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Question du public sur la scientificité chez Hegel et Marx
1:51 Bonsoir tout le monde pour cette nouvelle séance de l'Avent. Merci de votre présence. Conformément au programme, je présume que ça vous a été communiqué, je continue à répondre aux questions et j'enchaîne dans le sillage, non pas en passant d'un sujet à l'autre, mais dans le sillage de mes réponses aux questions, je vais enchaîner sur notre thème qui reste pendant celui de la mémoire, de l'oubli et de l'anamnèse.
2:43 Et de leurs relations réciproques et dont on soupçonne de plus en plus la complexité et en même temps la logique. Alors, je continue pour montrer, bien illustrer le fait qu'il y a un rapport entre mes réponses aux questions et le texte, le seul nouveau texte que nous avons travaillé là. Parce que les autres, je le répète souvent, les autres ne sont pas passés dans un rétroviseur comme un paysage dans un rétroviseur qui s'en va, qui ne revient plus.
3:20 Je vais dire les autres, il faut les garder en mémoire. Vous les avez sur notre page Facebook, donc ce n'est pas très compliqué. Vous avez soit in extenso, soit le lien en un clic que vous pouvez reporter à l'original. Cette fois-ci, donc, le seul nouveau texte est un extrait. Je ne sais pas si on peut donner l'extrait ou la référence. La référence, c'est l'acte 2 et la scène 5 de l'acte 2 du Phèdre de Racine. Voilà. Du Phèdre ou de la Phèdre, comme vous voulez, de la tragédie Phèdre de Racine, qui s'est appelée d'ailleurs initialement Phèdre Hippolyte et qui, dans sa seconde édition de 87, en est resté à Phèdre tout court.
4:01 Voilà, c'est comme ça qu'on la connaît depuis. Pour montrer qu'il y a un lien avec les réponses aux questions, je commence par prolonger, je n'ai pas fini, la réponse à notre camarade et ami Léo. Léo, je rappelle la question. Alors, il répond en même temps, enfin, il répond. D'une part, il pose la question comme, il a la gentillesse de poser la question, au même titre que les autres participants, assez direct. Mais en plus, il en profite pour répondre à notre grand sondage, n'est-ce pas, qui s'interroge de savoir si je dois continuer au premier trimestre 2021 par l'analyse du ring de Wagner, de l'anneau du Nibelung, de la tétralogie, comme on voudra, ou bien de la difficulté du lien entre sciences de la nature
5:13 et sciences humaines, pour simplifier énormément. Et puis, étant bien entendu qu'on peut modifier toutes ces appellations, enfin, la problématique, c'est celle-là. Et alors, notre ami et camarade Léo, qui est par ailleurs un brillant scientifique, je crois vous avoir touché deux mots, je ne sais pas s'il m'en donne le droit, mais je vais dire, c'est quand même intéressant, ça. Il va bientôt soutenir sa thèse sur la stabilité du système solaire à la lumière de la mécanique relativiste, enfin, de la théorie einsteinienne de la relativité.
5:51 Ça n'a l'air de rien comme ça, je ne veux pas me mettre à sa place, j'aurais du mal. Mais enfin, je crois savoir, pour autant que je comprenne quelques éléments de vulgarisation qui ne manquent pas dans ce domaine, que nous devrions nous féliciter tous les jours de cette stabilité du système solaire. Il suffirait d'un petit décalage des trajectoires de planètes géantes dans le style de Jupiter ou de Neptune, pour que les climats, alors là, l'activité de l'homme, ce serait dérisoire à côté de ce qui se passerait.
6:27 Voilà, bon. Donc, je me rappelle le questionnement de Léo en trois points, très méthodiquement, je le remercie. Chère association, j'apprécie beaucoup qu'on parle, on s'adresse à mon endroit comme un collectif, c'est bien le moins que méritent tous ceux qui convergent vers les vidéos qui sont à votre disposition par la suite, et pour le site, bien sûr.
6:57 Mon choix s'est porté, ça c'est pour le sondage, sur le statut de la scientificité au-delà des sciences de la nature, pour trois raisons. J'aime bien sa formulation. La scientificité, non pas dans les sciences humaines, on ne sait pas si c'est des sciences, mais au-delà des sciences de la nature, pour trois raisons. Premièrement, évidemment, le thème de la scientificité et des sciences historiques m'intéresse en tant que scientifique de la nature, entre parenthèses, je suis astrophysicien, et lecteur passionné de Marx et de Hegel.
7:30 Donc voilà quelqu'un qui peut se prévaloir de la double casquette et qui est doublement attentif à ce questionnement. Deuxièmement, Marx et Engels, mais déjà Hegel, revendiquent la scientificité de leur méthode. Allusion, bien sûr, à un titre célèbre de Engels, par exemple, socialisme utopique et socialisme scientifique.
8:00 Marx et Engels, mais déjà Hegel, revendiquent la scientificité de leur méthode. Je cite Hegel comme ça, « la nécessité interne que le savoir soit science », dans la Phénoménologie en particulier, « et la justifient dans leur œuvre », notamment Hegel, « dès la préface de la logique », autrement nommée « science de la logique ». Je rappelle le titre allemand, qu'il restitue très bien de sa traduction française ici, « la logique de Hegel », même comme on dit « la grande logique », pour ne pas qu'on la confonde avec la petite logique de l'Encyclopédie, c'est encore une abréviation du titre qui est « Wissenschaft der Logik », c'est-à-dire, mot à mot, « science de la logique », comme le traduit très bien ici Léo.
8:47 Marx dans « Le Capital » et Engels dans de nombreuses brochures où il y parle de socialisme scientifique, je viens de vous citer un titre, qui illustre ce que dit Léo, mais Dominique Pagani dit souvent que les sciences historiques ne sont pas une science, mais une discipline. Et je suis très heureux de voir qu'il y en a qui sont attentifs à ma tentative, je ne sais pas si elle est toujours réussie ou si elle l'est quelques fois même, mais je veux dire, je m'efforce, c'est bien le moins que doit faire un travail philosophique, je m'efforce de, non pas de donner un sens plus pur aux mots de la tribu, pour citer Mallarmé qui réserve ça aux poètes, mais en tant que philosophe, j'avais rappelé que le philosophe est toujours quelque part tributaire de deux grandes influences extrêmes, mais opposées, dont il est l'objet qui sont la rigueur qui vient de la science, et en particulier des mathématiques.
Le philosophe entre le mathématicien et le poète
9:57 Que nul n'entre ici s'il n'est géomètre de Platon, Descartes, je me plaisais surtout aux mathématiques à cause de la certitude et de l'évidence de leurs raisons, mais je ne remarquais pas encore leur vrai usage, vous allez voir pourquoi je prolonge, et pensant qu'elles devaient faciliter le travail des hommes, je m'arrête là. Mais Dominique Pagani dit souvent que les sciences historiques ne sont pas une science, mais une discipline, donc voilà, j'ai pris le mot discipline pour essayer de trouver un mot qui montre que la philosophie s'efforce de sortir de l'opinion, donc se diriger vers la science.
10:36 Dès la Grèce antique, on oppose la doxa, l'opinion, à l'épistémé, la science, la doxa à l'épistémé, et c'est affirmé même avant, on pourrait dire même avant, la philosophie, dès les présocratiques, enfin dès la proto-histoire de la philosophie, si vous voulez, si on l'a fait commencer à Socrate, juste avant, il y a quand même Parménide, qui dans son fameux poème, c'est un des plus longs textes qui nous soit parvenu des présocratiques, donc on va en profiter, donne un grand coup de hache pour bien séparer ce qu'est l'opinion, laisse, écarte-toi de l'opinion, et, je dis ça aux disciples, et attache-toi à ce qui est, car ce qui caractérise la science, c'est de se rapporter, non pas ce qui devrait être, mais à ce qui est, moi je trouve qu'on devrait diriger la France, bon, c'est pas important ces questions-là, mais ce n'est plus de l'ordre de la science, la science doit se rapporter à ce qui est, non pas ce qui doit être, n'est-ce pas, on reviendra à ce rapport entre la science et l'être, donc, vieille complicité des mathématiques,
11:50 donc tiraillée par le mathématicien d'un côté et par le poète de l'autre, qui lui aussi, n'est-ce pas, sort de la langue courante, mais pas pour donner des équations et une langue entièrement formalisée comme les mathématiciens, mais restitue, nous redonne la langue courante, mais sur une parole qui s'écarte assez souvent de la langue courante, je pense à Rimbaud qui disait que comprendre à ma parole, il faut qu'elle fuit et vole, n'est-ce pas, voilà, donc, le philosophe étant entre les deux, j'ai pensé que ce n'était pas l'opinion, je résume, pour ceux qui n'ont pas été aussi attentifs que Léo à ce que je disais à ce moment-là, donc on n'est pas au café du commerce quand on est en philosophie, mais on ne peut pas dire, ça c'est mon point de vue, que nous soyons non plus au CNRS ou au laboratoire, voilà, c'est-à-dire, donc, entre les deux, j'ai trouvé que la notion de discipline convenait assez bien, ça veut dire qu'il ne faut pas faire n'importe quoi, il faut s'efforcer à la rigueur, il faut se donner des règles, c'est ça une discipline, les quatre principes de la méthode de Descartes et l'Organon d'Aristote, la logique transcendantale,
13:03 l'analytique transcendantale de Kant, la logique hegelienne, ça fait quand même beaucoup d'éléments de méthodologie, donc, Marx, en l'écart de Peter Lundin, mais Dominique Pagani dit souvent que les sciences historiques ne sont pas une science, mais une discipline et les justifications, sous-entendu que l'on donne, sont souvent évasives, sans autre justification, c'est-à-dire, si je ne viens pas m'expliquer là-dessus, je présume, c'est le but de sa question, on pourrait croire que Pagani se place comme critique de Marx et Hegel, il se dit scientifique, en fait, ce n'est pas des scientifiques, c'est tout au plus des disciplines, voilà ce qu'il me fait dire, et cela demanderait de sérieux arguments, je ne sais pas comment on doit le prendre, mais ça, ça veut dire, mais pour qui se prend Pagani de dire que Marx et Hegel ne sont pas scientifiques, bon, je sais bien que ce n'est pas le ton de notre camarade, mais au contraire, il a bien raison de dire que pour une affirmation, pour un enjeu aussi important, il vaut mieux s'expliquer, je crois l'avoir fait, mais on ne le fait jamais assez, donc, je vais y revenir, choisir ce thème serait une bonne occasion d'approfondir et clarifier tout cela, troisième point,
14:14 le seul deuxième le plus long, troisième point, d'un point de vue de transmission et d'éducation populaire, vulgariser les livres difficiles, le capital, excusez-moi, parce que le texte flotte un peu là sur mon écran, d'un point de vue de transmission, pardon, et d'éducation populaire, vulgariser, pardon, pour ce blanc, ces livres difficiles, le capital de Marx et la logique de Hegel, et motiver les militants à les lire, pour les motiver à travers le thème de la scientifique, les motiver à travers le thème de la scientificité me semble être une rationalité, il est urgent d'en parler au moment où la régression vers l'obscurantisme nous menace.
Marx, œuvre inachevée, et Engels pédagogue
15:00 bon. Bien, alors, en répondant, je dis tout de suite, parce que je ne veux pas rentrer dans le vif du sujet pour l'instant, j'ai dit que je m'engageais à montrer qu'il y avait un rapport avec le texte que je vous propose. Pourtant, on a l'air d'être à l'opposé, vraiment, de ce que demande Léo. on n'est pas, ce n'est pas un extrait du Capital, ni de la logique de Hegel, mais ça, c'est un extrait d'une tragédie du grand siècle.
15:35 On est plus à Versailles qu'aux usines Renault de Billancourt à l'époque de la grève générale. Je dis ça, parce qu'à l'époque, quand Billancourt éternuait, la France était paralysée. Voilà. Donc, métonymiquement, je lui réponds sur deux points importants.
16:08 Je maintiens que la philosophie, j'ai parlé pour la philosophie, c'est une discipline. Maintenant, je rappelle, je mets Léo au défi de trouver dans Marx combien il y a d'occurrence de l'expression socialisme scientifique. Voilà, je ne trahis pas Marx, je ne le contredis pas, non pas en doutant, je passe mon temps à dire que Marx a ouvert à la science le continent histoire.
16:42 D'accord ? il est mort. Il est mort. Il est mort en inachevant son gros œuvre. D'ailleurs, c'est presque, c'est extraordinaire le parcours de l'écriture marxienne, je veux dire. C'est toute une série d'œuvres qui ne s'achèvent pas, tu vois, pour parvenir, sauf quelques-unes, comme idéologie allemande ou manifeste, mais qui ne s'achèvent, dans les deux cas, écrits avec Engels, mais quand il s'agit de ses propres recherches, c'est d'une telle richesse et il a une telle force de travail, il trouve à chaque fois de tels prolongements des problématiques qu'il étudie, qu'on n'en voit jamais la fin, mais ce n'est pas un reproche et tant mieux et c'est un work in progress, comme on dit, n'est-ce pas, en anglais, ou disons que toute son analyse est un working through, si on veut continuer dans les expressions anglophoniques.
17:40 Or, vous savez, tout le monde ne sait pas loin de là que Marx est mort au moment où il avait mis en titre du chapitre qui devait continuer sa rédaction du Capital, les classes sociales. Point et il meurt. Vous êtes d'accord qu'on aurait bien aimé avoir le statut, c'est ça, le statut théorique du concept de classe sociale chez Marx, vu le rôle décisif et central que cette notion joue dans ses avancées.
18:17 Voilà. Donc, je rappelle que c'est une œuvre toujours en train de s'échafauder qui remet toujours la patte dans le pétrin, si je puis dire, et c'est un hommage, ce n'est pas du tout pour dire qu'il y a des lacunes, loin de là. Et encore une fois, l'expression socialisme scientifique, contrairement à ce qu'on va nous faire croire dans une langue de bois, je vais montrer à qui je ne fais pas allusion, il y en a suffisamment pour qui c'est une langue de bois, tout ça, pour qu'on ne fasse pas la confusion.
18:52 Je veux dire, je ne parle pas du tout de Georges Gastaud qui a fait une excellente publication sur Engels récemment, et pas du tout en langue de bois, justement, et qui s'insurge, et je m'insurge avec lui, contre ceux qui essayent d'introduire un coin entre Marx et Engels, qui est Marx, le grand intellectuel, le grand philosophe, et puis le laborieux, le Engels, qui est déjà bien gentil d'avoir donné des sous au pauvre Marx, mais qui est un peu sommaire, je force un peu le trait, mais enfin, vous voyez ce qu'on veut dire, qui est un peu besogneux, qui n'a pas la subtilité théorique de Marx, et qui n'a pas peu contribué à la constitution d'un matérialisme dialectique, dogmatique, etc., et puis vous connaissez la suite, tout ça, c'est pour dire que dès que le communisme est au pouvoir, il faut le combattre quitte, n'est-ce pas, à s'allier avec les CIA et les gardes rouges, et les Khmer rouges, je veux dire, plutôt, mais on y reviendra, ça, pour ceux qui ne croient pas,
20:02 je vous conseille de consulter les dossiers, c'est encore plus épouvantable qu'on ne l'imagine, bref, Gastaud a parfaitement raison de s'insurger contre ce partage des tâches, la tête et les jambes, presque, si on veut, caricaturer entre Marx et Engels, simplement, Engels est un immense pédagogue, il part au plus pressé, et quand on part au plus pressé, et quand on est dans le combat, quand on n'est pas dans le savoir-faire, mais dans le faire savoir, et les deux sont indispensables, bien sûr, on n'est pas, vous vous rappelez que la phénoménologie de Hegel est une immense tentative didactique et pédagogique, où Hegel dit qu'il faut élever la conscience commune à la philosophie, mais faire descendre la philosophie à la conscience commune, dans les deux sens, ce qu'Engels fait admirablement, parce que, comme le dit très bien Gastaud, la lecture de Capital, et surtout certains passages, n'est pas évidente au premier abord, même au troisième ou au dixième,
21:13 et donc, il est essentiel qu'Engels ait dégagé un corpus, pour les militants et pour le tout-venant, qui verrouille, si je puis dire, nuclé, comme on voudra, l'essentiel des avancées en train de se faire, comme je fais allusion, in progress, du camarade Marx. Voilà. Donc, ce n'est pas assez de différence-là.
21:44 Mais je constate que, dans son ouvrage, dans son intention didactique, et dans les simplifications, je n'ai pas dit de simplisme, les simplifications pédagogiques que ça implique, les formulations de Engels sont quelquefois plus rigides que celles de Marx qui restent dans la recherche, et non pas dans la transmission. Ce n'est pas du tout un rapport entre un qui est profond et l'autre qui ne l'est pas, ou un qui est un grand intellectuel et l'autre qui est un besogneux. C'est un partage des tâches, encore une fois, entre chercher à savoir, mot à mot de philosophie, après tout, et savoir-faire.
22:30 Faire savoir et savoir-faire. Faire savoir, c'est quand même didactique. Voilà, donc, les expressions qui semblent un petit peu plus dogmatiques de Engels, c'est un dogmatisme que doit, non seulement je ne le critique pas, mais je le recommande à tous ceux qui enseignent de donner à leur enseignement une forme plus claire que ce qu'ils ont dans la tête avant d'être devant la classe. C'est la moindre des choses qu'on doit à ces interlocuteurs. L'immense Goethe que toute l'Allemagne romantique venait voir là, comme une statue de commandeur, en rêvant d'avoir une audience, et qui balbutiait devant lui, à cela, Goethe disait, si quelqu'un a quelque chose à me dire, qu'il me le dise clairement.
La transmission oblige à la clarté
23:18 Pour ce qui est des choses problématiques, celles que j'ai en moi me suffisent. C'est la moindre des choses qu'un pédagogue fasse à un effort de clarification. Je dirais même, je vais clore ici ce passage à la didactique, vous savez que ça me passionne, la transmission. Je dirais même que c'est l'exercice de l'enseignement, de la transmission au sens large. Ça peut être des parents aux enfants, du maître, de l'instituteur aux mouflets, dis-je affectueusement, du maître de conférence aux étudiants, peu importe.
23:54 Mais je veux dire, la transmission antisymétrique, quoi qu'on pense les partisans de l'éducation non directive, ce qui est magnifique, c'est qu'on apprend à apprendre dès qu'on est en contact avec l'apprenant. c'est-à-dire que c'est les élèves qui vous forcent à trouver tout d'un coup une systématicité, une logique et une clarté qui n'étaient pas évidentes avant que l'on enseigne.
24:30 Et je termine cette longue parenthèse issue de ma réponse à Léo toujours sur la didactique par un rappel, c'est que j'ai eu la chance d'enseigner pendant des années dans des pays où le français n'était même pas la langue maternelle et où les élèves, mes élèves, n'avaient pas eu la chance que n'importe quel élève peut, la plupart, ont ici, chez eux, en Europe, c'est-à-dire d'avoir à la maison des livres des parents, enfin, de pouvoir escompter un prolongement ou un relais.
25:14 Ce n'est pas de l'enseignement du maître, il n'y a rien dans les cases. Ce n'est pas des parents de mes élèves, sinon quelques gris-gris, quelques objets très précieux. Et voilà, donc, il faut donc s'efforcer de mettre à plat les concepts et d'être tellement clair et fondamental, ce qu'on ne fait pratiquement jamais. Vous savez, dès que vous approfondissez, je parle musicologie avec quelqu'un, je terminerai là-dessus, il y a la musique tonale et la musique modale.
25:48 Les amateurs ne sont pas là-dedans, les amateurs de musique connaissent bien cette opposition, quand on dit « Ah, écoutez ça, écoutez Coltrane, dans My Favorite Things, là, il commence sa période modale. Très bien. on est sorti de la tonalité. » Et là, on est sorti de la tonalité. Dès que vous regardez de près, je vous mets au défi de me donner une distinction univoque entre le mode et le ton. Surtout quand on se rappelle que le ton d'ut, le mode, vous voyez, moi-même, j'ai dit le mode d'ut, c'est pas comme on dit en musicologie, la tonalité basée sur l'échelle de Do, d'ut, n'est-ce pas, est un cas particulier de mode.
26:30 Il y avait des tas de modes avant, je ne les énumère pas, et nous n'en avons plus que deux à partir de l'époque classique, l'échelle de Do majeur et l'échelle de Do mineur. Voilà. Donc, de loin, tout ça, ces distinctions paraissent claires, dès qu'on regarde de près, ça s'embrouille. Je reviens donc à ce socialisme scientifique et socialisme utopique.
Socialisme scientifique et prudence épistémique
27:02 Le beau titre de Engels, il a parfaitement raison, je n'ai rien, je n'ai pas un comma à retrancher du texte de Engels, il a bien raison de dire attention, il ne faut pas prendre Marx pour un de ces gens qui disent il n'y a qu'à et puis ce qu'en avait, à l'époque de Lénine aussi, il avait Il y a la terre et la liberté, il y avait des tas d'utopies qui fleurissent comme maintenant, comme dans toutes les périodes malheureuses. On en a marre.
27:32 Et je vous rappelle que les contemporains des évangélistes pensaient vraiment que l'apocalypse qu'on leur annonçait était pour la semaine suivante. Ça fait 2500 ans, ça fait 2000 ans qu'on l'attend quand même. À l'opposé de ce que Hegel appelle la patience et le calvaire de l'histoire. Donc, ayant bien clarifié ce que je pense du rapport Marx-Engels, il n'empêche que je maintiens que l'appellation de socialisme scientifique, je comprends qu'on ne soit pas d'accord sur mon point de vue.
28:08 J'ai déjà dit, la dernière fois d'ailleurs, que le marxisme était assez riche pour se permettre de tolérer à l'intérieur des différents courants, qui le traversaient, des différences, et que je n'avais rien contre ces différences, mais je m'insurgeais quand elles sont source de division. Ce qui n'est pas mon cas. Donc voilà, je maintiens que c'est une discipline et que ce mot est bien commode pour dire qu'on s'achemine. On fait un tas d'efforts pour qu'on s'achemine dans les limites du langage courant, termes que Léo n'aborde pas.
28:43 Ça aurait été trop long, on a une question sans doute. Mais lui qui est un scientifique, je présume que quand il va soutenir sa thèse, elle est étayée par des équations. Et que la voie, la métalangue comme on dit, c'est-à-dire le langage de tous les jours non scientifique que nous parlons, occupe peu de place dans ses calculs. Et heureusement pour ses calculs, qu'il fait comme font tous les scientifiques depuis Euclide, et beaucoup plus qu'à l'époque d'Euclide depuis.
29:16 C'est-à-dire qu'il laisse tomber les ambiguïtés du langage courant pour utiliser une discursivité intégralement formalisée. Ce n'est pas le cas du philosophe qui utilise la langue de tous les jours, quitte, comme je l'ai dit pour le poète tout à l'heure, quitte à la tordre d'une manière qui surprend un peu le lecteur lambda. Bien sûr. Mais enfin, voilà. Je crois que le mot discipline, je maintiens, que ce n'est pas du tout pour moi une occasion de contredire Marx ni Engels.
Contre la lecture épiphanique ; le langage comme pacte
29:52 C'est une manière d'inciter ceux qui ont la gentillesse de m'écouter à la prudence épistémique. Je dis bien épistémique et non pas épistémologique. Voilà. Alors, quant à la dernière question, il faudrait qu'on se mette à lire la logique de Hegel, le capital de Marx. Je rappelle à Léo qu'on n'arrête pas de le faire.
30:24 J'exagère un peu exprès, mais quand même, je veux dire. Il n'était pas né qu'Althusser avait écrit lire le capital. En disant, personne n'a rien compris au capital avant moi, Althusser, il faut se mettre à lire Marx. À chaque fois, on recommence à zéro. On ne va pas passer son temps. Vous voyez bien que ça ne marche pas. Il y a plein de gens qui ont lu Marx attentivement et qui n'ont pas du tout la même position que la mienne ni celle de Léo.
30:56 Alors, bien sûr, ils pensent qu'ils ont tort. Moi aussi. Ce n'est pas parce qu'ils n'ont pas lu le capital. Alors, ça sert à quoi ? C'est un peu naïf de croire que l'accès au texte est là. J'ai suffisamment critiqué Althusser et dénoncé son découplage de Marx et de Hegel, qui a tellement coûté cher à la classe ouvrière, que je me permets là de lui rendre hommage sur un point. Et sur ce point, il a parfaitement raison d'avoir inventé le concept de lecture épiphanique.
31:37 Ce sont en référence, n'est-ce pas, au Nouveau Testament et au texte sacré. Il ne faut pas rêver d'un accès à un texte où tout d'un coup, l'absolu ou Dieu, va se révéler. Ou la vérité fut-elle celle du matérialisme dialectique va enfin être transparente dans les lignes du texte. Rappelez-vous le texte de Mallarmé que j'ai laissé la dernière fois. Mallarmé, le grand lecteur de Hegel.
32:07 C'est rare chez les poètes français de l'époque. Surtout dans le milieu décadent dans lequel il évoluait, plutôt élitiste. Or, il dit bien à Mallarmé, n'est-ce pas, que l'homme n'écrit pas lumineux sur champ obscur. Seul l'alphabet des astres ainsi s'inscrit. Vous savez, les constellations sur fond au nocturne. Seul l'alphabet des astres ainsi s'inscrit. L'homme poursuit. Vous avez entendu au contraire du ciel nocturne, l'homme poursuit, noire sur blanc.
32:42 Il y a cette part de ténèbre dit Mallarmé. Et je rappelle, puisque Léo me prouve qu'il est attentif à ce que j'essaie de transmettre, il doit se rappeler que, m'efforçant d'être dialectique justement, et donc plutôt ternaire que binaire, chaque fois qu'il y a une problématique binaire qu'on remet sur le tapis depuis des siècles, comme celle de savoir si le langage, puisqu'on y est, est par nature ou par convention. Il y en a qui disent que le langage, est par nature.
33:12 Vous savez que ça se voit dans les mots comme plouf, comme crac, où on imiterait le fait extérieur brut. Ça ne va pas très loin, parce que déjà, nous nous disons Cocorico, là où les Allemands entendent Kikeriki, et là où les Anglais, qui ne font jamais rien comme tout le monde, entendent carrément Cock-a-doodle-doo. Bon, donc même à ce niveau de quasiment onomatopéique, la langue élabore, n'est-ce pas, et ne se contente pas de ramasser ce qui est déposé dans l'oreille.
33:51 Elle le reconstruit. Donc, oui, entre le langage par nature et le langage par convention, l'extrême du langage par convention, c'est le langage formalisé, logico-mathématique par exemple, et le langage par nature, ce serait l'idéal, ce n'est pas un langage, mais c'est une forme de communication très élaborée, celle des abeilles, celle des dauphins, certains animaux sociaux comme ça, dont on parvient à décoder la manière de se transmettre, où est la nourriture, à quelle distance, et toute information que les abeilles peuvent se transmettre.
34:28 Le langage humain étant bien loin de s'intéresser qu'à la nourriture. Donc, je rappelle quelque part qu'entre les deux, j'avais proposé entre nature et convention la connivence, le pacte, et on retrouve mon fond de ténèbres. Vous savez bien, un contrat, c'est un contrat, tout doit être bien clair, dès qu'il y a le moins de changement, il faut un avenant, n'est-ce pas, pour que le changement soit porté clairement à la connaissance de tout le monde, de tous les contractants.
34:58 Là, on est vraiment dans la lumière du jour, il n'y a rien qui reste dans l'ombre. Par contre, un pacte, dans tous les pactes historiques que vous connaissez, il y a toujours, on fait allusion à des clauses secrètes, à des clauses tacites. Eh bien, le langage, c'est un pacte entre les hommes. Nous n'avons jamais appris le langage comme nous avons appris le code de la route, nous n'avons pas appris à parler comme nous avons appris le code de la route, avec une bijection impeccable entre ce signal-là, ça veut dire ça, ça veut dire tourner à gauche, et celui-là, ça veut dire virage à droite.
35:31 On n'a pas appris à parler comme ça. On s'est jeté à l'eau, et bien nous en a pris. C'est ainsi que nous avons basculé dans la société humaine. Il était donc nécessaire qu'un jour surgisse un Socrate pour dire qu'appelles-tu ceci, qu'appelles-tu cela. Ça n'a jamais été clair. Voilà. Donc, je rappelle que c'est avec ce langage-là et son fond de ténèbres que la philosophie s'échafaude. Donc, j'ai choisi ce texte de Racine pour dire que non seulement je ne vais pas, on ne va pas travailler, une autre fois oui, dans un autre programme, comme j'avais fait la pensée révolutionnaire de Rousseau à Lénine en passant par Rousseau, Kant, Hegel, Marx et Lénine.
Pourquoi lire Racine avec des catégories marxistes
36:20 Non, non. Mais là, pour cette fois-ci, je choisis ce texte justement pour montrer que si la logique de ce texte, de Racine, un grand poète, est de l'époque classique, qui n'est pas du tout dans les théories révolutionnaires, tant s'en faut, qui était un courtisan de la monarchie à son apogée, ou un homme de cour. Donc, ce texte s'élève à sa plus haute lumière, c'est mon point de vue, c'est ce que je vais essayer de vous transmettre, lorsqu'on y fait intervenir des catégories qui n'existaient pas avant Marx.
37:00 le meilleur hommage qu'on peut rendre à Marx, à Engels, à Lénine, c'est de montrer l'efficience de leur discours et leur validité, là où on les attend le moins. Là, on pourra constituer des sciences humaines qui découlent des avancées marxistes et non pas qu'ils soient empruntés de bric et de broc, tantôt sciences de la nature, n'est-ce pas, avec le réductionnisme que ça implique, ou tantôt noyer dans une métaphysique où l'on noie le poisson, justement.
37:37 Donc, je rappelle très brièvement, je vais rappeler très brièvement le pitch du texte sur lequel on va travailler, mais auparavant, je fais allusion à d'autres questions très rapidement, parce que je suis un peu malheureux d'en parler si vite, parce que c'est vraiment les... J'aime pas dire les followers, je cherche un mot français, mais moi je suis habitué à auditeurs, mais maintenant que c'est de l'image en même temps que du son, dans notre génération, bien, dans le public, il y a vraiment des...
Ontologie de l'acte et démocratie représentative
38:12 Certains qui sont fidèles depuis le début et en plus qui ont des interventions extrêmement pertinentes et qui sont souvent des camarades et ou des amis, n'est-ce pas ? J'ai fait allusion à Marielle Leblue l'autre jour, mais elle, j'ai tenté de répondre à une de ses questions, mais là je fais allusion à mon vieux camarade Patrick Chalonic, c'est pas un camarade vieux, c'est un vieux camarade. Ça veut dire qu'on est camarade depuis un bon moment déjà, vieux camarade, amis et complices, complices en florilèges de textes magnifiques.
38:50 Je sais qu'il les connaît et qu'il les affectionne. Voilà. Or, Patrick me dit, est-ce qu'à propos du questionnement sur l'ontologie, quelqu'un m'a interrogé sur l'ontologie, qu'est-ce que l'ontologie vient faire dans le marxisme, il m'avait dit est-ce qu'il ne faudra pas faire une ontologie de l'acte ? Je lui dis tout de suite, oui, si, bien sûr, mais je crois que c'est un petit peu ça que j'allais résumer quand j'ai parlé de l'ontologie, c'est-à-dire que je renvoie dos à dos les ontologies de l'être, lorsque l'être a cette acception réductrice d'être opposé au devenir, c'est-à-dire lorsqu'on isole parménide par rapport à Héraclite, je suis sûr que Georges Gastaud connaît très bien ces références-là, c'est-à-dire l'être dans l'invariance.
39:40 Et en dehors des mathématiques, je ne vois pas très bien où est l'invariance. Je reviendrai sur le fait que les mathématiques sont bien non pas une des sciences dures, mais la science dure par excellence, mais justement, ce n'est pas une science de la nature. Comme a dit Gonseth, un grand logicien du début du siècle dernier, la mathématique, c'est la logique de l'objet quelconque.
40:10 Donc, elle peut s'appliquer à la démographie, à la climatologie, à la distribution des consonnes et des voyelles dans le texte de Racine, puisqu'on y est, avec la même efficience. Donc, j'y reviens. bien sûr, je ne suis pas contre, a priori, le fait de constituer une nouvelle ontologie révolutionnaire, mais à condition que ce soit une ontologie de l'acte, comme le dit très bien Patrick Spoffer.
40:43 Je ne m'attarde pas, Patrick, tellement on est d'accord. voilà, mais on consacrera peut-être un cycle spécial à ce problème, cette problématique de l'ontologie qui a l'heur d'en tracasser plus d'un. Comme ça fait de 1500, ça dure, il doit y avoir de bonnes raisons, au moins de 1500. Et par ailleurs, il y a un autre très fidèle, un ami aussi à qui je ferais qu'un son proche et qui l'est presque trop effacé quand il est là.
41:20 Il a déjà disparu quand je vais aller lui parler à la fin de mes interventions quand je le faisais encore en salle avant le confinement. Je pense à Jean-Michel Toulouse et qui veut que... qui... Voilà, je suis Dominique depuis toujours et j'ai regardé à la quasi-totalité de ses vidéos. Merci. Je le tiens pour le principe. Bon, passons. Il y a des hommages dont je ne suis pas sûr d'être digne.
41:51 Or, je pense qu'il a beaucoup de choses à dire sur ces sujets. Il veut parler de la philosophie politique pour le citer. Depuis les zones politiquantes de la Grèce et de la démocratie directe jusqu'à la critique du droit politique hégélien aux fulgurances historiques comme les sans-culottes. Excellente référence de l'an 2. Oh, soldats de l'an 2. Les sans-culottes, pour moi, sont les vrais soldats de l'an 2. La commune de 71, les soviets de 1905 et 1917 et tous les conseils ouvriers. Je vous rappelle que soviets en russe veut dire simplement conseils. Et tous les conseils ouvriers qui ont parsemé l'histoire du XXe siècle.
42:24 Allemagne, Italie, Hongrie, Espagne, qui ont des résistances au nazisme en France et ailleurs, révoltes en Amérique latine, en Afrique ou en Asie. Vous voyez, il faut arrêter parce que ça irait loin. Il serait indispensable qu'il aborde ces sujets car il est impensable. Alors là, je crois que c'est le plus important de ce qu'il dit, de laisser dire fin de l'histoire politique. Excellente question qui mérite un cycle à part. Et il me donne l'idée, c'est la meilleure manière pour moi de lui répondre, non pas dans le détail, mais d'une manière plus décisive, que je compte bien ouvrir un cycle, un cycle sur au moins un trimestre, sinon deux, sans doute après notre ring scientifique, si je puis dire, à ce problème de quid de la démocratie représentative.
L'intrigue de Phèdre et le rôle des confidents
43:16 On ne peut pas dire que ce ne soit pas un problème du jour. Le jour est un essai de la métonymie de l'étrange époque que nous vivons. Et je ne remonte pas que jusqu'au début du confinement, vous vous en doutez, même s'il ne fait que précipiter l'aspect problématique des choses. voilà. Donc, je rappelle, je vais directement passer d'un extrême à l'autre, je vais lire directement le passage de Phèdre sur lequel je veux concentrer notre réflexion sur l'amnésie et l'anamnèse.
43:53 Et bien sûr, je ferai quelques résumés limpides de l'histoire, mais je préfère commencer tout de suite sans commentaire par ce texte. D'abord, parce que je ne peux pas l'interrompre, parce qu'on n'interrompe pas une des plus belles mélodies de tous les temps. Il s'agit du passage acte 2, scène 5, où Phèdre fait, enfin, elle n'était pas venue pour ça, mais elle fait un aveu, elle fait son aveu à Hippolyte. Je rappelle que Phèdre est l'épouse de Thésée, d'un Thésée tardif, ce n'est pas le Thésée de Minotaure, d'Ariane, de la jeunesse, des grands exploits, c'est un Thésée sur le tard, un peu rangé, et qui ne fricote plus avec Ariane, la grande sœur de Phèdre, mais qui était trop petite à l'époque de Minotaure, mais qui s'est rangée sur le tard, c'est une espèce de…
44:49 Je pense toujours à Michel Piccoli, qui aurait bien tenu le rôle de Thésée dans Phèdre, parce que… Non, je ne dis pas ça ironiquement, c'est ingrat de jouer à la perfection les rôles de séducteur aux tempes grises, ce n'est pas évident, et Piccoli le fait très bien. Je signale en particulier un film d'un immense communiste, d'ailleurs, à l'époque où la télévision était autre chose, même je pense à Marcel Bluwal, qui avait fait un Dom Juan de Molière saisissant, où le démonisme du père était amervé par Piccoli.
45:28 Mais enfin, voilà, Thésée, un petit peu comme ça, comme dirait Desmuffes, il a du kilométrage, et il se trouve qu'il est absent au début de la pièce, et même on le croit mort, je vais très vite, parce qu'on va en venir dans le détail sur plusieurs points, mais là, je vais tout de suite qu'un problème de succession immédiatement se pose, et il y a plusieurs prétendants, le fils de Thésée et de son épouse, la reine, Phèdre, c'est bien la moindre des choses, mais il y a des parties aussi qui ont leur mot à dire, c'est le fils que Thésée a eu antérieurement avec Antiope, la reine des Amazones, vous pouvez oublier ses noms, mais par contre, il ne faut pas oublier qu'il a eu un fils, Thésée, avec la reine des Amazones, quel homme peut aller jusqu'à faire un enfant à la reine des Amazones, n'est-ce pas ?
46:23 quand même, c'est un numéro, ce Thésée. Et puis, c'est important de s'en souvenir parce qu'il a eu Hippolyte de cette maternité étrange, quelque chose de sauvage qui joue un rôle important dans ce qui va se lire. Sauvage au sens qui fuit un petit peu les mondanités et la société, comme dit très bien Racine dans Phèdre, le tumulte pompeux d'Athènes et de la cour. Donc, et puis, il y a, alors là, on change de plan politique, il y a la petite Aricie.
46:56 Aricie, c'est qui ? C'est la seule survivante d'une famille qui régnait sur Athènes avant que Thésée, avant que la famille de Thésée, son père Égée, qui a donné son nom à la mer, ne prenne le pouvoir. Il y avait une famille qui régnait là, les Pallantides, les descendants de Pallas, vous pouvez oublier ça aussi. Par contre, il ne faut pas oublier le nom de la petite, la seule survivante que Thésée n'a pas égorgée, c'est Aricie. Il a égorgé tous ses frères et il a dit, celle-là, aucun garçon ne doit l'approcher parce que j'ai eu suffisamment de mal à exterminer cette sale race.
47:26 C'est moi qui le fais parler comme ça. Et donc, il ne faut pas qu'elle ait de descendance. Donc, voilà, elle vit recluse en résidence surveillée. Aucun homme ne doit l'approcher, un peu sous la tutelle de Thésée, mais comme Thésée est absent et même qu'on le croit mort, n'est-ce pas ? Hippolyte, qui est amoureux d'elle, je rappelle, pour la première fois de sa vie, il ressent un truc de l'amour, ce qui pour lui est une grande nouveauté.
47:56 C'est quelqu'un qui passe beaucoup plus de temps à la chasse avec des sangliers et des cerfs qu'avec les femmes à la cour. Et il est tombé amoureux d'Aricie. Et je dis uniquement ce qui précède la scène qu'on va faire. Et il vient à peine de faire son aveu à Aricie, sur lequel on reviendra. Et il n'a qu'une envie, c'est de partir. Et voilà, qu'on lui dit que Phèdre lui demande une entrevue.
48:26 Parce qu'après tout, lui, il vient de perdre son père. Si c'est vrai que Thésée est mort, on saura avant la fin de l'œuvre, que Thésée n'est pas mort. Et que son retour va être une véritable catastrophe dans tout ça, bien sûr. Parce que quand le chat n'est pas là, les souris dansent. Et quand le chat revient, les souris sont vulnérables. Donc voilà. Et donc, on lui dit qu'elle, elle pleure un époux. Lui, il pleure son père. Donc voilà, elle lui demande une entrevue. Et cette entrevue lui est ordonnée par sa servante.
48:59 Je rappelle ici, on ne le dit pas assez souvent, je crois même qu'on ne le dit nulle part, en toute simplicité, que les confidents chez Racine sont corneliens, les confidents chez Corneille sont raciniens. Je veux dire par là que le classicisme, on est au sommet du classicisme avec Racine, ou Molière, ou Corneille, mais surtout Racine, en termes de tragédie, le classicisme, ayant pour modèle, bien sûr, l'éthique, l'éthique de la cité grecque, déteste tout ce qui est hubris, tout ce qui est excès.
49:34 N'est-ce pas ? Et donc, pour équilibrer les excès du héros de tragédie, si la tragédie, c'est que le héros fait un excès. On le sait depuis Aristote que la tragédie consiste à montrer comment cet excès doit être purgé. Catharsis. Catharsis, ça veut dire purge. purgé et châtié. Donc, les héros raciniens étant toujours victimes d'un excès dans la passion, bien sûr, la passion érotique et amoureuse essentiellement, leur confident leur rappelle toujours qu'il y a quand même l'honneur, le statut familial, politique, bref, les droits et les devoirs que l'on doit au fait de vivre dans une société, qu'elle soit la société restreinte de la famille.
50:23 Regardez comme dans Corneille, le Cid venge, son père qui a été déshonoré et défend sa patrie contre les Maures. Vous voyez, la petite communauté, la grande communauté. donc, chez racine, le confident rappelle à l'honneur, chez Corneille, le confident dit, écoutez, il n'y a pas que l'épée dans la vie, laissez-vous aller un peu au sentiment, ça fait du bien de temps en temps. Voilà, c'est une telle lecture qui peut être précieuse.
50:54 Or, ici, donc, la confident lui a dit, écoutez, vos états d'âme, oui, je ne vous ai pas dit l'essentiel, mais parce que je pense toujours que tout le monde le sait, je rappelle quand même que ce qui fait que c'est une tragédie, c'est que Phèdre, avant qu'elle fasse l'aveu, je vais vous lire, personne ne le sait publiquement, sauf la confident à qui elle vient de le dire, Phèdre est amoureuse d'Hippolyte, c'est-à-dire du fils de son époux. C'est scandaleux, ça ne se fait pas, comme on dirait, dans les banlieues, n'est-ce pas, ça ne se fait pas. Et donc, elle se reproche c'est abominable et tout ça, n'est-ce pas, et elle veut mourir et tout ça.
51:30 Et sa confident lui dit, ah, ce n'est pas le moment, maintenant que votre époux est mort, après tout, il n'est plus là, donc c'est moins grave votre faute, je n'exagère pas, je n'interprète pas, elle ne le dit même plus crûment. Vous voulez peut-être mourir, mais occupez-vous de votre fils qui en attendant, si vous n'intervenez pas, c'est l'autre là, c'est le fils de l'Amazone qui va hériter du trône. Bien sûr, aucune des deux ne pense à la petite Aricie, trois prétendants. Donc voilà, elle arrive donc avec sa confident qui lui dit, ce n'est pas le moment, alors là, là, vous voyez, je vous fais un petit prélude à la tirade sur laquelle je vais ralentir, donc là, je vais un peu vite, c'est juste ce qui introduit à cette tirade, n'est-ce pas ?
Lecture de l'aveu de Phèdre (acte II, scène 5)
52:12 Voilà. Le voici, Phèdre parle à sa confidente, le voici, c'est-à-dire qu'il était en train d'approcher, vers mon cœur, tout mon sang se retire, j'oublie en le voyant ce que je viens lui dire. Vous voyez, dès le deuxième vers, il y a l'oubli. On est dans notre sujet.
52:42 J'oublie en le voyant ce que je viens lui dire, alors que la confidente vient lui dire, c'est oubliez votre passion amoureuse qui compte, là, ce qu'il faut rappeler, c'est le destin de votre fiston. Le politique, pas l'amour. Œnone, souvenez-vous d'un fils qui n'espère qu'en vous. Voilà. Ça, c'est du corneille, c'est l'honneur qui compte, pas la passion. Phèdre. Et là, commence ce dialogue avec, je suis un peu solennel quand je dis on n'interrompe pas une mélodie, une telle beauté.
53:12 Gilles, Proust, d'autres, peut-être même Aragon à certaines heures pensent que c'est peut-être le sommet de notre langue, le passage qu'on va lire. Je dis entre parenthèses in petto qu'on a interrogé Aragon le genre de questionnaire qu'on fait comme ça aux hommes célèbres quels sont vos poètes préférés On a dû lui poser 500 000 fois la question. Et là, c'était un peu avant la mort d'Elsa, donc c'est la dernière période de sa vie. Et il répond, je vous le dis tel quel, sans glose, ce n'est pas notre sujet, Euler, Euler et Rimbaud.
53:45 Mais, dans les deux cas, pour des raisons que personne ne comprendra. Revenons à ce texte. Donc, Phèdre, enfin, tête à tête, ça y est, avec Hippolyte, rencontre au sommet. N'est-ce pas ? On se met à l'acte 2. Scène 5. On dit qu'un prompt départ vous éloigne de nous. Seigneur. À vos douleurs, je viens joindre mes larmes. Je vous viens pour un fils expliquer mes alarmes. Mon fils n'a plus de père et le jour n'est pas loin qui, de ma mort encore, doit le rendre témoin. Déjà, mille ennemis attaquent son enfance.
54:18 Vous seuls pouvez, contre eux, embrasser sa défense. Mais un secret remord agite mes esprits. Je crains d'avoir fermé votre oreille à ses cris. Elle a été odieuse avec lui, comme une marâtre. Je tremble que sur lui votre juste colère ne poursuive bientôt une odieuse mère. Réponse. Madame, je n'ai point des sentiments si bas. Quand vous me haïriez, je ne m'en plaindrai pas, Seigneur.
54:49 Vous m'avez vu attaché à vous nuire. Dans le fond de mon cœur, vous ne pouviez pas lire. À votre inimitié, j'ai pris soin de m'offrir. Au bord que j'habitais, je n'ai pu vous souffrir. En public, en secret, contre vous, déclaré, j'ai voulu par des mers en être séparés. J'ai même défendu par une expresse loi qu'on osât prononcer votre nom devant moi. Si pourtant à l'offense on mesure la peine, si la haine peut seule attirer votre haine, jamais femme ne fut plus digne de pitié et moins digne, Seigneur, de votre inimitié.
55:30 Réponse d'Hippolyte, des droits de ses enfants, une mère jalouse pardonne rarement au fils d'une autre épouse, Madame, je le sais. Les soupçons importun sont d'un second hymen les fruits les plus communs. Tout autre aurait pour moi pris les mêmes ombrages et j'en aurais peut-être essuyé plus d'outrage. Ah, Seigneur, que le ciel j'ose ici l'attester de cette loi commune a voulu m'excepter. Qu'un soin bien différent me trouble et me dévore.
56:01 Hippolyte, Madame, il n'est pas temps de vous troubler encore. Peut-être votre époux voit encore le jour. Le ciel peut à nos pleurs accorder son retour. Neptune le protège. Et ce Dieu tutélaire ne sera pas en vain invoqué par mon père. Phèdre. Tout ça, c'est le prélude à la grande tirade qui va venir. On ne voit point deux fois le rivage des morts. Seigneur. Puisque Thésée a vu les sombres bords, en vain vous espérez qu'un Dieu vous le renvoie et l'avare Achéron ne lâche point sa proie.
56:39 Que dis-je ? il n'est point mort puisqu'il respire en vous. Toujours devant mes yeux je crois voir mon époux, je le vois, je lui parle et mon cœur, je m'égare, Seigneur. Ma folle ardeur malgré moi se déclare. Hippolyte, je vois de votre amour l'effet prodigieux. Tout mort qu'il est, Thésée, présent à vos yeux, toujours de son amour, votre âme est embrasée.
57:09 Et là, Phèdre répond, entonne cette mélodie. Sans équivalent. Oui, Prince, je languis, je brûle pour Thésée. Je l'aime non point tel que l'ont vu les enfers, volages adorateurs de mille objets divers, qui va du dieu des morts déshonorer la couche. Mais fidèle, mais fière, et même un peu farouche, charmant, jeune, traînant tous les cœurs après soi.
57:47 tel qu'on dépeint nos dieux ou tel que je vous vois. Il avait votre port, vos yeux, votre langage, cette noble pudeur colorait son visage. Lorsque de notre Crète il traversa les flots, digne sujet des vœux des filles de Minos, que faisiez-vous alors ? Pourquoi, sans Hippolyte, des héros de la Grèce, assembla-t-il l'élite ? Pourquoi, trop jeune encore, ne pûtes-vous alors entrer dans le vaisseau qui le mit sur nos bords ?
58:21 Par vous, aurait péri le monstre de la Crète, malgré tous les détours de sa vaste retraite. Pour en développer l'embarras incertain, ma sœur du fil fatal eût armé votre main. Mais non, dans ce dessein, je l'aurais devancé. L'amour m'en eût d'abord inspiré la pensée. C'est moi, prince. C'est moi, dont l'utile secours vous eus du labyrinthe, enseignez les détours. Que de soins m'eût coûtés cette tête charmante, un fil, n'eût point assez rassuré votre amante.
Tragédie de l'aveu et trois conditions de la scientificité
58:57 Compagne du péril que vous fallait chercher, moi-même devant vous, j'aurais voulu marcher, et Phèdre au labyrinthe, avec vous descendu, se serait avec vous retrouvée ou perdue. Alors, pardon, les sommets où l'air est un peu irrespirable, il est en manque d'oxygène. Et vous allez comprendre pourquoi c'est un sommet, parce que ce n'est pas toujours en première lecture qu'on le voit, si on n'est pas habitué en plus à la prose auditacique.
59:36 J'ai dit que, pour l'instant, on ne voit pas en quoi on vient instiller la moindre scientificité dans les choses humaines. Je reviens un petit peu maintenant en arrière, je fais comme des écrevisses, je vais à reculons. C'est une scène d'aveu. Or, et ça, il faut être juste, je veux dire, j'ai été surpris quand j'étais étudiant de voir que Barthes avait piqué l'idée.
1:00:08 Quand on est jeune, on croit qu'on est les premiers à voir l'idée. Quand on prend dans un livre, après on disait, mais Roland Barthes l'avait dit. Et après, j'ai vu, sur les dates d'édition du livre, qu'il avait dit avant que je le pense quand même, à savoir que ça aurait été une tragédie de l'aveu. cet aveu-là vient en xième position. Il y a une première scène pour le détail, je n'y attarde pas, le détail, je renvoie, ce sera mis postérieurement après ce direct-là, ce sera mis sur notre page Facebook, on renverra au numéro de vidéo, maintenant que le site vous permet d'y aller d'un seul clic, les vidéos où j'ai consacré plus d'un trimestre à la lecture de Phèdre.
1:00:51 on n'est pas dans le détail. Mais donc, je rappelle là, pour l'instant, ce qui concerne l'aveu. La première scène, déjà, elle se passe entre Hippolyte, qui annonce à son confident qu'il va chercher son père dont on est sans nouvelles. Et puisque notre sujet, malgré les apparences, c'est la scientificité, je me permets, et que je vous ai dit la dernière fois qu'il y a trois conditions. Si vous avez bien suivi un discours pour qu'il mérite l'épithète de scientifiques, il faut qu'il ait un objet propre, un objet spécifique.
1:01:29 Deuxièmement, qu'il soumette cet objet à des lois. Et troisièmement, que ces lois soient formulées de telle manière qu'elles puissent se prêter à l'expérience de la mesure, de la quantification. Pourquoi j'ai dit tout ça ? Parce que, regardez, dès les premiers mots, ça commence comme ça. La pièce commence acte premier, c'est un, Hippolyte et son confident. Le dessein en est pris, je pars, cher Théramène, et quitte le séjour de l'aimable Trézène.
1:02:00 Dans le doute mortel dont je suis agité, je commence à rougir de mon oisiveté. Depuis plus de six mois, éloigné de mon père, j'ignore le destin d'une tête si chère, j'ignore jusqu'au lieu qui le peuvent cacher. Et avant que le confident réponde, et en quel lieu seigneur l'allez-vous donc chercher, je remarque déjà que dès le premier vers, Hippolyte dit le dessein en est pris, je pars. Hippolyte est en danger de mort, j'introduis maintenant mes équations.
1:02:33 Il y a une logique de la tragédie classique. Il y a l'unité de lieu, vous l'avez appris, de temps, de lieu et d'action. Les règles, les trois unités. Tu ne partiras pas, Hippolyte. À force de dire que tu vas partir, tu vas mourir. Parce que partir, ce serait une hubris intolérable. N'est-ce pas ? Vous allez voir le nombre de fois où il dit je pars, je pars. Les voiles sont gonflées dans le port. Tout est prêt. Partons. Comme ce n'est pas un policier, je vous dis la fin, il mourra avant de partir.
1:03:04 Le dessein en est pris, je pars, cher Théramène, et quitte le séjour de l'aimable Trézène. Trézène, c'est un peu par rapport à Paris, ce qu'était Versailles à l'époque de Racine. C'est-à-dire, c'est une petite résidence de chasse, ce n'est pas Athènes. Vous voyez ? Vous savez qu'Hippolyte, je vous l'ai dit, c'est un sauvageon qui n'aime pas tellement les mondanités, qui préfère la chasse et donc il se trouve mieux à Trézène qu'à Athènes. Dans le doute mortel dont je suis agité, puisqu'on est sans nouvelles de Thésée, je commence à rougir dans l'oisiveté depuis plus de six mois et voilà la première mesure que nous offre notre texte.
1:03:40 Vous me direz où tu vas aller avec ça ? Qu'est-ce que tu vas dire encore là-dessus ? Je vais dire six mois, cinq mois. Oui, six mois, retenez bien, c'est de l'arithmétique, on n'est même pas dans l'algèbre. On est dans N+, depuis plus de six mois éloigné de mon père, j'ignore le destin d'une tête si chère, j'ignore jusqu'au lieu qu'ils le peuvent cacher. Alors, je vous souhaite la scène entière, ne la souhaite pas, lisez. Chaque demi-vers est une merveille, mais il y a une intensité dramatique quand on lit au bon tempo, c'est-à-dire quand on voit les enjeux qui se pressent à chaque mot, n'est-ce pas ?
Théramène psychanalyste : Hippolyte castre son père
1:04:13 Car c'est un vrai jeu du chat et de la souris de la scène que je saute, là, je viens de vous dire le début, mais le confident va faire un numéro de psychanalyse extraordinaire, il est plus âgé, c'est un peu le serviteur, c'est celui auquel Thésée a confié son fils, élève mon fiston, là, voilà, faisant un héros comme moi, dompteur de monstres, résultat, il course les sangliers, pas tellement les monstres et il évite les femmes. Mais donc, ce confident voudrait bien que son jeune maître soit un peu plus conforme à son père, ressemble un peu plus à son père, au grand héros, dompteur de monstres qui purge la terre et qui travaille pour l'humanité, c'est-à-dire en enlevant de la terre les monstres qui empêchent à l'homme d'y tracer sa voie, comme Hercule, n'est-ce pas ?
1:05:02 D'ailleurs, il dit quelque part, les dieux livrent, quand on apprend que Thésée est mort, les dieux livrent à la Parque homicide, l'ami, le compagnon, le successeur d'Alcide, Alcide est un autre nom d'Hercule. Or, un vrai psychanalyste qui va faire s'écrouler une à une toutes les raisons que donne Hippolyte de partir. Il vous dit que vous allez chercher votre père, moi je suis allé partout, moi je suis votre esclave en gros, ça va, je n'ai pas attendu comme vous, je n'étais pas dans l'oisiveté, j'ai couru les deux mers que sépare Corinthe, j'ai demandé Thésée au peuple de ces bords où l'on voit l'Achéron se perdre chez les morts, j'ai visité l'Élide, et laissant le Ténare passé jusqu'à la mer qui vit tomber Icare, là, j'ai récité d'une seule traite parce que tous ces noms géographiques où Racine joue à merveille avec les noms de lieux bien avant Proust, là vous voyez, c'est inquiétant, c'est toute une mythologie de choses inquiétantes, regardez, la mer qui vit tomber Icare, la chute d'Icare, non pas, et j'ai demandé Thésée au peuple de ces bords, les bords sont toujours dangereux, où l'on voit l'Achéron se perdre chez les morts le fleuve des enfers, bon bref, donc votre père, ça va, et puis deuxième argument,
1:06:13 encore pire, et qui vous dit que votre père a envie qu'on le trouve ? Sous-entendu, c'est un coureur, votre père, tout le monde le sait, et moi c'est ce que j'admire chez lui, on est dans la société méditerranée traditionnelle, un peu sexiste, lui, lui c'est de conquérir les femmes, c'est pas comme vous, sous-entendu, vous savez, à la limite, le gibier, pour les femmes, pour ce gibier-là, vous ne valez pas le papa, excusez-moi, donc voilà, et là, Hippolyte l'arrête brutalement en disant, arrête et respecte Thésée, ces jeunes erreurs désormais revenues, et là on voit tout de suite, je modélise, je montre qu'il y a une logique à l'œuvre, et qu'il n'est pas une pensée de Racine, Racine n'a pas trois ordinateurs dans la tête, son œuvre, oui, ça en avait produite par bien plus que trois ordinateurs, mais jugez plutôt, et il montre que non seulement Thésée n'a peut-être pas envie qu'on le trouve, mais qu'en répondant, Hippolyte dit, raconte-moi l'histoire de ses exploits,
1:07:23 mais arrête de me parler de ses conquêtes féminines, autrement dit, Hippolyte inverse la castration, il castre son père, ne croyez pas que j'interprète, heureux si j'avais pu ravir à la mémoire, ravir, vous voyez, ravir, heureux si j'avais pu ravir à la mémoire, une indigne moitié d'une aussi belle histoire, ça veut dire que le fiston inverse les rôles, c'est lui qui moralise le père, en général, c'est le papa qui dit, le papa dans les comédies de Molière, moi je travaille, j'accumule de l'argent, je suis Harpagon, et mon fils, il court les jupons, ça ne va pas, et il claque de l'argent pour les femmes, voilà, ça c'est la règle, mais voilà qu'il inverse la règle, et jusqu'à dire que le rayonnement, la légende de Thésée, lui, il en enlèverait bien la moitié, une frustration grave, heureux si j'avais pu ravir à la mémoire une indigne moitié d'une aussi belle histoire, et une fois que ses arguments sont écroulés, que ce n'est pas pour aller chercher son père, il finit par dire, oui c'est vrai, il se trahit par un dernier vers
1:08:36 dans sa tirade que je vous ai sauté, par un indigne obstacle qu'il n'ait point retenu, il répond là à son confident, et fixant de ses voeux l'inconstance fatale, il se permet de dire que l'alpidité de son père est un destin fatal, Phèdre depuis longtemps, donc l'épouse en titre au moment où il parle, ne craint plus de rival, enfin en le cherchant, je suivrai mon devoir, c'est intéressant, ce n'est pas mon affection et mon amour pour mon père, je suivrai mon devoir, et je fuirai ces lieux que je n'ose plus voir, tac, dans le dernier vers, diaboliquement, Racine, qui est un des plus grands pervers du génie littéraire, n'est-ce pas, tac, un style, la petite note empoisonnée, qui fait qu'on ne peut pas en rester là, il avoue, et je fuirai, on croyait que ce qu'il motivait à partir, c'était quelque chose qui est là-bas, son père quelque part dans la Méditerranée, voilà qu'il dit qu'il fuit quelque chose qui est dans son dos, n'est-ce pas, donc, l'autre prend la balle au bond, n'est-ce pas, et depuis quand, Seigneur, craignez-vous la présence de ces paisibles lieux si chers à votre enfance, autrement dit, ce pavillon de chasse,
La fille de Minos et de Pasiphaé, Aricie et Neptune
1:09:46 c'est là que vous êtes bien, vous n'aimez pas la cour, et dont je vous ai vu préférer le séjour au tumulte pompeux d'Athènes et de la cour, quel péril, ou plutôt, mais quel psychanalyste, quel chagrin vous en chasse ? Alors, donc, vous entendez, il y a une femme là-dessous, pour une fois, vous êtes amoureux, ils ont très bien plaisir, avouez-le, attendez, pas si vite, cet heureux temps n'est plus, tout a changé de face depuis que sur ses bords, les dieux ont envoyé, et là, un vers, dont, j'ai dit, c'est le plus beau de la langue française, la fille de Minos et de Pasiphaë, un vers fait tout entier que de noms propres, il s'agit bien sûr de Phèdre, la fille de, dis donc, lourde descendance, la fille de Minos, roi de Crète, qui était construite dans le labyrinthe, juge aux enfers, et comme si ça ne suffisait pas, sa femme, Pasiphaë, en rajoute encore, tout ce qui est mythologie autour du cycle crétois a quelque chose d'inquiétant.
1:10:51 Sa femme, il lui fait très allusion, très clairement allusion dans Phèdre, a commis un des pires hubris qui soit, et ce n'est pas peu dire, dans la mythologie, n'est-ce pas, elle s'est accouplée avec un taureau, elle a même fait construire une statue de taureau femelle, n'est-ce pas, avec un trou, oui, c'est dans la mythologie, j'invente rien, n'est-ce pas, et cette union monstrueuse est née, vous vous en doutez, le Minotaure. Et donc, attention, le demi-frère d'Ariane, la fille légitime de Minos et de Pasiphaé, d'Ariane et de Phèdre, noms merveilleux, la fille de Minos et de Pasiphaé, mais il y a un passé lourd, et là il s'adresse un public racine à l'époque où tout le monde connaît par cœur toutes ces histoires.
1:11:38 il y a homogénéité totale à l'époque entre le créateur et son public. Le créateur est restreint, enfin le public est restreint, c'est pour ça qu'il y a cette homogénéité socialement restreinte, et donc démographiquement. Mais l'allusion est claire, donc, voilà que, oui, non mais si je pars, c'est parce que j'ai une marâtre, une belle-mère qui me cherche des noises comme souvent les belles-mères et qui me rend la vie impossible, allez, je traduis en langage bourgeois, mais c'est ça que ça veut dire.
1:12:11 Et l'autre, alors elle a encore moins de mal à dénouer cet argument, enfin quand même, un vaillant jeune homme comme lui, vigoureux, qui a peur d'une femme sur le déclin et qui en plus est agité depuis quelque temps par une maladie mystérieuse qui fait qu'elle est mourante, qu'elle est malade à mourir. J'entends de vos douleurs la cause méconnue, Phèdre, ici, vous chagrine et blesse votre vue dangereuse marâtre, vous voyez, il fait semblant d'accord avec lui, à peine elle vous vit, mais ça c'est du passé, que votre exil, d'abord, signale à son crédit, Phèdre a commencé à l'exiler, en fait, on apprend maintenant que c'est parce qu'elle est amoureuse, pour ne pas être tentée, elle a tout fait pour ne pas succomber à la tentation, ce n'était pas du tout par haine, mais plutôt par amour qu'elle l'a exilée, n'est-ce pas ?
1:13:01 que votre exil, d'abord, signale à son crédit, mais sa haine, regardez comme il revient la charge de confidant, je vous dis qu'il est diabolique, mais sa haine, sur vous, autrefois attaché, ou s'est évanoui, ou s'est bien relâché, d'ailleurs, quel péril vous peut faire courir une femme mourante et qui cherche à mourir, Phèdre atteint d'un mal qu'elle s'obstine à taire, lasse en fin d'elle-même et du jour qui l'éclaire, peut-elle contre vous former quelque dessein, il ne faut pas se foutre du monde, ça veut dire tout ça, Hippolyte, qui commence à en arriver enfin à un semblant de vérité, sa vaine inimitié n'est pas ce que je crains, il faudrait savoir, Hippolyte, en partant, fuit une autre ennemie, allons bon, mais on reste au féminin, je fuis, je l'avouerai, cette jeune Aricie reste d'un sang fatal conjuré contre nous, alors là, maintenant, c'est le comble, voilà ce qu'il invoque, le danger qui le fait fuir, c'est une pauvre jeune fille recluse, assignée à résidence, qui n'a pas le droit de sortir de chez elle et qui est environnée de garde, ordonnée par Thésée,
1:14:11 qui veille à ce qu'aucun homme ne l'approche, n'est-ce pas ? Et voilà, que c'est, et elle ont dit qu'elle est une menace sous prétexte que sa famille a été un danger autrefois, alors que, Thésée, à quoi le nom, exterminée, alors Hippolyte encore plus, Théramène, le confinant encore plus rapide, n'est-ce pas ? Quoi ? Vous-même, Seigneur, la persécutez-vous ? Jamais l'aimable sœur, regardez comme il devient tentateur, jamais l'aimable sœur des cruelles Pallantides trempa-t-elle au complot de ses frères perfides et, la phrase qui tue, et devez-vous haïr ses innocents appâts ?
1:14:46 Dans le langage hypercodé de l'époque, ça veut dire ses nibars et ses fesses, c'est très précis à l'époque, l'art de tout dire sans rien nommer, l'immense poésie, et devez-vous haïr ses innocents appâts ? Il n'y a pas d'une toute jeune femme qui n'a encore connu aucun homme, n'est-ce pas ? Réponse, si je la haïssais, je ne la fuirais pas, donc je saute, alors l'autre, l'autre avoue à sa place, m'est-il permis d'expliquer votre fuite ? Pourriez-vous n'être plus ce superbe, ça veut dire orgueilleux à l'époque, Hippolyte, implacable ennemi des amoureuses lois et d'un joug que Thésée a subi tant de fois, Vénus, par votre orgueil si longtemps méprisée, il me rappelle que dans le monde grec, dans cette religion-là, il ne faut pas déroger à un seul dieu, c'est très compliqué l'éthique grecque, c'est qu'il faut, on est tiraillé entre plusieurs divinités, mais il ne faut pas être trop amoureux, ce n'est pas bien, mais il ne faut pas ne pas l'être non plus, parce que c'est faire insulte à Vénus.
1:15:46 Vénus, par votre orgueil si longtemps méprisée, voudrait-elle à la fin justifier Thésée, ce qui est grand amoureux, et vous mettant au rang du reste des mortels, vous a-t-elle forcé d'encenser ses autels ? C'est là qu'à la réponse que je vous souhaite, elle est longue, où on voit tout d'un coup l'agressivité, mais complètement inconsciente de ce fiston qui prétendait partir par amour de son père à leur recherche pour avoir des nouvelles, une agressivité où il fait un procès, sauf du iré, bien sûr, sauf du Thésée castré, c'est-à-dire du Thésée dompteur de monstres, mais qui n'aurait approché aucune femme, n'est-ce pas ?
1:16:24 Tu sais, tu me contais alors, je prends juste cet extrait-là, tu me contais alors l'histoire de mon père, donc on voit bien le petit gamin là et son confident plus âgé qui raconte les exploits du père, tu me contais alors l'histoire de mon père, tu sais combien mon âme attentive à ta voix s'échauffait au récit de ses nobles exploits, l'identification, du fils au père, pour l'instant, on est dans la règle, tu sais combien mon âme attentive à ta voix s'échauffait au récit de ses nobles exploits quand tu me dépeignais ce héros intrépide, consolant les mortels de l'absence d'Alcide, d'Hercule, les monstres étouffés, les brigands punis et Procuste, et Cercyon, et Scirron, et Sinnis, et les eaux dispersées du géant d'Épidaure et la Crète fumant du sang du Minotaure.
1:17:11 Voilà pour le positif. Mais quand tu récitais des faits moins glorieux, mais le fait droit, le fils se permet de dire ce qui est glorieux, ce qui n'est pas dans la carrière de Thésée, qui est son père, et c'est le roi, et c'est un héros, et un demi-dieu même à l'époque. Mais quand tu récitais des faits moins glorieux, sa foi, ça veut dire sa fidélité, sa foi partout offerte et reçue en cent lieux. Hélène à ses parents dans Sparte dérobée, Salamine témoin des pleurs de Péribée, tant d'autres dont les noms lui sont même échappés trop crédules esprits que sa flamme a trompé.
1:17:48 Ariane, aux rochers, contant ses injustices. Ariane, à Naxos, n'est-ce pas ? Se réveillant et voyant que le voile dehors la flotte de Thésée qui est repartie et qui a oublié celle qui lui a sauvé la mise au labyrinthe, n'est-ce pas ? Ariane, aux rochers, contant ses injustices. Phèdre, enfin, qui clôt la liste d'après lui, enlevée sous de meilleurs auspices. Tu sais, comme à regret écoutant ce discours, je te pressais souvent d'en abréger le cours. Heureux si j'avais pu, vous voyez que je n'invente rien, je ne fais jamais d'interprétation.
1:18:19 Heureux si j'avais pu ravir à la mémoire une indigne moitié d'une aussi belle histoire. Bon, et ça s'échauffe un petit peu et au moment où il veut lui arracher l'aveu, n'est-ce pas ? Mais que sert d'affecter un superbe discours ? Avouez-le, tout change et depuis quelques jours on vous voit moins souvent, orgueilleux, et sauvage, tantôt faire voler un char sur le rivage. Je vous l'ai dit avant parce qu'on est dans l'algèbre, je vais insister, faire voler un char, pour ça il faut dompter les chevaux.
1:18:55 C'est Neptune qui a appris aux hommes dans la mythologie à dompter les chevaux. Neptune est le dieu tutélaire du père de Thésée et Hippolyte sera déchiquetée par ses chevaux à la fin de la pièce, déchiquetée par le dieu du père. Je n'invente rien, disait. Tout se met en place, vous voyez, la logique de la chose. Donc, on vous voit moins souvent, orgueilleux et sauvage, tantôt faire voler un char sur le rivage, tantôt savant dans l'art par Neptune inventer, rendre docile aux freins pour s'y rendre indompté.
1:19:35 Chargé d'un feu secret, vos yeux s'apesantissent, il n'en faut point douter, vous aimez, vous brûlez, vous périssez d'un mal que vous dissimulez. la charmante Aricie a-t-elle su vous plaire ? Je pense que là, il va craquer. Réponse, et ça clôt la scène, Théramène, je pars et vais chercher mon père. Il passe son temps à dire je pars. Il agrave son temps. Voilà. Vous voyez, donc, je vous ai dit que c'est une, merci, c'est une succession d'aveux.
Aveu d'Hippolyte à Aricie : la commune loi
1:20:06 Une succession d'aveux. Ça, c'est le premier. Après, je vous le saute, il y a l'aveu de Phèdre à sa confidente. Dans la scène qui enchaîne pratiquement, bien sûr, en tête à tête, personne ne le sait, il n'y a que la confidente qui est anéantie par cette confidence. Et cette scène est interrompue où on apprend, bien sûr, que pour Phèdre, c'est une catastrophe, c'est Vénus qui s'acharne, qui se venge sur sa famille, déjà comme elle avait incité sa mère à s'accoupler à un taureau, sa sœur à s'éprendre à un coureur comme Thésée et donc à agoniser à Naxos.
1:20:45 Ariane aux rochers contant ses injustices, elle dit d'ailleurs ce très beau vers, Ariane, ma sœur, de quel amour blessé vous mourûtes aux bords où vous fût laissé. Regardez toutes les flûtes qu'il y a dans ses voyelles, n'est-ce pas ? Vous mourûtes aux bords où vous fût laissé. Et on entend même le e muet de laissé même si on ne prononce pas. Ça se termine par un messager qui arrive et qui dit « Bon, ben, on a la confirmation que Thésée est mort, son absence, c'est bien ce qu'on redoutait. » Et c'est là que la confidente, on y revient, lui dit « Allez, j'étais presque de votre avis, il vaut mieux mourir que de porter un amour aussi redoutable, mais après tout, maintenant que votre mari est mort, il faut penser à la succession, à votre fils. »
1:21:26 Et donc, on revient et lui dit « Oui, et c'est quoi ? c'est devenu quoi ? » dans l'histoire de mesure dont on détour par la quantification. Eh bien, c'est que, juste avant l'aveu de Phèdre et Hippolyte, il y a un aveu qui nous manque, c'est celui de celui qui n'avait jamais fait d'aveu à aucune femme, le sauvageon, Hippolyte, à la petite Aricie. Alors là, je vous le dis en substance, il ne faut pas que ce soit trop long, non seulement il va l'avouer qu'il aime, ce qui est déjà une grande surprise, mais en plus, il va se permettre, il ne peut pas y avoir de plus criminel à l'égard de Thésée dont le cadavre est encore chaud, si je puis dire, de lui.
1:22:06 Il va annuler toutes les lois que Thésée a prises contre Aricie, dernière descendante du clan politique opposé au sien, carrément, c'est comme une trahison, ça, politique, même si ça paraît très noble. Et donc, je vous dis au moins juste ce passage-là, Madame, il vient voir Aricie, avant que de partir, troisième fois, il part.
1:22:43 J'ai cru de votre sort vous devoir avertir. C'est une partie de la légèbre, que chaque fois Racine ne manque pas une occasion de nous rappeler qu'il aggrave son cas en parlant de départ. J'ai cru de votre sort vous devoir avertir. Mon père ne vit plus ma juste défiance présageait les raisons de sa trop longue absence. La mort seule bornant ses travaux éclatants pouvait à l'univers le cacher si longtemps. Les dieux livrent enfin à la Parque, homicide, il y avait les Nornes chez Wagner, il y a la Parque, ici c'est les Grecs, l'ami, le compagnon, le successeur d'Alcide.
1:23:15 Je crois que votre haine épargnant ses vertus écoute sans regret ses noms qui lui sont dus. Un espoir adoucit ma tristesse mortelle. Je puis vous affranchir et hop, voilà, d'une austère tutelle. Il fait déjà comme s'il régnait. « Je révoque des lois dont j'ai plaint la rigueur. » C'est des lois de son père. « Je révoque » c'est des mots forts, c'est des lois dont j'ai plaint la rigueur. « Vous pouvez disposer de vous, de votre cœur, et dans cette Trézène aujourd'hui, mon partage de mon aïeul Pitthée autrefois, l'héritage qui m'a sans balancer reconnu pour son roi, je vous laisse aussi libre. »
1:23:54 Et puis, la petite note empoisonnée, un dernier mot, « Aussi libre » est plus libre que moi. » Alors là, elle aussi, elle attrape au bond comme le confident tout à l'heure. Voilà. Bon, alors là, elle fait un peu sa cendrillon. C'est bien fait qu'elle tombe dessus après une vie quand même assez triste. de tout ce que j'entends étonné et confuse, je crains presque, je crains qu'un songe ne m'abuse. Veillais-je, puis-je croire à semblable dessein ? Quel Dieu, Seigneur, quel Dieu l'a mis dans votre sein ? Qu'à bon droit, votre gloire en tout lieu est semée et que la vérité passe la renommée.
1:24:28 Vous-même, en ma faveur, vous voulez vous trahir, n'était-ce pas assez de ne me point haïr ? Un peu coquette sur les bords, elle arrive quand même, vous voyez, elle sait bien qu'il avouera jamais si elle n'y met pas du sien. Ce ballot. Alors elle lui dit, n'était-ce pas assez de ne me point haïr ? En plus, vous voyez, en plus, vous me combliez de bienfaits. Moi, vous haïr, madame, elle fait mouche ici. Avec quelques couleurs qu'on ait peint ma fierté, Croit-on que dans ses flancs un monstre m'a porté.
1:24:58 Regardez, c'est de l'algèbre. Croit-on que dans ses flancs un monstre m'a porté. Oui ! Il est fils de l'Amazone. C'est des rappels que fait Racine. Il y a des gens qui savent très bien que c'est un monstre qui l'a porté dans ses flancs. Un monstre, c'est une hubris à l'époque. Je ne sais pas. Les Amazones qui exécutaient tous les hommes qui étaient dans les parages, sauf ceux qui servaient à la reproduction. Et qu'ils exécutaient après. Croit-on que dans ses flancs un monstre m'a porté, quelles sauvages mœurs, quelle haine endurcie, autrement dit, même le fils d'une Amazone pourrait, en vous voyant, n'être point, adoucir.
1:25:33 Ai-je pu résister au charme décevant ? Je n'ai jamais vu le mot décevant employé à des connotations d'étrangeté. En fait, c'est lui qui est déçu par lui-même. Je ne sais pas de tomber amoureux. Quoi, Seigneur, ce garde-bien de développer ? Je me suis engagé trop avant. Je vois que la raison cède à la violence puisque j'ai commencé de rompre le silence. Madame, il faut poursuivre. Là, je suis obligé de lire parce que ça ne sert pas de votre propos. Il faut vous informer d'un secret que mon cœur ne peut plus renfermer. Vous voyez devant vous un prince déplorable, d'un téméraire, orgueil, exemple mémorable.
Les six mois : une mesure dans le texte
1:26:06 Moi qui, contre l'amour, fièrement révolté aux fers de ses captifs ai longtemps insulté, qui, des faibles mortels, déplorant les naufrages, pensait toujours du bord contempler les orages. Je dis bien cette phrase, la grande politique, asservie maintenant sous la commune loi, par quel trouble me vois-je emporté loin de moi ? Il faut remonter. Du XVIIe siècle, à Racine, bien avant Freud, pour voir que le héros tout d'un coup réalise ici sa chute.
1:26:37 Sa chute, c'est de réaliser qu'il est comme tout le monde, asservie maintenant sous la commune loi. Ben oui, les hommes sont amoureux. Les femmes aussi. Par quel trouble me vois-je emporter loin de moi ? Loin de ce qu'on appelle en psychanalyse l'idéal du moi. Mais laissons la psychanalyse et ajoutons à l'inconscient freudien, l'inconscient clouscardien, c'est-à-dire marxisme, l'inconscient de l'inconscient. Parce que l'inconscient d'un fils de roi ne peut que renforcer cette prétention à être une individualité inassignable au commun des mortels.
1:27:19 Donc, c'est encore plus humiliant, pas pour un prince, que d'arriver à dire asservie maintenant sous la commune loi. Je suis amoureux comme un berger de la bergère, zut, alors par quel trouble me vois-je emporter loin de moi, de ce que je croyais être moi ? D'accord ? J'ai toujours oublié celui que j'étais. Vous voyez, l'amour procure ici une anamnèse à Hippolyte en le ramenant à sa vérité primitive qui est l'humaine condition.
1:27:55 Vous me direz, oui, mais on ne voit toujours pas ton histoire de six mois, là. Maintenant, j'y arrive. Je vais terminer là-dessus pour vous donner la parole, mais parce que je tiens à ce qu'on se quitte sur une mesure. Mais oui, mais oui, une mesure. Pas lorsqu'il fait son aveu. Depuis plus de six mois, honteux, désespérés, portant partout le trait dont je suis déchiré, celui qui vient de vos yeux, sous-entendu.
1:28:25 Contre vous, contre moi, vainement, je m'éprouve. Présente, je vous fuis. Absente, au fond des forêts. Absente, je vous trouve. Plus de six mois, ce n'est pas possible, mais c'est de l'arithmétique. C'est encore plus rigoureux que l'algèbre, c'est de l'arithmétique. Au début de la pièce, deuxième vers, depuis plus de six mois, éloigné de mon père, j'ignore le destin d'une tête si chère, j'ignore jusqu'au lieu qu'ils le peuvent cacher.
1:28:58 Ça fait six mois que mon père a disparu et qu'on est sans nouvelles. Et là, on apprend, ça fait six mois que je suis amoureux de vous. Et après, on va dire, Pagani, il en rajoute, il instille du Freud. Moi, je n'interprète rien. Je vous mets face à cette arithmétique. Mais ne croyez surtout pas que Racine ait lu Au-delà du principe de plaisir sous la plume de Freud, n'est-ce pas, ou l'introduction à la psychanalyse, conférence à la bourgeoisie américaine, n'est-ce pas.
Retour sur la tirade : la loi commune et le politique
1:29:32 Voilà. Je crois que, je ne sais pas s'il y a des questions, Philippe, je m'informe un petit peu de... D'accord ? Bon. Dans ce cas-là, dans ce cas-là, j'en profite pour revenir à la belle mélodie, à la grande aveu de Phèdre, que j'ai lue d'une traite, mais qui n'est pas détaillée, pour mettre quand même en exergue quelques points qui vont nous rapprocher de ce qui semble totalement absent dans un ouvrage comme ça, où on sent qu'on parle d'Eros tant qu'on veut, entre rois, entre reines, entre princes, entre héritiers, etc.
1:30:18 et cette atmosphère confinée, pour le cas de le dire. C'est toujours entre une colonne et trois rideaux que ça se passe chez Racine, même si on apprend tout le temps par les messagers que les voiles claquent dans le port en attendant le départ du politique ne viendra pas. et moi, je veux faire en sorte que ça illustre la philosophie politique d'un Marx.
1:30:48 Or, pour ça, je vous demande non seulement de ne pas interpréter, mais d'être encore plus littéral qu'on ne l'est jamais avec la tirade de Phèdre, celle qui commence par et on dit qu'un prompt départ vous éloigne de nous, Seigneur. Vous voyez, elle revient sur les départs. Bon, alors, elle commence par s'acquitter de ce qu'elle dit sa servante, elle s'efforce d'être cornelienne, pas racinienne, je vous viens pour un fils expliquer mes alarmes, donc je viens pour le problème de la succession, sauf qu'elle s'aperçoit que elle s'adresse à celui qui a le plus de raison de lui faire une crasse parce qu'elle a été odieuse vue de l'extérieur avec lui, surtout que je ne pouvais pas comprendre que c'était pour des raisons aussi monstrueuses que, c'est-à-dire son amour pour lui, donc on sait que c'était le coup classique de, il le dit avec un dédain, n'est-ce pas ?
1:31:41 Une mère jalouse pardonne rarement au fils d'une autre épouse, madame, je le sais, les soupçons importuns sont d'un second hymen les fruits les plus communs, mais quand vous êtes amoureux, on ne peut rien vous dire de pire que de vous dire vos sentiments c'est peut-être plus commun, ça va, il n'y a pas de quoi en faire toute l'histoire. Et là, au lieu de saisir la balle au bond, il dit oui, non, mais je ne sais pas, excusez-moi, je ne parlais pas ça, je voulais, revenons au problème de la succession, au lieu de ça, tellement meurtrie par cette indifférence et cette réduction des politiques, elle dit « Ah Seigneur, le ciel, je veux ici l'attester de cette loi commune a voulu m'excepter. »
1:32:21 Donc lui, il vient d'avouer en revanche on a vu à Aricie, n'est-ce pas, qu'il est asservi maintenant sous la commune loi de Séchis, ça lui fait mal, par quel trouble me vois-je emporté loin de moi, loin de ce que le mot moi désigne lorsqu'il a un M majuscule, n'est-ce pas, pour chacun d'entre nous, chacune. Et voilà que là, pour Phèdre, c'est l'inverse, elle est encore dans l'éros, et elle dit « Et comme toujours dans l'éros, on pense que ce qu'on vit est unique. Que le ciel, je veux ici attester de cette loi commune, a voulu m'excepter qu'un soin bien différent, me trouble et me dévore. »
1:32:54 C'est presque des aveux qui suintent déjà. Et là, Hippolyte fait deux pas en arrière. Madame, il n'est pas temps de vous troubler encore. Peut-être que Thésée voit encore le jour. Mais comment ? Nous, on vient de voir la scène avec Aricie, où il est tellement convaincu que son père est mort, qu'il règle la succession, vous êtes libre, vous pouvez disposer de vous, de votre cœur, voilà. Et puis, même partage de territoire, les campagnes de Crète offrent au fils de Phèdre d'une riche retraite. Trézène m'obéit, l'Attique est votre bien. Je vous donne Athènes. Moi, le pavillon de chasse me suffit. L'Attique est votre bien.
1:33:25 Et voilà, maintenant, il se rappelle qu'après tout, son père est peut-être vivant. Quelque chose a dû l'inquiéter dans le comportement de Phèdre. Madame, il n'est pas temps de vous troubler encore. Peut-être votre époux voit encore le jour. Le ciel peut à nos pleurs accorder son retour. Neptune le protège. C'est terrible parce qu'il va être déchiqueté par ses chevaux. Neptune ayant appris aux hommes l'art de dompter les chevaux. Et ce dieu tutélaire ne sera pas en vain imploré par mon père. Algèbre, c'est terriblement vrai puisque quand son père va apprendre à son retour par une calomnie de la servante qu'Hippolyte aurait fait du gring à la reine, une monstrueuse inversion de la vérité, il va invoquer son dieu tutélaire Neptune de le venger.
1:34:10 Et c'est comme ça que les chevaux d'Hippolyte sont terrifiés par un monstre marin que Neptune va faire surgir des abîmes de l'océan vont accélérer son char à le faire déchiqueter dans l'accident. votre époux voit encore le jour. Et qu'est-ce qu'elle répond ? On ne voit point deux fois le rivage des morts, Seigneur. C'est comme si elle souhaitait presque lui. Elle qui est mort. On comprend bien.
Phèdre remonte l'horloge du temps
1:34:40 Pourquoi ? Puisque Thésée a vu les sombres bords, en vain, vous espérez, tiens, qu'un dieu vous le renvoie, mais vous espérez, elle devrait dire nous espérons. Vous voyez que je fais de l'algèbre, je n'interprète pas. Nous espérons. Vous avez perdu votre père, j'ai perdu l'époux, le roi. N'est-ce pas ? En vain, vous espérez, qu'un dieu vous le renvoie, il la va arrêter. On ne lâche pas un sa proie. La suite, je ne vous la relis pas, elle est trop belle, mais qu'est-ce qu'elle dit, la suite ? C'est une immense anamnèse, une anamnèse trompeuse. Elle revit, dans une hallucination, comme au présent, le grand moment, le plus grand moment de toutes ces histoires.
1:35:16 L'exploit de Thésée, celui qui fait que son nom est encore connu, encore à notre époque, celui qui a libéré les Grecs. Voyons, on en revient en politique, du joug des Crétois, car historiquement, les Crétois et les Phéniciens, dominés la Méditerranée avant les Grecs. Et quand on dit que le Minotaure avait besoin, chaque année, de sept jeunes garçons athéniens et de sept jeunes filles pour les dévorer, c'est une belle symbolique du fait que les Grecs devaient payer le tribut chaque année aux Crétois. C'est donc Thésée, le léger. Si Thésée reste dans les mémoires, ce n'est pas pour des histoires de Jupon, justement.
1:35:49 Non parce que ce soit secondaire, mais ces Jupon, il les a mérités parce qu'il est un héros. Par ailleurs, les femmes ne sont pas idiotes. Et une des phrases les plus importantes dans cette tirade, que je ne vous relis pas, c'est, et je vous demande d'être attentif si vous la relisez, lisez-la jusqu'à ce que vous la sachiez par cœur comme un chant. Ce n'est pas une chanson, c'est un chant qui ne s'arrête pas, qui ne cesse de se déployer. Essayez de ne pas manquer le moment où elle dit lorsque de notre Crète il traversa les flots.
1:36:25 Au premier vers, elle dit je l'aime, non point tel que l'on vu les enfers, donc je l'aime. Présent l'indicatif. Trois vers après, n'est-ce pas ? Charmant, jeune, traînant tous les cœurs après soi, on est encore au présent. Il avait votre port, vos yeux, votre visage. On passe à l'imparfait et tout d'un coup le passé simple, n'est-ce pas ? Lorsque de notre Crète il traversa les flots. Là c'est le grand acte héroïque lorsqu'il a embarqué d'Athènes pour aller en Crète, là chez moi, chez moi, Phèdre.
1:36:56 Puisque là, on ne l'avait jamais vu mais on entendait parler toute la Méditerranée bruissait de ses exploits et donc nous étions amoureux, ma sœur et moi petite, de lui, n'est-ce pas ? Comme le dit très bien, à la même époque, La Rochefoucauld. J'en connais qui ne seraient jamais amoureux s'ils n'avaient entendu parler d'Athènes, n'est-ce pas ? Or, qu'est-ce qu'elles entendaient avec ces jeunes filles ? Et elle le dit là, regardez, j'interprète rien. Lorsque de notre Crète il traversa les flots dignes sujets des vœux des filles de Minos.
1:37:28 C'est arithmétique, les filles de Minos, il y en a deux. Il y a Ariane et elle, Phèdre. Et on apprend ici que c'était déjà l'objet des vœux des filles de Minos alors qu'elles ne l'ont pas encore vues puisqu'il est encore en mer en train de cingler vers la Crète. Voilà. Alors, on arrive bien sûr au labyrinthe. Tout ça est vécu sur le mode de l'hallucination. Au présent, elle veut justement la seule chose impossible, remonter l'horloge du temps. Vous comprenez que ça s'inscrit dans notre...
1:37:58 Elle veut vivre au présent quelque chose qui est irrémédiablement passé. Elle veut remplacer sa grande sœur. avoir le Thésée, pas le Thésée en Xiemnos dont elle a hérité qui s'est un peu assagi parce qu'il est plutôt jeune. Elle prend ce qu'il a sous la main. Non, elle veut le grand Thésée, celui qui a subjugé Ariane et qui l'a oublié après en abandonnant au rocher.
1:38:28 Donc, arrivée au labyrinthe, elle va jusqu'à dire c'est moi, c'est moi dont l'utile secours vous eut du labyrinthe enseigné les détours. Vous avez tous les modes de verbe et tous les temps de verbe. Vous avez l'indicatif, puis le futur antérieur pour le temps, puis le subjonctif, puis le passé antérieur. Le conditionnel, par vous, aurait péri le monstre de la Crète. Vous, vous auriez ce qu'elle veut. C'est quelqu'un qui est jeune comme Hippolyte et maintenant, dans le présent, mais qui est le courage, n'est-ce pas, héroïque de son demi-dieu de père, que ce soit Hippolyte qui tue le minotaure, n'est-ce pas, et que pour fruit de cet exploit, il tombe dans les bras de Phèdre, n'est-ce pas, que de soin m'eût coûté cette tête charmante, un fil, regardez, le fil d'Ariane, celui de sa sœur, celui de son même secondaire, un fil n'eût point assez rassuré, votre amante, compagne du péril qu'il vous fallait chercher, moi-même, devant vous, j'aurais voulu marcher et Phèdre, regardez les rythmes au labyrinthe avec vous,
1:39:38 descendu, on dirait qu'on va marche par marche, ce serait avec vous retrouver ou perdue et à l'époque, croyez-moi, tout le monde savait ce que veut dire dans l'école une femme perdue, une fille perdue. Voilà, rideau sur ce qui se passe au labyrinthe dans la anamnèse de la pauvre Phèdre, je la prendrai bien dans mes bras, elle est sublime. Or, dans toutes les critiques qu'on lit ou les commentaires scolaires, on apprend qu'un couple de jeunes innocents, victimes de cette atroce tragédie, qui n'y sont pour rien, le pauvre Hippolyte, jeune prince vertueux, amoureux, timide, la pauvre Aricie, recluse, comme ça, je ne vous l'ai pas lu pour ne pas allonger, mais elle dit à sa confidente que ce qui lui plaît dans Hippolyte, c'est le fait qu'il n'a jamais été amoureux et qu'il n'a jamais vécu le faire.
1:40:28 Il y a un petit côté sadique la petite Aricie. Autant que je me donnais comme sujet de devoir une fois à mes élèves, quel est le personnage le plus coupable de Phèdre ? Je savais les réponses. Pardon, le plus innocent. Excusez-moi, appréciez-moi la suite. C'est le plus innocent. Tout le monde disait que ça a hésité entre Hippolyte, Aricie, Thésée aussi, qui est absent de tout ça, qui n'est pas rien dans tous ses crimes, encore que, du lieu des morts, déshonorer la couche quand il n'est pas là. Et voilà que, je leur dis, non, c'est Phèdre, la plus innocent, elle est sublime.
1:40:59 Voilà. La mémoire, n'est-ce pas, reprise avec l'imaginaire, peut conjuguer tous les temps et tous les modes des verbes. S'il n'y a pas d'autres questions, Philippe ? D'accord. Alors, on m'indique ici, moi, je n'ai pas pu m'en apercevoir du côté de la régie.
Annonces et réponse sur la formalisation de la philosophie
1:41:33 Philippe me dit qu'il y a eu quelques coupures, je vous prie, bien vouloir encore me pardonner, vous savez bien qu'on n'y est pas pour grand-chose. J'admire la maestrie avec laquelle Philippe a rattrapé le coup. Donc, de toute façon, tout a été enregistré, il n'y aura pas de coupure sur le résultat. Ça sera balancé sur YouTube. Et j'en profite tout de même pour rappeler que le site, depuis que le nouveau site est à votre disposition, il a un tel succès que nous venons de franchir.
1:42:11 Et là, je remercie tout le monde, à commencer par vous, à toutes les équipes sans lesquelles vous et moi ne se seraient pas rencontrés. Et ça me manquerait beaucoup. Je viens d'apprendre que nous avons franchi le 2000e abonné. En toute modestie, ce n'est pas grand-chose. Mais enfin, je peux dire, quand on n'a aucun budget pour faire du bug, vous voyez, du buzz, le contraire du bug, excusez-moi, quand on n'a pas, vous voyez, de puissants mécènes, j'aime mieux que ça.
1:42:41 Il y a des amis qui, parfois, sont d'une générosité avec nous. Et voilà, maintenant, on n'a pas les moyens de ceux qui sont non pas les intermittents, mais les quasi-permanents des plateaux télé, n'est-ce pas, dans le monde de la force et la vieux. Et donc, on n'a pas toujours des nuls, mais enfin, bien souvent, c'est navrant. Et c'est presque toujours l'idéologie dominante, quelquefois un peu mieux armée que dans la plupart des cas.
1:43:11 Donc, arriver à 2000 abonnés avec tout ça, comme ça, en jetant des bouteilles à la mer, et j'en suis le premier heureux. Surtout que notre public, maintenant, on va du Mexique à Singapour, n'est-ce pas, j'en profite pour saluer quelqu'un qui se reconnaîtra et que je félicite pour la merveilleuse interprétation qu'il a balancée sur Facebook, sur sa page Facebook de la tempête, de la sonate de Beethoven, de la tempête, et admirable qu'il vit au Mexique et qu'il suit attentivement ce que nous faisons.
1:43:49 Et à Singapour, on a notre fidèle Rudy, qui connaît bien l'œuvre de Lacan et qui réside là-bas dans ces villes que j'ai connues quand j'avais moins de 5 ans en escale. Donc, 2000 abonnés, bravo. Je suivrai la même méthode la prochaine fois. Je vais continuer les réponses aux questions. C'est la meilleure manière, comme on vient de le voir, d'enchaîner sur un nouveau matériau qui fait progresser l'idée qu'il y a bien une logique à l'œuvre dans les choses humaines, même si cette logique est bien différente.
1:44:29 C'est ça que je veux anticiper sur le trimestre suivant. Elle est bien différente que la logique qui est à l'œuvre et dans les sciences appliquées et même en mathématiques, même si je le maintiens à la mathématique est un statut à part. Ici, et ce sera mes derniers mots, je salue très amicalement un grand camarade, je veux dire, un grand... D'abord, c'est un... Je ne sais pas si je suis habilité à évaluer, mais je crois savoir que c'est un meilleur mathématicien à sa classe d'âge. je pense bien sûr à Pierre, ici, qui est maintenant à Oxford, je m'étais trompé, je l'avais cru à Cambridge, mais il a été sélectionné à Oxford pour faire avancer les travaux les plus pointus de l'heure sur l'intelligence artificielle, vous voyez, et qui néanmoins est un excellent lecteur et des classiques du marxisme et de la philosophie dialectique, entre autres, et qui m'a envoyé, et je demande pardon de m'en être imperceptiblement, je n'ai vu que ce matin, un très long message où il réagit
1:45:40 au fait que je fais appel un petit peu à mes camarades scientifiques pour venir nous prêter main forte pendant cette séquence où nous parlerons du rapport entre philosophie et sciences humaines et sciences de la nature et sciences dures, je lui répondrai bien sûr en détail, mais je le dis tout de suite là, quand même, pour terminer là-dessus parce que c'est important qu'il y a, peut-être n'ai-je pas été clair ou que j'ai été insuffisamment ou que j'ai été pressé par mon appel aux bonnes volontés scientifiques et que je suis allé un peu au-delà de ma pensée mais je n'ai jamais pensé que les philosophes devaient, avaient besoin d'une formalisation, que la philosophie avait besoin d'une formalisation mathématique parce qu'il trouve que c'est oiseux et je lui donne raison, voilà ce message que je lui délivre tout de suite avant d'entrer une prochaine fois dans le détail, voilà, je lui donne parfaitement raison, ça n'a jamais été dans mon intention s'il consulte les vidéos que j'ai faites depuis sept ans,
1:46:50 il verra que c'est une constante chez moi, le poète, quand je cite la phrase de Platon que nul n'entre ici, s'il n'est géomètre j'ajoute à chaque fois, si Platon met ça à l'entrée, ça veut dire qu'on ne fera pas les mathématiques à l'entrée, que c'est un excellent entraînement à considérer des vérités qu'on ne voit pas toujours avec les yeux ou qu'on ne sent pas avec le nez, mais par ailleurs, je veux dire, cette faculté d'accéder à l'intelligible, à l'abstraction, à l'abstraction concrète, si je puis dire, pour rester dialectique, on n'exercera pas du tout de la même manière que des mathématiques.
1:47:26 Voilà, la suite, qui sera passionnante avec un sujet comme ça, le 23 décembre prochain, je précise que Philippe et moi nous serons au poste, donc il y aura bien notre prochain atelier le 23 à l'heure habituelle, Philippe, on est bien d'accord, 20h30, voilà, donc on ne modifie pas l'heure et s'il y en a qui d'ici là ne pourront pas y assister parce qu'ils sont allés en province ou je ne sais pas où, ou au étranger, pourquoi pas, on ne sait plus aller autant que nous vivons, eh bien, je leur souhaite d'excellentes fêtes, bien sûr, mais c'est bien sûr d'excellentes fêtes, un joyeux de Noël et un bon capodanno, comme on dit en Italie.
1:48:14 Voilà, à la prochaine fois et je vous remercie.