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Kant comme repère ; le bonheur, valeur qui unifie les Lumières
0:00 Pour enchaîner sur notre dernier épisode, on en était, si je me rappelle bien, à Kant, non ? Eh bien non, je vous ai piégé. Oui, on en était à Kant comme repère, s'il fallait un nom propre, mais je voudrais vous mettre en garde contre la personnalisation qui implique ces noms propres. Vous voyez, je reprends un peu toujours ma petite antienne depuis le tout début du cours quand je vous disais, ne comptez pas sur moi pour assister à de la baston entre les grands noms de la philosophie en opposant Platon à Aristote, Épicure, à Spinoza.
0:36 Et je préfère insister sur ce qu'ils ont tous en propre comme philosophes en quête de la Sophia. Mais donc c'est un petit peu lié à ça, et très précisément surtout parce qu'on en était à nous. Voilà ce que j'aimerais qu'on dise. C'est la modernité qui est en train d'apparaître. C'est nous, c'est vous, c'est moi à ce moment-là. On est à la fin du XVIIIe siècle. Je ne vais pas me répéter, mais vous voyez bien que la révolution industrielle anglaise vient de se produire, la révolution politique française qui se produit au moment même où Kant travaille à son énorme édifice critique, au point que ça le bouscule comme on l'a vu dans ses petites habitudes, puisqu'il va franchir la fameuse limite de ses promenades pour être le premier à avoir des nouvelles de la prise de la Bastille.
1:20 C'est quand même une époque pas banale. Et donc quand je dis Kant, je veux bien qu'on dise on en était à Kant, si Kant n'est simplement que le repère nominal qui exprime de la manière la plus adéquate, la plus impressionnante, la plus rigoureuse surtout, qui fait un peu le bilan du surgissement, de l'apparition de cette modernité. J'insiste sur la coupure que présente cette modernité dans ce petit préambule.
1:50 Je rappelle que s'il y a une idée qui unifie tout le siècle des Lumières, tout le mouvement qui va se terminer par les craquements auxquels je faisais allusion, craquements dont nous connaissons encore les effets, je ne dis pas nous subissons, parce qu'il y a aussi des effets positifs. Nous connaissons encore les effets. Ce siècle n'est pas homogène, quoi de plus opposé que Voltaire et Rousseau. Voltaire, qui est un entrepreneur, on dirait aujourd'hui, n'est-ce pas ? Très industrieux, astucieux. D'ailleurs, il avait une petite fabrique de soie à Ferney, là, en Suisse, et il comptait sur ses relations à Versailles, et les marquises pour faire la promotion et la pub. C'est un vrai entrepreneur. Voilà. Et puis sa conception en général, il faut cultiver son jardin, il faut renoncer aux errements métaphysiques, s'occuper, hic et nunc de ce qu'on a devant nous et enrichir le peu de réalité dont elle est susceptible de s'occuper. Voilà.
2:52 Mais quoi de plus opposé à Rousseau, qui donne la priorité aux politiques par rapport à ce qui semble s'appeler économique en termes autonomes ? Alors, il faudrait bien qu'on en arrive une fois à ce que vous fassiez un exposé. Il faudrait bien que Tristan nous fasse un jour un exposé sur l'autonomie de la science économique, comme question. Voilà. On n'a pas tous les jours de brillants représentants de cette discipline, on en a tous les jours sur les antennes, on n'en a pas tous les jours en chair et en os. Voilà.
3:28 Donc, ce siècle si divers, le sérieux de Montesquieu, très attentif pour les institutions et à ce qu'il y a de concret, un des tout premiers sociologues, le mot n'existait pas, à chercher ce qu'il y a d'objectif dans les lois, que ce ne soit pas seulement de la fantaisie des hommes. Quand je me suis mis à examiner les hommes, j'ai cru qu'ils n'étaient pas uniquement guidés par leur fantaisie. C'est la première phrase de l'admirable préface à l'esprit des lois. Eh bien, tout s'éclate. Qu'est-ce qui l'unifie malgré toutes ces divisions ? Malgré la lutte à mort de Voltaire et de Rousseau ?
4:05 C'est... Bonjour Sacha. Ça me fait plaisir. J'ai connu Sacha au sud du Sahara, au fond du Niger. Ça me fait trop plaisir. On l'a pas vu depuis longtemps. Ce qui l'unifie, c'est la valeur bonheur. C'est le siècle qui a osé le premier parler de bonheur comme valeur. Pas du salut. Le salut, ça existait avant. Bien sûr. Regardez, le siècle d'avant, toute l'œuvre de Pascal est consacrée au salut de l'âme.
4:37 La jouissance, on en parle aussi depuis l'antiquité. La jouissance, le plaisir passager, les épicuriens, les libertins du XVIIIe siècle. C'est pas ce qui manque. C'est l'apogée du libertinage. Dans ses deux sens. Dans le sens des mœurs, bien sûr. Casanova, Don Juan, marquis de Sade, bien sûr. Mais aussi dans la pensée. Car c'est une pensée très sérieuse. Les libertins, c'est aussi la liberté de penser. C'est ceux qui étaient atomistes et matérialistes en plein de monarchie absolue.
5:09 Comme un mal, les Cyrano de Bergerac, Gassendi et autres. Underground de la pensée officielle de l'époque, si vous voulez. C'est un petit peu ça les libertins. C'est le underground de la pensée classique, de la métaphysique classique. Mais ce qui était nouveau, c'est le bonheur. Je ne vais pas faire un cours sur le bonheur aujourd'hui. Bientôt. On va bientôt finir la théorie de la connaissance. Parce que c'est la philosophie de l'action. On va parler de choses plus concrètes, qui nous intéressent de manière plus intime. Mais pour l'instant, je n'en suis pas là. Mais je rappelle tout de même, pour situer les choses, qu'il faut bien spécifier le bonheur par rapport à des choses qui lui ressemblent.
5:42 C'est toujours pareil. Je vous ai déjà dit qu'on ne va pas se fatiguer à chercher la différence entre un dé à coudre et une tronçonneuse. On demande des différences entre des choses qu'on peut confondre. Entre des choses qu'on ne peut pas confondre. Or, bonheur, plaisir, tout ça se mélange un petit peu. Donc soyons clairs. Ce qui caractérise le bonheur, je vais rapidement, c'est d'abord, c'est lié à une certaine durée par rapport au plaisir, ou à la jouissance, qui peut être extrêmement intense, mais évanescente.
6:18 Une durée, et il a un rapport nécessaire au monde. Voilà les deux caractéristiques. Au monde extérieur. Car je peux être en prison, être condamné, etc. Et en même temps, avoir la paix intérieure. La paix, c'est autre chose. Vous voyez ? Je peux avoir un équilibre, la paix, par la méditation, ce que vous voulez, à la limite, pourquoi pas. Tandis que le bonheur suppose une relation positive au monde. Une couleur dorée dans le bonheur. Comme celle du soleil, des oranges et de l'or. Pardon. Donc, pourquoi je parle du bonheur maintenant ?
6:49 Parce que cette valeur arrive à réunir Voltaire et Rousseau. Rien ne les oppose plus que la manière d'arriver au bonheur, les deux, c'est sûr. Voltaire, en gros, par l'entreprise, et Rousseau par la justice sociale, disons. Et, mais, ce siècle ne parle que de ça. Cette notion, non pas religieuse comme le salut, mais laïque. Puisqu'elle est liée au rapport au monde, ici-bas. Et non pas une béatitude promise après la mort.
Le mal du siècle : Senancour et la mélancolie de Rousseau
7:20 Ce qui est très respectable, qui n'est pas en discussion ici. Mais qui est une notion bien distincte. Vous allez voir où je veux en arriver, j'y arrive tout de suite maintenant. En quelques années, en moins d'une génération, je saute maintenant les craquements dont j'ai parlé tout à l'heure. Et je me rapporte tout de suite au début de la modernité. Je saute, j'imagine la fin du siècle des Lumières. Je saute la révolution, les guerres de l'Empire. Je suis dans la restauration. On ne parle que de malheur.
7:51 Les professeurs de littérature savent bien qu'on appelle ça le mal du siècle. Ce qui caractérise la période moderne, à partir, un petit peu après, par la révolution industrielle, commençant à entrer dans les mœurs. Un petit peu à transformer progressivement d'autres vies. Plus lentement dans la ruralité, plus vite dans les villes. Il y a ce malheur. Si je vous lis des textes de gens qui ont le mieux exprimé le mal du siècle, je ne pense pas seulement à Chateaubriand, je pense aux jeunes Chateaubriand, à René, les inquiétudes de René, mais à un auteur remarquable, celui qui a sans doute le plus chirurgicalement analysé le mal du siècle, en lui avec beaucoup d'objectivité, ce qu'il mérite.
8:35 C'est Senancour, qui est un peu moins connu que Chateaubriand, qui est un écrivain admirable. Il n'y avait qu'un après le verre. C'est Senancour, c'est un mot, ceci. Voilà. Qui a écrit un seul bouquin, donc il va s'il y a trouvé. Vous le trouvez en folio, je crois, en livre de poche, qui s'appelle Obermann. C'est le titre du héros de son roman, roman épistolaire, Obermann.
9:08 Vous trouvez des analyses extraordinaires. C'est un jeune gentilhomme. Dans une lettre, il dit, je suis fortuné, entouré d'amis, etc. Et je mène une triste vie, en moins vide que rien ne remplit. Enfin, c'est des choses qui vous sont familières. C'est devenu le b.a.-ba de la littérature moderne. Mais ce mal du siècle, qui avait encore un côté un peu voluptueux chez les romantiques. J'ai l'a marqué une espèce de plaisir, de volupté, de la mélancolie que Rousseau inaugure. Retenez bien ça. Lettres à Malesherbes dont je vous ai parlé la dernière fois.
9:40 Je ne vous ai pas parlé de ce passage, mais il dit à un moment donné qu'il était gagné par une certaine tristesse, je cite, que je n'aurais pas voulu ne pas savoir. Il y avait dans cette pointe de la mélancolie, une volupté. Et voilà que, dans la progression de la modernité, je passe rapidement des romantiques à Baudelaire. Je prends des repères littéraires, parce que scolairement, ils sont à peu près en place. Avec Baudelaire, c'est le spleen, un mal du siècle qui s'aggrave. Et qui comporte tout d'un coup une dimension physique.
Lecture de « La cloche fêlée » de Baudelaire
10:11 Chez Baudelaire, le spleen aussi, on dirait aujourd'hui, à l'époque on les idiosyncrasie psychosomatique, de souffrance psychosomatique, n'est-ce pas ? Et plus une angoisse, plus des sensations extrêmement pénibles, qui n'ont plus rien à voir avec la volupté de la mélancolie. D'ailleurs, vous avez un texte de Baudelaire, si vous voulez opposer les deux, tenez la volupté de la mélancolie des romantiques avec le côté extrêmement angoissant du spleen baudelairien.
10:44 Vous avez un poème qui s'appelle La cloche fêlée, qui est court comme un sonnet, 14 vers, et qui vous fait passer, c'est l'alchimie poétique, c'est extraordinaire, qui transmute, vous parlez comme des alchimistes, la mélancolie du début en cauchemar en 14 vers. Vous allez voir. Il est amer et doux, amer et doux, voilà la mélancolie romantique. Il est amer et doux pendant les nuits d'hiver, d'écouter près du feu qui palpite et qui fume, les souvenirs lointains lentement s'élever au bruit des carillons qui chantent dans la brume. On est bien là, vous avez vu déjà ? Un petit feu dans la cheminée, la petite cloche qui fait des carillons, petite musique, ça réchaînifie là, ou encore mieux, comme au XIXe siècle, je paye des musiciens.
11:26 Proust a l'agonie dans sa chambre, il ne quittait plus comme ça, il faisait venir le Quatuor Capet, qui était le meilleur interprète de la musique moderne, c'est-à-dire Debussy et Ravel à l'époque. Et quand ils avaient fini de jouer les derniers quatuors de Beethoven, ils sortaient finalement de son lit et ils les inondaient de billets, comme ça. Ça c'est bien comme généfi. Je finirai mon dernier exemple là, mais alors Wagner c'est encore mieux. Wagner il avait le beau-père, tout le monde n'a pas ça. Il avait épousé une fille de Liszt, Liszt c'est le plus grand virtuose de tous les temps. Vous lui dites n'importe quoi, tu vas me jouer ça.
11:57 Alors, il ne peut pas me jouer le prélude et fugue de Bach, tout de suite dans le salon. Ou la version pour piano de la cinquième symphonie de Beethoven, hop, hop, hop, hop, hop, hop, tout de suite au piano. Donc, voilà. Il est amére et doux pendant les nuits d'hiver d'écouter près du feu qui palpite et qui fume, les souvenirs lointains lentement s'élever au bruit des carillons qui chantent dans la brume. Bienheureuse, c'est pas le malheur. Bienheureuse, la cloche au gosier vigoureux. C'est une théorie de la communication, si on regarde bien, de l'information.
12:30 Au gosier vigoureux qui, malgré sa vieillesse, c'est vieux les églises, alerte et bien portante, jette fidèlement son cri religieux, ainsi qu'un vieux soldat qui veille sous la tente. On a la sécurité en plus. L'église et l'armée. La cloche, l'église. Ainsi qu'un vieux soldat qui veille sous la tente. Et l'armée. Dormez tranquille, braves gens. Ça, c'est pas moi. Ça, c'est eux. Les gens, les gens. Les gens courants. Ceux qui vivent au rythme de la bonne cloche.
13:00 Et là, commencent les tercets. Ça ne fait jamais que huit vers pour l'instant. Moi, mon âme est fêlée. Hop, à la ligne. Moi, virgule, mon âme est fêlée. Donc, ils se comparaient à une cloche. Une cloche qui n'aurait plus de fonction puisqu'elle est fêlée. Le but d'une cloche, c'est de porter loin. Elle est fêlée. Je vous ai dit, c'est une théorie de l'information. Et lorsqu'en ses ennuis, au sens très fort du XVIIe siècle, on reprend plus de l'air. Ça veut dire les angoisses. Ce n'est pas du tout les ennuis. Et lorsqu'en ses ennuis, elle veut de ses chants peupler l'air froid des nuits.
13:31 Attention au decrescendo. Il arrive souvent que sa voix affaiblit. Il semble le râle épais. On est loin de... Il est amer et doux pendant les nuits d'hiver. Il semble le râle épais d'un blessé qu'on oublie. Au bord d'un lac de sang. Sous un grand tas de morts. Et qui meurt sans bouger dans d'immenses efforts. On est en plein cauchemar. En 14 vers. Qu'est-ce qui s'est passé ? Voilà. Je m'attarde un peu à vous montrer les enjeux du moment qu'on est en train d'étudier. Et que nous relions pour l'instant au patronyme de Kant.
Comment se fait-il que ça marche ? Du miroir au prisme
14:02 Ce qui est bien légitime. Mais pour vous dire que ça dépasse largement la personne, voire même l'œuvre de Kant. Même si c'est dans l'œuvre de Kant qu'on va voir le mieux se développer et se clarifier ces problèmes que je voudrais aborder. Alors, j'enchaîne maintenant. Le problème que j'ai soulevé la dernière fois et auquel le kantisme tente d'apporter une solution. C'était celui que j'avais posé sous la forme de la question comment se fait-il que ça marche. Si vous vous rappelez bien. Nous faisons, nous élaborons des concepts.
14:32 Nous, nous, les savants, élaborent des concepts. Ces concepts s'allongent en jugement. Les jugements en raisonnement, etc. Et puis voilà comment on s'approprie le monde, le mouvement des marées, de la lune. Voilà comment la pensée de cet animal qui sort à peine de la forêt, là, s'approprie tous les mouvements de l'univers en six lignes de la gravitation universelle de Newton. Bien, le problème, c'est pas que ça marche. Ça, c'est un fait. Ça, c'est pas à contester. C'est comment se fait-il que ça marche.
15:03 Je vous disais la dernière fois que j'aimerais bien que ce devienne une question pour vous. Et pour vous y aider, je vais vous citer une des plus belles phrases d'Einstein. qui a une portée épistémologique considérable, parce qu'il pose très bien le problème. L'étonnant, dit-il, n'est pas que nous puissions connaître le monde, mais que le monde soit tel qu'on puisse le connaître. Vous voyez ? Là, c'est pas le physicien qui parle. C'est un vrai philosophe des sciences et de la connaissance. Ça va loin. L'extraordinaire n'est pas que nous puissions connaître le monde. Moi, Einstein, je suis un bon physicien.
15:33 Connaître le monde, on y arrive, ça va. On a des prédécesseurs, on n'a plus qu'à... Newton, tout ça, on n'a plus qu'à porter le relais un peu plus loin. Mais comment ça se fait que ça marche ? Comment ça se fait que le monde soit tel qu'on puisse le connaître ? Et je vous avais dit la dernière fois que la question avait attendu la modernité. Vous voyez pourquoi j'ai fait ce long préambule sur la modernité ? Pour se poser, parce qu'auparavant, la religion, la réponse religieuse, précédait la question, qui donc ne pouvait pas se poser.
16:03 Dieu a créé le monde et notre esprit de telle manière que le monde soit connaissable par notre esprit. Je vous avais cité Spinoza qui dit que l'ordre et la connexion des idées est le même que celui des choses. L'ordre et l'enchaînement des théorèmes dans une modélisation scientifique est le même que celui qui se passe à la réalité entre d'abord de l'air chaud et de l'air froid, et donc ça fait du vent, puis le vent chasse les nuages, puis ça fait la sécheresse. Donc, l'hypothèse religieuse, qu'elle soit directement religieuse ou qu'elle soit présente par la médiation de la métaphysique, dont je vous rappelle que l'Ancien Régime, en particulier le XVIIe siècle, voit l'apogée, l'apogée de la métaphysique classique, c'est Descartes, Leibniz, Spinoza, Malebranche, c'est ce que vous parlez, tout ce qui précède Kant, précisément.
17:03 C'est le fait que ça marche qui pose un problème. Et, à partir de là, je crois que j'arrive à l'essentiel, dans du résultat de la dernière fois, la solution kantienne consistait à changer complètement la relation sujet-objet dans l'opération connaissance. Jusqu'ici, je vous avais fait un petit schéma, à vous rappeler, l'objet avait le statut d'un miroir. C'est l'image que j'avais prise, j'ai pris une métaphore optique. Le sujet était passif comme un miroir.
17:34 La conscience est affectée par des impressions qui lui viennent de l'extérieur, des sensations, des perceptions. Et qu'elle enregistre, et puis après qu'elle stocke dans sa mémoire un modèle un papier. Alors que, toujours en restant dans le champ des métaphores optiques, s'il fallait comparer le sujet tel que le voit Kant à un objet optique, j'avais pris l'exemple du prisme, et non pas du miroir.
18:11 La grande différence étant que le miroir essaye d'être le plus fidèle possible, mieux il est fait. Plus il est fidèle à la réalité qui est devant lui. Alors que le prisme, au contraire, est une petite usine qui transforme la lumière blanche qui arrive à l'entrée et à la sortie dans une lumière colorée. Spectre, Newton, etc. Donc le sujet n'est plus un enregistreur passif.
18:43 Il n'est plus déterminé, on en était au déterminisme, il n'est plus déterminé de l'extérieur, comme un enfant, comme un écolier, il dit Kant dans la préface, je vous ai lu, qu'il laisse dire au maître tout ce qui lui plaît. D'accord ? Mais il est une véritable, un véritable lieu de transformation. J'avais dit une petite usine, intellectuellement parlant. Et donc je reprends un petit peu ce schéma. Et je vais enchaîner à partir de là, vous voyez ?
19:15 J'avais appelé ici la pensée, la pensée classique, j'avais mis la pensée pré-critique, si je me souviens bien, puisque on lit la philosophie de Kant au criticisme, pré-critique. Donc, qu'on soit empiriste ou rationaliste, qu'on soit coignons ou até, dans tous les cas, le sujet, qui est ici, se comporte comme un miroir, n'est-ce pas ? Et j'avais pris un exemple, comme je suis mauvais dessinateur, je suis content de me faire une fleur.
19:47 Voilà. Et puis, avec l'adéquation, bien formulée par la formule scolastique, il n'est rien dans l'esprit qui ne soit d'abord passé par les sens. nihil est in intellectu, quod non prius, fuerit in sensu. Effectivement, il ne peut rien avoir dans le miroir, s'il n'y a pas eu d'abord quelque chose devant le miroir. Ça a l'air de tomber sous le sens. Alors que, chez Kant, je vous ai dit, le sujet, c'est ça, c'est-à-dire, il y arrive bien quelque chose de l'extérieur.
20:17 Comme un idéaliste, je vais y arriver aujourd'hui à ces notions, mais, il ne se contente pas de les enregistrer passivement, il transforme ce qui lui arrive en quoi ? Eh bien, c'est la notion qu'on va avoir aujourd'hui, dans le monde qui nous entoure, notre perception, ce que Kant appelle le phénomène. C'est ça qu'on va, sur lequel on va s'apesantir aujourd'hui. Mais auparavant, je voudrais multiplier quelques images. La pensée de Kant est un tel renversement qu'il faut la rendre un peu concrète. J'ai pris l'exemple du prisme, déjà, comme image.
Lunettes jaunes, réalisme et idéalisme, facultés du sujet
20:47 Je vais prendre une autre image, c'est imaginer que nous soyons, vous et moi, nés avec des lunettes jaunes, qu'on puisse pas les enlever. Platon, le mythe de la caverne, ils commencent comme ça. Nous sommes enchaînés depuis notre naissance, en forme de verre, en forme de cadavre. Imaginons, notre vue soit enchaînée, les lunettes jaunes. Il est évident que nous prendrions le jaune pour une propriété de l'être, du monde extérieur. Le travail de Kant, c'est ça, en fait, c'est de la raison de Kant.
21:17 C'est de faire l'examen de ce qui nous vient dans le monde extérieur et ce que nous apportons. Parce que si on mélange les deux, on ne saura plus. Est-ce qu'objectif est plus subjectif ? C'est ça, le gros travail qu'il a fait. Parce que le donné, contrairement à ce que pensaient les empiristes, qu'ils pensaient que ce qu'ils ont donné, c'est sensibilité, toucher les doigts, on a vu, à quel point, il y avait énormément de médiation dans ce pseudo-immédiat. Et puis, je regarde la Terre, moi, je la vois bouger. c'est pas ça qui va nous donner la vérité scientifique, les yeux.
21:48 Je ne parle pas des espaces en onze dimensions comme on parle dans la mathématique d'aujourd'hui. La théorie des cordes, vous allez maintenant, vous parlez de la théorie des cordes, vous m'expliquerez. C'est un des derniers cris de pensée théorique. Et, le fait que je prenne cette image des lunettes jaunes, c'est pour mieux vous faire comprendre ce que signifie ici, a priori, et transcendantale. Parce que la lumière jaune, elle n'est pas une transcendance, elle est là, chaque chose que je vois.
22:21 Elle est là, elle est immanente, toutes les choses que je vois. Du coup, j'ai l'impression qu'elle émane des objets. Alors que c'est moi, le projecteur, qui envoie cette coloration. Donc, c'est ça la modernité. A l'origine, le sujet ne prend rien sur lui. C'est Dieu ou la nature qui sont importants. Et je me débrouille avec ce qu'ils font de moi. Tandis que là, je vous ai dit que c'est pas un hasard si c'est contemporain de la Révolution française, il y a une véritable émancipation du sujet. Le sujet est à la fois légiféré et législateur.
22:54 C'est là que je vais m'accrocher un petit peu plus aujourd'hui. En insistant sur, non pas de nouvelles oppositions, je vais les regrouper après, mais sur les enjeux de ces oppositions. Rationalisme, empirisme, dogmatisme, scepticisme, tout ça, c'est un théâtre d'ombre, d'ombre chinoise qui se passe sur le fond de la caverne et qui dissimule des enjeux beaucoup plus concrets. par exemple, l'opposition rationalisme, empirisme. Dois-je baser la connaissance sur l'expérience, empirisme, on peut dire, l'expérience sensible, ou sur le raisonnement, les énoncés, le logos, la ratio, la raison, le rationalisme.
23:34 Un exemple d'enjeu. Si c'est l'empirisme qui a raison, je suis déterminé par le monde extérieur, n'est-ce pas ? Ce qui est en moi n'est qu'un effet dont la cause est là. Donc, premièrement, je suis toujours après et c'est toujours le réel qui est avant. Et donc, je fais une affirmation qui est en métaphysique, là je fais un seuil qui est en métaphysique, qui s'appelle le réalisme. Attention, je ne suis pas du tout en train de parler de réalisme.
24:04 littéraire. Mais du réalisme opposé à l'idéalisme. Encore une dichotomie, mais je vais vous le regrouper pour vous montrer que ce n'est pas si compliqué que ça. C'est un peu la même forme de théorie de réaction. Réalisme qui s'oppose à l'idéalisme. Ça, c'est comme des termes de multiplication dans l'histoire de la pensée. L'un étant l'antonyme de l'autre. Donc, réalisme, le monde extérieur existe indépendamment de ma pensée, du fait que je le pense, que je le vois, etc.
24:37 Vous diriez, c'est ce que pense le buraliste du coin. Oui, évidemment. Beaucoup plus inattendu, l'idéalisme. Beaucoup plus éloigné de l'opinion immédiate pour lequel, exactement l'inverse, le monde qui nous entoure n'est pas la réalité, mais le reflet du sujet. Oui. Dans le précédent, c'est moi qui suis le reflet miroir. Du réel. Tu vois du reflet.
25:08 Alors que dans l'idéalisme, pensez au rêve. Je crois voir apparaître ma grand-mère, mais c'est moi le projecteur. C'est pas quand je rêve d'elle alors qu'elle est morte depuis 20 ans. C'est pas ? Là, tout ce que je crois être extérieur, n'est-ce pas ? Mais en fait, que le reflet du monde intérieur qui est en moi. Pour aller très vite. Ma propre fantasmatique au sens propre. Fantasma, voulant dire production d'images. Je dis ça parce que le mot fantaisie, dans les langues nordiques, allemande et anglaise, n'ont pas tout à fait le même sens, un peu léger qu'en français.
25:41 Très important. Dans le champ de l'imaginaire. Donc, le fait de... Vous voyez les enjeux qu'il y a ? Idéalisme, réalisme, c'est qu'il n'y a rien d'autre que la mort et la vie comme enjeu. Eh bien oui, si je dépends du monde extérieur, c'est plus angoissant. Je n'ai pas mon principe en moi-même. Tandis que si je distingue l'âme du corps, le corps partie périssable et l'âme partie immortelle, bon ben, je sauve un peu les billes.
26:16 Il y a ces enjeux-là derrière. Ce que Kant va appeler les intérêts de la raison. La raison est prodigieusement intéressée chez Kant. Ce n'est pas bien. Dans la connaissance, on doit être désintéressé. Dans la connaissance, il ne faut pas que je dise ce qui est bien ou ce qui est mal selon moi ou ce qui est beau et ce qui est laid. Mais ce qui est vrai et ce qui est faux. Ce qui n'est pas du tout pareil. Que ça me plaise ou pas, il faut dire ce qui est. Je rappelle les fondamentaux qu'on l'a vu depuis le début dans la connaissance. Et laisser à la morale, au droit, ce qui doit être. Le doit être.
26:47 Donc, en principe, si la raison a des intérêts, ce n'est pas très bon pour la connaissance. Eh bien, c'est bien ce que dit Kant. Il est sévère pour la raison plus que pour l'entendement. Il est sévère pour la raison dans l'opération connaître. Parce que la raison a des intérêts. Et quelquefois, au nom de ses intérêts, elle bouscule un peu l'entendement. et c'est ça qui fait les grandes théories métaphysiques, qui cherchent à unifier tout d'un coup le champ du savoir d'une manière un peu hâtive et dogmatique. Là où l'entendement s'appliquait à aller pas à pas.
27:19 Alors, très rapidement, le schéma de la connaissance pour Kant, il se déroule comme ceci. Il y a plusieurs instances, ce que Kant appelle des facultés en nous, au front, c'est-à-dire au contact le plus immédiat avec le proche du monde extérieur et du réel, à la réception, c'est le cas de le dire, puisqu'il parle de réceptivité. À la réception, il y a, bien sûr, ce qu'il appelle la sensibilité des sens. La faculté, la sensibilité.
27:49 Puis, il y a l'entendement, de manière plus intériorisée, la faculté des concepts. Là, il ne s'agit plus seulement de voir apparaître quelque chose, mais de dire c'est un raton laveur et non pas un micro. Les concepts. Classement, catégorie, etc. Et puis, il y a la raison. qui est la faculté des fins. Qui réfléchit sur les fins. Je dois poursuivre. Or, la force de Kant, c'est d'avoir montré que dès la sensibilité, donc la partie apparemment la plus passive, si vous regardez mon miroir, etc., il y a déjà un travail du sujet.
28:21 Alors, je l'ai esquissé un peu rapidement la dernière fois. C'est la première partie de la critique de la raison pure qui a pour titre l'esthétique transcendantale. L'esthétique étant prise ici au sens propre, sur la théorie des sens, au sens de l'anesthésie. On supprime la sensibilité au sens physique. Et dans l'esthétique transcendantale, on a ce résultat assez incroyable, c'est que l'espace et le temps, qui étaient jusqu'ici les cadres du monde extérieur, on l'a déjà noté la dernière fois, sont apportés par le sujet.
28:51 Quand Kant fait l'examen critique, c'est ça, vous voyez, critique à la même radicale que crible. Vous savez, ce qu'il y a une crible, un tamis à la cuisine. Il y a ce qui doit passer et ce qui ne passe pas. et les bonnes graines et les petits cailloux. Et donc, quand il fait l'examen critique, quand il passe au crible, ce qui vient de nous, ce qui vient de l'extérieur, il parle, pour ce qui est l'extérieur, du divers.
29:23 Le divers de la sensation nous est apporté par l'extérieur, il y a aussi la matière. La matière est apportée par l'extérieur. Par contre, la forme est apportée par l'entendement. C'est ça que je vais développer. Mais dès le niveau de la sensibilité, l'espace et le temps sont déjà une mise en ordre du réel. L'ordre du temps a suivi la succession. L'ordre de l'espace a suivi au contraire de la simultanéité. L'espace, les choses sont simultanées, sont dans le même temps.
29:55 Partes, extra-partes, comme disaient les scolastiques, à côté de chaque partie, à l'extérieur. Chaque partie étant extérieur à l'autre, si vous voulez. Et pour ceux qui avaient naïvement cru jusqu'à Kant que notre connaissance de l'espace était elle-même dérivée de la sensation, Kant rappelle qu'aucune sensation n'est possible si l'espace n'est pas donné d'abord. Ce n'est pas un d'abord chronologique, c'est plus grave, c'est un d'abord logique, c'est encore plus fort. Je vous ai donné l'exemple de la perception musicale la dernière fois.
30:25 essayez donc d'écouter une note de musique si le temps n'est pas donné d'abord. Il faut qu'elle dure un intervalle de temps, peut-être même infime, pour que le son soit perceptible. Donc le temps est une catégorie ici déjà présupposée. Donc, si je prends ça, le temps et l'espace basculant dans l'intériorité, les grands enjeux qui précèdent Kant, les grandes oppositions idéalisme-réalisme, si c'est l'idéalisme qui a raison, l'âme est éternelle, c'est oui, c'est les grands enjeux.
Le phénomène n'est ni chose en soi ni apparence
31:03 Kant leur apporte une solution, mais pas du tout au sens mathématique. La solution mathématique, c'est x égale 2 à la fin, quand on pose la question de l'inconnu. La solution ici, c'est de poser le problème sur des bases complètement nouvelles qui font qu'on ne peut plus le poser comme auparavant. Autrement dit, montrer que le problème tel qu'on l'a posé auparavant est une impasse, sans fin assignable, une illusion, si vous voulez. C'est comme un peu aux enfants qu'on dit de courir après l'arc-en-ciel parce qu'au pied de l'arc-en-ciel il y a un trésor qui se dérobe au fur et à mesure comme ça, les illusions.
31:38 Alors, qu'est-ce qu'il veut dire par là ? Eh bien, rappelez-vous notre problème. Il y avait Newton qui nous donnait l'intelligibilité du monde qui nous entoure et qui commençait à donner corps au rêve de Descartes de rendre l'homme maître et possesseur de la nature puisqu'il commençait à en connaître les lois et jamais autant que grâce à Newton à l'époque, n'est-ce pas ? Et quand on connaît les lois qui dirigent un processus, eh bien, on commande ce processus.
32:09 Et puis, il y avait Hume, rappelez-vous, qui avait dit oui, ça marche, mais bon sens, ça marche, ça marche. Il y a beaucoup de choses fausses basées sur l'habitude qui est une notion subjective qu'on a prise pour de l'objectif et donc, tant que ça marche, très bien, un coup de pot, mais enfin, c'est un peu embêtant que ce qui fait marcher l'humanité soit sur des bases aussi peu fondées en droit. ne voulait pas pas cette problématique, on avait bien insisté la dernière fois. Vous voyez maintenant comment Kant résout le problème. Hume à tort, les lois newton sont bien universelles, avec des réserves qu'on verra après, car la théorie de relativité est venue un peu limiter cette universalité.
32:46 Mais enfin, ça applique bien à tous les corps qui ne vont pas trop près à la vitesse de la lumière, disons, pour aller très vite. la mécanique newtonienne, elle marche, il ne faut pas d'exception, il n'y a pas besoin d'attendre comme Hume qu'une expérience vienne un jour démentir que l'eau bout à 100 degrés. Non, ce n'est pas ça. Mais il ne faut pas croire que nous avons trouvé les lois qui régissent le réel objectif. C'est ça, l'apport de Kant. Ces lois régissent ce qu'il appelle, je vous le dis encore une deuxième fois, le phénomène.
33:17 Or, le phénomène, ce n'est pas quelque chose qui existe ni qui n'existe pas. Pardon. On arrive aux choses sérieuses. Les choses sérieuses ne sont jamais dans les extrêmes, mais dans le milieu un peu trouble où les extrêmes sont obligés de se compromettre l'un avec l'autre. Si Kant avait été un idéaliste au sens, je vous le rappelle, si on mettait la définition, position de pensée pour laquelle ma conscience existe, indépendamment du monde extérieur et le précède et le monde extérieur n'est que son reflet, etc.
33:57 S'il avait été un idéaliste, il aurait dit l'ensemble du monde extérieur est le produit des catégories de notre entendement. Il ne dit pas ça. Il ne dit pas que nous sommes responsables de l'existence du monde extérieur. ce serait un basculement dans l'idéalisme métaphysique. Il dit que nous légiférons. Ce n'est pas parce qu'on légifère sur un peuple qu'on a créé ce peuple.
34:27 La législation ne donne que la forme, la règle du comportement que doit avoir le peuple, mais il n'est pas responsable de l'existence et de la naissance de ce peuple. C'est très important. donc lorsqu'il dit phénomène, c'est une notion à regarder de près. Cet opposé, comme toujours quand c'est un peu compliqué, penser à son opposé ça devient lumineux. Il oppose le phénomène à ce qu'il appelle la chose en soi. an sich.
34:58 Je vois ce livre. Comment est ce livre en lui-même ? C'est-à-dire quand je ne le perçois pas, quand je ne le regarde pas car c'est déjà une connaissance embryonnaire de le regarder. C'est déjà une activité de moi comme sujet. Et pour cause. La mouche qui le regarde n'a pas du tout la même vision. Vous connaissez un petit peu. Il y a des facettes sur les yeux. Elle est sensible à des couleurs que nous ne voyons pas et vice-versa. Les femmes, au moment où elles sont enceintes, sentent des odeurs qu'elles ne sentent plus quand elles ne sont pas enceintes. Notre perception est aussi un effet de l'état du corps.
35:29 Et les chevaux s'affolent très facilement. Vous savez, ils sont souvent peureux parce qu'ils ont au contraire des yeux loupes qui font qu'un petit chien qui passe comme ça a l'impression qu'un bœuf est en train de le rentrer dedans. Donc, je veux dire, il faut se mettre à des paniques. Cet objet en lui-même, tel qu'il est en soi, je ne le saurai jamais et personne ne le saura jamais. Nous ne pouvons connaître que la manière dont il nous apparaît. Nous, pas de m'apparaît à moi. On n'est pas dans le subjectif et le caprice individuel. Kant n'est pas tout à fait idiot.
36:00 Mais la manière dont nous ne pouvons connaître que sa phénoménalité, c'est-à-dire sa présence dans le temps et dans l'espace. Et il va même jusqu'à, vous me direz, c'est une limitation de la connaissance. Il dit, on ne pourra jamais connaître la réalité en elle-même. Ça a l'air simple à entendre, mais c'est une notion complexe, celle de phénomène, parce qu'elle est mixte entre la réalité en soi objective du réaliste, n'est-ce pas, et le pur subjectivisme de l'idéaliste qui ne voit exister que sa propre pensée.
36:40 C'est beaucoup plus synthétique la position de Kant avec la notion de phénomène. Oui, Newton est objectif et non pas dans la subjectivité de l'habitude. Ses lois ont plus objectivité que le simple fait d'être dû à l'habitude de voir ainsi, mais parce qu'elles s'appliquent non pas au monde qui existe en soi, mais au phénomène. Vous voyez, il y a une limitation presque une humiliation de la connaissance chez Kant. C'est-à-dire que la connaissance a l'air de se passer toujours un petit peu à la surface.
37:12 Alors, le phénomène, il est produit par quoi ? Par... Bonjour. Du divers. Je reprends ce qui est ici. Pardon, je l'ai signifié mal. C'est censé être un point d'interrogation, tu ne sais pas, je ne peux même le refaire. ça, c'est la chose en soi. C'est pour ça que je mets un point d'interrogation. Oui. Donc, il y a des choses, n'est-ce pas, qui nous viennent du divers, je mets des points d'interrogation.
37:45 des odeurs, des parfums, des oubliques, peu importe. Et puis, ça, c'est ce qu'il appelle le divers du sensible. Divers du sensible. Il dit aussi que c'est la matière de la connaissance comment il n'est pas idéaliste ? Le sujet ne crée pas la matière de la connaissance. Mais il crée quoi ? C'est ce qu'on va voir maintenant en sens inverse.
38:20 Ici, il y a ce que j'oppose à la matière, ce qui l'oppose à la matière, la forme. Quelque chose devient objet de ma perception et moi, j'appelle ça boîte d'allumettes. Les conceptistes. Et c'est la collaboration des deux, la matière apportée à l'esprit et la forme apportée par l'esprit qui constitue le phénomène. À charge pour nous, philosophes, surtout philosophes critiques comme Kant, de faire le tri.
38:54 Je vois bien un tri de crible. Critique et crise et crible pour le nom radical. C'est ça. Ce qui passe, ce qui ne passe pas. Ça passe ou ça casse. C'est ça, la critique. Voilà notre nouvel objet. Est-ce que le réel existe indépendamment de moi ou est-ce qu'il n'est qu'une, comme le rêve, n'est-ce pas, qu'une représentation ? C'est le titre du livre le plus célèbre de Schopenhauer.
39:24 Le monde comme volonté et représentation. Voilà, les grands idéalismes. C'est bien ce que ça veut dire. ça veut dire qu'il n'existe que la volonté, mais c'est une grande inconnue, un peu comme le point d'interrogation. Parce que dès qu'elle se manifeste, c'est une forme de Vorstellung ou une représentation. Même sans côté, à force, c'est ce qui est devant forain, de rigueur. nous n'est pas à faire pour nous. Je ne suis pas en train de vous dire que Kant vous dit que le monde qui nous entoure, le monde sensible, est un monde d'apparence. Parce qu'on pourrait comprendre ça, si c'est ça, qu'un siècle avant c'était dû par pour que Kant soit quelqu'un qui est fort, que la réalité est indiffé et que le sensible est en évoie.
40:03 Et que nous, nous en soucis, nous nous en mettre. Parce que là, il y a des idées éternelles. A plus grand que B implique que B plus petit que A. Je vais dire que le monde-là ne bouge pas, il n'est pas dans la temporalité, il n'est pas le vrai le mardi et le faux le mercredi, etc. Il est vrai à Paris et faux à New York. Non, non. C'est du sûr. Mais ça, au prix de faire l'impasse sur tout le monde qui nous entoure et d'aller fuir d'en haut dans le cosmos noetos, le monde qu'on ne peut que penser. C'est le même mot que noumène maintenant.
40:34 Le monde intelligible. Donc, si Kant s'était contenté de dire le monde qui nous entoure c'est Pipo, c'est le fond de la caverne, il renouvellerait la geste platonicienne. Il ne dit pas ça. Il ne dit pas que c'est une apparence, il dit que c'est un phénomène. Je suis obligé encore d'écrire. Je vous ai déjà dit que je ne suis pas Heideggerien français pour mettre un mot allemand entre parenthèses à chaque mot français.
41:08 Un bouquin. Mais de temps en temps, il le faut parce que c'est les précisions. Apparence se dit en allemand Schein. Vous vous retrouvez le langage de Mordi. En anglais, to shine c'est briller. Briller, ça apparaître. Parce que tout ce qui brille n'est pas or. Je l'ai vu d'abord. Schein. Il est aussi beau. Il faut que ça apparaît.
41:40 Il est schauen. Voir. Il est Anschauung. L'intuition. C'est des niveaux qui sont assez riches. Alors, un phénomène. c'est R-S-H-E-I. U-N-G. R-S-H-E-I. Vous retrouvez donc Schein ici, bien sûr.
42:10 Mais, avec tout d'un coup une activité. R-S-H-E-I-I. C'est l'équivalent ou en allemand comme suffixe de -tion. Comme on dit, comme on oppose la liberté, c'est un état. La libération est un acte. Ou c'est ça. Ce n'est pas apparence, c'est apparition. C'est plus actif. Déjà. Comme s'il ne s'agissait pas d'une collection de quelque chose, comme ici, mais comme s'il y avait quelqu'un là-dessous qui cherche à apparaître.
42:45 Voilà. La grande révélation de Kant c'est qu'entre le sujet et l'objet, il y a le sujet lui-même. Mais toute une partie du sujet qu'il ignore. Et en tant que philosophe, c'est bien notre but de connaître toi-même, n'est-ce pas ? De ne pas trop ignorer ce qui fait proprement partie du sujet. Donc, il faut prendre connaissance de toute cette activité complètement inconsciente, pas du tout au sens freudien, mais complètement inaperçue de la conscience qui fait qu'à chaque instant, je soumets la réalité qui m'entoure à ce qu'il appelle d'ailleurs des catégories.
Formes a priori et catégories : l'objet du cosmonaute
43:20 Le temps et l'espace ne sont pas encore des catégories, c'est un petit peu avant les catégories, c'est ce qu'il appelle les formes a priori de la sensibilité. Vous savez bien ce que ça veut dire Kant a l'avantage de parler précisément, une fois qu'on le sait, c'est très simple. Ça veut dire d'abord que c'est des formes, il n'y a encore rien dedans, c'est un cadre, il n'y a pas de tableau, ces formes a priori, elles ne viennent pas de l'expérience, au contraire, elles vont servir à la fonder, forme a priori de la sensibilité, elles vont fonder l'expérience sensible, le voir, le toucher, etc.
43:52 Dans les catégories, par contre, je vais vous faire comprendre comme ça les catégories, imaginez que je revienne le premier cosmonaute de la planète, je ne dis même pas Mars, je prends une planète d'une galaxie encore bien plus éloignée, et je reviens, et je fais une conférence, j'ai un sac où j'ai ramené un objet qu'on n'a encore jamais vu sur Terre, qui n'existe que dans cette planète. Alors, je fais un petit peu mousser l'assistance, je fais ça avant d'ouvrir mon sac, devinez comment il est, vous voyez.
44:27 mais vous savez déjà, sans avoir jamais vu, il y a des choses que vous savez de cet objet, vous ne pouvez pas m'en dire quelques-unes, qui sont valables pour tout objet. Pardon ? Il est étendu, bravo, il occupe un certain espace, que cet espace soit de 300 000 km ou d'un dixième de micron, il occupe un espace, sinon ce n'est pas un objet. Et ça, on n'a pas eu besoin de l'expérience, vous ne pouvez pas les regarder dans le sac.
44:58 Il occupe une certaine durée, s'il occupe un espace, il occupe une certaine durée, sinon il disparaîtrait à chaque instant, au moment où il apparaît, il a déjà disparu. Si je prends les catégories, puisque Kant va faire une véritable table des catégories, avec sa table de douze catégories, comme des tables de multiplication, on a à peu près tous, c'est ce que Aristote appelait, parce que le mot catégorie existe déjà chez Aristote, même si elles ont une fonction différente. Aristote, c'est une bonne définition, les catégories, c'est les prédicats les plus généraux de l'être.
45:29 On vient de le voir avec mon exemple de l'objet qui revient de la planète Mars. Quoi qu'il puisse y avoir de particulier dans cet objet dû à son environnement à la planète d'où je l'ai ramené, il n'empêche qu'il y a des prédicats généraux de tout objet, comme d'occuper une certaine étendue, une certaine durée, etc. Et j'arrive maintenant à des catégories comme celle-ci. Si je prends la catégorie de la quantité, tout objet a un côté par lequel il se prête à la mesure, par exemple.
46:00 Et bien Kant va diviser la catégorie quantité en trois moments. Hegel lui rendra hommage d'avoir compris ce mouvement de la triplicité. Déjà, à savoir la quantité unité, voilà la thèse, antithèse pluralité, c'est d'accord, la pluralité s'oppose à l'unité, synthèse, pardon, singularité, non, ça, ça va avec le, la singularité, c'est le premier, là, qu'est-ce que tu as dit ?
46:32 L'unité, voilà, l'unité singulière. Mais c'est bien d'y penser. Allez, je vous guide, un caillou, tout seul, l'unité, un tas de cailloux, la pluralité, l'ensemble, ah, moi, j'aime bien ce mouvement que tu as fait, l'ensemble, oui, il n'y a pas un mot pour ça, pardon, c'est la totalité, qu'est-ce que c'est qu'une totalité ?
47:05 C'est une pluralité ramenée à l'unité, toute totalité est unitotale, n'est-ce pas, un tas de cailloux ne peut jamais être une totalité ? C'est une pluralité indéfinie, vous rajoutez un caillou, vous en enlevez un, ça reste un tas de cailloux. Vous enlevez le cervelet, il n'y a plus de pagani. Dans un être organique, c'est à ça qu'on pense quand on pense aux totalités, d'abord, les parties ne sont pas distribues au hasard comme dans un tas de cailloux.
47:37 Vous prélevez un caillou, vous ne pouvez pas reconstituer à partir de ce caillou la forme qu'avait le tas ou d'où il a été extrait. Par contre, avec une dent de dinosaure depuis le XVIIIe siècle et Buffon, on peut reconstituer entièrement la totalité de l'animal d'où cette partie a été prélevée, ce qui prouve que c'est plus qu'une partie. Car si c'était les parties d'un tout comme dans le tas de cailloux, on ne pourrait pas le reconstituer. C'est que c'est un organe. Par exemple, si les dents sont comme ça, c'est un herbivore, et donc il aura un estomac comme ceci, un peu comme celui de la vache, et non pas comme celui d'un carnivore avec des canines pointues pour trancher la viande, pour la déchirer.
Une totalité qui se déroule dans le temps
48:12 Il y a une logique de la totalité, comme si toutes les parties conspiraient entre elles dans la totalité. Donc voyez bien, le travail que fait Kant, thèse, unité, antithèse, pluralité, synthèse, totalité. Une pluralité ramenée à la totalité, une pluralité ramenée à l'unité. Je signale au passage, je creuse un peu là, c'est un peu abstrait, mais ça nous entraîne les méninges pour mieux voir des choses plus simples tout à l'heure et qui sont très importantes.
48:42 Et les enjeux ne sont pas négligeables. Si j'en étais à la totalité, je vous ai dit, l'exemple emblématique d'un tout organique, c'est le monde du vivant. Précisément parce que chacune des parties n'est concevable qu'en fonction du tout. la dent n'est pas quelque chose qui est indifférent à l'estomac et vice-versa. Mais, attention à ne pas avoir une vision trop spatiale de la totalité, si mise en garde à laquelle je tiens personnellement, prenez la plante, justement.
49:20 A chaque instant, elle est totale. Qu'elle soit comme si, comme cela, pardon, ou comme ceci deux mois après, si je l'arrose bien, etc. Bon, vous voyez bien que beaucoup de choses changent. La taille, la hauteur, l'épaisseur de l'écorce, si c'est un arbre. Mais, il y a des choses qui ne changent pas. Dans le cas d'un arbre, il y aura toujours la structure, les racines, le tronc, le feuillage au-dessus, il n'y aura pas les racines sous la terre.
49:51 Sauf dans le cas des baobabs. Vous avez déjà vu des photos de baobabs ou peut-être des baobabs en réalité. On a l'impression que l'arbre a été fiché par la tête dans le sol et qu'il y a ses racines qui sont en l'air. Il y a des branches un peu comme ça. C'est ça parce que les Africains, les malgaches en particulier où il y a beaucoup de baobabs, disent que c'est les dieux qui ont envoyé des baobabs comme ça, ils sont tombés sur la tête, ils sont enterrés par la tête. Donc, la plante a des éléments invariants et des éléments qui changent. Et ça veut dire que quand je la prends à ce stade-là, il ne faut pas que je dise j'ai la plante totale devant moi.
50:26 Je suis en train d'apercevoir qu'elle a encore des étapes à faire. Et donc, sa totalité se déroule dans le temps. C'est ce point-là sur lequel je veux insister un peu délicat mais qui va nous servir plus tard. Ce n'est pas la totalité d'une maison. La maison serait un tout dont les fenêtres seraient des parties ou la salle de bain serait une partie. Ça, c'est une totalité spatiale qui correspond bien au concept de totalité comme on l'a vu chez Kant, c'est-à-dire où tout a une fonction, la cuisine est là, le salon est là, les tuyaux, etc.
50:58 Mais, la colonne électrique, etc. Mais, une totalité dans l'espace, ça y est, elle est figée. Elle n'est pas évolutive. Tandis que, si je prends l'exemple du vivant, par exemple, on ne peut parler de la totalité de la plante que lorsqu'elle a achevé son processus. Je vous le dis comme ça parce qu'il y a loin, je ne sais pas, de la totalité à la totalisation. j'en profite puisque personne ne se réclame que, je sache, du totalitarisme en politique et qu'il y a un consensus anti-totalitaire, il n'y a pas beaucoup de consensus, donc on va en profiter, que je m'inscris en faux complètement contre une définition de totalitarisme la plus popularisée et qui a son origine chez Hannah Arendt.
Le totalitarisme : une partie qui écrase le tout ; Faust et l'action
51:50 Je rappelle quand même qu'elle a été l'élève du plus nazi des philosophes. Je n'insiste pas, si vous voulez débat, on fera débat là-dessus. Mais je vous dis ce que je pense. Or, ce que je reproche de ces conceptions, pour l'instant, je fais des insultes, donc ce n'est pas très convaincant. Ce qui est plus important, c'est que le discours qu'on entend en général, c'est le pauvre individu écrasé par la société globale qui l'environne. Donc le bon individu, c'est celui qui va être valorisé par les anarchistes en 68, c'est celui qui se rebelle contre l'établissement, c'est l'élève qui dit que le prof est un fasciste parce qu'il a mis son bureau à 50 cm au-dessus et non pas est venu s'asseoir au milieu des élèves, etc.
52:34 Je caricature un peu. Une seule chose qui est grave là-dedans, c'est que 30 ans après, il y a Marine Le Pen parce que quand on banalise le fascisme comme ça, c'est plus dangereux le fascisme. Comme disait Clouscard, sous les pavés Le Pen. Méditez cette phrase profonde de Clouscard, sous les pavés Le Pen. Il a dit ça à une époque où il n'y avait que le père. Il avait le pif. Je continue mon histoire de totalité. Ce que je lui reproche, c'est de prendre le contre-pied de la réalité. Qu'est-ce qu'il y a de monstrueux dans les figures historiques que nous associons au totalitarisme et que nous avons raison de condamner ?
53:11 Qu'il s'agit des grandes purges staliniennes, qu'il s'agit de la barbarie nazie. Qu'est-ce qu'il y a de commun ? Une société qui écrase l'individu, moi je vois juste l'inverse. Je vois une partie qui écrase le tout. La race unique au détriment de l'humanité. On prélève comme ça une race de seigneurs. On a tous les droits, les autres n'en ont pas. Le parti unique ? Oui ou non ? Ce n'est pas la totalité qui règne. Si c'était la totalité, c'est-à-dire toi, lui et moi, on règne aussi. La totalité, c'est tout.
53:43 Dans le tout, rien n'est laissé de côté. Oui ou non ? Si le tout était au pouvoir, ce serait la meilleure nouvelle pour la démocratie. Ça, on ne vous le dit jamais. On vous dit que ce serait pire que la totalité au pouvoir, évidemment. Parce qu'on remplace le concept de la totalité que je suis en train de penser, de travailler avec vous, par une représentation, qui sont les grandes manifestations à Nuremberg, etc., où on a défilé sur la place rouge. Bref, on a remplacé le concept par des images, ce qui est très dangereux dans le moment de parlant car ça crée de la confusion et c'est sur la confusion que fleurissent les pires théories politiques.
54:23 Sur le milieu du segment, là où les extrêmes se touchent presque, donc on ne sait plus qui est progressiste, qui est conservateur, qui est nazi, qui est communiste. On ne sait plus comme c'est très à la mode ces pensées-là, je me permets de signaler au passage, ces pensées rouge-brun. Goethe, contemporain de Kant, un grand allemand dont Nietzsche disait il sera toujours au-dessus des allemands, il ne leur appartiendra jamais. Un bon allemand, même au dire de ce terrible anti-allemand qu'est Nietzsche, enfin qui est devenu anti-allemand sur le terrain pour emmerder Wagner, mais c'est une autre histoire.
54:59 Euh... le héros de Goethe, Faust, son héros le plus connu, il y a une scène tout au début du Faust comme ça, où il s'applique dans son laboratoire à traduire le début de l'évangile selon saint Jean, le fameux prologue de Jean, au commencement était la parole, le verbe, d'abord, il le traduit, il veut le traduire, c'est un petit calman ça, l'Allemagne moderne a commencé quand Luther a traduit la Bible en allemand.
55:33 Historiquement, vous n'imaginez pas. Auparavant, tout ce qu'il y avait... Bon, on était analphabète, on, on, 90% des gens, c'est pas, et donc pour... Mais ils étaient pieux, ils allaient à l'église et tout, qu'est-ce qu'on dit dans l'évangile ? Il fallait passer par l'église, hors de l'église, point de salut, pour interpréter. Donc c'est un acte politique fondamental pour Luther de traduire la Bible en allemand, ça dépend plus de Rome là-bas, de la compréhension, on ne peut pas nous expliquer, de Rome où les palais se construisent, on paye Michel-Ange avec nos impôts à nous allemands, il y a des vies d'histoire tout ça.
56:03 On va faire la réforme, on va arrêter de payer Rome. Non mais zut alors. Bon, je ne défends pas Rome, mais je défends les peintures de Michel-Ange. Il traduit, au commencement, était la parole. Il dit, il faut que l'esprit m'inspire. Vous savez, l'esprit dans le monde protestant, c'est une belle coutume. Les protestants, chacun peut monter en chaire, même s'il n'est pas consacré comme un prêtre, et faire un sermon. C'est intéressant. Bref, l'esprit ne m'inspire pas. C'est possible que la parole est créée tout en tout. La parole, c'est évanescent, c'est fait.
56:36 Alors, je corrige, le commencement était la volonté. On sent déjà une progression de l'objet vers le sujet. Si vous regardez bien, il ne faut pas que la plume soit pressée. C'est un admirable passage. Je vais traduire au commencement était la force. S'il n'y a pas une force au départ, si vous voulez. Je fais une petite parenthèse, mais j'avais un ami agrégé de physique qui me disait, quand je lui demandais l'énergie, c'est quoi exactement ? Il me disait, écoute, donne-moi le concept d'énergie et je donne tout le reste. de dire, je ne peux pas le définir, mais si tu me la donnes, vous me corrigez si je me trompe, je peux définir tout le reste en physique comme concept.
57:09 Bon, la force. Et puis finalement, il écrit rayonnant, l'esprit m'a inspiré au commencement était l'action. Admirable passage. Bien avant que Marx dise jusqu'ici les philosophes n'ont fait qu'interpréter le monde. La parole, nous voulons le transformer. Action. Voyez, c'est des dichotomies qui hantent la modernité. Donc, j'ai fait cette parenthèse un peu longue pour vous rendre attentif à cette notion un peu délicate de totalité dans le temps.
Procuste : l'abstraction qui force le réel
57:47 Je finis ma parenthèse politique pour vous dire que je ne suis pas en train de défendre les régimes désignés comme totalitaires contre ceux qui les condamnent. Je dis que ce qui est criminel en eux, ce n'est pas que le tout y est exercé un diktat sur la pauvre partie que je suis entre autres. Mais au contraire, qu'une partie s'est arrogée le droit de parler au nom du tout. Je vous dis parti unique, je vais dire la race unique.
58:17 On pourrait dire aujourd'hui la pensée unique ou le marché unique. qui commence à être dangereux quand on veut que tout le réel se conforme à la loi qui est propre à une seule partie. Les Grecs ont un admirable mythe pour ça, un mythe auquel on devrait penser chaque fois qu'on est tenté par le formalisme. Pas par la forme, la forme c'est très fort, travailler dans le formel, les formes des mathématiciens, c'est des formes pures, mais dans le formalisme, l'idéologie de la forme. Très beau mythe qui est le mythe de Procuste, que certains ont sans doute entendu parler en mythologie, Procuste était un de ces brigands, un de ces bandits qui vivaient sur les carrefours des routes un peu sûrs de l'époque.
58:54 On parle d'insécurité aujourd'hui, il me fait rigoler. Et un de ces monstres auxquels Thésée, Hercule, n'est-ce pas, a purgé la terre. C'est nos potes, ça aménage la terre pour que l'homme puisse y vivre, les héros, les demi-dieux. Donc celui-là, sa fantasia à lui, c'était de choper les passants au carrefour et de les étaler. Alors, d'après les traductions, c'est un lit ou une table, peu importe, un espace-plan. Et il fallait que la personne enlevée fasse exactement, voyez le formalisme, la longueur de la table.
59:28 S'il est un peu plus grand, on coupait. On coupait. Si c'est trop petit, il est tiré. Comme quelqu'un qui écartèle. Voilà. Ça montre bien. Vous savez, ça m'a l'air de rigoler, mais il n'y a pas de plus grande criminalité en histoire que lorsqu'une abstraction veut absolument forcer le réel à lui être adéquate. Hegel a fait une très belle analyse du processus de la terreur pendant la révolution française et c'était un admirateur de la révolution, pas de la terreur spécifiquement, mais de la révolution française.
1:00:01 Et il dit, c'est typique du formel au pouvoir, la vertu au niveau formel, et on finissait par couper les têtes comme des choux. C'est son expression. Il y a eu beaucoup plus meurtrier que ça. Je vous rappelle quand même que malgré tous ces abus et le sang qui a été versé, la révolution française en combien d'années, Catherine, à peu près ? Une meilleure historienne de Paris avec nous, c'est le plaisir. Trois ans ? La révolution française en nombre d'années à peu près quatre ans, non ?
1:00:32 La révolution Non, non, la révolution jusqu'au directoire. Les historiens sont pas d'accord. Oui, enfin, en gros, la prise de la Bastille au directoire, ça fait pas beaucoup. Ça fait de 89 jusqu'à 95. Voilà, voilà, six ans, d'ailleurs. Et sur le... Je perds mon fil. Merci. Pendant ces six ans, il y a X milliers de morts.
1:01:06 Pendant la commune de Paris en trois semaines, il y en a eu 75 000 liquidés. Ah, c'est pas les mêmes. C'est des ouvriers, des trucs comme ça. Je ne les ai pas comparés, quand même. Enfin, voilà, on en parle beaucoup moins. Je ne suis pas en train de faire le compte des cadavres, mais comme il y en a qui le font, de temps en temps, il faut mettre les choses en place. Et je ne parle pas des morts qui n'intéressent personne. Ils sont contemporains, du monde dans lequel vous avez vécu des... Quasi 3 millions de morts en Angola. C'est des nègres, on s'en fout.
1:01:37 2 millions au Vietnam. 50 000 Américains, qui ont laissé la peau Vietnam. 2 millions de vietnamiens. Moi, je suis né en 45 à Hanoi, sous les bombes américaines qui étaient là pour les Japonais à l'époque. et on se battait déjà contre le communisme subversif. C'est des carnages permanents, tout ça. Surtout, pour moi, si je faisais une petite pétition, si j'ai toujours ce que je suis en train de dire qu'il y a des morts plus prioritaires, je ne sais pas un concours chez les macchabées.
1:02:10 Mais tout de même, c'est parce que j'y ai vécu beaucoup et que ce sont des instituteurs africains qui m'alphabétisaient. J'ai quand même une dette culturelle à l'égard du continent. Mais c'est les massacres de l'Afrique dite des Grands Lacs. Ça, ça fait quoi ? 60 ans que ça dure. On en a plus de 15 millions de morts dans une indifférence générale. Voilà. Ceci parce que nous avons parlé de totalité, unité, pluralité, totalité. Voilà les catégories.
Le noumène, connaissance négative et possibilité de la liberté
1:02:40 Si vous oubliez ce que ça veut dire chez Kant, pensez à une petite histoire du cosmonaute qui revient et dont vous pouvez deviner a priori Kant vous y encourage avant d'ouvrir le sac certaines propriétés qui sont propres à tous les objets qui apparaissent dans le champ du phénomène du temps et de l'espace. Et cette distinction va lui permettre d'être extrêmement féconde. Distinction de tous les objets en phénomène et ah oui, je ne vous ai pas dit l'antonyme de phénomène, la chose telle qu'elle est en elle-même mais qu'on ne peut pas connaître. C'est le noumène chez Kant.
1:03:13 On avait un prof de philo qui radotait un peu, je me rappelle une fois, et quand on voulait avoir la paix, on disait « Monsieur, c'est quoi un noumène exactement ? » Il était reparti dans des démonstrations et on pouvait jouer au Scrabble n'importe quoi. Voilà. Peut-être ça va m'arriver quand je fais des conférences mais parce que je ressasse moi aussi. donc le noumène c'est ce qu'on ne peut jamais connaître mais ce n'est pas pour ça qu'on ne doit pas le penser dit Kant. Si je prends conscience que j'ai des lunettes jaunes depuis ma naissance, je ne sais toujours pas quelle est la couleur du monde puisque je vous ai dit que je ne pouvais pas les enlever par hypothèse.
1:03:48 On est d'accord jusqu'à présent ? Donc je n'ai pas une connaissance positive quant à raison du monde telle que la couleur du monde en elle-même. Par contre, j'ai une connaissance négative. Ça c'est le point le plus loin où est allé Kant pour se rapprocher de ce qui va suivre après Hegel et la dialectique d'ailleurs. Je sais que le monde n'est pas jaune car je sais que ça vient de moi. Donc le noumène n'offre aucune connaissance positive.
1:04:18 On doit le penser à défaut de pouvoir le connaître mais il nous donne indirectement des connaissances négatives. J'ai l'air de couper les cheveux en quatre et d'être dans les subtilités. Je vais droit à l'enjeu. Vous savez bien que l'enjeu depuis le début de ce cours c'est la liberté. On a vu que sans la liberté la philosophie est impossible. Je ne reviens pas. Il y a le postulat de la raison pratique. Nous allons bientôt commencer la philosophie de l'action. On est un peu fatigué vous et moi de la philosophie de la connaissance. C'est un peu ingrat par les choses plus intéressantes. On ne regarde de manière plus intime. Ce n'est pas du droit de la politique de l'amour du beau, du laid du bien, du mal pas seulement du vrai et du faux quand on a la connaissance.
1:04:57 Ça va être intéressant. Mais entre les deux il y a la liberté qui est la clé de voûte qui vient terminer notre arche de la philosophie de la connaissance qui vient terminer logiquement et j'espère vous l'avoir démontré un petit peu mais je vais continuer mais aussi chronologiquement puisque je vous ai dit qu'on arrive à la modernité à travers un complexe révolutionnaire entre fin 18ème et début du 19ème siècle et qui ne va pas s'arrêter. 1789 après l'essai de remettre le roi paf 1830 et puis après paf 1848 et puis la commune de Paris et puis la révolution d'octobre 17 ça n'arrête pas au point qu'on pourra dire que le 19ème qui est le seul qui n'a pas de surnom les autres ont la renaissance la lumière le siècle classique le siècle du roi soleil le siècle des révolutions il n'y a que ça.
1:05:40 Donc l'enjeu je vous dis que cet enjeu il est contenu dans la notion de liberté parce que je reparle de liberté où moi je suis en train de parler de connaissances négatives quel rapport ? Eh bien si jusque là le déterminisme niait la liberté au nom de la causalité il n'y a pas de spontanéité la chaleur dilate les corps s'il y a une dilatation c'est que ça ne vient pas du corps et de sa spontanéité mais ça vient d'un phénomène d'un autre objet extérieur à lui qui l'a déterminé de même comme je dis tout à l'heure que s'il y a du vent c'est parce qu'il y a des masses qui sont téléscopées et les différences de pression là on est dans l'ordre du temps de la succession des causes et des effets vous êtes bien d'accord la causalité suppose l'ordre du temps c'est même grâce à au sens de la causalité que nous avons en tant qu'hommes que nous avons des repères dans le temps des fois on peut déduire de la forme d'un estuaire d'une rivière qui allait charrier des cailloux depuis les hautes montagnes ou qu'elle allait naviguer longtemps en pleine en faisant des méandres donc nous tenons ici
1:06:50 un petit peu le loup par les oreilles parce que si ce qui s'oppose à la liberté et ce déterminisme ne concerne plus le réel c'est la bonne nouvelle que nous annonce Kant mais seulement le phénomène nous ne savons pas comment est la chose en soi mais ce qui est sûr c'est qu'elle n'est ni dans le temps ni dans l'espace et donc la liberté redevient possible dans l'ordre de l'être en soi possible là encore je vous donne les trois modalités vous n'êtes pas obligés de noter tout ça mais le possible le premier moment de la modalité comme on dit en logique possible premier degré de la connaissance c'est déjà pas mal réel en plus que ce soit possible là on a carrément la réalité de la chose et enfin nécessaire elle n'est pas réelle comme ça par hasard mais qu'en plus ce soit l'effet d'une loi voilà possible, réel, nécessaire sont les trois progrès dont rêve toute connaissance scientifique pour qu'un phénomène soit possible il suffit qu'il n'enferme pas de contradictions voilà ça ne veut pas dire qu'une chose va exister après je vous ai dit l'autre jour que la proposition un château de 2 millions de pièces en a deux fois plus qu'un château d'un million
Nouveau critère de vérité et révolution copernicienne
1:08:00 qui est un énoncé parfaitement vrai qui ne correspond à aucune réalité c'est là qu'on voit la disjonction de vérité et de réalité il n'empêche que la notion n'est pas impossible château d'un million de pièces il n'enferme aucune contradiction simplement quelques difficultés mais l'homme en a vu d'autres donc voilà la grande mutation qui se fait avec Kant cette émancipation du sujet de la connaissance qui ne se contente plus du critère de vérité qui avait prévalu jusque là je vous le dis le grand critère de vérité de la pensée scolastique qui a régné pendant des siècles c'est que la vérité c'est adaequatio rei et intellectus il y a vérité lorsqu'il y a adéquation entre ce que j'ai dans ma tête et la chose dont je parle ce qui semble encore tomber sous le sens quand la réalité du livre est conforme à ce que j'en dis que c'est un objet en papier qui fait tant de grammes etc mais dans cette conception le sujet est toujours un petit peu en laisse derrière l'objet il faut qu'il soit adéquat à un modèle il y a toujours le rapport modèle copie c'est pour ça que j'ai fait mon histoire de miroir
1:09:10 dans mon histoire de miroir c'est le sujet qui est copie et c'est l'objet qui est le modèle alors que dans le cas qui nous occupe ici à partir de Kant le critère de vérité ce n'est plus l'adéquation de l'esprit à la chose mais l'adéquation de l'esprit finissez ma phrase oui non non non c'est encore extérieur le phénomène à lui-même que fait un mathématicien quand il ne contredit pas il reste près de soi bei sich comme on dit en allemand ben oui il faut bien prendre conscience de ça aujourd'hui l'adéquation de la pensée à elle-même c'est pourquoi il était malicieux le elle était malicieuse l'inscription inscrite au fronton de Delphes qui donne un programme à la philosophie connais-toi toi-même n'est-ce pas gnôthi seauton je vous avais dit la dernière fois qu'est-ce qui est important dedans c'est pas seulement connaître
1:10:20 et toi c'est même qu'est-ce qui fait qu'un invariant le même l'identité qui se maintient en moi entre le bambin que j'étais quand j'avais 8 ans voilà et maintenant et les changements physiques de caractère d'humeur qu'est-ce qui fait un invariant qui fait qu'on peut parler d'une identité tous les philosophes se sont heurtés à ce problème de l'un du multiple de l'identité et de l'altérité les grecs pour s'entraîner se posaient ce genre de difficultés qui sont excellentes pour exercer notre esprit logique à partir de combien de cheveux un chauve est un chauve à partir de combien de cailloux on a affaire à un tas est-ce que deux cailloux c'est un tas on peut discuter les grecs adoraient ce genre de discussion c'était des commerçants à l'origine on discutait dans le commerce comme on dit en Afrique il faut parler seulement et tout s'arrange avant la guerre entre la crise et la guerre il faut quand même parler un petit peu cette émancipation du sujet de la connaissance
1:11:30 c'est curieux qu'elle intervienne juste au moment où Rousseau émancipe le sujet de l'action par le contrat social coïncidence historique vous voyez c'est quand même j'étais en train de parler de quoi de l'adéquation nouveau critère de vérité critère ancien l'esprit doit se conformer à la chose la refléter se conformer à critère moderne l'esprit doit conformer la chose à lui-même je vous rappelle le passage de Kant je vous l'ai lu une dernière fois il faut donc que la raison se présente devant la nature tenant d'une main ses principes et de l'autre l'expérience qu'elle a imaginée d'après ses principes et donc qu'elle vienne au devant de la nature mais non pas comme un écolier qui laisse dire par le maître tout ce qui lui plaît mais comme un juge en fonction qui force les témoins à répondre aux questions qu'il leur pose c'est la préface de la première édition c'est énorme cette émancipation sinon on a l'empirisme de l'observation qui peut durer 10 000 ans sans donner jamais une seule loi scientifique
1:12:40 donc j'étais en train de dire adéquation de l'esprit à lui-même l'esprit ne reconnaît aucune autorité extérieure en matière de connaissances je ne suis pas dans Rousseau je suis dans Newton dans la logique dans la physique dans les sciences humaines peut-être il ne faut pas que je me contredise voilà déjà donc je dise toujours la même chose malgré les variations que ça peut prendre or Rousseau à ce moment-là fonde le contrat et une pensée politique où il dit que l'homme ne doit s'abaisser devant rien de ce qui est donné au sujet que nous sommes c'est-à-dire soit la nature soit la surnature Dieu ils ont beau s'opposer les athées les croyants les matérialistes les mystiques etc mais ils ont de commun tous les deux de vouloir que l'homme se soumette à un déjà-là un déjà-là naturel ou un déjà-là surnaturel vous ne cherchez pas quel sens de la morale et des valeurs voilà il dit comment tac tac tac ou dans une autre législation le bien c'est de couper la main du voleur
1:13:50 à partir du moment où il y a ce parallélisme entre parce que j'ai dit ici on avait séparé la connaissance et l'action vous voyez et là tout d'un coup il se passe le même phénomène et les deux aboutissent chez Kant je vous avais dit que toute la richesse de Kant c'était d'avoir unie la critique d'avoir été sensible à la critique de Hume en particulier à l'égard de la connaissance de la nature et notre prétention à formuler des lois universelles et l'apport de Rousseau qui renverse complètement la réflexion politique en mettant le droit au-dessus de la force et en fondant les sociétés donc sur le contrat donc sur la reconnaissance mutuelle et non plus sur un état de fait qui est le plus souvent d'ailleurs un rapport de force voilà ce sur quoi je voulais insister dans cette première partie donc cette ce renversement
1:15:01 de perspective a reçu sous la plume de Kant une expression qui est devenue célèbre il appelle ça une révolution copernicienne pourquoi il dit parce que quand on regarde ce qui s'est passé avec Copernic avant Copernic on ne comprenait rien au système qui nous entourait parce que nous étions immobiles et on laissait l'univers tourner autour de nous les grandes orbes de Ptolémée la révolution copernicienne a consisté à faire tourner le spectateur autour des étoiles dit Kant le rendre actif passer du centre à la périphérie et bien cette symbole de la révolution copernicienne elle est permanente à partir de Kant dans l'expression de la modernité et si j'insiste là sur l'émancipation du sujet c'est le point commun à toutes ces attitudes c'est parce que vous voyez qu'elle est valable aussi bien au niveau théorique je l'ai montré dans le changement de critère de vérité là c'est vraiment l'ordre théorique et dans l'ordre de l'action
Règles humaines et lois de la nature
1:16:13 que nous allons aborder bientôt par la position exceptionnelle que donne Rousseau à la liberté comme étant le fondement même de l'anthropologie on ne peut pas comprendre l'anthropologie donc développer ce qu'on est convenu d'appeler des sciences humaines ou sociales peu importe pour l'instant la nuance qui a un sens ailleurs on ne peut pas y développer si on ne met pas au départ quelque chose qui les distingue des sciences de la nature parce que si c'est une annexe des sciences de la nature comme le pensent les sciences cognitives qui croient qu'on fait des sciences humaines à partir de stimulus de réflexes et des choses comme ça je n'ai pas dit qu'il ne faut pas le faire c'est des choses très intéressantes mais précisément qui expliquent ce qui n'est pas humain dans l'homme mais ce qui partage avec l'animal tenez loi de la démographie par exemple vous voyez c'est des disciplines on est dans les sciences humaines je ne suis pas sûr la répartition des sexes par la naissance c'est une grande chance qu'il naisse à peu près 50-50 de mâles et de femelles vous vous rendez compte si c'était 80-20 j'ai vu que l'équilibre de ce monde est difficile à trouver mais alors là je vous ai déjà parlé de ces mares en Afrique à la fin de la saison sèche où il reste 8 crocos qui se disputent 10 mètres carrés parce qu'il n'y a plus
1:17:25 beaucoup de place c'est la baston généralisée il n'y a plus beaucoup de femmes et à l'heure où je vous parle des sociétés où la grande tâche est d'aller faucher une ou deux femmes de la petite tribu voisine c'est vital je pense aux papous de Nouvelle-Guinée je ne suis pas très meurtrier ces gars-là je ne suis pas en train de les accabler pas beaucoup de choix mais une petite digression anthropologique mais pour aller très rapidement j'anticipe un peu sur notre recherche dans les sciences humaines et en philosophie de l'action mais très rapidement il y a des lois dans les sciences de la nature je ne reviens pas il y a des règles dans les sociétés humaines une petite nuance la polygamie c'est une règle pas une loi la preuve c'est que comme disait Pascal vérité au-delà des Pyrénées erreur en deçà je veux dire c'est ça la différence les règles c'est moins constitutif que les lois Kant oppose souvent la notion de constitutif la notion de simplement régulateur comme il dit simplement régulateur où je vais en dire qui est une exception il y a une règle qui est bien une règle parce qu'elle ne vient pas de la nature on va le prouver après mais je vous le dis tout de suite c'est la prohibition de l'inceste qui est commune
1:18:35 à toutes les sociétés humaines qui est aussi générale qu'une loi alors qu'elle n'est pas naturelle voyez le système de communication des abeilles qui a été très étudié par Frisch comme entomologue qui est un système de communication les plus sophistiqués du règne animal avec celui des dauphins etc mais je ne sais pas vous connaissez en gros comment ça se passe une abeille qui a repéré du butin revient à la ruche et pour communiquer à ses potes où se trouve le butin elle exécute une danse en forme de huit comme ça dont l'axe le grand axe du huit est fait une bisectrice avec le soleil et indique donc la direction la direction est indiquée donc les siens se précipitent dans la direction indiquée mais en plus la quantité de nourriture qu'elle a trouvée est signifiée aussi par la fréquence des huit qu'elle fait j'aime beaucoup le butin c'est le hard rock n'est-ce pas j'aime pas beaucoup c'est Adagio lento ma sostenuto bon voilà donc vous précipitez pas
1:19:45 à dire que c'est un langage c'est tout sauf un langage c'est une communication il y a bien des choses qui sont passées d'un animal à l'autre mais premièrement c'est inné il n'y a pas des conservatoires où les abeilles apprennent faire la danse comme ça les figures il n'y a pas l'apprentissage alors que le code que nous avons entre nous ce moment pour parler si j'étais né en Chine il est évident que c'est pas celui-là que j'utiliserais c'est pas inné il n'y a pas en nous des molécules des gènes de langue française à notre naissance non mais il y a beaucoup de fantasmatiques alors il faut cesser de temps en temps il y a des gènes de tas d'autres choses la couleur des yeux ce que vous voulez de telle ou telle maladie ce qui est déjà plus embêtant mais des gènes de choses sociologiques par des puissances c'est contradictoire donc la langue c'est ce qui est apporté de l'extérieur plus grave on avait parlé pour les enfants sauvages le langage c'est pas seulement la langue et s'il n'est pas apporté au-delà d'un certain âge il ne peut plus être acquis n'est-ce pas je pense aux enfants sauvages qui ont été étudiés aux Mowgli réels pas à ceux de Kipling donc si je reviens
1:20:57 à cette règle exceptionnelle qui a l'universalité d'une loi la prohibition de l'inceste tout en étant une règle je reviens à mon histoire de la mare au croco et de la baston et qu'il n'y en a pas pour tout le monde parce que nous on est sur le marché de Paris pour les nanas pour les mecs peu importe ça va aller pour les deux sexes ce que j'ai dit ça va il y a du marché quand vous êtes au fond de la forêt une tribu qui fait mettons 150 habitants 70 hommes 70 femmes en gros un peu plus de femmes j'enlève des femmes que je peux épouser mes soeurs la mère la prohibition de l'inceste les vieilles les bébés il ne reste pas grand monde voilà c'est pour défendre mes petits papous qui vont essayer d'en faucher une ça fait un mort un mort et demi des fois puis après on s'arrange des petites fêtes on fait des cochons on donne 30 cochons c'est des cas qui a été tué c'est bien ça c'est bien rigolé mais voilà je suis en en train de montrer qu'il y a bien différent dans les choses humaines
Obéir à la loi qu'on s'est prescrite
1:22:07 que dans les lois de la nature bon c'est à partir de quand que tous ces problèmes là-bas commencent à prendre la forme de la manière dont nous posons les problèmes aujourd'hui la distinction des sciences de la nature et des sciences humaines suppose déjà cette modernité post-kantienne si vous prenez le système d'Aristote la philosophie c'est la science générale et il y a les parties de la philosophie qui sont la physique l'astronomie la zoologie de la partie des animaux c'est un traité d'Aristote c'est une prétention mégalomaniaque de vouloir assigner aux frêles épaules de la philosophie cette tâche d'être une espèce d'encyclopédie du monde extérieur mais je ne jette pas la pierre sur Aristote il était un excellent observateur je veux dire il n'a pas été qu'un amateur en zoologie il y a encore des études sur le placenta et du galéos ou chien de mer si je me rappelle bien qui font encore autorité c'est quand même et puis quand il était précepteur d'Alexandre il avait trouvé la gâche le boulot de rêve pour un grec qui aurait dû être massacré par un macédonien il s'en tire bien
1:23:17 il devient le précepteur du nouveau patron de l'univers soyons sérieux quand Alexandre partait par ses campagnes vers l'Asie il le flanquait de rabatteur à lui pour amener les spécimens d'animaux de plantes quand même alors que Platon est plus fasciné par les mathématiques par l'intemporel Aristote est fasciné par le vivant par la biologie voilà donc ça on n'a pas attendu Kant ce qui est nouveau c'est cette tendance du sujet à ne céder devant rien de ce qui est extérieur à lui quand Rousseau dit dans le contrat social l'impulsion du seul appétit est esclavage et l'obéissance à la loi qu'on s'est prescrite je vais m'insister sur le S apostrophe qui est la partie la plus importante de la phrase même si ce n'est qu'une lettre l'obéissance à la loi qu'on s'est prescrite et non pas qu'on m'a prescrite est liberté c'est bizarre comme définition c'est intéressant d'une part ça vous le comprenez je suis plus libre quand j'obéis à moi quand j'obéis sous la contrainte ça tout le monde sera d'accord mais obéir moi je croyais être libre c'était pas obéir
1:24:27 pour Rousseau il n'y a pas de contradiction entre obéir à la loi et être libre du moment que la loi j'y suis partie prenante je la reconnais comme mienne et c'est celle que je referais si j'étais appelé à voter aujourd'hui voilà je fais des tas d'hypothèses c'est pas que j'aimerais bien être vérifié dans la vie politique de tous les jours mais enfin après la révolution il y a des restaurations on n'y peut rien nous ne vivons pas dans un monde révolutionnaire nous ne vivons pas dans un monde réactionnaire nous vivons dans un conflit entre révolution et contre révolution depuis la fin du 18ème siècle c'est l'air de rien mais concrètement ça compte un peu ce que je dis parce que si vous mettez bout à bout les années révolutionnaires ça fait pas grand chose ça dure pas longtemps la révolution française sans doute le plus grand gouvernement qu'a eu notre pays en nombre de nouveautés encore elle a aujourd'hui la convention sur la révolution française le système métrique les ingénieurs les trucs c'est fantastique après quoi quelques jours en 1830 1848 la commune je la compte pas j'ai une énorme admiration mais parce que c'est une révolte écrasée dans le sang ça a malheureusement pas pu être une révolution c'est à dire une inversion de l'ordre et les pouvoirs c'est un terme qui vient de l'astronomie
1:25:37 révolution révolution des astres ce qui est en haut va en bas ce qui est en bas va en haut donc c'est c'est précieux de voir que ça ne s'arrête plus à partir du moment où le sujet pose le problème de la liberté on ne peut pas l'arrêter avec des diguettes voilà c'est sur cette attention que je voulais vous attirer mais surtout sur le côté complètement inconscient des catégories et des a priori que développe Kant le sujet est beaucoup plus compliqué qu'il ne le croyait il se croyait simple c'est pas regardez le cogito cartésien il n'y a rien il y a le fait que je pense puis après il y a un progrès mais je suis une chose qui pense res cogitans c'est vraiment il y a quand même une existence et c'est un peu abstrait le sujet ne prend pas pour lui-même tout ce dont il est pourtant l'auteur et c'est important parce que j'ai dit le mot sujet
1:26:47 pour éviter de dire soit la personne soit l'individu soit le singulier on m'a dit tout à l'heure mais ce sont des notions précises on va peut-être mettre un petit peu d'ordre précisément dans ces notions dans l'individu il y a indivisible donc l'individu c'est toujours une totalité si on ne peut pas le diviser c'est qu'au départ il est une composition c'est un truc qu'on ne peut pas décomposer quand j'ai divisé donc l'individu c'est une des plus complexes de la pensée peut-être penser qu'un des plus grands efforts d'intelligibilité qui a produit l'humanité c'est le système d'Aristote pour son époque c'est fantastique tout ce qui a été éclairci le nombre de concepts qui ont été apportés qui restent encore vous voyez genre espèce individu on s'en sert encore à l'époque de Linné au 18ème pour classer le règne animal même un effort d'intelligibilité de cette taille se perdrait dans les sables
On est toujours dans l'action ; Freud écoute le malade
1:27:57 s'il n'y avait pas l'unité du sujet pour les rassembler donc pourquoi je fais ces distinctions parce que je prenais l'exemple d'Aristote certains ont pu dire que toute son oeuvre a consisté à essayer de donner un statut ontologique à la notion d'individu parce que pour nous c'est simple on prend l'individu au sens biologique n'est-ce pas et là c'est pas encore évident qu'il ne soit pas divisible donc la Et compagnie. Je suis en train de dire qu'on a fait fausse route depuis le début de nos entretiens. Je vous rassure, je ne dis pas que vous avez perdu du temps avec moi, mais encore que, mais on a perdu du temps, mais il fallait passer par cette perte de temps, vous allez voir pourquoi, pour en gagner.
1:29:01 Ok ? Parce que, qu'est-ce qu'on a dit au début ? On a dit, définition de la philosophie, deux questions. Que puis-je savoir ? Que dois-je faire ? Bon, c'est que dois-je faire qui est la plus importante pour définir le champ spécifique de la philosophie, puisque le que puis-je savoir, elle le partage avec les sciences. Donc c'est le que dois-je faire. Mais ce qui est proprement philosophique, c'est de vouloir répondre à la question que dois-je faire d'une manière épistémique et non pas seulement d'une manière doxique, pas seulement par des opinions, mais par un savoir.
1:29:32 Rappel du début. Donc, à la question que dois-je faire, on va faire comme Platon et Socrate, au début de la République. On veut s'occuper des choses qui concernent l'action, quelle est la cité idéale, qu'est-ce qu'il faut changer dans notre cité, pour pas que ces maux continuent à nous accabler. Et puis, tout d'un coup, on s'aperçoit qu'on ne peut pas le faire directement, il faut faire un grand détour par ce qu'on a fait ces dernières semaines, entre nous, la philosophie théorique. Il faut savoir beaucoup de choses. Parce que qu'est-ce que c'est que le bien ? Déjà, le vrai et le faux, c'est compliqué, mais alors le bien et le mal.
1:30:07 Voilà, un grand détour. C'est là qu'on a fait une erreur. Parce que ça supposait que je pouvais mettre l'action de côté et passer d'une manière transparente à la connaissance. Qu'est-ce que nous apprend Kant avec cette image du prisme ? C'est qu'on est toujours dans l'action. Je crois sur un terrain objectif, le terrain de la connaissance, le terrain épistémique, et j'apporte avec moi tous mes préjugés, toutes mes habitudes. C'est pour ça que j'insiste sur le mot inconscient, qui sont tellement, pas d'ordre psychologique, je ne parle pas de mes habitudes, en tant qu'individu.
1:30:41 Mais que finalement, notre erreur a été consistée à confondre, distinguer et séparer. On a eu raison de distinguer le moment de la connaissance, il faut savoir ce qui est, que ça nous plaît ou pas, je l'ai dit tout à l'heure. Et le moment de l'action, où il faut changer les choses, agir c'est ça. Que ce soit versé de l'acide sur de la craie, ça fait des bulles. Le calcaire est effervescent à l'acide.
1:31:14 Toute action consiste à établir une altérité, un changement, sinon ce n'est pas une action, dans le monde qui entoure et non pas le laisser dans l'identité. C'est pourquoi, petite parenthèse, je suis agacé par une notion de développement durable. Je la trouve très sympathique, l'intention. Enfin, on ne peut pas demander à un cercle d'être carré. Développer, c'est changer, ce n'est pas durer, c'est le contraire. Qu'est-ce que vous voulez ? Ça c'est la flamme qui voudrait flamber sans bois. Mais non, non, non. La flamme, elle croit qu'elle est la maîtresse, c'est elle qui dévore le bois.
1:31:47 Sauf que quand il n'y aura plus de bois, il n'y aura plus de flamme. Bel exemple de dialectique, la flamme et le bois. Regardez, chacun est tour à tour maître et serviteur. Soit dit en passant. Voilà, ça m'agace cette notion de développement durable. Ou bien, vous laissez les choses comme elles sont pour qu'elles durent. Pourquoi pas ? Moi, je suis attaché à vieille petite maison, porte qui branle un peu, mais pourquoi pas, c'est un charme fou. Ou bien, je développe. Donc, je change. Le développement durable, c'est bizarre.
1:32:18 Le changement durable. Et Hegel dit dans la préface de la phénoménologie, la manifestation, c'est un autre mot pour phénomène, ce qui se manifeste. La manifestation est le mouvement de naître et de périr. Ça, les premiers grecs l'avaient bien vu. La genesis, c'est la phthora, la génération, la corruption, la vie, la naissance, la mort. C'est ce qu'affirme le devenir par rapport à la permanence. Donc, je répète, la manifestation est le mouvement de naître et de périr, mouvement qui lui-même ne naît ni ne périt jamais. Il n'y a rien d'éternel sauf le devenir, précisément.
1:32:50 Dans cette pensée mobiliste, comme on dit quelquefois, qui remonte à Héraclite, celui qui disait, « Panta rhei, tout s'écoule, on ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve ». Et on se baigne toujours dans le même fleuve. Il ne faut pas oublier la suite de sa phrase. C'est un grand dialecticien. qui nous force à penser ce qu'on appelle le fleuve. Est-ce que c'est l'eau qui passe ? Parce que dans ce cas-là, ce n'est plus le même. Ou est-ce que c'est des rives ? Alors, on définit le fleuve sans l'eau. Très dialectique, la notion de fleuve. Voilà. Nous sommes toujours dans l'action, je suis en train de dire, toujours en train de catégoriser, même voir une chose, c'est déjà lui imposer.
1:33:27 Ce n'est pas un certain statut. La vision est très aliénante. J'avais pris l'exemple dans un tout autre contexte de l'apport de Freud dans la thérapie des souffrances psychiques. Je rappelle qu'avant lui, on regardait le malade sous toutes les coutures. On l'examinait jusqu'à déceler le troisième lobe de Broca qui est à l'origine des aphasies, ou de lobes temporales gauches. Oui, des localisations cérébrales. Une espèce d'illusion de localisation cérébrale. Comme le fait qu'il y ait un bouchon en place de la Concorde ne signifie pas que c'est la fonction.
1:33:59 Enfin bref, ce n'est pas mon sujet aujourd'hui. Mais ce que fait Freud, c'est l'inversion de ce processus. Il n'examine pas le malade, il l'écoute. Il peut même lui tourner le dos. Le rapport inverse. Les précédents, avant Freud, l'examinaient sans l'écouter. Ce qui est cohérent d'après leur point de vue positiviste. Puisque ce discours n'a pas de sens.
1:34:29 C'est une machine qui grince parce qu'il n'y a pas d'huile. J'exagère un peu. Mais voilà, ce sont des symptômes mécaniques. Et non pas, qui ont un sens, qui appelle une réponse, qui s'adresse à moi et à tout homme. Capteur de sens. C'est-à-dire tout homme. Donc, on ne le regarde pas. Il est insensé, le fou, par définition. Wahnsinnig, comme on dit en allemand. Sinn, c'est le sens. On n'écoute pas, on l'examine. Bon, ceux qui n'étaient pas fous en entrant étaient sûrs d'être en sortant, ce régime-là.
1:35:00 Alors que Freud, il l'écoute. Et il l'écoute pour entendre, pour être à l'écoute de ce qu'il ne dit pas, en plus, ce malade. Vous vous rendez compte ? Mais pour ça, ne croyez pas que c'est facile, à ce moment-là, je vais dire que tu dis ça, mais ton inconscient. Non, non, non. Parce que ce que je ne dis pas, ce que je ne veux pas me dire, et ce que Samuel ou Wilfried ne veulent pas se dire, ne sont pas les mêmes choses. Donc il faut bien restituer le dire de chacun pour reconstituer son impensé et son inconscient.
1:35:30 On ne veut pas que ce soit une opération arbitraire, qui consiste à injecter du sens à l'extérieur. Voilà ce que je veux dire. Il ne s'agit pas de lire entre les lignes, comme dit Freud. Tout est dans les lignes, tout est dit. L'inconscient s'exprime et passe son temps à s'exprimer. Je prends l'exemple de cette réunion d'hommes d'affaires qui disait « Maintenant, nous allons porter un toast à notre directeur. » « Porter un toast » se dit « anstoßen » en allemand.
1:36:01 Pardon. « Auf ». Non, c'est ça, « anstoßen », excusez-moi. Et « roter » se dit « aufstoßen » et non pas « anstoßen ». Et bien sûr, le gars fait lapsus, le cadre. Et maintenant, nous allons roter à la santé. Oh, pardon. Herr Direktor, pardon. Bon, visiblement, les relations n'étaient pas les meilleures. Ou comme ce prof d'anatomie qu'il avait vu à l'école de médecine, Freud, et qui était spécialiste de la cavité nasale, et qui s'adressait à l'amphi dans ses termes en disant « Maintenant, j'aborde la cavité nasale, alors accrochez-vous, parce que c'est compliqué. »
1:36:36 Et je peux vous dire, dans tout vienne, les gens qui connaissent bien la cavité nasale, y compris dans le monde des médecins, peuvent se compter sur le doigt d'une seule main. Pas sur les cinq doigts de la main, sur le doigt muséman, il y avait que lui dans Vienne qui connaissait bien la cavité nasale. Sur le doigt d'une seule main. Éclat de rire dans la salle. Bref, la vérité, quand on veut la cacher, on la dit. Goethe encore. La vérité, c'est lorsqu'on la repousse, qu'on l'embrasse, a-t-il dit. Et dans l'Évangile, il est dit « La pierre qu'il voulait rejeter, elle est devenue la plus grosse de l'angle. »
1:37:09 Dans la construction du temple. « La pierre qu'il voulait rejeter, le refoulement, vous savez, est devenue la plus grosse de l'angle. » Eh oui. Le travailleur, je m'excuse d'être un peu politique tout d'un coup, mais je vais dire « Ben oui, il n'existe plus, c'est pas archaïque, ça, le proletariat, ça, l'ouvrier, c'est service, on a partout, il y a des services, on a des voumois, on a des cadres, on a des professions intellectuelles. » Non. En fait, il existe, mais il a été transplanté en Slovaquie. Il n'y a jamais eu autant d'ouvriers au monde.
La limite de Kant : un sujet sans histoire
1:37:41 Ils ont été simplement un petit peu déplacés. Ce ne sont pas les mêmes. mais on prend le résultat sans son devenir et on vit dans l'illusion qu'on vit dans un monde sans ouvrier. Voilà. On doit quand même, à Kant, d'avoir révélé l'activité du sujet et sa position décisive dans la connaissance, mais sa limite, mais c'est bon, je fais que de rendre des hommages, sa limite, on n'a pas fini avec Kant.
1:38:14 On va le faire du revenir. Je vous le dis tout de suite, c'est que ces structures, ces a priori, viennent d'un sujet sans histoire pour lui. Chaque fois qu'il dit comment ça se fait, qu'on voit les choses à travers le temps et l'espace, il dit « notre raison est ainsi faite que ». C'est dans notre nature que. La nature de notre connaissance est ainsi faite que. Il y a une espèce d'intemporalité de la construction de la connaissance humaine. Il n'y a pas d'histoire. Ce qui est très curieux, parce que Kant a été le premier à montrer à quel point le temps était constitutif du sujet, mais il n'a pas creusé une de ses plus géniales trouvailles.
1:38:48 C'est l'importance du temps. Je vous avais dit la dernière fois que toute la pensée classique, avant Kant s'efforçait de réconcilier la pensée et l'étendue, l'astronomie dans l'Antiquité, puis après, il reste que ça, de l'écart. Et qu'à partir de la fin du XVIIIe siècle, à l'époque de Kant, c'est plutôt le rapport de l'homme et du temps qui va donner le sens de la problématique de la modernité, je pense, en rapport à l'histoire, la sociale, l'histoire, le temps de travail, l'économie, etc. Le rapport au temps va devenir beaucoup plus important.
1:39:22 Donc voilà, le point c'est qu'il y a une intemporalité. Et ce sujet n'a pas de contenu. Je vous ai parlé du noumène tout à l'heure, l'inconnaissable, la chose en soi. Il y a deux noumènes fondamentaux. Un du côté de l'objet, c'est Kant qui parle, l'objet tel qu'il est avant que ma connaissance s'exerce sur lui. Nous ne pourrons jamais le connaître, et peu importe à la limite. Et le sujet, tel que, j'ai pu, mais vous voyez le sujet qui envoie ces concepts-là, n'est-ce pas, pour aller classer la matière qui lui est envoyée par le sensible, et que ces classifications se formulent sous forme de concepts et de langages.
1:40:05 Bref, la fonction du réel et la fonction logique en face, le composé des deux qui donne le phénomène, tout ça est intemporel et sans histoire. Chez Kant. Il n'y a pas plus éloigné de Kant que la notion de genèse. On n'a jamais la genèse. Chez Kant. Donc, ça va être cette abstraction qui va titiller les successeurs admirateurs de Kant, la génération qui a suivi.
1:40:35 Tantôt on dit le post-kantisme, tantôt l'idéalisme allemand. Fichte, Schelling, Hegel, je veux dire, d'autres moins connus comme Reinhold ou Bardili, qui sont très importants. Enfin, peu importe, on n'est pas en histoire de la philosophie, mais quel est leur problème, comme on vient de le voir, qui se pose dans l'immédiat post-kantien ? C'est de donner un contenu à ce sujet un peu mystérieux qui est législateur de la nature, n'est-ce pas ? Et dont on sait finalement peu de choses.
1:41:05 Or, si Kant a très bien fait de montrer que notre connaissance de la nature, la physique au sens très extensif, comportant des sous-continents comme la chimie, la biologie, si Kant a eu bien raison de montrer que la nature, grâce à la physique, a une forme légale qui correspond à la loi, par contre, je veux dire, il n'y a rien qui permet, si vous voulez, on voit bien ce qui limite la connaissance chez Kant, elle est limitée au phénomène, aller au-delà, c'est illégitime, et on voit rarement la qualité de Kant, c'est comment il augmente notre connaissance.
1:41:50 J'ai l'air confus, je vais être très clair. Il a augmenté par rapport à notre connaissance du monde extérieur. Par contre, dans le monde des sciences humaines, c'est le blackout. J'ai cité Clouscard tout à l'heure, avec son accent à Toulouse, il disait, Kant, il a tout vu, il a tout vu, mais aussitôt qu'il a vu, il a baissé le rideau, comme s'il ne voulait pas voir. Et c'est à ses successeurs après se débrouiller. Il a vu. Il y avait la liberté, le sujet, derrière tout ça. Mais il faudra, les successeurs de Kant, donner un contenu à ce sujet.
Pierre et Paul : faire ce que je veux, faire ce qui me plaît
1:42:24 et voir que les chemins de la liberté ne sont pas tout à fait ceux de la nature. Et ce travail-là, qui va nous occuper la séance prochaine, suppose, je pose le problème aujourd'hui, et je vais simplement le poser, pas le développer, suppose qu'on soit bien d'accord avec ce fameux mot de liberté depuis qu'on tourne autour, maintenant il faut l'aborder. Ça va être fait, Loïc, puisque tu es rapide. Si je te demande, franchement, sincèrement comme ça, c'est quoi être libre pour toi, tu me réponds spontanément quoi, sans aller chercher dans les bouquins ou les réflexions, sans faire le malin ?
1:42:58 Pardon ? Non, non, non, mais je ne te demande pas, la question est facile, bien sûr, mais tu me répondrais quoi, spontanément ? Oui, mais bravo, il faut commencer par être sincère en philosophie, c'est toujours payant. Et après, bien sûr, il faut réfléchir sa sincérité, contre, oh là là, ce que je viens de dire là, ça ne tient pas la route, parce que, parce que, parce que, mais il faut commencer par dire, ben oui, libre, je fais ce que je veux, pas philosopher par-dessus les gens, sinon on ne les rattrape plus.
1:43:29 Le problème, c'est que ce n'est pas simple de savoir quand je fais ce que je veux, je ne sais pas ce que je veux. Voilà où le philosophe intervient. Et pour ça, je vous avais donné une petite anecdote, mais je la reprends là. Pierre et Paul, vous vous rappelez de Pierre et Paul ? Eh bien, non, ne travaillez pas, ne vous rappelez pas de Pierre et Paul ? Vas-y, Ulfric, rappelle. Allez, c'est deux candidats au bac. Oui, c'est ça, oui, pour savoir que le cas des deux a fait ce qui a été libre. Alors, tu vas un peu trop vite, deux candidats au bac qui ont glandé toute l'année.
1:43:59 Et qui décident pour demain, je mets mon réveil et je bosse. Voilà, demain, c'est du jour du matin. Le réveil sonne chez chacun, et il y en a un qui se lève et qui se met à bosser, et il y en a un autre qui décide de se rendormir et de se rendormir. Il est resté pioncé. Et la question est, lequel a fait ce qu'il a voulu ? Vous voyez, il n'est pas la peine d'aller chercher l'opposition de l'apagogique et de l'ostensif dans la dialectique de la raison pure pour poser des problèmes sérieux. On peut faire des choses simples et arrêter pas crête. L'honnêteté le demande.
1:44:32 Pas des choses aussi importantes. Quand je pose la question au tout venant, le réveil qui dit c'est celui qui reste au lit, qui fait ce qu'il a voulu, celui qui se lève, l'autre un peu plus futé, comment ça veut dire ? Les deux, hein ? Il y en a un qui veut se lever, il se lève. Il y en a un qui veut rester au lit, il reste au lit. Donc, chacun des deux a fait ce qu'il a voulu. Alors je lui ai dit, est-ce qu'il faut faire un effort de volonté pour rester au lit quand on a sommeil ? Ah non, monsieur.
1:45:02 Vous voyez ? Vous voyez, c'est embêtant les philosophes quand même. Ça introduit des distinctions là où on croyait saisir une homogénéité familière. J'ai envie de pioncer, je reste au lit. Non, je ne fais pas ce que je veux, je fais ce qui me plaît, ça me donne du plaisir. Ça, ça appartient à chacun de le juger, je n'ai pas le droit de le dire. Il est pour du plaisir, je ne vais pas lui dire mais non, c'est ta malheur. Non, c'est... Entre faire ce qui me plaît et faire ce que je veux, c'est là qu'on va, c'est pas la même chose. bosser à 6h du matin parce qu'il y a le bac bientôt, etc.
1:45:33 Celui-là a fait un effort de volonté parce que je ne sais pas si vous êtes comme moi mais il faut une certaine... effort de volonté pour se lever quand on a envie de dormir. Ben oui. Donc bizarrement, c'est celui qui ne fait pas ce qui lui plaît qui fait ce qu'il veut dans ce cas-là. Et on a une disjonction de volonté et de plaisir ici dans ce cas-là. Je ne suis pas un puritain, je ne suis pas en train de dire que c'est seulement alors que vous faites ce qui ne vous plaît pas que vous êtes libre. Je ne suis pas en train de dire ça. Mais on est obligé que Platon a très bien vu dès le Philèbe quand il discute sur le bien.
1:46:04 La liberté, c'est encore trop moderne mais sur le bien qui n'a plus haute valeur chez Platon. Et au moins, tu ne penses pas que le bien, c'est le plaisir. Socrate dit arrête ce sacrilège. C'est là qu'on le voit. Donc, insistons bien sur ces exemples au ras des pâquerettes. Pierre et Paul disent demain, on se lève à 6h du matin et on bûche le bac pour de bon. Un reste au lit, l'autre se lève. Ah ben, mais les deux ont fait ce qu'ils ont voulu. Non. La langue est riche. Il y en a un qui a fait ce qu'il a voulu, qui a pu affirmer sa volonté, même par rapport à la contrainte physique et pas seulement physique.
1:46:42 Et l'autre qui a fait ce qui lui plaît. Parce que son droit, après tout. Voilà. Vous voyez. Donc, d'accord avec la définition, vous demandez à n'importe qui qu'est-ce que c'est qu'être libre, c'est faire ce que je veux. Ce n'est pas toujours évident de savoir comment je fais ce que je veux. Ça, c'est acquis entre nous. Il y a de telles confusions à ce niveau-là qu'on finit par écraser le Vietnam sous les bombes, n'est-ce pas, et voir les yeux des enfants vietnamiens couler sur la joue à cause des bombes de napalm parce qu'on défend le monde libre.
1:47:14 Et puis, dans le camp en face, il y a les démocraties populaires. On appelait comme ça un pays qui vivait un petit peu sous la botte soviétique à l'époque. donc, je veux dire, vous voyez, c'est des mots, il faut faire attention quand même, je veux dire, plus qu'aucun autre. Mais on a déjà ça, ce bon point de départ, quand est-ce que je fais ce que je veux. Alors, c'est là qu'on va voir toute une dialectique, vous imaginez, parce qu'elle est très riche en littérature, au cinéma, quel est l'objet du désir ? L'objet du besoin, il est assez vite fixé.
L'objet du désir et l'inconscient : l'oubli d'aliquis
1:47:45 Soif, le besoin qui correspond, c'est l'eau, ou à l'équipe, dans lequel il y a de l'eau, des légumes, dans lequel il y a de l'eau. Voilà. Le besoin, il est fourni par la nature, il est déterminé, terminé, il est inhistorique. Il faut voir les lions. Ils nous demandent pourquoi on dit, le proverbe, c'est le proverbe arabe, il vaut mieux vivre un jour de la vie du lion que cent ans de la vie du mouton. C'est des cultures féodales, ça. de caïd, pas de... Calife. Quand vous voyez, un lion de près, ce n'est pas une vie de Matamor.
1:48:16 Qu'est-ce qu'il roupille, le mec, alors ? Ce n'est pas possible. J'en ai vu pas mal. Mais je vais dire, ça passe son temps à roupiller. Puisqu'on s'est réveillé un peu par la faim, grogne comme ça, il y a les femelles qui chassent pour lui, et puis il y a un guépard qui en a enfin attrapé une, un bêtième. Paf ! Il le fauche au guépard, qui se garde bien de croiser le fer avec un lion. Et voilà, ce n'est pas... C'est un caïd à peu de frais. Par contre, le guépard, qui n'a pas de griffe rétractile, au point que certains doutent de savoir si c'est un félin, mais ça, je ne suis pas zoologue, je ne tranche pas le débat, il en a le look, mais il n'en a pas les propriétés caractéristiques, et qui, malgré ses 112 à l'heure de record de vitesse, qui ne peut faire qu'en quelques secondes, rate sa proie quatre fois sur cinq, ne fait qu'un petit par an.
1:49:02 C'est un peu une des impasses de l'évolution. Je ne veux pas le condamner à la disparition, au contraire, plus il est menacé, plus je serai ravi qu'il fasse des parcs à guépards, ce n'est pas la question. Vous allez toujours croire que je suis l'homme le plus anti-écolo d'Europe. Non. Mais enfin, je veux dire, il est mal barré, c'est comme le panda, il ne vit que d'une espèce de bambou qui vient d'une certaine vallée de Chine, alors que la panthère vit jour, la nuit, en forêt, en savane, un peu dans le désert, et donc il y en a plein des panthères. Elle n'est pas en voie de disparition. Allez, soyons très sérieux, si être libre, c'est faire ce que je veux, on va voir une série de problèmes profilés pour faire un plan, si vous voulez, pour vous y retrouver à l'avance.
1:49:40 La question va porter sur quel est l'objet du désir. Et de l'objet du désir et de son insaisissabilité nous allons être renvoyés au sujet du désir. Quoi est désiré et qui désire en moi et quoi désire en moi. N'est-ce pas ? J'ai pris l'exemple de l'inconscient tout à l'heure. On a bien vu quelquefois et souvent on est doublé par soi-même. Les actes manqués sont souvent de grandes réussites. Pour cet individu qui ne voulait absolument pas partir dans une soirée où l'emmenait sa femme, etc., qui trouvait insupportable pas sa femme à la soirée, et qui ne trouve pas les clés au moment de partir.
1:50:21 Rien à faire. On devient fou quand on ne trouve pas les clés. Mais c'était là il y a cinq minutes, etc. Et bien sûr, ils ne vont pas. On prendra un pot chez un autre ami et puis quand il revient, il va droit sur ses clés. Maintenant que le problème ne se posait plus. Mais oui, c'est comme vous, comme moi. Je cherche mes clés, mais je ne peux pas les trouver parce qu'ils sont sur ma facture d'EDF. Pourquoi voulez-vous que je gâche le plaisir que je suis en train de vivre ? Je suis avec vous, on prend un pot, on discute philo, qu'est-ce que j'ai pensé mais facture d'EDF, ça me mine le moral. Je n'ai pas dit. C'est un je impersonnel.
1:50:51 Et donc, ce n'est pas le moment d'y penser. En fait, je les vois sur la facture mais c'est pour ça que je ne les vois pas. Parce qu'elles sont là où il ne faut pas. Ce n'est pas la faute des clés, c'est la faute de la facture. Alors, on fait comme ça peut-être des actes manqués, réussis. Si vous voulez vous régaler dans ce domaine, les mêmes ouvrages de Freud que je vous recommande. Je ne suis ni freudien ni lacanien, mais en fait, il y a des choses admirables chez Freud. Parce que pour une fois, il ne parle pas des malades mentaux, mais de vous ou de moi.
1:51:21 C'est « Psychopathologie de la vie quotidienne ». Comme dit très bien le titre, n'est-ce pas, c'est non pas des névroses ou des psychoses, mais ces petites névroses et psychoses que nous faisons mille fois par jour sans aucune gravité, qui n'ont rien de pathologique, qui sont les actes manqués, les lapsus, les oublis de nom, ou bien dis-moi un chiffre au hasard et le gars complètement au hasard sort l'année de sa naissance ou celle de sa femme, etc. Vous allez vous régaler. J'en prends quand même une pour vous montrer qu'on n'est pas dans n'importe quoi. Je vous avais dit une fois par boutade que la seule différence entre la mathématique et la poésie, c'est que la poésie est une science exacte.
1:51:52 Ce n'était pas une insulte à la mathématique, loin de là, mais c'était pour faire ressentir aussi la rigueur de l'écriture poétique. Là, je voudrais faire un petit peu pareil avec l'analyse. Freud discute avec un ami, ce n'est pas un patient, c'est un ami qui est étudiant en médecine comme lui, à l'époque où ils sont dans leur dernière année, juif comme lui, vous allez voir, c'est important pour comprendre la suite, dans les années 30, ça sent le roussi pour les juifs en Autriche, et l'ami, je crois que je m'expatriais, je ne sais pas où je vais aller, peut-être en Hollande, aux Etats-Unis, je ne sais pas. En tout cas, il a une citation en latin, à l'époque, qui était tous du latin dans leurs études, donc ça sort comme ça facilement, une citation qui, en gros, ingrate patrie, tu ne verras pas blanchir mes os, une citation de l'énéide de Virgile, et en latin, ex ossibus, aliquis, ultor, vous pouvez oublier, mais il y a aliquis, A-L-I-Q-U-I-S, dans la citation d'origine, dans le texte de Virgile.
1:52:42 Mais voilà que l'aliquis ne vient pas, il le saute dans la citation, lui qui connaît le texte par cœur, bon, ça nous arrive à tous, qu'on ne trouve pas juste le nom, qu'on savait la veille, qu'on ne connaissait que ça, comme on dit, et puis là, il est méchant. C'est le mot aliquis. Alors Freud, il voit un petit sourire, sur la tête de Freud, je te vois venir, tu vas dire que ce n'est pas un hasard, ben allons-y, tu vas voir. Donc la méthode commence, tu me dis tout ce qui te passe par la tête, quand tu penses à aliquis, c'est-à-dire entre nous, au mot auquel il n'a pas pensé.
1:53:13 D'accord ? Je pense, alors tu me... Je ne sais pas, je prends le bon truc dans l'esprit, mais c'est idiot, alors lui, abstiens-toi d'écrire, si c'est vrai, si c'est faux, si c'est n'importe quoi, si c'est important. Tu me dis vraiment ce qui te passe par l'esprit, brut. Moi, je sépare a de liquis, pourquoi pas ? Mais continue. Après, aliquis, il fait penser à liquide, bien sûr, il ne faut pas être sorcier. Aliquis, il fait penser à relique, relique, il fait penser à des saints. Alors du coup, je pense à Saint-Augustin, et puis je pense à mes vacances à Naples, avec ma femme, et puis je pense, autre chose, mais je n'ai pas envie de te parler, parce que c'est quelque chose de personnel, et très confidentiel.
1:53:56 Freud lui dit que ta maîtresse attend un enfant. Comment t'es finie ? Tu m'as tout dit. Même le calendrier des règles, tout est là. C'est incroyable, comme c'est précis. J'ai oublié quoi ? Aliquis. Liquide, déjà. Avouez, vous ne connaissez pas, excusez-moi, le miracle de Saint-Janvier, nous sommes allés à Naples, je ne sais pas si les vacances, c'est à Naples, tout le monde va visiter la cathédrale Saint-Janvier que le patron de Naples. Ça, c'est dans la réalité, ce n'est pas dans l'imaginaire.
1:54:27 C'était à Naples, je vous la recommande, c'est une église admirable. Oui, il faut dire que 50 000 églises après, c'est superbe. Or, dans l'église, il y a des reliques, vous voyez, comme tout se tient, l'absurde du gars. Les reliques, on tient là, les reliques de Saint-Janvier, patron de Naples, et on tient son sang dans une petite fiole. Peu importe qu'on remette un peu de sang chaque année. Les fidèles viennent, pour ça les symboles, c'est important. Chaque année, à la Saint-Janvier, on regarde, c'est le miracle que le Saint-Janvier se produit, c'est est-ce que le sang se liquéfie, parce qu'elle entend qu'il est un petit peu minéralisé, depuis le temps des martyrs, il est minéralisé, donc s'il se liquéfie, c'est bonne nouvelle.
1:55:06 Tu peux investir à Gênes, conquérir la Corse, tu peux entamer une guerre ou te marier avec Fiorentina, mais s'il se liquéfie, c'est pas un mauvais présage. Voilà, ça c'est la donnée objective. Il faut dire, mais tu m'as tout dit, si le sang coule, bonne nouvelle, c'est que la copine n'est pas enceinte. Et en plus, tu me donnes un calendrier, Saint-Augustin, c'est août, August en allemand.
1:55:38 August, janvier, alors je ne sais pas, bref, il voulait tout cacher, même à son copain Freud, et lui dit tout par symbole. J'en reste là pour l'instant, voilà, pour vous montrer que l'inconscient, ça peut être très précis. et à la prochaine fois, toujours sur la liberté.