feuilleton, ils connaissent. Je veux dire, c'est leur truc, c'est leur gagne-pain en même temps dans les journaux qui se développaient à l'époque. C'était la pige. Donc, je veux dire, ils savent de quoi ils parlent. Et Nerval, de manière très amusée, qui est l'inverse de Dumas, Dumas qui est trois kilomètres et qui fait fortune et Dumas qui reste dans l'ombre et qui avait toujours des problèmes de contentieux de sous avec Dumas avec beaucoup de discrétion et de courtoisie. Ce qui a été le nègre de Dumas, il faut le savoir.
10:29 On n'aura qu'un extorsion de la plus-value dans le théâtre, pas dans les romans. Mais, excuse-moi, mais pourquoi il y a une loi qui interdit le... Justement, parce qu'il y avait un tel succès populaire, j'ai le su, surtout que c'est ça qui est de plus. Ça avait tous ces romans-là avaient paru en feuilleton dans des journaux comme à nos télés maintenant. Mais pourquoi l'interdiction ? Parce que ça a été un succès populaire et que ça encourageait une voie revendicatrice qui allait avec les barricades.
11:00 Tout simplement, c'était un genre subversif en feuilleton. Alors, le prétexte invoqué, ce n'était pas ça, c'était de dire il faut choisir. Et c'est ça, le texte de l'amendement. Ou bien, on arrive au genre, on fait de l'histoire ou bien, on fait du roman. Mais vous ne faites pas comme M. Dumas où on ne sait plus très bien si on est dans l'aujourd'hui, dans l'avant, dans l'anachronisme, dans le truc. Le mélange des genres est interdit. Nerval profite de ça pour faire un anti-roman, comme on dirait, en termes modernes. Cette nouvelle est extraordinaire parce que, prenant des prétextes pour dire que le livre, si on a besoin, il ne le trouve pas, il multiplie les prétextes à ne pas le trouver pour à la fin nous faire abandonner l'univers borgésien, du labyrinthe, des bibliothèques parisiennes.
11:36 Il les fait tout, il connaît bien. Et ça intéresse un livre, ce que je dis. C'est l'objet livre qui est le centre de cette nouvelle. Il dit d'ailleurs un roman à faire ou le livre infaisable. Il nous emmène ensuite dans le Valois à la tombe de Rousseau sous un prétexte. On dirait une autre fois, ce n'est pas mon propos, mais ce qui est essentiel là, c'est de voir qu'il y avait eu cet amendement bien réel et pour le contourner, il dit, parce que je n'arrive pas à trouver le livre, en attendant, j'ai promis à vos lecteurs de remplir de la copie, voilà, et il raconte ses balades et il va à la tombe de Rousseau. C'est extraordinaire comme structure de texte.
12:10 C'est une question. Voilà. Et il a fini par trouver le livre. Il l'a offert à l'Institut et il est consultable à la Mazarine, encore aujourd'hui. Et c'est frappant de voir comment nous faisons l'histoire et l'histoire nous fait. Exactement. Là, vraiment. Exactement. Et il fait bien de dire qu'un texte peut être constitutif de l'histoire parce que ce n'est pas réhabiliter les superstructures, un texte est matériel. Je pense à Friot, quand il dit, quand les infirmières qui étaient du bénévolat, etc., c'était pas que je dirais comme du travail, tout d'un coup, ils ont un corps de métier et il dit bien, c'est très nominaliste et antisubstantialiste chez lui, c'est ce que j'apprécie.
12:50 Il dit bien que c'est parce qu'il y a un salaire que c'est un travail. Absolument. C'est parce qu'à l'institution, ça a l'air textuellement, contractuel, que c'est un travail. De la même manière, cette histoire de censure est extraordinaire parce que Nerval le joue et il montre, il en profite pour dire où commence l'histoire, où finit la fiction. Tu profites. Puisqu'on interdit il y a un million, il dit ça peut monter un million avec tant de centimes par exemplaire saisie. Donc c'est sérieux mon histoire. Parce que son destinataire c'est le directeur du journal qui est son employeur. Il ne faut pas que je vous mette sur la paille.
13:20 Donc il faut absolument que mon texte soit rigoureusement historique, hyper réaliste. Forever, c'est extraordinaire comme challenge. Le prodigieux. C'était pour dire, en joindre, de relire si on veut comprendre mon propos un peu mieux, plus concrètement. Surtout que la prose de Nerval, de quel objet, quelle butine est délicieuse de toute façon. Ça a déjà été dit. Relisez cette première nouvelle qui ouvre les filles du feu qui fait soit 80 pages. Alors maintenant, son congé, etc. Et qui est délicieux à lire, qui s'appelle Angélique et qui est une reprise des Faux Saulniers.
13:52 Vous verrez, ça commence à Francfort, ça termine à la tombe de Rousseau. Ça commence à Francfort à la foire au livre. Ça se termine à la tombe de Rousseau avec un livre introuvable. Bon.
Lecture de « De l'état civil » : ce que l'homme y gagne
14:38 Voici le texte canonique dont je vais partir étant bien entendu que pour ne pas faire de contresens sur lui, je ne vais pas proposer un étayage, une interprétation, mais le croiser avec d'autres textes de Rousseau qui vont éviter des contresens qu'on pourrait légitimement faire. Donc le voici, extrait du contrat social. Ça s'appelle De l'état civil et ça se passe comme ceci. Ce passage, c'est comme ça le démonstratif, ce passage de l'état de nature à l'état civil produit dans l'homme un changement très remarquable en substituant dans sa conduite la justice à l'instinct et donnant à ses actions la moralité qui leur manquait auparavant.
15:17 C'est alors seulement que la voix du devoir succédant à l'impulsion physique et le droit à l'appétit on voit bien la l'ordre d'un naturaliste d'un côté et l'ordre moral de l'autre dans l'état civil et à l'appétit l'homme qui jusque-là donc dans l'état de nature n'avait regardé que lui-même statut d'individu biologique c'est l'état de nature que lui-même se voit forcé d'agir sur d'autres principes et de consulter sa raison avant d'écouter ses penchants on a un véritable tableau dichotomique à droite tout ce que nous apportait l'état civil le droit le devoir la moralité etc et puis le reste tout ce qui est dans la nature l'instinct les penchants bref tous les termes dans le même champ lexical sans jugement de valeur à partir de maintenant quoi qu'il se prive dans cet état c'est là que l'algèbre et la comptabilité va devenir intéressante de plusieurs avantages qu'il tenait de la nature il en regagne de si grand dans l'état civil ses facultés s'exercent et se développent ses passions s'enoblissent son âme toute entière s'élève à tel point que j'arrête toujours cette phrase à ce que je commente un petit peu en amont la phrase que je viens de lire
16:27 il en regagne de si grand qu'est-ce qu'on gagne à l'état civil parce que c'est très elliptique le Contrat social c'est un texte extrêmement abstrait et dense il en regagne de si grand ses facultés s'exercent et se développent il n'y a qu'à voir tout ce que la pensée moderne a produit en matière du rapport entre langage et pensée que serait notre pensée ou plutôt est-ce qu'elle existerait même s'il n'y avait pas eu par exemple ce que l'état civil a apporté la langue par exemple le langage imagine qu'on serait obligé de faire des mathématiques aujourd'hui en étant condamné pour exprimer les nombres qu'aux chiffres romains qu'on en serait encore là tu imagines si on devait faire des équations avec les chiffres romains comment on serait bien embêté dès qu'on est dans les grands chiffres on voit qu'un progrès dans la manière de signifier une quantité est un progrès dans la manière de les penser bon c'est les grands classiques de la modernité je ne reviens pas là-dessus mais pour montrer que ce texte est dense et que ça veut dire tout ça ce qu'apporte l'état civil ses facultés s'exercent et se développent il peut y avoir un contresens sur l'état civil il faudrait peut-être le préciser dans le...
17:21 non mais je veux dire pour l'instant je ne m'en tiens qu'à ce qu'en dit Rousseau bon de préciser que dans l'état civil beaucoup de gens vont imaginer ce qu'ils vont aller réaliser à la mairie de leur arrondissement non non non non on est dans l'état de nature l'animal on est dans l'ordre zoologique soit on est dans l'ordre anthropologique l'homme étant comme disait Aristote déjà tu l'enlèves de la bouche l'homme est zôon politikon on est dans l'être social l'homme est homme ils se distinguent des autres espèces en ce sens que la relation à l'autre pour lui n'est pas seulement contingente car il y a aussi quelques animaux sociaux les abeilles, les loups etc mais c'est pas c'est accidentel l'animal peut n'être pas social alors qu'il n'y a pas d'homme qui n'est pas commencé par être élevé en société l'histoire des enfants loups ça me pense c'est des progrès de la modernité montre très bien que si qu'il ne suffit pas de naître homme pour être homme il faut recevoir du langage les enfants sauvages faute d'avoir à la parole sont bloqués à un certain seuil ça c'est bien connu voilà le passage à l'anthropologie suppose la relation à l'autre et que l'histoire comme disait Clouscard de manière magnifique l'histoire précède l'être en matière d'anthropologie l'être est le code le code précède l'être
18:31 magnifique donc la relation objet d'une future la relation entre sujets précède la relation à l'objet chez l'homme oui donc il en regagne de si grand c'est que ça se développe c'est juste à titre d'illustration pour décondenser un peu le texte ses sentiments s'enoblissent la sexualité qui existe à l'état de nature ça c'est pas l'homme qui l'a inventé devient amour ou institution mariage je prends deux exemples différents qui contredisent la sexualité naturelle parce que dès l'instant qu'il y a le mariage si je prends en plus le mariage monogamique qui étudie Clouscard dans le traité de l'amour fou alors là n'en parlons pas parce que je veux dire c'est pas seulement différent de l'état de nature c'est l'opposé parce que dans l'état de nature je baise autant de femelle que je veux c'est un rapport de force qui le veut c'est tout tant que je peux et quand le besoin s'en fait sentir à la saison des amours mais par contre je veux dire le mariage monogamique restreint plutôt les possibilités de reproduction de l'espèce qui ne l'étend donc ça va à l'encontre à chaque fois de la prescription naturelle c'est anti-naturel c'est important parce que Durkheim a très bien vu que le propre de ce qui fait un fait social par rapport à tous les autres justement c'est le fait que c'est coercitif par rapport à ce qui aurait été spontané à titre purement naturel
19:41 et ne serait-ce que le rire ou l'ironie qu'on peut avoir en société est une mode de petite coercition légère sur un propos qui n'est pas ratifié par le pacte social qui est plus obscur que le contrat donc sur un homme tout en cirque c'est là-bas à tel point que je reprends ma phrase je l'avais interrompue et que pourquoi je l'interromps pas et je continue à l'interrompre je continue mon suspens autant suspens parce que s'il n'y avait que ce que j'ai lu jusqu'à présent depuis le début du paragraphe on se dirait mais bon sang deux choses premièrement vraiment on a tout gagné à en croire Rousseau à passer l'état civil bon sang c'est là qu'il y a la moralité le droit le devoir les penchants les instincts à la fin du passage que dans l'état de nature l'homme est un animal stupide borné et que c'est seulement dans l'état civil qui est un être intelligent et un homme l'état civil créateur de l'anthropologie et tout ça et donc franchement deuxième point donc on a tout le faux sur l'enseignement qu'on a reçu de Rousseau nous fait croire c'est un amoureux de la nature qui est un misanthrope qui déteste mais il y a plein de textes de Rousseau qui autorisent cette lecture l'homme est né libre et partout il est dans les fers tout est bon sortant des mains de Dieu tout dégénère entre les mains de l'homme tu vois des passages célèbres plus célèbres que des Rousseaux que je cite c'est pour ça que je restitue la parole rousseauien pour faire pièce au discours sur Rousseau
Les abus de la nouvelle condition : une théorie moderne du mal
20:51 et ici c'est exactement l'inverse sauf que Rousseau n'est pas tout à fait idiot il y a le que son âme toute entière s'élève à tel point fin du crescendo que et là commence une proposition hypothétique si les abus de cette nouvelle condition ne le dégradait souvent au-dessous de celle dont il est sorti comme on peut être en dessous de l'animal de l'état de nature je prends le texte à la lettre c'est ça la parole de Rousseau ne le dégradait souvent au-dessous de celle dont il est sorti regardez bien les temps des verbes on n'est plus à l'indicatif il devrait bénir si s'il n'y avait pas ces abus et s'il n'y avait donc que le passage comme ça de l'état nature à l'état civil il devrait bénir sans cesse l'instant heureux qu'il en arracha pour jamais on revient à l'indicatif parce que ce n'est pas nostalgique c'est irréversible papa revenu à l'état nature pas de décroissance ça ne marche pas avec lui non non non on a des exigences qu'il en arracha pour jamais et qui d'un animal stupide et borné fit un être intelligent et un homme premier point de tout ce paragraphe c'est que on aurait tout gagné à l'état de nature s'il n'y avait pas ce que j'appelle moi pour la première fois chez Rousseau une théorie moderne du mal car pour moi à Auschwitz
22:01 le stalag le goulag comme vous voudrez malheureusement ce monde est une vallée de larmes comme dit l'écriture et il y a l'embarras du choix je veux dire le mal en matière anthropologique chez Rousseau vient de ce qu'il appelle de manière un peu elliptique les abus de cette nouvelle condition comment peut-on abuser de l'état civil vu qu'il n'a porté que du positif abuser premier sens c'est user trop abuser de la boisson d'accord comment on peut avoir trop de droits trop de devoirs trop de libertés trop de tout ce qu'on a gagné toutes les qualités qu'on a gagné trop d'intelligence puisqu'on est un animal stupide et borné dans l'état de nature etc ça doit vouloir dire autre chose abuser et c'est là que je prends le mot le ab même qu'il y a dans abgrund l'abîme en allemand ou abort c'est les chiottes en allemand les toilettes le lieu ab terme intéressant ab donc abus abgrund lorsque mime le forgeron dans la tétralogie de wagner avoue tout il avoue à Siegfried qu'il va le tuer parce qu'il ne sait pas que Siegfried va goûter le sang du dragon et donc il comprend les pensées des autres même lorsqu'ils sont fourbes il dit tout très belle métaphore de l'inconscient il dit tout et Mime dit je veux juste couper simplement ta petite tête et il dit ich will dir nur den Kopf avec ce
23:11 terrifiant bon bref voilà pour le abgrund et et pour en venir à l'abus justement c'est cette deuxième chose de l'abus et c'est une hypothèse que je fais pour ne pas prendre trop votre temps mais que je suis prêt à étayer autant que vous voulez tu peux y aller l'abus de l'état civil chez Rousseau c'est la réintroduction du rapport de force c'est à dire de l'état de nature à l'intérieur de l'état civil alors qu'en principe grâce on va voir pourquoi avec le travail la praxis dont je n'ai pas parlé d'économie pour l'instant je n'ai parlé que de politique lorsque dès l'instant que l'acte humain libératoire nous a libéré des contraintes dues à l'état de nature il faut manger pour vivre par exemple et la nouvelle anthropologie qui apparaît n'est pas donnée il n'y a pas comme ça autrefois l'état de nature et maintenant nous sommes dans un état civil les problèmes sont résolus et c'est pour que je mets en garde contre la peut-être le plus gros contre-sens ce qu'on peut faire sur ce texte et très souvent dans les textes fondateurs on pourrait croire que l'état de nature se reporte
24:21 à Néandertal je sais pas moi à Cro-Magnon etc et qui inconsciemment on va pas s'empêcher de penser un peu aux premiers hommes quand on lit le texte le passage de l'état de nature à l'état civil c'est un contre-sens c'est un contre-sens total le premier mot de ce texte c'est ce c'est démonstratif index comment dire en logique un indicateur ce ça veut dire mon propos c'est pas l'état de nature c'est pas l'état civil c'est ce passage c'est là pour le Rousseau est ternaire c'est pas l'état de nature c'est pas l'état civil on aurait pu croire que c'était un texte binaire non l'essentiel c'est le passage ce passage de l'état de nature à l'état civil il produit dans l'homme un changement et c'est le sujet de tout texte qui vient c'est ça qui produit c'est le passage et ce passage se fait à chaque instant c'est le changement produit chaque nouvel être humain naît comme un être naturel comme un bébé c'est une banalité de dire que l'ontogénèse reprend la phylogénèse il faut tout réapprendre à partir de zéro et le la la capitalisation si je veux dire filer une métaphore et économique l'aspect décisif et libératoire à mon avis d'analyse roussoyenne c'est d'ajouter ce troisième terme
La force, concept de la physique, ne fonde pas le droit
25:31 c'est à dire que en créant un troisième monde qui n'est pas celui de la nature et qui n'est pas celui de dieu mais en créant le monde de l'homme par la praxis je veux dire si l'homme garde les rapports de force c'est pour ça que je fais le détour maintenant par le contrat social je vais commencer par ce texte là et qui est au chapitre 8 pour ne pas faire oublier le tout début du contrat pourtant c'est un texte souvent commenté le fameux passage tout le début du contrat passe son temps à interroger un concept qui semblerait aller de soi et qui gouverne toute la physique toute la science objective de la nature c'est le concept de force regardez bien le début du contrat social c'est l'opposition d'un état de droit à un état de fait et il passe tout le début du contrat et on ne comprend pas pour moi l'aspect décisif du contrat social ce n'est pas la jurisprudence je veux dire le règne du souverain des pouvoirs délégués tout ça toute la philosophie politique depuis Rousseau on va cesser de commenter ce n'est pas là qui sont importants mais l'aspect décisif de l'apport proprement rousseauien là dedans qui n'y avait ni dans Hobbes
26:41 ni dans les autres penseurs politiques c'est lié à la coupure radicale de l'état de nature et de l'état civil qui sont en sens inverse comme la liberté est en sens inverse de la gravitation on reviendra au mouton de la morale ce qui est décisif c'est que la première fois Rousseau renverse la position habituelle de la réflexion politique sur l'état je m'explique jusque là il pouvait y avoir une critique sous forme de devoir-être à l'État c'est pas bien que les riches soient riches c'est pas bien que le tyran soit cruel c'est pas bien il devrait faire c'est un mode de devoir-être la morale on fait la morale comme ça à l'état et la Rousseau renverse complètement en disant mais non si vous regardez bien je veux dire il y a un contrat implicite c'est tout le début du contrat je vais citer les passages le monde réel qui nous environne la société l'histoire réelle n'a pas pu se faire par le rapport de force la force règne dans la nature le premier concept qu'on apprend en physique vous êtes d'accord on a fait ça en seconde je crois je sais plus si on commence la physique en seconde maintenant c'est avant c'est réavancé mais le premier concept c'est d'abord la force avec lequel on va construire tous les autres avec la force tu construis le concept de travail la force par rapport à une masse déplacée
27:51 puis la puissance c'est-à-dire cette masse déplacée mais par rapport au temps en combien de temps je déplace si c'est en 10 secondes ou en 10 heures je déplace une tonne c'est pas la même puissance c'est donc tous les concepts fondamentaux de la physique sont basés sur un concept c'est pas évident qui est celui de force et qui pose ses problèmes aux physiciens puisque un type qui travaillait au CERN à Genève m'avait dit donne-moi le concept d'énergie et après je te déduis la physique je te l'ençais l'énergie ne se pose pas trop le problème parce que c'est un peu mystérieux pour nous mais tu me la donnes c'est bon on arrive à déduire tout c'est intéressant c'est pas loin de la force or j'insiste pour cette parenthèse épistémologique pourquoi ?
28:26 pour rappeler que c'est pas un hasard si dès le début du premier traité politique absolument moderne vous parlez comme un mot il y a une critique radicale et une ruine de l'argumentaire traditionnel pour asseoir le pouvoir de fait pour valider le statu quo politique à savoir c'est la force La Fontaine a le droit de plus fort et à partir du moment où il dit dans des passages célèbres au début le plus fort n'est jamais assez fort ça c'est de l'algèbre c'est pas de la morale je constate dans l'histoire pour être toujours le maître regardez la place d'Ariroquer le plus fort n'est jamais assez fort pour être toujours le maître s'il ne convertit sa force en droit et l'obéissance en devoir et surtout la portée décisive de Rousseau c'est le même mais que je précise d'une manière plus condensée c'est la délégitimation de tout pouvoir qui n'est pas fondé sur le contrat et le droit en disant même et c'est ça qui est plus libératoire si c'est la force qui fait la loi alors et ça il le reprend de Platon citer le Gorgias après alors une communauté sera toujours plus forte physiquement qu'un seul individu c'est nous la bonne nouvelle les mecs émancipatrice c'est que c'est nous les plus forts si les tyrans sont au pouvoir c'est parce que vous le voulez ce n'est pas votre péché qui scandalise le ciel
29:36 c'est votre satisfaction comme des autres et je cite Rousseau la force a fait les premiers esclaves leur lâcheté les a perpétués magnifique magnifique c'est généreux quelque part il n'y a pas du mal des esclaves et il cite Aristote qui disait il y a des hommes nés pour commander point de vue naturaliste Aristote typique le biologiste Platon c'est les maths lui c'est la biologie les hommes nés pour commander les hommes nés pour obéir et Rousseau dit Aristote a raison mais il prend l'effet pour la cause l'illusion il dit tout homme né dans les fers et né pour obéir c'est certain on perd tout dans les fers je le cite jusqu'au désir d'en sortir donc c'est intéressant attention bonne nouvelle les mecs c'est nous les plus nombreux dans la cité à fortiori maintenant donc je veux dire si le statut quo se maintient c'est parce que nous le voulons bien quelque part alors il faut être cohérent si on veut s'en débarrasser je veux dire c'est nous les plus forts et je prends un exemple saisissant dans l'Émile lorsque il parle des distinctions sociales il dit il n'y a de caractère ineffaçable pardon il n'y a de caractère ineffaçable que ce qu'imprime la nature et la nature ne fait ni riche ni prince ni grand seigneur
30:46 alors j'y peux rien si je suis né avec un truc comme ça ou des yeux machin il y a ce qui est donné par la nature j'y peux rien mais par contre ce que les hommes ont fait ce que les hommes ont posé les hommes peuvent le déposer par définition quand le contrat est rompu je veux dire je suis libéré et le passage le seul que je vais dire sur tout ce qu'il dit de la force et qui me semble capital c'est précisément celui-ci pendant que tu le cherches juste une incise quand il dit nous ce n'est pas du tout le sujet aujourd'hui mais on pourra peut-être en reparler si c'est un thème qui n'est pas du tout dans nos mais j'y songe il dit bien nous c'est à dire il faudra rappeler les positions de Rousseau sur la démocratie représentative c'est vraiment nous bien sûr mais ça ça va être l'objet sans médiation je vais vous montrer qu'il y a la faiblesse de Rousseau qui a très bien vu Hegel, la critique du droit formaliste avec les individus et un contrat qui est contracté entre des individus particuliers sans inconscient je ne vais pas m'expliquer là-dessus si je vais introduire après les textes politiques de Rousseau les textes poétiques c'est pour montrer justement que ça vient combler ce vide et qu'elle unité profonde de la pensée de Rousseau c'est là qu'il y a mon histoire de Gabrielle tout à l'heure comme si je caressais les fesses de Gabrielle de l'avoir de l'ordre de la puissance sur le monde
31:56 je veux dire c'est là qu'on va précisément aborder le problème que tu soulèves la délégation oui voilà donc pour l'instant j'en reste à cette critique qui est capitale que c'est par hasard si le contrat social commence par nier non pas il dit pas c'est pas bien que ce soit la force qui règne ce n'est pas une morale il dit si c'est seulement la force qui règne on ne peut faire aucune anthropologie on ne comprend pas comment l'histoire on ne va pas faire une anthropologie c'est fait et voilà une partie de la démonstration supposons un moment ce prétendu droit raisonnement par l'absurde supposons établir un moment ce prétendu droit du plus fort je dis qu'il en résulte qu'un galimatia inexplicable et non pas des choses méchantes ou immorales un galimatia des incohérences car si tôt que c'est la force qui fait le droit l'effet change avec la cause si tôt qu'on peut désobéir impunément on le peut légitimement par hypothèse puisque c'est la force qui fait le droit d'accord et puisque le plus fort a toujours raison il ne s'agit que de faire en sorte qu'on soit le plus fort or qu'est-ce qu'un droit qui périt quand la force cesse s'il faut obéir par force on n'a pas besoin d'obéir par devoir et si on n'est plus obligé d'obéir on n'y est plus obligé et si on n'est plus forcé pardon d'obéir
33:06 on n'y est plus obligé on voit donc que ce mot de droit n'ajoute rien c'est une analyse presque linguistique on voit que ce mot de droit n'ajoute rien à la force il ne signifie rien du tout obéissez aux puissances si cela veut dire céder à la force le précepte est bon mais superflu je réponds qu'il ne sera jamais violé toute puissance vient de Dieu je l'avoue mais toute maladie en vient aussi est-ce à dire qu'il soit défendu d'appeler le médecin qu'un brigand me surprenne au coin d'un bois non seulement il faut par force donner la bourse mais quand je pourrai la soustraire suis-je en conscience obligé de la donner car enfin le pistolet qu'il tient est aussi une puissance admirable passage où il montre qu'il y a une arnaque idéologique on nous fait croire que c'est la force on essaye de fonder sur un concept naturaliste les histoires entre hommes la guerre de tous contre tous le vieux débat qui date de l'antiquité de tout début de la philosophie politique est-ce que les lois sont par nature ou par convention qui est tout l'objet de la violente altercation du Gorgias tout de même j'avais promis cette petite parenthèse sur Platon mais comme là Rousseau c'était le sujet de l'agrégation que je signalais tout à l'heure cité et décadence chez Platon et Rousseau à 20 siècles d'intervalle je veux dire comme là Rousseau reprend une problématique pour une constellation historique bien analogue l'effondrement d'un régime politique et le passage d'un à un autre cité et décadence
Le Gorgias : la rhétorique, Polos et la thèse de Calliclès
34:18 quel est le pitch du Gorgias le sujet du Gorgias toujours en prétexte c'est l'art oratoire la rhétorique pareil l'éternel combat avec le sophiste le sophiste réhabilité par la pensée d'avant-garde post-nietzschéenne solaire c'est compagnie il n'y a pas de hasard dans tout ce que je dis et l'anti-platonisme de Heidegger on commence à voir les sous-entendus politiques et inavoués d'un certain type de l'antiplatonisme qui n'est pas l'outil et à savoir que dans la rhétorique l'art oratoire bien sûr il interroge comme toujours le spécialiste je veux savoir ce qu'est la beauté je m'adresse à un Zeuxis le peintre ou un Praxitèle je ne sais rien je veux savoir ou au courage je m'interesse au général là je m'adresse bien sûr aux sophistes l'oratoire allons quand même on a l'air de convaincre les foules et les médias on dirait aujourd'hui et bien sûr Gorgias devant ces mignons avec une mise en scène de l'Aide comme dit Lacan on croit toujours que le banquet c'est des beaux éphèbes mais en train de discuter c'est des veilletons tous de 40 ans en train de se disputer devant leurs mignons comme il rappelait quelque part c'est lui qui dit ça exactement mot pour mot il faut quand même rappeler et donc il arrive facilement
35:30 à démonter je passe sur le dialogue assez rapidement à démonter Gorgias devant Calliclès qui est son jeune disciple parce que Gorgias bien sûr ne commence pas à dire l'oratoire c'est la plus belle des activités la plus noble c'est ça un jugement de valeur on ne sait pas encore ce que c'est mais tu m'as déjà dit que c'est la plus belle des choses alors revenons à la question qu'appelles-tu ? ah ben bon force est de se mettre à table je finis par cracher bon c'est l'art de persuader voilà et c'est le plus grand des arts, Socrate parce que quand il va persuader la foule et le pouvoir en Grèce on n'est pas en Égypte c'est un parlement et c'est la parole qui peut décider sur l'agora qui va avoir le pouvoir c'est intéressant c'est important première fois dans l'histoire que la parole a cette importance politiquement le parlement c'est là où l'on parle c'est là que le pouvoir va être décidé alors Socrate réveille-toi un peu mon gars soit un peu plus bling bling un peu plus glamour montre-toi là devant les beaux garçons là où il faut et l'art de convaincre de convaincre soit pour séduire un individu soit la foule et il semble bien les filles comme parce que Socrate lui répond très facilement c'est des aporétiques je passe sur le premier degré du platonisme et qui est très utile parce que tu reprends un peu à la vie critique sceptique mais dis-moi le géomètre tu ne dis pas qu'il persuade le dossier ah si bien sûr il persuade donc c'est une rhétorique
36:40 ah non non non pas du tout ah oui la différence alors et finalement il amène à montrer que c'est sordide quelque part l'art oratoire qui devait être la plus belle des choses parce que la grande différence c'est la persuasion dans les deux cas la première c'est pour aboutir à une doxa qu'est-ce que le vrai ou faux on s'en fout pourvu que le mec croie ça c'est important pour Choyer l'or en 2012 il faut qu'il croie ça je vais prendre un Buisson des communicateurs la sophistique c'est important peu importe le niveau de vérité le critère de vérité ce qui compte c'est que les gens soient persuadés donc une persuasion sans valeur vérité et puis il y a les géomètres qui persuadent mais pour arriver à une épistémè mais pas une doxa c'est pas ça que tu penses mon cher mon frère il en les ficote d'autres se cassent la gueule et puis après c'est Polos la discussion devient morale c'est la fameuse thèse de Socrate qui scandalise les sophistes savoir qu'il est plus il vaut mieux subir l'injustice que la commettre comment tu peux entendre ça quand il dit chien sophiste etc et qui dit qu'il n'y a plus les rapports de force les cons il faut les berner et les faire voter pour soi c'est tout ce qu'il y a à faire avec la foule bref les hommes d'élite supérieure tout ça est dit par Calliclès je pourrais et sur 8 pages on dit souvent que l'interlocuteur de Socrate dit oui oui non non tu parles il dit 8 pages sans que Socrate l'interrompe
37:50 c'est le plus virulente sortie que Socrate ait fait faire à l'interlocuteur la thèse morale je passe Polos il s'en débarrasse aussi surgit à ce moment la Calliclès là je m'attarde le plus radical qui fait une sortie d'université extraordinaire que la philosophie c'est bien joli quand on est jeune d'accord d'accord mais plus tard continuer à ces conneries de température de philosophie alors qu'il faut commencer à faire la politique etc mon pauvre Socrate franchement si tu n'étais pas si vieux tu mériterais les verges parce que on retrouve le procès ils corrompent la jeunesse etc Socrate accusé d'être une force qui amollit ramolli au pur moment et voilà voilà tout à fait bien sûr et Socrate commence par dire que heureusement qu'il n'y a Calliclès dans cette assemblée c'est le seul qui n'a pas été comme dit Socrate je ne comprends pas il a traduit je ne suis pas assez héléniste mais c'est le seul qui n'a pas été victime du respect humain les autres ont eu trop peur des valeurs morales c'est très nietzschéen déjà ça va pendant au meilleur sens ils ne sont pas allés comme Calliclès au bout leur pensée c'est un petit fasciste il y avait davantage qui est clair et la discussion porte
39:00 il était complexé sur la loi commune et la loi humaine et Calliclès sa thèse c'est que mon principe à moi c'est que la loi qui est dans la nature la loi commune doit s'appliquer dans les cités de même que dans la nature le loup dévore une innocente brebis et que l'aigle le ravi etc de même dans les cités le fort doit commander aux faibles c'est textuellement le riche doit commander aux pauvres et celui qui possède beaucoup à celui qui possède peu c'est dit en toutes lettres c'est génétique c'est développé sur 8 pages je ne fais que résumer c'est génétique nous a-t-on rappelé oui oui oui les plus forts il faut naître plus fort voilà ou naître chez les plus forts donc c'est que cette conversation qui est à l'aube il y a les lois sont-elles par convention ou par nature c'est ce on retrouve le Lévi-Strauss cette espèce de dichotomie d'accord et bien je ne dis ni l'un ni l'autre ce que Rousseau va montrer c'est qu'il y a une connivence un terme ou un pacte un terme qui est intermédiaire de l'ordre symbolique entre ce qui est par nature qui est la physique et le contrat qui est presque trop clairement conventionnel entre les deux il y a des pactes entre sujets qui ne sont pas tout à fait stipulés voilà ce que je vais dire et pour revenir à ce moyen terme entre les extrêmes
40:30 Donc, ces détours par Platon, je ne l'ai pas fini, au contraire, c'est pour préciser que cette menace que fait planer la sophistique d'apparition d'une subjectivité relativiste, etc., qui risque de désagréger la cité dont rêve Platon, Hegel en a fait la première lecture anthropologique, je dirais presque marxiste, je veux dire par là qu'Hegel va reprendre le dossier La République, c'est-à-dire image proverbiale, comme il dit, d'une utopie, d'un idéal vide, c'est comme ça qu'il est reçu dans l'imagerie de l'histoire de la pensée, et il ne va pas dire, lui, oui, c'est comme ça qu'il faut faire ou non, c'est totalitaire, c'est la société fermée, à la popper, etc., il est bien connu que la société ouverte, c'est-à-dire qui écrase le Vietnam sous les bombes, l'Irak, enfin, quand on écrivra le livre noir de l'anticommunisme.
Hegel lecteur de la République ; la troisième critique de Kant
41:15 Oui, on en reparlera. Je peux te terminer ? Juste une seconde, je pense, je n'ai pas totalement perdu le fil, mais je pense que c'est utile que tu rappelles le fil avec le passage de Rousseau, quand même. J'ai dit que je tenais mon fil. Oui, il faut le rappeler peut-être. Le passage de Rousseau est celui qui délégitime la notion de force comme fondatrice de la société, qui refuse de prendre le principe naturel comme rendant intelligibles les sciences humaines en général, la communauté humaine et donc les sciences dont elle est l'objet.
41:47 Nous nous sommes donc passés par, c'est ça, le Gorgias, et nous arrivons à Hegel. Puisque tu me pousses, je ne voulais pas, parce que tu tords le nez quand on parle de Kant, je dis ça affectueusement, je rigole, c'est le private joke. Je veux dire, Kant a rendu le plus bel hommage à l'essentiel de Rousseau dans sa dernière critique, la fameuse critique du jugement qui va servir de référent pour toutes les symboliques, l'anthropologie esthétique, etc. Après, Hegel disait quand on venait le voir, il faut commencer, monsieur, en philosophie, mais j'ai perdu.
42:19 On commençait par la critique du jugement. Lui qui passe son temps à critiquer Kant par ailleurs, quand il rend un hommage comme ça... Oui, le critique gentiment. Ah non, non, non, c'est tout un combat, non, non, le combat, surtout contre le néo-kantisme, je sais bien, enfin, c'est un autre débat. Mais toute son œuvre, il n'arrête pas de ferrailler contre la morale de Kant. Mais là, pour l'instant, je ne parle pas de ça, je parle d'extraordinaire appel et rend hommage, bilan que fait Kant de toute son œuvre critique, il ne peut faire qu'avec la troisième, encore un triangle, la troisième critique. La première s'occupe de la nature, on retrouve mon découpage, critique de raison pure, c'est Newton, à l'excusant avec Newton, New, la causalité, passons.
42:52 Puis, ça c'est la réponse à la question que puis-je savoir, deuxième question, numéro deux, deuxième sommet du triangle, que dois-je faire ? C'est la critique de raison pratique, la morale, le fondement de la métaphysique des mœurs. Et la troisième, qui va essayer de faire la synthèse, parce que, pour l'instant, ça nous a laissé sur notre faim, les deux. C'est Kant qui le dit, il dit, voilà, j'ai mis au point, on sait maintenant comment la connaissance, du monde qui nous environne, est possible. Elle était de fait avec Newton, grâce à moi, elle est de droit, elle est légitimée, merci. Voilà ce qu'il faut faire. J'ai bien montré le premier, qu'il n'y a rien de ce qu'on a appris dans la connaissance qui va nous aider dans ce qu'on doit faire, ce n'est pas le même ordre.
43:25 L'être et le devoir-être. On a vu tout à l'heure qu'il y avait le grand coquin qui était le grand savant. Et très méchant homme. Et par contre, et puis le moindre village africain, on sait très bien que le plus savant n'est pas celui qu'on va consulter comme sage, ce n'est pas celui qui connaît le nombre de satellites qui autour de Jupiter nécessairement, je veux dire, au nombre de grains de sable dans le Sahara. Ce n'est pas pour ça qu'on va voir le sage, c'est pour savoir est-ce que je peux voyager maintenant, est-ce que je dois épouser Aminata ou pas, voilà. Que dois-je faire ? Donc, ce distinguo, savoir, sagesse, qui est contenu dans l'ambivalence du mot Sophia, et la philosophie étant condamnée à boiter, puisqu'elle a la quête tout le temps des deux, alors que ce n'est pas du tout le même objet.
« Ce qui est réel est rationnel » : Platon et la révolution mondiale
44:03 Et Hegel, donc, c'est pour ça que je veux le citer, reprend le dossier république de Platon pour montrer que justement, ce qui fait la grandeur de ce texte, ce n'est pas ce qu'il dit, ce que doit faire, dans le futur état, devra, je ne sais pas, moins nationaliser les femmes, etc. C'est en quoi il est l'expression d'une crise de l'époque, ça c'est très marxiste. Il l'explique par l'histoire de son moment historique, et il dit ceci, qui va nous ramener au cœur de notre propos.
44:33 Le livre de la philosophie Voilà, merci, c'est son testament politique.
45:05 Donc, au cœur du vrai, j'ai indiqué que la république de Platon elle-même, qui est l'image proverbiale d'un idéal vide, ne saisit essentiellement rien d'autre que la nature de l'éthos grecque. Il a eu conscience d'un principe plus profond, c'est là qu'apparaît le sophiste, la subjectivité nouvelle, il a eu conscience d'un principe plus profond, qui faisait brèche dans cette éthique traditionnelle, mais qui à ce degré, sous-entendu historique, il n'y a pas encore le christianisme et la liberté absolue, mais qui à ce degré ne pouvait être qu'une aspiration insatisfaite, et par suite ne pouvait apparaître que comme un principe de corruption.
45:38 Platon, ému par cette aspiration, a cherché une ressource contre cela. Comment contrecarrer l'arbitraire subjectif ? Contre cela. Mais comme le secours n'aurait pu que descendre d'en haut, il ne pouvait le chercher d'abord que dans une forme extérieure, la sophistique, extérieure, particulière de cette moralité, croyant ainsi se rendre maître de la corruption, et ne réussissant qu'à blesser intimement ce qu'il y avait là de plus profond, et qui commence à se faire jour, deux points, la personnalité libre infinie. Ce n'est pas pareil que le citoyen s'est.
46:19 Pourtant il a prouvé qu'il était un grand esprit, parce que précisément le principe autour duquel tourne ce qu'il y a de décisif dans son idée, est le pivot autour duquel a tourné la révolution mondiale qui se préparait alors. Et c'est écrit par le philosophe qui a le plus pensé de la révolution française. Quand il dit révolution, lui ça a un sens, il en est contemporain, et il a pas mal pensé. Autour duquel a tourné la révolution mondiale qui se préparait. Qui se préparait alors, deux points, qui est énoncé le plus célèbre de Hegel, c'est là.
46:50 Le plus malencontreusement célèbre, c'est quand on dit ce qu'il y a. Le réel. Ce qui est réel est rationnel, et ce qui est rationnel est réel. C'est Platon le premier. D'accord. Et on verra après avec Rousseau en quoi c'est littéralement révolutionnaire. Je rappelle au passage qu'on retrouve la même avance révolutionnaire chez Descartes. Dès l'instant que j'ai dit que le bon sens, la chose du monde la mieux partagée, je lance une bombe atomique.
Euclide : le postulat comme demande adressée à l'autre
47:20 Je suis en train de dire que les différences, comme disait Rousseau tout à l'heure, de marquis, prince, etc., que tout ce que les hommes ont fait, les hommes peuvent le détruire, et la nature ne fait ni riche, ni prince, ni grand seigneur. En tout cas, il y a un point sur lequel il y a une démocratie absolue, Descartes, c'est quand même le bon sens, car à ce niveau-là, on a reçu le même partage. Et donc, quelque part... Personne ne se plaint d'en manquer. Et quelque part, le bon sens, c'est-à-dire, parce qu'il est difficile à la faculté de distinguer le vrai d'avec le faux, l'entendement mathématique apparu avec la génération d'Euclide, de Platon, c'est un hommage que ce rendent révolutionnaire par millénaires interposés. Quelque part, pour la première fois, grâce à l'épistémé, c'est pour ça que j'y tiens, et que je ne suis pas obscurantiste, et que je défendrai toujours les lumières, nécessaires, même si ce n'est pas suffisant.
47:58 Mais en quoi c'est nécessaire ? Parce que pour la première fois, avec le discours mathématique qui a mis la philosophie sur la piste, que nul n'entre ici s'il n'est géomètre, j'ai marqué à l'entrée de l'Académie, pour la première fois, il y a un discours où je ne cherche pas à faire prévaloir mon opinion sur la tienne ou sur la sienne. Je ne te demande même pas d'être d'accord avec moi. D'abord, je demande. C'est le terme que Euclide emploie pour postulat axiome. Quand on prend le texte original grec, ce sont des demandes. Je vous demande de considérer que par un point, etc. Il y a un appel à l'autre, voilà ce que je suis en train de dire, à l'origine de la logique contrairement à ce qu'on croit, il n'y a pas un soliloque de moi à la chose, fût-ce un concept, il y a un rapport à l'autre.
48:33 Ne sera vrai que ce que nous aurons convenu ensemble être vrai à partir d'une proposition à vrai que nous aurons admis ensemble. Il y a un appel à la cité qui s'exprime dans ce champ lexical que les axiomes et les postulats s'appellent encore, dans la géométrie des aitêmata, des demandes. C'est superbe. On aurait dû le garder. Et on retrouve mon triangle, il y a moi la chose et l'autre tout de même. Donc, la première fois, la seule chose que je te demande, que je te demande de te conformer à la contrainte, mais qui est la même pour moi, ce n'est pas d'être correctement, c'est d'être d'accord avec toi-même.
49:03 Et c'est ça la mathématique. Il y a la connaissance. Ça a commencé d'abord mathématiques, parce que, comme dit Aristote, la mathématique unit les hommes, la politique les divise. C'est plus simple de s'entendre sur le nombre de satellites qu'à tour de Jupiter ou sur la parité de certains nombres premiers. que de s'entendre sur la fiscalité ou la manière dont on doit vêtir les femmes ou les dévêtir, puisque c'est l'actualité aussi, à propos du voile. Voilà.
49:33 Donc, je fais ce grand tour par Platon pour rappeler que, quand je dis Platon, pour moi, ce n'est pas l'individu Platon qui avait ses vieux réflexes de réac, son rêve politique, mais c'était l'Egypte, un monde qui ne bouge pas pendant 10 000 ans, ça c'est bien, où il n'y a pas de trublion qui vient porter du nouveau. Il y a ces côtés-là. Et du côté-là, Platon est l'idéologie, sens marxiste, d'un aristocrate athénien, etc. Privé les gens, le passé, ce qui a duré, etc. Quand je dis Platon, moi, ce n'est pas ça. C'est le Platon de son œuvre où il fait avancer le chimique public et où il laisse un héritage, je veux dire, de la rationalité précisément, de ne rien reconnaître qu'il soit posé par le concept, qui est d'abord une définition préalable.
50:08 Il ne s'agit pas de faire des mathématiques. Si il met que nous, non, s'il n'est géomètre, je termine ma parenthèse platonicienne très rapidement, et il y en aura une autre après. Si il y a marqué ça sur le fronton, ça veut dire qu'on n'est pas là pour faire de géométrie, on est supposé en avoir fait avant, c'est un bon entraînement, mais ici on va travailler sur des concepts, et non pas sur des mathèmes. Ça, c'est une distinction que je fais, que je propose. Et donc, il me semble qu'elle est trop sous-estimée dans les sciences humaines, c'est que depuis l'apparition des mathématiques avec Euclide, il y a une espèce de schize dans la pensée occidentale entre deux modes de discours dont l'un est épistémique, mais au prix de renoncer au langage courant complètement.
50:41 C'est-à-dire, à cause de ces ambivalences, ces ambiguïtés, les mathématiques ont très bien fait, moi je ne le reproche pas, de faire abstraction des mots comme lourd et léger, et de remplacer par la notion de poids, de gravité qui est mesurable. Parce qu'on peut disputer pendant le millénaire, savoir si ce kartable est lourd ou léger selon que je suis un bébé ou un King Kong. D'accord ? On sait bien que ce moment-là, je ne parle pas du kartable mais de moi. Et par contre, quand on dit qu'il pèse 125 grammes, qu'il y a une démocratie, on se met d'accord, on sait de quoi on parle, mais on n'a pas tranché le débat s'il est lourd et léger. Ce n'est plus du même ordre.
51:12 Et ça, c'est une avancée, c'est ça la révolution mondiale. Et c'est pour ça qu'il y a le temps que la contre-révolution va toujours être irrationnaliste, avec les Schopenhauer, les Nietzsche, etc. On ne va pas s'acharner contre ce qu'il y a de positif dans les lumières. Parce qu'il y a aussi des choses négatives dans les lumières. Voilà. Donc c'est une parenthèse à laquelle je tenais. C'est de rappeler que quand je dis Platon, c'est le moment platonicien dans l'histoire, c'est en gros euclido-platonicien.
Retour à Rousseau : dualisme de la nature et de la cité
51:42 Si on pouvait résumer les différents détours pour revenir à Rousseau, donc le Rousseau du contrat social qui... Tout ça à partir de la critique de la force sur Rousseau. Oui, qui récuse la force. Ça ne suffit pas. Et on en vient au rationnel et réel, le réel et rationnel. Donc c'est la force par le droit. Il y a autre chose parce que sans ça, on n'arrive pas. Les seuls énoncés légitimes, je vais reprendre le fil, les seuls énoncés légitimes sont ceux, j'espère que nous sommes en train de le faire, sont ceux sur lesquels nous serons mis d'accord ensemble, à partir de choses, pour voir jusqu'où on peut être d'accord ensemble.
52:15 C'est capital comme mode de procédé. Parce que ça fait appel à une communauté. Je veux dire, ce n'est pas un savoir solitaire qui surplombe. On reprochait à Sartre, qui était au jury de Clouscard, à faire un très bel éloge en disant que c'est un apport du grand plaçable et tout. Le seul petit réserve, c'est qu'il y a un hubris de l'auteur. Je crois que c'est Caroline. Oui, c'est fermé. Il y a un hubris de l'auteur. D'avoir fait ça tout seul, ça demanderait un travail d'équipe. Clouscard répondait, je ne demande que ça.
52:45 Envoyez-moi des assistants et des collègues. Moi, je ne demande que ça. Et pour l'instant, on me laisse un peu seul. Je suis tout le temps interrompu. Enfin, si c'est par Caroline. Non, non, t'inquiète pas. Il y avait des interruptions bien avant. Donc, le... Je vais cesser, donc maintenant de... J'en étais au rapport de Rousseau au concept de force. C'est pourquoi j'ai fait ce long détour par Platon.
53:15 Il reprend cette vieille critique que Socrate fait de Calliclès de dire que c'est la force, le principe naturel qui doit régner dans les cités. Donc, la dichotomie est réétablie. La loi qui règne dans les cités ne veut pas être la même que celle qui règne dans la nature. C'est bien clair. C'est le dualisme. Entre nature-culture, nature-cité, comme on voudrait. Nature-esprit, nature-histoire, nature-art. Techné, là. Techné, beaucoup plus tranché que chez Aristote. Chez Aristote, l'art techné, dans son sens ancien, tantôt imite la nature, tantôt prolonge que la nature par elle-même n'est pas à même d'achever.
53:48 C'est un peu plus ambigu, chez Aristote. Mais il y a quand même... C'est plus naturaliste que chez Platon. L'homme prothésique... On s'en doutait que Platon était plus naturaliste. On s'en doutait. Bon, c'est le fameux portrait de tableau de Raphaël avec Platon, qui est l'index vers le ciel, Aristote Pignot ! Bon. Et les boutons, alors, il faut les garder. Et donc, je crois que j'ai été assez clair sur l'analyse que fait Rousseau. Dans des pages décisives, son début du contrat, c'est pas un hasard avant de parler du représentant des souverains, il parle d'abord de l'impossibilité qu'il y a de fonder une philosophie du droit et à force sur une politique et un gouvernement sur la notion de force.
54:25 J'ai rappelé que la force est le principe constitutif de toutes les sciences de la nature et que je n'avais rien qu'en principe de la force qui nous avait aidé à rendre l'univers qui nous entoure, l'univers non-humain, intelligible, celui qui effrayait Pascal, le silence éternel de ses espaces infinis, m'effraie, voilà. Et bien, on se l'est un peu apprivoisé grâce au calcul de Descartes. Oui, oui, et en même temps, Descartes rappelle ce qu'il dit, le maître, au contraire, cette force qui va nous rendre maîtres et possesseurs de la nature. Il faut qu'on ait un chez-soi dans le cosmos.
Le temple du cap Sounion et la racine grecque de l'Occident
54:55 Comme disait Bachelard, je n'habite pas dans l'infini parce que dans l'infini on n'est pas chez-soi. Et c'est l'homme qui va faire la cité comme un fini, un ailleurs de la nature. Pardon de faire cette parenthèse un peu qui vous semble lyrique, mais tout de même c'est du rigoureux. J'ai été une seule fois en Grèce, tardivement, et pour une fois c'était la nana qui me guidait. Je vais vous raconter ma vie, mais c'est important pour commencer ce qui va suivre.
55:25 Elle a fait des voyages en Grèce auparavant et elle me conduit au Cap Sounion, comme tout touriste. Je vais au Cap Sounion, magnifique. Le temple de Poséidon. Or, d'habitude en Grèce, avec le fini grec et l'infini oriental, on ne voit jamais l'infini comme en Bretagne. Il y a une presqu'île, une île, un golfe, c'est comme la Corse, vous connaissez la Méditerranée, c'est très découpé, c'est des échancrures. Là, on monte bien l'acropole. Et puis, sauf quelques endroits, tout de même, on voit bien le large. Et c'est le cas du Cap Sounion où il n'y a que trois indéterminations au sens esthétique, parce que, comme dans le Turner, on ne voit que, huiit, sans contour du vent, de la lumière et la mer.
55:59 Je veux dire, ces trois grandes figures de l'indétermination peuvent prendre tellement de forme. Bon. Et là, tout d'un coup, c'est là qu'il y a le temple de Poséidon. Un rectangle, des angles droits, un tympan horizontal, des colonnes verticales, juste un petit chapiteau pour négocier le passage du vertical oriental, c'est pas trop brutal, mais quelle audace ! Mais quel courage, mais quel héroïsme ! De tourner les dos à l'infinité naturelle qui fascine encore tout. Et tout est mystique. Et peut-être ça, c'est le domaine des dieux. Nous, c'est ça. Paf !
56:31 Nous, c'est la cité, c'est la polis, c'est le déterminé, le concept. Voilà. C'est pour ça que cette révolution rationaliste, elle a quand même une importance de l'humanisme. Je fais ce long détour aussi pour rappeler qu'à l'heure où on veut nous faire croire que les racines de notre Occident, notre Europe et notre France en particulier, les filles aînées de l'Église, sont chrétiennes. Je trouve scandaleux que personne ne pense. A rappeler aussi, et quoi la racine grecque ? Qu'est-ce que vous en faites vous-même ? Pensez la société occidentale sans ce double apport qui fait, à mon avis, sa névrose, parce que c'est un double apport qui demande aux Occidentaux que nous sommes d'assumer une contradiction quasi mortelle entre le monde grec, et maintenant c'est le monde oriental de la transcendance, c'est important, mais il y a les deux.
57:13 Petite allusion à l'actualité que je referme très vite, je veux dire, c'est un peu scandaleux de privilégier le modèle chrétien. Je n'ai rien contre. Moi je suis d'accord qu'il a été constitutif de bien des choses qui font que nous sommes occidentaux, mais tout de même, en se combattant à chaque fois avec un paganisme qui a ses allées, ses retours, ses revivals avec les contes du Graal à partir de Chrétien de Troyes, et les pays du Nord qui n'ont pas du tout envie, christianisés tard, de se laisser comme ça, avoir par le Dieu transcendant sans idole et sans image, et quoi encore ? Moi je veux du Merlin, de la Viviane, de l'épée dans le lac, bon, bref.
57:43 Voilà, c'est un vieux combat, nous sommes issus de ce conflit de l'immanence et de la transcendance. Je referme cette parenthèse, c'est peut-être même l'originalité de notre culture, cette névrose, ce n'est pas un hasard si le pathos depuis l'apparition de la fin d'histoire en terme hégélien, c'est-à-dire la fin de la préhistoire en terme marxiste, soyons clairs,