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Julien Rochedy : pourquoi être nietzschéen
0:00 Donc j'ai essayé de synthétiser sept grandes raisons qui poussent à être Nietzscheen. Première raison, être Nietzscheen, ça vous donne un idéal de vie aristocratique. Alors, qu'est-ce qu'un idéal de vie aristocratique ? Évidemment, si vous êtes passé par l'éducation nationale et que vous avez été empesté par la névrose égalitaire, évidemment pour vous, aristocratie, aristocrate, ça sonne très très mal à vos oreilles parce que ça fait référence à des types poudrés qui se pensent supérieurs aux autres parce qu'ils ont plus d'argent.
0:39 Donc l'idéal de vie aristocratique Nietzscheen, c'est celui qui vous permet déjà de bien voir, de bien arriver à discriminer ce qui appartient au médiocre et de ce qui appartient au bien, c'est-à-dire au meilleur, au noble, au grand, au valeureux, à ce qui a de la valeur. Parce que nous avons été élevés en grande partie par une division des valeurs entre le bien et le mal, tandis que la vision aristocratique de la vie divise davantage les valeurs entre ce qui appartient au bien, au bon, au noble et au médiocre, à ce qui est bas, à ce qui ne doit pas faire partie de votre vie.
1:18 Et ça, c'est Nietzsche vraiment qui me l'a appris totalement, même si évidemment dans notre éducation classique que l'on peut avoir, on a ces éléments-là, et même ces éléments sont presque naturels à la nature humaine, souvent en tout cas, notamment pour tout ce qui a un rapport au beau, tout ce qui a une valeur au noble, on est quand même tous capables de savoir, de distinguer entre ce qui appartient au fort et au faible, mais Nietzsche vraiment est celui qui vient vous montrer qu'en fait, tout ce qui a été fait, quasiment tout ce qui a été fait de grand, de noble et d'utile dans ce monde, a été fait par des valeurs qui mettent toujours en avant l'exigence, qui mettent toujours en avant la distinction, qui mettent toujours en avant la force au sens noble du terme.
2:02 Et une fois que vous avez lu Nietzsche et que vous avez fait votre, sa philosophie, eh bien vous ne voyez plus le monde qu'avec cette distinction-là, cette distinction entre le médiocre et le bon. Et ensuite, vous agencez votre vie pour toujours poursuivre au mieux un idéal de beauté, de noblesse, de force, de choses grandes, pour encore une fois faire en sorte que tout votre être se transforme en lumière et en flamme, comme disait Nietzsche. Deuxième raison d'être Nietzscheen, Alors cette raison est très importante, c'est qu'elle vous permet de vous déculpabiliser.
2:39 En fait, la philosophie Nietzscheenne, je ne vais pas vous raconter ma vie, mais la philosophie Nietzscheenne et sa rencontre m'a vraiment permis de dégager les tonnes de culpabilisation qu'on avait essayé en tant que jeune européen, jeune français, jeune blanc, français, hétérosexuel, tout ce qu'on m'avait mis sur le dos. Nietzsche est de la dynamite pour ce qu'on appelle la moraline, pour les grands discours moraux qui toujours n'ont qu'un objet et qu'une volonté, c'est de vous culpabiliser, de vous faire regretter ce que vous êtes et de vous mettre surtout des bâtons dans les roues pour que d'autres personnes, évidemment, puissent prendre le pouvoir sur vous.
3:17 Nietzsche vous déculpabilise car il vous fait voir ce qui se cache réellement derrière la morale, la morale avec un grand M. Il faut bien distinguer la morale avec un grand M avec la morale quotidienne, c'est-à-dire la façon dont on se comporte, dont on vit au jour le jour. M'être débarrassé de la morale avec un grand M ne signifie pas que je suis immoral dans ma vie de tous les jours, c'est même le contraire très souvent. C'est une philosophie de droite dans la mesure où vous essayez toujours de faire du mieux que vous pouvez dans la vie de tous les jours, d'aider les gens, de vous comporter correctement et noblement, mais en revanche, vous ne pouvez plus entendre tous les grands discours moraux dits avec des trémolos dans la voix, les discours gauchistes, pour les résumer un peu vulgairement, tous ces discours qui veulent vous culpabiliser d'être ce que vous êtes.
4:02 Nietzsche nous montre tout ce qui se cache derrière et ce n'est pas beau du tout. Vous prenez par exemple les discours les hommes de gauche, les hommes qui pensent agir pour le bien avec un grand B, et bien très souvent, ceux qui pensent agir toujours pour le bien avec un grand B, c'est-à-dire pour la morale, s'exonèrent de se comporter en homme bien dans la vie de tous les jours. Tandis que pour nous, c'est l'inverse, nous devons nous comporter en homme bien dans la vie de tous les jours, mais en revanche, tous les discours universalistes du bien sur terre et de la morale avec un grand M, où il faut toujours se montrer généreux envers tout et n'importe quoi.
4:38 Tant que ça concerne évidemment le porte-monnaie des autres, ces discours-là, nous n'en voulons plus. Et quant à la culpabilisation que j'avais pu subir en tant que jeune Français blanc au collège, déjà tout petit, où je voulais être autre chose que ce que j'étais, et bien tout ça, vous finissez par en rire avec Nietzsche. Et honnêtement, ils voulaient récolter mes larmes, ils n'ont eu plus qu'après dans toute ma vie qu'un autre liquide qui sort de moi. Vous voyez, ils ne sont plus jamais arrivés à me faire chialer.
5:10 Désormais, avec Nietzsche, on se débarrasse de la culpabilisation grossière qui est mise sur le dos de l'Occident. Troisième raison, la philosophie nietzschéenne nous permet d'obtenir une lucidité radicale sur nous-mêmes d'abord et sur les autres. Comme je vous le disais, Nietzsche nous montre ce qui peut se cacher derrière la morale. Mais il ne se contente pas de nous montrer seulement ce qui se cache derrière la morale, il nous montre surtout ce qui se cache derrière toutes les grandes idées, toutes les petites raisons que l'on se donne pour vivre.
5:44 Donc en fait, Nietzsche nous permet de comprendre que derrière le quoi, il y a toujours un qui. Derrière toute idée, derrière toute justification, derrière tout raisonnement, derrière tout idéal aussi, il y a un individu. Derrière le pantin, il y a un vrai corps, il y a un vrai corps humain. Et souvent, derrière ce corps humain, il y a ses démons. C'est un psychologue en fait. C'est l'un des plus grands psychologues de l'histoire. C'est une philosophie psychologique. La plupart des choses que l'on peut penser sont des pro domo de notre être profond.
6:17 Notre être a des instincts, notre être a une matérialité, il a des désirs, une volonté de puissance. Et en fait, parce que l'on ne veut pas le voir de façon lucide et claire, eh bien, on se raconte des histoires, on impose une narration sur notre propre vie. Et la philosophie Nietzsche nous permet de nous voir dans un miroir et de nous voir nus. C'est-à-dire que, eh bien, quand on est par exemple jaloux de quelqu'un, quand on a envie de dénigrer quelqu'un, eh bien, la philosophie Nietzsche, par exemple, nous permet de comprendre que si on dénigre cette personne et qu'on trouve plein de bonnes raisons pour dénigrer cette personne, c'est qu'en fait, les raisons qu'on utilise très souvent sont des caches misères de quelque chose d'autre, d'instincts profonds qui dissimulent une vraie jalousie, par exemple.
7:03 Très souvent, on a besoin de se tromper nous-mêmes. On a besoin de nous tromper nous-mêmes pour pouvoir avancer dans la vie. Barrès disait qu'un jour, on se connaîtra tous si bien que l'on verra tous très bien que nous ne sommes que des imbéciles. J'aime beaucoup cette phrase et d'un certain côté, c'est vrai. Si on passe son temps à s'auto-examiner et à s'analyser, à la fin, une sorte de relativisme peut poindre en vous et le nihilisme peut vous gagner. Mais ça, c'est le côté négatif de la chose. Maintenant, si vous arrivez à transformer cette force lucide, extra-lucide en une chose positive, au contraire, elle peut vous donner une force incroyable, des capacités extraordinaires pour ne pas vous faire avoir par les autres et par vous-même savoir exactement les ressorts qui vous animent pour être meilleur, meilleur dans votre vie personnelle, dans votre vie individuelle et aussi dans tout ce que vous pouvez lancer comme projet, comme entreprise, tout ce qui peut projeter votre être dans sa volonté de puissance.
8:03 Cette victoire commune des forces réactives et de la volonté de nier, Nietzsche l'appelle nihilisme ou triomphe des esclaves. Nos maîtres sont des esclaves qui triomphent dans un devenir esclave universel, l'homme domestiqué, le bouffon. Nietzsche décrit les états modernes comme des fourmilières où les chefs et les puissants l'emportent par leur bassesse, par la contagion de cette bassesse et de cette bouffonnerie.
Du youtubeur nietzschéen au Gorgias de Platon
8:44 Bonsoir tout le monde. Je suis désolé, je suis le premier catastrophé. Je me suis trompé dans le choix du récitant qu'on vient d'entendre, si je puis dire. Mais dans la durée des sélections qu'on avait faites sur l'interminable laïus. Donc, je suis désolé, parce que déjà c'est pénible de l'écouter. Il y avait deux fragments d'à peu près entre une et trois minutes chacun.
9:17 Autant pour moi, je suis désolé d'avoir envoyé de mauvais chiffres à la régie et à Pierre-Alain. Mais, d'un autre côté, on a du mal à croire ses oreilles. Je ne parle pas des yeux, ça me regarde pas. C'est frappant qu'il passe son temps. Et je vous ai épargné le prélude, enfin le début de sa... J'ai fait un compliment quand je dis prélude.
9:48 Le début de sa vidéo où il essaye de caser son livre, là. Sur Nietzsche, bien sûr. Et je vous ai épargné ça. Mais parce que là, il passe son temps à dire que ce qui lui plaît sur Nietzsche, c'est son actualité. Or, tout ce qu'on vient d'entendre, je vais enchaîner tout de suite, ça va nous rincer un peu les oreilles. Je vais enchaîner, non pas sur un autre contenu, je suis désolé pour vous, ça va être encore le même. Dénigrement de la morale d'esclaves, de l'égalitarisme, etc.
10:18 Mais c'est un texte d'il y a 2500 ans, il s'agit de Platon. Donc, pour l'instant, je me tais, je reprends la parole après Platon. Les mêmes thèses, mais tout de même écrits par le plus grand artiste de l'histoire de la pensée. Je vous le lis si vous voulez bien. Je dis juste avant tout de même, à titre préalable, ne vous inquiétez pas, ce n'est pas un détour, que Calliclès surgit comme un diable de sa boîte au milieu du dialogue, au moment où Socrate vient de défaire dans la discussion, devant les minions de chacun d'ailleurs, parce qu'il y a un petit public de groupie quand même, avec tous ces gens qui étaient célèbres à l'époque.
10:59 Un gorgias est un des sophistes les plus riches et les plus affluents d'Athènes à cette époque-là. Polos, tout ça, ils ont existé. Le seul qui n'a pas existé que Platon a forgé, c'est le personnage de Calliclès, comme si les autres n'étaient pas assez contradictoires, ne tenaient pas assez. Effectivement, Socrate, il est allé chercher quelqu'un qui parlait sans fard et sans respect humain, comme on dit dans certaines traductions. Donc, il a défait. Gorgias, qui payait très cher son enseignement de l'art oratoire.
11:37 En fait, c'était des gens qui apprenaient aux jeunes loups d'Athènes, aux jeunes blousons dorés, si vous préférez, toches dorées, comme vous voulez, qui leur apprenaient « qu'est-ce qu'il faut dire pour convaincre une foule de nous élire ? » Vous voyez, ce n'est pas ça, c'est actuel encore. Je veux dire, on dirait les médias, c'était ceux qui… Mais je ne précise pas trop sa fonction, parce que c'est l'objet du dialogue, donc je ne veux pas anticiper quelle est leur profession. Un potier, c'est clair, je ne sais pas, un maroquinier, c'est clair, un cordonnier, comme dit Platon, un marin, c'est clair, un pilote, un boulanger, mais de quoi s'occupent ceux qui enseignent ça aux jeunes gens, comment parler pour convaincre les autres ?
12:17 Et donc, avoir le pouvoir à travers eux, à travers la parole. Et ce qui a une importance énorme, à partir du moment où on est dans une cité où ce qui donne le pouvoir se décide au Parlement, là où on parle. Ce n'est pas l'Égypte, où c'est le Pharaon, où ce n'est pas l'empereur de Chine, ce n'est pas le roi des rois de Perse, il y a un petit progrès, ce n'est pas encore bon, il y a 20% d'hommes libres. Et le reste, c'est les esclaves, à peu près, comme proportion, selon l'époque, mais dans cette communauté-là, je veux dire, ça se décide à l'issue de discours, de logos.
12:59 Voilà. Donc, je reviens, il les a défaits, et Calliclès est furieux, c'est un jeune loup, disciple de Gorgias, il n'en revient pas que son maître se soit fait, n'est-ce pas, empêtré dans ses contradictions par Socrate, qui lui ne demande pas un centime, un drachme, pour transmettre son approche des problèmes. Donc, et c'est là qu'il éclate et qu'il dit, certes, ce sont les faibles, la masse des gens qui établissent les lois, oui, on a l'impression qu'on prolonge la pensée de Rochedy, mais le style est différent, j'en suis sûr.
Lecture de la tirade de Calliclès
13:38 C'est donc en fonction d'eux-mêmes et de leur intérêt personnel que les faibles, c'est-à-dire vous et moi, en gros, font les lois, qu'ils attribuent des louanges, qu'ils répartissent des blâmes, ils veulent faire peur aux hommes plus forts qu'eux, et qui peuvent leur être supérieurs. C'est pour empêcher que ces hommes ne leur soient supérieurs, qu'ils disent qu'il est vilain, qu'il est injuste d'avoir plus, de posséder plus que les autres, et que l'injustice consiste justement à vouloir avoir plus, car ce qui plaît aux faibles, c'est d'avoir l'air d'être égaux à de tels hommes, alors qu'ils leur sont inférieurs.
14:14 Et quand on dit qu'il est injuste et qu'il est vilain de vouloir posséder plus que la plupart des gens, on s'exprime en se référant à la loi. Or, au contraire, il est évident selon moi que la justice consiste en ce que le meilleur, c'est ce qu'on aurait dit tout à l'heure l'aristocrate, c'est la traduction littérale du meilleur, le meilleur est plus, possède plus, que le moins bon et le plus fort plus que le moins fort. Le meilleur, la force, tout ça est un peu flou pour le temps.
14:46 Partout, c'est le moins qu'on puisse dire, il en est ainsi. C'est ce que la nature enseigne. La nature qui déboule, dès qu'on parle de force, la première notion qu'on apprend en physique, c'est la force. Mais là, on a raison, parce que là, on parle de la nature. La nature, par rapport de force. Et non pas le contrat social ou le droit. C'est important, ces antinomies-là. Mais ne nous égarons pas, on aura tout le temps d'en discuter. Continuons le texte. Partout, il en est ainsi, c'est ce que la nature enseigne chez toutes les espèces animales. Ça, ça devient actuel, parce qu'on ne passe pas le temps à nous bassiner avec ce que nous enseigne la nature.
15:19 Je vais écouter parler les arbres. J'ai vu une publication récemment qui pense mieux que nous, parait-il. Chez toutes les races humaines, et dans toutes les cités, Si le plus fort domine le moins fort et qu'il est supérieur à lui, c'est là le signe que c'est juste. Ça, ça s'appelle, n'est-ce pas, réduire le droit au fait. De quelle justice Xerxès, vous savez, le souverain des Perses, s'est-il servi lorsqu'avec son armée, il attaqua la Grèce ? Ou son père, Darius, quand il fit la guerre aux Scythes ?
15:49 Et encore, ce sont là deux cas parmi les milliers d'autres à citer. Eh bien, Xerxès et son père ont agi, j'en suis sûr, conformément à la nature du droit, c'est-à-dire conformément à la loi. Oui, mais pas à la loi du droit, non, non. Par Zeus, à la loi de la nature. Vous avez vu combien de fois la nature revient ? Mais ils n'ont certainement pas agi en respectant la loi que nous établissons, nous. Vous voyez, il y a déjà cette divinisation de la nature et ce dénigrement de l'homme, qui est très actuel, et qu'on enseigne aux enfants jour après jour dans les documentaires.
16:20 Et pauvres grenouilles que les voitures écrasent. On ne leur dit jamais que la plus grande cause de mortalité au monde, c'est le paludisme inoculé par un moustique, que je vous garantis bio. Chez nous, les êtres les meilleurs et les plus forts, nous commençons à les façonner. C'est exactement ce que c'est Rochedy. Vous voyez, l'éducation nationale, qui nous empeste, c'était le terme de Rochedy. C'est dès l'enfance, on enseigne la peur et le ressentiment aux jeunes gens. Regardez, je suis en train de vous dire que ce que Rochedy pense pour la pensée la plus actuelle et même post-moderne.
16:53 Cette pensée-là, il y a 2500 ans, a été représentée avec autrement d'éclat par notre nazillon Calliclès, mais on va continuer. Chez nous, les êtres les meilleurs et les plus forts, nous commençons à les façonner dès leur plus jeune âge, comme on a fait pour dompter les lions. Vous voyez, avec nos formules magiques et nos tours de passe-passe, nous en faisons des esclaves, en leur répétant qu'il faut être égal aux autres et que l'égalité est ce qui est beau et juste, mais j'en suis sûr, s'il arrivait qu'un homme eut la nature qu'il faut, encore la nature, pour secouer tout ce fatras, le réduire en miettes et s'en délivrer, ce que Rochedy a dit tout à l'heure de défaire la culpabilité, si cet homme qui était un esclave se redressait et nous apparaissait comme un maître, alors à ce moment-là, le droit à la nature brillerait de tout son éclat.
17:46 Voilà, fin de citation, je cite ce texte pour vous montrer à quel point c'est vieillot la post-modernité, 2500 ans. Bon, alors, qui parle là ? Un jeune loup, dans lequel il fait partie de cette jeunesse d'Athènes qui n'a pas grand-chose à faire, qui est esclave, ils en sont tous là dans sa petite communauté d'hommes libres, mais qui en plus, visiblement, est très, un esclave qui est très angoissé très angoissé par le reste de la société, n'est-ce pas ?
18:16 C'est frappant de voir qu'il dit, on est environné de gens qui nous disent que vouloir avoir plus que l'autre, vouloir, c'est vilain, que c'est de la morale d'esclave, alors qu'au contraire, dans la cité de son temps, ce qui était normal, c'était au contraire de faire partie des maîtres, de faire partie de ceux qui travaillent, comme vous et moi actuellement, c'est-à-dire qui font le travail théorique, n'est-ce pas, en laissant aux esclaves le soin de faire des sandales ou de débarrasser ce qui reste du banquet.
Les post-modernes et leur vulgate nietzschéenne
18:56 J'insiste beaucoup, je reviens sur quelques détails quand même qui concernent leur maître, leur maître, je dis leur avec un S, parce que, pardon, leur maître Nietzsche, au singulier, excusez-moi, mais je veux dire, leur maître à tous, je veux dire, vous savez, ceux qu'on dit comme référence centrale et zénitale, si je puis dire, depuis déjà plus de deux générations, que ce soit Deleuze, que ce soit Foucault, que ce soit Onfray, je mets des gens de calibre très différents.
19:26 Deleuze est un philosophe, sérieux. Pour moi, c'est une crapule, mais une crapule intelligente et cultivée. Voilà, Foucault est un homme malin, mais on peut discuter avec Foucault, je ne sais pas, du déterminisme et de la liberté. Bon, voilà, avec Onfray, je ne descends pas jusqu'à Rochedy, il y a tout ça. Mais, je vous assure, donc, si je l'ai cité là, c'est parce que il y a une vulgate, vous voyez, qui est la même que ce soit chez ceux qui sont performants, qui ont leurs lettres académiques, si je puis dire, et ceux qui sont de simples youtubeurs comme moi, je ne suis qu'un modeste youtubeur.
20:09 Ce qui circule, c'est la référence à Nietzsche. Je dis comme ça, les principaux Foucault, Deleuze, Onfray, Derrida. C'est quand même ce qui compte plus dans la pensée contemporaine des post-68ardes. Je choisis mes mots, je n'ai pas dit 68ienne, je veux dire, je suis ravi qu'en 68, c'est pas le SMIG, qui est quelque peu augmenté, qu'il ait plus que doublé. Je me réjouis que les droits syndicaux de l'entreprise aient été institués et ainsi de suite.
20:42 Je ne mélange pas le, c'est plutôt juin d'ailleurs, après les accords de Grenelle, je ne mélange pas le 68 des travailleurs avec celui des sophistes, dont j'énumérais quelques énergumènes. J'ai l'air d'être réducteur, mais regardez, lorsqu'il dit, la fin du texte, je viens de lire, « Mais j'en suis sûr s'il arrivait qu'un homme eut la nature qu'il faut pour secouer tout ce fatras, le réduire en miettes et s'en délivrer, si cet homme pouvait fouler aux pieds nos grimoires, nos tours de magie, nos enchantements. »
21:18 Trois mots qui sont exactement ce que dénonce Nietzsche. Nietzsche avec un autre style, c'est quand même celui qui fait le mieux résonner la langue allemande à son époque en philosophie. Mais enfin, il a encore un peu rigolé qu'on traite de philosophe, comme le fait Rochedy tout au long de sa cassette. Je fais une petite parenthèse ici, juste pour caser. Après tout, on parle dans son dos, il faut le laisser parler, Nietzsche de temps en temps. Il y a un magnifique poème de Zarathoustra qui est au centre de l'ouvrage et qui est en plusieurs strophes, qui est très long.
Nietzsche et la dénonciation des arrière-mondes
21:53 je le ferai peut-être en commentaire de texte un de ces jours. Il y a un refrain, Nietzsche connaissait bien la musique, qui est structurée comme un rondo. Le refrain, c'est celui-là. Zarathoustra se parlant lui-même et disant « Toi, l'ami de la sagesse, sous-entendu littéralement philosophia, toi philosophe, toi l'ami de la sagesse, allons donc, rien qu'un fou, rien qu'un poète. » C'est même Nietzsche qui dira « Ailleurs, je suis fatigué de tous les poètes, ils troublent leurs eaux afin qu'elles semblent profondes. »
22:26 Ces Nietzsche-là, on ne les cite pas souvent parce que c'est un peu gênant dans la Nietzscheïtude de le mettre en avant. Mais là, moi, je ne suis pas un épigone de Nietzsche, je le cite, je ne parle pas dans son dos là. Or, qu'est-ce qu'on est en train de voir ? Nietzsche dénonce ce qu'il appelle les arrière-monde et il dit que les doctrines de l'égalité et tout ça et la religion chrétienne qui en fait partie, vous savez, je donne au hasard un passage de l'Évangile lorsque il y a le jeune homme riche dans l'Évangile, Matthieu par exemple, qui vient trouver Jésus en disant « Voilà, je viens de te voir parce qu'apparemment je suis dans la loi, je respecte les dix commandements, etc.
23:09 Qu'est-ce qu'il me reste d'après toi pour gagner le paradis ? » Et l'autre lui répond « Laisse tes biens, suis-moi. » et le texte ajoute « Et le jeune homme s'en alla fort triste car il avait beaucoup de biens. » C'est un joli passage. Bon, voilà. Et puis, le Christ, il est annoncé par saint Jean-Baptiste. J'ai l'air de faire l'apologie de l'Évangile, mais écoutez, je suis bien obligé de défendre celui qui est attaqué.
23:39 Et Jean-Baptiste, c'est quelqu'un qui a une peau de bête et qui se nourrit de miel et d'insectes dans le désert. c'est comme ça qu'on le décrit, n'est-ce pas ? Il n'est pas à la cour d'Hérode. Or, qu'est-ce qu'on est en train de voir ? Ce que Nietzsche dit, que tout ce discours-là, c'est une manière d'incantation et de magie, c'est exactement les termes qu'emploie Platon cinq siècles avant.
24:09 C'est pas le christianisme, c'est ça qui est rigolo. pour caractériser ce que Nietzsche appellerait une volonté de puissance. Les faibles, n'ayant pas le pouvoir, ont une volonté de puissance. Ils exercent leur puissance en intimidant le riche, en les faisant peur, avec les châtiments après la mort, etc. Voilà, voilà. C'est pas très compliqué comme pensée. Mais c'est pas le contenu proprement, parce que c'est vite vu ça, c'est pas le contenu de pensée qui m'intéresse ici, c'est la prétention qu'ont ces turiféraires contemporaines de faire comme s'il était nouvelle, actuelle, moderne et même post-moderne.
24:48 Voilà, c'est de ça que je voudrais faire un format court ce soir. Oui, je me suis excusé parce que je vous laissais un petit peu trop longtemps en face de Rochedy, mais j'aurais dû m'excuser aussi d'apparemment changer de sujet, même si je vois à travers vos commentaires, ça me fait très plaisir que ceux qui me suivent avec le plus de régularité et même de fidélité et je les en remercie voient bien que quand j'ai l'air de passer à un sujet à l'autre, en fait, je traite toujours les mêmes sujets si on regarde de près.
25:25 Et là, précisément, c'est parce que c'est la période des fêtes que je suis un petit peu sorti du feuilleton sur Antigone et que je suis sorti déjà la dernière fois, mais pour des raisons graves, je le maintiens et qui n'ont pas disparu et qui au contraire, vous voyez, c'est la tension qu'il y a en mer de Chine d'une part et autour des frontières de la Russie d'autre part et aussi la tension qu'il y a autour de nos armées en Afrique subsaharienne.
25:56 J'en parle parce que personne n'en parle, ça fait des dégâts. Il y a un des pays entiers où on dit aux Français de dégager, on ne vous en parle jamais, n'est-ce pas ? Ou alors on dit que c'est uniquement parce que les Russes les chauffent, n'est-ce pas ? Bref. Donc, j'ai quelques sources qui me font penser que le problème est loin d'être terminé. Donc, voilà, je m'étais déjà, j'avais interrompu le feuilleton Antigone à ce moment-là et là, je l'interromps de nouveau parce qu'on m'a recommandé plusieurs Youtubers de la même eau, si vous voulez, du même acabit que ce pauvre.
26:29 Je dis, je ne sais pas parce que même Nietzsche, Nietzsche, des fois je le plains, vous voyez, c'est-à-dire on en fait un grand décapeur, un grand démystificateur alors qu'il était bourré de complexes, il était, une fois, il était tout jeune, il fréquentait encore le couple Wagner, il n'était pas encore fâché et il arrive au domicile des Wagner et il était encore professeur à Bâle, Nietzsche, etc. C'est le même Nietzsche qui dira à la fin de sa vie plutôt professeur à Bâle que Dieu.
27:00 Lui, il ne crachait pas sur l'éducation nationale. Donc, dès qu'il avait un moment de libre, les week-ends, il allait, n'est-ce pas, s'enchanter au sens propre, n'est-ce pas, dans la maison des Wagner qui profitait pour lui demander de faire des courses pour les enfants. C'est une autre histoire. Il faudrait 15 volumes, largement, n'est-ce pas, ou une dizaine de films. Mais, une fois, Nietzsche frappe à la porte, il a quoi ? Il a 32 ans. C'est dans les années 70, en gros, un peu avant 72.
27:32 et c'est Wagner qui lui ouvre la porte en marchant sur les pieds. Des fois, Wagner a 30 ans de plus, c'est déjà un vieillard, vous voyez, une énergie. C'est Wagner, aussi, comme Zarathoustra, danseur, n'est-ce pas ? Je suis en train de scandaliser les Nietzscheens qui croient tous que Wagner est l'incarnation même du ressentiment, du christianisme, etc. Et, c'est l'époque où Nietzsche est encore antisémite, parce que ça aussi, on ne le dit jamais, parce qu'il est indéniablement filosémite de Nietzsche, comme il dit, par exemple, d'un part de la lumière et le mal qui serait bon de revigorer les purs sangs prussiens avec le sang des juments juives, je cite, mais il est devenu filosémite lorsqu'il a rompu avec Wagner pour parler français, pour un maire des Wagner qui était d'un antisémitisme au moins pathologique.
28:27 Même si ça ne se réduit pas, bien sûr, au champ psy, ces choses-là. Voilà, donc, ce qui me frappe, c'est la continuité des thématiques. Et, deuxièmement, la fréquence, ça aussi, comment faire plus actuel, du mot nature. Et placez-vous devant une pharmacie, n'importe où, dans Paris ou ailleurs. Parce que dans une pharmacie, il n'y a que ça dans la vitrine. Produits naturels, oligo-éléments, bio, c'est...
28:59 Voilà, j'ai dit une fois à une caissière, à la pharmacie, il n'y a rien pour moi dans la vitrine, il n'y a que des trucs pour maigrir. et encore d'une manière naturelle. Voilà. Non, je suis sérieux, je veux dire, vous voyez bien que quand ce n'est pas la nature qu'il faut protéger, c'est la planète. Comme si les cailloux avaient besoin d'être protégés, n'est-ce pas ? Moi, c'est sûr qu'il y a des dangers, qu'il y a des menaces, attention, mais c'est l'humanité qui est un danger. La planète, elle sera là, même quand l'humanité, je ne sais pas dans combien de millions, milliards d'années, même dans l'hypothèse, on aurait tous disparu parce qu'on aurait été tamponné par une quinzaine de météorites ou une seule d'ailleurs.
Le mot nature : hérédité et héritage
29:38 C'est la taille qu'elle fout ou bien par la folie nucléaire des hommes, la folie de la guerre nucléaire, n'est-ce pas ? Elle sera là. Elle ne craint rien, elle va être comment voulez-vous que ce qui n'est pas vivant meurt. Rien à craindre. Or, le mot nature revient tout le temps. Et là, je voudrais attirer votre attention sur quelque chose aussi qu'on ne dit pas assez. Enfin, c'est la langue qui le dit tous les jours, mais on ne prête pas attention à la langue qu'on utilise. C'est terrible parce que la langue nous dit tout, si vous regardez bien.
30:10 Je pense au mot nature. Vous avez vu la fréquence avec laquelle il revient. Ça revient ici. L'homme, l'homme, le maître, c'est celui qui agit sur la loi de la nature, c'est-à-dire la force, n'est-ce pas ? Qui exige que les plus forts, voilà, les meilleurs et les plus forts, nous commençons à les façonner dès leur plus jeune âge, comme on fait pour dompter les lions. Vous voyez, dompter, c'est briser la naturalité du lion, du lionceau, n'est-ce pas ? Qui le pousse à dévorer sa proie. Or, tout ça, ça, pour l'instant, c'est bien connu. Par contre, ce que je voudrais attirer votre attention, c'est sur le mot lui-même, nature.
30:42 Regardez bien le radical. N-A-T. Nous sommes à moins de 48 heures du réveillon de ce qu'on appelle en Italie Natale. Noël. Nature, c'est bien de naissance, de naître. Ce qui est naturel en nous, c'est ce qu'on a, c'est le bagage qu'on a à la naissance. Ce n'est pas rien, dites donc. c'est l'hérédité. Mais il y en a qui voudraient ramener tout l'héritage à l'hérédité.
31:12 Ou plutôt, qui voudraient mêler dans une confusion indistincte ce qui nous est acquis par des millénaires d'efforts, de patience, de travail, ce que Hegel appelle la patience du concept. Depuis les galets éclatés jusqu'à l'accélérateur de particules. Je pense aussi, si vous voulez quitter le registre philosophique, à la magnifique 8e élégie de Rilke, où il dit, où il s'adresse à l'ange, c'est une figure importante dans la poésie de Rilke, l'ange, il dit, ange, étonne-toi, regarde, n'est-ce pas ?
31:54 pylône, sphinx, pyramide, ascension, arc-bouté de la cathédrale dans la ville étrangère ou dans la ville familière. C'est nous qui avons pu cela. Étonne-toi, ange. Et ma main dressée devant toi est comme un refus. Car c'est nous qui avons pu de telles choses. Et puis, il continue sa progression, cathédrale, et la musique allait encore plus loin que Chartres. Et la musique dépasse les Chartres. Et même une amante à sa fenêtre.
32:24 atteignez presque à ton genou. Il y en a qui voudraient réduire cet héritage-là, n'est-ce pas, à l'hérédité. Ça commence pareil, héritage, hérédité. Méfiez-vous, c'est les choses qui se ressemblent le plus dans lesquelles on fait le plus de confusion. On peut confondre un éléphant d'Afrique et un éléphant d'Asie. Jamais on ne va confondre un éléphant et une coccinelle. C'est pour ça que j'insiste. Et rien ne nous ressemble plus que notre reflet dans la glace. C'est ce qui nous ressemble le plus apparemment alors que tout est à l'envers.
32:58 Latéralement. Donc, je tenais à cette longue parenthèse sur le radical N.A.T. Ce que nous avons par nature, la naissance. Et là, vous voyez la place centrale qu'occupe l'hérédité dans l'idéologie nazie. Par exemple, je ne suis pas en train de faire des amalgames, je suis en train de faire des mises en garde. Je ne peux pas être plus honnête intellectuellement que ce que j'ai déjà dit et que je répète, à savoir que j'aurais peut-être été pire que Heidegger, moi, ce n'est pas peu dire, dans les années 30.
33:31 Vous voyez ? Et même pire que Nietzsche qui avait quelques raisons de ne pas être dans ce qu'il y a de pire dans cette mouvance-là. Mais, la différence de Heidegger qui persiste et signe encore après la guerre en se mettant en continuant à bouffer du russe, du travailleur, de la technique, du communiste, etc. Bref, je vais me calmer. Mais, j'aurais peut-être été pire dans la sociologie de l'époque, la petite bourgeoisie allemande, je vais vous expliquer pourquoi je fais une petite parenthèse, pas une parenthèse qui interrompe le contraire.
34:08 On est au cœur du propos. Il y avait, avant que France Musique n'exista, il y avait quelque chose qui en tenait lieu sur tous les week-ends. Ce n'était pas permanent comme France Musique. Maintenant, c'était France 3, puis c'est devenu Radio Strasbourg. Enfin, bref, il y avait en tout cas un musicologue, Jean Witold, il y en a peut-être des anciens qui se rappellent, qui racontait qu'il avait été dans le sein juif, il avait été déporté dans un camp, je crois que c'était à Struthof, l'horrible camp qu'il y a eu en Alsace.
34:39 Et il se rappelle qu'il était gardé par un SS dans la cour qui jouait avec son violon des partitas de Bach pour violon seul. Et toujours, au même passage, le SS faisait une faute de sorte que, n'en pouvant plus tout d'un coup, il lui a dit « fa dièse ». C'est Witold qui raconte l'anecdote. L'autre l'a regardée un prisonnier, esclave, ne s'adresse pas au surhomme, à la « Herrengeschlecht », la race des seigneurs.
35:13 Vous êtes sûr de votre fa dièse ? Puis ils ont commencé comme ça à discuter, mais ils s'est aperçu qu'il y avait quelqu'un de compétent auprès desquels ils prenaient des conseils. Vous voyez, on peut être mélomane, connaître Bach, mais bien sûr, il y en a encore qui confondent toujours la pertinence esthétique et la pertinence politique. Et surtout du côté Nietzsche, croyez-moi, n'est-ce pas ? Vous avez vu tout à l'heure quand je disais « Tout ce qu'il y a de plus beau, de plus légal, tout ce qu'il y a de la valeur », il ne précise jamais. Aussi, on a dit « Belle tautologie, la valeur, c'est les idées des hommes valeureux ».
35:46 On est bien renseigné, là. Si on disait « Pourquoi la voiture se déplace ? » C'est qu'elle a en elle une faculté motrice. Je veux dire, on s'épargnerait toute l'histoire de la mécanique. « Pourquoi l'opium fait dormir ? » Là, vous savez, je reprends la superbe séquence où Molière met ça à la bouche de ces médecins qui répondent à l'atteinte. Parce que quand il y a le vide de la pensée, il y a le plein des mots, n'est-ce pas ? « Quia est in eo virtus dormitiva » parce qu'il y a en lui une vertu dormitive.
36:17 Ça veut dire qu'il y a quelque chose dans l'opium qui fait dormir. Pourquoi l'opium fait dormir ? Parce qu'il y a dedans quelque chose qui fait dormir. C'est ça, la valeur, je dis, la valeur des hommes valeureux. Parce qu'on ne sait jamais qui sont les meilleurs là-dedans et qui décident qui sont les meilleurs. C'est comme ceux qui pensent qu'on est aussi trop nombreux sur la planète. Ça se tient, c'est cohérent, ça, je ne passe pas d'un thème à l'autre. Regardez bien le système plutôt que les thèmes un à un. C'est systématique. Si c'est la nature qui est divinisée et l'immense majorité de l'humanité qui a une morale d'esclave qui nous tire vers le bas, c'est que vraiment il y en a qui sont en surnombre.
36:54 Sauf que ceux qui disent ça ne se comptent jamais dans le surnombre. Vous remarquez, ils ne disent jamais je suis en trop, je me suicide et je vous laisse. Non, non, non. Ils disent que c'est vous et moi qui sont en trop. Bon, allez, soyons sérieux, je suis très sérieux, mais soyons moins expéditifs et revenons à cette systématique qui m'occupe ce soir. Quand je faisais allusion tout à l'heure au rapport de force, je rappelle tout de même que les premières pages, au moins les 20 premières pages du contrat social sont consacrées par Rousseau à cette notion du droit du plus fort.
Rousseau sur le droit du plus fort, systématicité de l'idéologie
37:42 Il n'y a pas de hasard dans toutes ces références. Ça se fait écho tout ça dans ces textes. La fameuse formule le plus fort n'est jamais assez fort pour être toujours le maître. Ça veut dire qu'il peut l'être quelques instants, quelques temps. Le plus fort n'est jamais assez fort. Ne rêvez pas, messieurs, les sous-nietzschéens, post-modernes. Le plus fort n'est jamais assez fort pour être toujours le maître s'il ne convertit sa force en droit et l'obéissance en devoir.
38:13 Quand j'obéis comme ça parce que j'ai peur du fouet du maître, ce n'est pas du devoir. Ce n'est pas poursuivre un devoir. Ce n'est pas parce que je reconnais une valeur morale. Non, non, pas du tout. Ce n'est parce que je n'ai pas le choix. Et d'ailleurs, dès qu'il est absent ou dès qu'il s'affaiblit, c'est moi qui qui prends le pouvoir. Ça s'appelle la révolution de palais. Donc, voilà, je voulais vous mettre en garde contre cette idéologie, non pas tellement thème par thème, je le répète, j'insiste, mais de sa systématicité. Elle est basée, avant tout, du point de vue de son étayage, comme on vient de l'entendre, idéologique, que ce soit chez Calliclès ou chez Rochedy.
38:51 Donc, ne parlons pas de Derrida, Foucault, de l'Etre, elle est basée sur profondément un ontologisme, un déjà-là de ce qui est avant l'homme. Vous voyez ? Et en l'occurrence, bien sûr, la première représentation correspondant à cette ontologie, à l'être, pour parler comme Heidegger avec un accent circonflexe sur un e, c'est la nature. Vous voyez ? Vous avez vu la fréquence du retour du mot. Et je vous épargne tout le dialogue, mais tout de même, il y a des passages, écoutez, je n'ai pas besoin de lire un mot parce que je vous ai dit qu'on fait un format court, mais tout de même, à un moment donné, Calliclès dit très clairement qu'il faut une solution de continuité entre la loi naturelle, celle de la force, et la loi de la cité.
39:40 C'est-à-dire que la cité doit se soumettre à la loi naturelle, que de même que le vautour s'empare de l'innocente brebis, de même que le loup emporte l'agneau, ainsi, ça doit régner chez les hommes. C'est pas, la même loi doit régner chez les hommes. Vous voyez, les conséquences plus qu'effrayantes, quand je parle de nazillon, je ne suis pas dans l'hyperbole. On croit toujours que j'exagère, alors que je suis bien en deçà de ce qui est terrifiant dans la réalité. Voilà. Et comme la dernière fois, je vous ai alerté sur le danger de guerre, voilà, il y a une certaine continuité quand même dans mes préoccupations, mais je ne veux pas trop assombrir ce soir dans la perspective des fêtes, je ne veux pas trop assombrir le tableau.
40:23 Mais tout de même, je vais vous demander dix secondes, je vais vous montrer que la référence à la force ne se limite pas à la période contemporaine. Regardez bien. Voilà. Je vous prends, je vous ai perdu, mais vous ne m'avez pas perdu, mais revoici. Je prends les principes de la philosophie du droit qui, comme la plupart d'entre vous le savent, est le testament politique de Hegel.
40:57 Enfin, est considéré comme tel, et ce n'est pas tout à fait faux, même si il est un texte un peu plus tardif, mais qui ne modifie pas en substance ce qui est déployé ici. Or, dans cet ouvrage, il y a très peu de notes, il y a beaucoup de remarques. Souvent, on dit que Hegel renvoie le concret aux remarques. Et c'est valable aussi dans l'encyclopédie. Mais là, il y a par contre assez peu de notes. Et voilà qu'il y en a une qui est très, très développée.
41:31 Voilà. Je crois que c'est là. Excusez-moi. Parce que je n'étais pas sûr d'avoir l'ouvrage. Je l'avais prêté, on me l'a rendu. Voilà. C'est la note de M. Hugo von Haller, pour ceux qui connaissent, concernant la lecture, pardon, dans le chapitre sur l'État. Pardon de faire perdre du temps, mais je vais vous trouver ça.
42:15 Je sais que c'est pas là, mais alors... Voilà. Alors, vous voyez, c'est une note vraiment longue. Et... Vous voyez, excusez-moi, je rapproche, vous voyez, le texte de Hegel est là, et la note, c'est ça. Vous voyez, ça et ça. C'est écrit en petit caractère. Je ne vais pas tout vous lire, mais tout de même. Avant la note, Hegel dit ceci, n'est-ce pas ? Juste, je vous dis la dernière phrase. C'est encore ici la particularité de l'individu qui constitue le principe de la connaissance.
La réponse de Hegel à von Haller
42:54 Seulement, il ne s'agit plus même de la pensée de cette individualité, mais au contraire de l'individu empirique, suivant ses qualités contingentes, force ou faiblesse, richesse ou pauvreté, etc. Sans doute un tel goût intellectuel pour l'omission de ce qu'il y a d'infini et de rationnel en soi et pour soi, pour éliminer toute pensée générale de la conception de sa nature interne ne s'est jamais manifestée de façon si pure que dans, et il cite l'ouvrage, La restauration de la science de l'État de M. Von Haller. Bon, et là, il renvoie à la note en disant ceci.
43:27 Le livre cité doit son originalité au caractère mentionné. La mauvaise humeur de l'auteur prise pour elle-même pouvait avoir quelque chose de noble en cela qu'elle s'enflammait aux fausses théories précédemment citées. Celle qui, c'est un des points faibles du contrat social qui pense qu'il suffit que les individus s'associent, n'est-ce pas, et une petite confusion entre l'État et la société civile et surtout contre ses tentatives. Mais M. Von Haller s'est jeté pour se sauver dans le contraire. Le contraire de la pensée de Rousseau de la Révolution française, ça, et qu'il repère, il s'est jeté pour se sauver dans le contraire qui est l'absence totale de pensée.
44:01 Ce qui fait qu'on ne peut même pas parler de contenu dans son œuvre. C'est la haine la plus amère de toute loi. Écoutez bien, parce que là, on croirait entendre le MEDEF. De toute législation, de tout droit, défini formellement et légalement. Ça existe. Il y a trop de règlements, trop de lois. Il faut laisser faire, laisser passer. La haine de la loi et du droit, défini légalement, est le schibboleth par lequel le fanatisme, la faiblesse des esprits et l'hypocrisie des bonnes intentions se révèlent et donnent à reconnaître infailliblement ce qu'elles sont et quels que soient les vêtements dont ils se déguisent. Je vais un peu vite parce que je suis ralentiré quand on arrive au cœur de la chose.
44:33 Une originalité comme celle de Haller est toujours quelque chose d'étonnant. Je vais en donner quelques échantillons pour ceux de mes lecteurs qui n'ont pas encore lu le livre. Alors là, attention, maintenant, je donne la parole à un post-moderne d'avant la modernité ou de l'époque où elle commence à peine à éclore. Monsieur von Haller établit d'abord son principe fondamental. « De même que dans le monde inanimé, le grand opprime le petit » On a l'impression qu'on relit Platon et qu'on relit Rochedy. « De même que dans le monde inanimé »
45:03 C'est l'époque du christianisme, le monde inanimé, les animaux, la nature. « Le grand opprime le petit, le puissant, le faible. De même chez les animaux et ensuite chez les hommes, la même loi reparaît sous des aspects plus nobles. » Et Hegel, ajoute entre parenthèses, sans doute aussi moins. C'est pas moins noble, hélas. « Et que c'est donc l'ordonnance immuable et éternelle de Dieu que le plus puissant doit dominer et dominera toujours. » On a l'impression qu'on paraphrase toujours le même thème. Alors que c'est un juriste, n'est-ce pas ?
45:35 De 1815. Excusez-moi. Oui, et dominera toujours. On voit déjà d'après cela, donc c'est Hegel qui reprend la parole, en quel sens est entendue la force. Non la force du juste et du moral, mais la force naturelle contingente. Vous voyez ? Rochedy est un apôtre du virilisme, vous savez, de la virilité. Alors, mais la force naturelle contingente.
46:05 Ensuite, il allègue à l'appui cette raison entre beaucoup d'autres que la nature a disposé avec une admirable sagesse que justement le sentiment de la supériorité propre ennoblit irrésistiblement le caractère et favorise le développement des vertus les plus nécessaires pour les subordonnés. Il demande, avec un luxe de rhétorique d'école, et là, il cite Haller, si dans le domaine des sciences, ce sont les forts ou les faibles qui mésusent le plus de leur autorité et de la confiance qu'on a en eux pour des buts égoïstes inférieurs et pour la perte des hommes crédules.
46:36 Si chez les juristes et les maîtres de la science sont les légistes et les chicaneurs qui trompent l'espérance des clients crédules, qui font noir le blanc, blanc le noir, qui font du droit le véhicule de l'injustice. Il en voulait à l'éducation nationale, lui, il en veut à l'administration de la justice. On ne peut pas faire ce qu'on veut quand même dans le droit du travail. Il demande, avec un luxe de rhétorique d'école, bon voilà, qui font noir le blanc, blanc le noir, qui font du droit le véhicule de l'injustice, réduisent à la mendicité ceux qui ont besoin de leur protection et comme des vautours dévorent l'innocente brebis.
47:12 Fin de citation. Provisoire. Et Hegel ajoute ici, ici, M. von Haller oublie que tout cet étalage de rhétorique a justement pour but de soutenir la proposition que la domination des puissances est l'ordonnance éternelle de Dieu, ordre selon lequel le vautour a bien raison de dévorer l'innocente brebis. Bon, je m'arrête là pour vous montrer quoi, pour aboutir à une phrase qui est dans cette note et que je cite souvent de Hegel. Oui, c'est dans cette note, elle est au paragraphe de 258, je donne le numéro du paragraphe parce que selon les éditions, la pagination change.
47:51 Paragraphe 258, elle fait au pied droit la fameuse phrase où Hegel, impatient devant les incohérences en plus de ce vide de pensée, dit ceci, n'est-ce pas ? qu'après tout, il n'y a pas besoin de perdre du temps à mettre deux pensées ensemble là où il n'y en a même pas une. Ce qui n'est pas méprisant, ça ne veut pas dire qu'il n'y a pas de pensée du tout, ça veut dire que pour qu'une pensée soit audible et soit défendable, il faut au moins qu'elle soit exempte de contradiction, qu'elle soit une au sens latin, n'est-ce pas une et une seule, et qu'on n'oublie pas le mardi ce qu'on a dit lundi.
48:24 Voilà. Nietzsche peut se le permettre, chez Nietzsche, la page 13 contre dit toujours ce qui a été dit à la page 12 et puis vice versa. Et ainsi de suite dans tous ses ouvrages. Sauf que Nietzsche, il revendique honnêtement il dit bien. Moi, je ne suis pas un philosophe, ce qui compte. Petite confidence entre nous, chez Nietzsche, je dis ça, moi aussi, j'essaie de faire le guide de lecture pour ceux qui veulent lire Nietzsche, un peu plus intelligemment. Le bien, le mal, ce n'est pas le problème de Nietzsche. Le vrai, le faux, ce n'est pas le problème de Nietzsche.
48:56 Il faut laisser ça à la science, le vrai et le faux. Et le bien, le mal, il faut laisser ça à ceux qui n'ont pas acquis les notions du bien et du mal par des connaissances ni en physique, ni en chimie, ni en biologie, ni même en philosophie. Donc, chez Nietzsche, le couple de valeurs décisives, c'est le normal et le pathologique, la santé et la maladie. Il est terrorisé par la menace de la maladie.
49:26 Pour lui, la modernité, le socialisme, l'égalitarisme, ce sont des symptômes d'une maladie qui gagnent l'humanité. Comme ses turiféraires qui ont moins de talent que lui, ne font que développer ces idées-là. La pathologie, n'est-ce pas ? bref, un manque de puissance, n'est-ce pas ? Et qui essaient de compenser sa faiblesse par le nombre, la masse. On revient à vous et moi, si je peux me permettre, en tout cas à moi, peut-être.
Le Gorgias, dialogue tragique et rationalité socratique
49:58 Il y a peut-être parmi vous qui pensent qu'ils font partie de cette élite aristocratique dont parlait Rochedy, mais enfin, j'en doute. J'en reviens ici au dialogue de Platon, Gorgias. Je vous résume parce que le dialogue est très serré, mais je vous conseille de le lire. D'abord, regardez, vous le trouvez dans des petits classiques, ce n'est pas très long. Mais il est d'une intensité dramatique unique, même dans l'œuvre de Platon, ce n'est pas peu dire. Quatrième parenthèse. Il n'a pas un rapport direct avec mon propos, mais je tiens à le dire parce que je sais qu'il y a parmi ceux qui nous écoutent, certains qui sont très sensibles à ces problématiques et ils ont bien raison.
50:40 Quand vous regardez cette compile précieuse dans laquelle il y a à boire et à manger, qui est la première histoire de la philosophie, je pense à la vie, doctrine et sentence des philosophes illustres, cette compile faite par Diogène Laërce à l'époque du Bas-Empire de l'Antiquité. N'empêche que c'est grâce à lui qu'on a des renseignements de première main sur Anaximandre aurait dit que ceci ou Parménide aurait dit que... Vous savez qu'on a perdu pratiquement tous les textes ces gens-là.
51:12 Et si de Platon on a un corpus et d'Aristote important, c'est que leur pensée avait tellement d'importance déjà à l'époque qu'ils avaient beaucoup de copistes. Mais là, pourquoi j'en parle de Diogène ? Parce que quand il arrive au chapitre Platon qui est un des plus longs, il dit... Curieusement, il fait entrer Platon non pas dans l'histoire de la pensée et de la philosophie, mais dans l'histoire littéraire. Vous voyez ? Et je vais parler de tragédie, que c'est le dialogue le plus tragique. Mais là, on parle de genres qui sont très codifiés.
51:44 Quand je parle de tragédie, ce n'est pas comme ça un épithète pour ajouter des tremblements dans la voix. C'est très sérieux et très précis. Il dit ceci, à l'origine de la tragédie, « tragos » veut dire « bouc » en grec, à l'origine de la tragédie, il y a le sacrifice. Le sacrifice de... Comment on appelle ça ? Il y a une expression en français... Ah ! L'animal du sacrifice.
52:15 Le bouc émissaire. Merci. Bouc, tragos, tragédie. Quel rapport avec la tragédie ? Parce que les tout premiers acteurs, ça a été le sacrificateur. Regardez. Presque tous les éléments du future théâtre sont là. Une foule muette et attentive. La foule de la cité, de la collectivité qui est là. Ça peut être au fond de la jungle amazonienne, peu importe. Ou dans les premiers balbutiements de Thèbes, de Sparte et d'Athènes. La foule est là et il y a un personnage de sacrificateur.
52:49 Et Diogène ajoute. Puis, Thespis ajouta le chœur répondant, comme si la collectivité, de temps en temps, ne sais pas, dialoguait avec le soliste. Platon ajouta un interlocuteur et créa le dialogue. Vous voyez, Platon surgit dans l'histoire des genres poétiques, en particulier du genre dramatique. Et en particulier de la tragédie dans le genre dramatique. Je referme ma parenthèse. Mais ça peut être très utile et très fécond comme piste pour beaucoup de choses.
53:20 N'oubliez pas que la première publication de Nietzsche s'appelle La naissance de la tragédie et elle est dédiée à Richard Wagner. C'est là qu'elle a la dichotomie de l'Apollinien et du Dionysiaque. Je vous renvoie donc à cette notion de sacrifice. Et pourquoi ? Parce que, je vous dis, c'est un dialogue extrêmement tendu. on est au bord de ce qu'on appellerait la baston.
53:51 Pas dans les bars et dans les cités. Au milieu desquels je suis en banlieue, je ne parle pas de familiarité. Et non pas, vous ne pouvez pas m'en distancier. Mais voilà, Calliclès dit tout cru à Socrate à un moment donné, si tu n'es pas si vieux, tu mériterais les verges. C'est rare, vous savez, que le dialogue atteigne une telle intensité. n'est-ce pas ? Car là, c'est fini. À un moment où il y a la violence, on revient à mon obsession du conflit et de la guerre.
54:21 Quand il y a la violence, c'est fini les arguments, l'argumentation, la rationalité, la cohérence, d'accorder les points de vue. C'est trop tard. Or, lorsque le dialogue continue, après qu'il a fait cette apologie de la force, qu'est-ce qu'il fait Socrate ? Donc, je pourrais résumer la réponse de Socrate selon... Oui. Quatrième interruption. On dit souvent « Moi, Platon, il a la partie facile. Il y a Socrate qui dit ce qu'il veut et puis l'interlocuteur qui dit « Oui, peut-être, dit-il, oui, assurément. » Bon, il ne faut pas exagérer.
54:51 Il y a Calliclès, Il remplit quatre pages en intervention. Il y a quatre pages violentes. Et puis, ce n'est pas fini. Donc, Socrate lui répond en socratisant, c'est-à-dire revenant à la rationalité, à la recherche des définitions et de la clarté parce qu'on ne sait toujours pas ce que ça veut dire, la force, la preuve. S'il dit « C'est quoi la force ? » Mais c'est bien quoi la force. Regarde les animaux. La force physique, première détermination. Si la force est la force physique, dit Socrate, alors la cité, toute réunie, sera toujours plus forte physiquement que le tyran isolé.
55:25 Alors là, bien sûr, il est embêté un peu, Calliclès. Enfin, oui, bon, mais il n'y a pas que la force physique. Enfin, Socrate, il y a aussi les plus malins, la force de l'intelligence. Vous l'avez entendu, ça, ces dernières années. Il y a les gagneurs et les losers. Vous savez, il y a les petits malins qui réussissent et qui font des coups. pour y porter ceux qui sont sur le même appel d'offres que là pour une candidature et un emploi. C'est plus malin. Et quand Socrate le montre ses contradictions, il explose et il dit « Socrate, tu es fatigant parce que tu rabâches toujours la même chose. »
55:57 Et là, Socrate répond une chose très importante. J'en appelle ici à mes amis logiciens et mathématiciens parce que la référence n'est pas immédiate. Socrate lui répond « Mais moi, je te reproche l'inverse. C'est que tu ne dis jamais la même chose. Tantôt, tu dis que la force c'est la force des corps, la force physique. Puis après, tu dis c'est la force de l'esprit des plus malins. » Il est en train de dire quoi ? Il est en train de montrer ce qu'on… C'est pourquoi je vous ai lu la note de Hegel, n'est-ce pas ? Il ne faut pas trop perdre de temps à mettre deux pensées ensemble.
56:28 D'ailleurs, là où il n'y en a même pas une, c'est-à-dire là où la pensée n'est pas unifiée, là où le locuteur, celui qui parle, n'a pas conscience de ses propres contradictions. Voilà. Comme j'ai dit que je voulais faire court, je vous renvoie ce dialogue. Si, quand même, je vous dis avant de quitter le gorgias lui-même, le corpus, après je serai attentif à vos questions, je rappelle quand même que ce dialogue ne conclut pas. C'est-à-dire que Calliclès n'est pas tout à fait convaincu à la fin, parce que ça, on dit souvent à la fin, Socrate, il met tout le monde d'accord.
57:02 Non, non, ce n'est pas Hercule Poirot ou Sherlock Holmes qui trouvent l'assassin. Ce n'est pas comme ça, Socrate, quand même. Ce n'est pas comme ça que Platon utilise la figure de son maître. Ça finit par des incantations. Puisque Calliclès n'est pas tout à fait convaincu, Socrate, comme souvent dans Platon, a recours au mythe. Et ça finira sur les mythes du jugement dernier, dont l'autre, ça ne convient pas, il s'en moque un peu. Voilà. Mais je tenais à vous rappeler que dans ce dialogue, ce qui est irremplaçable, dans ce dialogue par rapport à d'autres, je n'ai pas dit que c'est plus important que Platon, loin de là, mais tout de même, il y a à la fois une problématique politique d'une importance et d'une actualité décisive, et en même temps, il y a tout ce qui est l'héritage rationaliste de Platon.
58:00 Et là encore, je vous cite, je crois que j'avais dit à quelques amis, je crois que je l'ai même dit en public une fois, que lorsque René Comer était vivant, quand il veillait à ce que la table de Clouscard dans son restaurant soit bien garnie, il rêvait d'un banquet au sens platonicien où il y aurait tous les grands esprits de l'histoire de la pensée et il dit moi j'organiserai les tables, c'est mon métier de restaurateur, mais il y aurait une grande table au milieu au bout de laquelle il y aurait Platon et Hegel.
Hegel lecteur de la République de Platon
58:35 Et la preuve qu'il n'a pas tout à fait tort, car c'est un restaurateur qui avait une bibliothèque chez lui en Corse, n'est-ce pas, qui en valait bien d'autres, dans la préface à la philosophie du droit, tout d'un coup, avant de quitter son public, alors c'est le dernier Hegel en gros, voilà que Hegel fait référence à Platon et à la République. Au cours de cet ouvrage, j'ai indiqué, c'est dans la préface, donc il ne démontre pas, j'ai indiqué que la République de Platon elle-même, qui est l'image proverbiale d'un idéal vide, on prend souvent la République typique parce que c'est l'utopie, n'est-ce pas, voilà comment devrait être la cité, la cité idéale, bref, on est loin du réel.
59:23 Au cours de cet ouvrage, j'ai indiqué que la République de Platon elle-même, qui est l'image proverbiale d'un idéal vide, ne saisit essentiellement, ça veut dire, ceux qui disent ça ne passent à côté de ce qui est essentiel et ce qui est important, rien d'autre que quoi ? Que la nature de l'éthique grecque. Ça veut dire que Platon, même sans s'en apercevoir, sa pensée politique exprime exactement la situation historico-politique de son temps, à savoir, on va s'expliquer, il a eu conscience d'un principe plus profond que celui qui gouverne le monde grec, qui faisait brèche dans cette éthique, mais qui à ce degré ne pouvait être qu'une aspiration insatisfaite et par suite ne pouvait apparaître que comme un principe de corruption.
1:00:02 la liberté, l'universalité commencent à devenir des valeurs. Platon, ému par cette aspiration, a cherché une ressource contre cela. Mais comme le secours n'aurait pu que descendre d'en haut, il ne pouvait le chercher d'abord que dans une forme extérieure, particulière de cette moralité. Il fait allusion justement à la lutte de Platon contre les sophistes, la sophistique étant une de ses formes de la subjectivité nouvelle qui commence à apparaître et à mettre tout en question, à tout déconstruire, comme on dirait aujourd'hui.
1:00:34 Il ne pouvait le chercher d'abord que dans une forme extérieure, particulière, de cette moralité, croyant ainsi se rendre maître de la corruption. Et je vous donne un exemple. Dans la République, Platon dit que personne ne va sortir de la cité telle qu'il la souhaite avant l'âge de 50 ans. Des fois, on irait prendre des idées nouvelles chez les autres, là, qui bouleverseraient ce qu'on a mis tant de mal. c'est un peu contraignant quand même. Bon, croyant ainsi se rendre maître de la corruption et ne réussissant, écoutez, c'est du grand Hegel ça, et ne réussissant qu'à blesser intimement ce qu'il y avait là de plus profond.
1:01:07 Deux points. Et ça, c'est le monde moderne, c'est la personnalité libre infinie. On n'est plus dans le monde des esclavagistes, écoutez bien. Pourtant, il a prouvé qu'il était un grand esprit. Il ne faut pas s'attarder aux solutions de Platon dans la République, il faut s'appliquer à l'esprit qui anime ce dialogue. Je continue. Pourtant, il a prouvé qu'il était un grand esprit parce que précisément le principe autour duquel tourne ce qu'il y a de décisif dans son idée est, écoutez bien cette phrase incroyable, le pivot, ce principe que je vous ai illustré, la non-contradiction, la rationalité, tu définis d'abord, avant de démontrer, il ne s'agit pas d'être d'accord avec moi ou que moi, je sois d'accord avec toi.
1:01:46 Il s'agit que chacun soit bien d'accord avec lui-même d'abord. C'est ce qui se fait en mathématiques, par exemple, n'est-ce pas ? On commence par poser des choses claires, des notions premières, des postulats, des axiomes, des définitions et on essaie après d'avancer des énoncés qui s'efforcent de ne pas contredire ce qui a été admis au départ par le mathématicien et par ceux à qui il fait des demandes, comme disait Euclide, ce qui suppose l'accord de l'autre, quand même. Vous voyez qu'il y a un lien entre la rationalité et la démocratie. Pourtant, il a prouvé qu'il était un grand esprit parce que précisément le principe autour duquel tourne ce qu'il y a de plus décisif dans son idée est le pivot autour duquel a tourné.
1:02:24 Quoi d'autre ? Quoi donc ? Accrochez-vous la révolution mondiale qui se préparait alors. Deux points. Et là, il y a la phrase la plus célèbre de Hegel, vous la devinez. Ce qui est rationnel est réel et ce qui est réel est rationnel. Ça ne veut pas dire ce qui est réel est bien et qui n'a pas à le changer comme des imbéciles. On va essayer de le faire croire dans la pensée de Hegel. Il a fallu attendre dans les années 50 Eric Weil avec sa thèse sur Hegel et l'État. Ce n'est pas un marxiste. Il a vu lui-même que réduire Hegel à être le porte-parole de la monarchie administratrice prussienne était un peu fort de café.
1:02:57 Je viens de vous dire que ce qu'il reproche à Platon c'est d'avoir essayé de juguler d'une manière impuissante la subjectivité libre infinie pour reprendre la formule de Hegel qui commençait à annoncer une ère nouvelle qui est l'ère de la modernité par rapport à l'antiquité. Donc voilà je tenais à citer ces deux passages un troisième et j'en terminerai et je passe à vos questions parce que je sélectionne les passages qui montrent à quel point Hegel est anti-totalitaire au sens en tout cas de ceux qui veulent absolument faire dire quelque chose de rationnel à ce mot-là.
Hegel contre l'innocence de l'état de nature
1:03:37 ce qui n'est pas le cas de la groupie de Heidegger quand même du plus nazi des philosophes. Donc le développement pardon paragraphe 185 je passe là le développement indépendant de la particularité l'apparition de l'individualisme dans une société vous savez moi je connais les sociétés africaines où il est interdit aux femmes écoutez bien de penser le nom de leur mari quand elles ont leur mensualité.
1:04:08 Moi vous m'interdisiez de penser à un truc déjà j'y pense automatiquement je veux dire je les plains comment on pouvait vérifier d'abord voyez mais et oui parce qu'il faut l'interdire parce que c'est impur et donc elles vont gâter la chasse comme on dit en Afrique n'est-ce pas si il commence à penser le nom du mari pendant qu'il est à la chasse il va revenir bredouille etc. bon ça je n'en veux pas du tout à ces peuples qui ont déjà bien du mal à se débrouiller avec la nature qui les environne et avec le néocolonialisme auprès duquel le colonialisme de papa et de la roupie de Sansonnet comme disait ma grand-mère je me suis préféré des testicules d'oiseaux enfin voilà donc qui n'en ont pas je précise le développement indépendant de la particularité est le moment qui se manifeste dans les états anciens par l'introduction de la corruption des mœurs effectivement dans toutes les sociétés conservatrices traditionnelles c'est encore ce qu'il vous parle je ne sais pas comment faire engueuler par mes compatriotes mais enfin ça n'a pas que des défauts c'est des vertus ce sont des sociétés n'est-ce pas où ce qui est important c'est précisément la tradition je connais une amie là je ne sais pas son nom bien sûr qui a deux garçons 14 et 17 ans qui viennent de se convertir au christianisme c'est un différent religieux
1:05:19 ils viennent alors un de nos amis communs leur dit pourquoi ils se sont convertis elle leur a demandé pardon c'est elle qui raconte pourquoi ils avaient pris cette décision pour se conformer à la tradition bon une raison comme une autre mais il est évident que le caprice individuel n'a pas sa place dans les sociétés traditionnelles or regardez bien ces états qui en sont encore au principe patriarcal ou religieux ou au principe d'une moralité plus spirituelle mais pourtant plus simple et qui sont fondés en général sur l'intuition immédiate primitive ne pouvaient supporter en eux il y a une très belle analyse de société traditionnelle ne pouvaient supporter en eux ni la division de cette intuition de l'immédiat ça vient ni la réflexion infinie de la conscience sur soi l'inquiétude du chercheur du moderne n'est-ce pas ils succombèrent à cette réflexion lorsqu'elle commence la réflexion est le contraire de la pensée de l'immédiat ils succombèrent pardon à cette réflexion lorsqu'elle commença à apparaître dans la conscience puis dans la réalité parce que leur principe trop simple ne possédait pas la force véritable et infinie
1:06:30 alors là on reparle de la force mais vous voyez que c'est pas la même que la force physique la force véritable et infinie qui ne se trouve que dans l'unité qui laisse la contradiction regardez comme c'est antitotalitaire qui laisse les contradictions de l'opposition si vous préférez de la raison se développer dans toute sa force pour la dominer ensuite qui se maintient dans cette contradiction en même temps qu'elle l'unifie en soi c'est un texte qui compte quand même Platon dans la République bon pardon excusez-moi et donc curieusement il enchaîne sur des considérations anti-écologiques mais oui le mot n'existait pas mais écoutez jugez plutôt si c'est moi qui fais du plaquage de sens regardez bien remarque au paragraphe 187 les conceptions de l'innocence de l'état de nature bon mon Pierre Rabhi mort je ne vais pas le charger mais je vais à dire que lui soit légère comme on dit en Afrique enfin il ne faut rien il y en a tellement d'autres n'est-ce pas qui sont vivants qui nous poussent à décroître n'est-ce pas elle explique c'est ça la femme malienne qu'il faut décroître qu'il ne faut surtout pas qu'elle ait un lavabo de l'eau courante et qu'elle continue à faire sa corvée d'eau quotidienne les conceptions de l'innocence de l'état de nature de la simplicité
1:07:40 de mœurs des peuples primitifs et d'autre part antithèse attention ça c'est du Hegel la dialectique antithèse pensez à Don Giovanni on va se comprendre les plaisirs et les commodités de la vie particulière sont des buts absolus le libertin si vous préférez ont toutes les deux un même corollaire tiens tiens ces deux extrêmes opposés il y a le dialecticien il voit ce qu'il y a de commun c'est donc il faut se méfier la croyance au caractère extérieur de la culture tout ce qui est collectif la culture l'histoire ce que Hegel appelle l'esprit ailleurs l'héritage ce serait quelque chose d'extérieur qui vient comme ça c'est ce que je disais tout à l'heure dès l'enfance on traite nos enfants comme si on coupait les griffes aux lionceaux on la considère la culture dans le premier cas je parle de la culture ici au sens anthropologique bien sûr c'est à dire l'élément collectif dans ce que je dis dans ce que je fais dans ce que je pense je parle une langue qui est française avec vous c'est pas moi qui l'ai décidé et qui l'ai codifié tout seul donc on la considère dans le premier cas dans les états traditionnels patriarcaux comme corruptrice
1:08:50 la culture méfiance de l'intellectuel machin dans le second comme un simple moyen vous savez qu'il y avait une insulte dans la Rome décadence les vieux Romains qui restaient attachés à la vieille tradition romaine du paysan soldat ne pas traiter les hommes cultivés de graeculi ça veut dire grécaillon petit grec ça veut dire en gros en gros bande de pédés excusez-moi mais c'est ça que ça voulait dire dans leur bouche parce que pour eux pour les latins parce que dès qu'on était cultivé en Grèce on avait pardon à Rome on avait un esclave grec qu'on appelait pour dire tiens viens nous lire le chant numéro 23 de l'Iliade parce qu'on lisait à haute voix voilà donc on la considère la culture dans le premier cas comme corruptrice dans le second comme un simple moyen d'arriver à mes fins je ne sais pas je me sers de ma culture pour draguer je ne sais pas c'est pas ça dont je vois l'une comme l'autre opinion dénote la méconnaissance de la nature de l'esprit il n'est plus la culture et des buts de la raison vous voyez associer ces trois termes la culture la raison l'esprit l'universel si décrié par de morts l'esprit n'a sa réalité que s'il se divise en lui-même s'il se donne les besoins naturels et les relations
1:10:00 à la nécessité extérieure pour limite pour finitude et oui il y aurait toujours besoin de manger pour vivre et si par là même il se forme en s'y insérant et ainsi les dépasse et obtient son existence objective le but rationnel n'est donc regardez bien il va renvoyer dos à dos les extrêmes ni cette simplicité de mœurs naturelles ni les plaisirs que l'on obtient par la civilisation dans le développement de la particularité n'est-ce pas tout est bon c'est ce que je veux dire tout à l'heure l'extinction de toute culpabilité tout ce qui est valeur morale m'empêche d'arriver à mes fins de jouir de la satisfaction de mes désirs j'enchaîne ce que font les désirs de ces gens-là dans le développement de la particularité c'est au contraire la synthèse regardez bien c'est une plan de penser c'est une action de soumettre à un travail de défrichement la simplicité de la nature du savoir et de la volonté ou encore l'immédiateté et l'individualité où l'esprit fait naufrage et de donner d'abord à cette extériorité la rationalité extérieure
1:11:10 dont elle est capable la forme de l'universel la conformité à l'entendement de cette manière seulement l'esprit est à l'aise et chez soi sur ce plan qu'est celui de l'extériorité vous remarquerez que pour un idéaliste l'esprit n'est chez soi que lorsqu'il a modelé une extériorité n'est-ce pas sur le mode de l'entendement et de la raison lorsqu'il s'est colté bref l'esprit c'est pas intérieur seulement là encore il rejoint Platon parce que dans le Phédon le dialogue où Socrate oui je sais je retarde la réponse à vos questions mais je sais que ça m'intéresse beaucoup ce que je vais dire la conception qu'il ne faut pas avoir de l'esprit beaucoup de comprendre ce que ça veut dire chez Hegel la conception la plus répandue elle est illustrée par un trait d'humour dans le Phédon donc lorsque Criton qui est un peu le Saint-Pierre des disciples de Platon le naïf le bunker qui dit à la fin c'est pas tout ça mais tu ne nous as pas dit comment il faut t'enterrer parce que dans le Phédon c'est son dernier dialogue dans la cellule avant de boire la ciguë Socrate a dit comme tu voudras à la condition que tu puisses m'attraper premièrement
1:12:20 et deuxièmement l'un de ses interlocuteurs lorsque Platon a fait une démonstration il y en a plusieurs dans le Phédon de l'immortalité de l'âme de l'âme harmonie je vais très vite répond Socrate ta démonstration est intéressante mais tu vois je n'arrive pas à m'enlever la peur qu'à un moment de ma mort mon âme va se dissiper comme un souffle Socrate dit bon je reprends la démonstration à condition qu'on fasse une prière à Éole qu'il n'y ait pas de vent ce jour-là voilà c'est entendre l'esprit l'âme et tout comme une matière un peu plus subtile que les autres non non l'esprit c'est ce qui est à l'extérieur de nous n'est-ce pas c'est notre relation aux autres et on est beaucoup plus proche de l'esprit quand on voit des concepts comme ceux de Rousseau de volonté générale ou comme ceux de Kant de règne des fins n'est-ce pas que que lorsqu'on essaie de voir une espèce de matière subtile qui rôderait autour des tables qu'on fait tourner n'est-ce pas l'esprit es-tu là voilà parce que l'esprit je répondrais je suis pas assez con pour être là je veux dire voilà donc je la magie de notre régie
Développement personnel, narcissisme et raison
1:13:31 c'est-à-dire de Pierre Alain est telle que je vais voir vos questions c'est extraordinaire qu'à l'époque n'est-ce pas voilà Raoul Le Bœuf bonsoir Raoul j'en profite pour souhaiter à tous nos amis les meilleures fêtes qui soient en espérant que les fêtes qu'ils vont célébrer auprès de leurs proches et de ce qu'ils veulent soient les meilleurs qu'ils aient passé jusqu'ici je ne vais pas souhaiter beaucoup mieux comment faire la promotion du devenir rationnel hégélien face à l'attraction qu'exerce le développement personnel qui profite des penchants narcissiques de chacun simulacre de quête spirituelle voilà une bonne question je commence par une réponse que je dois le contenu objectif et informatif à notre cher libraire Dominique Mazuet je le salue au passage n'est-ce pas qui dirige avec le talent que l'on sait la Librairie Tropiques depuis pas mal de temps qui me dit une fois c'est à cause de ces conneries des loges personnelles qu'on fait du chiffre les librairies sinon il y a le rayon jeunesse et le développement personnel pour montrer
1:14:41 l'actualité et la question de Raoul n'est-ce pas je répondrai à Raoul qu'il faut revenir à une notion hégélienne comme la conscience malheureuse pour comprendre ce qui se passe là quand même ces choses là se sont répandues comme la misère sur le pauvre monde pour parler comme ma grand-mère comme nos grands-mères la mienne est plus vieille que la moyenne des autres était plus vieille et ce qui s'est répandu depuis la chute du mur de Berlin je répète que j'aurais peut-être fini au goulag je ne suis pas en train de faire l'apologie de quoi que ce soit je défendrai toujours la Russie de Poutine contre ceux qui l'attaquent aujourd'hui et qui sont prêts à aller jusqu'à la guerre renseignez-vous c'est terrible ce qui est en train de se passer l'accumulation de forces qui se font des états baltes jusqu'à la mer noire je m'arrête là j'ai consacré un numéro et j'y reviendrai c'est pas l'actualité qui va nous dispenser d'y revenir malheureusement et donc je la défends
1:15:51 dans ce sens là mais si je vivais en Russie et si elle n'était pas menacée par la plus puissante armada de tous les temps toutes les forces de l'OTAN réunies y compris les forces françaises d'ailleurs et les batteries de missiles en Ukraine bon je il n'est pas du tout évident que je voterais Poutine vous avez deviné que ça veut dire que je voterais plutôt pour autre chose donc je veux dire soyons clairs c'est depuis la chute et le déclin de l'idéologie marxiste qui régnait tyranniquement sur l'université on a fait croire ça à vos générations on est sortis c'est d'ailleurs vous voyez le cri de soulagement de Rochedy il y en a marre de la culpabilité et je me rappelle que là il reprend un thème qui était commun chez des gens un peu plus cultivés que lui les nouveaux philosophes comme on les appelait vous savez qui disaient oui il y en avait marre ce marxisme qui nous culpabilisait pourquoi être coupable qu'est-ce qu'il y a il faisait suer le burnou faudrait savoir il y en a qui tombent les masques sans s'en apercevoir des fois n'est-ce pas bon mais surtout on vous fait croire erreur factuelle mensonge
1:17:01 non non mensonge facilement facile à à corriger au niveau plus en empirique que le marxisme régnait en particulier en philosophie en histoire moi je vous garantis mais renseignez-vous ne me croyez jamais sur parole je déteste tout ce qui est gourou ne me croyez pas sur parole et allez vérifier on pouvait passer l'agrégation de philosophie la passer l'obtenir sans avoir jamais lu une ligne de marx marx n'a jamais régné sur la philosophie début de mes études c'était plutôt Bergson après ça a été un mélange qui se passe entre Kant Hegel etc heureusement j'ai eu mes diplômes avant que Foucault et les autres n'interviennent mais voilà c'est ça qui a dominé l'université c'est pas Marx et je rends ici hommage à mon ancien directeur de recherche à Bernard Bourgeois qui n'est pas de mon camp politique qui dit lui-même qu'il est hégélien de droite et qui le dit tranquillement mais droite gaullienne c'est moins à droite que la gauche de Mitterrand ou tout ce qui en procède depuis c'est-à-dire ce qui nous dirige vous savez ce que je vous dis souvent c'est pas que ceux qui se disaient
1:18:11 c'est à gauche de la gauche à gauche du PC donc en 68 étaient en fait à droite de De Gaulle lequel De Gaulle ne s'était jamais proclamé lui-même comme un homme de droite on aboutit à une implication c'est que cela était fichtrement à droite pour être à droite de De Gaulle et c'est cela qui maintenant se pense à gauche n'est-ce pas je débrouillez-vous j'ai l'air de plaisanter mais c'est malheureusement plus grave que ça donc je reviens à cet aspect des choses à propos de la question de Raoul lorsqu'il dit comment faire la promotion du devenir rationnel hégélien face à l'attraction qu'exerce le développement personnel etc lorsque les discours irrationalistes montent comme ça n'est-ce pas je précise il y a une pensée rationnelle redoutable dans l'idéologie dominante une partie qui a l'air rationnelle à condition qu'on soit imprécis sur les termes c'est important ce que je suis en train de dire pardon je n'ai pas à moi de dire si ce que je dis est important ou pas mais tout de même j'attire votre attention en tout cas sur ce point là c'est la distinction
1:19:21 classique quand on connaît un petit peu l'histoire de la pensée surtout à partir de Kant de l'entendement et de la raison rationnel vient de ratio ratio c'est raison quand vous prenez n'importe quel dictionnaire latin ratio c'est la raison mais la raison ce n'est pas ce qui est à l'oeuvre dans les sciences ce qui est à l'oeuvre dans les sciences c'est l'entendement l'intellect si vous préférez si alors avec si alors vous avez déjà pratiquement toutes les mathématiques en puissance il faut travailler voilà et ça c'est l'entendement dans l'entendement il n'y a aucune finalité la science n'aime pas la science finalité elle a raison elle n'a pas à s'occuper de ce qu'il devrait être n'est-ce pas donc la science n'a pas à s'occuper du bien et du mal des valeurs ce qu'on appelle les valeurs moi je n'aime pas trop ce mot là parce qu'on dit c'est société autoritaire c'est pas qui qui défie nos valeurs c'est la Russie la Chine grosso modo l'Iran de tout en tant mes valeurs c'est pas qu'un adolescent de 16 ans passe sur la chaise électrique alors qu'il est innocent ce qui est arrivé tellement de fois c'est pas
1:20:31 c'est pas que des lynchages des abattages comme des chiens d'hommes de couleur par des flics à Houston ou ailleurs n'est-ce pas aucune conséquence juridique ou si peu que ça ne vaut pas la peine d'en parler sauf quand ça arrange un président d'être élu sur du sociétal c'est déjà un progrès mais quand même donc j'y reviens ne pas confondre la raison et l'entendement pourquoi je soulève cela parce que les deux pensées qui dominent actuellement opposées complètement sont d'une part un néopositivisme scientiste et le scientisme a aussi peu de rapport avec la science que l'écologie que je souhaite de mes voeux pour une fois que je le suis écoutez-moi bien je vais dire de prêter une attention rationnelle collective et démocratique au problème de notre environnement lequel ne se limite pas seulement à la nature si on décide d'abattre la place des Vosges pour construire cinq McDo à la place je veux dire je vais peut-être signer une pétition je signe
1:21:41 je veux dire voilà donc encore une fois il y a ce néopositivisme ce scientisme qui ne retient de la raison que lorsqu'elle s'applique non pas à nous à la morale à la politique à l'histoire mais aux choses aux galaxies très bien alors là je ne termine pas c'est pas mon domaine voilà qui ne connaissent d'autres logiques que celles des objets c'est ça l'entendement il n'y a surtout pas de logique du sujet que soi-même jamais non non ça c'est inconnaissable c'est pas non non il faut se limiter ou alors si on réduit le soi-même à stimulus réflexe imagerie cérébrale enzymes là d'accord on revient des objets comme dit Auguste Comte il ne peut pas à la fois être au balcon et se regarder passer dans la rue voilà donc c'est cette répartition de l'irrationalisme heideggérien ou nietzschéen par exemple c'est pas adversaire de la rationalité qui est démocratique la rationalité c'est ce qui est comme dit Descartes pour ça que Descartes c'est l'ennemi de tous ces gens-là si vous regardez bien ça commence toujours
1:22:51 comme ça les Foucault les machins les critiques de Descartes parce que Descartes commence par une espèce de provocation à tous ces gens-là tous ces post-modernes la première phrase célébrissime au point qu'on oublie du discours de la méthode il avait appris à faire un discours chez les frères oratoriens il écrit par hasard ici qu'il est fliqué le discours est paru en 1637 Galilée est condamné en 1636 vous croyez qu'il y a du hasard vous dans les choses vous voyez qu'il y a des sciences humaines possibles il y a de la rigueur et la première phrase c'est le bon sens c'est la chose du monde la mieux partagée et il sait que ça choque il sait qu'il faut commencer par une phrase qui accroche qu'est-ce qu'il a entre nous raconté là enfin il y a quand même des gens intelligents et des gens idiots qu'est-ce qu'il nous dit le bon sens est la chose du monde est mieux partagée car chacun s'en croit si bien pourvu qu'on a point à coutume d'en voir réclamer plus qu'il en faut etc et puis vous connaissez la suite qu'est-ce qu'il est en train d'en faire une bombe atomique intellectuelle et politique il est en train de dire s'il y a des différences entre nous elles ne viennent pas de la naissance lui ce n'est pas un naturaliste elles ne viennent pas de natales athées naître nature non
1:24:01 elles viennent des chemins différents qu'on a pu suivre depuis notre naissance et c'est le fameux passage pour ce que nous avons tous été enfants avant que d'être hommes mais qu'il nous a fallu être guidés par nos appétits et nos précepteurs lesquels n'étaient pas d'accord entre eux nous ne pouvons juger de là où nous en serions si nous avions été guidés par notre raison depuis le point de notre naissance des passages extraordinaires ça c'est une bombe atomique c'est-à-dire qu'il y a une égalité de droit au départ et après quand on dit mais c'est quoi le bon sens la faculté de distinguer le vrai d'avec le faux le langage n'est pas encore fixé à l'époque c'est pas Kant c'est pas j'appelle apodictique par imposition ostensif non ne vous inquiétez pas vu tout ça Descartes répond à un bon sens ou la faculté de distinguer le vrai d'avec le faux ou l'entendement ou la raison lui pour l'instant il prend tous ces mots-là mais la faculté de distinguer le vrai d'avec le faux si A égale B alors B égale A c'est ça le bon sens il dit en général quand vous dites Pierre est le frère de Paul tout le monde sait que Paul est le frère de Pierre oui voilà alors je ne sais plus si ça s'appelle la symétrie la commutativité ou la réflexivité non c'est pas la réflexivité c'est A A égale A mais voilà quoi
1:25:11 si A égale B B égale A je crois que c'est la symétrie voilà ce que je réponds malheureusement j'ai l'air d'être impuissant pas du tout parce qu'il ajoute quelque chose qui est intéressant un terme qui fait apparaître c'est narcissique l'attraction qu'exerce le développement personnel qui profite des penchants narcissiques de chacun je m'en garde difficile je ne m'en garde Raoul mais à ceux qui auraient peut-être moins réfléchi à ça que lui c'est une notion extrêmement complexe n'est-ce pas surtout depuis que Freud a bien distingué le narcissisme au sens courant au sens où on dit celui-là qu'est-ce qu'il se plaît à lui-même alors qu'est-ce qu'il est narcissique bon ça c'est le sens courant et du narcissisme primaire celui qui est valable pour nous tous c'est là où c'est intéressant ce qu'il dit je vais être je vais essayer de creuser un petit peu là pardon de m'attarder sur cette question mais elle est importante parce qu'elle est bien actuelle dans l'état de détresse où le nouveau-né c'est la recherche de Freud qui a mené ces résultats vérifiez là aussi en particulier un article de Freud qui s'appelle
1:26:21 pour introduire le narcissisme dans un recueil qu'ont appelé les éditeurs c'est pas lui la vie sexuelle où il y a pas mal de choses très concrètes en particulier le choix d'objet en matière d'amour pour introduire le narcissisme nous y sommes ça tombe bien de parler d'introduction parce qu'on a tous commencé comme ça par quoi ? par être cette espèce de pardon moi je dis irrévérencieux pour ceux qui ont des des nouveau-nés ou des bébés en très bas âge mais cette espèce de de petit animal vagissant qui n'est même pas encore au stade infans qui n'est pas encore la phase phatique celle de la parole n'est-ce pas ?
1:27:07 et pour lequel je veux le plus grand amour comme tout le monde n'est-ce pas ? je ne me suis jamais lassé de regarder mes enfants s'endormir on allait me coucher quand ils étaient bien petits mais leur détresse ils n'ont que leur corps le narcissisme primaire comme source de plaisir de douleur aussi c'est de leur corps que leur viennent des douleurs des coliques ils ne savent pas très bien d'où ça vient c'est pour ça la difficulté quand il y a un bébé qui pleure de savoir si c'est le ventre la tête les pieds les dents etc souvent les dents avant que ce soit les oreilles et donc c'est le corps qui est la principale source de plaisir nous avons tous commencé par nous aimer nous-mêmes avant d'avoir ce qu'on appelle une libido d'objet il y a une libido du moi du sujet à lui-même sur le corps qui précède toutes les autres pourquoi j'insiste là ?
1:28:07 parce que la gravité plus tard là c'est le médecin c'est le piquette maintenant qui parle la gravité des désordres psychiques va être fonction de la période où remonte la régression que fait le malade plus on remonte à un stade archaïque et ancien au stade par exemple dit sadico-anal c'est l'époque où les dents commencent à pousser et où il y a un contrôle des sphincters donc l'enfant peut commencer à accorder ou à refuser ce qu'on attend de lui vous vous voyez ce que je veux dire n'est-ce pas ?
1:28:41 son rot par exemple vous savez il y a des moments qui attendent qu'il fasse son petit rot après le biberon et bien il y a une époque où il ne peut pas rien contrôler de tout ça et puis il y a une époque où il peut la première relation à l'autre commence par une espèce de petit chantage comme ça je le donne ou je ne le donne pas et c'est sur le don et oui c'est bien de loin donc plus une régression remonte à un stade ancien plus elle est grave or dans la dépression je fais un raisonnement j'ai l'air comme ça de faire l'interprétation alors je suis dans ce qu'on les mathématiciens appelle l'axiomatique on va se mettre d'accord je pars d'un axiome que je vous demande de m'accorder c'est pas obligé celui de Hegel qui dit que tout désir est destructeur au départ si je désire une pomme etc.
1:29:26 je vais la broyer c'est pas si un singe désire une banane c'est qu'elle va être de la bouillie dans son estomac tant mieux je n'ai rien contre ça mais tout désir est destructeur et tout désir dès qu'il s'accomplit n'est-ce pas au moment où il s'accomplit où il se satisfait détruit l'objet du désir mais pas du tout il y en a qui vont vous plaisanter enfin je désire ma femme mais je n'ai jamais voulu la détruire va voir de près n'est-ce pas je me mets dedans on ne sait jamais vous savez il y a plein de gens qui veulent transformer le caractère avant de me connecter comme ça mais attention c'est compliqué ces choses-là vous connaissez le mythe du Pygmalion on s'accorde que le désir est destructeur juste pour voir le raisonnement après mais quand le désir se heurte à des os j'allais dire en parlant mal lorsque le désir tombe sur des échecs dans le monde extérieur il fait un repli sur soi je suis en train de faire la genèse de la dépression qui était une maladie d'époque à l'époque de Freud c'était plutôt il y a des maladies d'époque comme ça c'était plutôt l'hystérie puisque le psychanalyse commence par les Studien über Hysterie qui l'a fait en collaboration mais
1:30:38 dans notre époque c'est plutôt la dépression qui l'a emporté or la dépression est très bien analysée à partir de cet axiome le désir ne pouvant pas être satisfait à l'extérieur reflue vers le moi et là l'intéressé retrouve le narcissisme primaire il attend et la régression est beaucoup plus grave là je réponds et je donne raison à Raoul d'où la difficulté qu'il y a à faire face à ce narcissisme parce qu'il correspond à des pulsions extrêmement archaïques et donc très fortes mais là où je rassure un peu que ce n'est pas infaisable c'est que ce malheur intellectuel n'est-ce pas que ça se répand avec l'extension qu'on lui connaît actuellement et que déplore à juste à titre Raoul a eu des causes essentiellement historico-politiques au lieu de se dire je suis un pauvre type j'ai tout raté de toute façon j'ai toujours j'ai jamais pu me débrouiller avec les femmes je me suis toujours fait vider de là où j'ai travaillé il y a des heures d'amertume où chacun peut
1:31:48 se trouver des refrains comme ça d'autodénigrement qui sont typiques de la dépression qui en sont un des symptômes majeurs et je me mets du temps je veux dire je suis en train de créer des groupes opposés les uns aux autres je plains même ceux qui ne sont jamais passés par là comment je dis dans les élites la aristocratie les meilleures il y en a qui n'ont pas de complexe c'est bien c'est grave et la libido d'objet reflux sur le moi et donc détruit le moi appliquons le théorème de départ le désir est destructeur vous voyez je m'autodénigre je suis un pauvre petit et là je réponds directement à Raoul j'explique le mécanisme du succès de ce développement personnel ou le facteur religieux mystique spirituel appelez ça comme vous voulez mais il y a toujours un dieu qui couvre ses griffes y compris des méthodes de comment peler les pommes j'en sais rien n'importe quoi on en trouve toujours n'est-ce pas quelque part rien que dans le vocabulaire n'est pas méditation zen ce que vous voulez alors ceux qui n'aiment pas le mot religieux parce qu'ils seraient discrédités vont dire non non c'est pas le mot religieux c'est la spiritualité bon d'accord c'est possible
1:33:05 ce reflux qui détruit qui est censé détruire la personnalité si ça a autant de prégnance c'est pour ça que j'ai dit un peu de manière expéditive depuis que le mur de Berlin est tombé parce que il est évident que des pensées qui se réclament du matérialisme qui soient dialectiques ou historiques n'est-ce pas sont des atteintes au narcissisme Freud disait qu'il y avait trois grandes atteintes au narcissisme de chacun dans l'histoire c'est important je parle de traumatisme collectif ici individuel c'est autre chose c'est le passage quand on passe de la Moyen-Âge à la Renaissance à la révolution scientifique c'est-à-dire le passage du géocentrisme à l'héliocentrisme ça a été une atteinte d'apprendre que moi qui me croyais le centre du monde je suis en fait à la périphérie moi l'homme c'est une atteinte n'est-ce pas représentation qu'avait l'homme de lui-même au centre de l'univers créé par Dieu première première atteinte deuxième la théorie de l'évolution comment dire
1:34:17 un bout la saison en enfer moi moi qui me suis dit mage ou ange dispensé de toute morale je suis rendu au sol avec la réalité rugueuse à étreindre un devoir à chercher il y en a qui en sont loin actuellement d'après la manière dont on a commencé cette vidéo oui et puis voilà que tout d'un coup il y a l'autre qui me dit mais non c'est du singe que ça procède c'est plus compliqué que ça on se comprend c'est pas qu'on a une origine en tout cas animale bestiale deuxième grande blessure narcissique l'histoire des idées et puis la psychanalyse qui dit que le centre moi ma pensée ma conscience oh pardon c'est pas ce que je voulais dire mais Freud il dit mais si c'est pas ce que tu voulais dire mais tu l'as dit et c'est en fait ça c'est dans ton lapsus qu'on va t'a penser t'involont c'est réel on sait bien que tu es un brave type qui travaille pour bien de l'humanité mais tu fais des millions de morts à l'autre côté de la planète donc il y a un petit problème quoi je dis ça parce qu'il y a rien de plus ravageur par les temps qui courent que le droit de l'homisme je veux dire demander aux Irakiens aux Afghans c'est terrible quelle honte et c'est pas fini troisième
1:35:31 le troisième blessure narcissique le surgissement de la notion d'inconscient qui décentre le sujet voilà en quoi le sujet est décentré vous voyez vous savez prenez un poulpe on dit qu'il faut les retourner les poulpes pour ne pas qu'il vous attrape le bras prenez un gant vous le retournez c'est ça que doit faire l'analyse et là je parle de l'analyse vous voyez parce que pour qu'on se comprenne au niveau vraiment du psy etc mais quand c'est Marx et quand c'est l'analyse sociale oh là là là quand c'est la notion d'idéologie qui prend la place du terme refoulement chez Freud l'idéologie c'est à dire comment je ne veux pas avoir la vérité que je l'enveloppe n'est-ce pas dans un discours fantasmé et fétichiste c'est difficile c'est une grande histoire celui du narcissisme alors donc le contraire du narcissisme c'est d'assumer la division qui est à l'intérieur du sujet la division de l'intérieur de chacun de nous la division la contradiction on a tous connu les premiers jours dans la cour de l'école sans maman c'est une manière d'assumer les contradictions qu'on a entre la vie collective n'est-ce pas et la vie privée voyez qu'on n'était pas loin
1:36:41 d'Antigone entre la famille et la société civile or vous voyez que dans les tout premiers passages dans les paragraphes 6, 7, 8 de la philosophie du droit vous avez cette remarque toujours une remarque après avoir critiqué des formes de volonté c'est pas notre sujet chaque conscience se conçoit comme un universel comme la possibilité de s'abstraire de tout contenu je ne suis pas français je ne suis pas chrétien je n'ai pas ceci je n'ai aucune détermination je suis moi moi c'est moi voilà comme dit Fichte comme la possibilité de s'abstraire de tout contenu et comme particulier avec un certain objet un certain contenu un certain but ces deux moments ne sont pourtant qu'abstraction le concret et le vrai et là il y a une parenthèse que je vous demande de réfléchir si vous voulez comprendre Hegel où il dit et le vrai est toujours concret sont l'universel qui a pour opposé le particulier mais un particulier qui écoutez bien par sa réflexion en soi
1:37:51 s'est accordé à l'universel cette unité est l'individu définition extraordinaire de l'individu c'est pas le particulier Hannah Arendt opposé à la méchante société qui l'opprime non non c'est la synthèse du particulier universel je répète cette phrase ça l'air abstrait le concret et le vrai et tout vrai est concret sont l'universel qui a pour opposé le particulier mais un particulier qui par sa réflexion sur soi je dis que j'ai rien dans le fou de ceci et de cela est-ce que c'est sûr est-ce que je regarde parce que l'autre jour je disais le contraire oui un particulier qui par sa réflexion sur soi s'est accordé à l'universel cette unité est l'individualité non pas dans son immédiateté comme on dit telle vache est dans le troupeau qui est individuelle parce qu'elle a une tâche noire sur l'œil gauche ça c'est l'individualité au sens contingent mais selon son concept même les deux premiers moments l'universel abstrait le mauvais universel et le particulier qui se prend qui n'est pas la force elle est jusqu'à l'individu les deux premiers moments que la volonté puisse s'abstraire et qu'en même temps elle soit déterminée par elle-même ou par quelque chose d'autre sont facilement accordés ou conçus parce que pris chacun pour soi
1:39:01 ils sont des moments abstraits sans vérité mais le troisième écoutez bien on y arrive j'étais parti de la scission qui doit y avoir à l'intérieur de chacun de nous écoutez bien le vrai le spéculatif et le vrai en tant que conçu ne peut l'être que spéculativement c'est le terme qu'il emploie pour remplacer le dialectique dans ses derniers ouvrages spéculatifs le miroir tout est inversé vous savez on l'a vu tout à l'heure le troisième est-ce que l'entendement se refuse toujours à pénétrer vous avez bien dit que l'égal est pour la raison mais l'entendement lui il a des limites parce que l'entendement se refuse toujours à pénétrer lui lui l'entendement qui justement appelle toujours inconcevable le concept la démonstration écoutez bien c'est le cœur la démonstration et la discussion de ce cœur de la spéculation de l'infini comme négativité qui se rapporte à soi Hegel est un grand Freud vous voyez moi là-dessus vous savez il était un grand ami de Goethe son grand contemporain et Goethe avait une formule célèbre par rapport au romantique il s'envoie j'en peux plus je vais me suicider la mélancolie le monde est invivable Freud disait stirb und werde meurs et deviens mon vieux assume et puis il passe à autre chose un autre moment de ta personnalité stirb und werde
1:40:11 donc la démonstration à l'exclusion de ce cœur de la spéculation de l'infini là je ralentis comme négativité qui se rapporte à soi c'est assez solennel de cette source dernière de toute activité de toute vie et là c'est pas la vie biologique à la post-moderne et de toute conscience la démonstration donc parce que pour l'instant il ne fait que l'énoncer est l'objet de la logique on peut seulement ici faire remarquer il renvoie ses ouvrages on peut ici seulement faire remarquer que lorsqu'on dit la volonté est universelle la volonté se détermine on exprime la volonté comme sujet ou substrat déjà supposé mais elle n'est pas quelque chose d'achevé et d'universel avant la détermination et avant la suppression et l'idéalisation de cette détermination la négation car au contraire elle n'est volonté que comme activité qui opère sur soi une médiation pour entrer en soi autrement dit c'est quand on n'est pas à dire je ne suis ni français ni chrétien je ne suis même pas un homme qui vous dit monsieur que je sois un homme on se rappelle tous de ceux qui veulent nier toute détermination
1:41:22 mais il faut passer par là c'est bien c'est une libération des sociétés traditionnelles c'est très bien mais si on en reste là on est dans l'abstrait dans quelque chose qui n'existe pas donc après il faut revenir aux particuliers je suis français mais d'une manière libre et non plus autoritaire en voyant ce que ça implique comme avantage comme inconvénient etc je pense francilien ce que vous voulez Corse se met des gâts voilà je dis si vous préférez je tenais à aller jusqu'à ce cœur de toute pensée et de spéculation merci Raoul comment faire face je répète encore une fois sa question comment faire la promotion du devenir rationnel et hégélien face à l'attraction qu'exerce le développement personnel qui profite des pulsions narcissiques de chacun simulacre de cas spirituels et bien écoutez sur le front idéologique je ne connais pas de meilleur instrument que la parole je veux dire tant que si on a le pouvoir politique on peut faire autre chose on peut agir c'est encore mieux je suis le premier à le dire mais en attendant et c'est ma réponse sérieuse cette fois Raoul je ne veux pas botter en touche je veux dire c'est la parole qui consiste
1:42:32 à revenir sur ce que j'appelle moi le triangle maudit de cette post-modernité dominante c'est à dire le triangle qui a pour les trois angles l'universel l'homme et le progrès les trois notions les plus décriées les plus déconstruites n'est-ce pas et les plus mises en question par la pensée dominante ce serait déjà pas mal et exercez-vous non pas à défendre tantôt l'homme tantôt l'universel et tantôt le progrès mais à montrer que les trois procèdent du même concept que les trois que l'entendement sépare sont réunis dans la raison n'est-ce pas si vous regardez bien si vous enlevez l'homme l'universel vous enlevez l'humanité aussi j'illustre mon propos là après je passerai une autre question mais je voudrais terminer sur un cas concret on dit souvent les naturalistes d'aujourd'hui je parle là au niveau idéologique j'interpelle pas du tout les spécialistes en sciences de la nature que je respecte énormément et auprès desquels j'essaie de m'informer dans la mesure où je peux y comprendre quelque chose mais on entend souvent l'idéologie dans l'idéologie naturaliste mais l'homme il n'a rien inventé regardez la luciole
1:43:42 elle a inventé la lampe LED vous connaissez je veux dire le blaireau il a inventé l'excavatrice quand il creuse son terrier et ainsi de suite oui ils oublient ses andouilles mais il faut le dire vite quand même c'est incroyable parce qu'ils le savent ce que je vais dire pour le réfuter ils le savent très bien ils ont largement mille fois assez d'intelligence pour ne pas dire des bêtises pareilles c'est que le pauvre blaireau il ne peut faire que ça l'ours blanc vous l'enlevez du pôle vous le mettez en Amazonie il ne fait pas 48 heures on le repère vite on le perd comme le loup blanc il est adapté à son environnement où là il peut se cacher dans la glace et ce que vous voulez l'animal il n'est pas dans l'universel il est spécialisé à un biotope comme ils disent très bien les écologistes à un mode de vie et tout son corps et toute sa son hérédité est faite pour persister dans ce mode de vie ad vitam aeternam il n'a pas la possibilité tantôt d'aller dans les airs avec un avion tantôt d'aller sur la mer je reviens à Platon qui a une très belle phrase je crois que c'est dans les oui c'est dans les lois il dit il y a trois sortes d'hommes dans l'humanité il y a ceux qui travaillent la terre il y a ceux qui vont à la guerre et ceux qui vont
1:44:52 sur la mer voilà je rappelle que la Grèce est en grande partie un archipel l'homme n'a pas de détermination spécifique il n'a détermination qu'universelle c'est scandaleux qu'on ait fait qu'on ait produit qu'on ait conçu la notion des minimums vital à une époque qui n'est pas si ancienne comme si bon ça va si un homme a de quoi manger dormir etc et se reproduire ça suffit qu'est-ce qu'il demande de plus pour le MEDEF c'est génial comme tour de passe-passe vous ne pouvez pas assigner une fin dans tous les sens c'est-à-dire une limite et en même temps un but au désir humain c'est pour ça que Hegel parlait que ce que Platon n'a pas pu maîtriser c'est le surgissement à son époque de la personnalité libre infinie voilà rappelez-vous la conclusion du voyage de Baudelaire n'est-ce pas ô mort vieux capitaine il est temps levons l'ancre après avoir essayé toutes les formes d'évasion il y a la conscience malheureuse de l'époque ô mort vieux capitaine c'est beau comme image il est temps levons l'ancre ce pays c'est-à-dire le réel
1:46:02 empirique dans son ensemble ce pays nous ennuie ô mort appareillons si le ciel et la mer sont noirs comme de l'encre nos cœurs que tu connais sont remplis de rayons de nouveau repli sur l'intériorité verse-nous ton poison pour qu'il nous réconforte nous voulons tant ce feu nous brûle le cerveau plonger au fond du gouffre enfer au ciel qu'importe au fond de l'inconnu et c'est le dernier mot des fleurs du mal pour trouver du nouveau indéterminé peu importe ce que ce soit pourvu que ce soit nouveau et autre poème où il dit étranger qu'est-ce que tu préfères les nuages là-bas les merveilleux nuages et oui tout ce qui est une forme un peu indécise indéterminée c'est l'époque de l'impressionnisme on se comprend merci Raoul voilà et merci de nous suivre avec tant d'assiduité alors ça c'est une question que tu as eu la semaine dernière elle est en deux parties donc ça c'est la première et elle est en deuxième partie oui ah oui absolument Armin Chahardoli alors la deuxième partie c'est celle-ci non ça c'est la première ah d'accord ah oui oui le rappel parce que je l'avais vu celle-là peut-on considérer je le rappelle pour les autres la condition faustienne comme une étape essentielle du passage vers la pensée moderne alors comme j'étais très occupé j'ai pas eu le temps
La condition faustienne et l'infinité du désir
1:47:12 d'avoir un petit échange écrit avec Armin pour savoir qu'est-ce qu'il appelle la condition faustienne je suis sûr qu'il connaît très bien l'histoire de Faust mais qu'est-ce qu'il parce qu'il y a beaucoup de choses dans Faust alors comme il explique dans la seconde ça va peut-être être plus clair si cette condition est importante dans le passage vers la modernité elle est toujours elle est toujours d'actualité point d'interrogation il veut dire est-elle toujours d'actualité sans doute faut-il pactiser avec un Mephisto pour vivre notre Bildungsroman personnel voilà une belle question dites donc je vous rappelle c'est pas ce qui est en plus on compare chinois que je ne vais pas être réductible que le rien ne me satisfait dans tout ça et donc il décide en désespoir de cause il dit si je demandais au diable après tout lui il s'y connaît
1:48:22 après tout en satisfaction de désir je veux dire quand même il en connaît des manières de nous faire jouir et donc il convoque le diable n'est-ce pas il connaît assez la magie pour convoquer le diable l'esprit Méphisto celui qui se présente en disant je suis c'est lui qui nie et voilà je ne veux pas perdre de temps très rapidement voilà le deal vous savez bien du côté du diable c'est vite vu le deal lui ce qu'il veut c'est l'âme l'âme du pécheur n'est-ce pas lui il a sa comptabilité plus il a d'âmes plus il l'emporte sur dieu n'est-ce pas c'est une c'est une longue guerre et quand faust lui il dit moi je donne mon âme il n'y a pas de souci à une seule condition c'est peut-être ça la condition je ne suis pas du même que c'est ça c'est que tu me fasses éprouver un bonheur un plaisir tel que je puisse envisager que le temps s'arrête sans jamais m'en lasser et que je puisse dire à l'instant verweile doch du bist so schön reste tu es si beau n'est-ce pas c'est très célèbre voilà et tout le faust il va mettre 40 ans à l'écrire je veux dire Dieu sait si un diable il a des ressources il va jusqu'à ressusciter l'ancienne Hélène de Troie
1:49:32 la plus belle femme de tous les temps pour l'offrir à Faust bon ça lui plaît un instant mais enfin il allait se passer comme un nuage et et donc c'est cette infinité qui fait la supériorité de l'homme et sur Dieu et sur le diable rappelez-vous la citation de Hölderlin que j'essayais de caser de temps en temps c'est qu'il y a une supériorité de nous sur les immortels dans le contexte des dieux grecs c'est que nous nous savons la limite nous connaissons la limite nous avons donc une psyché des inquiétudes que les immortels ne connaissent pas car ils ne peuvent pas tout les dieux les mortels avant eux vous et moi atteignent l'abîme ainsi avec eux avec vous moi avec nous l'écho change car il est long le temps une belle pensée de l'histoire il est long le temps mais il survient le vrai mais il est long il faut la patience faut-il pactiser avec un Mephisto pour vivre notre Bildungsroman personnel je sens qu'il est un peu tenté Armin de pactiser avec Mephisto ma foi Mephisto il a des ressources j'avoue c'est difficile
1:50:42 de ne pas se laisser séduire par un tel tentateur il ne nous présente pas des tentations il est l'incarnation même de la tentation mais ce qui nous rassure c'est qu'il n'arrive pas à nous satisfaire et là si vous voulez Goethe retrouve un petit peu tenez un des rares chrétiens que Nietzsche portait dans son cœur c'est Pascal Pascal avec son analyse du divertissement Pascal dans une optique catholique à l'époque enfin catholique janséniste ils étaient pourchassés par l'église catholique officielle Pascal disait que la meilleure preuve que nous ne sommes pas d'ici c'est le fait que rien d'ici ne nous satisfait vous avez déjà vu cette infinité moderne quand je me suis m'examiné les hommes je me suis aperçu que leur malheur vient de ne pouvoir rester en repos dans une chambre voilà donc il ne faut pas pactiser avec Mephisto ça veut dire si on prend rigoureusement le deal dans le texte de Goethe ça voudrait dire accéder à un plaisir tel que ça y est on peut se concevoir un peu comme la langue des abeilles
1:51:53 n'a pas évolué depuis qu'il y a des abeilles n'est-ce pas alors que le français que je parle maintenant n'est-ce pas aurait été incompréhensible pour celui de Rabelais et vice versa l'histoire ce n'est pas la nature voilà donc rester insatisfait mais à condition quand même de tenter toutes les satisfactions possibles uniquement pour voir qu'elles ne vous suffisent pas alors c'est à moi de faire le tentateur là vous voyez voilà comment je réponds à Armin Sacha qu'est-ce qui justifie l'aversion profonde de certains marxistes envers Foucault au-delà de la critique souvent rapide du post-modernisme j'ai du mal à croire que Foucault soit à jeter sans reste personne n'a dit qu'il fallait jeter je veux dire soyons clairs d'abord là si je croise le fer c'est qu'il est là premièrement mais ceci dit Sacha semble oublier que c'est d'abord une idéologie dominante c'est un maître vous ne pouvez pas écrire un ouvrage de philosophie anglo-saxonne sans voir le French Doctors et au sommet Foucault il faut se poser des questions ça ne veut pas dire que c'est des imbécilités j'ai même dit tout à l'heure que c'est quand même un philosophe c'est quand même quelqu'un qui connaît les textes c'est quelqu'un qui a de la culture surtout picturale
Foucault, idéologie dominante et lecture de Descartes
1:53:03 plus que musicale c'est un autre débat je dis ça parce qu'à Heidegger pareil c'est curieux un jour je consacrerai un atelier à ça mais ce n'est pas aux arts de l'espace et aux arts du temps dichotomique il serait peut-être temps de repenser de temps en temps je continue ma petite parenthèse tout en réalisant que le cinéma joue sur les deux registres ça a à la fois du temps et au même temps de l'image de l'espace l'opéra aussi d'ailleurs je reviens à Foucault je lui reproche qu'il vient à son heure alors il était urgent de démarxiser le monde j'ai rappelé tout à l'heure que le monde n'a jamais été marxiste qu'il y ait à l'époque n'est-ce pas un équilibre une puissance capable de faire réfléchir regardez comme comme 3200 aéronefs ont été abattus pendant la guerre du Vietnam par les vietnamiens aéronefs hélicoptères avions américains vous avez entendu parler de beaucoup d'avions américains dans votre génération qui ont été abattus dans tous les conflits qu'il y a parce que les Popov ils étaient là n'est-ce pas
1:54:13 et pourquoi les gens de l'apartheid du régime raciste de l'apartheid afrique sud n'ont pas sablé le champagne dans l'angola marxiste alors que leur troupe était à 15 kilomètres de Luanda c'est parce que les cubains sont venus prêter assistance n'est-ce pas au président poète révolutionnaire Agostinho Neto je le rappelle au passage Foucault est arrivé au moment où il fallait se débarrasser de cette tutelle insupportable n'est-ce pas de cette tentation marxiste n'oubliez pas ce qui s'est passé dans les années 30 la plus grave crise qui a subi le capital avant celle que nous vivons certains disent depuis 2008 ça a commencé bien avant mais disons qu'on ne peut plus cacher en Afrique on dit on ne peut pas cacher le soleil avec son doigt qu'on ne peut plus cacher depuis 2008 et qui ne cesse de s'aggraver si vous suivez un petit peu ce qui se passe au niveau financier je ne parle pas au niveau boursier les bourses prospèrent au moment où c'est le pire je veux dire ça c'est bien connu la veille du grand crash et du jeudi noir les bourses étaient montées comme jamais je vous dis ça parce qu'il y en a qui confondent la finance avec la bourse donc j'y reviens qu'est-ce qui s'est passé dans les années 30
1:55:23 au moment où le modèle capitaliste l'Occident se voit discrédité comme jamais où il y a 20 millions de chauffeurs de chômeurs rien qu'aux Etats-Unis il y en a 20 millions l'Allemagne c'est colossal et à ce moment-là il y a les plans quinquennaux de l'autre côté et l'Union soviétique qui était partie d'une espèce de paysannerie d'une misère millénaire devient la deuxième puissance industrielle mondiale en deux plans quinquennaux c'est à ce moment-là que les intellectuels sont attirés par une certaine actuelle par le marxisme c'est à ce moment-là qu'il y a le réseau Philby vous avez entendu parler de Philby ?
1:55:57 non ? vous devriez Philby P-H-I-L-B-Y l'espion de sa majesté l'espion qui était comme un serpent réchauffé au sein de sa majesté c'était écoutez bien c'est pas croyable c'était un membre de l'intelligence service un deuxièmement un membre il était responsable le premier responsable des liens entre l'intelligence service et la CIA entre l'espionnage américain et l'espionnage anglais enfin entre le contre-espionnage américain et le contre-espionnage anglais c'est ça Philby il était chargé du lien et c'était un espion soviétique fort quand même il était entouré par un clan qu'on a appelé le clan de je ne me rappelle plus c'est Cambridge je crois parce que c'est tous voilà et oui ils étaient attirés parce que vous voyez ce qui se passait il y a un monde qui s'écroule et un autre n'est-ce pas qui donnait tout un coup de l'espoir à l'humanité et Foucault lui c'est la liquidation de tout ça et deuxième reproche si pourquoi pas si c'est un débat d'idées peut-être moi je vais vous rassurer tous les soirs je mets en question
1:57:07 ce que j'ai pensé le matin je ne vais pas rassurer de rien de manière définitive à ce niveau-là peut-être que tout le marxisme est une immense erreur je parle du marxisme de l'oeuvre de Marx je ne parle pas de comment elle est incarnée ici ou là et encore que je préfère le bilan de Cuba à celui de l'Afghanistan sous la botte américaine ou de nos fidèles alliés d'Arabie Saoudite qui ont fait des affaires énormes en ce moment comme vous savez n'est-ce pas et où on décapite sur la place publique et où les femmes n'avaient pas le droit de conduire bon bref donc mais ça va venir les américains vont leur conseiller de donner le permis aux femmes parce que sinon ça passe de plus en plus mal et puis le sociétal c'est important maintenant pour le capitalisme en détresse je suis en train de préciser quoi qui est en liaison direct avec sa question c'est la malhonnêteté intellectuelle oui je suis j'alourdis la charge de Foucault je prendrai qu'un exemple et je reviens à Descartes passage un des plus célèbres de l'oeuvre de Foucault n'est-ce pas c'est montrer comment le mépris le réductionnisme dans lequel au siècle de la raison on traite la folie
1:58:17 dans un ouvrage remarquable d'érudition par ailleurs de finesse d'analyse je ne parle pas de bêtise ou d'inculture on n'est pas dans je ne vais pas nommer les autres post-modernes c'est quelqu'un c'est pour ça que je suis plus sévère il y a moins d'excuses il connaît bien le texte de Descartes or qu'est-ce qu'il dit ici le fameux passage de la première méditation où Descartes qui a pour titre des choses que l'on peut révoquer en doute tout ce qui est on peut trouver la moindre occasion de douter il faut en douter comme si c'était totalement faux c'était une bonne stratégie de Descartes j'ai décidé de réputé pour faux tout ce qui n'était que vraisemblable de sorte pour être sûr de ne pas se laisser tromper c'est l'obsession presque paranoïaque de Descartes des fois de ne pas se tromper et dans ce passage extraordinaire je vous conseille quand même polar lisez la première méditation c'est des textes incroyables ils commencent par dire de quoi on peut douter ?
1:59:16 d'abord de ce qui est le plus évident un bruit lointain est-ce que c'est un camion un avion c'est pas lui qui dit avion un camion un avion l'orage je vais aller savoir je sais pas parce que ça c'est ce qu'il appelle les sensibles éloignés et puis plus on se rapproche ils pensent comme tout le monde comme vous et moi je peux pas douter que mon livre est là que le piano est là et que j'ai un écran devant moi ah mais attendez dis les gars on peut douter des sensibles éloignés mais par contre je ne peux pas nier que je suis en train d'écrire ici auprès du feu c'est Descartes qui parle qui écrit c'est extraordinaire il faut lire ça il me semble que c'est le propos délibéré que j'étends cette main et que j'écris je suis pas en train de rêver il est en train de s'apercevoir que il dit si ce n'est douter de ça douter des sensibles rapprochés comme je doutais de la rumeur au loin sans savoir si c'est l'orage ou un camion des sensibles rapprochés si il y en a qui doutent de ça mais c'est des fous c'est là qu'ils parlent des fous si ce n'est que je me compare je reprends la lettre du texte à ces insensés dont le cerveau est tellement offusqué par les noirs vapeurs de la bile causalité un peu étrange
2:00:26 de la folie à l'époque qu'ils croient être des rois alors qu'ils sont tous nus et qu'ils ont un corps de cruche ou de verre mais quoi ce sont des fous là on sent le mousquetaire tout d'un coup vous voyez qu'ils dégainent presque l'épée mais quoi ce sont des fous et je ne serais pas et je ne serais pas moins fou si je me réglais sur leurs exemples et voilà mon fou qui clôt le passage là c'est là il est malhonnête parce que ça continue n'est pas et voilà au siècle de la raison comme on définit l'homme comme raison tout ce qui n'est pas raison est classé dans une inhumanité qui est l'objet du grand renfermement moi je continue la phrase la ligne d'après point à la ligne toutefois Descartes qui dit toutefois j'ai ici à considérer que je suis homme et que par conséquent j'ai coutume de dormir c'est quelqu'un de méthodique Descartes et de me représenter dans mes rêves des choses aussi extravagantes et même quelquefois plus extravagantes que ces insensés lorsqu'ils veillent et quelle auto-humiliation les grands moments de l'histoire de la pensée en voilà une auto-humiliation en voilà quelqu'un qui comme Hegel porte la négativité à l'intérieur du sujet
2:01:36 je croyais être sûr de ça je ne peux pas douter que cette main-ci que je suis en train d'écrire et pourtant que de fois j'ai dit en rêve ah salut Christophe comment tu vas ? et en fait il n'y avait pas de Christophe personne ne il n'y avait pas quelqu'un qui me murmurait Christophe quand je dormais à l'oreille c'est curieux quand même mes critères dans le rêve sont sensibles aussi mais je vous dis que j'ai vu ma grand-mère en rêve ben oui ben j'ai vu donc la vue ce n'est pas un critère la vue elle seule le toucher non plus ah je sais quand c'est froid quand c'est chaud ah oui oui mais tu ne sais pas si ce que tu appelles froid et chaud ça fait 17 degrés parce que ce qui est froid pour un Africain est chaud pour un Russe donc ne faisons pas des millions de morts à se disputer de savoir s'il fait chaud ou s'il fait froid on invente le thermomètre et c'est un travail c'est pas un prolongement de l'œil ou du toucher ça c'est un prolongement de la pensée du raisonnement parce qu'il faut mettre en parallèle la longueur d'une tige de mercure la température qui fait à l'extérieur il a fallu des millénaires pour en arriver là ou pour faire l'horloge de Huygens qui nous permet de mesurer le temps tout simplement n'est-ce pas ?
2:02:41 donc quand on dit il fait 18 degrés après vous vous considérez qu'il fait chaud c'est votre affaire c'est pas l'affaire de la science c'est pas les termes scientifiques les qualités les adjectifs qualificatifs je dis ça parce que ça fait 50 ans qu'on nous bassine avec la qualité de vie et je reviens aux écolos mais oui vous voyez que ça se tient tout ça on sait bien que la qualité c'est ce qui a disparu avec la science enfin bon sang adjectifs qualificatifs noir, jaune, bleu, vert mais à partir du Newton on sait que tout ça ce sont des modifications d'une seule substance qui s'appelle la lumière et que ce sont des différences quantitatives à savoir de fréquence de vibrations par seconde si vous préférez c'est important ce qu'on est en train de voir voilà ce que je reproche à Foucault c'est d'avoir fait la régression envers ses acquisitions alors il y en a encore une fois que je critique les néopositivistes qui critiquent comme moi Foucault c'est un type intelligent et cultivé mais il y en a à Paris des gens fin et cultivés il y en a eu plein pendant la collaboration mais la qualité parce qu'il y en a
2:03:51 qui vous disent vos revendications de salaire tout ça tout ça c'est quantitatif vous vous rappelez le mépris de Cohn-Bendit en 68 métro, boulot, dodo voilà les prolos il n'y a que ça qui les intéresse métro, boulot, dodo il faut avoir une morgue pour en arriver là et surtout il faut bien savoir où dormir il ne faut pas avoir de problème d'emploi pour en arriver à ce mépris cette haine des masses qui est commune à la fois à un certain écologisme au post-modernisme et à l'autre qui dit que à part quelques individus d'élite tous les masses se vendent pour le fouet des esclaves voilà ce que je reproche Foucault je ne mets pas sur le même plan j'essaie d'être honnête ce que je reproche Foucault c'est sa malhonnêteté intellectuelle car il connaît très bien peut-être mieux que moi le passage de Descartes quand je parle peut-être qu'il le connaît par cœur où il y a une auto-humiliation et un hommage à la folie indirecte où il dit après tout dans mes rêves je me représente des choses aussi extravagantes et quelques fois plus extravagantes que ces insensés lorsqu'il veille et maintenant je termine la phrase de Descartes de sorte qu'en y pensant soigneusement
2:05:01 et en y repassant je m'aperçois qu'il y a point d'indice concluant qui me permet de distinguer le sommeil de la veille que j'en suis tout étonné et à l'époque attention c'est le tonnerre l'étonnement j'en suis tout étonné et que cette pensée est presque capable de me persuader que je dors on est loin de l'esprit cartésien comme on dit les pieds sur terre on est au bord de la folie c'est magnifique voilà comment je réponds à Sacha je ne me fais pas du tout je ne suis pas en train de jeter Foucault à la poubelle je préférerais passer la soirée avec Foucault à condition qu'on parle de la musique qu'avec bien d'autres soyons clairs voilà les discussions n'est pas closes bonjour Karim Nazim bonsoir pardon connaissez-vous la situation au Danemark les sociodémocrates qui pratiquent une politique extrême droite que même la Hongrie n'oserait pas faire dites donc il y a quelqu'un qui est au courant ça me rassure j'ai l'impression que le pire est en train de se développer surtout en Europe sans que tout le monde personne s'en émeuve pardon je n'ai déjà parlé du danger de guerre je n'y reviens pas je vous ai dit que j'y reviendrai
La social-démocratie danoise et l'extrême droite
2:06:11 mais pas ce soir mais le fait que dans les pays qu'on représente comme les plus démocratiques ce n'est pas les pays scandinaves par exemple ce n'est pas et ça fait plusieurs fois mes vidéos en témoignent que je dis regardez bien dans les coalitions qui sont au pouvoir dans les pays aucune de ces coalitions ne serait au pouvoir sans des accords de gouvernement avec des partis ouvertement néo-fascistes et je ne parle pas que de l'Autriche oui oui je la connais Karim merci de la mettre sur le tapis et de faire en sorte qu'on en parle un peu plus que d'habitude oui les sociodémocrates mais quoi les sociodémocrates tenez vous voulez que je dise du bien de Foucault je pense à la question d'avant tout en répondant à Karim je veux dire il a dit une phrase intelligente dans sa vie la plus intelligente lorsqu'il a dit Mitterrand c'est Vichy vous connaissez son histoire celui-là Mitterrand c'est Vichy oui c'est une vieille histoire les sociodémocrates je ne parle pas de l'électorat des sociodémocrates il y a des gens très sincères attachés à des souvenirs comme Jaurès à la démocratie à la république dans l'électorat de la social-démocratie encore qu'ils se font
2:07:21 rare maintenant la preuve je vois les chiffres mais pendant longtemps c'était la base dans laquelle puisaient sans vergogne ceux qui s'appropriaient un électorat de gauche alors qu'il n'avait jamais appartenu à la gauche je vous rappelle que lorsque Mitterrand est devenu président du PS il n'avait pas sa carte au parti c'est quand même extraordinaire d'une histoire comme ça il était dans des structures enfin je ne veux pas que chacun sait qu'il a milité dans les camelots du roi dans les trucs royalistes qu'il a manifesté avec des panneaux il a marqué dehors les Métèques vous savez même Zemmour il n'ose pas encore parler comme ça mais non pas tout à fait voilà donc c'est une vieille histoire donc quand Zemmour s'en prend à la gauche à la gauche lui vise sans doute les Mitterrand ça ça me fait rigoler et Karim Nazim se doute bien que tout ça un petit peu de la même couleur quand même la même grisaille comme vous voulez merci beaucoup Karim comment réfuter les thèses contre l'hégélianisme dit Marc C.
Hegel est-il libéral ? Réponse à Negri
2:08:26 d'Antonio Negri alors vous n'allez pas me sortir ni Negri je suis sûr que vous valez mieux que ça Marc franchement c'est des clowns pardon je suis un peu expéditif peut-être que c'est tard je suis fatigué je suis vieux j'en sais rien pour lui Hegel prône le libéralisme et la classe dominante bourgeoise on va vous répondre tout de suite n'est-ce pas je vais me déplacer une seconde voilà voilà voilà pardon mais comme le livre tombe en morceaux je l'ai mis dans une enveloppe donc c'est un peu laborieux tenez Hegel parle là de l'apparition du libéralisme c'est son époque il écrit ça c'est un Hegel de jeunesse on est en 1803 c'est vraiment embryonnaire les premières factories en Angleterre regardez bien
2:09:36 et il fait des pages quand je ne dis pas de qui c'est tout le monde dit que c'est du Marx c'est ça il vient de parler d'une fabrique d'épingles enfin passons nous ne nous égarons pas ces travaux variés parlent de la société civile moderne industrielle ces travaux variés en vue de la satisfaction des besoins pris comme choses doivent de même réaliser leur concept leur abstraction ne faites pas attention au début qui est un peu abstrait leur concept universel doit de même être une chose comme eux je vous le dis tout de suite si vous vous perdez il est en train de s'approcher de la définition de l'argent de la monnaie leur concept universel à tous les besoins doit de même être une chose comme eux mais une chose en tant qu'elle est un universel les représente tous l'argent et c'est souligné est ce concept matériel existant attention tous les concepts n'existent pas le concept d'ange un être surnaturel qui a des ailes etc c'est un concept ça ne veut pas dire qu'il existe l'argent est ce concept matériel existant la forme de l'unité la forme c'est quand vous êtes payé quand vous avez votre paye vous êtes le roi du pétrole vous allez dans le magasin dans lequel vous n'alliez pas souvent parce que vous étiez un peu fauché
2:10:46 et là vous me dites allez je vais me le payer cette fois vous voyez on a tous une petite euphorie quand on a tout d'un coup de l'argent dans la poche ou sur le compte en banque je m'entends parce qu'on ne sait pas encore qu'est-ce qu'on va faire avec cet argent vous voyez ce que je veux dire formel il n'y a pas de contenu à mon désir ce qui est fou dans l'argent et ce qui nous rend fou à travers l'argent c'est que l'argent ne nous désigne pas du tout ce qu'on va en faire ce qu'on doit ou ce qu'on pourrait en faire il ne donne pas un contenu à la forme absolue qui est une forme réelle pas une forme platonicienne bon alors l'argent est ce concept matériel existant la forme de l'unité ou encore écoutez bien la possibilité de toutes les choses du besoin mais possibilité seulement je n'ai pas encore arrêté mon désir sur ceci ou sur cela je ne sais pas si je vais aller à Prague pour les vacances n'est-ce pas ou si je vais aller revoir la fille en disant tu vois j'ai dit mais maintenant t'es à moi bon je rive au côté méditerranéen bon pour être un garçon c'est pas la question le besoin alors écoutez bien c'est bien sérieux je réponds là le besoin et le travail élevé à cette universalité le monde moderne forment ainsi pour soi dans un grand peuple je suis en train de refuter la thèse du Hegel libéral dans un grand peuple un immense système
2:11:57 c'est ça libéralisme économique le monde bourgeois de communauté de dépendance réciproque une vie qui se meut en soi-même en soi-même autonome d'une réalité morte vie qui dans son mouvement s'agite d'une manière aveugle et élémentaire et qui, tel un animal sauvage a besoin continuellement d'être dompté et maîtrisé avec sévérité voilà pour le libéralisme de Hegel allez il faut travailler un peu de temps en temps je ne parle pas pour vous je parle les Negri c'est rigolo ça c'est les cumes 68 ne perdez pas du temps vous valez mieux que ça et si vous êtes jeune surtout là le temps est limité il y a des choses sérieuses à lire Platon Descartes et je ne sais pas moi Lukács Clouscard il y a des contemporains je ne suis pas toujours dans les antiquités il faut écouter des musiques contemporaines et non pas des musiques actuelles je parle comme les ministères la musique actuelle c'est rock, pop, folk techno musique contemporaine c'est une chose que vous n'écoutez jamais voilà il y a un peu par des mélomanes mais on n'écoute jamais d'ailleurs voilà Marc
2:13:08 j'ai l'air expéditif comme ça non je vous renvoie à la source la première philosophie de l'esprit 1803 c'est pratiquement la dernière page le chapitre qui s'appelle l'esprit d'un peuple où pour la première fois un philosophe ose dire qu'à la base de l'esprit il faut montrer qu'il n'est ni un libéral ni un idéaliste au sens courant qu'à la base de l'esprit il y a l'outil l'instrument que s'il n'y avait pas eu l'outil on n'aurait pas d'esprit c'est pas mal quand même pour un idéaliste voilà la force productive on dira plus tard pas très longtemps plus tard merci beaucoup Marc pardon je me suis énervé c'est pas contre vous moi je disais je suis bien pire que vous je parle comme un vieux quand j'avais votre âge voilà une chose inavouable de bêtises est-ce que tu veux faire une dernière question ?
Les pulsions dans une société sans classes
2:13:57 allez une si on a le temps c'est une question en deux temps oui de Joffrey c'est le premier temps vous décriviez il y a deux semaines dit Joffrey demande Geoffrey les pulsions de mort qui avancent en silence oui c'est Freud et les incohérences auxquelles mène le refoulement oui c'est plus grave les incohérences c'est plus grave que ça comment imaginez-vous une gestion de ces pulsions dans le cadre du communisme ça c'est des questions fantastiques bravo franchement Joffrey bravo ce refoulement pourrait-il prendre une autre forme défaut les socialismes réels ou même disparaître c'est une des meilleures questions que j'ai pu depuis bien longtemps et de ces s'en posent de pas mal parmi celles que Pierre-Alain m'a fait parvenir et donc je vous réponds d'abord non pas une boutade mais à un énoncé de Clouscard on lui demandait souvent mais enfin tu vois Michel moi j'ai des sympathies pour les idées communistes enfin que va devenir de cette économie l'amour par exemple qu'est-ce que tu en fais
2:15:07 tu vois tu me demandes de parler du noumène il répondait avec son accent du Tarn vous savez le noumène chez Kant la chose inconnaissable la chose en soi on est tellement déterminé par la division en classe sociale qu'on ne peut pas penser ce qu'est la société communiste le vrai noumène il est là c'est la société sans classe donc il n'est pas inconnaissable n'est-ce pas mais il n'est pas formulable comme ça par une réponse de Pagani au déjeté n'est-ce pas sur mais c'est très bien de poser la question et vous avez raison c'est l'aspect le plus profond de votre question de le mettre en rapport avec les défauts du socialisme réel je vous remercie de l'euphémisme qu'il y a dans le terme défaut il y en a eu il y a eu plusieurs des crimes il y en a eu il y a eu des injustices des crimes il m'arrive de dire ça exasperre mes amis du PRCF où j'ai beaucoup de camarades et que ce soit des camarades pas des adversaires quand je dis que j'aurais peut-être été le premier fusillé sous Staline avec ma grande gueule bon il en fallait moins que ça des fois mais il ne faut pas vous dire aussi que moi je vis dans la France confortablement je ne veux pas avec ma grande gueule je veux dire quand il y a une Union soviétique à peine à peine les bolcheviques arrivent au pouvoir pardon mais là il y a un peu d'autres questions mais pas tellement
2:16:17 encore que on est peut-être au centre de votre question et qu'à peine ils sont au pouvoir ils ne se sont pas encore on n'a même pas encore décidé premier plan encore et voilà que les Anglais les Français débarquent n'est-ce pas pour mettre fin à la révolution Weygand en tête n'est-ce pas en Finlande à l'autre bout là-bas de l'immense Eurasie les Japonais et les Américains on oublie toujours que les Américains ont débarqué en Sibérie orientale pour mettre fin aux Goulas qui sont ramassés les Rousses ils n'ont pas insisté c'est important ce qu'on est en train de voir quand on est environné d'ennemis comme ça je ne suis pas en train de défendre Staline mais je veux dire n'est-ce pas aller à Bakou il valait mieux d'y aller autrefois mais maintenant c'est dans un Azerbaïdjan qui est noyauté par la Turquie et par l'OTAN enfin comme tout ce qui est islamiste n'est-ce pas islamiste pas musulman musulman sont les premières victimes de l'islamisme n'est-ce pas monsieur Zemmour il s'en fout royalement Zemmour qui a 80 morts par semaine de Bagdad ce n'est pas son problème mais je reviens
2:17:27 aller à Bakou il y a un monument au mort au commissaire politique torturé à mort par les Anglais pendant la guerre civile on n'en parle jamais les Anglais qui faisaient pendant la révolte des Cipayes et aux Indes je quitte un peu le domaine géographique faisait boire aux Cipayes et qu'ils avaient capturé le sang des soldats anglais sur les marches d'escalier qu'ils avaient tués bon je ne vais pas faire le voyeur donc vous posez une très bonne question en tout cas là vous avez raison de la poser c'est que on ne pourra pas réussir la société sans classe si on ne la pose pas c'est pas comme ça à part d'une manière simplement intellectuelle c'est pas comme ça que ça se passe n'est-ce pas mais vous voyez si je cite souvent exprès et quelquefois pour taquiner certains qui se disent marxistes si je cite souvent un grand bourgeois rentier décadent mais un des plus grands écrivains de tous les temps je pense à Proust je le pense pour illustrer la lutte des classes qu'il illustre bien mieux que bien des marxistes c'est précisément en rapport avec votre question lorsqu'il parle du groupe
2:18:37 des jeunes filles sur la jetée À l'ombre des jeunes filles en fleurs et qu'il essaie de définir mais qu'est-ce qui fait que pourtant il y a une blonde il y a une rousse il y a une petite il y a une grande il y a une qui est mince et élancée l'autre qui est un peu boulotte pourquoi ce groupe a l'air homogène a un charme fou et il dit sans doute aussi la classe à laquelle elles appartenaient ou commençaient à se répandre des habitudes de sport et de confort que cette classe produit en quantité de belles cuisses de belles hanches mais vous voyez je réponds à votre question là là il y a une réconciliation possible et là je vous oriente à quelqu'un qui va répondre d'une manière plus détaillée à votre question à partir du principe que j'essaie de poser c'est Clouscard là il y a l'union de la praxis et de la psyché alors ne me dites pas il y a la justice sociale mais il ne faut pas oublier la psyché et les sentiments l'un est fonction de l'autre je compare vous voyez en Méditerranée vous arrivez avec une voiture qui en jette une Ferrari je ne sais pas n'importe quoi une Porsche je ne sais pas c'est que tel une voiture américaine on dit dès dans le temps
2:19:47 quand elle vous fait 50 litres d'essence au kilomètre bref au 100 il y a quelques semaines de long la voiture de l'oncle Pixou j'arrive là devant un café à Cannes et tout j'ai voulu la galerie n'est-ce pas les filles qui disent que c'est un producteur je fais des mecs aussi je me méfie et vous ne pouvez pas faire ça à Lille je dis ça parce que j'ai eu un coup de foudre pour les pays du Nord je suis un Corse pervers j'adore les pays du Nord et les c'est comme ça et pour des raisons diverses j'ai séjourné quelque temps au marché de Wazemmes pour ceux qui m'écoutent à Lille bravo dans le Nord de Lille et là-bas les gens ce qu'ils ont vécu on ne peut pas aller se nommer avec une belle voiture voilà ce que je suis en train de dire donc vous voyez on ne peut pas séparer comme ça la praxis d'un côté l'économique et de l'autre le monde du sentiment il y a une articulation intime mais là vous avez raison dans votre question et c'est le plus intéressant c'est que cette union a trop été négligée et trop souvent dans le socialisme réel pas toujours je finirai
2:20:58 sur sur un bel exemple de volonté politique lors de vacances j'étais en Allemagne de l'Est c'est une partie de ma belle famille d'ailleurs bref dans les années 70 quand l'Allemagne de l'Est commençait à émerger des ruines etc plus tard je manque l'Allemagne de l'Ouest elle a pris le plan Marshall non seulement elle a pris le plan Marshall mais elle a appliqué le traité de Potsdam c'est-à-dire que les dommages de guerre le fait aux soviétiques dès qu'ils fabriquaient un wagon ils partaient vous voyez c'était terrible à partir des années 70 parce que les soviétiques ont vu à quel point les Etats-Unis arrosaient le capitalisme de l'Ouest ils ont accordé une plus grande autonomie à l'économie est-allemande bref elle démarre après à ce moment-là et je suis reçu dans la Humboldt Universität c'est mon rêve j'ai vu sur des gravures celle où enseignait Hegel c'est sentimental je vais voir et d'abord on m'a dit que celui qui s'occupe des visiteurs de l'Ouest n'est pas là un peu comme j'ai insisté un peu en disant écoutez je ne viens pas souvent il y a seulement
2:22:09 la personne qui s'occupe des camarades venant de l'Est je dis moi ça me va très bien donc j'ai été reçu par un philosophe Udo Schwarz je me rappelle tout d'un coup de son nom que j'avais oublié Udo Schwarz qui me reçoit philosophe qui était hégélien et à un moment donné on parle de choses et d'autres et je lui dis à propos de l'emploi allez abordons les problèmes sérieux je ne vous l'ai pas dit mais à l'époque en Allemagne de l'Est tous les 50 mètres dans la rue vous aviez des panneaux devant chaque boutique entreprise Wir stellen ein nous demandons d'urgence ça peut aller de la fille qui passe la serpillière ou à un ingénieur qui fait des recherches sur le spin de l'électron je veux dire c'était vraiment partout il y avait un manque de main d'oeuvre d'une part à cause des pertes énormes de la guerre et les survivants qui fuient à l'Ouest attirés par le changement de cinq marques contre Amaf nous revenons pas sur ce qu'était l'Allemagne de l'Est avant la construction du mur avant que le monde diplomatique ne fasse cette une dont j'ai parlé une fois retentissante et que je vous recommande et que j'ai retrouvé grâce à Pierre-Alain dans les archives du monde d'ailleurs le vrai miracle a lieu à l'Est c'est pas l'humanité ou la Pravda je parle du monde des poids à dire
2:23:19 1972 donc je suis reçu par ce type là je lui dis bon d'accord il n'y a pas de chômage c'est bien il n'y a pas de chômage dans le pays l'Est c'est pas chez vous surtout c'est même le problème contraire manque de main d'oeuvre par contre pour cette main d'oeuvre là où vous pourriez pas vous entendre avec les polonais ils sont pas loin ces frontières et là-bas il n'y a pas de chômage c'est communiste c'est très bien ça coûte cher qu'il n'y ait pas de chômage vous ne voyez pas il m'a regardé il m'a dit vous voyez les maghrébins chez vous vous voulez qu'on fasse pareil vous voyez ça les aurait arrangés économiquement main d'oeuvre pas chère et polonais puis qu'est-ce qui ferait chez nous les travaux que personne ne veut faire qu'on fait en dernier et nous qui avons mis tellement de temps nous les communistes allemands pour la première fois il y avait un allemand une Allemagne n'est-ce pas anticapitaliste c'est énorme dans l'histoire nous qui avons tellement travaillé pour essayer de les dénazifier et d'enlever cette idée qui revient là parce qu'on a commencé par là de race seigneur on verrait tout d'un coup de nouveau nos allemands dire polak polak c'est comme bougnoule comme des termes très péjoratifs c'est pas
2:24:29 pour le travailleur immigré ben là j'ai admiré la volonté politique mais ça m'arrangerait économiquement je ne le fais pas voilà donc merci beaucoup pour cette superbe question je ne vais pas arrêter j'arrête ce soir parce que mon temps n'est pas illimité et ni le vôtre bien sûr ni celui de la régie et de mes amis mais j'y reviendrai Joffrey et continuer à communiquer avec nous ça nous rend service ce genre de question merci beaucoup bonsoir Sébastien Sébastien je te souhaite bonne fête si je peux me permettre voilà la chose en soi c'est la lutte des classes conclut-il et sa critique du libéralisme libertaire ben voilà quelqu'un qui a lu Clouscard c'est bien oui la chose en soi n'est-ce pas qu'on a cherché par-delà les confins de l'univers n'est-ce pas mental et matériel ou psychique ou idéal oui c'est la lutte des classes c'est la société sans classe c'est pas vrai voilà que deviendra l'amour là-dedans ben moi aussi je serais bien content de le savoir alors j'en profite
2:25:39 pour vous remercier devant la qualité de vos questions et de vous dire ben écoutez à dans 15 jours je suis sûr qu'on va vous régaler de quelques courts métrages d'ici là quelques courts format pardon format court voilà ça veut dire dans mon esprit maintenant je vais essayer de descendre en dessous d'une heure quand je dis court tout est relatif voilà j'essaie de faire des progrès très bonne soirée et à très bientôt