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Mise au point sur Lula et le Brésil
1:00 C'est un problème technique. Et ce n'est pas très gentil pour ceux qui nous font la gentillesse d'être présents ce soir, mais nous n'y sommes pas pour grand-chose. Et au contraire, je serais reconnaissant à Philippe de faire des pieds et des mains pour relancer à chaque fois la connexion. Donc, avant de commenter les textes qui vous ont été envoyés, les trois textes, je voudrais continuer rapidement à répondre à des questions que je n'ai pas pu commenter jusqu'à présent parce que je me suis attardé sur les autres.
1:40 Et donc, la première urgence, la première courtoisie, ce serait tout de même de répondre à ces questions, surtout qu'il y en a qui… C'est le cas de celle par laquelle je vais commencer, qui date du 10 novembre dernier. Enfin, qui n'avait pas un caractère conjoncturel, d'urgence conjoncturelle, si je puis dire. Oui, il s'agit d'une question posée par Inès Oludé, qui nous suit très fidèlement depuis la Belgique. C'est une camarade brésilienne qui réside en Belgique et qui est furieuse contre moi et à qui je donne plutôt raison d'être furieuse contre moi.
2:22 Enfin, il y a un petit décalage chronologique, on va s'expliquer. Elle est furieuse que je me sois fait l'écho d'un ami qui m'avait dit qu'il connaissait bien le Brésil et qu'il voyageait il y a bien longtemps. Enfin, il y a bien longtemps. Bien avant, quand Lula était encore même dans l'opposition, même avant qu'il soit président, chef d'État. Et cet ami m'avait dit, tu sais Lula, je lui ai posé la question parce que moi je voyais un peu loin, la complexité des affaires brésiliennes.
2:56 Et il m'avait dit, cet ami, tu sais Lula, il ne faut pas trop se faire d'illusions, c'est un peu le Mitterrand brésilien. Alors bien sûr, Inès est furieuse et quand elle me dit que, et c'est vrai qu'il a contre lui tous les néofascistes actuellement au pouvoir au Brésil, avec l'aide, je suis toujours rappelé, avec l'aide de la puissante secte des évangélistes, sans doute qu'il n'y aurait pas été la machine nord-américaine, nord-américaine, n'est-ce pas, des évangélistes, qui contrôlent une énorme fraction de la petite bourgeoisie, hélas, brésilienne, la petite et la grande, mais malheureusement aussi dans une certaine couche populaire.
3:43 Et vous savez qu'à quel point, c'est la même chose en Afrique ou dans le Moyen-Orient, avec le religieux, on peut comme ça, n'est-ce pas, neutraliser des mécontentements qu'on ne peut plus cacher, mais qu'on dévie sur des pistes réactionnaires ou mortifères. C'est un autre débat, mais il faut être clair, cet ami, quand il m'a dit ça, c'était bien avant que Lula ait eu les procès qu'on lui a fait, et qu'on ait fait l'ignominie de le mettre en prison pour éliminer un candidat qui aurait certainement été élu, tous les chiffres le montraient.
4:27 Et donc, je suis d'accord avec le fait qu'on ne doit pas tirer sur une ambulance, comme on dit en français. Je présume qu'elle réside en Belgique francophone. Je suis sûr qu'on se comprend bien. Et je n'aurais jamais fait état de cette réflexion de mon ami dans le contexte tragique et dans le trouble brésil depuis l'élection de Bolsonaro.
5:00 Voilà, je voulais juste mettre les choses au point. Bon, le jugement de mon camarade, je ne mets pas en question non plus. C'est quelqu'un qui connaît bien le Brésil. Bon, sans doute, il faisait allusion au côté social-démocrate. Mais il ne faut pas nier que beaucoup, beaucoup, beaucoup, et là Inès a parfaitement raison, beaucoup d'éléments de la misère brésilienne. Il y a du EC, vous savez, il n'y a pas besoin de dire le mot favelas.
5:32 Même avant d'en arriver au favelas, il y a une misère brésilienne rurale, pas seulement dans les grandes villes, qui est terrible. Et ces gens-là, je veux dire, leur sort s'est sensiblement amélioré pendant l'époque où Lula a été au pouvoir. On ne peut pas cacher le soleil avec son doigt, comme disent les Africains. Dont acte. Voilà, mais encore une fois, jamais je ne serai fait écho, je ne sais pas, qu'il faut tirer sur les ambulances, et encore moins sur ceux qui sont emprisonnés.
Les trois conditions de la scientificité
6:08 Merci Inès pour ce pan sur le bec, comme on dit du côté du canard. Et merci aussi pour sa fidélité. Par ailleurs, il y a alors une question de notre camarade et ami Léo, qui, à propos de la consultation à laquelle nous avons procédé, de savoir si, à partir de janvier prochain, je devais parler de Wagner ou du rapport entre sciences dures et sciences humaines, et surtout de la question de la scientificité de ces dernières.
7:03 Léo est un de ceux qui avait opté, n'est-ce pas, pour le sujet scientifique, pour parler rapidement ? Alors, sa question, je la résume, pour ne pas perdre trop de temps. D'abord, je précise qu'il est assez bien placé pour la poser, puisque Léo prépare une thèse, j'espère qu'il me pardonne si je me trompe, mais il me semble que sa thèse porte sur la pertinence, l'application de la relativité générale, d'Einstein, n'est-ce pas, de la modélisation Einsteinienne de la relativité, pour traiter de la stabilité du système solaire, grosso modo.
8:08 Et donc, il est vraiment dans le noyau dur des sciences dures, si je puis dire. Et ce sont des parties de la mécanique, de la physique, tout ça, c'est des parties de la physique, qui supposent un niveau mathématique plutôt sophistiqué. Je rappelle au passage, pour les profanes, dont je suis. Donc, alors, oui, il dit, Pagani a l'air de douter de la scientificité des sciences humaines, la preuve, c'est qu'il ne les appelle pas des sciences, il dit que ce sont au mieux des disciplines, c'est moi qui rajoute au mieux, vous voyez que c'est encore plus sévère, au mieux des disciplines, discipline c'est un terme intermédiaire entre l'opinion et la science.
9:00 Ce n'est pas aussi contingent que l'opinion, ce n'est pas aussi n'importe quoi, ce n'est pas café du commerce comme l'opinion, mais enfin, il y a quelque part, quelque chose qui manque encore pour avoir la dignité, enfin, ce n'est pas un jugement de valeur, parce qu'une discipline, c'est beaucoup dans certains domaines, déjà arriver à en faire une discipline, mais pour aller vite, je réponds comme ça d'abord, avant de répondre sur le...
9:30 Ma position par rapport à la scientificité des sciences humaines, je rappelle tout de même que la science en général, que l'épithète scientifique n'est méritée que lorsque au moins trois conditions, il y en a d'autres, mais au moins ces trois-là sont remplis. D'abord, toute science se définit par son objet. Une science digne de ce nom doit avoir un objet propre, une science de tout, c'est une science de rien. la botanique a un objet bien défini qui est le monde végétal, la zoologie a le monde animal, et idem pour l'astrophysique, la géologie qui a la Terre en verticale, et non pas la géographie qui a la Terre en horizontal, si je veux dire.
10:17 Voilà. Je rappelle que géographie veut dire dessin de la Terre, pas étude de la Terre, étude de la Terre, c'est la géologie. Bon, voilà, toutes ces sciences ont un objet propre. Ça ne suffit pas à les caractériser comme science. Il faut ensuite qu'elles soumettent cet objet à des lois, à des lois, c'est-à-dire des énoncés universelles et nécessaires, valables partout et toujours. Quand on dit la chaleur dilate les corps, ce n'est pas valable seulement en Afrique du Sud, ou sur la planète Neptune.
10:50 Ce n'est pas valable au Moyen-Âge et pour être faux à partir du XVIe siècle. Non. Voilà. Et troisièmement, formuler ces lois, c'est la condition qu'on oublie plus souvent et là, comme ça tient à la manière de s'exprimer, on n'est pas loin de la réflexion philosophique, exprimer ces lois dans des termes qui autorisent l'application de la mesure. Lorsque Newton dit que tous les corps s'attirent en fonction de leur masse et en fonction inverse du carré de leur distance, les notions de masse et de distance et de vitesse peuvent être l'objet d'une mesure précise et donc d'une quantification et vous voyez l'intervention des mathématiques, bien sûr, à partir de là.
11:40 Voilà. Je rappelle ces trois conditions. Avoir un objet propre, c'est ce que je reproche à l'écologie, enfin, quand on ne précise pas, parce qu'à l'origine, c'était une scientifique métisse, mais depuis, c'est devenu une machine politique, d'accord, c'est la science de tout et la science de rien, l'environnement. L'environnement, c'est pas dans mon environnement, il y a du naturel, il y a de l'artificiel, il y a des villes, il y a de la campagne, il y a de la zoologie, il y a de l'astrophysique, il y a de la glaciologie, il y a de, il ne faut pas exagérer, je ne crois pas que l'écologue maîtrise toutes ces disciplines.
12:15 Bachelard disait déjà que l'incendie de la bibliothèque d'Alexandrie, s'il a pu faire disparaître en une seule fois toute la physique de l'époque, c'est que cette physique n'était pas très développée, parce qu'il dit aujourd'hui qu'un seul bâtiment ne pourrait pas contenir tous les ouvrages, n'est-ce pas ? Il disait ça à l'époque, il n'y a peut-être pas encore les banques de données miniaturisées d'aujourd'hui ne pourraient pas, et encore, elles sont facilement transmissibles justement, elles ne dépendent pas d'un seul centre.
12:47 Une seule bibliothèque ne pourra pas abriter tous les volumes consacrés simplement à la seule physique aujourd'hui, vous voyez, sans même aller au reste des savoirs. Donc, avoir un objet propre, formuler à l'égard de cet objet, montrer qu'il est soumis à des lois, c'est-à-dire une proposition universelle et nécessaire, qui peuvent s'améliorer sans cesse. La loi de Newton était tout à fait universelle en son temps, son universalité a dû être plus circonscrite à partir de la mécanique relativiste, voilà, je veux dire, elle reste parfaitement valable, elle continue à être parfaitement valable pour les objets qui ne s'approchent pas trop de la vitesse de la lumière, pour simplifier, c'est-à-dire surtout en macro-physique.
13:37 Et troisièmement, exprimer ces lois dans des termes qui se prêtent à l'épreuve de la mesure, du metron. Voilà. Alors maintenant, je réponds sur le fond, on en discutera parce que je ne peux pas répondre d'une manière satisfaisante à ta question, on va le faire quand on va commencer à traiter ce sujet dès janvier prochain, dans le détail.
14:11 Mais, à titre programmatique, je peux déjà orienter la piste de la réponse que je lui fais. Quand il dit, Pagani a l'air de dire que finalement, il contredit Hegel et Marx. Hegel parle de la science et qu'il est arrivé au savoir absolu, à la science. Marx et Engels parlent de socialisme scientifique. Alors, pourquoi Pagani met en doute ? Voilà. Il le dit très gentiment, je veux dire.
14:42 Léo est un ami, un camarade. Il sait de quoi il parle. Mais alors, il y a un petit malentendu sur les termes, vous voyez. Je commence par un petit passage de Hegel qui semble lui donner raison. Dès la page 8 de l'édition Aubier de la traduction de Hyppolite, dans la préface, vous avez la vraie figure dans laquelle la vérité existe ne peut être que le système scientifique de cette vérité. Collaborer à cette tâche, rapprocher la philosophie de la forme de la science, dites donc c'est tout notre programme à partir de janvier prochain.
Hegel : rapprocher la philosophie de la forme de la science
15:20 Rapprocher la philosophie de la forme de la science, ce but atteint, elle pourra déposer la philosophie, son nom d'amour du savoir, d'amour philosophien, et ou de la sophia, pour être savoir effectivement réel. Parce que tant qu'elle reste un amour du savoir, c'est qu'elle ne l'a pas. Ce n'est pas l'argent qui est dans ma poche que je désire, c'est celui que je n'ai pas. On est bien d'accord. Donc, la recherche de la sagesse n'est pas le fait d'un sage.
15:51 La nécessité intérieure que le savoir soit science réside dans sa nature. Et l'explication satisfaisante de ce point ne fait qu'un avec la présentation de la philosophie même. Donc, là, ça passe dans une préface. Mais je termine par cette phrase. Si on pouvait montrer que notre temps, notre temps, Hegel parle de son temps, mais vous allez voir que sur ce point, on est vraiment dans ce temps-là. Si c'est-à-dire la modernité, si on pouvait montrer que notre temps est propice à l'élévation de la philosophie à la science, cela constituerait la seule vraie justification des tentatives qui se proposent ce but, à la fois en mettant en évidence la nécessité de ce but, rapprocher la philosophie de la science, et en le réalisant tout à fait.
16:32 je fais observer à Pléo que tout ceci est programmatique. Si Hegel s'assigne comme tâche de rapprocher la philosophie de la science, et s'il pense que c'est la tâche, la grande tâche de la modernité dans ce domaine, c'est que c'est à faire. C'est que ce n'est pas une science en actes. Voilà. Et quant à l'expression de... Quant à l'expression de socialisme scientifique sous les plumes, de Marx et ou d'Engels, je rappelle ici que c'est assez rare que Marx tape sur la table en utilisant l'expression socialisme scientifique qui est plus fréquente chez Engels.
17:21 Alors, je ne suis pas en train d'établir un coin entre les deux comme certains contempteurs d'Engels s'ingénie à le faire. Ce n'est pas les mêmes... c'est ni l'un qui est supérieur à l'autre, ce n'est pas l'un qui serait plus mécaniste et l'autre plus profond. Non, non. C'est un partage des tâches. D'accord ? Engels, il se bat après, et même après la mort de Marx, pour vulgariser au meilleur sens du terme celui pour lequel le siècle des Lumières s'est battu pour aboutir à cet énorme chef-d'œuvre qu'est l'encyclopédie des sciences et des arts des sciences et des techniques.
17:59 Ce n'est pas l'encyclopédie raisonnée. Voilà, comme on disait au XVIIIe siècle. Eh bien, Engels, voilà, et quand on fait ce travail didactique, on va y revenir d'ailleurs, pour une autre question, le rapport de la philosophie au faire savoir et non pas au savoir-faire, seulement, et donc au didactique, au pédagogique et ainsi de suite. Rappelez-vous que la phénoménologie dont je viens de lire un extrait et que je vais reprendre tout à l'heure pour une autre question, a souvent été comparée à un Bild roman, Bildungsroman, on peut dire aussi en allemand, c'est-à-dire un roman de formation sur le modèle de l'Émile de Rousseau, vous voyez, on est bien ici dans les problèmes de la transmission.
18:48 Donc, je rappelle ici que, après ma petite parenthèse sur le fait qu'il y a un partage des tâches entre Marx et Engels et qu'on est plus systématique, obligatoirement plus systématique quand on transmet que lorsqu'on est encore dans la recherche, il doit être bien placé pour le savoir. Je suis sûr que ce qu'il va exposer pendant sa soutenance sera plus clair et plus systématisé, n'est-ce pas, que ça lui est apparu au début de ses recherches.
19:18 Marx a pas mal travaillé sur la différence entre l'ordre, entre la chronologie réelle et celle de l'exposition. Ordo Exponendi et Ordo Essendi. Voilà, donc, je ne suis pas sûr qu'il existe une science armée de pied en cap et constituée qui s'appelle le marxisme-léninisme.
Le marxisme-léninisme n'est pas une science constituée
19:51 Je suis certain qu'il n'y a aucune, que dans le massif des sciences humaines, c'est le seul territoire qui se rapproche le plus de la forme de la scientificité. C'est à vous, à nous, je dis à toi en parlant à Léo, à moi et à tous ceux qui veulent bien y collaborer et à chacun de ceux qui nous écoutent en particulier, chacune, et à qui il appartient, comme le dit très bien Hegel, cette tâche éminemment moderne de rapprocher ce qui concerne les sciences de l'homme de la forme des sciences constituées.
20:34 Voilà, c'est une tâche à la fois plus modeste et plus exaltant que je voudrais bien que si ce que je suis en train de persister à nier, c'est qu'il existe d'ores et déjà des sciences humaines en actes, c'est-à-dire que quelqu'un pourrait m'expliquer avec la même rigueur que la physique quantique, que la mécanique quantique par exemple, ce qui fait qu'on est passé de Haydn à Mozart.
21:09 Pourquoi il y a trois manières chez Beethoven ? Je ne sais pas. dans quelles conditions le partage de la Pologne a été fait à la fin de la dernière guerre. Par contre, pour répondre à ces questions, j'avoue qu'on n'est jamais si mieux armé pour y répondre que lorsqu'on est familiarisé avec les outils que les avancées de Marx, d'Engels et de Lénine, entre autres, principalement, ont apporté à l'édifice de la connaissance.
21:53 Voilà. Là-dessus, je n'ai pas encore commencé, c'est un rattrapage un peu des questions qui étaient en retard. Je n'en ai pas fait le tour. Je rappelle que pour les très longues questions, celles que je ne peux pas vous lire parce qu'elles feraient plusieurs pages, je compte y consacrer une séance spécifique. Elles ne sont pas, là encore, elles n'ont pas une urgence conjoncturelle, donc ça peut attendre.
Lecture d'un extrait du Capitalisme de la séduction de Clouscard
22:26 On y répondra avant Noël, par exemple. Par contre, je voudrais revenir ici au texte qu'on vous a envoyé et je commence par le texte de Michel Clouscard. N'est-ce pas ? Je le lis d'abord comme ça, il n'est pas loin. je rappelle qu'il est extrait quand même d'un de ses ouvrages parmi ceux qui ont eu le plus grand succès de librairie, plusieurs dizaines de milliers d'exemplaires, il s'agit du capitalisme de la séduction et c'est un texte qui, bien qu'il soit court, condense de manière assez rare, condense tout d'un coup la mesure de la solution vers une solution des problèmes que nous nous posons depuis quelque temps.
23:25 Je le lis d'abord, donc sans commentaire. il faut écarter toute nostalgie théologique et toutes ses dérives épistémologiques. Notre destin n'a pas été perdu, il n'a jamais eu lieu, il n'y a pas eu de destin. Le sens n'a pas été quelque part donné, fixé, puis oublié, en tous les cas perverti par l'histoire. Il faut récuser toute quête et restauration d'une substance perdue.
24:00 Dans le domaine de la connaissance comme dans celui de la politique, la nostalgie de la substance fonde toute l'idéologie réactionnaire. Il n'y a pas de marque indélébile, plaie secrète de l'éternel Graal, irrécusable témoignage d'une pureté ou innocence perdue. Notre destin est à faire. Tout commence, tout a commencé par les rapports de production. Point final de cet extrait.
24:33 Alors, pourquoi je tenais à ce que ce soit ce texte, vous me direz, il est assez parlant, il est magnifique, oui, non, non, mais c'est beaucoup plus précis que ça. C'est que, voyez-vous, je reviens à la question de notre fidèle Marielle Euglue qui nous suit aussi depuis bien longtemps et très fidèlement. Et elle m'avait posé cette question aussi sur les rapports entre bouddhisme et puis autres engouements pro-orientaux ou pro-ésotériques, pro-mystiques avec l'extrême droite et le néo-fascisme.
25:11 Je rappelle cette question, je relise sa question parce qu'elle est rapide. Bonjour Dominique, je m'informe et m'interroge sur les liens entre théosophie, Krishnamurti, anthroposophie, Steiner, fascisme, nazisme, éco-fascisme, new age, ésotérisme, médecine alternative et certains autres courants dits écologistes de la deep ecology. Et cela me rappelle à vous évidemment. J'ai en mémoire un de vos ateliers pendant lequel vous mentionniez une citation de Goethe, j'ai déjà répondu. Voilà, à la précision, j'ai répondu, il s'agissait de la citation de Goethe à l'entrée du camp de Buchenwald à trois kilomètres de Weimar, le sommet de la barbarie, l'abîme de la barbarie allemande à trois kilomètres des sommets Weimar de l'humanisme allemand de Goethe et Schiller.
25:54 Un grand merci à vous, bon, bon, bon, etc. Et non, etc. Encore bravo à toute l'équipe pour ce nouveau site bien plus riche qu'une mine d'or. Je le dis pour l'équipe qui mérite au moins ses louanges. Alors, quel rapport avec le texte de Clouscard ? C'est justement qu'il y ait question de nostalgie. Vous voyez, je reviens au texte de Clouscard, maintenant je l'ai lu sans commenter, j'y reviens, il faut écarter toute nostalgie théologique et toutes ses dérives épistémologiques.
26:26 Il y a deux thèmes fondamentaux. La critique de la nostalgie, c'est-à-dire qu'il y a eu un absolu dans le passé qu'on devrait rejoindre, là vous comprenez mieux le rapport avec les engouements pour le mysticisme, le nazisme, un paradis terrestre, enfin, on peut multiplier, n'est-ce pas, les références à le « c'était mieux avant ». N'est-ce pas, dans tous les sens, soit un avant récent, soit, a fortiori, n'est-ce pas, un avant mystique antérieur à toute l'humanité.
Critique de la nostalgie, critique de la substance
26:56 Il y a donc deux thèmes essentiels dans cet extrait et qui sont liés, bien sûr, c'est la critique de la nostalgie, mais aussi, non pas la critique littéraire ou artistique, artistique, du point de vue épistémologique et philosophique. Clouscard était le premier à avoir des nostalgies à titre personnel, mais ça, c'est des états d'âme.
27:26 Deuxième thème, la critique de la substance et surtout, c'est énoncé fondamental, merci Clouscard, la nostalgie, c'est au milieu de ce court extrait, la nostalgie de la substance fonde toute idéologie réactionnaire. Alors, écoutez, profitez-en, vous avez là un énoncé qui permet de dégager une catégorie générique pour tout ce qui se réclame d'un terme très extensif, celui de réactionnaire, qui va du petit bourgeois comme ça, vraiment, pas au responsable du camp d'Auschwitz en passant par tout ce que tous les contre-révolutions, ça fait beaucoup.
28:09 Il dit la nostalgie de la substance fonde toute idéologie réactionnaire. Voilà. Il faut récuser, deux fois le mot substance apparaît, juste une ligne au-dessus, il avait déjà dit il faut récuser toute quête et restauration d'une substance perdue. Le terme de restauration, les historiens le savent bien, est un terme qui a une très forte connotation politique.
28:44 J'ai déjà dit à plusieurs reprises au cours de ces dernières années dans différents ateliers que nous ne vivons pas des temps de révolution, nous ne vivons pas des temps de contre-révolution, nous vivons depuis essentiellement la révolution française, nous vivons un combat incessant entre la révolution et la contre-révolution. si le régime que nous subissons en France actuellement s'en prend à ce point aux libertés comme jamais depuis la libération.
29:15 Soyez bien attentifs à la dialectique que j'essaie de dégager. C'est parce qu'il sent que la révolution revient à l'ordre du jour de l'horizon, se profile, et pas seulement en France. L'ensemble du capital mondial sent bien que quelque chose est en train de basculer, ne serait-ce que le rapport de force géopolitique sur la planète. Ils ne rentrent pas dans les détails, tout le monde les connaît, même s'ils ne les jugent pas de la même manière.
29:51 Il n'y a pas encore panique à bord, mais ça sent le feu. Et à ce moment-là, il arrive, ce que Clouscard avait prédit dès les années 70, dans Néo-fascisme et idéologie du désir, il avait bien dit que le fascisme viendrait du libéralisme libertaire. C'est exactement ce que nous avons au pouvoir. Il ne viendrait pas, je veux dire, les lois liberticides par lesquelles commence tout fascisme, ne viendrait pas de ceux qui se réclament ouvertement de la vieille extrême droite, du poujado-fascisme des Le Pen et j'en passe et autres.
30:42 Ils sont tellement nombreux, ils se ressemblent tellement que des fois, je ne sais plus leur nom qui est très populaire, enfin, ça va me revenir de droite. Et, qu'on voit tout le temps, c'est le plateau télé. vous devez le connaître mieux que moi. Merci, merci, voilà le grand remplacement, c'est ça, M. Zemmour, oui, voilà, tout ça, c'est des catégories réactionnaires et nous sommes sur la, ce sont les marches qui nous font descendre, pas monter, descendre vers le néofascisme, c'est pas, vers le néofascisme.
31:19 je reviendrai sur ces mots-là qu'il faut prendre avec précaution. L'histoire ne se répète jamais, il se peut que ce soit pire, c'est pas du tout exclure vu les moyens actuels, il se peut que ce soit ce qui est certain, c'est que ce sera différent. Meilleur ou pire, on verra bien. Donc, ce qui est sûr, c'est qu'actuellement, il ne faut pas s'étonner de la violence dans tous les sens, policière, mais surtout sociale, et la violence avec laquelle se gère la pandémie du Covid, qui n'est pas une invention, qui est une réalité, mais sa gestion politique est d'une violence incroyable.
32:08 Pas seulement, c'est déjà violent, j'ai vu une émission sur les 500 000 personnes du troisième et quatrième âge qui sont en train d'agoniser dans des EHPAD, c'est mon cas, je ne suis pas en train d'agoniser, grâce à vous, je ne passe pas mon temps à regarder ma télévision en mangeant des chips parce que j'ai la chance de répondre à des demandes de transmission et croyez-moi que ça entretient mieux que n'importe quoi, mais ceci dit, tous ceux qui n'ont pas vu leurs proches et qui en ont empêché d'avoir la seule petite lumière de leurs dernières années, c'était la visite hebdomadaire, bi-hebdomadaire, tri-hebdomadaire quelquefois de leurs proches, je veux dire, c'est une violence, mais ce n'est même pas de celle-là que je parle.
32:56 Je parle de la violence de la gestion du Covid par la manière dont, en douce, on en profite pour faire passer des casses sociales dont le MEDEF a toujours rêvé et qui maintenant passent comme des lettres à la poste qu'il s'agisse de la privatisation d'EDF et qu'il s'agisse de les retraites. Des choses qui semblaient bien ancrées, mais depuis que 50 millions de morts étaient arrivés à le mettre en place, c'est-à-dire depuis la libération.
33:34 Donc, quand je dis que tout ça, quand je rappelle que Clouscard nous dit que toutes ces formes de la réaction se rattachent à un genre commun et là, là c'est un terme philosophique. où en parlera-t-on si ce n'est pas ici entre nous ? Celui de la substance. Bon, il faudra bien qu'on définisse tout ça, bien sûr, mais je dirais d'une manière très courte pour l'instant, même si c'est plus complexe dans le détail, mais au cas où on se perd, je préfère le dire à l'avance, que souvent, on la confond avec l'essence.
34:22 Souvent, on dit avec une très bonne intention qu'il ne faut pas essentialiser les rapports humains, il n'y a pas l'essence de l'Africain, l'essence du Corse, l'essence de la femme, de l'homme, ce ne sont pas des essences, ce sont des choses qui tiennent compte du devenir, des déterminations extérieures. Très bien. En fait, il vaut mieux réserver le terme d'essence à ce qui est de l'ordre des mots et non pas des réalités que désignent ces mots. Lorsqu'on définit un cercle, on a dégagé une essence. C'est un énoncé la définition du cercle.
34:52 Par contre, lorsqu'à cette essence, on fait correspondre une réalité, que c'est dans les gènes des adolescents, comme avait osé dire Sarkozy, que c'est dans leur gène qu'on doit trouver la raison de leur criminalisme, si je puis dire, même pas leur criminalité d'après lui. Vous voyez, là on passe de l'essentialisme au substantialisme. Mais il y a un sens plus général de substance. Et là, je reviens au thème que j'ai amené en premier, à la nostalgie.
35:23 Nous sommes tous dans le substantialisme lorsqu'on est gagné via la nostalgie à laquelle on a droit. On a le droit d'être malheureux, d'avoir perdu ceci, je ne sais pas moi, la sécurité de l'enfance, l'affection des êtres disparus. Mais il n'y a rien, aucun mal à ça. D'accord ? Ça devient substantialisme quand on pense, quand on commence à enjoliver le passé, quand on se réfère à un déjà-là qui était là avant et où les problèmes dans lesquels je me débat aujourd'hui n'étaient pas censés exister et qui entretiennent cette haine de la modernité qui est typique de la modernité, je ne cesse de le répéter.
Arnim, Les Héritiers du majorat : le monde d'avant la Révolution
36:02 et pour l'illustrer, je vais me servir d'un des premiers auteurs contre-révolutionnaires. C'est le texte sans doute de l'auteur le moins connu de ceux que je vous ai fait parvenir ce soir, mais qui est un immense écrivain, très peu connu, même en Allemagne on le lit peu, qui est Achim von Arnim, Achim von Arnim si vous voulez littéralement en français, Achim von Arnim, je rappelle que lui est oui, bref, c'est un écrivain qui a fait des nouvelles que je vous recommande, je m'étonne que dans le monde du cinéma on est toujours à la recherche d'un scénario, on ne se soit pas encore emparé des nouvelles d'Arnim qui s'y prête parfaitement, mais là il s'agit d'une nouvelle qui s'appelle Les héritiers du majorat, c'est un titre, une fonction le majorat à l'époque féodale et monarchique,
37:13 donc voilà un écrivain romantique allemand qui a vécu dans les années qui font charnière entre le 18e et le 19e siècle, voilà et cette nouvelle qui est un chef-d'oeuvre vous voyez que je ne suis pas sectaire c'est très contre-révolutionnaire vous allez voir mais il n'empêche que c'est un chef-d'oeuvre vous la trouvez si vous voulez la voir je crois que c'est la première fois qu'on la voyait traduite en français dans l'admirable anthologie des romantiques allemands traduite par Armel Guerne j'ai déjà souvent fait allusion à ce recueil admirable je ne suis pas le seul à trouver une référence dans le monde de l'édition et pour ceux qui auraient du mal à se le procurer je rappelle qu'on peut le consulter dans Google Book donc anthologie des romantiques allemands Armel Guerne au chapitre Achim von Arnim deux-points les héritiers du majorat et ça commence comme ça c'est le tout début de la nouvelle l'autre jour nous parcourions un vieil almanach dont les gravures représentaient les folies de l'année comme tout cela est loin
38:23 derrière nous nous sommes en 1805 là comme tout cela est loin derrière nous déjà et déjà passé à l'état de légende comme le monde était bien rempli alors on a l'impression qu'il parle d'une époque qui remonte à plusieurs siècles non non regardez comme le monde était bien rempli alors avant que cette révolution universelle à laquelle la France a donné son nom eût tout bouleversé il est clair que l'unique objet du ressentiment de ces romantiques là c'est la révolution française soyons clairs on va mieux comprendre après le texte que je vais vous lire c'est exactement la même époque comme il est devenu le monde depuis la révolution française comme il est devenu depuis uniformément pauvre ça vous rappelle rien ça ?
39:17 Heidegger la critique de la grisaille engendrée par le monde de l'industrie si c'était que Heidegger Heidegger c'est un extrême vous savez que moi je ne suis pas de ceux qui se demandent s'il est nazi ou pas j'ai dit que c'est le plus nazi des philosophes des grands je ne parle pas des petits faire-valoir que le troisième Reich a nommé dans les universités allemandes à partir des années 30 non non lui c'est monsieur persiste et signe après la guerre dans son procès justement de la modernité de la technique et de la grisaille comme il est devenu depuis uniformément pauvre des siècles paraissent nous séparer de cet heureux temps et nous avons peine à nous rappeler que nos premières années en faisaient partie donc il parle d'une époque qu'il a connue lui enfant il y a comme ça des événements historiques n'est-ce pas vous comprenez pourquoi j'ai intégré ce texte dans notre réflexion sur la mémoire il y a comme ça des événements historiques qui accélèrent brusquement le temps universel de l'histoire je ne parle pas du temps personnel on l'a assez vu avec Proust quand on approfondit ces bizarreries dont le talent de Chodowiecki graveur, peintre nous a conservé l'image on découvre toute l'élévation
40:27 la finesse et la clarté de l'esprit d'alors donc il nous renvoie à des illustrations de l'époque les tableaux des peintures il se mêle à toutes les silhouettes qui passent devant les yeux du dessinateur quel ensemble quelle délicatesse de nuances qui se retrouvent dans tous les détails de la vie chaque individu formait dans son air dans son habillement un monde à part chacun s'établissait sur cette terre comme s'il eût dû y rester toute l'éternité au lieu d'être bousculé sous-entendu dans le stress du monde moderne n'est-ce pas et comme on cherchait à vivre le mieux possible on accueillait avec enthousiasme quoi ?
Le bouddhisme et les quatre nobles vérités
41:08 alors là je repense à la question de Mariel sur les l'attirance de l'extrême droite pour les mystiques les visionnaires les conjurateurs les réunions secrètes les aventures mystérieuses donc c'est là c'est là que s'inscrit l'engouement pour les religions du sous-continent indien brahmanisme et bouddhisme car j'ai jamais dit parce qu'il y en a qui m'ont fait dire que je disais que le Bouddha était nazi pas du tout le Dalai Lama est un féodal esclavagiste oui c'est pour ça qu'il est soutenu à fond par la CIA par contre je veux dire l'enseignement du Bouddha pour quiconque le connaît est au contraire centré autour de la notion de pitié puisque j'en suis là j'en profite pour rappeler que le fondement si on doit de même que je dis souvent que la préface de 59 de Marx est là où il y a le plus de Marx dans le minimum de lignes le maximum de l'enseignement du Bouddha dans le minimum de lignes recueilli par ces moines ces bhikkhus comme on dit B-U-K-H-U-S c'est le passage
42:20 sur les fameuses quatre nobles vérités pour parler dans le style du Bouddha lui-même les quatre nobles vérités sont premièrement Dukkha deuxièmement l'origine de Dukkha troisièmement la cessation de Dukkha quatrièmement le chemin qui mène à la cessation de Dukkha alors vous me direz que tout ça sera plus clair on en saura ce que c'est que Dukkha voilà alors comme il y a un problème de traduction je vais les réserver pour après Dukkha on le traduit en général par souffrance mais en fait c'est beaucoup plus extensif et comme on posait des questions au Bouddha sur la signification du mot il a fini par répondre ce superbe prédicat tout ce qui est impermanent Dukkha tout ce qui n'est pas tout ce qui n'est pas éternel tout ce qui est dans le temps tout ce qui est destiné à naître et périr tout ce qui est comme disaient les grecs dans la genesis kai phthora la génération et la corruption la naissance et la mort tout ça et la souffrance voilà tout ce qui est impermanent Dukkha vous voyez il n'y a pas une gramme de nazisme dans tout ça ce qui serait nazi c'est de croire que le chemin qui mène à la cessation de Dukkha se trouve et il suffit que j'aille dans mon passé que je vais retrouver qu'il faut que je restoure
43:30 quelque chose qui a déjà existé ce serait faire bon marché de la charité qui est une des valeurs fondamentales de le rapport au monde dans le véritable bouddhisme donc je reviens à ce texte qui est exemplaire n'est-ce pas et comment chercher à vivre le mieux possible on a accueilli avec enthousiasme vous voyez la version complètement un peu délirante vous voyez au Moyen-Âge et les massacres et tout qu'il y a eu on a accueilli avec enthousiasme les visionnaires les conjurateurs oui il oublie aussi qu'on les brûlait par centaines n'est-ce pas il suffisait qu'une brave dame à la campagne donne des conseils à sa voisine dans la ferme voisine qui avait une rage de dents pour qu'on la brûle comme sorcière en forçant à peine le trait les conjurateurs les réunions secrètes et les aventures mystérieuses les remèdes merveilleux les maladies prophétisantes qui donnaient un aliment à l'impatience à la curiosité du cœur à combien de siècles cette époque ne se rattachait-elle pas par des institutions qui se soutenaient noblement
44:40 contre tout changement tout est dit les institutions qui se soutenaient noblement ce sont les derniers mots de cet extrait contre tout changement surtout éviter le changement le rapport au temps voilà c'était le complément qui était nécessaire la dernière fois j'avais fini un peu sur les chapeaux de roue par la gestion du temps de ma réponse à Marielle mais je reviens maintenant au texte de Clouscard sur la je vois certaines questions qu'il y en a qui savent relier les différentes interventions entre elles ce qui prendrait un temps fou s'il fallait le faire à chaque fois mais voilà il ne faut pas je le dis souvent il ne faut pas que la transmission
Proust et le paradis perdu intra-utérin
45:52 à laquelle je m'efforce soit comme ce paysage qui est dans le rétroviseur et qui disparaît et qui ne revient pas il faut faire des liens retenir ce qui permet de faire ces liens or qu'est-ce que rappelez-vous ça a l'air d'avoir aucun rapport le passage sur le drame qui était le coucher du jeune Proust lorsqu'il était enfant et que sa mère n'est pas le dernier baiser avant qu'il s'endorme et le drame que ça pouvait causer bon lorsqu'il a fait allusion aux sanglots qui ont éclaté quand il se retrouvait seul avec sa mère après que son père ait autorisé sa mère à passer la nuit avec lui pour une fois n'est-ce pas il dit bien ces sanglots n'ont jamais cessé en vérité ils n'ont jamais cessé et c'est seulement depuis quelques temps que je les entends un peu comme en vieillissant c'est une très belle image comme dans la paix du soir on entend tout d'un coup des sons des cloches qui sont couverts dans la journée par la rumeur les activités du jour voilà quel rapport
47:03 ça fait trois fois j'ai dit quel rapport il faut je répète il faut récuser toute quête et restauration d'une substance la première nostalgie c'est la plus ancienne j'avais dit à propos de Proust qui a un rapport à la fidélité qui a une forme mortifère de fidélité la fidélité qui remonte trop loin voire avant la naissance l'inconscient pour l'inconscient le paradis perdu c'est le monde intra-utérin la température idéale l'obscurité la nourriture qui intervient sans qu'il y ait de décalage de manque entre le désir et sa satisfaction sans qu'il y ait donc de notion du temps parce que je n'ai pas dit le temps ça appartient au physicien mais la conscience du temps le fait que le temps semble long ou rapide la conscience du temps est en rapport avec le désir et jamais le temps nous paraît aussi long n'est-ce pas que lorsque nous sommes
48:14 dans le manque justement il faut récuser toute quête et restauration d'une substance restauration concept politique substance que je tire maintenant apparemment très loin du politique dans le monde intra-utérin mais pour ceux qui s'en rappellent j'avais rappelé que toute l'histoire de la praxis humaine consiste à prendre le relais de ce paradis perdu non pas d'avoir une nostalgie passive et mortifère mais de vrai bref la maison sur pilotis de l'époque du moustérien dans la préhistoire est une manière d'aller au-delà de la caverne pour remplacer l'utérus c'est quand même mieux la maison sur pilotis et a fortiori la maison plus tard à partir des phases historiques les crétois étant les premiers à peu près mille ans avant Jésus-Christ n'est-ce pas même à créer le chauffage central avec des tuyauteries en plâtre n'est-ce pas et des chaudières au sous-sol et j'en passe donc encore une fois il y a un lien entre la notion
49:27 de substance le passé et toutes les religions et toutes les mysticismes qui ont leur part de vérité attention mais une vérité qui n'est pas su par ceux qui qui la pose en termes purement religieux c'est-à-dire en termes de représentation je renvoie ici au fait que Hegel qu'on jette un petit peu vite surtout du côté de ceux qui ne le connaissent pas comme on ferait dans le champ du religieux n'est-ce pas du mystique Marx a bien vu la tournure mystique des expressions chez ce sacré Hegel en embrouillant mais je pense comme Jacques D'Hondt que c'était surtout pour semer la censure de son employeur qui était le ministère des cultes ce qu'il ne faut jamais oublier pour quelqu'un qui était un grand admirateur de la révolution française comme Hegel il fallait marcher sur des œufs donc je reviens à l'essentiel du propos ce qui il y a une vérité profonde de de la parole religieuse qui est
La Genèse : le passage de la zoologie à l'anthropologie
50:37 à l'insu même du religieux je prends l'exemple du paradis terrestre de l'Ancien Testament parce que c'est une référence plus connue dans nos parages dans notre géographie que d'autres formes de paradis je qu'est-ce qui est avant la faute Adam et Ève sont nus avant la faute ils ne travaillent pas pour assurer leur subsistance elle pend aux arbres si je puis dire métonymiquement leur subsistance n'est-ce pas et et avant la faute troisième détermination l'accouchement se fait sans problème et voilà qu'après la faute juste après la faute c'est là que l'éternel s'aperçoit qu'il y a eu faute c'est quand il appelle Adam dans le paradis l'éternel c'est une voix c'est auditif dans notre récit de la Genèse on ne le voit jamais n'est-ce pas comment pourrait-on voir ce qui ne peut pas être représenté mais on l'entend Dieu est logos c'est une parole Adam, Adam Adam répond je me cache parce que
51:47 je ne veux pas que tu me voies nu et là l'éternel comprend qu'il a goûté le fruit l'animal ne s'habille pas n'est-ce pas il n'a pas besoin il est né habillé deuxièmement tu gagneras et à partir de maintenant le châtiment divin tu gagneras ton pain à la sueur de ton front au lieu de de le ramasser sur les arbres tu gagneras ton pain à la sueur de ton front la praxis commence et quant à toi Ève puisque c'est par toi que c'est venu tu enfanteras dans la douleur visiblement c'est le passage de la zoologie à l'anthropologie quand on réfléchit un petit peu donc il y a une vérité profonde il y a eu la théorie de l'évolution le dit un passage de la zoologie à l'anthropologie on a parlé de ça pendant toutes les séances précédentes et on a fait des progrès avec la trouvaille de Djebel Irhoud de Maroc par exemple entre autres c'est d'autres sites mais dont le commentaire
La prématuration générique de l'espèce humaine
52:57 était bien explicite à ce niveau-là que nous ne cessons pas de faire ce passage de la zoologie à l'anthropologie je le rappelle parce que j'ai eu des questions y compris en privé depuis mes interventions à ce niveau-là n'est-ce pas que quand je dis que il ne suffit pas de naître homme pour être homme ça n'a jamais été aussi vrai ça ne veut pas dire que que l'animal n'a pas de relation bien sûr qu'un apprentissage des des oiseaux pour voler des ou les les fauves qui entraînent leurs petits à chasser ou les petits qui s'entraînent en jouant en se disputant comme ça à à devenir des prédateurs tout simplement c'est beaucoup plus rapide la différence et ça je l'ai tellement dit auparavant que je pensais que ce n'était pas nécessaire de le rappeler mais il y en a à qui il faut tout expliquer que le ce qui est propre à l'espèce humaine c'est sa prématuration générique on revient à des problèmes d'origine prénatale la prématuration
54:07 générique il y a des prématurés prématurations individuelles mais il y a aussi une prématuration de l'espèce humaine en général qui font qui qui sont à l'origine du genre humain la prématuration elle fait partie d'une évolution biologique le rétrécissement des os du bassin dans le passage à la bipédie si vous voulez le mécanisme qui ne doit rien aux sciences humaines je veux dire qui est empruntée aux sciences dures en particulier à la physiologie à l'anatomie à la biologie le passage à la bipédie a provoqué une catastrophe obstétrique et l'accouchement est devenu beaucoup plus difficultueux et problématique dans l'espèce humaine à part le rétrécissement des os du bassin et c'est ce qui explique que la naissance est prématurée à titre générique ce qui se manifeste dans des traces comme la fontanelle par exemple sur le crâne du nouveau-né et surtout sur notre débilité motrice à tous pendant un temps beaucoup plus long que de n'importe quelle autre espèce animale regardez la rapidité avec laquelle les mammifères
55:17 de la savane africaine se dressent sur leurs pattes et se mettent à fuir le danger quelques jours à peine après leur naissance donc voilà je rappelle ce que c'est à cause de ce manque de cette insuffisance de ce moins c'est ce moins qui a fait que l'homme est un plus je l'avais dit il y a quelques années il ne faut pas l'oublier parce que s'il faut tout reprendre à zéro à chaque fois je pense à ceux qui prennent le train en marche bien sûr mais il y en a qui l'ont entendu 50 fois qui ne veulent rien savoir ça s'appelle le refoulement je veux dire il y en a même qui m'ont dit l'inconscient n'existe pas vous voyez je n'ai jamais vu une si belle illustration du refoulement ce sont des camarades dont je ne veux pas dire du mal mais je veux dire on était tellement éduqués là-dedans il ne faut pas s'étonner la récusation des deux grandes avancées anthropologiques de la modernité Marx et Freud n'est pas tout à fait le fruit d'un hasard n'est-ce pas vous retrouvez ici l'idéologie dominante ni Marx surtout ni Marx ni Freud qui est en train
La vérité a pour élément le concept et non l'intuition
56:27 de prendre de l'aile quand même j'y reviendrai donc vous voyez quand Clouscard dit dans le domaine il n'y a pardon la nostalgie de la substance fond de toute idéologie réactionnaire vous comprenez pourquoi c'est aussi extensif la réaction c'est ce qu'elle fait quand elle s'appuie sur cette nostalgie qui est présente légitimement à chacun de nous d'un monde de sécurité de nourriture de confort bien sûr alors comme par hasard il est question de substance deux pages après l'extrait de Hegel de la préface à la phénoménologie que je l'ai lu tout à l'heure c'est le passage justement qui enchaîne sur le fait qu'il vienne de dire je repense à Léo que je répète la vraie figure de la vérité est donc posée dans cette scientificité voilà la vérité est scientifique ou elle n'est pas la vérité et inversement une science qui n'est pas dans le vrai
57:37 n'est pas une science donc ce qui revient à dire que dans le concept et là Hegel souligne le mot enfin il est en italique ce qui revient à dire que dans le concept seul la vérité trouve l'élément de son existence l'élément chez Hegel ce n'est pas l'élément au sens élémentaire atomique ça veut dire l'élément au sens où l'eau est l'élément marin pour les poissons ça veut dire l'élément sans lequel les poissons ne pourraient même pas exister donc c'est dans le concept seul que la vérité trouve l'élément de son existence la vérité doit baigner dans l'élément du concept sous-entendu et non pas comme les romantiques dont Arnim dont je viens de vous lire un très bel extrait pas très réactionnaire entre vous et non pas dans celui de l'intuition de l'irrationnel le contraire du concept ça se tient dans mes textes et là Hegel enchaîne ou plutôt déchaîne sa grande colère tranquillement on sent qu'elle est sourde mais qu'il en a gros sur la patate ça ne se passe pas parce que c'est c'est dans ses pages qu'il y a son protocole de rupture avec son propre romantisme de jeunesse je sais bien que cela semble
58:47 en contradiction avec une certaine représentation et ses conséquences représentation qui a autant de prétention qu'elle est répandue dans la conviction de notre temps une explication au sujet de cette contradiction ne me paraît donc pas superflue une contradiction entre l'exigence du concept de la scientificité et celle de l'intuition et de l'irrationnel même si elle ne peut être rien de plus ici sous-entendu dans une préface la démonstration c'est pour après la préface même si elle ne peut être rien de plus ici qu'une affirmation gratuite exactement comme la représentation contre laquelle elle va alors allons-y si précisément le vrai existe sous-entendu au contraire du concept dans ce qui ou plutôt comme ce qui est nommé tantôt intuition tantôt savoir immédiat de l'absolu vous voyez il y a tous les énoncés du mysticisme savoir immédiat de l'absolu sans ces médiations que sont la connaissance la science le langage tous ces trucs-là inventés par l'homme se sert tout ça qui nous sépare de l'absolu si précisément le vrai existe dans ce qui
59:57 ou plutôt comme ce qui est nommé tantôt intuition tantôt savoir immédiat de l'absolu religion être voilà notre ontologie pas celle que réclame Gastaud on en reparlera notre camarade Georges Gastaud j'ai dit qu'on pouvait parfaitement fonder une ontologie du devenir n'est-ce pas et non pas une ontologie de l'être originel donc si précisément religion être non l'être dans le centre de l'amour divin mais l'être même de ce centre vous voyez que Hegel va loin à la critique du mysticisme alors de ce point de vue c'est plutôt le contraire si ce sont ceux-là qui ont raison n'est-ce pas les romantiques c'est le contraire de la forme conceptuelle qui est requis pour la présentation de la philosophie l'absolu ne doit pas être conçu mais senti et intuitionné non son concept mais son sentiment on a que ça à la télévision ça fait des années qu'en politique on n'a plus que des sentiments de l'émotion pour mobiliser les foules n'est-ce pas pour les faire aimer ceci ou haïr cela je rappelle
1:01:08 dans les enfants du paradis l'admirable dialogue de Jacques Prévert n'est-ce pas lorsque Frédérick Lemaître acteur qui existait à l'époque surgit sur scène et il vient d'entendre que pendant la répétition les auteurs disaient vous ne pourriez pas jouer avec un peu plus d'émotion et c'est ça c'est ça de l'émotion encore de l'émotion toujours de l'émotion c'est pas nouveau tout ça donc l'absolu ne doit pas être conçu mais senti et intuitionné non son concept mais son sentiment et son intuition doivent avoir la parole et être exprimés réponse si on conçoit l'apparition d'une telle exigence dans sa portée la plus générale et si on l'envisage et là tout est souligné à l'étage où l'esprit conscient de soi-même se trouve présentement c'est-à-dire revenons sur terre au présent là au présent historique à l'époque où nous vivons on voit que cet esprit est au-delà de la vie substantielle auquel faisait allusion le texte d'Arnim de se passer d'avant la révolution l'esprit est au-delà de la vie substantielle qu'il conduisait dans l'élément de la pensée au-delà de cette immédiateté de sa foi vous vous rappelez
L'esprit moderne réclame la restauration de la substance
1:02:18 la phrase de Nerval l'ignorance ne s'apprend pas au-delà de cette immédiateté de sa foi au-delà de la satisfaction et de la sécurité naissant de la certitude que la conscience possédait sous-entendu à titre fantasmatique possédait de la conciliation de l'esprit avec l'essence et de la présence universelle aussi bien intérieure qu'extérieure de cette essence autrement dit les questions ne pouvaient pas se poser les réponses précédaient les questions des millénaires de réponses religieuses précédaient les questions qui n'ont commencé timidement en balbutiant à se poser pas qu'après comme par hasard le siècle des Lumières et la Révolution française dans laquelle nous nous débattons encore donc non seulement l'esprit est passé l'esprit c'est l'histoire si vous voulez tout simplement est passé au-delà de cet état dans l'autre extrême de la réflexion alors là il y a la réflexion n'est plus dans l'immédiat n'est plus dans l'intuition on va dire la pensée de la réflexion privée de substance vous voyez comment on y arrive privée de substance
1:03:29 de soi-même en soi-même mais encore il a outrepassé cela non seulement sa vie substantielle deuxième fois est perdue pour lui mais Clouscard connaît bien les textes mais il est aussi l'esprit conscient d'une telle perte et de la finité qui constitue maintenant son contenu l'homme moderne sait qu'il n'y a pas des nymphes dans les sources mais que c'est H2O si vous préférez réagissant à son abjection confessant sa misère ça veut dire son malheur c'est le sens latin proférant contre elle des imprécations l'esprit et c'est ça les romantiques c'est contemporain réclame de la philosophie non pas tant le savoir de ce qu'il est que le moyen de restaurer grâce à elle grâce à la philosophie cette substantialité perdue et la solidité compacte de l'être mais disons on ne peut pas être plus proche là du texte de Clouscard regardez bien je reviens à Clouscard notre destin n'a pas été perdu il n'a jamais eu lieu il n'y a pas eu de destin le sens n'a pas été quelque part
1:04:39 donné fixé puis oublié vous voyez le rapport avec l'amnésie en tous les cas perverti par l'histoire rappelez-vous Aurélien Barrau dont encore une fois je ne permettrai pas de contester la pertinence de son savoir dans le domaine astrophysique mais qui ne se mêle pas de ce qui n'est pas de son domaine n'est-ce pas quand il dit que la chute de l'homme commence avec la chasse et la cueillette n'est-ce pas que déjà dès la chasse et la cueillette on attente à la mère nature on ne peut pas faire plus nostalgique de Mama Gaïa dans le domaine de la connaissance comme dans celui de la politique donc vous voyez le sens n'a pas été quelque part donné fixé puis oublié en tous les cas perverti par l'histoire il faut récuser toute quête et restauration d'une substance perdue le même mot sous la plume de Hegel c'est pas un hasard et de Clouscard ici donc je répète cette phrase capitale confessant sa misère pour réagir à ce malheur de la modernité l'esprit réclame de la philosophie non pas tant le savoir de ce qu'il est c'est souligner ce qu'il est que le moyen de restaurer on passe de l'être au devoir être ce qui devrait être il n'y a qu'à grâce à elle
1:05:49 cette substantialité perdue et la solidité compacte de l'être si vous demandez mais qu'est-ce qu'il entend par substance qu'est-ce qu'il dit Hegel qu'est-ce qu'il entend par substance vous l'avez là la solidité compacte tout le contraire du vide dans lequel on est censé se débattre la modernité dans l'insatisfaction n'est-ce pas qui fait en fait la grandeur de l'homme ce que Pascal avait vu je cite Pascal car ce sont la misère de grands seigneurs misère d'un roi dépossédé pour venir à bout de cette besogne la philosophie ne doit pas tant résoudre la compacité de la substance deuxième fois et élever cette substance à la conscience de soi ce que devrait faire la philosophie elle ne doit pas tant reconduire la conscience chaotique à l'ordre pensée du concept que écoutez bien c'est tous les programmes des doctrines dominantes mélanger les distinctions de la pensée opprimer le concept différenciant et restaurer le c'est souligné le sentiment de l'essence elle ne doit pas tant procurer la pénétration intellectuelle que l'édification l'édification le beau
1:06:59 le sacré l'éternel la religion l'amour sont écoutez bien l'appât requis pour éveiller l'envie de mordre la modernité c'est ça c'est l'envie de mordre qui manque alors pour la ressusciter il faut absolument se trouver des appâts n'est-ce pas il faut c'est un travail de vent qu'on dirait dans un saloon n'est-ce pas le beau le sacré l'éternel la religion l'amour autant de nanas qui font du vent sur la scène du saloon si vous voulez n'est-ce pas de nanas excusez-moi c'était leur fonction à l'époque les pauvres malheureuses le beau le sacré l'éternel la religion l'amour sont l'appât requis pour éveiller l'envie de mordre non le concept mais l'extase non la froide et progressive nécessité de la chose là on n'est pas loin des mathématiques non la froide et progressive nécessité de la chose mais l'enthousiasme enflammé doivent constituer la force qui soutient et répand la richesse de la substance voilà je crois qu'on a bien progressé sur ce que veut dire substance et si vous hésitez il vaut mieux entendre l'épithète ou l'épithète
1:08:09 substantialisée c'est le cas de le dire le substantiel au sens vraiment où la langue courante dit très bien quand on a dit dis donc j'ai fait un bon ça c'est du substantiel voilà c'est pas des amusgueules sous-entendus on en a eu pour son argent c'est comme vous voulez alors il est évident on en est à combien là Philippe je m'interroge sur le timing merci alors je traite le le texte de Mallarmé maintenant vous allez voir pourquoi j'enchaîne alors premier paradoxe j'enchaîne sur ce texte alors qu'il n'était pas programmé je ne l'ai pas dit à l'équipe qu'il a qui l'a mis sur notre page Facebook parce que je ne voulais pas lui rajouter du travail ils ont autre chose à faire ils n'ont pas que ça à faire c'était un petit peu tardif pour le dire je m'en suis aperçu un peu tard je l'ai envoyé par erreur c'était pour une programmation d'une séance prochaine mais enfin comme il s'intègre très bien dans notre cycle sur la mémoire et l'oubli je vais rappeler pourquoi ce texte
Bilan : la restauration de la substance et le néofascisme
1:09:19 tient sa place dans ce cycle et en même temps pourquoi ça enchaîne avec ce que je viens de dire donc je commence par faire le bilan de ce qu'on vient de dire ce qui est à la base de toute pensée réactionnaire et en partie les contre-révolutionnaires et aujourd'hui plus que jamais néofascisante vous voyez comme je suis prudent dans mes formulations la marche vers le fascisme le retour de ce qui ressemble le plus au fascisme dans le passé c'est-à-dire d'une séquence politique dont le fascisme est ce qui en approche le plus et c'est terrifiant des pensées cette marche a commencé on n'y est pas encore c'est pour ça que j'insiste que chacun a une responsabilité à clarifier les choses à ce niveau-là or ce qui est à la base de cette marche vers le néofascisme c'est la restauration de la substance je crois que c'est un peu plus clair maintenant n'est-ce pas qu'on a dit maintenant qu'on a dit que qui se capitalise sur une vieille nostalgie que nous avons tous
1:10:29 légitimement mais que l'histoire humaine a fait un effort plurimillénaire pour ne pas laisser à l'état de nostalgie précisément mais à donner un substitut au paradis perdu prénatal par l'effort la sueur de la main et du cerveau de nos semblables à qui nous devons de ne pas être dans la détresse totale et vagissante du petit d'homme immature et prématuré voilà alors pourquoi à partir de là je fais un rapport au texte de Mallarmé parce que vous vous doutez bien et j'insistais là-dessus sur chacune des séances depuis qu'on a commencé ce thème de l'anamnèse et de l'amnésie que c'est ambivalent à la mémoire il y a un effort pour se rappeler et en même temps un effort pour ne pas aller jusqu'au bout de nos souvenirs précisément parce qu'il y a un traumatisme il y a quelque chose d'insoutenable si on va jusqu'au bout ainsi vous voyez
Le rêve de Nerval : myosotis et « ne m'oublie pas »
1:11:39 c'est pas un hasard si dans le rêve de Nerval que je rapporte si souvent où il se rapproche où il arrive à une proximité rarement atteinte dans le souvenir de sa mère dont il parle pratiquement presque jamais sauf dans les ultimes œuvres et encore de manière très allusive lorsqu'il fait ce rêve le rêve va beaucoup plus loin dans la mémoire que notre mémoire volontaire et consciente vous vous en doutez bien n'est-ce pas or ce fameux rêve où il se trouve dans la demeure de son oncle maternel n'est-ce pas où il revient où il est fatigué où il y a une vieille servante enfin des tas de choses qui remontent à l'enfance qui lui dit ah vous arrivez tard non pardon elle lui propose de s'étendre sur le lit d'aller se coucher car l'oncle rentrera tard elle dit on vous réveillera pour souper un monde sécurisant et dans cette chambre où il s'allonge je ne vais pas sur les détails je m'étendais sur un lit drapé de perse à grandes fleurs rouges avec cette précision hallucinante qu'il n'y a que dans l'hallucination onirique dans le rêve justement il dit devant moi se trouvait une horloge en noyer rustique
1:12:49 et sur cette horloge un oiseau qui se mit à parler comme une personne je ne vais pas m'attarder sur le rôle de l'oiseau prophète dans l'ordre symbolique ça n'existe pas que chez Nerval ni que dans notre culture et l'oiseau me dit vous voyez que votre oncle avait eu soin de faire son portrait d'avance je souligne son de la voix parce que c'est souligné dans le texte que l'oncle maternel est peintre donc il y a pas mal de tableaux qui sont dans la chambre vous voyez que votre oncle avait pris soin de faire son portrait d'avance je vous rappelle à ceux qui ne savent pas pour la dernière fois que la maman de Nerval est morte en allant suivre son mari dans les campagnes napoléoniennes dans la froide Silésie là-bas en Pologne qu'elle est enterrée encore là-bas à l'heure actuelle et qu'elle a laissé le petit n'est-ce pas infans qui n'était même pas encore au stade de la parole avec les tantes et les cousines pour aller suivre par amour le mari le mari est revenu mais pas la mère vous voyez que votre oncle avait eu soin de faire son portrait d'avance maintenant
1:13:59 elle c'est souligné est avec nous Nerval enchaîne je portais les yeux sur une toile qui représentait une femme en costume ancien à l'allemande vous voyez le rêve lui fait franchir le Rhin et tout bien distant ce qui le sépare de la lointaine Pologne de l'est là-bas une femme en costume ancien à l'allemande parce qu'à l'époque c'était en territoire allemand et les yeux attirés vers la berge du fleuve par une touffe de myosotis et quand on sait c'est bouleversant que myosotis se dit en allemand l'allemand est dans le rêve parce que Nerval est un grand traducteur d'allemand il s'est fait connaître en traduisant le Faust de Goethe les yeux attirés vers quoi ?
1:14:42 vers une boule de myosotis et myosotis se dit vous le savez en anglais forget me not et en allemand Vergissmeinnicht ne m'oublie pas il fait dire à la mère ne m'oublie pas vous voyez donc vous me direz ça y est il est arrivé au savoir absolu individuel disons au traumatisme qui décide à peu près de son trajet non parce qu'à ce moment-là le paragraphe suivant enchaîne aussitôt à la ligne mais les images s'obscursissaient la nuit s'épaississait et tout d'un coup tout se brouille et il enchaîne sur autre chose sur d'autres visions parce que ça devenait trop clair il y a donc ce rêve illustre parfaitement les deux forces une qui essaie de faire une anamnèse de remonter à ce qu'on appelle dans le champ freudien la scène primitive la mort de la mère et en même temps une autre force qui ne veut pas le savoir qui ne veut pas réaliser et assumer ce trauma or vous voyez comment on révise bien maintenant avec nos textes rappelez-vous le premier texte de ce cycle on parlait de la figure centrale de ce cycle qui est Mnemosyne
Mnémosyne : le langage n'est ni nature ni convention mais pacte
1:15:52 je prononce le Y à la grec ou à la allemande comme vous voulez Mnemosyne qui est la divinité de la mémoire ça vous ne l'avez pas oublié ou ceux qui l'ont oublié s'en rappellent ah oui c'est vrai Mnemosyne la mémoire mais et du langage vous voyez comment on va arriver à Mallarmé et du langage non non pas du discours pas A plus B pardon excusez-moi A égale B implique B égale A ce n'est pas du langage c'est du discursif il y a un sujet un prédicat mais ce n'est pas du langage c'est silencieux d'ailleurs ça n'a pas besoin de parole ça ne cache rien ça dit tout nous venons de voir que le langage il est et c'est pour ça que Mnemosyne il est lié à la mémoire et donc il ne dit pas tout on vient de le voir il y a une force en lui autrement dit les philosophes ont discuté pendant des siècles pour savoir si le langage était par nature ou par convention comme s'il n'y avait que des extrêmes et je vous avais dit une fois
1:17:02 j'aimerais bien qu'on se rappelle de ça aussi que le langage n'est ni nature ni convention mais il est pacte vous voyez ce n'est pas aussi clair qu'un contrat un contrat tout est explicité là s'il y a un litige on se rapporte à l'article numéro 29 etc ou alors s'il faut faire un avenant s'il faut le modifier tout est offenbar tout est manifeste tout se manifeste à la lumière du jour de la conscience de chacun partagé alors que dans un pacte vous le savez chaque fois qu'il y a des pactes en histoire il y a des clauses secrètes vous savez c'est pour ça que je prends le mot pacte les clauses secrètes prévoyaient que tout n'est pas dit dans le pacte ça se conclut entre ceux qui concluent le pacte mais tout le monde ne doit pas savoir tout ce qu'on s'est dit or il y a un pacte de parole entre tous les hommes nous échangeons quelque chose un peu là une patate chaude comme on dit en français comme ça vous voyez sans trop il laissait les doigts à chaque fois vous voyez quand ça brûle trop le langage c'est ça ça n'a pas l'univocité de la discursivité mathématique vous voyez j'anticipe sur ce qui va venir sur les sciences humaines et les sciences dures
Lecture de Mallarmé : écrire noir sur blanc
1:18:12 or regardez ce que Mallarmé dit ici du langage fixé dans l'écriture en plus alors je le dis pour le contexte c'est un extrait de ce que je préfère dans Mallarmé après tout ce qui est subjectif et oiseux excusez-moi mais dans des œuvres en prose que je place très haut en tout cas des œuvres en prose et celle-ci s'appelle Variation sur un sujet et dans Variation sur un sujet c'est facile à trouver en librairie il y a plusieurs chapitres dont celui-ci qui s'appelle Divagation c'est extrait de Divagation et tout de suite il fait allusion on comprend parce que Mallarmé c'est pas toujours très clair comme le langage vous savez on lui reproche souvent son hermétisme mais je vous rassure on est là pour le lire ensemble il répond à un jeune qui lui avait écrit et qui lui avait confié le besoin d'agir je cite vous savez il y a beaucoup de jeunes qui me disent je dois m'engager là qui sentent que ça va pas qu'il faut faire quelque chose mais ils savent pas très bien dans quelle direction aller en ces temps de misère misère morale
1:19:22 politique et autres n'est-ce pas surtout à l'adolescence n'est-ce pas et Mallarmé lui dit qu'après tout écrire c'est pas la pire des réponses voilà voilà comment commence cet extrait c'est hors de son contexte ton acte toujours s'applique à du papier puisque tu parles d'agir écrit car méditer sans trace devient évanescent ni que s'exalte de l'instinct en quelques gestes véhéments et perdus que tu cherchas il faut écrire est plus actif que ce qu'on croit être de l'action extérieure et qui n'est souvent que de l'agitation en gros voilà ce que veut dire cette phrase que je viens de dire et il reprend écrire un tiret et là à la ligne l'encrier cristal comme une conscience avec sa goutte au fond de ténèbres vous voyez comment on y arrive le langage c'est pas la discursivité mathématique où tout est clair où tout est défini avant même qu'on en parle vous parlez ou vous définissez tous les mots avant de controverser avec des interlocuteurs c'est comme ça
1:20:32 qu'on a appris à parler avec les parents les parents ils ont donné la définition de chaque mot avant qu'on les emploie on s'est jeté à l'eau on a tous fait comme ça n'est pas et donc on a été condamné à ce qu'un jour un Socrate surgisse pour dire au fait qu'appelles-tu ceci qu'appelles-tu cela ben oui on nous a surpris en flagrant délit de conduire sans permis de parler sans permis voilà ce à quoi on essaie de remédier la philosophie en toute humilité l'encrier cristal comme une conscience avec sa goutte au fond de ténèbres relatives que quelque chose soit puis écarte la lampe ça veut dire que tu n'as peut-être pas tout dit comme tu voulais tu as déjà écrit ça ce soir c'est bien tu écriras la suite une autre fois et là tu remarquas là on revient n'est-ce pas à l'ambivalence dont je parlais dans la mémoire et dans le langage on n'écrit pas lumineusement sur champs obscurs superbe texte l'alphabet des astres seul ainsi s'indique il n'y a qu'en regardant le ciel la nuit la nuit étoilée que l'on voit vraiment des figures lumineuses sur fond obscur tu remarquas
1:21:42 on n'écrit pas lumineusement sur champs obscurs l'alphabet des astres seul ainsi s'indique ébauché ou interrompu l'homme vous entendez au contraire poursuit noir sur blanc ce pli de sombre dentelle regardez le champ sémantique ténèbre noir sombre le côté opaque qu'il y a dans le langage ce pli de sombre dentelle qui retient l'infini tissé par mille chacun selon le fil ou prolongement ignoré son secret pacte secret les clauses secrètes assemblent des entrelacs distant où dort un luxe inventorié strige noeud feuillage et présenter c'est un graphe le strige avec le rien de mystère indispensable qui demeure exprimé quelque peu Mallarmé n'est pas un apôtre à l'opposé de l'égal n'est-ce pas de l'irrationnel cette part de mystère il faut s'efforcer
1:22:52 c'est tout avec l'extraordinaire miracle de la poésie n'est-ce pas d'en faire transparaître le scintillement hors de ces ténèbres avec le rien de mystère indispensable qui demeure exprimé là il y a ex c'est plus in ça reste plus dedans exprimé quelque peu voilà donc je me resservirai de ce texte je m'en suis engagé lorsqu'on reparlera de la différence qu'il y a entre un système d'équation et le langage de tous les jours dont je vous rappelle qu'il est poétique c'est pas moi qui le dis c'est les linguistes c'est pas la fonction poétique du langage voir le cercle de Prague je vais pas tout le temps répéter les mêmes exemples mais on passe son temps à faire des métaphores quand je dis tu me vrilles l'oreille avec tes cris aéri je veux dire au sens propre il faudrait que quelqu'un me fasse des trous dans le tympan c'est pas le cas c'est des métaphores quand je dis le jour se lève tout ça c'est des métaphores on est en poésie
L'émotion coupée du savoir comme arme politique
1:24:02 on n'est pas en astronomie ou en médecine voilà je voudrais pas anticiper ou plutôt rogner le temps des questions il y en a-t-il Philippe ? ah oui très bien je salue Rémi je rappelle que Rémi Cardinal je le répète à chaque fois parce que j'aimerais que les amis de la musique aillent visiter ce site unique en son genre qui s'appelle la convergence des luths L-U-T-H-S quand il est vrai que ce sont des musiciens qui parallèlement au mouvement des Gilets jaunes n'est-ce pas les musiciens d'orchestre les anonymes le plus souvent les choristes etc et que devient une danseuse d'un corps de ballet n'est-ce pas lorsqu'elle vieillit bien plus prématurément pour ce qui est de la danse n'est-ce pas et de ce qu'on lui demande comme effort dans le ballet qu'est-ce que c'est que l'âge de la retraite tous ces problèmes-là dont le pouvoir se fout royalement je veux dire et bien la convergence des luths et grâce à l'initiative de Rémi Cardinal a contribué
1:25:12 à ce qu'il soit posé sur la table et donc je vous renvoie qui par ailleurs est un merveilleux pianiste et oui non seulement il a créé la convergence des luths mais il est aussi à la tête si je puis dire comme on est à la tête d'une charge de cavalerie il est à la tête de l'armée des romantiques en musique n'est-ce pas contre un certain néoclassicisme mais vous connaissez ce que je dis des baroqueux et non c'est pas un mot contre le répertoire baroque n'est-ce pas mais contre le discours n'est-ce pas qui sous-tend cette référence à la musique comme par hasard antérieure à la révolution française je m'arrête là pour l'instant une musique très bétovénienne et oui alors je rassure Rémi là encore je n'ai pas dit un mot contre l'émotion en général je m'insurge je ne suis pas le seul contre la manière dont on ramène toutes les problématiques politiques surtout quand on veut mobiliser les opinions sur le seul régime de l'émotion ce qui est redoutable redoutable rappelez-vous les guerres en Yougoslavie
1:26:23 ont commencé par faire émouvoir l'opinion française si c'était que française par des foules de réfugiés sur les routes alors on ne disait pas qui faisait quoi maintenant on sait que les dirigeants de l'UÇK qui étaient censés être les martyrs des serbes n'est-ce pas sont en fait des criminels de guerre et on est en train de les juger à cause de ça n'est-ce pas qui trafiquent même les organes de leurs citoyens depuis que nous les avons mis au pouvoir nous c'est les forces de l'OTAN nous c'est nos pays et pour ça il a fallu n'est-ce pas qu'on suscite une émotion sous-entendu coupée de tout savoir c'est sûr que Rémi ne sépare pas l'émotion des savoirs on peut très bien faire on peut être bouleversé par une mélodie de Chopin ou un aria de Bach n'est-ce pas sans et en faire en même temps l'analyse c'est pas au moment de l'analyse qu'on est le plus ému mais je veux dire les deux sont pas du tout contradictoires ça veut pas dire que cette émotion ne correspond à rien de rationnel n'est-ce pas voilà ce qui est tragique ce qui est criminel n'est-ce pas c'est de réduire une problématique n'est-ce pas à un effet
1:27:33 d'émotion politique parce que vous savez il y a eu 3 millions de morts en gros de vietnamiens qui sont morts dans la guerre du Vietnam 50 000 américains et 3 millions de vietnamiens quelques années à peine après qu'on ait fait à peu près le même nombre de morts plusieurs millions en Corée il y avait eu l'audace d'avoir une option communiste on allait déjà à 6 millions je suis une amnésie à un amnèse alors je profite de temps en temps pour faire de l'anamnèse quand même or si je vous montre un film où on voit un soldat vietnamien tirant sur un américain et l'inverse le spectateur qui en est à l'émotion va dire c'est ça les hommes c'est la violence partout c'est comme ça qu'on présente les choses on ne dit pas pourquoi l'un est là à 10 000 kilomètres de chez lui alors que l'autre les Français un pays qui venait à peine de libérer de le colonialisme français et qui est déjà il y a déjà une relève de la deuxième puissance impérialiste enfin pour la deuxième fois
1:28:44 d'une puissance impérialiste mondiale donc la guerre du Vietnam enchaîne sur la guerre la guerre du Vietnam américaine enchaîne sur la guerre d'Indochine française vous voyez si on ne montre que des images ce qu'on fait en permanence chaque fois qu'on fait des reportages je regarde sur ce qui se passe en Syrie au Venezuela c'est que de l'émotion moi je vous en fais l'émotion comme vous voulez et je peux tout d'un coup sortir de prison un criminel de guerre nazie en me servant de l'émotion en disant que c'était une victime ah ben oui avec l'émotion on pouvait tout faire voilà voilà ce que je réponds à Rémi Cardinal mais je suis sûr que il n'est pas de ceux qui réduisent la politique à l'émotion j'en ai assez parlé avec lui pour savoir que ce n'est pas le cas et en tout cas il fait bien de défendre l'émotion la plus légitime n'est-ce pas celle qui n'est pas contradictoire du coup du tout avec la lucidité voilà alors d'abord je salue Jacques qui nous suit de très près très près et même très serré conceptuellement ce qui me réjouit est-ce que tu peux répéter
Espace, temps et passé restauré chez Proust et Baudelaire
1:29:55 la question pour que la terminologie soit claire s'il te plaît Constance attends excellente question alors je réponds d'abord tout de suite la première chose qui me vient à l'esprit pour répondre c'est une citation de la phénoménologie je trouverai la référence après pour ne pas perdre de temps à chercher les pages c'est quelque part au milieu où Hegel dit que dans la représentation ce qui est toujours inférieur au concept pour lui la représentation n'est jamais loin de la fantasmatique dans la représentation l'écoulement du temps a pris je cite la forme solide et compacte de l'espace c'est étonnamment proche de ce que Jacques vient de dire oui effectivement et l'espace est le lieu des simultanéités dans notre représentation la théorie de la relativité a montré que du point de vue de la matérialité objective je veux dire la simultanéité était plus en nous
1:31:06 que dans la chose mais je veux dire lorsque j'imagine une maison je n'imagine pas que la cuisine est à midi pendant que les caves sont à sont à trois heures n'est-ce pas donc je veux dire dans le monde que nous fréquentons quotidiennement qui n'est pas le monde que connaît la science n'est-ce pas un monde où Aristote a raison plus que Newton Einstein un monde dans lequel il y a un haut et un bas où les choses tombent vers le bas voilà ce n'est pas le monde vrai de la vérité scientifique dans ce monde-là l'espace est le lieu des simultanéités alors que le temps est celui des successions simultanéité toutes les parties coexistent ensemble à condition de s'exclure les unes des autres c'est là que c'est compact deux parties ne peuvent pas occuper le même espace sinon elles sont confondues dans l'espace pour qu'il y ait une ligne il faut que deux points de cette ligne soient distincts s'ils fusionnent il n'y a plus de ligne il n'y a plus qu'un point qui absorbe tout comme un trou noir n'est-ce pas comme un point noir voilà ça c'est ça c'est l'ordre
1:32:16 de l'espace et donc de la simultanéité mais le temps c'est l'ordre de la succession là aussi les parties s'excluent mais comme un moment doit toujours être antérieur ou postérieur à un autre moment je vous rappelle que dans le temps retrouvé très rapidement je conclue là-dessus très provisoirement c'est une question à laquelle on reviendra Proust dans le temps retrouvé dit bien que le miracle de ce qu'on doit appeler les extases laïques j'ai une amie qui avait fait sa thèse qui avait soutenu sa thèse pardon son mémoire de maîtrise en littérature précédère sur précisément ses extases laïques comme elle l'avait très bien appelé chez Proust c'est pas des extases telles qu'on ne connaissait que dans l'illumination religieuse auparavant et là c'est une madeleine dans une tasse de thé c'est les pavés inégaux de la place Saint-Marc à Venise une odeur de pétrole dans des places aux écolos il y a une très belle page de Proust sur une voiture qui roule qui lui rappelle les vacances et les pluies qui ont eu lieu
1:33:26 pendant ce printemps bref toutes ces réminiscences on a plein d'autres sujets qui lui procurent tout d'un coup une extase il dit c'est parce que c'est scandaleux par rapport à l'ordre habituel du temps mais c'est quelque chose de miraculeux qui explique le côté extatique c'est qu'on est à la fois on est en même temps dans deux instants distincts du temps dans deux moments on est à la fois au présent et au passé restauré et ma chute sera un poème un extrait d'un poème de Baudelaire qui exprime bien cette restauration on reprend ce même mot du passé dans le présent lecteur as-tu quelquefois respiré avec ivresse et lente gourmandise ce grain d'encens qui remplit une église ou d'un sachet le musc invétéré on est dans les parfums comme souvent chez Baudelaire charme profond et magique dont nous grise dans le présent le passé restauré ainsi sur un corps adoré ainsi l'amant sur un corps adoré du souvenir cueille la fleur exquise là exceptionnellement
1:34:36 ce qui on a l'illusion pendant quelques temps qu'on est à la fois maintenant et dans le passé voilà il s'agit de faire durer ces moments là mais c'est une autre histoire Philippe y a-t-il d'autres questions ? merci beaucoup ben écoutez merci beaucoup pour ces questions que Jacques Carcin n'hésite pas à creuser sa question à détailler et nous l'envoyer soit sur Messenger soit sur notre site pour que tout le monde en profite car ces questions nous font toujours avancer merci à tout le monde merci de votre présence et à la semaine prochaine merci Philippe et merci à la Régie merci à tous