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La mondanité, clé de voûte, et La Cloche fêlée de Baudelaire
0:00 Auprès de cette grotte sombre où l'on respire un air si doux, l'onde lutte avec les cailloux et la lumière avec l'ombre. Je tremble en voyant ton visage flotter avec mes désirs, tant j'ai de peur que mes soupirs ne lui fassent faire naufrage.
0:30 J'ai connu Tristan L'Hermite, qui aurait cru que l'auteur de ses vers si pleins de grâce était un homme sale et grosier. Je ne vous ai pas effrayé. C'est un lieu qui se prête au conte. Il n'est pas surprenant qu'un prince y apparaisse.
1:00 Mais je ne vous aurais pas cru diseur de vers, comme ces beaux esprits du marais que vous aimez si peu. J'en sais des milliers. J'ai été comédien quelquefois dans ma jeunesse. Et souvent, je dois l'être encore.
1:31 bonsoir chers amis je suis d'autant plus heureux de vous retrouver ce soir on dirait que je dis ça à chaque fois mais c'est qu'il y a en dehors du plaisir invariant de vous retrouver il y a toujours une raison particulière c'est que je suis aujourd'hui en compagnie d'Amélie et d'Etienne qui ont eu la gentillesse de se déplacer à l'initiative d'Amélie à l'origine qui a eu l'excellente idée de réunir plusieurs textes lesquels textes dessinent une constellation qui vient prendre sa place dans le thème que nous avons abordé la dernière fois avec lequel nous n'avons nous n'aurons pas fini aujourd'hui qui est celui de la mondanité surtout lorsqu'on l'élève non pas seulement de son statut courant
2:49 de représentation à celui de concept tel que Michel Clouscard l'a forgé et vous vous rappelez que j'ai dit et je maintiens que c'est le concept je dis pas le plus important ça veut pas dire grand chose je dis pas que la mondanité c'est plus important que les forces productives et les rapports de production mais ça c'est c'est pas des concepts propres à Clouscard Clouscard les reprend incessamment bien sûr mais ce ne sont pas des concepts proprement Clouscard directe au marx à toute une tradition pensée révolutionnaire du matérialisme dialectique ou historique non ce qui est le ce qui est sûr c'est que le concept de mondanité développe tel qu'il est développé dans l'oeuvre de Michel et et à coup sûr le plus Clouscard dit qu'on sait qu'il sert pour ainsi dire de clé de voûte comme toute clé de voûte au sens que l'architecture donne pour fonction à cet objet la clé de voûte elle est à la rencontre de force qui
4:01 s'emballe en sens inverse des fois mais pour maintenir l'équilibre du tout sans rien sacrifier de l'énergie qui est à l'oeuvre dans la construction globale pense ici aux cathédrales bien sûr donc par exemple prenez le cas de vous savez que c'est un thème un thème auquel je reviens de manière récurrente depuis depuis depuis presque le tout début de mes interventions publiques disons à partir du moment où j'ai commencé à commenter le premier texte littéraire qui nous a servi c'est pas de modèle au sens épistémologique pour dégager ces concepts je pensais à la cloche fêlée de Baudelaire où il s'agissait justement de se dire comment qui commence par une espèce de même si c'est très baudelairien bon d'une espèce de volupté de la mélancolie qui est beaucoup plus représentative de les périodes immédiatement antérieures à Baudelaire de celle de Lamartine du romantisme par exemple il est amer et doux pendant les nuits d'hiver d'écouter près du feu qui palpite et qui fume les souvenirs lointains
5:15 lentement s'élever au bruit des carillons qui chantent dans la brume voilà ça commence à qu'est ce qu'on est bien on est au coin du feu fait tout beau dehors mais il y a les carillons chantent dans la brume qui sonnent les heures qui égrènent les heures le titre c'est la cloche fêlée et voilà les quatrains écoutez ça va vite s'en sonner donc je rappelle bien heureuse la cloche on est bien heureuse on n'est pas loin du bonheur on commence bien heureuse la cloche au gosier vigoureux elle n'est pas fêlée celle-là celle de nos clochers qui malgré sa vieillesse alerte et bien portante jette fidèlement son cri religieux 1 2 3 4 5 6 sinon c'est pas un alexandrin ainsi qu'un vieux soldat qui veille sous la tente le sabre le goupillon l'église et l'armée écoutez dormez brave gens vous êtes protégés l'église vous protège du diable l'armée vous protègent du désastre matériel vous voulez mieux pour mettre un point final point à la ligne et là les tercets commencent moi mon âme est fêlée et ce moi-là et c'est pour ça que j'y reviens ça fait la continuité avec les textes caméliens réunis aujourd'hui ce moi-là c'est celui qui apparaît qui surgit pour incarner ce que j'appelle depuis notre modernité
6:32 je dis notre modernité pour ne pas dire la modernité ce serait prétentieux les historiens appellent les temps modernes n'est ce pas le moment le moyen-âge fini l'antiquité le moyen-âge et à partir de la renaissance c'est à dire de la fin du moyen-âge et une tautologie les temps modernes voilà toujours à trois temps vous remarquerez ils se sont donné le mot mais voilà il y en a pour qui la modernité ça commence au moment où on abandonne la chasse et la cueillette et qu'on se sédentarise pour faire l'agriculture très à la mode cette histoire maintenant chaque fois on recule le moment de la catastrophe il y en a pour qui la catastrophe c'est quand on a cessé de jouer du clavecin pour jouer du piano et oui comme ça c'est l'intégrisme baroque je ne parle pas du répertoire des admirables musiques n'est-ce pas composées à l'époque dite baroque timbo et alors que les musiciens de l'époque ne voyait absolument pas en tout cas pas pour parler des musiques mais mais c'était intégrisme puis il y en a j'aime pas faire des attaques ad hominem mais je crois bien que c'est Aurélien Barrau
7:45 comme on voit sur tous les plateaux il mérite un coup de griffe un peu quand même là je parle pas du savant je m'incline parce que là il ya des titres lesquels je rentre pas c'est certainement un immense physicien astrophysicien mais c'est lui c'est sous sa plume que j'ai dit que déjà déjà la chasse et la cueillette c'était une prédation vous vous rendez compte salaud de singe oui les singes dans la canopée qu'est ce qu'ils font ils passent leur temps à cueillir des fruits au lieu de respecter cet acmé de l'arbre bon voilà je veux pas ironiser je peux vous dire que la modernité je veux pas parler de la modernité en général on peut mettre le curseur où on veut celle dont je parle c'est la vôtre la mienne la nôtre celle qui commence à partir je suis désolé de me répéter pour ceux qui l'ont entendu 36 fois mais tout de même faut prendre en considération les nouvelles personnes qui viennent s'agréger à notre à nos entretiens ce qui me fait bien plaisir et donc je rappelle que pour quelque plus précis maintenant en termes historiques cette modernité sinon le mot veut tout et donc rien dire c'est celle qui
8:56 qui qu'on peut baliser à partir de la révolution industrielle anglaise la révolution politique française les deux se produisant en gros au 18e siècle en particulier dans la deuxième moitié c'est à dire dans un mouchoir de poche qui est le siècle de lumière donc ne nous étonnons pas trop si parmi les textes rassemblés la part belle pas seulement les textes qui sont un peu postérieurs d'autres un peu antérieurs puisque le spectre réuni par amélie va de molière jusqu'à Musset mais enfin la part belle est ici au siècle des lumières et c'est pas un hasard vous me direz mais ça fait quand même même pas mal temps que tu proposes parler de la modernité tu n'en parle plus de même c'est vous qui ne suivez pas si je peux me permettre mais oui je suis en train de parler du bonheur je rappelle on est en philosophie on n'est pas en histoire de littérature de discipline admirable revenons à l'essentiel philosophie
Interroger le mot bonheur : plaisir et bonheur
10:07 chercher ce que parler veut dire donner un sens plus pur au mot de la tribu qu'appelles tu un c'est des rappels que je fais à la va vite si on n'interroge pas les mots n'est pas en philosophie si on est déjà dans la chose c'est pas s'il suffit d'avoir le mot pour avoir la chose alors ben ce serait simple la vie sésame ouvre-toi et ça s'ouvre vous vous rendez compte il faut laisser ça au stade primitif l'enfance enfin il est tellement faible l'enfant que il se donne une puissance surnaturelle c'est il adore les contes ce qu'il ya de la magie là ça a un sens enfin quand même non non le mot n'est pas la chose c'est peut-être ce qu'il ya de meilleur dans foucault c'est son titre il faut juste faut être honnête mais justement on y arrive c'est le bonheur que j'interroge le mot bonheur c'est à dire c'est pas le bonheur là vous écrivez b o n h e u r non vous oubliez l'essentiel c'est les guillemets c'est à dire c'est le mot que j'interroge c'est pas la chose or pour le caractériser sous-entendu quand on veut spécifier caractériser préciser un concept c'est parce qu'on risque de le
11:17 confondre on va jamais vous demander la différence qu'il y a entre un rossignol et un éléphant risque pas de confondre mais entre un éléphant et un mammouth entre un éléphant d'asie un éléphant d'afrique vous voyez entre un python et un boa et c'est déjà plus compliqué là oui bon et sans cela c'est là qu'il faut faire intervenir des distinctions décisives or le bonheur souvent on dit bonheur le plaisir la béatitude la volupté j'en sais rien voyez tous ces mots là tournent autour un peu autour du même pot et bien la différence prenons les mots combien dénoncer le plaisir moi je dirais jamais un mot contre le plaisir je veux dire contre pourvu que ça ne nuise à personne c'est un peu dans la constitution n'est ce pas ici notre révolution la liberté consiste à faire tout ce qui ne nuit pas à autrui voilà partir du moment où personne n'en souffre on se demande pourquoi il faudrait être coupable de tel plaisir je m'excuse d'insister c'est enfoncer une porte ouverte mais ça devient et il faut de
12:29 nouveau y insister depuis que nous sommes agressés en permanence par l'idéologie dominante d'un monde dominé par des cultures protestantes je n'ai rien contre la réforme où j'ai des choses mais enfin il ya d'excellentes choses aussi dans la réforme mais enfin il ya quand même un puritanisme inhérent au monde anglo-saxon c'est ça c'est historique c'est pas moi c'est pas une opinion d'accord voilà et donc on est toujours en train de dire il faut pas jeter ça dans les poubelles c'est pas les poubelles de plastique j'ai l'air de mélanger les choses mais que ce soit la sexualité l'écologie etc il faut toujours n'est ce pas rappeler l'intégrisme pensez aux musulmans à la mer oui vous avez tort de ne penser qu'aux musulmans voilà ce que je suis en train de dire le bonheur par rapport au plaisir oui il y a du plaisir dans le bonheur je vois pourquoi je les opposerais mais il y a une différence c'est que plaisir peut être rapide évanescent même lorsqu'il atteint son paroxysme la jouissance elle peut être quasi infinie mais elle s'évapore presque aussitôt et monté sur le faîte il aspire à descendre comme on dit chez corneille alors que le bonheur regardez bien tous les textes qui parlent des moments heureux dans la vie ça toujours une épaisseur temporelle une certaine durée une
13:43 répétition souvent ça se conjugue à l'imparfait je l'ai déjà dit d'autres fois donc je m'attarde pas trop là mais vous voyez bien première détermination qui précise le concept de bonheur c'est plus une représentation maintenant c'est tout ce que vous avez comme image dans ma tête quand je dis bonheur moi aussi mais là maintenant on est en train d'élever la représentation au concept c'est un travail de philosophie première détermination déterminé fini définie limite ça veut dire le plaisir on a déjà c'est encore autre chose première détermination une certaine épaisseur temporelle il faut que ça dure ou que ça se répète ce qui revient un peu au même que la durée je répète que vous avez pris ça nous avons pris ça à l'école primaire l'imparfait étant le temps idéal pour exprimer ces époques heureuses temps où j'étais aimé temps où j'allais tous les jours je suis mauvais là je suis pas écrivain je m'arrête j'allais au chemin de l'école en chantant sous la pluie alors première deuxième raison seconde je le dis très vite un rapport je le dis directement parce que j'en ai souvent parlé un rapport positif au monde voyez le rapport avec la mondanité et oui parce que vous avez raison
14:59 d'évoquer la béatitude la béatitude des saints c'est une notion théologique comment l'appel dieu dans les religions transcendantes que ce soit l'islam ou le christianisme le bienheureux dit donc et pour l'éternité le bienheureux mais là c'est on n'est plus dans le monde ce royaume là n'est pas de notre monde mon royaume n'est pas de ce monde c'est ça les religions de la transcendance trans ça veut dire au delà c'est pas ici bas le bonheur a besoin d'un plaisir ici bas et qui dure voilà là on a les deux déterminations voyez c'est pour ça qu'il fallait que je fasse ce détour et pourquoi je parle de bonheur à propos de la mondanité parce que le bonheur un rapport nécessaire au monde je vais un peu vite aujourd'hui parce que j'avais cité voltaire dans le premier épisode de notre nouveau feuilleton l'auteur d'un ce poème qui s'appelle le Mondain où voltaire ne cesse de se féliciter de vivre à l'époque contemporaine à son époque n'est ce pas c'est à dire à la pointe du progrès de cette époque avec le confort n'est pas les beaux tapis belles femmes les toilettes les belles lumières et non pas
Le bonheur a besoin du monde : Voltaire et Rousseau
16:11 comme rousseau de la forêt de je sais pas quoi de nature du lac voilà et je vous avais même évoqué n'est ce pas l'admirable lettre à Malesherbes troisième lettre à Malesherbes de rousseau Malesherbes étant un brave homme qui jouerait ce qu'on appelle aujourd'hui un rôle d'interface entre les écrivains des lumières du 18e siècle et rousseau ont essayé de réconcilier et il avait dit rousseau expliquez vous que ce que vous trouvez dans la forêt c'était pas il maintenant ça nous semble évident à nous là dans notre société urbanisée mais à l'époque je vous rappelle qu'au 17e siècle pas longtemps avant madame de sévigné quand elle allait voir sa fille à grignan allez-y c'est une splendeur le plus beau château de la france du sud le château de grignan quand elle allait voir sa fille à grignan quand elle revenait il faut bien passer par les alpes c'est le circuit de l'autoroute à 6 à 7 et madame Sévigné quand elle voyait arriver les montagnes elle tirait le rideau dans la diligence c'était l'horreur la montagne et oui c'est nouveau c'est à partir de la Nouvelle Héloïse dans rousseau vous avez la Nouvelle Héloïse un admirable passage sur
17:25 ce bonheur qu'on éprouve qu'en haute altitude c'est la première fois et c'est pas un hasard c'est à ce moment là que le tourisme alpin va commencer les anglais à essentiellement voilà première ascension du mont blanc monsieur Whymper au 18e siècle tout ça se tient qu'est ce qu'on est en train de voir au lieu de citer le Mondain qui est un poème médiocre Voltaire est c'est d'immense qualité d'écrivain et est insolent dans sa prose et dans sa verve et dans sa correspondance dans ses contes c'est pas extraordinaire correspondance une dizaine de milliers de lettres mais par contre je veux dire poésie d'abord le 18e siècle général est notre siècle le plus faible en poésie citez-moi les grands poètes du 18e siècle oui le siècle d'avant il y avait l'apogée de la poésie dramatique dramatique j'ai pas dit tragique ça peut être comique voire molière drame ça veut dire action bref du théâtre en vers en vers ou pas mais enfin la plupart du temps en vers racine corneille pour ne parler que des plus célèbres de l'époque molière j'ai après après 18e il y aura la fontaine miraculeuse la poésie
18:35 romantique puis la poésie parnassienne puis la poésie symboliste baudelaire verlaine rimbaud Mallarmé 19e siècle si on fait un peu de littérature si andré chénier oui oui oui oui oui oui celui qui a dit sur des pensers nouveaux faisons des vers antiques oui prudent quand même bon mais sinon les poètes les plus célèbres à l'époque c'est Delille et Roucher vous les connaissez pas mais personne les connaît qui relit Delille voilà c'est des pastorales des sens là donc Voltaire toute sa vie arrivait arrivée il a écrit plein de pièces de théâtre il rêvait d'être Racine il n'est jamais arrivé et il en est conscient pas idiot et par contre je vous avais cité un extrait de la lettre sur le commerce dans les lettres anglaises à l'époque où l'angleterre est le phare de la modernité de l'époque le pays qui qui est la référence je peux pas répéter mais quand même il y a de nouveau je le dis plus rapidement modèle économique première nation commerciale au monde lettre sur le commerce
19:47 Voltaire dit je ne sais pourtant qui est le plus utile à son pays qu'on parle de modèle français qui méprise le commerce l'aristocrate qui ne pas travailler par même pas travailler avec ses mains n'en est pas question mais même pas même pas l'entreprise je ne sais pourtant qui est le plus utile à son pays ou un seigneur bien poudré qui sait exactement à quelle heure le roi se lève à quelle heure le se couche tout en se donnant des airs d'esclaves dans l'antichambre d'un ministre ou un négociant qui de son cabinet donne des ordres à Surate et au Caire et contribue et c'est la chute au bonheur du monde alors là vous avez le monde et le bonheur écoutez vous avez la bulle de champagne qui explose à la fin du texte de Voltaire ces couleurs d'or ça c'est le cas de le dire parce que c'est c'est un capital qui qui fructifie avec le travail du commerce voilà il ya presque déjà une appréhension de la théorie contemporaine du ruissellement dont on atteint on attend toujours les premières coulées soit dit en passant on aimerait bien voilà mais mélangeons pas tout donc vous voyez le rapport on retrouve ce compagnonnage du concept de bonheur et
21:03 de celui de mondanité le bonheur doit avoir une relation au monde en prison je peux avoir la paix si je suis un extraordinaire sage méditation je peux avoir la paix si je suis un religieux ou un mystique je peux mériter le salut tout ça ça se ressemble à l'origine c'est dire la santé à salut et on dit encore salute en italien ça veut dire à votre santé salud en espagnol voilà sa santé et Heil et oui oui le hail et la Hitler Heil c'est la santé vive santé à oui c'est le hello c'est le hail qui va donner le hello anglais tout ça c'est la santé qui dans l'acception populaire et la pator est une des composantes nécessaires du bonheur allez parler du bonheur de celui qui souffre d'une rage de dents voilà donc oui un bonheur suppose un rapport positif au monde et que ce rapport positif ne dure pas que l'espace fugitif de la jouissance de la seule jouissance
22:17 voilà nous avions rappelé tout ça et bien écoutez je veux pas rester assez d'un abstrait nous allons maintenant voir qu'il ya bien des manières de déplacer le curseur n'est ce pas entre la polarité plaisir la polarité bonheur enfin bref la modernité se déploie sur toute l'étendue du spectre et nous allons commencer par un texte oui je suis pas l'ordre chronologique pourquoi ce sera un petit peu linéaire on va commencer par un texte d'autant plus populaire qu'il a été écrit au théâtre et que il s'agit de Cyrano de Bergerac bien sûr d'Edmond Rostand qu'il a dédicacé à Coquelin Coquelin était un immense acteur de l'époque qui est le premier à incarner le rôle de Cyrano et dans sa dédicace Edmond Rostand dit c'est à l'âme de Cyrano que je voulais dédier ce poème mais comme elle est passée en vous Coquelin c'est à vous que je la dédie voilà et entre temps c'est devenu de plus populaire qu'elle est passée au cinéma avec Depardieu voilà
Cyrano de Bergerac : « Délabyrinthez vos sentiments »
23:28 je veux dire je vous aime et dans Cyrano bien sûr le personnage principal est Cyrano lui-même qui avant à d'abord et avant tout un poète et qui s'est pris d'amitié avec un jeune homme un jeune jeune petit nobliau de l'époque qui est dont il voit qu'il est amoureux de la femme pour laquelle Cyrano il n'est pas le seul beaucoup de gens en pince comment dire en langage châtié la belle Roxane voilà je vais vite et sauf que ce jeune homme il ne sait pas parler aux femmes tu vois il est un peu empoté et timide il est un peu brut de coffrage c'est ce qu'on va voir à scène qui vient et à cette époque là c'est un handicap insurmontable c'est terrible pour ce jeune homme mais c'est l'époque des précieuses on disait pas tenez voilà un fauteuil on disait tenez voilà les commodités de la conversation oui on passait par une périphrase c'est ce qui a inspiré bien sûr à Molière la la fameuse pièce les précieuses précieuses ridicules ne soyons pas injustes car cette préciosité a quand même une vertu il a fallu vous savez à l'époque où les scènes de ménage commençaient par un poing dans la figure de la femme de la part de son vigneron ou de son
24:53 maçon de mari il a fallu bien du temps avant que ça s'est fait pas fait le changement s'est pas fait les 31 décembre à minuit mais enfin avant que sous l'influence en particulier d'Aliénor d'Aquitaine la galanterie commence à rentrer dans les mœurs c'est quand même un progrès donc les précieuses exagèrent un petit peu n'est ce pas dans cette dans cet excès de manérisme je prends ici dans le sens courant pas dans le sens de l'histoire de l'art c'est pas du tout un défaut mais voilà mais sinon ce qui est important c'est qu'à l'époque un homme n'avait aucune chance s'il ne savait pas comme on dit à l'époque réciter la carte du tendre c'est à dire oui vous diriez baratiné oui mais non parce qu'un baratin ça peut être un peu le bidas qui dit n'importe quoi dans le wagon pour faire rire non excusez moi il n'y a plus de service militaire il n'y a plus de bidas dans les wagons mais voilà pourvu que comme disait Stendhalouf et très heureux une femme vous êtes dans son lit je ne sais pas si c'est vrai je ne veux pas vous envoyer au casse-pipe non plus je vous dis ce qui est non pas seulement ce qui se dit mais ce qui s'écrit
26:03 voilà mais enfin il fallait élaborer un discours qui suppose des codes vous voyez c'est ça qui est important le jeune homme il ne les a pas c'est un jeune soldat par contre Cyrano il est le champion du verbe mais il est laid c'est son fameux nez n'est ce pas aimez-vous à ce point les petits oiseaux que tendrement vous vous préoccupâtes de tendre un perchoir à leurs petites pattes je ne vais pas vous faire toute la tirade du nez mais enfin voilà et ben voilà voilà le pitch si vous voulez comment dire aujourd'hui n'est ce pas Cyrano va servir de parolier au jeune soupirant qui va au balcon comme ça parler d'amour à Roxane mais c'est pas lui qui parle c'est Cyrano on ne le voit pas dans l'ombre elle va croire que c'est le jeune homme parce qu'elle aime bien il est blondinet elle aime bien mais elle ne peut pas lui accorder la moindre faveur tant qu'il se passe son temps lui dire simplement je t'aime oui oui mais je t'aime beaucoup bon oui mais c'est ce qu'on va voir d'accord alors
27:13 trouvez-le où qu'il soit dites-lui que je veux ce soir même combler le plus doux de mes voeux les beautés qu'il a su depuis deux jours m'écrire je veux tout près de moi me l'entendre les dire venez vite j'y vais ne manquez pas ces singes ou voyez leur toi arrêt entourée de la vous abbeïonner pour que votre métal ne troublera pas les baudis coup petit brutal c'est ce soir où jamais préparé ta mémoire le moment est venu de te couvrir de gloire quoi Quoi ? Qu'écris-tu encore ?
27:55 Les mots que tu vas dire, il va falloir parler. Quoi ? Oui ! Elle désire te voir enfin de près. Ne perds pas de temps. Tiens, voilà le début, assieds-toi et apprends. Non. Apprends ta leçon ! Non, je n'apprendrai rien. Je suis las d'emprunter ces mots qui sont les tiens. Maintenant, je le sais. Oui, je sens qu'elle m'aime. Mais si je n'ai plus peur, je vais parler moi-même. Ah oui ? Et qui te dit que je ne saurais pas ? Je ne suis pas si bête à la fin, tu verras. Oui, mon cher, ton exemple a été profitable. Je saurais parler seul. Et de par tous les diables, je saurais bien toujours la prendre dans mes bras. Parlez tout seul, monsieur.
28:25 Attends, ne t'en vas pas. Bouche vermeille au doux sourire, Bouche d'un tour si gracieux, Bouche qui dit ce qu'il faut dire, Bouche qui dit moins que les yeux. Beaux yeux dont l'atteinte profonde trouble des cœurs incessamment, Le doux repos qui ne se fonde que sur un si doux mouvement.
28:55 Bouche, la merveille des bouches, Bouche au parler délicieux, Bouche à donner de l'âme aux souches. Bouche qui n'est que pour les dieux.
29:26 Et qui brage ! Bonsoir, bonsoir. Christian, vous êtes là ? C'est moi.
29:56 Non, attendez. L'air est doux. Il fait nuit. Nous sommes seuls. Venez. Asseyez-vous.
30:26 Parlez. J'écoute. Je vous aime. Oui, parlez-moi d'amour. Je t'aime. C'est le thème. Brodé. Je vous... Brodé. Je t'aime tant. Sans doute, et puis... Et puis, je serai si content si vous m'aimiez. Dis-moi Roxane que tu m'aimes. Vous m'offrez du brouet quand j'espérais des crèmes.
30:59 Dites un peu comment vous m'aimez. Mais... Beaucoup. Oh, délabyrinthez vos sentiments. Ton cou. Je voudrais l'embrasser. Christian. Je t'aime. Encore ? Non. Je ne t'aime pas. C'est heureux. Je t'adore. Oh non. Pardon. Je deviens sot. Et cela me déplaît. Comme il me déplairait que vous devinssiez laid. Mais... Allez rassembler votre éloquence en fuite. Écoutez. Vous m'aimez, je sais. Adieu. Pas tout de suite. Je vous dirai. Que vous m'adorez.
31:29 Oui, je sais. Non, non. Allez, vous en. Mais je... C'est un succès. Premier rendez-vous. N'est-ce pas ? Premier rendez-vous. Il commence par là. Je t'aime. Le soir est tombé. Ils sont sur un banc tous les deux. Je t'aime. Brodé, lui dit Roxane. Oui, vous voyez la métaphore. Brodé. Il en faut des coutures.
31:59 Alors, Christian. Je t'aime tant. Pour faire un effort. Je t'aime tant, Roxane. Sans doute. Et puis... Et puis, je serais si content si vous m'aimiez. Dis-moi, Roxane. Allez, vous voyez. Tue-toi. Il va fouiller un pauvre vieux. Dis-moi, Roxane, que tu m'aimes. Roxane, avec une moue. Vous m'offrez du brouet quand j'espérais des crèmes. Le brouet, c'est une soupe qui s'est un peu gâtée. C'est un peu fermenté.
32:29 Vous m'offrez du brouet. C'est mal barré. Quand j'espérais des crèmes. Dites un peu comment vous m'aimez. Mais beaucoup. Oh ! Délabyrinthez vos sentiments. Vous avez déjà conjugué le verbe délabyrinther à l'imparfait du subjonctif. Écoutez, franchement. Vous voyez les précieuses. Je vais vous faire une confidence. C'est une petite coupe.
32:59 J'étais en seconde en Côte d'Ivoire. Nous étions six ou sept français. Et nous travaillions. J'espère qu'en entendant lui. Le texte d'Edmond Rostand. Cette scène précisément. Et il faut voir l'éclat de rire de mes camarades africains. Lorsqu'ils ont entendu ce mot. Et à partir de là. Parce qu'ils ont vite une complicité de potache. N'est-ce pas ? Lorsque l'un d'entre nous, un élève, allait appeler par le professeur pour réciter la leçon qu'on était censé savoir par cœur et qu'il n'avait pas appris sa leçon.
33:37 Il restait un peu à bafouiller dans les questions que lui posait le maître, le prof. La classe en chœur disait. Mais délabyrinthez vos sentiments. Voyez. Quand même. Alors. On va voir comment il se délabyrinthe l'autre là-bas. Alors Christian. Didascalie. Les indications. Qui s'est rapproché. Dévore des yeux la nuque blonde. Ton cou. Je voudrais l'embrasser. Roxane. Christian.
34:08 Je t'aime. Encore. Le bord de se lever. Christian la retenant. Non. Je ne t'aime pas. Ah ben c'est heureux. Je t'adore. Oh. Oui. Je deviens sot. Et cela me déplaît. Comme il me déplairait que vous devinssiez laid. Ah. Regardez. C'est intéressant le parallèle. C'est intéressant. Vous ne savez pas parler donc vous n'êtes pas beau. Ça revient un peu à ça l'équivalent. Vous voyez.
34:38 Vous me direz qu'il y a une différence de classe. Ben oui. Évidemment. Mais mettez-vous la place d'une jeune femme de l'époque qui avait à peu près réussi à ne pas tout à fait ruiner sa vie. n'est-ce pas ? Les misères, les grossesses, les maladies. Et elle n'a pas envie non plus, n'est-ce pas, de revenir au dénuement. Voilà. Oui. C'est un peu un signe extérieur de richesse, comme on disait à une époque.
35:09 Voilà. Je termine cet extrait sur cette équivalence, au sens presque mathématique de la relation d'équivalence, entre la puissance de séduction et la maîtrise du discours. et d'un discours du code. Vous voyez ? Le code dans ce sens-là.
35:39 C'est-à-dire celui qui précède l'être, n'est-ce pas ? Ah oui, avant que je sois encore gamin, que je n'ai pas encore approché la gent féminine, enfin, l'inverse, si je suis une femme, n'est-ce pas ? Le code était déjà en place dans la société où j'entre. C'est-à-dire, le code précède l'être. Alors, on a commencé par une conception apparemment légère de la mondanéité, la préciosité, qui a, qui part des historiques, qui a surtout son apogée au XVIIe siècle, sous Louis XIII.
Pouvoir faible, culture centrifuge : des précieuses à Versailles
36:20 Je vous le dis parce qu'il y a ici un clivage important à faire. On dit souvent, le XVIIe siècle, le siècle du roi soleil, ou encore le siècle du classicisme, ou encore le grand siècle. C'est ce qu'on entend le plus souvent. Ça, c'est quand on le voit d'un peu loin. Dès qu'on regarde de près, c'est beaucoup plus complexe et déphasé, le XVIIe, selon qu'on parle de la période Louis XIII ou la période Louis XIV. Je vous dis tout de suite, ce n'est pas symétrique, ce n'est pas moitié-moitié, il y a un tiers.
36:53 Le Louis XIII et deux tiers de ce siècle, qui se passe le plus long règne de l'histoire de France, n'oubliez jamais, sous Louis XIV. Aucun roi, empereur, aucun Napoléon, aucun président de la République, n'a jamais régné aussi longtemps que Louis XIV, sur la France, sur les Français. Donc, ce n'est pas le cas de l'époque des précieuses. Il y a une grande instabilité politique. Il y a des rois qui meurent trop tôt, donc des enfants trop jeunes pour régner. Et donc, on instaure ce qu'on appelle une régence, quelqu'un qui règle les affaires, n'est-ce pas, en attendant que le roi soit en âge de régner.
37:29 Et la première régence, c'est le cardinal de Richelieu, puisse, pour Louis XIII, puis ça va être le cardinal Mazarin, Mazarin, celui qui vient d'Italie, celui qui disait, « L'oignon fait la force », il fallait manger beaucoup d'oignon. Non, je plaisante, mais les Français plaisantaient comme ça, parce qu'il avait l'accent italien, et il voulait dire, « L'union fait la force ». Avec le cardinal scientifique, « L'oignon fait la force ». Mazarin, qui a dû en mettre pas mal de côté, quand même. Non, mais moi, je ne l'en veux pas, parce qu'il a quand même pas mal travaillé pour le royaume. Attention, moi.
37:59 Enfin, comme vous voyez, vous allez à Paris, face au Pont des Arts, vous voyez la bibliothèque mazarine, c'est-à-dire, c'était la maison de Mazarin. J'ai des goûts simples, mais ce serait la maison de mes rêves dans Paris. J'ai de quoi loger, 325 amis, c'est surtout pour les amis, c'est pas pour moi. Bon, c'est extraordinaire. Voilà. On met le méritable. Dedans, il y a l'Institut et l'Académie française. Soit dit en passant. Et sans doute une des plus belles bibliothèques qui soit au monde, la bibliothèque mazarine. Donc, instabilité politique.
38:29 Le roi a failli être lynché par les troubles de la Ligue, de la Fronde, de la Révolte, le dernier, le dernier soubresaut de la Grande Féodalité, avec la morgue et l'arrogance, comme c'est pas un roi, qui est Primus Inter Pares, le premier parmi les pairs. C'est un d'entre nous, puis c'est tout. Mais, qui t'a fait roi, comme on disait à une certaine époque. Messieurs, mort à Mazarini. Mort ! Mort à Mazarini ! Mort ! Mazarini !
39:07 Apprends à lire, imbécile, c'est écrit, c'est signé Gaston d'Orléans, le pouvoir a changé de main. L'Espagnole au couvent, et Orléans pour diriger les affaires de la France. Arrêtez ! C'est un ordre ! La famille royale ne rejoindra pas Mazarin. Elle ne fuira pas devant les Parisiens. Majesté, pourquoi serrez-vous les poings ?
39:37 Pour rien, monsieur. Et voilà que maintenant, la monarchie absolue commence à pointer, n'est-ce pas ? Quand Richelieu interdit les duels, vous ne vous rendez pas compte ce que ça veut dire, parce que la noblesse qui règne depuis des siècles dans le Royaume de France, l'aristocratie, elle est guerrière dès son origine. Vous lui enlevez l'épée, mais vous la castrez. C'est une castration ! Vous faites du guerrier un mouton !
40:07 C'est quoi ? Ça veut dire ça ! Il interdit les duels. Une des plus grandes familles de France, Cinq-Mars, en disant, vous avez bien montré cette espèce de curé en robe rouge, je vais lui montrer ce que c'est que la noblesse française. Il a été décapité. Ça a été traumatique. Vous voyez, l'instabilité politique. Pourquoi je m'attarde là ? Je parlais des précieuses.
40:38 Pourquoi j'en suis à la politique ? Parce que c'est une loi. Lorsque le pouvoir est faible, la culture est centrifuge. Elle n'est plus à la cour, ce qui va être le cas. À la période suivante, sous Louis XIV, alors là, là c'est tout le contraire de l'instabilité politique, je vous l'ai dit. Plus long règne de l'histoire de France. Aujourd'hui, la face du théâtre change. Jusqu'à ce jour, j'ai laissé gouverner mes affaires par mes ministres sous la direction de Feu le Cardinal Mazarin.
41:16 Désormais, je régnerai seul. Je gouvernerai par moi-même. Vous m'aiderez de vos conseils quand je vous les demanderai. Je vous ordonne de ne rien signer. Pas même un passeport sans mon commandement. Vous savez mes volontés, messieurs. C'est à vous maintenant de les exécuter. vos guerres là entre le grand seigneur, machin, et vos rivalités, c'est fini.
41:48 C'est fini. On ne fait pas la guerre dans le monde ou en province. D'ailleurs, j'agrandis les ailes du château. Je vous tiens à l'œil. Je vous donne du Molière, du Racine, la musique de Lully, des ballets, des jets d'eau, des feux d'artifice. Monsieur Le Vau, monsieur Le Nôtre, je veux un jardin féerique. Des parterres, des bassins, des fontaines, des forêts. Tout doit se construire à partir de cette perspective. Plate, sire.
42:18 La campagne de Versailles est désespérément plate. Le sol est en cloaque. Sur les collines, il y a les arbres, mais là, partout, ce ne sont que marais. La nature se plie comme les hommes. Je le veux, vous le ferez. Mettez mille, trois mille ouvriers s'il le faut. Plantez des arbres adultes. Ici, nous construirons un canal large comme une mer. J'y ferai voguer mes galères. et les statues. Le Vau, les statues, nous en reparlerons. Les groupes dans les bassins aussi.
42:50 Là, nous construirons un labyrinthe où me perdre avec qui rêve de me retrouver. À côté, le théâtre de Verdure pour les pièces de monsieur Molière. Il me fera des fêtes sans rival. Molière, rapprochez. Il faut déjà songer au divertissement, quelque chose d'enlevé, de fringant. Voyez avec lui, il sait comment me plaire. Oui, il me chantera la musique, je dirai le canevas. Certainement, je m'y emploierai, sire. Écoutez-le. Il mettra de la musique sur vos mots comme il en met sur mes rêves.
43:20 Nous allons faire danser ce marais, danser tout ce royaume. Nous donnerons des bals comme personne n'a jamais osé en rêver. Des illuminations à faire palir les étoiles. Nous chanterons la vie, l'amour. Un reflet du paradis d'avant la faute. Voyez, à ce moment-là, la culture redevient centralisée.
43:50 Avant Versailles, ce n'est pas le cas. Et donc, les précieuses et l'illustration de cet éparpillement de la culture dans les salons. Dans les salons parisiens, pas à Versailles, dans les salons parisiens. Je le dis parce que ça reviendra au XVIIIe siècle, à partir du moment où, sinon, instabilité politique, après la poigne et le rayonnement de Louis XIV, lorsque ce sera Louis XV qui n'est préoccupé que de lutiner s'est nain fait dans les châteaux.
44:25 Je n'ai rien contre, je ne fais pas la morale. Mais je veux dire, la Cour n'exerce plus l'attraction. qu'elle avait au grand siècle. Et à ce moment-là, comme par hasard, on entend parler des salons et des cafés. Regardez vos manuels de littérature. Les philosophes des Lumières préparent la révolution dans les salons et les cafés. Mais oui, le café, c'était le bédo de l'époque. Je ne ris pas. Il y a quelque chose de subversif dans le café. Je joue sur le mot.
44:57 Le café, le produit, mais aussi l'endroit où l'on prend le café. N'est-ce pas ? Ça nous vient d'Orient, ça. Eh bien, tout le monde ne le sait pas. On sait que ça vient du monde oriental, des Arabes, n'est-ce pas ? Ça vient d'Éthiopie, exactement. Ce n'est pas le monde arabe. Enfin, Moka, import-export. Les Arabes, ils font la navette, n'est-ce pas ? Grâce aux Arabes, le café d'Éthiopie est arrivé en Europe et d'abord, à la porte de l'Orient, en Europe, c'est Venise. Et le premier café, c'est le café Florian, à Venise.
45:27 Pourquoi je fais ces détours sur le café ? Parce qu'au début, les imams, dans le monde arabe, voulaient interdire le café. Alors que maintenant, les Arabes sans café, c'est comme un été sans soleil. Vous voyez ? Voilà. Donc, que la culture soit dans les salons et les cafés et que c'est là que se soient préparés à la révolution, les cafés s'est-là, je pense au café Procope à Paris, où Diderot et Rousseau, il y en avait pas mal aussi autour du jardin du Palais Royal. Vous voyez ? Voilà.
45:57 Une culture décentralisée. Donc, les précieuses ne retireront pas tout à fait la pierre. Mais enfin, je veux dire, on a pris un petit peu la modernité à l'époque où elle commence à peine à envahir la classe moyenne, ça ne veut pas dire grand-chose à l'époque, mais elle commence un petit peu à descendre de la vie. la raideur qu'il y a à la cour. Voilà. Alors, étape suivante, je reste dans le XVIIe siècle, le texte de Cyrano par lequel on a commencé est écrit, bien sûr, au XIXe siècle, vous le savez, mais l'action est censée se passer justement sous Louis XIII, à l'époque des précieuses, n'est-ce pas ?
Les Femmes savantes : l'âme et le corps
46:39 D'ailleurs, il y a dans Cyrano des épisodes qui font allusion à la guerre que mène à ce moment-là le royaume de France contre l'Espagne ou contre l'Autriche, ce royaume même, à l'époque. Puisque d'ailleurs, Christian est blessé au siège, n'est-ce pas, d'Arras. Quand les Espagnols rendront Arras, les souris mangeront les rats. Eh oui, c'est le Bakhmout de l'époque. Alors, mais voilà que on retourne au XVIIe siècle, mais l'autre est du XVIIe, celui qui succède, celui des précieuses.
47:12 Mais le mouvement féminin a un nouvel avatar. Ce n'est plus la préciosité, c'est les femmes savantes. C'est-à-dire, il y a eu une révolution scientifique qui a précédé la révolution industrielle. fin XVIe, début XVIIe, Galilée, qui va culminer, qui culmine à Newton, vous voyez, au XVIIIe siècle. Entre XVIIe et XVIIIe siècle. Et pour longtemps, il faudra attendre Einstein et la relativité pour qu'il y ait de nouveau en physique.
47:42 On reparaît un peu tout de même l'électromagnétisme. Mais enfin, ce n'est pas notre sujet. Donc, au XVIIe siècle, voici qu'il y a de nouveau une menace pour ce qui avait été jusqu'ici un équilibre. Des genres, des sexes, appelez ça comme vous voudrez. Nous avons, c'est l'occasion pour Molière, qui est donc, alors lui, en plein siècle, classique, et non plus, comme sous Louis XIII, période qu'on pourrait dire baroque, instable, beaucoup plus complexe, finalement.
48:25 Où l'Alexandrin, les douze pieds du vers français, va atteindre, sans doute, son apogée. Vous avez les femmes savantes. Alors, on va dire, oui, ça y est, Molière, finalement, c'est bien un idiot de macho qui ne supporte pas que les femmes fassent des mathématiques. Commençait pas à écouter Caroline Fourest. Ou, non, c'est assez ancien déjà, c'est Sandrine Rousseau maintenant, non ?
48:55 Bon, je suis désolé de faire de la publicité à des gens qui n'en valent pas la peine. Mais enfin, j'ai dit que j'aime pas les attaques ad hominem, encore moins ad feminem. Alors, ce que je veux dire, c'est que, vous allez voir, le point de vue de Molière, comme souvent, est beaucoup plus complexe et subtile à préciser. Car il y a les femmes savantes, que Molière ridiculise, et il y a aussi l'inverse, c'est le mari de la principale des femmes savantes, la maîtresse de maison, Philaminte, la mère des autres filles, qui, le mari, Chrysale, qui lui, Molière, ne lui donne pas la part belle.
49:39 Il lui fait dire à un moment donné, dans cette maison, on sait comme vont lune, Mars, étoile filante, et nul ne s'occupe de mon pot dont j'ai besoin. C'est un peu réducteur, n'est-ce pas, de limiter la femme à s'occuper du pot. Vous voyez, Molière, ça lui fait rire à la salle aussi, génial, n'est-ce pas. J'ai même prof, petite parenthèse, qui était agacé quand on mettait toujours le mot génial dans nos sensations de l'adolescent, dans les enthousiasmes, et pour nous modérer, nos ardeurs, il disait arrêter avec ce mot-là, il y a un génie, Molière.
50:12 L'une des filles de Philaminte, donc une des femmes savantes, Armande, qui a été, on l'apprend au cours de la pièce, avant que la pièce ne commence, a été longuement courtisée par le héros positif de la pièce qui est ce point de vue équilibré. Comme ce n'est pas le passage que je vais lire, je vous le dis avant. Lorsqu'il dit justement à Henriette, la seule des filles de la maison, des filles de Philaminte qui est normale, qui veut un mariage, des enfants, un mari, nous allons voir que ce ne passe pas comme ça, auprès des femmes savantes, que c'est déjà une dégradation, où il y a des côtés d'un certain féminisme bourgeois d'aujourd'hui, si vous regardez bien.
50:56 Donc, à un moment donné, Clitandre s'explique, il est très clair, il dit, je consens qu'une femme ait des clartés de tout. Vous voyez, ce n'est pas un béotien, ce n'est pas un iconoclaste, je consens qu'une femme ait des clartés de tout, mais je ne lui veux point la passion choquante de se rendre savante afin d'être savante. Et j'aime que souvent aux questions qu'on fait, elle sache répondre dans des choses qu'elle sait, sans citer les auteurs, sans dire de grands mots, et clouer de l'esprit à ses moindres propos. Je respecte beaucoup Madame votre mère, puisqu'il parle à l'une des filles, avec laquelle il a un amour partagé, on n'est pas dans Racine, mais je ne puis du tout approuver sa chimère et me rendre l'écho des choses qu'elle dit aux encens qu'elle jette à son héros d'esprit.
51:43 Son héros d'esprit, c'est le fameux trissotin qui est le mondain de l'époque, le poète qui dit n'importe quoi dans les salons, pourvu qu'il ait de quoi manger, qui vient un petit peu parasiter les bonnes maisons. Aux encens, elle jette à son héros d'esprit son monsieur trissotin me chagrine, m'assomme. Et j'enrage de voir qu'elle estime un tel homme, un benet dont partout on siffle les écrits, un pédant dont on voit la plume libérale, ça veut dire qu'il en écrit beaucoup au kilomètre, d'officieux papiers fournir toute la halle.
52:14 Voilà, je m'arrête là. Donc, à partir de là, je reprends mon fil. Armande a été connu, courtisé pendant longtemps par Clitandre, en français, en bon français, on dira elle l'a envoyé sur les roses. Elle a fait la coquette. Et voilà que Armande vient d'apprendre que Clitandre s'est consolée avec sa sœur, Henriette, je vous dis, la seule normale dans la maison. Un amour partagé. Et là, elle est furieuse. Mais elle ne le dit pas, elle est trop fière. Elle est coquette. N'est-ce pas ?
52:45 Et elle en veut à sa sœur de vouloir se marier. Elle va jusqu'à dire « Vous ne voyez pas tout ce que ce mot a de dégoûtant à quoi la braverie est très bon. Moi, ce que je vois, c'est un mari, des enfants, un ménage. » Ah, peut-on y tenir ? Vous voyez, le puritanisme, c'est curieux. On revient aujourd'hui. Puritanisme, écologie, féminisme, féminisme bourgeois. Moi, je trouve qu'il y a encore beaucoup à faire pour que les femmes gagnent autant que les hommes pour les mêmes fonctions.
53:16 attention, il ne faut pas mélanger les féminismes. Là, je reviens à ces excès, enfin à ces excès, à cette déviation, à ce prétexte. Parce qu'en fait, elle aurait bien voulu qu'être continué à être courtisé, quitte à l'envoyer au casse-pipe, à Clitandre. Mais voilà. Toujours est-il que quand elle apprend qu'il est prêt à se marier avec sa petite sœur, alors là, tout d'un coup, elle est prête à accepter, mais c'est un peu tard, de céder des faveurs à Clitandre.
53:56 Alors, celui-ci lui répond, écoutez, je ne vais pas parler à sa place. C'est admirablement joué dans des représentations de la comédie française que vous pouvez trouver en ligne d'ailleurs. Et on va passer en extrait la réponse que fait Clitandre à Armande qui, décidément, aurait dû s'y prendre un peu plus tôt. Voilà. Appelez-vous, monsieur, être à vos voeux contraires que de leur arracher ce qu'ils ont de vulgaire et vouloir les réduire à cette pureté où du parfait amour consiste la beauté.
54:29 vous ne sauriez pour moi tenir votre pensée du commerce des sens nette et débarrassée. Et vous ne goûtez point dans ces plus doux appâts cette union des cœurs où les corps n'entrent pas. Vous ne pouvez aimer que d'une amour grossière, qu'avec tout l'attirail des nœuds, de la matière. et pour nourrir les feux que chez vous on produit, il faut un mariage et tout ce qui s'ensuit.
55:04 Oh ! Quel étrange amour et que les belles âmes sont bien loin de brûler de ces terrestres flammes. Les sens n'ont point de part à toutes leurs ardeurs et ce beau feu ne veut marier que les cœurs. Comme une chose indigne, il laisse là. Le reste, c'est un feu pur et net. Comme le feu céleste, on ne pousse avec lui que d'honnêtes soupirs et l'on ne penche point vers les sales désirs.
55:34 Rien d'impur ne se mêle au but qu'on se propose. On aime pour aimer et non pour autre chose. Ce n'est qu'à l'esprit seul que vont tous les transports. On ne s'aperçoit jamais qu'on est un corps. Pour moi, par un malheur, je m'aperçois, Madame, que j'ai, ne vous déplaise un corps tout comme une âme.
56:06 Je sens qu'il y tient trop pour le laisser à part. De ses détachements, je ne connais point l'art. Le ciel m'a dénié cette philosophie et mon âme et mon corps marchent de compagnie. Il n'est rien de plus beau comme vous avez dit que ses voeux épurés qui ne vont qu'à l'esprit, ses unions de cœur et ses tendres pensées du commerce des sens si bien débarrassés. Mais ses amours, pour moi, sont trop subtilisés. Je suis un peu grossier, comme vous m'accusez.
56:36 J'aime avec tout moi-même et l'amour qu'on me donne en veut, je le confesse à toute la personne. Ce n'est pas la matière à de grands châtiments et sans faire de tort à vos beaux sentiments, je vois que dans le monde, on suit fort ma méthode et que le mariage est assez à la mode, passe pour un lien assez honnête et doux pour avoir désiré de me voir votre époux sans que la liberté d'une telle pensée ait dû vous donner lieu d'en paraître offensée. Eh bien, monsieur, eh bien, puisque sans m'écouter, vos sentiments brutaux veulent se contenter, puisque pour vous réduire à des ardeurs fidèles, il faut des nœuds de chair, des chaînes corporelles, si ma mère le veut, je résous mon esprit à consentir pour vous à ceux dont il s'agit.
57:27 Il n'est plus temps, madame. Une autre a pris la place et par un tel retour, j'aurais mauvaise grâce de maltraiter l'asile et blesser les bontés où je me suis sauvé de toutes vos fiertés. Mais enfin, comptez-vous, monsieur, sur mon suffrage quand vous vous promettez cet autre mariage et dans vos visions. Savez-vous, s'il vous plaît, que j'ai pour Henriette un autre époux tout près ? Eh, madame, voyez votre choix, je vous prie, exposez-moi de grâce à moins d'ignomini et ne me rangez pas à l'indigne destin de me voir le rival de monsieur Trissotin, l'amour des beaux esprits qui chez vous, m'est contraire, ne pouvaient m'opposer à un moins noble adversaire.
57:57 Il en est, et plusieurs, que pour le bel esprit, le mauvais goût du siècle a su mettre en crédit. Mais monsieur Trissotin n'a pu duper personne et chacun rend justice aux écrits qu'il nous donne. Hors céans, on le prise en tout lieu ce qu'il vaut. Et ce qui m'a vingt fois fait tomber de mon haut, c'est de vous voir au ciel élever des sornettes que vous désavouriez si vous les aviez faites. Si vous jugez de lui tout autrement que nous, c'est que nous le voyons par d'autres yeux que vous. Des labyrinthées, vos sentiments. On en était là à l'époque des précieuses, n'est-ce pas ? Puis, les femmes savantes, qu'est-ce qu'il y a de commun à chaque fois ?
Il faut du temps pour arriver à la jouissance
58:31 C'est qu'il faut du temps pour arriver à la jouissance. Voilà. Je ne saute pas, n'est-ce pas, comme une panthère sur un singe, dans la brousse. en une fraction de seconde, après avoir rusé, me caché, avancé à pas de félin. Non, il faut du temps. Il m'arrive même, quand vous lisez aussi les admirables romans courtois du Moyen-Âge, je ne sais pas.
59:01 Il y a la période de la chanson de Roland où le héros est un guerrier épique, etc. où la bagatelle, l'amour, il ne joue pas un très grand rôle. Il y a bien la belle Aude qui attend Roland, mais on la voit apparaître un peu une fenêtre de temps en temps. Après, c'est la castagne, admirable, les vers des Guinard, ce n'est pas la question. Mais enfin, je veux dire, pour ce qui nous occupe du plaisir et du bonheur, il faut attendre cette révolution littéraire qu'on a appelée, n'est-ce pas, la matière de Bretagne, les romans courtois.
59:31 comme le dit très bien le mot, quand le royaume est pacifié, ce n'est plus la guerre qui est au centre des préoccupations. Qu'est-ce que vous voulez faire à la cour puisqu'on ne fait plus la guerre mais on fait l'amour ? C'est ça, la courtoisie. Il ne faut pas oublier aussi. La femme est de nouveau au centre de la femme. Il y a l'amour. Seulement, voilà, quel rapport avec l'histoire du temps qu'il faut du temps. Comme Roxane qui disait, oui, ça va, je t'aime, je t'adore, c'est un peu court. Et encore pire, lorsqu'il lui dit ta nuque, je voudrais l'embrasser.
1:00:06 Alors, c'est trop court, c'est trop rapide. Je dis, au Moyen-Âge, quelquefois, le chemin le plus court pour aller du chevalier à la dame pour laquelle il soupire, c'était d'aller faire la croisade à Jérusalem et de revenir vainqueur. Gombo, je te sens prêt pour l'ultime mission qui te fera peut-être gagner mon cœur et ma couche. Oh, ma chère, je n'en puis plus. Dites-moi que la tâche n'est pas trop laborieuse à accomplir. Calme-toi, chevalier. Je parle de la coupe dans laquelle s'est abreuvé le Christ lors de son dernier repas et dans laquelle son sang a coulé, les flancs percés par la lance du soldat romain.
1:00:44 Rapporte-moi le Graal. Si tu y arrives, tu auras mon cœur et tout ce qu'il y a autour. Tu recevras l'immortalité et retrouveras le centre du monde, car le Graal est la source des sources et tu dois pour ce faire imiter le roi des saumons. Non, non, mais c'est un cas limite, mais c'est pour vous dire l'importance du détour, du temps, de l'épaisseur temporelle, n'est-ce pas ? Time is money. Moi, je crois plutôt que money is time.
1:01:16 Vous voyez ? Pour comprendre l'économie, il faut voir le temps qui s'est passé à produire de la valeur et dans quelles conditions. Et ça, c'est l'affaire de l'histoire et ça nous entraînerait bien loin. Encore qu'on y replonge, vous allez voir. Puisque là, nous passons au siècle des Lumières, nous allons voir un exemple, pas encore le bonheur, mais de recherche du plaisir. N'est-ce pas ? Donc, nous sommes à l'apogée de ce qu'on appelle le libertinage.
1:01:48 Le libertinage, c'est presque ce mouvement. Je parle du libertinage au niveau des mœurs. Je ne parle pas de la pensée, de la philosophie des libertins, qui est beaucoup plus sérieuse, qui est tout à fait autre chose et qui est même en pointillé, même pendant le siècle de Louis XIV, tout n'était pas éteint entre la Renaissance et les Lumières, les Lumières prenant le relais de la Renaissance qui est bloquée pendant l'éclosion de la monarchie absolue, ce mouvement de remise en question, comme la Renaissance avait remis en question des siècles de Moyen Âge, d'autorité ecclésiastique, voire la réforme, n'est-ce pas, au nord de l'Europe et la Renaissance au sud en Italie, Machiavel, Giordano Bruno et Galilée, j'en passe.
1:02:37 De la même manière, le XVIIIe siècle aussi est une remise en question de l'édifice féodal qui aboutira à la Révolution française. Vous voyez, c'est comme s'il y avait deux lignes parallèles, le XVIe, le XVIIIe siècle, la Renaissance du siècle des Lumières et entre les deux, la puissance du plus long siècle du plus long règne de l'histoire de France qui bloque pour l'instant les forces revendicatives. Et donc là, nous sommes au XVIIIe siècle. Je vous l'ai dit tout à l'heure, la royauté n'a plus la même puissance d'attraction qu'elle avait au grand siècle.
1:03:12 La culture revient dans les salons et les cafés et bien sûr, le libertinage est l'activité principale de la société, de l'establishment on dirait aujourd'hui, n'est-ce pas ? parce que il n'était pas question qu'une femme puisse divorcer à l'époque, c'est que c'était pas le divorce, c'était interdit par l'Église. Mais un roi pouvait divorcer. Oui, mais oui, Henri VIII, il a divorcé, c'était interdit par le pape, mais c'est pas grave, moi j'abandonne la religion catholique, je vais fonder la religion anglicane.
1:03:47 Anne Boleyn, il vaut bien une messe. Je paraphrase Henri IV là-vous. Voilà. Donc, nous allons voir la recherche du plaisir du marbre. Tu le contredis ? On a bien compris que la mondanité, le monde, a un rapport nécessaire au bonheur, et voilà que tu me reparles de plaisir qui est trop rapide. Pas si rapide que ça. On ne prend pas les libertins pour des idiots. nous allons voir maintenant. Oui, la jouissance, elle est rapide, mais le chemin qui mène à la jouissance, enfin, la jouissance, sera d'autant plus intense que le chemin pour l'obtenir a été long.
Les Liaisons dangereuses : le plaisir par l'obstacle
1:04:23 C'est ce que nous allons voir. Je ne peux pas. Madame. Quelle est-ce que c'est qu'un homme de Valmont ? Tout sa vie, Monsieur de Valmont a été et est un master de la art de seduction. Il a charme ses coults des victimes designaux tous les gestes, tous les mots, tous les smile qui a seulement une seule end. Détroir la femme de l'honneur. Est-ce que vous avez en love avec Monsieur de Valmont ? Oh, non, certainement pas. Pour ceux qui sont habitués à lire les mémoires de Casanova, vous voyez, c'est fatiguant même par moments.
1:05:00 Les échelles de soie la nuit pour monter au balcon. Mais là, vous voyez, ce n'est pas tout fait les mêmes obstacles. Vous allez voir, il s'agit du héros masculin principal d'un des sommets de notre littérature du point de vue de la qualité de l'écriture. Les liaisons dangereuses sont un des textes les mieux écrits de la langue française, écrits par quelqu'un qui a passé plus de temps dans les forteresses comme officier, n'est-ce pas, que Choderlos de Laclos.
1:05:32 Et ici, le héros Valmont, qui est le héros masculin principal, écrit à une femme libertine qui est sa complice, sa confidente et sa complice en même temps, qui en fait autant avec les hommes en matière de séduction que lui fait avec les femmes, il lui explique le charme qu'il trouve précisément à la femme la moins prête à céder aux entreprises d'un séducteur, d'un libertin. Une femme très prude, très religieuse, très impliquée dans les contraintes traditionnelles, disons.
1:06:07 Il s'agit de Madame de Tourvel. Alors, mais que dis-je ? Madame de Tourvel, donc il écrit à sa complice, Madame de Merteuil, Madame de Tourvel a-t-elle besoin d'illusion ? Non, pour être adorable, il lui suffit d'être elle-même. Vous lui reprochez de se mettre mal, se mettre, ça veut dire s'habiller, bien sûr, il s'agit de la parure de l'élégance. Je le crois bien, toute parure lui nuit, tout ce qui la cache la dépare.
1:06:37 c'est dans l'abandon du négligé qu'elle est vraiment ravissante, grâce aux chaleurs accablantes que nous éprouvons, ça veut dire qu'il était visiblement, un déshabillé de simples toiles me laisse voir sa taille ronde et souple. Vous voyez le cynisme du libertin qui, elle croit parler avec lui de culture, de religion et d'élévation et lui, il est en train de regarder sa taille ronde et souple. Une seule mousseline couvre sa gorge.
1:07:13 Et mes regards furtifs mais pénétrants, en ont déjà saisi les formes enchanteresses. Sa figure, dites-vous, n'a nulle expression. A-t-elle une pointe de jalousie la Madame Merteuil ? Je ne sais pas, mais enfin, je vais dire, qu'est-ce que tu lui trouves ? C'est une bigote qui sent l'eau bénite plutôt que l'eau de rose. Bon. Et qu'exprimerait-elle elle, elle dit qu'elle n'a aucune expression, et qu'exprimerait-elle dans les moments où rien ne parle à son cœur ? Sous-entendu, avant de me trouver, on parle à son âme, à son cerveau, à tout ce qu'on a, son esprit, mais on ne parle jamais à son cœur.
1:07:48 Non, sans doute, elle n'a point, comme nos femmes coquettes, ce regard menteur qui séduit quelquefois et nous trompe toujours. Elle ne sait pas couvrir le vide d'une phrase par un sourire étudié. elle n'est pas dans le coup. Soyons clairs. Et en français d'Afrique, je vous le dis parce que c'est grâce à l'Afrique francophone que le français reste une langue vivante. Et oui, il y a comme ça des mots qui commencent à venir.
1:08:19 J'entends souvent dire une go maintenant. Vous voyez, redire une fille, ce sont une contraction de l'Afrique anglophone, girl. Enfin, je ne suis pas là pour faire un cours de linguistique africaine, mais il y a un terme que certains connaissent car les rappeurs le reprennent souvent, le terme de gaou. Le gaou, c'est celui qui n'est jamais dans le coup. Qui n'est pas habillé comme il faut. On a été dans une soirée qui est très maladroit avec les filles. Alors, et quoi qu'elle ait les plus belles dents du monde, ce qui était très rare, vous savez, qu'une femme a passé la trentaine et toutes ses dents et qu'elle soit belle.
1:08:58 Alors, et quoi qu'elle ait les plus belles dents du monde, elle ne rit que de ceux qui l'amusent. Mais il faut voir, comme dans les folâtres jeux, elle offre l'image d'une gaieté naïve et franche. Vous voyez, on voit le prédateur ravi de voir une femme qui s'attend à tout sauf d'être agressée par, on en parlait, la libido aujourd'hui. Comme auprès d'un malheureux qu'elle s'empresse de secourir, son regard annonce la joie pure et la bonté compatissante.
1:09:28 Il faut voir surtout au moindre mot d'éloge ou de cajolerie se peindre sur sa figure céleste, le touchant embarras. Vous voyez, quand il lui fait l'amorce à peine d'un compliment, c'est pour obtenir quoi ? Ce touchant embarras d'une modestie qui n'est point jouée. Ça, ça veut dire je suis fatigué des femmes de salon où tout est artificiel, où même la modestie est affectée. Je pense à Nerval qui retourne dans le parc d'Ermenonville qui a été construit à la fin du XVIIIe siècle et qui dit je retrouve en même temps les traces d'une époque où le naturel même était affecté.
1:10:11 Superbe. Elle est prude et dévote et de là vous la jugez froide et inanimée. L'implication est un peu rapide sous-entendu. Je pense bien différemment. Quelle étonnante sensibilité ne faut-il pas avoir pour la répandre jusque sur son mari et pour aimer toujours un être toujours absent ? La preuve qu'elle n'est pas froide c'est qu'elle reste fidèle intérieurement à son mari même quand celui-là est occupé à des charges lointaines.
1:10:41 Quelle preuve plus forte pourriez-vous désirer ? La question a l'air de récession et j'ai su pourtant m'en procurer une autre. J'ai dirigé sa promenade de manière qu'il s'est trouvé un fossé à franchir. C'est vraiment un calculateur. Donc à un moment une femme hésite à franchir on n'allait pas se salir comme ça dans la boue. Alors et quoique fort leste elle est encore plus timide vous jugez bien qu'une prude craint de sauter le fossé.
1:11:14 Il a fallu se confier à moi. J'ai tenu dans mes bras cette femme modeste. Nos préparatifs et le passage de ma vieille tante avaient fait rire aux éclats la folâtre dévote. Mais dès que je me fus emparé d'elle par une adroite gaucherie nos bras s'entrelacèrent mutuellement. Je pressais son sein contre le mien et dans ce court intervalle je sentais son cœur battre plus vite. L'aimable rougeur vint colorer son visage. Les roses et les lys.
1:11:45 À l'époque une belle femme c'est une femme qui avait la peau blanche c'est-à-dire qu'elle n'était pas une paysanne sinon elle serait elle aurait la peau hâlée par le soleil puisque travailler à l'époque c'est travailler au champ. pas encore la révolution industrielle mais sur cette blancheur elle n'aurait pas la même séduction si de temps en temps une rougeur n'y venait à paraître qui exprime le désir et le plaisir les roses et les lys. Mais oui blanche neige. Vous regardez les lèvres de blanche neige vous pouvez chercher le blanc.
1:12:20 Bon alors l'aimable rougeur vint colorer son visage et son modeste embarras m'apprit assez que son cœur avait palpité d'amour et non de crainte. Ma tante m'apprit assez que son cœur pardon ma tante cependant s'y trompa comme vous et se mit à dire l'enfant a eu peur mais la charmante candeur de l'enfant ne lui permit pas le mensonge elle répondit naïvement oh non mais ce seul mot m'a éclairé dès ce moment le doux espoir a remplacé la cruelle inquiétude j'aurai cette femme je l'enlèverai au mari qui la profane c'est le monde à l'envers c'est pas lui qui la profane avec son libertinage c'est pas cynique c'est son légitime pas son mari j'oserai la ravir au dieu même qu'elle adore oui alors de nouveau côté sacrilège qu'on retrouve à l'époque chez le libertin le plus illustre Don Juan vous voyez qui défie Dieu la figure du commandeur n'est-ce pas j'oserai la ravir
1:13:31 au dieu même qu'elle adore quel délice d'être tour à tour l'objet et le vainqueur de ses remords que ces choses-là sont galamment tournées loin de moi l'idée de détruire les préjugés qui l'assiègent vous voyez il recherche l'obstacle il recherche la durée le temps qu'il faut pour vaincre ces obstacles il en prendra le bénéfice d'autant plus de plaisir donc loin de moi l'idée de détruire les préjugés qui l'assiègent ils ajouteront à mon bonheur et à ma gloire qu'elle croit à la vertu mais qu'elle me la sacrifie c'est-à-dire qu'elle transgresse la vertu qu'avec moi n'est-ce pas et pour la première fois que ces fautes l'épouvante sans pouvoir l'arrêter et qu'agité de mille terreurs elle ne puisse les oublier les vaincre que dans mes bras qu'alors j'y consens elles me disent je t'adore c'est curieux comment on revient à Roxane et Christian tout à l'heure sauf que là vous voyez on n'a pas commencé c'est la fin d'un long processus
L'idylle de Thoune dans les Confessions : la rencontre
1:14:41 d'une course d'obstacles elle seule entre toutes les femmes sera digne de prononcer ce mot je serai vraiment le dieu qu'elle aura préféré voilà alors vous me direz écoutez c'est assez banal ces histoires c'est vrai que l'amour a besoin d'obstacles etc de franchir oui mais je ne m'occupe pas ici seulement de ce texte j'ai une thématique que je poursuis sur la mondanité et sa complexité et nous allons voir à partir d'un texte de Rousseau dont on dirait qu'il a pillé celui-là ou l'inverse peu importe qui semble faire écho à celui de Laclos et qui pourtant en tire une leçon tout à fait inverse non pas une leçon de plaisir mais une leçon de bonheur pour le coup alors il s'agit d'un texte extrait des confessions donc il s'agit de pas l'ultime période mais enfin de la période déjà bien avancée de Rousseau qui a déjà une gloire bien établie d'écrivain mais ce qui n'empêche pas de continuer à garder son côté un peu sauvageon et de garder sa devise c'est pas Vitam impendere vero faire dépendre sa vie du vrai je veux dire il recevait des visites par exemple
1:15:51 rue Plâtrière qu'on appelait à l'époque et qui s'appelle maintenant la rue Jean-Jacques Rousseau dans le Marais l'Europe entière venait durant une visite il recevait pratiquement personne mais c'est un marquis qui vient de Prusse quand il n'était pas d'humeur oui bon mais enfin sa gloire est bien établie et d'écrivain d'écrivain et le plus grand tirage de l'époque en librairie c'est la nouvelle Héloïse son roman avec le Candide de Voltaire c'est les deux plus grands succès de librairie si vous voulez de l'époque mais ici il s'agit des confessions et voilà qui lui revient un souvenir dans les confessions c'est ça c'est les mémoires n'est-ce pas d'un épisode qui lui est arrivé lorsqu'il était relativement jeune je vous dis le contexte avant de passer au texte tout de même c'est une matinée d'été qui est partie pour être torride donc il longe une rivière avec une végétation plus un parcours plus ombragé plus frais et voilà que près de la rivière il entend des bruits des bruits d'eau il dit de clapotis et en même temps des rires de femmes
1:17:01 il s'approche pour voir et voilà qu'on l'appelle par son nom qu'une des femmes l'appelle par son nom et il tombe en fait sur une couple de dames qu'il a connues très vaguement chez madame de Warens à Chambéry deux personnes de la société bien établie mademoiselle de Galley et mademoiselle de Graffenried nous sommes en Suisse et qui sont en vadrouille la maman n'est pas là elle fait une promenade et voilà que leurs chevaux sont un peu effrayés par la traversée de la rivière et elles sont bien embarrassées elles me dirent qu'elles allaient à Thoun vieux château c'est T-H-U-N aujourd'hui c'est écrit T-U-N-E ici vieux château appartenant à madame Galley elles implorèrent à la maman de la jeune fille ici elles implorèrent mon secours pour faire passer leurs chevaux n'en pouvant venir à bout à elles seules je voulus fouetter les chevaux mais elles craignaient pour moi les ruades et pour elles les hauts-le-corps je recours à un autre expédient je pris par la bride le cheval de mademoiselle Galley puis le tirant
1:18:11 après moi je traversais le ruisseau ayant de l'eau jusqu'à mi-jambe et l'autre cheval suivit sans difficulté cela fait je voulais saluer ces demoiselles et m'en aller comme un benet ah c'est pas c'est pas Valmont qu'on vient d'entendre elles se dirent quelques mots tout bas et mademoiselle de Graffenried s'adressant à moi non pas me dit-elle on ne nous échappe pas comme cela vous vous êtes mouillés pour notre service et nous devons en conscience avoir soin de vous sécher il faut s'il vous plaît venir avec nous nous vous arrêtons prisonnier le coeur me battait je regardais mademoiselle Galley oui oui ajouta-t-elle en riant de ma mine effarée prisonnier de guerre montez en croupe derrière elle nous voulons rendre compte de vous mais mademoiselle je n'ai point l'honneur d'être connue de madame votre mère ça ne se faisait pas à l'époque ça ne se fait pas comme on dirait chez les cailleras mais là on n'est pas chez les cailleras quand même
1:19:21 je n'ai pas connu la maman c'est ce monsieur qui vient célibataire je n'imagine pas à l'époque alors mais mademoiselle je n'ai pas l'honneur d'être connue de madame votre mère que dira-t-elle en me voyant arriver sa mère reprit mademoiselle de Graffenried n'est pas à Thoune nous sommes seuls nous revenons ce soir et vous reviendrez avec nous l'effet de l'électricité dites donc c'est nouveau c'était tout nouveau l'électricité les travaux de Lavater et de Mesmer étaient très récents l'effet d'électricité n'est pas plus important que celui que ces mots firent sur moi en m'élançant sur le cheval de mademoiselle de Graffenried je tremblais de joie et quand il fallut l'embrasser au sens propre n'est-ce pas à prendre par la taille pour me tenir le coeur me battait si fort qu'elle s'en aperçut oui tout à l'heure on a vu dans le texte de Laclos on dirait que je ne sais pas que l'un des textes surveille l'autre n'est-ce pas bien sûr il s'ignore mais les rapprochements sont d'autant plus pertinents tout à l'heure le coeur battait
1:20:31 c'est lui qui avait provoqué ça par un mouvement adroit il s'était débrouillé pour pouvoir l'enlacer pour lui faire traverser le fossé dans les cas ce n'était pas prévu du tout n'est-ce pas c'est la vraie émotion vécue ce n'est pas du calcul c'est tout le contraire même c'est juste il est embarrassé embarrassé et ravi au sens propre vous savez ça vient ravi ce que c'est qu'un avion à vis c'est les ailes une ferme avicole c'est une ferme de poulet de pintade Ganymède il était tellement beau un berger qu'il a été ravi vous voyez ce que veut dire ravi à l'origine élevé au ciel par Jupiter qu'il a fait enlever par un aigle pour qu'il serve à boire au dieu à l'Olympe là où il est dieu vous savez homme, femme ils ne font pas du fait c'est les grecs donc et quand il fallut l'embrasser pour me tenir le coeur me battait si fort qu'elle s'en aperçut elle me dit que le sien lui battait aussi mais par la frayeur de tomber c'était presque dans ma posture une invitation de vérifier la chose ne pas qu'il aille
1:21:42 les mains pratiquement sur sa poitrine je n'osais jamais et durant tout le trajet mes deux bras lui servirent de ceinture très serré à la vérité mais pardon mais Rousseau me fait rire mais sans se déplacer un moment telle femme qui lira ceci me soufflètera me giflerait me soufflèterait volontiers et n'aurait pas tort c'est vrai que bien des femmes ont retrouvé que j'étais un peu long à la décharge à la détente voilà alors la gaieté du voyage et le babille de ses filles aiguisèrent tellement le mien que jusqu'au soir et tant que nous fûmes ensemble nous ne déparlâmes pas un moment pardon pour cette parenthèse sur le mot de babille mais que voulez-vous c'est là qu'on voit la différence de Rousseau et que c'est ce qu'on vient de voir Rousseau s'inscrit dans l'ordre symbolique avec une force moderne qu'on ne retrouvera qu'à partir du symbolisme de Baudelaire je le dis pour ceux qui savent de quoi je parle et pour les autres c'est le moment de comprendre
Le babil et l'ordre symbolique
1:22:52 ce que signifie ici l'ordre symbolique à travers un exemple mais tout de même vous voyez babil bébé babel la confusion des langues vous savez tous ceux qui ont eu des enfants en bas âge ça n'a pas besoin d'être une encyclopédie pour le savoir savent qu'il y a un stade où l'enfant en bas âge n'a pas encore le code pour parler mais il commence à articuler à gazouiller vous voyez ce n'est plus des râles des cris des pleurs ça commence à être une parole qu'on entendrait de loin sans comprendre ce qu'il dit même de près ça reste incompréhensible il a le canal il commence à maîtriser le canal comme un rossignol mais il n'a pas le code de la langue encore c'est ça le babil or rappelez-vous lorsque j'avais fait la série sur le ring de Wagner rappelez-vous cette oeuvre la plus longue peut-être de l'histoire de l'art dit occidental puisqu'elle dure quatre jours commence la première scène quand le rideau se lève dans l'or du Rhin par les trois filles du Rhin faisant retentir leur babil précisément
1:24:02 mais au sens propre c'est-à-dire que les premiers mots qu'elle dit les premiers mots de cette pièce il y en aura des mots au cours de ces quatre journées les premiers mots ne sont pas des mots c'est Weia! Waga! Woge, du Welle c'est des allitérations c'est du babil ça coule comme de l'eau n'est-ce pas et en même temps vous savez bien que les femmes au lavoir les lavandières à la rivière je l'ai vu en Afrique encore c'est pas propre à l'Europe ça c'est partout elles sont entre elles elles parlent plus librement qu'au village où les rideaux se tirent sur les fenêtres pour voir qui parle avec qui je sais pas car c'est un peu loin tout ça du centre du village là où on lave le linge et puis la rivière vous voyez donc il y a un lien entre la parole féminine le babil j'ai jamais connu une femme qui ne chante pas sous la douche excusez-moi du détail mais enfin statistiquement c'est facile à vérifier voilà il y a un lien entre l'écoulement du chant et l'écoulement de l'eau et l'eau mobile voilà ce que je suis en train de dire
1:25:12 ça c'est de l'ordre symbolique parce que le lien n'est pas du tout physique il n'est pas scientifique au sens des sciences dures mais il est rigoureux dans l'ordre symbolique si vous voulez vous en convaincre je vous donne une piste là je vous prends un exemple j'en prends un autre en contrepoint je vous renvoie à une illumination de Rimbaud c'est pratique les illuminations ça a l'air un peu compliqué comment il dit j'ai seul la clé de cette parade sauvage que comprendre à ma parole il faut qu'elle fût évoluée enfin quand on lit c'est quand même assez clair et je parle de celui qui s'appelle Barbare quel rapport avec le Babil bien après les jours les saisons les êtres et les pays le pavillon saignante sur la soie des mers et les fleurs arctiques les fleurs arctiques il ajoute elles n'existent pas il n'y a pas des fleurs au pôle oh bon il répète je passe et puis c'est une demi-page c'est pas long allez voir Barbare Rimbaud illumination Barbare vous n'allez pas être déçus et là les sueurs les chevelures les larmes blanches bouillantes tourbillonnantes et la voix féminine venant du fond des grottes arctiques
1:26:23 il y a bien un ordre symbolique et puis bien sûr je vous l'ai déjà signalé dans un autre contexte tous les écoliers allemands connaissent la légende de la Lorelei tout le monde connaît le poème de Henri Heine qui appréciait Marx et que Marx appréciait c'est assez rare chez le roman dit que le monde signale un passage et son poème le plus célèbre presque scolairement la Lorelei cette fée qui est censée chanter sur un rocher au bord du Rhin dont la voix est tellement envoûtante un peu comme les sirènes d'Homère n'est-ce pas sauf que là on ne parle pas de sirènes mais d'ondines car il s'agit d'eau douce n'est-ce pas revient à la rivière ici ça avait commencé comme ça quand vous se rencontrez les deux femmes des bruits de clapotis d'eau et des voix aigües de femmes la Lorelei chantait un chant tellement envoûtant que les nautoniers en perdait leur direction et se fracassait sur les rochers comme sur les sirènes vous voyez il y a bien un ordre symbolique de ce que Rimbaud appelle la voix féminine
Un dîner sans vin : sensualité et oralité
1:27:33 arrivée au fond des grottes arctiques elle m'avait mis si bien à mon aise donc les deux que ma langue parlait autant que mes yeux quoiqu'elle ne dit pas les mêmes choses quelques instants seulement quand je me trouvais tête à tête avec l'une ou l'autre l'entretien s'embarrassait un peu mais l'absence revenait bien vite ne laissait pas le temps d'éclaircir cet embarras vous remarquez que la différence de nouveau la ressemblance et la différence avec le texte de Laclos vous voyez les conjonctions et les disjonctions c'est que l'autre fait tout pour avoir un moment d'intimité avec Madame de Tourvel alors qu'ici c'est pas plus mal si on est trois parce que on s'entend si bien tous les trois que ce serait dommage de le gâcher fusse par une aventure ça va se préciser un peu plus loin sinon je ne le dirais pas je ne suis pas en train de faire l'interprétation vous allez trouver ça dans le texte arrivé à Thoune et moi bien séché n'oubliez pas qu'il est trempé jusqu'à la taille il avait dit nous déjeunâmes ensuite il fallut procéder à l'importante affaire de préparer
1:28:43 le dîner vous remarquez la différence entre le déjeuner et le dîner c'est déjà pas mal un repas par jour le vrai repas c'est le dîner les deux demoiselles toutes en cuisinant baisaient de temps en temps les enfants de la grangère donc il y a un personnel ici qui garde le personnel du château et le pauvre marmiton regardait faire en rongeant son frein mais il s'agit du jeune Rousseau n'est-ce pas qui aide un peu la cuisine donc il est marmiton on avait envoyé des provisions de la ville et il y avait de quoi faire un très bon dîner surtout en friandise mais malheureusement on avait oublié du vin Rousseau était assez porté sur la bouteille les dons du père Lyée comme il dit dans la Nouvelle-Héloïse regardez la fête des vendanges dans la Nouvelle-Héloïse cet oubli n'était pas étonnant l'oubli du vin n'était pas étonnant pour des filles qui n'en buvaient guère mais j'en suis fâché j'avais un peu compté sur ce secours pour m'enhardir vous voyez pour vaincre ma timidité nous sommes un pays calviniste on ne passe pas comme ça de la du puritanisme
1:29:54 à l'éclat sans un petit adjuvant ce n'était pas le Bédo c'était le Vavre alors elles furent fâchées aussi par la même raison peut-être mais je n'en crois rien vous voyez ça hésite tout le temps entre la tentation libertine comme Laclos et en même temps la peur de gâcher le miracle du bonheur qui est en train de s'installer dans cette journée cette société unique un benet un maladroit deux jeunes femmes bien élevées gais sans être allumeuses n'est-ce pas vous voyez enfin au sens en tout cas de de madame de Merteuil dans la liaison dangereuse sans danger leur gaieté vive et charmante était l'innocence même et d'ailleurs qu'eussent-elles fait de moi entre elles deux alors j'en connais beaucoup qui auraient la réponse mais on n'est pas dans le marquis de Sade on est dans alors vous me direz qu'on est dans moins nous allons voir qu'on est dans beaucoup plus plus de bonheur j'y arrive plutôt c'est Rousseau qui arrive elles envoyèrent chercher
1:31:05 du vin partout aux environs on n'en trouva point très intéressant sociologique je ne vais pas m'attarder mais enfin maintenant vous allez n'importe où vous trouvez du vin à un bistrot en Suisse c'était un luxe Glücklich wie Gott in Frankreich disent les allemands heureux comme Dieu en France et oui en France il y a des jolies femmes bouclées il y a des excellents vins dans presque toutes les régions le vin qui est aussi au centre Dionysos le plaisir Bacchus c'était quand même déjà bien content les jours de fête où on pouvait goûter un bon vin on n'en trouva point tant les paysans de ce canton sont sobres et pauvres ou sont toujours très attentifs n'est-ce pas aux différences sociales comme elles m'ont marqué leur chagrin je leur dis de n'en pas être si fort en peine et qu'elles n'avaient pas besoin de vin pour m'énivrer ce fut la seule galanterie vous voyez cette oscillation permanente entre la tentation galante libertine comme vous voulez courtoise au sens que j'ai dit tout à l'heure n'est-ce pas l'amour qu'on fait à la cour il faut faire des choses plus utiles mais je crois que les fripones voyaient de reste que cette galanterie
1:32:15 était une vérité nous dînâmes dans la cuisine de la grangère les deux amies assises sur des bancs aux deux côtés de la longue table et leur hôte donc lui-même Rousseau entre elles deux sur une escabelle à trois pieds quel dîner il se passe rien quel souvenir plein de charme comment pouvant à si peu de frais goûter des plaisirs si purs et si vrais vouloir en rechercher d'autres jamais souper des petites maisons vous soit vécu il a libertiné comme tout son siècle n'est-ce pas à Venise les passages célèbres n'est-ce pas avec une demi-prostituée à Venise bon puis à Paris il parle des petites maisons c'était un peu des maisons de prostitution jamais souper des petites maisons de Paris n'approcha de ce repas je ne dis pas seulement pour la gaieté pour la douce joie ça va de soi mais je dis pour la sensualité sur Rousseau là on en parle peu
1:33:25 et ici je suis sûr qu'il y en a qui font le lien en tant que je m'évertue à rappeler que Clouscard n'est pas un père fouettard et lorsqu'il fait la critique de la mondanité il n'est pas un contempteur il ne méprise pas les plaisirs loin de là quand je dis que j'ai connu peu d'êtres à pression autant à jouissance que Clouscard je reprends ce que dit ici Rousseau il va y revenir encore vous allez voir vers la fin du texte c'est un crescendo qui ne cesse de faire une ascension du plaisir vers le bonheur c'est pour ça que j'insiste il dit bien que jamais souper des petites maisons de Paris n'approcha de ce repas alors on pourrait comprendre ça oui ça veut dire que bon c'est moins énervant c'est moins fébrile c'est moins il n'y a pas la tension mondaine mais enfin en matière de plaisir de sensualité quand même il pourra repasser parce que là il ne se passe pas grand chose et c'est là qu'il dit je ne dis pas seulement pour la gaieté pour la douce joie mais je le dis pour la sensualité et vous allez voir tous les sens
1:34:35 après le dîner nous fîmes une économie au lieu de prendre le café qui nous restait du déjeuner nous le gardâmes c'était précieux le café à l'époque nous le gardâmes pour le goûter avec de la crème qui suisse et des gâteaux qu'elles avaient apportés il y a une sensualité orale qui parcourt le texte d'ailleurs je vais faire remarquer que les passages où Rousseau arrive à ce qu'il estime être le sommet de la béatitude possible en ce monde c'est-à-dire dans la cinquième promenade au moment où les eaux du lac par hypnose se plongent dans une rêverie qu'est-ce qu'il dit ?
1:35:21 délicieuse c'est toujours une métaphore orale chez Rousseau c'est intéressant de voir ça alors je ne veux pas faire de la psychanalyse vous le voir mais tout de même cette insistance sur l'oralité chez lui et qu'on retrouve dans des contextes différents lorsqu'il y aura ce passage extraordinaire dans les rêveries aussi où il raconte comment il sort d'un évanouissement lorsqu'il a eu cet accident heurté par le chien dans Paris et qu'il a failli laisser la peau d'ailleurs puisqu'il est tombé à un âge très avancé plus de la soixantaine à l'époque c'était beaucoup sur la mâchoire sur le pavé parisien et quand il revient à lui il voit juste trois étoiles un bouquet un morceau de ciel il dit ce moment fut délicieux le même mot lui vient à l'esprit vous voyez alors au sens propre si on le prend au sens propre c'est un terme qui vient de l'oralité et bien il y a quelque chose quand même n'est-ce pas de prénatal presque vous voyez de rapport du nourrisson à la maternité n'oubliez pas que c'est fondamental chez Rousseau et d'ailleurs lorsqu'il parle des eaux du lac il emploie le mot
1:36:31 bercer qui le plonge cette hypnose le flux et reflux de cette eau son bruit continu mais renflé par intervalles frappant sans relâche mon oreille mes yeux suppléant au mouvement interne que la rêverie éteignait en moi et suffisait à me faire sentir avec plaisir mon existence sans prendre la peine de penser mais bientôt ces impressions légères elles-mêmes s'effaçaient dans l'uniformité c'est là que je pense presque au fœtus dans l'uniformité du mouvement continu qui me berçait j'insiste vous voyez sur les passages la richesse de Rousseau dans l'ordre symbolique voilà ne serait-ce que en faisant attention à sa sémantique qui n'est pas due au hasard bien sûr je le dis dans son dos je ne crois pas qu'il soit conscient à ce moment-là qu'il pense à la succion infantile n'est-ce pas donc je reprends ce propos et pour tenir notre appétit en haleine nous allons dans le verger achever notre dessert avec des cerises mais la libido orale n'est pas terminée je me souviens
Les cerises, la décence et le vert paradis
1:37:42 d'une épreuve de l'agrégation de lettres de l'épreuve dite de littérature comparée où le thème de cette année-là était le conte en littérature comparée et on parlait de Blanche-Neige entre autres contes le professeur excellent cours d'ailleurs montrait qu'il y avait des contes qui venaient des métiers les uns venaient des couturières les autres des vanneuses un autre encore des charbonniers peu importe et dans pour ce qui est de Blanche-Neige qui vient des vanneuses ceux qui tressent l'osier n'est-ce pas faire des paniers rappelez-vous le conte dit quand elle va dans la forêt pour aller chez sa grand-mère au lieu de suivre la route normale elle fait un raccourci par la forêt et c'est la route dite des fruits rouges très germanique c'est pas l'importance du rouge et du blanc on l'a vu tout à l'heure déjà dans Blanche-Neige en général c'est pas en particulier l'histoire des fruits rouges si vous regardez bien toutes les les les tartes aux framboises aux cerises aux fraises c'est très pays nordique
1:38:52 le plus grand cinéaste scandinave Ingmar Bergman a fait ce film magnifique qui s'appelle Les fraises sauvages oui c'est c'est dans les cultures de ces régions là et de véritables montagnes de framboises à partir des vos bon alors mais ici il s'agit des cerises c'est pas et oui le temps des cerises le temps du bonheur quand même si vous regardez la chanson nous allons dans le verger achever notre dessert avec des cerises je montais sur l'arbre et je leur en jetais des bouquets dont elles me rendaient les noyaux à travers les branches ça joue comme des gamins si on regardait bien une fois mademoiselle Galley avançant son tablier et reculant sa tête se présentait si bien et je visais si juste que je lui fis tomber un bouquet dans le sein de nouveau vous voyez on est toujours sur la borderline entre le libertinage dans lequel on ne verse pas mais et en même temps la sensualité qui est toujours provoquée
1:40:02 et de rire je me disais en moi-même que mes lèvres ne sont-elles des cerises comme je les leur jetterais ainsi de bon cœur si j'étais hirondelle la belle que je savais voler sur votre sein la belle j'irais me poser c'est une chanson rapportée par Nerval dans chansons et légendes du Valois la journée se passa de cette sorte à folâtrer avec la plus grande liberté et toujours avec la plus grande décence pas un seul mot équivoque pas une seule plaisanterie hasardée et cette décence nous ne nous l'imposions point du tout elle venait toute seule nous prenions le ton que nous donnait nos cœurs enfin ma modestie d'autres diront ma sottise fut telle que la plus grande privauté qui m'échappa fut de baiser une seule fois la main de mademoiselle Galley on va sauter maintenant le paragraphe parce qu'il ne se passe pas grand chose d'autre enfin elle se souvint qu'il ne fallait pas attendre la nuit pour entrer en ville et nous rester que le temps qu'il fallait pour y arriver de jour et nous nous hâtâmes de partir en nous distribuant comme nous étions venus donc de nouveau sur les chevaux si j'avais osé
1:41:12 j'aurais transposé cet ordre car le regard de mademoiselle Galley m'avait vivement ému le cœur mais je n'osais rien dire et ce n'était pas elle de le proposer en marchant nous disions que la journée avait tort de finir de nouveau ce rapport au temps vous voyez si c'était si ennuyeux ce genre de rapport il ferait tout pour que ça cesse non non c'est le contraire en marchant nous disions que la journée avait tort de finir mais loin de nous plaindre qu'elle eût été courte nous trouvâmes que nous avons eu le secret de la faire longue par tous les amusements dont nous avions su la remplir je l'ai quitté à peu près au même endroit vous savez la rivière les chevaux où elle m'avait pris avec quel regret nous nous séparâmes avec quel plaisir nous projetâmes de nous revoir douze heures passées ensemble nous valait des siècles de familiarité le doux souvenir de cette journée ne coûtait rien à ses aimables filles la tendre union qui régnait entre nous valait des plaisirs
1:42:22 plus vifs et de nouveau il insiste bien n'est-ce pas que le bonheur et le plaisir qu'il a éprouvé en cette journée n'a jamais été approché par les plaisirs qu'il a connus comme tout homme surtout à son siècle n'est-ce pas qu'il n'en était pas avare les plaisirs plus vifs il n'eut pu subsister avec eux nous nous aimions sans mystère et sans honte et nous voulions nous aimer toujours ainsi l'innocence des mœurs à sa volupté qui vaut bien l'autre vous voyez quelqu'un comme Baudelaire qui n'est pas connu n'est-ce pas pour les amours les plus innocents n'est-ce pas je préfère à l'opium aux constances aux nuits c'est les nuits Saint-Georges je vous signale c'est pas les nuits l'élixir de ta bouche où l'amour se pavane qu'envers toi mes désirs partent en caravane tes yeux sont la citerne où boivent mes ennuis c'est un homme à Baudelaire vous voyez puis femme tu mettrais l'univers entier dans ta ruelle femme impure vous voyez c'est pas c'est pas le même contexte même l'opposé il n'empêche que Baudelaire a évoqué comme personne le vert paradis des amours enfantines dans ce poème célèbre
1:43:33 qui s'appelle l'irréparable poème étrange n'est-ce pas pouvons-nous étouffer le vieux le long remords qui vit s'agite et se tortille et se nourrit de nous comme le ver des morts pas le mort la culpabilité très moderne puisque la Kafka dis-le belle sorcière je saute des strophes enfin parce que c'est une parenthèse dis-le si tu le sais à cet esprit comblé d'angoisse que le sabot du cheval froisse que menace les blessés peut-on illuminer un ciel bourbeux et noir c'est un poème qui a l'air désespéré sans matin et sans soir et sans éclair funèbre le vert paradis des amours enfantines où est-il l'innocent paradis plein de plaisir furtif c'est le mot qu'employait Rousseau furtif est-il déjà plus loin que l'Inde et que la Chine et quand Proust écrira à la recherche du temps perdu ce qu'il mettra le plus de temps je regarde l'ordre des volumes c'est ça le plus de temps à écrire il finira après avoir lutté contre la mort vous savez qu'il avait toujours pensé Proust
1:44:43 qu'il ne serait jamais un écrivain qu'il était un écrivain raté d'avance que tout avait été dit et tellement mieux par d'autres avant lui il a fallu que la mort pose son pied sur sa poitrine et qu'il soit gravement malade pour qu'il fasse une lutte de vitesse contre la mort et qu'il nous laisse cette œuvre unique qui plonge comme le titre l'indique très bien à la recherche du temps perdu et qui se terminera par le temps retrouvé justement or ce qu'il a écrit en dernier c'est ce que nous lisons en premier c'est l'enfance le vert paradis des amours l'innocence dont parle Rousseau ici ces journées dont on aurait bien aimé qu'elles soient plus longues et c'est encore plus vrai dans le souvenir n'est-ce pas qu'on est passé trop vite à côté de tout cela donc je redonne la parole à Rousseau qui le dit tellement mieux mais il fallait mettre des choses en relation l'innocence des mœurs à sa volupté qui vaut bien l'autre l'innocence des mœurs à sa volupté il ne dit pas à ses avantages à sa noblesse à sa dignité sa volupté c'est fort comme mot en termes de plaisir à sa volupté qui vaut bien l'autre
1:45:53 parce qu'elle n'a point d'intervalle et qu'elle agit continuellement notre quête du bonheur ça y est on rebondit vous avez dit le bonheur demande de la répétition d'une étendue dans le temps que n'a pas la jouissance évanescente comme disait déjà les anciens post coitum omne animal triste tout animal est triste après le coït ça ne dure pas longtemps pour moi je sais que la mémoire d'un si beau jour c'est une seule journée 12 heures même pas une journée la mémoire d'un si beau jour me touche plus me charme plus là maintenant dans l'heure où je suis dans ma vieillesse en train d'écrire mes confessions dans la rue Plâtrière dites aujourd'hui Jean-Jacques Rousseau tourmenté par la maladie de la pierre pour moi je sais que la mémoire d'un si beau jour me touche plus me charme plus me revient plus au cœur trois fois plus que celle d'aucun plaisir que j'ai goûté en ma vie c'est quelqu'un de jouisseur c'est bien lui pour reprendre le parallèle avec Michel Clouscard je ne savais pas trop ce que je voulais
L'objet de désir indéterminé : Rousseau et Le Voyage
1:47:04 à ces deux charmantes personnes là encore dans l'ordre symbolique j'ai obligé de m'arrêter un petit peu je ne savais pas trop l'objet qui procure le plus de bonheur c'est l'objet de désir qui reste indéterminé rappelez-vous dans les poèmes en prose de Baudelaire le voyageur à qui on demande s'il aime ceci s'il aime cela il n'aime rien c'est le mal du siècle qu'il aimerait n'importe où pourvu que ce soit hors du monde tout ça c'est familier mais alors qu'aimes-tu voyageurs si tu n'aimes ni la mer ni la montagne ni l'amour ni la richesse les nuages là-bas les merveilleux nuages c'est précis ne croyez pas que parce que c'est du nuage c'est vague c'est tout le contraire le nuage précisément parce qu'il n'a pas de contours déterminés définis renvoie notre désir toujours au calende il nous permet de rebondir toujours dans une quête indéterminée de sorte que
1:48:14 lorsqu'il mettra à la fin du poème le voyage peau de l'air d'y a d'un peau de la mort lorsqu'il mettra le pied sur notre échine nous pourrons espérer crier en avant de même qu'autrefois nous partions pour la Chine les yeux fixés au large et les cheveux au vent je terminerai encore sur un extrait du poème le voyage parce que c'est exactement ce que dit Rousseau il résume tout ce qui va venir en matière d'expression des sommets l'expression littéraire et la pertinence d'un objet de désir indéterminé lorsque Baudelaire fait dans ce poème au début il y en a qui voyagent pour échapper à ceci pour échapper à cela les exilés les uns joyeux de fuir une patrie infâme d'autres l'horreur de leur berceau quelques astrologues noyés dans les yeux d'une femme la Circé tyrannique au dangereux parfum pour n'être pas changé en bête il s'enivre de soleil de lumière de cieux embrasés la glace qui les mord le soleil qui les cuivre efface lentement la marque des baisers voilà mais les vrais voyageurs tout cela
1:49:24 c'est ceux qui ont un objet déterminé de voyager une raison déterminée mais les vrais voyageurs sont ceux-là seuls qui partent pour partir cœur léger semblable aux ballons de leur fatalité jamais ils ne s'écartent et sans savoir pourquoi regardez ce que dit Rousseau je ne savais pas trop ce que je voulais à ces deux charmantes personnes et sans savoir pourquoi disent toujours allons ceux-là écoutez bien car ça résume tout ceux-là dont les désirs ont la forme des nues de nouveau des nues N-U-E-S des nuées et qui rêvent ainsi qu'un conscrit le canon de quoi ?
1:50:00 de vastes voluptés changeantes inconnues et dont l'esprit humain n'a jamais su le nom voilà ce que Rousseau initie à l'aube de la modernité littéraire on le voit bien sautant par-dessus j'aime pas qu'on dise que Rousseau est simplement un précurseur du romantisme un précurseur c'est quelqu'un qui fait un peu ce que les successeurs vont faire beaucoup là il saute même le romantisme en profondeur et il annonce n'est-ce pas les poètes de l'avant-garde de la fin du 19e siècle je ne savais pas trop ce que je voulais à ces deux charmantes personnes mais elles m'intéressaient beaucoup toutes deux je ne dis pas que si j'étais le maître de mes arrangements si j'avais pu faire ce que je voulais mon cœur se serait partagé j'y sentais un peu de préférence j'aurais fait mon bonheur d'avoir pour maîtresse mademoiselle de Graffenried mais à choix je crois que je l'aurais mieux aimé pour confidente vous voyez l'hésitation vous voyez l'importance à la nouvelle Héloïse des deux figures féminines Julie et Claire n'est-ce pas quoi qu'il en soit il me semblait en les quittant que je ne pourrais plus vivre alors qu'ils ont passé que douze heures à s'amuser je ne pouvais plus vivre
1:51:11 sans l'une et sans l'autre qui m'eût dit que je ne les reverrai de ma vie et que là finiraient nos éphémères amours nos éphémères amours douze heures donc il a dit un peu plus haut que c'était une éternité ceux qui liront ceci ne manqueront pas de rire de mes aventures galantes c'est un moment que j'entends au travers du micro et au-delà d'internet les rires de certains grosso c'est pas quand même c'est pas on vient de mourir je ne vais pas charger Sollers ce mec il disait il faut baiser bon comme si on l'avait attendu c'est ce qu'est le plus ancien dans l'histoire de l'humanité ça va ceux qui liront ceci ne manqueront pas de rire de mes aventures galantes en remarquant qu'après beaucoup de préliminaires les plus avancés finissent par baiser la main oh mes lecteurs ne vous y trompez pas j'ai peut-être eu plus de plaisir dans mes amours en finissant par cette main baisée que vous n'en aurez jamais dans les vôtres en commençant tout au moins par là beau texte
Chérubin et le bonheur, idée neuve
1:52:25 alors sinon dans la même veine on est encore dans Rousseau c'est un Rousseau adolescent encore plus jeune que celui qu'on vient de voir qui commence à peine à être aux affres de ce qu'un titre merveilleux de Marivaux du XVIIIe siècle rendra célèbre les jeux de l'amour et du hasard n'est-ce pas et vous pensez à Mozart moi aussi oui j'ai dit ça pourquoi ?
1:52:56 parce que j'ai fait vous voyez un podcast grâce à Aliocha je crois ils ont été suffisamment commentés mais il y en a un qui s'appelait Mozart pervers polymorphe alors il y en a qui ont cru comment Pagani il salit Mozart mais non le pervers polymorphe c'est en psychologie de l'enfance ça veut dire ce que sont tous les enfants ça veut dire que les enfants passent d'un objet de jouissance à un autre comme ça sans s'attarder vous voyez et c'est cette mobilité de l'objet du désir où l'on retrouve là je fais la suture et le texte précédent l'indétermination on croit qu'un énorme investissement sur un objet puis après c'est un hochet qu'on laisse de côté puis c'est un doudou tout d'un coup qui devient le favori vous voyez je dis n'importe quoi bon là je remonte à la petite enfance mais là il est à l'âge puisqu'on est dans les références entre Marivaux et Mozart et Beaumarchais je dirais de chérubin vous savez ce personnage incroyable qui sème je vais parler français qui sème le Binz pardon pour ce français familier mais pourquoi ?
1:54:07 parce qu'il est entre deux âges entre deux sexes il est encore indéterminé Chérubin vous savez le passage où la comtesse et Suzanne le déguise en fille en disant il est encore plus troublant en fille qu'en garçon vous voyez c'est très 18ème ce siècle assoiffé de bonheur et ce siècle qui finira par la révolution française dont un des principaux héros dans les deux orthographes n'est-ce pas je pense à Saint-Just qui dira le bonheur est une idée neuve il a fallu tous ces textes là pour que le bonheur devienne une idée nouvelle n'est-ce pas enfin ces textes il n'a pas fallu que des textes il a fallu que la réalité tous les jours se transforme n'est-ce pas et que la maîtrise de l'homme sur la nature grâce à la révolution industrielle qui vient de se produire qui commence un peu à se propager c'est à ce moment là que la notion de confort qui vient des Anglais commence à apparaître vous voyez par exemple alors pourquoi je dis tout ça parce que je vais prendre un texte où on est à ce stade
1:55:17 chérubinien si je devais inventer un barbarisme n'est-ce pas ou il passe un petit peu d'un béguin à un autre bon tout le monde a connu ça il y a un âge merveilleux pour cela sauf que là il ne le laisse pas dans ce que je viens de dire c'est-à-dire dans le champ psychologique voire même biologique c'est le stade de l'adolescence non avec sa pertinence sociale absolument unique en son temps il voit les rapports de classe ce qu'on appellerait à partir de Marx ce qui deviendront les rapports de classe non pas on apparaît des classes sociales avant Marx ce qui est proprement marxien et qui ne commence qu'avec Marx c'est-à-dire que c'est ça qui est déterminant alors vous dire oui c'est déterminant pour la propriété pour la manière de s'habiller à la rigueur non non il y a beaucoup plus loin vous allez voir dans ce qu'il y a de plus intime dans l'intériorité apparemment la plus éloignée n'est-ce pas des contraintes économiques
1:56:29 ou sociales mais jugez plutôt il va nous renseigner sur ses goûts et le reste est tellement clair que je lui laisse la parole c'est extrait des confessions je me plaisais fort au milieu de toutes ces filles donc ces filles avec lesquelles il butine en chérubin à cet âge-là et soit pour faire leur cours à mademoiselle Giraud soit pour moi-même toutes me fêtaient à l'envie un peu comme chérubin il fait craquer la fille du jardinier la comtesse Suzanne c'est Chérubin ça bon je trouverai toujours sur mon chemin ce maudit page comme dit le comte furieux je ne voyais à tout cela que de l'amitié ça reprend prolonge un peu le texte qu'on vient de voir j'ai pensé depuis qu'il n'eût tenu qu'à moi d'y voir davantage mais je ne m'en avisais pas je n'y pensais pas d'ailleurs et c'est là que commence le texte sur lequel je voudrais attirer votre attention il va être plus précis sur ce qui est l'objet de sa quête
« Il me fallait des demoiselles » : le triangle de Rousseau
1:57:39 féminine d'ailleurs des couturières des filles de chambre de petites marchandes ne me tentaient guère il me fallait des demoiselles et dans le code de l'époque une demoiselle ce n'est pas seulement une femme qui n'est pas mariée ça vous dirait le quinte de l'establishment on dirait aujourd'hui le guèrement de l'establishment qu'est-ce que c'est que ce Rousseau qui sort à peine du petit artisanat de Genève qui s'enfuit qui est vagabond sur les routes qui fait l'école buissonnière et puis maintenant il lui faut des demoiselles mais justement rappelez-vous quand j'avais dans le jardin de la librairie Tropiques pour laquelle je remercie encore Dominique Mazuet d'ailleurs dans la série de ce titre Que faire n'est-ce pas j'avais abordé ce qui s'appelle depuis le triangle de Rousseau ce que j'appelle grâce à Nerval le triangle de Rousseau Nerval approchant de la tombe de Rousseau à Ermenonville dans sa déambulation d'Angélique arrive tout d'un coup près de la tour de la belle Gabrielle n'est-ce pas Gabrielle d'Estrées la favorite
1:58:49 d'Henri IV donc à 3 km de la tombe de Rousseau et là il dit le fils du garde donc un paysan du coin qui nous montrait il dit voici la tour de la belle Gabrielle tous les soirs Rousseau venait pincer de la guitare sous sa fenêtre et le roi qui était jaloux a fini par le faire mourir Nerval fait comme vous et moi il rit il rigole paysan qui mélange à 3 siècles d'intervalle Henri IV Rousseau et puis il va à la ligne Nerval cette remarque est peut-être plus vraie qu'on ne croit il ajoute Rousseau en refusant les 100 louis de Madame de Pompadour il avait eu un succès on dirait aujourd'hui People avec un opéra qui ne casse pas des briques c'est pas du Rameau c'est pas du Mozart mais enfin une sympathique pastorale pas mal il a eu succès il aurait continué là-dedans il avait de l'argent facile et Madame de Pompadour a fait ce que faisait l'aristocratie à l'époque une pension de le gratifier d'une pension pour le remercier d'avoir apprécié à l'opéra les ariettes du devin du village
1:59:59 c'était le titre de cette pastorale Rousseau a refusé et Nerval enchaîne Rousseau en refusant les 100 louis de Madame de Pompadour a ruiné l'édifice fondé par Henri le premier des Bourbons tout a croulé son image immortelle demeure debout sur les ruines et voilà que Rousseau devient tout d'un coup un personnage parce qu'un colosse qui se dresse sur les ruines de l'ancien régime et là on retrouve sa devise faire dépendre sa vie du vrai et non pas de l'argent des autres la liberté consiste moins à faire ce que l'on veut dit magnifiquement Rousseau à faire ce qui nous plaît ce qui n'est pas pareil la liberté consiste moins à faire ce qui nous plaît que ne pas dépendre du travail d'autrui le paysan dit tous les soirs Rousseau on imagine c'est vrai qu'on a envie de rire Rousseau on imagine Rousseau montant l'échelle de soie pour aller choper la favorite du roi regardez l'ordre symbolique c'est faux du point de vue historique c'est un délire mais c'est vrai dans l'ordre du symbole ça veut dire quoi ?
2:01:02 que l'objet du désir on ne doit pas se résigner aux femmes de mon milieu aux chambrières aux filles de chambre la jouissance qu'éprouvent les privilégiés de ce monde ne doit pas être le privilège de quelques-uns donc je vais challenger excusez-moi pour le barbarisme n'est-ce pas ? je vais aller chercher ce qu'est de plus élevé dans le plaisir érotique la favorite la favorite du prince celui qui peut faire ce qu'il veut en termes d'amour vous voyez dans l'ordre symbolique ce triangle Rousseau le roi la favorite comme si le favorite n'était là que pour illustrer des siècles et des siècles d'extorsion de la plus-value en termes marxistes c'est-à-dire l'accumulation de la richesse et donc de l'instant je désire quelque chose j'ai les moyens de me le procurer d'ailleurs des couturières des filles de chambre de petites marchandes ne me tentaient guère il me fallait des demoiselles chacun a ses fantaisies ça a toujours été la mienne je ne pense pas comme Horace
2:02:12 sur ce point-là ce n'est pourtant pas du tout la vanité de l'état l'état à l'époque veut dire la classe sociale pensez aux tiers états on disait il est plutôt le métier que la classe sociale mais enfin il y a un lien entre les deux on disait il est charbonnier de son état il est menuisier de son état vous voyez donc il dit ce n'est pourtant pas du tout la vanité de l'état et du rang qui m'attire c'est et là commence l'énumération regardez l'incidence du rang social sur les qualités physiques et les éléments de la séduction c'est un teint mieux conservé de plus belles mains une parure plus gracieuse un air de délicatesse et de propreté pardon et de et de propreté oui sur toute la personne plus de goût dans la manière de se mettre de s'exprimer vous voyez la propreté dit bien que c'est pas naturel il n'y a pas comme ça les filles qui sont nées comme ça avec une peau parfumée blanche non que ça suppose propreté c'est pas qu'il y ait toute une domesticité pour apporter
2:03:22 des cruches prendre un bain des onguents propreté sur toute la personne plus de goût dans la manière de se mettre et de s'exprimer une robe plus fine et mieux faite une chaussure plus mignonne des rubans de la dentelle des rubans de la dentelle bon bas on a l'impression qu'on va vers ce qu'il y a de plus léger de light on irait même au sens presque plus réactif de la mondanité pas le bling bling vraiment parce que là c'est presque dans l'intimité mais quand même je veux dire ça a l'air un peu très superficiel et voilà que une chaussure plus mignonne des rubans de la dentelle des cheveux mieux ajustés je préférerais toujours la moins jolie ayant plus de tout cela la phrase est la phrase est complexe je préférerais toujours il y a moins et plus la moins jolie ayant plus de tout cela non seulement c'est pas la donnée physique qui compte mais ce sont ses attributs tout cela et là
2:04:33 je pense à un texte de Nerval que je vous ai cité dans un autre contexte je crois où il est à Vienne il est en train de relater un petit peu de sa vie mondaine à Vienne où il est de passage et où il est dans une mondanité le soir de la Saint-Sylvestre où il y a trois femmes et il fait un compte-rendu de sa soirée à un copain un pote à Théophile Gautier en fait certainement et ton ami est là il a du beau linge il parle il est un sel il fait du paradoxe qui est démodé chez nous mais qui fait encore de l'effet ici à Vienne et puis je saute des passages et il se trouve en face d'une femme qui pas un retour d'âge je sais beaucoup dire mais enfin qui n'est plus toute jeune mais qui a toutes ces attributs dont parle Rousseau des dentelles des fanfreluches et il dit on ne sait pas trop ce qu'il y a au milieu de tout cela la même expression ce tout cela qu'on n'a pas défini on peut l'énumérer dentelles enfin oui ça peut aller loin la liste on ne laisse pas trop d'intervalle sur le milieu de tout cela mais tout cela est si bien arrangé je préférerais toujours
Baudelaire contre le naturalisme ; deux sens du mot nature
2:05:43 la moins jolie ayant plus de tout cela je trouve moi-même cette préférence très ridicule mais mon cœur la donne malgré moi nous avons commencé avec Cyrano de Bergerac à une histoire dramatique qui se déroule à l'époque de Louis XIII au début du XVIIe siècle et voilà que nous entamons la deuxième partie du XIXe siècle le romantisme est passé de mode il y a eu le grand brassage du réalisme dans le roman je pense à Stendhal à Flaubert peu importe ici à Balzac bien sûr et dans la poésie il y a eu pardon le Parnasse le retour à des vers artisanalement bien faits qui ne se contentent pas d'avoir des sentiments des enthousiasmes comme subjectivité romantique voilà je passe là-dessus on n'est pas en cours de littérature vous le direz et politiquement ce qu'on appellerait un réactionnaire même l'extrême droite
2:06:53 aujourd'hui n'oserait pas dire ce qu'il dit dans un journal il y a de bon dans la cité que le poète le prêtre et le soldat franchement bon Baudelaire c'est quelqu'un qui a des grandes colères et des boutades en même temps vous savez il faut lire la mort des pauvres dans les fleurs du mal c'est pas le but de la mort c'est là qu'on peut et manger et dormir et s'asseoir il y a une grande quête regardez le coucou il y a une grande quête de fraternité chez Baudelaire et il est dégoûté n'est-ce pas par une certaine gauche très actuelle tout ça une certaine gauche qui prend prétexte de l'apitoiement qui fait comme si c'est dommage qu'il est riche et il est pauvre c'est injuste alors que Rousseau a déjà montré dès la fin du 18ème siècle injuste ou pas c'est pas tenable n'est-ce pas que c'est en permanence la rupture du contrat le contrat c'est pas quelque chose qu'il faudrait mettre en oeuvre le jour où nous prenons le pouvoir non il a toujours existé mais en passant à le violer
2:08:03 ça on se voit c'est dans cette continuité là donc ce Baudelaire là je vais m'en servir alors que je n'ai pas ses idées politiques sauf une que je partage avec lui c'est l'exaspération devant la vogue du naturalisme je ne dis pas l'écologie je ne connais pas l'écologie moi je ne suis pas un homme de science c'est des disciplines scientifiques encore que elles ne sont sérieuses pour moi que lorsqu'elles sont bien dans un domaine spécifique climatologie glaciologie j'en sais rien je veux dire météorologie voilà il y a des spécialités moi ce n'est pas mon domaine donc je m'attaque au discours qui prend prétexte de réalité dégagée par ces disciplines en les arrangeant à leur sauce pour faire pour donner comme valeur suprême non pas l'environnement vous en connaissez beaucoup qui disent moi je suis pour un mauvais environnement je vais vivre dans un mauvais environnement
2:09:13 vous en connaissez moi je n'ai jamais vu donc ce sont de faux combats ça je suis pour la défense de l'environnement contre tout ce qu'il menace parce qu'on est tous d'accord là-dessus n'est-ce pas mais l'environnement ce n'est pas la nature où est la nature vous me direz que c'est dans ma chambre oui mais en face j'ai des arbres magnifiques oui mais c'est un parc je peux me promener sans me faire dévorer par des moustiques et sans plonger mes pieds dans de la boue et des marais j'ai trop vécu dans les pays où la nature est puissante et où les gens viennent se réfugier de la nature dans le village ou dans la cité c'est pas comme les grecs c'est pas pour lesquels la cité était un refuge un lieu de mesure contre le chaos qui les menaçait de l'extérieur donc je ne vais pas développer dans l'abstrait puisque Baudelaire va être on ne peut plus concret dans cette diatribe vous allez lire parce qu'il a des grandes colères c'est pas Nerval Nerval c'est le gentil Gérard par allusion par petite touche à Baudelaire attention il tape sur la table alors voilà le reste est tellement clair
2:10:23 que je passe directement à la parole de Baudelaire il est une chanson tellement triviale et inepte qu'on ne peut guère la citer dans un travail qui a quelques prétentions au sérieux mais qui traduit fort bien en style de vaudevilliste l'esthétique des gens qui ne pensent pas la nature c'est souligné c'est un phrase en italique n'est-ce pas la nature embellit la beauté il est présumable que le poète s'il avait su parler en français sous-entendu c'est mal dit s'il avait su parler en français aurait dit la simplicité embellit la beauté ceux qui voient cette vérité d'un genre tout à fait inattendu le rien embellit ce qui est la plupart des erreurs relatives au beau naissent de la fausse conception du XVIIIe siècle relative à la morale on retrouve son côté réactionnaire le siècle des lumières ce qui lui avait passé c'est son progressisme son exigence de justice sociale chez Rousseau sa critique de la religion par Voltaire vous voyez lui était plus proche de Pascal à ce niveau-là n'est-ce pas que de Voltaire d'ailleurs il a fait un poème qui commence par Pascal avait son gouffre
2:11:33 avec lui ce mouvement la nature fut prise dans ce temps-là donc du XVIIIe siècle comme base source et type de tout bien de tout beau possible alors là Baudelaire n'est pas philosophe donc je ne vais pas lui en vouloir cette confusion là je voudrais être clair sur un point capital je reviens vraiment dans l'élément proprement philosophique qui est l'interrogation des mots qui comme ils veulent tout dire ne veulent plus rien dire c'est vrai qu'au XVIIIe siècle on parle de nature tout le temps on oppose le droit naturel au droit positif par exemple vous voyez et on il ne faut pas confondre la nature objet de la physique physis physique physique vient de physis qui veut dire en grec nature donc la nature comment la nature au sens objectif scientifique sérieux il faut le demander au physicien c'est pas ma partie je sais pas mais c'est pas de ça que parlent les gens du XVIIIe quand on dit il est naturel que j'aille au cinéma le samedi soir il n'y a rien de naturel dans le cinéma il n'y a rien de naturel dans la tradition du samedi du week-end
2:12:43 tout ça c'est des conventions entre hommes c'est pas du tout pour les diminuer leur valeur je sais au contraire mais ça veut dire ça veut dire foutez-moi la paix je suis libre au XVIIIe siècle naturel veut dire ce qui est libre par rapport à la contrainte féodale ecclésiastique ça veut dire ça c'est pas le droit naturel c'est le droit qui en tout homme est qu'on oppose au droit positif celui qui dit que qu'on donnera le supplice de la roue à celui qui aura fait un crime de lèse-majesté j'en sais rien mais enfin tout ce qui suppose des lois et édicter un code qui ne fait que maintenir la violence des dominants donc voyez je suis en train d'apporter une distinction à laquelle on fait jamais allusion alors qu'on n'a jamais autant parlé de nature qu'aujourd'hui depuis le XVIIIe siècle je ne peux pas passer devant une une pharmacie n'importe quoi sans qu'il y ait produit naturel oligo-éléments bio voyez avec une confusion du bio du vert et du naturel alors que dans la nature il y a beaucoup plus d'ammoniaque et d'explosion nucléaire dans les galaxies croyez-moi que de vert
2:13:54 le vert à ma connaissance il n'y en a que autour de nous sur terre il doit y en avoir ailleurs en termes de probabilité de théorie de grand nombre enfin tellement loin qu'avant qu'on y aille vous savez donc la nature le vert n'est pas la règle et le biologique non plus l'ammoniaque c'est de l'inerte l'hydrogène aussi donc vous voyez distinguer bien nature au sens de l'objet de la physique là on en parle de manière sérieuse et puis surtout en interrogeant les physiciens si possible et ne vous fiez pas à moi dans ce domaine là et puis il y a nature au sens polémique c'est ça au 18ème siècle ça veut dire la nature au sens de ce qui est libre par rapport à ce qui est contraint le droit naturel par rapport au droit positif la religion naturelle Rousseau Voltaire tous aucun n'est vraiment athée il se réclame d'une religion naturelle d'un sentiment qu'on a qui veut me faire le bien que le mal etc voilà le sentiment de compassion vis-à-vis de la souffrance de l'autre tout ça pour eux c'est des choses ça veut dire laissez-moi avoir la religion
2:15:04 le Dieu que je veux et non pas de savoir si il faut de l'alcool il faut pas d'alcool s'il faut manger du porc ou pas du porc s'il faut faire le carême à Pâques ou pas voilà c'est simplement ici l'équivalent de libre fait fichez-moi la paix on est en République c'est moi qui rajoute ça enfin ça a préparé n'est-ce pas ça a préparé cette réaction salubre qu'on voit souvent des hommes du peuple disant oh oh oh on est républicains basta à l'époque où vraiment c'est la mode des idéologies est plus punitive les unes que les autres il est bon de le rappeler que naturel du XVIIIe siècle ça veut pas dire l'objet de la physique ça veut pas dire faire l'apologie du choléra non ni de ni de la plus grande cause de mortalité au monde qui est le moustique l'anophèle qui donne le paludisme et que je vous garantis bio qui n'est pas une création de l'industrie humaine donc Baudelaire défend lui l'artificialisme contre le naturalisme c'est un artiste
L'artificialisme, la techné et la nature qui contraint
2:16:15 ben oui on oublie que vous voulez vous distinguez bien des fleurs artificielles de fleurs naturelles on dirait aujourd'hui des seins artificiels de seins naturels ben oui l'artificialisme c'est le même radical qu'il y a dans regardez il y a art ART dans artifice et dans artisan chez les grecs le mot techné désigne aussi bien enfin donne en français aussi bien le mot technique que chez eux ça voulait dire aussi bien l'art mais l'art au sens de l'art de faire son jardin l'art de la fugue comme dit Bach avec beaucoup d'humilité en faisant un des plus grands chefs d'oeuvre de tous les temps voilà donc je redonne la parole à Baudelaire la nature fut prise dans ce temps-là au XIXe siècle comme base source et type de tout bien et de tout beau possible la négation du péché originel donc Baudelaire un bon catholique dit que c'est une régression d'avoir nié le péché originel ne fut pas ne fut pas pour peu de choses dans l'aveuglement général
2:17:25 de cette époque si toutefois nous consentant à en référer simplement au fait visible à l'expérience de tous les âges et à la gazette des tribunaux nous verrons que la nature n'enseigne rien ou presque rien c'est-à-dire qu'elle contraint vous voyez tout homme de droite qu'il puisse être il défend aussi il est irrité par la contrainte fichez-moi la paix j'ai peur de me faire mal comprendre tellement vu la puissance de l'idéologie dominante puisque après tout c'est la mondanité la continuité de mes interventions en ce moment il y a une telle pression du monde pour que nature soit prise dans un sens laudatif que je suis je vous donne un exemple j'avais je demandais souvent à l'oral du bac un élève qui avait bien travaillé il avait fait une bonne dissertation à l'écrit il avait été bon donc pour tenter le 18 vous voyez je lui ai posé une question comme ça un peu imprévue je lui disais est-ce qu'on est plus libre dans la société ou dans la nature sachant très bien qu'on est dans la nature bien sûr et c'était bien avant la vogue écologiste ben oui
2:18:35 la nature il dit je peux aller à gauche à droite je lui dis oui mais tu n'auras jamais faim ah si la nature il ne faut pas la voir à l'extérieur aller à gauche à droite c'est aussi la faim c'est aussi les contraintes les contraintes naturelles dont nous sommes délivrés par la techné justement depuis des milliers d'années il faut vraiment être nier complètement un travail plurimillénaire de la collectivité humaine pour croire que si j'étais dans la nature j'irais pas très loin voilà ce que je suis en train de dire j'irais pas très loin la nature c'est la force et c'est pas du tout un reproche l'animal a bien raison de l'user de ce l'avantage qu'il a c'est la force n'est-ce pas tant qu'il peut l'exercer il fait ni le mal ni le bien il fait ce qu'il peut il fait ni ce qu'il veut ni ce qu'il doit n'est-ce pas ces termes-là n'ont de sens c'est Rousseau l'a bien montré que dans l'état civil donc oui ici Baudelaire souligne le mot contraint ce qu'il reproche à la nature c'est qu'elle contraint l'homme à dormir à boire à manger lui il est lucide il sait bien que la nature c'est aussi cet ensemble de contraintes évidemment ceux qui sont habitués
2:19:45 à manger à leur faim ne s'aperçoivent pas que la faim est une contrainte et la nature du coup est innocentée et bien oui c'est-à-dire qu'elle contraint l'homme à dormir à boire à manger à se garantir tant bien que mal contre les hostilités de l'atmosphère c'est elle aussi qui pousse l'homme à tuer son semblable à le manger je vous rappelle il n'aime pas Rousseau vous en doutez Baudelaire mais curieux rapprochement objectif des deux les premières pages du contrat social développent d'une manière insistante et inlassable que la force ne peut pas fonder la légitimité politique la force règne dans l'état de nature pas dans l'état civil dans laquelle elle doit être remplacée par le droit selon le contrat d'ailleurs le terme de contrat est d'ailleurs un terme juridique donc c'est un peu c'est important les gens surtout les jeunes les enfants encore plus sont épouvantés quand je dis que dans la savane n'est-ce pas j'ai vu des hyènes qui qui essayait de dévorer un fœtus de gazelle qui est en train de sortir du ventre pendant que sa mère court
2:20:55 oui oui c'est épouvantable enfin je veux dire elle n'est pas méchante elle a des petits à nourrir dans son antre elle fait ce qu'elle peut n'est-ce pas elle exerce sa force tant qu'elle le peut et après elle se couche en terre et elle pourrit l'animal subsiste l'homme lui en plus veut exister pas seulement subsister je vous renvoie à l'existentialisme qui n'a pas dit que des bêtises à ce niveau-là quand même donc vous voyez c'est elle aussi la nature qui pousse l'homme à tuer son semblable à le manger à le séquestrer à le torturer car si tôt que nous sortons de l'ordre des nécessités et des besoins pour entrer dans celui du luxe et des plaisirs nous voyons que la nature ne peut conseiller que le crime alors là il n'a pas la clarté de Rousseau c'est pas un philosophe Baudelaire c'est pas la diatribe contre la nature vous voyez il prolonge le rapport de force qui est effectivement la clé du monde animal mais il dit qu'il s'exaspère encore dans les plaisirs dans le luxe non là on n'est plus dans la nature justement on n'y est plus c'est plus la nature qui agit et là il n'a pas la lucidité de Rousseau disant dans
2:22:08 où Rousseau dit bien tous les avantages en accord avec Baudelaire pour l'instant du passage de l'état de nature à l'état civil quoiqu'il se prive dans son nom de l'état de plusieurs avantages qu'il tient de la nature il en regagne de si grands ses facultés s'exercent et se développent ses passions s'ennoblissent son âme toute entière s'élève à tel point que jusque là on a tout gagné si et là Baudelaire n'a pas compris ça si les abus de cette nouvelle condition de l'état civil ne le dégradaient souvent au-dessous de celle dont il est sorti en dessous de la bête ça c'est le mal le mal que dénonce ici Baudelaire Rousseau c'est qu'il ne vient pas de la nature justement parce que dans la nature on ne fait pas le bien parce qu'on ne fait pas le mal non plus parce qu'on ne sait pas faire le bien ta rapport de force ce n'est pas un rapport de droit personne ne va dire à la hyène c'est pas bien ce que tu fais de nourrir tes petits voilà donc c'est la religion qui nous ordonne de nourrir des parents pauvres et infirmes oui c'est vrai dans l'évangile oui mais là il exagère parce que c'est bien que l'église
2:23:18 ça n'a pas été vous savez quand en pleine bataille médiévale le féodal en train de se battre et dit oh là là je ne sais plus une telle mêlée je ne sais plus qui sont les nôtres et qui sont les ennemis et que l'évêque répond tuez-les tous Dieu reconnaîtra les siens c'est pas tout à fait c'est pas ici la charité dont parle Baudelaire mais par contre qui est dans les textes c'est là qu'il faut bien distinguer il peut être anti-catho anti-protestant ce que vous voulez mais le christianisme c'est quand même autre chose j'ai fait souvent allusion avec la théologie de la libération donc j'insiste pas je vous y renvoie tout ce qui est beau et noble est le résultat de la raison et du calcul le crime dont l'animal humain a puisé le goût dans le ventre de sa mère non dans le ventre de la mère il y a oui le rapport de force j'ai lu que les chiens sauvages lorsqu'il y a des jumeaux il y en a un qui tue l'autre déjà dans le ventre maternel Baudelaire dit pas n'importe quoi mais c'est pas monstrueux c'est ça ou la disparition parce qu'il n'y a pas justement la société qui vient donner aux faibles
La vertu artificielle et la parure
2:24:28 à celui qui a une santé fragile la possibilité d'être l'égal de ceux qui sont forts la vertu au contraire est artificielle le crime je reprends dont l'animal humain a puisé le goût dans le ventre de sa mère est originellement naturel non dans le ventre de la mère il y a de la violence tout ce qu'on veut il n'y a pas de crime le crime c'est une notion morale la vertu au contraire est artificielle surnaturelle et c'est ça qui lui qui plaît à Baudelaire puisqu'il a fallu dans tous les temps et chez toutes les nations des dieux et des prophètes pour l'enseigner à l'humanité animalisée et que l'homme seul sous-entendu sans Dieu sans la grâce eût été impuissant à la découvrir cette histoire de l'homme seul souligné me fait penser à une très belle formule de Sainte-Beuve le critique littéraire du XIXe siècle qui était un grand ami de Baudelaire d'ailleurs et qui a dit de Montaigne cette magnifique formule Montaigne c'est la nature toute entière sans la grâce c'est presque le début la laïcité si vous regardez bien je saute des passages mais le mal se fait sans effort je reprends ça
2:25:38 naturellement par fatalité le bien est toujours le produit d'un art en fait Baudelaire il ne défend pas le bien contre le mal ou comme Rousseau la justice n'est-ce pas contre le droit du plus fort il défend l'art n'est-ce pas contre la prose du monde comme on dit ailleurs le mal se fait sans effort naturellement par fatalité le bien est toujours le produit d'un art tout ce que je dis de la nature comme mauvaise conseillère en matière de morale et de la raison comme véritable rédemptrice et réformatrice peut être transporté dans l'ordre du beau je suis ainsi conduit à regarder la parure tout ça c'est pour parler de ce qui nous semble le plus artificiel c'est pas la mode le plus bling bling le plus light je suis ainsi conduit à regarder la parure comme un des signes de la noblesse primitive de l'âme humaine les races que notre civilisation confuse et pervertie traite volontiers de sauvage il a regardé comme le réactionnaire Baudelaire devient tout d'un coup fraternel avec les peuples économiquement les moins développés économiquement peuvent être développés moralement et esthétiquement la preuve je connais aucun endroit au monde comme l'Afrique noire ou l'homme
2:26:50 au sens du mâle n'est-ce pas du masculin a autant de soucis de la décoration du corps sinon peut-être les papous mais qui ne sont pas loin puisqu'on parle pour la région des papous de la mélanésie pays du monde noir n'est-ce pas donc je suis ainsi conduit à regarder la parure comme un des signes de la noblesse primitive de l'âme humaine il y en a qui croient que les habits vous savez théories naturalistes dans le style pour expliquer l'origine de notre société à l'origine des habits il y a le fait de se protéger contre le froid non non à Tahiti il y a des habits je ne parle pas des habits apportés par les européens et le premier des habits ce n'est pas le manteau contre le froid c'est le cache-sexe il n'y a pas que de l'utilitaire n'est-ce pas de nouveau j'insiste sur l'ordre symbolique qui n'élimine pas l'autre à la causalité naturelle mais que non seulement il ne faut pas négliger mais qui est déterminant dans les relations humaines pourquoi j'en parle là précisément parce qu'il parle justement de il dit les races
2:28:00 c'était très le mot il ne dit pas les classes c'était le jamais on n'a autant parlé des races croyez-moi qu'à la deuxième moitié du XIXe siècle et surtout dans les pays anglo-saxons on se dit en passant les races que notre civilisation confuse et pervertie traitent volontiers de sauvage avec un orgueil et une fatuité tout à fait risibles comprennent aussi bien que l'enfant la haute spiritualité de la toilette il ne s'agit pas du lavabo la toilette sous-entendu l'apparence qu'il faut se donner pour paraître aux autres c'est pas le sauvage et le baby témoignent par leur aspiration naïve vers le brillant vers les plumages bariolés ils devaient penser plus aux indiens à l'époque n'est-ce pas aux peaux rouges on a commencé à parler énormément qu'au noir d'Afrique là où il n'y avait pas encore c'est un peu tout encore il n'y a pas encore n'est-ce pas l'art nègre qui va influencer au XXe siècle les peintre regardez tout ce que Modigliani doit à l'art Sénoufo mettez donc Sénoufo sur Google S-E-N-O-U-F-O c'est une ethnie du nord de la Côte d'Ivoire et vous serez surpris de retrouver les urnamantes de Modigliani et les nus allongés
Le maquillage, réformation de la nature
2:29:10 bref malheur à celui qui comme Louis XV qui fut non le produit d'une vraie civilisation mais d'une récurrence de barbarie pousse la dépravation jusqu'à ne plus goûter que la simple nature il fait allusion à la ferme Marie-Antoinette elle a élevé des canards etc ce qui est extrêmement actuel n'est-ce pas alors toi mais pas du tout mais non moi quand je parle du permalien ce n'est pas un divertissement de Duchesse oui d'accord curieux comme rapprochement la mode doit être considérée doit donc être considérée comme un symptôme du goût de l'idéal surnageant dans le cerveau humain on a remarqué qu'il y a un certain néo-platonisme immanent à la pensée de Baudelaire je parle à la pensée même à sa poésie des fois le goût de l'idéal les idées surnageant dans le cerveau humain au-dessus de tout ce que la vie naturelle y accumule de grossiers comme s'il y avait un vague souvenir chez les prisonniers de la caverne de Platon de modèles de paradigme qui sont la vérité de ce qui apparaît dans tout ce que notre cerveau y accumule de grossiers
2:30:20 de terrestres et d'immondes comme une déformation sublime de la nature ou plutôt comme un essai permanent et successif de réformation de la nature là il y a un vieux souvenir non pas de Platon mais d'Aristote qui dans sa poétique dit que la nature tantôt pardon l'art son esthétique tantôt imite la nature tantôt accomplit ce que la nature par elle-même n'est pas capable d'achever un passage très célèbre et qui a fait beaucoup de commentaires je vous y renvoie dans la poétique la femme est bien dans son droit puisqu'on parle de la coquetterie de l'habit de la mode bien sûr nous retrouvons la femme au centre comme on l'avait vu au début de mon intervention sur la mondanité la femme est bien dans son droit et même elle accomplit une espèce de devoir en s'appliquant à paraître magique et surnaturel donc il ne condamne pas la mondanité et la quête de beauté n'est-ce pas que toute société regarde même dans la préhistoire et de superbes reproductions
2:31:30 la quantité de bijoux qu'on trouve même à l'époque paléolithique je ne dis même pas néolithique je ne dis pas des bijoux en os il faut avec du coquillage il faut qu'elle étonne qu'elle charme idole elle doit se dorer pour être adorée elle doit donc emprunter à tous les arts les moyens de s'élever au-dessus de la nature pour mieux subjuguer les cœurs et frapper les esprits il importe fort peu que la ruse la ruse de la raison qui est à l'origine de la technique c'est curieux comme rapprochement il importe fort peu que la ruse et l'artifice soient connus de tous là il frôle la notion d'inconscient si le succès en est certain et l'effet toujours irrésistible pas la peine d'y penser sous-entendu c'est intuitif c'est dans ces considérations que l'artiste philosophe l'artiste philosophe mélange de l'intuition et du concept trouvera facilement la légitimation de toutes les pratiques employées dans tous les temps par les femmes pour consolider et diviniser pour ainsi dire leur fragile beauté là il devrait plus en continuité
2:32:40 avec ce qu'il avait dit auparavant c'est que chez les sois je n'ai pas dit tout à l'heure les hommes sont au moins aussi coquets que les femmes et c'est encore le cas essayez de mettre les papous à google les papous ils maîtrisent à peine la technique de production du feu mais l'art de la peinture sur le corps n'a aucun équivalent dans les cultures humaines le rouge et le noir représentent la vie mais une vie c'est moi qui ajoute mais vous voyez parce que on pourrait dire ça y est il est bio quoi non une vie surnaturelle et excessive ce cadre noir rend le regard plus profond et plus singulier je ne sais pas s'il parle du rimmel je ne connais pas ou le khôl donne à l'oeil une apparence plus décidée de fenêtres ouvertes sur l'infini faites entrer la vie merci Claude Gallier on en reparlera merci Aragon Elsa le rouge ça c'était le noir le rouge qui enflamme la pommette augmente encore la clarté de la prunelle
2:33:50 et ajoute à un beau visage féminin la passion mystérieuse de la prêtresse ainsi si je suis bien compris il n'est pas sûr la peinture du visage ne doit pas être employée dans le but vulgaire inavouable d'imiter la belle nature et de rivaliser avec la jeunesse on a d'ailleurs observé que l'artifice n'embellissait pas la laideur et ne pouvait servir que la beauté qui oserait assigner à l'art la fonction stérile d'imiter la nature je rappelle encore la formule d'Aristote deuxième fois dans sa poétique tantôt l'art imite la nature tantôt il accomplit ce que la nature par elle-même n'est pas capable d'achever mais chez les grecs ce qui est achevé ce qui n'est pas achevé ce qui est indéfini ce qui n'est pas fini n'est pas beau le maquillage n'a pas à se cacher à éviter de se laisser deviner il peut au contraire s'étaler sinon avec affectation au moins avec une espèce de candeur je me permets je permets volontiers à ceux-là que leur lourde gravité entre Nietzsche parlant de l'esprit de pesanteur n'est-ce pas empêche de chercher le beau jusque dans ses plus minutieuses manifestations
2:35:00 de rire de mes réflexions et d'en accuser la puérile solennité leur jugement austère n'a rien qui me touche je me contenterai d'en appeler auprès des véritables artistes ainsi que des femmes qui ont reçu en naissant une étincelle de ce feu sacré dont elles voudraient s'illuminer tout entière quel homme à femme sacré Baudelaire quand même bon voilà il parle de la beauté surtout ça revient tout le temps dans son oeuvre critique je termine avec la fin mais oui non mais Hegel dit que à la fin de tous les cycles esthétiques il y a l'humour qui surgit le rire la légèreté Musset il y a Musset Musset rien ne nous rend si grand qu'une grande douleur dites donc c'est pas l'humour les chants les plus désespérés sont les chants les plus beaux et j'en sais d'immortels qui sont de purs sanglots tous les écoliers jusqu'à une certaine génération dont elle n'a pas partie connaissaient par cœur les nuits de Musset tout adolescent se reconnut ce qui faisait dire à Baudelaire qu'il était un croque-mort langoureux et à Rimbaud
Musset : « mais j'ai aimé »
2:36:10 qui était encore plus impitoyable Musset 14 fois exécrable bon Baudelaire disait aussi tous les élégiaques sont des canailles mais par contre le Musset qui fait un essai sur sa génération la confession d'un enfant du siècle un chef d'oeuvre d'analyse qu'on dirait aujourd'hui quasi sociologique socio-historique si vous voulez et ces délicieuses comédies qui sont délicieuses et cruelles où il y a la lucidité d'un écrivain du 18e siècle et en même temps la souffrance du mal du siècle propre 19e voilà donc je voudrais juste c'est très rapide lire la chute les derniers mots de Perdican le héros alors héros heureux ou malheureux jugez vous-même n'est-ce pas la femme qu'il aime finalement rentre dans les ordres et je vous dis le contexte résume à ça adieu Camille retourne à ton couvent et lorsqu'on te fera de ces récits hideux qui t'ont empoisonné réponds ce que je vais te dire tous les hommes sont menteurs inconstants
2:37:21 faux bavards hypocrites orgueilleuses ou lâches méprisables et sensuelles toutes les femmes sont perfides artificieuses vaniteuses curieuses et dépravées le monde n'est qu'un égout sans fond où les phoques les plus informes rampent et se tordent sur des montagnes de fange ah dis donc c'est pas c'est pas le croque-mort langoureux mais il y a au monde une chose sainte et sublime c'est l'union de deux de ces êtres si imparfaits et affreux un phoques et une otarie c'est moi qui rajoute excusez-moi on est souvent trompé en amour souvent blessé et souvent malheureux mais on aime et quand on est sur le bord de sa tombe on se retourne pour regarder en arrière et on se dit j'ai souffert souvent je me suis trompé quelques fois mais j'ai aimé c'est moi qui ai vécu et non pas un être factice créé par moi créé pardon par mon orgueil et mon ennui dernier mot il sort exit je vous remercie de votre patience et je vous remercie surtout Amélie de l'excellent choix de texte merci Etienne à la régie technique
2:38:31 ça change de pire Alain que je salue tu me fais la surprise compagni et compagne oggi è morto un mio amico est morto parce que déjà de temps avait rinunciato à la vie et c'est de ce que vous voudrez parler de la vie non de la mort la plus commune aspiration de tous les hommes sancita même dans les textes de certaines constitutions c'est la recherche de la felicità c'est si peut dire mais ça est individualisme est le subito dell'ormai lontano 68 non accompagne non mais anche quelque chose de plus antico scriveva Leopardi nel 1821 finora est la appliquée à la politique piuttosto à la science des nazioni que celle de l'individu du sua mutamento du sua felicité Mais nous, compagnie, nous savons aussi que nous devons vivre en ce qui est correct.
2:39:44 Ecco, je suis aujourd'hui pour parler de mon problème personnel. Commenter en la maison. Mais, non, non si peut. Si, ma si... Si, si, si. Si, certo, mi rivolgerò all'assemblea in forma di interrogazione, così mi sbrigo subito. Si interroga dunque per sapere, primo, è lecito a un anziano compagno come me innamorarsi, come se avesse ancora 18 anni.
2:40:23 Io amo, infatti, riamato. Una donna che indicherò con lo solo iniziale, Gitti, perché essa è coniugata. Secondo, sarebbe legittimo che io, per vivere con questa donna, abbandonassi la compagna con la quale sono stato unito per 35 anni e che quindi è invecchiata con me a aiutarmi, a comprendermi, a perdonarmi e anche a consolarmi di una certa quale emarginazione nel partito di cui io mi sento vittima, ma questo non c'entra la sciogra.
2:41:04 Terzo. Questo ipotizzato, è certo doloroso, abbandono, sarebbe poi conciliabile con il corrispondente diritto alla felicità di mia moglie. Sì, e poi anche qui mi accorgo che faccio un altro discorso paternalistico, come se la personalità di una donna dipendesse solamente dal suo stato coniugale. Però, ecco, questo sì, questo me lo chiedo, me lo chiedo. È conciliabile tutto questo con l'uguaglianza degli obblighi, con la salvaguardia del plurale sull'individuale che io e voi abbiamo sempre sostenuto per una società migliore, di liberi, di uguali.
2:41:46 In sintesi, è lecito essere felici, anche se questo crea infelicità. Compagni, io vi chiedo un sì o un no. Grazie.