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L'antépénultième séance et le déplacement local
0:00 Bon, ben nous inaugurons ce soir. Ben merci d'être là d'abord parce que moi je croyais qu'avec le beau temps la personne n'allait venir. C'est d'autant plus sympa d'être présent. Je dis ça pour les anciens qui quand même depuis 4 ans sont auprès d'une fidélité exemplaire. Et je salue les nouveaux. Il y en a toujours, c'est bien. Et qui ne savent pas où ils s'engagent.
0:33 Et nous voici en train de commencer là où ce soir, l'anté pénultième, il faut bien frimer un peu, je vous rappelle quand même que la pénultième c'est l'avant-dernière et l'anté pénultième c'est celle qui est avant l'avant-dernière. Ça sert surtout en linguistique à définir la place de l'accent tonique. Ainsi en italien, popolo, vous voyez l'accent tonique est sur l'anté pénultième. Voilà. Je le dis parce qu'en français, le français est une très rare langue qui est également accentuée, il n'y a pas d'accent.
1:04 La principauté de Monaco, il faut le faire quand même, c'est une langue comme ça. Elle se rattrape par la rime dans la poésie parce qu'il n'y a plus que ça, la sonorité, mais le rythme il n'y en a pas en français. Tandis que popolo, ça rebondit comme une balle pour petits chats. Je suis obsédé pour le petit chat qu'on m'a offert, excusez-moi. Voilà. Donc, anté pénultième séance, ça veut dire qu'il en reste plus deux jusqu'à juin. Et même on pourrait clore là, puisqu'on est arrivé pratiquement à la fin, la dernière fois.
1:34 S'il n'y avait pas des milliers de pages à tirer de chaque demi-page d'Angélique, n'est-ce pas ? Non, pas de digressions qui sont au cœur de notre propos, mais enfin. Vous avez jeté un petit coup d'œil sur le plan. Ce n'est pas pour faire un jeu de mots aux dernières pages. Encore, je n'ai pas pu résister au plaisir de faire une assonance sur le A, mais enfin. Mais vous verrez que ça ne se termine pas par la marche à pied. La toute dernière page, c'est des réflexions sur le voyage qu'on a fait.
2:08 Et je serai plus précis dans quelques instants. Et par contre, les pas, c'est au sens propre, c'est-à-dire ce que je vous ai demandé de surveiller, ce que Aristote appelait déjà il y a 2500 ans, le déplacement local. Le seul qui a retenu, les physiciens d'aujourd'hui, n'est-ce pas ? C'est la forme de mouvement qu'ils ont retenu sur les quatre sortes de mouvements que distingue Aristote. Parce qu'Aristote distinguait la dounamée, la métabolée, la dounamis, la mécanée.
2:41 Et puis le déplacement local. Bref, voir exactement le déplacement de Nerval sur le sol. Pourquoi il va à Compiègne, à Paris, en Allemagne, etc. Pourquoi on va à gauche, à droite, pourquoi on revient en arrière, pourquoi on poursuit en avant. Pourquoi on va vite des fois et pourquoi des fois on est ralenti. On a terminé la suite d'une fois. Notre marche était ralentie dès l'instant qu'on s'éloignait de la tombe de Rousseau. Le temps s'est gâté. À cause des jeunes filles, enfin à cause des lavandières. Je vous ai dit que vous méfiez des lavandières.
3:12 Oui, je voudrais préciser des choses. Je ne dois pas paraître pour un affreux sexiste. Je veux dire, je vous ai dit à la fois, méfiez-vous des femmes qui lavent le linge et de celles qui papotent au bord des rivières, les ondines et les nix. Je parle des personnages mythologiques, bien sûr. Nos pauvres ancêtres lavandières qui, tout en hiver, allaient se rougir les mains. Non, je n'ai rien contre elles. On leur doit bien ça. Et celle-là, elle salue la machine à laver, croyez-moi. Bon, ne mélangeons pas les problèmes.
3:43 Toujours est-il que lorsqu'ils veulent s'éloigner de la tombe de Rousseau pour continuer leur marche, eux, c'est-à-dire le narrateur, on dit toujours Nerval, c'est quand même le narrateur, et Sylvain, l'homme des bois, d'après son prénom. Immédiatement, vous avez vu que le décor, dans ce que j'ai rangé sous une rubrique que Clouscard et moi, nous appelions le symbolisme immanent, le décor semble dire, semble vouloir s'opposer tout d'un coup à la progression, à la différence de la fois d'avant, où on était parti de Senlis, je rappelle la phrase, nous sommes partis de Senlis à pied à travers les bois, aspirant avec bonheur la brume d'automne, c'est le narrateur qui est aspiré, évidemment, par l'enthousiasme de la marche.
4:33 Tandis que là, c'est le contraire. Ces jeunes filles fallacieuses, je cite, nous firent faire une route bien étrange. D'abord, fallacieux, ça veut dire fausse, à qui il ne faut pas se fier, c'est comme les sirènes, on se fie à leur chant et on se fracasse sur les rochers. Que ce soit des sirènes d'eau salée, je pense à Homère, ici bien sûr, et à Ulysse, ou que ce soit des sirènes d'eau douce, je pense bien sûr à la Lorelei, tous les petits écoliers allemands connaissent le très beau poème de Heinrich Heine, grand ami de Nerval, le plus français des poètes allemands, comme Nerval est le plus allemand des poètes français à l'époque.
5:10 Et je crois que Nerval en pinçait un peu pour sa femme, mais timidement. Donc voilà, je ne sais pas pourquoi, j'ai un tropisme closeur quand je parle de Nerval. Et Heine avait beaucoup d'amitié. Nerval est un grand traducteur, n'oubliez pas qu'il s'est fait connaître dans l'univers des lettres dès 19 ans par sa traduction de Faust. Traduction d'une telle qualité que Goethe, que c'est quand même rare qu'un auteur fasse un tel hommage à un traducteur, que Goethe tombant sur la traduction a dit « Alors là, je ne peux même plus le lire en allemand tellement que c'est beau comme ça. »
5:41 Quand même, hein, quand même. Voilà. Donc après, il a été un passeur du romantisme. Alors, j'en ai suffisamment parlé, n'est-ce pas ? Un romantisme qui est malentendu sur les mots, qui est beaucoup plus proche de ce qu'on appelle chez nous les symbolistes, puis les surréalistes, que de nos romantiques, qui sont un peu, comme disait Rimbaud dans une lettre célèbre, la lettre du voyant, étranglée par la forme vieille. Il y a des choses magnifiques chez le romantique. Rimbaud le sait très bien. Donc, j'ai fait allusion à Heine, à cause de son poème sur la Lorelei, c'est un titre de Nerval.
Nerval pigiste et la tombe de Rousseau comme centre de gravité
6:21 Il y a quelques textes en prose, il met beaucoup de temps à écrire, encore plus à dire « je ». C'est dans les sept, huit dernières années de sa vie, et qu'il fait des récits en prose. Jusque-là, il était un pigiste, je vous rappelle pour les nouveaux venus aussi, parce qu'il y en a qui l'ont déjà entendu répéter plusieurs fois, mais au départ, Nerval, c'est des comptes rendus, on dirait aujourd'hui, de séries télévisées, c'est-à-dire de mélodrames, de théâtres de boulevard de son époque, qu'il faisait consciencieusement.
6:58 Et puis, même si dans le genre, il avait une grande réputation, ah, quelle plume, c'est un régal d'entendre ses critiques et tout, mais enfin voilà, il a mis beaucoup de temps à se mettre à table, pour parler familièrement, encore plus à parler de lui-même, et lorsqu'on l'a retrouvé pendu, il avait encore dans son manteau le manuscrit inachevé d'Aurélia, et les feuilles d'un petit bijou que je vous conseille, c'est pas long, tout ça est sur Wikisource, Promenades et souvenirs. Vous voyez, où il dit « je » pour la première fois, où il fait quelques allusions à la famille, mais très, très, très succinctes.
7:37 Je fais donc ces rappels pour recontextualiser un petit peu la page où on s'était arrêté la dernière fois, c'était les pages où ils essayent de quitter le lieu dont j'ai dit qu'il était le but de tout le texte, le but du déplacement local que le texte met en scène, à savoir la tombe de Rousseau, que j'ai comparée, sous la surveillance de nos amis physiciens, à ce que les physiciens appellent un baricentre, un centre de gravité, un petit peu de tout l'espace qui se déploie ici, dans le Valois.
8:09 Et avec, j'assume, j'assume le champ métaphorique, annexe, voire relativiste, qu'il y a dans le champ d'un centre de gravité. Je veux dire que c'est tellement dense, cette tombe de Rousseau, dans l'imaginaire nervalien, que l'espace subit des déformations selon qu'on s'en éloigne ou qu'on s'en approche. Bien sûr, a fortiori, quand on s'en rapproche. On a vu la dernière fois à quel point il prenait son temps, lui qui est apte à faire des digressions, dès l'instant qu'on arrive, disons, à Chaalis, si vous rappelez ce toponyme, avec deux A, pour ceux qui ont lu le texte.
8:45 J'espère que tout le monde l'a lu, enfin, tous ceux qui l'avaient au départ. Deux A, pourquoi je n'insiste sur les deux A ? Parce que il y a des connotations flamandes dans cette région. Double voyelle, c'est flamand. Vous voyez ? De Groot, vous savez, tous ces noms-là. D'ailleurs, Nerval dit dans Angélique, quand il cherche le livre dans les bibliothèques, et qu'il y a un paléographe à qui on n'a rien demandé, mais qui intervient en disant quand il cherche partout la bibliothèque de Paris, et qu'on ne le trouve pas dans toutes les bibliothèques de Paris, il y a un paléographe qui dit que dans tout le quart nord-est de la France, le de n'est pas du tout un titre de noblesse, c'est l'article der allemand, enfin, germanique, qu'on le trouve chez les Ch'tis, n'est-ce pas ?
9:30 Chez les néerlandais. Et De Muller veut simplement dire le Meunier, c'est tout. Vous voyez ? Donc, c'est intéressant. Et là, Chaalis, ça veut dire qu'à 38 km au nord-est de Paris, vous avez déjà des toponymes flamands. Je vous le dis parce que là, ce n'est pas dans l'imaginaire, c'est réel. Vous allez à la porte de la Villette et vous avez la rue de Flandre, vous savez ça. Et au-delà de la rue de Flandre, parce que moi, j'ai connu l'époque où il n'y avait pas encore d'autoroute A1, il y avait, pour continuer vers Londres et ou Bruxelles, je suis sûr qu'après, la route du nord, c'était, commencer à la porte de la Villette et là, commencer ce qu'on appelait, et que Nerval l'appelle aussi, encore dans sa nouvelle, et dans Sylvie aussi, la route de Flandre, qui passe par Senlis, Compiègne, etc.
10:19 Je vous le dis, parce que Nerval l'a dit souvent sur les paysages qui font penser aux arrières-plans des peintres flamands et dans son imaginaire familial, dans sa constellation au sens analytique, au sens freudien, dans sa constellation familiale, il invoque souvent cet oncle maternel, cette figure bienveillante de l'oncle maternel dont on sait que dans l'anthropologie, voire Lévi-Strauss par exemple, l'oncle maternel est toujours une figure bienveillante dans les récits et dans les contes.
10:51 Vous savez que dans les alliances, il y a des beaux-frères, l'expression beaux-frères peut désigner soit un receveur de femmes, soit un donneur de femmes, et ce n'est pas du tout les mêmes rapports, les rapports beaucoup plus agressifs, n'est-ce pas, avec le receveur de femmes et avec le donneur, en anthropologie en général, j'ai bien vu ça en Afrique, où on n'arrête pas de payer la dot jusqu'à la fin de sa vie. Si quelqu'un a eu un enfant avec son épouse, le père de l'épouse vient et dit, « Tu vois, elle n'est pas stérile, ma fille, alors tu vas maintenant me donner encore deux pagnes et un mouton ? »
11:28 Et ça n'arrête jamais, c'est intéressant. M'est-ce que tu vois, ça a bien montré que les liens de parenté régulent aussi l'échange des biens, du symbolique à l'économique. L'oncle maternel, chez Nerval, est une figure très importante qui l'a initié au niveau culturel. On peut dire même que sa référence à Rousseau, Rousseau est un petit peu une figure emblématique de ce qu'aurait été l'oncle maternel idéal chez lui. Je dis ça parce que Nerval dit que c'est dans le grenier de son oncle maternel qu'il a découvert toutes ses premières lectures.
Les buts successifs du voyage et le détour par Ermenonville
12:01 Vous voyez, c'est intéressant. Ceux qui ont lu Sylvie, la nouvelle qui suit Angélique, se rappellent que lorsqu'il est... Sylvie commence, je vais vous la lire tout à l'heure, à très... On ne peut pas faire plus différent du texte que nous lisons. Sylvie n'a pas eu le côté un peu journalistique. Au contraire, c'est presque autobiographique. Et ça commence par une mise en scène sur un mode d'auto-dérision du héros romantique qu'il a été, n'est-ce pas ?
12:31 La première phrase, je paraissais tous les soirs aux avant-scènes d'un théâtre en grande tenue de soupirant. Bon, c'est rien de plus banal que vraiment le spectateur dans le théâtre amoureux d'une actrice. Je ne sais pas, à l'époque romantique. Voilà. Et il dit immédiatement, je n'oublie pas l'oncle, que je m'inquiétais peu de la femme, je ne m'intéressais qu'à l'actrice. Mon oncle m'ayant dit que les actrices n'étaient pas des femmes comme des autres et que la nature avait oublié de leur faire un cœur.
13:02 Et Nerval ajoute, il parlait de celle de ce temps-là, sans doute. C'est-à-dire du temps d'avant la révolution, de l'ancien régime et du libertinage. Voilà. Vous voyez tout ce qu'il y a à dire sur des détails apparemment marginaux. On a déjà vu ensemble qu'il n'y a pas d'œuvre marginale chez Nerval. Ça ne marche pas chez lui, la dichotomie œuvre essentielle, œuvre secondaire. Puisque longtemps, cette nouvelle sur laquelle nous travaillons depuis la rentrée scolaire a été longtemps considérée comme une œuvre mineure.
13:32 D'abord, l'œuvre Nerval en général, dont je vous rappelle qu'elle n'est vraiment exhaustive dans la Pléiade que depuis 1991. C'est quand même très récent en termes historiques. A fortiori, cette nouvelle-là. Donc, nous avions remarqué que dès qu'on s'écarte de la tombe de Rousseau, parce que Nerval ne dit nulle part que c'est le but, il profite, qu'il passe par là pour aller faire un hommage, se rendre en pèlerinage à la tombe de Rousseau, on est le jour des morts, donc ça s'impose.
14:03 Mais le but, c'est, ça a changé tout le temps, je le rappelle encore pour une dernière fois qui n'est pas la dernière, au départ, c'était de trouver le livre qu'il a trouvé par hasard à la foire du livre à Francfort. Ne le trouvant pas, il se renseigne parce qu'il a quand même promis à ses lecteurs, au lecteur du journal pour lequel il a un feuilleton qui lui a été commandé. il a programmé l'histoire de l'abbé de Bucquoy, c'était le titre du livre qu'il n'a pas pu acheter parce qu'à faute d'argent quand il était en voyage à Francfort.
14:41 À rentrer à Paris, il ne trouve pas le livre et ne le trouvant pas, il est bien obligé d'entretenir ses lecteurs d'autres choses, ça donne le texte que nous travaillons, d'où la notion d'anti-récit, d'anti-roman, c'est assez moderne comme procédé. Et, premier but, deuxième but, en faisant des recherches sur les ancêtres de l'abbé de Bucquoy, histoire de se renseigner en attendant de tomber sur le bouquin, il tombe sur la confession d'une ancêtre de l'abbé à la bibliothèque de Compiègne, cet ancêtre s'appelle Angélique de Longueval, Longueval est le nom patronymique de toute la famille des Bucquoy.
15:17 Et, vous me croyez, si vous voulez, première vraie digression, j'étais à, c'était au stand du livre de la fête de l'Huma ou au salon du livre ? Non, non, c'était au stand du livre de la fête de l'Huma il y a quatre ans. Et, je vois arriver l'abbé de Bucquoy. Je vous jure, avec Nerval, c'est terrible, la Nervalite. C'est un gars qui arrive et qui me dit, il paraît que vous aimez bien l'oeuvre de Gérard de Nerval, je m'appelle de Bucquoy.
15:52 Je dis, oui, c'est ça, et moi, je suis l'empereur de Chine. Non, non, non, mais il dit, c'est sérieux. Et, c'était effectivement un descendant des Longueval de Bucquoy qui est un dessinateur de BD comme il y en a beaucoup en Belgique. C'est extraordinaire. Je vous amènerai son bouquin la prochaine fois, vous allez voir pas mal en plus ce qu'il fait. Je referme la parenthèse. Il n'en a jamais fini, Nerval. Donc, il tombe sur le récit qui lui plaît tellement, cette confession d'une jeune aristocrate du XVIIe siècle, je cite Nerval, plus audacieux pour l'époque que les confessions même de Rousseau ou même de Saint-Augustin, vous voyez, et qui, qu'en attendant de nous raconter en détail l'histoire de l'abbé parce qu'on n'a toujours pas trouvé ses mémoires, on a les mémoires de son ancêtre.
16:41 Donc, j'ai même conseillé à ceux qui sont un peu embrouillés avec ce texte qui s'interrompent, on passe du récit de la recherche du livre à la narration d'Angélique qui a donné quand même... Elle entre en scène alors qu'on a déjà lu un bon tiers de la nouvelle et j'ai conseillé de laisser tomber le récit d'Angélique pour ne pas trop embrouiller la lecture linéaire et de revenir après de lire tout, bien sûr. Voilà. Parce que c'est très intéressant. Surtout qu'on a remarqué qu'Angélique ressemble curieusement à la mère de Nerval.
17:13 Angélique aussi a fui la famille pour suivre l'homme qu'elle aime à la guerre. Même si c'est en Italie et non pas en Allemagne. Et elle aussi... Mais sauf que à la différence de la maman de Nerval, elle, elle revient pour mourir. Un malade est fatigué, elle revient. Voilà. Alors que la mère de Nerval a toujours sa tombe quelque part dans la froide silésie, comme dit Nerval, c'est-à-dire à l'est de la Pologne qui était autrefois l'ouest de l'Allemagne, la Schlesien.
17:43 Voilà. Ça, je n'invente pas. Et donc, on nous raconte l'histoire d'Angélique qui est entrecoupée de plein de digressions, hein, avec lesquels Nerval plaisante beaucoup. et puis, il dit en consultant les dossiers de la famille, donc, je suis tombé par hasard sur, indépendamment de ce qui concerne la famille des Bucquoy, sur des manuscrits dans une bibliothèque, vous savez, en province. Si jamais sur l'on tombe, on est quand même à Compiègne, c'est pas très loin du Valois.
18:16 Et donc, d'ailleurs, même une envie de la tombe de Rousseau, j'y arrive. Je suis tombé sur des manuscrits du XVIIIe siècle, une correspondance inédite de Voltaire, vous savez, tomber sur des trucs comme ça, c'est pas mal, aux ventes aux enchères, vous savez, il y en a qui volaient avant, maintenant, c'est surveillé avec des caméras, mais avant, il y en a qui, à la bibliothèque, arrachaient une page et puis, aux ventes aux enchères, c'est une fortune, un autographe de Rimbaud, vie n'importe quoi. Et des chansons, des partitions de la main de Rousseau, dont je n'ai pu, sans émotion, c'est Nerval qui parle, voir la belle et nette exécution.
18:48 Et il cite l'une d'elles, plus ne suis ce que j'ai jadis été, plus ne saurais jamais l'être, mon doux printemps et mon été ont fait le saut par la fenêtre. Ce qui m'a donné l'idée de revenir à Paris par Ermenonville. Et paf, voilà comment tout d'un coup, Nerval nous case le détour par Ermenonville à la tombe de Rousseau. Sur le mode de la totale contingence et du hasard. Ce n'était pas du tout prévu au départ. Donc pour moi, je reviens à ma métaphore relativiste. Tombe de Rousseau est comme, n'est-ce pas, une grosse masse qui pèse et qui attire. Où qu'on devait aller, elle attire, n'est-ce pas, un peu comme la trajectoire de Mercure, n'est-ce pas, la lumière par laquelle nous identifions Mercure est détournée parce que Mercure est la planète la plus proche du Soleil.
19:30 Vous savez, ça a été la première confirmation empirique, je crois, de la relativité. Ça a été la première, je crois, chronologiquement, qui était jusque-là une modélisation théorique d'Einstein. Oui, si elle met plus de temps que prévu, la lumière de Mercure pour nous parvenir, c'est parce que le Soleil lui a fait faire un petit tour, un petit détour. Voilà, c'est ce qu'on fait avec la tombe de Rousseau. Ce qui m'a donné l'idée de revenir à Paris par Ermenonville et il ajoute, comme pour nous provoquer, vous voyez, pour provoquer le lecteur, ce qu'est la route la plus courte comme distance à la bonne heure.
La tombe inaccessible et la dimension verticale des tombeaux
20:00 Et il ajoute, et la plus longue comme temps. Vous voyez ? Cette tombe de Rousseau pèse, et là, nous y étions, et voilà qu'on s'en éloigne, mais on ne va pas rester comme ça. Regardez, surtout qu'il a dit, vous voyez, il n'y a personne, on va y revenir, il n'y a personne. Même les cygnes, les cygnes, je vais, comment on dit un nom, en soine, même les cygnes désertent la tombe de Rousseau. Je ne sais pourquoi, je vous cite, les cygnes, au lieu de nager gracieusement autour de l'île, par de l'île des Peupliers où il y a le monument à la tombe de Rousseau, préfèrent se baigner dans un lavoir d'eau bourbeuse au bord de la route.
20:39 Oui, donc on s'en est éloigné et dès qu'on s'en est éloigné, là, je reprends mon texte, pour ceux qui ont le texte, ils veulent bien le montrer à leurs voisins, pour ceux qui ont le texte, c'est nous en sommes à pardon, c'est dans la onzième lettre, voilà, à la page, disons, vers la page 127, par là, on n'est pas obligé de lire en même temps parce que c'est, je remonte un peu en arrière, là, mais enfin, je veux dire, je vous lis le paragraphe, la tombe de Rousseau est restée telle qu'elle était, donc là, on arrive vraiment à ce qui, pour moi, est le but, mais vous n'êtes pas obligé du tout d'en tenir compte parce que cette lecture que nous faisons est une lecture phénoménologique, on ne tient compte que de ce qui est écrit, c'est une approche scientifique, je veux dire, je ne vais pas faire de procès d'intention, voilà, la tombe de Rousseau est restée telle qu'elle était avec sa forme antique et simple et les peupliers effeuillés, puisqu'on est en automne, accompagnent encore d'une manière pittoresque, ici, pittoresque est à prendre au sens propre, pittore, la peinture en italien,
21:49 ce n'est pas comme un tableau, ça veut dire, pittoresque, le monument qui se reflète dans les eaux dormantes de l'étang, seulement la barque qui conduisait les visiteurs est aujourd'hui submergée, j'avais fait un petit, un petit, un petit commentaire en disant c'est quand même pas un hasard, le but de ce qui, pour moi, centralise tout notre déplacement local et le but ultime, la tombe de Rousseau est en fait inaccessible puisque c'est quand même une île, on ne peut pas marcher sur l'eau, il y avait bien une barque qui menait mais voilà qu'elle est submergée.
22:26 Il n'y a pas beaucoup de hasard dans tout ça, elle l'est encore aujourd'hui. Les cygnes, je ne sais pourquoi, au lieu de nager gracieusement autour de l'île, préfèrent se baigner dans un ruisseau d'eau bourbeuse qui coule dans un rebord entre des saules aux branches rougeâtres et qui aboutit à un lavoir situé le long de la route. Je saute, après, on a vu qu'il allait, je résume, monter, parce que c'est sur une petite colline, il monte à l'église d'Ermenonville pour la visiter tout en disant qu'elle est moins remarquable que la plupart de celles du village car dans ce lieu philosophique puisqu'à la tombe de Rousseau on a bien négligé l'église, allusion au siècle des Lumières, n'est-ce pas ?
23:02 Et qu'il y avait une passe d'armes qu'on a vue qu'en France avec cette importance entre la philosophie et la religion, c'est important. N'oubliez pas que le seul endroit où il n'y a pas en France de séparation de l'église et de l'État dans l'enseignement c'est l'Alsace. Vous voyez ? Parce qu'on est encore là à la limite du Saint-Empire. Saint-Empire auquel un Corse a mis fin par une signature, n'est-ce pas ? Je pense à Napoléon parce qu'il est entré en Allemagne.
23:35 Donc je saute un petit peu mais quand même en rappelant qu'à l'église il ne peut pas s'empêcher de nous dire qu'il a visité des tombeaux. Dans le cimetière près de l'église il y a des tombeaux. Et là il y a une progression. Vous vous rappelez ? Ça commence par les tombeaux de de Vic une grande famille de l'époque puis après là c'est bien identifié après il y a un nom propre c'est identifié après puis des jeunes filles qui s'unissent à des bourgeois des jeunes filles de famille par un aristocratique qui s'unissent à des bourgeois ça s'appelait Redorer le Blason je vous l'avais signalé à l'époque l'aristocratie faisant la guerre et ne travaillant pas ne pouvait que s'appauvrir et donc elle avait tendance à faire épouser ses filles par des ses garçons par de riches les filles de riches bourgeois voilà vous l'expression Redorer le Blason voilà mais là il n'y a même plus de nom puis il y a des tombes difficiles à déchiffrer car les écritures sont dégradées donc on avait vu qu'il y avait déjà une perte des traces sur les tombes et enfin on arrive à une tombe où il y a seulement marqué rappelez-vous si ça s'en rappelle Almazor bravo ça me fait plaisir
24:45 C.J. Almazor il n'y a même plus le titre le nom la date de naissance rien Ci-gît Almazor A.L.M.A.Z.O.R vous vous rendez compte et Nerval dit vous vous posez la question lui aussi c'est quoi ce nom là on dirait le magicien d'Oz est-ce un fou il dit c'est un fou qui écrit est-ce un fou est-ce un laquais est-ce un chien Almazor la tombe ne dit rien de plus cette fascination pour ce que j'ai appelé et là je suis sérieux la dimension verticale de ce voyage pour que nous puissions progresser il faut qu'on reste sur un plan horizontal or nous avons vu avec l'épisode de la noyade j'y reviens pas l'épisode qu'il a censuré du corps de ce texte là que dès qu'il a à peine a-t-il dit les premiers pas qu'on fait hors de Senlis le début de la grande marche à pied Senlis-Ermenonville nous sommes partis de Senlis à pied à travers les bois aspirent avec bonheur la brume d'automne ça y est cette fois on peut marcher sans s'arrêter mais non parce qu'à ce moment là il y a l'épisode où il se rappelle que Sylvain lui a dit on peut passer quand ils étaient petits là qu'ils étaient des garnements qui faisaient l'école buissonnière et qu'il est tombé dans six pieds d'eau où il a failli se noyer
25:55 si ce n'était pas la soeur de Sylvain Sylvie qui lui avait tiré par les cheveux et l'avait sauvé de la noyade épisode qu'il a soigneusement enlevé du texte que nous avons mais qu'on retrouve dans les Faux Saulniers tome 2 de l'édition à la Pléiade ça veut dire que la dimension verticale au sens propre le sol ne porte plus et donc le voyage s'interrompt je voudrais vous rendre attentif à ça parce qu'on va le retrouver dans les pages qui suivent donc je ne voudrais pas trop perdre de temps avec ce qu'on a déjà lu mais vous voyez il y a cette dimension verticale des tombeaux c'est ce qui est sous les pieds tout de même et il faut bien quitter Ermenonville puisque le but officiel celui qui n'est pas dit ce n'est pas la tombe de Rousseau mais d'aller voir puisqu'on est tombé sur le manuscrit d'Angélique on s'intéresse à la personne d'Angélique et non plus à son descendant l'abbé de Bucquoy donc on va visiter le château de leurs ancêtres communs les châteaux des Longueval parce qu'il y en a plusieurs quelque part à Soissons donc même au-delà du Valois plus à l'est et bien sûr Nerval a du mal à quitter Ermenonville ce qui confirme ce que je pense là où il y a la tombe de Rousseau et il confie à Sylvain le rôle ingrat de dire bon, c'est pas tout
27:05 il faudra peut-être continuer jusqu'à Soissons comme on a prévu et donc ça on en arrive là à la page 129 excusez-moi oui c'est ça Sylvain me dit page 129 troisième alinéa Sylvain me dit nous avons vu la tombe de Rousseau il faudrait maintenant gagner Dammartin où nous trouverons des voitures pour nous mener à Soissons et de là à Longueval Longueval pas loin de Soissons nous allons nous informer du chemin aux laveuses qui travaillent devant le château donc j'ai bien précisé aujourd'hui mesdames et mesdemoiselles qu'il s'agit ici des laveuses dans l'ordre symbolique des sirènes des naïades et autres figures fallacieuses aller tout droit par la route nous dire-t-elle ou également par la droite non, excusez-moi aller tout droit par la route à gauche nous dire-t-elle ou également par la droite c'est déjà un peu bizarre vous arriverez soit à Ver V-E-R soit à Ève ce sont je vous l'ai dit des toponymes qui existent bien sûr des tout petits patelins vous passerez par Othis et en deux heures de marche vous gagnerez Dammartin c'est là qu'il dit ces jeunes filles fallacieuses nous firent faire une route bien étrange
Les laveuses fallacieuses et la route qui se prolonge comme le diable
28:15 il faut ajouter qu'il pleuvait et immédiatement ce que j'appelle tout à l'heure le symbolisme immanent le décor semble s'opposer tout d'un coup à l'enthousiasme de la marche le temps a changé changement de décor la route était fort dégradée vous voyez la dimension verticale qui commence à envahir l'horizontalité du sol avec des ornières pleines d'eau qu'il fallait éviter en marchant sur les gazons d'énormes chardons qui nous venaient à la poitrine chardons à demi gelée mais encore vivace nous arrêtaient quelques fois carrément c'est tout juste si on n'est pas empêché de marcher par des chardons vous voyez ce qui nous arrive quand on s'éloigne de la tombe de Rousseau voilà mais nulle part Nerval dit j'ai mis ça exprès pour pas non non c'est aussi inconscient pour lui que ça l'est pour une première lecture mais ça ayant fait une lieu 4 km nous comprîmes que nous voyons ni Ver ni eve ni Othis je vais un peu vite on l'a déjà vu ni seulement la plaine car nous sommes déjà à la limite là vous savez que c'est un quelqu'un d'Elysée en Erval limite des forêts ce qu'ils appellent la plaine on est toujours en plaine même en forêt c'est du plat à part quelques collines mais la plaine c'est là où il n'y a même plus de forêt c'est là où il y a les champs et il y a la boue quand il pleut
29:25 ni seulement la plaine nous pouvions nous être fourvoyés une éclaircie se manifeste à tout à coup à notre droite quelques-unes de ces coupes sombres qui éclaircissent singulièrement les forêts nous aperçûmes une hutte fortement construite en branches rechampies de terre avec un toit de chaume tout à fait primitif là j'avais fait un petit commentaire pour dire que ça ressemble un petit peu dans les contes pour enfants au coeur de la forêt il y a des petites vieilles au bord d'une maison en fait c'est des sorcières bienveillantes ou des bonnes fées ou des mauvaises fées mais enfin c'est des personnages surnaturels mais là apparemment c'est un brave homme nous aperçus un bûcheron fumait sa pipe devant la porte pour aller à Ver vous en êtes bien loin en suivant la route vous arriverez à Montagny donc lui il donne la bonne route nous demandons Ver ou Ève et bien vous allez retourner ce qui veut dire mathématiquement qu'on revient vers la tombe de Rousseau vous allez retourner on a du mal à en sortir c'est les trous noirs la lumière ne peut plus en ressortir vous allez retourner vous ferez une demi-lieue Nerval ajoute on peut traduire cela si l'on veut en mètres à cause de la loi
30:35 2 km c'est exactement ce qu'on venait de faire puis arriver à la place où l'on tire l'arc vous prendrez à droite je vous rappelle la place où l'on tire l'arc que le domaine qu'on vient de quitter le domaine que le marquis de Girardin a construit sur les modèles de la nouvelle Héloïse et des rêveries du promeneur solitaire donc c'est quand même rare que les lectures d'un auteur contemporain donnent les grandes lignes qui dessinent le paysage dans lequel on se déplace le parc d'Ermenonville je vous rappelle que Nerval ajoute nous le décrit comme un paradis perdu politique la place où l'on tire l'arc le marquis Girardin prenant les leçons de Rousseau a bien pris soin de faire en sorte qu'il y ait des animations qui concernent les classes populaires et non pas seulement du Colin Maillard au Petit Trianon si vous voulez ou la ferme de Marie-Antoinette à Versailles c'est très différent il y a le banc des vieillards il y a la fameuse fontaine dont je vous ai lu l'inscription qui existe encore à Mortefontaine la fontaine elle-même dit des bords fleuris
31:47 où j'aimais à répandre le plus pur cristal de mes eaux on a vu que ce XVIIIe siècle était le plus faible en poésie passant je viens ici me rendre au désir aux besoins de l'homme et des troupeaux c'est pour les cultivateurs puissé-je n'abreuver de mes ondes que des mortels paisibles et contents grâce à mon urne féconde vous voyez c'est un paradis perdu politique donc on revient au banc des vieillards il y a bien une limite là entre la forêt au sens propre et cette nature informée par l'homme qui fait le paysage donc et vous allez voir qu'on ne va pas en rester seulement au banc des vieillards arrivez à la place où l'on tire l'arc vous prendrez à droite vous sortirez du bois vous trouverez la plaine et ensuite tout le monde vous indiquera Ver nous avons retrouvé la place du tir puisque le tir à l'arc est le sport populaire de la région région de bois Robin des bois n'est pas l'arc avec sa tribune et son hémicycle destiné aux sept vieillards puis nous nous sommes engagés dans un sentier il faut bien quand même continuer maintenant qui doit être fort beau
32:58 quand les arbres sont verts nous chantions encore n'oublions pas qu'il pleut pour aider la marche et peupler la solitude quelques chansons du pays à partir de là on n'avait pas lu regardez cette phrase qui suit la route se prolongeait c'est souligné pour ceux qui ont le titre là qui est en texte la route se prolongeait comme le diable c'est une expression française expression assez étrange mais oui c'est bien de rire parce que ça peut être pris en divers sens dont certains sont un peu licencieux la route se prolonger comme le diable et Nerval ajoute dans sa barbe je ne sais trop jusqu'à quel point le diable se prolonge extraordinaire cette réflexion sur la langue vous voyez dans cette marche il pleut l'ambiance a changé et voilà qu'il est en train de dire je ne sais trop jusqu'à quel point le diable se prolonge et il s'empresse d'ajouter ceci est la réflexion d'un parisien allez soyons pas libertins non je dis ça parce que si vous lisez Le voyage en Orient vous verrez l'état de développement sur la poupée Karagöz mais oui Nerval c'est une espèce de polychinelle très populaire dans les rues du Caire encore maintenant c'est un personnage populaire comme Guignol à Lyon il y a Karagöz c'est un polychinelle
34:09 bien connu dans le monde arabe mais surtout au Caire et avec un à une de 2 mètres si vous prenez voilà un phallus la route se prolonger comme le diable je ne sais trop jusqu'à quel point le diable se prolonge ceci est la réflexion d'un parisien Sylvain avant de quitter le bois chanta cette ronde Sylvain l'homme des bois avant de quitter le bois chanta cette ronde de l'époque de Louis XIV c'était un cavalier qui revenait de Flandre le reste est difficile à raconter le refrain s'adresse au tambour et lui dit battez la générale jusqu'au point du jour quand Sylvain homme taciturne se met à chanter on n'en est pas quitte facilement vous remarquerez la relation qui est populaire en français entre le fait de chanter de manière non professionnelle le fait qui pleut il m'a chanté je ne sais quelle chanson des moines rouges qui habitaient primitivement Chaalis vous voyez les souvenirs de l'endroit qu'on vient de quitter ne cesse de l'obséder quels moines c'était des templiers le roi et le pape se sont entendus pour les brûler on reverra vous regardez le plan sur la fin je parle des brumes de l'histoire dans la fin du 1 le roi et le pape se sont entendus pour les brûler ne parlons plus
35:19 de ces moines rouges mais enfin on vient d'en parler au sortir de la forêt nous nous sommes trouvés dans les terres labourées vous voyez ça c'est un changement de décor ça veut dire qu'on a de la gadoue sous les souliers nous emportions beaucoup de notre patrie à la semelle de nos souliers c'est presque au sens propre on a de la boue dans les chaussures c'est une allusion à la phrase célèbre de Danton qui visait les émigrés ceux qui avaient fui les aristocrates qui avaient fui la révolution et qui étaient allés à Londres Danton avait dit on n'emporte pas la terre de sa patrie à la semelle de ses souliers c'est des allusions politiques tout ça nous emportions beaucoup de notre patrie à la semelle de nos souliers comme si la patrie c'était vraiment ce petit espace là où il y a la tombe de Rousseau et le banc des vieillards et le tir à l'arc et ainsi de suite cette espèce d'arcadie politique que nous venons de quitter nous la rendions nous finissions par la rendre la terre bien sûr plus loin dans les prairies enfin nous sommes arrivés à Ver c'est un gros bourg l'hôtesse était aimable sa fille forte avenante donc une auberge ayant de beaux cheveux châtains une figure régulière et douce et ce parler si charmant des pays de brouillard qui donnent aux plus jeunes filles des intonations de contralto par moments
La voix des filles des pays de brouillard et l'auberge de Ver
36:29 là je fais une interruption j'en ferai encore sur la voix sur le rapport de Nerval à la voix féminine j'en ai fait quelques fois je n'ai jamais fait un développement exhaustif il faudrait même être beaucoup plus long mais je conseille une nouvelle fois à ceux qui ont un petit peu de temps de regarder une conférence comme j'aimerais en faire c'est vraiment quelqu'un pour qui j'ai énormément d'admiration le temps je retrouve son nom en pensant enfin Illouz Jean-Nicolas Illouz I deux L OU Z vous trouvez ça sur le net vous suffit de marquer les genres littéraires dans Sylvie de Gérard de Nerval les genres littéraires dans Sylvie Jean-Nicolas Illouz c'est une conférence fait par quelqu'un qui a l'air d'être vraiment un rat des pâquerettes simple comme tout d'une clarté on a l'impression qu'il va rester à la surface des choses et il arrive à tout amener et en particulier le rapport de Nerval à la voix et aux chansons populaires donc je me je sous-traite un peu pour l'instant ne s'est pas consulter regarder cet extraordinaire document et c'est un texte
37:40 c'est une conférence qu'il a faite pour les les jeunes filles qui vont passer le concours de l'école normale supérieure Nerval était au programme de l'agrég à ce moment là ben oui et pas que les sciences dures encore qu'on a vu qu'il y a un côté sciences dures dans la déterminabilité du texte nervalien donc voilà Jean-Nicolas Illouz les genres littéraires dans Sylvie et là quand même vous voyez une petite servante d'auberge qui vient dire c'est ce qu'on a pour ces messieurs ben ça suffit pour qu'ils soient marqués par ça comment il dit elle est belle sa phrase avec cette histoire de Contralto et ce parler souligné si charmant des pays de brouillard qui donne aux plus jeunes filles des intonations de Contralto par moment il y a ici un linkage pardon pour cet anglicisme un lien structurel structurel entre la voix des jeunes filles de cette région et la brume et le brouillard je dis ça parce que c'est récurrent vous savez que j'aime pas l'interprétation je me contente de faire de l'intertextualité
38:50 je me reporte au passage le plus célèbre de sa nouvelle la plus connue c'est à dire du passage sur le chant d'Adrienne dans Sylvie la nouvelle qui suit celle-ci n'est-ce pas la belle devait chanter pour avoir le droit de rentrer dans la danse c'est une espèce de scène où des enfants font des rondes sur le gazon devant le château j'étais le seul garçon dans cette ronde où j'avais amené ma compagne toute jeune encore Sylvie petite fille du hameau voisin si vive et si fraîche avec ses yeux noirs son profil régulier son teint légèrement halé et bien oui une petite paysanne si elle a la peau halée c'est que c'est pas une aristocrate il y a déjà la blonde et la brune dans cette scène extraordinaire Sylvie l'émanation des forêts la petite fille du village qui est son béguin et Adrienne qu'il découvre ce jour-là à peine avais-je remarqué dans la ronde où nous dansions une blonde grande et belle qu'on appelait Adrienne on apprendra plus tard que le sang du valois coule dans ses veines enfin bref la belle devait chanter pour avoir le droit de rentrer dans la danse nous nous assîmes autour d'elle nous c'est les enfants et aussitôt d'une voix fraîche et pénétrante légèrement voilée comme celle des filles
40:00 de ses pays brumeux elle chanta une de ses anciennes romances etc. vous voyez déjà la voix qui est faiblement timbrée pardon bien timbrée mais faible en volume et dont Nerval à chaque fois qu'il commente une voix féminine qui l'intercepte avec l'apostrophe à chaque fois et comme s'il était la proie du signifiant comme on dit en psychanalyse à chaque fois il prend bien soin de dire que le charme de cette voix est dû essentiellement au fait que cette voix n'a pas encore été gâtée par les leçons du conservatoire c'est encore une voix fraîche qui n'a pas été encore calibrée par l'art du chant par exemple je continue on est obligé quand on a commencé un petit peu le chant d'Adrienne chaque strophe se terminait par ces trilles chevrotantes que font valoir si bien les voix jeunes quand elles imitent par un frisson modulé la voix tremblante des aïeuls regardez l'extraordinaire rentrer dans le détail de quelqu'un qui n'est pas un musicien professionnel Nerval chaque strophe
41:10 se terminait par ces trilles chevrotantes que font valoir si bien les voix jeunes quand elles imitent par un frisson modulé voyez le choix du lexique la voix tremblante des aïeuls à mesure qu'elle chantait l'ombre descendait grands arbres et bien ici ce n'est pas une fille d'aristocrate c'est une servante d'auberge et alors bien sûr Nerval va se défausser sur Sylvain n'est-ce pas vous voilà mes enfants dit l'hôtesse et bien on va mettre un fagot dans le feu ça sent la fin de partie ça sent la fin de journée on a fait une marche et le soir va tomber vous voyez je suis toujours dans le symbolisme de ma dent nous vous demandons à souper sans indiscrétion voulez-vous dit l'hôtesse qu'on vous fasse d'abord une soupe à l'oignon vous savez ce n'est pas des endroits où il y a une carte de six pages à l'époque on prend ce qu'il y a ce soir là moi j'aimais bien ça cela ne peut pas faire de mal et ensuite ensuite il y a aussi il s'est souligné de la chasse ça veut dire qu'on braconne un peu par là je me rappelle moi de l'auberge qui est fermée maintenant mais de comment ça s'appelait de la Croix Blanche parce que maintenant il y a la Croix d'Or qui est ouverte mais la Croix Blanche qui pour des raisons explicables depuis 12 ans
42:20 est fermée c'est un manquage qui a gagné au centre qui faisait tabac avant j'avais bien connu l'ancien propriétaire et bref je me souviens qui discutait avec des braconniers là vous voyez tu as des chevreuils en ce moment vous voyez ça chasse dans le coin bon alors je ne vais pas le dire aux écologues bon ensuite il y a aussi de la chasse nous vîmes que là nous étions bien tombés il y a le côté n'oubliez pas que cette nouvelle avait pour titre initial les faux saulniers les trafiquants de sel les braconniers les trafiquants de sel le côté un peu ficelle qu'il y a dans ces pays de forêt j'habitais dans le marais Poitevin à une époque pas longtemps parce que je me suis occupé du carrefour média jeunesse de Niort c'était mon premier poste de direction générale mais j'habitais dans le marais sur les bords des conches n'est-ce pas et les gens de Niort de la ville disaient que les gens du marais étaient ficelles étaient retorts avaient gardé les habitudes gaulois de trafic c'est marrant quand même vous voyez alors voilà je saute deux paragraphes l'auberge un peu isolée mais solidement bâtie où nous avons pu trouver asile asile donc quoi ?
43:29 ça veut dire quoi ? que le temps s'était vraiment gâté alors qu'il y avait un plaisir de la balade quelques pages auparavant nous avons trouvé asile offre à l'intérieur une cour à galerie d'un système entièrement valaque Sylvain a embrassé la fille qui est assez bien découplée et nous prenons plaisir à nous chauffer les pieds en caressant deux chiens de chasse attentifs au tournebroche qui est l'espoir d'un souper prochain voilà bon c'est terminé pour la balade ça a failli mal se terminer mais enfin c'est rattrapé par la fille et les plats qu'elle prépare qu'est-ce que tu fais Aminata ?
44:00 je prépare j'ai vécu longtemps en Afrique subsaharienne vous vous en doutez et quand on voit une fille qui fait la cuisine dehors parce que de dehors il n'y a rien dans la maison il n'y a pas grand chose tout se fait dehors les tresses on les fait dehors quand un garçon voit une fille à qui sa soeur fait les tresses la fille lui dit 25 centimes il doit payer c'est joli comme coutume ben oui parce que c'est un peu intime quand même la toilette tout ça c'est pas parce que c'est dans la rue qu'il faut mater bon alors c'est mignon alors le gars s'acquitte très gentiment une fille en caisse de la même manière on fait la cuisine dehors alors je disais je connaissais la réponse mais j'adore l'entendre Aminata qu'est-ce que tu fais ?
44:36 je prépare intransitif vous voyez c'est du français d'Afrique je prépare pour mon mari pour mon oncle pour mon fiancé pour mon frère pour mon tonton je sais pas je prépare ben oui il n'y a pas que le nutritif dans la vie comme ils appellent ça faux guinée en haoussa je le sais plus en français les condiments voilà quand même je prépare donc il y a l'espoir d'un souper prochain et là on entame vous voyez pour ceux qui ont le texte la douzième lettre vous me direz ton plan t'as déjà oublié ton plan ben oui dès qu'il y a un plan j'ai envie d'en sortir pas du tout je suis en plein dedans j'ai commencé par dire la treizième lettre revient c'est encore la première je paraphrase un des vers les plus célèbres de Nerval n'est-ce pas dans le sonnet vous avez les chimères après après les filles du feu dans le même volume le fameux sonnet la treizième revient c'est encore la première on dit que c'est le bal des heures vous savez que dans les heures treize c'est un on est d'accord treize heures une heure la treizième revient c'est encore la première et c'est toujours la seule ou c'est le seul moment car es-tu reine
« La treizième revient » : de Château-Thierry à l'Odyssée
45:47 ô toi la première ou dernière es-tu roi toi le seul ou le dernier amant oui un poème extraordinaire dense et bien là vous avez la douzième lettre donc qui est la dernière c'est pas fortuit ce nombre la nouvelle qui suit Sylvie a treize chapitres regardez ne me croyez pas sur parole parce que vous allez dire c'est un obsédé de l'élimination du hasard Pagani et ça ça donne à les gens qu'on soigne dans les asiles à la fin tout a un sens non non c'est pas moi c'est lui donc treize chapitres dans Sylvie et certains disent même que Sylvie est suivie immédiatement de chansons et légendes du Valois dont je vous ai dit que j'y reviendrai qui était une espèce de petite enquête ethnomusicologique qu'on a aujourd'hui sur les chansons de la province et certains disent comme ça fait partie de Sylvie d'après le placement de Nerval que ce serait le quatorzième chapitre de Sylvie et qu'ainsi Sylvie serait comme un grand sonnet quatorze vers les sonnets dont chaque nouvelle serait un vers
46:57 voilà je vous l'ai dit au passage c'est des recherches formelles mais intéressantes par elles-mêmes donc nous entendons la douzième lettre je ne vais pas faire une lecture linéaire au contraire je saute tout le début je vais à la fin je vous demande d'aller à la fin c'est-à-dire la dernière page de ce texte qui vraiment ne ressemble à aucun voyez voilà après commence Sylvie souvenirs du Valois la dernière page c'est ça la marche est terminée la marche de déplacement local c'est terminé comment ?
47:28 c'est à la page 140 les dernières lignes de la marche à pied se terminent à Château-Thierry je ne sais pas si vous voyez la carte mais on est presque à mi-chemin entre Paris et l'Allemagne or ça avait commencé par par quel mot ? oui ? non non c'est pas grave textuellement en 1851 je vais passer à Francfort ça commence comme ça cette nouvelle et je vous ai dit n'oubliez pas que Francfort c'est le milieu comme maintenant c'est la banque centrale européenne le centre, le milieu vous croyez que je rigole ?
48:08 il y a un poème de Hölderlin Hölderlin dit que Francfort est le nombril du monde après vous direz que je rigole les grecs disaient que Delphes était le nombril du monde il y a toujours madame Merkel et Tsipras il y a toujours un qui dit que le centre du monde c'est Delphes et l'autre qui dit que le centre du monde c'est Francfort c'est intéressant ça continue ce genre-là je suis pour rien bon allez les derniers mètres qu'il fait alors qu'ils devraient revenir sur Paris tropisme vers l'est à l'inverse c'est la marche du soleil à l'inverse c'est la marche du temps donc c'est la route du souvenir c'est la recherche du temps perdu n'est-ce pas et c'est aussi la quête de la tombe maternelle qui est là-bas loin au-delà même de l'est à l'est de l'Allemagne en Pologne voilà mais tout de même les derniers les derniers mots du déplacement local c'est pas la dernière page la dernière page c'est ce qui suit emprunt suffisamment de ces souvenirs de localité qui peuvent donner de l'attrait à une composition romanesque il en prend à son aise avec nous et qui ne sont pas inutiles au point de vue positif de l'histoire j'ai gagné Château-Thierry où l'on aime à saluer la statue rêveuse du bon La Fontaine placée au bord de la Marne et en vue du chemin de fer de Strasbourg
49:18 et la boucle est bouclée quand je vous disais que la 13ème revient c'est encore la première on est revenu au début on est revenu presque au domaine germanique vous savez que Nerval est un homme des lisières il va à Strasbourg il n'y a plus qu'à franchir ce qu'ils appellent là-bas Pont du Rhin le terminus du bus et vous êtes en Allemagne d'accord et pour vous montrer que c'est vraiment la boucle au sens qui illustre mon séminaire depuis trois ans c'est-à-dire d'Ulysse à Dédale mais Nerval n'a nulle part parlé d'Ulysse et bien ça vient regardez réflexion page 140 et puis c'est ainsi que Diderot commençait un conte me dira-t-on allez toujours curieusement on va la ligne à un tiret il y a une voix qui dit allez toujours et là qui parle ?
50:07 vous moi le lecteur on en a marre on est fatigué ça fait 80 pages qu'on marche et on ne sait pas pourquoi on n'a toujours pas trouvé le bouquin d'accord on a commencé par l'Allemagne on a continué à Paris on a dévalé les bibliothèques sur un rythme d'allégro-giocoso c'est Mozart Don Giovanni par drama giocoso il y a une accélération dans Don Giovanni c'est important les gens vous savez et frénétique Don Giovanni puis ça s'est ralenti notre marche déconnectée dans le Valois fatigué des vaines et querelles stériles agitations de Paris je me repose devant ces campagnes maternelles si fécondes stériles fécondes comme si de nouveau Einstein comme si cet espace-là nous forçait à ralentir notre marche vous savez que dans la physique relativiste l'intelligibilité des trajectoires des mobiles il faut la chercher dans la nature de l'espace qui traverse c'est un peu grossier mais en gros c'est ça pour autant de temps il faut s'amplifier voilà mais c'est vrai grosso modo donc jusqu'ici le lecteur était
51:20 prenait sur lui et voilà que tout d'un coup il se révolte allez toujours vous avez imité Diderot lui-même il y en a marre d'une référence de plus il n'y a que ça dans ce texte une digression qui avait imité Sterne l'humoriste anglais qui était très à la mode à l'époque lequel avait imité Swift le Swift des voyages de Gulliver qui avait imité Rabelais c'est presque que des auteurs comiques si vous regardez bien qui avait imité Rabelais lequel avait imité Merlin Coccaie qui avait imité Pétrone c'est vrai que Pétrone est l'auteur du fameux Satiricon qui a inspiré à Fellini un film célèbre un des romans les plus modernes de l'antiquité Satiricon lequel avait imité Lucien et Lucien en avait imité bien d'autres quand ce ne serait que l'auteur de l'Odyssée c'est la première fois vous savez en psychanalyse il ne dit rien le mec il est là il ne peut pas il pleure il y a des mouchoirs il ne dit rien le mec le nana peu importe psychanalyse il dit bon je n'ai pas voulu patient et tout d'un coup le gars se met à table il dit tout il veut tout dire en une seconde c'est ça qui se passe c'est l'ultime page et Nerval crache le mot c'était l'Odyssée mon histoire c'est pas Pagani
52:30 qui injecte du sens c'est écrit regardez quand même et oui et lequel avait imité Lucien et Lucien en avait imité bien d'autres ben oui si vous faites un retour régressif dans tous les illustres auteurs de voyages vous allez arriver au canevas primitif le premier texte de l'Occident littéraire c'est Homère on ne peut pas aller au-delà au-delà il y a des trucs admirables l'épopée de Gilgamesh et tout mais notre Occident il commence avec l'épopée homérique c'est comme extraordinaire quand même ce texte je vous ai dit que c'était un long voyage qu'on fait à 35 km de Paris donc quand ce ne serait que l'auteur de l'Odyssée qui fait promener ce héros pendant 10 ans il faut qu'on s'estime heureux pendant 10 ans autour de la Méditerranée pour l'amener enfin à cette fabuleuse Ithaque dont la reine au bout il y avait bien une reine entourée d'une cinquantaine de prétendants défaisait chaque nuit ce qu'elle avait tissé le jour oui mais Phyllis Ulysse a fini par retrouver Ithaque dit le lecteur qui en a marre et j'ai retrouvé l'abbé de Bucquoy en mathématiques ça s'appelle une relation d'équivalence c'est ça là c'est dit clairement
53:41 que l'abbé de Bucquoy a le rôle de Ithaque je suis parti d'Ithaque je suis revenu à Ithaque c'est ça l'Odyssée je suis parti de la quête de l'abbé de Bucquoy et je l'ai retrouvé parlez-en je ne fais pas autre chose depuis un mois les lecteurs doivent être déjà fatigués c'est Nerval qui parle parle de fou du comte de Bucquoy le ligueur plus tard généralissime des armées d'Autriche de monsieur de Longueval de Bucquoy et de sa fille angélique enlevée par la corbinière du château de cette famille dont je viens de fouler les ruines je suis passé à la fin on va revenir sur les ruines et enfin de l'abbé comte de Bucquoy lui-même dont j'ai rapporté une courte biographie et que monsieur d'Argenson d'un correspondant s'appelle le prétendu abbé de Bucquoy le livre que je viens d'acheter enfin tout de même ça y est on l'a à la vente Motteley vaudrait beaucoup plus de 66 francs 20 centimes si il était cruellement rogné le livre à tous les titres déjà cités je saute quelques lignes qui se trouve énoncé dans Brunet dans Quérard c'est des catalogues de libraires pour ceux qui cherchent des livres rares le 5ème arrondissement encore aujourd'hui à Paris reste spécialisé dans la recherche de livres rares les bibliophiles donc et le livre à tous les titres
L'enfer des vivants et une fin qui ne finit pas
54:52 déjà cités qui se trouvent énoncé dans Brunet dans Quérard et dans la biographie de Michaud en regard du titre est une gravure représentant la Bastille sur le livre il l'écrit physiquement avec ce titre au-dessus l'enfer des vivants non seulement c'est l'odyssée qu'on vient de faire mais c'est aussi une descente aux enfers regardez c'est dans les dernières lignes qu'on a tout ça et suit une célèbre citation de Virgile Facilis Descensus Averno il est facile de descendre aux enfers pour ceux qui s'intéressent à l'œuvre de Nerval et qui veulent continuer dans les nuits d'octobre qui est son chef d'oeuvre nocturne qui se passe tout entier dans les Halles le seul endroit de Paris qui à l'époque c'était encore le marché des Halles moi j'ai vu ce qu'on se trouve le trou des Halles aujourd'hui c'était pas encore la fringue et les dealers c'était le grand marché le plus grand marché de Paris le plus grand d'Europe le grand chantier moi je me rappelle l'époque il y avait la soupe à l'oignon avec les femmes il y avait l'odeur des melons de cavaillon à 2h du matin c'était extraordinaire quand tu as une insomnie on va voir c'est un endroit où tout est éveillé et bien ça a un côté Christian tu vas me le confondre nous avons un grand analyste ici je veux dire il y a un côté une belle métaphore
56:02 de l'inconscient cette partie de Paris qui ne dort pas il y a quelque chose de transgressif d'aller là alors que tout le monde dort les gens bien les gens de bien au sens de Brassens ceux qui ne m'ouvrent pas à la porte à moi l'Auvergnat ceux-là ils dorment et par un instant on peut aller prendre une soupe à l'oignon une gratinée ou à l'oignon même à 4h du matin c'était ça bon et bien les nuits d'octobre se déroule tout entier dans cet univers nocturne c'est juste à l'aube épuisé que Nerval se rappelle qu'il avait été invité une chasse à la loutre à Meaux dans le Valois voilà et qu'on se retrouve à la campagne mais dans les dernières pages or dedans il dit que les Halles c'est l'enfer de Paris c'était déjà la cour des miracles au Moyen-Âge c'est là qu'il y avait les Gueux la cour des Gueux etc que Victor Hugo dans Notre-Dame de Paris a admirablement illustré n'est-ce pas donc il y a une homogénéité symbolique or là on ne savait pas qu'on venait de faire une descente aux enfers on aurait pu s'en douter avec tous ces sous-sols sur lesquels je vais revenir que ces tombeaux donc je lis ce dernier paragraphe le livre a tous les titres cités déjà
57:12 qui se trouvent énoncés dans Brunet dans Quérard et dans la biographie de Michaud en regard du titre est une gravure représentant la Bastille avec ce titre au-dessus l'enfer des vivants et cette citation Facilis descensus Averni il est facile de descendre à l'Averne le nom propre des enfers en latin on peut lire l'histoire de l'abbé de Bucquoy dans mon livre intitulé il nous renvoie à un autre livre pour ceux qui croient encore que c'est ça qui est intéressant l'histoire de l'abbé de Bucquoy vous la trouverez dans mon recueil qui s'appelle Les Illuminés Paris Victor Lecou l'éditeur on peut consulter aussi l'ouvrage indiqué dont j'ai fait présent à la bibliothèque impériale ce qu'il appelle la bibliothèque impériale c'est la maison que je rêve d'avoir dans Paris non mais j'ai des goûts modestes en fait c'est la bibliothèque mazarine vous savez où il y a l'institut vous savez le pont des arts vous savez d'un côté le Louvre qui est un peu écrasant je ne peux pas dormir dedans c'est un peu grandiose ça me fait peur mais par contre de l'autre côté vous avez cet admirable bâtiment non j'ai des goûts modestes c'est moins grand que le Louvre vous voyez et puis il y a un petit clocheton pour écouter la musique en regardant Paris voilà et c'est Mazarin qui a fait construire ça il est dans des tournées du blé quand même non mais il avait raison
58:22 parce qu'il a quand même beaucoup fait pour la France Mazarin c'est l'équilibré l'oignon fait la force c'est pas l'oignon l'oignon en italien on se moquait de lui l'oignon fait la force bien allez donc Nerval effectivement pouvait consulter l'ouvrage moi j'y suis allé je veux dire l'ouvrage que Nerval a tenu dans ses mains il en a fait don la bibliothèque Mazarine à l'institut là quand même voilà le bouquin est terminé enfin la nouvelle est terminée dont j'ai fait présent la bibliothèque impériale vous voyez je suis obligé de vous le montrer parce qu'il faut être matériel comme Nerval a été dans les bibliothèques ça c'est un caractère comme toute la nouvelle et là en tout petit caractère ça continue je vous dis que c'est une nouvelle indéfinie il n'y a pas de fin regardez bien en petit caractère je me suis peut-être trompé dans l'examen de l'écusson du fondateur de la chapelle de Chaalis et hop on se retrouve à Chaalis c'est pas 3 km d'Ermenonville en amont d'Ermenonville alors je continue on m'a communiqué des notes sur les abbés de Chaalis alors Robert de la Tourette notamment qui fut abbé de 1501 à 1522 fit de grandes restaurations on voit sa tombe encore un tombeau il n'y en a jamais assez devant la maître-autel ici arrivent les Médicis Hippolyte d'Este cardinal de Ferrare
59:32 les Italiens Louis d'Este ensuite Louis cardinal de Guise Charles Louis de Lorraine 1630 il faut remarquer que les d'Este n'ont qu'un allérion c'est des termes de blason je ne cherchez pas à comprendre ou alors à regarder sur internet il faut remarquer que les d'Este n'ont qu'un allérion au 2 et au 3 dans les blasons et que j'en ai vu 3 au 1 et au 4 dans l'écusson écartelé Charles II cardinal de Bourbon depuis Charles X l'ancien lieutenant général de l'île de France depuis 1551 eut un fils appelé Poulain ce sont les dernières lignes que je voulais les derniers paragraphes je veux bien croire que ce cardinal roi eut un fils naturel mais je ne comprends pas les 3 allérions posés 2 et 1 ceux de Lorraine sont sur une bande dernière phrase pardon de ces détails mais la connaissance du blason est la clé de l'histoire de France les pauvres auteurs n'y peuvent rien voilà la chute de ce texte qui ne finit pas puisqu'on revient à Chaalis sur des considérations héraldiques ça s'appelait comme ça la science des blasons texte incroyable c'est fini notre texte nous avons encore mai-juin et vous allez voir
Les factions rivales, Francs et Celtes, Perceval le Gallois
1:00:43 qu'il y a de la matière oui ça c'est bon donc on est dans les temps j'ai encore un quart d'heure pour revenir un peu en arrière je voulais vous prouver par la fin premièrement que la référence à l'Odyssée est maintenant explicite c'est bien le parcours d'Ulysse que nous avons là et donc ça jette un éclairage enfin à titre de confirmation on s'en doutait un peu mais enfin c'est quand même plus confortant quand c'est confirmé que tous ces tombeaux tout ce carnage puisqu'il y en a peut-être qu'on oublié mais quand il se promène entre Senlis et Ermenonville il dit que lorsqu'il y a eu la lutte là des factions rivales entre les armagnacs et les bourguignons puis entre les catholiqués et les protestants parce que chaque époque renouvelle une dichotomie les romains avaient fait venir des tribus franques pour peupler la région là donc déjà il y a le heurte entre les francs venus de Germanie et les autochtones qui sont des celtes vous retrouvez ça c'est exactement le sujet des nouvelles de l'auteur anglais d'Ivanhoé et Robin des Bois si vous regardez bien c'est la même problématique
1:01:53 les descendants des vikings donc des germaniques n'est-ce pas on subjugue et ceux qui étaient là avant ils sont les petits gallois je vous dis ça parce que quand on lit dans Chrétien de Troyes à l'époque tout ça était encore frais au XIIIe siècle sans doute le plus grand le premier vous voyez mon lapsus est l'un de nos plus grands poètes lorsqu'on lit tout au début que le jeune sauvageon est élevé par sa mère c'est pas comme le Bouddha loin je cite la traduction qu'en fait Wagner dans son Parsifal la germanisation de Perceval loin des chocs des guerres et des haines vous savez que le Bouddha a été élevé par son père de telle sorte qu'il ne voit jamais c'est un fils de maharaja un prince donc il ne doit jamais voir la laideur la pauvreté la caducité tout ce qui est négatif dans la vie et comme un jour ce qui devait arriver arriva le retour du refoulé en grimpant sur un mur du palais il a vu un vieillard mendiant il a vu à la fois la vieillesse la caducité la maladie la misère la mort tout d'un coup il a tout laissé tomber il a commencé à prêcher Perceval a été élevé
1:03:04 comme ça par sa mère pour des raisons différentes c'est qu'elle a perdu son mari aux croisades son grand amour vous retrouvez un triangle là ici et elle élève son fils dans la forêt pour qu'il ne fréquente jamais la chevalerie pour pas que lui aussi périsse dans les combats parce que c'est le seul gage qui lui reste de son défunt et tant aimé mari voilà or lorsque bien sûr là aussi le retour du refoulé dès qu'il entend un cliquetis d'armes dans la forêt Perceval va voir avec ses armes viles s'il dit dedans il a des armes de paysans c'est à dire un arc et il dit d'ailleurs je tire au vol tout ce qu'ils volent carnage et quand il rencontre les premiers chevaliers il est fasciné il veut les suivre il les suit il se retourne il voit sa mère qui tombe en pamoison et on saura plus tard qu'elle est morte de chagrin que son fils soit parti vous voyez quand même alors pourquoi pourquoi j'en parle parce que Perceval est gallois les chevaliers qu'il voit c'est des germaniques c'est ce qu'on appelle les normands depuis la conquête depuis la bataille de Hastings la conquête de l'Angleterre par les normands
1:04:15 je fais un peu de politique de géopolitique ancienne mais c'est un des coups les mieux réussis de l'exécutif français de toute l'histoire de France quand les rois de France de ces époques obscures je crois que ça s'appelait eux ce roi là France était tout petit le royaume le royaume royal terrorisé par les invasions vikings a dit aux vikings écoutez vous prenez la Normandie enfin ça s'appelait pas la Normandie ça veut dire le pays des hommes du nord depuis prenez cette région il y a des jolies filles il y a du calva il y a du camembert il y a du beurre du pont des signes c'est fantastique comme région n'est-ce pas mais alors la contrepartie c'est que vous nous protégez contre vos cousins la prochaine fois qu'ils arrivent et ça marche jusqu'à maintenant le deal parce que c'est des bosseurs quand même les boches voilà non sérieusement cette dichotomie pourquoi j'insiste ?
1:05:06 parce qu'elle est dans l'ordre symbolique vous la trouvez dans les toponymes vous allez en Suisse juste avant la Suisse allémanique vous avez le pays de Vaud le canton de Vaud qui est le pluriel de Val là où il y a le Valois le pays de Nerval c'est pas loin de là où il y avait des francs là où il y a les Valons en Belgique c'est juste avant les Flamands qui eux sont des Germaniques et là où il y a les Gallois c'est pour les distinguer les Normands qui ont subjugué la Grande-Bretagne après vous voyez c'est intéressant le pays de Galles vous savez que GV tout ça permute dans les langues européennes voilà cette parenthèse dans l'ordre symbolique pour vous montrer que là encore il y a bien peu de hasard donc je disais qu'il y a quand même des connotations de ravage et de carnage qui nous ramène à Ulysse n'oubliez pas que Ulysse c'est l'homme du carnage du carnage initial le sac de Troie grâce à la ruse du cheval dont il est l'instigateur et à la fin le massacre des prétendants dont on a des détails sur l'horreur n'est-ce pas qui le caractérise même si c'est justifié c'est un guerrier et je ne le reproche pas
Ulysse homme du carnage et l'anecdote des bibliophiles
1:06:18 d'avoir cherché à faire gagner son camp je constate c'est lui à chaque fois qui est l'instigateur du carnage et surtout de son retour malgré tous les détours qu'il a fait pour éviter ce retour comme s'il n'y avait pas de recours contre le retour malgré le détour non mais c'est ça la structure de l'Odyssée et bien c'est ce qu'on vient de faire alors pour confirmer ce que je viens de dire sur le carnage je reprends maintenant le passage que nous avons sauté n'est-ce pas nous étions à la douzième lettre à la page 132 donc je reviens je reviens un peu en arrière j'ai sauté ce passage au Boudin-Rvaldi je n'ai pas à me reprocher d'avoir suspendu pendant dix jours le cours du récit historique que vous m'avez demandé il écrit toujours au directeur du journal l'ouvrage qui devait être qui devait en être la base c'est-à-dire l'histoire officielle soulignée de l'abbé de Bucquoy devait être vendue le 20 novembre et ne l'a été que le 30 on a encore gagné dix jours soit qu'il ait été retiré d'abord comme on me l'a dit soit que l'ordre même de la vente énoncé dans le catalogue n'ait pas permis de le présenter plutôt aux enchères bon là-dessus il enchaîne
1:07:29 sur des histoires de livres rares je saute un petit peu excusez-moi oui vous me direz que j'aurais pu me faire communiquer l'histoire de l'abbé de Bucquoy page 133 à la fin vous me direz monsieur le directeur du journal que j'aurais pu me faire communiquer pour aller plus vite pour les lecteurs l'histoire de l'abbé de Bucquoy par quelques-uns de ces bibliophiles qui subsistent encore tel monsieur de Monmerqué et autres à quoi je répondrais qu'un bibliophile sérieux ne communique pas ses livres il y a toujours une raison de ne pas le lâcher lui-même ne les lit pas de craindre de les fatiguer un bibliophile ce n'est pas quelqu'un qui aime le contenu du bouquin qui aime l'objet livre c'est ça un bibliophile connu et là une anecdote une digression regardez je ne perds pas mon fil cette digression va nous ramener à la violence un bibliophile connu avait un ami cet ami était devenu amoureux d'un anacréon poète tic tic in 16 édition lyonnaise du 16e siècle augmenté des poésies de Bion de Moschus et de Sapho Sapho la poétesse grecque le possesseur du livre
1:08:39 n'eut pas défendu sa femme aussi fortement que son in-16 presque toujours son ami venait déjeuner chez lui traversait indifféremment la bibliothèque mais il jetait à la dérobée un regard sur l'anacréon un jour il y a son ami qu'est-ce que tu fais de ce in-16 mal relié et coupé je donnerais volontiers le voyage de polyphile en italien édition de princeps des Alde avec les gravures de Bellin pour cette in-16 franchement c'est pour compléter ma collection des poètes grecs le possesseur se borna à sourire que te faut-il encore ?
1:09:11 rien je n'aime pas échanger mes livres si je te ferais encore mon roman de la rose grande marge avec des annotations de marguerite de Valois non ne parlons plus de cela comme argent je suis pauvre tu le sais le ton monte mais j'offrirais bien 1000 francs n'en parlons plus allons 1500 livres je n'aime pas les questions d'argent entre amis la résistance ne faisait qu'accroître les désirs de l'ami du bibliophile après plusieurs offres encore repoussées il lui dit arrivé au dernier paroxysme de la passion et bien j'aurai le livre à ta vente c'est à dire lorsqu'il sera mort dans l'héritage tu te donnes une demi-page à ma vente mais je suis plus jeune que toi oui mais tu es mauvaise toux et toi t'es asthmatique on vit 80 ans avec cela je m'arrête monsieur le directeur cette discussion serait une scène de Molière où une de ces analyses tristes de la folie humaine qui n'ont été traitées gaiement que par Erasme en résultat le bibliophile mourut quelques mois après et son ami eut le livre pour 600 francs et il m'a refusé de me le laisser pour 1500 francs disait-il plus tard toutes les fois qu'il le faisait voir cependant quand il n'était plus question de ce volume qui avait projeté un seul nuage sur une amitié de 50 ans son oeil se mouillait
Tours démolies et vase de Soissons
1:10:21 au souvenir de l'homme excellent qu'il avait aimé cette anecdote est bonne à rappeler dans une époque bon voyez bon c'est pas le carnage là mais c'est violent je continue pour vous montrer qu'on n'en reste on n'en reste pas là lorsque nous reprenons la marche page 136 ça c'est fini l'anecdote des bibliophiles c'est fini nous reprenons le déplacement local avant d'arriver devant le chemin de fer de strasbourg et je fais une lecture à l'écrevisse de Ver à Dammartin pour ceux qui connaissent un peu les lieux Dammartin c'est la colline des plus hautes du coin quand vous venez de paris c'est la première colline qu'on voit depuis la porte de la villette et c'est ce qui explique d'ailleurs que ce pays reste encore agréable à visiter touristiquement préservé et qui reste comme dit Nerval on peut y rêver les plus belles rêveries du monde parce que cette série de collines a découragé très vite les ingénieurs pour les routes et les chemins de fer qui les contournent tout simplement donc c'est resté en dehors du développement il y a beaucoup de haras de châteaux de bois des étangs vous voulez il n'y a pas beaucoup de tours et de barres qui ne sont pas loin alors de Ver à Dammartin qui est dans la limite il n'y a guère qu'une heure et demie de marche j'ai eu le plaisir d'admirer
1:11:31 par une belle matinée l'horizon de 10 lieues 40 km qui s'étend c'est un pays de plaine où vous élevez un tout petit peu de 150 mètres vous avez une vue comme du Mont Blanc presque j'exagère un peu l'horizon de 10 lieues qui s'étend autour du vieux château si redoutable autrefois et dominant toute la contrée les hautes tours sont démolies le thème à chaque fois prince d'Aquitaine la tour abolie j'avais évoqué la castration parce que l'Aquitaine c'est le domaine du père de Nerval qui était d'Agen alors que sa mère est du Valois je le rappelle ici il y a toute une logique mais chaque fois il arrive là tout proche du but du berceau des châteaux des Longueval on ne va voir aucun château il n'y a que les ruines mais on va voir que verticalement il y a des sous-sols donc j'ai le plaisir d'admirer pardon les hautes tours sont démolies les hautes tours sont démolies mais là il y a une dimension verticale c'est dans mon plan tout ça vous voyez quand je parle de l'invasion de l'horizontale par le vertical jusqu'ici on marchait là quand même les hautes tours sont démolies mais l'emplacement se dessine encore sur ce point élevé où l'on a planté des allées de tilleul servant de promenade au point même où se trouvaient les entrées et les cours des charmilles
1:12:41 et des épines-vinettes et des haies si vous préférez et de belladone empêchent toute chute dans l'abîme vous voyez la dimension verticale avec le danger toute chute dans l'abîme que forment encore les fossés un tir un tir à l'arc c'est le sport encore une fois populaire de la région a été établi pour les archers dans un des fossés qui se rapproche de la ville Sylvain est retourné dans son pays exit Sylvain on arrive à Dammartin limite du pays des forêts d'Ermenonville et donc l'homme des bois disparaît le narrateur se retrouve seul j'ai continué ma route vers Soissons à travers la forêt de Villers-Cotterêts entièrement dépouillée de feuilles on est quand même en novembre mais reverdi ça et là par des plantations de pin qui occupent aujourd'hui les vastes espaces des coupes sombres pratiquées naguères je saute un peu le soir j'arrive à Soissons la vieille Augusta Suessionum où se décida le sort de la nation française au VIe siècle tu fais allusion à quoi ?
1:13:32 c'est votre histoire quand même mais si la nation française commence à Soissons tu fais allusion à quoi ? le vase mais oui bien le vase le vase de Soissons c'est toi qui as cassé le vase de Soissons n'oubliez pas c'est politique important tout ça jusque là il y avait des tribus franques la France n'existe pas il y avait différentes tribus les francs étaient une des plus puissantes tribus germaniques ça fait rigoler quand on oppose la mentalité française à la mentalité allemande les francs le cœur de l'Allemagne pour les allemands le cœur vert de l'Allemagne c'est ce qu'ils appellent eux la franconie on dit la franconie pour ne pas dire la France c'est la région de Nuremberg c'est préféré la franconie franconie en allemand la terre des francs c'est là que viennent les francs après ils ont vu que la Bourgogne il y a des jolies filles il y a des bons vins ils se sont établis les burgondes c'est une belle affaire ça fait un beau pays donc quant au Visigoths rappelez-vous les vandales ils ont conquis le sud de l'Espagne l'Andalousie c'est la Vandalousie je ne vais pas oublier voilà ben oui c'est la grande invasion germanique donc jusque là c'était des tribus francs
1:14:45 c'est à dire basées politiquement sur une certaine égalité les tribus c'est important parce qu'on retrouve la guerre de Troie on retrouve Ulysse comment ça commence la guerre de Troie ? par un litige sur le butin on est bien d'accord Achille se retire sous sa tente parce qu'on lui prend sa captive parce que Agamemnon qui n'est jamais qu'un petit chef de guerre qui a été nommé chef de guerre pour cette expédition là sinon c'est quand même chacun des roitelets tout ça les Achilles, les Nestor ils sont patrons chez eux et Ulysse c'est le roi d'Ithaque quand on regarde son palais à la fin on voit qu'il y a un tas de fumier dans la cour il ne faut pas imaginer c'était au château de Chambord non plus je veux dire c'était des fermes fortifiées mais voilà c'est or il y avait un certain égalitarisme des tribus francs et voilà que Clovis met fin à cette égalité en fracassant le crâne de celui qui avait cassé le vase de soissons que Clovis s'était adjugé par envie par jalousie puisqu'il ne l'avait pas eu il l'avait cassé avec sa Francisque du coup l'année suivante Clovis a dit souviens-toi du vase de soissons le rancunier et il a fracassé le crâne
1:15:56 et c'est à quoi fait allusion Nerval tout le monde connaissait ça par coeur surtout quand même un renouveau des études médiévales à l'époque avec des historiens comme Augustin Thierry et surtout Michelet plus tard et donc je veux dire il fait éclater le crâne là c'est plus seulement une dispute entre bibliophiles qui meurent d'une sciatique non non je veux dire c'est le crâne du guerrier franc qui vole en éclats et qui met fin à égalitarisme primitif et qui inaugure la monarchie absolue qui va donner la monarchie la plus prestigieuse d'Europe là je ne suis pas en train de faire l'histoire pour l'instant encore que mais je suis toujours sur le chapitre de ces connotations de violence et de carnage qui sont dans les dernières digressions ça c'est Soissons le vase d'or fut brisé et plus tard la tête du franc égalitaire eut le même sort sous la francisque de son chef telle fut l'origine de la monarchie on va l'écrire ça au moment où il est censuré par le coup d'état de Napoléon III il ne faut quand même pas oublier bon je saute sur une petite description de Soissons je regarde s'il n'y a pas trop de tombeaux
La tour d'Abélard et le Pompéi carolingien
1:17:08 je n'ai pas sauté c'est bon les compagnons les ouvriers Nerval adoraient parler avec des gens avec qui personne ne parlait dans son milieu ils parlent avec les clochards à Montmartre avec ceux qui fouillent dans les carrières parce qu'on commençait à trouver des fossiles dans Montmartre et Buffon à la fin du XVIIIe siècle avait commencé à faire des hypothèses qui rejoignaient la théorie de l'évolution Nerval Nerval discute avec des policiers lorsqu'il est sans le sou et qu'il est hébergé à Saint-Germain Saint-Germain-en-Laye près de Paris du coup il est hébergé par les policiers parce qu'il a été en Afrique en Orient dans ses voyages du coup voilà et il parle avec eux sur un hamac et là il parle avec les compagnons des maçons je me suis entretenu avec les tailleurs de pierre qui m'ont paru très fort sur l'histoire de l'art ils regrettaient comme moi qu'on ne restaurât point l'ancienne cathédrale Saint-Jean-des-Vignes plutôt que l'église lourde où on les occupait mais cette dernière est dit-on plus logeable dans nos époques de foi restreinte on n'attire plus les fidèles qu'avec l'élégance et le confort les compagnons m'ont indiqué comme chose à voir une curiosité Saint-Médard situé à une portée de fusil de la ville au-delà du pont et de la gare de l'Aisne les constructions les plus modernes
1:18:18 forment l'établissement des sourds-muets une surprise m'attendait là c'était d'abord la tour en partie démolie encore une tour démolie non parce que vous pourriez croire qu'il y fait du reportage réaliste où Abélard fut prisonnier quelque temps vous connaissez Abélard ? où est la très sage Héloïse pour qui fut châtré et puis moine Pierre Abélard à Saint-Denis pour son amour eut cette essoine il y en a un qui avait le crâne fracassé trois lignes avant là c'est carrément quelqu'un de châtré le sang coule je ne plaisante pas voilà les références que Nerval tout en plaisantant balade voilà ah une surprise m'attendait là c'était d'abord la tour en partie démolie où Abélard fut prisonnier quelque temps on montre encore sur les murs des inscriptions latines de sa main puis de vastes caveaux tiens il y avait longtemps c'est pas la dimension verticale déblayé depuis peu à peu où l'on a retrouvé la tombe de Louis le débonnaire formée d'une vaste cuve de pierre qui m'a rappelé les tombeaux égyptiens oh vous voyez tout d'un coup le monde souterrain prend de l'ampleur les tombeaux égyptiens là en pleine île de France quand même hein près de ces caveaux
1:19:28 composés de cellules souterraines avec on est à deux pages de la fin avec des niches ça et là comme dans les tombeaux romains on voit la prison même où cet empereur fut retenu par ses enfants l'enfoncement où il dormait sur une natte et autres détails parfaitement conservés je saute un passage et et Nerval dit c'est un pompéi carlovingien dans ces pompéis oui voilà je voulais vous montrer jusqu'où et avec quelle précision se déploie le symbolisme immanent de Nerval et donc ça donne un peu de chair et de sang à ce qui paraissait un peu sibyllin dans mon plan bon la treizième revient c'est encore la première vous avez compris sa treizième lettre on revient donc au point de départ le chemin de fer de Strasbourg nous ramène à l'Allemagne de départ l'horizontale envahie par le vertical on vient de le voir la surface par le monde souterrain la surface mais l'avantage c'est qu'on peut marcher sa surface le monde souterrain on s'arrête et on visite les vivants par les morts les récurrences et tombeaux et on vient de le voir l'arrière-plan tragique des anecdotes et digressions et je m'arrête au brume de l'histoire et là je vous passe la parole parce que la suite sur l'intertextualité nervalienne je la caserai dans ma réponse à vos questions que je prévois
Déterminabilité et détermination ; la fonction maternelle
1:20:38 dans tout ce que tu as dit si je m'ai compris grosso modo tu voulais montrer la nécessité qu'il y a dans le texte nerval tout le long des causes précédentes pour montrer qu'il n'y a rien qui est laissé au hasard à la contingence etc. mais tu n'as peut-être pas expliqué l'universalité vous insistez sur ce qu'il y a derrière et la question de savoir est-ce que c'est juste une nécessité particulière de nerval qu'a ses états d'âme c'est une détermination particulière de sa famille le fait que il a lu quelques textes de Rousseau quand il était jeune et du coup il s'est dit ah là là il a la figure de Rousseau dans la tête ou que tout ce qu'il y a dans ça c'est juste en fait des sortes de névroses particulières ou il y a quelque chose d'universel c'était pas clair dans ce que tu as dit en tout cas la question est claire c'est bien ça me fait plaisir oui non mais je suis content qu'il y ait cette question parce que c'est ma suite d'abord
1:21:50 si je finissais si on avait fini aujourd'hui ça exprimerait bien la frustration qui se cache derrière ta question d'accord on aimerait en à savoir un peu plus et on a quand même pas fait tout ce déplacement pour les fantasmes de monsieur Gérard Labrunie dit de Nerval c'est ça c'est ça encore que tu veux dire mais on n'a pas fini encore deux séances dans lesquelles je vais revenir sur les problématiques philosophiques comme le dit mon plan qui ont été soulevées au cours de ce texte justement dont celle-ci l'incroyable déterminabilité qu'exprime ce texte sa prévisibilité jusqu'à dans le moins de détails que ce soit la météo que ce soit il faut ajouter qu'il pleuvait la météo le chant des jeunes filles les tours à demi démolies enfin bref quand on regarde de près il n'y a pratiquement pas pas un secteur dans lequel ne s'exerce cette je répète déterminabilité je rappelle philosophiquement que nous avons distingué l'avant-dernière fois la déterminabilité pardon pour la racine allemande cette fois-ci parce que ça aide Bestimmtheit
1:23:00 et la détermination Bestimmung il vous arrive dans un roman policier quelqu'un rentre dans une pièce il dit quelqu'un a déplacé des objets par là vous voyez on ne sait pas qui on n'a pas la détermination mais il y a une déterminabilité on voit qu'il n'y a pas un hasard dans le déplacement des objets c'est ça la déterminabilité on n'a pas la cause exacte on n'a pas identifié une cause déterminée ça c'est la détermination mais on sent déjà que ce qui est exclu c'est le hasard donc c'est ça que j'appelle la déterminabilité d'autres traducteurs disent la déterminité pour traduire Bestimmtheit donc on a vu la déterminabilité à l'oeuvre j'emploie ce terme prudent je ne vais pas jusqu'à la détermination est-elle sexuelle , champ freudien, simplifié Freud c'est quand même plus compliqué que ça mais grosso modo est-ce au contraire la lutte de classe et la référence à l'histoire , champ marxien, je fais exprès je veux dire par des réductions simplistes mais pour montrer que ce n'est pas parce qu'on a mis en évidence une déterminabilité parce qu'on est bien d'accord que le hasard est exclu devant l'extraordinaire rigueur
1:24:11 et prévisibilité du texte que ce n'est pas pour ça qu'on connaît les déterminations à l'oeuvre dans ce texte d'accord je réponds à ta question mais dans ta question justement ça vient au-delà de ce manque puisque tu me dis est-ce que ça se limite aux déterminations valables pour le seul individu c'est ça que j'ai bien compris de Nerval à savoir ben oui tout le monde n'a pas eu une mère qui m'a laissé alors que j'étais nourrisson pour aller suivre mon amour de mari dans les campagnes napoléoniennes et qui a fait que j'ai été élevé par les cousines et les grands-mères et par mon oncle maternel et que ça a donné Gérard de Nerval et que je me retrouve pendu au bout d'une corde avec non pas la folie ou le suicide mais les deux la mort psychique et la mort physique et très bonne question on y avait en partie répondu si vous vous rappelez bien pour ceux qui étaient là les deux ou trois dernières fois lorsque il y a un texte qui va répondre à ta question je vais le lire après lorsque j'avais rappelé qu'il y a
1:25:21 la maman de Nerval ça c'est anecdotique ça concerne lui et puis il y a la fonction maternelle en général là ça nous concerne tous je vais citer le vers de Racine et du pied de l'autel vous y pouvez monter madame sous-entendu souveraine des mères qui vous doivent porter 3V souveraine des mères qui vous doivent porter là on joue sur les mots des mères MERS on va naviguer on va aller à Rome comme ça sur les bateaux souveraine des mères qui vous doivent porter oui mais si on est porté c'est comme l'enfant par la mère regardez toutes les statues de la Vierge portant l'enfant Jésus les portraits les tableaux pardon ou les statues je pense aux statues parce que je pense aux Vierges bourguignones qui font 1m10 en bois avec des nattes qui descendent jusqu'aux genoux qui sont des merveilles et qui foulent tout un croissant de lune vous connaissez un petit peu pour ceux qui connaissent un peu l'histoire de l'art comme très souvent les Vierges au Moyen Âge regardez dans la peinture ça foule un croissant de lune qu'est-ce que c'est que ce mélange de paganisme et de christianisme parce que la déesse mère est bien plus ancienne que la Vierge Marie elle-même qui intervient très tardivement dans l'histoire avec le christianisme la référence historique
1:26:31 je ne remonte même pas à la préhistoire la référence historique la plus ancienne est ici Isis qui est le titre d'une des nouvelles des filles du feu Nerval a utilisé un texte a traduit un guide touristique etc. mais il a ajouté un commentaire je vais vous dire une partie extraordinaire mais Isis qui joue un immense rôle dans Aurélia dans le récit de sa folie Isis je vous rappelle en dehors de Nerval dans la mythologie égyptienne donc là je passe à l'universel je réponds à ta question nous avons tous été portés oui ou non c'est pas particulier ça c'est pas c'est pas l'anecdote je dis bien portés le plaisir qui a à flotter sur l'eau dans la mer à naviguer ben oui c'est quand même mieux que ce qu'on fait depuis qu'on a été arraché du ventre maternel il a fallu tout de suite en dehors de la lumière et tout ça se battre contre la gravité je suis sérieux être porté c'est le contraire c'est pas de faire un effort pour se tenir debout cadavre veut dire tomber il vient de cadere qui veut dire tomber cascade donc ta question est importante voici le texte que je voulais vous lire
Lecture de la fin d'Isis : le dieu immolé
1:27:41 parce qu'il est d'actualité d'actualité calendaire je veux dire que j'ai commencé la lecture de ce texte en rappelant que c'était un champ d'automne c'est le jour des morts que je vous écris pardon de ces idées mélancoliques et entre nous c'est la saison idéale pour voir cette région et puis bien sûr le printemps qui est beau toujours partout rappelez-vous cette phrase que j'aime tant de Senancour que Nerval aimait beaucoup le printemps est plus beau dans la nature mais l'homme a tellement fait que l'automne est plus douce donc cette fois-ci on va sacrer le printemps je fais allusion bien sûr au sacre du printemps de Stravinsky qui inaugure paraît-il la musique du XXe siècle donc voici le texte en question qui est donc à la fin de la nouvelle qui s'appelle Isis je vous passe sur le corps de la nouvelle qui est une visite de Pompéi c'était nouveau à l'époque on venait découvrir de déterrer c'est incroyable trésor patrimonial que sont Herculanum et nommer Pompéi et donc je vous rappelle quand même tout ça c'est les parages de Naples tout ça sur les flancs du Vésuve et qu'il y a deux nouvelles qui se rapportent à la région du Vésuve dans les Filles du Feu c'est Isis et Octavie qui se passent à Naples
1:28:51 c'est à dire le volcan c'est les Filles du Feu voilà je continue n'est-ce pas à exclure le hasard donc Nerval a fait une description vous savez que Pompéi c'était la décadence romaine c'était le Beverly Hills des riches romains c'était le Cocody pour ceux qui connaissent Abidjan le quartier résidentiel le Neuilly je ne sais pas comment dire le Luberon parce que maintenant Lacan soigné avec du serre dans le Luberon ça ne s'invente pas quel est le Parisien qui avait un peu d'argent qui n'avait pas sa propriété dans le Luberon pour en savoir plus lisez dans Michel Clouscard ce chef d'oeuvre qui s'appelle La maison de campagne extrait du Capitalisme de la séduction dans la dernière partie La maison de campagne un bijou bon revenons à nos moutons ici là c'était pour les riches romains c'était d'ailleurs c'est de là que vient le mot la campagne ça vient de la Campanie qui est la région de Naples vous voyez et et donc il nous a promenés et à l'époque il y avait un syncrétisme religieux qui est déjà pré-nervalien vous savez c'est l'époque où le christianisme va l'emporter mais avant le christianisme il y avait le cul le culte de Mithra il y avait bon les historiens connaissent bien ça en fin de règne
1:30:03 comme ça toutes les religions se disputent un petit peu n'est-ce pas la faveur du public le culte de Mithra était très populaire c'est le culte du taureau c'est le culte du soleil c'est le culte solaire tout ça il y a des historiens ont remarqué qu'il y a une transition entre le polythéisme et le monothéisme cette transition c'est le culte solaire nous restons dans l'immanence puisque là le soleil c'est quelque chose qui est là qui n'est pas au-delà on le voit avec les yeux mais il n'y a plus qu'un seul principe qui unifie le ciel voilà pourquoi le culte solaire Héliogabale d'Antiquité romaine Mithra il y en a d'autres il y a eu en Égypte l'épisode de Toutânkhamon Akhenaton pardon il n'est pas qu'il a essayé de remplacer le vieux culte d'Amon des vieux dieux égyptiens animaux par la centralisation solaire mais c'est tout ça et d'ailleurs le roi le plus centralisateur que nous avons eu s'appelait le roi soleil n'oublions pas normal c'est tout ça et voilà la chute de cette nouvelle et je vous ai dit que vous allez voir pourquoi c'est d'actualité calendaire puisque nous venons de fêter Pâques et donc nous allons terminer en sacrant le printemps et maintenant pourquoi ces cris d'ivresse et de joie ces chants du ciel ces palmes qu'on agite ces gâteaux sacrés qu'on se partage à certains jours de l'année c'est que l'enfant sauveur
1:31:13 est né jadis en ce même temps pourquoi ces autres jours de pleurs et de chants lugubres où l'on cherche le corps d'un dieu meurtri et sanglant je reviens à Isis avant que Mater dolorosa que la mère douleur que sa douleur est immense parce qu'elle voit le corps meurtri le crucifié avant ça il y a Isis qui essaie de ranimer le corps d'Osiris dont le phallus c'est la donnée égyptienne a été fragmenté en 14 morceaux qui sont tombés dans le Nil l'eau du Nil c'est l'eau d'Isis qui essaie de reconstituer le pauvre démembré Osiris c'est l'enfant bien aimé d'Hermès et d'Osiris comme dit un vers des Chimères voilà donc c'est ce à quoi Nerval fait allusion pourquoi ces autres jours de pleurs et de chants lugubres où l'on cherche le corps d'un dieu meurtri et sanglant je vous dis ça parce que on pense bien sûr au Christ mais là c'est bien avant où les gémissements retentissent des bords du Nil aux rives de la Phénicie l'actuel Liban des hauteurs du Liban aux plaines où fut Troie vous voyez ce syncrétisme tout d'un coup pourquoi celui qu'on cherche et qu'on pleure
1:32:23 s'appelle-t-il ici Osiris plus loin Adonis vous retrouvez le Adonai de la Bible l'éternel Adonai de l'Ancien Testament plus loin Atys il y a un vers des Chimères où il dit ce bel Atys meurtri que Cybèle ranime et pourquoi une autre clameur qui vient du fond de l'Asie cherche-t-elle aussi dans les grottes mystérieuses les restes d'un dieu immolé là c'est Dionysos dont on dit qu'il vient de Thrace, d'Asie vous savez que dans l'imagerie au sens propre chez les peintres et les sculpteurs Dionysos est toujours représenté sur un char tiré par des tigres ou des panthères ça dépend un peu des versions pour montrer à quel point il vient de régions extra-européennes c'est le sujet des Bacchantes je n'y reviens pas n'est-ce pas cette incroyable pièce de Euripide pour ceux qui ont entendu parler j'espère l'on l'a aussi cette pièce je la raconterai une autre fois ce qu'il faut revenir à vos questions qui sont quand même bien riches donc tout de même et pourquoi une autre clameur qui vient du fond de l'Asie cherchait-elle aussi dans les grottes mystérieuses les restes d'un dieu immolé une femme divinisée mère épouse ou amante
1:33:33 vous voyez Nerval baigne de ses larmes ce corps saignant et défiguré victime d'un principe hostile qui triomphe par sa mort mais qui sera vaincue un jour ah alors on s'est dit on est dans le christianisme mais non on est dans le paganisme Nerval est en train de nous dire que la soi-disant révélation chrétienne n'est qu'une variation sur un thème vieux comme les civilisations humaines c'est ce qu'on est en train de dire en gros sauf que là il dit ça ne se répétera pas éternellement un jour ce principe hostile sera vaincu or ça on le trouve déjà dans quel mythe ?
Prométhée, la vérité de l'illusion et la limite de l'art
1:34:05 que le dieu qui gagne pour l'instant sera vaincu un jour par l'homme Prométhée relisez le Prométhée enchaîné d'Eschyle c'est curieux qu'on ne fasse pas plus de publicité il n'y a pas plus anti-actuel que Prométhée maintenant on est anti-productiviste etc on est bien d'accord on a le culte de la nature alors que Prométhée c'est celui qui a apporté de ne pas forger les métaux et l'intelligence donc c'est à la fois l'ancêtre de Dédale des ingénieurs de tout ça c'est tout ça Prométhée c'est celui qui a fait que l'homme a pu se frayer un chemin malgré son handicap de départ dans la création ou dans cette absence de providence qu'on appelle la création c'est ça or Prométhée dit en toutes lettres dans Eschyle oui Zeus pour l'instant l'emporte mais un jour les hommes à qui j'ai apporté le feu vengeront le martyr que je subis et raviront le trône de Zeus et lui prendront le pouvoir que lui-même a usurpé vous voyez je suis en train de faire quoi ?
1:35:10 je suis en train de boucler ma propre boucle je suis en train de passer d'Ulysse à Dédale de la répétition Ulysse là on a l'impression comme Nerval c'était ça un peu ta question on se répète encore on finit sur le chemin de fer de Strasbourg en tournant rond c'est pas très intéressant on n'en sort pas au sens propre de la boucle et voilà que il y a quand même et qui sera vaincu un jour et donc je reviens à mon oméga j'y tiens pardon ça fait un peu ça fait un peu obsessionnel mon histoire mais si vous regardez bien la lettre oméga il y a un petit trou quand même qui fait que c'est pas nécessaire que ça se répète un peu il y a un espace de fuite y compris dans la première lettre de l'Odyssée n'est-ce pas ?
1:35:50 voilà je le dis pour le mémoriser je suis pas sûr que le trou soit fait pour ça à l'origine donc je continue une femme divinisée enfin je reprends et je continue une femme divinisée mère, épouse ou amante tout d'un coup c'est le grand chélème baigne de ses larmes ce corps saignant et défiguré victime d'un principe hostile qui triomphe par sa mort mais qui sera vaincu un jour la victime céleste est représentée par le marbre ou la cire avec ses chairs ensanglantées avec ses plaies vives que les fidèles viennent toucher saint Thomas et baiser pieusement mais le troisième jour tout change le corps a disparu l'immortel s'est révélé la joie succède au pleur l'espérance renaît sur terre c'est la fête renouvelée de la jeunesse et du printemps voilà le culte oriental primitif et postérieur à la foi aux fables de la Grèce ça répond à ta question exactement là on est passé à l'universel ça veut dire qu'il est nécessaire qu'on rende un culte à ce qui nous a porté donc ici le maternel n'est plus du tout une empirie ça peut être un homme à la limite tu veux dire c'est saint Christophe qui porte le Christ par le patron des conducteurs oui ou non c'est dans le roi des Aulnes que le père porte son fils
1:37:00 à cheval même s'il a un petit cadavre à l'arrivée parce que le fils a trop écouté non pas la voix des sirènes de la Lorelei sur le Rhin mais la voix du roi des Aulnes je vais écouter l'extraordinaire lied de Schubert il a lu le poème de Goethe dans une brasserie avec du bruit des odeurs de bière et en retournant la petite facture de bière il a écrit la partition de ce lied ahurissant que le roi des Aulnes donc voilà l'essentiel c'est qu'on soit porté c'est la fonction je voudrais attirer votre attention là-dessus parce que là on va de plus près à ce qu'on appelle l'ordre symbolique ce qui compte c'est le sens c'est la fonction je dis la fonction pour avoir un petit vernis scientifique mais le sens tout simplement je veux dire la finalité je dis ça parce qu'il y a un interdit sur la téléologie maintenant qu'on hésite mais enfin il y a l'ordre mécanique dans la nature il y a un ordre finaliste dans l'ordre historique culturel humain spirituel comme vous voulez voilà qu'il soit une illusion ou pas ne change rien à l'affaire c'est la différence qui est entre le couple cause-effet et le couple sens-signe qui est l'ordre humain par excellence l'ordre du langage
1:38:10 par exemple donc je suis très précis et sérieux à la fois l'universel c'est ça c'est le fait d'être porté donc c'est dommage que ce soit l'objet d'un culte il y a une vérité de l'erreur en l'occurrence l'illusion religieuse exprime une vérité exactement comme l'illusion géocentrique exprimait une vérité mais qui n'avait rien d'astronomique qui était morale c'est qu'il vaut mieux être au centre qu'à la périphérie c'est quand même plus confortable et rassurant voilà ce que j'appelle vous voyez dans mon 2 illusion et vérité de l'esthétique c'est la limite de toute entreprise esthétique la richesse de l'art et c'est pourquoi Hegel est le premier à lui consacrer plusieurs volumes même si depuis le Phèdre le banquet de Platon la philosophie rôde autour de de l'interrogation sur le beau n'est-ce pas le titre c'est de l'amour et immédiatement on parle du beau comme par hasard et puis il y a le Phèdre n'est-ce pas puis il y a ce que Hegel disait lui-même la première fois qu'on a parlé de l'art
1:39:20 philosophiquement avec sérieux c'est la critique du jugement de Kant de laquelle j'ai fait allusion il y a deux séances ou la critique de la faculté de juger ça dépend des traductions où il y a cette géniale analogie que fait Kant entre le jugement esthétique et l'organicité dans le monde vivant et enfin s'il consacre ces dernières forces et égales à cette théorie de l'art c'est en même temps pour en montrer la limite mais en même temps la limite elle est liée à sa force de vérité il dit même l'art c'est un service divin à la gloire de la vérité c'est un hommage presque hyperbolique n'est-ce pas mais c'est un hommage symbolique ça veut dire que l'art ne sait pas ce qu'il fait il exprime cette vérité à son propre insu et cette vérité lui est fatale parce qu'il est de l'ordre de la représentation mais la vérité n'est pas une représentation la vérité est dans la présence elle n'est pas dans le représenter voilà le deuxième plan
La question non posée : Perceval et la tombe de Rousseau
1:40:31 de ma réponse à ta question voilà pourquoi à la fois je suis obligé de passer par les détours nervaliens parce que c'est une oeuvre exceptionnellement riche en contenu symbolique mais ce n'est pas pour rester dans l'ordre symbolique et c'est pour ça je vous ai dit la dernière fois je reviens moi aussi à la tombe de Rousseau si on l'a dépassé c'est parce qu'on n'a pas posé la question vous vous rappelez que j'avais dit ça je m'étais même référé à à la faute qui hante tout le roman de c'est la référence j'ai oublié de la signaler sur le conte du Graal c'est pas de Chrétien de Troyes le titre c'est Perceval le Galois ou le conte du Graal c'est le titre vous le trouvez dans Folio une bonne traduction très accessible parce qu'en français ancien il faut être vraiment spécialiste mais donc Perceval pendant tout le roman c'est un roman c'est un roman en vers c'est un poème un roman peu importe va va expier le fait de n'avoir pas posé la question lorsque lui qui ne le cherchait pas il y a tous ceux qui cherchent le Graal n'arrivent pas à le trouver lui il ne le cherche pas il rentre dedans il voit le roi pêcheur il voit le Graal il voit les pucelles qui dérivent le Graal et cette lumière éblouissante mais il est tellement
1:41:41 intercepté interpellé par la souffrance du roi pêcheur que ça le rend muet et du coup il oublie de poser la question qu'est-ce que c'est que ce Graal quelle nourriture le roi y trouve etc je vous avais même cité l'incroyable passage où la messagère du Graal arrive en plein banquet quand Perceval a enfin son quart d'heure mondain lui le sauvageon lui élevé dans la forêt par sa mère loin des chocs des guerres et des haines maintenant c'est le roi de la fête parce qu'on s'est aperçu que c'est un chevalier qui était puissant et donc il fait partie de la cour du roi Arthur et voilà qu'au moment où il est le prince de la fête la messagère du Graal arrive un monstre comme on en voit un monstre bienveillant mais comme on en voit que dans les tableaux de Bosch vous savez à la fin du Moyen-Âge ou bien chez certains Bruegel et yeux de singe ou bien de chat dents comme du jaune d'oeuf la description est terrible et elle interpelle Perceval qui est au banquet lui dit oh toi Perceval tu n'as pas posé la question or si tu l'eusses posée le riche roi qui s'en effraie fut guéri de sa plaie et lui laissait la terre en paix et c'est à partir de cette intervention que Perceval laisse le banquet
1:42:51 et décide de retrouver le château du Graal et ça va être la quête vous voyez on n'a pas posé la question Nerval ne pouvait pas faire plus comme un Petit Poucet avec ses cailloux dans la forêt que de nous emmener à la tombe de Rousseau après c'est à nous de jouer et là je vais prendre à ta question c'est la tombe qui enferme le contrat social on n'est plus dans l'anecdote personnelle il ne nous a pas amené à Mortefontaine village maternel ce qui est le cas de Sylvie il me reste 30 secondes je vais quand même dans Sylvie qui est je le rappelle une nouvelle à l'opposé d'Angélique très autobiographique n'est-ce pas où il se retrouve comme ça en faisant une ultime tentative de mariage avec la petite paysanne de la Sylvie qui l'a connue quand il était petit et qu'il a eu le malheur de laisser pendant quelques heures pour la belle Adrienne qui chantait si bien et voilà que tout d'un coup à trentaine passée lui vient le goût de revenir elle n'a pas attendu elle est fiancée je passe très vite avec l'apprenti boulanger qui vient du village qui est son frère de lait celui à cause duquel il a failli se noyer dans l'Oise
Lecture de Sylvie : le temple de la philosophie
1:44:01 et comme il arrive le jour de la Saint-Barthélemy que c'est la fête de l'arc et où l'on ne dort pas de la nuit où l'on danse toute la nuit Sylvie est fatiguée donc elle dort donc en attendant il y a toujours un contre-temps il y a du temps à tuer il décide d'aller voir la tombe de Rousseau à Ermenonville c'est l'inverse de notre nouvelle c'est pour combler une lacune le temps qu'elle se réveille et on a donc ceci à ce moment là et là c'est en plein après-midi voilà tout le monde dormait fatigué de la fête il me vint l'idée de me distraire par une promenade Ermenonville distante d'une lieu 4 km par le chemin de la forêt c'était par un beau temps d'été je pris plaisir d'abord à la fraîcheur de cette route qui semble l'allée d'un parc je saute un petit peu un instant je risque de me perdre car les poteaux dont les palettes annoncent diverses routes n'offrent plus par endroit que des caractères effacés toujours cette perte des traces enfin laissant le désert à gauche arriver au rond-point de la danse et là on retrouve notre Arcadie politique où subsiste encore le banc des vieillards tous les souvenirs de l'antiquité philosophique ressuscité par l'ancien
1:45:11 possesseur du domaine me revenaient en foule devant cette réalisation pittoresque de l'Anacharsis et de l'Émile l'Émile mis en paysage lorsque je vis briller les eaux du lac le lac sur lequel il y a l'île et la tombe de Rousseau lorsque je vis c'est un étang lorsque je vis briller les eaux du lac à travers les branches des saules et des coudriers je reconnus tout à fait un lieu où mon oncle voilà le génie bienveillant qui surgit au bon moment dans ses promenades m'avait conduit bien des fois l'oncle initiateur c'est le temple de la philosophie il existe je veux dire regardez à l'internet temple de la philosophie Ermenonville vous allez voir une très belle photo que son fondateur n'a pas eu le bonheur de terminer il a la forme du temple de la Sibylle Tiburtine ça c'est à Naples domaine du feu qui se font écho et debout encore sous l'abri d'un bouquet de pins il étale tous ces grands noms de la pensée sur chaque colonne il y a un nom de philosophe ça commence à Montaigne et ça s'inachève à Rousseau qui commence par Montaigne et Descartes et qui s'arrête à Rousseau cet édifice inachevé n'est déjà plus qu'une ruine le lierre le festonne avec grâce la ronce envahit les marches disjointes là tout enfant j'ai vu des fêtes
1:46:21 où les jeunes filles vêtues de blanc venaient recevoir des prix d'études et de sagesse où sont les buissons de rose qui entouraient la colline l'églantier le framboisier en cache les derniers plants qui retournent à l'état sauvage bref encore un endroit abandonné quant aux lauriers les a-t-on coupés vous savez qu'ils n'iront plus au bois quant aux lauriers les a-t-on coupés comme le dit la chanson des jeunes filles qui ne veulent plus raller au bois non ces arbustes de la douce Italie le laurier c'est méditerranéen ont péri sous notre ciel brumeux heureusement le troène de Virgile fleurit encore comme pour appuyer la parole du maître inscrite au-dessus de la porte vous pouvez encore le lire aujourd'hui rerum cognoscere causas ça c'est transgressif connaître à la raison des choses ça c'est la renaissance l'antiquité grecque c'est pas l'interdit sur la connaissance qu'apportera le christianisme oui ce temple tombe comme tant d'autres les hommes oubliés ou fatigués se détourneront de ses abords la nature indifférente reprendra le terrain que l'art lui disputait mais la soif de connaître c'est que ce Nerval tout d'un coup audacieux est transgressif mais la soif de connaître restera éternelle mobile de toute force et de toute activité on n'est pas dans l'anecdote personnelle et là voici les peupliers
1:47:32 de l'île et la tombe de Rousseau vide de ses cendres on n'est pas là pour faire du fétichisme ô sage tu nous avais donné le lait des forts on dirait qu'il parle de la préhistoire c'est la génération d'avant presque et nous étions trop faibles pour qu'il pût nous profiter nous avons oublié tes leçons que savaient nos pères et nous avons perdu le sens de ta parole dernier écho des sagesses antiques ce texte ne pouvait pas mieux répondre à ta question pourtant ne désespérons pas et comme tu fais à ton suprême instant tournons nos yeux vers le soleil dernier écho des sagesses antiques vous avez déjà signalé que Nerval trace comme ça un trait d'union génial entre la république de Platon et le contrat social de Rousseau ça répond à ta question oui ou non ?
Question sur Dédale et la technique
1:48:16 c'est une question vaste oui non mais il ne peut pas parler beaucoup plus c'est à nous faire la suite d'accord ? à la lecture de ça mais ce sera encore plus manifeste quand nous reviendrons dans les deux séances qui restent oui bien sûr oui bien sûr c'est les dernières parce que c'est l'heure du repas est-ce que Dédale qui a vaincu le principe de Zeus ne sera pas menacé par l'hubris ? tu parles de Prométhée ou de Dédale ? bon je parlais de Dédale en tant qu'ingénieur oui ça revient au même mais c'est pas Zeus c'est Minos il s'est évadé du temple de Minos il était l'esclave de Minos voilà non mais c'est pareil c'est pareil la fonction du maître Zeus, Minos etc on est bien d'accord comment va-t-il gérer le risque ?
1:49:03 non mais c'est une très bonne question l'Ubris non c'est exactement l'inverse grâce à la science car c'est un ingénieur Dédale qui trouve le moyen terme c'est-à-dire ce qui permet d'aller ni dans la servitude du bas ni dans l'excès l'Ubris du haut où son fils Icare va s'égarer lui il trouve la bonne trajectoire et c'est pour ça renseignez-vous je me suis renseigné parce que la mythologie tu finis jamais il y a des variantes à l'infini il n'y en a aucune où il a une fin tragique Dédale a une fin heureuse il a su trouver la voie médiane pour transposer ça à notre époque est-ce que la science et la technique nous mettent pas dans une situation où on ne sait plus trouver la limite justement qui nous mène peut-être à une forme d'autodestruction ?
1:49:46 ça c'est le plus nazi des philosophes c'est son thème favori je pense à Heidegger moi je pense que c'est une vieille thématique réactionnaire de penser de faire le procès de la technique si je tue quelqu'un avec un couteau on ne va pas envoyer le couteau en tôle laissons le procès de la techné il faut envoyer l'assassin en tôle oui il n'aura plus envoyé une bombe atomique à la place du couteau c'est vrai que plus les moyens augmentent ça c'est la technique plus il y a la possibilité de faire le mal mais aussi il est plus apprécié de faire le bien parce qu'avec le même couteau je peux t'enlever l'appendicite en cas de crise et te sauver la vie voilà donc c'est pour ça c'est très mal posé ce volet mais il n'y a pas à faire de procès de la techné non non je fais une réponse philosophique et marxienne marxiste je ne fais pas honte de dire marxiste à savoir il ne faut pas faire le procès des forces productives mais celui des rapports de production dans quel rapport de production sont inscrits ces forces productives ces techniques sont au service de qui de quoi c'est ça la vraie question parce que je me souviens que vous avez expliqué que la Grèce antique c'était aussi le champ de la ligne enfin qu'il y avait l'importance des limites qui étaient et oui
1:50:56 mais est-ce que ça ne tient pas à le rapport de production esclavagiste moi je pose la question c'est à dire que quelque part il y a une limite à ne pas transgresser parce que c'est précaire comme équilibre ça n'a pas duré longtemps la Grèce comme tout miracle n'est-ce pas Alexandre le papa d'abord Philippe de Macédoine puis Alexandre en a vite fait une bouchée et l'Empire a vite remplacé la cité et quant à Rome a mis tout le monde d'accord après je veux dire c'est parce que il y a un très beau poème de Hölderlin là-dessus je ne vais pas trop m'égarer parce qu'on n'a pas beaucoup de temps mais il voulait les Grecs il voulait un fragment mystérieux il voulait fonder un empire de l'art mais le national chez lui ça veut dire ce qui est à l'origine de cette figure historique est la Grèce mais le national par eux fut chômé fut négligé et la Grèce beauté suprême sombra lamentablement c'est intéressant d'accord donc comme si l'émancipation de Prométhée donc de l'esclave quelque part du titan car les dieux ont réduit les titans en esclavage c'est ça la mythologie c'est intéressant de voir Marx l'analyser d'ailleurs en référence à la mythologie grecque comment les titans ont un drôle de rapport ambivalent aux dieux ils les servent puisqu'ils fabriquent
1:52:06 des armes pour les dieux comme les forgerons et en même temps ils se révoltent d'où la gigantomachie voilà donc voilà pour répondre à la question comme si l'émancipation des titans donc des esclaves était en même temps la fin d'un certain modèle la Grèce a montré le chemin vers lequel peut aller une collectivité démocratique à l'intérieur d'elle-même à l'exclusion du reste il y avait à peu près 20% d'hommes libres et le reste et des esclaves donc il faut étendre ce miracle à la totalité du corps social c'est ça en gros le contrat social de Rousseau en gros ça demande du temps ça a demandé plus de 2000 ans c'est ce que Hegel appelle la patience du concept voilà Merci Merci à vous