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Reprise de l'atelier et les espèces du faux
0:00 Bonsoir tout le monde. C'est vraiment une retrouvaille, je vous dis ça à chaque fois, mais tout de même, là, troisième époque. Première époque, les ateliers réguliers au centre Goscinny, plus quelques lives de temps en temps entre deux ateliers. Puis, le confinement avec les attelages de la confinitude, que je vous remercie d'avoir suivi.
0:34 Et enfin, nous revenons un petit peu à la matière de l'atelier qui avait commencé à la rentrée 2019, et qui, comme vous le savez, portait sur la logique du sujet, pour ce qui est du titre principal, Voilà, c'est des rappels. Mais c'est toujours bon de tenir compte de ce qui arrive, des vieux vétérans, des vétérans de 23 ans, si je puis dire, des fidèles et des nouveaux venus.
1:11 Donc, je suis vraiment très content de vous retrouver, d'autant que, et c'est pour ça que je me suis permis de vous remercier, dans un texte pour lequel je remercie Philippe, d'ailleurs, parce que c'est lui qui l'a rédigé, de vous remercier de l'accueil plutôt favorable que vous avez fait à nos attelages de la confinitude, parce que je ne vous cache pas que, surtout pour ce qui est du dernier, comme quoi il ne faut jamais faire de l'auto-évaluation, on est très mauvais, on ne peut pas être à la fois au balcon et se regarder passer dans la rue.
1:42 J'avais pensé vraiment que j'avais un peu loupé la chose la dernière fois, parce qu'il y avait trop de matériaux, que c'était compliqué, que j'ai demandé un effort d'abstraction, et en même temps de faire des rapprochements entre l'évangile de Jean, la théorie de l'idéologie chez Marx, de l'argent chez Hegel. Il me semblait que je lui demandais beaucoup. Or, je regarde les réactions, il y en a même un qui me dit, c'est peut-être ce que vous avez fait de mieux.
2:14 Ça ne veut pas dire que c'est bon, c'est ce que j'ai fait de mieux. Peut-être de moins mauvais, je ne sais pas. Mais en tout cas, l'accueil était très positif, et c'est pourquoi nous ne sommes pas consultés longtemps, en association, en particulier avec Philippe, pour reconduire nos lives, puisque j'ai encore téléphoné récemment, notre centre Goscinny reste fermé, et continue à avoir la même annonce qu'en mars, à savoir qu'il est fermé jusqu'à nouvel ordre.
2:46 J'ai laissé un petit mail pour dire de nous prévenir, d'être gentil de nous dire quand ils ont une idée de la date de réouverture, mais d'ici là, nous avons le temps de continuer entre nous, de reconduire le format, la formule, comme vous voulez. Et pour cette fois-ci, justement à cause de l'épaisseur, je ne vais pas dire la richesse, ce serait un jugement de valeur, mais l'épaisseur des contenus agités la dernière fois, et de leur relative complexité, c'est le moins qu'on puisse dire parfois, j'ai décidé de rester sur le même thème, ça vaut bien deux séances, et alors je ne vous donne pas à proprement parler un plan, mais je vous dis à l'avance que je vais alterner tantôt des illustrations des avancées que nous avons faites la dernière fois, en particulier des différents sens de faux, le faux comme simplement différent du vrai, le faux comme inverse du vrai, l'illusion, le faux comme mensonge, le faux comme mensonge aux autres, le faux comme mensonge à soi-même, vous voyez, on va revenir sur toutes ces espèces
3:57 du genre faux, de tout ce qui est contraire du vrai, que je ferai respirer grâce à des exemples et des lectures bien concrètes, et des textes qui nous permettront de voir un peu dans l'ici et le maintenant ce qu'il en est. Et puis, dans un deuxième temps, je vais faire la seule avancée, parce que je voulais un peu reposer les cervelles, et donc ne pas faire comme une marche forcée de nouvelles avances importantes, mais j'en ferai quand même une.
4:39 Je vous le dis encore maintenant, je vous le dis, pardon, dès cette introduction, je vais poser la question de savoir s'il n'y a pas une synthèse possible qui nous permettrait de sortir du flou relatif dans lequel on s'est arrêté, j'ai fait exprès, ce n'est pas par manque de temps, la dernière fois à cause de la complexité de notre objet. C'est lorsque j'ai parlé, disons, de tout ce qui est analogue à la notion d'inconscient, d'idéologie chez Marx.
5:18 Marx dit bien que dans la production sociale de leur existence, les hommes entrent en des rapports nécessaires, déterminés, indépendants de leur volonté. Donc c'est tout à fait en dehors de la conscience. Je vous rappelle que lorsque je sors dehors et que j'emprunte le trottoir, je ne pense pas dans ma tête à entrer en contact avec le travailleur sans doute immigré qui a produit ce trottoir, qui me permet de ne pas marcher dans la boue, à vous comme à moi. Je n'y ai pas pensé, n'empêche que je rentre objectivement, vous voyez, il ne s'agit pas du tout de l'inconscient freudien, vous voyez, je fais exprès de prendre cet exemple.
5:51 Mais le point commun quand même, c'est que ça échappe complètement à la conscience qui n'est qu'une faible partie du sujet sur lequel porte notre entretien, vous voyez que tout ça est moins éparpillé qu'il ne semble. Donc le sujet, c'est un peu la totalité de l'iceberg, la conscience, c'est la petite partie qu'on voit qui émerge, n'est-ce pas ? Vous savez qu'il n'y a rien de plus traître qu'un iceberg, dont on ne voit pas la partie émergente, ou un récif que la houle recouvre, n'est-ce pas ? Voilà. Et qui éventre la coque des navires.
6:24 Donc, nous verrons, j'ai laissé dans un flou en disant, est-ce que c'est vraiment un mensonge ? Est-ce que Nerval est un menteur quand tout d'un coup le décor se brouille dans ce rêve où il est tout près de saisir sa vérité, enfin la vérité en tout cas de son rêve, son rêve qui se passe sur les bords du Rhin, dans la direction de la tombe maternelle, etc. Bref, on a vu tout ça, je ne me répète pas, mais c'est au moment où c'est presque le plus clair, où il y a cette figure féminine qui a les yeux attirés vers une touche de myosotis.
6:58 Nous avons vu que myosotis, littéralement pour un germanophone comme Nerval, et en plus le rêve se passe sur les bords du Rhin, se dit « Ne m'oublie pas, forget me not » en anglais. Et oui, on dit « J'ai cueilli des forget me not », c'est comme ça, c'est joli comme myosotis. Ce qui me fait penser d'ailleurs que c'est, je n'y pensais pas la dernière fois, donc j'en profite, le chardon, autre plante, n'est-ce pas, se dit en allemand « Männertreu », « Männer »
7:28 l'homme. Avec le génitif « E-R » « Männer » de quoi de l'homme ? La fidélité, « Treu », qui va donner le « true », le vrai en anglais. « Treu », « Männertreu ». Je vous dis ça, parce que si vous regardez un magnifique autoportrait de Dürer, qui est un des plus grands narcisses de l'histoire de la peinture, parce qu'il a laissé une série d'admirables autoportraits, dont un, qui l'a fait pour envoyer à sa fiancée pour la demande, justement, de leur mariage, et il tient un chardon à la main.
8:00 Alors, on comprend, ça veut dire la fidélité de l'homme, vous voyez. voilà. Donc, soyons clairs, ce rêve, où il est tout près de sa vérité, où ce tableau qui représentait la fée célèbre de ce rivage, etc., c'est au moment où il est plus près de la vérité que tout se brouille. On n'en a pas déduit que c'était un sale menteur, qu'il n'était pas dans la duplicité idéologique, pour reprendre un terme de Marx, ou dans l'essence même du mal, au point que ça personnifie le malin, le diable, dans l'évangile, vous vous rappelez, dont il est dit que l'essence du diable est mensonge.
Le mensonge, essence du mal selon l'évangile de Jean
8:47 J'en profite ici pour répondre à l'un d'entre vous qui m'a dit qu'il y a une espèce de contradiction. Pourquoi ça signifierait, pourquoi le mal serait-il mensonge ? Est-ce que ce ne serait pas plutôt l'impureté qui serait le mal ? Puisque, bon, alors, je voudrais lui rappeler que je ne fais pas d'interprétation. Parce qu'il me dit c'est l'impureté, l'essence du mal, non, il me dit point d'interrogation.
9:17 Je ne sais pas, je ne fais pas d'interprétation. J'ai cité des passages du texte de l'évangéliste. Ce sont des textes trop connus, trop importants pour que je me permette à dire, à mon avis, et ça veut dire que. D'accord ? Donc voilà, je le renvoie au verset 44, si je me souviens bien, où il est dit très clairement que le prince de ce monde, son essence est mensonge, il n'y a aucune part de vérité en lui, il est menteur et père du mensonge. Voilà, je ne peux pas parler, interpréter à sa place.
9:49 Ce n'est pas besoin d'interpréter quand c'est aussi clair. Le rapport entre le mensonge et l'essence du mal. Donc, comme on avait vu qu'il y a toute une zone, voilà où on en était resté, qui n'est ni un mensonge délibéré, je vais, comme le premier texte que je vais citer va être un mensonge délibéré, je vous dis tout de suite, c'est la manière dont les patrons anglais, j'ai trouvé ça dans le capital, contournaient la loi, les lois sur le temps de travail, la durée de la journée de travail, à l'époque où, comme dit Marx, le capital se livrait à de véritables orgies, n'est-ce pas, orgies de consommation de forces de travail humaines.
10:32 Non, entre le mensonge délibéré et la vérité, il y a toute une zone intermédiaire dont je vous donne deux exemples illustres, je fais exprès, l'un qui se trouve dans le texte de Kant qu'on avait vu la dernière fois, alors, ne bougez pas, je vais vous retrouver ici.
11:07 Oui, je suis encore d'autant plus heureux de vous retrouver que nous avons eu cette coupure intempestive, qui doit être entièrement imputable, je ne sais pas ce que j'ai fait, mais je ne le ferai plus, j'espère.
Lecture de la lettre de Hegel à Schelling
11:43 Et donc, j'étais en train de vous lire un extrait de la lettre de Hegel à son jeune ami Schelling, n'est-ce pas, en... je vais la retrouver, voilà, je vais la reprendre un petit peu plus haut, mais où ils s'enthousiasment pour la révolution des idées qui est en cours, n'est-ce pas, pour tous ces jeunes post-kantiens, n'est-ce pas, qui prolonge ce qu'il y a de meilleur dans la révolution française, dans l'héritage de Rousseau, voilà, pour ce qui est de l'ordre pratique et bien sûr pour ce qui est de la connaissance de la nature, de Newton dans l'ordre de la connaissance des objets, disons, pour aller vite.
12:40 Donc, les conséquences qui en découleront, donc, de tous ces bouleversements, plongeront dans l'étonnement bien des gens. On éprouvera le vertige devant cette suprême altitude de toute philosophie par laquelle l'homme était levé si haut. Vous voyez ici, et ça, ça sent son Rousseau, n'est-ce pas ? Encore que Pascal avait dit au siècle d'avant, l'homme passe infiniment, l'homme passe veut dire dépasse à l'époque.
13:10 dans la langue classique. C'est pas seulement l'homme empirique. Ou comme dit Rousseau, du rang de roi qu'un lâche, un méchant, un fou peut remplir comme un autre, il monte à l'état d'homme que si peu d'hommes savent remplir. On éprouvera le vertige devant cette suprême altitude de toute philosophie par laquelle l'homme était levé si haut. Vous comprenez pourquoi j'insiste et je m'attarde parce que j'ai rarement vu l'homme aussi rabaissé que par les temps qui courent dans l'idéologie dominante.
13:43 N'est-ce pas ? Il semble que ce soit même la seule plaie qui est dans l'univers. Bon, on éprouvera je crois qu'aucun signe des temps n'est meilleur que celui-ci. C'est que l'humanité est représentée comme si digne d'estime en elle-même. c'est une preuve que le nimbe qui entourait les têtes des oppresseurs et des dieux de la terre disparaît. Le prestige, le nimbe, bling bling. Les philosophes démontrent cette dignité, les peuples apprendront à la sentir et ils ne se contenteront pas d'exiger leur droit abaissé dans la poussière mais ils les reprendront, ils se les approprieront.
14:25 Je vous lis un Hegel qu'on vous lit rarement alors ça vaut le coup de prendre son temps. Et là, il y a cette phrase, regardez bien, on est loin de la grenouille de Bénitier, chez cet auteur dont on dit que c'est un christianisme à peine laïcisé. Religion et politique se sont entendus comme larrons en foire. Cette lettre est à la page 27 dans le premier volume chez Gallimard de la correspondance de Hegel.
14:55 Religion et politique sont entendus comme larrons en foire. La première, la religion, a enseigné ce que voulait le despotisme. On n'est pas loin de l'idéologie. On croit faire de la métaphysique et parler des trois substances en un ou je ne sais pas quoi et puis en fait on perpétue l'absolutisme. Le mépris de l'espèce humaine, voilà, voilà ce que la première a enseigné, ce que voulait le despotisme. Deux points, je vous le dis maintenant parce que c'est le cas de la bourgeoisie, le mépris de l'espèce humaine, son incapacité à réaliser un bien quelconque, à être par elle-même quelque chose.
15:32 Il y en a même qui disent que la pandémie est encore due à vos excès. grâce à la propagation des idées qui montrent comment quelque chose doit être, le « doit » est souligné, disparaîtra l'indolence des gens satisfaits, disposés à accueillir éternellement les choses telles qu'elles sont. Cette force vivifiante, même si elle devait toujours porter en elle une limitation, ce n'est jamais que la force des idées, comme celle de la patrie, de sa constitution, etc., élèvera les esprits et ils apprendront à se dévouer à ses idées.
16:06 Car actuellement, l'esprit des constitutions a conclu un pacte avec l'égoïsme, a fondé sur lui son empire. Je ne veux pas vous sucrer la belle chute, je m'adresse toujours à moi-même cet appel de l'auteur des vies. Tendez de toutes vos forces vers le soleil, amis, afin que le salut de l'humanité parvienne bientôt à maturité. Il est évident qu'il file la métaphore des lumières ici. Que veulent les feuilles qui nous font obstacle ? Que veulent les branches frayez-vous un chemin vers le soleil et si vous en éprouvez de la fatigue, cela aussi est bon.
Le châtiment immanent au crime : Abel et Œdipe
16:39 Vous n'en dormirez que mieux. Voilà. Donc, quand je cite ici l'évangile, c'est pour faire de la sémantique et non pas de la théologie. Or, je vous dis, dans l'ordre symbolique des religions aussi différentes, n'est-ce pas, que la religion hébraïque, le sang de ton frère Abel, crie jusqu'à moi. aussi bien qu'une religion païenne comme celle de la Grèce de l'époque où écrit Sophocle quand il rédige Antigone, n'est-ce pas, Oedipe, pardon, ici, c'est la même famille, Antigone et la fille d'Oedipe.
17:21 Dans les deux cas, il y a un châtiment immanent au crime. c'est-à-dire que même si je ne suis pas conscient que c'est moi le criminel, quelque chose vient se mettre en travers de ma route comme pour me châtier. C'est une belle, belle illustration de l'inconscient. Rappelez-vous ce que j'avais dit la dernière fois, j'avais été frappé que dans toute la plastique africaine, en particulier la plastique sur bois, les masques, quoi, il y a un thème récurrent, très fréquent et sur des aires très éloignées les unes des autres, sans s'être tous donné le mot, où l'on voit des oiseaux sur la tête, sur le crâne du masque, sur le haut du crâne.
18:07 Je vais d'ailleurs rapprocher ça des ailes sur le casque aussi bien chez les Gaulois que chez un dieu comme Hermès, je ne sais pas, chez Hermès ou Mercure comme vous voulez, qui est le messager des dieux. Et justement, justement, vous voyez, sans se connaître la mythologie grecque, les vieux africains à qui je demandais pourquoi il y a toujours des oiseaux sur le casque, ils me disaient c'est parce que c'est l'oiseau qui s'échappe de ta tête pour aller donner tes pensées à l'autre.
18:37 C'est une communication. Je m'exprime sans m'en apercevoir très belle image de l'acte manqué, du lapsus, de l'inconscient. Superbe. Je l'avais illustré aussi avec le fait qu'avant que la reine de Saba rencontre et le contact avec le roi Salomon, elle est précédée par son oiseau à elle, la huppe messagère qui s'échappe de son cortège et qui va au-devant de Salomon. Voilà. Alors, là nous sommes en plein dans cette zone, vous voyez, où on ne sait pas, on ne peut pas dire que je suis un criminel, que je suis un sale menteur, et pourtant je ne dis pas la vérité, et pourtant la vérité, si je la savais, elle serait terrible pour moi, donc j'ai quelques raisons aussi de la cacher.
L'argent, l'oubli de soi et les mêmes moyens d'oublier
19:25 Donc, je vous avais dit que ce n'est pas un plan, mais après les illustrations que je suis en train de faire par retour sur les avancées que nous avions fait la dernière fois, là ici avec l'exemple d'Oedipe, de la peste qui ravage Thèbes et du sang d'Abel qui crie dans le texte de Kant jusqu'à Dieu, j'en profite pour dire qu'on verra s'il n'y a pas une synthèse possible, s'il n'y a pas un mensonge nécessaire qui n'a rien de coupable, qui n'est pas de l'ordre du mal ici, je me sépare de l'évangéliste si vous regardez bien, d'accord ?
19:58 Et un mensonge que je mettrai après en rapport avec le concept de justice que je n'ai pas fait, social, que je n'ai pas fait intervenir jusqu'ici. Rappelez-vous la principale avancée de la dernière fois, la définition par Hegel de l'argent, c'est-à-dire l'argent est la forme générale du besoin, nous en avions déduit, je vous avais demandé un effort de raisonnement, d'abstraction que je rappelle ici, étape par étape, très rapidement, si c'est la forme générale du besoin, c'est que l'argent n'exprime aucun besoin déterminé, mais la possibilité de satisfaire tous les besoins et plus j'en ai, n'est-ce pas, plus nombreux sont les besoins que je peux satisfaire.
20:41 Jusqu'ici, tout le monde n'a pas besoin d'être perspicace pour être d'accord, sauf qu'on ne voit pas la conséquence sur le problème du mensonge, c'est que du coup l'argent me permet de m'ignorer moi-même, de renvoyer à plus tard la connaissance de moi qui serait indispensable pour savoir ce qui réellement serait le mieux pour moi là maintenant, qu'est-ce qui est le plus nécessaire, non pas seulement ce qui me ferait plaisir, mais ce qui me ferait du bien. C'est là qu'on voit la différence, n'est-ce pas, entre le plaisir qui est la valeur du libertinage, je n'ai rien contre.
21:16 Et le bonheur, donc je suis contre le fait de réduire le bonheur au plaisir et le bonheur qui, à la différence du plaisir, ne veut pas seulement être évanescent et entièrement enfermé dans l'instant, mais avoir une certaine épaisseur de durée. C'est pour ça que tous les récits des périodes heureuses en littérature se font à l'imparfait, si vous regardez bien. les jours heureux, pour reprendre le titre d'un film superbe, n'est-ce pas, sur l'époque du Front populaire.
21:46 J'en profite, donc, et auquel on peut rajouter, l'époque de la libération, de la création des avancées sociales qui sont remises en question actuellement, la retraite par répartition, bien sûr, et la sécurité sociale. On verra s'il n'y a pas, s'il n'est pas nécessaire d'aller au-delà, n'est-ce pas, d'être toujours lucide, lucide, lucide, pourquoi je ne veux pas être mortifère et penser en permanence au fait que je suis un être fini et mortel.
22:19 Il est bon d'oublier, de l'oublier pourvu. Et c'est là que je parle de justice. Attention, là ici, je fais le seul pas en avant de cette session, mais qui va être capitale pour la suite, pourvu que chaque citoyen ait les mêmes moyens matériels d'oublier. Rappelez-vous Clouscard, que j'avais cité, qui disait souvent, pour la même souffrance.
22:50 un prolétaire va faire une psychose, il va tuer l'amant de sa femme, tuer sa femme et se donner la mort. Je parle de faits divers qui, malheureusement, se rencontrent tous les jours dans le journal. Ça arrive très souvent dans les milieux populaires, pas seulement, mais très souvent. Là où le bourgeois dit, il va faire une névrose. Va soigner ta dépression dans la villa bien cachée, dans le maquis corse que je t'ai offert, ma chérie. Voilà, c'est pas...
23:21 Vous voyez ? Donc, quand chacun aura les mêmes moyens justement répartis d'encaisser le malheur de l'existence humaine, ce n'est plus un malheur. Voilà la bonne nouvelle de la journée. Je vous le dis avant pour ne pas noyer le poisson. C'est quand même important. Rappelez-vous le poème de Hölderlin qu'on avait vu il y a deux, direct, où il... Dans le pain et le vin, où après avoir commencé par un superbe nocturne qui se passe en Allemagne sous les tilleuls avec la brise de juin, voilà que tout d'un coup, il se transporte en Grèce dans sa rêverie et après, enfin, une grande louange de la Grèce, on pourrait croire qu'il regrette les belles statues, la beauté, de l'esthétisme.
24:06 Il dit non, nul n'était seul à supporter la vie. Voilà ce qu'il regrette de la Grèce. C'est qu'on n'est pas là à se mentir. C'est que, quelque part, on a tous le même destin, mais on a plusieurs épaules pour le supporter. Du coup, il paraît beaucoup plus léger. Voilà l'avancée que je vous demande de prendre en compte aujourd'hui. Alors, pour l'illustrer, je vais d'abord revenir en arrière sur le malheur de la condition humaine. c'est toute la partie la plus célèbre des pensées de Pascal, c'est misère de l'homme sans Dieu.
Pascal : le divertissement du roi, la chasse et le jeu
24:42 Vous savez qu'il y a deux grandes parties, misère de l'homme sans Dieu et puis après, la solution de cette misère par la foi. Bon, et là, ce qui m'intéresse, c'est le constat que fait l'homme, que fait Pascal, du malheur que serait celui de l'homme s'il était un peu plus lucide. Vous savez que les pensées de Pascal, c'est comme ça qu'on les appelle après coup, parce qu'on a trouvé ces manuscrits en plein de petits feuillets. Mais en fait, ça devait s'appeler apologie de la religion chrétienne.
25:14 Une apologie, c'est une défense et illustration. Contre qui ? Contre les esprits forts, comme on disait à l'époque de l'époque, qui étaient souvent athées, mais il ne s'agit pas ici du matérialisme dialectique, mais même si c'était corrosif et subversif et audacieux pour l'époque, souvent atomistes en philosophie. Je pense à Gassendi, Cyrano de Bergerac, des gens comme ça. Et ce qu'on appelait les libertins. Ne croyez pas que les libertins, c'est seulement au niveau des mœurs qu'il y a un libertinage. Il y a un libertinage de la pensée qui est très vigoureux et autrement plus important que celui des mœurs.
25:51 Non pas que je sois puritain et que je condamne le libertinage des mœurs, mais je condamne le fait qu'il soit réservé au marquis de Sade, au comte Almaviva dans le Mariage de Figaro, à l'aristocratie qui illustre l'admirable le chef-d'œuvre de Choderlos, de Laclos, ou que sont les liaisons dangereuses. Je n'ai rien contre. Je suis contre le fait que ce soit réservé à ceux qui ont de la thune. Je le dis pour ceux qui croient que ça date de 68, la libération sexuelle, c'est n'importe quoi.
26:25 Ça a toujours existé, mais c'était réservé à une élite. Ce qui est nouveau, c'est que les couches moyennes y ont accès. Et même les couches populaires quand elle n'est pas trop regardante. Donc, je reviens à Pascal parce que vous avez l'analyse du divertissement qui prépare qu'un développement de ce que j'appelle cette espèce de mensonge qui est le mensonge à soi-même, de ne pas vouloir penser à ma vérité car ma vérité est trop désagréable.
27:02 Donc, c'est plutôt une privation de vérité qu'un mensonge délibéré et effronté. Et j'en profite pour rappeler ici ce que j'aurais peut-être dû faire la dernière fois, mais j'en profite parce qu'on est un peu pressé en fin de séance. Donc là, j'en profite. Une distinction capitale que fait Aristote. Je vous ai déjà dit qu'Aristote est le champion des distinctions. Il est donc très utile pour tout le monde. Distinction entre la privation et la négation. D'accord ? Un aveugle est privé de la vue, dit Aristote.
27:32 Privé parce qu'il est dans l'essence de l'homme de voir, d'avoir des yeux si vous préférez, normalement. Mais si par accident il a perdu la vue, il est privé de la vue. Alors que ce livre n'a pas d'œil. Là, il y a une négation de la vue dans le livre, pas seulement une privation. je suis en train de parler de ce faux qui n'est pas vraiment un mensonge mais une privation de vérité. Il est vrai une auto-privation de vérité que le divertissement.
28:03 Alors, quelques passages qui sont célèbres et qui ont l'avantage d'être clair. C'est pour ça que je me sers ici, n'est-ce pas, de Pascal qui est bien précieux. Vous voyez ? Le roi est environné de gens qui ne pensent qu'à divertir le roi et à l'empêcher de penser à lui.
28:34 Les bouffons, les baladins, les troubadours, peu importe. Racine, Molière, il y a plusieurs de cours. Car il est malheureux tout roi qu'il est s'il y pense. Donc, il ne faut pas qu'il y pense. Je vais revenir à ce passage mais je donne quelques... Encore le roi. Quelques conditions qu'on se figure si l'on assemble tous les biens qui peuvent nous appartenir donc je présume qu'on a gagné le gros lot. La royauté est le plus beau poste du monde.
29:06 Et cependant qu'on s'en imagine, sous-entendu une royauté, accompagnée de toutes les satisfactions qui peuvent le toucher, matériellement. S'il est sans divertissement et qu'on le laisse considérer et faire réflexion sur ce qu'il est, cette félicité languissante ne le soutiendra point. Il tombera par nécessité dans les vues qui le menacent, des révoltes qui peuvent arriver et enfin de la mort et des maladies qui sont inévitables de sorte que s'il est sans ce qu'on appelle divertissement, le voilà malheureux et plus malheureux que le moindre de ces sujets qui jouent et se divertissent.
29:49 Je vous donne plusieurs textes parce qu'il faut bien se mettre cette idée de divertissement. Non, je ne vais pas encore tirer l'essentiel. Rien ne nous plaît que le combat mais non pas la victoire. On aime avoir les combats des animaux mais pas le vainqueur acharné sur le vaincu. Nous ne cherchons… Alors là, il y a une phrase une des plus profondes de l'histoire de la pensée. Nous ne cherchons jamais les choses mais la recherche des choses. Nous ne désirons pas des choses, nous désirons le désir lui-même. Vous voyez, c'est très moderne ce que dit Pascal. Nous ne cherchons pas les choses mais la recherche des choses.
30:24 Et bien sûr, il prend l'exemple bien célèbre du lièvre pour le chasseur. Parce que le chasseur qui part à 5h du matin qui a bouclé ses guêtres qui regarde si son fusil est bien chargé à la brume du matin qui a toute… Je parle du chasseur qui a la passion de ça qui est tout heureux de partir à la chasse s'il voit son voisin arriver en disant « Tiens, je viens de le sortir du congélateur, j'ai un lièvre tout prêt, là tu n'as pas besoin de partir à la chasse, viens plutôt jouer aux cartes avec moi et on va demander à nos femmes de nous préparer le lièvre. Un vrai chasseur, ça ne lui plaît pas.
30:56 Ça ne lui plaît pas. Vous êtes d'accord ? Deux exemples prend Pascal. Le lièvre, je vous l'ai dit. Il veut dire que c'est la chasse qui l'intéresse, le chasseur, encore plus que le lièvre. Mais il doit se mentir et se dire quand même quel malheur qu'on n'arrive pas à trouver un lièvre dans cette forêt. Vous voyez ? Il faut qu'il arrive à se persuader. Il prend deux exemples. La chasse et le jeu. Et alors là, pour le jeu, il a une analyse encore plus fine. Il dit supposons quelqu'un qui a la passion du jeu.
31:27 Gambler, comme disent les anglo-saxons, n'est-ce pas ? Vous savez qu'il n'y a pas de fortune qui résiste au jeu aussi peu qu'une santé à la drogue, à certaines drogues. Donc, un vrai mordu de jeu. Si vous lui dites « tu joues pour de l'argent », donc on contredit Pascal. Il joue pour un objet et non pas pour le jeu lui-même. Et bien, dans ce cas-là, on lui dit « écoute, ça tombe bien, moi je suis richissime, je te donne une pension mensuelle mais tu arrêtes de jouer. »
31:58 Un vrai joueur, ça ne le satisfait pas. Voilà pour la thèse. Maintenant, on fait l'inverse. Tu joues tant que tu veux, mais des allumettes. D'accord ? Donc là, c'est l'objet qui disparaît. Il n'y a plus d'enjeu dans le jeu. N'est-ce pas ? C'est un jeu de mots allemand. Spiel, jeu, Beispiel, exemple. Il n'y a plus d'enjeu. Un vrai joueur, il ne va jamais jouer aux allumettes. Ça va l'emmerder aussi. Donc, vous voyez comme ça se rapporte au mensonge.
32:30 Il y a un drôle de mensonge, une espèce de mensonge que j'essaye avec vous de clarifier depuis la dernière fois. où il faut que je me persuade que c'est bien un objet extérieur qui m'intéresse alors qu'au fond, je sais bien que ce n'est pas vrai quelque part puisque quand je vais l'avoir, il n'y a plus aucun intérêt. Si on me donne encore une fois l'argent que j'essayais de gagner au jeu, on me le donne comme pension mensuelle en m'interdisant de jouer.
La vraie morale se moque de la morale ; divertissement et justice
33:00 Si je suis un vrai mordu du jeu, ça ne marchera pas. Alors, jusque-là, Pascal est très subtil, très fort, il fait partie de la tradition de ce qu'on appelle les moralistes français, non pas du tout de ceux qui font la morale. Alors là, il est assez proche de Nietzsche, il y a des aspects de Nietzsche qui n'est quand même pas le pire, loin de là. Nietzsche dédaigne ce qu'il appelle la moraline, ce que Hegel appellera péjorativement la morale subjective. En gros, c'est la morale qui ne change pas grand-chose, celui qui souffre.
33:32 Qu'est-ce que ça peut faire si quelqu'un vous marche sur le pied pour la 15e fois dans l'autobus et vous dit à chaque fois « Pardon, je n'ai pas fait exprès, comment ça vous posez des problèmes ? » Vous posez des questions. Qu'est-ce que ça peut faire à celui qui se ramasse les bombes de l'aviation américaine, les bombes au napalm, des tapis de bombes pendant la guerre au Vietnam, des atrocités comme l'agent orange, etc. où il y a encore des naissances malformées, encore, plus d'une génération après la fin de la guerre, aujourd'hui.
34:07 Qu'est-ce que ça peut lui faire que ce soit un noir, une femme, un jeune, un vieux dans l'avion qui a bombardé et qu'il l'ait fait la mort dans l'âme ou qu'il l'ait fait joyeux et sadique ? Vous avez un très beau document sur Facebook, j'essayerai de le reposter prochainement, où on voit des mecs qui se mettent du hard rock et qui bombardent ces faces de citron. Vous savez, c'est comme ça qu'on appelle les Asiatiques, les jaunes, les faces de citron, lemon faces. Qu'est-ce que ça peut lui faire à la victime, la morale subjective, que ce soit un méchant ou un apparent gentil qui largue les bombes, n'est-ce pas ?
34:40 Bon, ça c'est pour vous rappeler ce que Hegel appelle avec, non sans raison, quelques mépris, la morale subjective, Nietzsche, la moraline, et Pascal, j'y arrive, cette phrase célèbre qui est dans les pensées, la vraie morale, se moque de la morale. La citation complète, c'est la vraie, éloquence, se moque de l'éloquence, la vraie morale, se moque de la morale. Alors, je reviens à un passage le plus important que je ne vous ai pas encore dit.
35:10 Il me semble, là, il fait un pas de plus dans l'analyse de ce que j'appelle la privation de vérité, pour ne pas dire tout à fait mensonge, n'est-ce pas ? Après avoir rappelé l'exemple du lièvre, il dit ceci, voilà tout ce que les hommes ont pu inventer pour se rendre heureux. Courser un lièvre dont on ne veut pas s'il est offert, jouer de l'argent dont on ne voudrait pas si on était mensualisé, etc. Je n'y reviens pas.
35:41 Voilà tout ce que les hommes ont inventé pour se rendre heureux. Et il dit à ceux qui feraient les moralistes comme lui et qui s'arrêteraient là en disant vanité de l'homme, quoi. C'est le coup classique, ça, depuis l'Antiquité, il y en a qui s'en doutent, qui avaient observé tout ça. Et là, il y a du nouveau. Et ceux qui font sur cela les philosophes et qui croient que le monde, le monde, c'est l'humanité, ce n'est pas la planète, ce n'est pas la Terre. C'est le monde qui est en danger aujourd'hui, ce n'est pas la planète. La planète, elle sera là quand tous les hommes seront morts.
36:13 Même un milliard d'années après, elle sera encore là. Essayez de tuer un caillou, vous m'en direz des nouvelles. Ça a du mal à avoir mal et à mourir. Les choses y émergent. Il n'y a que les êtres vivants qui risquent que quoi que ce soit. Et ceux qui font sur cela les philosophes et qui croient que le monde, pas la planète, est bien peu raisonnable de passer tout le jour à courir après un lièvre qu'ils ne voudraient pas avoir acheté, ne connaissent guère notre nature. Et là, donc, Pascal donne raison au divertissement.
36:46 Donc, à l'avancée que je vous ai proposée il y a quelques instants, je vous dis qu'il y a peut-être quelque chose de positif dans une certaine privation de vérité, si c'était joint à la justice sociale. Écoutez, ce lièvre ne nous garantirait pas de la vue de la mort. Ça, effectivement, c'est vain de le croire et des misères. Mais la chasse qui nous en détourne nous en garantit. Donc, toujours ça de gagné contre la tristesse, contre le désespoir. Et comme ça fait des dizaines de milliers d'années que l'homme, ayant pris conscience de la mort, a multiplié les occasions de divertissement, c'est ça l'histoire de la civilisation, l'histoire du progrès technique.
37:23 tant qu'on croit que le progrès technique est au service du besoin, on n'a rien compris au progrès technique. Les besoins, ils sont satisfaits au stade de Néandertal, qui était un des meilleurs chasseurs qu'on ait vu dans l'histoire de l'humanité. Prodigieux chasseurs. La nourriture, elle était là, n'est-ce pas ? Non, non. Mais dès l'instant qu'on comprend que le progrès technique est au service, non pas du besoin qui est toujours fini, déterminé, naturel, déterminé dans déterminé, il y a terminé.
37:59 Il faut faire le philosophe un petit peu, aujourd'hui, bien réfléchir les mots, pas parler à leur place, mais bien les laisser parler, les écouter. Déterminé, défini. Je vous ai dit, chaque fois que j'ai vu un lion, moi, ma vie africaine, il roupillait. Et oui, c'est vite vu, une fois qu'il a mangé et une fois qu'il a reproduit l'espèce avec la femelle, c'est bon, mais il roupille. Déjà, nous, on dort un tiers de notre existence, d'après les calculs, c'est beaucoup. Dormir plus de 30 ans, c'est pas mal.
38:30 Mais les lions, ils dorment trois fois plus. Vous avez qu'à regarder vos chats chez vous, passent leur temps, ils roupillent. D'ailleurs, le mien, qu'est-ce qu'il fait ? Elle dort. Voilà. Donc, je suis en train de rappeler quoi ? Que si la technologie est au service, non pas du besoin qui est fini, qui est terminé, mais au service d'une infinité qui ne sera jamais totalement assouvie et tant mieux qu'est l'infinitude propre à l'homme, non pas parce que l'homme a une voracité, n'est-ce pas, qui amène le chaos dans l'être, dans l'univers, non, mais parce que, on vient de le voir grâce à Pascal, il faut toujours qu'il soit div, div, détour, faire une courbe, il est diverti du chemin très court et prosaïque qui aura été celui du besoin.
39:29 Et ne dites pas mais c'est pour les riches, ça, mais comment c'est pour les riches ? Même le plus pauvre essaye de faire un peu mieux les jours de fête et même, je dirais même surtout les pauvres, c'est dans les pays les plus pauvres que j'ai été le mieux reçu, le mieux accueilli et l'hospitalité la plus généreuse. Donc, capital, c'est le passage où Pascal justifie presque le divertissement en disant ceux qui font là-dessus les philosophes en disant que c'est bien vain, que c'est ridicule de la part de l'homme de courir après des chimères. Ce n'est pas des chimères car c'est toujours ça de gagner.
40:01 Le temps qui a été gagné à ne pas être dans le désespoir et il n'y a plus besoin d'être désespéré. Si j'ai une musique qui vaut la peine qu'on l'écoute, un film qui vaut la peine qu'on le regarde, un paysage qui vaut la peine qu'on traverse ou qu'on y séjourne, je vous le dis parce que les vacances approchent, tout de même, bien méritées. Je ne parle pas, bien sûr, de la relation à l'autre qui est encore plus importante, n'est-ce pas, des relations aux proches, à la famille, aux enfants, à la personne aimée, quand même, je veux dire, tout ceci, heureusement, sont des divertissements au sens pascalien, c'est-à-dire nous empêchent de penser à celui qui est en prison, et c'est pour ça que Pascal dit de là vient que la prison est un supplice si horrible, privé de tout divertissement.
40:52 il y aurait donc, c'est là-dessus que je voudrais m'acheminer ce soir, vous voyez, une porte de sortie vers un divertissement non coupable, nous le décrétons, pourvu qu'il soit accompagné de justice sociale. Ce qui est atroce dans la misère, c'est qu'elle n'est pas partagée, par contre. Vous entendez suffisamment parler du 1% qui dirige la planète, et qui est en train de préparer la plus grande catastrophe socio-économique de l'histoire du capitalisme.
41:28 Je crois savoir qu'on est à plus de 7 millions de chômeurs maintenant en France, ça va vite, depuis la dernière fois qu'on en parlait. Aux États-Unis, ils en sont à 30 millions. On va donc être probablement à plus de 10 millions à la rentrée. Bon, selon que, je réfléchis au texte de Pascal ou à la notion de divertissement ou de bonheur avec 5 enfants en bas âge qui hurlent dans une pièce ou au mieux deux pièces pendant que d'autres ont des hectares de bois, de forêt et d'étang dans leur propre mur, ce n'est pas tout à fait la même chose.
42:14 Vous voyez que Rousseau est incontournable quelque part. lui, il ne dit pas la propriété, c'est le vol. Il ne s'appelle pas Proudhon, Rousseau. Il ne manquerait plus que celui qui a produit des milliards de plus-values à l'usine, à la chaîne, à l'atelier ou comme ouvrier agricole. Il ne manquerait plus que celui-là soit considéré comme un voleur le jour où il s'achète sa première télé quand même ou sa première voiture même quand même. de quel droit ?
42:44 Par contre, Rousseau dit dans l'Émile « Riches ou pauvres, puissants ou faibles, tout citoyen oisif est un fripon. » Celui qui ne peut pas justifier l'avoir par la production de valeurs. Celui qui parasite la société sans donner... En échange, et là on retrouve le grand partage clouscardien. Il y a deux classes sociales dans la société et il y en a 36 000. Mais il y en a deux.
43:14 36 000 quand on raffine un petit peu entre la bourgeoisie financière, la bourgeoisie mercantile, la bourgeoisie industrielle. Mais il y en a deux fondamentales. C'est la classe de ceux qui consomment plus qu'ils ne produisent et la classe de ceux qui produisent plus qu'ils ne consomment. Voilà. Alors, je vais bientôt m'arrêter mais je vous lis quelques textes maintenant sans trop de commentaires parce que je crois que je les ai éclaircis un peu par avance, j'espère.
Lecture de Hölderlin : l'homme habite dans des huttes
43:46 Je vais vous lire un fragment de Hölderlin qui vous aurait paru bien mystérieux si on n'avait pas dit tout ça mais qui est d'une telle beauté que je ne peux pas résister. Ce n'est pas pour ça seulement que je vous le lis. Je ne peux pas résister au plaisir de vous le lire. Très court, je vous rassure. toi, noble bête, Marlossère sans doute, mais dans des huttes habite l'homme. Vous voyez, ça commence le refoulement. Mais dans des huttes habite l'homme et s'enveloppe dans le vêtement de sa honte.
44:21 L'homme, ce n'est pas de l'extérieur qu'on l'oblige, c'est lui-même qui s'enveloppe dans le vêtement de sa honte car il est plus intime, plus attentif aussi et qu'il préserve l'esprit comme la prêtresse, la céleste flamme. Je reviens un peu en arrière, car il est plus intime, l'homme. Intime, c'est dit en allemand in, in de intérieur, comme le in de intime en français. Donc, il faudrait dire car il est plus intérieur. Le refoulement, c'est dans les ténèbres que personne ne voit de mon inconscient.
44:52 Car il est plus intime, plus attentif aussi et qu'il préserve l'esprit. Donc, vous voyez, il ne donne pas le quartier libre à la connaissance de soi, il préserve l'esprit. Regardez la comparaison. Comme la prêtresse, les vestales, vous savez, à Rome, les vestales, c'était ces jeunes filles qui étaient censées être vierges et qui, dans la principale tâche, c'était surtout de ne jamais laisser s'éteindre le feu, le feu sacré. Le feu. Sinon, c'était puni de mort.
45:25 Et qu'il préserve l'esprit, l'homme, donc son propre savoir, il le ménage, comme la prêtresse, la céleste flamme. C'est là son entendement. C'est propre à l'homme, ça. Une fourmi n'a pas besoin de refouler une mort auquel elle ne pense jamais. Donc, c'est là son entendement. Et c'est pourquoi, regardez le renversement extraordinaire, et c'est pourquoi, la liberté lui est donnée, et le plus haut pouvoir de manquer comme d'accomplir, de réussir comme de rater, et le plus haut pouvoir de manquer comme d'accomplir quoi ?
46:03 À lui, le semblable au Dieu, des biens le plus périlleux, la parole à l'homme donné. Ce sera la dernière partie de mon intervention ce soir. Cette problématique à laquelle je reviens toujours, c'est que la philosophie ne s'exprime pas comme les langues entièrement formalisées, comme la soi-disant logique formelle, et comme, beaucoup plus de respect, les mathématiques, comme toutes les langues parfaitement formalisées. Elle ne s'exprime pas par des algorithmes, d'une manière univoque.
46:36 Elle s'exprime dans un entre-deux. Celui qui nous fait dire, pardon de reprendre toujours le même exemple, mais c'est pour que tout le monde comprenne, mais une chose aussi importante, le soleil se lève, le jour se lève, c'est une image, c'est une métaphore, c'est de la poésie. Je ne suis pas vraiment, nous ne sommes pas en mathématiques, en philosophie, et pourtant, on essaye d'arriver à la vérité. Au-delà de l'erreur et du mensonge, d'arriver à une vérité avec une langue qui au départ n'était pas faite pour ça, car le langage humain au départ, je ne le répéterai jamais assez, est fait pour signaler un gibier au reste de la bande, n'est-ce pas, à la préhistoire, pour séduire, pour condamner, pour absoudre, pour supplier, pour mentir, pour prononcer un jugement, pour acquitter, mais certainement pas pour connaître.
47:29 Avis aux sciences cognitives. Donc, je répète ce texte maintenant et j'enchaîne. Toi, noble bête, mais dans des huttes habite l'homme et s'enveloppe dans le vêtement de sa honte, car il est plus intime, plus attentif aussi, et qu'il préserve l'esprit comme la prêtresse, la céleste flamme. C'est là son entendement. Et c'est pourquoi la liberté est à lui. Maintenant, je m'arrête. La liberté est à lui.
47:59 C'est pourquoi une relation de causalité. Parce que si je refoule, c'est que j'ai vu la vérité. Je l'avais dit rapidement la dernière fois, j'insiste cette fois-ci. Si je refoule quelque part, c'est qu'elle ne m'arrange pas. C'est que je vois qu'elle ne m'arrange pas. Il y a une fraction de seconde. Allez mesurer ça avec une horloge. où la vérité apparaît avant que je ne la refoule dans les ténèbres de ce qu'il appelle ici la hutte, n'est-ce pas ? Le vêtement de sa honte. Donc, et c'est pourquoi la liberté lui est donnée et le plus haut pouvoir, possibilité, de manquer comme d'accomplir à lui le semblable au Dieu.
48:41 Là encore, je m'arrête. Je ne pouvais pas m'arrêter la première fois parce que cette phrase est magnifique que je ne voulais pas l'interrompre. À lui, le semblable au Dieu, ce n'est pas Dieu l'homme. Mais Dieu a créé l'homme à son image, dit sagement l'Écriture. Une image, une image de ma bien-aimée, ce n'est pas ma bien-aimée. Quand je suis dans la tranchée et que je regarde ce qu'il me reste, une petite photo couverte de boue de ma bien-aimée, ce n'est quand même pas comme si elle était à côté de moi. L'image de Dieu, ce n'est pas Dieu. Quand on dit que Dieu a créé l'homme à son image, c'est pour montrer l'abîme qui sépare l'homme de Dieu.
49:16 N'est-ce pas ? Et c'est pourquoi la liberté lui est donnée et plus haut pouvoir de manquer comme d'accomplir à lui le semblable au Dieu des biens le plus périlleux. Il lui est donné le plus périlleux des biens, la parole à l'homme donné. Je vais finir le texte qui a un peu moins rapport avec le mensonge, mais qui est magnifique. Ce serait dommage de le sucrer. « Afin que créant, détruisant, périssant et retournant à l'éternellement vivante, à la maîtresse et mère, afin qu'il témoigne ce qu'il est, l'avoir hérité, appris d'elle, ce qu'elle a de plus divin, l'amour qui maintient tout. »
Hegel, Philosophie de l'esprit de 1805 : la nuit du monde
49:56 Voilà, je tenais à lire ce texte. Et toujours sur le mensonge, un texte de jeunesse encore de Hegel tiré de la... On m'a souvent interrogé parce que c'est de ma faute. Peut-être que je ne précise pas assez. Quand je parle de la première philosophie de l'esprit, il y en a deux. Il y en a une de 1803-1804.
50:26 Tout ça, c'est du jeunesse de Hegel. Les œuvres de jeunesse, c'est toutes celles qui précèdent la phénoménologie à Iéna, qui est en 1807. D'habitude, je cite à propos de l'outil de la raison, de l'argent la dernière fois, celle de 1803-1804. Là, je vous cite la philosophie d'esprit de 1805. Ce sont des œuvres où le système commence à prendre forme, un système définitif. Il parle de la conscience quand elle est au stade embryonnaire, quand elle est au stade primitif, disons, qui n'est pas encore la raison, l'intelligence, la science, loin de là, mais qui n'a que des images, qui n'a pas encore les mots, mais qui a la mémoire.
51:05 Cette image appartient à l'esprit. Il est en possession de celle-ci. Il en est le maître. Je ne veux pas sans m'arrêter quand c'est un peu compliqué et que ce n'est pas en rapport avec ce que je veux montrer. L'image est conservée, la mémoire, dans le trésor, c'est souligné, de l'esprit, dans la nuit, de l'esprit. Et oui, la mémoire, le rêve, l'imagination, tout ça, ce n'est pas la lumière du jour. C'est le royaume de la nuit. C'est à l'intérieur qu'on voit des représentations. Ce n'est pas présent.
51:36 Ce n'est pas éclairé par la lumière d'Apollon comme le monde grec. Donc, c'est-à-dire qu'elle n'a pas l'image à être exposée comme objet devant la représentation. et là, il y a ce passage sur lequel j'attire votre attention. L'homme est cette nuit. Il ne dit pas qu'il y a de la nuit en lui. L'homme est cette nuit. C'est-à-dire qu'il faut passer par cette nuit qui est propre à l'homme. Ce néant, possibilité de nier, il faut le prendre comme participe présent, pas comme substantif seulement.
52:06 Le néant, comme l'être et le néant, mais comme l'acte de nier. N'est-ce pas ? L'homme est cette nuit. Ce néant vide qui contient tout dans la simplicité de cette nuit. Une richesse de représentation, d'images infiniment multiples dont aucune précisément ne lui vient à l'esprit ou qui ne sont pas en tant que présentes. C'est la nuit. J'aurais dû vous demander de compter combien de fois le mot nuit apparaît dans cet extrait. C'est la nuit, l'intérieur de la nature qui existe ici. pure soi, c'est souligné, dans les représentations fantasmagoriques, quand on est à l'intérieur de soi, dans l'image, fantasma veut dire image au pluriel.
52:47 Dans la représentation fantasmagorique, c'est la nuit tout autour. Ici surgit alors subitement une tête ensanglantée. Quel texte étrange ! Là, une autre silhouette blanche et elles disparaissent de même. Je vous avais dit qu'on retrouverait le rouge et le blanc. Je ne fais pas exprès. Ne croyez pas que j'ai pris juste l'exemple de Perceval, les taches de sang dans la neige, Nerval avec le rouge et le blanc sur les tuniques des jeunes gens dans son rêve. Il y a une infinité d'illustrations.
53:17 Il y a bien une polarité entre le signe immaculé de Mallarmé et Stérile et Nerval où il y a les deux couleurs que je vous avais citées la dernière fois. « Sous la pâleur d'Abel, hélas, ensanglanté, j'ai parfois de Caïn l'implacable rougeur. » Donc je répète ce passage incroyable. C'est la nuit, l'intérieur de la nature qui existe ici chez l'homme. Pur soi dans les représentations fantasmagoriques. C'est la nuit tout autour. Ici surgit alors subitement une tête ensanglantée.
53:48 Là, une autre silhouette blanche et elles disparaissent de même. Et là, il y a cette phrase. C'est cette nuit qu'on découvre lorsqu'on regarde un homme dans les yeux. Je fais une parenthèse maintenant. Le livre de la jungle de Kipling, les Anglais connaissent bien les animaux, comme vous savez, surtout quand ils ont été aux colonies. Il a passé toute la première partie de sa vie aux Indes, n'est-ce pas, Kipling. Rappelez-vous, si vous voulez, le livre de la jungle, Bagheera et Balou détournent leur regard de Mowgli quand Mowgli les regarde dans les yeux.
54:22 Il dit, « Ne me regarde pas comme ça, petit homme. » L'animal n'a pas du tout envie d'être en contact avec l'inquiétude humaine. N'est-ce pas ? Donc, c'est cette nuit qu'on découvre lorsqu'on regarde un homme dans les yeux. On plonge son regard dans une nuit qui devient effroyable. Le mot est souligné. C'est la nuit du monde qui s'avance ici à la rencontre de chacun. Voilà ce dont il faut, sans aucune culpabilité, se divertir.
54:54 Toute l'histoire du progrès de la civilisation. J'insiste. Je le répète, notre époque est contre l'homme mais elle est contre le progrès. Comme par hasard. Ça va ensemble, comme quoi. Et aussi contre l'universel, comme vous savez. Rappelez-vous ce contre-révolutionnaire qui affamait les pauvres paysans qui étaient sur ses terres. Dans des conditions atroces dont Marx parle dans le Capital. Je pense à Burke, n'est-ce pas ?
55:24 champion des contre-révolutionnaires anglais pratiquement à l'époque de la Révolution et qui disait oui, dans ma vie, j'ai rencontré des Hongrois, des Français, des Anglais, des Italiens, mais je n'ai jamais rencontré d'hommes. L'universel. Alors que ce qui est, autrement dit, ils ne veulent pas partager ces gens-là. Ils ne veulent pas partager cette détresse qui est dans les yeux de tout humain quand il n'a pas, justement, les moyens. Là, j'insiste. Là, je revendique quand je dis les moyens. Vous savez que maintenant, on dit, il n'y a pas qu'une question de moyens à l'hôpital.
55:55 Il faut une conscience professionnelle. Oui, oui. À chaque fois, on dit les moyens. Les moyens, c'est bon pour les besogneux, ça. Non. C'est toute la différence et là, entre l'effroyable et le bonheur collectif. C'est cette nuit qu'on découvre lorsqu'on regarde un homme dans les yeux. On plonge son regard dans une nuit qui devient effroyable. C'est la nuit du monde qui s'avance ici à la rencontre de chacun. Je vous rassure, c'est un stade primitif de la conscience. Après, elle va faire des progrès. Elle va découvrir l'art, la science et ainsi de suite.
56:29 et l'organisation de la cité. Je voudrais, je crois que on a remué un matériau assez dense pour que il serait peut-être temps de passer la parole au public si tant est que le public ait des questions à poser. Donc, encore désolé pour cette deuxième interruption.
Question du public : le paradis terrestre et sa sortie
57:04 Il semble qu'il y ait deux questions qui ne soient pas parvenues. Donc, la première me demande de développer ce que signifie le passage du paradis terrestre ou plutôt son séjour et sa sortie en rapport avec notre discussion sur les origines puisque j'ai fait allusion à l'Ancien Testament, à la Genèse, à Abel et à Caïn. Écoutez, là encore, pour des textes aussi importants et depuis si longtemps, et surchargés symboliquement, vous vous en doutez bien, sans aucun jugement de valeur, ni en bien ni en mal, moins que jamais, il nous faut se livrer à la cuisine douteuse de l'interprétation de la tienne, la mienne, la sienne, etc.
57:55 Je vous dispense de la mienne. Je vous demande d'être attentif à ce qui est dit dans le texte. Or, qu'est-ce qui est dit ? Portez à la connaissance de tout le monde, à tous ceux qui ont lu le texte. Pour ça, il faut bien regarder ce qui est dit avant le péché originel, avant l'acte de croquer la pomme et après. Avant, Adam et Ève sont nus. Donc, ça répond déjà à la question de Leslie, je crois. Ils sont nus, ce qui est une allusion claire au stade animal.
58:29 Ça veut dire qu'on n'est pas encore dans l'anthropologie, dans le paradis terrestre. C'était peut-être ce qu'il y avait de mieux, c'est le paradis. Mais enfin, je veux dire, il n'y a pas l'inquiétude infinie qui caractérise l'homme. Encore une fois, c'est la nudité. Ce qui manifeste ça dans le texte, c'est qu'une fois qu'ils ont croqué la pomme, Dieu appelle Adam dans le jardin. Adam entend la voix de l'Éternel qu'il appelle. Et Adam lui répond « Je me cache parce que je ne veux pas que tu me vois tout nu. »
59:06 Et là, l'Éternel dit « Mais alors, tu as goûté l'arbre de la connaissance parce que si tu sais que tu es nu et si tu en as honte, c'est que tu as goûté l'arbre de la connaissance. » C'est là que les ennuis commencent, bien sûr, pour Adam et Ève qui ne vont pas tarder à être chassés. Et dans la malédiction formulée par Dieu et qui s'ensuit, là encore, je n'interprète rien. Je restitue des paroles que presque tout le monde connaît mais que je rappelle. À la femme et à l'homme.
59:36 À la femme, tu enfanteras dans la douleur. Comme quoi, très bons observateurs, c'est un peuple d'éleveurs qui a écrit la Bible. C'est un peuple de pasteurs, de moutons, d'ovins, de caprins où le grand événement, c'est la naissance des petits. Le grand événement, surtout quand c'est du gros gibier, quand c'est la vache ou le dromadaire, n'en parlons pas. La naissance est compliquée. Vous savez qu'en France, encore maintenant, il y a des fermiers qui vont chercher les voisins et leur solidarité lorsqu'il y a une vache qui va commencer à véler, comme on dit, à mettre bas un veau.
1:00:13 C'est quelque chose d'inoubliable quand on y est assisté. Donc, tu enfanteras dans la douleur. Ce n'est pas fini pour la femme. Puisque tu as succombé sur le serpent, il restera ton ennemi, tu l'écraseras du talon et lui te mordra le talon. C'est toujours une terreur des serpents chez les femmes, pas seulement chez les femmes, mais surtout, elle tombait dans les pommes dès qu'on lui amenait un serpent avec mon frère.
1:00:44 On était en Afrique, on trouvait les serpents dans le journal, je lui amenais. Et donc, il te mordra le talon et Adam, tu gagneras ton pain la sueur de ton front. Naissance du travail. Naissance de cette praxis dont je disais il y a quelques instants, c'est pour ça que la question de Leslie est très riche sur le paradis terrestre et son contraire, le monde dans lequel nous vivons. Cette praxis qui est au service d'une infinité, d'un désir infini.
1:01:21 Si je vous fais tous les jours manger le plat préféré pour lequel vous donneriez n'importe quoi pour en goûter, vous seriez écœuré au bout de quelques jours, que ça se répète, ou quelques semaines, ça dépend de votre vitesse de s'ennuyer. Alors, pensez un peu à ceux qui, par contrainte, mangent à peu près la même chose tous les jours et qui n'est pas leur plat préféré. Soit dit en passant, je reviens ici à l'importance de la justice sociale dans tout ce problème apparemment métaphysique et moral dont nous discutons sur le mensonge et la faute.
1:01:54 Revenons à la faute primitive. D'autre part, il est bien dit qu'on ne peut plus revenir au paradis terrestre. C'est dit sous une forme imagée. il y a l'ange à l'épée de feu qui garde l'entrée du jardin d'Éden et qui interdit qu'on fasse demi-tour. Autrement dit, Nerval a raison de dire que l'ignorance ne s'apprend pas. Je ne peux pas faire maintenant comme si j'étais animal. j'en sais trop.
1:02:28 C'est par rapport à Dieu et beaucoup trop pour l'animal. C'est pour ça qu'il fuit notre regard. Voilà, très bonne question. J'ai par ailleurs l'île Bastia que je salue. Je suis très heureux qu'elle soit présente et qui est un excellent écrivain. Je le dis au passage. qui écrit très bien. Je crois que Philippe lui a donné les références du texte de Hegel dont j'ai lu un extrait sur la nuit du monde qui s'avance à la rencontre de chacun.
1:03:04 C'est extrait de la philosophie de l'esprit paru dans la collection Epiméthée, n'est-ce pas ? Et au presse universitaire de France, au PUF. Et c'est bien la philosophie de l'esprit de 1805 pour ne pas se tromper. Voilà. C'est dans la toute, toute première page. Dans la toute première page. S'il n'y a pas d'autres questions, je vous remercie et surtout je vous prie de bien vouloir excuser les quelques bugs auxquels nous nous sommes heurtés et qui sont bien indépendants.
1:03:43 Cette fois, je crois que j'y suis pour rien de notre volonté. et je vous remercie de votre présence et je vous dis à la suite de ce feuilleton palpitant sur les étranges logiques du sujet. Voilà. Merci de votre présence. Merci.