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Hegel en vacances : Le Château d'Argol de Gracq
0:23 Justement pour introduire ce côté, en général, on associe Hegel plutôt de Hegel à ce qu'il appelle lui-même le Anstrengung des Begriffs, c'est-à-dire l'effort astreignant du concept. Et moi, je vous parle de vacances, ça paraît un peu décalé. Et c'est pour ça que je vais introduire mon propos par une citation d'un extrait d'un roman, d'un romancier.
0:55 Il s'agit de Julien Gracq et un de ses premiers romans, Le Château d'Argol, avec certains d'entre vous en sont d'autres, qui avait été présenté à Gallimard et puis la refusait. C'était d'habitude chez Gallimard. Gallimard avait refusé Proust et Gracq. Maintenant, Gallimard fit fortune avec Proust. Et alors, son héros, donc, le héros du roman de Gracq, ceux qui s'en souviennent, ceux qui ne l'ont pas lu, c'est l'occasion, je vais vous inviter à lire, c'est super beau. Son héros se retrouve dans son manoir en Bretagne et là, il emporte des bouquins.
1:30 Il emporte Hegel. Alors, c'est ce passage que je vais vous lire. C'était surtout, comme on l'a vu, aux recherches philosophiques que son esprit s'était tout d'abord appliqué. À 20 ans, laissant de côté toute considération de succès ou de carrière, il s'était fixé pour tâche du régime des énigmes, du monde des sens et de la pensée. Il lut Kant, Leibniz, Platon, Descartes. Mais la pente naturelle de ses goûts le poussait vers les philosophies plus concrètes, certains osèrent dire plus courageuses, qui, prenant le monde comme à bras-le-corps et généreusement, et non content d'y faire pénétrer le rayon de telles lumières particulières, lui demandaient sa vérité, son explication totale, en le dénombrant ses parties composantes comme Aristote, comme Plotin, comme Spinoza.
2:09 Mais surtout, il s'était pris une curiosité passionnée pour le prince des génies de la philosophie, Hegel, à ce roi de l'architecture et de la science des ensembles, à celui qui a découronné toute connaissance abstraite de sa gloire, à celui pour qui les plus brillants systèmes philosophiques ne sont que les nébuleuses dont il compose sa gigantesque voie lactée. Il venait de vouer une prédilection énergique. Il tenait la dialectique pour ce levier demandé par dérision par Archimède et qui soulèverait le monde. Et il emportait Hegel dans son manoir solitaire de Bretagne pour y remplir surabondamment les journées qu'il prévoyait mornes et arides d'une contrée mélancolique.
Un roman de formation où poésie et philosophie se rejoignent
2:40 Voilà. C'est dans cet esprit, dans cet état d'esprit, que je voudrais en parler avec vous, par exemple, Hegel, en vacances. Et si nous avons décidé, en faisant une concertation avec Dominique Mazoui, de concentrer cette causerie sur, parmi toutes les œuvres de Hegel, sur la phénoménologie de l'esprit, c'est parce que c'est sans doute, tous les commentateurs sont d'accord là-dessus, l'une des œuvres les plus fascinantes de l'histoire de la pensée, dont aujourd'hui encore, on se demande dans quel genre il faut la classer.
3:20 Est-ce vraiment un ouvrage de philosophie ? Est-ce un Bildroman, comme on dit en Allemagne, c'est-à-dire un Bildungsroman, un roman de formation, un peu comme l'Émile de Rousseau, qui a servi de modèle à l'époque ? Et vous verrez que dans la phénoménologie, ça tient un grand rôle, ce côté didactique, pas au sens ex cathedra, bien sûr, mais comme dit très bien Hegel, c'est un passage sur lequel nous avons l'occasion de revenir, dans sa préface, où il dit qu'il a essayé, et c'est cet ouvrage de faire descendre la conscience philosophique à la conscience commune, c'est-à-dire à nous tous, à l'opinion, et inversement, d'élever la conscience commune à la conscience philosophique.
3:57 Ce double mouvement qui fait tout l'intérêt de la phénoménologie est un peu par réaction contre l'ésotérisme de certains de ses contemporains qui avaient été par ailleurs ses amis. C'est là qu'il faut faire un petit point, quand même, et situer tout ça un petit peu historiquement, tout de même, à titre contextuel. On n'imagine pas aujourd'hui l'importance du bouleversement historique dans lequel la pensée de Hegel a pris naissance, la genèse historique de sa pensée.
4:32 Au hasard et abstraitement au sens péjoratif, c'est-à-dire, sans toutes les médiations que cela présuppose, je rappellerai tout de même que ces moments où on commence à avoir les premiers effets de la révolution industrielle qui vont se produirent en Angleterre, la révolution économique, et de la révolution française, la révolution politique, ce sont ces craquements énormes, comme il y en a tous les 20 siècles à peu près, qui constituent le périmètre historique dans lequel Hegel élabore sa pensée, et, en particulier, toute sa jeunesse est passée par cet immense courant, ce que Armel Guerne, excellent traducteur des romantiques allemands, appelle le fabuleux océan verbal du romantisme allemand.
5:15 Il faudrait mieux dire l'idéalisme allemand pour y inclure aussi bien les textes philosophiques de cette époque-là que les textes proprement poétiques ou littéraires, car c'est une particularité de la pensée de cette époque, mais ça, ça s'applique aussi bien à des contemporains de Hegel comme Fichte, Schelling, et a fortiori Hölderlin, par exemple, que les poètes de cette époque tendent spontanément vers le philosophique, ça se voit très bien chez Hölderlin, par exemple, et inversement, la langue philosophique, au lieu de rester sèchement abstrait, s'élève quelquefois au poétique.
5:51 Je vous donne un extrait d'un ouvrage légèrement antérieur de deux ans à la phénoménologie, un de ces ouvrages où Hegel commence à avoir son système se mettre en place, un passage que j'avais cité, d'ailleurs, pour ceux qui avaient eu la gentillesse de venir à la Hegel Pride, avec notre ami Losurdo, c'est un passage que j'avais cité, je vous répète, où il parle de moments assez élémentaires, où l'esprit n'est pas encore arrivé au langage, au concept, où il est dans la nuit, ce qu'il appelle la nuit des images.
6:23 Cette image, la nuit, il faut la prendre au sens propre, très concret, comme quand on est au cinéma, il faut qu'il y ait l'obscurité pour voir tout le monde qui doit apparaître les images, la camera obscura, la chambre obscure. Et il dit ceci, peu importe si on ne comprend pas tout le contenu, ça me semble assez clair, mais ce qui compte, c'est de voir, encore une fois, comment la phrase presque tend au poème, qui est inattendue de la part d'un philosophe. Cette image appartient à l'esprit, il est en possession de celle-ci, il en est le maître, l'image est conservée dans le trésor de l'esprit, dans la nuit de l'esprit, elle est inconsciente, c'est-à-dire qu'elle n'a pas à être exposée comme objet devant la représentation.
6:59 L'homme est cette nuit, ce néant vide qui contient tout dans la simplicité, une richesse de représentation, d'images infiniment multiples dont aucune précisément ne lui vient à l'esprit. C'est la nuit, l'intérieur de la nature qui existe ici, dans la représentation fantasmagorique. C'est la nuit tout autour. Ce n'est pas moi qui répète, c'est lui. Ici surgit alors subitement une tête ensanglantée, là une autre silhouette blanche, étrange passage. Une tête blanche, silhouette ensanglantée, le rouge et le blanc, comme sur le drapeau japonais. Une silhouette blanche et elles disparaissent d'eux-mêmes.
7:29 C'est cette nuit qu'on découvre lorsqu'on regarde un homme dans les yeux. On plonge son regard dans une nuit qui devient effroyable. C'est la nuit du monde qui s'avance ici à la rencontre de chacun. Vous voyez ? Et je pourrais inversement vous lire un texte de Hölderlin qui s'élève au philosophique que je m'empêche de faire d'ailleurs. Vous avez un hymne magnifique qui s'appelle La Source du Danube. Ceux qui sont un peu familiarisés avec cette poésie savent que dans la dernière partie de ces grands hymnes, Hölderlin est fasciné par l'image des fleuves et de la métaphore qu'elle représente. Un fleuve, un destin.
8:01 Et dans un de ces hymnes consacrés au fleuve qui s'appelle précisément Am Quell der Donau ou la source du Danube. Pour mémoire, le Danube prend sa source en forêt noire tout près de l'endroit où Hölderlin a passé son enfance. Donc il fait un périple extraordinaire qui fascine le poète puisque de l'Occident comme ça, de la forêt noire, il va à reculons comme dit Hölderlin. Il retourne vers nos origines, vers l'Orient puisqu'il se jette dans la mer noire. Ça l'avait interpellé. Et il dit ceci, Hölderlin, voyez ? Ainsi qu'à l'orgue en accords sonores esplendides dans l'enceinte sacrée très haut au jaillissement pur hors des tuyaux intarissables sonne l'éveil et le prélude du matin et maintenant au loin de salle en salle en arbre de fraîcheur le feu mélodieux s'épanche et gorge d'enthousiasme peu à peu toute la demeure au repli d'ombre glacée et voici naître alors voici que montent vers le soleil de la fête et lui répondent les voix en chœur des fidèles tel s'en vint de l'Orient à nous la parole et contre les rocs du Parnasse parce que la parole passe par la Grèce aussi et contre les rocs du Parnasse au flanc du Cithéron au Asie j'entends l'écho venu des toits et il se brise au Capitole et des Alpes parce qu'il faut que ça arrive en Allemagne n'est-ce pas et des Alpes vertigineusement descendues elle vint jusqu'à nous l'étrangère
9:11 l'éveilleuse la voix façonneuse d'hommes et de tous ceux qu'elle avait frappés du stupeur ses ilhams vous voyez là ici on retrouve pratiquement la conception hégélienne de l'histoire orient, grec, occident en trois étapes chez Hölderlin et inversement chez Hegel on trouve des connotations poétiques donc c'est dans ce dans cette fusion assez étrange de la langue poétique et la langue philosophique qu'éclos le futur système hégélien je dis ça parce qu'on est tellement habitué à le lire sous forme de à lire les oeuvres dites de Berlin de la dernière période les oeuvres qui ne sont pas écrites d'ailleurs pour la plupart de sa main je le dis parce que beaucoup l'ignorent quand on parle de l'esthétique de Hegel il faut savoir que ce sont des notes de cours prises par ses étudiants qu'on a plusieurs leçons selon que c'est tel ou tel étudiant et Hegel qui était extrêmement prudent parce qu'il se savait fliquer il n'y a pas d'autre mot par le ministère des cultes le ministère des cultes c'est le ministère des cultes à Berlin à ce moment là qui avait comme principal souci politique de ne pas laisser la contagion des idées françaises vous voyez ce que ça veut dire
Le résultat n'est rien sans son devenir
10:21 à l'époque se répandre dans le Saint-Empire romain germanique auquel Napoléon on va mettre fin quelques temps après d'ailleurs et donc Hegel tient toujours compte de cette censure et souvent il dit que c'est les oeuvres dites de Berlin les quatre volumes de sa monumentale esthétique qui sont la première esthétique développée philosophique après celle de Kant c'était de récemment comme discipline après la critique du jugement de Kant les leçons sur la philosophie de l'histoire les leçons sur l'histoire de la philosophie ce qui est tout à fait pareil l'un des ouvrages les plus lus et les plus familiers de Hegel intitulé c'est pas un petit tour de lui la raison dans l'histoire ou encore les leçons sur la philosophie de la religion enfin tous ces textes de Berlin qui sont plus clairs que la phénoménologie que nous allons nous attaquer qui est pourtant de 30 ans antérieurs sont plus clairs parce qu'ils ont parce qu'ils s'adressent précisément à des étudiants qui sont censés être des débutants et souvent on confond Hegel avec ce dernier état de ses publications et alors que comme il le dit lui-même c'est une proposition fondamentale
11:32 de l'hégélianisme si on ne dit tout au moins en retenir quelques-unes dans celle-là le résultat n'est rien sans son devenir c'est un énoncé qui est présent dans la préface de la phénoménologie de l'esprit je dirais la phéno pour abréger le résultat n'est rien sans son devenir c'est-à-dire que une pensée un résultat une abstraction n'est rien si on fait abstraction au sens propre de tout le cheminement qui a amené à ce résultat et donc les cours de Berlin pour y revenir semblent clairs mais c'est une clarté qui suppose pour être comprise toutes les médiations souvent dit que l'hégélianisme était une philosophie de la médiation toutes les médiations qui donnent ce que Hegel appelle un contenu à une vérité abstraite et pour ça il y a des exemples saisissants de simplicité par exemple il dit lorsque un enfant dit la vie est difficile ce qu'il a entendu un enfant, un moutard de 7-8 ans qui dit la vie est difficile ça n'a pas le même contenu dit Hegel que lorsqu'un homme qui a fait trois guerres
12:42 et qui a souffert d'un état de maladie et qui a vécu d'un état de passion et malheureuse dit la vie est difficile c'est le même énoncé mais vous voyez dans le cas du vieil homme c'est un résultat pris avec son devenir et non pas qu'il fait abstraction de tout le cheminement qui fait qu'il est vrai parce que est-ce que c'est vrai ou faux que la vie est difficile peu importe dans la bouche de l'enfant c'est faux au sens hegelien c'est-à-dire c'est faux non pas au sens inexact comme 2 plus 3 égale 7 par exemple ça c'est faux au sens inexact mais faux au sens hegelien c'est-à-dire c'est faux par abstraction c'est formellement vrai mais il manque justement le contenu donc c'est faux voilà j'espère que je suis clair sur ce point mais c'est un point sur lequel on aura souvent l'occasion de revenir quand on trouve donc ne comptez pas sur moi parce que ce serait très irrégal pour résumer sa pensée dans un énoncé fondamental qui contiendrait en germe entre tous les autres parce que Hegel est le premier à dire y compris pour sa propre pensée qu'un énoncé fondamental ou premier de la philosophie comme on dit c'est lui qui parle même s'il paraît vrai est déjà faux en tant qu'il est simplement le commencement ou la proposition fondamentale ou générale ce qui compte c'est justement ce qu'il appelle le développement
L'hécatombe du romantisme allemand
13:52 qui va lui donner un contenu je crois que l'exemple de la vie difficile est suffisamment parlant à cet égard donc pour en revenir à ce contexte que je voudrais préciser celui de l'idéalisme allemand j'ai fait un peu ce long détour pour rappeler que j'inclus aussi bien l'idéalisme allemand le romantisme allemand avec son aspect proprement littéraire mais aussi musical et la pensée le texte philosophique éclos à cette époque tous ceux qui se situent en gros entre entre Kant et Hegel c'est-à-dire en passant par Fichte et Schelling il est indispensable de se familiariser un peu avec ce contexte pour comprendre un ouvrage comme la phénoménologie qui en est un petit peu l'aboutissement en fait tout ce fabuleux océan verbal pour répéter la formule d'Armel Guerne ce qui caractérise vu de l'extérieur le romantisme allemand c'est d'abord une hécatombe c'est important d'être obligé par là la notion de poète maudit est familière pour un public francophone si je puis dire pour nous la notion de poète maudit
15:02 est bien postérieure à celle du romantisme et a fortiori du romantisme allemand qui est d'une génération antérieure au nôtre je fais ici un petit rappel chronologique mais officiellement le romantisme chez nous dans nos manuels de littérature commence avec l'apparition des Méditations poétiques de Lamartine en 1821 si j'ai bonne mémoire en 1821 la plupart des grands romantiques allemands sont déjà morts depuis longtemps ou fous je vais y revenir quand je parle d'hécatombe la plupart des romantiques allemands sont morts fous ou suicidés il s'est passé une catastrophe au niveau de l'esprit qui rappelle celle des futurs poètes maudits au point que des gens comme je ne sais pas moi Kleist qui s'est suicidé Novalis qui est mort à 29 ans Wackenroder qui est mort à 24 ans annoncent plus des gens comme Artaud Van Gogh à la limite vous voyez que nos propres romantiques qui restent encore très étranglés par la forme vieille comme dit Rimbaud dans une lettre donc c'est important quand on parle de romantisme qu'il n'y ait pas de malentendu il faut un peu oublier nos Vigny nos Musset et se familiariser avec une littérature
16:12 qui était assez mal connue jusqu'à ces dernières années on commence à reparler un petit peu des romantiques allemands ils ont été un petit peu ressuscités sous forme de malentendus tantôt à travers le surréalisme ils étaient fascinés par le côté onirique pour être romantique allemand et il y a eu plusieurs occasions de les remettre au goût du jour ça commence un petit peu à prendre forme mais j'insiste sur le côté hécatombe pour mémoire Goethe et Schiller sont considérés en Allemagne comme des classiques ils sont antérieurs à ce vaste mouvement ils se sont préservés de l'hécatombe ce sont des classiques d'ailleurs qui étaient très méfiants à l'égard des romantiques au point que Goethe quand il voyait toute la jeune Allemagne défiler chez lui pour le voir pour lui parler tous ces jeunes poètes romantiques qui venaient ouvrir dans le genre voir un grand homme monsieur, moi et Goethe leur disait souvent cette formule si quelqu'un quelque chose veut dire qu'ils me le disent clairement ce qui n'est déjà pas très romantique pour ce qui est des choses problématiques celles que j'ai en moi me suffisent
17:22 vous voyez donc bien distingué bien distingué Goethe et Schiller les classiques on va y revenir à cette génération dont je parle et dont Hegel est issu et dont il est un survivant c'est très important de voir à quel point l'ouvrage qu'on a travaillé a été une manière pour lui de sortir de cette impasse mortifère dans laquelle avait fini par dériver le romantisme allemand il y fait allusion dans un texte assez célèbre qu'on a les étudiés à Guillen une lettre à Windischmann une lettre qui date de 1810 je crois ce qui me fait penser 1810 vous voyez les connotations on pense à la grande armée à Napoléon je vous le disais tout à l'heure les grands craquements historiques de cette époque révolution industrielle anglaise révolution française et épopée napoléonienne avec l'Europe labourée de l'Espagne à Moscou quand même oui c'est dans ce contexte qu'apparaît le texte sur lequel nous allons travailler et dans cette lettre à Windischmann Hegel fait allusion à à sa période dite de Francfort on dirait qu'il y a des étapes dans la genèse de la pensée de la vie de l'hégélienne Francfort est un petit peu à l'avant-dernière étape avant Iéna c'est à Iéna que la Phénoménologie a été écrite et il dit oui c'est dans la malheureuse
Lumières et romantisme : entendement, raison, escapisme
18:32 Francfort formule célèbre que j'ai vécu une crise jusqu'à l'épuisement de mes forces aujourd'hui on dirait une dépression c'est là que j'ai approché j'ai dit ça de manière assez mystérieuse le point nocturne de la contradiction donc vous voyez il n'a pas été indemne lui-même de ce vaste mouvement que j'assimile à une hécatombe alors il faut comprendre pour voir comment il en a été ainsi chez tous ces écrivains il faut comprendre ce dont ils héritent ils héritent de de choses contradictoires et ça va nous permettre d'arriver à Hegel comme vous le savez une philosophie non seulement qui n'écarte pas la contradiction mais qu'au contraire en fait le moteur même de l'être et en particulier de l'être historique et la contradiction principale de cette génération c'est qu'elle procède d'une part elle succède bonjour aux lumières françaises les lumières que la France a principalement illustrées je les ai oublié des lumières qu'on appelle en Allemagne puisqu'il y a un mouvement équivalent
19:43 dans la foulée des lumières françaises l'Aufklärung c'est un mot l'éclaircissement c'est pas tout à fait la même chose que les lumières c'est un mouvement avec des gens comme comme Lessing et surtout comme Kant bien sûr qui est le couronnement des lumières et donc cette génération hérite à la fois de l'effort des lumières bon chacun sait ce que ça implique les lumières c'est-à-dire une rupture avec l'ancien monde une critique du savoir immédiat de l'induction du religieux du monde substantiel comme dira plus tard Hegel au profit d'un monde de la pensée du rationnel et un monde où toute vérité doit être soumise à l'examen de l'intellect de ce que Hegel appellera plus tard à la suite de Kant qui a fait une distinction qui va être capitale pour toute cette génération la distinction de l'entendement et de la raison car très souvent dans les discussions philosophiques contemporaines on mélange un peu les deux et on réduit la raison à l'entendement surtout quand c'est péjoratif et donc lorsqu'il s'agit de l'intellect au sens pur tel qu'il est à l'oeuvre dans un ouvrage scientifique ou simplement dans le bon sens
20:53 dont parle Descartes qui fait que lorsqu'on dit que A égale B ça implique que B égale A on va réserver à cette intelligence-là le concept bien précis d'entendement Verstand en allemand en le distinguant bien de la raison Vernunft Vernunft qui depuis Kant a outre sa grande différence avec l'entendement n'a pas qu'une fonction cognitive mais en plus une fonction éthique qui vise l'action en tout cas voilà donc cette génération on comprend pourquoi ça a été un peu difficile pour elle de se débattre entre d'une part l'héritage rationnel en un mot des lumières et alors antithèse ce vaste mouvement qu'est le romantisme qui est une espèce de rébellion contre le côté je parle quand même romantique étriqué réducteur l'entendement de la rationalisation c'est dans cette contradiction que se débat a à peu près toute cette génération et il faut savoir que dans la première partie de sa formation Hegel avait lui-même épousé philosophiquement le point de vue des romantiques en particulier de son jeune jeune aîné j'allais dire il était un peu plus jeune que lui je parle de Schelling
22:03 il était un peu plus jeune que lui mais il a été célèbre avant les deux autres et donc il était un petit peu le leader du trio Schelling et Schelling est de loin celui qui a développé le système philosophique le plus complet le plus profond comme expression du romantisme allemand et Hegel souscrivait au point de vue de Schelling jusqu'à la phénoménologie de l'esprit qui est l'ouvrage au travers duquel il va expliciter tout d'un coup comment il se détache de ce mouvement et comment il fait un retour comment il réhabilite le concept donc la raison le concept propre à Kant et à Fichte contre l'intuition romantique donc c'est très important d'avoir bien présent à l'esprit cette contradiction qui gouverne un peu toute cette génération entre l'élan rationnel des lumières et je ne dis pas la contre-révolution pas encore ça y tourne quelquefois mais à cette réaction
23:15 en tout cas romantique contre l'excès de lumière il ne faut pas oublier par exemple que si on devait à titre de métonymie comme on dit vous savez la métonymie c'est entre autres exprimer la pardon dire la partie pour exprimer le tout j'ai dit une voile pour dire un bateau ou je dis boire un verre alors que je bois en fait son contenu et donc comme métonymie un titre qui résumerait à lui seul tout l'esprit du romantisme allemand et un titre emblématique c'est les hymnes à la nuit de Novalis Novalis qui est souvent considéré comme le plus romantique des romantiques mais hymnes à la nuit on n'est pas tout à fait dans la flairon que dans les lumières et quand Novalis parle de la nuit c'est bien sûr une nuit métaphorique et pour pas qu'on se trompe il dit très bien c'est un superbe texte pour le conseil comme du poétique dans lequel en parlant à la nuit il l'invoque il dit les insensés c'est à dire monsieur tout le monde pour lui les insensés seulement te méconnaissent et te confondent avec l'ombre que tu jettes sur nous au crépuscule par compassion pour nous au crépuscule
24:25 de la nuit évidente donc il ne parle pas de la nuit astronomique bien sûr par contre il dit ils ne te pressentent point il parle toujours à la nuit ils ne te pressentent point alors on va savoir ce que c'est que la nuit dans le flux doré des grappes c'est quoi ça ? c'est le vin c'est l'alcool c'est l'hubris c'est le dionysiaque on dirait le flux doré des grappes dans la brune sève du pavot c'est l'opium vous avez tout le programme de Baudelaire déjà il y a un chapitre des fleurs du mal qui s'appelle le vin les paradis artificiels vous voyez vous avez déjà ça le romantisme allemand je voudrais insister là-dessus Hegel est un de nos contemporains on croit toujours que c'est nouveau que c'est ultra moderne ça l'est c'est une rupture fondamentale avec l'ancien monde cette rupture s'est produite fin 18e début 19e et c'est une thèse que je dis dogmatiquement pour l'instant sans l'étayer et je préfère l'étayer dans le cadre d'une discussion entre nous plutôt que dogmatiquement mais je pense personnellement que nous sommes encore à cette époque-là nous sommes encore d'où les malentendus sur la fin de l'histoire et c'est à cette époque Hegel parle de fin de l'histoire que Marx remplacera de manière plus précise comme fin de la préhistoire humaine
25:35 plus qu'une nuance c'est même mais ça ne change pas grand chose au fait que c'est une rupture fondamentale et c'est que depuis cette période nous ne cessons c'est la thèse je veux dire enfin dogmatiquement mais pour être clair en tout cas et pas se perdre la démonstration pour l'instant c'est que depuis cette période on est dans dans une espèce de savoir nous avons acquis un savoir à cette période que nous essayons de fuir au sens du refoulement freudien si vous voulez une métaphore de fuir depuis et presque tous les mouvements littéraires ou politiques ou philosophiques depuis sont une alternance entre le fait de revenir à cette accession au savoir qui est le couronnement des lumières et de s'en évader au contraire une pensée donc de l'action et une pensée au contraire escapiste il pensait de s'en évader par tous les moyens y compris je reviens à Novalis le flux doré des grappes boire pour oublier n'est-ce pas le flux doré des grappes la brune sève du pavot et il y a même l'Eros puisqu'il continue après
26:46 je vais dire la phrase antiquée parce qu'elle est belle ils ne te pressentent point ils partent toujours à la nuit dans le flux doré des grappes dans la brune sève du pavot et ils ne savent pas que c'est toi qui nimbent ainsi le tendre sein de la Vierge et nous en fait un paradis voilà comme ça on a les trois presque les trois dans les chapitres des fleurs du mal le vin les paradis artificiels et l'Eros voilà vous voyez que c'est un roman le romantisme allemand est beaucoup plus concret et beaucoup plus nocturne à la limite que notre romantisme cette cette contradiction qui traverse toute cette génération nous allons la retrouver dans la préface de la phénoménologie texte célébrissime s'il en est dans l'étude Hegelienne je vous signale le passage que l'on trouve à part dans l'édition et il y en a deux éditions selon beaucoup il y en a une chez Vrin avec une très bonne traduction de bourgeois et une qui à mon avis encore meilleure c'est celle d'Hippolyte chez Aubier-Montagne malheureusement la phénoménologie de l'esprit en deux volumes dans la traduction d'Hippolyte n'est plus disponible c'est un scandale d'ailleurs à mon avis c'est pareil
27:57 qu'on a connu Hegel en France depuis après 60 ans et maintenant il n'est plus disponible mais par contre la préface en bilingue est encore disponible et cette préface a été écrite par Hegel après avoir terminé la phénoménologie donc si on veut avoir même si ce n'est pas très hegelien je l'ai dit tout à l'heure de résumer une pensée parce que c'est précisément dans son développement que cette pensée se vérifie pour Hegel et non pas lorsqu'on la concentre s'il devait y avoir une exception s'il y avait un texte où on serait sûr de perdre le moins de Hegel possible ce serait cette magnifique préface à la phénoménologie de l'esprit je dis qu'il a fait il a fait la préface après avoir terminé le volume et je ne peux pas m'empêcher de penser à Mozart qui se rappelle à la veille de la première de Don Giovanni oh j'ai oublié l'ouverture et c'est dans la nuit que Mozart écrit l'ouverture voilà et donc cette contradiction j'y reviens parce que je vais l'illustrer maintenant entre l'effort de rationalisation qui caractérise l'Aufklärung le siècle de lumière et la réaction
29:07 contre cet effort réaction que je résume dans la catégorie de l'escapisme que je vous propose ici s'évader escape comme on dit en italien et l'escapisme romantique cette contradiction va se retrouver dans la préface au travers de deux philosophies qui deux philosophes plus précisément qui étaient un petit peu les références incontournables de l'époque Fichte d'une part et Schelling de l'autre vous allez voir que de nombreux passages de la préface vous m'entendrez un petit peu un petit peu au hasard on essaie de retrouver ces deux références voilà plutôt je peux le clé d'ailleurs pardon
Lénine, Platon, les traductions : la difficulté de Hegel
30:24 oui je vais quand même vous donner au bout de la traduction nous avons affaire à un philosophe qui est réputé pour sa difficulté il y a un exemple auquel je tiens beaucoup c'est de ceux qui se sont affrontés avec beaucoup de courage et beaucoup de résultats positifs à cette difficulté je pense à Lénine Lénine doit prendre la poudre d'escampette traquée par les polices du tsar en 1915 il se réfugie en Suisse pas très loin de Zurich puis de Lucerne et donc pour une fois là il est coincé qu'on ne peut plus militer il ne peut plus agir et donc bien sûr il en profite pour opérer ce grand détour théorique dont on sait depuis le passage célèbre de la république de Platon sans lequel il n'y a pas de philosophie sérieuse c'est à dire que je fais ici moi-même une parenthèse depuis Platon on doit savoir que toute philosophie commence par un échec politique que ce soit conscient
31:34 chez le philosophe ou pas ne change rien à l'affaire dans la on a conservé de Platon sept lettres il n'y a pas beaucoup de correspondances qui remontent à l'antiquité mais il y avait déjà un tel culte des œuvres de Platon à l'époque heureusement il y a eu plusieurs copies et il nous est parvenu au moins sept lettres et la fameuse septième lettre dans laquelle Platon raconte ses déboires politiques comment il a été appelé par Denys tyran de Syracuse ça voulait dire souverain de Syracuse à ce moment-là tout simplement en Sicile comme conseiller un peu comme Frédéric de Prusse avait appelé Voltaire et comme Catherine de Russie avait appelé Diderot Christine de Suède avait appelé Descartes c'est l'époque où les lumières françaises servaient de conseiller technique à toute l'Europe politique et là ça avait été le cas Denys avait dit à Platon moi je gouverne la Sicile je vais pouvoir mettre tes idées en œuvre le rêve de l'intellectuel et vous savez comment ça se terminait au bout de deux ou trois conseils quand Denys a vu que ça changeait toute sa vie ce que disait Platon il l'a fait arrêter il l'a vendu comme esclave et heureusement que Platon avait quelque relation à Athènes un petit peu d'argent
32:44 on a réussi à le racheter vous voyez et c'est suite à cet échec politique qu'il a fondé l'académie vous savez quand on dit académique au sens péjoratif ça me surprend toujours un peu ça a des lettres de noblesse la première académie et Platon dans cette lettre dit cette fameuse phrase alors que mes yeux restaient rivés sur le politique j'ai été comme contraint de me détourner vers la philosophie j'insiste là-dessus parce que souvent on oppose les philosophes un peu les intellectuels des rêveurs des abstraits il y a l'homme d'action pardon c'est-à-dire Platon est le premier à dire que s'il a fait de la philosophie c'est parce qu'il n'a pas pu politiquement aller jusqu'au bout et quand il dit j'ai été contraint de me tourner vers la philosophie il dit en grec ananké ceux qui ont fait un peu de grec c'est presque une damnation dans le mot grec l'ananké c'est presque une malédiction d'être contraint ce petit détour terminé j'en profite pour ce qui est des traductions que vous avez à votre disposition aujourd'hui par vous montrer je vais prendre comme échantillon de différentes traductions
33:54 possibles du texte égélien la première phrase de la préface de la phénoménologie chez trois traducteurs différents vous voyez je prends celle d'Hippolyte donc celle qui a été celle qu'on ne trouve plus alors qu'elle a formé à peu près tout ce qui les 9-10e des commentaires hegeliens en France depuis l'immédiat avant-guerre disons la première phrase est celle-ci donc la première phrase de Hegel traduite par Hippolyte dans la préface qui précède son ouvrage un auteur explique habituellement le but qu'il s'est proposé l'occasion qu'il a conduit à écrire les relations qu'à son avis son œuvre soutient avec les tétés les traités précédents ou contemporains sur le même sujet dans le cadre d'une œuvre philosophique un pareil éclaircissement paraît non seulement superflu mais encore impropre et inadapté à la nature de la recherche philosophique je passe à la traduction beaucoup plus récente de Jean-Pierre Lefebvre ce sont tous des efforts remarquables mais tout de même cette première phrase devient ceci les explications qu'on a coutume de donner dans une préface en tête d'un ouvrage pour éclairer les fins que l'auteur s'y a proposé là on sent déjà quelqu'un qui essaie d'imiter la syntaxe allemande
35:05 avec le verbe qui est rejeté à la fin c'est un peu plus difficile les motivations qui sont les siennes et le rapport que cet ouvrage entretient selon lui avec les autres traités antérieurs ou contemporains qui portent ce même objet tiré semble non seulement superflu s'agissant d'un ouvrage de philosophie mais même compte tenu de la nature de la chose inadéquate et contraire au but poursuivi c'est déjà bien différent mais enfin on retrouve la même trame et ça reste encore quelque peu plus compréhensible quand j'arrive à celle-là même phrase quand j'arrive à celle-là je lis ceci c'est qui ?
35:37 alors c'est la préface de là je venais de citer là c'est « Jarczyk et Labarrière » qui en traduit aussi la grande logique Pierre-Jean Labarrière et la première phrase donne ceci je vais voir que ça ne se simplifie pas une explication telle que d'un écrit dans une préface elle se trouve avancée selon l'habitude à propos de la fin que l'auteur s'y est proposée comme aussi à propos des motivations et de la relation où il croit qu'il entre crochets Hegel cet écrit comme si on n'avait pas compris bien sûr il cet écrit se tient par rapport au traitement des autres antérieurs ou contemporains de ce même objet paraît être en ce qui concerne un écrit philosophique non seulement superflu c'est le seul mot qui est commun au 3 mais même en raison de la nature de la chose impropre et à contrefin on n'utilise pas souvent l'expression à contrefin en français déjà vous voyez on dit que Hegel est difficile mais il ne faut pas en rajouter avec les traductions non plus voilà tu as fini ton détour sur Lénine tu l'as commencé mais je crois que tu as parti sur un détour non non non je n'ai pas du tout fini mais tu connais ma manière de procéder c'est un peu en spirale je t'ai la montrée ces trois directions parce que Lénine Lénine texte de Lénine
36:47 lui-même il est russophone d'ailleurs dans ses annotations il utilise aussi bien l'allemand que le français il est fascinant de lire cette lecture d'une lecture c'est à dire quand on lit ce texte de lénine dans les fameux cahiers philosophiques on voit lénine découvrant un philosophe dont il se méfie il a appris dans la marxologie courante vulgaire c'est pas moi qui dis vulgaire c'est lui parce que c'est Réalisé Lénine qui va comprendre que tout le monde s'est planté à la lecture de Marx faute d'avoir bien lu Hegel et c'est l'inverse d'Althusser et Lénine au fur et à mesure qu'il avance sa lecture voit tout d'un coup que toutes les représentations qu'il avait oui Hegel bon c'est un peu mieux que la moyenne des philosophes bourgeois je restitue un petit peu ici la vulgate marxologique de l'époque marxographique la doxographie marxiste un peu mieux bon c'est bien parce qu'il y avait quand même la dialectique tout ça il parle des fois du travail maître et l'esclave ça c'est pas mal mais enfin c'est pris dans une gangue mystique religieuse il aborde Hegel encore comme des écoliers de maintenant avec cette image là et en mesure qu'il avance il est bluffé dirait les jeunes d'aujourd'hui n'est-ce pas par la pertinence marxienne de Hegel
37:59 et c'est la citation de Lénine par laquelle je veux finir ce petit détour par Vladimir Ilitch c'est à propos de la difficulté du texte de Hegel à un moment donné il met en note c'est comique mais tout de même il dit ces passages devraient s'appeler meilleur moyen d'attraper la migraine vous voyez pour dire que c'est pas d'aujourd'hui qu'on sait que Hegel est difficile et bien si je m'attarde sur la difficulté de Hegel c'est que pour vous faire comprendre à quel point c'est un paradoxe de parler de la difficulté de Hegel alors que le but qui se propose j'ai commencé par là tout à l'heure est un but didactique et pédagogique donc en principe et c'est lui-même qui le dit j'ai voulu faire descendre la conscience philosophique à la conscience commune et élever la conscience commune à la conscience philosophique bref prendre exemple sur ce nouveau genre littéraire vous voyez comme on revient à la fusion du poétique et du philosophique qui a été inaugurée par l'Émile de Rousseau où on suit un individu de ses tout débuts jusqu'à l'accomplissement de sa maturité en étant attentif aux différentes étapes
39:09 ou épreuves qu'il est amené à traverser qui va se prolonger avec un ouvrage moins connu hélas peu lu en France je pense à un ouvrage de Goethe tout le monde connaît le Faust de Goethe mais ou quelques-uns de ses poèmes et quelques-unes de ses pièces mais il y a son dernier roman qui a sans doute son chef d'oeuvre qui s'appelle Les années d'apprentissage de Wilhelm Meister c'est exactement ce qu'on appelle un Bildungsroman où on suit le c'était l'intention de Goethe ce n'est pas moi qui le qualifie comme ça le petit bourgeois allemand depuis son enfance jusqu'à sa maturité et ça se poursuit encore au-delà quand vous voyez l'éducation sentimentale de Flaubert c'est aussi un Bildungs roman un roman qui montre toutes les étapes que doit parcourir le jeune de la génération romantique jusqu'à l'amère lucidité de sa maturité amère savoir celui qu'on tire du voyage comme disait Baudelaire donc paradoxe, comment une pensée qui s'est voulue justement rompre avec la génialité confuse de quelques-uns de ses contemporains pour se concentrer sur une visée didactique
Éloge de l'exotérique contre le prestige du mystère
40:23 nous apparaît-elle au contraire comme la plus difficile et apparemment la plus ésotérique des philosophies. Pourtant, oui, je vous lis ceci. Ah, parce que je me suis planté. Attends, je vais vous laisser un petit peu. Voilà.
40:54 C'est ce qui est, c'est dans la préface, la page 14 de l'édition Aubier, c'est-à-dire de la traduction d'Hyppolite. C'est ce qui est parfaitement déterminé, qui est en même temps exotérique, le contraire d'ésotérique. Donc, communicable, publiable, transmissible. C'est ce qui est parfaitement déterminé, qui est en même temps exotérique, concevable et capable d'être enseigné à tous et d'être la propriété de tous. La forme intelligible de la science est la voie de la science. La voie, quand il dit la science, c'est le savoir en général par opposition à l'opinion, c'est pas seulement les sciences dures, ça les inclut, mais ça ne s'y réduit pas.
41:27 Donc, la forme intelligible de la science est la voie de la science, voie ouverte à tous et égale pour tous. Parvenir au savoir rationnel au moyen de l'entendement, c'est là la juste exigence de la conscience qui aborde la science car l'entendement est la pensée, le pur moi en général et l'intelligible de ce qui est déjà connu, l'élément commun de la science et de la conscience pré-scientifique qui peut ainsi s'ouvrir immédiatement un passage vers la science. Vous voyez, l'intention est un peu plus claire. Il y a une éloge de l'exotérique contre ces...
41:59 parce que, à l'époque du romantique, il y a un prestige du mystère, de l'ésotérique, du mystère, de ce qui est voilé. On retrouve ça encore jusqu'à la conception de la vérité chez Heidegger. Ceux qui sont familiarisés avec la pensée d'Heidegger se souviennent de toutes ces pages où il parle de l'aléthéia, parce que le terme grec pourrait dire la vérité, n'est-ce pas ? Lêthê dans le voile, la vérité serait le dévoilement, n'est-ce pas ? Mais Heidegger, nous fait comprendre tout le temps qu'on ne dévoile qu'en recouvrant, on n'éclaire qu'en obscurcissant.
42:31 Bref, si ce n'était pas confus avant, ça le devient après. Donc là, il y a une éloge, au contraire, de ce qui est clair, de ce qui est communicable, de ce qui est transmissible, puis il insiste deux fois, ce qui est voie ouverte à tous et égale pour tous. Il y a des effets de la révolution française dans la pensée allemande, n'est-ce pas ? Les effets du contrat social, si vous préférez. Et donc, Hegel a très vite compris que les pensées, je ne dis pas les textes poétiques, on peut faire un usage merveilleux du mystère littéraire et poétique.
43:03 Par contre, dans la recherche du savoir, qui est un peu l'étymologie du terme de philosophie, tout de même, dans la quête du savoir ou dans l'amour du savoir, pour prendre l'étymologie exacte, mais qui aiment chaque recherche, n'est-ce pas, ça revient au même, dans cette quête, Hegel a bien vu que la pensée qui croit lier le vrai et le magique et l'irrationnel est une pensée pauvre, fruste. C'est à l'époque, on ne savait pas grand-chose, que les rois avaient chacun leur magicien, leur astrologue, précisément, parce qu'il n'y avait pas grand-chose à partager, et que dans une économie de pénurie, c'est une métaphore que je prends, ce savoir fruste ressemble à une économie de pénurie, dans une économie de pénurie, on croit toujours qu'il n'y aura pas assez pour tout le monde, donc on cache.
43:48 Le vrai savoir est généreux, et même au pire de la guerre froide, pour prendre l'exemple exactement inverse, au pire de la guerre froide, même dans les années 70, les américains et les soviétiques ne se cachaient pas dans des revues fondamentales leurs trouvailles, je parle de recherche fondamentale, bien sûr, les résultats de leurs recherches fondamentales respectives en physique, en chimie, ils étaient publiés dans tous les ouvrages disponibles à chacun, bien sûr, ils n'allaient pas dévoiler tel passage qui a un débouché pratique sur telle technologie militaire, mais par contre, la recherche fondamentale elle-même, celle qui trouvera des applications peut-être dans trois générations, je dirais qu'ils avaient très bien compris que ce serait un retard pour chacun que de cacher précisément, que de rendre mystérieux ce qui doit être clair.
Le pédagogique, antichambre du politique : humaniser l'animal
44:32 Donc, important cette triade, contenu clair, donc transmissible, donc communicable, et donc ayant une portée politique. On voit que le didactique est ici l'antichambre du politique, le pédagogique comme antichambre du politique est une idée qui remonte à la Renaissance. N'oubliez pas que les Lumières, le siècle des Lumières, puisque chaque siècle a un numéro, 17e, 16e, 18e, c'est un peu abstrait, ça ne dit pas grand-chose sur le contenu, mais aussi un surnom qui est un peu plus explicite.
45:03 La Renaissance pour le 16e siècle, le siècle du Roi-Soleil ou le siècle du classicisme ou le Grand siècle pour le 17e, les Lumières pour le 18e, et donc je dis que les Lumières reprennent un petit peu la Renaissance. Ici, j'essaie de vous représenter un petit peu dans votre écran intérieur une espèce de schéma où on verrait un processus qui part du Moyen-Âge et qui, mettons, la Révolution française pour l'encadrer à peu près dans une séquence chronologique qui tient à peu près debout.
45:35 Et quand on examine cette séquence, on voit que le 16e siècle, donc la Renaissance, a été avant tout un siècle de remise en question. Un prodigieux travail de remise en question de quoi, non pas du siècle précédent, mais du millénaire précédent. Le Moyen-Âge, ce n'est pas un siècle. On passe un peu vite dessus, mais tout de même, je veux dire, de la fin de l'Empire romain jusqu'aux découvertes des Amériques ou la invention de l'imprimerie, comme on voudra, tout ça est un peu contemporain, je veux dire, c'est plusieurs siècles qui se succèdent.
46:09 Et donc, c'est tout le mérite de la Renaissance et du 16e d'avoir fait, d'apporter d'énormes de coups de boutoir, disons, aux habitudes qui s'étaient accumulés pendant cette période-là, tout en en conservant le meilleur, je m'explique. Au moment du Moyen-Âge, le rapport essentiel, culturel, est un rapport vertical de l'homme à Dieu. C'est la période religieuse par excellence. Ce rapport, cette relation de l'homme à Dieu, s'appelle religion. À partir de la Renaissance, je pense à un écrivain comme Machiavel, comme typique de la Renaissance, et dont Hegel est le premier lecteur moderne, Hegel est le premier qui va avoir une lecture qui réhabilite Machiavel.
46:48 Quand on lit Machiavel, on voit bien que le... ou Rabelais, ou Érasme, on voit bien que la relation essentielle n'est pas la relation verticale de l'homme à Dieu, mais de l'homme à l'homme. La relation politique, cette fois, et non plus religieuse. Et ce n'est pas un hasard, je suis toujours en train d'illustrer ma relation entre le pédagogique comme anti-chambre de politique. Eh bien, regardez bien, Rabelais, les temps forts de Gargantua et de Pantagruel, ce sont l'éducation. Il consacre des centaines de pages à la nouvelle éducation que doit subir Gargantua pour ne plus être un homme du Moyen-Âge, pour ne plus, docteur, ne manger que des viandes, etc., mais pour ajouter des légumes.
47:26 On voit qu'il avait fait ses études à Montpellier, Rabelais. Montaigne, n'en parlons pas, on connaît bien l'importance de l'éducation chez lui. Et donc, ce n'est pas un hasard. Ces intellectuels-là savaient bien qu'en formant l'enfant, on forme le futur citoyen. C'est là que la médiation entre pédagogique et politique. Former l'enfant, ce n'est pas seulement une attitude psychologique, ce n'est pas... je cherche le terme dans le monde animal, ce n'est pas l'entraînement que dans le monde animal les parents donnent à leurs petits.
48:01 Ce n'est pas pour qu'ils puissent reproduire en définitive pendant les millénaires la même vie. C'est exactement l'inverse. Dans le cas humain, c'est pour que l'enfant aille plus loin que ce qu'on a fait. La manière dont les abeilles communiquent entre elles, qui a été très bien étudiée, n'est-ce pas, par Frisch, et avec leur fameuse danse, etc., qui indique à la fois où se trouve la nourriture. Par qui ? Frisch, Frisch, qui a beaucoup étudié. F. R. I. E. S. Et un ouvrage célèbre qui donne à la fois la direction et même la distance selon la fréquence, la danse en forme de huit que font les abeilles.
48:32 N'empêche que cette communication des abeilles, on verra plus tard pourquoi ce n'est pas un langage, c'est une communication extrêmement sophistiquée, mais ce n'est pas un langage, facilement parce qu'il n'y a pas de métaphore. Les abeilles, depuis les abeilles d'un million d'années et celles de maintenant ont le même mode de communication. Il n'y a pas de progrès, il n'y a pas d'évolution et les abeilles du Japon ou les autres ont le même mode de communication alors qu'à la langue japonaise et à la française, ce n'est pas la même. On n'est pas dans le même monde. Donc, l'éducation des enfants, ce n'est pas seulement l'éducation d'un petit animal pour qu'il devienne un grand animal adulte.
49:06 Il s'agit d'humaniser un animal, ce qui n'est pas du tout pareil, de faire devenir homme un animal. Et, un passage ici, on ne peut pas même pas penser à ce que je viens de dire. voilà.
49:36 Hegel est en train de soulever un problème assez difficile de la philosophie, le problème de la médiation. Je ne vous le passe, on aura tellement de besoin d'y revenir. Mais enfin, on méconnaît donc la raison quand la réflexion exclut du vrai, parce que les romantiques excluaient la réflexion du vrai. Dans l'absolu, il n'y a ni réflexion, ni pensée, ni médiation, tout est un immédiat. Bon, il ironise un peu là-dessus. On méconnaît donc la raison quand la réflexion exclut du vrai n'est pas conçue comme moment positif de l'absolu. Chez Hegel, la réflexion est un moment positif de l'absolu. C'est la réflexion qui élève le vrai à un résultat et c'est elle aussi qui supprime cette opposition qui existait entre le vrai et son devenir.
50:13 Et là, vous me direz quel rapport avec ce que je disais sur l'homme et l'animal. Vous allez voir. Si l'embryon est bien en soi homme, le foetus, l'embryon, s'il est bien en soi, c'est souligné, homme, il ne l'est pas cependant pour soi. Pour soi, il l'est seulement homme comme raison cultivée et développée qui s'est faite elle-même ce qu'elle est en soi. Hegel, anticipant ici sur les travaux de Lucien Malson sur les enfants sauvages, grand jazzologue et spécialiste des enfants sauvages, sociologue aussi, anthropologue, Lucien Malson.
50:45 C'était un ouvrage qui était très répandu dans les années 70, en 10/18, je ne sais pas s'il est encore disponible, il faudra vérifier, mais c'est un peu un classique dans ce domaine. Les enfants sauvages, les Mowgli, enfants loups, enfants ours, enfants cochons en Pologne, les films de Truffaut. Pardon ? Les films de Truffaut. Voilà, qui s'est inspiré, c'est lui, il s'est inspiré de Victor, je crois, l'enfant sauvage de l'Aveyron. Et tous les exemples d'enfants sauvages confirment bien ce que dit Hegel, s'il n'y a pas une intervention humaine, il y a des lésions irréversibles qui s'opèrent dans le cerveau. Ça n'a pas appris le langage à une certaine date, on ne peut plus l'apprendre après.
51:17 Et les enfants sauvages qui ont été recueillis chez des hommes, aux Indes en particulier, parce qu'il y a un peu plus fréquent là-bas, mais il y en a partout. C'est un peu plus fréquent là-bas. Je crois qu'il y a 600 enfants par an qui meurent dévorés par les hyènes ou les loups dans les villages de l'Inde. Ce qui est frappant, c'est qu'on a pu à la rigueur leur mettre des vêtements dessus, je ne sais pas quoi, les pauvres gosses, et les faire marcher à peu près debout, ils n'ont plus à quatre pattes, mais ce qu'on n'a jamais pu, c'est les faire parler. Et quand on le voit, ce n'est pas vous que je vais apprendre ça à nous, modernes, et postérieurs aux années 60, et là, l'importance que la linguistique a de ce moment-là au cœur des sciences humaines, quand on voit l'importance du langage dans la pensée, vous imaginez bien qu'il y a encore loin de ce que Hegel appelle ce qui est en soi homme, l'embryon, il est en soi, pour les discussions sur l'avortement, ça aurait été intéressant, mais il ne l'est pas pour soi.
52:07 Or, une chose n'est ce qu'elle est que lorsqu'elle est en et pour soi, c'est un vocabulaire qui revient tout le temps chez Hegel. Je rappelle cette phrase qui est très moderne pour l'époque, si l'embryon est bien en soi homme, il ne l'est pas cependant pour soi. Pour soi, il est seulement comme raison cultivée et développée qui s'est faite elle-même ce qu'elle est en soi. C'est tout le travail de l'être humain de reconquérir par lui-même ce qui est l'acquis, un acquis, plus ou moins, millénaire, des travaux manuels et intellectuels accomplis par ses frères humains depuis les origines.
52:37 Voilà. J'ai fait un petit peu comme ça un tour des difficultés préalables auxquelles nous avons heurté. Un texte réputé pour être parmi les plus difficiles de l'histoire de la pensée publiée et pourtant, un paradoxe qui se veut essentiellement pédagogique et exotérique. Et pour ne pas multiplier les difficultés, je voudrais savoir et je voudrais interrompre un petit peu mon propos un instant et recueillir quelques questions pour voir s'il y a...
La Logique et la Phénoménologie
53:07 Je ne voudrais pas laisser trop de zones d'obscurité derrière nous et si j'étais un petit peu elliptique, évasif ou allusif sur certains points, je serais ravi d'y revenir avec vous. Est-ce qu'il y a des questions par rapport au préalable que je viens de remuer ? Oui, Antoine ? Je vais demander la science de la logique, ce n'est pas l'œuvre majeure, non ? Commencez par la fin de l'ombre. L'œuvre majeure, c'est un jugement de valeur. Je me suis bien de poser la question, mais c'est un jugement de valeur.
53:37 Donc, on peut considérer... Un tel considérera que l'œuvre majeure de Mozart, c'est Don Giovanni, et l'autre dira donc La Flûte enchantée. Après tout, c'est un jugement de valeur. Premièrement, attention à ces mots-là. Non pas qu'ils ne sont pas beaux, mais attention, on ne peut pas les prendre sans prévention. Deuxièmement, si on avait posé la question à Hegel, ta question à Hegel, je crois qu'il aurait répondu oui. Il aurait répondu oui. Oui. C'est la grande logique, on dit la grande logique pour ne pas la confondre avec la petite logique qui est incluse dans l'encyclopédie plus tard.
54:08 La Wissenschaft der Logik, la science de la logique, l'ordre de volume, qui succède immédiatement à la phénoménologie dans l'histoire des publications de Hegel. Je vous ai dit tout à l'heure que ce qu'on croit être les œuvres de Hegel et les œuvres de... sont en fait ces cours de Berlin, et ce sont les notes de ces étudiants qu'on a recueillis comme on a pu... Bon, c'est des étudiants qui s'est ébuchés, mais tout de même, ce ne sont pas les œuvres de première main du maître, si vous voulez, et par contre, de sa propre initiative, donc, sans être...
54:40 avant qu'il soit prof, avant d'être en carrière, donc, avant de se méfier de la censure, il y a ces publications, dont très rapidement, une de jeunesse, avant la phénoménologie, mais très rapidement, la différence des systèmes de Fichte et de Schelling, ce sont les premiers ouvrages de la différence des systèmes de Fichte et de Schelling, Foi et Savoir, c'est bon, les problèmes de l'époque, ça, puis la phénoménologie, en 1807, précisément, et enfin, dès 1909, la grande logique. Au-delà, ce ne seront que des cours dont il dit lui-même, égale que c'est juste un repère, ce qui compte, c'est ce qu'il va dire dans l'amphithéâtre, et les notes ne servant que de points de repère à son discours, c'est une manière de se garder une marge de manœuvre et de faire circuler des choses qui n'étaient valables oralement entre lui et ses auditeurs et qui ne sont jamais donc tombés sous les ciseaux de la censure puisqu'ils n'ont pas été publiés.
55:35 Donc, je réponds à ta question, la grande logique, sans doute l'effort le plus colossal qu'un philosophe ait jamais fait pour expliciter le développement du concept, pour parler en termes hégélien, donc, c'est l'œuvre, disons, la plus exhaustive, moi je répondrais. Il y a moins de jugement de valeur que dans l'œuvre majeure. C'est l'œuvre la plus exhaustive, d'accord, la plus complète. Il n'y a pas une seule problématique qui soit écartée dans la grande logique. Mais, les commentateurs de Hegel s'accordent à dire que la phénoménologie, donc l'œuvre immédiatement antérieure, est la plus géniale.
56:12 Là aussi, c'est un jugement de valeur. D'accord ? Et c'est, en tout cas, la plus fascinante puisqu'elle sert justement de médiation dans tous les sens. Il est au milieu de sa vie quand il écrit ça, médium, au milieu de sa vie et en même temps, une médiation, puisque comme j'ai été un peu long pour dire, j'espère que ça commence à devenir clair, c'est une œuvre qui a une visée, encore une fois, propédeutique, pédagogique, didactique. Donc, c'est déjà une médiation. Une œuvre qui doit servir de médiation entre la complexité du savoir et le stade de l'opinion.
56:50 Nous sommes tous au départ. Nous nous trouvons tous au départ. Donc, c'est une œuvre médiatrice entre toutes à tout point de vue et surtout, l'œuvre par laquelle, et ça, Hegel ne cessera de le dire après, ça, ça répond bien à ta question, chaque fois qu'il reviendra à la phénoménologie dans ses œuvres ultérieures, c'est pour dire, bon, ça, je n'ai pas à le démontrer car je l'ai fait dans la phénoménologie. C'est l'œuvre qui contient les démonstrations de ce qui est ailleurs exposé seulement comme résultat brut. C'est un peu comme si on avait un théorème en mathématiques qu'on utilise comme ça, mécaniquement, sans pouvoir le démontrer.
57:21 Le résultat brut. Donc, voilà, oui, la logique de Hegel est sans doute qui n'est pas au centre de notre propos aujourd'hui. Mais, ta question est intéressante parce que Hegel n'a jamais cessé de penser à la logique pendant qu'il rédigeait la phénoménologie. C'est intéressant, c'est intéressant à savoir. Et il s'est dit, c'est tout ce qui fait l'essence du projet de cette œuvre si particulière, il faut une introduction au système du savoir. La logique est la première publication de ce qu'il appelle le système du savoir. Regardez bien le titre complet, ça c'est étonnant quand même.
57:52 Le titre complet, c'est système du savoir, de la phénoménologie, sous titre, première partie, phénoménologie de l'esprit, deux-points, science de l'expérience de la conscience. quand même. Ça veut dire que le système du savoir, c'est l'ensemble des publications hegeliennes jusqu'à la fin de sa vie. C'est le savoir, on va le voir, après quand on va rentrer dans le vif du texte, c'est le savoir conçu comme système. Vous voyez qu'on est à l'opposé de la mode contemporaine qui dit que ce qui est profond, c'est le fragment isolé, l'aphorisme, la pensée isolée, parcellaire, scotomisé, et on aurait plus de profondeur dans cette phrase de Nietzsche de milliers de milliers de milliers de milliers que dans 15 volumes de Hegel, c'est très à la mode.
58:34 Donc, en tout cas, je ne sais pas si c'est vrai, mais en tout cas, c'est moins fatigant. Tu peux en dire ta phrase de Nietzsche, là ? Laquelle ? Est-ce que tu viens de dire Nietzsche ? Non, je ne veux dire rien. Je pense qu'il y a plus de génialité dans un aphorisme de Nietzsche de milliers de milliers de milliers que dans 20 volumes d'efforts patients de Hegel pour travailler des concepts. Ça arrange les paresseux, ce qui n'est pas le cas de Nietzsche. Il n'est pas le paresseux. Et il ne faut pas confondre le bon Dieu et ses saints. Pardon ? Oui, je vous en prie, monsieur. Oui, non, peut-être que c'est un peu non développé, mais je voudrais que vous reveniez un peu sur la différence que Hegel fait entre entendement et raison.
Kant, les facultés et la question socratique
59:09 Ce que vous avez montré, si j'ai bien compris, que Hegel réhabilite l'entendement. Ah oui, je remercie cette question. Non seulement il le réhabilite, mais c'est dans cette œuvre qu'il exprime cette réhabilitation qui apparaît comme un scandale à l'époque romantique. Réhabiliter l'entendement à l'époque romantique, c'est la provocation. C'est l'intelligence au sens le plus sec, le plus abstrait, l'entendement. Mais non, ce que je suis en train de dire risque d'être obscur si je ne reviens pas au début de votre question, c'est-à-dire la distinction entendement-raison. Ce n'est pas Hegel qui l'opère, c'est Kant qui a eu le mérite de l'opérer pour toute l'histoire de la pensée tout de même.
59:41 Parce que dans le langage courant, quand on dit raison, on mélange un peu tout ça. On oppose le rationnel, l'intuitif ou le poétique alors qu'à ce moment-là, on devrait parler de l'entendement. Donc, explicitons tout ça. Kant se présente souvent comme une philosophie des facultés pour aller vite. Et Kant passe son temps à essayer de trouver un compromis entre ces trois facultés que sont pour nous, je le cite, la sensibilité dans l'ordre, l'entendement et la raison. Chacun a sa fonction propre pour aboutir à une connaissance, bien sûr.
1:00:13 Alors, la sensibilité, première étape, je résume Kant à coups de cognée, je suis désolé, ça mérite mieux, mais on aura beaucoup d'occasion de revenir à Kant à travers Hegel. La sensibilité, c'est la première des fonctions, donc celle qui est au front, si je puis dire, au feu, comme vous voudrez. C'est celle qui reçoit, pour la perception, ce que Kant appelle le divers de la perception. Il faut bien qu'il y ait une faculté pour le recevoir. Ça, c'est la sensibilité, les sens, les plus moins sens.
1:00:43 Mais enfin, cet afflux de sensations, telles que, avec laquelle une fourmi peut être en contact, une fourmi n'a toutes les sensations qu'on voudra, n'est pas suffisante pour produire ce qu'on appelle des concepts. Ça, c'est la deuxième étape. Autant la sensibilité est faite d'intuition, au sens kantien, pas du tout au sens que maintenant, il y aura de l'intuition qu'eux, au sens très précis de voir, entendre, toucher. Le vieux sens, c'est vrai, qui est intueri. Donc, autant la sensibilité a pour outil essentiel l'intuition, autant l'entendement, deuxième étape, lui, sur ces intuitions, il doit maintenant les subsumer sous un concept.
1:01:23 L'entendement, c'est la faculté des concepts. C'est-à-dire, je vois ceci, je vois cela, et bien, je dois les rassembler sur le concept d'arbre. Ce n'est pas toujours évident. Entre un Téckel et un Saint-Bernard, le concept de chien n'est pas évident à élaborer. Oui, mais on n'y pense jamais. Alors, on va dire, je faisais souvent ces exercices avec mes élèves, tenez, parce que mes élèves croient toujours qu'une philosophie, on va parler enfin de choses profondes, je ne sais pas moi, de Dieu, de l'esprit, de l'âme, de la mort. Je leur dis, bien sûr, les élèves commencent par dire, une table, c'est un truc en bois, carré ou rectangulaire, reposant sur quatre pieds.
1:02:02 Vous n'avez jamais vu des tables rondes ? Ah oui, c'est vrai. Ce n'est pas la forme qui fait la table. Elle peut être carré, rectangulaire, merde. Mais elle est en bois. Vous n'avez jamais vu des tables en fer, en pierre, en or, chez le ministre, pourquoi pas ? En papier, quand c'est des tables de multiplication. Alors, c'est bien embêtant, parce que la forme n'y est plus, la matière n'y est plus. On savait ce que c'était que la table. Et on vérifie, phrase de Hegel qui se trouve dans la préface de la Phénoménologie, que ce qui est bien connu, parce qu'il est bien connu, n'est pas connu.
1:02:35 Ça, ce n'est pas propre à Hegel, on le sait, depuis le début de la philosophie, depuis les questions de Socrate, que ce qu'on croyait être bien familier et bien connaître, c'est ce qu'on connaît le moins, c'est au qu'on est le plus habitué. Vous savez, quand on habite près du Niagara, on ne l'entend plus. Et quand on ne supporte pas l'atmosphère sur les épaules, on ne s'aperçoit plus que l'atmosphère a un poids. Sauf que quand on va en plongée, ce qu'on m'a dit. Donc, méfions-nous de ce qui semble évident parce qu'il est bien connu que... C'est là qu'il faut bien vérifier que ce soit du bien connu, parce que, je répète la formule de Hegel, ce qui est bien connu parce qu'il est bien connu n'est pas connu.
1:03:09 J'ai le mot, bien sûr, sur l'expression il est bien connu, il est bien évident que... Donc, voilà, l'entendement, et donc, je réponds à votre question précisément, c'est la faculté qui va rassembler cette multiplicité qu'apporte la sensibilité, qui va les unifier sous un concept. Je prends le Teckel, l'épagneul, le Basset, le Saint-Bernard et je fais le concept de chien ou le concept d'arbre. Ça a l'air simple, vous savez, mais la difficulté, dans tous les cas, et Kant insiste bien là-dessus, c'est que jamais un arbre n'ouvrira sa poitrine pour dire ça y est, tu peux m'appeler un arbre.
1:03:41 Voilà, je marque arbre au-dessus. Les objets qui nous entourent, surtout ceux de la nature, ne sont pas responsables de la manière dont on les nomme. Le langage est une affaire d'homme. Il ne faut pas demander à l'arbre de répondre s'il est bien un arbre ou pas. Et c'est, je m'étends un peu sur ce point-là, ce qui est important pour rendre intelligible un principal effort de Hegel, un principal effort d'intellection, ce qu'il appelle le concept. quand on voit l'attitude de l'astrologue de l'Antiquité, je dis que l'astrologue et non pas astronome, celui qui montait sur des ziggourates, comme on disait en Mésopotamie, pensant naïvement, n'est-ce pas, qu'en étant à 40 mètres de hauteur, on verrait les étoiles avec plus de précision.
1:04:26 Bon, si vous regardez bien, il y a ici une relation binaire entre l'astrologue et son objet, le soleil, l'étoile, la lune, peu importe. Donc, monologue, je peux me poser la question qu'est-ce que le soleil, qu'est-ce que la lune, etc. Il n'y a que moi qui parle, ce n'est pas la lune qui va me répondre je suis, non, je ne suis pas une étoile, je suis une planète. La lune ne peut pas répondre. Par contre, au pied du ziggourate, il peut y avoir un petit ventru barbu qui s'appelle Socrate et qui ne va pas s'adresser, lui, à l'être qui ne parle pas, c'est-à-dire à la lune, au soleil, bref, à l'être naturel, mais qui va se tourner vers l'astrologue en disant qu'appelles-tu le soleil ?
1:05:07 Ça, c'est la question par laquelle commence la philosophie. Qu'appelles-tu et non pas qu'est-ce que c'est ? Quand on dit qu'est-ce que c'est, l'être est déjà donné. On n'est pas sûr, on doit parler de choses que ça existe. Il faut d'abord savoir ce qu'on appelle et donc, dès l'instant que Socrate dit du bas du ziggourate à l'astrologue qu'appelles-tu soleil, après, on verra s'il existe ou pas selon la manière dont tu le définis, dont tu l'as appelé. Je rappelle ici le moment essentiel quand même de l'effort platonicien. À ce moment-là, nous ne sommes plus dans le monologue, on est dans le dialogue.
1:05:38 Car le petit bonhomme ventru, barbu, s'adresse à quelqu'un qui parle et qui peut lui répondre et on peut se corriger mutuellement les réponses. Je prolonge ma réponse parce que vous soulevez un nœud essentiel entre entendement et raison. Dans le Gorgias de Platon, qui est son ouvrage, sans doute son chef-d'œuvre politique et un des ouvrages plus tendus en tension, comme on parle d'une tension dans un débat qu'on est au bord de la baston, comme dirait le jeune, en particulier dans le dialogue entre Socrate et Calliclès, des premières représentations du futur petit Nazillon saisissante chez Platon.
1:06:18 Calliclès, laissons-nous au début de son dialogue, le prétexte du dialogue c'est qu'est-ce que l'art oratoire ? C'est-à-dire qu'il y a toujours un prétexte au début du dialogue de Platon et là, le sujet du Gorgias est censé être qu'est-ce que la rhétorique, qu'est-ce que l'art oratoire ? Alors, il s'adresse bien sûr à des spécialistes, comme toujours, à Gorgias, qui est un content corinthe, c'était bien connu, qui faisait payer très cher ses cours sur comment convaincre une foule comme ça pour la mettre avec soi et pour avoir le pouvoir de la citer. On appellera ça aujourd'hui les médias, les conseillers en communication ou les boîtes de, je ne sais rien, les boîtes de com, le Gorgias, c'est le Gorgias de l'époque.
1:06:55 Le moderne, le sophiste. Voilà, tout à fait. Et, je ne développe pas parce que justement ça va être précisé par Platon après, l'autre lui répond, l'art oratoire, c'est l'art de persuader. Très bien, lui dit Socrate, vous voyez, là, j'ai eu une détermination, on m'a répondu quelque chose, ce n'est pas comme la lune ou l'arbre qui ne me répond pas. C'est pas là qui va me dire je fais partie des cellules colloidales. Donc, il donne ce que Hegel va appeler une détermination. Voilà. L'art oratoire, c'est persuader.
1:07:27 Socrate lui répond, dans ce cas-là, les géomètres sont des orateurs. Ce n'est pas ce que je voulais dire. Mais attends, qu'est-ce qu'il fait un géomètre ? Il démontre, il persuade. Oui ou non ? Donc, au lieu de me donner la différence, il me donne un point commun à toute forme de persuasion. Si je prends ta définition, l'art oratoire, c'est de persuader. À ce moment-là, je peux aussi bien, moi, je ne suis pas d'accord, classer le géomètre parmi les sophistes. Ah, je ne suis pas d'accord. Moi non plus. On est bien d'accord que ce n'est pas la même chose. Alors, et en progressant, on va voir la différence.
1:07:57 C'est que tu vois, mon cher Gorgias, lui dit Socrate, effectivement, il y a bien deux formes de persuasion. Une, qui a pour but l'opinion, qui n'a pas pour but le savoir, qui n'a pas pour but, comme on le voyait tout à l'heure avec Hegel, ou avec Rabelais, Montaigne, Rousseau, et tous les Bildungsromane, qui n'a pas pour but d'élever celui qui ne sait pas au savoir, mais qui ont au contraire pour but de rester dans le non-savoir, dans à peu près, dans le flou, n'est-ce pas, dans toutes ces eaux troubles où on peut m'habiller. Et c'est ça, la rhétorique de même que, j'espère qu'il n'y a pas d'avocat parmi nous, mais souvent, le mauvais avocat, ou l'avocat marron, comme dit très bien la langue, est celui qui va déployer des trésors, n'est-ce pas, de persuasion pour aboutir à une non-vérité, l'essentiel n'étant pas la vérité, le but poursuivi n'est pas la vérité, mais que mon client soit acquitté, ce qui n'est pas tout à fait un but théorique, mais un but pratique, qui n'est donc pas de l'ordre du vrai et du faux.
1:08:49 Voilà. Ce détour par le Gorgias de Platon nous est très utile pour intégrer à l'histoire de la philosophie cet effort du concept, parce qu'il faut du travail pour, on avait dit, la persuasion, c'est bien, c'est une première détermination de l'art oratoire. Mais de cette persuasion, ça c'est le genre, et maintenant on va voir l'espèce, et comme ça la définition sera terminée, de cette persuasion qui aboutit non pas à un savoir, comme le fait le géomètre dans ses démonstrations, l'homme de science en général, on peut généraliser, mais comme le fait le rhéteur ou le sophiste, une persuasion qui aboutit à une doxa, à une opinion.
1:09:24 Et voilà. Donc, vous voyez, la progression, la discussion, Gorgias avait commencé par dire l'art oratoire, c'est la plus belle des choses, Socrate lui dit, avant que ce soit la plus belle, dis moi d'abord ce que c'est, quand il dit ce que c'est, c'est la persuasion, ah oui mais c'est pas la même persuasion que les géomètres, et finalement, de la meilleure à la plus belle des choses, on arrive à une chose à peu près sordide, c'est comment convaincre n'importe qui de n'importe quoi, indépendamment de la valeur vérité. Vous voyez, et bien ce travail-là, ce travail, c'est le travail de l'entendement, vous voyez, je réponds à votre question, parce que ça suppose que l'interlocuteur, et ça c'est la révolution opérée par Platon, c'est pas moi qui parle, c'est Hegel dans la préface de la philosophie du droit, son testament politique, qui est fait à Berlin, qui dit que Platon a initié la révolution mondiale.
1:10:09 Étonnant, quand on voit ce qui se passe sur ville avec la crise, cette expression de révolution mondiale, en faisant quoi ? En, précisément, en demandant au concept, et à l'entendement, de trancher les débats entre les opinions. On ne se contente pas d'assainer une opinion. Pour la première fois, Platon, pour être clair, je vais me résumer comme ça, et c'est ce que, ce qu'il y a eu trop remarquable, pour la première fois, le problème, plus que ça, que tu sois d'accord avec moi, que vous soyez d'accord avec moi, ou avec Hegel, ou avec Kant, ou avec Nietzsche, le problème, c'est que vous soyez d'accord avec vous-même.
1:10:42 C'est ça que fait Socrate avec Gorgias. Tu as dit que c'est la persuasion, donc est-ce que tu es d'accord que le géomètre est un rhéteur ? Non, voilà, donc, tu n'es plus d'accord avec toi-même, c'est bon, on continue. Vous voyez, la liberté est maintenue, c'est la grande différence avec les discussions d'opinion, les discussions dites de café du commerce, qui ont leur utilité par ailleurs, parce qu'on va passer de bons moments, que ça permette de prendre l'apéro, mais, dont le but n'est pas essentiellement le savoir, et précisément parce que il y a une espèce de violence et d'imposition des opinions de l'un sur l'autre, alors que le savoir présuppose, et ça s'est fait, non pas d'abord en philosophie, mais en mathématiques, c'est quand même significatif, Euclide est antérieur à Platon, c'est-à-dire que ce que je vais dire n'est vrai que dans la mesure où vous me l'accordez.
1:11:26 Il est intéressant de voir que le premier ouvrage de mathématiques systématiques qui a été publié dans l'histoire, les fameux éléments d'Euclide, que l'on trouve encore chez les éditions Hermann, je crois d'ailleurs, la notion, comme tout mathématicien, Euclide commence par ce qu'on appelle des notions premières en mathématiques. Les notions premières, c'est celles qui ne sont pas démontrables, parce qu'elles sont fondamentales, basiques, mais qui servent à démontrer toutes les autres. Donc, ça vous est plus familier avec des notions comme celles d'axiomes ou de postulats.
1:11:56 On commence d'abord par les axiomes, les postulats, et après, grâce à eux, qui ne sont pas démontrés, on démontre tout le reste. Alors bien sûr, le but de l'opération, c'est qu'il n'y en ait pas trop au départ, parce que la bonne économie, c'est que le minimum de propositions non démontrées pour en tirer un maximum démontré. C'est ça, une bonne théorie efficace, mathématique. Où je veux en arriver ? Je ne suis pas là pour faire de l'épistémologie des mathématiques, mais à Euclide, il y a son vocabulaire. À son époque, il n'appelle pas ça encore des axiomes ou des postulats, il appelle ça des demandes. Il y a un côté démocratique que j'aime beaucoup dans ce terme-là.
1:12:26 Car une demande s'adresse à quelqu'un. Ce n'est pas un soliloque d'un quelqu'un avec un quelque chose qui serait le triangle, la grandeur ou le nombre, ou la parité ou l'imparité. Ça s'adresse à quelqu'un. Je demande à mon locuteur de m'accorder. Sinon, on ne pourra pas continuer que par un point, on peut mener qu'une parallèle à une droite dans un même plan. Voilà. Si vous m'accordez ça, je vais pouvoir démontrer tout le reste. Tout le reste, c'est-à-dire la géométrie d'Euclide et non pas l'ensemble de la mathématique. Vous savez, mais ce n'est pas notre propos que ce postulat a été devenu un cas particulier au XXe siècle dans la géométrie non euclidienne.
La puissance absolue de l'entendement
1:13:02 Voilà. Mais ce n'est pas notre sujet aujourd'hui. Donc, Kant a pris cet énorme effort de dire, alors, la sensibilité reçoit au front, au premier contact avec le réel, tout le divers du sensible, on parlait en termes kantien, c'est-à-dire de ce en quoi nous pouvons être en relation que par les sens, c'est ça le sensible. J'insiste là-dessus, sensible, intelligible, chez Platon comme chez Kant, ça veut dire précisément le que est important, ce qui ne peut être perçu que par les sens, de même que l'intelligible, ce n'est pas ce que je peux penser, parce que je peux penser des tas de choses, y compris le lierre qui est devant moi, qui est aussi bien sensible.
1:13:36 Mais, c'est ce qui ne peut être que pensé, jamais vu ni entendu. Par exemple, je fais des ronds dans l'eau, ils sont sensibles, je les vois, les ronds. Mais par contre, la notion de cercle mathématique, elle n'est pas visible. Ça ne veut pas dire qu'elle est mystérieuse, encore une fois, elle est parfaitement exotérique. Lieu des points équidistants d'un même point appelé centre dans un même plan, c'est clair la définition du cercle. Mais ce cercle-là, le cercle des mathématiciens, vous ne pourrez jamais le toucher avec les doigts, n'est-ce pas ? Parce qu'il est fait de points et qu'un point, c'est... Un atome, c'est gigantesque à côté d'un point, c'est même infiniment grand à côté d'un point.
1:14:08 Et voilà, donc, je veux dire, l'intelligible, c'est ce qu'on ne peut que penser, ce n'est pas seulement ce qu'on peut penser, ce qu'on ne peut que penser. Donc, je reprends le fil de cette distinction entendement-raison. La sensibilité reçoit le divers. L'entendement sur ce divers, les classe par concept. Ça, c'est un arbre. Ça, c'est un margouillat. Ça, c'est une maison. Et la raison... Pardon. Et le travail de la connaissance est terminé pour Kant.
1:14:38 La collaboration entre la sensibilité et l'entendement produit la connaissance. C'est ce qu'il travaille dans son premier gros ouvrage qui est son gros œuvre, La critique de la raison pure. Jusqu'où on peut aller en faisant collaborer l'entendement, la sensibilité qui apporte de la matière, toujours pour parler comme Kant, et l'entendement qui, à cette matière, donne une forme, la forme du concept. On ne parle toujours pas de la raison. Précisément, parce que chez Kant, la raison, et c'est là qu'on va commencer à sortir de l'entendement, ajoute à la visée cognitive de l'entendement une visée pratique au sens kantien.
1:15:16 Je ne voudrais pas qu'il y ait de contresens, parce que j'aurais pu dire aussi bien morale. Alors que dans notre langue d'aujourd'hui, pratique et morale, ce n'est pas tout à fait le même champ sémantique. Mais la raison chez Kant est plus proche de l'épithète raisonnable que de l'épithète rationnelle. Ça suppose quelqu'un qui poursuit un but et qui agence tous ses moyens en fonction de ce but. C'est ça la raison. C'est plus une faculté qui guide l'action que la connaissance. L'entendement et la sensibilité suffisent pour opérer le travail de la connaissance.
1:15:48 Et même Kant, et c'est bien connu dans l'histoire de la pensée, en un certain sens, humilie la raison. Toute l'œuvre de Kant a consisté à montrer les limites précisément de la raison. Quand Kant dit « J'ai voulu réduire le savoir, faire une place à la foi, à la croyance, en allemand. » Mais c'est le même mot. Glauben, il montre bien ce que ça veut dire. Il montre bien l'illusion dans laquelle tombe la raison lorsqu'elle croit s'évader des contraintes de l'entendement et de la sensibilité. Mais cette raison qui est humiliée dans la connaissance, Kant la réhabilite dans l'action.
1:16:21 Par contre, lorsqu'il s'agit de savoir si ce que je fais est bien ou mal et non plus si ce que je dis est vrai ou faux, donc il ne s'agit plus de la connaissance de la philosophie de l'action, là la raison reprend tout son rôle et de sa supériorité sur l'entendement. Elle est, comme dit Kant, la faculté des fins, des choses qu'on poursuit. Voilà, je ne sais pas si j'ai répondu assez précisément à votre question, mais... chez Hegel. Alors, Hegel reprend cette distinction et c'est là qu'il faut une modification sauf qu'entre Kant et Hegel, entre temps, la génération romantique a discrédité l'entendement pour toutes les raisons que je viens de dire.
1:16:54 Schiller, par exemple, parle du morne empire du concept. Le morne empire, comme si dans le concept tout était gris, tout se ressemble, alors que dans la vraie vie, dans la vie concrète, les choses ont une diversité, une couleur, une saveur que laisserait échapper l'abstraction du concept. Et donc, dans cette préface, Hegel va réhabiliter, donc c'est une manière de faire revenir Kant et Fichte, qui prolonge à sa génération l'effort de Kant, il va réhabiliter ce travail des concepts, des mots, contre le silence stupéfait ou extasié des romantiques.
1:17:37 Et je vous lis ce passage qui est célèbre, cette fameuse réhabilitation d'entendement. L'activité de diviser, il est en train de faire allusion à ce qu'on appelle l'analyse, que ce soit en chimie, en médecine, en anatomie, je veux dire, on commence par diviser quand on a une difficulté pour s'y retrouver en éléments constitutifs. L'activité de diviser est la force et le travail et il souligne de l'entendement. Soulignez.
1:18:07 C'est-à-dire de la puissance la plus étonnante et la plus grande qui soit ou plutôt de la puissance absolue. La réhabilitation est grandiose. L'entendement, c'est la puissance absolue. Le cercle qui repose fermé sur soi et qui comme substance tient tous ses moments est la relation immédiate qui ne suscite aucun étonnement. Mais, que l'accident tel comme tel, séparé de son pourtour, ce qui est lié effectivement réel seulement dans sa connexion avec autre chose, arrive à obtenir un être-là propre et une liberté distincte, c'est là la puissance prodigieuse du négatif.
1:18:39 L'énergie de la pensée du pur moi et il enchaîne. La mort, si nous voulons nommer ainsi cette irréalité, est la chose la plus redoutable et tenir fermement ce qui est mort est ce qui exige la plus grande force. La beauté sans force, là il résume tout. Là il est en train de résumer tout ce qui se passe de la génération romantique. La beauté sans force a de la haine pour l'entendement parce que l'entendement attend d'elle, de la beauté, ce qu'elle n'est pas en mesure d'accomplir. Ce n'est pas cette vie, la beauté qui recule d'horreur devant la mort et se préserve pure de la destruction, mais la vie qui porte la mort et se maintient dans la mort même qui est la vraie vie de l'esprit.
Distinguer sans séparer : la bonne abstraction
1:19:13 Je termine. Cet extrait par cette phrase saisissante, l'esprit conquiert sa vérité seulement à condition de se retrouver soi-même dans l'absolu déchirement. L'entendement est ce déchirement, ce travail d'analyse, de difficultés. Au début, tous ceux qui ont lu Piaget à l'époque, la psychologie génétique, ça leur est très familier. L'enfant est dans une espèce de syncrétisme. C'est un terme qu'on voyait souvent chez Piaget. L'enfant, même souvent, ne fait pas la distinction entre le monde extérieur et lui. Il le fait un peu plus quand il a fait le tour de son berceau, quand il s'est marché ou quand il s'est heurté au monde extérieur.
1:19:44 Quand il a eu le sevrage du sein de sa mère, par exemple, il s'aperçoit que le monde n'est pas entièrement absorbable par lui et qu'il y a quand même une distinction entre l'objet et le sujet. C'est embêtant, mais c'est comme ça, il faudra s'y faire. Ce sont tous ces petits ou ces grands traumatismes qui constituent les individus que nous sommes en tant qu'être humain. Et donc, l'évolution d'un individu en général va de l'indifférencié vers le différencié. J'aurais pu prendre comme autre exemple tout ce qui va de la graine à l'exemple du chêne et du gland, Hegel quelque part.
1:20:16 On ne fait pas la sieste à l'ombre d'un gland. Même si le gland contient en soi, en soi, vous vous remettez qu'en soi, tous les chênes sont là déjà en puissance. Oui, bien sûr, en soi, oui, mais pas pour soi. On ne fait pas sa sieste à l'ombre d'un gland. Tout de même. Donc, ça reprend, je dis tout à l'heure, sur l'embryon qui est bien en soi-homme mais qui n'est pas pour soi s'il ne s'est pas éduqué. L'entendement, lui, c'est ce moment où on divise précisément, où on monte en épingle la différence par rapport à l'identité.
1:20:46 Je prends un exemple, je prends ce cendrier. Je commence par distinguer, c'est courant, on le fait depuis la philosophie de l'Antiquité, la matière et la forme. Opposition courante, c'est quelqu'un comme Aristote, par exemple, est un fondamental, chez Aristote. La matière, la hulè, c'est ce qu'il donne en allemand Holz, le bois, Madeira, en portugais, le bois, parce qu'il paraît qu'il y a beaucoup de forêt dans Madeira. La forme, ronde, par exemple, circulaire ici, et la matière, mettons, du kaolin, c'est rien, de la terre, pour faire une poterie.
1:21:16 Avec la même quantité de terre, avec la même matière, au lieu de faire un cendrier, j'aurais pu faire un bol, qui n'aura pas eu le même concept, pas la même désignation, pas le même nom. Vous voyez ? Donc, c'est très bien de les distinguer, on voit bien que ce n'est pas la même chose, puisqu'avec la même matière, on peut faire tout à fait autre chose qu'un cendrier, on peut faire un vase, un bol, ce que vous voudrez. Donc, chacun ici, d'entre nous, distingue très facilement la matière de la forme. Oui, on les a distingués, mais on ne les a pas séparés. Je ne peux pas avoir dans ma main gauche, ici, la matière, la forme, et ici, la forme ronde, le cercle parfait, et le cendrier serait la fusion des deux.
1:21:55 On n'a jamais les deux à l'état séparés. On peut les distinguer dans notre tête, mais tout en sorte, dans la réalité, ils ne sont absolument pas séparables. C'est Aristote qui nous a appris cette admirable distinction, j'espère qu'on ne mélange pas les pinceaux, distinction entre distinguer et séparer. On peut distinguer dans la pensée ou par les mots, mais tout en étant bien conscient que dans la réalité, ceci n'est pas séparable. C'est important pour être équitable avec les gens, ça, tout de même. et donc, je peux, par l'analyse, le travail de l'entendement, dire, dans ce cendrier, il y a bien la forme qui n'a rien à voir avec la matière, qui est bien distingue.
1:22:33 Le rond, je peux le retrouver ailleurs qu'un cendrier, et la terre à poterie et là-dedans, je peux faire toute autre chose qu'un cendrier avec. C'est très bien. Mais dans la réalité, ce n'est pas séparé. Je me suis un peu étendu sur le cendrier pour faire mieux comprendre ce passage qui a dû vous paraître un peu difficile et abstrait, mais qui paraît beaucoup plus clair maintenant. Que l'accidentel comme tel, séparé de son pourtour, ce qui est lié et effectivement réel seulement dans sa connexion à autre chose, arrive à obtenir un être-là propre, la matière ici et la forme là, vous voyez, un être-là propre et une liberté distincte, c'est là la puissance prodigieuse du négatif, l'énergie de la pensée et du pur moi.
1:23:10 Ici, Hegel fait l'éloge de la bonne abstraction par rapport à celle qu'il dénonce plus souvent la mauvaise abstraction. La bonne abstraction est celle qui précisément tient à distinguer par la pensée, sachant que dans la réelle, ça ne l'est pas, mais à isoler par la... C'est ça, abstraire, c'est isoler une détermination par la pensée, sous-entendu isoler ce qui dans la réalité n'est pas isolable. C'est ça la puissance prodigieuse et même la puissance absolue, comme il dit, c'est assez solennel, de l'entendement. Il y a une forte réhabilitation ici contre les romantiques qui reprochait à l'entendement de nous avoir mis dans le malheur romantique.
1:23:43 Il y avait un véritable ressentiment, c'est un terme que Nietzsche utilisera avec beaucoup de discernement quand il parle de philosophie du ressentiment. Dans le romantique, il y a beaucoup de ressentiment contre le travail exercé par l'entendement et la raison. Voilà, j'espère que je vais répondre à peu près à votre question. Je pense, je crois, dans la logique, l'entendement détermine et tient fermement sa détermination, la raison dissocie et néantise les déterminations de l'entendement, elle accède à l'universel dans lequel elle reconnaît le particulier.
1:24:13 C'est une phrase tout à fait appropriée à ce que je suis en train de dire mais je ne voulais pas la citer parce que dans la logique... Mais quand il ne dit pas ça ? Non, mais dans la logique, justement, ce que tu dis est parfaitement vrai, mais ça sonne abstrait. D'accord. Ça sonne abstrait parce que ces mots-là ne sont pas explicités, bien sûr. Mais effectivement, dans le texte dont il vient de citer, Hegel réhabilite la raison. Moi, je suis en train de réhabiliter l'entendement. Mais il Verstand et non pas Vernunft. C'est-à-dire, cette faculté qui est à l'œuvre chez n'importe qui qui est ré...
1:24:44 C'est l'équivalent de ce que Descartes appelle bon sens. Si Descartes commence le Discours de la méthode en disant que c'est présent dans tout un chacun puisqu'il dit... Il y avait beaucoup de malice. Vous savez, cette première phrase célébrissime, le bon sens, c'est la chose du monde la mieux partagée. Et après, il dit bien le bon sens ou la faculté de distinguer le vrai avec le faux. C'est ça l'entendement. C'est-à-dire, à part quelques cas pathologiques vraiment, heureusement très rares et marginaux statistiquement parlant, je veux dire, n'importe quel cerveau, le plus fruste ou moins rapide, comprend que si Pierre est frère de Paul, donc Paul est frère de Pierre.
1:25:17 Que si A égale B, B égale A. Que si A est avant B, B est après A, etc. Donc je veux dire, ça c'est consubstantiel à l'entendement humain, précisément. Et donc cette faculté de diviser, de distinguer, c'est un préalable nécessaire, mais la raison devra après recomposer tout ça, précisément. Voilà, donc je vous remercie de votre question parce qu'elle est capitale pour éviter les contresens sur Hegel parce que des fois on s'arrache les cheveux, on a l'impression selon telle ou telle page que Hegel dit du mal de l'entendement, et tout d'un coup qu'il en dit du bien.
1:25:50 Parce que précisément l'entendement est lui-même ce moment de l'ambivalence. Comme il est l'abstraction pure, il est un peu comme la monnaie qui n'a ni d'odeur, ni de saveur, on dit que l'argent n'a pas d'odeur. Et qui peut servir aussi bien au pire qu'au meilleur. Autrement dit, il est bien le moment, je vais parler en termes de l'entendement, ici le moment du moyen de l'entendement. D'ailleurs, c'est pas un sort si c'est le monde des mots, du langage et du concept de l'entendement par rapport à la sensation qui est silencieuse. C'est un moment nécessaire.
Bouton, fleur, fruit : les systèmes philosophiques comme moments
1:26:23 Comme vous dites, ce n'est qu'un moment, il ne faut pas que le QU' soit réducteur. C'est un moment qu'on ne peut pas éluder. À propos des moments qu'on ne peut pas éluder, n'est-ce pas, et c'est ça qui fait toute l'originalité, on y arrive maintenant un peu dans le fil du sujet, l'originalité de la démarche de Hegel par rapport à tous ses prédécesseurs et par rapport à la majorité de ceux qui ont suivi. C'est que Hegel, ce n'est pas une philosophie de plus qui vient s'ajouter aux autres dans une espèce de débat d'opinion, encore une fois, comme au café du commerce. Je vous dis ce passage qui est significatif. D'autant plus rigidement la manière commune de penser, donc l'opinion, là, on est au du café du commerce, d'autant plus rigidement la manière commune de penser conçoit l'opposition mutuelle du vrai et du faux, d'autant plus, elle, l'opinion, elle a coutume d'attendre dans une prise de position à l'égard d'un système philosophique donné ou une concordance ou une contradiction.
1:27:14 Et dans une telle prise de position, elle sait seulement voir l'une ou l'autre. Alors, tu es pour ou contre Kant, toi ? Tu es pour ou contre Nietzsche ? L'opinion, elle parle comme ça. Elle ne conçoit pas, et là, ça arrive effectivement à votre remarque, elle ne conçoit pas la diversité des systèmes philosophiques, mettons de Platon jusqu'à nous, par exemple, comme, je cite, belle formule, le développement progressif de la vérité. Elle voit plutôt seulement la contradiction à cette diversité. Regardez, Platon et Aristote, ils ne sont pas d'accord. Ah, donc la philosophie, ils ne savent rien, c'est une arène où chacun, c'est une image de Kant, où personne n'a jamais le dessus.
1:27:48 Si, il dit Hegel. Et il donne ce fameux exemple, le bouton disparaît dans l'éclatement de la floraison. C'est vrai que lorsque la fleur apparaît, le bouton explose. Et on pourrait penser que c'est la fleur qui est la vérité de la plante. Mais non, ce n'était pas le bouton qui était un moment, pour prendre une belle expression de moment, qui est un des termes les plus hégélien qu'il soit, qui est emprunté à la physique, soit dit en passant. Donc, le bouton est un moment qui disparaît dans la fleur et la fleur peut penser que c'est elle, la vérité de la plante.
1:28:19 Ah, mais non, pas du tout, parce que la fleur, ses pétales vont tomber, il lui apparaîtra à elle comme il nous a apparu à tous dans l'étape de nos vies que ce qu'on croyait définitif n'est encore qu'une étape. N'est-ce pas ? Et que c'est le fruit qui, comme dit Hegel, va s'introduire à la place de la fleur comme sa vérité. N'est-ce pas ? Donc, le bouton disparaît dans l'éclatement de la floraison et on pourrait dire les différents stades de la plante au débat entre les systèmes philosophiques. Mais au lieu de les opposer en disant il y en a un qui a raison et l'autre qui a tort, il en parle comme des moments dont chacun est nécessaire.
1:28:50 On ne peut pas faire l'impasse sur Aristote, sur Kant ou sur ceci. On ne peut pas faire l'impasse parce que chacun est constitutif de la vérité. Donc, l'hégélianisme n'est pas une philosophie de plus qui vient s'ajouter aux autres et embrouiller un dossier déjà passablement embrouillé, n'est-ce pas, depuis son apparition, celui de la pensée philosophique. Il est au contraire une bonne nouvelle, c'est que tous ont dit la vérité, mais pas au même moment. Pas au même moment de l'histoire de l'humanité. Et donc, je cite ce passage en entier parce qu'il est capital pour ne pas répéter mille fois les mêmes formules chez Hegel.
1:29:22 Je le reprends du début et cette fois, je vais jusqu'à la fin. D'autant plus rigidement, la manière commune de penser conçoit l'opposition mutuelle du vrai et du faux, d'autant plus, elle a coutume d'attendre dans une prise de position à l'égard d'un système philosophique donné ou une concordance ou une contradiction. Et dans une telle prise de position, elle sait seulement voir l'une ou l'autre. Elle, toujours l'opinion, ne conçoit pas la diversité des systèmes philosophiques comme le développement progressif de la vérité. Elle voit plutôt seulement la contradiction dans cette diversité.
1:29:52 Pourtant, le bouton disparaît dans l'éclatement de la floraison et on pourrait dire que le bouton est réfuté par la fleur. À l'apparition du fruit également, la fleur est dénoncée comme un faux être-là de la plante. et le fruit s'introduit à la place de la fleur comme sa vérité. Et là, il ajoute, si vous ne l'avez pas dit, maintenant, je continue. Ces formes ne sont pas seulement distinctes, le bouton, la fleur, le fruit. Elles ne sont pas seulement distinctes, mais elles sont mutuellement incompatibles. Vous n'avez pas dans une même plante à la fois, en même temps, la fleur-là et le fruit-là ou le bouton-là et la fleur dont il est sort qui en sort.
1:30:22 Et vous voyez, la temporalité, on la voit bien chez Hegel qui va arriver à la philosophie d'histoire. Ces formes ne sont pas seulement distinctes, mais encore, chacune refoule l'autre parce qu'elles sont mutuellement incompatibles. Elles ne peuvent pas exister simultanément. Mais en même temps, leur nature fluide, la fleur, le bouton, etc., ne sont pas des stades comme chacun le croit, mais ce sont des fluides. Mais leur nature fluide en fait des moments, c'est là qu'il y a votre notion, je vous remercie de l'avoir apporté, de l'unité organique dans laquelle elle ne se repousse pas seulement, mais dans laquelle, phrase capitale, l'une est aussi nécessaire que l'autre.
1:30:57 Bonne nouvelle, Hegel, un texte ou de l'écriture que vous voudrez. D'ailleurs, on a souvent dit que quand on commence à critiquer Hegel ou à le réfuter, on écrit une page de l'hégélianisme. On s'aperçoit qu'il y a quelque part dans Hegel une page, bien sûr, ça c'est le moment du scepticisme ou au contraire du dogmatisme, ce sont les moments constitutifs de toute pensée. Nous sommes tous passés par un stade où la question qui est la plus belle voiture de mon père, on répondait par 504 Peugeot, bien sûr, pourquoi ? Parce que c'est celle de mon père. À l'école de la communale, c'était comme ça. Ils ont été furieux de voir que le gosse en face ne disait pas du tout celle-là, la R16 Renault, pourquoi ? Parce que c'est celle de mon père. Il y a le même argument, qui fait s'écouler les deux, c'est que c'est celle de mon père.
1:31:29 C'est le stade dogmatique par lequel nous sommes tous passés, infance, que nous étions enfants, où les réponses, si l'on peut dire, précèdent les questions. heureux stade. Et puis, c'est un peu comme on cherche le critère de beauté, on dit, qu'est-ce que la beauté ? Ben voilà, c'est le Parthénon, c'est la Vénus de Milo, et puis après, c'est celui qui n'a pas beaucoup voyagé, c'est un peu comme mon enfant tout à l'heure, celui qui n'a jamais bougé de la cité, et celui qui a un peu roulé sa bosse, il n'en a pas du tout, chez les Hottentots, on préfère les femmes stéatopyges que la Vénus de Milo.
1:32:03 Bon, voilà, c'est un stade, c'est un moment un peu plus développé, celui du scepticisme relativiste, qui suppose qu'on a voyagé, qu'on s'est déplacé, qu'on a mûri un peu, ce n'est pas encore la vérité, parce que le relativisme est encore loin de la vérité. Mais enfin, c'est un progrès par rapport à celui, je ne sais pas, qui voyait midi à sa porte immédiate, si je puis dire. Donc, je termine ce paragraphe, mais en même temps, leur nature fluide en fait des moments bouton, la fleur, le fruit, de l'unité organique dans laquelle elle ne se repousse pas seulement, mais dans laquelle l'une est aussi nécessaire qui constitue seule la vie du tout, la vie, ce qui fait que c'est un tout vivant, organique, comme une plante, c'est précisément que chacune de ces étapes est nécessaire.
1:32:43 Alors que dans un tas de cailloux, je peux enlever un caillou du tas de cailloux, ça reste un tas de cailloux. Le caillou est composé de parties, d'éléments, c'est un tout mécanique et non pas un tout organique, on le voit bien là, où les parties ne sont pas nécessaires au tout, n'est-ce pas ? Alors que, essayer d'enlever, d'extraire de moi seulement mon cerveau, il ne reste plus grand-chose de moi. Voilà. La différence entre un tout mécanique et un tout organique, c'est que dans le tout organique, dont parlait Hegel ici, et c'est le cas, si c'est le cas pour les plantes, a fortiori, ce ne sont pas des systèmes philosophiques, dans un tout organique, le tout est immanent à chaque partie.
1:33:21 N'oubliez pas qu'il a fait sa formation en fin du 18e siècle, c'est comme l'époque de Buffon, et Buffon est un des premiers qui s'aperçoit, qui perçoit certains principes qui vont amener jusqu'au transformisme, à la théorie de l'évolution, qu'à travers la dent d'un dinosaure, on puisse décider, alors qu'on a que la partie, qu'on puisse décider que ce dinosaure est herbivore ou carnivore selon la forme de la dent, selon les lésions qu'elle a subies, etc., prouve bien que, à la différence du tas de cailloux, on ne peut pas reconstituer un tas de cailloux à partir d'un des cailloux dont on a extrait, mais si on peut le faire dans le cas des êtres vivants, c'est que le tout, quelque part, est immanent à chaque partie.
1:34:00 Et oui, s'il a une dent pointue comme ça, c'est qu'il est carnivore, c'est que c'est fait pour déchirer, et s'il en a une bien plate et pour broyer, c'est qu'il a donc un estomac qui est comme la vache qui est fait de plusieurs cavités, etc., etc. La grande différence, c'est que, dans la totalité dont nous nous occupons, et c'est le cas des systèmes philosophiques, c'est que le tout est présent dans chaque partie. Donc, au contraire, la contradiction à l'égard d'un système philosophique n'a pas elle-même coutume de se concevoir de cette façon. Alors, ça me semble évident ce que je viens de dire depuis tout à l'heure pour la plante, mais pourquoi on n'applique pas dit Hegel, aux discussions philosophiques ?
1:34:34 Et la conscience appréhendant cette contradiction, je ne sais pas, entre Platon et Aristote, par exemple, ne sait pas la libérer ou la maintenir libre de son caractère unilatéral, ainsi, dans ce qui apparaît sous la forme d'une lutte contre soi-même. Ça, c'est très Hegel. Platon, Aristote, Kant, Descartes, tout ça, c'est des luttes du soi avec lui-même, des mouvements du soi. Et non pas du moi. Ainsi, dans ce qui apparaît sous la forme d'une lutte contre soi-même, elle ne sait pas reconnaître des moments réciproquement nécessaires. Réciproquement nécessaires. On peut difficilement faire plus démocratique.
1:35:05 Voilà pourquoi je vous remercie d'avoir soulevé la notion de moment qui est capitale. Je rappelle au passage, je terminerai après parce que je ne voudrais pas trop m'étendre sur chaque question pour laisser la place aux autres, que la notion de moment, en physique, cette fois, dans le champ de où Hegel l'a pris, quand il l'utilise, il la prend dans un champ, vous savez, quand on fait une métaphore, elle a toujours une origine. Métaphore est d'origine géographique, astronomique, la notion de révolution est d'origine astronomique, par exemple, avant d'être politique. La révolution des astres. Et bien, lorsque la notion de moment, il l'a prise à la physique, qui n'était pas si ancienne à cette époque-là, qui atteint son zénith, qui commence avec Galilée, la physique scientifique, et qui culmine à cette époque-là, à Newton, bien sûr.
1:35:50 Or, dans Newton, la notion de moment, c'est quoi ? C'est un couple de forces regardez comme c'est déjà dialectique. Vous prenez une poignée de porte, une flèche qui va vers la droite, une autre qui va vers la gauche, puisque je fais comme ça. Donc, deux forces d'égale intensité et de direction inverse, exactement. On est en plein derrière la dialectique. Est-ce qu'il y a d'autres questions ? C'était quelle page ? C'était intéressant. dans la traduction du Hyppolite de la page 6. Et l'autre ? Le gros passage que tu as dit ?
1:36:21 Oui, page 6. Non, mais avant, la raison, à l'intérieur, une coupe plus... Avant, avant que tu tournes la page. La fleur, le tourne... Oui, mais c'est ça. C'est la page 6. Non, mais là, c'était tout rouge. C'était beaucoup plus tard. Beaucoup plus tard. Sur l'entendement, alors. Voilà, d'accord, ça, c'est combien ? Attends, 10 minutes. C'est tout en rouge. Ça, c'est encore plus tard. C'est tout là en rouge. Voilà, oui, 29.
1:36:51 Quand je suis perdu dans les trois traductions différentes, je me fais des noeuds. Oui ? Oui, à propos de la difficulté que tu as évoqué tout à l'heure de la compréhension, de la lecture, du décryptage de Hegel, est-ce que ça peut effectivement tenir à un problème de traduction ? Est-ce qu'en allemand, c'est plus clair ? Est-ce que... Je commence par... Tu me pensais, je n'aurais pas pris une boutade d'abord, je ne peux pas m'empêcher de la citer, mais lorsque Goethe est tombé sur une traduction, sur la traduction de son Faust par Gérard de Nerval qui a 19 ans l'avait traduit, alors qu'ils connaissaient approximativement l'allemand par rapport à ta question là-bas, il fallait un culot.
1:37:30 Goethe a dit, oh là là, c'est tellement beau dans cette traduction, je ne peux plus lire Faust en allemand. C'est par une boutade. Mais non, non, non, même les allemandistes, c'est compliqué pour eux, bien sûr. C'est compliqué comme la langue du savoir en général est compliquée par rapport à la langue de l'opinion. Moi-même, j'essaie de m'y retrouver un petit peu dans ce labyrinthe, mais tout de même, je veux dire, je ne tiens pas une page et demie de mécanique des sols, ce n'est pas ma discipline. Le savoir en général par rapport à l'opinion, quand on n'a pas le code, mais la différence, c'est qu'il est transmissible, il est atteignable et transmissible pour chacun et valable pour tous.
1:38:08 Un savoir a toujours un côté complexe quand même. C'est l'effort astreignant du concept. C'était la volonté de Hegel d'être didactique. Tout à fait. Mais ça, je vais y revenir et je vais montrer. On va essayer de coincer, on va se prendre une séquence apparemment imbitable pour parler comme les jeunes et essayer de voir en quoi elle l'est parce qu'on va voir que ça ne tient pas vocabulaire qui est courant. Mais je ne vais pas le faire maintenant parce que je crois qu'une pause s'avère nécessaire.
Tübingen, l'arbre de la liberté et les suicidés du romantisme
1:38:39 J'ai fait tout à l'heure un petit développement sur l'opposition ésotérique-exotérique. Savoir, entre guillemets, réservé à quelques-uns, ésotérique, sous le sceau du mystère et accessible que par certains initiés, c'est le cas de toutes les sectes en gros, d'ailleurs, et exotérique comme publication concernant la propagation par carburant liquide, etc., dans les fusées, je veux dire, c'est exotérique.
1:39:15 Et c'est une différence qui est moins innocent qu'on ne croit. Et j'ai fait une petite allusion tout à l'heure en disant, je me suis permis de faire une petite analogie entre le prestige de l'ésotérique et du mystère en termes de savoir. Encore une fois, qu'il puisse y avoir un prestige ésotérique avec une musique, une peinture, n'obtienne toute sa valeur que dans une résonance de mystère ou d'étrangeté. Il n'y a aucune critique à y mettre contre cela.
1:39:47 Pour un savoir qui est censé se communiquer, c'est quand même différent. Et donc, je posais tout à l'heure un mode républicain du savoir, c'est-à-dire transmissible, exotérique, communicable, déterminé, et les faux prestiges du mystère dans la connaissance. Et on est qu'encore une fois, un mystère parfaitement défendable dans d'autres domaines que celui de la connaissance comme celui de l'art, par exemple. C'est une différence, encore une fois, moins innocente qu'on ne croit parce que je l'ai lié tout à l'heure, j'ai fait une analogie, entre l'ésotérisme et la mentalité dite de pénurie.
1:40:25 Quand il n'y en a pas pour tout le monde, eh bien, on cache, n'est-ce pas, ce qui est précieux. C'est un petit peu de là que je vais rebondir en revenant sur la genèse du système hégélien qui n'est pas comme une tombée du ciel comme ça. et en revenant sur la relation que Hegel entretient avec la première partie de son parcours, c'est-à-dire son moment romantique, c'est-à-dire, romanticalement, c'est-à-dire où l'absolu est considéré comme pour être atteint que par l'intuition et sur le mode esthétique et non pas sur le mode rationnel du concept explicite, etc.
1:41:15 et pour ça, je vais me servir d'un de ses compagnons, je pense au poète Hölderlin, pour prolonger un petit peu le texte que j'ai à peine initié tout à l'heure à la Source du Danube. C'est tout de même... ça me fait une drôle d'impression de réaliser que les deux plus grands philosophes de leur temps et les plus grands poètes de ce temps, Hegel, Schelling et Hölderlin, se retrouvaient trois étudiants dans la même piôle, comme on dirait, au Stift, au séminaire de théologie de Tübingen.
1:41:49 car du point de vue socio-professionnel, si je puis appliquer cette catégorie à ces jeunes gens, c'était quoi ? Dans l'Allemagne de l'époque, la seule chance pour un intellectuel de faire une petite carrière, c'était de faire des études de théologie et d'être pasteur. C'était le seul débouché socio-professionnel pour ces intellectuels et ils se sont donc retrouvés tous les trois poussés par leurs parents. Une mère bien intentionnée à l'égard de son fils, mon fils, il faut que tu fasses le pastorat, tu seras payé, tu auras la sécurité de l'emploi.
1:42:21 Et pour ça, il faut faire études de théologie, vous savez, philosophia, ancilla theologiae, philosophie servante de la théologie, comme on disait au Moyen-Âge. Et donc, il ne faut pas trop s'étonner que tous ces jeunes gens aient commencé par leur apprentissage, par la théologie, avant de faire de la philosophie et a fortiori le reste. Et j'ai donc retrouvé dans ce séminaire à Tübingen, tous les trois, au moment même où se produisaient les événements de France.
1:42:52 On n'imagine pas le retentissement que peut avoir dans ce... Vous voyez, vous imaginez l'Allemagne éternelle, une petite place avec un petit viol au milieu, des petites maisons tranquilles à la Schtroumpf, ou à la Blanche-Neige, comme vous voulez, des maisons avec des colombages, avec des géraniums aux fenêtres. Et boum, tout d'un coup, la prise de la Bastille. Alors, vous savez, un exemple de l'émotion que ça a suscité dans le milieu allemand sur les événements français, c'est le cas de Kant. C'est des anecdotes bien connues pour certains, mais je les rappelle tout de même. Vous voyez, Kant, c'est facile de le caricaturer, il ne le mérite pas.
1:43:23 Mais enfin, sur un point au moins, c'est cette fameuse petite promenade, c'est la maniaque, on dirait aujourd'hui, je ne sais pas, qui est bien réglée, totalement protestante, qui avait tous les jours sa petite promenade jusqu'à un certain point, pas plus près, pas plus loin, puis retour et au travail, à la bibliothèque. Il avait même des mouchoirs, il avait tout un système de ficelles qu'il faisait prendre au plafond avec des mouchoirs au bout pour ne pas perdre du temps chercher ces mouchoirs, il n'y avait plus qu'à prendre. Vous voyez, c'était le fin d'organiser, Kant. Et, et bien, deux fois dans sa vie, il est allé au-delà de la distance habituelle de la promenade.
1:43:54 Il a transgressé. La première fois, c'était, pour être le premier avoir des nouvelles de la prise de la Bastille, par les gazettes, et la deuxième fois, pour la première traduction en allemande du contrat social de Rousseau. Vous voyez l'importance de la résonance des événements français pour ces jeunes intellectuels. Et Hegel, Schelling et Hölderlin, ils ont 20 ans à cet âge-là, tous les trois, décident le 14 juillet 1790, donc au premier anniversaire de la prise de la Bastille, de planter, c'est une provocation pour l'époque, c'est une discipline rigoureuse, d'abord dans les universités en général et surtout en théologie, de planter un arbre de la liberté au milieu de la cour du Stift de Tübingen, quand même.
1:44:34 Vous voyez, c'est montrer ce dialogue entre, quand je disais tout à l'heure, les lumières françaises contre la nuit du romantisme allemand, je veux dire, c'est pas abstrait comme opposition. Donc, comment expliquer la voie par laquelle Hegel s'en est tiré de cette hécatombe à laquelle je fais allusion tout à l'heure dans la première partie de la causerie, cette hécatombe qui voit encore une fois Novalis mourir à 29 ans, Wackenroder à 24 ans, Kleist se suicidait à 35 ans avec sa compagne. Je fais une parenthèse pour Kleist, de tout le romantique allemand, c'est celui qui a le mieux réussi au théâtre.
1:45:09 Et Gérard Philipe a immortalisé par une pièce comme Le Prince de Hombourg, par exemple, d'un club. Et que Planchon avait réalisé à l'époque, mis en scène à l'époque au TNP. Et Kleist s'est suicidé avec sa compagne dans une petite auberge sur les bords du Wannsee à Berlin. Et l'aubergiste raconte qu'ils sont arrivés riant comme des enfants. Ils ont demandé du café qu'on leur sert dehors. Ils disent qu'il nous a étonnés parce que c'était quand même assez froid. Et puis pan, pan, deux détonations voilà, ils sont arrivés gais comme des drôles de génération tout à l'heure.
1:45:43 Eh bien, chez nous, vous avez l'équivalent avec Nerval. C'est un peu décalé puisque c'est une génération plus tard en termes chronologiques. Mais Nerval, lui, il fait les deux. Il devient fou et il se suicide. Ça fait... Il est doublement romantique allemand. À ce niveau-là. Et n'oublions pas qu'il s'est fait connaître comme traducteur en langue allemande de Faust en France et donc, c'est un passeur, si vous voulez, de l'Allemagne en France et vice-versa. Pour ceux qui connaissent ça plus, Henri Heine et pour ceux qui ne connaissent pas, je me permets de leur dire que c'est un manque parce que c'est quelqu'un d'un espace qui est en sorte surtout à notre époque soit dit en passant.
Hölderlin et l'Occident, pays de la mort
1:46:18 Heine, qui avait suivi d'ailleurs soit dit en passant les cours de Hegel à l'université, Heine est exactement l'homologue de Nerval pour ça. Heine est le plus français des auteurs allemands et Nerval, c'est le plus allemand des auteurs français. Voilà, je te referme cette parenthèse. Je reviens à notre ami Hölderlin, surtout l'ami de Hegel d'ailleurs, et pour essayer de voir à travers un de ses poèmes, de quoi ils ont souffert, pourquoi ils ont sombré dans la folie, dans le suicide, pourquoi il y a cette hécatombe à laquelle je faisais allusion.
1:46:52 Et vous allez voir que c'est la première surprise que c'est moins des malheurs qui les ont atteints qu'un excès de jouissance. Bonheur, comme vous voudrez. Pour l'instant, la distinction n'importe peu. Et je reprends le poème tout à l'heure qui s'appelle À la source du Danube. Je vous rappelle que la Danube prend sa source en forêt noire et se jette à la mer noire. Donc, on va un peu de l'occident vers l'orient. Ça avait interpellé le poète, bien sûr, c'est-à-dire l'histoire à l'envers.
1:47:24 Et, quand il dit ceci, je rappelle la belle période où il compare à une musique d'orgue qui résonne tout d'un coup comme ça dans l'enceinte sacrée, comme il dit, ainsi qu'à l'orgue en accords sonores et splendides dans l'enceinte sacrée très haut, jaillissent purs hors des tuyaux intarissables sonnant l'éveil. Ainsi commence le prélude du matin et maintenant au loin de salle en salle en nappe de fraîcheur le fleuve mélodieux s'épanche et gorge d'enthousiasme peu à peu toute la demeure au repli d'ombre glacée.
1:48:03 Et voici naître alors voici que monte vers le soleil de la fête et lui répondent les voix en chœur des fidèles. Telle vint il y a toujours le comparant avant de comparer chez Hölderlin. Telle vint de l'Orient à nous la parole. Donc même chez Maciej Hegel là je suis dans le vieux Hegel de Berlin avec le système bien clair. Voilà, l'histoire commence en Orient c'est-à-dire le matin à midi passe au-dessus de la Grèce et se couche chez nous en Occident. Qu'est-ce que ça veut dire Occident ? J'interroge exprès un concept qui n'est jamais employé comme concept mais presque toujours comme représentation.
1:48:38 On dit bien les Occidentaux sont scandalisés par le comportement de la Russie dans le dossier syrien. Bon, c'est ce que ça veut dire les Occidentaux. Alors vous me direz la première réponse c'est ceux qui sont à l'Ouest sans jeu de mots. C'est-à-dire voilà, depuis qu'on sait que la Terre est ronde c'est bien embêtant c'est que est à l'Ouest qui veut n'est-ce pas ? La Pologne c'est l'Ouest de la Russie mais c'est l'Est de l'Allemagne. N'est-ce pas ? Donc qu'est-ce que c'est que ces notions ? C'est là qu'on voit que ce n'est pas des concepts au départ ce sont des représentations.
1:49:09 Il y a des concepts faits pour faire connaître quelque chose une caméra un arbre un oiseau et des concepts faits pour ne pas dire pour cacher. Le concept d'Occident en est un. On va essayer de voir ce qu'il cache quand même. Alors on voit bien que ça ne veut pas dire l'Ouest parce que l'Ouest est où on veut. Alors c'est quoi ? Ah ben oui c'est les pays européens allez les tergivers ne sont pas donc les Etats-Unis ne sont pas les leaders de l'Occident. Ah si donc ça ne va pas les pays européens non plus c'est embêtant c'est plus en plus embêtant. Bon ben disons que c'est les pays industrialisés le Japon est en Occident.
1:49:41 Ça ne va pas non plus. C'est pour ne pas dire les pays capitalistes point je veux dire il y a des mots vilains il ne faut pas prononcer désobligeants. Ça s'appelle un concept occultant ça Occident. C'est un concept qui ne sert pas pour désigner quelque chose mais au contraire pour ne pas le nommer pour ne pas l'expliciter et pour continuer à ce qu'on le passe sous silence. Voilà c'est à peu près le rôle des médias dans le monde où nous vivons d'employer des notions qui n'explicitent rien mais qui prolonge les malentendus. Donc lorsque Hegel dit l'histoire commence en Orient passe à Midi au-dessus de la Grèce et se couche en Occident maintenant transformant ces représentations en concept pour ne pas tomber dans les pièges que je viens de dénoncer.
1:50:21 Ça veut dire vous pouvez voir ça en unité de temps le matin midi le soir. Le soir c'est le moment où le soleil décline Occident notamment je l'ai occis ça veut dire quoi ? Ça veut dire je l'ai tué dans la langue ancienne je l'ai occis de mon épée je l'ai tué l'Occident c'est le pays de la mort nous sommes occidentaux nous sommes au pays de la mort on est là où le soleil se couche c'est pas un hasard s'il y a eu cette hécatombe de romantiques allemands c'est ça qu'on va essayer d'expliciter et on va voir on va essayer de ne pas laisser la mort dans cette abstraction une mort abstraite c'est pas très dangereux mais essayer de lui donner un contenu tout de même donc si je prolonge un petit peu ce texte je continue tel s'en vient de l'Orient à nous la parole et contre les rocs du Parnasse au flanc du Kithéron ô Asie j'entends l'écho venu de toi et il se brise au Capitole et des Alpes vertigineusement descendues elle s'en vient étrangère jusqu'à nous cette traduction m'énerve je vais en prendre une autre parce que qui est bien meilleure pour ça j'en ai besoin merci donc voilà je reprends le passage sur l'orgue
1:51:32 et j'enchaîne ainsi que de là-haut des riches harmonies et puissantes de l'orgue dans la salle sacrée en pur ruissellement de ses tuyaux intarissables le prélude éveilleur commence le matin et va s'amplifiant de galerie en galerie et que vivifiant le fleuve mélodique coule à présent jusqu'aux ombres glacées et la ferveur remplit partout la maison et alors éveillé maintenant il se lève maintenant il répond au soleil de la fête le coeur de l'assemblée ainsi le verbe vient de l'orient à nous et sur les roches du Parnasse et sur le Cithéron je l'entends ô Asie, l'écho venu de toi il se rompt contre le Capitole et voici que soudain précipité du haut des Alpes qu'est-ce qui reste comme étape l'Orient l'Inde par exemple midi la Grèce puis le capitole donc Rome en termes hégélien on est passé du monde éthique la Grèce à l'empire du droit le monde romain et franchisant les Alpes ils arrivent en Europe occidentale et voici que soudain précipité du haut des Alpes elle vient étrangère jusqu'à nous qui ?
1:52:26 l'éveilleuse la voix façonneuse d'homme une stupeur alors là on commence à répondre à la question sur la mort c'est quoi l'Occident ? une stupeur alors étrangère et l'âme de tous ceux qu'elle avait atteint je crois qu'on a rarement explicité aussi bien que le dernier le mal qui a atteint cette époque une stupeur alors étrangère et l'âme de tous ceux qu'elle avait atteint et la nuit fut sur les yeux des meilleurs on a l'opposé des lumières et la nuit fut sur les yeux des meilleurs j'ai cité les hymnes à la nuit de Novalis tout à coup c'est pas un hasard tout à l'heure car le pouvoir est grand de l'homme et avec son art il mate le flot le roc et la force du feu une paraphrase de Sophocle et l'épée se portant de très noble pensée il ne la craint point donc l'homme a toutes ces forces là mais devant le divin le plus fort est abattu et presque c'est pour ça que je tiens à cette prolongation il ressemble au gibier qui va pousser par la douce jeunesse courant infatigablement sur les montagnes et sent sa propre force dans la haute chaleur de Midi voilà pour le chevreuil en pleine forêt noire à Midi mais quand décline voilà l'occident mais quand décline dans les brises joueuses la lumière sacrée et qu'avec le rayon de fraîcheur
L'Aventure ambiguë : la science comme barricade
1:53:36 l'esprit de joie descend toucher la terre bienheureuse l'esprit de joie c'est pas la peste qui est venue quand même l'esprit de joie descend toucher la terre bienheureuse alors il le gibier alors il succombe et ça va tant de beauté le déconcerte et il s'endort d'un sommeil éveillé voilà à la manière de Hölderlin comme a expliqué cette hécatombe je répète ce mot cette catastrophe qui s'est abattue sur une génération catastrophe psychique si je puis dire mais j'aime pas trop dire psychique parce que c'est un peu l'enfermer dans le champ de ce qu'on appelait dans les années 60 à juste titre qu'on dénonçait comme la réduction psychologiste chez Husserl par exemple à la mesure où quand ça atteint toute une génération avec les individus aussi différents les uns des autres c'est qu'on est au-delà des problèmes d'individus c'est vraiment ici tout un moment un moment d'histoire qui s'est trouvé atteint alors on va essayer de j'ai cité en quoi il ne faut pas oublier qu'il y a eu le siècle des lumières auparavant et ce que le siècle des lumières a le plus combattu consciemment ou pas c'est le lien religieux qui depuis des millénaires permettait à l'homme de trouver à peu près un équilibre avec les problèmes qui l'envahissaient et ici je vais vous citer pour me faire comprendre
1:54:47 Hegel il y a tout un dossier sur Hegel et l'Afrique un texte d'un auteur africain qui est extrait d'un beau roman que je vous permets de vous recommander les lycéens et les africains connaissent bien c'est parti de leur classique qui s'appelle l'Aventure ambigüe de Cheikh Hamidou Kane c'est un auteur sénégalais je vous passe très rapidement le pitch du roman c'est un peu le parcours d'un jeune sénégalais pris bien sûr comme beaucoup de ses compatriotes dans la double culture celle de ses origines et celle du colonisateur je vais très vite le roman vaut mieux que toutes ces abstractions tout de même et à un moment donné il y a une discussion entre le père du gamin qui est le héros du livre le père du jeune sénégalais et le père de son petit copain français qu'il fréquente à l'école française bien sûr et dans le chapitre avant celui que je vais vous lire il y a une réunion des sénégalais de la tradition au moment où les blancs viennent de débarquer pour savoir si on veut qu'on envoie nos enfants à l'école nouvelle
1:55:57 et la discussion autour de l'arbre à palabres est-ce qu'on envoie nos enfants ou pas à l'école nouvelle la discussion est précise ça porte là-dessus et la plus opposée aux envahisseurs celle qui est la plus indomptable qu'il appelle la grande royale des Diallobé est très hostile donc aux nouveaux venus et pourtant c'est elle qui prend la décision pendant la réunion d'envoyer les enfants à l'école nouvelle et l'auteur dit mais ça je vous le saute mais je vous résume l'essentiel elle avait compris que la force des nouveaux venus ne résidait pas dans les canons mais dans ce qui venait derrière ces canons les livres les manuels scolaires le savoir la technique et que si on voulait s'en débarrasser il fallait s'initier à cela acquérir leur force et donc ça je vais vous le lire il y a donc une discussion entre un bon français un père de un camarade de notre héros et le père du héros pour qu'on s'y retrouve le vieux sénégalais qui parle on l'appelle ici dans le texte le chevalier c'est un noble castellan dans son peuple le chevalier qui parle donc avec monsieur Lacroix et c'est un dialogue
1:57:07 assez classique entre quelqu'un qui défend la rationalité le français le débat la science la technique etc et le sénégalais qui me dit que cette rationalité risque de menacer dans les valeurs proprement humaines et donc vous voyez j'ai lu ce que je viens de dire comme la discussion se passe au crépuscule il faut avoir vu ces crépuscules de Sahel pour comprendre à quel point ils sont parmi les plus beaux qui est au monde ce crépuscule ne vous trouble-t-il pas moi il me bouleverse en ce moment il me semble plus proche de la fin du monde que de la nuit le chevalier c'est le père du petit sénégalais le chevalier sourit rassurez-vous je prédis une nuit paisible vous ne croyez pas à la fin du monde vous au contraire je l'espère même fermement c'est bien ce que je pensais chacun a son monologue in petto c'est bien ce que je pensais dit le français ici tout se croit à la fin du monde du paysan le plus frustre aux hommes les plus cultivés pourquoi je me le demandais aujourd'hui seulement j'ai commencé de comprendre en regardant ce crépuscule le chevalier considéra Paul à mon tour de vous demander vous ne croyez pas vraiment à la fin du monde non évidemment dit le français le monde n'aura pas de fin
1:58:17 du moins pas la fin qu'on attend ici qu'une catastrophe du plus de notre planète je ne dis pas monsieur Lacroix répondit notre paysan le plus frustre ne croit pas à cette fin là épisodique et accidentelle notre univers n'admet pas l'accident il est plus rassurant que le vôtre malgré les apparences peut-être bien répond le français malheureusement pour nous c'est mon univers qui est vrai la terre n'est pas plate elle n'a pas de versant qui donne sur l'abîme le soleil n'est pas un lampadaire fixé sur un dôme de porcelaine bleue l'univers que la science a révélé à l'occident est moins immédiatement humain mais avouez qu'il est plus solide réponse votre science vous a révélé un monde rond et parfait au mouvement infini elle a reconquis sur le chaos mais je crois qu'ainsi elle vous a ouvert au désespoir discussion assez classique pour l'instant les méfaits et les bienfaits de la civilisation je ne sais pas si c'était que ça je ne pourrais pas faire ce détour et voilà que le chevalier poursuit ce point de vue et on en arrive là tout d'un coup il y a eu un moment de silence dehors le drame vespéral je suis parti de l'occident on va être d'un coucher de soleil dehors le drame vespéral avait pris fin le soleil était tombé derrière lui une masse imposante de nuages écarlates la chevette s'écroulait à sa suite comme monstrueuse traînée de sang coagulé
1:59:27 l'éclat rouge de l'air s'était progressivement attendri sous l'effet de la lente invasion de l'ombre étrange songeait Lacroix cette fascination du néant sur ceux qui n'ont rien leur néant il l'appelle l'absolu il tourne le dos à la lumière mais il regarde fixement l'ombre est-ce que cet homme n'est pas sensible à sa pauvreté ? à ce moment s'éleva la voix du chevalier elle était basse et méditative comme s'il se parlait à lui-même je voulais vous dire mais à moi monsieur il hésitait je voulais vous dire monsieur je voulais vous dire que c'est c'est moi-même finalement pardon qui ai mis mon fils à votre école à mon tour vous me donnez une grande joie j'ai mis mon fils à votre école et j'ai prié Dieu de nous sauver tous vous et nous il nous sauvera monsieur s'il existe j'ai mis mon fils à l'école et c'est le plus important le plus hégélien parce que l'extérieur que vous avez arrêté vous envahissait lentement et nous détruisait apprenez-lui à arrêter l'extérieur vous l'avez arrêté monsieur l'extérieur est agressif là il parle de la nature si l'homme ne le vainc pas il détruit l'homme et fait de lui une victime de tragédie une plaie qu'on néglige ne guérit pas mais s'infecte jusqu'à la gangrène
2:00:37 un enfant qu'on n'éduque pas régresse une société qu'on ne gouverne pas se détruit l'occident érige donc la science contre ce chaos envahissant il l'érige comme une barricade c'est le chevalier c'est ça admirable dialogue vous voyez ça nous vient d'Afrique il faut que ce soit un auteur africain qui nous fasse honte à nous écolo en disant ah la science n'est pas bon ça nous apporterait plus de problèmes que de solutions on ne peut pas regarder un documentaire à la télévision sans qu'on dise regarder ces hommes qui vivent en harmonie avec la nature tu parles sur les intervues chacun pris à part et en lui promettant juste un peu plus d'argent que les réalisateurs de l'émission lui ont donné pour répéter n'importe quoi devant l'écran il serait le premier à dire qu'il veut un poste à transistor qu'il devrait bien avoir une automobile et surtout des routes et des écoles et des hôpitaux moi j'ai vu dans l'Afrique quelqu'un arriver dans un dispensaire ayant fait 14 km en pleine forêt avec sa femme sur le dos parce qu'elle avait un accouchement difficile alors c'est pas à eux qu'on va leur dire que nous sommes des consommateurs cyniques et que nous vivons dans un excès de biens et donc il faut ça nous fait un petit peu honte que ça nous vienne d'Afrique une parole vous voyez c'est plus qu'un discours là une parole qui nous dit malgré tout ce que ça peut avoir comme inconvénient
Finitude, gestation et saut qualitatif
2:01:47 comme déshumanisation le monde de la technologie envahissante qu'on empêche qu'elle nous a permis d'arrêter le chaos qui nous envahissait et qui nous détruisait et de construire une barricade donc ça c'est pas un détour on va croire qu'on est dans le vif du sujet ce qui s'est passé pour cette génération sur le fond de laquelle a éclos la pensée de Hegel ce qui s'est passé c'est pas un phénomène psychologique c'est une nécessité historique dans laquelle nous sommes encore impliqués à savoir comment avoir un rapport au moins équilibré sinon heureux équilibré au monde lorsqu'on a supprimé et ça ça a été le travail des lumières cette suppression tous les subterfuges les artifices ou les incantations qui nous permettaient précisément d'éluder les pensées les plus difficiles ce qui gâche le paysage en particulier celle de la mort c'est pour ça que je voulais en arriver là et je parle pas ici de la mort au sens abstrait une espèce de mort immanente au vivant
2:02:57 quand quelqu'un comme Claude Bernard au XIXe siècle qui quand même fonde la biologie quand quelqu'un peut bien dire le vivant c'est le mort c'est quand même une phrase saisissante même si ça se veut une boutade tout de même ça veut dire que finalement on commence un peu à comprendre le vivant et à le soigner dès l'instant qu'on le traite à partir de principes physico-chimiques et non pas comme la vie comme une espèce d'essence mystérieuse qui serait complètement d'un autre ordre que la matière inerte c'est au contraire depuis qu'on le prend comme matière inerte qu'on a une médecine efficace je ne dis pas que la médecine est une science la médecine est un art comme disent les médecins eux-mêmes mais qui n'est efficace que depuis qu'il s'appuie sur une science qui est la biologie donc c'est comme s'il avait fallu attendre les dernières années du XVIIIe siècle et début du XIXe bref l'époque qui inaugure la nôtre celle de la révolution industrielle en Angleterre la politique française par ailleurs qui pour la première fois laisse l'homme seul face à face je n'emploie pas le terme de mort parce qu'il a des connotations
2:04:07 un peu il y a un tremblement dans la voix qui serait à l'inverse du propos que je veux déployer ici il faut qu'il essaye de rationaliser mais disons de la finitude comme on dit en philosophie il a fallu attendre ce moment-là pour que l'homme se résigne au concept de finitude parce que jusque-là il glissait sur sa finitude il glissait dans l'immortalité païenne ou chrétienne peu importe vous avez d'ailleurs un admirable passage dans la préface de la phénoménologie où Hegel dit fait allusion à ces changements des pommes voilà il fut un temps où les hommes avaient un ciel doté des vastes trésors des pensées et des images alors la signification de tout ce qui est se trouvait dans le fil de lumière qui l'attachait au ciel qui est allusion aux constellations de l'astrologie par exemple on veut savoir la vérité sur soi sur un destin il faut regarder les étoiles alors la signification de tout ce qui est se trouvait dans le fil de lumière qui l'attachait au ciel au lieu de séjourner dans la présence de ce monde le regard glissait au-delà vers l'essence divine vers si l'on peut dire une présence au-delà du monde c'est par contrainte
2:05:17 que l'œil de l'esprit devait être ramené au terrestre et être maintenu dans le terrestre il fallut alors bien du temps avant d'introduire cette clarté que possédait seul le supraterrestre dans l'étroitesse et l'égarement où se trouvait le sens de l'en-dessous le contraire de l'au-delà où se trouvait le sens de l'en-dessous avant d'accorder une valeur et un intérêt à l'attention à ce qui est présent comme tel attention qui se nomma alors expérience maintenant il semble qu'on ait besoin maintenant du contraire le sens est tellement enraciné dans le terrestre qu'il faut semble-t-il une violence égale pour le soulever passage intéressant qui montre bien que pendant des millénaires on a glissé sur le destin de l'homme en le résolvant d'une manière disons magique et deuxième allusion historique du reste il n'est pas difficile de voir que notre temps là Hegel fait allusion à son époque est un temps de gestation et de transition nous sommes en pleine crise mondiale comme il y en a peu donc c'est une certaine actualité notre temps est un temps de gestation de transition à une nouvelle période l'esprit a rompu avec le monde de son être là on voit bien ce qu'on veut dire l'esprit chez lui c'est tout sauf une petite vapeur qui se reçut de ma tête l'esprit
2:06:27 c'est en gros l'histoire universelle l'esprit a rompu avec le monde de son être là et de la représentation qui a dirigé jusqu'à maintenant ce qu'on appelle en histoire en gros l'ancien régime il est sur le point d'enfouir ce monde dans le passé il est sur le point d'enfouir ce monde dans le passé et il est dans le travail de sa propre transformation en vérité et là il explique l'esprit ne se trouve jamais dans un état de repos on pourrait se dire tiens jusqu'ici il ne se passait rien il y avait c'était l'ancien régime il y avait une place pour chaque chose et chaque chose a sa place je pense je parlais de la bruyère récemment vous trouvez ça très bien dans les caractères de la bruyère on a l'impression que chacun est dans une éternité l'étourdi l'oiseleur défile commence par un oiseau et finit par mille et ce n'est plus un ramage c'est un vacarme avec l'oiseleur chacun est comme ça dans sa petite boîte pour l'éternité c'est un peu le monde de la musique baroque c'est pour ça qu'elle a beaucoup de succès à notre époque notre époque inquiète à la musique baroque pour retrouver des temps qui n'étaient plus sûrs sans doute mais comme dit Nerval l'ignorance ça ne s'apprend pas donc cet ancien monde il est caractérisé par ça il est un peu atemporel
2:07:37 il est tout le temps dans une éternité qui nous fait oublier la finitude et la mort n'est-ce pas ? et donc Hegel va montrer dans le passage je vous le dis avant pour que le texte lui-même soit plus explicite plus clair il va distinguer l'évolution et la révolution on pourrait penser qu'il ne s'est rien passé que tout d'un coup là on prend la Bastille et donc il y a une révolution ah non dit Hegel il y a révolution parce qu'il n'y a on n'a jamais cessé d'évoluer seulement l'évolution est moins perceptible que la révolution c'est ce que je vais vous lire en vérité l'esprit ne se trouve jamais dans un état de repos mais il est toujours emporté dans un mouvement indéfiniment progressif seulement il en est ici comme dans le cas de l'enfant j'allusion à l'embryon comme tout à l'heure après une longue et silencieuse nutrition dans le ventre de sa mère après une longue et silencieuse nutrition la première respiration dans un saut qualitatif interrompe brusquement la continuité de la croissance seulement quantitative la croissance seulement quantitative c'est celle du fœtus quand les aliments par des procédés chimiques vont de la mère
2:08:47 au nouveau-né bien sûr mais d'une manière continue et silencieuse dans un saut qualitatif interrompe brusquement la continuité de la croissance seulement quantitative et c'est alors seulement que l'enfant est né ainsi l'esprit qui se forme mûrit lentement et silencieusement jusqu'à sa nouvelle figure désintègre fragment par fragment l'édifice de son monde précédent il est en train de faire un résumé historique un peu du processus historique qui a préludé à sa propre prise de conscience il y a eu le 18ème siècle on pourrait même l'entendre musicalement ce passage on y passe de Mozart à Beethoven comme vous allez voir d'ailleurs il y a un petit travail de sape un travail continu et Montesquieu le premier un des premiers sociologues modernes qui commence à dire c'est pas si absurde les lois Pascal dans le siècle précédent avait dit vérité au-delà des Pyrénées erreur en deçà on voit bien les folies humaines ça n'a pas de sens ah non dit Montesquieu c'est tout à fait normal par exemple que l'incendiaire soit plus punie dans un pays sec que dans un pays humide il y a une logique des lois c'est pas absurde le monde humain et dans une des plus belles préface qu'on ait jamais faite je vous la recommande la préface à l'esprit des lois de Montesquieu et une belle préface qui fait honte à madame d'Épinay qui peut faire de l'esprit elle avait dit
2:09:57 c'est de l'esprit sur les lois donc la préface à l'esprit des lois et il est pardon Montesquieu commence par cette belle phrase quand je me suis mis à examiner les hommes j'ai cru qu'ils n'étaient pas uniquement guidés par leur fantaisie c'est un des premiers qui nous a fait comprendre que le réel est rationnel les hommes ne sont pas guidés par leur fantaisie il y a des raisons à ce qu'en Espagne au-delà des Pyrénées il y a une justice comme ça et qu'en France elles soient différentes il y a des raisons voilà et donc ce travail de sape continu qui va demander ce que Pierre Bayle, Voltaire qui va s'attaquer au gros morceau le religieux quand même va s'attaquer à la croyance religieuse oh avec Voltaire on est loin de comprendre la religion mais au moins on en comprend les méfaits ce qui n'est pas pareil Voltaire montre que c'est une erreur mais il ne montre pas en quoi c'est une erreur parce que si c'est une simple erreur on ne comprend pas pourquoi comme 2 plus 2 égale 7 on ne comprend pas pourquoi des milliers d'hommes et parmi les plus intelligents de l'histoire qui ont été à ce point impliqués donc il y a tout ce travail de ça mais on n'est pas encore à la révolution française ainsi l'esprit qui se forme mûri lentement et silencieusement jusqu'à sa nouvelle figure
2:11:07 désintègre fragment par fragment l'édifice de ce monde précédent l'ébranlement de ce monde je continue est seulement indiqué par des symptômes sporadiques c'est là qu'on ne s'en passe que la musique de Mozart la frivolité et l'ennui qui envahissent ceux qui subsistent encore ingrave le pressentiment vague d'un inconnu sont les signes annonciateurs de quelque chose d'autre qui est en marche cet émiettement continu qui n'altérait pas la physionomie du tout est brusquement interrompu par le lever du soleil voilà l'hymne de Beethoven l'hymne à la joie est brusquement interrompu par le lever du soleil qui dans un éclair décide en une fois la forme du nouveau monde vous avez un résumé saisissant des grands enjeux de l'époque qui sont encore les nôtres on ne passe pas impunément comme ça on ne franchit pas impunément de telles épreuves à l'échelle historique au point que je pense je vous dis encore dogmatiquement je serais radiculant on discute pour que ce soit mais dogmatique mais je vous dis gratuitement si vous ne pouvez plus que l'autre fait non il me semble que depuis cette époque nous continuons à être marqués par ce qui l'a déterminé dès son surgissement à savoir le conflit de la révolution et de la contre-révolution nous ne sommes pas post-révolutionnaires
Romantisme et Parnasse, fin de l'histoire et guerre froide
2:12:17 nous ne sommes pas contre-révolutionnaires nous sommes chacun de nous a le choix d'ailleurs nous sommes encore dans le conflit de la révolution et de la contre-révolution je vais essayer d'illustrer ça avec des références plus familières à ceux qui pour la gentillesse être si présents si je prends au plan littéraire vous voyez la séquence qui s'est produit depuis l'époque de Hegel jusqu'aux avant-gardes littéraires du début du 20ème sur le stock duquel nous continuons à vivre je pense que je ne sais pas au hasard au surréalisme au lettrisme mais tout le monde vous avez l'impression qu'on a une succession de courants littéraires où il faut être un spécialiste pour se retrouver pas du tout il y a chemin de lecture assez clair si vous regardez bien il y a une alternance de moments romantiques je commence donc par le premier donc excentriques au sens propre qui vont s'éloigner du centre du quotidien de l'habitude pour aller vers les périphéries vers les bords vers les limites en ce sens par exemple le surréalisme est une aventure romantique à ce niveau là
2:13:27 et qui alterne avec des moments où au contraire il y a un retour en arrière je pense par exemple tous les manuels de littérature le savent bien c'est le Parnasse en poésie qui succède au romantisme Parnasse retour à la perfection de la forme à l'intelligibilité à des références plutôt plastiques marmoréennes on disait même comme des statues de marbre n'est-ce pas et donc voilà à la chaleur romantique à succéder la froideur mais la perfection du marbre Parnassien Banville ou Gautier par exemple il n'y aurait qu'à voir les titres de Gautier quand vous écrivez Émaux et Camées pluriel d'émail n'est-ce pas Émaux et Camées on est bien dans la référence du dur du froid mais du bien fait de l'orfèvre et et bien il n'y a pas un qui l'emporte sur l'autre le problème n'est pas réglé et on voit bien comme dit Hegel que les deux sont des moments aussi nécessaires l'un que l'autre dès qu'on est plongé dans l'un et bien c'est l'autre qui manque les insuffisances subjectives du romantique provoquent le retour du Parnasse on vient de le voir mais après c'est Baudelaire qui prend la succession après le Parnasse il y a un retour à la sensibilité romantique
2:14:37 enrichi par la perfection formelle que le Parnasse avait remis à l'ordre du jour c'est un enrichissement on n'a pas supprimé le romantique mais le Parnasse on les a intégrés dans un ensemble plus vaste alors peu importe qu'on l'appelle le symbolisme dans les courants de littérature Égale Baudelaire Verlaine Rimbaud c'est un moment mais ça aurait surpris qu'on les traite de symbolisme enfin voilà mais en tout cas ce qui caractérise ce moment-là moderne par excellence puisqu'on s'accorde à reconnaître les prémises des avant-gardes du XXe siècle vous savez ce que disait Rimbaud de Baudelaire premier des voyants roi des poètes un vrai dieu c'est avec lui que ça commence vraiment mais Rimbaud ajoute mais la forme si vantée chez lui est mesquine cet âge sans pitié n'est pas est mesquine et Rimbaud a vu assez vite que chez Baudelaire la forme est belle mais enfin elle sent un peu c'est un peu l'ancienne forme classique ou néoclassique pas la sienne qui est collée sur un contenu fabuleusement nouveau or il est dit dans l'évangile n'est-ce pas qu'il faut éviter de mettre du vin nouveau dans de vieilles outres et donc le projet d'André Chénier vous savez le seul
2:15:47 grand poète du 18ème siècle il ne peut pas avoir le siècle de la raison de la pensée un siècle de poésie il ne faut pas avoir le beurre l'argent du beurre mais Chénier quand même qui fait exception fait ce vers célèbre sur des pensées nouveaux faisant des vers antiques c'est l'échec de ce projet que je suis en train de dénoncer ici toute la postérité esthétique en l'occurrence littéraire à l'époque de Hegel est une alternance entre poussée romantique moderne recherche de l'absolu de l'infinité et réaction néoclassique qui va s'appeler parnassienne au milieu du siècle mais lorsque je l'ai dit quand Baudelaire revient et balaye ce fragile compromis qu'avait été le Parnasse pendant un moment en retrouvant de la chair et de la vibration qui était un peu absente du marbre parnassien ça aboutit de nouveau à une réaction encore néoclassique ça va être Valéry en poésie ou Gide dans le roman n'est-ce pas qui sont dans leurs écrits théoriques dans leur voix off si vous préférez sont explicitement assez violemment antiromantiques au point que Gide allait jusqu'à dire et les milliers de gosses ont fait des disserts là-dessus le classicisme est un romantisme dompté vous voyez et bien ça marche pas le surréalisme vient de nouveau déboulonner Valéry et Gide vous voyez
2:16:57 c'est pas une démarche linéaire on le tourne en haut comme si effectivement il y avait bien eu une fin de l'histoire à ce moment-là non pas une fin pour dire ni un de circuler sorti la salle il n'y a rien à voir ils sont pas ce que ça n'a jamais autant passé Hegel n'a jamais pensé que l'histoire s'arrêtait à lui vous trouverez nulle part chez lui qu'il y a une fin de l'histoire ou qu'il n'y a plus d'art il dit même au contraire que l'art ne cessera de se perfectionner ce qui a fini ce qui est fini par exemple avec les lumières du 18ème siècle c'est le fait que comme peignait Fra Angelico ça va aller en naissance qu'il peignait la Vierge et les Saints il les peignait à genoux c'est cet rapport immédiat vous me direz qu'il y a des pensées ce sont celles qui sont le plus à la mode aujourd'hui je pense à celles de Nietzsche et je veux moins critiquer Nietzsche que l'usage crapuleux qu'on en fait dans la contre-révolution contemporaine si vous regardez bien le retour de Nietzsche ou sa vulgarisation de la des années 70 au moment où l'Union soviétique commence à s'affaiblir et au moment où visiblement dans la guerre froide c'est l'Occident qui est en train de reprendre la main parce que les plus jeunes ne le savent pas il y a un moment où l'Occident a tremblé quand même c'est pas seulement en 1945 parce que nous la race supérieure je parle comme si j'étais en Allemand on se réveille un matin
2:18:07 en 1945 avec des moujiks sur l'Elbe ça ça fait mal quand même les sous-hommes qui sont maintenant nos maîtres c'est déjà inencaissable mais un peu plus tard pire c'est pas en 1957 premier satellite artificiel soviétique ça semble étrange d'entendre aujourd'hui parce que maintenant l'Union soviétique c'est plutôt connoté à fruste rustique je sais pas comme disait mon beau père allemand il y a un peu rustique l'avion russe que nous avons pris oui mais c'est eux qui ont envoyé le premier satellite artificiel c'est les premiers qui ont atteint la vitesse de libération qu'on dit quelle symbolique pour Hegel qui comparait à la suite de Kant le monde de la nature celui de Newton là où Newton a raison qui est gouverné par la loi de la chute des corps par la pesanteur par la gravité qui est aujourd'hui encore l'énigme n'est-ce pas des astrophysiciens la gravité il essayait donc de me trouver des particules ce qu'on appelle les gravitons vous connaissez les particules de gravité et son antonyme la liberté qui au contraire va vers le haut n'est-ce pas la gravité va vers le bas et c'est ce qui faisait dire à Kant que Rousseau était le Newton de la morale parce que parallèlement au monde de la nature où c'est le sens
2:19:17 de la chute bref la direction vers le bas qui domine le monde de l'homme c'est le monde de la liberté vers le haut belle image et bien voilà que la première vitesse de libération c'est un terme d'astrophysique c'est pas moi qui l'ai inventé et en 57 ça fait bizarre quand même vous voyez donc vous ne pouvez pas imaginer le traumatisme moi je me rappelle j'avais mes parents il y avait Paris Match à l'époque à la suite du premier Spoutnik et dans le Paris Match on voyait des jeunes russes mal habillés ils se faisaient des équations sur un tableau ils ont peut-être pas de beurre mais ils ont soif de savoir il y avait de nouveau monde et on se disait est-ce qu'on va tenir le coup est-ce qu'on va bon et vous savez la suite n'est-ce pas il suffit de mettre la barre un peu au-dessus en termes de budget militaire et tout et les russes sont tombés à genoux et je finis juste cette petite parenthèse pour dire que pour moi la cause principale de la crise économique que nous vivons c'est que nous sommes en train de payer c'est pour ça que j'en parle c'est pour être contemporain la facture de la guerre froide il a fallu dépenser énormément d'argent investir beaucoup créer de la monnaie comme on dit de l'inflation pour pouvoir faire face à la subversion communiste internationale maintenant nous en payons les frais ben oui
L'ignorance ne s'apprend pas : Nietzsche et la pitié
2:20:27 voilà donc je reviens sur l'histoire de déclin et l'occident vous voyez bien que l'occident est devenu un concept je l'espère entre nous on peut être en occident en patagonie au japon ou au fond du sahara le problème c'est que c'est la fin du parcours la fin du parcours c'est quand on sait quand on sait quand on ne peut plus avoir le mirage des illusions qui étaient efficaces quand on ne savait pas nous avons tous avec nos enfants nous avons tous un petit pincement au coeur quand on leur expliquait que le père Noël n'existe pas bon mais une fois qu'on sait qu'il n'existe pas c'est dur de faire comme s'il existait c'est pour ça que j'ai cité Nerval tout à l'heure qui a dit pour moi la phrase la plus claire et la plus significative à ce niveau là et qui résume un peu et je vais revenir à Nietzsche les errements d'aujourd'hui l'ignorance ne s'apprend pas je ne peux pas faire exprès d'apprendre des choses dont j'ai su par le savoir qu'elles étaient fausses je ne peux pas maintenant m'amuser à dire ben non je vais décider que la terre n'est pas ronde mais qu'elle est mais qu'elle est cubique j'en sais rien l'ignorance ne s'apprend pas je peux tout apprendre il y a eu quelque chose à apprendre jusqu'à la fin de ma vie j'espère d'accord mais pas l'ignorance justement
2:21:37 chaque fois que j'apprends je fais un progrès dans le savoir et non pas un progrès dans l'ignorance l'ignorance ne s'apprend pas qu'on ait été jeté dans le savoir par la force ou par ou que ça ait procédé de nous-mêmes dans tous les cas ça produit bien un nouveau monde et là je vais vous lire un texte assez saisissant à ce niveau là qui va contredire quand je pense à l'idéologie contemporaine et à l'usage crapule de Nietzsche je vais penser moins à Nietzsche que l'usage qu'en fait Onfray par exemple voilà un philosophe dominant que j'appelle le philosophe balnéaire parce qu'on nous le diffuse par France Culture tous les mois de juillet sur les plages et j'avoue que c'est moins difficile donc et Onfray vous savez son maître mot c'est l'hédonisme c'est une philosophie il y en a marre du philosophe de la macération du malheur du tragique Hegel la mort l'entendement ce qu'il faut dans la vie c'est jouir très bien qui ne serait pas d'accord c'est comme Bush quand il dit moi je suis le bien contre le mal qui est-ce qui va être pour le mal personne ces valeurs là il faut s'en méfier quand elles sont consensuelles c'est qu'il n'y a pas de discussion vous avez déjà vu quelqu'un qui se couche sous les voitures en aspirant avec délices les vapeurs d'échappement personne personne est pour la pollution alors pourquoi il y en a qui sont contre donc
2:22:51 je vous lis ce passage qui dit j'aimerais bien moi aussi m'évader comme vous comme dit Novalis on l'a cité tout à l'heure m'évader par le flux doré des grappes la bibine la brune sève du pavot voilà pour les paradis artificiels ou le tendre sein de la vierge qui nous en fait un paradis l'éros ce n'est pas les trois modes d'évasion que les fleurs du mal vont illustrer chapitre par chapitre et voilà le je me trompe de votre pardon voilà je vais passer dans la question ça part un morceau merci bien excusez voilà de l'introduction donc maintenant je ne confonds pas la préface et l'introduction tout de même voilà ce qui est limité à une vie naturelle l'animal par exemple
2:24:01 ce qui est limité à une vie naturelle n'a pas par soi-même le pouvoir d'aller au-delà de son être là immédiat j'ai dit tout à l'heure que les abeilles reproduisaient depuis toujours leur être là immédiat mais il est poussé au-delà de cet être là par un autre et cet être arraché à sa position est sa mort l'animal fait ce qu'il peut pour subsister à défaut d'exister il subsiste et quand il a épuisé ses forces de résistance il meurt mais la conscience est pour soi-même son propre concept pour soi-même et non plus sa limite lui vient pas de l'extérieur mais d'elle-même elle est donc immédiatement l'acte d'outrepasser le limité et quand ce limité lui appartient l'acte de s'outrepasser soi-même vous avez beaucoup médité la fameuse phrase de Faust dans le Faust de Goethe « Stirb und werde »
2:24:42 si tu es un malheur meurt et devient mais la conscience c'est pour ça bon avec l'existence singulière l'au-delà est en même temps posé dans la conscience serait-ce encore seulement comme dans l'intuition spatiale à côté du limité passons là-dessus la conscience voilà où j'y arrive subit donc cette violence venant d'elle-même le savoir je sais que le père Noël n'existe pas c'est moins marrant que quand je croyais qu'il existait ben oui la conscience subit donc venant d'elle-même cette violence par laquelle elle se gâte toute satisfaction limitée dans le sentiment c'est pas un savoir le sentiment dans le sentiment de cette violence l'angoisse peut bien reculer devant la vérité aspirer et tendre à conserver cela même dont la perte menace se cramponner aux acquis de l'ignorance mais cette angoisse ne peut pas s'apaiser en vain elle veut se fixer dans une inertie sans penser qui assure que tout est bon dans son espèce en arrière nous ne voulons point voir nous laisser bercer comme un vacillant canot sur la mer c'est très abstrairement de tout ce que je sais cette angoisse ne peut pas s'apaiser en vain elle veut se fixer dans une inertie sans penser deux points la pensée vient alors troubler l'absence de pensée et son inquiétude dérange cette inertie
2:25:52 en vain elle se cramponne la conscience dans une certaine forme de sentimentalité qui assure que tout est bon dans son espèce cette assurance souffre autant de violence de la part de la raison laquelle ne trouve pas que quelque chose de bon précisément en tant que c'est une espèce voilà vous voyez c'est un texte assez effrayant quelque part parce qu'il vient nous rappeler que lorsque le processus de connaissance a commencé il y a un niveau d'irréversibilité et ce pauvre Nietzsche parce que moi j'aime bien Nietzsche à condition que ce soit le pauvre Nietzsche c'est un tragique ce mec qui nous a enseigné qu'il fallait que ce n'est pas dans la raison le concept dans les idées claires et distinctes pour parler comme Descartes et par les lumières ce n'est pas qu'on s'accomplit mais au contraire dans l'éclat ou dans le dionysiaque je caricature un peu c'est plus Onfray que du Nietzsche mais tout de même et surtout qu'il y a eu et là c'est du Nietzsche pur il y a eu comme principale contre-valeur comme adversaire elle s'est acharnée la pitié le sentiment chrétien par excellence chacun sait le positionnement violemment anti-chrétien de Nietzsche au point qu'il disait aut Christus aut Zarathoustra ou bien on est pour le Christ ou bien pour Zarathoustra ça n'a pas de compromis les choses sont claires
2:27:03 et bien non parce que certains d'entre vous savent peut-être comment la folie s'est déclarée je parle de la folie je ne parle pas de la névrose qu'il y a dans chaque famille bourgeoise je parle de la vraie folie la pauvre celle qu'on enferme ça a commencé à Turin en 89 il avait déjà publié depuis longtemps ses principaux ouvrages lui l'adversaire de la pitié voilà qu'il voit un cheval maltraité dans les rues de Turin et il écarte le conducteur il se met à rouler un gros patin au cheval il a fait un scandale dans la rue et puis on a dû l'enfermer ça a commencé comme ça donc en fait il se croyait débarrassé de la pitié comme dit être au-delà et Dieu sait si à l'époque nazie on a exploité cette manière de dire d'envoyer balader toute commisération tout sentiment d'esclave inférieure qu'est la compassion là en fait c'est tout juste s'il n'est pas mort de pitié le pauvre enfin mort psychiquement en tout cas la folie est une mort psychique puisqu'on perd son identité et mort de pitié vous voyez alors c'est intéressant c'est comme par exemple parce qu'à l'époque il luttait contre il avait comme principal adversaire Wagner le compositeur avec lequel il avait été très proche
2:28:13 très ami à l'époque dont il dit lui-même que c'était la plus heureuse de sa vie quand il fréquentait cet homme de feu Wagner qui a quand même je ne sais pas une trentaine d'années de plus que lui et Wagner il aimait bien quand il a fait le personnage de Siegfried Siegfried c'est l'homme sans pitié qui envoie de son épée balader les lois les valeurs les vieux etc bref et en commençant par briser en mille morceaux la lance de son ancêtre Wotan et bien Wagner à la fin de sa vie Nietzsche s'est racheté de ses beaux acquis en nous donnant son Parsifal c'est la germanisation de Perceval qui est justement le contraire de Siegfried qui est le héros de la pitié qui n'est pas le cow-boy qui dégaine et qui flingue le premier venu mais qui est au contraire celui qui quand on le frappe sur une joue tend l'autre qui est hébété qui ne sait pas quoi dire quand il y a des choses importantes et surtout qui n'a qu'un sentiment c'est celui de la compassion et donc Nietzsche daube n'est-ce pas dans Par-delà le bien et le mal en particulier sur cette faiblesse du vieux Wagner qui devait être gâteux puisqu'il a sombré dans le christianisme la compassion tout ça et quand Nietzsche écrit ceci ce qui est comique
2:29:24 dans ce que je suis en train de dire enfin comique c'est ceux qui se basent sur cet écrit de Nietzsche pour critiquer Wagner qui est sur la situation la plus comique parce que ceux qui s'en tiennent à ce texte croient être grâce à Nietzsche dispensé n'est-ce pas de l'étape Wagner du moment Wagner comme dirait Nietzsche Hegel mais en fait il faut savoir que Nietzsche quand il écrit ça n'avait pas entendu une mesure musicalement parlant de l'oeuvre il n'est venu que le texte et ce texte là avec ses références chrétiennes l'avait bassiné et bon Wagner il en rajoute et lorsqu'il a entendu les premières mesures de Parsifal à Monte Carlo où il était en vacances parce qu'il a mis ses hivers en Méditerranée et ses étés en Montagne en Autriche en Suisse en Autriche lorsqu'il entend la première fois les premières mesures de Parsifal il fait une lettre admirable à son principal interlocuteur musical Peter Gast et en lui disant Wagner n'a jamais fait mieux c'est son chef d'oeuvre moi j'admire ce Nietzsche qui se contredit qui n'est pas celui qu'on cite le plus souvent et qui quand il entend Wagner composé dire ça envoie loin derrière tout ce qu'il a écrit auparavant alors qu'il venait de dire dans Par-delà bien et mal que c'était une oeuvre de décadent de minable de gâteux bref on parle de la pitié vous voyez c'était un enjeu énorme
2:30:34 de la relation à l'autre et ce que je suis en train d'illustrer par ce long détour par Nietzsche c'est qu'il ne suffit pas de partir en guerre contre la pitié pour en être exempt et Nietzsche aurait dû le mal au Nietzsche le pauvre Nietzsche comme le dit qui est un grand nigaud moi que j'aime bien comme grand nigaud et non pas comme le président je le dis comme décapeur le plus intelligent des décapeurs non non c'est un grand nigaud un bon petit bourgeois allemand terrifié par la commune de Paris on a des textes là-dessus indubitables il s'engageait comme volontaire dans l'armée prussienne pour aller combattre cette vapeur méphitique venu de la révolu à la française il a été pris finalement comme ambulancier bien sûr il était volontaire absolument il était déjà de faible constitution ben oui comme il avait des migraines qui louchaient on a mis tu vas aux ambulances il ne faut pas tenir un fusil mais enfin c'est pour dire vous avez cassé du communard ben oui comme Schopenhauer qui appelait la police pour dire qu'ils sont là les émeutiers à deux rues de chez moi ce sont quand même les idoles de l'intelligentsia contemporaine que je me permets de s'y citer c'est là qu'on voit quand je dis que nous ne cessons de vivre l'alternance de la révolution et de la contre-révolution je ne parle pas tout à fait au hasard j'essaye d'être concret
Chacun est fils de son temps : penser notre présent
2:31:45 et j'essaye de me conformer à l'enseignement principal de Hegel qui est que chacun est le fils de son temps c'est à dire que on croit parler d'Aristote de Platon de Nietzsche de Hegel en fait nous sommes en train d'exprimer notre temps à notre insu c'est notre temps qui s'éprouve à travers nous et qui nous détermine c'est très prémarxien qu'il est en train de dire c'est le présent historique qui détermine ma pensée avant qu'elle commence à se développer et si je veux me libérer de sa détermination il faut que j'en ait conscience en ce sens il reprend un petit peu la conception spinoziste de la liberté c'est à dire que être libre c'est pas s'opposer à tout ce qui est déterminé c'est au contraire reconnaître la détermination Spinoza comme Hegel reprennent la formule énoncée pour la première fois par Spinoza la liberté est l'intellection de la nécessité c'est seulement quand je comprends les mécanismes par lesquels l'eau peut être drainée et irriguer les cultures que je me libère de la sécheresse c'est pas en ignorant les lois de la nature c'est au contraire en me familiarisant avec leur détermination la liberté est l'intellection de la nécessité pour me libérer du nécessaire mais il faut que j'en prenne conscience et non pas que je dise de mon côté moi je suis libre
2:32:55 je suis pas d'un nécessité c'est une affirmation abstraite immédiate et gratuite comme dirait Hegel donc voilà c'est mon présent historique qui me détermine quand je crois être au milieu de Platon et d'Aristote dans la cité d'Athènes ou quand j'anticipe le futur quand je m'imagine la cité de demain quand j'imagine le passé je ne peux que l'imaginer parce que le passé et l'avenir en ceci commun c'est qu'ils sont pas là par hypothèse n'étant pas là n'est-ce pas on ne peut pas les avoir présents donc on ne peut que se les représenter c'est important de rappeler ces choses là là cette tasse elle est présente devant mes yeux c'est produit du monde immédiat mais si je ferme les yeux et qu'elle n'est plus là je peux encore me la représenter donc chaque fois que j'anticipe l'avenir ou que j'essaye d'imaginer le passé Hegel nous rappelle avant Marx qui a fait ça de Robinsonade que en fait je ne quitte pas mon présent mon présent historique me détermine et d'autant de plus que je n'en ai pas conscience je vous rappelle que la notion de Robinsonade est un concept proprement marxiste Marx appelait Robinsonade les tentatives par lesquelles les anthropologues bourgeois je vais prendre un sens anthropologique bourgeois ici pas péjoratif sociologiquement Marx était un bourgeois
2:34:05 comme vous et moi mais qui essayait d'imaginer l'origine de la société en disant que voilà des producteurs isolés avaient compris dès la préhistoire que si on se met à 4 ou 5 ou 10 c'est peut-être mieux pour chasser le mammouth que si je reste tout seul Marx dit ça c'est une histoire racontée aux enfants c'est des Robinsonade on fait comme s'il y avait eu des hommes isolés avant qu'il y ait de la société mais nulle part regardez l'anthropologie scientifique cette fois chaque fois qu'on voit des restes d'hommes plus les plus anciens plus les tailleurs de galets éclatés qu'elle se raperçoit c'est que l'homme il est toujours déjà en société il est zoon politikon comme dit Aristote animal social animal politique comme vous voudrez la traduction que vous voudrez zoon politikon c'est-à-dire que être homme précisément c'est cet animal qui a pour spécifique de ne pouvoir vivre qu'à partir du moment où la relation à l'autre est devenue déterminante donc c'est inutile d'essayer de se dire voilà il y avait des hommes dans la nature qui ont trouvé qu'en s'unifiant c'était plus sympa et plus efficace pour se protéger et pour subsister non non non c'est l'inverse c'est pas les individus humains qui ont produit la société c'est la société qui a produit l'humanisation des animaux que nous étions tous
2:35:15 à l'origine c'est quand même important à comprendre c'est Rousseau le premier qui a compris et c'est ce qui fait dire à Kant et à tous ceux qui vont suivre en commençant par Hegel que Rousseau et Newton de la morale je veux dire les mœurs si si c'est pas la morale au sens moralisant c'est-à-dire Rousseau et Newton de l'anthropologie comme Newton est la référence pour le monde de la nature science de la nature science humaine on retrouve toujours le même découpage depuis cette époque là à savoir Rousseau le dit très bien que alors qu'on prend Rousseau pour l'adepte du bon sauvage et que l'homme le vrai et se suffit de la nature Rousseau dit exactement l'inverse le Rousseau qu'on lit n'est pas tout à fait celui qu'on rapporte donc je vous cite de mémoire dans le contrat social un passage auquel j'attache beaucoup d'importance c'est le chapitre 6 du premier livre qui s'appelle de l'état civil je cite Rousseau ce passage de l'état de nature à l'état civil produit dans l'homme un changement très remarquable en substituant dans sa conduite la justice à l'instinct et donnant à ses actions la moralité qui leur manquait auparavant quoi qu'il se prive dans ce nouvel état de plusieurs avantages qu'il tient de la nature il en regagne de si grands Rousseau ses facultés s'exercent
2:36:26 et se développent on a vu tout à l'heure ce que le langage a porté à la pensée ses facultés s'exercent et se développent ses passions s'ennoblissent passion au sens classique ça veut dire que c'est quelque chose qu'on subit c'est pas du tout passion au sens romantique c'est quelque chose qu'on subit qu'on n'a pas le choix comme le fait d'avoir faim c'est une passion c'est pas une action ses passions s'ennoblissent par exemple la sexualité passion de l'espèce devient amour ou mariage par exemple ses passions s'ennoblissent son âme tout entière s'élève à tel point que si les abus de cette nouvelle condition c'est là qu'il y a une théorie du mal chez Rousseau du mal fait par l'homme ne le dégradait souvent au-dessous de celle dont il est sorti et là j'insiste je le fais à chaque fois mais bon sens comment peut être en dessous de l'animal c'est ça qu'il est en train de dire Rousseau vous avez la théorie franchement du mal et du mal tel qu'on tel qu'il peut résonner ce mot là au XXème siècle après Auschwitz c'est ce qu'on voudra c'est vraiment la théorie du mal pour une fois chez un philosophe à savoir si les abus de cette nouvelle condition celle de l'état civil ne le dégradait souvent au-dessous de la bête de celle dont il est sorti il devrait faites attention au temps et au mode de verbe il devrait bénir sans cesse
2:37:36 l'instant heureux qui l'en arracha pour jamais et voilà la citation et qui d'un animal stupide et borné fit un être intelligent et un homme Rousseau est très clair à l'inverse du Rousseau qu'on nous enseigne et du bon sauvage il est en train de dire c'est en passant d'un animal stupide et borné à l'être intelligent et l'homme que l'homme s'est hominisé c'est précisément la société qui hominise l'homme pour le meilleur comme pour le pire ajouter Rousseau avec les abus de nouvelles conditions c'est pas moral donc j'insiste beaucoup sur cet aspect là et à l'époque où nous vivons on voit triompher au contraire les valeurs anti-humanistes une des philosophies dominantes en dernière année celle de Foucault par exemple je ne parle pas dans son dos au contraire je prends la lettre de son texte je crois que tout tout le monde qu'elle vient se reconnaîtra Foucault dit que l'homme est une invention récente qui est à peu près dehors du 18ème siècle et heureusement dit qu'il est amené à disparaître bientôt et toute sa pensée est conçue comme un anti-humanisme Lévi-Strauss je prends plusieurs maîtres penseurs qui n'ont pas eu une influence marginale dans l'intelligentsia contemporaine je parle de tout ce qui règne en gros depuis les années 70 je fais une petite parenthèse
2:38:46 hégéliano-marxiste cette fois les années 70 c'est ça la référence et la coupure c'est curieux parce que c'est une coupure dans plein de domaines qui semblent à première vue mais là je fais de naïf à première vue indépendants les uns des autres mais vous vous doutez bien qu'ils sont liés c'est le domaine par exemple de la pensée je suis en train d'en parler le domaine des idées philosophiques mais si je prends le domaine de l'économie ça n'a rien à voir apparemment les transformations économiques pas de la pensée économique c'est le moment où on passe à l'économie financière qui est en crise aujourd'hui c'est les années 70 qu'on passe d'une expansion industrielle liée à l'expansion des Trente Glorieuses c'est pas les reconstructions équipements à ce cancer d'une économie qui ne produit plus de véritables richesses mais qui produit de la finance c'est pas financierisé ça je ne développe pas trop parce qu'on ne parle que de ça depuis quelques années et d'autant que je vais devoir en venir à la conclusion de cette première je voudrais conclure là-dessus c'est-à-dire faire comprendre que grâce à la pensée hégélienne nous avons une occasion et si nous voulons le comprendre comme nous comprendre je crois que c'est lié le principal effort qu'il nous reste à faire c'est de penser notre temps c'est pas parce que nous vivons dedans que nous le pensons je ne sais pas si on prend
2:39:56 un peu de distance penser notre temps pour comprendre après le passé ou aussi bien que ce qu'on peut imaginer du futur et que la détermination de notre époque si on n'en prend pas conscience elles vont déterminer tout ce qu'on va penser donc autant en prendre conscience maintenant et donc la prochaine fois j'enchaînerai directement avec les enjeux de pourquoi lire Hegel aujourd'hui au moment actuel du conflit révolution contre révolution dont j'ai dit tout à l'heure que nous ne sommes pas sortis depuis deux siècles voilà vous avez cinq minutes pour les questions s'il y en a il y a des besoins d'éclaircissement oui je vous en prie j'ai peut-être très bien compris le rapport entre la fin de l'histoire et la conscience il faut bosser ma fille si vous ne comprenez pas il est dur il y a cinq minutes pour répondre attends quelle réponse blague à part la réponse dans la bible la théologie est sérieuse comme dit Rimbaud l'enfer est véritablement en bas et le ciel en haut c'est Rimbaud qu'est-ce que c'est le deal qu'on propose le serpent à Eve si vous goûtez ce fruit
2:41:07 vous serez comme Dieu connaissant le bien et le mal il le sait bien le malin il est malin il sait bien que la connaissance a fait mal quelque part la conscience s'écrouler la croyance au père noël par exemple c'est ce que le début de l'histoire mais bien sûr mais oui mais pourquoi tu veux que la fin de l'histoire parce qu'il a fallu attendre la fin du vingtième du vingtième pour que l'homme assume sa condition qui est la même depuis tout le temps mais tu n'étais pas là je crois dans la première partie et où je disais précisément qu'il a fallu les lumières pour avant Hegel pour combattre le lien religieux qui nous permettait de répondre à ces questions avant de les poser la pensée de la mort ne pouvait pas apparaître parce qu'elle était immédiatement éludée et depuis néolithique par les rites et l'enterrement par la sépulture par le voilà il y avait un au-delà qui venait rassuré quelque part et empêché la pensée de penser la finitude et donc à l'homme d'épouser sa condition et quelque part on peut dire que peut-être le plus grand titre de gloire du christianisme c'est d'avoir inventé un dieu auquel non seulement on ne sacrifie pas des animaux auquel non seulement on ne sacrifie pas des hommes mais qui se sacrifie une humaine c'est l'inversion totale et qui épouse la condition humaine
2:42:17 jusqu'au bout je fais allusion ici je fais une lecture laïque bien sûr de l'évangile enfin je n'en trahis pas la lettre loin de là je ne crois pas l'esprit jugé plutôt dans le jardin des oliviers lorsque jésus a tout d'un coup l'angoisse pour la première fois de sa mission quand même si c'était un happy un de si toi je meurs comme ça je souffle mais c'est pipeau je vais ressusciter dans trois jours moi je suis superman si rien à côté de moi vous inquiétez pas si c'était ça l'histoire n'a rien dramatique or c'est pas ça il a l'angoisse que tout homme a en mouvement c'est ça qui est admirable pas seulement la douleur physique les coups de fouet les verges la couronne d'épines lorsqu'il dit Eli, Eli, lama sabachthani mon père pourquoi m'as-tu abandonné là le Christ devient homme intégralement il a même l'angoisse et la siniclure donc il a accompli Es ist vollbracht comme on dit dans la passion selon saint Matthieu il a accompli intégralement la condition humaine il faut du temps historiquement pour ça ce que Hegel appelle la patience le travail et le calvaire du concept il faut du temps le patient comme je réponds à la question