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Contre l'universel abstrait, une dramaturgie concrète
0:00 Et c'est pour rassurer les lecteurs à venir. Donc il y a à la fois du vocabulaire un peu théorique, un peu abstrait. Et en même temps, il finit souvent un paragraphe par une très très courte phrase qui renvoie à la vie de tous les jours, une affirmation. Absolument. On voit qu'il est en prise complètement sur le réel. Avec des références quasi-people, on dirait aujourd'hui, à la portée vraiment tout à fait. Tout à fait. Mais Bernard, tu as dit très justement tout à l'heure, quand Aymeric parlait du pouvoir avec un grand P chez Foucault, de la volonté de puissance chez Nietzsche, il a dit que ce sont des abstractions. Oui. Creuse. On retrouve ce que Hegel reprochait aux jeunes romantiques et contemporains. C'est ce qu'il a fait... Il ne faut pas faire passer l'absolu pour la nuit où toutes les vaches sont noires, non plus.
0:39 Et ce qui est frappant chez Clouscard, à l'opposé de cet universel abstrait, comme disait Hegel, ce mauvais universel, à l'opposé, il y a une dramaturgie concrète. Les idées politiques sont devant nous. Je parlais tout à l'heure de Pompidou en mai 68. C'est l'union du libéral et du libertaire qui se ligue contre De Gaulle. Contre De Gaulle. Mais Clouscard va en faire une scénette. C'est l'oncle débonnaire, Pompidou, le bon tonton, le fils prodigue, Cohn-Bendit et le père sévère De Gaulle, complot des deux précédents pour liquider...
1:15 Il y a tout de suite une dramaturgie. Et de même Capitalisme de la séduction, tu as dû le remarquer en lisant, il y a un admirable, un quasi-poème en prose qui s'appelle La maison de campagne vers la fin du volume qui est extraordinaire. Je crois que c'est l'occasion, puisqu'on est revenu sur mai 68 et donc la scénette, de lire un passage. Oui, tout à fait. Il y a un passage qu'on pourrait lire dans Néofascisme et l'idéologie du désir, qui est son premier livre au sens de Libelle, parce que ça vient après sa thèse qui s'appelle L'Être et le Code. Son premier livre s'appelle Néofascisme et l'idéologie du désir, qui est fondamentalement une attaque de Deleuze, ce qu'il appelle la schizophrénie, de L'Anti-Œdipe, et en fait de toute cette idéologie qui pour lui n'est que l'instance promotionnelle de cette nouvelle économie qui se met en place.
Lecture de la postface de Néo-fascisme et idéologie du désir
2:02 En fait, il a republié ce texte d'abord 30 ans plus tard, puis après 40 ans plus tard, comme anniversaire à 68. Il explique donc ce qui s'est passé. Avec une postface. Oui, voilà. Là, je vais lire cette postface, qui date de 98, parce qu'elle a cette avantage d'être assez synthétique et d'expliquer un peu son parcours. Alors, mai 68 témoigne de la plus remarquable manipulation idéologique de l'après-guerre, celle qui assurera le passage de la vieille France à la nouvelle France du libéralisme sauvage.
2:36 En mai 68, un psychodrame s'est joué au sommet de l'État. Il révéla, à l'évidence, les enjeux de l'histoire incarnés selon trois rôles mythiques. Le père sévère, de Gaulle, l'enfant terrible, Cohn-Bendit, le libéral débonnaire, Pompidou. C'est l'affrontement des trois situations de la bourgeoisie, des trois systèmes idéologiques possibles. En scène, la vieille France, vertueuse, issue de la victoire sur le fascisme, et d'autre part, la nouvelle France qui se cherchait et qui s'est accomplie dans la synthèse d'un libéralisme ô combien répressif dans l'acte de produire et ô combien permissif dans l'acte de consommer.
3:12 Il a donc fallu l'alliance sournoise du libéral et du libertaire pour liquider le vieux qui a dû s'en aller. Après ce meurtre rituel du père a été accordé au sommet par l'État la permission du permissif qui a donné accès au marché du désir. Mai 68 annonce aussi le grand partage entre les trois pouvoirs constitutifs de l'actuel consensus, libéral, social-démocrate, libertaire. Au premier est dévolu la gestion économique. Au second, la gestion administrative.
3:43 C'est plus actuel que jamais avec le PS, c'est dans les régions, vous comprenez bien ce qu'il veut dire. Au troisième, celle des mœurs devenues nécessaires au marché du désir. On a ainsi la nouvelle France. Ce trio consensuel n'est pas monolithique. Au contraire, c'est un système mouvant, toujours recommencé d'alliances, d'échanges, de compromissions. Et chaque terme n'accède au pouvoir que dans la mesure où il consent à celui des autres. La langue de bois appelle ça tolérance. Ainsi, en est-il de l'ordre nouveau ? Les trois principes constitutifs et antagonistes de la France se sont en fait hypocritement réconciliés dans un commun reniement des valeurs originelles.
4:20 La production capitaliste, gérée par les politiciens de l'alternance et de la cohabitation, est consommée selon le modèle libertaire. Cela s'appelle aussi fin des valeurs, de l'histoire et la dénégation de la lutte des classes. – Voilà, fin de l'histoire, donc écho indirect à Fukuyama, puisque le capitalisme a gagné, donc l'histoire est terminée. – Exactement, c'est cette alternance contre l'alternative. L'alternative, c'est le changement de mode de production. – Voilà, c'est simplement le changement de tête. – Exactement. Ce qu'on est en train de voir, on vit la plus grande crise depuis 70 ans.
4:53 – Et on a un simple changement de tête qu'on a toujours vu au sein de la bourgeoisie, il faut être clair. – Oui, oui. – Une des répartitions du pouvoir. Alors je termine, je saute un petit passage et je termine. Avant les 30 glorieuses, la société est organisée, on le sait, selon cette dualité, classe ouvrière exploitée, ce qui fait que Clouscard n'est pas nostalgique de cette... – Non, oui. – C'est bien la preuve. Classe ouvrière exploitée et bourgeoisie potentiellement ou réellement consommatrice. Les uns produisaient sans jouir, les autres pouvaient jouir sans produire. Le déferlement des nouvelles couches moyennes à la faveur du plan Marshall a bouleversé cette répartition conflictuelle de classes.
5:26 Maintenant, le conflit est dans les têtes, intériorisé. C'est la nouvelle structure de la conscience et de l'inconscient. Car ce sont les mêmes qui tantôt travaillent et tantôt consomment, selon les incontournables modèles de l'exploitation du travailleur et de la permissivité du temps libre, de la consommation libidinale ludique marginale, tantôt esclave, tantôt maître du monde. Là, il parle des couches moyennes, c'est ça. Le truc qui est clé, c'est ces couches tampons qui permettent, en fait, l'arrivée du social-libéralisme et tout ça. Peut-être qu'on n'a pas assez précisé. C'est encore plus fin. Je m'en rends compte en lisant. C'est ça qui permet. Ces couches moyennes comme modèle, comme tampons, qui sont permises à la faveur du plan de Marshall.
6:02 Et effectivement, avec la crise, c'est ça où c'est intéressant. C'est qu'on est vraiment dans le... – Voilà, et qu'il faut, autant que possible, détacher de la classe ouvrière. – Détacher de la classe ouvrière, voilà. C'est la formule même du fascisme. C'est détacher une classe moyenne de la classe ouvrière pour qu'elle fasse sa grande alliance. – Qui se repolétarise à la faveur de la crise actuelle. – Voilà, qui après se posent des questions sur leur permanence dans leur statut intermédiaire. – Pardon, je te rends pas en tout cas. – Je termine juste sur la citation. « Ainsi s'opère un dédoublement schizophrénique, une causalité folle. Pour jouir, je m'exploite moi-même. Je est un autre, mon contraire, mon patron. »
6:32 – Je t'en ôte, c'est la citation de Rimbaud. – Oui, oui, oui. – Cette névrose objective couronne la libéralisation des mœurs. Et là, c'est totalement... Comment on appelle ça ? C'est prophétique, quasiment. Le néofascisme sera l'ultime expression du libéralisme social-libertaire de l'ensemble qui commence en mai 68. Sa spécificité tient dans cette formule « Tout est permis, mais rien n'est possible ». – Tout est permis, mais y a l'ANPE, quoi. Au Pôle emploi, pardon. – Tout est permis, voilà. Ou les choix dans les gondoles chez Lidl, mais rien n'est possible dans la transformation sociale.
7:06 – C'est ça, tout à fait. C'est vraiment la phrase qui le résume. C'est pour ça qu'il y a un DVD qui est sorti, d'explication de Michel Clouscard, qui s'appelle « Tout est permis, mais rien n'est possible ». – Voilà, alors oui, c'est un DVD. – Qui explique complètement... Je termine juste avec la phrase. « Tout est permis, mais rien n'est possible. À la permissivité de l'abondance, de la croissance, des nouveaux modèles de consommation succèdent l'interdit de la crise, de la pénurie, de la paupérisation absolue. – Et là, on est en plein. C'est un texte de 98 et on est en plein dedans. – Plein dedans. – Voilà. Il faut dire que quand on est marxiste, c'est le genre de choses qu'on peut prévoir. Il ne s'agit pas de prophétie. Je parle de prophétie, ce n'est pas le terme.
7:37 Il y a quand même des choses qui sont assez prévisibles quand on fait un peu d'économie. – Il y a moins à distribuer, donc. – Et donc je termine. Ces deux composantes historiques fusionnent dans les têtes, dans les esprits, créant aussi les conditions subjectives du néofascisme. – Alors, du néofascisme, on va y venir. Tu as cité le DVD qu'on a sous les yeux, là, parce qu'il existe un DVD sur Michel Clouscard, que vous pouvez regarder et commander, tu vas nous le dire, parce que c'est une excellente introduction. Pour ceux qui auraient peur d'attaquer tout de suite un livre, vous avez déjà une mise en train, une première introduction au personnage, qui est un personnage, par ailleurs, individuellement intéressant.
Clouscard, les éditions Delga et l'hégéliano-marxisme
8:15 – C'est une figure, comme on dit. – Voilà, homme du peuple, sportif, préqualifié pour les Jeux olympiques, pour le 100 mètres et le 200 mètres. – Rien de cacher, ça fait plaisir. – Oui, et en même temps, agrégé de philo, ses travaux, etc. et son refus de la bourgeoisie intellectuelle. En gros, c'est ce qu'on peut dire pour simplifier. Donc voilà. Oui, vas-y, Embrick. – Tout à fait. Thésard en philo. – Thésard, oui. – Oui, Thésard, docteur en philo. – Pardon. Donc c'est un DVD qui s'appelle « Tout est permis, mais rien n'est possible ». Un documentaire sur la pensée de Michel Clouscard. C'est fait par deux jeunes très prometteurs, puisqu'ils ont fait aussi un DVD sur Rousseau, et ils en préparent un autre sur Diderot.
8:50 Il s'appelle « Océan Gagny et Fabien Trémot ». Donc le DVD s'appelle « Tout est permis, mais rien n'est possible ». Vous le trouvez dans toutes les bonnes librairies, et également sur le site des éditions Delga. Donc ici on Delga, D-E-L-G-A. C'est facile, c'est www.éditionsdelga.fr. – Et pour la petite histoire, parce que c'est une question que vous avez posée tout à l'heure, Michel Clouscard habitait rue des frères Delga. – Au 49, très précisément. – Parce que vous pouvez dire d'où ça vient ce nom.
9:20 – C'est moins somptueux et grandiose que ça. – Ça a l'air similat, mais il n'y a aucun système. – C'est vrai qu'on a fondé une maison d'édition de marxistes théoriques, de sciences humaines, aux sciences larges, publiant de Lukács, Losurdo, Maurice Cornforth sur le néo-positivisme logique. Beaucoup de textes politiques, je pense parler notamment à Henri Alleg, qu'on est en train de republier. Et d'autres, pardon si je les oublie. Mais effectivement, au départ, on s'est retrouvé, disons, entre philosophes, entre guillemets, parce que c'est le terme consacré, autour de Clouscard, et vraiment, on a essayé de relancer.
9:57 Il y avait des choses à faire en termes de marxisme, et surtout après la censure althussérienne, la censure de Hegel, parce que c'est vraiment... L'hégéliano-marxisme, c'est un gros bout. Je pense à Gramsci, je pense à Lukács, c'est vraiment ça qui faisait que le marxisme était une théorie... Lénine, bien sûr. Lénine, en premier lieu, que Althusser censurait lui-même, ça lui gênait. Cette lecture que Lénine faisait de Hegel. Quand Lénine relit la science de la logique juste avant la Révolution, il dit ce passage le plus idéaliste, en fait, c'est le plus matérialiste. C'est le plus concret qui rend cet hommage à Lénine. Après la Révolution, il faisait faire des cours de dialectique, de manière systématique.
Pourquoi la France : contre-révolution et colonialisme
10:30 Voilà, il y a un énorme... un continent, littéralement, du marxisme au XXe siècle, qui reste à explorer. Ce n'est pas étonnant que ce soit autour de Clouscard, qu'il se soit lancé. Une question, d'ailleurs, au fond, de cette philosophie contre-révolutionnaire, donc, de Sartre à Althusser. Mon impression, c'est qu'elle a été nourrie, encouragée par la bourgeoisie et par l'université française. Est-ce que c'est une spécificité nationale ou est-ce que c'est un phénomène qui a eu lieu dans beaucoup d'autres pays ? Moi, j'ai l'impression que c'est...
11:00 La France a joué un rôle particulièrement fort dans cette opération. Alors, il y a même un philosophe marxiste anglais que je connais mal, mais il a dit une phrase importante. Il a dit que Paris était la capitale mondiale intellectuelle de la réaction. Il parle des années 70. Voilà, c'est ça. Il l'a qualifié comme ça. Donc, c'est un marxiste. Christofferson. Non, non, non, pas du tout. Perry Anderson. Ah, Perry Anderson. Tu parles de Christofferson qui est à peu près la même chose des États-Unis. Oui, c'est un de vos collègues marseillais, un éditeur qui s'appelle Agone. Agone. Il y a un bouquin très intéressant de Christofferson sur cette époque et qui donne beaucoup de clés.
11:34 Mais effectivement, la France, c'est quand même... Je crois que Marx, quelque part, disait que c'est le pays classique de la lutte des classes. Je ne sais pas si on mérite encore ce terme. J'espère qu'on pourrait... Mais c'est un pays de l'affrontement de classes. Vous ne pouvez pas le nier. Si on peut dire que cette réponse de la classe bourgeoise répond à ses craintes sur la réalité de la lutte. Probablement. Et je crois que Lénine, dans l'impérialisme, il qualifiait la bourgeoisie française d'une des plus intelligentes du monde, au sens où elle sait ce... La bourgeoisie française sait apparaître comme républicaine à certains moments.
12:05 Sauf dans les colonies. Oui, évidemment, ce n'est pas pour tous. C'est comme le libéralisme à l'anglaise. Ce n'est pas pour tout le monde. Il n'y a personne qui regarde. Oui, c'est hors champ. C'est ça. Alors, Voltaire, par exemple, au moment où les enjeux sont faits, bouffer du curé quand ça n'a plus d'importance, au moment où il y a les luttes les plus importantes. Je ne dis pas que c'est important, les luttes idéologiques aussi, mais bon, ça fait partie de ces arsenaux. On les connaît bien. Cette bourgeoisie voltairienne, on la connaît. Cette bourgeoisie affairiste, là, vous retrouvez tout.
12:36 Parce que je faisais le parallèle dans mon esprit. Il y avait ces philosophes, donc, sur cette école. Et puis, il y avait sur le terrain de l'histoire, Furet, qui faisait le même travail pour la déconstruction de l'histoire du socialisme. Tu poses une question. Ce n'est pas pour... Voilà, oui, oui. Pourquoi la France ? Pourquoi la France, oui. Un appendice à la réponse d'Aymeric. Il ne faut pas oublier, et c'est la grande différence avec l'Angleterre ou l'Allemagne, c'est que de la libération, précisément jusqu'aux années 70, en France, il y a un parti communiste qui représente un Français sur quatre en termes d'électeurs.
13:06 Et qui fait peur. Donc, il y a un combat à mener qui est moins nécessaire ailleurs. Ailleurs, il y a Franco qui s'en charge. Bien sûr. C'est bon, en Angleterre, le trade-unionisme a liquidé depuis un siècle et demi toute véléité de syndicats révolutionnaires. En Allemagne, c'est le front, n'en parlons pas. C'est le front, l'OTAN, Europe de l'Est, premier communiste qui se pointe, il est liquidé par ce général gris qui avait si bien servi Hitler à mater les communistes et qui reprend du grade lorsque l'OTAN prend la relève. Donc, je veux dire, en France, il y avait vraiment un chantier spécifique. Ce n'est pas un hasard si on a eu l'intelligentsia la plus contre-révolutionnaire parce que c'était le potentiel le plus révolutionnaire, la France, tout simplement.
13:42 Voilà, c'est ça. Et là, il fallait trouver des réponses. Et pour ce qui est de... On a fait allusion hors champ, là, que dans les colonies, on peut se régaler à l'inverse des grands principes que nous défendons dans l'Hexagone. Ne parlons pas au passé colonial. Je suis né au Vietnam, en Indochine, comme on les a l'époque. Je suis né à Hanoï, sous les bombes américaines, déjà, qui étaient là pour les japonais à l'époque. Je veux dire, c'est une histoire que je connais assez bien, que j'ai enseignée pendant quelques mois, missionné au sud du Sahara. Ce n'est pas du passé. Ça continue. Bien sûr. Je veux dire, ce qui vient de se passer en Libye, c'est quand même extraordinaire.
14:14 Il vient de se passer, et ça, c'est médiatisé nulle part, des pogroms d'Africains, d'Africains subsahariens, qui ont été lynchés par milliers sous prétexte que ce sont des mercenaires de Kadhafi. Il faut avoir travaillé... Même pas des mercenaires, c'est seulement des employés. Il faut avoir... Non, non, non. Dans la propagande, on les a des mercenaires. Justement, dans la réalité, il faut avoir travaillé. Il y avait du travail. Un mois à Bamako, pas besoin d'y passer 10 ans ou à Niamey pour savoir qu'un Nigérien ou un Malien qui n'a pas de travail, si... Moi, je sais que le fils du gardien de Moazin, dès qu'il avait un moment libre, il partait en Libye parce qu'il y avait du boulot.
14:45 Ben voilà, c'est tout. Tout simplement. On les a lynchés, on les a lynchés. Et ce qui est censé être l'opposition chez nous, le PS, tout ce qu'il a trouvé à dire à l'alignement de Sarkozy sur l'OTAN, et de jouer même les chiens de garde en avant de l'OTAN, parce qu'Obama était trop content pour une fois que c'est les Français qui sont en avant et non pas le but américain, je ne veux pas me gêner. Quitte à se faire la logistique, satellite et tout ça. Sérieux, derrière. Tout ce que le PS a trouvé à dire, c'est que vous auriez pu y aller avant et taper plus fort. Et ça recommence avec la Syrie.
15:15 C'est quand même extraordinaire. Et hommage à Jules Ferry, quand même. Là, il fallait le faire. Au moins, aller au Panthéon, je n'aime pas Mitterrand, mais au moins, il est allé au Panthéon, il y a Rousseau au Panthéon. Mais Jules Ferry, il faut quand même le faire. En plus, ils vont vous dire, avec cette espèce de jésuitisme, oui, mais à l'époque, tout le monde était colonialiste. Ce n'est pas vrai. On connaît le discours de Clemenceau. Dieu sait que Clemenceau, il a massacré de l'ouvrier. Ce n'est pas la gauche. C'est ça. Mais en même temps, il est clair. Et en même temps, on va dire, oui, alors ça, c'est le côté colonialiste, mais c'est quand même l'école, etc.
15:46 Mais c'était quoi, les hussards noirs de la République ? Il faut aussi le dire. Il faut faire un peu de lutte des classes, quand même. Mais Dieu sait que moi, l'école pour tous, je n'ai strictement rien contre. Mais qu'est-ce que c'était que cette école de Troisième République ? C'est une école ultra-chauvine, ultra-nationaliste, dont le but, c'était d'envoyer les gens sur la ligne bleue des Vosges. Il y a la même chose de l'autre côté du Rhin. On voit ce que ça a donné. Ce n'est même pas une petite nuance là-dessus. En faisant cette apologie-là, on retrouve cette social-démocratie. C'est dans son appareil, son logiciel, pardon pour ce terme un peu.
16:20 Mais c'est clair. On le retrouve chez Guy Mollet. Ce sont des gens... On le retrouve chez une certaine franc-maçonnerie. Pardon, je ne mets pas tout le monde dans le même sac, qui comprend la franc-maçonnerie. Mais il y a cette tendance colonialiste dans une certaine franc-maçonnerie, y compris au Grand Orient, y compris de gauche, y compris progressiste. Ce sont des gens qui ont, à un certain moment de leur époque, accepté le colonialisme, promu le colonialisme, au nom des valeurs républicaines. Là, on retrouve encore ces contradictions internes à la bourgeoisie française.
16:50 Il y a toujours un empire du bien contre le mal. Voilà. Et c'est quand même... Et je me souviens des premières réactions de Jean-Luc Mélenchon. C'était pareil. Dans les un ou deux premiers jours, heureusement, il s'est un peu rattrapé depuis. Mais il partait aussi fleur au fusil. Qu'est-ce que c'est que ce logiciel social-démocrate, colonialiste-là ? Il faut quand même... Il faut que ces gens se posent des questions. Historiquement, la social-démocratie, ce sont des bellicistes, en 1914, et ce sont des colonialistes. Je veux dire, s'il y a une différence entre communistes et sociodémocrates, pardon, je sors un peu de mon sujet, mais je veux dire, je veux bien qu'on parle de stalinisme, je suis prêt à faire toutes les...
17:25 Il faut regarder, mais ça ne caractérise pas forcément... Ça caractérise un pays particulier, encerclé par 14 nations dès le départ, plus le nazisme, etc. C'est quand même des conditions exceptionnelles. S'il y a quelque chose qui caractérise le communisme dans la grande famille de la gauche, c'est-à-dire dans son opposition au socialisme, c'est que ce sont des gens qui ont refusé la guerre, la guerre impérialiste et qui ont refusé le colonialisme. Alors qu'on dit ce qu'on veut, mais... Alors cette social-démocratie qui est au pouvoir et qui fait l'éloge de Jules Ferry, c'est absolument scandaleux et on n'en voit pas tous les éléments. Il ne suffit pas de dire « Ah bah, je prends le bon côté, le mauvais... »
17:55 Marx, il se foutait de la gueule de Proudhon quand il disait « Le bon côté, l'histoire qui marche sur deux jambes, etc. » C'est absolument ridicule, ça n'est pas de la dialectique. On va ne pas faire un cours aux Marseillais, on va venir de Paris pour apprendre aux Marseillais qui savent mieux que nous, que c'est un socialiste qui s'appelle Jules Moch qui a tiré sur des anticolonialistes communistes dans le port de Marseille, si je me souviens bien, et qui a fait quand même les quelques dizaines de morts, je veux dire... Oui, oui, tout à fait. Parce que des dockers refusaient de charger des armements américains pour la guerre d'Indochine. Ah oui, non, ça, on a... Marseille a une mémoire là-dessus, même si elle est mal entretenue.
Les surplus de classe et le vrai marginal
18:27 On est loin de Clouscard, la guerre d'Algérie, Clouscard grandit dans l'ombre de la guerre d'Algérie, quand même. Voilà, il y a ça aussi. Il en parle peu pourtant dans ses livres, mais il l'a vécu de l'intérieur. Il parle à Maman de ce qu'il appelle les surplus de classe. Il montre que, par exemple, une des causes du mai 68, dans le plan Marshall, il y a les surplus du plan Marshall, les surplus de consommation, et vous avez aussi un public, un public pour 68, et il montre bien qu'il y a simplement des gens qui sont en surplus parce qu'on n'arrive pas à les intégrer au système. Donc, ça avait par exemple les cadets de la bourgeoisie surréalistes qui commencent à faire le Saint-Germain-des-Prés, déjà Montparnasse, etc.
19:05 Le quartier, ce qu'il appelle le quartier. C'est un concept sociologique très intéressant. Ces gens-là, il faut bien les recaser. Ce sont des gens qui se prennent pour un extrémisme et qui sont un centrisme, en fait, parce qu'ils ne choisissent pas. Dans le combat de classe, ils ne choisissent pas, finalement. C'est des bourgeois qui n'ont plus une solution économique de bourgeois. Tout à fait, oui. Alors, vous savez, le surplus Poujade, le petit, vous voyez le problème, les gens qui ne rentrent pas dans le système. Pierre Poujade, le petit épicier. Et vous avez le surplus des rapatriés. C'est pas leur faute à tous.
19:36 Mais voilà. Il ne bat pas la guerre d'Algérie, mais... Et tout ça, ça débouche sur 68. Pardon pour l'anecdote, parce que là, ce n'est pas écrit, mais ça se retrouve entre les lignes. Mais je me rappelle très bien d'un moment où il était au tabac de Old Navy, où il était en train de rédiger L'Être et le Code et un jeune arrive, un jeune avec un look qu'on dirait marginal, vous allez comprendre la suite. Oui, oui. Et le jeune lui dit, Michel, qu'est-ce que tu penses des marginaux ? À l'heure de dire, c'est nous les vrais contestataires, les vrais révolutionnaires, etc. Et il y avait à ce moment-là deux ouvriers originaires du Maghreb qui travaillaient au marteau-piqueur sur le ravalement de la façade de l'immeuble.
20:11 Et il lui dit, attends, c'est qui le marginal, là ? C'est toi qui te réveilles à 11h pour prendre ton café à midi, là ? Ou c'est Abdallah ? Je veux dire, qui est en marge de la société ? L'autre, il est reparti penaud, hein ? Il dit, le vrai marginal, c'est Abdallah. C'est lui. Si il y en a un qui est... D'accord, c'est pas toi. Toi, tu es dans le système.
Le rock, réduction d'une musique populaire
23:24 Après avoir écouté ce morceau de Miles Davis, on en vient à la question musicale parce que Michel Clouscard qui est toujours très attentif aux manifestations de classe dans la vie quotidienne a beaucoup écrit sur la musique et certaines musiques qu'il considère comme très pauvres, affaiblissantes, débiles d'une certaine façon. Donc, est-ce que tu peux développer ça, Dominique ? Très volontiers, surtout quand ça a été le sujet des innombrables discussions, d'autant que notre meilleur ami commun, qui est parfaitement vivant, et que je salue au passage, c'est-à-dire René Commer, qui est un restaurateur à Calvi en Corse, qui n'est pas Corse même d'origine, a fondé le festival de jazz de Calvi.
24:02 Donc, je veux dire, nous avons eu souvent l'occasion d'en parler. En fait, tu parles de musique débile et tout, bon, ce n'est pas seulement des jugements de valeur. Non, non, j'entends. Je veux dire, bien sûr, bien sûr, mais il n'est pas... S'il y a quelqu'un qui ne fait pas la promotion de la musique élitiste, je ne sais pas moi, de la Passion selon saint Matthieu, ou de Clavier bien tempéré, à opposition au rock, c'est bien. Mais Michel Clouscard, qui ne participe pas de la culture bourgeoise au départ, qui est un autodidacte à ce niveau-là, je veux dire.
24:33 D'ailleurs, il disait lui-même, avec beaucoup d'humour et de l'autodérision, il me disait, je suis comme l'autodidacte de la nausée. Moi, j'ai commencé les romans par la lettre A, Edmond About, Le Roi des montagnes, il en rajoutait un peu, mais c'est pour dire. Et très vite, il a compris que ce qu'il reprochait... Je veux parler du rock. Soyons précis. C'est un terme générique. Si on est précis, il y a le rock'n'roll des années 50, avec une alternance de temps fort et de temps faible, qui est déjà un peu plus riche, un peu plus complexe que ce qui a suivi après le Binaire pur, le disco.
25:09 Je fais très vite. Parce que les appellations défilent, mais il y a toujours eu des avatars de cette musique-là, avec une petite alternance permanente latino, même avant-guerre, de la rumba jusqu'à la salsa, en passant par la lambada, il y a toujours le supplément d'âme pour la danse, heureusement d'ailleurs, un petit peu sous par rapport au bombardement binaire nord-américain ou d'origine anglaise. Ce qu'il reproche au rock, ce n'est pas qu'il y ait des guitares amplifiées, lui, il n'a aucun purisme, il s'en fout.
Le blues de l'esclave africain et le sort de Charlie Parker
25:39 Il adore les cultures populaires. Luis Mariano, dans le sud-ouest, était très populaire à ce moment-là. Ce qu'il reproche, c'est, comme tu l'as dit, la réduction, la simplification d'une musique proprement populaire, révolutionnaire, qui était le jazz et qui était un miracle. Le jazz, c'est quand même la plus savante des musiques populaires, la plus populaire des musiques savantes. J'ai eu l'occasion, vraiment, c'est un... Ça a été une élection pour moi, au sens électif du terme. On m'a confié la direction d'un centre de formation musicale au Niger, un des pays les plus pauvres du monde, à la demande de l'association des musiciens du Niger, financée par tes impôts, par vos impôts, j'espère que vous n'en payez pas trop, de l'Union européenne, à l'époque.
26:18 D'accord ? Qui avait jugé que le vrai développement, ça coûte trop cher, ce n'est pas pour les Africains. Par contre, la culture, ça ne mange pas de pain. Un projet de centre musical, c'est moins cher qu'une autoroute transnationale. Bien sûr. Ça, on peut y aller. Et les Africains, les jeunes Africains, c'était pratiquement gratuit l'accès dans un pays, d'accord ? C'était... Ils connaissaient mieux à l'époque Vanessa Paradis que les musiques de leur pays. Bien sûr. Il y a bien une reconquête.
26:48 On dit que la musique, par la world music, la musique africaine, part à la conquête du monde. Non, c'est l'Afrique qui se fait conquérir par les grands lobbies anglo-saxons du binaire. Bon, parce que quand on connaît bien les musiques traditionnelles africaines, c'est un peu plus complexe que le binaire. Et on se casse vite la figure si on danse comme dans les boîtes le samedi soir. Je veux dire, il a vu très tôt, Clouscard, qu'il se passe quelque chose d'unique dans l'histoire musicale mondiale, dans les 40 dernières années. C'est que, de Tokyo à Abidjan, à Buenos Aires, à Paris, à New York, on écoute les mêmes tubes entre 22h et 2h du matin.
27:20 C'est quelque chose d'hallucinant. Alors qu'il n'y a pas si longtemps, encore quelques années après la Libération, le Sud-Ouest, la musique populaire, c'était plutôt le tango, plutôt le musette dans le Nord-Est, etc. Il y avait des vraies musiques populaires, c'est-à-dire au sens où telle fleur ne pousse que sur un terreau déterminé, telle plante, et donc avec la diversité, heureusement la biodiversité que ça implique, c'est tout l'inverse d'une seule musique qui vient d'en haut, de Big Brother, où le tube passe à 6h du matin, puis à 6h05, puis à 8h quand je me rase, et qu'il fait qu'à la fin, toute la France le chantonne, et on se dit, c'est pas mal ce truc-là.
27:55 Bon, et on croit qu'on fait de la musique populaire, je veux dire, alors que cette musique people a été faite pour casser les musiques populaires, si on regarde bien. Je fais un jeu de mots sur pop music et musique populaire, tu es en raison inverse. Donc, il a été très sensible à cet aspect-là. Il y avait le jazz, qui était une avancée, mais la musique de la pire exploitation de tous les temps, celle de l'esclave africain, parti du golfe de Guinée, arrivant dans les conditions qu'on sait quand il avait la chance d'arriver, pas être lâché avec les chaînes au fond, en cas de contrôle, arrivé en Amérique du Nord, en l'occurrence, puisque je parle du jazz, je parle pas de l'Amérique du Sud, et qui, à l'habitude, à sa propre échelle musicale, je veux pas être trop technique, mais je sais que ça passionne les auditeurs, le blues, etc., à sa propre échelle musicale africaine traditionnelle, et on lui demande de chanter quoi en pays protestant, le choral luthérien, tu vas arrêter d'être tout nu, tu vas mettre des chiffons sur ta tête, et tu vas aller au temple le dimanche.
28:47 Et Dieu sait avec quel enthousiasme ils y sont allés, c'était sans doute les plus sincères croyants. Ah oui, oui, c'est très loin. Bon, et comme, ils peuvent pas chanter la gamme de do, chacun chante un peu avec ses grilles, de même bon, on sait pas faire des quarts de ton, tout à fait. Et, qu'est-ce qu'il fait ? Il chante faux la gamme d'ut, mais il apporte ses propres modalités, et ça crée ce miracle, qui est le blues, qui va être la musique la plus populaire de la planète, là, je parle du blues, qui soit sublimé dans le jazz, ou réduit à sa plus simple expression dans l'organe, c'est-à-dire à une chip, un smic musical, je veux dire, c'est quand même l'esclave africain qui a produit la musique qui fait danser les blancs du monde entier, pas seulement les blancs, heureusement.
29:29 Une gamme pentatonique plaquée sur le clavier bien tempéré, quoi. Voilà, voilà, tout à fait. Avec la tierce pour le 7ème. Tout à fait. Le fameux blue note. Et d'ailleurs, les élèves, je parle pas des élèves, parce que je n'ai rien à leur apprendre, des musiciens traditionnels, qui sont des maîtres, souvent, et qui j'avais rien à apprendre, mais que je venais faire venir pour motiver les jeunes à renouer avec leur tradition. D'ailleurs, ça s'est très bien passé. Et ces musiciens-là, quand je leur faisais entendre du jazz, ils tout de suite comprenaient l'échelle du blues. Ils n'ont pas besoin de... Ça vient des bords du fleuve, ça a du Niger, en l'occurrence. Donc, Clouscard a compris, lui, quittant les discussions esthétiques et techniques, les enjeux historico-sociaux qu'il y avait derrière ce dossier.
30:06 C'est-à-dire, pour une fois, qu'il y avait une émancipation culturelle sans précédent, quand on pauvre... Le pauvre Charlie Parker, je veux dire, je dis le pauvre, parce que toi, le négro, tu vas te mettre là, tu vas jouer jusqu'à 2h du matin, tu as intérêt à mettre un Eupap. C'était comme ça, avec des contrats. Bidon, il n'a pas gagné... C'est comme ça au départ. Après, il a gagné un peu plus d'argent qu'un smicard, mais je veux dire, c'était comme ça au départ. Ce type-là était à l'affût. Il écoutait Bartók. Il écoutait Béthlone. Il écoutait Monk. Stravinsky, qui n'a même pas voulu le recevoir.
30:38 Donc, ce qu'on voit bien dans le film de Clint Eastwood, que ces gens-là aient été censurés, finalement, dès les années 50. Et dans le film de Clint, on voit assez bien ça. Vers la fin, on voit la relève, le mec qui a des bagouzes à tous les doigts, qui commence à faire 3 notes avec son sax. C'est Parker qui sait faire plus de notes sur son bignou. C'est ça, la musique qui va venir. C'est la variété. Je veux dire, le binaire, et vous allez en souper, comme un esclave fait des pompes. Je veux dire, vous allez en souper tous les vendredis soirs et les samedis soirs pendant les 40 ans qui viennent.
31:10 Je veux dire, c'est quand même extraordinaire. Voilà, je réponds à ta question. Il a vu les isorythmies. C'est pas du tout pour revenir à une musique savante. C'est le contraire. Vous aviez une musique populaire révolutionnaire. Pourquoi l'a-t-on liquidée ? Je vous le demande. Pour les mêmes raisons qu'on a liquidé les acquis de la classe ouvrière et faire entrer le libéralisme libertaire à la place, la coïncidence chronologique est au moins troublante. Oui, voilà. Il y avait tas de sujets qu'il abordait comme ça. Et qu'il est le seul à avoir abordé comme ça. Oui, tout à fait. Parce que les autres philosophes ne s'intéressaient pas à un sartre. On ne peut pas s'intéresser au rock, bien sûr.
De « liberté, égalité, fraternité » à « sexe, drogue et rock'n'roll »
31:40 C'est des choix. Et encore moins, elle théorisait. Oui, encore moins. C'est même pire. Le rock était une instance promotionnelle de cette nouvelle idéologie qui se trouvait en place parce qu'elle était, je veux dire, vivre de haine et de bière. Par exemple, Clouscard, avant, bon, c'est simple. Il y avait liberté, égalité, fraternité. C'est l'idéologie de la révolution française. C'est la République. C'est ce qu'on essaie de défendre contre les attaques du libéralisme depuis 200 ans après. C'est toujours pas réglé, cette question. Bon, avant, la bourgeoisie, pour mettre en pièce ça, elle avait trouvé son truc. C'est le travail, famille, patrie.
32:10 Que je sache. Enfin, le travail, on a bien compris ce que ça veut dire. C'est le travail des autres. Voilà. Pareil, je n'ai rien contre la famille. J'en ai une. Mais voilà, on avait compris tout ce qu'il veut dire. Éliminer les trois autres. Voilà, ça servait à ça. On comprend bien cette idéologie. Voilà, à papa, quoi. Bon, après, ils en ont trouvé une autre à partir des années 60, grosso modo. C'est sexe, drogue, and rock'n'roll. Voilà. Alors, on en arrive dans ces années permissives. Tout est permis et rien n'est possible. Là encore, quand je dis sexe, pardon, ne croyez pas que je fasse un discours puritain.
32:40 Mais vous voyez bien l'utilisation qu'on fait de ces instances-là. C'est toujours pareil. C'est que ce n'est pas le sociétal qui pose problème. C'est quand ils sont instrumentalisés contre le social. Voilà. C'est quand cette idéologie sexe, drogue, rock'n'roll a pour fonction de supprimer liberté, égalité, fraternité, de mettre en pièce l'héritage républicain. On t'a coupé. Oui, non, et puis de lancer cette économie du désir, sexe, drogue, et rock'n'roll, qui va se substituer. Ce qu'ils appellent les nouveaux marchés. Voilà, les nouveaux marchés. La femme, le jeune. Voilà. Pas de contresens à Clouscard, comme Aymeric vient de dire.
33:13 C'est l'antipuritain par excellence, Clouscard. Donc, pas de contresens. Il n'a rien contre la femme. Il a le fait que l'émancipation de la femme, j'ai fait allusion à l'admirable livre que vous avez publié sur les... Les féministes de la CGT. C'est une histoire complètement occultée du féminisme et ces militantes en ont bavé surtout à l'époque, pour les véritables droits des femmes. Là, il n'a que l'admiration de Clouscard. Mais cette lutte a été récupérée dans une démarche que j'appelle ontologique. Seul terme technique que je vais me faire intervenir, il n'est pas très difficile.
33:43 Bref, tout ce qui est un déjà là avant l'homme. La nature, Dieu, tout ce qui est là avant l'homme. Je veux dire, c'était Dieu avant, maintenant, c'est avec un certain écologisme. Je n'ai rien contre l'écologie elle-même, mais un certain écologisme, je veux dire, il y a un déjà là, il y a un équilibre dans la nature. Et même, la moindre action humaine risque même de le foutre en l'air. C'est une idéologie effrayante quelque part, je veux dire. J'ai assez vécu dans le tiers monde pour rappeler tout de même que la plus grande cause de mortalité au monde, malgré le sida, ça reste quand même encore le palu qui est inoculé par un moustique garanti bio.
34:13 Bon, je le rappelle au passage. Donc, il ne faut pas confondre l'environnement que je défends et la nature que je combats. Un petit distinguo qu'il faut rappeler. La nature, c'est aussi la faim qui nous réveille tous les jours et qu'il faut nourrir. C'est tout ça. C'est la soumission à la loi, tout simplement. Et la technique, la praxis, c'est une manière d'essayer de s'en libérer depuis des millénaires. Donc, lorsque Clouscard montre comment le magnifique combat des féministes de la CGT, par exemple, a été récupéré au profit de filles qui défilent dans les années 70, j'en parle, c'est pas très méchant, mais nous ne sommes pas castrés comme...
34:48 Qu'est-ce que c'est que ce combat ? Quel rapport avec l'union, tu vois, avec la classe ouvrière, ça fait un petit peu bulles. Quand la CGT disait qu'il faut défendre le temps de vivre, c'est-à-dire le fait de baisser le temps de travail, il y avait des féministes bourgeoises qui disaient non, il faut travailler autant que les mecs. Allez, même pas... Vous voyez, là, tout de suite, dès qu'on parle de lutte des classes, on ne s'entend plus. Mais qu'est-ce qu'il y a de commun à le jeune, la femme, le régionalisme, Corse, Bretagne, Occitanie, qu'est-ce qu'il y a de commun ?
35:19 C'est toujours un déjà là. C'est le truc de naissance. C'est épouvantablement réactionnaire, quelque part, si on ne maîtrise pas. Moi, je suis le premier à reconnaître que la France a laissé scandaleusement la Corse dans un sous-développement. Enfin, la France. Les gouvernements réactionnaires sont succédés en France, ce n'est pas le peuple français. On laissait la Corse et d'autres régions, d'ailleurs, dans un cadre de sous-développement, etc. Bon, mais je ne vais pas réclamer la corsitude et m'identifier à ceux, tous ceux qui ont voyagé là-bas, hélas le savent, mènent ce genre de combat identitaire quand on lui laisse la bride sur le cou.
35:54 Donc, quand Clouscard s'insurge contre, c'est tout le contraire d'un combat rétroactif. C'est tout le contraire. C'est pour sortir de l'impasse réactionnaire dans laquelle on a mis ces combats qui auraient dû être des combats d'avant-garde. Donc, si le sociétal était la fleur qui vient couronner les acquis sociaux, il n'aurait rien contre. Mais comme le dit Aymeric, c'est le sociétal est quelque chose que je vous donne. J'ai donné l'exemple de Mme la ministre ou de Mme le ministre. Je veux dire, si c'est ce qu'on vous donne qui ne nous coûte rien à nous, capital, pour vous faire croire qu'on est des progressistes, alors là, il dénonce.
La pilule en capitalisme et les nouveaux marchés
36:28 Voilà. En gros, c'est ça. Je reviens sur une question qui touche les femmes parce que je crois que c'est... Je ne sais plus dans quel livre... Peu importe. Il parle de la question de la contraception et de la pilule. Et pour bien situer son basculement, c'est-à-dire, il dit, voilà ce que ça a de progressiste. La pilule, c'est la capacité de réguler les naissances. Bien sûr. Donc, de ne pas être débordé d'enfants inattendus. C'est excellent. Le progrès. Ça a été transformé par le système par un outil permettant aux mecs de dire qu'elles sont consommables puisque de toute façon, elles sont sous pilule et qu'il n'y a pas de danger.
36:59 Avec l'humour qui n'appartient qu'à lui, il a été le seul à suggérer que c'est une victoire des mecs, la pilule. C'est ce que tu es en train de dire. Au départ, c'est merveilleux puisque ça permet effectivement de contrôler les naissances, d'avoir une vie familiale. Au départ et même à l'arrivée, ce n'est pas la question. Mais en même temps, ça ouvre le champ et c'est là que c'est l'histoire. La pilule en socialisme, il n'y a aucun problème. C'est la pilule en capitalisme qui pose problème. Qu'est-ce que ça donne ? Ils disent qu'elles ont la pilule donc on peut en faire ce qu'on veut. Parole de mec sur les filles. C'est pour ça que je suis très heureux et je vous remercie à tous les six présents.
37:31 Il y a toutes les équipes techniques qu'on rende hommage à Clouscard de ce côté-là parce que souvent, on le prend pour quelqu'un de réducteur. Oui, tout à fait. Alors que c'est le seul à théoriser les problèmes sociétaux les plus difficiles et les plus fins où l'ambivalence est souvent de règle. On ne peut pas dire de manière univoque que ceci est progressiste, ceci est conservateur. Où l'un peut servir de masque à l'autre. C'est en fonction de l'état du rapport de classe. Exactement. La technique en elle-même ne dit rien sauf l'usage qu'il y en a fait par la classe dominante.
38:01 Et du rôle de l'économie en dernière instance chez Marx. Voilà, si je larde de quelqu'un avec un couteau, ce n'est pas le couteau qu'on envoie en tôle. On ne fait pas le procès du couteau. Évidemment. Alors tu parlais de la faim comme besoin élémentaire et puis on a dans cette économie du sexe de la drogue l'organisation et la promotion et la mise en place d'un système de besoins fabriqués, suscités, qui ouvre le champ à une activité économique considérable. Qui est souvent, on va en venir pour le problème de la drogue, d'autant plus développée qu'elle est interdite.
38:31 Donc l'interdite permettant un profit, un surprofit. Alors, on arrive au cœur du débat. À titre de prélude à ma réponse à ta question, si je peux me permettre, je me permets, je ne voudrais pas, tu as eu la gentillesse de signaler le DVD, je ne voudrais pas qu'on croit que je suis ici pour faire la pub pour le fond de mon éditeur. Mais Aymeric Monville, ici présent a eu vraiment la présence d'esprit de consacrer à Michel. On commence beaucoup, il y a une demande, je le vois en librairie de Michel Clouscard, mais il commence à sortir de l'effarante solitude dans laquelle il est mort il y a trois ans. Il a vécu, oui. Mais comme si, à faveur de la crise, c'était tout d'un coup redevenu audible.
39:03 Voilà. Et donc, pour tous ceux qui disent mais qui c'est ce Clouscard, il a écrit ce petit livre, ce n'est pas effrayant, ça fait une soixantaine de pages, qui condense l'essentiel de ce qu'on a dit et de ce que j'espère on va dire et de ce qu'on va amener sans s'égarer dans le détail et dans les labyrinthes sur le personnage, les éléments biographiques nécessaires sans tomber dans l'anecdote et surtout la diagonale des concepts fondamentaux par lesquels le Clouscard est absolument inclassable dans les...
39:33 en tout cas est complètement en porte-à-faux par rapport aux idéologies dominantes de son champ philosophique ou sociologique etc. Donc voilà, donc je réponds. Maintenant ta question, c'est ce qu'il appelle les nouveaux marchés. Il n'y a qu'à voir, nous sommes à peu près de la même génération, je crois Bernard à peu près, le nombre de journaux de revues ou de produits, je regarde le côté jeunesse de la librairie enfance de produits qui n'existaient pas il y a 50 ans, j'en fais pas le procès, mais simplement la logique économique, l'enfant catégorie économique, avant l'enfant on l'habillait comme un adulte, en plus petit, je veux dire, etc.
40:08 T'allais faire un complet chez Thierry ou chez machin, voilà bon. Tandis que là, t'as un marché pour de zéro à tel an, puis un autre, etc. Les magazines soi-disant féminins, je veux dire, qui sont souvent aliénants d'ailleurs, assez réducteurs pour l'image de la femme, multipliés par 300 000, je veux dire, les nouveaux marchés, ne parlons pas des magazines sur, je sais pas moi, les médecines douces et les huiles essentielles qu'il faut tenir à la main au moment de la pleine lune pour que ce soit efficace, j'en sais rien, je caricature un peu, mais ça s'est multiplié, donc lui montre qu'il faut pas en faire le procès comme certains gens de droite et réactionnaires conservateurs qui disent c'est des conneries, c'est n'importe quoi, c'est pas n'importe quoi, ce sont des avancées économiques pour le capitalisme parce qu'il a eu un traumatisme là j'arrive à l'essentiel, c'est la grande crise des années 30 et si j'en parle, vous devinez que c'est parce que la plus grave depuis c'est celle que nous dupliquons, on a commencé par dire qu'elle serait jamais aussi grave que celle des années 30 maintenant on dit qu'elle est plus grave, on voit à quel point elle est grave, donc, or c'était une crise de surproduction dans les années 30, je sais plus quel économiste américain disait le spectacle absurde des foules crevant de faim devant les greniers trop pleins, c'est ça, et puis le café
41:18 dans les locomotives, le lait déversé dans les caniveaux, je ne sais pas un dessin, plus jamais ça, donc si on garde l'idéologie de papa, de l'épargne, de l'effort, où on ne consomme pas quoi en gros, à partir de Giscard on a compris, éclatez-vous, d'accord, éclatez-vous avec du bling bling pour les pauvres et puis une minorité du luxe aussi parce que là ça marche, voilà, donc c'est pour ça que ces nouveaux marchés sont apparus, parce que sinon le capital il y a longtemps qu'il aurait passé la main, donc on ne parle pas de choses indifférentes s'il survit jusqu'à maintenant, c'est qu'il a pu générer des champs de l'économie qui étaient marginaux jusque là, je parle des consoles de jeu, absolument, si je me permets d'en parler, contre le terrorisme althussérien, j'ai un peu travaillé Hegel, je pense comme Lénine que c'est la convergence Hegel-Marx qui fait toute la puissance du mouvement révolutionnaire et qu'au contraire quand on les découpe, on est dans les périodes de misère politique que nous connaissons et l'astrobieens, le fait qu'il y ait une surproduction, si on garde la morale de l'épargne, de l'effort, je veux dire, c'est facile à comprendre, je veux dire, on n'écoule pas les produits, mais ce qui est important c'est que le discours pour les promouvoir
42:28 n'est pas confié à un publiciste, fut-il un Séguéla, c'est confié à l'idéologie, les pensées, je reviens de Deleuze et de Foucault, sur les flux, mais moi, les flux, ça me rappelle plus Facebook, les flux désirants, c'est-à-dire la nouvelle économie, les flux désirants, ça me rappelle plus Facebook que Billancourt, je vis en passant les flux, mais bien sûr, machine désirante, flux, on y est en plein, et quand... Deleuze, on accepte la libido, mais je n'accepte pas l'Œdipe, je prends dans Freud ce qui m'intéresse, ce qui développe le marché, voilà, c'est ça, je choisis, je fais mon supermarché, c'est vraiment ça.
43:01 Donc c'est une bonne occasion, merci encore une fois pour lui, d'avoir rappelé à quel point c'est le seul qui a osé s'aventurer comme un Christophe Colomb sur des mers inconnues, sur ce terrain qui restait en friche, celui précisément de l'analyse des mœurs de la consommation, il y a un côté La Bruyère marxiste chez Clouscard. Oui, oui, dans l'histoire.
Disparaissez ouvriers : délocalisation et maison de campagne
43:37 Voilà. Alors sur ces marchés, là, j'avais une réflexion, là, sur ces marchés, donc, à la limite de la légalité qui sont plus prometteurs que d'autres. Tout à fait. Et puis, il y a aussi le fait des délocalisations, c'est-à-dire les rapports sur lesquels il insiste entre les endroits où on produit qui sont mis de côté dans notre société contemporaine. On ne parle plus des producteurs. Les ouvriers, je pense au titre d'un film qui parle d'une usine marseillaise qui s'appelle Disparaissaient les ouvriers. Donc, ça n'existe plus. Il n'y a plus que la consommation. En fait, ce n'est pas vrai.
44:08 Et quand j'entends, moi, tous les discours critiques sur, ah, c'est encore les Chinois, ça veut dire qu'en fait, on a envoyé l'appareil productif là-bas. Et qu'il n'y en a plus chez nous. Il n'y en a plus chez nous, mais qu'on voudrait quand même qu'on continue à consommer parce qu'autrement, ils ne produisent pour rien. Et donc, il insiste, et c'est là-dessus que je voudrais qu'on développe un peu sur le fait que tant que les producteurs ne décideront pas de ce qu'ils produisent, que ce sera la machine bancaire avec la couche dirigeante qui produira, les consommateurs, on leur vendra n'importe quoi. Y compris de la drogue. Précisément, comme tu parles en plein du néo-capitalisme.
44:39 Oui, tout à fait. Je rappelle que le titre du petit ouvrage qu'Aymeric Monville a consacré à Clouscard s'appelle Le néo-capitalisme selon Michel Clouscard. Voilà, c'est ça. Justement, tu parles d'or, je souriais parce qu'il a une formule admirable. À un moment donné, il parle de néo-colonialisme écologique. Ah, voilà, alors, très intéressant puisqu'on parle écologique. Je prends un exemple parce que j'ai vécu dans la Drôme à une époque, il venait me voir, donc il a bien vu le Lubéron, l'endroit où Lacan soignait la déprime d'Althusser, enfin, il a fait toute une analyse dans le Lubéron. Ah oui, voilà.
45:10 On commence par la misère rurale, des populations, les paysans partent vers la ville, donc ça c'est, hop, je veux dire, on libère le foncier. Et voilà que le foncier est libéré, on voit les Hollandais et la bourgeoisie à vil prix, voilà, pour y faire cet admirable chapitre qui s'appelle la maison de campagne, lieu de réconciliation du père bourgeois avare et du fils prodigue avec un travailleur immigré dans un endroit qui fait l'artisanat, qui est la caution, la caution, tiers-mondiste.
45:43 La maison de campagne qui est aussi le prix d'exode rural, du type qui s'est retrouvé ouvrier à Billancourt à l'époque, c'était ça. Donc ça répond à... Ça devient l'idylle du père Grandet et de son fils Hippie. Et là, il en fait une scénette, c'est ça. Je ne parle pas du même milieu. Il y a un côté Molière aussi chez Clouscard. Disparaissez ouvriers et paysans. Oh, le paysan de l'imagerie, celui-là, on l'adore. Il n'a jamais été aussi présent dès qu'il est récessible, dès qu'il taille les haies et qu'il aménage l'environnement du prochain vacancier.
46:14 C'est le paysan qui ne produit plus rien. Voilà, exactement. Qui tond les pelouses. Ou quand il produit avec un truc en bois à l'ancien dans un éco-musée. Voilà. Celui-là, on l'aime bien. Mais le paysan qui cassait les cailloux, qui cassait les cailloux pour faire le champ. Et tu sais que dans le midi, il y en a des cailloux. Oui, absolument. Ce n'est pas facile d'être paysan dans le midi. Ça n'a jamais été simple. Celui-là, on en parle aussi peu que l'ouvrier. Ça disparaît. Bien sûr. Et quand tu dis disparaissez ouvrier, j'aime beaucoup ce dire, sous-entendu, disparaissez du champ. Oui, on ne veut pas vous voir. De la caméra. Il faut qu'il y en ait. Dans le réel, ils sont plus que jamais là. Quand on compte, on sait mesurer. On sait bien qu'on n'a jamais eu autant d'ouvriers.
46:45 La classe en soi et la classe pour soi. Mais je ne peux plus vous voir. Mais voilà, vous n'existez plus. Je ne peux plus vous voir. Et puis en plus, vous avez des revendications. Ça suffit maintenant. Quand même. Et ça, c'est aussi une mutation du capitalisme monopoliste d'État. Il faut revenir à ces grandes analyses économiques du mode de production de l'évolution du capitalisme. C'est qu'à partir de là, il y a une telle organisation de la société que ça permet de reléguer les ouvriers dans le périurbain, en banlieue, dans le périurbain. Bien entendu. Avant, vous aviez, vous voyez, un immeuble bourgeois.
47:15 Enfin, je sais que cette époque était dur aussi, mais vous aviez plusieurs étages, y compris jusqu'aux chambres de Bonne. Ils avaient une peur bleue, d'ailleurs, parce que là, ça se mélangeait, les classes. On se croisait dans l'escalier. Voilà, c'est ça. Et là, cette organisation de l'espace que permet, y compris, on n'a pas l'exode rural, mais aussi ce périurbain pour l'utilisation de la voiture, non pas pour balader la famille le week-end. C'est vraiment cette bagnole pour aller d'un endroit avec des temps de trajet qui s'accumulent.
L'illicite au cœur du capitalisme et conclusion
47:45 C'est un contrôle complet. Et bien sûr, cerise sur le gâteau, le contrôle des mœurs, à tel point que Clouscard va parler de dressage anthropologique, de dressage à la consommation libidinale ludique marginale. Mais justement, on n'a pas répondu à la question sur l'illicite. Je crois que c'est important dans la question de Bernard. Oui, c'est une dimension supplémentaire. Alors, on croit que, comme il parle souvent du marché de la drogue, mais en termes économiques, les enjeux énormes que ça représente. Je rappelle au passage que les événements actuels au Maghreb et en particulier au Sahel, en particulier au Mali, pour la contre-patrie involontaire, je veux dire, il n'y a pas que ça.
48:19 On ne peut pas réduire des choses aussi complexes à un seul facteur. Mais comme on parle peu de ce que je vais dire, il y a aussi l'immense trafic de drogue de la cocaïne sud-américaine qui, depuis en gros une dizaine d'années, passe maintenant par l'Afrique de l'Ouest, par le désert qui est si facile à passer, avec si peu de contrôle. Et là, c'est pour ces pauvres pays contrôler leurs frontières. Et il y a ces enjeux-là aussi. Donc, ce n'est pas marginal dans l'économie. Non, tout à fait. Mais en plus, ce qu'il rappelle, et il le dit, il le dit dans l'émission avec Séguéla, contre Séguéla, Apostrophes précisément, il rappelle que dans l'étymologie même du capitalisme, dans son programme, si je puis dire, en termes de programmatique, dans son logiciel, comme je disais tout à l'heure, et depuis toujours et plus que jamais, l'illicite est présent et on le voit aujourd'hui avec la crise.
49:03 C'est illégal. Les trois-quarts d'activité financière... Ah oui, absolument. Oui, tout à fait. Il y a encore des gens qui ignorent, mais tout le monde que 80% des échanges financiers américains se font, non pas avec l'Europe, ni avec le Japon, ni avec la Chine, non pardon, 87%, avec les îles Caïmans. Voilà. C'est là que ça se passe. Non, mais c'est quand même... Oui, bien sûr. Donc, l'illicite... Qui peut savoir ? Quand il y a un chantier, là, Marseille-Yoyeur, il y a marqué tant du Conseil général, tant le régional, bon, on essaie d'avoir une relative transparence.
49:37 Mais quand c'est une villa ou une banque, on ne te met pas, pour capitaliser cette banque, il a fallu faire 2 millions de morts en Angola. Oui, c'est ça. Non, mais on ne le dit pas. Faire trafiquer l'opium des hauts plateaux d'Afghanistan. Voilà. Et pour ça, chasser les talibans, mettre Karzai, qui est le premier trafiquant du pays, avec son frère, je crois. Avec son frère, oui. Voilà, sur la bénédiction de l'OTAN, passer par la Yougoslavie, les guerres du Yougoslavie, la route de la drogue. Voilà, le Kosovo, etc. Ce que dit Clouscard, il ne dénonce pas des petits trucs marginals et ce n'est pas le petit dealer qui est là à qui il en veut.
50:07 Il sait très bien que ça ne se passe pas là. Il dénonce l'essence même du capitalisme qui tombe les masques. Maintenant, qu'il y avait besoin pendant le 19e siècle et tout le capitalisme concurrentiel libéral, celui de papa, pour aller vite, celui d'avant le plan Marshall. Celui de Max Weber. Il avait besoin d'une respectabilité, d'une morale de l'honneur, de l'épargne, de l'effort, etc., qui t'a fait le pire. Oui, par chance. Mais là, c'est fini. Il n'y a plus de morale. Mais là, on tombe les masques. Oui, oui. Non, le cynisme absolu. Puis t'es voyou, puis t'es bon. Voilà, exactement. Disparaissez les ouvriers. Et c'est ça qui le dénonce. Et prenez la direction du FMI si on vous la propose. Ça va avec.
50:37 On est bien d'accord. Je vais dire, voilà. Je crois qu'on arrive au terme de cette émission. On n'a pas couvert tout le champ considérable qu'a couvert Michel Clouscard, mais je vous invite, d'une part, à regarder le DVD comme introduction et puis à lire ses ouvrages. Donc, les principaux, bon, le capitalisme de la séduction, néofascisme et idéologie du désir. On aurait pu parler de l'actualité puisqu'au fond, il dit après mai 68, il est émergé deux forces politiques, l'écologie et le néofascisme. Cohn-Bendit et Le Pen. On est en plein dedans.
51:08 On est en plein dedans qui sont les deux acteurs dans ce consensus. Mais il manque l'expression des besoins élémentaires de la classe ouvrière. Il fait cruellement défaut. Bon, il nous aide à penser à cet oubli dramatique pour l'histoire générale. Je pense que d'autres l'écoutent. Et merci de nous avoir témoigné de son apport. Et puis, je pense qu'on se reverra parce qu'il y a beaucoup à dire sur ce qu'il a dit et puis tout ce qu'il nous apporte pour les réflexions à venir et sur les combats à venir.
51:38 Merci, Dominique. Merci, Radio Galère. Merci, Aymeric Monville. Quand nous chanterons le temps des cerises et gai rossignol et merle moqueur seront tous en fête.
52:27 Les belles auront la folie en tête et les amoureux du soleil au cœur. Quand nous chanterons le temps des cerises sifflera bien mieux le merle moqueur et les amoureux du soleil au cœur.