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« Que faire ? » : pas de pratique révolutionnaire sans théorie
0:00 Le propos de la question de Bernard Friot C'est une question fondamentale, récurrente que tu poses, qui est une citation, c'est une question, tu vois ce que je veux dire, c'est la question que faire.
1:00 C'est mon point de départ, c'est le premier. Point de départ, qui dès le départ, justement, va sembler captieux, puisque je vais montrer que, tout de suite, dès cette introduction, qu'apparemment c'est un appel à la pratique, Susan. Je ne t'impose pas cette interprétation dans ce que tu voulais dire. Mais que faire, oui. Voilà, mais je dis comment ça pourrait être mal compris. Ça pourrait être le discours du type qui en a marre des discours, justement, de l'épochè, comme on dit chez Husserl, de la grande parenthèse théorique, du grand détour, je reviendrai, dont parle Platon dans la République, comme par hasard.
1:45 Lorsqu'il montre que si on veut résoudre les problèmes politiques, mon camarade, il faut faire là un immense détour. On va y revenir. Et que maintenant, il y en a marre de ses détours. Comme a dit Marx, maintenant, les philosophes, vous avez eu 20 siècles pour interpréter le monde, maintenant, il s'agit de le transformer. Alors, que faire ? Marx, Lénine, ça paraît bien homogène. Seulement, voilà, le même Lénine dit, quelque part, et c'est une première réponse à la question, réponse léniniste. Pour l'instant, je vous mets dans une orthodoxie que j'assume tout à fait, celle de Lénine, stricto sensu, à savoir, sans théorie révolutionnaire, pas de pratique révolutionnaire.
2:19 Que faire ? Faire de la théorie, si on veut être pratique. L'économie, la théorie, si on veut être pratique.
2:52 Quand ? Jamais. Voilà, donc on ne parle jamais économie pour être Marx. Ça va être un peu forte, celle-là, quand même, quoi. Bon, donc je ne veux pas que mon détour théorique ressemble à ça. Qu'à l'image de l'interlocuteur de Socrate dans la République, je fasse cet immense détour, mon camarade, comme dit Platon, sans lequel on ne pourra pas régler les problèmes politiques, tant que, ou bien, ceux qui sont à la tête de l'État, s'adonnent à la stricte philosophie, ou bien que ceux qui sont philosophes accèdent, en toute simplicité, à la tête de l'État. C'est dans la République dit en toutes lettres. Bref, ce côté révolutionnaire que Hegel va bien voir, Vincent Clutter, dans un texte que je vais citer tout à l'heure, où il montre que, non pas le contenu, bien sûr, qui est encore archaïque à l'époque, mais la méthode de Platon est proprement révolutionnaire d'avoir compris que le rationnel et le réel étaient quand même liés.
Descartes et le vrai usage des mathématiques
3:40 A savoir, et donc j'y reviens pour ce détour théorique, pour éviter ce prétexte qui consiste à s'enfermer dans la théorie pour ne jamais revenir à la pratique, je rebondis sur Descartes qui, lui, n'est pas tombé dans ce piège, précisément, et qui, comme tous les grands moments de l'articulation de l'histoire de la pensée en général et de la philosophie en particulier, n'est pas tombé dans ce piège, car si quelqu'un fut théorique, c'est bien Descartes. C'est comme l'homme du « je pense », c'est bien l'homme du « prise de recul », bon, de l'attitude théorique au sens même épistémique.
4:10 Mais voilà que, dans un passage auquel je tiens beaucoup du discours de la méthode, mais qui est développé dans la méditation et qui connaît bien, lorsqu'il passe en revue l'éducation qu'il a reçue de l'école, avec ce côté expéditif, il y a consacré beaucoup de temps, il n'a pas été expéditif dans ses études, mais enfin, comme il dit qu'il n'a pas appris grand-chose finalement, sinon que ça l'a embrouillé complètement, sauf, je me plaisais, après avoir passé en revue, les arts, la littérature, la morale, la théologie, avec beaucoup de prudence, le discours de la méthode paraît un an après la condamnation de Galilée, et sa devise à Descartes, c'est évidemment se masquer.
4:44 Voilà qu'il dit tout d'un coup, je me plaisais surtout aux mathématiques, c'est la seule discipline apparemment où il a pris quelque chose, à cause de la certitude et l'évidence de leur raison, mais, dans le sens du théoricisme, certitude et évidence de leur raison, mais je ne remarquais pas encore leur vrai usage, on va arriver aux valeurs d'usage et d'échange, je ne remarquais pas encore leur vrai usage, et pensant, c'est toujours Descartes qui parle, qu'elles ne devaient servir qu'aux arts mécaniques, et à faciliter le travail des hommes, phrase saisissante où Descartes anticipe la médiation qu'il va y avoir de la révolution scientifique, qui est dans le continent contemporain, à la révolution industrielle, qui va bientôt venir, la machine va libérer les hommes du travail mécanique.
5:23 Je m'étonnais de ce que leur fondement étant si solide, on n'ait rien construit là-dessus de plus permanent. Bref, quel étrange paradoxe que l'état moderne de la connaissance, où dans la matière de ce qui nous intéresse le plus, le droit, la morale, la politique, ce qui nous est le plus intime en tant qu'homme, plus important même que la connaissance, à la limite, que dois-je faire, plus important que que puis-je savoir ? Eh bien, c'est le domaine de l'opinion contingente, où on bâtit que sur du sable, comme il dit, et que là où par contre on est rigoureux, où on est passé de la doxa de l'opinion à l'épistémé, les mathématiques, c'est un pur jeu spéculatif, mais qui ne correspond à aucune mise en pratique.
5:56 Voilà, je me réfère à Descartes pour montrer que je voudrais comme lui ne jamais perdre de vue, que si on fait un détour par les mathématiques, c'est pas pour sombrer dans un mathématisme, dans lequel a sombré, d'après le peu de témoignages qu'on a un peu mystérieux, la dernière académie, quand Platon est mort, où c'est tombé un peu une espèce de théorie des idées nombres, dans la épithéphorie, il est vrai, le grand Platon, le grand politique était mort. Et donc pour ne pas sombrer là-dedans, je dis tout de suite, dans le sillage de Lénine, je reviens donc, que si je fais un détour, je prescris un détour par le théorique, dans lequel je vais procéder maintenant, par Rousseau, et par l'analyse de sa parole, je vais montrer tout à l'heure pourquoi sa parole est bien distincte de son discours, sa parole littérale.
Rousseau, le farniente et la tombe d'Ermenonville
6:41 Si je fais ce détour, encore une fois, c'est pour rester, pour revenir à, c'est pour ne pas perdre de vue, la relation pratique qui en est l'horizon. Et, euh, je, je, tu me le diront quand tu veux, hein ? Non, non, on continue, et donc il s'agit bien toujours du que faire, du que faire, voilà. Et nous allons convoquer majoritairement, principalement, Rousseau. Tout à fait, je vais commencer par la réponse de Rousseau à la question que faire, en matière de politique, c'est bien le contrat social, quand même, est un texte évidemment politique.
7:15 Oui, le Rousseau du contrat social, mais pas seulement celui-là. Mais pour l'amener, je vais, à titre introductif, aborder un autre texte de Rousseau, qui semble exactement à l'opposé de ce que dit le contrat social, pour que, superposant la lecture du contrat social après par-dessus, et en se plaçant à un point de vue d'une unité supérieure qui lève la contradiction, on soit enfin en possession de ce que j'appelle la systématicité rousseauienne, qui devrait être libératoire par rapport aux apories et aux antinomies qui sont encore les nôtres.
7:45 En matière économique, politique, voire esthétique. Et donc, ça va paraître scandaleux d'aborder le problème de la valeur travail par la valeur farniente. Et c'est une citation de Rousseau, il dit le mot farniente même dans la cinquième promenade. Je m'explique. Et ce qui est encore plus scandaleux, c'est que je vais introduire mon premier texte de Rousseau, donc celui des Rêveries, où il y a une éloge de l'oisiveté, donc de la valeur non-travail, à partir de tout sauf d'un économiste ou d'un spécialiste de la philosophie politique, à partir d'un rêveur, d'un baladeur et d'un pigiste, je parle de génie, je parle de Gérard de Nerval.
8:23 C'est à partir de lui que je vais l'introduire. Et tout ceci est extrêmement délibéré dans ma tête. Pourquoi ? Parce que nous sommes à un an de l'anniversaire de la naissance de Rousseau, le 28 juin 2012. Et dans cette perspective qui ouvre aussi quelques... Je veux dire, il y a même des perspectives électorales, qui m'en certainement souviennent.
8:54 C'est pour ça que je me place, bien sûr, dans ce sillage-là aussi. Et c'est pour ça que je vais abuser, de manière délibérée, non pas à mon insu, de l'ordre symbolique, là, je veux dire, puisque quand on fait des commémorations, on n'est pas loin des tombeaux, et le tombeau se dit, n'est-ce pas, Soma en grec, et le vieux jeu de mots de Platon dans le Gorgias, Soma, sêma. Le premier des signes, c'est le tombeau. Ce qui fait signe à l'homme, je veux dire, tout signe est fait pour donner une présence à quelque chose qui est absent.
9:24 Et c'est pour ça que dès le néolithique, la première absence, présentifier l'absence, la mort par excellence, c'est quand même le tombeau. Donc on va à la tombe de Rousseau, on va faire un voyage, je t'invite à ce fameux détour, on parlait tout à l'heure, que faire ? Faire un détour, faire une balade, une balade à la tombe de Rousseau, c'est à 45 km à vol d'oiseau d'ici, c'est pas très loin, et je vous rassure tout de suite, c'est une balade magique à laquelle je vous convie, puisqu'elle peut se faire dans un fauteuil. C'est là que je fais intervenir Nerval, parce que Nerval l'a fait pour nous un texte passé inaperçu, et qui est pourtant le texte qui, je le situe maintenant, est la première nouvelle qui ouvre la liste des filles du feu.
10:00 On a l'air d'être un peu plus loin de l'économie de la politique. Des filles du feu, d'ailleurs Nerval disait lui-même à son éditeur, que pensez-vous du titre ? Je trouve un peu froufrou, avec ce style inimitable. Justement, un peu froufrou. Bon, bref. Mais enfin, revenons dans l'ombre d'un Michel Clouscard qui a écrit Traité de l'amour fou, pour montrer qu'on ne s'éloigne pas tout à fait du sujet. Donc, Nerval, je le dis au passage, mais comme c'est une contingence biographique, je le laisse de côté pour l'instant, je me fous des études nervaliennes, Nerval a passé son enfance, qui joue ainsi qu'un rôle dans son œuvre, dans le Valois, où est tout près d'Ermenonville, où est enterré Rousseau.
10:35 Donc c'est une contingence de sa vie, que la tombe de Rousseau est un objet qui lui est spécialement familier. Voilà. Mais il faut attendre la fin de sa vie, et bien des crises de folie, et des parenthèses entre la clinique et tout, pour que notre merveilleux psychotique se fasse ce que le dernier appelle, assez mystérieusement, le retournement natal, c'est-à-dire aborde dans ses textes tout d'un coup le problème de la tombe de Rousseau, du Valois et du retour à l'histoire. C'est là que je m'y ai arrivé, qui caractérise le dernier Nerval, celui de la prose. Pardon, c'est le moins introduit sur Nerval, mais ce fol délicieux, j'aimerais qu'on l'arrache un peu à cette imagerie, c'est pour moi un de plus grands auteurs, et la nouvelle dont je parle, et pour moi, nous invite au voyage le plus long de l'histoire de toutes les littératures, je veux dire même par rapport à l'Odyssée d'Homère.
11:17 Je suis très sérieux. Cette nouvelle qui s'appelle Angélique, et qui est une reprise d'un titre, d'un texte qu'il avait d'abord baptisé les Faux Saulniers, on n'est pas loin de l'économie, qui veut dire les trafiquants de sel, les Faux Saulniers, ce n'est pas le moins des faux saulniers, les Faux Saulniers, on va y revenir. Donc Nerval, dans ce texte, je vais très vite, parce que ça mérite un autre débat, une autre intervention, de commenter ce texte, qui est très court en nombre de pages, mais très long en résonance, dans ce texte se propose officiellement le pitch, comme on dit maintenant, sa diégèse, c'est d'aller à la recherche d'un livre qu'il a consulté sur les quais, par hasard en voyageant en Allemagne, en flanant, sur les quais, comme ça, un livre qui ne trouve pas dans la librairie parisienne, d'un auteur français du 18e, qui s'appelle l'abbé de Bucquoy, et c'est un prétexte, ce livre, parce que les bibliothèques tantôt sont fermées, tantôt elles sont en vacances, bref, il y a tas de prétextes pour qu'on quitte Paris, le monde de la bibliothèque, le monde de Borges, le monde du labyrinthe, et qu'on aille faire un tour dans le Valois, pas loin, dans les bergeries de l'Oise et de l'Aisne, comme il dit, et il ne nous le dit pas, mais on saura à la fin de la nouvelle que le but de toute la nouvelle c'est d'aller à la tendance.
12:15 Plaf ! Et non pas au tombeau de sa mère.
Premier triangle : Rousseau, Henri IV et Gabrielle d'Estrées
13:02 Donc, lorsqu'il arrive à la tombe de Rousseau, tu connais les lieux peut-être à Ermenonville, à 3 km, il y a le château de Chaalis, qui fait partie du voyage, du Dorel, à l'époque, et voilà où je veux en arriver, ce premier texte que je vais commenter, il arrive en vue du château de Chaalis, ils sont guidés par un paysan, on va arriver aux luttes de classe, et je le cite, le fils du garde qui nous montrait le château nous dit, voici la tour de la belle Gabrielle, car à l'époque, elle a été rasée, maintenant il y avait, dans le château, la tour de Gabrielle d'Estrées, la favorite d'Henri IV, c'est dans ce château qu'Henri IV a abrité ses amours avec Gabrielle, on est dans le froufrou.
13:37 Voici le château de la belle Gabrielle, dit le paysan, tous les soirs, Rousseau venait pincer de la guitare sous sa fenêtre, c'est toujours le paysan qui parle, et le roi qui était jaloux a fini par le faire mourir. Premier triangle, trois personnes, Rousseau, trois personnages, dans ma scène, Rousseau, le monarque, Henri IV, Gabriel, comme dans la lettre volée de Lacan, le roi, la reine, une tierce personne. Dans la lettre volée de Poe, bien sûr, et puis de Lacan, bravo, le triangle fatal, s'il en est. Donc, justement, Nerval commence par rire, bien sûr, en complicité avec les lecteurs cultivés que nous sommes d'un pauvre paysan.
14:12 Il dit, voilà comment racontent les gens, dans un siècle, on croira cela, la population mélange à trois siècles d'intervalle. Et tout d'un coup, il se reprend, il va à la ligne, il dit, cette légende est peut-être plus profonde qu'on croit. Deux points. Rousseau, voilà, je tenais à l'introduire par Nerval. Rousseau, en refusant les 100 louis de Madame Pompadour, Madame Pompadour, pour le Devin du village, un succès showbiz, on dirait aujourd'hui, un opéral, voulait le gratifier d'une pension comme on faisait pour les artistes. Nous avons ici un spécialiste de la logistique de l'art.
14:44 On sait de comment on parle. Et Rousseau a refusé, c'était sans précédent, cette pension pour garder son indépendance. Sa devise, c'était « Vitam impendere vero » faire dépendre la vie du vrai. Et de même que Spinoza polissait des lentilles pour être indépendant des puissances de ce monde, lui, il copiait de la musique. C'est qu'il y a l'écriture, il copiait de la musique. De toute façon, on a la suite. Il refuse le 100 louis et Nerval, je reprends maintenant la citation textuelle, ruiner l'édifice monarchique fondé par Henri de Bourbon.
15:38 Tout a croulé, son image immortelle demeure debout sur les ruines. Et voilà que ce petit texte qui était jusque-là, cette nouvelle, une espèce de petite chronique d'une verve journalistique, voilà, venez faire une petite balade en Valois avec moi, etc. Voilà, tout d'un coup, ça prenait proportion colossale, que Rousseau apparaît comme un demi-dieu qui se dresse comme une statue presque phallique, tu vois, au-dessus des ruines de l'Ancien Régime. Et bref, cette anecdote du triangle, là, Gabrielle-Rousseau-Henri IV m'interpelle.
16:13 Pourquoi ? D'abord, parce qu'elle est structurelle. Je veux dire par là que Rousseau initie une période esthétique, je pense au romantisme après, que pour moi, il n'est pas un précurseur du romantisme, parce qu'un précurseur, ça veut dire celui qui fait un peu avant, ce qui va être fait beaucoup après. Pour moi, il saute par ce romantisme, mais il annonce même la modernité, on va le voir dans les rêveries, où la sensation, l'impression, au sens moderne du terme, l'impressionniste, joue un rôle plus important de la personne, mais je veux dire, il annonce une véritable mutation de la parole littéraire, qui se voit bien dans les rêveries d'ailleurs, et en laquelle, c'est ça le plus important, et que représente, à mon avis, le personnage de Gabrielle là-dedans, la richesse, pour revenir à d'autres propos, la richesse est liée symboliquement à la femme, ce qui a une valeur anthropologique.
17:04 Il ne faut pas oublier que Marx rappelle que la première division sociale du travail qui est à l'origine de la division en classe sociale, c'est l'homme et la femme, les Manuscrits de 44, elle-même, disant que la femme enceinte, par exemple, au néolithique, ou difficilement aller courser le mammouth avec les autres, il y a des séparations. Première division du travail, première classe sociale, il y a des classes, il y a des sexes, et j'ajoute, en écriture, il y a des genres. Ça, c'est un peu moins perçu. Et quand on écrit, on écrit toujours qu'on le veut ou non, dans un genre déterminé, on choisit pas plus son genre, il n'y a pas le choix du genre, il y a le genre du choix.
Wagner et L'Or du Rhin : l'or ou l'amour
17:35 C'est perçu, mais différemment. Voilà, voilà, voilà. Pas avec même dominance que les sexes et les classes. Voilà pourquoi je n'insiste là-dessus. Donc, lorsque Nerval, ce triangle, je dis qu'il est structurel. Pourquoi ? Parce que dans cette évolution du discours, je passe très rapidement à Wagner que Nerval, c'est pour ça que j'y tiens à Nerval, est le premier à signaler, avant Baudelaire, avant les fameuses lettres de Baudelaire, dont on dit que Baudelaire a été le premier à révéler, c'est vrai que Baudelaire a un génie polémique, une générosité qui a beaucoup fait pour Wagner à Paris, mais le discret et le gentil Gérard, dans l'ombre, comme on a inaperçu, avait, quelques années auparavant, signalé la nouveauté radicale et la valeur de solution qu'apportait Wagner aux apories esthétiques de la modernité.
18:16 Ce n'est pas notre sujet, donc je passe toujours et il que je n'arrive à Wagner. Pourquoi ? Parce que dans l'Or du Rhin, l'œuvre, la tétralogie, l'œuvre la plus longue faite par un artiste depuis les Grecs qui dure quatre jours, tout l'Or du Rhin, pardon madame, dans toute la tétralogie, toute l'histoire, si on se perd dans les méandres du détail, il n'y a pas besoin, il y a un conducteur Wagner dit : l'or, l'amour, dès le début, il y a un deal, dès le départ, lorsque le nain vole l'Or au Rhin, on peut prendre l'Or qui donne la puissance sur le monde, un métaphore, ils sont morts, même Anne et Marx et Wagner, exactement, ils sont, et on peut prendre l'Or qui a la puissance sur le monde, on peut l'enlever au Rhin, tant qu'il est dans le Rhin, il est naturel et il ne produit aucune valeur, c'est lorsqu'on le travaille, tout ça, il dit dans le texte de Wagner, dans le poème, comme on dit, dans le livret, qu'il a fait lui-même, donc on peut le prendre, mais à une condition que chantent les filles du Rhin un peu imprudemment, c'est qu'il faut renoncer à l'amour, on en revient à Gabrielle et à la femme dans le triangle, d'accord ?
19:15 Ou l'Or, ou l'Amour, une espèce d'algèbre, et il y a cette phrase extraordinaire du nain, Alberich le Nibelung, qui prend l'Or le premier pour le forger un anneau et assuré comme le capital de la puissance sur le monde, il dit cette phrase, il dit, bon ben j'ai renoncé à l'amour, je suis peut-être le seul qui a osé faire ça de tous les mortels, qui renoncerait à l'amour dans ce monde, mais au moins avec l'Or j'achèterai le plaisir. Il y a cette distinction qui m'amène à un deuxième triangle rousseauien, le premier donc c'est celui de Nerval, moi le challenger, moi Rousseau, je vais pincer de la guitare sous la fenêtre du roi, moi le challenger, la cape et l'épée, tu vois, sur la fenêtre du roi, le roi, et je le dis maintenant, la marchandise, c'est ça Gabrielle, je ne vais pas réduire la femme à une marchandise, mais dans ce texte-là, dans le texte symbolique et mythique, elle représente la marchandise, autant la femme réelle, la femme de l'histoire, la femme qui est dans l'histoire, je veux dire, la femme historiquement parlant, autant elle est tout à fait l'inverse de Gabrielle, elle n'est pas une femme entretenue, elle est productrice de valeurs, j'ai assez vécu en Afrique et toi aussi pour savoir à quel point les femmes toutes choses égales, par ailleurs, étaient les plus productrices de valeurs dans l'économie traditionnelle, et donc la femme dont on parle dans la Bible à Jérusalem, la femme qui a rassemblé
20:25 tous les stupres de la création, elle symbolise l'extorsion de la plus-value, la richesse, la femme du roi quoi, et donc, comme dit le nain, avec l'or, je ne pourrais pas m'acheter l'amour, ça j'ai renoncé, c'est le pacte, c'est le deal, il y a un Alberich dans la Tétralogie c'est intéressant, mais par contre, je pourrais m'acheter le plaisir, le romanesque, le cinéma, sont pleins de ces films où le gars se demande toujours si c'est qu'elle m'aime pour mon argent ou bien pour moi, c'est vraiment, c'est des problèmes existentiels profonds.
Le syllogisme dialectique et le deuxième triangle
21:08 Si je vais de triangle à triangle, je ne m'interromps pas, je précise, c'est pour essayer de rappeler ce qui se propulse au cœur du moteur dialectique. Rien moins que ça. Pourquoi ? Parce qu'il y a dialectique dès l'instant qu'il y a un syllogisme, on voit ça dans la logique de Hegel, il y a plus de détails, c'est-à-dire dès l'instant qu'il y a deux extrêmes et un moyen, un moyen qui dépasse bien sûr ces deux extrêmes. Par exemple, entre moi et la falaise, si je suis cantonnier, c'est les deux extrêmes, moi le sujet travailleur et puis la pierre, le caillou, l'objet travaillé, entre les deux, il y a ce moyen terme qui est l'outil, qui va jouer un rôle si important dans la pensée hegelienne et qui va passer dans Marx, la force productive et apparemment l'outil est secondaire, ce n'est qu'un moyen, l'essentiel c'est moi et ce que je veux faire de ces cailloux-là, ma maison à la place de la montagne par exemple, et bien pas du tout, dit Hegel, puis Marx qui le confirme et qui reprend Hegel là-dessus, à savoir que le travailleur meurt d'épuisement dans le procès de travail, la montagne disparaît dans la carrière, dans le trou, ce qui reste c'est l'outil, c'est lui qui va parvenir aux générations d'après, l'âge de pierre, pierre taillée, pierre polie, âge du bronze, âge du fer, et c'est sur la progression de l'outil que va se faire
22:18 le progrès des forces productives, comme on dit en termes plus orthodoxes. Donc, si j'introduis ce deuxième triangle, je ne l'ai pas encore énoncé, c'est avec ce préalable, le voici, Rousseau me semble occuper le moyen terme au sens dialectique, mais pour ça, je faisais ce petit détour par Hegel, c'est-à-dire renvoi dos à dos et la synthèse supérieure de deux figures qui sont encore, qui constituent encore une antinomie dans laquelle nous sommes paralysés, c'est celle du libertin, de son époque, le libertin, je vais prendre Sade ou Des Grieux, peu importe, ou Don Juan, ou Don Juan même, parce que Don Juan, c'est le XVIIe siècle, mais Don Juan, c'est le Mozart et le XVIIIe quand on prend Rousseau.
23:02 Et donc, le premier extrême, le libertin, fondé sur une catégorie, la jouissance, pour aller vite, l'autre extrême, Robespierre, ça, c'est-à-dire la vertu, ils ont visotté le nom de la vertu, des fois, comme on a les deux extrêmes, toujours plus juratifs, les extrêmes, les unilatéraux. Et le moyen terme, c'est Rousseau qui va l'apporter. Et c'est pour ça que je vais développer le contrat social et la rêverie, c'est le bonheur. le bonheur qui n'est pas la jouissance du libertin, du maître, que Don Giovanni, ça, c'est les aristocrates, quand même ça, Don Juan, c'est des gens qui savent se faire entendre par l'épée, lorsque Don Juan est attaqué dans la forêt, il va secourir le gentilhomme.
23:41 C'est quand même la vieille noblesse d'épée qui règne par la force. Donc, ni la jouissance au sens réducteur, celle du libertin, bien sûr, ni non plus le refus de toute jouissance dans la raideur stalinienne cette forme de vertu de Robespierre, voilà, mais le droit au bonheur.
Lien entre les triangles : valeur d'usage et valeur d'échange
24:11 On n'est pas loin de Friot, là, maintenant. Mais alors, si je peux me permettre de t'interrompre juste pour éclaircir un point qui ne paraît pas absolument évident à ce stade, le rapport entre les deux triangles, celui où... Très bonne question. Puisqu'on a, non pas forcément géométrique ou mathématique, mais le rapport logique et de sens symbolique entre les deux triangles, celui que Nerval pointe entre, donc, la femme, le prince et Rousseau, jouant de la mandoline, et celui que tu viens de pointer entre Rousseau qui nous propose le bonheur, entre d'un côté la jouissance et de l'autre la vertu.
24:55 Quel est l'auditeur attentif qui a très bien vu parce que j'ai fait un passage illégitime, je comptais bien lier les triangles après, mais c'est très bien de poser la question maintenant. Mais j'ai commencé l'embryon de réponse et je m'engouffre dedans. À partir du moment où j'ai dit que la Gabrielle dans le premier triangle, la femme, joue le rôle de, justement, l'extorsion de la plus-value, la concentration, la condensation symbolique de toute la jouissance de ce monde par le propriétaire de l'avoir, de ce qui est désirable, et du pouvoir, du capital. Que ce soit Salomon, parce qu'il y a le même triangle dans le voyage en Orient de Nerval entre moi, Salomon, et puis moi, le piforgeron, le challenger, Salomon et la reine de Saba, le même, et qu'on retrouve, c'est anthropologique.
25:32 Et donc, comme cette femme, elle symbolise au plus haut degré le fétichisme de la marchandise, précisément, voilà le lien avec le second triangle, puisque je parle du libertin d'un côté et de Robespierre de l'autre, entre deux, je mets le bonheur, je veux montrer que dans le bonheur, il y a la jouissance, justement, aussi, mais pas seulement. Voilà le lien. Dans le premier triangle, la jouissance est présente comme femme du roi et dans le second, il est présent comme bonheur. On verra après que ça passe par un détour collectif, par une relation à l'autre et une nouvelle reconnaissance.
26:05 Mais la relation, c'est ça, c'est la jouissance. La jouissance, mais qui occupe... C'est la valeur d'usage. C'est la valeur d'usage, d'accord. C'est l'importance de la valeur d'usage. Marx ne cesse jamais de dire, Dieu sait si personne... La valeur d'échange et la valeur d'usage. Voilà. C'est les deux triangles... Voilà, qu'il faut absolument distinguer. Je crois que personne ne les a autant distingués, voire opposés, que Marx, en dehors de Ricardo, sans doute, où il a d'ailleurs hérité l'essentiel de la distinction elle-même. Sauf que lui, il montre les enjeux, ce que ne fait pas Ricardo. Donc, il ne confond pas du tout, il montre bien que la valeur d'usage est tout à fait indépendante des propriétés physiques, chimiques, de la marchandise, etc., qui ne concernent que sa valeur d'usage.
26:41 Par contre, il ajoute pour montrer que cette distinction ne doit jamais aller jusqu'à la séparation. Ici, je fais une petite parenthèse logique. C'est Aristote que l'on doit ce distinguer. Pour rebondir sur les mots lui-même, Aristote dit bien que, par exemple, ce verre, il faut bien y distinguer parce qu'il n'a rien à voir la matière et la forme puisqu'avec la même matière, le verre on aurait pu faire un cendrier et non pas un verre qui n'aurait pas la même définition, la même quidité. Parlez-moi, Aristote. Donc, c'est bien distinct. La matière, le verre en lui-même ne contient pas plus cet objet-là qu'un cendrier.
27:18 Par contre, ce n'est pas séparable. Je ne peux pas te montrer de ma main droite la forme du verre comme ça, flottant dans l'air et puis la matière de l'autre côté informe. Ce n'est pas possible. On peut distinguer les choses en se rappelant que dans la réalité, elles ne sont pas séparables. Et donc, valeurs d'échange et valeurs d'usage. Marx insiste beaucoup et là, plus que Ricardo sur le fait que pour qu'il y ait valeur d'échange, pour que la marchandise ait une valeur d'échange, il faut qu'elle ne cesse jamais d'avoir une valeur d'usage. S'il n'y avait pas une valeur d'usage en dernière instance, mon échange serait foutu.
27:48 Voilà. Même s'il ne faut jamais confondre les deux. C'est un petit rappel au passage. Donc, dans l'usufruit, si tu veux plutôt que jouissance, dans l'usufruit, dans la valeur d'usage de la femme première marchandise, etc., il y a ce qui permet de la médiation de passer du premier triangle au second. Avec le concept de bonheur chez Rousseau dont je vais montrer qu'il est inséparable précisément de la justice sociale. C'est la différence avec la jouissance du maître. Qui est basée sur, comme dit Clouscard, le vol et la rapine. Dans le bel apostrophe qu'il fait avec Séguéla.
Voltaire, Rousseau et le droit au bonheur
28:21 Je ne sais pas si tu as vu en vidéo sur YouTube. ce deuxième triangle, pourquoi j'y insiste ? Et là, je suis obligé de faire intervenir une nouvelle référence anti-rousseauienne s'il en est, c'est celle de Voltaire. Ici, je parle politique, je ne parle pas de capacité de l'un ou de l'autre comme philosophe.
28:51 Les philosophes du 18e siècle vont mettre des guillemets. Et on ne voit jamais Voltaire au programme de l'agrég en philo. Donc, c'est comme penseur que je le prends ici, comme polémiste surtout. Et je prends un texte qui est extrait des lettres anglaises de Voltaire. Et qui est en particulier la lettre sur le commerce. On est à l'opposé de la rêverie au bord du lac. On est chez Voltaire, l'industrieux, l'entrepreneur, comme on dirait aujourd'hui du quotidien du Medef. Et il était un patron très avisé. Il avait une fabrique de bain à Ferney en Suisse.
29:22 Il avait des marquises qui étaient ses représentants à Versailles à une reprise Voltaire. Et donc, Voltaire, un superbe texte dont je vais... En le citant, on va voir à quel point, pas besoin d'insister, il est à l'inverse de la conception rousseauiste de bonheur. Sauf que, le point commun qui fait la profonde unité du siècle des Lumières, que même ces frères ennemis se rejoint sur un point. Alors un point, je le dis tout de suite, c'est le concept de bonheur. Tout ce siècle s'est efforcé de dire que les hommes ont le droit au bonheur. C'est-à-dire, non pas, je vais distinguer des catégories maintenant, au salut, comme c'était le cas dans le siècle auparavant avec Pascal.
29:56 Après la mort, ce qu'on veut, le salut, bref. Le salut, ce que je respecte, c'est une autre conception, le salut. Le bonheur, ni la paix, c'est un concept chrétien qui est l'accord avec soi-même. Le bonheur suppose un accord aussi avec le monde extérieur, avec la réalité et une certaine durée qu'il n'y a pas dans la jouissance. Il y a des deux déterminations qui distinguent le bonheur des choses avec lesquelles on pourrait le confondre. Une certaine durée, dans le temps, le bonheur se raconte souvent à l'imparfait dans les mémoires. Si ce remarque, c'est-à-dire le temps de verbe propice à la longue durée.
30:27 Il ne faut pas marcher pour ce truc. Bien chez Rimbaud, les talus le berçaient, les fleurs magiques bourdonnaient et des bêtes d'une élégance fabuleuse circulaient sur la mer faite d'une éternité de chaudes larmes. Toujours un imparfait. Et alors, comme dirait Proust, les seuls paradis sont ceux qu'on a perdu. Cette épaisseur temporelle, je vais y insister parce qu'il y a un peu de temps de travail, qui fait que je pose l'hypothèse qui va jouer un grand rôle dans mon intervention, qu'il y a une valeur historique du bonheur, comme il y a une valeur travail, une valeur, une accumulation historique des possibilités du bonheur que l'on doit à la praxis.
31:13 Et donc, si je prends ces deux déterminations qui distinguent le bonheur de ceux avec qui on peut le confondre, à savoir une certaine épaisseur dans le temps d'une part et d'autre part, une relation à l'autre, une intersubjectivité, que je vais développer en entrant immédiatement avec les textes de l'exo après, on arrive à mon deuxième triangle. Cette épaisseur temporelle, je vais y insister, parce qu'il faut de temps de travail, qui fait que je pose l'hypothèse qui va jouer un grand rôle dans mon intervention, qu'il y a une valeur historique du bonheur, comme il y a une valeur travail, une accumulation historique des possibilités du bonheur, que l'on doit à la praxis.
32:03 Et donc, si je prends ces deux déterminations qui distinguent le bonheur de ceux avec qui on peut le confondre, à savoir une certaine épaisseur dans le temps d'une part et d'autre part, une relation à l'autre, une intersubjectivité, que je vais développer en entrant immédiatement avec les textes de Rousseau après, on arrive à mon deuxième triangle. Et troisième triangle, il n'y en a que trois, je te rassure, troisième triangle, avant, le dernier avant que je passe à la lecture des textes qui m'intéresse, c'est le triangle qui n'est rendu possible qu'à partir de Rousseau, là il y a vraiment une coupure rousseauienne, au même sens, on va se la prendre de coupures épistémologiques, une coupure rousseauienne qui fera dire à Kant que Rousseau est le Newton de la morale, cette coupure, c'est celle qui consiste à proposer pour la première fois une conception ternaire pour tous les problèmes de la recherche philosophique et spécialement quand il s'agit de philosophie de l'action, de politique et de sciences humaines,
Troisième triangle : naturaliste, théologique, anthropologique
33:13 à savoir la tripartition entre point de vue Bonjour Philippe, point de vue théologique, pardon, je le dis dans le désordre, point de vue naturaliste, pardon, point de vue théologique, point de vue anthropologique. C'est Rousseau qui le premier nous donne cette espèce de ternaire libératoire j'explicite un petit peu. La plupart des prises de position dans la théorie de la connaissance se ramènent soit à un point de vue naturaliste lorsque Sarkozy dit que les jeunes qui suicident il faut pouvoir voir aussi s'ils n'ont pas des problèmes avec leurs gènes, la discussion n'est pas tranchée, c'est monstrueux, c'est une des phrases pour moi les plus monstrueuses du quinquennat.
33:53 Je veux dire, mais enfin, ça montre qu'il y a toujours le vieux point de vue combattu par Socrate dans le Calliclès du Gorgias qui est pour moi le texte le plus tendu de l'histoire de la philosophie politique, le dialogue du Gorgias, où même Gorgias est sur le point de frapper Socrate s'il n'était pas si vieux, tout de même, qui mériterait des verges, Socrate. et le jeune fasciste qui a tout l'excès pré-nietzschéen, je veux dire, que c'est la loi naturelle, la force qui doit régner dans la société, que la brebis est faite pour être dévorée par le loup, on va voir, et que les théories collectivistes et généreuses ont été inventées par les faibles pour régner sur les forts enfin, ce que la vulgate nietzschéenne est mot pour mot dans l'extraordinaire intervention de Calliclès dans le Gorgias.
34:29 Je ne traite pas Platon aujourd'hui, mais si je fais cette parenthèse par Platon et j'en referai deux ou trois, c'est une analogie structurelle entre le positionnement philosophique de Rousseau et de Platon chacun vis-à-vis de la crise historique et politique de leur temps. Je m'explique. Il y a une quinzaine d'années à l'agrég de philo, on avait proposé ce sujet « Cité et décadence chez Platon et Rousseau ». Effectivement, les deux se trouvent clore une période historique, c'est la cité qui est en train de foutre le camp et de passer à l'Empire à l'époque de Platon, c'est l'ancien régime qui est en train de commun sur Rousseau.
35:05 Premier point commun. Deuxième point commun, les deux seraient, je pense à Platon sur les clavants de Socrate, les deux rappellent que la visée cognitive, le que puis-je savoir pour parler en termes d'anciens dans l'initiative philosophique d'origine, Socrate, n'est pas première. Il y a le « Que dois-je faire » qui est premier et qui est moral. Moral, éthique, sens objectif. Je n'ai pas besoin d'entrer dans cette subtilité pour l'instant. Mais la question du devoir-être est au moins aussi importante pour donner un champ spécifique que la philosophie sinon, elle se confondrait avec elle serait au CNRS, elle serait dans la recherche scientifique si c'était des déconnités.
35:40 Je ne vais pas oublier. Mais il y a la question que dois-je faire sur laquelle la science ne nous donne aucun appui puisqu'on peut être un très grand savant comme Heisenberg et être un fiefé nazi ou comme Konrad Lorenz. La liste est longue. Voilà, voilà, voilà. La liste est longue, comme tu dis. Et comme certains plus contemporains à leurs heures mais soyons un peu polémiques pour l'instant. Donc, ce point de vue naturaliste, je y viens, qui consiste à dire pourquoi pas pour l'instant je ne tranche pas entre les trois.
36:13 En fait, tout se ramène à une explication mécaniste, etc. où la nature est l'élément déterminant en dernière instance. C'est l'élément naturel mais au sens nature-objet de la physique. La nature physico-chimique c'est le matérialisme mécaniste. Point de vue naturaliste, ça c'est la thèse. L'antithèse, c'est le grand deux. Point de vue théologique, c'est-à-dire surnaturaliste, on ne peut pas faire plus antithèse, non, c'est Dieu. C'est Dieu qui fait comme je suis, comme je pense, comme je désire, etc. Et comme le monde tel qu'il est, etc. Et enfin, point de vue anthropologique que Rousseau est le premier à apporter avec son concept de liberté de l'Homme. Ça c'est le troisième triangle.
36:44 C'est le dernier triangle. Le troisième et dernier triangle anthropologique et donc je résume la séquence ainsi. Dans le premier point de vue, thèse, c'est la nature qui fait l'homme. Dans le second point de vue, c'est Dieu qui fait l'homme. Dans le troisième, c'est l'homme qui fait l'homme. C'est une citation carrément de Marx. L'homme fait l'homme. Voilà. Donc point de vue anthropologique où tout d'un coup, ou comme dit Hegel, non seulement il fait l'homme mais il fait Dieu aussi. Eh bien voilà. On est d'accord. Et quand Hegel dit que Dieu est résultat de l'histoire et non pas origine, en ce moment, quand tous les mystiques qui cherchent Dieu à la source, à l'origine, ce qui est une illusion typique, c'est-à-dire non pas seulement différent du vrai mais l'inverse du vrai, très proche en cela de la théologie et de la libération, Hegel dit que Dieu peut apparaître à la limite comme résultat de l'histoire selon ce que notre liberté en fera.
37:24 Mais la société sans classe comme en stade de l'histoire peut être par exemple la descente de la Jérusalem céleste si on veut parler absolument en termes de référence théologique, descendant, c'est la fin de l'Apocalypse, ma connaissance, quand la Jérusalem céleste cesse d'en empirer du monde des idées mais descend, on la voit descendre. Oui, oui, mais il y a le règne de mille ans dans l'ici et le maintenant. Oui, oui, c'est le fameux règne de mille ans des millénaristes. Comme dit Rimbaud, il n'est pas impensable pour plus posséder la vérité dans une âme et un corps. Merci Philippe. Voilà. Donc, je me reporte à ce troisième triangle qui me semble capital pour montrer que toutes les grandes initiatives anthropologiques depuis, je vais prendre Lévi-Strauss comme exemple, sont obligés de se positionner par rapport à ce triangle, montrer à quel point il est réversible.
38:11 Je prends l'exemple de Lévi-Strauss. Il y a le cru, il y a le cuit, il y a la nature, voilà, le grand un, il y a le cuit, ça c'est la culture, il n'aime pas dire l'histoire, moi je suis marqué, je préfère dire l'histoire, mais peu importe, pour l'instant c'est la culture, alors on peut dire ce qui se pose à la nature c'est l'esprit en termes hégélien, l'histoire en termes marxiste, la culture en termes... Ça ne me dérange pas pourvu qu'il y a une coupure radicale que le premier, que Rousseau est le premier à poser, c'est ça que je vais inciter à montrer dans le contrat social, une rupture totale. L'anthropologie se fait contre la nature comme la flamme ne peut subsister qu'en consumant le bout de bois dont elle est maintenant, je vais dire, il ne va pas y avoir en même temps la flamme là et le bout de bois là-bas.
Lévi-Strauss : le cru, le cuit et la prohibition de l'inceste
38:47 C'est ce qu'oublient un petit peu les écologistes. Un monde centrale où on consommerait sans rendre, sans faire pipi-caca, où on pourrait exister sans produire. Donc, cette tripartition que Rousseau est le premier à opérer, je vais maintenant introduire, j'essaie de faire une voix off sur Rousseau, j'essaie de le faire parler, je laisse parler, je vais donc commencer par le premier texte qui est extrait du chapitre 8 du livre 1 du contrat social qui a pour titre, c'est très court, une page et demie, de l'état civil.
39:44 Donc, justement, si je me sers de Lévi-Strauss pour illustrer ce qu'il y a d'irréversible dans la tripartition initiée par Rousseau de l'ordre naturaliste, théologique, surnaturaliste et anthropologique, qui renvoie les deux premiers dos à dos et qui prend le meilleur de chacun d'eux en laissant leur faribole et leur abstraction, leur unilatéralité pour parler comme Hegel, c'est que Lévi-Strauss, justement, je ne m'étais pas trompu là, oui, il y a le cru, il y a la nature, oui, il y a le cuit, il y a la culture, l'esprit, l'histoire, j'y reviens, j'en étais là, mais le plus important, c'est ce qu'il y a entre les deux chez Lévi-Strauss.
40:24 De même, je veux dire, le pourri, le tabac, l'alcool, disait bien le cru et le cuit, vous allez comprendre ce que je veux dire, il y a, par exemple, l'alcool, le tabac, c'est du fermenté, c'est entre cru et cuit, c'est une cuisson chimique et ce moment intermédiaire pour Lévi-Strauss, c'est là qu'il est profond et qu'il est post-rousseauien, il rend hommage à Rousseau, je veux dire, ce n'est pas moi qui sollicite le texte, il reconnaît à Rousseau d'avoir été le premier à avoir établi ce que Kant l'appelait un infranchissable abîme entre la détermination naturelle et l'autodétermination humaine, la liberté.
40:56 Voilà pourquoi je me réfère à Lévi-Strauss ici. Et donc, ce statut intermédiaire, la vraie anthropologie, la concrète, elle n'est pas dans un homme qui aurait sa nature ici et son historicité là-bas, d'accord ? Elle est dans l'animal humain qui est héritier d'une histoire, laquelle ne vient pas de la nature mais de son propre travail, donc il y a les deux unis seulement mélangés et c'est ce mixte qui est le véritable concret la synthèse de ce que devrait être une anthropologie post-rousseuienne et moderne. C'est-à-dire où entre les deux, entre la nature et la culture, il y a un mixte et ça lui vient de loin à Lévi-Strauss parce que sa première grande publication, je m'attarde parce que Lévi-Strauss est une des premières renaissances de Rousseau dans la pensée théorique et s'en est bien éloignée dans ces dernières années.
41:40 Dans les structures élémentaires de la parenté et sa thèse de doctorat et sa grande publication qui était longtemps introuvable et qui a été rééditée il y a une dizaine d'années, qui est de nouveau disponible. Il montre bien que le principe sur lequel il base toute son anthropologie à lui, qui n'est pas la mienne, la parentologie, les études des liens de parenté, mais qui est très rigoureuse, que la prohibition de l'inceste sur laquelle sont fondées toutes les structures de parenté dans toutes les sociétés humaines, c'est la prohibition de l'inceste elle-même est typique comme le pourri, le tabac, l'alcool, de quelque chose qui n'est ni totalement naturel, thèse ni totalement théologique, je veux dire surnaturel, et qui est précisément la prohibition de l'inceste.
42:23 Il dit, regardez bien, les lois, les lois de la nature sont universelles et les lois, et Durkheim a très bien vu, les lois humaines sont au contraire coercitives. Il n'y a aucune loi qui interdise ce qu'on s'interdit spontanément. Il n'y a aucune loi qui dit nous vous interdisons de laisser votre main sur la flamme, tu n'as pas besoin parce que la pénalité vient tellement vite que tu n'as pas besoin. Donc il n'y a des lois que pour interdire ce que spontanément tu as envie de faire. Je vais dire ce que Durkheim a très bien vu, loi coercitive. Et donc, entre les règles qui sont dans la culture et les lois universelles dans la nature, les règles dans la nature, les lois sont universelles, il faut manger pour vivre, c'est pour la culture japonaisse comme pour la nôtre.
43:00 Par contre, le fait qu'on mange ici avec des baguettes, ici avec des fourchettes, ça c'est les règles, la distinction elle est classique, il y a des lois dans la nature, les règles dans la culture, relativiste, Pascal, vérité en deçà des Pyrénées, erreur au-delà Mais, il y a une exception, c'est la prohibition de l'inceste. Parce qu'il démontre, je passe là-dessus, qu'elle n'est pas naturelle, ce n'est pas d'une horreur spontanément parce que quand tu mets des lapins ensemble, tu ne vois pas très bien d'horreur naturelle qui peuplent l'Australie au bout de quelques années. D'accord ? Et tous les éleveurs savent très bien ça, que ça fait d'excellentes choses et que s'il y avait une horreur spontanée de l'inceste, je ne vois pas pourquoi il y aurait, depuis l'origine de toutes les sociétés humaines, des pénalités tellement graves pour punir celui qui transgresse ce tabou.
43:44 C'est qu'on a envie de le faire, justement, spontanément plutôt, ce que montre la tragédie d'Oedipe. Et donc, exception de la prohibition de l'inceste qui est une donnée purement anthropologique qu'on ne doit pas la nature, mais qui est aussi universelle par rapport aux sociétés humaines qu'une loi naturelle. Voilà, un exemple typique de mixte, de schèmes, on dirait chez Kant. Le schème, c'est quelque chose qui est commun aux deux extrêmes d'une antinomie qui permet de faire une médiation. Voilà. Pour répondre à ta question. Et où Lévi-Strauss et donc Rousseau ?
44:14 Ah, c'est l'époque là, je parle de 1er Rousseau, Lévi-Strauss, avant que ce truc qu'il soit à la mode, après il va dériver dans une espèce d'anti-histoire, d'anti-machin, qu'on est que le grand problème de la planète, enfin deep ecology, c'est qu'on est trop, il y a trop de monde, c'est trop surpeuplé, que c'est tout foutu de toute façon. il faut quand même peut-être rappeler qu'il y a autre analogie, tu me contredis si je me trompe, mais qui me frappe, c'est dans la vision qu'on a aujourd'hui dans le discours guainoesque, prononcé par notre inénarrable guignol présidentiel au moment de la mort de Lévi-Strauss, il y a la même confusion entre, le même type de confusion sur le bon sauvage, aussi bien sur Rousseau que sur Lévi-Strauss, finalement.
45:02 Bien sûr. Il y a le même cliché, la même erreur fondamentale d'interprétation. On est bien d'accord. Parce que, je le dis maintenant, parce que je lui ai rendu hommage jusqu'à présent, je dis que la critique essentielle que je fais à Lévi-Strauss, et nous avons souvent discuté avec Clouscard, je crois qu'on a la même à ce niveau-là, c'est que, très bien, tout ce que je viens de lire sur son discours et tout, seulement lui, il obtient cette pertinence théorique Lévi-Strauss avec un joli jeu de mots, les sociétés sans histoire. Voilà. Sous-entendu paisible aussi, sans histoire, sans palabre, et sans histoire avec un grand H, soit dit en passant, alors qu'on aurait besoin, justement, de cette tripartition dans la société historique que nous vivons.
Le critère du beau : le dogmatique, le relativiste et Platon
45:39 Donc, c'était pour répondre à ta question que cette tripartition devient incontournable et, après, qu'elle est inhérente à l'émergence de la dialectique, parce qu'il faudra à peine une génération de Rousseau, Kant et Hegel, pour que tout d'un coup, ces dialectiques qui étaient verrouillées depuis Héraclite, Platon, fassent retour.
46:11 C'était péjoratif. Même chez Kant, la dialectique est péjorative. C'est négatif. Il faudra attendre Hegel-Marx pour que ça revienne au premier niveau. Et, quel rapport entre mes triangles et la notion dialectique que je fais émerger ? C'est comme je l'ai dit tout à l'heure, la dialectique est toujours ternaire. C'est-à-dire qu'elle suppose deux extrêmes, une thèse, une antithèse et un moyen terme qui les renvoie dos à dos. Je prends un exemple très précis. Si je prends l'éternel histoire du critère du beau, je pense bien que je ne vais pas le résoudre, mais je vais vous montrer comment tout de même on peut ouvrir la voie d'une solution en posant le problème autrement qu'on le fait différemment grâce à la dialectique.
46:46 Si je commence par le point de vue dogmatique sur le beau, nous sommes tous passés par là, celui qui est dans la cour de récré dit à la question « Quelle est la plus belle des voitures ? » C'est la Mégane TDI, je ne sais pas quoi. Pourquoi ? Parce que c'est celle de mon père. C'est la vie dogmatique. C'est celui qui n'a jamais vu qu'un modèle. Qu'est-ce que c'est que le beau ? C'est le Parthénon pour celui qui aimait voyager hors de la cité, etc. C'est ce que je connais. C'est Brigitte Bardot alors que les femmes hottentotes, c'est callipyge, c'est celui qui n'a pas encore dans le relativisme, qui n'est pas voyagé, qui n'est pas encore dans le relativisme, dans le scepticisme, etc. C'est le dogmatique. On va tous commencer par là.
47:16 Et puis, il y en a qui sont gamins longtemps. Et puis, je vais très rapidement, il y a l'antithèse, le relativisme et cambré. Et voilà, et ça n'a rien à voir avec ton canon de beauté, etc. Là surgit Platon, Socrate, qui voit tout de suite le point commun, voilà où on fait un pas dialectique, entre cette apparente opposition, comme le libertaire prétend s'opposer au libéral.
47:46 Il montre comme Clouscard la profonde complicité des deux. C'est que dans les deux cas, on cherche le critère du beau à l'extérieur de soi. On est loin du connais-toi toi-même encore. C'est-à-dire qu'on le cherche empiriquement. On n'a pas encore fondé le rationalisme. Il n'y a pas encore Socrate Platon. Donc c'est le duo, la relation spéculaire et stérile du dogmatique et du sceptique. Et de son intérieur le challenger. C'est le moyen terme ? Et la synthèse, le moyen terme, et bien justement, c'est que Platon dit dans les deux cas, que ce soit celui qui dit à la femme hottentote, elle est belle et dans celui qui dit c'est Hélène de Troie qui est le modèle de la beauté, le point commun, c'est que dans les deux cas, je ressens un plaisir esthétique, dans les deux cas, je dis c'est beau, ça me plaît.
48:30 Donc c'est en moi qu'il faut chercher la réponse et non pas dans l'objet, dans ses compositions, dans ses proportions, je ne sais pas, ce n'est pas avec l'œil qu'il faut chercher le critère du beau. Il y a quelque part une relation de plaisir et s'il y a plaisir, dans les deux cas, il y a plaisir, on se met d'accord. Le dragueur hottentot, le Bushman, il n'a peut-être pas les mêmes désirs, c'est-à-dire, mais il ressent aussi un plaisir comme le grec lorsqu'il obtient ce qu'il veut. Donc, ou lorsqu'il n'obtient pas, pour ça. Et dans les deux cas, je veux dire, il y a un plaisir, si il y a plaisir, dialectique immédiate, ça implique désir.
49:03 Si j'ai plaisir à boire, c'est que j'ai soif, je vais dire quelque part, une expression boire sans soif pour montrer à quel point ces oiseaux veulent continuer à boire, on n'a plus soif. Et donc, ça c'est mathématique, dans la logique, s'il y a plaisir, il y a désir. Et donc, c'est de mon désir qui confère à l'autre la beauté, comme disait Spinoza, nous ne désirons pas les choses parce que nous les jugeons bonnes, nous les jugeons bonnes parce que nous les désirons. Tout simplement. C'est un rappel que l'action précède la connaissance, l'activité de connaître qui est nécessaire, qui est le détour que j'implorais tout à l'heure, le détour théorique, je ne sais pas, on se parle à rien.
« Qu'appelles-tu ? » : le dialogue et le retour au bonheur
49:33 La question de faire, il faut faire un détour théorique, pour être pratique, il faut faire un détour théorique et pour pouvoir transformer le monde, il faut cesser de l'interpréter et être théorique, ce qui ne relève pas l'interprétation, mais l'analyse. Donc, Voilà le point essentiel sur lequel je fais un sas, pour l'heure, avec mon exemple platonicien, c'est que la synthèse, le point de vue dialectique, est celui qui intègre les deux précédents.
50:23 Qui intègre les deux précédents. Je veux dire, il ne dit pas l'une est laide et l'autre est belle, Platon. Mais, je veux dire, la solution, c'est, héo, qu'appelles-tu la beauté ? C'est tous les dialogues platonicien qui commencent comme ça. Non pas, qu'est-ce que c'est ? Parce qu'il devrait dire que c'est déjà de l'ordre de l'être. Ça, c'est une question d'astronome. Qu'est-ce que le Soleil ? Moi, je ne suis pas astronome, moi, je suis un barbu philosophe et avec mon petit ventre bedonnant, Socrate, je suis au pied du ziggourat où l'astrologue de l'Antiquité observe les étoiles, d'accord, interrogeant qu'est-ce que le Soleil ? Et moi, je suis en bas et je lui dis, toi, qu'appelles-tu le Soleil ?
50:56 Première différence, l'astronome fait un monologue, il parle à un objet qui ne lui répondra jamais, qui ouvrira jamais, ça peut être en disant, voilà ce que je suis. C'est les hommes qui parlent, ce n'est pas les choses. Premièrement, alors que Socrate, en s'adressant non pas au Soleil, mais à celui qui nomme le Soleil et qui lui dit, au fait, qu'appelles-tu le Soleil avant de savoir qu'est-ce que c'est ? Appelles-tu ? Il parle à quelqu'un qui peut lui répondre. Le dialogue va commencer à l'emporter sur le monologue. C'est fécond, pour y avoir réponse et surtout, on n'est plus radical.
51:26 Car au départ, je ne sais pas moi si ça existe, la vertu, la liberté, la mort, l'amour, je ne sais rien, mais ce que j'ai au départ comme toi, comme vous, comme nous tous, c'est des discours. Ce n'est pas là qu'il faut commencer à la question radicale. Au départ, c'est des discours qui ne parlent jamais la New York, par exemple, mais j'en entends parler. Donc, j'insiste sur ce point de vue radical par lequel a commencé la philosophie qui est de prendre un recul sur les mots et de rappeler ce que parler veut dire. Donc, le point de vue dialectique qui est immanent à l'apparition de la philosophie elle-même, qui n'est pas le propre de telle ou telle philosophie contre telle autre.
51:57 Et, quelque part, c'est celui qui consiste à s'élever à un point de vue supérieur que celui de la rationalité qui renvoie dos à dos les errances de l'empirisme, qu'elles soient dogmatiques ou sceptiques ou relativistes. Voilà ce que je suis en train de dire avec mon exemple. Lorsqu'on a compris que l'erreur commune aux dogmatiques et aux sceptiques, je reviens à la femme callipyge et à l'endo 3, c'est de chercher la définition du beau par l'œil à l'extérieur dans ex, l'expérience, l'extérieur, empeiria en grec c'est l'expérience, le sensible, ce n'est pas l'expérience scientifique surtout pas, et qui va bien au-delà des essences.
52:33 Donc, lorsqu'il les renvoie dos à dos, il introduit une nouvelle catégorie en interrogeant qu'appelles-tu la beauté, il faut intervenir dans la recherche sur les concepts, la raison, qui va pouvoir intégrer les deux, les progresser. Voilà, c'est un rappel que je fais et qui explique en quoi ma référence à la figure du triangle, du ternaire, d'une logique ternaire, est indispensable de l'instant qu'on veut être dialectique. Et le dernier, mon dernier triangle, pardon, l'avant-dernier, celui qui oppose la figure de Sade, premier extrême, Robespierre, Libertin.
53:11 C'était pas Sade que tu avais cité, c'était qui ? Le deuxième, Sade ou Des Grieux, peu importe. Oui, le libertin. Ou Don Juan, le libertin, la figure du libertin avec comme principe la jouissance et à l'autre extrême, la figure de la vertu Robespierre qui guillotine même au nom de la vertu, qu'entre les deux, il y avait la figure du bonheur proposée par Rousseau dans la Nouvelle Héloïse, dans les Rêveries, c'est là que je vais citer les textes, qui pouvaient justement renvoyer dos à dos la jouissance du maître, celle de l'aristocrate de Don Juan, Desgrieux et autres marquis, fût-il divin, et pour en arriver au bonheur qui est le droit des peuples, mais qui est révolutionnaire complètement à l'époque et qui est le thème clé du XVIIIe sur lequel, j'en étais là quand tu es arrivé, sur lequel c'est tellement important pour faire l'unité de ce siècle des Lumières, ce thème du bonheur, on l'apprend dans les écoles, c'est pas moi qui l'invente, que même Voltaire et Rousseau se rejoignent au moins sur le caractère essentiel de cette recherche, même s'ils ont des réponses totalement opposées, bien sûr.