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Ni procès ni apologie du monde
5:08 Je crois que nous sommes en ligne. Bonsoir tout le monde. Très heureux de vous retrouver. Merci à tout le monde, merci à Pierre-Alain surtout. Il y a autre chose à faire, franchement. Et je rappelle que si vous passez dans une vie où on passe son exposition, dont le titre est noir au féminin, et ne manquez pas ce spectacle immersif, vous ne le regretterez pas. Mais j'en ai déjà parlé.
5:50 Et donc j'enchaîne pour d'abord vous remercier d'être fidèle à tout rendez-vous. Bon, il y a eu un petit décalage de jeudi à aujourd'hui. Et je suis d'autant plus reconnaissant d'être encore là ce dimanche. Nous continuons notre série, pour parler comme dans les séries, sur le concept clouscardien de mondanité.
6:21 Mais plutôt que de foncer en avant dans une suite un peu linéaire, si vous voulez, je voudrais m'assurer de ne pas cumuler déjà les malentendus. Même si j'ai tout fait depuis le début, pour vous dire, tout au long de cette série, je ne suis pas en train de faire le procès du monde. Je ne suis pas un prophète de malheur. Je fais allusion, vous savez, les tintinophiles sauront de quoi je parle, ou les tintinologues, comme on voudra. Mais dans l'étoile mystérieuse, il y a Philippulus, le prophète, vous savez, qui donne des coups de gong dans la rue, et en disant à tout le monde « Repentez-vous, le royaume des cieux est proche, vous allez mourir de la peste bubonique et du choléra ».
7:10 C'était écrit dans les années 40, mais enfin, je veux dire, les prophètes de catastrophe se sont plutôt multipliés depuis, n'est-ce pas ? Non, non, je ne suis pas en train de faire le procès du monde, ni dans un sens ni dans l'autre. Il n'y a rien de plus beau que le monde, et rien de plus ignoble, quelque part. C'est cette ambivalence sur laquelle notre curseur ne cesse de déplacer depuis le début de cette série. Je tiens à mettre les choses au point à ce niveau-là. J'espère pour vous que l'essentiel de ce qui est acquis depuis le début de cette série reste présent à l'esprit. Par exemple, le monde, c'est tout ce qu'on veut, sauf la Terre.
7:59 La Terre, d'abord, je ne suis pas un spécialiste, il y a des géologues pour ça, il y a des astrophysiciens, parce qu'il y a quand même une origine de la Terre aussi, dans le système solaire, c'est en partie. Le monde, ce n'est pas la Terre. La Terre a existé des milliards d'années avant qu'un monde commence à éclore. Et un monde, c'est plus les relations entre hommes, n'est-ce pas, que ce qui est inhumain avant et extérieurement à l'homme. C'est quand même important de le rappeler.
8:32 Alors, vous me direz, ce n'est pas le procès du monde, tu nous as cité l'Évangile où on dit « le prince de ce monde vient et son essence est mensonge ». Oui, c'est une vision du monde, c'est une polarité. Ce n'est pas le monde comme le lieu du mensonge, de la perdition. C'est pourquoi je vais peut-être commencer, l'homme en ambiguïté, non pas par un texte, parce que je voudrais qu'on se base sur des textes, non pas sur un texte qui oppose la vision chrétienne, qui veut sauver sa vie, la perdra, mon royaume n'est pas de ce monde.
9:12 Vous voyez toutes les phrases négatives à l'égard du monde, qui sont en même temps des incontournables du discours chrétien. Je dis ça plutôt que de la parole, d'ailleurs, c'est vu d'un peu plus loin. Voilà. Donc, je ne veux pas faire quelque chose qui oppose à ça. L'hédonisme, c'est-à-dire, n'est-ce pas, l'apologie du plaisir terrestre dans une sauce nietzschéenne, n'est-ce pas, ce qui est tellement à la mode, d'une manière quasi obscène.
9:49 Je pense à un projet de lettre de l'auteur du premier texte, qu'on va voir, il s'agit de Baudelaire. Mais il avait fait un projet de lettre à Jules Janin, un de ses contemporains, que Nerval connaissait bien d'ailleurs, et qui avait eu le malheur de dire, « Oui, il y en a marre, tous ces poètes moroses, morbides, splineux, mélancoliques, dire ça à l'époque où on parlait de mal du siècle, voyez ? » Et Baudelaire lui a fait une réponse furieuse, tellement en colère qu'il n'a pas osé l'envoyer, c'est un projet de lettre.
10:19 Mais je vous conseille de vous référer à ce texte, « projet de lettre à Jules Janin, J-A-N-I-N, de Baudelaire. » Vous verrez quelques perles dans le style, « Vous êtes heureux, monsieur, mais je ne vous félicite pas. » Et il dit ceci, il fait une citation sur Nerval, qui résume bien sa pensée, parce qu'il dit « sous votre règne de ceux qui ne veulent pas qu'il y ait de la négativité, on va y arriver, n'est-ce pas ? » Il n'y a pas de négative.
10:52 C'est un peu comme tous ceux qui traversent la Méditerranée et qui meurent au passage, à noyer armes, bagages, enfants, vieillards, et femmes surtout. C'est comme si, cela, il faut leur faire la leçon en disant « Mais non, ce n'est pas grave, la vie est belle. » De toute façon, il ne faut pas avoir que des pensées tristes, vous savez. J'ai même entendu Macron dire ça. Bon, alors, comme je ne suis ni dans l'un ni dans l'autre, ni dans l'apologie du monde, ni dans son dénigrement, je vais vous montrer que cette ambivalence existe depuis longtemps à travers un poème de Baudelaire que je vais demander à Pierre-Alain de bien vouloir lancer, que vous trouverez dans « Les fleurs du mal »
« La Voix » de Baudelaire : deux usages du monde
11:36 et qui s'appelle « La voix ». V-O-I-X. Allez, je le lis d'abord sans commentaire. Ce n'est pas du Mallarmé, ce n'est pas du Hölderlin, c'est clair. Donc, je ne fais que le lire. « La voix. Mon berceau s'adossait à la bibliothèque. Babel sombre, où romans, sciences, fabliaux, tout, la cendre latine et la poussière grecque se mêlaient. J'étais haut comme un infolio, comme un volume, n'est-ce pas ?
12:08 Deux voix me parlaient. Vous allez voir là nos deux aspects du monde. Deux voix me parlaient. « L'une insidieuse et ferme disait, la terre est un gâteau plein de douceur. Je puis, et ton plaisir serait alors sans terme, te faire un appétit d'une égale grosseur. » Je parlais d'hédonisme. « Et l'autre, l'autre voix, vient voyager dans les rêves, au-delà du possible, au-delà du connu.
12:40 Et celle-là chantait comme le vent des grèves, fantômes vagissants on ne sait d'où venus, qui caressent l'oreille, et cependant l'effraie. » Je te répondis, « Oui, douce voix. » C'est d'alors que date ce qu'on peut, hélas, nommer ma plaie et ma fatalité. Derrière les décors, je vois distinctement des mondes singuliers. Et c'est pour ça que j'ai intitulé la séance ce soir « Le choc des mondes », c'est qu'ils sont bien différents.
13:11 « Et de ma clairvoyance extatique victime, je traîne des serpents qui mordent mes souliers. » Et c'est depuis ce temps, depuis que j'ai dit oui à la voix, qu'il vient voyager dans les rêves, au-delà du possible, au-delà du connu, n'est-ce pas ? Et c'est depuis ce temps que, pareil au prophète, « J'aime si tendrement le désert et la mer ». Vous remarquerez que ces deux lieux les plus loin du monde, deux déserts, un liquide et un terrestre, « J'aime si tendrement le désert et la mer que je ris dans les deuils et pleure dans les fêtes et trouve un goût suave au vin le plus amer ».
13:51 Je vous rappelle que ce siècle, enfin la modernité de ce siècle, qui inaugure notre modernité, a été faite à partir du moment où la mélancolie elle-même, n'est-ce pas, est devenue suave, n'est-ce pas ? Avec Rousseau en tout premier. Je rappelle toujours le passage où dans la troisième lettre à Malesherbes, après avoir dit qu'il avait une aspiration à… « Quand tous mes rêves se seraient tournés, en réalités il ne m'aurait pas suffi, j'aurais rêvé, imaginé, désiré encore ».
14:23 Je viens de citer mot pour mot. Je sentais le besoin d'une jouissance, vous voyez, qui est au-delà de tout ce qui peut être fini, déterminé. On va y revenir, n'est-ce pas ? Et donc, je trouve un goût… Et Rousseau conclut « Eh bien, monsieur, et c'est ça le grand tournant de la modernité, cela même était jouissance, car j'en ai été pénétré d'un plaisir si vif, d'un plaisir très vif que je n'aurais pas voulu ne pas avoir. »
14:56 C'est depuis ce temps que je ris dans les deuils et pleure dans les fêtes et trouve un goût suave au vin le plus amer, que je prends très souvent les faits pour des mensonges et que les yeux au ciel je tombe dans des trous. « Je finis. » Mais la voix me console et dit, c'est la chute, « Garde tes songes, les sages n'en ont pas d'aussi beaux que les fous. » Alors, voilà, oui, quand même deux mondes, il y avait un choix, il y avait un qui disait, « Le monde est un gâteau plein de douceur, je puis et ton plaisir serait alors sans terme te faire un appétit d'égale grosseur. »
15:35 N'oublions pas que c'est la voix du diable, ça. C'est-à-dire que, si c'était vrai, moi je ne demande pas mieux, moi, personnellement, mais c'est en général là que commencent les catastrophes. Vous savez la formule de Pascal, « L'homme n'est ni ange ni bête. » C'est bien, ça renvoie dos à dos, vous voyez, l'accusateur public de l'homme et puis son défenseur inconditionnel. Mais Pascal ajoute la suite, « Mais le malheur veut que qui veut faire l'ange fait la bête. »
16:13 Donc, je reviens un petit peu en arrière pour quelques points de détail, lorsqu'il dit « Que les yeux au ciel, je tombe dans des trous », c'est une allusion que tout le monde comprenait. À l'époque, je ris parce qu'à l'époque de la culture humaniste, comme on disait, je dis ça parce qu'à la droite, on dit que tout ça n'existe plus, que l'enseignement n'existe plus, que tous les élèves sont nuls, etc. C'est vrai qu'à l'époque, cette grande culture humaniste a été réservée à moins de 6%.
16:44 De la masse, n'est-ce pas ? Je veux dire, quand j'avais, moi, 30 ans, je ne suis pas né sous Vercingétorix non plus, mais quand j'avais 30 ans, il n'y avait que 5% de nos députés qui étaient d'origine ouvrière ou paysanne. Je rappelle. Donc, oui, c'est une allusion transparente à Thalès, dont un racontard de l'Antiquité, il y a toujours quelque chose de vrai dans les légendes, dit qu'en contemplant les étoiles, il n'y a pas de philosophie à l'époque, c'est un mélange, ils sont des savants, des philosophes, d'ailleurs on les appelait des physiciens, des présocratiques, je fais un peu de révision, ils ont tous écrit un livre, c'est pour ça qu'on les appelle les physiciens, qui s'appelle Peri phuseos, de la nature, de la nature.
17:34 Et comme la nature, c'est phusis, c'est en grec, on les appelle les physiciens, science, philosophie, poésie aussi des fois, je pense au poème de Parménide, et on dit que Thalès, en regardant les étoiles, en s'interrogeant sur le cosmos, ses origines, etc., est tombé dans un puits. On sent là un petit peu aussi l'attitude éternelle de l'opinion qui aimerait bien que l'intellectuel se casse le nez, n'est-ce pas ?
18:04 Ça n'est pas d'aujourd'hui ça non plus, n'est-ce pas ? Mais enfin, les plus avancés de nos savants d'aujourd'hui ont commencé par apprendre les théorèmes de Pythagore et de Thalès, donc ce n'étaient pas tout à fait des rêveurs non plus. Mais la voix me console et dit « Garde tes songes, les sages n'en ont pas d'aussi beaux que les fous ». Alors, j'ai commencé par ce texte qui montre qu'il y a le choix entre les deux, deux usages du monde, enfin que le choix, je ne sais pas si le choix existe, mais toujours est-il que le narrateur de ce poème imagine ce scénario où il y avait un choix à faire, n'est-ce pas, entre le monde comme lieu de jouissance et ce qu'on a vu la dernière fois, c'est-à-dire arriver au positif par la traversée du négatif.
Le matin de l'Occident au pays des Diallobé
18:54 C'est ce qu'on a vu la dernière fois. On aura des occasions d'y revenir, mais pour l'instant, je prévenais que c'était encore frais dans les mémoires. Alors, maintenant, on va faire un changement de braquet géographique et pour changer un peu des Baudelaire, des Hölderlin, des Nerval, etc., je voudrais aborder un auteur que nous reverrons dans pas longtemps, si je vais en parler maintenant, je fais une incise, si vous permettez, pour que ce soit clair, il s'agit d'un auteur africain, d'Afrique francophone, sénégalais.
19:30 Il s'agit de Cheikh Hamidou Kane, qui est mort maintenant, bien sûr, mais qui a écrit un livre que tous les écoliers africains connaissent bien et dont on va avoir de larges extraits, un roman que vous trouvez en format de poche dans toute bonne librairie et qui s'appelle « L'aventure ambiguë ». Or, nous avons enregistré avec Philippe Moreau et Pierre-Alain, nous avons enregistré sur l'initiative de Philippe une série dont vous avez…
20:04 il semble que vous ayez apprécié, c'est pas à moi de le juger, les premiers épisodes, ce qu'on appelait « Lecture à vie », vous savez, des textes que j'ai commentés de prose ou de poème. Il y en avait… et un de Mallarmé, « Lutte de classe sur le gazon », et puis il y en a d'Aragon aussi. Et là, j'ai consacré un commentaire de texte à ce que nous allons voir.
20:34 Mais là, c'est pas pour un commentaire de texte, c'est pour continuer à nous interroger sur le mouvement de ce curseur qui va d'une glorification du monde à sa malédiction, n'est-ce pas, à travers cet auteur. Alors, je vous dis le pitch très rapidement, n'est-ce pas, le livre est paru en 61, et il se place à l'époque bien antérieure, n'est-ce pas, où les premiers blancs débarquent, en Afrique noire, ici au Sénégal, donc c'est un des pays les plus anciennement abordés par les envahisseurs que nous étions, d'abord les Portugais, et le 7ème siècle, puis très rapidement les Français.
21:26 Et l'auteur ne dit pas le Sénégal, ça ne s'appelait pas encore comme ça, il n'y avait pas encore de désignation d'administration française, il appelle le pays des Diallobé. Je précise ici, puisque vous avez vu sur le texte, sur son début, je précise ici que, en Afrique occidentale, la désinence -bé désigne immanquablement les pays de langue fulani, poular, que vous connaissez mieux, certains en tout cas, sur la désignation des Peuls.
22:03 Ce sont avant tout des nomades à l'origine, même s'ils ont tendance, historiquement, à se sédentariser, on parle de peules sédentarisés, de nomades sédentarisés. Donc, ce sont un peu l'équivalent de ce que sont les Massaïs en Afrique orientale, des éleveurs. Ils ont une couleur de peau un peu plus ocre rouge que la moyenne de la région. Je dis ça parce que, dans la Bible, qui est écrite par des sémites, qu'ils soient des Juifs ou des Arabes, c'est toujours le Coran ou la Bible s'est écrite par des sémites, il est écrit qu'il y a trois races, trois couleurs.
22:41 Il y a les Blancs, c'est-à-dire les Arabes et les Juifs, les Noirs et les Rouges. Vous voyez ? C'est un peu ces ethnies-là, et les Hottentots, si vous regardez aussi en Afrique australe, les Hottentots, les Bushmen, ils ont une couleur ocre roux. Voilà. Donc, ce sont des éleveurs qui n'ont pas une territorialité bien définie, comme tous les éleveurs, c'est des nomades. La transhumance, c'est pas lorsque la saison sèche arrive, il faut migrer complètement, aller bien loin, là où l'herbe continue à pousser.
23:15 Voilà, je ne vais pas faire un cours de géographie de l'Afrique de l'Ouest, mais enfin, c'est des choses familières. Je vais sans plus tarder, nous allons voir quatre extraits de ce roman. Je vais sans plus tarder à un extrait qui n'est pas loin du début, il était à la page 59. vous voyez. Donc, je vous disais, Bé est une désignance qui sait qu'on est chez les Peuls, qui sont très nombreux au Sénégal, mais qui se déplacent sur tous les pays de la région.
23:48 Et Diallo est un… c'est comme Smith en Angleterre ou Martin en France, etc. Quand vous dites Diallo, il y a… Monsieur Diallo, vous êtes sûr qu'il s'agit d'un Peul. Ça peut être un nom, un prénom, la différence n'est pas pertinente là-bas. C'est comme dans les langues sémites, n'est-ce pas ? Quand on dit Suleymane Ben Daoud, Salomon, fils de David. C'est un prénom, fils d'un prénom. Voilà. Le pays des Diallobé n'était pas le seul qu'une grande clameur eut réveillé un matin.
24:24 Tout le continent noir avait eu son matin de clameur. C'est intéressant de voir que l'arrivée des Blancs est vécue sous la forme d'une clameur, d'une bruit. Étrange aube. Le matin de l'Occident en Afrique noire fut constellé… Je signale au passage qu'il dit Afrique noire. Il ne dit pas Afrique afro-américaine, afro-afro-franco. Non. Les Africains disent bien les Blancs. Ils ne disent pas les Euro-Caucasiens. Il n'y a pas l'hypocrisie du politiquement correct.
24:55 Je redonne la parole à notre auteur sénégalais. Le matin de l'Occident en Afrique noire fut constellé de sourires, de coups de canon et de verroteries brillantes. Vous voyez, ça file vite, c'est elliptique. Ceux qui n'avaient point d'histoire rencontraient ceux qui portaient le monde sur leurs épaules. On va dire, mais à quoi ? C'est les Sarkozy. Comment l'Afrique pas d'histoire ?
25:25 On peut faire l'histoire de l'Afrique. Votre serviteur, quand il travaillait pour le groupe Hachette dans les éditions scolaires en Afrique de l'Ouest, a demandé à ses employeurs de bien vouloir, pour penser au pouvoir d'achat de l'étudiant africain, adopter en livre de poche « La magnifique histoire de l'Afrique » de Ki-Zerbo, grand historien burkinabé. Et donc, vous avez une histoire de l'Afrique en poche, patronnée par l'UNESCO, un travail d'équipe, il y a beaucoup d'auteurs différents.
26:04 On peut faire l'histoire de l'Afrique, mais les Africains ont une mémoire orale à l'époque. Ce n'est pas l'écriture. Donc, ils n'ont pas l'histoire de longue durée, n'est-ce pas, qui les constitue. Ils ne disent pas, comme n'importe quel nobliau du XVIIIe siècle, « Mes ancêtres remontent à Saint-Louis ! » Alors, ceux qui n'avaient point d'histoire rencontraient ceux qui portaient le monde sur leurs épaules. Ce fut un matin de gésine.
26:35 Le monde connu s'enrichissait d'une naissance qui se fit dans la boue et dans le sang. Je vous commente un peu un matin de gésine. C'est ce que c'est la gésine. Ci-gît, du verbe gésir, verbe défectif qu'on emploie pratiquement que dans les cimetières à la troisième personne du présent. quelquefois, à l'imparfait, il gisait là, sans un mot. Et puis, pratiquement jamais aux autres temps et autres modes.
27:05 Ce fut un matin. Mais surtout, quand c'est pris comme un substantif comme ça, la gésine, c'est l'accouchement, la mise bas, la venue au monde. Le monde connu s'enrichissait d'une naissance qui se fit dans la boue et dans le sang. Une naissance de quoi ? Vous voyez, c'est par ça que j'appelais ça le choc des mondes. Il y avait un monde qui était là. Le monde est extraordinairement riche de détermination culturellement du monde subsaharien, du monde de l'Afrique noire.
27:35 Mais le voilà, n'est-ce pas, qui, tout d'un coup, se fait télescopé par l'arrivée de ceux qu'on va voir dans ce qui suit. De saisissement, les uns ne combattirent pas. Ils étaient sans passé, donc sans souvenir. Ceux qui débarquaient étaient blancs et frénétiques. On n'avait rien connu de semblable. Quand je vois qu'ils étaient blancs et frénétiques, en soulignant un peu la rapidité, la vitesse, n'est-ce pas, qui est frappante ici, la manière dont les autochtones voient les envahisseurs, je ne peux pas empêcher.
28:12 Ça va vous faire rire, mais tout de même, il n'y a jamais d'humour au hasard chez les Africains. Je n'ai personne, d'ailleurs, quand l'humour est bien vu. Mais, je vous dis un bon mot des Africains, quand ils s'adressaient aux Blancs, ils disent « Vous, vous avez la montre, nous, on a le temps. » Voilà, donc ceux qui débarquaient étaient blancs et frénétiques. Vous n'avez pas le temps. On n'avait rien connu de semblable. Le fait de s'accomplir avant même qu'on prit conscience de ce qui arrivait, vous voyez, tous ces passages qui montrent les surprises.
28:44 Certains, comme les Diallobé, brandirent leur bouclier, pointer leur lance ou ajustèrent leur fusil. C'est des fusils de traite, comme on dit, c'est des longs fusils à un coup, avec une erreur rechargée pour chaque cartouche. Bref. Certains, comme les Diallobé, brandirent leur bouclier, pointer leur lance ou ajustèrent leur fusil. On les laissa approcher, puis on fit donner le canon. Les vaincus ne comprirent pas. D'autres voulurent palabrer. On leur proposa au choix l'amitié ou la guerre.
29:18 Très sensément, ils choisirent l'amitié. Ils n'avaient point d'expérience. Le résultat fut le même cependant partout. Ceux qui avaient combattu et ceux qui s'étaient rendus, ceux qui avaient composé et ceux qui s'étaient obstinés, se retrouvèrent le jour venu recensés, répartis, classés, étiquetés, conscrits, administrés. Je pourrais rester là et me dire « Oh, ça va, c'est le procès classique du monde colonial. » Oui, oui, oui.
29:48 Mais d'abord, vu par un citoyen d'un pays concerné tout de même, mais surtout, regardez la chute de ce premier extrait. On commença dans le continent noir. Pardon, excusez-moi. Car ceux qui étaient venus ne savaient pas seulement combattre. Ils étaient étranges. Parce que, en général, on s'arrête dans ce qui précède. « Écoute, canon, puis définir un rapport de force. Qu'est-ce que vous voulez faire ? » Ils étaient étranges. S'ils savaient tuer avec efficacité, ils savaient aussi guérir avec le même art.
30:22 Il va bientôt y avoir la vaccination de masse. Ou ils avaient mis du désordre et suscitaient un ordre nouveau. Ils détruisaient et construisaient. On commença dans le continent noir à comprendre que leur puissance véritable résidait non point c'est entendu non point tant dans les canons du premier matin mais dans ce qui suivait ces canons. Ainsi, derrière les canonnières, le clair regard d'un des personnages principaux du roman, la cousine du roi des Diallobés, le clair regard de la grande royale des Diallobés, avait vu l'école nouvelle.
31:06 derrière les canonnières, le clair regard lucide de la grande royale des Diallobés, avait vu d'où venait la force des Blancs, de ce qu'on apprenait à leur école, l'école nouvelle. Car dans le monde colonial, va commencer un grand problème, n'est-ce pas ? En instituant l'école obligatoire, les Africains se sont réunis avec leur hiérarchie traditionnelle. « Est-ce qu'on envoie nos enfants ou pas à l'école ? » Ce n'est pas un choix seulement, vous savez, scolarisé ou pas scolarisé, ce n'est pas comme ça que ça se passe dans le concret. Que va faire l'éleveur Peul dont le gamin de 14 ans est en train d'amener les vaches à la rivière, boire une fois par jour le soir en saison sèche quand il reste de l'eau dans la rivière ?
31:50 Les enfants, ça a des fonctions. On commença dans le continent noir à comprendre que leur puissance véritable résidait non point dans les canons du premier matin, je reprends et j'enchaîne, mais dans ce qui suivait ces canons. Ainsi, derrière les canonnières, le clair regard de la grande royale des Diallobés avait vu l'école nouvelle. Pardon pour cette incise un peu personnelle, mais ça me fait drôle de lire ceci, de lire les dilemmes, les réflexions d'un Africain de l'époque se demandant s'il faut envoyer nos enfants à l'école des Blancs, l'école nouvelle.
La Grande Royale et l'école étrangère
32:29 Moi qui ai appris à écrire ma langue, le français, notre langue, par des instituteurs africains. À l'école primaire au Bénin, je referme la parenthèse. Alors, je vais enchaîner avec le texte suivant. J'ai sauté les passages, mais il y a une grande réunion chez les Diallobés, les grandes réunions, envoyées sous l'arbre à palabre avec presque tous les villages et même, on vient des villages voisins parce que l'heure est grave.
33:01 Et le héros du roman, le jeune Samba Diallo, je ne vous raconte pas tout le reste du roman, Samba Diallo, en arrivant, comme tout le monde, à la réunion, qui a convoqué tout le peuple à une réunion, en arrivant, a eu la surprise de voir que les femmes étaient en aussi grand nombre que les hommes. C'était bien la première fois qu'ils voyaient pareilles choses. L'assistance formait un grand carré de plusieurs rangs d'épaisseur, les femmes occupant deux des côtés et les hommes les deux autres.
33:33 L'assistance causait tout bas et cela faisait un grand murmure semblable à la voix du vent. Soudain, le murmure décrut. Un des côtés du carré s'ouvrit et la grande royale pénétra dans l'arène. Je ne peux m'empêcher, ce ne sont pas des transitions, mais de transmettre ce que je peux, mais je rappelle qu'arène, il y a un mot qui veut dire le sable. Vous comprenez, on parle des arènes dans la corrida. Et la punta arenas, tout au sud du Chili, tout en bas, tout près de la terre de feu, où il n'y a plus que des plages de sable à l'infini, ça veut dire la pointe des sables, punta arenas.
34:13 La grande royale pénétra dans l'arène. Gens des Diallobé, dit-elle au milieu d'un grand silence. Je vous salue. La femme a un rôle beaucoup plus important dans le monde de l'Afrique noire que dans le monde, je dirais, méditerranéen, que j'en fais partie en tant que corse, il faut quand même bien le dire, où la femme est beaucoup plus tenue à l'œil dans le monde du Moyen-Orient, arabe, maghrébin, que dans l'Afrique noire. La preuve, regardez la grande royale.
34:43 Gens des Diallobé, dit-elle au milieu d'un grand silence. Je vous salue. Une rumeur diffuse et puissante lui répondit. Elle poursuivit. J'ai fait une chose qui ne nous plaît pas et qui n'est pas dans les coutumes. J'ai demandé aux femmes de venir aujourd'hui à cette rencontre. Nous autres, Diallobé, nous détestons cela et à juste titre, c'est la tradition, car nous pensons que la femme doit rester au foyer. Mais de plus en plus, nous aurons à faire des choses que nous détestons et qui ne sont pas dans nos coutumes.
35:21 Je crois qu'on comprend de mieux en mieux ce que j'appelle le choc des mondes. C'est pour vous exhorter à faire une de ces choses, ces choses que nous détestons, que j'ai demandé de vous rencontrer aujourd'hui. Je viens vous dire ceci. Moi, Grande Royale, je n'aime pas l'école étrangère. Je la déteste. Mon avis est qu'il faut y envoyer nos enfants, cependant.
35:51 Extrait numéro 3. Je saute quelques passages. Ici, elle détaille ce qui fait qu'elle déteste cette école. L'école où je pousse nos enfants tuera en eux ce qu'aujourd'hui nous aimons. C'est tragique. L'école où je pousse nos enfants tuera en eux ce qu'aujourd'hui nous aimons et conservons avec soin à juste titre. Peut-être notre souvenir lui-même mourra-t-il en eux.
36:22 Quand ils nous reviendront de l'école, il en est qui ne nous reconnaîtront pas. C'est ce que je propose, ce que nous acceptions de mourir en nos enfants et que les étrangers qui nous ont défait prennent en eux toute la place que nous aurons laissée libre. Elle se tut encore. Vous avez vu ces silences qui ponctuent cette harangue bien qu'aucun murmure ne l'ait interrompu.
36:52 Samba, diallo, perçu qu'on reniflait près de lui. Il leva la tête et vit de grosses larmes coulées le long du visage, le long du rude visage du maître des Diallobé. Pardon, il y a un mot qui manque. En fait, le roman a commencé par un terrible cours où le maître, c'est-à-dire celui qui forme, celui qui institue les enfants et qui leur apprend lire le Coran par exemple, avec grande sévérité, je veux dire, qu'on le sache par cœur sans une faute, c'est lui qui est en train de ruisseler de larmes.
« Apprenez-lui à arrêter l'extérieur »
37:26 Et maintenant, je vous dis à l'avance, nous sommes en présence du père du héros, du père de Samba, diallo, donc un notable de la société traditionnelle, le cousin de la grande royale des Diallobé, en visite chez M. Lacroix, donc le français qui est en poste là-bas à Dakar, sans doute, ou à Saint-Louis, et au moment du crépuscule, je vous ai cité quatre pages, ça me fait mal au cœur de les avoir sucrés, mais sur ces espèces de crépuscules, ils ne sont pas longs dans cette région du monde pour des raisons géographiques, ils ne sont pas longs, surtout là, en ce moment, en juin, les crépuscules n'arrêtent pas de finir et les mers ne font que les étirer jusqu'à presque que la nuit soit tombée, mais là-bas, c'est plus brusque mais cataclysmique, il faut voir les couleurs, l'embrasement, tout de même, n'est-ce pas ?
38:26 Et c'est quatre ou cinq pages que j'ai sautées, je le prends donc à la fin du crépuscule, les deux hommes sont là, chez M. Lacroix, et un dialogue s'engage, dehors, le drame vespéral, n'est-ce pas, puisque tout est couleur de sang, le soleil qui se couche là-bas, avait pris fin, le soleil était tombé, derrière lui, une masse imposante de nuages écarlates achevait de s'écrouler à sa suite comme une monstrueuse traînée de sang coagulée, l'éclat rouge de l'air s'était progressivement attendri sous l'effet de la lente invasion de l'ombre.
39:00 Étrange, songeait Lacroix, donc là, il dit ça in petto, comme on dit à l'opéra, n'est-ce pas, il pense ça tout bas, étrange, songeait Lacroix, cette fascination du néant sur ceux qui n'ont rien. Leur néant, il l'appelle l'absolu, il tourne le dos à la lumière, mais il regarde fixement l'ombre. Est-ce que cet homme, il parle du père, son maïalot qui est en face de lui, n'est pas sensible à sa pauvreté ? À ce moment-là, s'éleva la voix du chevalier. Je vous ai sauté une longue discussion entre les deux, ou si je vais quand même vous résumer en trois mots, ce qui faisait l'objet de cette discussion, c'est que le blanc est stupéfait par ce coucher de soleil cosmique, il dit, on dirait une fin du monde, et le chevalier, ce qu'on appelle le chevalier, le père Diallo, lui répond, rassurez-vous, je vous garantis une nuit paisible.
39:59 Vous ne croyez pas la fin du monde ? Si, au contraire, j'y crois, c'est entendu, nous africains, nous y croyons fermement. Pourquoi vous n'y croyez pas ? Il dit au blanc, et le blanc répond, je ne dis pas que la terre peut être pulvérisée par une météorite. Il dit non, je ne parle pas de cette fin contingente, qui ne met fin à rien. Je parle de la fin du sens, n'est-ce pas ? Et et donc, le discours classique entre quelqu'un qui parle d'une tradition, n'est-ce pas, de valeur, et l'autre qui parle d'un monde scientifique, objectif.
40:37 Et donc, jusque-là, le chevalier n'a fait que montrer à M. Lacroix à quel point le monde des Blancs est très important, mais enfin, c'est un monde qui ne voit que des surfaces, n'est-ce pas ? Qui ne voit que, comme il répète souvent le mot, que l'évidence ? Je vous rappelle que dans l'évidence, il y a le même radical que dans la vidéo, la surface. Donc, voilà, la discussion classique dont je ne m'attarde pas, qui peut durer longtemps, mais à ce moment, s'éleva la voix du chevalier.
41:09 Elle était basse et méditative, comme s'il se parlait à lui-même. Je voulais vous dire, néanmoins, il hésitait. Que voulez-vous dire, monsieur ? Je voulais vous dire que c'est moi-même, finalement, qui ai mis mon fils à votre école. Vous voyez, la grande royale des Diallobé a eu gain de cause. À votre tour, vous me donnez une grande joie.
41:39 J'ai mis mon fils à votre école et j'ai prié Dieu de nous sauver tous, vous et nous. Il nous sauvera s'il existe. J'ai mis mon fils à l'école parce que, là, je voudrais bien qu'on suive attentivement, n'est-ce pas ? Parce que là, ça devient actuel. Quelle honte la décroissance, franchement, l'idéologie de la décroissance. J'ai mis mon fils à l'école parce que l'extérieur que vous avez arrêté nous envahissait lentement et nous détruisait.
42:12 Apprenez-lui, apprenez à mon fils, dans votre école nouvelle, apprenez-lui à arrêter l'extérieur. La technologie n'est pas européenne, elle n'est pas… Et le silex éclaté, n'est-ce pas ? Et la fonte des métaux ont commencé bien avant que l'Europe n'exista. Non. Et donc, il est bon de rappeler cette valeur d'universalité qu'appelle ici le royal des Diallobé.
42:45 Apprenez-lui à arrêter l'extérieur. Nous l'avons arrêté. L'extérieur, ce qu'on appelle maintenant la nature, est agressif. Si l'homme ne le vainc pas, il détruit l'homme et fait de lui une victime de tragédie. Une plaie qu'on néglige ne guérit pas mais s'infecte jusqu'à la gangrène. Un enfant… Je fais une parenthèse parce qu'il y en a qui se disent « Mais comment ? C'est quoi ça ? La nature ? On l'a assez sacrifiée.
43:17 C'est plutôt elle qu'il faut protéger. » Il ne s'agit pas de ce débat. Je parle de… Je commente une plaie qu'on néglige ne guérit pas mais… C'est parce que c'est qu'un monde qui n'arrive pas à arrêter l'agression de l'extérieur, la gangrène, par exemple, le paludisme. Première cause au monde de mortalité inoculée par un moustique qui a antibio. J'ai vu, petite parenthèse, en Côte d'Ivoire, en région forestière, dans un poste à Agboville, pour ceux qui connaissent à 100 kilomètres d'Abidjan, dans un biotope amazonien, en gros.
43:52 Il ne s'agit pas du Sahel. Il n'y a plus du tout trop de pluie que pas assez. Donc, un homme arrivé à l'hôpital, parce qu'il n'y en a pas, sur une longue distance à la ronde, à l'hôpital de ce chef lieu de province, de cercle, comment, et le département, avec sa femme sur le dos, 14 kilomètres à travers la forêt, avec sa femme sur le dos, à cause d'un accouchement difficile, il est arrivé à l'hôpital où la femme est morte du tétanos, parce que pour des raisons rituelles, on avait mis de la terre sur le cordon ombilical après l'avoir coupé.
44:35 Je reprends le texte, une plaie qu'on néglige ne guérit pas, mais s'infecte jusqu'à la gangrène. Un enfant qu'on n'éduque pas régresse. Une société qu'on ne gouverne pas se détruit. L'Occident érige la science contre ce chaos envahissant. Il l'érige comme une barricade. Lui qui avait jusque-là critiqué ce qu'il y avait de désespérant dans le monde occidental, de progrès indéterminé sans terme, au détriment du sens, le culte de la cause, c'est le monde des sciences, au détriment de la reconnaissance du sens.
45:15 Vous voyez ? On en révise des choses. voilà que tout d'un coup, il voit ce qu'il faut prendre. L'Occident c'est pourquoi la Grande Royale a eu raison de dire qu'il faut sauver nos enfants, il faut les envoyer à l'école nouvelle. L'Occident érige la science contre ce chaos envahissant. il l'érige comme une barricade. Là, je suis sûr qu'il y en a quelques-uns, j'espère, à qui ça rappelle quelque chose.
Le pacte de Faust et l'esprit de négativité
45:48 Je pense à une œuvre célébrissime, on ne peut plus occidentale, puisqu'il s'agit d'une de celles qui a inauguré notre modernité, dans la postérité de Rousseau, je pense au Faust de Goethe, qui voit loin, vous savez, ce n'est pas le passage que je vais commenter, mais lorsque dans le Faust de Goethe, dans le prologue « Qui se passe au ciel ? » Dieu dit à Méphistophélès « Si tu méprises la science et la raison, les dons les plus élevés de l'humanité, tu te donnes au diable et tu es perdu. »
46:21 Celui-là, celui-là, voyait venir l'avenir de l'Allemagne. « Si tu méprises la science et la raison, les dons les plus élevés de l'humanité, regardez, la manière dont la philosophie nazie a combattu le cartésianisme, tu te donnes au diable et tu es perdu. » Celui-là a senti venir, a mis les Allemands en garde contre leur abîme. Or, pourquoi j'en parle là ? Quel rapport avec eux ? Qu'est-ce qu'il dit ?
46:51 L'Occident est contre ce chaos envahissant. Il l'érige comme une barricade. c'est que vous savez quel est le deal du Faust. Je le répète, je l'ai déjà dit, mais pour mon plus grand bonheur, le bonheur de transmettre. Je veux dire, il y a de nouvelles oreilles qui rejoignent notre association et notre public, tout simplement.
47:24 je répète ou je signale pour eux que le deal entre le diable et le Faust qui va gouverner tout ce qui est au départ une pièce de théâtre, la version primitive Urfaust comme on dit en Allemagne, premier Faust. Le deal c'est toujours le même du côté du diable, ce n'est pas compliqué, vous le devinez. Ce que le diable veut à chaque fois, c'est l'âme. Le diable fait une guerre.
47:54 Donc, pour renforcer ses bataillons, il lui faut l'âme du pécheur, n'est-ce pas ? Avant qu'elle soit récupérée par les anges et par Dieu. Voilà. Et Faust, qui est un savant, puisque la première scène de Faust, c'est ça, il fait le bilan de tout ce qu'il a appris dans les livres, sciences, philosophie, médecine, juridiction, enfin bref, j'ai appris tout ça et je me retrouve à la case départ qui n'est pas passé par là, n'est-ce pas ?
48:28 À quoi ça va me servir tout ce que j'ai appris ? Vous voyez que ce n'est pas loin de la problématique du roman de Cheikh Hamidou Kane. est-ce pas ? Et pour opérer un changement radical, il décide de convoquer les puissances infernales. Ça, un des rares trucs qu'il n'avait jamais essayé. Donc, il convoque le diable, le diable lui apparaît. Pensez à notre dernière séance, car lorsque Faust demande au diable « Qui es-tu ? Comment je dois te nommer ? » Le diable répond « Je suis celui qui nie. »
48:59 Le diable s'affirme comme négativité. Alors, on dirait, tu vois bien que le monde, la négativité, tout ça, l'évangile a raison de dire que c'est le monde du mal, du prince de ce monde et de Satan. Oui, sauf que la scène, ce prologue au ciel de Faust, que je suis en train de vous résumer rapidement, se termine par Dieu tout seul, le diable est parti avec un petit peu d'humour en disant « Il est bien généreux, le bon Dieu, s'entretenir avec un pauvre diable comme moi. »
49:30 Lorsque Dieu est tout seul, il dit « J'aime bien cet esprit de négativité, c'est Dieu qui parle. Sans lui, l'homme ramollirait. » Vous vous rappelez tout à l'heure Baudelaire ? Il dit « Oui, à quelle voix ? À la voix qui lui dit « Viens voyager dans les rêves, au-delà du possible, au-delà du connu. » Ça veut dire tout ce qui se pose devant moi, le positif, une bonne bouffe, un ceci, un cela. Ça me plaît un moment, mais ça finit par m'ennuyer, je ne vais pas vous refaire le procès, l'extraordinaire procès pascalien du divertissement.
50:08 Que je résume avec cette citation, n'est-ce pas, extrait des pensées de Pascal, quand je me suis mis à examiner les hommes, ben oui, un marxiste a le droit de citer un grand auteur chrétien, surtout quand ça va dans le même sens. Quand je me suis examiné les hommes, je me suis aperçu que tout leur malheur vient de ne pouvoir rester cinq minutes en repos dans une chambre. J'ajoute les cinq minutes. Même si c'est le roi, même s'il est entouré d'or, des plus belles femmes, bref.
50:38 Au bout d'un certain temps, qui passe assez vite, c'est l'ennui. Le poème des fleurs du mal commence là-dessus, je n'insiste pas, c'est des thématiques connues. Et voilà que Dieu dit, sans ce diaphe, sans cette inquiétude qui caractérise l'animal humain parmi toutes les autres espèces animales, qui fait qu'il n'est jamais satisfait d'un but, d'un désir déterminé, précisé, fini, sauf à court terme.
51:11 Vous savez, je ne vais pas vous reprendre la démonstration, ou simplement la monstration. deux adolescents qui discutent en terminale. En fait, pourquoi tu passes ton bac ? Pardon, pourquoi tu rentres travailler chez toi ? Parce que j'ai le bac dans un mois. Et pourquoi tu veux passer le bac ? Enfin, pour avoir un métier. Et pourquoi tu veux avoir un métier ? Pour faire de la thune. Et pourquoi tu veux de la thune ?
L'argent chez Hegel et l'indétermination du désir
51:41 Parce que ça commence à s'embrouiller. jusque-là, tout le monde serait d'accord, en gros. Vous voyez ? Jusque-là. Qu'est-ce que vous allez faire avec la thune ? Là, ça va commencer à diverger. Et quand Hegel, dans la première philosophie de l'esprit, 1803, dans ce chapitre extraordinaire que j'ai cité longuement dans une autre intervention, qui avait pour titre un texte de Marx écrit par Hegel, je veux dire par là que si on ne savait pas que c'était Hegel, tout le monde jurerait que c'est Marx qui l'a écrit, qui parle de l'usine, modèle anglais, fabrique d'épingles, tout ça.
52:21 Bref, Hegel en arrive à l'argent. L'argent dans le monde moderne, dans la société civile comme on dit aujourd'hui du monde industriel. Et il dit, c'est dans ce chapitre qui se termine par la fameuse expression « la bête sauvage », la société libérale, si elle n'est pas muselée, je cite, « est domptée avec sévérité », est une bête sauvage. Lui aussi, il a senti venir, alors qu'il l'a connu à ses tout débuts, il écrit ça en 1803, je ne sais pas si vous voyez, la bête avait à peine commencé à manifester son côté monstrueux avant Hegel donne ce prédicat de l'argent, je ne dis pas définition parce que ce serait prétentieux mais il dit de l'argent, l'argent est la forme de toutes les choses du besoin.
53:16 Et c'est ce qui fait que l'argent rend fou, c'est que précisément quand j'ai ma paie à la fin du mois et que j'ai l'argent dans la poche, je ne sais pas encore tout de suite si je vais me faire une bonne bouffe, acheter la veste, c'est un exemple personnel, excusez-moi, je suis un peu plat, la veste, réserver des billets d'opéra, ça dépense aussi, et c'est ça qui fait que je suis ivre, un peu que j'ai, vous savez, cette espèce d'ivresse rapide, parce que le 10 du mois, il ne reste plus grand-chose déjà, mais pour la majorité des gens, donc il y a une espèce d'ivresse parce que j'ai le désir, je sais que c'est possible, j'ai des tas de possibles, c'est le possible.
53:56 L'argent est la forme de la possibilité idéale des choses du besoin, mais possibilité non réalisée, donc le désir n'a pas eu le temps de s'investir sur une chose déterminée, ce que je veux c'est acheter le champ du père Martin, parce que là, et donc il est à l'abri de toute déception. Je m'attarde sur le côté indéterminé qui est propre au désir humain, qui n'a rien à voir avec l'instinct ou le besoin physique qui lui est très déterminé, vous savez, quand vous marchez dans la grande canicule, ça va être la saison là, dans un endroit où il n'y a pas d'eau, on éprouve un besoin d'eau bien déterminé, mais une fois que tous ces besoins-là sont remplis, sont remplis depuis bien avant Néandertal, si avec ça, on pouvait faire l'économie de l'homme, je veux dire.
54:47 Non, qu'est-ce qu'il disait Rousseau, je vous l'ai cité tout à l'heure, mais quand tous mes rêves seraient tournés en réalité, il ne m'aurait pas suffi, j'aurais rêvé, imaginé et désiré encore. Cette infinité dont la prise de conscience, qui existe depuis toujours dans l'humanité, mais qui n'est consciente comme telle que depuis ces textes de Rousseau, qui sont à peu près les premières expressions de ce qu'on va bientôt appeler le mal du siècle, ce fait qu'on n'est jamais satisfait, vous voyez, cette indéterminabilité du désir humain, ne croyez pas que c'est compliqué ce que je suis en train de dire, je suis en train de faire des traductions, de remplacer un mot par un autre avec votre accord.
55:31 Déterminé, ça veut dire fini. Indéterminé, ça veut dire indéfini. Infini, qui n'a pas de terme, qui n'est pas déterminé. Il n'y a pas de terme, qui n'est pas fini, qui n'a pas de contour. C'est la modernité impressionniste qui va commencer à flouter, je parle au sens propre, je vais figurer exprès, les contours des choses dans la peinture impressionniste.
56:02 Et c'est Mallarmé à la même époque où apparaît la peinture impressionniste qui dira nommer une chose, lui donner son nom bien déterminé, ceci est un veau, ceci est une tasse, ceci est une lampe, dira nommer une chose et lui enlever les trois quarts du plaisir qu'il procure. Dès que la chose est déterminée, n'est-ce pas ? Et donc, j'insiste sur ce côté indéterminé. Je n'ai pas terminé avec mon Faust.
56:36 La pièce peut commencer, le deal, il est clair du côté du diable. Je ne vous ai pas dit ce qui est conclu du côté de Faust. Faust dit, moi je te donne mon âme. C'est dur, je donne mon âme au diable, mais alors, si et seulement si, tu me fais éprouver, on en revient à notre histoire, un bonheur tel que je puisse, alors je vous dis très rapidement, arrêtez le temps avant que ça s'embrouille, que je puisse dire à l'instant, « Verweile doch, du bist so schön, reste à l'instant, reste, tu es si beau. »
57:13 Bref, que je me vois une éternité sans m'ennuyer, ce que Pascal et tous les moralistes savent depuis bien longtemps que ce n'est pas possible. Je ne parle pas des professeurs de moraline, des gens qui disent « il n'y a qu'à faire ceci, il ne fait pas ci, il ne fait pas ça, ne jette pas les plastiques dans les poubelles qu'il ne faut pas. » Non, non, je ne suis pas dans la moraline. Je ne suis pas dans le punitif. Quand je dis moraliste, c'est un genre littéraire, les moralistes français, les réflexions sur les mœurs de l'homme, mœurs mores de la copine morale à l'origine, sans les juger.
57:47 Tout le monde fait le Dieu en jugeant, dit Pascal, c'est impie. Et dans l'Écriture sainte, on dit « ne jugez pas afin de ne pas être jugé. » Non, mais ce n'est pas moi qui suis amoral ou immoral. Et oui, Dieu, ce n'est pas tout à fait la morale du curé. Je veux dire, les évangiles, ce n'est pas tout à fait la morale de l'Église apostolique, catholique et romaine. je n'ai toujours pas dit le rapport entre ce que je vous dis de Faust et, je répète, ce qui fascine Diallobé dans ce qui vient là, dans l'école des Blancs, c'est que leur science érige contre l'extérieur envahissant comme une barricade.
58:35 Donc, la pièce peut commencer, le diable se démène comme un beau diable pour procurer. Écoutez, si quelqu'un s'y connaît pour procurer les plaisirs, c'est bien le diable. Chaque fois, ça marche un peu avec… Faust se plaît un moment à ceci, à cela. Le diable, même Méphistophélès, jusqu'à ressusciter Hélène de Troie, il a tellement le pouvoir, la plus belle femme de tous les temps, d'après les textes. chacun voit Média sa porte, pour laquelle il a quand même eu dix ans de guerre, puis dix ans d'errance sur les mers, 20 ans avant de rentrer, avant que…
59:14 et bien avant que Monteverdi au 16e siècle puisse écrire ce bel opéra, le retour d'Ulysse dans sa patrie. Non, allez, sérieusement, il va jusqu'à ressusciter Hélène de Troie pour la donner en mariage à Faust. Faust se plaît un moment avec elle, puis elle disparaît comme une vapeur, comme une fumée, Faust est un moderne comme vous et moi. Et là, c'est une définition qui le pose encore en avant. Je m'attarde toujours sur ce côté indéterminé, je multiplie les références exprès pour que ce soit concret, pour que ce soit pas seulement une idée abstraite.
Le Voyage de Baudelaire : des désirs en forme de nues
59:52 Ainsi, vous avez, je fais jouer les textes, je suspends de nouveau, parce que je ne vous ai pas dit comment ça se termine, le Faust. C'est là qu'on va retrouver la barricade. Mais nous avons le temps, le même Baudelaire, dont j'ai lu le poème en initiant la séance de ce soir, dans Le Voyage, vous savez, le poème qui termine, Les Fleurs du Mal, le plus long poème, celui qui termine, le vaste édifice des Fleurs du Mal, dont Hugo disait, la seule chose que je vous reproche, non, Alfred de Vigny, pardon, à qui Baudelaire avait envoyé le livre, avait dit, qu'une seule chose que je vous reproche, c'est que vous auriez dit l'appeler Les Fleurs du Bien.
1:00:37 Hugo, lui, aura eu comme commentaire, vous avez créé un frisson nouveau. Mais le poème qui clôt ce frisson nouveau, Le Voyage, au début, Baudelaire fait ce qu'on appellerait une typologie de ceux qui partent, les différentes raisons de partir. Et maintenant, je laisse la parole à Baudelaire. « Les uns joyeux de fuir une patrie infâme, l'exil fréen, d'autres l'horreur de leur berceau, une enfance terrible, d'autres l'horreur de leur berceau, quelques-uns astrologues noyés dans les yeux d'une femme, donc le chagrin, la Circé tyrannique au dangereux parfum, pour n'être pas changé en bête, comme Circé avait fait avec les compagnons d'Ulysse qu'elle avait changé en pourceaux et les allusions, pour n'être pas changé en bête, ils, ils, les voyageurs, s'énivrent de ciel, de lumière, de cieux embrasés.
1:01:43 Je m'attarde un peu parce qu'on est au cœur de ce que je voudrais vous montrer là. Oui, les images, ciel, lumière, cieux embrasés, il n'y a rien de déterminé. Ce n'est pas une poire, une banane, ce n'est pas un carré ou un losange. C'est les nuages là-bas, les merveilleux nuages, comme dit Baudelaire dans un poème en prose. Je continue le texte. Il s'énivre de ciel, de lumière et de cieux embrasés. La glace qui les mord, le soleil qui les cuivre, efface lentement la marque des baisers.
1:02:16 Voilà, on est parti pour ça, pour oublier. Tout ça, c'est tous les voyageurs qui ont une raison déterminée de partir. Et là, ça commence. Mais les vrais voyageurs sont ceux-là seuls qui partent pour partir. De leur fatalité, jamais ils ne s'écartent. Pardon, cœurs légers semblables aux ballons, de leur fatalité, jamais ils ne s'écartent. Et sans savoir pourquoi, disent toujours allons !, ceux-là dont les désirs, écoutez bien, ont la forme des nues, c'est-à-dire pas de forme.
1:02:55 Vous avez déjà vu un nuage ? Dès que vous avez vu sa forme, il a déjà changé. Une petite brise, il a déjà changé. Ceux-là dont les désirs ont la forme des nues, exactement à l'époque où la peinture commence à dissoudre les contours des objets, de ce qu'on va appeler en peinture le sujet. ceux-là dont les désirs ont la forme des nues et qui rêvent, ainsi qu'un conscrit le canon. De quoi ? On va enfin savoir. Ça contredit Paganis, un objet déterminé, qui rêve de vastes voluptés changeantes, inconnues, et dont l'esprit humain n'a jamais su le nom.
1:03:34 Ce soir, j'espère que beaucoup d'entre vous comprendront que la détermination, la définition et le langage n'ont jamais su le nom. On ne peut pas donner un nom, c'est-à-dire donner une détermination, ceci est un bœuf et non pas un âne, si la chose est indéterminée. On peut tout juste donner un nom propre, comme les Grecs faisaient, pour ce qui avait à l'origine de tout, chaos, le chaos, l'indéterminé, où il n'y a ni haut, ni bas, ni gauche, ni droite, aucune détermination.
La digue de Faust : vivre libre sur une terre libre
1:04:10 Alors, on a toujours parlé de barricade. Donc, en tout cas, je crois avoir suffisamment illustré, mais on peut reprendre, on peut suffisamment illustrer le fait que c'est cette infinité du désir humain que j'essaie d'illustrer par plusieurs de ses références. Et c'est cette infinité du désir humain qui fait que le diable a de... On pense qu'il va, avec tous les moyens qu'il a de procurer des plaisirs, va satisfaire l'individu Faust.
1:04:46 Et en fait, non. Et voilà qu'à la fin, je saute donc presque toute la pièce, Faust est vieux, il est devenu aveugle, il continue à marcher avec Méphistophélès à ses trousses qui le flambent derrière, il est en une occasion de lui procurer enfin ce plaisir qui lui permettrait d'arrêter le temps, n'est-ce pas, en se vautrant dans ce plaisir pour l'éternité. Et voilà que il est aveugle et il l'entend, puisqu'il n'a plus que ça, il n'a plus la vue, l'ouïe, il l'entend.
1:05:25 Enfin, ils sont arrivés en Hollande et dans les Pays-Bas. et Faust entend parce que Freud cite ce passage, entend que les Hollandais font ce qu'ils font souvent, ils sont en train de construire non pas une barricade mais, vous devinez, contre la mer, une digue. Dam. Le Hoover Dam aux États-Unis, un des plus grands barrages du monde, n'est-ce pas ?
1:05:55 Amsterdam, Rotterdam, n'est-ce pas ? Le barrage. Et là, Faust se dit, je crois qu'ici j'ai trouvé le terme de ma quête. Il faut faire comme ce peuple. Oui, j'ai un allemand dans ma tête là. Je traduis en direct « vivre libre sur une terre libre ». Cette liberté, ce n'est pas la liberté du renard dans le poulailler ou du loup dans la bergerie, n'est-ce pas ?
1:06:29 Ce n'est pas la liberté de dévorer le voisin. Ce n'est pas la liberté des francs. Et oui, parce que les francs, ça veut dire les libres. Les libres de quoi ? C'est celui qui, au combat, n'est-ce pas, n'a pas été égorgé, mais a égorgé l'autre. La barbarie qui a cessé, qui a cessé à partir du moment que je prolonge mon incident sur Clovis, je parlais des égorgeurs.
1:07:00 Comment, comment, mais Clovis qui a l'origine du prénom Louis des rois de France, il ne faut pas blasphémer. Oui, c'est seulement, Clovis, il est devenu Clovis, vraiment celui qui a fondé le royaume de France qu'à partir du moment où il est tombé amoureux de la belle Clotilde, n'est-ce pas ? Il était un barbare, rien à cirer du christianisme. C'est-à-dire, la belle Clotilde qu'il convoitait, lui a dit, moi, je veux bien, mais alors seulement si tu convertis au christianisme, si tu veux m'épouser. Et l'autre, qui est quand même un guerrier, lui a dit, moi, ton Dieu, je veux bien, s'il me donne la victoire, bon, comme il a gagné la bataille suivante, il a accepté d'aller se faire baptiser à Reims, vous connaissez la suite.
1:07:43 Rémi, l'évêque de Reims, je ne sais pas, lui a mis la fiole, encore maintenant, je ne sais pas, encore maintenant, je veux dire, aucun roi de France, y compris à l'époque moderne, mais roi, s'il n'a pas été, oint, par l'huile qui est à Reims. Je ne sais pas, il y a pas mal de fétichisme, des fois, dans le christianisme, ce n'est pas cette huile-là, pas une autre. Bon, laissons cela. Il y a le très bel opéra de Rossini le voyage à Reims, pour le couronnement. Charles X.
1:08:16 Restons à notre histoire. Faust dit « Vivre libre, vivre libre, sur une terre libre, et là, le diable, crie de dépit, parce qu'il sent qu'il a perdu la partie. Car Faust dit, c'est maintenant seulement que je peux dire à l'instant, reste, tu es si beau. Quand j'ai compris que le but, le seul but qui n'est pas un but déterminé, parce que ça demande un progrès indéfini, c'est de vivre libre, sur une terre libre.
1:08:51 C'est pour ça, je vous ai dit, ce n'est pas la liberté du loup dans la bergerie. Allez, je termine sur Clovis. Aujourd'hui, ça ne doit pas être vrai mot pour mot, tout ça, mais quand les légendes se perpétuent sur plusieurs siècles, c'est qu'il y a quand même un fond de vérité. L'évêque, lui, aurait dit au moment de lui verser l'huile sur le front, « Baisse la tête, fier Sicambre, » c'était une des tribus franques, « Brûle ce que tu as adoré, » « Brûle les idoles, » vous voyez, jusqu'à là, « Il était païen, et adore ce que tu as brûlé. »
1:09:22 parce qu'il avait passé son temps à piller les églises, dans les églises, il y a de l'or, voilà. Non, pas cette liberté-là, pas la liberté de Renard dans le poulailler, du loup dans la bergerie, une liberté, penser à Rousseau, qui s'obtient par le travail, le travail collectif. vivre libre sur une terre libre. Mais dites donc, cette terre-là, comme dit, et je reviens au Royal Diallobé, il faut une technique qui a fait le détour par la science, donc une technologie, contre ce chaos envahissant.
Le creuset où fusionne le monde
1:10:01 À ce moment, Lacroix, donc le français, a dû lutter contre la tentation impérieuse de tourner le commutateur, parce qu'il laisse l'obscurité de la fin du jour s'installer dans la pièce. Il dit même que le boubou blanc de Diallobé devient violet, ce qui est très bien vu quand on voit les lumières de là-bas. Le commutateur électrique, à portée de sa main, il eut aimé scruter le visage d'ombre de cet homme immobile face à lui. Il percevait dans sa voix une tonalité qui l'intriguait et qu'il aurait voulu référer à l'expression du visage. Mais aussi, songeait-il, si j'allume, cet homme peut se taire.
1:10:33 Ce n'est pas à moi qu'il parle, c'est à lui-même. Il l'écouta. Donc, le Diallobé reprend la parole. Chaque heure qui passe apporte un supplément d'ignition, vous voyez, de consommation, d'ignition, au creuset où fusionne le monde. C'est bien notre sujet, non ? À ce moment-là, ce n'est pas Satan. Nous n'avons pas eu le même passé, vous et nous, mais nous aurons le même avenir, rigoureusement.
1:11:03 l'ère des destinées singulières est révolue. Dans ce sens, la fin du monde est bien arrivée pour chacun de nous. Donc, ce choc des mondes est en même temps une fin du monde. Dans ce sens, la fin du monde est bien arrivée pour chacun de nous, car nul ne peut plus vivre de la seule préservation de soi. C'est écrit en 1961. On ne parlait pas de mondialisation. Et ceux qui parlent de mondialisation ne parlent que de la mondialisation atlantiste, n'est-ce pas ?
1:11:33 Ils sont furieux qu'une autre se mette en place et qu'il galope. Je remercie Pierre-Alain d'avoir retenu cette magnifique photo qui illustre l'arrière-plan de tout mon propos de ce soir. entre... Allez, je vous fais une confidence. Je ne sais pas si... Je parle dans le dos de Pierre-Alain, parce que c'est lui-même qui me l'a dit, mais je ne sais pas s'il m'autorise à le répéter. Mais quand même. Il vient de passer un mois aux États-Unis, je crois que vous l'avez dit, en exposant, qu'il a eu un grand succès à New York.
1:12:07 Et c'est un pays qu'il connaît bien, où il est allé plusieurs fois pour des raisons personnelles, professionnelles. Et là, qu'est-ce qu'il me dit ? Il me dit, Dominique, je n'ai pas reconnu New York. Il dit bien, je n'ai pas reconnu, ce n'est pas une métaphore. Je veux dire, il y a un tel changement dans les rues des kilomètres de SDF, on dirait chez nous, n'est-ce pas ? Il m'a montré la photo d'un homme nu, mais à deux pas du village, du quartier latin de New York, du village Vanguard.
1:12:43 un homme nu en train de gratter dans le caniveau quelque chose qui est censé lui donner à manger, dans le caniveau. Et sur les kilomètres, après ça m'intriguait, j'ai regardé, j'ai dit, mais mon Dieu, c'est vrai que ça va à une vitesse. Je regardais sur YouTube et j'ai vu qu'il y a des Américains qui filment ce que sont devenus, mais je ne revenais pas. Vous me dites, ouais, bon, je veux bien Détroit, Cleveland, les régions industrielles qui ont pris un coup.
1:13:15 Bon, il y a d'autres richesses, maintenant ça a changé, c'est le monde tertiaire, c'est la Californie. Mais des images de San Francisco, de Los Angeles, vous me l'auriez montré, je n'aurais, vous n'aurais pas cru. et même Vancouver au Canada et dire que je rêvais pendant des années d'aller visiter un jour une des plus belles baies du monde, Vancouver, n'est-ce pas, avec des kilomètres carrés de SDF dans le centre-ville résidentiel. Bref, donc dans la photo, le carton, comme on dit, qui introduit à la vidéo de ce soir et à notre entretien, je suis content, parce que parallèlement, j'ai regardé des chantiers qui se passent dans les coins perdus de la Chine, là non plus, je n'en crois pas mes yeux, mais dans l'autre sens, je veux dire, quand je pense que, quand j'avais 20 ans, mon père, c'était au Vietnam, j'avais 6 ans, me disait que il y avait, pendant que nous parlions, des millions de Chinois qui enfonçaient avec les pieds le fumier humain dans la terre pour faire éclore le riz.
1:14:25 Et là, des machines, comme je ne savais même pas que ça pouvait exister, des ponts auprès duquel, enfin bref, allez, passons, sinon on va dire que je fais la propagande payée par la Chine, j'aimerais bien, franchement, en tout cas, s'ils m'entendent, je suis preneur. même si je vous ai déjà dit que si je vivais en Russie, et si, la Russie n'était pas entourée de fusils nucléaires, et si, il n'est pas certain que je voterais Poutine, je vivais en Chine, peut-être je serais dans l'opposition, mais ce ne serait pas celle qui critique la Chine ici, je vous le dis, au contraire.
La boue, le sang et le souffle de l'esprit
1:15:02 Alors, dans ce sens, continue le Diallobé, la fin du monde est bien arrivée pour chacun de nous, car nul ne peut plus vivre de la seule préservation de soi, mais de nos longs mûrissements multiples. Il va naître un fils au monde. Vous voyez cette métaphore de la naissance, depuis le premier texte, je vous rappelle le premier texte, le premier matin des Blancs en Afrique noire, fut constellé de sourire, de verroterie et de coups de canon.
1:15:36 Le monde connu s'enrichissait d'une naissance qui se fit dans la boue, dans le sang. C'est cette métaphore qui traverse tous ces extraits, n'est-ce pas ? Dans la boue, dans le sang. Dans la boue, dans le sang. Mais oui, la boue rouge, en toute l'Afrique subsaharienne, presque en toute l'Afrique, ce qu'on appelle en termes scientifiques, la latérite, l'oxyde de fer. C'est un continent de fer, en Afrique.
1:16:06 Et l'Amazonie aussi, vous savez que c'était deux continents qui étaient reliés. Regardez la bosse de l'Afrique de l'Ouest comme elle rentre, n'est-ce pas ? Dans le golfe du Mexique, on se serait compris. Mais là, vous voyez, la boue, le sang. Mais oui, c'est l'Ancien Testament. avec quoi Dieu fait l'homme ? Adama. Ça veut dire, en hébreu, la boue, l'argile qu'il y avait là, le Nil, quand il se retire, quand il reprend son lit initial, il y a de l'argile boueuse, bref, avec lequel on peut faire de la pâte à modeler.
1:16:51 Et c'est avec cette pâte à modeler que Dieu fait une statuette de l'homme à son image. Là encore, il faut que je m'attarde. Non, ce n'est pas un détour dans le détour. Je gravite autour du centre depuis tout à l'heure. Qu'est-ce que ça veut dire, Dieu a créé l'homme à son image ? On dirait, on s'en fout, moi je suis athée. Je ne demande pas si ça existe ou pas. Je demande qu'est-ce que ça veut dire. Est-ce que ça veut dire que ceux qui ont écrit ça pensaient que Dieu avait des poils dans le nez et des grains de beauté sur les sourcils ?
1:17:30 Je m'arrête là. Vous voyez bien que non. Parce qu'il y en a qui cherchent les deux pattes, les deux bras, les deux jambes de l'homme à l'image de Dieu. Non, un homme pourrait venir de la guerre sans bras et sans jambes. Il reste un homme. Il reste une image de Dieu. Donc ça veut dire quoi ? Eh bien, il fabrique ce statuette en boue rouge, la boue et le sang, vous voyez, c'est ça qui m'a quitté.
1:18:01 Adama, ça veut dire la boue. Hawa, c'est l'eau. Avec la boue et l'eau, on fait de l'argile. Adam et Ève, Adama et Hawa. Ah oui, c'est plutôt comme ça que l'Adam et Ève. ça, c'est bon. Mais ça ne fait pas encore un homme. Je parle du texte sacré, là. Je veux dire, pour l'instant, il faut en plus que Dieu le souffle.
1:18:31 Souffle sur la statuette pour que tout d'un coup, l'homme apparaisse. Ce souffle. Le vent souffle. Dans l'Évangile, on demande à Jésus, c'est quoi l'esprit ? Bon, le Père, on s'en doute un peu. Dieu, c'est une vieille histoire. Le Fils, écoute, on te voit, il a à peu près une forme comme nous, mais l'esprit, c'est quoi ? Ce n'est pas évident, ce truc-là. Ils ne disent pas comme ça. Enfin, c'est ça. Et Jésus répond, tu entends le vent.
1:19:03 C'est un mot hébreu qui veut dire à la fois le souffle et le vent. Tu n'entends ni d'où il vient, ni où il va. Ainsi, en est-il des choses de l'esprit. Il est clair que ça veut dire la liberté. Je n'interprète pas. Tu sais ni d'où il vient, ni où il va. Il est indéterminé. On revient, mon noyau de tout à l'heure, vous croyez que je m'étais égaré. Rappelez-vous, Baudelaire, ceux-là, dans les désirs des vrais voyageurs, dans la forme des nues et qui rêvent ainsi qu'un conscrit le canon de vastes voluptés changeantes comme le vent est inconnu et dont l'esprit humain n'a jamais su le nom.
1:19:44 Donc, il souffle pour en faire un homme. Je voulais rappeler que, quand on dit « image de Dieu », pensez plutôt à la liberté potentielle. Liberté de faire le bien comme le mal. Liberté de manquer comme d'accomplir, comme dit magnifique Hölderlin dans un extrait, de manquer comme d'accomplir le plus périlleux des biens, la parole à l'homme donné. On peut faire le pire avec la parole, on peut faire le meilleur. Essayons d'aller de l'un à l'autre.
La cité future et la gaucherie des sous-développés
1:20:17 Je reviens au dialogue. Il va naître un fils au monde, le premier fils de la terre, l'unique aussi. Donc, c'est vous, c'est vos générations. Lacroix le sentit qui se tournait légèrement dans l'ombre vers lui. Monsieur Lacroix, cet avenir, je l'accepte, même si on a vu avec la grande royale que c'est la destruction de son monde traditionnel. Mon fils en est le gage. Il contribuera à le bâtir.
1:20:48 Je veux qu'il y contribue, non plus en étrangers venus des lointains, mais en artisans responsables des destinées de la cité. Il nous enseignera les secrets de l'ombre. Il nous découvrira, c'est monsieur Lacroix qui reprend la parole. Oui, ils sont tous âmes tout de suite. Il découvrira les sources où s'abreuve votre jeunesse. Ne vous forcez pas, monsieur Lacroix. Je sais que vous ne croyez pas en l'ombre.
1:21:19 Comme au début, Lacroix ne croyez pas à la fin du monde, il ne croit pas à l'ombre. Je sais que vous ne croyez pas en l'ombre, ni à la fin. Ce que vous ne voyez pas n'est pas. L'instant, comme un radeau, vous transporte sur la face lumineuse de son disque rond et vous niez tout l'abîme qui vous entoure. Tiens, tiens, le retour du négatif. La cité future, grâce à mon fils, ouvrira ses baies sur l'abîme au lieu de le refouler. d'où viendront de grandes bouffées de l'abîme d'ombre sur nos corps desséchés, sur nos fronts altérés.
1:21:58 Je souhaite cette ouverture de toute mon âme. Dans la cité naissante, c'est bon, le texte est immobilisé. Telle doit être notre œuvre à nous tous, hindous, chinois, sud-américains, nègres, arabes, nous tous, dégingandés et lamentables. Nous, les sous-développés qui nous sentons gauches en un monde de parfaits ajustements mécaniques.
1:22:40 Je souhaite à vous tous qui m'écoutez ce soir de vous sentir un peu Diallobé, c'est-à-dire de retrouver cette gaucherie sans laquelle il n'y a pas de progrès dans le monde qui nous entoure. Mais surtout pour cela, ne pas faire l'impasse sur le progrès que nous donne ce monde mécanique contre le chaos qui nous envahirait. Voilà. Je suis sûr qu'il y a quelques commentaires.
1:23:10 Eh bien, magie de la technique qui est en train de dresser non pas une barricade entre vous et moi, mais au contraire, n'est-ce pas, de nous mettre en relation miracle de la technique qu'elle dialectise les uns avec les autres ? Elle met en tout cas un barrage et une barricade contre la distance géographique qui voudrait nous séparer et qu'elle nous permet de surmonter. Alors, « Bonjour, Estavisky, ce que j'aime la fidélité, la grande royale aurait-elle raison aujourd'hui de pousser ses enfants à l'école ?
L'école, la science et la propagande atlantiste
1:23:48 Quelle barricade les Américains nous promettent d'ériger ? » Ah, ça sent la droite, ça, non, Estavisky, on se connaît. Mais je ne veux pas que ce soit entendu comme l'entend la droite qui ne cesse de faire le procès de l'école, mais bien sûr, depuis la révolution, on fait le procès de l'école, allez, mettez-vous bien ça dans la tête. L'école obligatoire, laïc et gratuite, c'est le cauchemar, c'est pas, de l'ancien régime. Mais oui.
1:24:21 Non, ce n'est pas les Américains qui font une barricade, ils n'en font plus. Les SDF, jonchent les rues de New York. Non, tu veux voir des barricades en Chine, quel rapport ? Dans ce qui joue l'avenir et non pas qui disent c'est la catastrophe, on va tous mourir, les particules fines, la décroissance, le coin, il y a un terme pour ça, mais si, pour la catastrophe, bref, le collapse.
1:24:56 La collapsologie. Oui, la collapsologie, vous voyez, sympa pour nos enfants. Il n'y a qu'un système, le nôtre, celui de l'Amérique, n'est-ce pas ? Enfin, celui de l'Amérique est le modèle. Il n'est pas parfait, mais tous les autres sont pires. On va dans le mur, mais c'est la seule direction. Mais dites donc, c'est sympa pour la jeunesse. Il faut en sortir de ça. Il faut en sortir. Non, ne confondez pas le monde, la technique et la science avec le monde américain. Enfin, quand même, c'est incroyable.
1:25:27 La technologie, c'est ce qui est issu du long détour qu'a fait la technique des origines, celle du silex éclaté et qui tâtonnait, elle a pris une accélération prodigieuse dans la médecine, dans la discipline, à partir du moment où la technique a fait un détour par la théorie. En l'occurrence, par exemple, la science, la mathématique, en l'occurrence, ici. D'accord ? Mais attendez, mais l'algèbre c'est une création arabe.
1:25:59 Qu'est-ce que ça vient faire l'Amérique là-dedans ? C'est même un mot arabe, al-jabr, ça veut dire un membre luxé qui a été remis. Vous retrouvez les équations, les membres. Toute la théorie du second degré a été créée entre Alep, Bagdad et Bassora, à l'époque, le Cham, la Syrie et l'Irak, entre le XIe et le XIIIe siècle. Ça n'a rien. Arrêtez, parce qu'on est en plein de la propagande atlantiste qui voudrait se prendre le monopole comme si le progrès, la technique, et c'est pour ça que les gens sont mécontents.
1:26:37 Vous avez raison d'être mécontents du progrès, de la technique, car c'est un monde qui va à sa perte. Vous voyez l'équation, le piège ? Non. Il y a longtemps que ça a cessé d'être un progrès. Donc, voilà, je réponds d'une manière véhémente parce que je sens se multiplier, vous voyez, ceux qui profitent du fait que les gens sont malheureux pour que le mécontentement ne puisse s'exprimer.
1:27:11 Et là, vous retrouvez ce qui se passe actuellement dans les élections européennes que dans la droite, voire l'extrême droite. qui dirige l'Italie actuellement ? Quel est le parti qui vient de se renforcer aux élections espagnoles ? Là, je parle d'extrême droite. L'extrême droite en Suède, dans tous les pays scandinaves, où il n'y a pas un seul gouvernement qui pourrait fonctionner sans l'apport des voix d'extrême droite, l'Allemagne.
1:27:42 Ils ne sont pas encore au gouvernement. l'Allemagne, quand j'avais 20 ans, mais l'extrême droite allemande était entre 0,5 et 1,2 % dans ses meilleurs moments. Elle en fait 20. Ah oui, à force, je ne sais pas, de ne plus pouvoir cacher le mécontentement, ni non plus y remédier, eh bien, la seule façon de s'en tirer pour le capital, c'est de dire que la faute du mécontentement, c'est la gauche, non pas la gauche, la gauche gauchiste, non, non, c'est le progrès, la science, la raison, bref, c'est la révolution française.
1:28:18 Vous avez compris le piège dans lequel on... C'est le même procès qui a été fait dans les années 30 en Allemagne. Lisez, lisez, regardez les journaux de l'époque, ne vous croyez surtout pas sur parole pour des choses aussi importantes. Vérifiez. Comment, mais nazisme, c'est au contraire le culte de la technique taratata. C'est pas. Lisez bien. Je vous recommande de tenir entre autres un article, un magnifique article qui s'appelle « Hegel et le fascisme allemand » de Lukács.
1:28:48 Vous mettez Lukács, le marxiste hongrois. Non, non, c'est pas ses idées à lui, sinon, on dirait évidemment c'est un marxiste. Non, non, il fait que vous citez, là, dans le texte, je ne sais pas, des passages entiers des philosophes que Hitler avait placés, enfin que le régime, qu'est-ce qu'il y connaissait ? Il avait placé dans différentes universités allemandes, les contemporains de Heidegger, les Baeumler, les Krieck, qui défendent les romantiques allemands contre la rationalité française, mais regardez, si Lukács, bien différent, parce qu'il est marxiste, mais écoutez, sans doute, le plus grand spécialiste vivant en France, historien, en tout cas, celui qui connaît le mieux, la documentation nazie, je pense à Chapoutot, bien sûr qu'il n'a pas mes idées, mais je m'en moque, ce n'est pas la question, c'est sa compétence historienne qui m'intéresse.
1:29:43 Lui, il s'est battu pour accéder à des archives, et il a dit à quel point c'est difficile dans l'Allemagne d'arriver à certaines archives. Et il montre que non seulement, dans l'idéologie, il n'y a pas un culte de la technique, mais, dans la pratique, oui, ils ne sont pas bêtes, mais dans le discours, tout est fait, comme aujourd'hui, pour discréditer les notions de progrès, de science, de rationalité, et même, on va vous dire oui, mais enfin, c'est le totalitarisme, c'est l'État qui écrase l'individu, mais pas du tout.
1:30:18 Il vous montre très bien, Chapoutot qui connaît bien ses textes, que les grands dirigeants nazis ne cessent de faire des diatribes contre l'État. L'État, c'est une création française, Jacobine, de la Révolution, etc. Mais oui, mais oui, tout ce qu'on vous dit sur l'entreprise d'aujourd'hui, le libéralisme, laissé faire, laissé pisser, pardon, passer. C'est ce qui était la doctrine, n'est-ce pas, des nazis, d'ailleurs, dont ceux qui ont survécu au procès de Nuremberg se sont refait une magnifique carrière dans les écoles de gestion les plus célèbres de l'Allemagne d'après-guerre, de la Bundesrepublik.
1:30:54 Je referme ma parenthèse. Voilà. Donc, que un exécutif réactionnaire, qu'il soit de gauche ou de droite, enfin, de la gauche qui se proclame à gauche et de la droite qui ne se proclame jamais à droite, ou si peu. Eh bien, oui, non, parce que vous vous dites, mais qu'est-ce qu'il y a ? Qu'est-ce qu'il y a ? La gauche, la gauche. Allez, je vais reciter Marx. pas plus qu'on ne juge un individu à l'idée qui se fait de lui-même, on ne juge une époque sur sa conscience de soi.
1:31:32 Freud, vous voyez, mon lapsus, Marx est en train de rejoindre Freud, là. ce n'est pas dans la tête des gens ce dont je suis en train de parler. Je peux même me persuader que je suis un homme de gauche et que celui qui me critique est un homme d'extrême droite complotiste. Forcément, puisqu'il n'est pas d'accord et puisqu'il n'est pas atlantiste, donc il est complotiste. Vous savez, il n'y a plus que de système politique. Il y a celui qui nous dirige et si vous en écartez d'un millimètre, c'est que vous êtes complotiste. Essayez de ne pas être d'accord sur le conflit en Ukraine avec n'importe quel thème de l'OTAN.
1:32:06 Essayez de publier dans les grands médias, vous m'en direz des nouvelles. J'y reviens. Pas plus qu'on ne juge un individu sur l'idée qui se fait de lui-même, en juge une époque sur sa conscience de soi. Donc, la droite, la gauche, elles doivent se mesurer en fait, pas en pensée. Et voilà. Alors, je pourrais m'attarder, je rêve, je n'en manquerai pas d'occasion car ce n'est pas fini. Mais je résume l'essentiel de ma réponse à Estavisky pour lequel je remercie car il lance le pavé dans la mare et c'est ce qu'il nous fallait.
1:32:44 Sinon, comment il dit, le Diallobé là ? Si la plaie, on ne la soigne pas, se transforme en gangrène. N'est-ce pas ? donc, sautons sur l'occasion et la plaie là aujourd'hui, c'est que ceux qui ont bousillé l'école vous montent contre l'école. Eh bien, mais bien sûr, il faut supprimer l'éducation nationale et le remplacer par, comme on dit, des offices, des agences privées.
1:33:14 C'est pour vous amener à ça. C'est pas qu'on a bousillé l'école. Non, allez, arrêtez de regarder dans les États-Unis, c'était bien une époque. Moi, je ne bouffe pas de l'Américain, que de fois, j'ai dit, je bouffe de l'Atlantisme. On peut être atlantiste et malien. Il n'y en a plus beaucoup. Ou alors, ils sont émigrés dans les beaux appartements parisiens. On peut être atlantiste et taïwanais.
1:33:45 Non, non, les États-Unis sont le navire amiral. Mais, je veux dire, inversement, il y a beaucoup d'Américains qui ne sont pas atlantistes. Voilà, donc, encore une fois, arrêtons de regarder du côté qui descend et regardons du côté qui monte. Pour nos enfants, c'est quand même un peu plus motivant que de leur dire que chaque fois qu'ils mettent le pied dehors, ils avalent des particules fines. croyez que je caricature comme je suis en salle de la vérité.
L'extrême droite et les classes populaires
1:34:19 Voilà, question suivante. Merci beaucoup à Estevisky. Geoffrey Jo, les voix d'extrême droite, ce sont les voix des classes populaires. Non, il n'y a pas 15-20% de fascistes qui le soient sciemment antirépublicains. Alors, Geoffrey Jo, d'abord, je suis content de le revoir, de le réentendre, mais je ne sais pas si je comprends. les voix d'extrême droite, ce sont les voix des classes populaires. Non. Alors, c'est bien de poser la question déjà pour l'interrogation. Oui, c'est bien de rappeler qu'il ne suffit pas de faire partie des classes populaires pour être à gauche.
1:34:56 C'est très bien. Oui, il y a aussi des ouvriers qui ont voté Hitler. Surtout qu'à partir du moment où l'Allemagne a pillé tous les pays qu'elle occupait et que la richesse est arrivée en Allemagne dit que les ouvriers ont commencé à être mieux payés, mais ils ne l'ont pas désavoué. Mais ça se termine mal ces histoires. Ça se termine mal pour les ennemis de l'Allemagne et pour l'Allemagne n'en parlons pas. Non, sauf si elle est relevée de ses ruines par l'OTAN, bien sûr, qui a besoin d'ériger une barricade non pas contre le chaos qui nous envahit mais contre l'Union de République Socialiste Soviétique.
1:35:34 C'est ainsi que l'Amérique a créé le miracle allemand. Non, il n'y a pas masse, c'est ça, je ne comprends pas, il n'y a pas masse de droitistes qui le soient sciemment. Oui, je présume qu'il rebondit sur ce que je disais tout à l'heure, que quelqu'un peut se penser à gauche et être d'extrême droite sans même s'en apercevoir. Par exemple, tous ceux qui sont... J'ai vu des jeunes qui se pensent à gauche qui disent que l'homme est l'ulcère de la nature, qu'il faut liquider l'espèce humaine si on veut sauver la nature.
1:36:09 Ce n'est pas liquider les juifs ou les bolcheviques ou les judéo-bolcheviques, là ça va encore plus loin, c'est toute l'humanité. Vous voyez ? Ça veut dire que les nazis sont encore loin du compte. Et lui, il se croyait à gauche, le pauvre gamin. Il avait peur de porter son portable à sa tempe parce qu'il disait que ça donnait la leucémie. Les marchands de mort spirituels, ça commence comme ça. Je ne sais pas où est la question ou ce qui fait question. Mais on ne peut pas dire que ce sont les classes populaires qui font l'extrême droite.
1:36:42 Par contre, quand la gauche est dans l'état de désolation dans laquelle on la voit dans notre pays et dans pratiquement dans l'Europe occidentale où tout a été fait depuis que le mur de Berlin est tombé, depuis qu'il y a de partis marxistes puissants, il n'y a plus de gauche. Allez, soyons clair. Alors, attendez, je ne tranche pas sur le fond, je suis honnête. Peut-être tant mieux. Pas pour moi, mais je veux dire, je comprends qu'il y en a qui disent « c'est ça qui nous gâchait le paysage ». Mais alors, ne vous plaignez pas de ce qui se passe de l'école dans l'état où elle est, n'est-ce pas ?
1:37:17 Voilà, et puis, ça suffit de dire que c'est la gauche qui nous a dirigés. Mais non, mais non. Je veux dire, qu'est-ce que cette légende que le marxisme régnait sur l'université jusqu'à une certaine date ? Je me rappelle quand j'étais étudiant dans les années 60, en philosophie, à Paris, à la Sorbonne, on pouvait être agrégé de philo sans jamais avoir entendu parler de Marx ni d'avoir lu une ligne de Marx. Qu'est-ce que c'est que ces légendes ? Il faudrait un jour que j'aimerais consacrer toute une série de conférences à, je ne suis pas loin de Geoffrey, au besoin que ressent ce cas de plus dangereux politiquement de se faire passer pour des contestataires alors qu'ils sont le pilier de ce qui ne va pas.
1:38:05 Ils savent très bien que pour séduire la générosité de la jeunesse, il faut se faire passer pour quelqu'un qui conteste, n'est-ce pas ? Cohn-Bendit, Onfray, Onfray, qui dénigre toute l'histoire de la philosophie au profit de quelques philosophes que personne n'avait lus parce qu'ils étaient censurés, sans doute, non, c'est grave ce qu'on est en train de voir. La droite a toujours, regardez, le nouveau climat, Macron le premier dit, il y a deux camps, il y a les conservateurs et puis il y a les progressistes et lui il se met dans les progressistes.
1:38:45 Le progrès, c'est de casser l'hôpital, de casser l'école, de casser les lycées, n'est-ce pas ? De renforcer la répression policière, mais oui, et de se faire vider à coup de pied aux fesses de l'Afrique francophone. Bon, oui, il peut arriver qu'il y ait des vrais progrès. Voilà, je crois qu'on y reviendra parce qu'on tombe toujours un peu, même dans le commentaire suivant. Mounir Boubmati, bonsoir Mounir.
La fin du dollar et le concept d'Occident
1:39:15 La fin du monopole du dollar annoncé, annonce-t-elle la fin du désir déterminé de protection par tout moyen des intérêts de l'oncle Sam ? La fin du désir déterminé de... Ah oui, oui, là, je présume qu'il fait allusion à l'Occident non américain, mais aligné sur les Américains, si j'ai bien compris. la fin du... Bon, c'est intéressant de voir que cette fin du dollar qui est annoncée, on n'y est pas encore, mais je constate qu'elle va à une vitesse qu'au moins, je n'aurais même pas soupçonné.
1:39:52 Quand je vois un pays comme l'Arabie Saoudite qui est une création américaine, est-ce que les gens le savent ? Non, non, pas le territoire, pas sa religion, pas ses traditions culturelles, mais le pays comme étant nation, l'Arabie Saoudite n'existait pas. Ils étaient les tribus qui se chamaillés dans le désert, relisez l'histoire de Lawrence d'Arabie qui a été chargée comme espion de sa majesté britannique, n'est-ce pas, d'aller unir les tribus arabes pour qu'elles s'unissent et de faire une puissance qui contrebalance le vrai ennemi à l'époque de l'Angleterre qui était l'Empire Ottoman.
1:40:25 Et vous verrez que l'Arabie Saoudite est une création américaine qui a servi de flic à toute la région, n'est-ce pas ? se partageant avec Israël contre tout mouvement subversif et anti-atlantiste dans le Moyen-Orient, contre l'Irak de Saddam Hussein, contre l'Iran, contre l'Égypte de Nasser, etc. Vérifié, l'Arabie Saoudite elle-même est prête à se passer du dollar et accepter les yuan chinois pour qu'on achète son pétrole.
1:41:06 Les BRICS se réunissent à l'origine BRICS, Brésil, Russie, ça fait quand même du monde. sont prêts maintenant à se réunir autour de la création d'une monnaie commune. C'est parce que maintenant l'Amérique est devenue à ce point punitive. Si un pays n'est pas d'accord avec la politique et l'imperialisme américain, n'est-ce pas ?
1:41:36 On lui interdit d'exister économiquement. On y multiplie les sanctions. Alors, si le pays n'est pas très… sort à peine du sous-développement, ça peut lui être fatal. Avec la Russie, au contraire, n'est-ce pas ? Ça l'a renforcé. La fin du monopole dollar annonce-t-elle la fin du désir déterminé de protection par tout moyen ? C'est une très bonne question parce qu'effectivement beaucoup d'attachement aux États-Unis et encore une fois, je ne bouffe pas, je fais exprès de parler grossièrement, je ne bouffe pas de l'Américain, je bouffe de l'atlantisme.
1:42:11 Il y a beaucoup de choses aux États-Unis et pas seulement Charlie Chaplin et Clifford Brown et Kubrick, je veux dire, ou Faulkner. Il y a beaucoup de choses qui me plaisent même dans un certain fonctionnement du monde américain. Mais, d'abord, pendant longtemps, la possibilité de faire rêver, même s'il le rêve tourne au cauchemar. Mais, encore une fois, je fais le procès plutôt de l'atlantisme, mais c'est vrai que beaucoup de sympathie pour les États-Unis vient de la peur, vient du fait de se rapprocher du plus puissant, ce qui est un sentiment qu'on peut comprendre, plus puissant, mais à ce moment-là, il faut, pour perpétuer sa domination, que l'OTAN, je dis l'OTAN pour ne pas tout le temps parler des États-Unis, il n'y a pas que les États-Unis dedans, que l'OTAN, vous voyez que je ne dis pas l'Occident, le jour où on remplacera les Occidentaux par les Atlantistes, on aurait fait un grand pas.
1:43:16 Je le rappelle pour les nouveaux venus que l'Occident est un concept problématique, j'ai l'air de m'acharner, mais je ne suis pas anti-occidental, je suis contre l'emploi du mot occidental. Si on le prend en sens propre, c'est l'Ouest. Sur une terre qui ronde, dont on sait maintenant qu'elle est ronde, ça ne veut plus rien dire. Je vous ai déjà montré la dernière fois que l'Occident, que l'Ouest de l'Amérique, c'est la Russie. Placez-vous en Alaska et vous comprendrez vite ce que je veux dire. La Russie n'est même pas à 10 kilomètres à l'Ouest.
1:43:50 Mais oui, les îles de la Petite Diomède et de la Grande Diomède, n'est-ce pas, où les Américains et Russes se surveillent avec des jumelles. Bon, ce n'est pas l'Ouest, l'Occident. Ça ne veut plus rien dire, l'Ouest. La Pologne, c'est l'Ouest de la Russie, c'est l'Est de l'Allemagne. Qu'est-ce que c'est que ces notions-là ? Ah, tu ne vois pas, Pinassé, Pagani, ça veut dire, bon, ça veut dire les pays européens, tu sais bien. Bon, je croyais que le leader, c'était les États-Unis d'Amérique. Ah zut, c'est vrai, ce n'est pas en Europe, c'est de plus en plus problématique, ce truc-là.
1:44:23 Mais si, mais si, c'est les pays industrialisés, avec le Japon, c'est l'Occident. Bon, mais c'est l'extrême-Orient, peut-être ça a changé. Vous voyez bien qu'on va nulle part, avec ce mot-là. Quand un mot est comme ça, c'est qu'il n'est pas fait pour dire quelque chose, mais pour taire, pour ne pas dire atlantisme, capitalisme en économie et atlantisme en politique étrangère. Ça veut dire, vous boufferez du capitalisme ou on vous détruira. Voilà comment je réponds à la question.
1:44:54 Et c'est vrai, et c'est là, ce qui m'intéresse dans la question de Mounir, c'est qu'il y a des masses de plus en plus grandes dans, comment il disait, tu me remets un instant, le texte, le dernier texte de Cheikh Hamidou Kane. Je vais dire, les pays de ce qu'on appelait autrefois le tiers-monde, regardez comme il les appelle. Dans la cité naissante, telle doit être notre œuvre à nous tous, hindous, chinois, sud-américains, nègres, arabes, nous, les déguingandés, lamentables, nous, les sous-développés qui nous sentons gauches en un monde de parfait ajustement mécanique.
1:45:28 Et c'est vrai, merci Mounir, que dans ce monde-là qui est le plus nombreux, le dernier pays d'Afrique où j'ai vécu était le Niger. Il bat le record mondial du taux de natalité. Ah oui, ces pays-là, ça fait du monde, n'est-ce pas ? Et déjà, ce n'est pas seulement du monde en nombre d'habitants. Après tout, en nombre d'habitants, on peut les raser à coups de bombes atomiques, il y en a qui y pensent. Pendant la guerre de Corée, quand ça tournait à l'aigre pour les Américains, le général MacArthur, le glorieux MacArthur, vous savez, il a les Ray-Ban là.
1:46:02 La casquette et les Ray-Ban. Il voulait qu'on jette la bombe atomique sur la Chine. Ah non, mais je suis sérieux. Le monde libre, quand il se prend, je vous dis, c'est la liberté de l'égorgeur ou l'atomiseur, ça dépend des époques. Allez, j'y reviens. Ce qui est intéressant dans la question de Mounir, c'est d'être attentif aux changements qui sont en train de s'opérer.
1:46:36 Il se passe des choses en Afrique francophone vous m'auriez dit il y a six mois et j'aurais dit oh, on n'est pas le 1er avril et il faut que tu m'auras comme des blagues. Ça va très vite. Merci Mounir. Et je réponds oui en gros à la question. Oui et merci. Merci oui. Maxime Bratanov, bonsoir. Quelles sont d'après vous les erreurs de la pensée souverainiste intégrale qui prétend que la lutte de libération nationale est le corollaire de la souveraineté sur le travail ?
Le clivage gauche-droite est historique
1:47:08 Et la conséquence, je présume, donc le corollaire. D'accord. Alors, j'essaie de ne pas m'éloigner du sens de vos questions, de ne pas faire de contresens. Quelles sont d'après vous les erreurs de la pensée souverainiste intégrale ? Ah oui ! Donc pour vous, Maxime, c'est une erreur de la part des souverainistes intégraux, je ne sais pas très bien ce que ça veut dire, mais enfin, on va voir, qui prétend que la lutte de libération nationale est le corollaire de la souveraineté sur le travail. C'est ça que je ne suis pas sûr de comprendre. J'y reviens dans trois minutes si vous m'envoyez deux ou trois mots pour éclairer un petit peu ce que vous vouliez dire.
1:47:46 Parce que je sens que c'est important dans le débat actuel, donc je vous remercie de braquer le projecteur sur cette question-là. mais il y a encore quelques obscurités dans le projecteur. Sinon, ah ben voilà, merci beaucoup Maxime. Pour vous, il y a un clivage droite-gauche, c'était certain. Voilà, je n'osais pas, mais dans mon interprétation, c'est pourquoi certains communistes prétendent qu'il n'y en a pas écrits sur les toits qu'ils ne sont surtout pas de gauche.
1:48:16 Alors je ne sais pas de quels communistes vous parlez qui disent qu'ils ne sont surtout pas de gauche. si vous parlez de la gauche liée au nom de Mitterrand, par exemple, Mitterrand, c'est pas qui a... Regardez la photo, il est illuminé lorsqu'on lui présente le maréchal Pétain, Mitterrand, qui les voulait dehors les métèques avant la guerre, mais ça ne l'empêchera pas de créer Harlem Désir une génération après. Ils sont passés après cette gauche-là. Pas plus qu'on ne juge un individu à l'idée qu'il se fait de lui-même et encore moins à l'idée qu'il voudrait que les autres fassent de lui.
1:48:49 On ne juge une époque sur sa conscience de soi. Ce n'est pas la gauche, ça. C'est la gauche anticommuniste créée par l'OTAN. Ne me croyez pas, lisez les Américains qui ont créé Force Ouvrière. Mais je ne vous raconte pas des blagues. Le syndicat en France, il y avait deux pays les plus dangereux en Europe occidentale, la France et l'Italie, avec chacun un parti communiste où était inscrit un citoyen sur quatre. Comment vous voulez supporter un truc comme ça ? Oui, ce salopard à qui on doit, le fait que vous soyez remboursé de vos médicaments, de vos soins médicaux, et que vous ayez des congés payés, ce salopard.
1:49:35 Pour casser ça, je vous donnerai la référence qu'il y a écrit dans ses mémoires comment la CIA a créé forces ouvrières. Je ne dis pas que les gens de forces ouvrières, il y a des gens très sincères dedans qui ne savent pas tout ça. Mais comme organisation, ça a été créé pour ne pas que la CGT soit trop puissante. et puis après, c'est la CFDT qui a pris le relais vous connaissez la suite.
1:50:08 Donc, ne confondez pas les choses, n'est-ce pas ? Je ne sais pas quel communisme, par exemple, moi, oui, je maintiens et j'assume, je sais que ça passe de plus en plus mal qu'il y a une gauche et qu'il y a une droite. Et quand j'entends quelqu'un me dire que cette opposition a dépassé, je sais qu'il est de droite. Lui, peut-être, il ne le sait pas. Il dira, je ne suis pas de gauche, mais ce que je me tue à vous dire, Pagani, vous ne voulez pas comprendre, c'est que gauche et droite, ça ne veut rien dire.
1:50:38 Tout à l'heure, je veux dire, le progrès, le Diallobé qui disait je veux un enfant pour le monde, je ne sais pas qu'il soit la fusion des différentes cultures. Eh oui, ce n'est pas la terreur du grand remplacement, ce que disait le Diallobé. C'est que le monde doit s'enrichir, comment il dit, de nos mûrissements multiples. Vous dites ça, mais la droite, il n'est pas d'accord. Donc, ça existe, la gauche et la droite.
1:51:10 Eh oui, dans toute l'Europe, les gouvernements ne tiennent que parce qu'il y a en face une extrême droite qui sert de repoussoir. Comprenez bien ce qui est en train de se passer. Donc, les gouvernements actuels que certains semblent critiqués ou qu'ils critiquent même sincèrement, ont intérêt à ce qu'on parle de l'immigration, que les seuls vrais problèmes, c'est… Ah, mais dites donc ! Vous ne comprenez pas que c'est ça qui paralyse le discours politique.
1:51:44 Ah, que revienne le temps des cerises. Surtout quand elles sont mûrées bien au vu. Voilà. Pour vous, il y a un clivage droite-gauche Non, pas pour moi. C'est historique, je n'y peux rien. Moi, si je m'écoutais spontanément, j'aurais quelquefois des tentations de droite. J'ai eu mon milieu d'origine, mon éducation, voilà. Et tout, et d'en être conscient et de lutter contre. ça commence par, n'est-ce pas, le fait que tout le malheur vient de la révolution française, de la révolution industrielle, combien de fois je vous l'ai dit.
1:52:17 Ce qui est typique de la modernité malheureuse, c'est d'être contre la modernité. Ce qui est typique de ceux qui ont le plus bénéficié du progrès, c'est d'être contre le progrès. Et de vouloir que celui qui a fait 14 kilomètres avec sa femme sur le dos, je vous parlais tout à l'heure à travers la jungle ivoirienne. Eh bien, que c'est peut-être lui qui a la vraie sagesse et le vrai bonheur car les routes goudronnées, tout ça, par lesquelles il aurait pu amener sa femme à un hôpital en 20 minutes, c'est le commencement de la fin.
1:52:50 Allons donc. Oui, je vous ai fait tout à l'heure la GTM émerveillée par ce qui est en train de se passer dans la manière dont la Chine multiplie les équipements par lesquels elle sort progressivement du néant. Oui, ça, ce n'est pas populaire puisqu'il faut être, n'est-ce pas, contre le progrès technique que c'est ça qui est la source de nos malheurs. Écoutez, mettez-vous à la place du MEDEF. Le MEDEF trouve qu'il n'y a pas encore assez de gens au chômage donc si vous êtes pour la décroissance, on est fait pour s'entendre.
1:53:25 Mais vous ne comprenez pas l'équation ? Ce n'est pas compliqué. Mais c'est tellement énorme, tellement énorme. Mais on vous rabâche tellement le contraire. Quand tu as dit, ce n'est pas moi, c'est Alain avant-guerre qui disait quand un homme dit qu'il n'est ni de droite ni de gauche et qu'il est de droite, qu'est-ce que vous voulez. Ce n'est pas moi qui l'ai inventé donc ne dites pas pour vous. À l'époque nazie, c'était courant. Allez, c'est fini ces clivages-là. Maintenant, c'est l'ordre nouveau. C'est ce qu'on disait à l'époque nazie, l'ordre nouveau. D'ailleurs, on est socialiste, on est même nationaux-socialistes.
1:53:56 C'est ça qu'il disait, non ? Vous voyez bien. Allez, je conclue ma réponse à votre question avec la phrase de Goethe, la phrase que dit Dieu à Méphistophélès, si tu méprises la science et la raison, donc le progrès. Les dons les plus élevés de l'humanité, tu te donnes au diable et tu es perdu. Là, je viens de parler à un homme de gauche. Il y a peut-être d'autres questions. Amei Bourba, je suis désolé, je suis vieux et fatigué.
L'école coloniale et les cadres des libérations
1:54:29 De nombreux cadres des mouvements de libération africains ou asiatiques. Je crois que je ne le connais pas, mais je me méfie de ma mémoire qui flanche. Je crois que je me suis réjoui, je me réjouis qu'il soit nouveau. De nombreux cadres des mouvements de libération africains ou asiatiques du XXe siècle faisaient partie de ces rares enfants de colonisés à avoir pu accéder au système éducatif colonial. Ah bon sang, ça me fait respirer. Moi, je vous dis, moi qui ai appris à lire et à écrire et à apprendre ma langue et même ma culture grâce à des instituteurs béninois et togolais pour parler plus précisément. j'illustre d'abord ce que dit parce qu'il y en a qui disent il dit n'importe quoi, mais comment n'importe quoi ?
1:55:10 Ben Bella, vous savez, celui qui dirigeait le FLN au moment de l'indépendance de l'Algérie. Il était à la bataille de Monte Cassino, le Stalingrad de l'Europe du Sud. Il s'y est tellement bien comporté qu'il a eu la croix de guerre. Imaginez ce petit Algérien de rien du tout socialement parlant qui revient dans son pays avec la croix de guerre et qui se croit donc autorisé à demander timidement dans son département, vous savez quoi ?
1:55:48 Un poste de garde-champêtre. Il ne parlait pas d'indépendance. Il ne parlait pas de... Non. Il leur dit non, mais tu t'es regardé le bougnoul, là ça ne va pas, non ? Non, non, mais la place elle est prise par Hernández Pagani, parce qu'il y a pas mal de noms italiens aussi qui n'est pas la Tunisie, je ne sais rien. Plutôt Paganini, d'ailleurs, ou Paganelli. Voilà. Je profite pour répondre à quelqu'un qui m'a dit votre nom est-il d'origine corse ou italienne ?
1:56:18 Pagani, ça veut dire en italien, les païens. Enfin, en latin. Paganus au singulier, Pagani au pluriel. En fait, à l'origine, c'est les paysans. Pagus, c'est le pacage, ce qu'il y a de plus primitif, là, où les bêtes font pâturer, il n'y a même pas encore la culture du champ. Voilà, c'est ça. Donc, c'est vraiment le pébourg, le fond du panier, socialement parlant. Je ne sais pas. Encore sans doute, j'ai vu trois hommes et un berger, on disait à une époque. Et comme le christianisme s'est répandu d'abord dans les milieux esclaves, donc dans les villes, et que le paganisme, la religion ancienne, est restée longtemps dans les campagnes, paysans a fini par dire païens, tout simplement.
1:57:03 Voilà. Je referme la parenthèse, mais c'est un nom assez rare en Corse, mais enfin, je veux dire, ce n'est pas une dichotomie non italien, non corse, la plupart des noms en Corse sont d'origine italienne. La plupart. Il y a pas mal de noms en A, Baratta, Costa, dont certains, certains noms en A, ont dit qu'ils viendraient de la péninsule Ibérique, je ne suis pas spécialiste, je ne vais pas dire des bêtises. J'y reviens. Donc, Ben Bella demande une place de garde-champêtre.
1:57:35 Il dit des nombreux cas de mouvements de libération africain ou asiatique. Ah, mais. Alors, je passe de l'Afrique à l'Asie. Allez, les deux plus grands, nos deux plus grands conflits de la décolonisation, l'Indochine. Chronologiquement, il fallait commencer par l'Indochine. Ho Chi Minh, le dirigeant, le dirigeant du Viet Minh, je ne sais pas. Puis, plus tard, du Viet Cong, contre les Américains.
1:58:06 Mais oui, c'est tapé deux guerres contre les deux plus grands impérialismes, impérialisme français, guerre d'Indochine, puis l'impérialisme américain, guerre du Vietnam. Non, non, ça n'a pas fait que changer de nom. Ce n'est pas tout fait la même chose. L'Indochine comprenait, outre le Vietnam actuel, le Cambodge et le Laos. Voilà. Pardon, c'est un souci de la transmission. Je ne peux pas empêcher de laisser quelques petits cailloux. Donc, Ho Chi Minh, qu'est-ce qu'il demandait ?
1:58:36 Mais je vous pose la même question qu'avec Ben Bella. Il ne demande pas Edgar Thionpetre. Il demandait est-ce que le Vietnam soit département français ou parler d'une indépendance ? Mais oui, il avait été en France. Il a été un des membres fondateurs du parti communiste français, pas vietnamien. Il était membre, il était présent au congrès de Tours. Et il s'est dit voilà ce qu'il nous faudrait là, chez nous au pays. C'est un parti communiste. Mais pour ça, il ne faudrait pas qu'on soit une colonie où les partis soient interdits ou ceci ou cela.
1:59:07 Il faudrait qu'on ait le même fonctionnement. Bref, qu'on soit un département. Et là, pareil, on lui a envoyé les fusils et les tortures. Et il a remporté les deux grandes guerres, n'est-ce pas ? Contre l'impérialisme français puis l'impérialisme américain. Bien sûr, le Japon a dit que c'est lui qui a attaqué. Bien sûr, on est à 10 000 kilomètres de chez nous, mais c'est toujours les autres qui nous attaquent. C'est scandaleux que la Russie fasse la police sur ses frontières, mais ce n'est pas du tout scandaleux que les Américains aient fait des millions de morts 10 000 kilomètres de chez eux.
1:59:43 En Corée, au Vietnam, au Moyen-Orient, en passant. Je ne parle même pas du bain de sang de l'Amérique latine et des dictatures qu'on y a entretenues. Voilà, merci de rappeler ça. Oui, bien sûr, bien sûr. Et c'est pour ça que j'ai lu le passage. Il faut que ce soit un auteur africain qui nous rappelle l'importance de ce qu'a représenté l'école nouvelle, l'école apportée par l'envahisseur. Et là, on arrive au concept dont je voulais vous entretenir la dernière fois.
La ruse de la raison chez Hegel
2:00:17 Je n'ai pas eu le temps. Je voulais le faire cette fois-ci. Je ne sais pas. Ce ne sera pas la prochaine fois, mais je vous le dis. Peut-être le concept le plus profond de Hegel, la ruse de la raison. Alors, je vous résume très rapidement le pitch. Quelle heure est-il à peu près ? Il est bientôt 11 heures. Merci. Donc, rapidement, je ne veux pas prendre sur votre sommeil. La raison, c'est l'essence.
2:00:47 C'est la vérité. Oh, voilà des grands mots. Vous avez raison. C'est des grands mots parce que je ne sais pas si c'est le plus important. L'essence, c'est la vérité, l'essentiel. L'essentiel, par définition, c'est ce qui est le plus important. Oui, attendez. L'essence tel quel, c'est-à-dire privé de l'existence. Si la vérité est dans ma tête, mais que jamais elle ne se réalise dans le monde autour de moi, ce n'est pas la peine. Donc, l'essence, je dis ça parce qu'on caricature Hegel, d'après Hegel, il y aurait une raison qui s'accomplit dans l'histoire comme un programme informatique fait par Dieu.
2:01:27 D'accord ? Donc, ce n'est pas grave, il y a des millions, des milliards de morts, tout ça. Hegel, il s'en fout, c'est un cynique comme tous les totalitaires. Je caricature à peine ce qui s'écrit depuis 50 ans, à peu près, sur Hegel. Ce n'est pas une providence, un totalitarisme, un holisme, le règne du tout contre la partie. Non, c'est tout le contraire, c'est un matérialisme qui vient s'insinuer dans l'œuvre de Hegel au travers de ce concept de la ruse de la raison, car c'est un concept.
2:02:02 La raison étant la vérité, mais la vérité manquant de réalité, j'y arrive, c'est important, je suis en train de dire ce soir, et c'est clair, manquant de réalité. Si je dis, par exemple, la vérité, c'est que les femmes et les hommes doivent avoir les mêmes droits, pendant des millénaires, c'était une vérité, mais qui n'avait pas de réalité. Oui, pour que la vérité passe dans la réalité, ou bien on n'est pas matérialiste, et donc on attend que Dieu nous envoie sa grâce, ou bien on fait avec ce qui existe déjà, c'est là qu'on est matérialiste.
2:02:42 Or, qu'est-ce qui existe ? C'est l'exemple qu'on cite toujours pour faire comprendre la ruse de la raison chez Hegel, donc je commence par celui-là, mais on verra que c'est plus compliqué que ça. Il existe quoi à son époque Hegel ? Un petit Corse cupide et vaniteux. Mais oui, mais bon sang, quel talent il a sur un champ de bataille, celui-là, et comme un administrateur, dites-donc, les grandes écoles, la Banque de France, il peut aider la raison à rentrer dans l'existence en faisant l'état moderne.
2:03:15 C'est ça la ruse de la raison, se servir de ce qu'elle a, les ambitions d'un individu qui n'est même pas conscient qu'il bosse pour la raison. C'est-à-dire aller pour la liberté quand la raison passe en existence. Et oui, la raison, ce n'est pas les mathématiques, la physique, la chimie. Il y a de la raison là-dedans. Mais cette raison-là, je vous renvoie à Kant, on révise là, c'est l'entendement, ce n'est pas la raison. C'est le si, alors. C'est capital, tout à l'heure, j'ai dit que ce n'est pas ça, on est menacé par le chaos qui nous envahit.
2:03:46 Moi, je n'oublie pas ce que dit le père Diallobé. Mais s'il n'y a que ça, s'il n'y a que de la technologie, il y a d'immenses savants qui étaient aussi des nazis, qui avaient des sympathies pour le régime, je pense à l'un des plus grands physiciens de toute la modernité, c'est Heisenberg, qui est un des piliers de l'apparition de la théorie des quanta. Donc, voilà, je veux dire, la raison, la raison n'est pas la raison s'il n'y a pas la liberté. J'en reparlerai, parce que là, ce serait trop long si je développe, mais je vous ai dit que peut-être, j'allais dire l'essentiel, c'est le passage de l'essence dans l'existence.
2:04:26 Et pour ça, il faut qu'il y ait déjà un déjà-là matériel composé d'hommes, de femmes qui poursuivent des buts qu'ils croient être importants pour eux. Et ce qui est important, ce n'est pas ce qu'ils voulaient au départ, c'est le résultat. C'est ce qu'ils ont fait. Et quand Napoléon a contribué à créer l'État moderne, la raison dans l'histoire peut le prendre et le jeter à Sainte-Hélène. Suivant. En tout cas, merci à vos questions. Amé revient, comme j'ai bien aimé sa question, je lis « Ce renversement dialectique où le maître est déchu dans la langue même de son enseignement, belle expression, et beau retournement dialectique, ne rejoint-il pas l'expression « ce qu'on a fait de nous »
2:05:11 et « ce qu'on a fait de ce qu'on a fait de nous ». Merci beaucoup Amé, ça peut nous servir de conclusion. Et je dirais comme Hérodote, pardon de me référer encore à un grec d'être européo-centré, au moins dans cette conclusion, l'Afrique étonnera toujours. très bonne soirée, et j'espère vous voir encore plus nombreux la prochaine fois en vous remerciant mille et mille fois pour votre fidélité et pour vos commentaires qui me touchent énormément. Et merci à l'équipe technique qui est meilleure que jamais.
2:05:41 Je mets juste une petite note du mot à la fin de… Et on peut… Finir comme Beaumarchais, tout finit par des chansons. Hegel a bien dit que l'humour était toujours le dernier stade et les grandes séquences esthétiques.