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Accueil des auditeurs et questions politiques reportées
0:00 Je commence d'abord par des auditeurs, je ne sais pas comment dire, avec Internet, ce n'est ni des auditeurs ni des spectateurs, mais les deux. Mais je pense à Valérie Mi, que je salue, si elle est là, qui nous a rejoints relativement récemment. Je remercie aussi les amis qui l'ont orientée vers nos publications.
0:30 Du côté de notre cher ami et camarade Christian Dublis-Santini. Donc Valérie Mi, mais elle ne pose pas de questions, simplement elle se présente. Je voulais lui dire que je suis très heureux qu'elle nous ait rejoints, que ce n'est pas passé inaperçu, et qu'elle n'hésite pas à laisser un contact téléphonique sur Messenger, ou des questions plus précises à poser.
1:04 Je passe après à Luc Laforêt, pour lequel je suis apparemment très en retard, parce qu'il a fait longtemps qu'il m'a posé de très longues questions. Alors c'est le contraire, lui, ce n'est pas seulement qu'il en pose, c'est qu'il en pose de longues et importantes et programmatiques sur la situation politique actuelle, et sur ce qu'on peut faire. C'est un des rares, parmi nos auditeurs, un des rares qui œuvrent dans le sens d'une réponse à la question de Lénine, que faire, en gros, n'est-ce pas ?
1:38 Que faire ici et maintenant ? Et qui ne croit surtout pas que je prends par-dessus la jambe son intervention, mais elle est tellement riche, elle est tellement… elle est presque exclusivement politique. Donc, elle est tellement riche de contenu et importante au niveau des enjeux, que je préfère prendre tout mon temps avant de lui répondre en détail publiquement. Et d'ici là, la même chose, puisqu'on est en lien par Messenger, qui n'hésite pas à me laisser un numéro de téléphone.
2:09 Sur Messenger, c'est plus discret que sur l'arène publique de Facebook, n'est-ce pas ? Ou il n'est jamais très prudent de laisser son numéro, ça m'arrive des fois. Mais enfin, voilà. Et donc, sur Messenger, et qu'on prenne un petit rendez-vous téléphonique, où je lui demanderai quelles sont les priorités sur lesquelles il veut que je m'attarde, parce que la matière de ces interventions est extrêmement riche, et il y a beaucoup de points que je peux contresigner, bien sûr. Et d'autres pour lesquels ce sera à moi de lui demander des explications.
2:40 Voilà. Donc, là, ce ne sont pas des questions, c'est pour ça que je passe un peu vite. Par ailleurs, il y a… Alors, ça, c'est vraiment des questions. Une des dernières en date, sinon la dernière. Christophe Clamaron. Je salue Christophe. Je lui dis bonsoir. Je vous lis sa question parce qu'elle n'est pas trop longue à lire et elle est extrêmement pertinente.
Lecture de la question : la finitude plutôt que la mort
3:12 On voit qu'il écoute attentivement l'essentiel du propos. Bonjour. D'abord, tous mes remerciements. Voilà. Et à M. Pagani et à l'équipe qui permet la transmission de son savoir. Je suis très reconnaissant à ceux qui ne se contentent pas de faire l'éloge de tel ou tel passage de mes interventions, mais qui félicitent et remercient l'équipe qui est autour. La grande finalité de l'homme serait donc d'éviter de penser à la mort.
3:44 Point d'interrogation. Si oui, peut-on dire que le désir n'est que l'outil qui permet cette finalité ? Il résume de manière assez condensée des heures de vidéo ici. L'outil qui fournit la distraction nécessaire. Je me rappelle bien de ce qu'en dit Pascal. Il parle de distraction. Pascal parle de divertissement. C'est exactement le même domaine. La liberté est-elle la contradiction de la mort ou n'est-elle…
4:14 C'est bien de poser un problème. Ce n'est pas une réponse, c'est une question problématique. Où n'est-elle que le chiffon rouge, le prétexte qui permet d'éviter d'y penser ? C'est pratiquement la dernière question. La personne empêtrée dans ses problèmes personnels n'a pas le temps de penser à sa mort. Contrat rempli ? Point d'interrogation. Je m'arrête avant le contresens. Vous voyez ? Merci. Et c'est moi qui remercie Christophe. C'est en votre nom aussi. Je reprends très rapidement. La grande finalité de l'homme serait donc d'éviter de penser à la mort.
4:47 Alors, à chaque fois, je dis à Christophe, bravo, parce qu'il a flairé l'essentiel, je corrige juste quelques éléments de formulation pour éviter les équivoques. Quand il parle de finalité, ça veut dire que c'est ce qui est dans la tête de l'homme. La plupart du temps, c'est inconscient. Alors, donc, voilà, que ce soit bien clair. D'accord ? C'est bien ce qu'il veut dire, en gros, puisqu'il dit la grande finalité de l'homme, consciente ou inconsciente, serait donc d'éviter de penser à la mort.
5:19 Oui, et surtout, de se mettre dans des situations où il ne pourrait pas s'empêcher d'y penser. C'est ça qui est un peu plus difficile à rendre. Premièrement, j'ai évoqué l'autre jour qu'un des aspects les plus scandaleux de la misère dite matérielle, comme si c'était isolable dans le cas d'un être humain, comme si être sur le trottoir en hiver, on souffrait seulement d'être dans le froid, et dans la faim, alors qu'on souffre aussi d'être en marge de l'humanité qui est, disait Aristote déjà de l'homme, un zoon politikon, un animal social.
6:03 Donc, j'y reviens. Ce qu'on essaie de fuir à toute force, la plupart du temps inconsciemment, c'est l'ensemble des situations qui pourraient nous mettre dans une espèce de face-à-face où il n'y aura plus de moyens d'ignorer ou de se divertir de quoi. Alors, lui, il dit de la mort. C'est là qu'il y a ma principale correction. Sémantique, l'idée en gros, c'est ça. Mais au niveau sémantique, j'évite de dire la mort.
6:35 D'abord, ça fait un peu grande vibration métaphysique. Ce n'est pas mon intention. J'ai essayé la dernière fois, en partant du théorème de Pascal, le fini s'anéantit devant l'infini. J'ai essayé de ne pas prononcer le mot de mort, mais de le remplacer par la finitude. C'est plus précis, n'est-ce pas ? Parce qu'à partir du moment, je crois qu'on l'avait vu la dernière fois, de l'instant que l'homme prend conscience que son destin est limité.
Le désir n'est pas un outil : la leçon de Spinoza
7:11 Donc, ce n'est pas seulement la mort. C'est tout ce que ça entraîne. Il change complètement son domaine de satisfaction. Et là, je passe aux autres questions pour répondre, pour continuer le propos. Si oui, peut-on dire que le désir n'est que l'outil qui permet cette finalité ? L'outil qui fournit la distraction nécessaire ? Alors, attention, là encore, précision sémantique et un petit peu, une petite correction philosophique aussi, que m'inspire Spinoza dans sa rigueur.
7:44 Je le dis tout de suite, quel Spinoza ? C'est celui qui dit cette chose admirable, n'est-ce pas ? Qui est à la fois très marxienne, très freudienne. Nous ne désirons pas les choses parce que nous les jugeons bonnes. Nous les jugeons bonnes parce que nous les désirons. C'est merveilleux, Spinoza, parce que ça a l'air simple. Nous les jugeons bonnes parce que nous les désirons. Mais ce qui est moins simple, on met des années à comprendre des phrases aussi simples, c'est à quel point ça veut dire ce qui est premier, ce n'est pas la connaissance.
8:20 Ce n'est pas vrai que nous désirons les choses parce que nous avons commencé par faire des réflexions en disant « oui, c'est sans doute ça qu'il me faudrait » parce que nous les jugeons bonnes. Non, nous les jugeons bonnes parce qu'avant même que nous exercions notre jugement, que nous soyons dans le champ cognitif, nous avons un désir. Le plus souvent que nous ignorons le contenu d'ailleurs, un désir qui nous meut sans que nous en maîtrisions le sens, ni même l'orientation. Et nous les jugeons bonnes parce que nous le désirons, dans tous les cas, le désir est premier.
8:52 Qu'il s'agisse de la domination de classe, n'est-ce pas ? Qu'il s'agisse de la libido, selon le côté de Marx ou de Freud, n'est-ce pas ? Je prends à chaque fois des contenus bien précis sur lesquels on peut articuler une syntaxe, n'est-ce pas ? Je dis ça par opposition à ceux qui se contentent d'eux parce que c'est un petit peu l'équivalent. La volonté de puissance, qui est elle aussi, là, Nietzsche a raison, précède aussi l'activité cognitive, mais la volonté de puissance, elle ne renseigne pas beaucoup, n'est-ce pas ?
9:26 La puissance de quoi ? Parce que, quand même, la puissance qu'un papa exerce sur son enfant, ce n'est quand même pas la même, n'est-ce pas ? Une puissance coloniale, les Anglais, par exemple, je fais exprès des passionnés de débat, exercent sur les centaines de millions d'Indiens, par exemple. Donc, il faut être précis dans les contenus. La liberté, voilà, il y a ça, et puis l'outil, c'est pour ça que c'est le mot outil, là.
9:57 Le désir n'est pas l'outil, parce que l'outil, c'est un moyen dont je me sers. Non, c'est nous. C'est le désir qui se sert de nous. Voilà ce que veut dire Spinoza. Nous les jugeons bonnes parce que nous les désirons, n'est-ce pas ? Le désir se sert de notre pensée pour arriver à ses fins, n'est-ce pas ? La liberté est-elle la contradiction de la mort ? Je présume qu'il veut dire la liberté est-elle l'antonyme, je veux dire le pôle opposé à la mort, ou n'est-elle que le chiffon rouge ?
La liberté comme résultat de la praxis
10:29 Donc, une espèce de petite apparence. Le prétexte, voilà, qui permet d'éviter d'y penser. Bon, alors, ici, là, il y a un gros risque de contresens. Je vais être beaucoup plus précis. La liberté n'est pas le chiffon rouge. Elle est le résultat de l'ensemble des actions entreprises par l'homme depuis le début de son histoire.
11:01 Et là, je parle d'histoire au sens large, y compris en intégrant la préhistoire, parce que l'histoire de ceux qui ont éclaté les premiers cailloux, c'est le chemin qui mène à ce que nous sommes, n'est-ce pas ? Mais dans le temps, et non pas dans une biologie où il suffit de naître, de naître de parents hommes pour être hommes, n'est-ce pas ? Ce que l'exemple des enfants sauvages a permis de dissiper cette illusion. On peut naître homme et rester animal, s'il n'y a pas le relais, justement, le relais par apprentissage de l'héritage, et là, je ne parle plus de l'hérédité, historique.
11:42 Donc, je veux dire par là que la liberté est le résultat de millénaires, progressivement, je veux dire, d'efforts qui sont précisément les étapes de l'ascension de la praxis, et donc, elle n'est pas du tout comme un chiffon rouge. C'est ce que voulait dire Hölderlin quand il disait « Les mortels, avant les dieux, atteignent l'abîme », parce qu'ils sont mortels, justement. Ainsi, avec eux, l'écho change, petit à petit, car il est long le temps, je cite Hölderlin, il est long, la longue durée, il est long le temps, ce temps qui est l'émergence progressive de la liberté, qui donne un sens, le seul sens non totalitaire que l'on peut imputer à l'action humaine.
12:32 On ne peut quand même pas dire qu'assigner la liberté comme sens soit totalitaire. Ce serait un peu paradoxal et contradictoire. Donc, la longue durée, il est long le temps, mais il survient le vrai. Oui, voilà. Donc, ici, la liberté n'est pas un ersatz, un divertissement de plus. Elle est rendue réelle, pas seulement possible, elle est rendue réelle par les avancées matérielles que l'homme, fuyant le tête-à-tête avec la finitude, a produit un nouveau monde qui, lui, est bien réel, qui n'est pas seulement dans la psychologie ou dans sa tête, dans une stratégie de fuite.
13:19 Les Hollandais, travaillant pour que les flots marins deviennent de nouveaux champs de céréales et de la nourriture, faute de territoire, n'est-ce pas, à cause d'un territoire exigu, ne se contentent pas de fuir la mort. Mais leur activité est au service, non pas seulement d'un besoin naturel, mais aussi d'un désir. Et c'est ce qui se retrouve on l'a commenté la dernière fois avec les admirables extraits de l'esthétique de Hegel quand il parle de la peinture hollandaise et quand il dit que les aspects les plus triviaux, les plus prosaïques apparemment, un reste de vin dans un verre, avec l'éclat de ce verre, un petit reflet sur la lèvre inférieure de la jeune fille à la perle, de la peinture de Vermeer, par exemple, que tout ceci acquiert une présence presque apparemment irréelle, presque surnaturelle, précisément, alors qu'il n'y a rien de plus matériel que le travail que suppose cette peinture.
Problèmes personnels et problèmes humains
14:29 C'est que c'est miraculeux pour un Hollandais qu'une table, qu'une jeune fille fasse de la couture devant une table qui est posée dans une maison qui est posée là-haut. Quelques temps auparavant, il y avait le rugissement des flots marins. Donc, la liberté comme résultat de la praxis. La liberté était la contradiction de la mort, je viens d'y répondre. la personne empêtrée dans ses problèmes personnels n'a pas le temps de penser à sa mort.
14:59 Contrat rempli, sous-entendu, est-ce que c'est justement, est-ce que ce n'est pas la fonction des problèmes personnels dont nous nous plaignons à tort ? Parce qu'ils ont quand même ce résultat positif. Je crois que je ne trahis pas l'esprit de l'excellente question que pose ici Christophe. Oui, en un sens, il remplit son contrat, sauf que, j'enlève juste, je corrige, ici uniquement le mot personnel. Même si l'intéressé croit que ce sont ses problèmes personnels, ce sont des problèmes humains dans la seule et unique mesure où sa personne, dans son cas particulier, est affectée par des problématiques qu'il peut partager avec chacun et chacune d'entre nous.
15:46 c'est pour ça qu'on a beau répéter comme ça pour faire le malin, les goûts, les couleurs ne se discutent pas. Chacun est renvoyé dans sa bulle finalement comme si c'était incommunicable. on a beau répéter ça depuis 10 000 ans, ça fait 10 000 ans qu'on n'arrête pas de parler des goûts et des couleurs et qu'on a vraiment, comment vous dites, kiffé une musique, un film, je ne sais, on n'a qu'une envie, c'est d'en parler à ceux avec qui on a envie de le partager, n'est-ce pas ?
16:16 Donc, la personne empêtrée dans ses problèmes personnels fut, même si c'était des soucis, si ce sont des soucis, c'est parce que ce sont des soucis que l'homme s'est créé. C'est un souci, c'était plus qu'un souci, c'est une souffrance pour l'animal de manquer de nourriture ou d'eau, bien sûr, comme pour nous, en ce sens, nous sommes animaux aussi, mais en plus, c'est un souci pour l'homme de ne pas porter, d'être le seul à porter des habits pas très élégants dans une réunion où tout le monde est à la mode, est bien habillé, etc.
16:57 Je veux dire, mais ça, ce n'est pas du nécessaire, mais c'est humain. Donc, on reste libre dans ce genre de soucis, libre au sens que ce n'est pas une détermination naturelle, matérielle, oui, les habits, il faut les payer, mais naturelle, non. Comme dit Rousseau, et là, j'achève de corriger le mot personnel, tout ce que les hommes ont fait, y compris les soucis dans lesquels ils s'enferment, les hommes peuvent le détruire. Il y a de caractère ineffaçable que ceux qu'imprime la nature, que ceux que la nature imprime, et la nature ne fait ni riche, ni prince, ni grand seigneur.
17:33 Si donc, mon souci, c'est de ne pas être le successeur du chef qui vient de mourir quelque part en Afrique ou du roi qui vient de décéder en Angleterre, et de dire, si ça a fait les morts, tous ces trucs-là, ce n'est pas à cause d'une détermination naturelle. Donc, ce n'est pas seulement personnelle. Je m'arrête avant le contresens. Non, non, pas de contresens, juste quelquefois des imprécisions sémantiques, je conclue, une sémantique qui demande à être précisée, voilà, pour être sûr que ce n'est pas le cas de Christophe, mais que ses lecteurs ne fassent pas de contresens.
18:10 Je le remercie de sa contribution. Je crois qu'on va s'arrêter là pour ce soir, parce que vos questions sont tellement riches, et j'en ai de beaucoup plus longues et de beaucoup plus circonstanciées, et je serais bien aise d'y répondre la prochaine fois, et je remercie encore une fois, bien sûr, Philippe qui permet cette réalisation, Pierre-Alain qui a réalisé le site et qui a eu la gentillesse de venir nous le présenter, et surtout, bien sûr, vous-même, et votre présence, votre fidélité, et nous attendons, bien sûr, n'hésitez pas, les questions sur le site, sur les petites réponses aux questions que je viens de faire, et je ne manquerai pas de continuer à répondre la prochaine fois.
18:57 Très, très bonne fin de journée, fin de soirée, surtout, et à la semaine prochaine, à mercredi soir prochain.