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L'École normale, la Convention et Hegel au milieu de la séquence
0:30 Avant que tous les grecs vous parlent par ma voix, souffrez que j'ose ici me flatter de leur choix, et qu'à vos yeux, Seigneur, je montre quelque joie de voir les murs de l'école normale supérieure abriter cet entretien. Non, franchement, symboliquement, c'est une charge, il va falloir que j'assure, je ne sais pas si je suis à la hauteur, parce que je suis un peu la proie du signifiant, comme on dit ailleurs ici. Non, non, ce n'est pas de la différence, simplement.
1:01 C'est que tout de même, mon cycle de causerie, ce trimestre, je vous le rappelle, porte sur la pensée révolutionnaire de Rousseau et Lénine, et via la chronologie Kant et Hegel-Marx. Or, cette école a été fondée il y a dix jours. Elle a été fondée par le plus grand gouvernement que la France ait jamais eu, la Convention, la preuve c'est qu'elle a créé cette école. Un jour de Vendémiaire, je crois que c'était le 9 ou le 10, Vendémiaire, c'est-à-dire novembre.
1:39 Vous voyez, ça ne s'invente pas, quand je dis charge symbolique, c'est des hasards, mais quand même, y a-t-il un hasard ? Allez, ils ne sont pas dans la parano. Mais par le gouvernement le plus révolutionnaire qu'on a eu, celui de la Convention, c'est à partir de lui que même mon compatriote Bonaparte ne pourra pas changer que le bâton de maréchal s'est révélé. Avant, il fallait naître noble pour être officier, maintenant, n'importe quel paysan, vous savez. On parlait de Carnot, qu'on appelait l'organisateur de la victoire. Carnot qui paraît-il bûcher ses leçons à la lumière du four de boulanger de son père, vous voyez.
2:13 Et qui est devenu général dans les armes. Quand même, vous voyez, il y a des choses comme ça. Tout ça, c'est la Révolution, c'est la Convention. Et qu'on ne parle pas de ce buveur de sang de Robespierre. Robespierre était furieux des noyades organisées par Carrier à Nantes. On a tous les textes qui documentent ça, mais c'est occulté, bien sûr, par la critique contre-révolutionnaire et par l'obscène bicentenaire de la Révolution qui s'est passée sous l'abjecte Mitterrandie.
2:44 Je ne sais pas si vous vous rappelez, mais c'était vraiment, il fallait avoir honte de la Révolution française pour faire un bicentenaire comme ça. Bon, fin de toute façon, je ne vais même pas en parler, ça. Dans ces murs, ce serait presque un sacrilège. Voilà. Mais là, quand je vois à l'entrée de l'école fondée le 10 Vendémiaire, enfin, quelque part, quand on doit parler de la pensée révolutionnaire de Rousseau, c'est pas longtemps après ici, hein, Vendémiaire, hein, pas longtemps après que Rousseau ait dit, dès 1765 dans l'Émile, nous approchons de l'état de crise et du siècle de la révolution.
3:19 Quelle lucidité, hein, des révolutions, même pas de la grande révolution, ils savaient que cette révolution n'allait pas se terminer. Alors, vous me dites, ah, tu en es encore à Rousseau, et on a un programme, là, on doit aller de Rousseau à Lénine, on a un trimestre, et tu nous as parlé de Rousseau la dernière fois, oui, non, il est bien entendu entre nous que je fais une approche circulaire, sinon on ne pourra jamais couvrir cette séquence. Si je m'y prends d'une manière linéaire, si je parle d'abord de Rousseau, puis de Kant, dans 20 ans, on n'en est encore, même pas à Kant.
3:53 Déjà, la richesse de Rousseau, hein, non, je parle tout le temps de tout cela, de Rousseau à Lénine, en permanence, à chaque étape, avait été dominante, c'était la dominante Rousseau la dernière fois, je le concède, et je vais passer cette fois-ci au milieu. J'ai quelques raisons à cela. C'est-à-dire à Hegel. Au milieu le plus bêtement qu'il est possible de se le représenter, c'est-à-dire que dans ma séquence de Rousseau à Lénine, il y a deux extrêmes chronologiques, Rousseau-Kant, au début, deux extrêmes à la fin, Marx et Lénine, et Hegel à la position médiane.
4:28 Donc, quand je dis le milieu, c'est tout bête. Ce m'envoie là, il est connu, Hegel, comme étant le... Je suis sûr qu'il y a une place assise. Mais tu ne me déranges pas. Parce que Jérémy mérite d'être assis. Nous avons marché ensemble près de la tombe de Rousseau, quand même. Il est connu dans l'histoire de la pensée pour être, comme ça dans les manuels, le philosophe de la Vermittlung, comme il dit en allemand, de la médiation.
4:58 L'action de faire passer par le milieu, middle, comme en allemand, middle, en allemand, Mitte, on se parle. Vous voyez, donc, c'est surdéterminé, ce soir. Je ne vais parler que de la médiation, mais vous voyez les plans différents sur lesquels cela peut se concevoir. Dans les murs de l'école normale supérieure, l'année où Hegel est au programme du concours de l'agrégation, qui parle d'une transmission, d'une médiation, c'est-à-dire dans les murs où la médiation qui amène à Rousseau est sans doute la plus intense, la filiation.
5:33 Il n'y a qu'une raison de le contester, en fait, en tout cas en droit, est dans les murs où celui qui a été la médiation de Hegel en France, Hyppolite, avec sa charismatique placidité qui n'était qu'à lui, a quand même dirigé l'école normale supérieure à une période décisive. Vous voyez, après la guerre. Donc tout cela me fait que, quand je vous dis que c'est surdéterminé de parler à l'intérieur de ces murs ce soir, je n'ai pas pu m'empêcher de commencer par une citation du grand siècle, si vous voulez.
6:10 Ce n'est pas très révolutionnaire, avant que tous les Grecs vous parlent par ma voix. Encore que, si vous lisez, je suis parti dans mes détours, dans Mithridate de Racine, vous voyez, franchement, j'ai relu pour voir si je n'en rajoutais pas. Il y a une grande tirade, la première que fait Mithridate à ses fils. Vous voyez, qui c'est Mithridate ? C'est celui qui a donné le plus de fil à retordre aux Romains. Il les a emmerdés pendant 35-40 ans. Avant qu'ils aient eu raison de lui encore, parce qu'il a été trahi par un de ses fils.
6:43 Sinon, ça va passer à close heure. Mais Mithridate a un plan qu'il expose à ses fils, qui est un plan de reconquête de Rome, de l'Empire, par l'Orient. Ce n'est pas inactuel, quand même. Je m'arrête là, mais lisez. C'est saisissant, à quel point c'est actuel. Voilà. Donc, la médiation, aujourd'hui. Et puisque j'en étais à Rousseau et que je vous ai fait parler de Hegel, je reviens encore en arrière, à la dernière fois, parce que je n'avais pas tout à fait rempli mon contrat la dernière fois.
Nerval à la tombe de Rousseau : le dernier écho des sagesses antiques
7:20 C'est une gestion du temps qui est un petit peu borderline par moments. Et je reviens, vous allez rigoler, je reviens à Nerval. Oui, je ne peux pas en passer. On croit que je ne m'occupe pas enfin de choses sérieuses, de la révolution de Rousseau, de Lénine. Je reviens à ce rêveur, à ce baladeur, à ce Wanderer, comme on dirait en Allemagne, n'est-ce pas, qu'il y a autre chose à faire que de faire la révolution, apparemment, encore que, il n'y a pas de citation politique de lui, mais il y en a une où il dit qu'on ne dise pas que je fais de la politique, je n'ai jamais fait que de l'opposition.
7:53 Mais enfin, oui, Nerval, quand il arrive, enfin, à la fin d'Angélique, je vais vite là, parce qu'on a assez travaillé là-dessus. Et quand il arrive là où il voulait en arriver, là où il ne nous l'a pas dit depuis le début, mais où il a voulu nous amener à la tombe de Rousseau, c'est-à-dire à la source qui n'a pas coulé, qu'on a empêché de couler. Ou plutôt, je lui laisse la parole. Voici les peupliers et l'île. C'est dans Sylvie. Ce n'est pas dans Angélique, c'est dans Sylvie, nouvelle autobiographie, et ça n'a rien à voir avec son histoire personnelle qu'il raconte dans Sylvie, c'est pour ça que c'est d'autant plus intéressant.
8:28 Il se trouve que Sylvie dort parce qu'elle a dansé toute la nuit au bal de la Saint-Barthélemy, et donc, comme il ne peut pas lui rendre visite, il la laisse dormir, il dit pour me distraire, j'ai fait une promenade à Ermenonville. Vous voyez, c'est une intermezzo, un interlude, ce n'était pas prévu. Ça, c'est très Nervalien. Zwischenspiel, comme on dit aussi en Allemagne. Zwischenspiel, comme on dit au théâtre aussi. Vous voyez, entracte pratiquement. Et donc, il arrive là, on parle dans Ermenonville, et voici les peupliers et l'île.
9:06 Ô sage, tu nous... Vous savez que la tombe de Rousseau est dans l'île des peupliers. Ô sage, tu nous avais donné le lait des forts. Je lis juste ce qui me permet de relier à Hegel aujourd'hui. Tu nous avais donné le lait des forts, mais nous étions trop faibles pour qu'il pût nous profiter. Nous avons oublié tes leçons que savaient nos pères. Petit ton, on est en 1850, on a déjà oublié Rousseau. Ça ne fait jamais qu'une génération. Vous voyez que la censure, ce n'est pas d'aujourd'hui.
9:36 Encore maintenant, Popper, Rousseau, c'est le totalitarisme. Vous êtes au courant. C'était déjà comme ça. C'est énervant. Nous avons oublié tes leçons que savaient nos pères et nous avons perdu le sens de ta parole. Dernier écho des sagesses antiques. C'est là que je vais rebondir. Fin de citation. Dernier écho des sagesses antiques. Ça veut dire quoi ? Ça veut dire que le contrat social est le dernier écho de la République de Platon.
10:07 Les deux textes font écho à plus de 2500 ans d'intervalle. De façon de repenser radicalement la chose publique, la res publica. Donc, quand je vous dis que je suis dans l'histoire de la pensée révolutionnaire, je ne plaisante pas. C'est un peu rhétorique. Comment tu vas arriver à Hegel avec tout ça ? Bien joli. Rousseau, Nerval, c'est bien Platon. Hegel, c'est un philosophe, comme il dit, Jacques D'Hondt, excellente étude d'ailleurs, philosophe de l'histoire vivante.
10:39 Hegel, philosophe de l'histoire vivante. Excellent texte dans les éditions sociales. Oui, seulement, voilà, dans la République. La République de Platon est souvent présentée dans l'imagerie, dans leur présentation. Je cite Hegel comme l'image proverbiale d'un idéal vide, comme le modèle même de l'utopie. Le type même de la pensée, de la cité, pensée sur le mode du devoir-être, de ce qui devrait être, mais de ce qui ne sera jamais.
La République de Platon selon Hegel : le fini grec et l'infini
11:11 Enfin, l'utopie, le contraire, des Spinoza, des Hegel, mais qui pensent ce qui est, ou Marx, qui pensent le capital et non pas la future société communiste. Ce n'est pas Marx. Marx, il pense comment ça fonctionne. C'est dont il faut se débarrasser. Il faut savoir comment ça fonctionne d'abord. Voilà. Alors, la République, apparemment, c'est le contraire. il y fait justement allusion, dans la préface de son testament politique, c'est-à-dire dans les fameux principes de la philosophie du droit, où il dit ceci, la République de Platon, qui est l'image d'un proverbial, d'un idéal vide, ne saisit essentiellement rien d'autre que l'essence de l'éthos grecque.
12:05 Autrement dit, ce n'est pas du tout un devoir-être. En fait, Platon, à son insu d'ailleurs, exprime les vrais problèmes du monde dans lequel il vit. Il a senti qu'un principe plus profond, sous-entendu que celui du monde grec, commençait à faire brèche dans ce monde. Je cite Hegel. Mais comme à ce stade, et ce principe restait encore à l'état embryonnaire, Platon, ému par cette aspiration, a essayé de la juguler.
12:36 De juguler la manifestation de ce que Hegel, et qui va caractériser la période qui suit dans laquelle nous sommes, le monde moderne, la subjectivité libre infinie. Alors, je pourrais faire... Je n'ai pas le temps. Nous n'avons pas le temps. Je pourrais faire des développements abstraits sur tout ce qui oppose le monde du peras grec, peras, périphérique, périmètre, tout ce qui est un contour, tout ce qui est bien déterminé, défini, limité, la finitude, la limite, le périmètre. Ne croyez pas que je sois partisans de l'infini contre l'infini ou du fini contre l'infini.
13:09 Nous sommes tous condamnés à avoir... Heureusement d'ailleurs pour nous, n'est-ce pas, à nous débattre avec les deux. Ce serait malheureux qu'on ait ou l'un ou l'autre. Mais voilà. Vous savez, il y a des femmes qui disent à leur mari, tous les autres, ils voyagent et tout. Nous, on est casaniers, on ne sort jamais. Elle veut de l'infini, elle veut... Elle veut l'océan, elle veut des plages. Elle a raison. Puis le mari qui voyage trop, la femme lui dit on ne pourra pas avoir une petite maison à nous, un petit coin tranquille. Ou l'inverse. Ça peut être un couple d'hommes, peu importe.
13:41 Voilà. On a toujours les deux. Heureusement, il y a des moments pour chacun, chacun est nécessaire. Je ne suis pas en train de faire des préférences. Je suis en train de dire ce qui caractérise le monde grec, c'est la prédominance du fini, du déterminé, du limité. Je me souviendrai toujours de cette vie, c'est tout, cap Sounion. Vous savez, en Grèce, tout est très limité, tout est très... je parle du décor. Ce n'est pas l'océan comme en Bretagne. Ce n'est pas l'infini. Il y a une crique, il y a une presqu'île, la vue est... C'est un paysage bien délimité.
14:11 Sauf quand on va au cap Sounion, vous savez, à quelques kilomètres d'Athènes, à cinquantaine de kilomètres d'Athènes, là, vous regardez, il y a trois infinis. Au sens propre, indéterminé, il n'y a aucune forme. Il y a le vent, la mer, le ciel. C'est tout ce qu'il y a. Et c'est là que les Grecs ont choisi d'installer le temple de Poséidon. Alors là, on n'en revient pas. Vous voyez, les angles droits, des colonnes, le linteau, un triangle devant l'infini. Comme si les Grecs avaient voulu nous faire comprendre.
14:42 Ça, l'infini, ce n'est pas nous, c'est le domaine des dieux. C'est important, on respecte, mais ce n'est pas nous. Il faut tourner le dos à ça, et s'occuper de la cité. C'est ça, le monde grec. Sinon, c'est l'hubris. L'infini, c'est pour les dieux, c'est l'hubris. Voilà le monde grec. Je vous donne des intuitions pour économiser le temps qu'on n'a pas de faire des enchaînements de raisonnement, mais pas pour vous en dispenser de le faire une fois que nous serons tourné le dos, n'est-ce pas ? Il faut creuser. Je suis en train d'opposer le Parthénon à la cathédrale.
15:13 La cathédrale, c'est l'inverse. C'est comme la mosquée. C'est la religion de la transcendance. Ce n'est pas la finitude, c'est l'infini. Al-manâra, comme on dit en arabe, le minaret. Plus il est haut, plus on exprime la foi. À Beauvais, vous savez, Beauvais, c'est la plus haute voûte de la chrétienté. Pas la plus haute flèche. La plus haute flèche, c'est Ulm, qui sépare la bavière de la Souabe. Non, Beauvais, c'est la plus haute voûte. Mais elle était encore plus haute au Moyen Âge. Ça s'est écroulé, pardon, je rie.
15:44 Ça s'est écroulé sur une fidèle en pleine messe de Pâques. Vous voyez, c'est la plus haute de l'hubris. Il paraît que pendant qu'il la construisait, à chaque mètre de plus, toute la cité était en bas et criait « Ourra ! » Vous voyez ? Ça, c'est pas grec. Voilà. C'est ça que veut dire Hegel quand il dit que Platon a senti que l'infinité était en train d'apparaître dans sa culture et que ça l'angoisse, Platon. Il a essayé de la juguler sous des formes secondaires. C'est toujours lui qui parle sous des formes secondaires.
Le rationalisme, pivot de la révolution mondiale
16:16 Il fait allusion au combat de Platon contre les sophistes où il y a l'infinité déjà de la pensée, du scepticisme qui vient ronger les certitudes achevées. Vous voyez ? C'est intéressant. Et là, il y a un retournement. Pourtant, il a prouvé qu'il était un grand esprit. Parce que pour l'instant, je ne vous parle pas de révolution. Au contraire, je parle d'un Platon apparemment conservateur et crispé sur ses valeurs. Il a prouvé qu'il était un grand esprit. Car le principe sur lequel il a fondé son initiative, ce qui fait que Platon compte dans l'histoire de la pensée, est le pivot autour duquel je cite également pour nous, est le pivot autour duquel a tourné la révolution mondiale qui se préparait alors.
16:59 Deux points, la suite. La phrase la plus connue de Hegel. Oui, qui a dit ? Plus fort. Ce qui est réel est effectivement rationnel et ce qui est réel. Merci, oui. Le réel est rationnel et surtout le rationnel est réel. Mais oui, cette fameuse phrase qu'on débite est souvent à contresens. C'est là qu'elle est formulée pour illustrer la révolution mondiale inaugurée par Platon.
17:29 Bon sang, mais qu'est-ce qu'il est en train de dire Hegel ? Il est en train de dire que la grandeur de Platon c'est d'avoir fait la part du feu. Les grands sont ceux qui savent ce qu'il faut laisser. Il ne faut pas s'accrocher, il faut laisser, ça c'est fini. Qu'est-ce qui est fini ? Le dogmatisme, l'autorité brute, la force. C'est vrai parce que c'est traditionnel, parce que j'ai toujours fait ça comme ça, c'est fini ça. Il faut le démontrer, il faut trouver une définition, il faut rationaliser. C'est le logos, c'est le concept et la définition qui comptent d'abord avant de parler.
18:00 Calliclès, le petit nazillon, le petit pré-nietzschéen, Nietzsche vaut mieux que ça, mais Calliclès, c'est tout à fait les petits nazillons qui se réclament de Nietzsche maintenant, depuis la guerre froide. Calliclès dit dans le Gorgias de Platon c'est la force qui doit faire le droit, la nature le montre, dans la nature, le vautour dévore l'innocente brebis et le lion dévore sa proie. Donc dans les cités, ça doit être pareil, vous voyez, très à la mode, la continuité entre nature politique. Prendre modèle sur la nature, ça revient fort. Il faut que je me calme.
18:32 Oui, quand on arrive à l'idéologie dominante, c'est vrai, non, non, parce qu'Aurélien Barrau, il faut que je me calme. Bon, et puis Macron, et puis le prix de l'essence. Vous voyez, il faut que je me calme. Donc, je reviens à mes moutons. C'est essentiel ce qu'on est en train de voir. Au moment où on pourrait croire que Platon va virer en vieux réactionnaire, tout d'un coup, faire la part du feu, c'est dire ce qui est irréversible, c'est le rationalisme.
19:10 C'est ça qui est apparu. C'est-à-dire, une chose est vraie, non pas parce que c'est mon opinion, non pas parce que c'est la tienne, non pas parce que je me suis mis d'accord avec moi-même. J'ai essayé de faire un discours non contradictoire et on va voir jusqu'où on peut aller tous les deux, jusqu'où on peut s'accorder. Bien sûr, les mathématiques se sont développées à ce moment-là. J'aime bien rappeler, ce n'est pas que Euclide, ses notions premières, les postulats, les axiomes, les définitions, celles sans lesquelles on ne peut rien faire, rien de rationnel, Euclide appelle ça des demandes.
19:47 regardez comme c'est démocratique, je te demande, une demande ça s'adresse à quelqu'un, ça ne concerne pas quelque chose, une demande. C'est quelqu'un qui parle qui s'adresse à quelqu'un qui peut répondre, qui peut dire non, ce n'est pas comme ça. Je te demande de m'accorder que par un point on peut mener une parallèle et ainsi de suite. et on va voir jusqu'où on peut aller sans se contredire sur quoi on est d'accord. Le pivot de la révolution mondiale qui se préparait alors. Il y a quelque chose qui annonce le monde moderne et le christianisme.
20:18 Je parle en termes hégélien et tout un système d'équivalence qu'on va voir. Ce n'est pas l'église, ce n'est pas un curé, il n'est pas du tout. Il était très surveillé par l'église dans ses cours. Je fais une parenthèse mais je vous plains des censeurs. Parce qu'il n'était pas employé par l'éducation nationale, ne faites pas dans la cournie, mais ça n'existait pas l'éducation nationale. Il était employé par une institution qui s'appelle le ministère des cultes. C'est vrai, à Berlin, le ministère des cultes c'est du sérieux. Ça veut dire ce monsieur-là qui parle un peu trop souvent de la révolution française.
20:50 Nos enfants sont dans ses mains. Dites-moi, allez voir un peu ce qu'il raconte dans ses cours. Je plains le censeur. Pour décider si le renversement du prédicat au sujet est-ce que ça veut dire qu'il est prendu ou pas. La seule question qui l'intéresse c'est le censeur, c'est ça. Comprenez ? Je dis ça parce que Jacques D'Hondt, excellent lecteur de Hegel qui est mort il n'y a pas si longtemps et je lui rends hommage ici et qui avait fondé le Centre des études Hegeliano-Marxistes à Poitiers. Jacques D'Hondt disait qu'une partie de l'amphigourisme de la difficulté à lire Hegel viendrait de sa manière de semer la censure.
21:28 Vous voyez ? Donc je ne parle pas tout à fait au hasard. Voilà. Et, mais oui, non, non, Hegel ce n'est pas un curé, loin de là. Et, il va même, il compose, ce n'est pas non plus d'un allemand, ce n'est pas un prussien, mais c'est un souabe qui est quand même mort en Prusse et qui a demandé d'être enterré à côté de Fichte à la fin de sa vie et qui ne veut pas de vague. il était très copain avec Goethe qui a eu cette phrase épouvantable.
22:00 J'adore Goethe, c'est un immense... Il détestait tout le côté qui va donner le nazisme allemand, il détestait la germanitude, la Deutsch-tum qu'il appelait, la Deutsch-dum, c'est des jeux de mots. Dumm veut dire idiot. Et la Deutsch-tum, c'est la germanité, il appelait ça la stupidité allemande. Bref, Goethe préférait l'Italie, il préférait l'Orient, il préférait la poésie arabe. Et comme Nietzsche a très bien dit une fois, Goethe est bien au-dessus des Allemands, il ne leur appartiendra jamais. Mais Goethe a quand même dit cette phrase que seul un Allemand peut dire qui est terrible.
22:32 J'ai du mal à la répéter. Je préfère une injustice à un désordre. Ne touchez pas au géranium sur ma fenêtre. Alors Hegel a un côté comme ça. Non, mais je voudrais dire, je ne suis pas Hegelien. Je m'en moque des personnes, des individus, des personnes physiques. Hegel a son habitude, ses trucs. Descartes, sa gloire, ce n'est pas d'avoir dit que les poumons étaient des soufflets qui attisaient le cœur qui est une chaudière. Ce n'est pas ça qui fait la grandeur de Descartes dans l'histoire de la pensée.
Ne pas tout prendre : le morceau de cire de Descartes
23:04 Tout n'est pas à apprendre. Chez qui que ce soit de Rousseau à Lénine, tout n'est pas à apprendre. Quand Rousseau dit que l'homme mange rouge là où la femme mange blanc, c'est Rousseau. C'est la Suisse. Les femmes, elles mangent des crèmes, je ne sais pas, des trucs, des zannes, vous savez, des fromages frais, tout ça, pendant que l'homme mange de la barbaque. L'homme mange rouge là où la femme mange blanc, c'est Rousseau. Ce n'est pas ça qui fait la grandeur de Rousseau.
23:34 Vous voyez, je ne prends pas tout. Non, je suis en train de vous faire comprendre l'usage que je fais de mon propre de Rousseau à Lénine. Il n'y a pas d'idole. Je suis en train de voir qu'est-ce qui, chez chacun, a fait avancer le chemin révolutionnaire. quelquefois, peut-être au détriment de celui qui écrit, quelquefois même contre sa pensée, quelquefois, il va même plus loin qu'il ne l'aurait pensé. Lorsque Descartes travaille le morceau de cire, vraiment, il le travaille, le regard, c'était de la cire d'abeille à l'époque, pour comprendre.
24:12 Ce n'était pas la stéarine. En matière de sensation, c'était riche. Et quand il dit, prenons par exemple, je ne parle pas des corps en général, car ces notions générales sont confuses, mais d'un corps en particulier. Prenons par exemple ce morceau de cire. Il n'a point perdu l'odeur des fleurs dont il a été recueilli. Donc ça, c'est la bonne bougie. Sa grandeur, sa figure, sa couleur, sont apparentes. Il est blanc, il est froid, et si on le frappe, il rendra quelque son.
24:43 Bref, toutes les qualités sensibles, couleurs, odeurs, etc., qui peuvent faire connaître un corps se rencontrent en celui-ci Mais voici que cependant que je parle, on l'approche de la flamme d'une chandelle. Le blanc devient jaune, sa grandeur augmente, quoi qu'on le frappe, alors ça, il ne le dit pas, mais l'odeur de miel agréable devient l'odeur de graillon, et quoi qu'on le frappe, il ne rendra plus aucun son. Et il pose la question cartésienne, le grand écart, la philosophie depuis Socrate, depuis Socrate, c'est un invariant.
25:14 La même cire demeure-t-elle après ce changement ? Car je fais comme tout le monde, je suis un empiriste, on est tous empiristes au départ. Qu'est-ce que la tablette ? C'est une truc rectangulaire, qui est rouge ici, qui est noire là, qui est du vert. Vous voyez, je décris ses qualités sensibles, là, elle est un peu froide, il fait comme ça. Si c'est ça, la cire, tout a changé, donc est-ce que je peux encore l'appeler la cire ? Il pose un vrai problème, la même cire demeure-t-elle après ce changement ?
25:44 Quel mérite ? Ça y est, on va entrer en philosophie. Point à la ligne, certes, elle le demeure et personne ne le saurait nier. Mince, ça ne va pas durer longtemps. Ben oui, ils sont tous ensemble, on ne peut pas du tout lui demander, c'est des avancées fabuleuses, Descartes, d'accord ? On ne peut pas lui demander d'arriver au XXe siècle, on commencera à dire que c'est le langage qui fait l'unité du monde qui est autour de nous. Il faudra attendre la phénoménologie de l'esprit, j'y arrive, tome 1, passage sur la force, force et entendement, le phénomène, regardez bien, où Hegel finit par conclure, je cite, mot pour mot, l'acte de poser dans un Un échoit à la conscience qui doit éviter de les laisser coïncider dans la chose.
26:25 C'est nous, c'est le sujet qui décide que le morceau de cire est blanc, il est sucré et que ça fait une unité, cette unité, elle est dans le mot, c'est tout. Il n'y a que ça qui demeure entre le morceau de cire tel qu'il était quand il était blanc et maintenant qu'il est jaune et qu'il a l'air de cramé. Je continue de l'appeler cire. Vous ne pouvez pas demander à Descartes d'être linguiste à ce point-là. Je vais faire une commodité nominale. Voilà, je vous montre que je ne prends pas tout chez chaque philosophe, je prends Descartes, il nous a libérés.
26:57 Une chose est vraie, pas parce que la nature l'a voulu, pas parce que Dieu l'a voulu, mais parce que j'ai pensé que ça tenait la route. Je n'ai vu aucune raison d'en douter. C'est énorme, c'est énorme, il nous a libérés. On s'incline devant rien. C'est la révolution française à l'état singulier. Descartes, c'est ça, n'est-ce pas ? Enfermé dans un poêle, n'est-ce pas, pour reprendre son image, dans une pièce bien chauffée où il était arrêté par ses quartiers d'hiver. Parce que sinon, c'était un soldat de métier. Voilà. Donc, je reviens à mon histoire de révolution mondiale, de rationalisme.
Lettre de Hegel sur la Révolution française
27:29 Vous voyez, et je vais vous lire un texte où Hegel, cette fois, parle de la révolution française dans ses murs, là, dans les murs où la révolution française a ouvert cette école. Ça ne arrive pas tous les jours. Il dit ceci, c'est dans une lettre à Zellmann, pour ceux que ça intéresse, 1807, c'est-à-dire l'année où il achève la phénoménologie et l'année, d'après la légende, il mettrait le point final à la phénoménologie au moment où Napoléon rentre dans la ville.
28:01 Il y a des choses qui ne s'inventent pas, il y a toujours un corse qui est... Allons-y. Donc, regardez ce texte étonnant, lettre à Zellmann, par les choses et d'autres, grâce au bain de sa révolution, la nation française n'a pas été seulement libérée de beaucoup d'institutions que l'esprit humain sorti de l'enfance avait dépassé. Il est en train de dire ce que ce n'est pas seulement la révolution française. Et qu'est-ce que ce n'est pas seulement ?
28:33 Tout ce parcours on la caractérise pour Hegel, ce n'est pas l'essentiel. Regardez bien. Grâce au bain de sa révolution, la nation française n'a pas été seulement libérée de beaucoup d'institutions que l'esprit humain sorti de l'enfance avait dépassé et qui par conséquent pesait sur elle comme sur les autres nations. Ainsi que d'absurdes chaînes. Mais en outre... Bref, il était temps de mettre les pendules à l'heure. Mais en outre, l'individu s'est dépouillé de la peur de la mort.
29:03 Les gens sont allés au feu. Les gens ont pris les risques. Alors là, ce n'est plus... Je préfère une injustice à un désordre. L'individu s'est dépouillé de la peur de la mort et du train habituel de la vie. Du train-train, on dirait en français. Auquel le changement des circonstances a retiré toute solidité. Voilà ce qu'il lui donne à la révolution française. La grande force dont elle fait preuve à l'égard des autres.
29:35 Des autres révolutions. Elles pèsent sur l'étroitesse d'esprit et l'apathie de ces derniers. Ils pensent bien sûr à ses compatriotes qui, enfin contraints d'abandonner leur indolence au profit de la réalité, sortiront de l'une l'indolence pour entrer dans l'autre la réalité. Et peut-être dépasseront leur maître. Peut-être les se payeront plus loin dans la révolution que la France. Lettre extraordinaire.
30:06 qui montre que ce qui, chez Hegel, est proprement révolutionnaire dans la révolution, c'est la fluidification des rapports humains. C'est le fait d'avoir donné un coup décisif à tout ce qui se prétendait inaltérablement stable. Vous voyez ? Alors on est bien loin de l'image qu'on a de Hegel comme étant un peu conservateur avec tout ce qui est rationnel et réel. Ça veut dire aussi, ma foi, tout ce qui est réel est rationnel. Donc l'état prussien est réel donc il est rationnel.
30:40 Il y en a qui pensent vite quand même. Mais bon, alors, à ce propos, si je vous cite maintenant, je vais essayer de le retrouver, vous me direz qu'on est quand même loin de Marx. Vous n'ignorez pas que le jeune Marx, sa première grande publication, c'est la critique, le démontage, la déconstruction, on dirait aujourd'hui, ce n'est pas des principes de la philosophie du droit du testament politique de Hegel.
La postface du Capital : une dialectique critique et révolutionnaire
31:10 Oui, mais alors, voici ce qu'il en dit ici. Bref. Ah ben, voilà. Merci. Alors, je vais commencer par un passage célèbre. Ma méthode dialectique non seulement diffère par la base de la méthode hegelienne, mais elle en est même l'exact opposé.
31:43 Alors, je suis censé vous montrer qu'il y a un rapport de Hegel à Marx et je commence par une phrase qui prononce plutôt la disjonction que la conjonction. Je vous rappelle que ce texte, pour ceux qui veulent s'y référer, c'est la fameuse post-face à la deuxième édition du Capital, si vous cherchez. Ma méthode dialectique non seulement diffère par la base, c'est rare des voix off, on en profite chez Marx, de la méthode hegelienne, mais elle en est même l'exact opposé. Pour Hegel, le mouvement de la pensée qu'il personnifie sous le nom de l'idée est le démiurge de la réalité, laquelle n'est que la forme phénoménale de l'idée.
32:20 Pour moi, au contraire, tout à l'heure il y avait l'opposé, maintenant il y a le contraire, le mouvement de la pensée n'est que la réflexion du mouvement réel transporté et transposé dans le cerveau de l'homme. Vous êtes déjà mis devant votre image dans le miroir, il n'y a rien qui ne vous ressemble plus sauf que tout est à l'envers. Je vous dis ça parce qu'il parle de réflexion. Il faut toujours prendre les mots au sérieux. J'ai critiqué, là c'est la disjonction totale, ce n'est pas seulement différent, c'est l'opposé. J'ai critiqué le côté mystique de la dialectique hegelienne il y a près de 30 ans, à une époque où elle était encore à la mode.
32:58 Alors là, il l'achève, ça veut dire en plus c'est ringard. Mais bien que, attention, le mètre commence, bien que grâce à son quiproquo, terme ambigu, c'est un texte analysé, c'est complexe le rapport Marx-Hegel. Il y a deux rapports très complexes, en amont de Hegel, le rapport Hegel-Kant, en aval, le rapport Hegel-Marx, croyez-moi. Mais bien que grâce à son quiproquo, Hegel défigure la dialectique par le mysticisme, ça n'en est pas moins lui, et voilà la conjonction qui commence, qui en a le premier exposé le mouvement d'ensemble.
33:32 D'ensemble, il n'a pas dit, je prends un détail qui est quand même, tout n'est pas à jeter, non, le mouvement d'ensemble. Chez lui, elle marche sur la tête, de nouveau l'image de l'inversion, troisième fois. Il suffit de la remettre sur les pieds pour lui trouver la physionomie tout à fait raisonnable. Sous son aspect mystique, la dialectique, il ne dit plus Hegel, la dialectique, on peut dire c'est une métonymie de Hegel, devint une mode en Allemagne, ils sont les jeunes hégéliens de gauche, de droite, parce qu'elle semblait glorifier les choses existantes.
34:07 On se sert de la dialectique pour légitimer ce qui est, puisque Hegel a fait la critique du devoir-être, les utopies, les trucs, ce qui compte, c'est de comprendre ce qui est, ce que Marx a passé longtemps à faire dans le capital. Parce qu'elle semblait glorifier les choses existantes, sous son aspect mystique, sous son aspect rationnel, si on sait comme moi Marx l'utilisait, elle est un scandale et une abomination pour les classes dirigeantes et leurs idéologies doctrinaires, parce que, dans la conception positive des choses existantes, elle inclut du même coup l'intelligence de leur négation fatale, de leur destruction nécessaire.
34:41 nécessaire, vous retrouvez le texte de Hegel que je viens de vous lire sur la révolution française. Il glorifie la dialectique pour les mêmes qualités que Hegel impute à la révolution française, d'avoir introduit le devenir, le temps, là où on croyait qu'il y avait de l'être, de la stabilité, de l'éternité, out of time, n'est-ce pas ? Alors, je répète cette phrase, sous son aspect rationnel, elle est un scandale, la dialectique. Un de vos maîtres à penser, non, c'est un vous générationnel, il ne faut pas faire ce que je parle ça a de l'œuf.
35:15 Parler de l'infâme dialectique, oui, la contre-révolution, ça existe. Utilisez-vous maintenant que le mécontentement populaire est là, quand c'est le capitalisme qui dirige sans partage, parce que maintenant, il est sans partage depuis la chute du mur. Donc, il fait ce qu'il veut, il ne va pas se gêner. Il sait que, c'est important ce que je vous dis, avant, il fallait qu'il fasse attention. Vous n'avez pas connu Suez ? Les Français, les Anglais débarquaient de Suez, ils croyaient qu'on est encore à l'époque coloniale.
35:47 Comment ? Comment ce nouvel Hitler ? Nasser. C'est un nouvel Hitler. Vous savez pourquoi c'est un nouvel Hitler ? Parce qu'il a osé nationaliser la seule chose qui rapporte un peu d'argent en Égypte, il n'y a pas de pétrole, le canal de Suez. Ça ne s'appartenait pas à l'Égypte, ça s'appartenait aux Anglais, aux Français. Et le nationalisme, Hitler. Vous avez déjà entendu ça ? Mais bon, c'est Saddam, c'est Assad, c'est Poutine, enfin, vous connaissez. Voilà, c'est énergétique. On débarque. La canonnière, maintenant, on ne dit pas la canonnière, on dit, le pécouchenère.
36:20 Humanitaire. Bien, le droit d'ingérence, l'humanitaire, c'est que vous êtes cultivés, oui, c'est ça. Ah non, on est malin, maintenant. On a compris, il faut un discours de gauche pour que ça passe, parce que les masses, elles ont changé, quand même. Eh bien, oui, on leur dit, on va là-bas, parce que nos intérêts, on tient compte de vous, c'est un peu mieux. Mais, ça ne se fait avoir, quand même. On débarque. L'Union soviétique envoie un ultimatum, parce qu'à l'époque, elle était puissante. Vous remballez, sinon, c'est la guerre nucléaire, c'est grave.
36:52 Les Américains ont été obligés de dire, je ne vais pas faire une guerre mondiale pour Nasser, vous rembarquez. Vous rendez compte. Maintenant, ce n'est pas ça, c'est sans partage. Donc, c'est une époque très dangereuse que vous vivez. Moi, je m'en fous, j'ai un pied dans la tombe, mais pour vous, quand même, vous avez votre avenir devant vous. C'est-à-dire, c'est tentant, moi, si j'étais le plus puissant de ce monde, ça me tente. Il n'y a plus d'Union soviétique peut-être dans 50 ans, la rigueur, quand on veut les arsenaux.
37:23 Enfin, mais enfin, donc, j'ai une fenêtre là. C'est maintenant ou jamais. Là, il faut que je joue le tout. Vous comprenez, c'est l'époque que vous vivez. Voilà. L'infâme dialectique. Je suis en train de faire une infâme dialectique. Mais oui, il ne faut pas que je m'énerve. Sous son aspect mystique, la dialectique devint une mode en Allemagne parce qu'elle semblait glorifier les choses existantes.
37:53 Sous son aspect rationnel, elle est un scandale et une abomination pour les classes dirigeantes et leurs idéologues doctrinaires. Vous voyez qu'on parle de l'œuf. Parce que dans la... Ouf, les rideurs. Parce que dans la conception positive des choses existantes, elle inclut du même coup, elle implique, selon entendu, l'intelligence de leur négation fatale. Quand on comprend la dialectique, on comprend que ce qui n'est pas restable va passer la main. la monarchie. C'est Göring qui avait dit je veux bien m'appeler je ne sais pas, un ange-viste, Birnbaum, comme ça, si je perds la bataille d'Angleterre.
38:31 Vous voyez ? Quel imbécile. Et puis, il disait que le Reich était là pour mille ans. Donc, ce sont l'aspect rationnel, un scandale et une abomination pour les classes dirigeantes et les idéologues doctrinaires parce que dans la conception positive des choses existantes, elle inclut du même coup l'intelligence de leur négation fatale, de leur destruction nécessaire. Non pas parce qu'on a envie de détruire, c'est nécessaire. Il faut passer la main. Il faut que la féodalité passe la main à la bourgeoisie, qu'il passe la main au port intérieur. Parce que saisissant le mouvement même dont toute forme faite n'est qu'une configuration transitoire, rien ne saurait lui imposer et qu'elle est essentiellement critique et révolutionnaire.
39:10 Voilà. J'ai fait une soudure de Platon à Marx. Hegel félicite Platon d'avoir instauré pour un maître, c'est un maître Platon, je vais dire un maître au sens propre, il y a des esclaves. Il fait partie des citoyens grecs, il ne fait pas partie de la majorité. Il y avait quoi ? Il y avait 20% d'hommes libres et 80% d'esclaves à peu près dans l'Athènes. Même Aristote trouvait qu'Athènes était déjà trop grand, il avait un côté écolo. Il dit la cité idéale, c'est celle qu'on peut embrasser du haut dans l'acropole.
39:43 40 000 habitants, il y avait Athènes pour lui, c'était déjà là. C'était New York, quoi. C'est pas possible. La décadence. félicite Platon, d'avoir dit, de toute façon, pour la première fois, on décide qu'avant que je t'impose mes idées, que tu m'imposes les tiennes, on s'impose à chacun d'être en accord avec soi-même. La non-contradiction.
40:18 Ce qui évite le mensonge, la propagande. Mais c'est important. On compte sur votre amnésie pour vous faire oublier qu'il y a contradiction. On compte sur votre amnésie. On va vous dire du bien du Shah d'Iran, pardon, excusez-moi, de l'Ayatollah Khomeini. Je vais trop vite. Il y a tout le monde on va vous dire du bien. C'est bien, il y a un retour des idées religieuses. Puis après, quand ça se retourne contre nous, on en dit du mal.
40:50 On va vous dire du bien. Je vous ai dit que Nasser était traité comme un nouvel Hitler. Mais au début, il a été bien accueilli par les forces de l'OTAN parce qu'il était nationaliste arabe et non pas communiste. Communiste, c'est internationaliste, c'est pas bien. Donc, la nationaliste, vous voyez, et puis ça se retourne. Après, il faut en dire du mal. On a oublié qu'on en disait du bien. Vous voyez, Saddam Hussein, vous connaissez mieux, plus près de vos générations. C'est un petit tueur de communisme que les Anglais ont sorti du rang. À l'époque, ils étaient les maîtres de l'Irak. Les Américains n'existaient pas pour le faire entrer dans l'armée et en faire un officier.
41:24 Comme nous, presque tous les dictateurs d'Afrique, on a commencé à les entraîner en leur faisant tuer du Viêt-minh en Indochine et après du fellagha en Algérie. Je suis sérieux, le doyen des chefs d'État africains à une époque, le général Eyadema au Togo. J'ai vécu l'indépendance du Togo j'avais 12 ans. Ça m'a éveillé la vie politique. Il avait bouffé du Viêt-minh et du fellagha.
41:55 Il avait bien mérité de la patrie et donc on l'a aidé à devenir président et surtout à liquider ses opposants. Voilà. Donc, il n'est pas de vie qu'on dira que c'est un peu Hitler. Et même Hitler lui-même, une contradiction, pourquoi on en dit du mal alors qu'on en disait tellement de bien quand il mettait les syndicats et les communistes en prison ? C'est l'époque où toute la bourgeoisie française criait « Vite plutôt Hitler que le Front populaire ! » Eh oui, oui quand même.
42:25 Tu sais, M. Galdon, soyons à la décharge des gens qui disaient ça, il n'y avait pas encore les camps, tout ça. Si, on savait que les communistes étaient emprisonnés mais ça c'est pas grave, c'est des cocos. Mais enfin, c'était pas encore l'horreur qu'on a su après les camps de la mort et tout ça. Non, c'est juste M. Blum, il est maté les syndicats. Nous, on avait affaire quand même aux congés payés à ces horreurs. Au 36 heures, c'est épouvantable. Je vous dis ça parce que c'est en train d'être déconstruit tout ça. Ça, vous savez que moi, hélas, parce que c'est vous là qu'on est courant.
La mort et l'absence de rapport immédiat à la nature
42:55 Donc, voilà, je voulais insister sur ces côtés-là et en même temps conjuguer ce que quelqu'un peut me donner l'heure, pardon, parce qu'il n'y avait pas d'horloge. 6 heures moins 10. 6 heures. Il reste une heure. C'est bon. Et je ne vais pas sucrer vos questions. Je voudrais coupler ce thème de la médiation. Je vais le développer encore, il n'est pas fini. Mais je vous le dis au cas où je m'égarerai que vous me rappeliez, avec le thème de la mort.
43:28 L'approche hégélienne de la mort est essentielle pour comprendre l'anthropologie et pour comprendre l'essence même de la dialectique. Alors je vous le dis avant de revenir à la médiation, c'est même pour y revenir, ce n'est pas un sujet différent. Hegel dit de manière un peu didactique que la mort, c'est l'être-là devenu immédiat de la nature. Je vous le dis comme c'est écrit. La mort, c'est l'être-là. L'être-là, c'est comme ça qu'on traduit en langage philosophique. Vous dites à un allemand Dasein, il dit c'est existence, c'est le sens courant d'existence.
44:02 Je ne me trompe pas, Marguerite. Non mais il faut toujours demander à quelqu'un qui connaît bien l'allemand dans la rue pour comprendre les mots les plus complexes. C'est la meilleure méthode. Vous voyez ce que c'est que le phénomène chez Kant. Le mot c'est Erscheinung. Alors vous dites le phénomène, l'apparence, on mélange. Vous demandez un allemand dans la rue. Erscheinung, c'est un fantôme. Une apparition. Ah, ce n'est pas pareil qu'une apparence. Une apparition. C'est plus brusque quand même. C'est plus inquiétant. Bon. Vous voyez, c'est intéressant de bien demander quel est le sens courant.
44:34 Donc, lorsque Hegel dit, ça veut dire la mort, c'est le seul moment où on est en relation immédiate à la nature. Dis-donc, ce n'est pas écolo, ça. Non, mais ce n'est pas un article. Moi, je suis écolo. Mais oui, je vous surprends. Non, mais je suis sérieux. On croit toujours que je bouffe de l'écolo. Oui, les écologistes, mais moi, je ne bouffe pas de l'écologie. Je ne me couche pas sous les voitures en inspirant avec délices les émanations des tuyaux d'échappement.
45:05 Enfin, quand même. J'ai envie d'avoir l'environnement le plus sain possible. Mes enfants l'aient encore plus sain que moi. Je ne suis pas idiot. Et que surtout pour l'humanité soit valable. parce que je suis antinaturaliste. Je suis pour défendre l'environnement contre la nature. Allez, expliquez ça à un écolo. Vous le rendez fou. Alors que ça devrait être appris à l'école primaire. Ce n'est pas si compliqué. Enfin, ce n'est pas le sujet. Pourquoi j'en parle ? Parce que Hegel dit nous ne sommes jamais en rapport immédiat à la nature.
45:35 On le croit. Ah, qu'on est bien. Mais regarde ce paysage. Je suis corse. Vous pouvez y aller. C'est le sujet du trimestre prochain. Nature et paysage. je vous rappelle. Alors en Corse, là, l'homme n'est pour rien. C'est calant. Vous avez vu Astérix en Corse ? Lorsque Ocatarinetabellatchitchix fait visiter la Corse au Gaulois et sentez-moi se maquiller comme s'ils y étaient pour quelque chose. Les montagnes, tout ça, ils s'enfuient. Pour rien. Non, n'empêche que même dans le désert, même dans le Sahara, même Robinson dans son île.
46:09 Allez, on va s'arrêter sur Robinson puisque Marx s'est immortalisé en parlant des Robinsonades. Robinson, là, on ne peut pas dire quand même, là, et l'homme est dans la nature. Pas du tout. Les 100 premières pages du roman de Daniel Defoe, c'est les efforts exténuant que fait Robinson pour aller récupérer dans le bateau le sommet de la technologie humaine de l'époque, c'est-à-dire la technologie maritime anglaise. Je ne rigole pas. Relisez. Ne me croyez pas sur parole.
46:40 Et j'ai ramené un sextant et j'ai ramené un calendrier, j'ai ramené ceci, j'ai ramené une boussole, vous voyez, et un fusil, parce qu'il a repéré qu'il y avait des chèvres dans l'île pour pouvoir manger, de sorte que lorsque... Ça, c'est le rapport aux choses, qu'elles soient naturelles, l'île ou qu'elles soient artificielles, le sextant, ce n'est pas le rapport à l'autre. L'autre, il va surgir longtemps après le début du roman sous la forme d'un pauvre hère qui s'appelle Vendredi, n'est-ce pas ? Et la première relation qui va s'instaurer, on dirait que c'est Hegel qui lui a soufflé, c'est le rapport du maître-esclave.
47:15 C'est fort quand même, Robinson, un grand roman. Un grand roman. Ce n'est pas l'idée, là. Donc, mais voilà, on n'a jamais un rapport immédiat. Allez, je n'ai pas dit qu'on n'a pas un rapport avec la nature. Moi aussi, j'adore respirer le bruit du torrent, c'est très bien. Mais, je veux dire, ce n'est pas un rapport immédiat, c'est médiatisé. J'entends la rumeur du torrent, est-ce que c'est le bruit des feuilles mortes, est-ce que c'est le vent dans les arbres, est-ce que c'est la rumeur du torrent ? C'est un mélange de mots dans ma tête de dénoncer et de toute façon, le simple fait que j'ai un niveau de vie qui me permet de goûter tout ça en pleine nature pour essayer de trouver de l'eau, ça fait déjà 8 km, elle est exténuée, et après, elle va faire le même nombre de kilomètres pour trouver du bois dans un pays où il n'y a pas d'arbre, pour chauffer l'eau dans un pays où il n'y a pas d'eau.
48:07 J'ai eu l'eau, l'eau est rare. Elle n'a pas le même rapport à la nature. On n'est pas en rapport immédiat, notre rapport à la nature est le contraire d'immédiat, est médiatisé, est médié par des millénaires de praxis qui sont complètement inconscients en nous. Ce n'est pas grave, ce n'est pas grave que ce soit inconscient. Ce qui est grave, c'est de persister à dire que rien, c'est mon rapport immédiat à la nature, quand même, quand même. Dès les galets éclatés, on prend une distance avec la nature.
48:38 Les petits enfants qui naissent à l'âge du bronze ne recommencent pas à zéro, alors que les petits louveteaux, par exemple, à chaque fois, avec l'hérédité, vous devez toujours recommencer à zéro l'histoire de l'espèce. Les abeilles ou les loups d'aujourd'hui ont la même biologie qu'il y a 10 000 ans. Alors que l'âge de la pierre taillée, l'âge de la pierre polie, l'âge du bronze, le petit de l'âge du bronze ne recommence pas à zéro, il commence avec un outil.
L'école et la triple médiation de la Première philosophie de l'esprit
49:12 Et là, je vous lis mon troisième texte à propos de l'outil. Je vous dis que je suis dans la médiation. J'ai fait allusion à une forme de médiation, c'est celle que je fais avec vous, pour l'instant, la transmission, Normale supérieure, l'école, l'école révolutionnaire, c'est très bien. S'il n'y a pas l'école, la révolution n'existe pas. La révolution est là pour dire liberté, égalité, fraternité. Il faut être clair sur les concepts, il faut être rigoureux. L'égalité, elle n'existe pas, elle existe en droit, c'est ça que proclame la révolution.
49:45 Mais en fait, il y a du chemin à faire. Selon qu'on est né, puissant, misérable, selon que j'ai papa à la maison, qui a toute une bibliothèque, ou que, comme mes anciens camarades africains de classe que je voyais de ma fenêtre climatisée, en train d'étudier leurs leçons à la lumière du réverbère, ce n'est pas tout à fait les mêmes conditions pour faire une scolarité. Donc, l'égalité de fait, mais ça, vous savez, l'égalité de droit, je ne m'attarde pas. Qu'est-ce qui comble la différence entre les deux ? L'école, précisément, surtout, si elle est obligatoire, laïque, est ouverte à tout le monde, n'est-ce pas ? Or, je lis ceci, justement, sous la plume de Hegel.
50:25 Alors là, je vous donne la référence, c'est avant la phénoménologie, c'est la période d'Iéna, c'est la période à laquelle la rédaction de la phénoménologie met une clôture. qui est sans doute une des plus fécondes de Hegel. Et c'est, alors je vous donne le titre, c'est traduit en français comme « Première philosophie de l'esprit », ce n'est pas des titres de Hegel. On constate que c'est la première fois que son système prend forme, la première philosophie de l'esprit, où on commence à avoir une systématique qu'on retrouvera ensuite de manière récurrente dans les ouvrages d'après.
51:03 Il y a quand même quelques germes. Alors, je vous mets en garde, il y a deux œuvres de Hegel, pendant la période d'Iéna, qui portent ce titre, celle de 1803 et celle de 1805. Je vous donne celle de 1805. On est donc à deux ans de la phénoménologie qui est la grande rupture à partir de laquelle Hegel prend son complet définitif, quasiment définitif. Donc, je vous dis, je vous lis ce texte. Je vous dis d'abord en introduction que ce texte porte presque entièrement sur la médiation.
51:35 Je veux dire par là, que pour Hegel, le passage à l'ordre humain, qu'on appelle l'anthropologique maintenant, c'est le fait, l'esprit, ce qu'il appelle l'esprit, surtout ne croyez pas que l'esprit, chez lui, c'est une pure pensée opposée à la matière. L'esprit, c'est pas du tout ce dont, pardon de rire, vous allez rire, c'est dans ce bon Platon, dans le Phédon. C'est pas ? Dans le Phédon, Socrate va mourir. C'est ce dernier entretien, il va prendre la ciguë. On est compte s'il n'arrive pas à prouver, c'est un peu de...
52:06 Enfin, comme il aime bien ses amis à dire. C'est tout le dialogue, c'est forcé de prouver que l'âme était immortelle. Mais avant, il y a un petit prologue. Et puis, il y a des démonstrations après, un peu épuisantes, et à un moment donné, il y a un disciple qui dit tu devrais recommencer, Socrate, parce que je suis presque convaincu, tu ne peux pas m'enlever la peur qu'à ma mort, mon âme se dissipe comme une fumée, là, comme... Socrate, écoute, je vais reprendre une démonstration, mais essaie de faire une prière à Eole qu'il n'y ait pas de vent ce jour-là.
52:37 Il est bon, Platon. Bon. Et puis après, à la fin, quand la section est finie, il y a Criton. Criton, c'est le gentil, le naïf, le Saint-Pierre, un peu délicite. Il n'est pas très fortiche en philo, mais il est très gentil. Et il dit, non mais c'est important, il dit, c'est pas tout ça, comment tu veux qu'on t'enterre ? Tu ne nous as pas donné d'indication. Et Platon qui dit, tu me jettes sur un tas de fumier, Socrate. Il dit, mais comment ? Les os sauvages et aux bêtes de proie. C'est pas moi que tu vas toucher, c'est pas moi que tu vas enterrer il y a longtemps que je ne suis plus là.
53:10 Tu m'enterres comme tu veux, selon les usages, si tu peux m'attraper. Vous voyez ? Voilà. Non, l'esprit, c'est pas ça, chez Hegel l'esprit, c'est ce que je disais tout à l'heure, c'est le galet éclaté, il dit quelque part que c'est peut-être plus anthropologique pour l'homme de faire un marteau que de faire un enfant. Il n'a rien contre les enfants, il en a fait. Mais il y a même un naturel qu'on a retrouvé dans l'armée hollandaise à Java. On ne tombe pas dans Closer.
53:40 Il dit par contre que faire un marteau, ça suppose, vous voyez, une invention qui n'existait pas dans la nature. Faire un enfant, je veux dire, n'importe quel mammifère, c'est enfer, c'est pas compliqué. Le porter, oui, c'est compliqué, mais je ne dis rien contre la maternité, je parle des hommes. Donc, il y a ces trois médiations. Oui, une tripartition, pour arriver au stade humain, il faut trois médiations.
54:11 Il les nomme dans l'ordre, en ordre chronologique et qui correspond toujours à l'ordre logique pour lui, de plus en plus riche. La mémoire, le langage, l'outil. Je ne fais pas de démonstration, je vous dis comment ça se présente. la mémoire, le langage, il n'y a pas d'esprit s'il n'y a pas la mémoire, le langage, jusque là. Ça fait 2000 ans de philosophie, que ce n'est pas des très grosses surprises. Regardez le rôle de la mémoire chez Platon, toute connaissance est réminiscence, si on, oui ou non, ou connaître c'est se souvenir, comme vous voulez, chez Platon.
54:45 Je ne démontre pas ça, il faudrait, c'est profond, ça va loin. Enfin, si je dis que ceci est un livre, c'est que je le reconnais comme un livre, c'est que j'ai déjà dans la tête, quelque part, je me souviens que ça correspond à une idée que j'ai dans la tête qui s'appelle le livre. Un teckel et un Saint Bernard, ce n'est pas la même chose, pourtant, j'ai dit, c'est un chien, je vois, vous voyez, c'est que j'ai quelque chose dans la tête quand même. Oui, ça fait rire, c'est vrai. Et puis, il se moquait un petit peu de ce sceptique qui se laissait mourir de faim parce que le médecin lui a dit, mon pauvre, si vous ne mangez pas des fruits, vous êtes cuit.
55:18 Et l'autre, il se laisse mourir parce qu'il ne trouve nulle part des fruits mais seulement des figues, des cerises, du raisin et des pommes. Vous voyez ? Vous n'avez pas compris le passage du particulier à l'universel. Donc, la mémoire, le langage, jusque là. Mais l'outil, pour la première fois dans l'histoire de la pensée, un philosophe dit qu'il n'y aurait pas d'esprit. Marx, il n'est pas loin, s'il n'y avait pas l'outil. La force productive va dire, c'est ça l'outil.
55:48 Comment vous voulez l'appeler ? Et maintenant, je vous dis le passage uniquement sur l'outil. Il y a eu de grands développements sur le langage. Mais à chaque fois, c'est la médiation, vous voyez, entre nous là. Il y a la langue française qui fait une médiation. Ça, c'est le code. Il y a le canal, l'air qui porte ma voix, la lumière, etc. Qui fait que je peux lire les textes. Il y en a des médiations. Hegel, ce n'est pas une philosophie des médias. Sauf dans un sens très particulier. Alors, pardon, où est passé ce texte ?
Le désir destructeur : lecture de Conte de Rimbaud
56:30 Excusez-moi. Voilà. Ainsi, l'individu, en tant qu'il travaille, c'est souligné, est agissant et l'objet est supprimé. Je ne m'arrête pas parce que l'idéalisme allemand, c'est compliqué. j'éclaircirai quand on arrive à notre sujet. Je vous dis les quelques lignes qu'il y a avant. Ainsi, l'individu, en tant qu'il travaille, est agissant et l'objet est supprimé.
57:02 Si je fais une table, je suis en train de supprimer un arbre, le menuisier, je veux dire, j'ai bien pris le bois quelque part. En bref. Le désir, dans son acte d'anéantir, je désire faire une table, j'anéantir un arbre ou une branche. Le désir, dans son acte d'anéantir, ne parvient pas à obtenir sa propre satisfaction. Ça va très vite, parce que demain, j'aurai encore faim, etc. Il y aura toujours l'objet qui se renouvelle et moi, je vais mourir avant que les objets aient disparu.
57:32 Donc, je suis perdant si ça continue comme ça. Regardez. Et l'être objectif, le monde extérieur, dans la mesure même où il est anéanti, continue cependant à subsister. J'ai illustré ça lorsque j'avais développé mes Hegel-Plage, là, par un texte de Rimbaud qui est une splendeur. Et qui est une splendeur, ce n'est pas parce qu'il est beau poétiquement seulement, ça, ça va de soi. Mais, Rimbaud, il est écrit comme Racine. Il n'y a pas un mot à changer. Mais, mais, je ne sais pas s'il aurait apprécié la comparaison.
58:04 Mais, c'est un hommage. Mais, c'est une lucidité sur le thème du désir destructeur. Je vous le dis parce que c'est moins d'une page. Un prince, s'était vexé, ça s'appelle Conte. Conte, c'est O-N-T-E comme pour les enfants. Il était une fois, etc. Oui, ça commence par un prince. dans les illuminations. Un prince s'était vexé de ne jamais s'être employé qu'à la perfection des générosités vulgaires. Je fais une maroche parce que ça peut... Sa mère avait dit un mot parce qu'on ne comprend rien des textes. Ça veut dire quoi ?
58:34 Vous savez ce qu'un mot répondu ? Tu es l'heure de le savoir. Non, ça me savait quelque chose mais vous l'avez dit. Il a répondu à sa mère. J'ai dit ce que ça dit littéralement et dans tous les sens. Je vous donne une leçon de pédagogie. Ne faites pas dire au texte plus ou moins qu'il ne dise. Ne cherchez pas entre les lignes. S'il faut lire entre les lignes, c'est que l'auteur a raté son coup. C'est un écrivain.
59:04 Si ce n'est pas dans ses lignes, c'est qu'il n'a pas besoin d'être écrivain. Il n'avait qu'à faire autre chose. Comme dit, il va encore nous ne pourront faire parler que nos tableaux. Il suffit. Le mec dit dans ma peinture, j'ai voulu... Il n'y a que ça maintenant. Alors, un prince s'était vexé de ne jamais s'être employé qu'à la perfection des générosités vulgaires. Comme tous les princes, ils donnaient aux pauvres des trucs comme ça. Il prévoyait d'étonnantes révolutions de l'amour ah, c'est intéressant et soupçonner ses femmes, un prince, donc il a des harems, essayer d'imaginer pour la suite un empereur romain.
59:42 Ça cadre assez bien avec tout ce qu'il va dire. C'est ici pour être un peu plus concret. Et soupçonner ses femmes de pouvoir mieux que cette complaisance des courtisanes, agrémentées de ciel et de luxe. Des femmes, bing, bing, parfum, des robes. Il voulait voir l'heure de la vérité. Deux points. Celle du désir et de la satisfaction essentielle. 17 ans de la mort. Il y a 80 ans, il n'a pas encore compris ça. Moi, je comprends à peine, je commence à peine à comprendre ce qu'il veut dire.
1:00:15 À quel point c'est vrai ? Que ce fût ou non une aberration de piété, il voulut une aberration de piété. C'est une aberration de piété de croire qu'on peut à la fois avoir le désir et la satisfaction et lancer des choses de gamin. On devrait savoir tous que le désir n'est jamais satisfait. Il y a toujours quelque chose qui nous manque. Lui, le prince, il veut non seulement désirer, mais être satisfait. Je ne parle pas des besoins parce que l'eau c'est vite satisfait. La troisième gorgée est déjà moins intéressante que la première.
1:00:46 Non, non, non. C'est satisfaire le désir. Le désir, c'est infini. Vous connaissez Pascal, tout ça. J'insiste pas. Il voulait voir l'heure de la vérité, celle du désir et de la satisfaction essentielle. Que ce fût ou non une aberration de piété, il voulut. Il possédait au moins ce que ni vous ni moi nous avons, un assez large pouvoir humain. Parle-là, je ne suis pas un prince, mais je ne suis pas un empereur de Rome, un empereur de Chine. Vous imaginez, amenez-moi une esclave d'Illyrie. On a un terrain parfait, il possédait au moins, c'est le large pouvoir humain, c'est les contes.
1:01:24 Et tout d'un coup, toutes les femmes qu'il connues furent assassinées. On passe au passé simple. Ça commence. Ce que dit Hegel, le désir destructeur. Allez, on l'élimine. Réconsommation suivante. Toutes les femmes qu'il connues furent assassinées. « Quel saccage du jardin de la beauté ! Sous le sabre, elles le bénirent ! » Là, retenez bien, il y a une inflexion. Parce qu'elles pourraient se débattre, résister. Non, sous le sabre, elles le bénirent. Il y a une ruse de l'objet, ce que dit Hegel.
1:01:54 L'objet continue à subsister, dit Hegel, malgré tout mon effort pour le supprimer. Et là, l'objet ne résiste pas, au contraire. Merci de me supprimer. Puis il s'amusa à tuer tous ceux qui le suivaient, après la chasse ou les libations. Tous les suivaient. Oui, la cour le suit, n'est-ce pas ? Il liquide ceux qui le suivent. Puis il s'amusa à égorger les bêtes de luxe. Je fais une allusion aux empereurs romains, là, ils descendent à l'arène.
1:02:24 C'est une allusion à l'empereur Commode. Vous avez peut-être entendu parler de la décadence de l'Empire romain. L'empereur Commode, il se risquait à descendre dans l'arène. Affronter un léopard, pas fou. Il affrontait, vous savez quoi ? Oui ? Il y en a qui le savent ? Des oies. Oh, ben dis donc, oui, bravo. Des oies. Non, remarquez, les oies, c'est teigneux. Ça pique le mollet. Il avait peur, mais il s'approchait, comme ça. Il leur tordait le plus, c'était épouvantable. Il n'y a des cadres en sommeil.
1:02:54 Mais enfin, voilà. Il s'amusait à égorger les bêtes de luxe. Il se ruait sur la foule et la taillait en pièces. Vous voyez qu'il y a une accélération, il y a une espèce d'hypertrophie de la destruction. Regardez la scène finale de Don Giovanni. Ce festin où il avale même son valet, il est pour elle, il est un appétit d'ogre. Ce n'est pas normal, vous voyez. Il y a une accélération du désir qui n'a pas de limite, qui n'a pas d'obstacle. Quand Don Giovanni, il n'est parti pas au proletariat. Le marquis de Sade non plus.
1:03:26 Le comte Almaviva, dans les Noces de Figaro, non plus. Non, je vous dis ça parce que les libertins, c'est très la mode. Je ne suis pas contre, il faut avoir les moyens. La foule, les toits d'or, les belles bêtes existaient encore. C'est le texte de Rimbaud. Alors il reste quand même un obstacle politique. Peut-on s'extasier dans leur affinement, se rajeunir par la cruauté ? Le peuple ne murmura pas.
1:03:57 Il n'y a même pas d'obstacle politique. Personne n'offrit le concours de ses vues. Oh ben, dites-donc, est-ce que ça peut aller comme ça ? Et bien là, on reprend l'imparfait. Un soir, il galopait fièrement. Un génie apparu. Thomas, quel sexe, un génie ? On ne sait pas. Indéterminé, dites-donc. C'est fort, un beau. Un génie apparu d'une beauté.
1:04:30 Ineffable. Inavouable. De sa physionomie et de son maintien. Il parle du génie ressortait la promesse d'un amour multiple et complexe. D'un bonheur indicible, insupportable même. Le prince et le génie s'anéantirent, termes hégélien, probablement dans la santé essentielle. Vous me direz, je ne comprends pas très bien moi non plus. Ce n'est pas toujours clair, mais la santé, il y a une histoire physique là-dedans. Et s'anéantirent dans la santé essentielle. Cherchons pas à comprendre.
1:05:00 Il y a une histoire de corps. Comment n'aurait-il pas pu en mourir ? Ensemble donc, ils moururent. Mais, à la ligne, ce prince décéda dans son palais à un âge ordinaire. Oui, c'était un conte. Le prince était le génie. Le génie était le prince. Et seulement lorsqu'il rencontrait lui-même, si vous voyez son double. Et vous savez, quand une... Physicien, là. Vous me corrigez. Parce que j'ai peur de dire des bêtises. Quand une particule rencontre une antiparticule, elle s'anéantise. Non, ce n'est pas ça ?
1:05:30 Ah, voilà. Ouf, je ne suis pas trompé. Voilà. Et oui, quand des choses... Même force, même rencontre de signe opposé. Ah bon ? Dégagent de l'énergie. Décéda dans son palais à un âge ordinaire. Le prince était le génie. Le génie était le prince. Voilà. C'était pour illustrer cet incroyable passage où Hegel parle du désir en parlant d'une furie de destruction. Si ça se rapporte uniquement à un monde extérieur. Alors, regardez bien. Le désir dans son acte d'anéantir ne parvient pas à obtenir sa propre satisfaction.
L'outil, moyen terme où le travail a sa permanence
1:06:05 C'est tout le texte que je viens de dire. Et l'être objectif, dans la mesure même où il est anéanti, continue cependant à subsister. Le travail est... Maintenant, on passe au travail. Et non plus à une destruction animale. Vous voyez ? Le travail est cette conscience pratique en tant qu'elle est la relation des êtres universels et l'être un des deux extrêmes. On va s'expliquer. Premier extrême, le travailleur. Deuxième extrême, l'objet travaillé. Entre les deux, l'instrument, l'outil, on était parti de là.
1:06:36 Le moyen terme. Je parle comme si c'était un syllogisme. Vous avez appris que les syllogismes, c'est des propositions. Tous les hommes sont mortels. Socrate est un homme. Donc Socrate est mortel. Là, Hegel fait du syllogisme pratique réel. Lénine, quand il va lire dans ses cahiers sur la dialectique, quand il va avoir le courage, parce que pour une fois ses activités de militant sont entre parenthèses, parce qu'il est exilé en Suisse, traqué par la police du tsar, et qu'il s'attaque avec beaucoup de courage à l'œuvre la plus difficile qu'on ait écrite la grande logique de Hegel, encore que les dialogues de Platon à partir de Parménide, c'est pas triste non plus, ou l'introduction à la critique du jugement de Kant.
1:07:19 Lénine commence par être très méfiant dans les premières pages. Il a entendu, comme tout le monde, dire que Hegel est bon. C'est quand même mieux que la moyenne des philosophes bourgeois, d'après Marx. Mais enfin, vous voyez ce que vous dites. Enfin, c'est un mystique, ceci, je dirais, l'État prussien. Puis au fur et à mesure qu'il avance sa lecture, il est ahuri et stupéfié par la pertinence pré-marxienne de Hegel. Et puis petit à petit, on voit les compliments. Alors, je vous le recommande, ce texte, parce que c'est la lecture d'une lecture. Et vous voyez le texte de Hegel, « Et en marge, les annotations de Lénine, tantôt en russe, en allemand, en français. »
1:07:50 C'est que les slaves sont des grands polyglottes, puisque personne ne parle leur langue, ils sont obligés de parler les langues des autres. C'est admirable. Donc, à un moment donné, et Lénine arrive à cette phrase, je vous l'ai dit, parce qu'il y a peu de marxistes qui savent que Lénine a écrit ça. Hegel écrit que l'action est un syllogisme. L'action est un syllogisme, quand même. L'action, je vais avoir balle. Et Lénine ajoute, « Et c'est vrai ! » Deux points d'exclamation. Voilà, je m'arrête là, parce que je vais y revenir pour Lénine, une fois ultérieure.
1:08:20 Et vous voyez, je parle ici d'un syllogisme bien concret. Le travailleur, le cantonnier, l'objet travaillé, le caillou, la carrière, je ne sais pas, entre les deux, une masse, une barre à mine, n'importe quoi, un moyen terme, au sens propre d'abord, parce qu'il est au milieu entre les deux extrêmes, et parce que c'est le moyen, pour moi, d'arriver à ma fin. N'est-ce pas ? Donc, l'instrument, et c'est là le temps, maintenant je ralentis, parce que c'est le passage essentiel de ce que je veux vous lire, l'instrument, l'outil, pour l'instant, ne fait pas de différence.
1:08:53 Ça peut être un petit couteau, ça peut être un accélérateur de particules, c'est toute l'histoire de la technologie, de la massue au cyclotron. L'instrument est le moyen terme, existant, ce n'est pas dans ma tête, là. Ce n'est plus dans ma tête, ce n'est plus une pensée. Ce n'est pas des mots seulement non plus. Le moyen terme, existant, c'est souligné, rationnel, l'universalité existante du processus pratique, il apparaît du côté de ce qui est actif face à ce qui est passif.
1:09:26 Il est lui-même, l'instrument passif en le considérant du côté du travailleur, le marteau, je fais ce que je veux, et actif du côté de l'objet travaillé. Avouez que c'est quand même pas mal pensé. Pour un penseur soi-disant idéaliste, il est ce en quoi, écoutez bien, c'est une deuxième détermination capitale qui va fonder l'histoire, il est ce en quoi le travail a sa permanence. Car pour l'instant, on était dans la fluidité, les choses qui disparaissent, n'est-ce pas ? La roche disparaît dans mon travail, l'arbre disparaît dans mon travail de menuiserie, ce qui reste, moi je m'épuise dans ce travail, le travailleur va mourir au fur et à mesure du procès de travail, l'objet il a déjà disparu par l'action du travailleur, ce qui va rester, et qui va être transmis à la génération d'après, c'est ce qu'on croyait de secondaire, le moyen terme, l'outil.
1:10:15 D'où la portée anthropologique et historique capitale de l'outil. Regardez bien, c'est pour ça que je m'étends sur ce texte. Il est la seule chose qui reste, du travailleur et de l'objet travaillé, ainsi que ce en quoi leur être contingent se perpétue. Se perpétue, il se transmet dans les traditions. Il a même une valeur didactique, je reviens ici à l'école. Donc quand je vous dis que c'est le philosophe de la médiation, regardez le nombre de sens dans lesquels maintenant c'est valable.
1:10:50 premièrement, la mémoire, par le fait que je vois ma grand-mère, ça c'est pas la mémoire, c'est une sensation. Et puis je ferme les yeux, je pense à ma grand-mère, parce qu'il y a longtemps, je la vois plus malheureusement, c'est éphémère et grand-mère. ma mémoire, c'est pas une immédiation, c'est par la médiation de la mémoire que ma grand-mère peut être là. Mnémosyne, dans les muses, la Grèce antique, c'était la muse de la mémoire, et on disait que c'était la patronne des poètes.
1:11:26 Il y a un magnifique hymne de Hölderlin qui s'appelle Mnemosune, et qui va nous ramener à la mort, et je vais vous dire pourquoi. Parce que dans ces trois derniers vers, il dit ceci à Hölderlin, dans un hymne, ça s'appelle Mnemosune, et dédié à la mémoire. Sigi et le Ther cité de Mnemosune. Car ils ne peuvent pas tous les dieux, les mortels dont vous et moi, les mortels avant eux, avant les dieux, atteignent l'abîme. Nous avons une supériorité sur les dieux, un savoir qu'ils n'ont pas, c'est le savoir de la mort, par définition, c'est pas une opinion à Hölderlin, les dieux, ils sont immortels.
1:12:02 Tout le monde qui leur échappe, c'est tout ce qui est pour nous, et les angoisses de la précarité. Mais les joies en même temps. Je prends toujours l'exemple, je dis ça parce que depuis que j'habite en banlieue, je dis ce spectacle des filles qui attendent leur mec à la station de RER, une petite vendeuse de Franprix, ce qu'on appelait une midinette avec mépris, et qui est affolé parce qu'il a cinq minutes de retard. Et puis elles le voient arriver, elles font les dieux qu'on espace. Vous voyez, grandeur de Hölderlin, la supériorité de l'homme sur les dieux.
1:12:43 Les hommes avant lui atteignent l'abîme, ainsi, je continue tout de même, avec eux, avec les hommes, avec les mortels, l'écho change, car il est long le temps, mais il survient le vrai. L'hymne s'arrête là. Regardez la densité. Comment voulez-vous que l'écho change ? Un écho ne peut pas donner plus que le son qui a été émis. Et voilà que tout d'un coup, grâce à la mort qui va fonder une anthropologie, l'écho change. C'est un peu plus compliqué, je suis en train de dire.
L'homme est médiation : Pascal et le point nocturne de la contradiction
1:13:15 Je vais parler de la médiation jusqu'à maintenant. Maintenant je parle de la mort, je vous l'avais annoncé. Je vous ai guidé. L'intermédiaire c'est l'énoncé de Hegel. La mort c'est l'être là devenu immédiat de la nature. Immédiat est le contraire de médiation. Si vous comprenez que tout le sens de l'histoire, depuis l'apparition de la sphère anthropologique, c'est de fuir le rapport immédiat à la nature, vous comprenez que l'homme n'effectue pas des médiations, il est médiation.
1:13:47 Il est là tout le temps de passer outre pour ne pas sombrer dans ce néant qu'est la stabilité qui fait immédiatement revenir la mort. Regardez la grandeur. Et pourtant je ne vais pas chercher un marxiste ni un matérialiste, je vais chercher Pascal. Le siècle d'avant, Pascal qui avait très bien compris la fonction du divertissement. Quand je me suis venu examiner les hommes, je me suis aperçu que tout leur malheur venait de ce qu'ils ne pouvaient demeurer en repos dans une chambre. Après vous connaissez tous ces passages célèbres.
1:14:18 Pourquoi, pourquoi, pourquoi ? Pourquoi cet homme qui vient de perdre son fils à la guerre et qui devrait mourir de chagrin est tout heureux parce qu'il est concentré sur la balle qu'il s'applique à renvoyer dans le mur. C'était le début du tennis, ça s'appelait la paume à l'époque. Vous voyez, on venait de ramener le caoutchouc d'Amérique. Parce que ça le divertit de son malheur. Être homme, c'est penser à autre chose que ce qui m'anéantirait. Et là je suis obligé de faire une axiomatique quasi mathématique. Pourquoi c'est si important cette histoire de mort ?
1:14:49 Et pourquoi c'est fondateur anthropologiquement ? J'ai dit ça, je m'attarde un peu parce que... On ne va pas tout remonter, mais quand Marx dit je suis la synthèse de la tradition économique anglaise, de la tradition politique française pour laquelle il y avait beaucoup d'admiration, et de la tradition théorique allemande, qui est le point faible des français d'après Marx, c'est quoi la tradition théorique allemande ? C'est l'idéalisme allemand. Qui culmine à Hegel. Et c'est quoi l'idéalisme allemand ? C'est le Aufhebung, difficile à traduire.
1:15:20 C'est le supprimer, conserver du romantisme allemand. Le romantisme allemand c'est une hécatombe de fou et de suicidés. Voilà pourquoi je m'attarde un petit peu, je fais un raccourci un peu brutal. Vous voyez ? Mais on ne peut pas comprendre ce qu'il y a de positif chez Hegel si on ne comprend pas jusqu'où il a poussé le négatif. Dans une lettre célèbre, il parle d'une période où il a connu ce qu'on appellerait aujourd'hui une dépression. A l'époque c'était très courant. Et lui il dit, oui, dans la malheureuse Francfort, c'est juste avant Iéna, j'ai atteint le point nocturne de la contradiction.
1:15:54 C'est joli mon expression. Le point nocturne de la contradiction. Voilà, je veux dire, il ne peut pas y avoir... L'année en 1770, c'est l'année de naissance de Beethoven. Il ne peut pas y avoir d'hymne à la joie si on n'avait pas entendu les deux premiers mouvements de la neuvième. Il n'y a pas plus désespérant que le premier mouvement de la neuvième. Qui se termine sur un échec, ce qui est très rare à l'époque, qu'il y a un mouvement qui ne se termine même pas par un accord majeur, même pas par un dénouement, rien n'est résolu. Il reste encore trois mouvements.
Préface de la Phénoménologie : un temps de gestation et de transition
1:16:25 Mais voilà, c'est la même époque. Je vous dis ça parce que, des fois, il semble que la parole de Hegel résonne un peu en harmonique avec l'illustration musicale que je viens de donner. Regardez plutôt ce qui est dit là. Du reste, il n'est pas difficile de voir que notre temps est un temps... Quel temps ? Il est né en 1770, je vous l'ai dit. Il est donc... C'est la génération qui a 20 ans, 19, 20 ans, à la prise de la Bastille.
1:16:56 Hölderlin, 1770. Napoléon, 1769. Beethoven, Hegel, 1770. Bon millésime. Mais oui, quand même. Kant, la dissertation de 1770, qui est le grand tournant de sa pensée. Il y a comme ça, des périodes. Bon. C'est la génération qui a 20 ans. Quand il part d'une période, ensuite, après, c'est l'Europe labourée de l'Espagne à Moscou, par exemple, et Napoléon. Ça bouge. Du reste, il n'est pas difficile de voir que notre temps est un temps de gestation et de transition à une nouvelle période.
1:17:30 L'esprit a rompu avec le monde de son être-là et de la représentation qui a duré jusqu'à maintenant. Je parle des musiques. Mais oui, c'est pas... Tadadam, tadadam, j'adore. Hegel est un des premiers, dans son esthétique, qui réhabilitait la musique de Bach. À l'époque, elle n'était pas à la mode, croyez-moi. Mais, je veux dire, elle est stable. Une Bach, du début du mouvement jusqu'à la fin, vous avez la même métrique, même avec un développement extraordinaire. Mais c'est stable. Alors que le papapapa, vous l'entendez, sur 20 aspects différents, tantôt tendres, tantôt terribles, je veux dire, il y a une gestation qui correspond à ce qu'on est en train de voir.
1:18:09 Il y a toute une correspondance entre Goethe et Schiller. Je dis pour ceux que ça intéresse, où ils opposent le devenir déroulement, qui est chez Bach, par exemple, du devenir développement, qui est chez Beethoven. Un devenir déroulement végétal, un devenir développement animal. C'est très intéressant. C'est deux puissances énormes. Mais l'un est la puissance d'un chêne et l'autre est la puissance d'un lion. Il n'est pas difficile de voir que notre temps est un temps de gestation, de transition, de nouvelle période. Donc, nous sommes dans le moyen terme. Nous ne sommes pas dans l'ancien régime. Nous ne sommes pas dans le nouveau. On est dans la transition. Vous voyez comme je reste dans ma médiation.
1:18:40 L'esprit a rompu avec le monde de son être là et de la représentation qui a duré jusqu'à maintenant. Il est sur le point d'enfouir ce monde dans le passé et il est dans le travail de sa propre transformation. Vous dites, bon, ben voilà, on a de la chance ou de la malchance, les valeurs qu'on a. Mais il y a des époques où ça ne bouge pas et tout d'un coup ça bouge. Non, non, Diego, écoutez bien. En vérité, l'esprit ne se trouve jamais dans un état de repos. Vous avez compris que l'esprit veut dire l'histoire. Si vous n'avez pas encore compris, pensez à la fumée de Criton.
1:19:14 En vérité, l'esprit ne se trouve jamais dans un état de repos, mais il est toujours emporté dans un mouvement indéfiniment progressif. Seulement, il en est ici, comme dans le cas de l'enfant, il pense ici au fœtus, bien sûr, après une longue et silencieuse nutrition pendant neuf mois, il y a une évolution, mais à peine visible, la première respiration, ça c'est la dialectique évolution-révolution, si vous regardez bien, la première respiration dans un saut qualitatif interrompt brusquement la continuité de la croissance sont seulement quantitatifs et c'est alors seulement que l'enfant est né.
1:19:47 Ainsi, très belle image, l'esprit qui se forme mûri lentement et silencieusement jusqu'à sa nouvelle figure, désintègre fragment par fragment l'édifice de son monde précédent, pensé à Voltaire et sa critique du religieux qui est en train d'ébranler tout ce qui était le pilier de la société jusqu'à là, le lien religieux, comme une termite attaque le bâtiment, de sorte que Rousseau n'a plus qu'à souffler dessus et édifier le contrat social à la place. Donc, ainsi l'esprit qui se forme mûri lentement et silencieusement jusqu'à sa nouvelle figure, désintègre fragment par fragment l'édifice de son monde précédent, l'ébranlement de ce monde est seulement indiqué par des symptômes sporadiques, à la base de la musique de Mozart, la frivolité et l'ennui qui envahissent ceux qui subsistent encore, le pressentiment vague d'un inconnu sont les signes annonciateurs de quelque chose d'autre qui est en marche.
1:20:42 Cet émiettement continu qui n'altérait pas la physionomie du tout est brusquement interrompu, 9e de Beethoven, par le lever du soleil qui dans un éclair décide en une fois la forme du nouveau monde. Page extraordinaire. Je fais exprès d'être un peu concret parce que si vous lisez ça abstraitement, on ne voit pas les enjeux qui nous amènent où nous sommes. Donc, voilà, médiation très surdéterminée, médiation, langage, médiation, outils, médiation, transition et enfin, médiation nécessaire pour ne pas en rester à la mort, c'est-à-dire, je vous ai promis une axiomatique que je n'ai pas encore développée.
Le fini s'anéantit devant l'infini : seconde nature et synthèse
1:21:23 Ici, je vais me référer à Pascal pour faire la question. C'est un grand mathématicien. C'est celui-là dont il calcule les probabilités et même la machine à calculer. C'est même un technicien, un technologue. Et surtout, le triangle de Pascal, pour ceux qui connaissent, c'est pas mal. Pascal dit, à un moment donné, le fini s'anéantit devant l'infini. Prenez-le comme un théorème. Le fini s'anéantit devant l'infini. C'est juste l'époque où Newton et Leibniz vont créer le calcul infinitésimal.
1:21:55 C'est pas tout à fait des hasards. Tout ça, c'est pas fortuit. Lorsque Leibniz apprend que Pascal est à l'agonie, il essaie par tous les moyens d'arriver le premier pour avoir ses manuscrits mathématiques. Il savait que Pascal était sur le point de faire avancer le calcul d'infinitésimal, même si c'est lui et Newton qui l'ont formalisé. Donc, le fini s'anéantit devant l'infini. Ça veut dire quoi ? Ça veut dire 10, 100, 1 million, 1 milliard. C'est rien à côté de l'infini. C'est ça que ça veut dire. C'est clair. Le fini s'anéantit devant l'infini.
1:22:25 On ne réalise pas ce que c'est qu'un infini. Si on le réalise, les quantités finies vous pouvez mettre des zéros dans le monde, c'est rien. Prenez ça comme un théorème. Or, l'homme est fini. Deuxième partie du raisonnement. Dans l'espace, par son corps. Et dans le temps, par la mort. Donc, l'homme, oui, n'est rien. Il est néant. s'il en reste là, s'il en reste à sa condition animale première et naturelle.
1:23:00 Mais heureusement que, comme le dit la langue, elle en sait des choses. Elle sait tout ce que nous ne savons pas. Ce que nous cherchons à savoir, elle nous le fait dire sans que nous nous apercevions. Le français dit la coutume est une seconde nature. Vous le savez, ça. La langue le dit. La première, notre première nature, c'est la nature naturelle. Que nous n'apprendrons pas jusqu'à la fin de ma vie. Je ne suis pas en train de rêver. Je ne suis pas un immatérialiste.
1:23:30 Jusqu'à la fin de ma vie, il faudra que je mange pour vivre. Ça, c'est une loi naturelle. Mais, entre-temps, il est arrivé autre chose. C'est que parmi les êtres naturels, il y en a un qui, tout d'un coup, a conscience de la mort. Donc, toutes les satisfactions, voyez le prince de Rimbaud, toutes les satisfactions finies s'anéantissent de valeur. Il faut donc créer un autre monde. C'est ce monde de la médiation. L'homme n'est à l'aise que dans un monde qu'il a produit et non pas dans un monde qui est donné, soit par la nature, soit par Dieu.
1:24:01 Donc, si vous êtes un jour paumé en philosophie, c'est un petit conseil que je vous donne qui est un peu didactique, mais il y a un moyen de s'y retrouver, c'est qu'il y a toujours, dans toutes les théories qu'on vous propose, une tripartition à faire. Je vous dis, c'est celle que vous voulez, mais il y a celles qui disent que c'est la nature qui explique. Passer aux sciences cognitives aujourd'hui. La nature, comme on veut comprendre quelque chose, il faut un stimulus, un réflexe, un lipide, un poté, ce n'est pas ma partie. Deuxième partie, l'antithèse. C'est la surnature qui explique l'homme, c'est l'explication religieuse.
1:24:34 Donc, la première explication naturaliste, physiologique, physique veut dire nature, je joue sur les deux. Deuxième solution, la solution surnaturaliste, théologique, et non pas physiologique. C'est Dieu qui explique l'homme, ce n'est pas la nature. Je suis incapable. Et maintenant, je passe à la troisième, à la synthèse. Je ne veux pas y passer comme un mécanisme. Oui, à la thèse, j'ai l'antithèse, je n'ai plus qu'à la synthèse. Non. pourquoi il faut faire une synthèse. Il faut que ce soit nécessaire. Et c'est nécessaire quand on a compris qu'il y a un point commun dans les deux premiers, lequel ?
1:25:08 Quel est le point commun entre les choses aussi opposées que le matérialisme naturaliste et le mysticisme et l'attitude religieuse ? Oui ? Non ? Oui ? C'est l'homme qui étudie comment ça fonctionne ? Je n'entends pas, pardon. Le point commun, c'est que c'est l'homme qui prenait un discours sûr mais c'est par son... C'est très bien le début, mais... Oui, mais c'est ça en gros, effectivement. Bravo. C'est-à-dire, je ne sais pas si j'ai bien compris, mais je crois que c'est ça que vous voulez dire.
1:25:39 C'est que... Le point commun à la nature et à Dieu, c'est que pour l'homme, c'est un donné, il n'y est pour rien. C'est ça ? Ah ben, c'était pas ça. En plus, vous êtes honnête, vous avez tort. Il fallait dire oui, c'est ce que je voulais dire. Oui, non, mais le point commun, c'est que si vous voulez dépasser une opposition, il faut essayer de voir ce qui ne s'oppose pas. C'est un des grands secrets de la dialectique. Je le dis parce que bizarrement, on enseigne, on doit l'enseigner à l'école primaire, bon sens, c'est simple.
1:26:09 Mais oui, il y a ceux qui... Je prends les trucs sur lesquels on s'oppose depuis toujours, vous savez, il faut dire, on dit qu'il ne faut jamais discuter des goûts, des couleurs, ça fait 10 000 ans qu'on ne discute que de ça. Il n'y a rien de raison, c'est intéressant. Et, bon, vous vous demandez, c'est quoi le beau ? Ce n'est pas un beauf athénien de l'époque de Platon, là, il va dire, ben, le beau, c'est pas moi, quand il dit, je ne sais pas, c'est-à-dire qui c'est, c'est-à-dire le Parthénon, voilà, c'est-à-dire le beau, c'est-à-dire pas l'équivalent de Périclès. Alors, tu vas dire, le coucher de soleil, il n'est pas beau ?
1:26:40 Si, si, évidemment, c'est beau, ça n'a rien à voir avec ton Parthénon, oui, c'est vrai, Socrate, et Alcibiade, il n'est pas beau, c'est le modèle. Oui, oui, ben, c'est rien à voir avec ton soleil, le Parthénon, c'est sans brouiller, etc. Ça, c'est facile, c'est le dogmatique, c'est facile à réfuter. Quel est le pire ennemi du dogmatique ? Sceptique. Bien, le sceptique, bravo. Eh bien, vous avez les réflexes, hein ? Oui, alors là, c'est le contraire. Alors, c'est quoi le beau pour toi ? Il n'y a pas de beau, mon beau, il va t'encore chercher la beauté, ça n'existe pas, chez nous, la beauté, c'est ça, chez les Bantous, c'est les femmes callipyges, enfin, je ne veux pas les Bantous, c'est autant tout le monde.
1:27:15 Bon, oui, Alain, il impose la beauté de son issier, maintenant, c'est un mec qui n'a pas beaucoup voyagé, et l'autre, il a un peu plus voyagé, il a vu qu'en Afrique, c'est pas pareil, bon, voilà. Donc, c'est-à-dire que c'est un peu plus que le dogmatique, il faut juste. Pour le philosophe, c'est quand même déjà un peu plus proche, mais enfin, je veux dire, il dit qu'il n'y a pas de beauté. Alors, qu'est-ce qu'il dit, Socrate, Platon ? Il voit ce qu'il y a de commun, qu'est-ce qu'il y a de commun ?
1:27:46 Il ne cherche pas. Oui ? Il ne cherche pas. Ça, c'est le résultat, bravo. Pourquoi il ne cherche pas ? Parce que ? Parce que c'est... C'est comme précédemment pour la nature et Dieu, parce que c'est donné. Il y en a un qui voit le partenariat, c'est ça qu'il faut. Les deux cherchent avec l'œil, sauf qu'il y en a un œil qui n'a jamais vu qu'Athènes, Athènes ou Montauban, on s'en fout, et puis l'autre qui a un peu plus voyagé. Mais les deux cherchent un modèle de beauté à l'extérieur.
1:28:16 L'un voit les femmes callipyges, l'autre, il voit la Vénus de Milo. Mais dans les deux cas, qu'est-ce qu'il y a de commun ? C'est qu'il y a des gens qui disent « Ah, elle me plaît, celle-là. » Peu importe comment elle est pour l'œil, si ça me plaît. C'est ça qu'il y a de commun. Il y a un plaisir esthétique Kant d'abord. Le premier qui va très bien travailler ça, qui est sui generis, qui n'a rien à voir avec le plaisir de manger, qui ne suppose pas une consommation matérielle, qui est au contraire dans la contemplation. C'est intéressant. Si ça me plaît, s'il y a un plaisir, allez, vous êtes des mathématiciens, je ne sais pas, des logiciens, un plaisir implique quoi ?
1:28:51 Bien. Si j'ai plaisir à boire, c'est que j'avais soif. Donc, si j'ai un plaisir esthétique, c'est qu'un désir vient d'être satisfait par cet objet-là, qu'il soit calipige ou qu'il soit Phidias ou Praxitèle, qu'est-ce qu'on s'en moque ? Dans les deux cas, je veux dire que j'ai un désir qui a été satisfait. L'objet, en sait plus que moi sur ce que je veux, c'est que c'est un peu humiliant.
1:29:21 Donc, ce qui est important pour comprendre pourquoi l'objet est beau, c'est de voir ce que je désire. Et donc, la synthèse, c'est que connais-toi toi-même, tout simplement, au lieu de continuer à chercher à l'extérieur le critère de beauté, mon pauvre vieux, si tu le cherches dans les herbes et dans les pierres, tu es mal parti. Demande à un renard et à une vache, ils n'ont pas les mêmes idées sur le vert, comme valeur. La vache, elle intéresse le vert, c'est une valeur, pas le renard. Encore que les raisins, il n'aime bien le renard. Il te reste une vingtaine de minutes.
1:29:53 C'est gentil, merci. Voilà, donc, j'ai insisté sur la médiation et sur l'importance de la relation entre la médiation et la mort. C'est-à-dire à la fluidité au passage. C'est pour ça que je vous ai lu le texte de Marx quand il me disait que pourquoi on n'aime pas la dialectique ? Parce qu'elle nous force à réaliser qu'on n'est pas stable, à nous rappeler que nous sommes périssables, tout simplement. et plutôt que d'en voir le côté positif, n'est-ce pas, c'est une douleur comme révélation pour ceux qui ont beaucoup à perdre.
L'homme fait l'homme : la synthèse anthropologique
1:30:23 Or, la position que vous connaissez bien de Marx, le prolétaire, c'est celui qui n'a que ses chaînes à perdre. Voilà, on va peut-être passer aux questions. Est-ce qu'il nous reste combien ? 20, 25 minutes. Oui, oui. Je ne voudrais pas grignoter votre demi-heure de question à laquelle j'ai déjà volé cinq minutes. Oui, Thomas, pardon. Juste, tu n'as pas répondu sur l'opposition entre le naturalisme et le surnature... Non, non, entre le naturalisme et le surnature...
1:30:54 C'est vrai, c'est vrai, c'est vrai, c'est vrai, c'est vrai. Le point de vue physiologique naturalisme dit que c'est la nature qui fait l'homme. L'antithèse dit c'est la surnature Dieu qui fait l'homme. La synthèse, c'est l'homme qui fait l'homme. C'est le point de vue de Hegel et de Marx. Du point de vue anthropologique comme synthèse du point de vue théologique et du point de vue naturaliste. Donc, c'est très important ta question parce que beaucoup confondent matérialisme et naturalisme. On peut être parfaitement matérialisme et reconnaître la profondeur de toutes les traditions religieuses.
1:31:28 La profondeur, je n'ai pas dit... Ça ne m'enlève rien à la critique nécessaire de toutes les tartufferies faites au nom du religieux dans la collusion entre la religion et les pouvoirs. C'est autre chose. N'est-ce pas ? Mais religieux veut dire d'abord ce qui relie, ce qui fait que les hommes se sentent quelque chose de commun tout de même. Donc, comme je montrais tout à l'heure la différence qu'il y a entre le temple grec et la cathédrale chrétienne, ça correspond à des différences qui sont des moments historiques opposés où le fini est la valeur suprême. le grec s'évade de la nature dans la cité.
1:32:00 Le grec redoute l'infinité naturelle et la circonscription de la cité. Chez nous, c'est l'inverse. Je cite Hölderlin dans une lettre magnifique qui dit, « Chez nous, c'est l'inverse. » Nous, nous sommes excentriques. Nous, les romantiques, les modernes. Au sens très extensif. Les chrétiens, comme vous voulez, les musulmans, la transcendance. Donc, la synthèse est point de vue anthropologique. L'homme fait l'homme.
1:32:30 J'admire ceux qui parlent de l'amour en termes essentialistes. Je dis ça parce que j'ai d'excellents amis psychanalystes pour lesquels et puis dont certains ont une grosse culture philosophique et ils savent très bien l'importance qu'un Lacan, par exemple, imputait à la philosophie de Hegel qui est si importante chez Lacan. Mais il y a une manière de parler hors temps, hors histoire que je trouve désarmante quelquefois. L'amour, le désir, d'une manière avec un grand D.
1:33:01 Le désir chez la princesse de Clèves, c'est-à-dire dans l'univers féodalo-monarchique du XVIIe siècle. Et le désir chez l'homme de Cro-Magnon, l'amour et l'erreur chez l'homme de Cro-Magnon, ça ne va pas avoir tout à fait les mêmes manifestations. C'est là qu'on voit l'importance et la détermination historique dans l'anthropologie. Il ne s'agit pas de dire l'homme a une histoire, l'homme est histoire, on le voit bien là.
1:33:31 Et comme dit Hölderlin, ainsi beaucoup lie, lie, relie et sépare le temps. C'est ce qui nous relie le temps en même temps ce qui nous sépare. On a du mal à comprendre la relation des Grecs à leur monde, par exemple. On croit qu'on y est de plein pied, mais c'est très différent. Nous faisons souvent des anachronismes, nous jugeons par rapport à nos valeurs. Ainsi, on sait, les spécialistes savent maintenant que leur peinture, leur sculpture, soit disant, un petit peu désincarnée de marbre blanc, était peint de couleurs hyper vives.
Rationalité, égalité et le texte de Lénine sur le rêve
1:34:02 Le Parthénon aussi, les temples étaient peints de couleurs. Voilà. Bon, je t'ai répondu, c'est du point de vue anthropologique, synthèse du point de vue naturaliste et du point de vue théologique. Oui, Tristan ? Oui, tu as failli dire en deux phrases ce qui faisait le lien entre Platon, Hegel et Marx. Et tu as dit notamment que Hegel félicitait Platon d'avoir mis en place le principe de non-contradiction et après, tu es parti sur un détour et tu n'as pas dit justement ce que... Ah si, non, je veux dire, il dit que d'avoir mis en place la rationalité et la contradiction tout ce qui s'ensuit et le dialogue, etc.
1:34:39 Et que, comme dit la très belle image de Platon, l'étincelle ne jaillit pas de la pierre qui est à ma main gauche ou de la pierre qui est à ma main droite mais de leur frottement. C'est magnifique. Un troisième terme. Mais il dit... Oui, justement, cette introduction de la rationalité par Platon, Hegel dit que c'est le pivot de la révolution mondiale qui se préparait alors. C'est révolutionnaire, là, déjà, le simple fait qu'on soit tous sur un pied d'égalité à ce niveau-là.
1:35:10 Il faut commencer par se mettre d'accord avec soi-même que si A égale B, B égale A, il n'y a plus de classe sociale, c'est valable pour tout le monde. Et c'est tellement... Tu es en train de dire maintenant, tu es en laconique, tu es en train de dire que Platon, ah oui, ben oui, Aristote, et Rousseau l'allume dès le début du contrat social, excusez-moi, je parle un peu familier, il reproche Aristote de dire, il m'en se pense sur Aristote, mais sur ce point-là, c'est quand même pas dans le domaine social qu'il est le plus pertinent, en bon Grec, qui dit il y a des hommes nés pour commander, des hommes nés pour obéir.
1:35:40 D'accord ? Rousseau le cite dans le contrat social, c'est la force, vraiment. Alors que Platon, dans le Ménon, à le passage, montre que l'esclave peut parfaitement résoudre le problème du rapport de la diagonale aux côtés du carré si on l'interroge comme il faut. Et dans la République de Platon, il n'y a plus d'esclave. Quand même, c'est pas un hasard, les deux sont liés, la rationalité. Je veux dire que les trois lettres de la République, liberté, égalité, fraternité, qui sont quand même la mission de l'école, l'égalité, est aussi dans cette transmissibilité.
1:36:16 Là, ta question, j'avais gardé un texte, je ne sais pas si je pouvais le caser, mais alors je suis ravi que tu me donnes l'occasion de le citer. Allez, je vais essayer de vous faire deviner l'auteur, ce serait assez intéressant. Je change juste des termes géographiques, sinon vous allez le reconnaître. et je garde les prédicats, jugés plutôt. Voilà. Alors, l'auteur dit, c'est un auteur, un militant révolutionnaire, et il dit, ce serait bien si on avait un journal qui serait un petit peu répandu partout et on pourrait faire avancer nos idées.
1:36:51 Ça a l'air simple, ça a l'air humble, ça n'a pas l'air une très grande tâche, mais enfin, ça peut... Bref, je vous dis ça pour le contexte. Et il dit ceci, voilà à quoi il nous faut rêver, un journal qui se répandrait. Il faut rêver. J'écris ces mots et tout à coup, j'ai peur. Je me vois siégeant au congrès d'unification avec en face de moi les rédacteurs et collaborateurs d'un journal quelconque, révolutionnaire, et voilà que le camarade X se lève et menaçant m'adresse la parole.
1:37:27 Permettez rêver. Une rédaction autonome a-t-elle encore le droit de rêver sans en avoir référé au comité du parti ? Puis c'est le camarade Y qui se dresse et approfondissant philosophiquement le camarade X lequel a depuis longtemps approfondi le camarade Z continue plus menaçant encore. J'irai plus loin. Je vous demande, un marxiste a-t-il en général le droit de rêver s'il n'a pas oublié que d'après Marx, l'humanité s'assigne toujours des tâches réalisables et que la tactique et le processus d'accroissement des tâches du parti qui croissent en même temps que lui.
1:38:00 La seule idée de ces questions menaçantes me donne le frisson. Je ne pense qu'à une chose où me cacher. C'est ironique, mais c'est sûr. Essayons de nous retrancher derrière, qui cite un auteur, et voici ce que dit l'auteur. « Il y a des accords et des accords » écrivait « Pisarev au sujet du désaccord entre le rêve et la réalité. » Vous avez bien entendu. Il y a des accords et des accords au sujet du désaccord entre le rêve et la réalité. Mon rêve peut dépasser le cours naturel des événements ou bien il peut donner un coup de barre dans une direction où le cours naturel des événements ne peut jamais descendre.
1:38:39 Ne peut jamais conduire, pardon. Dans le premier cas, le rêve ne fait aucun tort. Il peut même soutenir et renforcer l'énergie du travailleur. Rien dans de tels rêves ne peut pervertir ou paralyser la force de travail. Bien au contraire, si l'homme était complètement dépourvu de la faculté de rêver, ainsi s'il ne pouvait de temps à autre devancer le présent et contempler en imagination le tableau entièrement achevé de l'œuvre qui s'ébauche entre ses mains, je ne saurais décidément me représenter quel mobile ferait entreprendre à l'homme et mener à bien de vastes et fatigants travaux dans l'art, la science et la vie pratiques.
1:39:13 C'est magnifique ce texte. Le désaccord entre le rêve et la réalité n'a rien de nocif si toutefois l'homme qui rêve croit sérieusement à son rêve. S'il observe attentivement la vie, compare ses observations à ses châteaux en Espagne et d'une façon générale travaille consciencieusement à la réalisation de son rêve. Lorsqu'il y a le contact entre le rêve et la vie, tout est pour le mieux. Ce n'est pas fini. des rêves de cette sorte il y en a malheureusement trop peu dans notre mouvement.
1:39:46 Je tiens à le dire parce que c'est toujours actuel. Et la faute en est surtout aux représentants de la critique légale et du suivisme illégal qui se parent de leur pondération et de leur sens du entre guillemets concret. C'est qui ? Je suis sûr qu'il y en a... Oui, oui, c'est de Lénine. Lénines ? Bravo. Oui. Lénines, il faut rêver à condition d'aller jusqu'au bout du rêve. Et il se fout de la...
1:40:16 Il se paye la tête de ceux qui disent mais comment on prône le rêve on est des matérialistes ? Mais comment ? Non mais je suis sérieux. Il est en train de dire le passage qui me plaît le plus c'est celui qui dit qu'il faut aller au-delà de l'immédiat de la tâche que je fais sinon je suis. Et ça me fait penser à un texte de Marx célèbre vous ne devinez pas ? Entre l'abeille et l'architecte. Ça ne vous rappelle rien ? Il a d'abord la maison dans sa tête. Bravo. Oui. Ça fait plaisir.
1:40:46 Oui. La différence entre l'abeille et l'architecte. Entre l'abeille la plus adroite et l'architecte le plus malhabile c'est que l'architecte a sa maison dans la tête avant de la produire dans la réalité. Marx. Je vous dis ça parce que nous sommes dans les murs de l'école normale supérieure et que ça fait 30 ans qu'on fait de la contre-révolution en disant que téléologie est un terme idéologique dépassé et réactionnaire. Justement. je vous remercie pour une raison dont vous ne pouvez pas vous douter.
Marx, Lénine, Althusser : lire Hegel pour lire le Capital
1:41:17 Je vous en prie. Je tiens à le dire ici parce que j'ai l'habitude par internet d'être plutôt en contact avec un autre je dirais royaume de sectes de gens qui s'intéressent à Marx, à Lénine et à la Révolution. Voilà. j'avais entendu votre nom je ne vous ai pas encore lu et les deux trois points sur lesquels je veux revenir sur votre intervention c'est au moins sur deux choses. Sur votre propos c'est au moins sur deux choses.
1:41:48 D'abord la différence entre Lénine et Marx à mon avis je peux quand même dire l'essentiel et l'essentiel c'est quoi ? C'est que la science de la logique le premier livre c'est la logique de l'être le deuxième livre c'est la logique de l'essence le troisième livre c'est la logique du concept et du devenir. Rien ne vous cacher. Voilà. Tandis que dans le capital Marx s'intéresse à la réalité concrète de l'humanité c'est-à-dire l'humanité produit premier livre l'humanité consomme le deuxième livre et c'est extraordinaire dans l'épistémologie des sciences sociales je ne connais pas d'équivalent il dit comme la production et la consommation ne sont pas séparées mais je les ai séparées pour les besoins de l'exposition dans le troisième livre je vais les réunir pour montrer le mouvement réel et je vais donc étudier la production consommative et la consommation productive voilà la différence entre l'abstraction hégélienne et le concret de Marx je finis par vous poser un problème que je me suis très souvent posé et je ne me suis pas de concernant la nature de la science de la logique qui est remarquable comme problème c'est que dans le passage sur la négation de la négation à un moment donné il donne une forme de cette négation de la négation et il dit
1:42:58 une des formes de la négation très difficile à comprendre à mon avis j'aimerais avoir votre avis là-dessus c'est l'indifférence à l'indifférence et dire que l'indifférence à l'indifférence c'est une forme de la négation je trouve ça absolument extraordinaire c'est une prose vertigineuse de la prose de Hegel juste deux points parce que je ne voudrais pas non plus voler les questions aux autres à propos de votre position de Marx à Hegel Marx n'a jamais été autant opposé à Hegel que dans sa jeunesse lorsqu'il a encore feuerbachien plus il a évolué plus il s'en est rapproché premièrement deuxièmement quelqu'un d'aussi peu suspect de concession à l'idéalisme qu'un Lénine lisant comme vous et je vous en félicite la logique de Hegel arrive à un moment donné au passage le plus suspect pour quelqu'un qui soupçonne l'idéalisme de mysticisme etc c'est à dire la fin du dernier chapitre qui s'appelle l'idée absolue on a l'air d'être à l'opposé du matérialisme dialectique et a fortiori historique
1:44:08 on est bien d'accord du moins au niveau des intitulés et là il y a des encadrés faits par Lénine l'encadré il l'encadre au sens propre il dit ce passage sur l'idée absolue est archi remarquable je cite mot pour mot c'est le passage le plus matérialiste pardon le plus idéaliste et le plus matérialiste de Hegel c'est contradictoire mais c'est un fait premièrement deuxièmement tous ceux qui ont lu Marx jusqu'à ils sont entendus jusqu'à moi jusqu'à moi Lénine l'ont lu à travers les Plekhanov et les Boukharine bref sans avoir lu la logique de Hegel donc je cite Lénine pas un seul marxiste un demi-siècle après lui vous parliez d'Althusser Althusser dit exactement apparemment la même phrase mais à l'envers Althusser dit je résume qu'il y en a qui connaissent Althusser ici qu'il m'allume si je déforme sa pensée je résume je la résume mais je ne crois pas la trahir quand il dit en gros et c'est la leçon de lire le Capital qui est son gros oeuvre quand même en plusieurs volumes tous les lecteurs de Marx avant moi se sont plantés ils parlent mieux que moi parce qu'ils avaient
1:45:19 une lecture trop égélienne de Marx jamais le découplage Marx et Hegel n'a été aussi radical qu'avec Althusser sauf un Lénine je ne déforme pas sa pensée ni même sa lettre je prends Lénine il y a la même phrase tous les penses tous les lecteurs de Marx avant moi se sont plantés parce qu'ils n'ont pas assez lu Hegel celui que Althusser choisit pour l'exception dit que justement au contraire pour bien comprendre Marx et même j'ajoute une phrase de Lénine on ne peut pas comprendre le Capital et en particulier la première section du premier livre la fameuse théorie de la valeur qui fait s'arracher des cheveux à plus d'un comme la logique de Hegel passage pour lequel Marx dit qu'il a kokettiert je ne veux pas traduire pour respecter comment tu traduirais Marguerite ?
1:46:11 je ne connais pas ce mot parce que non parce que c'est un mot français emprunté j'ai flirté oui bravo j'ai flirté avec le style hegelien voilà donc je l'ai dit tout à l'heure je n'ai pas tranché vous avez remarqué j'ai dit il n'y a pas plus complexe que le rapport de Marx à Hegel sinon peut-être le rapport de Hegel à Kant qui est un autre dossier voilà non ça intéresse peut-être moi la pensée révolutionnaire encore que Kant prétend incarner ce qu'il appelle lui-même la révolution copernicienne c'est pour ça je le garde dans ma séquence de la pensée révolutionnaire voilà alors jusqu'ici dans ma compréhension de Hegel pour moi Hegel c'est le philosophe qui pour résumer très rapidement passait son temps à faire l'exaltation positive de la liberté et même une exaltation dialectique par ce mot un peu plus complexe qui est la libération pas de liberté sans libération pas de libération sans liberté mais tout à l'heure j'ai appris que selon Hegel enfin je vais vous lire mes notes sans prix toute l'anthropologie consiste dans le mouvement
De la liberté à la libération : le rôle de la négativité
1:47:21 historique à construire des médiations pour échapper à l'être-là immédiat de la nature c'est à dire la mort donc ça veut dire qu'en fait le concept le principe de la liberté c'est la mort enfin ou la liberté ou la mort nous vaincrons c'est la devise de Sankara donc moi j'avais compris jusqu'ici j'avais compris la logique dialectique de Hegel comme comme m'avait dit un jour le camarade Erwan Hegel en fait il est doublement positiviste sauf qu'il assume la négation au milieu mais là aujourd'hui j'apprends qu'en fait ce qui pose l'anthropologie c'est quelque chose de négatif et ça j'arrive pas à comprendre oui parce qu'il faut passer de la négation à ce que Gilles appelait nous rappelait la négation donc paraît-il je suis le spécialiste je l'ai découvert parce que je me disais qu'il fait un gros bouquin comme ça moins que rien en tout petit caractère je ne sais pas de plus de mille pages où arrive la négation il dit voir le livre de Dominique Pagani voilà
1:48:31 je ne sais pas il m'a imputé beaucoup je ne sais pas si je serai aussi clair qu'il le croit mais je te réponds très précisément pour la liberté oui et Gilles le penseur de la liberté bravo de faire un progrès de liberté à libération car on passe d'un préfixe ontologique on est libre ou on n'est pas libre ça on s'en fout à l'acte pour sortir de la détermination pour rentrer à un stade moins déterminé ça c'est la libération et comme médiation entre les deux qui est la praxis marxienne d'accord je fais une synthèse or la phrase de Hegel qui résume ça et qui est la seule à donner un sens à l'histoire sans que sans avoir l'inconvénient d'un sens de l'histoire qui serait totalitaire c'est la pensée anti-totalitaire si vous donnez un sens à l'histoire si vous êtes un totalitaire oui sauf que quand ce sens c'est précisément la liberté c'est difficile de la qualifier de totalitaire cette phrase vous la connaissez les orientaux savaient qu'un seul est libre les grecs et les Romains savaient que quelques-uns sont libres les modernes savent que tous sont libres les orientaux c'est pas géographique il n'est pas en train de dire il y a des gens
1:49:43 bien plus qualifiés en physique nucléaire en Irak et en Chine c'est les orientaux historiques bien sûr les orientaux savaient qu'un seul est libre empereur de Chine pharaon roi des rois les grecs il y a un progrès pour la première fois une communauté est démocratique à l'intérieur d'elle-même même si elle exclut toute une partie une autre partie de la cité de la démocratie voilà non mais c'est pour dire oui c'est la liberté qui est bien le sens mais s'il n'y avait pas la négation de la mort ça n'aurait aucun sens oui Samy moi je veux dire tu en as parlé sans vraiment l'évoquer mais le rôle du négatif dans la médiation je l'ai dit on va devoir rester là il est 19h05 on l'a vu avec l'outil il me semble qu'on l'a pas mal vu à travers mes illustrations le texte de Rimbaud tout ça on voit bien je veux dire si vous ne comprenez pas le négatif je terminerai là-dessus Thomas Thomas tu m'accordes ça c'est très court mettez devant n'importe quel individu tout ce qu'il a nié en termes hégéliens consommé en termes économiques
1:50:54 en une vie je ne sais pas combien de steaks tu manges dans ta vie mais imagine le nombre de vaches qui n'est pas vieux le nombre de camions de lait ceci de beurre je ne peux pas rentrer dans ta vie c'est un lambda je ne sais pas et tout d'un coup on réalise que ce que je suis c'est par l'intermédiaire d'une énorme négativité concrète et tous les sels minéraux que les plantes pompent à chaque instant pour être il faut qu'autre chose ne soit plus c'est ça la négativité voilà si vous avez des questions n'hésitez pas à les envoyer en ligne on va refaire des questions intermédiaires avant le prochain atelier en ligne merci