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Retour à l'épistémologie après le Ring
1:00 Allgegenwärtiger, unsichtbarer und unvorstellbarer Gott.
1:44 Eh bien, chers amis, je suis bien heureux de vous retrouver. D'abord pour vous dire merci. D'autant que les deux dernières rêveries analytiques, d'après les statistiques que la régie communique, Pierre-Alain qui suit ça très attentivement, vous faites exploser les chiffres de l'audience.
2:15 Vous comprenez bien que nous en sommes vraiment les premiers heureux. Merci beaucoup. Pourtant j'ai fait un grand écart entre le personnage de Mignon, apparemment loin de toute politique, qui est un peu perdu dans le rêve et dans la poésie, et le texte de Lénine qui n'est pas loin du rêve, qui nous enjoint même, qui envoie même quelques pics en disant qu'on ne rêve pas assez si on écoute les plus encartés de nos camarades, si vous préférez.
2:54 Mais voilà. Là vous voyez, nous revenons sur le terrain. J'ai joué un peu les prolongations du ring la dernière fois parce que c'était la scène finale. J'en profite pour vous dire, avant de continuer, avant de vous dire que maintenant on revient à l'épistémologie, à la réflexion sur la relation science de l'histoire, science de la nature, science dure, comment faire des sciences de l'histoire, des sciences dures, ça revient un peu au même.
3:28 J'en profite pour vous dire que la scène finale du crépuscule des dieux, je ne vais pas encore jouer la deuxième prolongation du ring, mais il veut dire, on avait eu un problème de son qui était tout à fait indépendant de nos moyens, et le son a entièrement été refait avec le même extrait, le même timing, la même mise en scène, bien sûr. Donc reportez-vous à la vidéo du final du crépuscule des dieux et vous verrez que...
4:04 que... Alors, je ne sais pas d'où vient ce son-là, mais enfin, excusez-moi. C'est bien de chez moi. Voilà, c'est ce que je tenais à vous dire. C'est le jour et la nuit en termes purement audio. Et parce que je sais qu'il y en a qui déjà ne sont pas tellement habitués à ce genre de répertoire, plus à sa durée, plus à sa complexité.
4:36 Et si en plus, le son va et vient ou n'est pas tout à fait fiable, ça n'ajoute pas à l'accessibilité que mérite cette œuvre. Voilà. Donc, n'hésitez pas à revisionner. Je m'adresse surtout à mon camarade compatriote Jean-Jacques Marzot qui en se comprend, qui a la gentillesse de nous prévenir depuis Bastia que quelquefois le son est déficient.
5:06 Voilà. Donc, je crois qu'il sera comblé avec la nouvelle bande son. Je reviens à l'aujourd'hui pour vous dire que après le ring, nous revenons donc sur cette réflexion sur les sciences humaines, mais qui a été enrichie entre-temps par des débats que j'ai eus avec des scientifiques dont certains et même la plupart sont des membres adhérents à notre association, ce qui est à la fois nous réjouit humainement parlant, car ce sont les personnes avec qui on aime parler, et pas seulement de la philosophie des sciences, mais aussi vu leur niveau de compétence.
5:57 Ce sont des gens qui travaillent aux avant-postes de la recherche sur l'intelligence artificielle en particulier, ce n'est pas exclusif, mais nous avons comme ça plusieurs amis et camarades qui travaillent à un niveau plus que pointu, si je puis dire, qu'ils me pardonnent si je les fais rougir, sur les recherches en cours, bien sûr, sur l'intelligence artificielle et donc l'intérêt que peuvent susciter ces recherches et toutes les bêtises, n'est-ce pas, qu'on ne manque pas de prononcer lorsqu'on croit en parler avec compétence et d'un peu loin, surtout pour ceux qui ne voient pas ça de l'intérieur de la chose.
6:45 Voilà. Alors, comme avant même d'aborder ces problématiques de l'intelligence artificielle qui m'est venue dans le cours des conversations avec ces camarades, je constate avec vous à quel point elles sont congrues, on ne peut plus congruer, à quel point elles ont toute leur place au centre de ce qu'était notre préoccupation, c'est-à-dire le fameux, pour parler en termes kantien, infranchissable abîme entre les sciences de la nature et lui, il dit, entre le domaine de la législation par nature, pour parler vraiment kantien, et le domaine de la législation par liberté, que je préfère appeler à la suite de Hegel et Marx, du post-kantisme qui n'est pas le néo-kantisme, les sciences historiques, au pluriel, n'est-ce pas, dans la mesure où l'ensemble des sciences dites humaines ou sociales, je ne sais pas, comment voulez-vous qu'on parle d'économie, l'économie se déploie dans l'histoire, la démographie se déploie dans l'histoire, la géographie humaine, c'est la marque de l'histoire sur le territoire, dans tous les cas,
7:55 n'est-ce pas, c'est bien l'élément historique, je prends l'élément ici, au sens de, le milieu ambiant, c'est l'élément historique, comme les poissons baignent dans l'élément aquatique, si vous voulez, qui est le terme générique de toutes ces disciplines. Donc, ce qui est infranchissable abîme pour Kant, nous, nous aimerions bien, au contraire, c'est ce qui caractérise les efforts du post-kantisme, de jeter une passerelle, fut-elle timide et frêle au départ, et plus consistante par la suite, n'est-ce pas, de telle sorte que on puisse, dans les domaines qui nous intéressent le plus, et c'est sans doute pour cela qu'elles mettent beaucoup plus de temps à devenir scientifiques que les autres.
Pourquoi on s'accorde moins dans les sciences de l'histoire
8:47 C'est dans le domaine qui nous intéresse le plus, je vais y revenir, je n'envoie pas comme ça les choses au hasard, que l'on a le plus de mal à se mettre d'accord, ce qui est un petit peu normal. Si je vous dis, il y a de l'ammoniaque dans l'étoile Sirius, je dis n'importe quoi, je veux dire, les spectroscopies, les analyses spectroscopiques ont trouvé qu'il y avait du méthane, d'ammoniaque, ce que vous voulez, de hydrogène, ça on est sûr qu'il doit y en avoir.
9:23 Vous me direz, peut-être, on ne va pas se disputer là-dessus que sont, sauf si vous êtes vraiment l'astronome spécialiste de Sirius, mais enfin, je veux dire, la plupart des gens, ce n'est pas dans leurs intérêts les plus immédiats, ce n'est pas ce qui les concerne au plus près, ce n'est pas comme la copine qui vient de les abandonner, je passe à l'autre extrême et de l'intimité, ou bien de se retrouver au chômage, ou bien les deux, ceux-là étant l'effet de ceux-ci, ce n'est pas comme ça arrive souvent, et ainsi de suite.
9:54 Non. Donc, c'est pour ça que je vous ai dit j'y reviens, je suis en train de le faire, c'est un peu logique, lorsqu'on voit le tableau d'apparition, qui note l'apparition des sciences dans l'élément scientifique, dans la simple chronologie de leur entrée en scène, depuis les mathématiques qui ont été la première, on l'a vu, donc je ne vais pas trop m'attarder, à se détacher de l'impérialisme philosophique qui les contenait toutes du temps d'Aristote, par exemple, depuis les mathématiques qui, dès le 4e, 5e siècle avant Jésus-Christ, proclament leur indépendance, c'est comme ça, lorsqu'il y a un impérialisme, ça encourage des tentatives, des émancipations.
10:35 Puis, il faut attendre quand même qu'un siècle pour passer à la physique, parce que, avec la physique, on passe des essences, 3 plus 2, ce n'est pas 3 cerises ou 2 pommes, c'est 3 et 2, ça c'est les essences, c'est le monde mathématique. J'ai un compatriote qui est assez connu de ceux qui, dans la pensée francophone, réfléchissent sur l'épistémologie des mathématiques, je pense à Jean Toussaint Desanti, une génération au-dessus de moi, qui avait écrit, qui avait donné un beau titre à son ouvrage qu'il avait appelé les idéalités mathématiques.
11:11 Voilà. Donc, tant que ça concerne le monde intelligible, on peut toujours ergoter, mais quand on passe à la physique, c'est on passe dans le monde dans lequel on vit. C'est normal qu'il y ait plus de résistance. Vous retrouvez cet élément de négativité qui est le plus négagé, négligé, dans les innombrables théories de la connaissance, n'est-ce pas, qui s'accumulent sur le terreau philosophique, et je pense en particulier au cercle de Vienne.
11:52 Je n'en parle pas avec mépris ni ironie, ce sont des gens extrêmement brillants. je vais dire, d'ailleurs, je compte un jour soumettre un texte, faire une lecture un peu serrée et suivie, d'un texte du fondateur du cercle de Vienne, de Schlick, n'est-ce pas, qui en plus a été un peu un martyr de la cause puisqu'il a été assassiné par les nazis au moment de la prise du pouvoir au moment de l'Anschluss en Autriche.
12:22 Mais enfin, je veux dire, les gens qui se réunissaient autour de Schlick, qui procédaient de gens comme Ernst Mach, celui que vise Lénine dans « Matérialisme et Empiriocriticisme », Mach, c'est quelqu'un qui a été un élève d'Einstein, je veux dire, et ils ont eu des échanges importants, Schlick avait fait des thèses en physique théorique et en mathématiques aussi, je veux dire, il y avait des logiciens, enfin bref, je veux dire, ce sont des gens de très haut niveau, mais justement, ils sont dans l'autre extrême, dans l'illusion cognitiviste.
13:05 Il ne vient pas à l'esprit que le sujet puisse s'opposer à lui-même, qui est négativité intérieure au sujet. et c'est normal, je veux dire, qu'ils ne s'en doutent pas, parce que, je veux dire, s'il y a quelque chose qui singularise Hegel dans toute l'histoire de la pensée, c'est bien d'avoir été le premier à saisir cette négativité qui passe à l'intérieur du sujet. Je fais une longue introduction parce que, il y a longtemps qu'on n'a pas parlé épistémologie, il faut qu'on revienne sur Terre ici.
Descartes, les deux substances et l'inconscient biologique
13:46 Regardez en quoi consiste sans doute le plus significatif, je ne dis pas le plus important, le plus, c'est les jugements de valeur, le plus significatif, c'est-à-dire le plus lourd de conséquences à la postérité et la réflexion de l'initiative freudienne, par exemple. L'âme et le corps, ça c'est une dichotomie qui existe bien avant Freud. Chez Descartes, vous avez deux substances, la substance pensante, le cogito, et la substance étendue, la matière, la substance étendue, l'espace.
14:20 La res extensa, si vous parlez en termes cartésiens. On n'en est pas encore à montrer comme Einstein que l'espace n'est pas tout à fait indépendant des matières qu'il contient. Ici, il faut rendre un grand hommage, ce n'est pas des détours. Il faut vous familiariser avec quelques notions fondamentales. À l'époque, juste après Descartes, disons, à l'époque de Leibniz, déjà contemporain de Newton et de Pascal et de Spinoza, Leibniz avait pressenti que l'espace n'est pas un simple cadre dans lequel on n'a plus qu'à mettre des choses, des galaxies, des planètes, nous-mêmes, je n'en sais rien.
14:57 Ce piano, non, l'espace est courbé par les corps. Il subit des déterminations des corps qu'il contient. Voilà. Laissons cela, c'est d'abord parce que je risque de dire des bêtises si j'ai l'audace à rentrer dans le détail. Et ce qu'il faut retenir, c'est qu'il y a la substance pensante et la substance étendue.
15:33 N'est-ce pas ? Donc, l'inconscient existait bien avant Freud. Ce n'est pas ça, ce n'est pas le terme en général d'inconscient ou d'involontaire. Ça revient un peu au même, ce qui échappe à ma conscience, à ma volonté. Tout le monde savait très bien avant Descartes, surtout, avant Freud, pardon, qui a une formation de médecin. Il était entouré de gens qui pratiquaient ce qu'on appelle le réflexe rotulien, déjà, n'est-ce pas ? On le savait très bien, et ça, ça remonte au XVIIe siècle, déjà, au triomphe du mécanisme galiléo-cartésien, même si sa genèse est un peu plus complexe que ça, mais je vous renvoie à l'admirable histoire du concept de réflexe d'Alexandre Koyré, grand épistémologue de l'immédiat après-guerre, Alexandre Koyré, K-O-Y-R-E, histoire du concept de réflexe.
16:28 Bon, effet mécanique, c'est pas le réflexe, vous vous rappelez à l'école, la patte de grenouille, on l'a arrachée de la grenouille, pardon pour les âmes sensibles, j'en suis, à chaque fois, je me dis, la patte de la grenouille, on la met sur un buvard où il y a une petite goutte d'acide, la patte se rétracte, alors qu'il n'y a plus de cerveau, il n'y a plus rien, il n'y a même pas la moelle épinière, vous voyez ? C'est pour montrer que le réflexe est dû ici à l'action mécanique de l'acide sur le nerf sensitif, etc., puis le nerf moteur.
17:09 On savait très bien qu'il y a toutes les processus dans mon corps qui échappent entièrement à ma conscience et heureusement, vous vous rendez compte s'il fallait être conscient, tiens, comme j'ai mangé ça, il va falloir que j'ajoute un petit peu d'acide dans mon estomac parce que ça, ça demande une digestion plus efficace, voilà, et maintenant, je vais le contrebalancer en générant quelque chose qui fait base, n'est-ce pas, dans mes tripes.
17:43 Il nous faudrait 100 000 ordinateurs si on devait, n'est-ce pas, penser aux transformations qui altèrent chacune de nos cellules à chaque seconde où je suis en train de parler, chacune des milliards de milliards de nos cellules subit une altération au moment où je vous parle. Et oui, la nature entend toujours les petits oiseaux, les arbres, la planète bleue ou verte. Bref, on la voit à l'extérieur. La représentation la moins, la relation la moins fantasmée qu'on peut avoir à la nature, c'est celle que nous avons en nous.
18:16 Quand vous avez une rage de dents à cause d'une carie ou quand vous avez sommeil ou faim, ce sont des effets à la détermination ou soif naturelle. Bon, on savait très bien que tout ça se passait de la conscience. C'est la vieille opposition entre l'instinct et la réflexion, etc., et la pensée. Donc voilà, les choses étaient claires. Il y a la substance qui pense, n'est-ce pas, le cogito, l'esprit. Et puis, ce qui est nouveau dans Freud, ce n'est pas de dire qu'il y a un inconscient, parce que là, j'ai parlé de l'inconscient physique, organique, biologique.
L'inconscient psychique : des pensées que je ne pense pas
18:53 Freud parle d'un inconscient psychique. Ça, c'est scandaleux. C'est scandaleux. Rien qu'au niveau logique, ça nous prend un contre-pied. On ne sait plus comment parler. Ça veut dire, je l'ai déjà dit souvent, pardon à ceux qui me l'entendent lui répéter, ça veut dire qu'il y a en moi des pensées, pas des mouvements d'acide, de base et des muscles qui se contractent ou qui se détendent. Non, il y a en moi des pensées que je ne pense pas, que je ne veux pas penser.
19:23 Des volontés que je ne veux pas. Voyez, le sujet s'oppose à lui-même. Voilà, selon des tours, pour vous rappeler ce que veut dire la négativité à l'intérieur même du sujet. Parce qu'il y a aussi la négativité qu'exerce un paysan sur la nature qui l'environne, n'est-ce pas ? Quand il casse les cailloux avant de labourer son champ, quand il enlève les cailloux, quand il assèche un marais.
19:56 Je parlais des Hollandais la dernière fois, n'en parlons même pas, n'est-ce pas ? quand on draine les marais jusqu'à les marais, voire même la surface de l'eau de mer pour la transformer en champ fertile. La Hollande ne connaît pas les plus haut rendement au monde en céréales. Ça, c'est la relation négative, c'est la négativité de l'homme à l'égard du monde qui l'environne. Depuis les galets éclatés, les maisons par pilotis, la chasse, pêche, ce que vous voulez, bien sûr, la construction d'outils.
20:32 Mais là, il s'agit de la contradiction, non pas entre moi et des objets qui m'environnent, mais entre moi et un autre moi qui est sujet aussi bien et qui ne se laisse pas faire, n'est-ce pas ? Pourquoi vous croyez qu'on fait des cauchemars ? C'est que là, la tension dans le sommeil se relâche un peu. La vigilance de la conscience, l'instance en nous qui ne veut pas savoir, celle qui veut garder l'identité narcissique du moi, je vais vite, mais je suis sûr qu'on se comprend.
21:03 Les mots parlent, n'est-ce pas ? Vous savez, Narcisse, celui qui se contemplait son reflet à la surface de l'eau et dans toute l'angoisse, c'était que ce reflet ne soit pas altéré, qu'il n'y ait pas de brise ou qu'il n'y ait pas un chevreuil qui bondisse et qui vienne troubler l'image ou alors qu'elle se reconstitue assez vite pour qu'il puisse recontempler l'objet de son désir qui est justement sa propre identité. La position la plus dangereuse, parce qu'il n'y a rien de plus précaire qu'une identité imaginaire.
21:37 Il n'y a rien de plus précaire que mon image dans le miroir, parce que le miroir est prêt à voler en éclats en mille morceaux. Quand on tient tellement à maintenir son intégrité, ça s'appelle la paranoïa. Quand ça prend un tour pathologique, parce qu'on est tous un petit peu comme ça, c'est pas qu'on s'attaque à l'image qu'on a de nous-mêmes, ça ne nous fait pas très plaisir quand on l'écorne. Mais voilà quoi, je veux dire, plus on a une image élevée de soi-même et en termes pathologiques, dans les cliniques, malheureusement, ça pullule psychiatrique, je pense à la mégalomanie.
22:12 Il y a un très beau passage, mais pathétique, au Nerval, qui était vraiment atteint à ce niveau-là. Oui, je ne dis pas ça avec mépris, c'est un de mes écrivains préférés. Mais alors, du point de vue symptomatologique, je veux dire, il est arrêté par des policiers, dans la réalité, une ronde de nuit dans Paris parce qu'il se déshabille et il chante et des chants en langue arabe en suivant une étoile dans les rues de Paris, dans les rues de Paris désertes la nuit. et il dit, je prenais précaution de ne pas trop les toucher car j'avais une force surnaturelle, j'avais peur de les briser.
22:49 Vous voyez, une valorisation énorme de soi qui supporte d'autant moins, n'est-ce pas, qu'on altère, qu'on fasse la moindre atteinte à cette identité ainsi pathologiquement renforcée. comme nous sommes encombrés d'identité actuellement puisque, vous savez, qu'une femme blanche n'a pas le droit de traduire un texte écrit par une noire, j'en parlais avec des Africains subsahariens, n'est-ce pas, récemment, qui étaient furieux, n'est-ce pas, qu'on en arrive là, n'est-ce pas, plus au nord d'ailleurs qu'au sud du Sahara, soit dit en passant.
Un troisième terme entre sujet et objet ; les traumatismes
23:34 J'en étais là, n'est-ce pas, autrement dit, entre la substance pensante, je pense, le sujet pur, réduit à la conscience qui fait abstraction à l'inconscient. Et, c'est comme ça qu'on posait le problème avant Freud, et l'objet, entre le sujet pensant et l'objet pensé, dans l'étendue, dans l'espace, il n'y avait pas de troisième terme. Et voilà que, Freud fait surgir une considérable extension du sujet dont la conscience n'est plus que la partie émergée, mais qui ne se confond pas non plus avec l'objet, donc qui ne va pas appartenir non plus cet objet-là à la physique, à la chimie, à la biologie.
24:20 C'est-à-dire, au discours rigoureusement scientifique, lorsqu'il traite des objets, des étoiles, des molécules, des rayons X, de ce que vous voulez, du bruit de fond de l'univers, l'écho du Big Bang, et oui, il n'y a pas des milliards d'années comme ça, il y a des écho, on entend encore l'écho, et oui, et même ceux qui l'ont perçu la première fois, ont cru que c'était des parasites et des saletés sur leur radiotélescope.
24:54 C'est comme ça qu'on s'est aperçu qu'il y avait un bruit de fond de l'univers. C'est extraordinaire, quand même. Bon, je pense à Hölderlin qui parle de l'Asie, origine des civilisations historiques, je ne parle pas, bien sûr, de la préhistoire, l'Afrique est bien antérieure, mais il dit, je l'entends encore, « Oh Asie, l'écho venu de toi » et d'un cri si jubilatoire, des premières civilisations, de l'Indus, du Yangtze-Kyang, n'est-ce pas, du Nil, de l'Orient, et surtout la Mésopotamie, et d'un cri jubilatoire à ce point intense qu'aujourd'hui encore, les oreilles nous résonnent encore.
25:38 Ce n'est pas des milliards d'années là, mais quand même, c'est un peu la même idée. On pourrait presque entendre le cri poussé par Dionysos, car Dionysos est un dieu tardif qui vient dans le Panthéon grec, vous croyez que je m'égare, qui vient dans le Panthéon grec sur un char porté par des tigres. Regardez l'histoire de la peinture. Dionysos, il a toujours des feuilles de lierre autour de la tête, tous les attributs de Dionysos, de Bacchus, c'est pareil. Le lierre plante vivace et qui ne se fane pas.
26:09 Le pin, un arbre à feuilles non caduques, n'est-ce pas ? Pas d'automne pour les conifères, le pin, le myrte, vous vous rappelez, le vers de Nerval, la pâle hortensia, voilà pour la sainte chrétienne, s'unie au myrte vert, voilà pour la fée païenne, la pâle hortensia, s'unie au myrte vert. Quelle rigueur quand même, la poésie, il y en parle, il y en a qui doutent encore qu'on puisse élever ce champ-là à la rigueur scientifique.
26:41 Mais n'anticipons pas, continuons sur le même chemin, entre la substance pensante et la substance pensée, il y a ce sujet dont la conscience n'est plus qu'une périphérie. C'est ça qui est scandaleux dans le message freudien. C'est que c'est une deuxième expulsion du sujet de lui-même. Ce n'est pas moi qui ai fait le pas. C'est Freud lui-même qui a remarqué qu'il y a eu plusieurs traumatismes historiquement comme ça, dans l'histoire scientifique.
27:12 Le passage du géocentrisme à l'héliocentrisme a été un premier traumatisme. Je croyais être au centre du monde, on l'a évoqué la dernière fois, c'est tellement familier qu'il n'y a pas besoin d'insister. Voilà que je suis à la périphérie, à la lointaine périphérie. Et puis, il y a eu deuxième traumatisme. Mon ancêtre, ce n'est pas les dieux du panthéon grec, c'est des primates. N'est-ce pas ?
27:42 Je ne dis pas des singes parce que c'est un peu plus compliqué que ça. On les verrait comme ça dans le décor, vous les prendrez plus pour des singes que pour des hommes. Donc voilà. Et traumatisme. Et voilà, tout d'un coup, qui nous dit, tout ce que vous pensez, l'image que vous avez de vous, ce que Marx avait appelé bien avant Freud, l'idéologie. Je crois que je pense objectivement sur les choses, sur l'économie, sur les origines de l'histoire humaine, etc.
28:12 et en fait, je suis dans les Robinsonades, dans la fantasmatique, n'est-ce pas ? Et je suis là où mon inconscient est en train de me promener. L'argot le dit bien, il m'a baladé le mec, ça veut dire, la langue a lancé des choses, vous voyez. Continuons notre balade, mais soyons attentifs. Baladons-nous comme le petit Poucet. Balissons notre parcours avec des petits cailloux blancs, n'est-ce pas ? Que le Minotaure ne nous dévore pas au moment où on a oublié de regarder par où on passait et du coup, on s'est perdus au labyrinthe.
Schoenberg et l'abandon de la tonique
28:49 Donc, pourquoi j'ai commencé bien loin de la rigueur scientifique, apparemment, par cette évocation, enfin, par cette évocation, par cette audition et cette projection, puisqu'il s'agit d'opéra, des premières secondes, du lever de rideau, du seul grand opéra que Schoenberg ait écrit, Schoenberg a vécu au début du XXe siècle, pour aller vite, un moment où l'accélération du bouleversement dans les formes artistiques, pour aller vite, que ce soit en peinture et avec le cubisme, qui succédait déjà à la déliquescence, pas péjorative, des contours dans l'impressionnisme, le sujet au sens pictural, cette fois, ce n'est pas le nôtre, une table, une fleur, ce qui faisait qu'on savait de quoi ça parle, le tableau, devient de plus en plus indéterminé.
29:51 Il y correspond en musique, n'est-ce pas, à l'abandon de la tonalité, c'est-à-dire la référence qui structurait toute la musique occidentale depuis des siècles, n'est-ce pas ? Oui, quand je fais ça, vous connaissez ça ? Il y a onze notes. Je viens de faire onze. Sur les onze, regardez combien de fois il y a celle-là. Quatre.
30:23 Cinq. Près de la moitié à une seule, des onze notes. Cinq. Ça s'appelle la tonique. et vous le sentez bien quand on revient à cette... On sent que la phrase est finie quand on revient à celle-là comme un danseur qui a pris des risques avec la gravité, avec son centre de gravité et qui tout d'un coup retombe sur ses pieds après des... une gestique qui nous bluffe, n'est-ce pas, exprimé ? Je ne parle même pas des gymnastes olympiques.
30:53 Donc, un... Là, je conclue à la Wagner exprès, n'est-ce pas ? Lui, lui, il se débrouille pour ne pas faire... Là, c'est fini. Mais si je fais... Bon, on peut stationner, on peut se reposer un peu dessus après ces modulations, mais visiblement, on est passé sur une autre terre, donc on enchaîne. Je peux faire...
31:28 Je termine sur un petit blues. Voilà. Ça, c'est... Vous voyez, comme si on abandonne la tonique, c'est comme un navire qui a plus de boussole, qui a plus de cap, qui a plus de sextant, je ne sais plus où il va. Dès qu'on sort du port en Haute-Mer, il faut qu'on se fixe un cap.
Le signe et le signal
32:06 Voilà, je voulais rappeler de ceci. Bon, alors, je laisse le côté général de cette introduction. Maintenant, je rentre dans le vif du sujet et je reviens à mes discussions. Vous me direz quel rapport avec l'intelligence artificielle ? C'est qu'on a abordé, j'ai évoqué, en discutant avec mon interlocuteur, avec Christophe Denis, dont je vous annonce qu'il a la gentillesse acceptée d'être... d'assumer le rôle de l'interviewer très prochainement sur les mêmes canaux que nous avons ici.
32:41 donc, Christophe Denis, qui travaille à Jussieu sur l'intelligence artificielle et qui a le mérite aussi d'avoir une expérience pédagogique, donc, qui est habituée à quitter le langage des équations, alors que c'est un brillant mathématicien, pour, dans la langue naturelle, comme on dit, vous voyez, on retombe nos problématiques, essayer de faire comprendre des choses qui sont pas...
33:14 qui sont très loin de l'appréhension commune, si je puis dire. Je lui ai exposé la distinction qui doit vous être familière pour ceux qui m'écoutent depuis un moment, et vous êtes de plus en plus nombreux, ça me fait très plaisir, la distinction que je fais souvent en parlant du langage entre le signe et le signal. Donc là, je vais faire des rappels, parce qu'il y a des nouveaux qui viennent, s'associer à ceux qui sont là depuis longtemps, et ça me fait bien plaisir, et donc là, il faut vraiment, il faut laisser personne de côté, vu l'importance de l'enjeu.
33:48 Et vu que c'est sur cette distinction du signe et du signal qu'elle est anodine, comme ça reçoit pas un signe, un signal, on ne va pas couper les cheveux en quatre pour rester poli. Donc, il y a un abîme, alors là, vraiment infranchissable entre les deux. Je donne d'abord un exemple, ça va vous reposer. Un signal, je prends le même exemple qu'à la dernière fois, ça fera des rappels à certains pour retrouver certaines vidéos, la fumée signale le feu.
34:20 Pour un animal dans la brousse, l'odeur de la fumée est un signal auquel il reconnaît immédiatement qu'il y a le danger de griller dans ce qu'on appelle un feu de brousse. Et il détale, n'est-ce pas, dans la direction opposée, là où il vient l'odeur. Il est beaucoup mieux équipé que nous, pas pour capter, il a des capteurs olfactifs bien plus développés que les nôtres. Donc, ça c'est le signal.
34:52 Et puis, il y a le signe, le mot fumée, F-U-M-E-E, je l'écris même, vous voyez, pour bien le voir, que là je parle du mot, pas de la chose. Je ne sais pas. Oui, mais alors, il y a une chose qui n'a rien à voir, c'est la même idée, mais exprimée par le mot anglais smoke. smoke et fumée, ça n'a rien à voir, ni pour l'oreille, ni pour l'œil. Écrivez les deux, vous en serez d'accord.
35:22 Je dis lion en français. Alors, vous me direz, oui, lion, c'est un peu pareil. Oui, c'est langue européenne, c'est proche. Löwe, en allemand, d'accord. Léon, oui, d'accord. Mais quand vous allez au Mali et en bambara, on dit Diarra, D-I-A-R-R-A, ou je sais, il y a de grands footballeurs qui s'appellent comme ça, parce que beaucoup de grands footballeurs nous viennent du Sahel, Diarra, oui, aucun rapport. Autrement dit, la différence là, c'est que tandis que dans le rapport de la fumée et du feu, il y a un lien créé par la nature elle-même, il y a une consécution dans le même ici et dans le même maintenant, qui est ici la brousse, il y a, d'abord, il y a eu le feu quelque part et ensuite, l'odeur de la fumée parvient jusqu'à mes narines, jusqu'à ma truffe.
36:11 Donc là, le lien, il est naturel, il n'est pas conventionnel, il n'est pas arbitraire, il n'a rien d'arbitraire, c'est une loi naturelle qui s'exprime par la fumée, vous connaissez bien pas de fumée sans feu. Alors que, la preuve que, les signes, Diarra, Lion, Löwe, pour l'animal, pour le fauve en question, ou, je ne sais pas même plus ce que j'avais dit, ou tel, n'importe quel, si, le smoke, la fumée, ou bien smoke et fumée, n'ont aucun rapport naturel des objets, aucun rapport naturel.
36:59 La preuve, c'est que, on change de pays, et, le signe change complètement, c'est ce qu'on appelle en linguistique, c'est bien connu, c'est même ce qui caractérise les langues humaines, je dis ça parce que, ne croyez pas que parce que, des animaux communiquent entre eux d'une manière très performante, très efficace, même si c'est extrêmement limité à toujours les mêmes besoins. Soit dit en passant, on verra que c'est une des différences principales. regardez bien dans les salons après un repas, le moment où on parle le plus, ce n'est pas le moment où on a faim.
37:34 C'est comme dans l'album, ou bien manger, ou bien à l'apéritif, avant, on en donne des amuse-gueules, comme ça, pour tromper la faim, comme on dit si bien en français. Et puis après, quand on a le ventre plein, et qu'on commence à en être au digestif, alors, tu vis toujours avec cette greluche ? Alors, tu vis toujours avec cet imbécile, en parlant d'un garçon, je veux dire, on a le droit à tout ça. Bon, on parle, on peut commencer à aborder les problèmes qui ne sont pas les plus urgents.
38:10 L'arbitraire du signe, coupure totale entre le signe et le sens. Le sens, c'est un mammifère, bon, un fauve, je ne le nomme pas, parce que si je le nomme, je passe au signe, n'est-ce pas. Et puis après, ce sens, ce sens qui appartient, le contenu appartient à la zoologie, ce n'est pas mon domaine, de compétence, lorsque nous voulons nous le communiquer entre hommes, le lion est passé par là, chasseur, dans le Kalahari, dans l'Afrique austral, ça va se dire Diara au Mali, Löwe en Allemagne, et puis le lion chez nous.
Naturalisme et matérialisme ; la masse critique
38:53 Vous voyez, donc, on a l'impression que c'est dérisoire, signe, on peut remplacer l'un par l'autre, non, c'est la vieille opposition, on recoupe des vieilles oppositions qui sont celles des sciences de la nature et des sciences historiques. Il y a des signaux, je l'ai mis dans le plan qu'on vous a sans doute distribué, enfin, qu'on a déposé sur les réseaux sociaux. En annonçant la séance de ce soir, il y a tout ce qui, l'abîme qui sépare le signal, mécanisme naturel, du signe, convention, entre sujet.
39:37 pas effet d'un objet sur un être vivant, c'est pas un fût-il animal, encore moins d'un objet sur un autre objet, comme l'acide qui fait des bulles sur du calcaire, effervescence, comme on dit, en chimie. Non, il s'agit là d'un sujet qui communique avec un sujet et là, on décolle complètement de la contrainte naturelle, pas matériel, ne confondez jamais le naturalisme et le matérialisme, sinon vous retombez dans l'idéologie dominante.
40:10 Il n'y en a plus que pour le naturalisme. Alors que ceci, je ne sais pas, est au moins aussi matériel que moi-même. Ça n'a rien de naturel, je crois que la distinction est simple. La langue le sait, vous le savez quand vous parlez puisque vous dites mais ce n'est pas naturel, ça c'est artificiel. tout ce qui est produit artificiellement, tout ce qui est le produit de l'art, les grecs avaient le même mot pour art et pour technique, c'est-à-dire la techné, précisément, est une matière non naturelle.
40:45 Il faut s'habituer à ces distinctions qu'on vous occulte comme jamais. Parce que le sujet ne veut pas que le sujet soit connu. Le sujet ne veut pas que le sujet se connaisse. déjà, on a vu que chacun d'entre nous pose certaines limites à la connaissance de soi, même si ces limites sont hélas fragiles et qu'on peut les bousculer. Et par contre, ne sont pas les sujets dominants alors là, je veux dire, font des efforts énormes pour que vous n'atteignez pas, nous n'atteignons pas, nous le peuple, la masse critique.
41:27 non, je ne fais pas la démagogie quand j'utilise le peuple, je parle d'immense majorité. Plus les chiffres évoluent, moins il y a, vous savez, le 1% qui possèdent. bon, vous suivez les chiffres, c'est bien. le pouvoir fait tout pour que les dominés n'atteignent pas la masse critique une fois, en passant, un peu rapidement. Donc, c'est pour ça, je m'attarde un peu. j'ai défini ce que j'appelais la masse critique, j'emprunte la métaphore, c'est pas la fabrication de bombes atomiques, je veux dire.
42:05 Donc, si je dis des bêtises, mes amis me taperont sur les doigts, mais en gros, quand même, c'est pas, il y a des systèmes de sécurité dans les armes nucléaires, bien sûr, vous vous rendez compte, c'est pas lorsqu'elles sont stockées, et ces systèmes consistent à isoler des parties de la masse radioactive facilement fissile, l'uranium enrichi, du plutonium, de les séparer. Et puis, au moment fatal où tout d'un coup, au téléphone rouge du président, paf, je veux dire, on déclenche, n'est-ce pas, l'attaque atomique, la levée de la sécurité correspond ici à faire fondre la séparation de ces parties qui se réunissent et qui atteignent ce qu'on appelle justement en volume, comme en géométrie, ça c'est un peu plus complexe, la masse critique en densité, en volume.
43:09 Voilà, c'est une métaphore. Alors la métaphore, appliquons-la, ça veut dire que les pouvoirs redoutent par-dessus tout que vous et moi, nous atteignions un seuil numérique, nous soyons de plus en plus nombreux à savoir de plus en plus de choses sur eux et sur nous. Ça c'est terrible, la masse critique. Il faut absolument produire ce que nous avions appelé Michel Clouscard et moi lors d'un séminaire tenu par Henri Lefebvre à l'école pratique des hautes études à la fin des sixties, ce que nous avions appelé, c'était juste un peu avant 68, au milieu des sixties, la genèse de l'innocence.
La genèse de l'innocence ; industrie et exploitation
43:54 Comment le pouvoir, n'est-ce pas, jette comme ça un voile, un rideau sur la terrible histoire qui a précédé son pouvoir, n'est-ce pas, c'est l'histoire de la marchandise, vous lisez chez Marx les chapitres qui s'intitulent « L'accumulation primitive », c'est-à-dire l'histoire des objets qui constituent le monde merveilleux de la marchandise, et vous verrez que c'est à peine soutenable. Je prends l'exemple le plus connu, parce que, sinon ça demanderait des démonstrations, mais j'ai vu qu'il y a beaucoup de vidéos, donc c'est assez popularisé, maintenant et tant mieux, que le voile se lève un peu de temps en temps sur ces gamins, sauf que ça en reste à l'apitoiement, on ne dit pas qui possède quoi, mais enfin, ces gamins qui travaillent dans des mines, en particulier dans la région des Grands Lacs, en Afrique, Congo essentiellement, mais aussi bien, Rwanda, ou on dit la République centrafricaine, tout ça, des pays qui sont très riches au niveau minier, comment des gamins, mais des gamins
45:04 qui devraient à peine finir le cycle primaire, n'est-ce pas, travaillent comme des fous dans les conditions plus insalubres dans les mines, vous imaginez des mines dans la jungle équatoriale, pour extraire ce fameux métal dont nous avons tellement besoin dans nos portables, moi le premier, c'est pas pour ça que je me sens coupable, ça, il y en a qui, ceux qui montrent ces images brouillent un peu les pistes en disant c'est les méfaits de l'industrie, non, c'est les méfaits de l'exploitation capitaliste, on pourrait très bien extraire ce métal dans de bien meilleures conditions, avec des travailleurs beaucoup mieux payés, mais je sais que c'est comme si, que c'est presque perdu ce que je dis, puisque il y a une foule de gens, et c'est pas ce soir que je vais essayer de les dessiner, c'est pas qu'ils se croient anticapitalistes, et en fait ils sont anti-industriels, on pourrait faire une industrie bien plus productive, car il y a beaucoup de pénuries et de manques encore qui demandent une augmentation de la production, en particulier de certaines productions, et un abandon d'autres que je serai le premier à contre-signer.
46:15 Superfétatoire, mais c'est pas moi de décider ça, c'est au plan. Donc voilà, je veux dire, la masse critique, c'est quand un maximum de citoyens atteignent un maximum de savoir, mais pas du savoir, de... Il y a combien de grains de sable dans le Sahara ? Quelle est la période de transformation de l'uranium en plomb, n'importe quoi, au bout de quelques millions d'années ?
46:54 Non, non, pas des isotopes et du nombre d'électrons qu'il y a dans la huitième case du tableau de Mendeleïev. Non, c'est pas ça. Mais il y a de plus en plus de gens qui savent de plus en plus de choses sur nous-mêmes, sur notre provenance, pas notre provenance biologique, ça, on n'en a jamais su autant. Mais les pistes restent brouillées. Il y a bien longtemps qu'on n'en est plus à la seule biologie pour expliquer pourquoi nous sommes là et pourquoi nous allons à gauche, à droite, et pourquoi nous sommes licenciés, et pourquoi tout d'un coup nous trouvons un boulot, un magnifique boulot à durée déterminée.
Remplacer « qu'est-ce que c'est ? » par « qu'appelles-tu ? »
47:36 Ah, c'est bon, j'en ai pour 15 jours. Voilà. Donc, je rappelais que cette simple différence du signe et du signal nous ramène au fondement, au tout premier cours sur par lesquels j'ai lancé la communauté que nous commençons à former et qui ne cesse de grandir depuis, et j'en suis très heureux. La première série de vidéos s'appelait « Entre crises et guerres philosopher »
48:12 dans lesquelles je m'appliquais non pas à défendre telle ou telle philosophie, que ce soit celle de Descartes, de Marx, de Foucault, de Platon, mais d'essayer de faire comprendre ce qu'est la philosophie par rapport aux autres disciplines. Je rappelle maintenant les choses fondamentales, c'est-à-dire de ne pas la dissoudre dans des choses que je respecte mais qui sont un autre champ, le champ religieux, le champ scientifique, le champ esthétique, le champ artistique, je préfère dire parce que l'esthétique est une partie de la philosophie qui réfléchit sur l'art et sur le beau en général, qu'il soit naturel ou artistique.
48:56 Donc, ce qui spécifie l'approche philosophique, je l'avais concentré, c'est simple à retenir, dans la différence de deux questions, là encore, la différence paraît dérisoire, de remplacer qu'est-ce que c'est ? Question que se pose le chimiste, l'astronome, toutes les sciences dures, n'est-ce pas ? Qu'est-ce que c'est qu'un nombre, après tout ? Ce n'est pas simple, la réponse. Et, le remplacer, le qu'est-ce que c'est, par qu'appelles-tu ?
49:28 le remplacer lorsqu'on veut, être subsumé sous le concept de philosophe. Et j'avais rappelé, suite à une question très pertinente qui m'avait été posée, où justement, l'interlocuteur avait le mérite de dire que la distinction ne paraissait pas très évidente, et ça m'a permis de lui rappeler que l'enjeu est considérable. puisque, quand je dis « qu'est-ce que le soleil ? » et je m'adresse à un objet, on revient sur la même chose.
49:59 Un objet, ça ne parle pas. Vous voyez comment on va venir au langage ? Il ne va pas me répondre « oui, je ne suis pas une planète, je suis une étoile, je produis ma propre lumière, je ne suis pas un reflet. » Il ne parle pas. C'est l'homme qui va faire toutes ces distinctions-là. Il dit « qu'est-ce que c'est ? » Donc, ce serait un monologue si, heureusement que l'histoire des sciences se déroule autrement, si l'astronome restait seul en face des astres, comme faisaient les astrologues quand ce n'était pas encore une science, justement, n'est-ce pas ?
50:35 En haut des ziggourates, des tours mésopotamiennes, n'est-ce pas ? Comme si, à 40 mètres de hauteur, c'était énorme pour l'époque, comme si on allait mieux, on allait en savoir plus sur les étoiles qui sont des milliards d'années-lumière en s'en approchant de 40 mètres. Bon, par contre, que ce soit dans des régions de pays de désert que l'astronomie soit apparue n'est pas un hasard. Ça, par contre, c'est pas quoi de plus net que le fourmillement des étoiles dans un ciel de désert.
51:06 Si, celui de la très haute montagne lorsqu'il y a un temps exceptionnellement, lorsque la journée a été exceptionnellement belle, comme ça m'est arrivé la dernière fois dans la haute Engadine tout près de là où c'est en douille de Nietzsche pour laquelle j'ai l'affection, aimé à se promener près de la haute Engadine. Une espèce de Tibet suisse à près de 3000 mètres d'altitude, n'est-ce pas, entre Maloja et Saint-Moritz, près du lac de Silvaplane. Étrange langue, qui est romane, comme ça, c'est plus l'allemand, c'est pas du français, c'est pas de l'italien, c'est de l'omane romanche.
51:42 Fourmillement d'étoiles. Voilà. Donc, qu'appelles-tu ? Dois remplacer qu'est-ce que c'est ? Et je disais, la question est beaucoup plus radicale, car en disant qu'appelles-tu, je m'adresse, le tu ne s'adresse pas à un objet, le tu s'adresse à un quelqu'un. Toi, l'astronome qui interroge l'étoile, qu'appelles-tu étoile ? Comment tu distingues ça de la planète ? Et il me répondra, elle me dira, l'étoile, ça produit son énergie, et le mot devient une suite de mots. Le sujet étoile, le sujet grammatical étoile, devient un prédicat.
Mallarmé : « un sens plus pur aux mots de la tribu »
52:15 Il commence à avoir un contenu des déterminations précises, qui fait qu'on sait un peu mieux de quoi on parle, que les mêmes mots commencent à désigner les mêmes choses pour les mêmes personnes. Et surtout, même pour des personnes différentes, c'est ça l'avantage. Vous voyez, on est en train de rappeler qu'est-ce qui fait qu'on arrive à donner un sens plus pur aux mots de la tribu. Et oui, je cite Mallarmé, mais attendez, lui, il ne parlait pas de la philosophie, ni encore moins des mathématiques, Mallarmé.
52:47 Lui, il parlait de la poésie. C'est dans le tombeau d'Edgar Poe que vous trouverez ce vers. Il a fait une série d'hommages. Les hommages, c'est un genre poétique. Le tombeau, pardon, est un genre poétique. Excusez-moi. Le tombeau de Intel, il a fait le tombeau de Verlaine dans lequel il y a ce joli vers. Il est caché parmi l'herbe de Verlaine. L'herbe, c'est aussi frêle et aussi fluide que la mélodie que la musique de Verlaine. il a fait le tombeau de Baudelaire.
53:17 Il a fait un hommage à Wagner. Ce n'était pas un tombeau parce qu'il était encore vivant. Et puis, il y a ce tombeau d'Edgar Poe pour comprendre d'où vient le vers. Il faut savoir que ça lui a été inspiré, les images qu'il y a dans ce court sonnet, par la tombe d'Edgar Poe telle qu'elle existe à Baltimore. Là, on a retrouvé Edgar Poe avec un coma sans doute éthylique dans le caniveau.
53:48 Ce n'est pas sûr, mais c'est probable. Et il avait retrouvé un travail, tout ça. Il allait mieux. Il a renoncé à la boisson quand sa jeune femme, jeune femme de 15 ans, est morte. Et lui, qui avait déjà perdu sa mère, n'est-ce pas, dans l'incendie d'un théâtre, mère actrice et cantatrice, ça a été un peu trop. Il a recommencé à boire. Bref, là je m'égare. Donc, on lui a fait ce tombeau.
54:19 Il était considéré comme un poète maudit. Vous voyez, c'est un poète maudit. C'est alcoolique, sa poésie, c'est des propos d'ivrogne en termes mallarméens. Eux, eux, eux, le public, il ne comprend pas. proclamèrent très haut le sortilège bu, autrement dit, l'effet des verres de Poe, le sortilège bu, dans le flot sans honneur de quelques noirs mélanges. Comme une biture, comme on dirait en français.
54:50 Bitter, c'est amer. Elle proclamèrent très haut le sortilège bu, dans le flot sans honneur de quelques noirs mélanges. Et le monument, c'est une statue un peu grandiloquente avec un galacarco qui brandit un bras tendu avec une épée, je crois, je ne suis pas sûr, vers le ciel. Que ce granit, du moins, montre à jamais sa borne au noir vol du blasphème épars dans le futur. Et c'est là qu'il dit, eux, en parlant de la foule, qui ne le comprend pas, comme un vil sursaut d'hydre, une hydre, c'est un monstre à mille têtes, la foule, comme un vil sursaut d'hydre oyant, écoutant, « Jadis, l'ange donner un sens plus pur aux mots de la tribu, proclamèrent très haut le sortilège bu dans le flot sans honneur de quelques noirs mélanges. »
55:42 Attendez, il parle de poètes, là ! Qu'est-ce que c'est que ce sont un terme des amalgames ? On était au rapport entre comment le philosophe revient à la racine des mots de la langue par lesquelles il interroge le savant. Qu'appelles-tu étoile ? Qu'appelles-tu un nombre ? Qu'appelles-tu médiane ? Je suis sûr qu'il y a beaucoup d'entre vous qui se rappellent que ce n'est pas un hasard si le poète est intervenu.
56:14 Car j'avais conclu tout ce premier cycle où j'essayais de spécifier ce qui est proprement philosophique avec toutes les différences qu'il peut y avoir entre les philosophes, ce qui fait que c'est de la philosophie et non pas du religieux, je respecte, du scientifique, je respecte, j'admire, j'envie sur certains points, l'esthétique, etc., économique, ce qui est spécifiquement philosophique quand on le précise, on définit un champ où tout d'un coup trois personnes, où le philosophe est le troisième, le médiateur, le personnage médian d'un trio, triangle, d'un trio où il y a outre lui-même, ça fait un, le mathématicien et à l'autre extrême le poète.
57:07 Quel est le point commun des trois ? Le rapport au langage. Qu'appelles-tu ? Je vous ai dit tout à l'heure, elle en sait des choses, la langue, quand elle dit ça m'est resté en travers de la gorge. Là, elle voit très bien le rapport entre l'âme et le corps quand elle dit ça me débecte en argot, ça me dégoûte en français un peu plus correct. À chaque fois, ça rappelle que les nausées ne sont pas seulement dues à une absorption exagérée d'alcool ou d'indigestion ou qu'il peut y avoir des causes morales de la nausée.
57:48 Et que quelquefois, il vaut mieux s'éloigner de la belle-mère. Pardon, je suis dans les banalités, la belle-mère traditionnelle des caricatures. C'est un dur métier que d'être belle-mère. Je paraphrase un beau poème de Baudelaire. C'est un dur métier que d'être belle-fille. Ou d'être belle-femme. Je ne vais plus très bien. Belle-femme, pardon. Et donc, le rapport au langage fait l'unité des trois personnages.
58:18 Mais d'une manière très différente, le mathématicien, en le laissant tomber, en laissant tomber ce qui est proprement langagier dans le langage, les mots, poire, banane, étoile, planète. Vous savez qu'en astronomie, maintenant, une étoile, le plus souvent, c'est un numéro. C'est plus sûr. On sait exactement de quel astre on parle. On ne peut pas donner le douzième nom Hercule ou je ne sais pas quoi. Et puis, on a vu qu'on risquait de bafouiller avec les mots du langage courant.
58:52 Donc, quand on en arrive à la différence entre c'est matériel ou c'est un champ ? Je ne sais pas. Je vais laisser la parole à Einstein dans un petit moment. et vous verrez que ce ne sont pas des problématiques indifférentes. Donc, voilà. Et nous revenons avec cette réflexion sur le langage naturel que le mathématicien laisse tomber. Je reprends. Que le poète transforme.
59:25 C'est pour ça que ce n'est pas toujours évident la grande poésie. N'est-ce pas ? Que le poète utilise la langue de tous les jours à la différence du mathématicien. mais comme en lui faisant dire presque une autre langue comme s'il parlait un autre code. C'est ce qui faisait dire à Rimbaud que comprendre à ma parole il faut qu'elle fuit et vole. Par exemple, n'est-ce pas ? Ou ce qui fait dire à Hölderlin un siècle auparavant un signe tel nous sommes et nul de sens. Vous voyez comment on revient au signe ?
59:57 Un signe tel nous sommes. Nous ne produisons pas des signes nous sommes signe et nul de sens. Et presque j'ai oublié ce qui devait illustrer ma petite parenthèse et presque nous avons perdu notre langue en pays étranger. Là il est là au cœur de l'Allemagne il y a une belle éclaircie il y a une illumination au sens rimbaldien au sens quasi propre n'est-ce pas ? Le soleil réapparaît derrière un nuage après un orage et presque nous avons perdu notre langue au pays étranger.
1:00:34 Et puis il y a le philosophe qui est là et qui est partagé entre le mathématicien il voudrait bien mettre dans les mots la même rigueur que le mathématicien met dans les signes des algorithmes mais des signes ne sont pas langagiers au contraire qui essayent d'éviter les polysémies du langage c'est discursif c'est un discours la mathématique au prix de ne pas être un langage c'est souvent très silencieux les mathématiques et puis il y a le poète et nous voyons que tous les trois finalement sont préoccupés par les mots de la tribu quelques attitudes et quelques solutions qui apportent au problème que les mots de la tribu leur posent voilà je vais tout de même jeter un petit coup d'oeil sur l'heure parce que je ne vois pas grand chose il est 21h30 c'est bien ça si je pose la question c'est qu'en général il est 9h30 ça doit être
L'Évolution des idées en physique : les axiomes
1:01:45 l'horloge interne je ne sais pas voilà je vérifie tout de même oui c'est bien ça il est 34 donc je sais que vous allez certainement avoir beaucoup de questions à poser mais vous savez que maintenant je ne bâcle pas les réponses aux questions dans les 20 minutes ou par les temps heureux une demi-heure que je peux leur consacrer en fin de séance mais que je consacrerai d'ici le prochain atelier avant le prochain atelier avant 15 jours donc je prendrai soin de répondre dans le détail à vos questions comme on le fait maintenant depuis plusieurs séances et j'ai vu que vous étiez très attaché à ce genre d'exercice et nous aussi ça nous fait bien plaisir donc mais je par contre je voudrais qu'on se quitte sur un texte d'Einstein d'Einstein un caillou One Stone Einstein qui je suis sûr va faire couler pas mal de prochaines questions en plus de celles qu'on pose ce soir ce texte est extrait alors bien sûr c'est pas l'Einstein des équations
1:02:55 parce que là je pourrais même par rapport à la communauté scientifique de son temps il avait du mal à se faire comprendre il paraît que c'est Henri Poincaré l'immense physicien et mathématicien français qui a fait beaucoup pour rendre plus clair et vulgariser comme on dit mais au sens le plus le plus élevé le plus pointu ici les avancées d'Einstein bon nous nous égarons pas donc ça c'est un ouvrage destiné au grand public qui s'appelle l'évolution des idées en physique comme vous le voyez c'est une espèce de parcours un peu diachronique comme on dirait c'est pas historique des transformations fantastiques qu'a subie la physique depuis son apparition avec Galilée et sa culmination à la physique classique avec Newton puis avec l'apparition des disciplines électromagnétiques pour aller rapidement et périodiques et bien sûr les grands craquements du début du XXe siècle qui sont plus que des révolutions la théorie de la relativité restreinte puis générale
1:04:05 et bien sûr en dernier lieu la théorie des quantas tout ça dans sa mouchoir de poche je veux dire dans les 15 premières années du XXe siècle l'essentiel de la théorie de la relativité et des travaux qui tournent autour de Max Planck ou de Heisenberg Heisenberg un peu plus tard mais il faut dire c'est dans sa mouchoir de poche je m'attarde un peu là parce que je déplore souvent je m'étais entretenu avec les chercheurs qui sont au CERN à Genève je veux dire il me semble comme ça moi je suis un profane donc je ne me fie pas à ce qui m'apparaît il me semblait qu'il y a bien longtemps qu'il n'y a plus cette progression foudroyante comme une courbe comme ça des avancées scientifiques comme il y en a eu entre Galilée à Max Planck par exemple en passant par Newton Einstein etc et j'en passe parmi les plus grands et je pensais dire une bêtise qu'il allait me détromper parce que dans le grand public on vous fait croire à chaque fois que jamais il y a eu autant de bouleversements qu'on fasse les technologies
1:05:16 c'est pas l'application pratique et quand vous pensez par exemple qu'un tube cathodique sur lequel on n'aurait jamais pu rendre utile ce qu'on appelle un simple écran de télévision je parle des écrans de télévision les plus classiques n'est pas sans aller chercher les numériques les tubes cathodiques et la reproduction de l'image à distance pour y arriver il a fallu utiliser des modèles mathématiques qui empruntent à une catégorie de nombre qu'on appelle les nombres complexes sauf que les nombres complexes ils ont été modélisés dès la fin du Moyen-Âge par un Italien qui s'appelait Bombelli avec deux L c'est vrai que la théorie il y a très vite était ce qu'on appelle saturé en mathématiques c'est à dire qu'elle a atteint sa quasi perfection très tôt autrement dit ça a été formulé par un mathématicien qui n'imaginait pas du tout qui aurait un jour des applications pratiques en tout cas pas celle-là lorsqu'il a élaboré lui il avait besoin simplement d'étendre sa théorie du nombre pour des raisons strictement internes mathématiques donc voilà l'évolution des idées en physique je vous renvoie ça existe en format de poche
1:06:26 je vous conseille de vous le procurer plus de commentaires je lis les concepts physiques sont de libre création de l'esprit humain et ne sont pas comme il semble surtout quand on écoute la télévision les plateaux télé et le néo-positivisme envahissant et ne sont pas comme il semble c'est Einstein qu'il parle seulement déterminé par le monde extérieur on dirait évidemment un mathématicien mais lui c'est pas un mathématicien c'est un physicien d'accord c'est la pensée ce sont les idées qui sont à l'origine de toute théorie physique les mathématiques ont un caractère de certitude absolue simplement par le fait que l'on s'accorde sur et il commence par l'exemple que j'aime souvent prendre ce que Euclide appelait des demandes les notions primitives les définitions les axiomes les postulats ces propositions non démontrées qui sont au départ de toute modélisation mathématique et comme toutes les autres sciences dures c'est la mathématique appliquée sinon c'est pas vraiment des sciences tout repose sur ces notions premières mais qui ne sont pas
1:07:36 démontrées mais sur lesquelles il faut qu'on s'accorde or pour qu'on s'accorde il faut qu'on soit plusieurs sujets voilà ce qui est au fondement de la rigueur mathématique on croit qu'on est dans la pure objectivité oui au sens kantien objectivité au sens que c'est valable pour tous les sujets mais non pas au sens qu'on parle d'un objet c'est pas c'est une relation entre sujets je te demande de m'accorder que par un point dans le même plan ne peut mener qu'une parallèle une parallèle et une seule à une droite le fameux postulat d'Euclide par exemple je te le demande si tu ne m'accordes pas je ne pourrais pas continuer voilà je continue le texte d'Einstein les mathématiques ont un caractère de certitude absolue simplement par le fait que l'on s'accorde sur les propositions fondamentales axiomes les axiomes ainsi que sur les méthodes à suivre pour déduire de ces propositions fondamentales d'autres propositions les règles du calcul algébrique en gros ici surgit alors attention parce que ça c'est du grand Einstein parce que pour l'instant il résume un peu le développement
L'énigme : pourquoi les mathématiques s'appliquent au réel
1:08:47 des sciences là on passe à la philosophie ici surgit une énigme il ne parle pas des solutions apportées par les mathématiciens mais au cas il y a une énigme que posent leurs solutions surgit une énigme qui de tout temps a fortement troublé les chercheurs mais les plus grands comment est-il possible que les mathématiques qui sont issues de la pensée humaine indépendamment de toute expérience il n'est pas empiriste là Einstein et qu'on ne vienne pas au nom d'un pseudo-marxisme me dire je te vois venir tu vas faire la critique de l'expérience de l'empirisme tu vas sombrer dans l'idéalisme donc je rappelle que Lénine qui était un acharné anti-idéaliste qui ne lâche pas le morceau à ce niveau-là jamais et pour cause à la différence de Marx il s'attarde peu sur la question sauf dans cette période de jeunesse Lénine lui il était au combat politique il savait à qui il avait affaire mais Lénine son ouvrage le plus référencié
1:10:00 dans le domaine de la réflexion sur les sciences matérialisme et empirio-criticisme s'oppose précisément à l'empirio-criticisme c'est pas l'empirisme c'est pas une doctrine digne de quelqu'un qui se réclame de Lénine voilà laissons tomber parce qu'il y a certainement des auditeurs qui ne se réclament pas de Lénine après tout mais rappel je répète l'énigme voilà comment il faut la formuler comment est-il possible que les mathématiques qui sont issues de la pensée humaine indépendamment de toute expérience s'appliquent si parfaitement aux objets de la réalité bon sens je construis des trucs des modèles comme ça purement logiques dans ma tête je vais être plus précis dans un instant et voilà que je finis par rendre l'homme maître et possesseur de la nature par simple application de ces modèles n'est-ce pas aux choses alors que je les ai obtenus sans référence à aucune chose comment est-ce possible c'est ce qu'on appelle le paradoxe épistémologique Einstein le résume souvent d'une manière plus elliptique mais très claire en disant
1:11:10 l'important écoutez retenez bien cette formule elle n'est pas de moi je peux vous permettre de vous la recommander l'important n'est pas que nous puissions connaître le monde quelqu'un comme Einstein il sait ce qu'il faut faire pour connaître la nature la phusis l'important le plus étonnant c'est pas le plus important le plus étonnant ici il dit troublant n'est pas que nous puissions connaître le monde mais que le monde soit tel qu'on puisse le connaître qu'il se laisse aussi facilement n'est-ce pas dominé par des modèles issus de la spéculation la plus éloignée de la donnée extérieure le plus étonnant n'est pas que nous puissions connaître le monde j'enfonce le clou mais que le monde soit tel qu'on puisse le connaître vous voyez le grand avantage il dit que ça c'est de la philosophie pourquoi ?
1:12:04 parce que là Einstein pose un problème fait surgir une problématique lui il peut parce qu'il a apporté des solutions c'est pas quelqu'un qui pose des problèmes pour justifier qui a rien à faire pour comme dit Rimbaud qui a fait ma langue perfide tellement qu'elle est jusqu'ici sauvegardée ma paresse sans me nourrir pour vivre plus oisif que le crapaud non non lui il peut se permettre tout d'un coup de dire comme il a couvert considérablement le champ de ce qui n'étonne plus depuis lui il en a donné des exemples d'explications en particulier la loi d'équivalence de la matière et de l'énergie sa formule la plus célèbre mais aussi bien par sa conception du mouvement comme étant un effet d'une courbure de l'espace pour ne nous égarerons pas ça il a couvert un champ mais comme tout champ il arrive à ses limites c'est à dire là ce qui le trouble ce qui reste un mystère c'est comment ça se fait que ça marche comment ça se fait que bien après la mort d'Einstein il y a eu plein d'expériences qui ont confirmé en particulier avec les observations
1:13:15 faites sur la trajectoire de Mercure de la planète Mercure qui passe tout près du soleil et Einstein avait prédit que la masse du soleil courberait la lumière à part en ligne droite je ne sais pas qu'elle met plus de temps que ne prévoyait qu'elle aurait prévu des modèles newtoniens par exemple qui s'est placé dans un espace plan parce que là il fallait de curvilignes voilà je simplifie énormément et donc les retards ou les constatés sur les prévisions la réapparition de Mercure après sa rotation autour du soleil ce retard sont dus à la courbure imposée par la masse la gravitation l'énorme masse du soleil à cette planète qui est tout près qui en est tout près mais Einstein a déduit que ça devait être comme ça sans l'avoir jamais observé c'est pas une expérience qu'il lui a appris deuxième exemple n'est-ce pas celui qui est le russe qui est à l'origine dans toutes les classes de chimie il y a un tableau de Mendeleïev
Mendeleïev et Kant : savoir avant d'aller voir
1:14:25 un tableau de la classification périodique des éléments qui suivent un ordre depuis l'atome qui a le moins d'électrons parce que tout atome combine noyau et électron mais pas dans les mêmes quantités l'atome d'hydrogène le plus simple jusqu'à n'est-ce pas les atomes qui ont des centaines d'électrons en matière radioactive en particulier uranium tous les éléments présents dans l'univers les corps fondamentaux dans tous les autres corps sont composés ainsi l'hydrogène et l'oxygène qui composent l'eau que nous buvons et ou l'air que nous respirons pas dans les mêmes proportions ces éléments-là sont dans le tableau de Mendeleïev mais voilà qu'il avait laissé des cases vides parce que il y avait des c'est purement mathématiques sa classification périodique ça s'appelle une analyse combinatoire mathématique vous savez on est 5 à table
1:15:35 combien il y a de combinaisons possibles de qui à gauche de qui à droite de qui en face de qui vous voyez et il y a d'autant plus de combinaisons qu'on est nombreux vous savez factoriel 3 factoriel 4 factoriel 5 ça se symbolise par un point d'exclamation donc c'est comme ça qu'il était arrivé à des combinaisons d'atomes à un nombre d'atomes qui ne correspondait à aucun corps expérimentable dans le monde connu d'alors qui était déjà considérable et bien ils ont été découverts au-delà du système solaire au-delà pardon au-delà de la terre ils ont été découverts astronomiquement plus tard leur existence a été confirmée qu'ils sont venus remplir les cases vides prendre leur place dans les cases laissées vides là encore une fois la puissance du cerveau humain la rigueur théorique permet de prendre une option d'avance sur le réel savoir avant d'aller voir ça ne veut pas dire qu'il ne faut pas aller voir et là je ne veux pas trop consommer le temps qui nous reste mais la phrase de Kant
1:16:45 reste d'une parfaite actualité qui renvoie dos à dos l'empiriste idiot et l'idéaliste qui ne veut rien savoir d'expérience s'il est vrai que toute notre connaissance débute avec l'expérience Kant n'est pas idiot sans expérience au départ sensible sans machin il n'y a aucune connaissance possible s'il est vrai que attention il y a un si que toute notre connaissance débute avec et il souligne le mot avec en majuscule dans une certaine traduction cela n'implique pas que toute notre connaissance dérive de souligner l'expérience ne confondez pas avec la corrélation et de la cause la raison humaine ne peut-elle donc sans l'aide de l'expérience par sa seule activité pensante découvrir les propriétés des choses réelles nous constatons avec évidence combien sont vous voyez comme les mots nous piègent dans l'évidence il y a vidéo alors qu'il est en train de critiquer l'expérience visuelle nous constatons avec évidence combien sont dans l'erreur les théoriciens de la connaissance qui croient que la théorie
Induction, déduction : contradiction suppose diction
1:17:55 vient par induction de l'expérience je le dis pour ceux qui sont habitués à la rigueur de ces mots-là que l'induction est le contraire de la déduction l'induction c'est ce qui me fait aller du particulier vers l'universel je vois un pommier je vois un cyprès je vois un baobab je vois un figuier et je laisse tomber les différences je regarde ce cadre commun les racines un tronc des branches et je fais le concept d'arbre j'induis ces différentes expériences m'induisent à formuler le concept je pars du particulier de l'expérience de chacun de ces arbres vers le concept on verra que c'est pas si simple mais enfin grosso modo alors que la déduction c'est qu'on part de quelque chose qu'on sait comme déjà être vrai par exemple de la définition d'un cercle le rayon des points équidistant d'un même point appelé centre etc.
1:18:49 je peux déduire comme un théorème que tous les rayons d'un cercle sont égaux sinon je me contredis équidistant veut dire à la même distance que donc les rayons sont égaux ça c'est la déduction c'est à dire formuler un énoncé que je ne peux déclarer faux sans contredire celui qu'on m'avait déjà accordé comme vrai auparavant donc là il ne s'agit plus d'être d'accord avec le monde extérieur de voir si je dis bien ce qui se passe si j'observe bien si je suis attentif à ce qui se passe il s'agit d'être attentif à ce que je dis ou ce que j'écris ça revient au même à ce que je formule pour fuir au maximum et on revient au langage la contradiction sans laquelle les mathématiques ne seraient pas apparues sans la négation de laquelle sans le refus de laquelle les mathématiques ne seraient pas apparues vous pouvez faire toutes les hypothèses que vous voulez tous les modèles mathématiques pourvu qu'ils soient cohérents si vous préférez le contraire de contradictoire vous savez ces longues chaînes de raison je l'ai souvent cité de Descartes je ne reviens pas par contre j'ai dit que j'y reviendrai et là j'y suis la non-contradiction
1:20:00 nous ramène au langage pour qu'il y ait contradiction pour savoir s'il y a ou non contradiction il faut bien qu'au préalable il y ait une diction donc c'est entre des énoncés qu'on peut décider qu'il y a ou non contradiction là nous ne sommes pas dans le réel dans la physique nous sommes dans la logique le logos le corps soliloque monologue je parle on est dans le monde des mots et on est en train de dire attention accordons les violons voilà que les mots se rapportent à des choses ou pas c'est autre chose je peux dire un château qui a un million de pièces en a deux fois plus qu'un château qui en a 500 000 il n'y a aucun château cette sorte qui existe mais la phrase ne comporte aucune contradiction elle est impeccable du point de vue logique ne confondez pas la logique et le physique Aristote nous rappelle toujours à cette distinction kata logon, kata physin ce qui est vrai dans l'ordre logique et ce qui est vrai dans l'ordre physique mais voilà que cette distinction tout d'un coup est brouillée par l'extraordinaire succès des sciences dures
1:21:10 succès dans leur application et vous comprenez mieux maintenant le paradoxe épistémologique et ce qui trouble tant et tant il faut être ignare pour nous dire mais non quoi c'est normal on fait des expériences et puis voilà on arrive à des lois et donc c'est normal on a bien étudié le réel donc on peut le dominer mais non c'est pas comme ça qu'on s'y est pris on n'a pas regardé le réel on a fait attention à ce qu'on disait ça a commencé comme ça ce sont des lois du langage qui commandent les objets qui nous environnent attendez il y a un problème c'est ce problème que soulève Einstein voilà je voulais vous laisser sur ce problème on va pas le résoudre j'ai pas pris position je vous montre que l'un des plus grands savants du monde contemporain n'hésite pas à le poser et c'est toute sa grandeur l'extraordinaire n'est pas l'extraordinaire le plus étonnant selon les traductions n'est pas que nous puissions connaître le monde mais que le monde soit tel que des énoncés déduits de pures de pures contraintes logiques s'imposent au monde extérieur que le monde des mots s'impose au monde des choses lorsque ces mots
1:22:20 suivent un ordre voilà et bien j'espère qu'il y en a qui vont dire là c'était quand même plus sympa le ring là il se passait plein de choses quand même je veux dire je suis sûr qu'il y en a pour qui le feuilleton épistémologique prend de plus en plus un tour policier qui me réjouit pour ma part et vous allez voir que nous n'avons pas fini de chercher les pièces à conviction et nous aurons des textes au moins aussi passionnants la prochaine fois je vous remercie en tout cas je remercie bien sûr la régie Pierre-Alain les textes qui nous a projetés ça m'aide énormément ça vous aide encore plus et je vous dis à la prochaine fois et n'oubliez pas que vous pouvez revoir notre dernier épisode du crépuscule des dieux sur notre chaîne youtube vous serez agréablement surpris de retrouver une splendeur sonore que cette œuvre mérite bien voilà à la prochaine fois et je vous en remercie
1:23:31 d'avance et à nos prochaines rêveries analytiques avant quand même avant qu'on se quitte je voudrais insister je l'ai dit un peu de manière allusive au début je ne voudrais pas vous quitter avant de vous rappeler que nous aurons prochainement je ne peux pas vous dire une date il n'y a pas un peu mais c'est très prochain c'est une question de petites semaines nous aurons un entretien où là c'est pas moi qui tiendrai le rôle principal je poserai des questions je veux dire à des chercheurs qui sont parmi les plus brillants représentants des disciplines qui sont aux avant-postes de recherche en intelligence artificielle entre autres voilà vous voyez à la prochaine fois et en particulier à notre camarade et adhérent et membre de notre association Christophe Denis que je remercie de bien vouloir s'impliquer dans cette belle aventure à la prochaine fois merci pour tout bon merci