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Reprise du plan et de la lecture comparée Angélique-Aurélia
0:00 Bon alors tout d'abord, tu auras peut-être dû commencer par là Thomas. Tout d'abord, bonne année. Mais Thomas est quelqu'un de bien qui va directement à l'essentiel sans fioriture. Oui, merci de votre fidélité et puis bon, je vous souhaite ce que je souhaite à tous ceux que j'aime bien, c'est-à-dire, je vous dois bien ça, c'est-à-dire d'avoir une année, une année nouvelle, au moins meilleure. C'est une inéquation, je ne me plante pas là, c'est une relation d'ordre. Une nouvelle année au moins meilleure que la meilleure de celles qui ont précédé.
0:33 Cool. Vous risquez pas grand-chose avec ça. Voilà. Et encore merci de votre fidélité. Très rapidement, j'ai donc une fois de plus terminé en queue de poisson la dernière fois, un peu pressé. Et j'ai donc décidé de garder le même plan, puisque si vous y avez eu accès la dernière fois, que celui qu'on vous avait distribué en décembre 2017. Mais pas avec le même traitement. Le début du plan que je vais relire. Le début du plan, je vais le reprendre et le résumer.
1:13 On ne peut pas répéter, on va perdre trop de temps, parce que ça, je l'avais quand même développé la dernière fois assez longuement, presque trop longuement. Par contre, justement, dans la mesure où j'avais consacré peut-être presque trop de temps au développement des premiers items, il y en a quelques-uns qui étaient inscrits sur le plan et que je n'ai même pas abordé. Je les lis ici uniquement leurs titres. Les enjeux de la question téléologique et puis les deux acceptions du concept de hasard.
1:46 On va traduire tout ça en français après. Et ça, c'était la fin, la première partie, que je n'ai pas pu aborder aujourd'hui. Et enfin, il y avait une deuxième partie où il serait peut-être temps, reprise de la lecture d'Angélique, n'est-ce pas ? Après cette grande pause philosophique qu'on fait depuis maintenant quasiment deux séances. Mais on n'est pas en feuilleton littéraire, comme vous le savez. Et je vous rappelle tout de même, le plan, en précisant d'emblée quelque chose, ce n'est pas un plan strictement chronologique.
2:26 Il l'est grosso modo. Mais enfin, il est possible que quelquefois je traite le troisième item avant le second. Ce n'est pas bien grave. Cette fois, on couvre tout. Alors, le plan de la dernière fois, et que je reprends donc aujourd'hui, s'énonçait comme ceci. D'abord, élargissement du palier philosophique atteint lors de la dernière session. À ce moment-là, la dernière session, c'est celle où nous avons procédé à la lecture comparée quand il voit les petites filles chanter sur la direction d'une plus grande, devant la cathédrale de Senlis, en une fin d'après-midi d'automne.
3:03 Et on a comparé ce texte-là, texte en prose, extrait donc d'Angélique dans Les filles du feu, et de cette nouvelle qui est donc parue en feuilleton, je vous le rappelle, dans un journal, avec un ton assez journalistique dans l'ensemble, de le comparer avec tout le contraire, un texte issu des angoisses, des plus grandes angoisses de Nerval, de cet écrit arraché aux crises de folie, qui a pour titre Aurélia, et qu'il avait encore dans son manteau lorsqu'on l'a retrouvée d'ailleurs pendue, et que texte admirable, que les surréalistes admiraient beaucoup, parce qu'on y voit de l'onirique ou l'écriture automatique à l'état pur, puisque c'est le compte-rendu, la mise par écrit, j'essaie de parler de manière la plus banale possible des fantasmes, je n'aime pas beaucoup ce mot-là, et qu'on emploie à tort et à travers, qui le terrassait pendant ses séjours à la clinique du docteur Émile Blanche, qui a une rue dans le 16e arrondissement de Paris.
4:05 Eux, on voit bien ça, puisque c'est lui qui a dit à Nerval, si ça peut vous soulager de mettre par écrit vos obsessions, n'hésitez pas, et c'est à lui qu'on doit Aurélia, finalement. Ce n'était pas évident à l'époque. A l'époque, c'était plutôt des traitements où si vous n'étiez pas fou en entrant, vous étiez sûr de l'être en sortant. Je sais qu'il y en a qui s'intéressent à Bruckner, ici. Grand symphoniste post-Wagnerien, si vous ne connaissez pas Bruckner. Ce n'est pas grave, mais c'est un manque. C'est des symphonies interminables, mais avec des moments sublimes.
4:35 Et Bruckner, il y a un film, un documentaire qui a été fait sur lui, où on le voit, alors c'est filmé, parce que c'était le début des premières caméras, dans les années 1903-1904, comme ça en Autriche. Le pauvre vieux, on leur faisait passer des bains bouillants, puis des bains glacés, puis des électrochocs. Je vous dis, si vous n'étiez pas fous en entrant, vous êtes sûr de l'être en sortant. Voilà. Bref. Donc, on avait comparé ces deux textes qui n'ont rien à voir, dans des contextes différents, et c'est ça le grand acquis qu'on a eu de cette lecture comparée, si on s'est aperçu que les deux textes disaient la même chose d'une manière inverse, exactement comme il n'y a rien qui me ressemble plus que mon reflet dans le miroir, au niveau de l'apparence en tout cas, sinon que tout y est inversé.
Senlis : il ne reste qu'une fonction symbolique
5:24 Et qu'on avait vu que dans le texte d'Angélique, qu'on croyait être un texte réaliste, entre guillemets, puisqu'écrit au cours d'un reportage journalistique, dans la bonne ville de Senlis, dans l'Oise, tout ça existe, on n'est pas dans l'imaginaire, et qui s'inscrit dans la chronique de la recherche d'un livre envoyé à un journal pour un feuilleton, on pensait que quand il voit des jeunes filles, c'est qu'il voit des jeunes filles, quand il voit une cathédrale, il voit la cathédrale.
5:54 Et on s'est aperçu que, et je voudrais bien insister là-dessus, plus aujourd'hui que les fois précédentes, que tout ce réel s'est évaporé, et qu'il ne reste qu'une fonction symbolique. Je veux dire par là que l'église de Senlis, qui existe une des plus belles cathédrales de la chrétienté, les ruines romaines de Senlis existent. Mais la manière dont Nerval les couche par écrit, c'est-à-dire le fait que les jeunes filles, que la petite fille se met à chanter d'une voix faible, sous une lumière déclinante, lumière du coucher de soleil, au parage du 1er novembre, de la fête des morts, donc au déclin de l'année, que tout ceci n'a plus rien à voir avec le réel.
6:38 Alors ça ferait des coïncidences ahurissantes, n'est-ce pas, un ensemble de hasards qui n'arrivent jamais. En fait, ce qui compte ici, ce n'est pas les sujets, je deviens rigoureux en logique, ce n'est pas les jeunes filles, les fortifications romaines et la lumière, c'est les attributs, c'est que la lumière est déclinante, les jeunes filles ont la voix faible, l'année est en train de tourner à l'automne, ou plutôt à l'hiver, puisque le 1er novembre, c'est la fin de l'automne déjà, voilà, donc je veux dire, si on ne prend que les attributs, c'est la même chose qui se répète à chaque fois.
L'or de la mer au couchant : le concept de surface
7:13 Donc le réel a disparu. C'est ça que je voudrais reprendre aujourd'hui, pour vous faire mesurer l'enjeu de la comparaison à laquelle nous avons procédé. Et pour ça, je vais prendre un petit détour par un exemple qui devrait parler à tout le monde. Dans cet exemple, je vais approfondir le concept philosophique de surface. Je vous l'annonce avant, parce que je ne l'avais pas fait la dernière fois, et c'est une manière de synthétiser tout ce qu'on a vu sur cette comparaison des deux textes.
7:45 Là, devant moi, je n'ai pas affaire qu'à une surface. Il y a la profondeur, etc. Il y a une dimension qui a été restituée par les peintres sous le nom de perspective, n'est-ce pas, qui est illusoire en peinture, mais qui est bien réelle, dans la réalité empirique. Pourquoi je fais ce rappel ? Parce que quand je passe au domaine esthétique, maintenant, je n'étais pas là, je parlais de la salle. Vous êtes beaux, ce n'est pas la question.
8:15 Mais je parle de l'esthétique au sens philosophique, c'est-à-dire le sensible. Vous savez, anesthésie, on supprime les sens. C'est ça, l'étymologie. Lorsque dans le champ esthétique, et cette fois au sens artistique du terme, où il est question du beau, je dis quel magnifique coucher de soleil sur la mer. Voilà mon exemple. Je suis en train de parler de quoi ? Je suis en train de parler d'une espèce de couleur, vous savez, comme ça arrive quelquefois dans de très beaux crépuscules, une espèce d'or liquide.
8:49 La mer semble charrier de l'or en fusion. C'est magnifique. Alors là, on fait une expérience, expérience mentale, comme on dit, on n'a pas besoin de se déplacer dans un labo pour la faire. Vous prenez un verre, imaginez que nous prenions un verre, un verre à boire, et qu'on aille prendre dans l'or liquide, pour en avoir un petit peu chez soi. Oh, surprise, à peine on ressort le verre, plus d'or, transparent, vous êtes d'accord, l'eau de mer. Elle n'est pas dorée, l'eau de mer.
9:20 On avait affaire à une surface. On y arrive, t'as dit quoi ? Oui, oui, mais justement, les illusions ont besoin d'une surface. Toi qui connais bien le cinéma, on est dans l'illusion, quand on est dans les salles obscures, oui ou non. On croit qu'on a affaire à Gary Cooper, alors que non, c'est son image. Je dis Gary Cooper, pardon, il devait y avoir des références plus récentes. Non, mais c'était l'idole de ma mère, alors. Voilà, au cinéma, tout est illusoire, comme au théâtre.
9:51 Quel est le terme générique qu'on prend pour l'art théâtral ? On dit qu'on va assister à une ? Bravo, une représentation. Ce qui prouve qu'il n'y a pas de présent. Les choses n'ont pas la véritable présence, elles sont représentées. De même qu'un ambassadeur, le pays n'est pas là. C'est parce que le pays n'est pas là qu'il a un représentant. Un Botschaft, comme on dit en allemand. Mais oui. C'est important, je creuse les concepts.
10:21 Une illusion. Oui, on avait l'illusion que la mer était dorée. Non. Alors, qu'est-ce qui est doré ? Alors, soyons sérieux, matériellement. Ce n'est pas l'eau, ce n'est pas le ciel, c'est le contact des deux. Vous êtes d'accord ? On est dans le néant. Matériellement, ça n'existe pas. Cette mer dorée, voyez ? C'est un lieu de rencontre entre une réalité, l'atmosphère, le ciel, le ciel qui est illuminé par le soleil couchant, et la mer qui est, ça, comme ça, incolore.
10:55 Je ne dis pas insipide, c'est l'eau de mer. Et c'est le contact des deux qui fait cet or liquide. Vous voyez, on a approfondi la notion de surface. Je n'ai pas fini avec cet exemple, mais je commence par celui-là, parce que pour vous faire mesurer, c'est un peu angoissant, que la plupart du temps, ce sur quoi nous investissons, c'est en fait sur des surfaces. Parce que moi, je suis le premier à être très sensible à un beau coucher de soleil sur la mer. Enfin, je ne suis pas le dernier. D'accord ? Je ne veux pas être le premier.
11:25 Je ne suis pas le dernier. Donc, je suis comme tout le monde. Je suis très sensible à ça. Mais il faut savoir que ce qui m'intéresse n'est pas là. Ce que j'ai à faire là, c'est une évocation, une représentation. Vous voyez que Platon, c'est très fort. Ce qu'on voit sur le fond de la caverne, c'est une image de quelque chose qui est ailleurs. D'accord ? Pourquoi les textes se rapportant à un coucher de soleil, puisque je parle de coucher de soleil sur la mer, ou à l'automne, sont plus mélancoliques que les textes qui se rapportent au printemps ?
11:55 En général, statistiquement, comme dit la chanson de Jacques Brel, c'est dur de mourir au printemps. Ça arrive aussi. Vous connaissez Le Moribond. Je crois que ça s'appelle cette chanson-là. C'est dur de mourir au printemps, ce que c'est. C'est génial, elle parle de cette chanson. On ne les écart pas. Pourquoi statistiquement ? Parce que c'est le moment du déclin, de la mort, de mort douce, l'automne, mais quand même. Alors, qu'est-ce qu'on est en train de dire ? On est en train de dire qu'on est dans le symbole. Alors, on croit être dans le réel, on est dans le symbole.
12:28 D'accord ? C'est plus mélancolique qu'un coucher de soleil sur la mer qu'un lever de soleil sur la mer Tyrrhénienne. C'est la mer qui est entre l'Italie et la Corse. Si vous avez jamais vu un lever de soleil là-dessus, il vous manque quelque chose. On peut dire ça de partout. Les japonais nomment bien eux-mêmes l'empire du soleil levant. Ils ont bien raison. C'est d'ailleurs leur drapeau. Et les chinois, l'empire du milieu. Il faut bien un milieu entre les extrêmes. C'est intéressant, ces notions. Nerval appelait la Chine, l'Allemagne, les pays germaniques, la Chine de l'Europe.
13:02 Parce que c'est l'empire du milieu, les pays germaniques, entre le monde slave, et nous, les pays développés, les anciens, les vieux états-nations sans complexe. Mais qui passent leur temps à donner des complexes aux autres. Entre les deux, il y a des querelles d'Allemands, comme on disait en histoire. Querelles pour rien, des querelles d'Allemands. À l'époque, l'Allemagne était divisée en 600 états, l'Autriche, tout ça. C'était un peu pareil à l'époque. Et l'empire du milieu, c'est intéressant. Parce qu'on va reparler du milieu.
13:33 On a affaire à une illusion. On dit, on a envie d'y aller, de se baigner dans cette mer dorée. C'est attirant. Vous avez déjà été avec une copine, je parle aux messieurs, en promenade. On y va, elle dit, on y va. Elle ne comprend pas que c'est une illusion. Passons. Intéressant. Ça peut être l'inverse. Ça peut être le mec qui dit, on y va, et là, qui en aura le bol de se taper un coucher de soleil à chaque moment. Bref, passons. C'est les couples, quoi.
On aime une surface : l'écorché et Perceval
14:03 bon, premier, deuxième exemple. J'avais des élèves en Afrique, j'en parle souvent, parce que j'ai beaucoup aimé enseigner dans des pays où il n'y a pas de background culturel partagé, donc on est obligé de mettre les choses à zéro, à plat, on ne peut pas se prévaloir d'un corpus commun, ce qui est extrêmement formateur pour l'enseignant. Je dis ça parce que je leur dois beaucoup. Donc, je me rappelle que j'avais des jeunes filles, les pauvres, elles étaient en PSEC.
14:34 Ça ne vous dit rien, vous, les PSEC, BAC secrétariat. C'est les pauvres gamines qui n'avaient pas réussi l'enseignement général, qui ont quand même été à l'équivalent d'un cours Pigier qui était sanctionné par un BAC, en gros, misonnette, dactylographie, vous voyez ce que je veux dire. Je n'allais pas leur parler de la différence entre l'apagogique et l'ostensif chez Kant. Je répondais à leur question. Monsieur, pourquoi les femmes françaises prennent la pilule ? Bon, voilà, je veux dire, sociétaux, comment dire. Et un jour, je leur demande, puisqu'on parlait surface, j'y arrive, qu'est-ce que vous aimez dans votre petit copain ?
15:11 Alors, bien sûr, encore, elle répondait, monsieur, tout. Oui, je m'y attendais. Ah ben, puisque vous aimez tout, moi, je ne vais pas enlever grand-chose. Je vais enlever juste la peau. Comment ça, c'est méfiante, là ? Non, non, mais, juste un millimètre de peau, de sorte que votre copain ressemble à l'écorché de la classe de biologie à côté. Ah, le recul d'horreur de la classe, bien sûr. Ah, monsieur, mais la philosophie, c'est vilain, hein ? Vous me dites que vous aimez tout, j'ai presque rien enlevé, vous aimez déjà plus.
15:41 On aimait une surface. Vous voyez mon deuxième exemple ? Et je creuse. Ce contradictoire, une surface, justement, il n'y a pas de creux. Mais je creuse intellectuellement. Cette surface, on ne la laisse pas telle qu'elle. On met des surfaces dessus. Du bronzage, du cosmétique, du fond de teint. Je ne plaisante pas. Ah, tu es blanche comme un cachet d'aspirine. C'est important, ces histoires, vous voyez, quand il n'y a pas de surface sur la surface. Quand il n'y a pas les roses sur le lys, comme on dit dans la poésie médiévale, quand la fille rougit.
16:15 C'est beau, ça. Rappelez-vous quand Perceval le Gallois dans l'admirable Conte du Graal de Chrétien de Troyes arrive en vue de trois taches de sang sur la neige et qu'il est fasciné qu'il reste des heures au point de ne pas voir qu'à la cour du roi Arthur qui est là en campagne en déplacement dans la neige et qui trouve mal élevé qu'un chevalier qui ne vient pas saluer le roi qui est là contemplé on ne sait pas quoi parce qu'on le voit de loin et on ne voit pas qu'il est en train de contempler les trois gouttes de sang sur la neige parce qu'il vient de blesser et comme il dit quelque part je tire au vol tout ce qu'il vole il a blessé un oiseau blanc une merlette un oiseau blanc vous voyez qu'Albatros de Baudelaire il a un grand passé derrière lui n'est-ce pas pour ceux qui connaissent la poésie anglaise il y a l'extraordinaire ballade du vieux marin de Coleridge où le narrateur le vieux marin qui arrive toute cette histoire qui dure plusieurs pages n'est le plus beau poème qui soit est condamné et culpabilisé parce que avec mon arbalète j'ai tué l'oiseau qui faisait souffler la brise et cet oiseau c'est un alba blanc un albatros ça en fait des tours des oiseaux blancs sans blanter et tout ça bon et donc
17:25 on lui envoie des délégations pour lui dire de venir saluer le roi ça ne se fait pas au Moyen-Âge on a la tête près du bonnet comme de Gaulle aimait dire des français la colère vient vite et à chaque fois il est contemplé il voit un galop arriver près de lui il prend sa lance plup roman arthurien l'autre se casse la gueule complètement une clavicule cassée suivant il en démonte deux ou trois jusqu'à ce que Gauvain qui est le modèle du bon chevalier qui est le chevalier modèle dit au roi Arthur Sire si vous me permettez je vais lui parler c'est peut-être quelqu'un qui a fait un vœu de silence il ne faut pas le brusquer il va lui parler il s'arrache à sa rêverie et il dit ça me rappelait les roses sur les joues de ma mie c'est les surfaces de ça mais enfin sa mie je lui enlève un millimètre comme à mes classes de psec là je vais dire il en aurait horreur c'est terrible alors c'est où l'intériorité c'est quand même pas les tripes vous voyez tous les problèmes qui se soulèvent qui ont l'air simples et qui ne le sont pas du tout dès qu'on aborde le problème de la surface or pourquoi j'ai fait ce long développement sur la surface parce que nous avons découvert
L'écran de l'imaginaire et le rêve écran
18:35 dans notre comparaison que Nerval ne s'occupait pas de ce qu'il y a autour de lui en profondeur mais uniquement de ce qui apparaît autrement dit il projette sur cet écran je reviens à la métaphore du cinéma le cinéma c'est une projection d'illusion le projecteur derrière moi je ne sais pas si ça se passe encore comme ça et voilà voilà mais il faut bien qu'il y ait voilà un écran quelque chose comme ça pour la recevoir il faut bien qu'il y ait une surface sans quoi ça se perdrait dans l'infini on est bien d'accord et bien cette surface dont j'ai besoin ça peut être la surface de vos rêves nos rêves m'arrive aussi de rêver et je pense surtout aux rêves de ceux qui disent moi je ne rêve jamais c'est ceux qui rêvent le plus mais ils veulent pas le savoir ils verrouillent dès le matin dans l'amnésie ils doivent faire des rêves terribles c'est vrai tout ce qu'ils peuvent dire c'est que je ne me souviens pas d'avoir rêvé ils ne disent pas ça ils disent ah moi je reviens je relance un peu cette petite parenthèse sur l'onirique mais Freud dit que il y a des rêves du petit matin qui sont faits exprès
19:45 pour faire écran aux rêves de la nuit c'est pas ? les rêves du petit matin qui sont souvent assez agréables enfin quand on a eu un bon sommeil juste avant d'aller travailler on profite des dernières secondes du sommeil c'est malin le rêve quand même je peux rêver que les cloches sonnent le village etc est en fête et tout en fait c'est le réveil matin qui sonne mais comme je veux jouer les prolongations et gagner quelques minutes mon rêve me fait croire que c'est pas le réveil que c'est les cloches ça vous est arrivé c'est malin c'est toujours ça que les boches n'auront pas comme on dit en français on a gagné quelques minutes de sommeil voilà la même astuce fait que si j'ai fait des rêves pénibles et qui me mettent trop vis-à-vis de ce que je ne veux pas savoir de mon inconscient je me débrouille pour enverrouiller le souvenir par des rêves du petit matin qui vont être les seules choses dont je me souviens après dans la journée vous voyez qui s'appellent le rêve écran voilà j'ai dit rêve écran on revient à mon écran à mes questions de surface que ce soit oui pour montrer que mon histoire d'écran c'est pas uniquement matériel ça peut être un écran en matière synthétique
20:55 je présume quand on projette des... quand on a un projecteur cinéma chez soi ou des diapos comme ça se faisait dans le temps ça peut être un drap ça peut être un mur blanc ça peut être un écran de cinéma mais ça peut être... comment il dit Nougaro ? je ne sais pas ce que j'ai avec les chanteurs ce soir sur l'écran de mes nuits blanches non ? sur l'écran noir de mes nuits blanches je me fais du cinéma voilà ce qui veut dire que le monde de l'imaginaire a toujours besoin d'une surface pour le recevoir le monde de l'illusion c'est intéressant et que cette surface est toujours l'occasion je résume d'une représentation et le fait que ce soit une représentation doit nous mettre en garde et nous prévenir que nous n'avons pas à faire ici à la chose dans son immédiateté dans son présent hélas peut-être n'est-ce pas ?
Le phénomène chez Kant et les lunettes jaunes
21:52 et parce qu'elle n'est pas présente elle a besoin d'être représentée donc encore une fois ce n'est pas la géologie ni la géographie qui intéresse le voyageur nerval n'est-ce pas ? c'est tout ce qui lui apparaît et là la dernière fois donc je vais rapidement parce qu'on avait un petit peu développé on voit à quel point on doit énormément dans cet ordre d'idée à un concept foncièrement kantien qui est celui de phénomène Kant est le premier chronologiquement ça va faire fortune puisque quand même le bouquin le plus célèbre dans la postérité kantienne en philo c'est la phénoménologie de l'esprit de Hegel donc je veux dire le concept va faire florès quand même et pourquoi ?
22:37 d'abord parce qu'il y a PH que vous retrouvez dans ? Fantasme bien le monde des images bravo dans allez les physiciens dans photos bien on y arrive c'est quoi tout ça photos allez tu mets un N à la place des photons c'est spécialiste j'y comprends non quand même par rapport à moi bon P H O S phôs la lumière phôs phôtos pour être multiplié comme ça c'est le monde de ce qui est nécessaire pour que les choses apparaissent vous voyez pourquoi ce radical ce préfixe c'est pas un radical enfin c'est un radical PH phôs la lumière mais qui sert de préfixe à beaucoup de termes dans la langue et pas seulement français Phantasie qui sont destinés à montrer attention on a affaire pas tout à fait au réel mais à une représentation à une fantasmatique pris au sens propre cette fois or
23:48 la précision que j'ai pas pu donner la dernière fois parce que je suis allé un peu vite à propos du phénomène de Kant j'avais quand même rappelé que le phénomène de Kant c'est l'ensemble des objets d'une expérience possible c'est l'ensemble de ce que nous percevons à travers le temps et l'espace ça fait beaucoup de choses mais ça fait ni Dieu ni l'éternité d'accord ni non plus mon passé pas mon passé tel que je me le représente dans la mémoire mais tel qu'il a été véritablement vous savez avec quelle rapidité l'histoire a tendance à se transformer en légende n'est-ce pas quand on fait raconter l'expérience a été faite quand on fait raconter aux paysans d'une région des histoires des mythes des légendes de leur contrée et quand on leur demande d'essayer les dater elles disent pouf ça remonte à la nuit des temps quand on fait une enquête on s'aperçoit que ça remonte à deux ou trois générations au maximum je vous l'avais signalé une fois à propos c'était faire une enquête en particulier la dernière que j'ai vue d'accord et c'est normal s'il n'y a pas une trace écrite c'est pour ça que j'ai pris ici des paysans une culture traditionnelle une culture orale si vous préférez s'il n'y a pas de trace écrite la mémoire ça ne monte pas à loin on sait presque
24:58 heure par heure ce qui se passe à Rome à l'époque de Cicéron avec les écrits d'accord alors que le pauvre Charlemagne à qui un moine faisait signer comme ça avec sa main alors que c'est bien un précisé on n'a pas grand chose c'est un barbare d'ailleurs on dit des temps obscurs avant que la renaissance venant du soleil d'Italie puis les lumières n'est-ce pas de prendre le relais voilà je joue un peu sur tous ces concepts mais je reviens à mon histoire de phénomène c'est l'ensemble de l'objet une expérience possible attention on compte c'est précis comme vocabulaire c'est pas ce qu'on voit là autour de nous seulement ça c'est le phénomène en acte si vous voulez ça c'est le phénomène réel réel au sens kantien réalité c'est réel moyennant le temps et l'espace c'est pas la réalité en soi attention écoutez si vous voulez comprendre le phénomène chez Kant je vais vous dire un truc personnel c'est un truc du pédagogique mais en fait ce que vous voulez imaginez qu'on soit un prisonnier de la caverne de Platon puisqu'après tout Platon dit ils nous ressemblent nous sommes tous censés être des prisonniers de la caverne autrement dit depuis notre naissance nous sommes condamnés à ne voir que devant nous etc or devant nous
26:08 qu'est-ce qu'on voit oui le phénomène chez Kant c'est pour expliquer ce que ça veut dire imaginons ça c'est moi qui l'ajoute maintenant que nous soyons nés avec des lunettes jaunes une hypothèse même pas difficile à imaginer d'accord je vais je vais avoir tendance à penser que l'être le monde est jaune toi t'es toi vous voyez ce que je veux dire le monde est jaune je vais prendre ce qui vient de moi quelque chose de subjectif je vous résume tout le kantisme ce qui est subjectif je vais le prendre pour une qualité objective inhérente aux choses je vais être naïvement substantialiste pour parler comme Hegel car le substantialisme chez Hegel c'est ça c'est un sujet qui ne sait pas qu'il est sujet et qui se prend comme une chose c'est l'aliénation alius c'est l'autre en latin ce qui est propre à moi je l'attribue à la chose à un autre que moi le jaune alors quand on déduit quelque chose de parfaitement logique c'est que nous sommes condamnés à ne connaître que le phénomène si vous me demandez oui mais comment est le monde quand je n'ai pas mes lunettes jaunes c'est contradictoire parce que je fais
27:19 comme si je pouvais les enlever ce qui dans mon hypothèse n'est pas possible on est bien d'accord donc retenez mon exemple imaginez qu'on ait des lunettes jaunes depuis notre naissance et que ce soit aussi constitutif que notre prunelle donc on ne puisse pas les enlever et bien je veux dire et d'ailleurs c'est un peu le cas la vision que nous avons n'est pas la même que celle de la mouche vous le savez bien vous savez que la mouche a un oeil à je ne sais pas combien de facettes là je veux dire et qu'elle ne voit pas du tout ni les mêmes couleurs que nous il y a des phénomènes de polarisation les insectes voient des couleurs qui les arrangent sur les fleurs c'est important ce que je suis en train de dire il y a des animaux qui voient à peine en noir et blanc donc je veux dire ce que nous voyons c'est pas seulement parce que nous les voyons qu'on voit la réalité ce serait simple s'il suffisait de se baisser pour ramasser le réel dans le caniveau non ce que nous voyons est un compromis entre ce qui vient du réel et la structure de notre connaissance la structuration a priori comme dit Kant c'est à dire avant même l'expérience notre connaissance est déjà structurée et je rappelle pour être maintenant plus rigoureux et démonstratif que Kant commence
Espace et temps, formes a priori de la sensibilité
28:30 dans ce passage de la critique de la raison pure qui s'appelle et non pas de la critique du jugement c'est la critique c'était la dernière fois qui s'appelle l'esthétique transcendantale qui n'a rien à voir avec l'esthétique au sens artistique c'est à dire la science de la perception des apparences aisthêsis il commence par dégager les deux les deux grandes ce qu'il appelle les formes a priori de la sensibilité autrement dit la sensibilité voir entendre toucher goûter sentir olfactif les cinq sens si vous voulez on croit que c'est avec ça que commence notre être commence notre être au monde non par exemple je ne peux pas voir ceci s'il n'occupe pas un certain espace voilà ce que dit Kant alors on dirait oui et alors l'espace aussi c'est parce qu'on a la vue qu'on a une notion de l'espace non c'est le contraire on ne pourrait rien voir si l'espace n'était pas donné avant réfléchissez c'est ça le grand retournement kantien c'est là qu'il quitte l'empirisme anglo-saxon de Hume qui avait son importance à l'époque c'est très important ce qu'on est en train de voir c'est dans l'esthétique
29:40 transcendantale que Kant bascule fait basculer entièrement la métaphysique dans la logique comme dirait Hegel plus tard d'ailleurs c'est pour une raison logique qu'on ne peut pas dire que ma connaissance de l'espace mon sentiment de l'espace vient de l'expérience non l'expérience elle-même n'est possible que parce que l'espace est donné d'abord sinon je ne pourrais rien voir du tout je ne parle que de l'espace si on parle du temps c'est encore plus évident comment voulez-vous entendre une seule note de musique si elle n'a pas un minimum de durée mais oui vous voyez par exemple puis après il généralise je vais l'arrêter un peu abstrait mais je suis obligé d'aller un peu vite l'espace est la forme a priori de toutes les intuitions externes dit Kant l'espace externe c'est la vision en gros et le temps est la forme a priori de toutes les intuitions internes si je ferme les yeux et que je pense à cette carafe maintenant je me la représente vous êtes d'accord je me la représente j'ai bien une image dans ma tête mais c'est une image déjà sur l'écran de ma mémoire je vous avais dit la dernière fois l'imaginaire un genre important trois espèces d'imagination
30:50 le rêve partout il y a production d'images et la mémoire on vient de voir je ferme les yeux là j'ai plus qu'une image j'ai pas la carafe réelle sinon il suffirait pas de boire la carafe que je bois dans ma mémoire pour me sortir d'affaires dans le désert le concept de chien n'aboie pas disait Spinoza mais oui c'est rigolo Spinoza c'est bien et moi je dis à propos du gland de Hegel soyons aussi rigolos quand il parle du chêne et du gland quand il dit quand on veut voir un chêne dans sa magnificence et dans toute l'expansion de son tronc et de ses feuillages on ne nous satisferait pas en nous montrant un gland en disant oui mais il est là tout entier contenu en soi oui mais je ne fais pas la sieste ça c'est mon exemple à moi à l'ombre d'un gland je fais la sieste à l'ombre d'un chêne bien déployé donc si je ferme les yeux je bois la carafe donc je n'ai plus d'espace je ne suis plus dans l'espace réel vous y êtes quand je ferme les yeux mais je suis dans le temps la carafe est devenue une durée et donc quand on conclut c'est très profond
32:00 le temps est la forme a priori de toutes les intuitions externes comme interne et à partir de Kant la pensée philosophique occidentale qui s'escrimait à concilier la pensée et l'étendue le monde extérieur depuis Platon jusqu'à Descartes Spinoza Leibniz va être obsédée par la conciliation de la pensée avec le temps à partir de Kant et ça va donner Hegel et Marx vous voyez c'est pas la même époque que Leibniz et Spinoza c'est intéressant ce qu'on est en train de dire par rapport au temps le temps comme constitutif de l'anthropologie puisque j'en suis là ça va vous sembler un peu décousu mais je ne peux pas ne pas le citer parce que c'est le replacer dans son contexte d'importance Hegel donne comme ça une définition de l'homme des fois l'homme est le concept même existant réfléchissons pas trop le concept même mais existant daseiende en allemand c'est-à-dire le concept même mais pas dans ma tête ou pas dans l'abstraction mais existant réellement or il donne exactement la même définition du temps le temps est der daseiende Begriff selbst le temps est le concept
33:10 même existant même définition de l'homme et du temps oui je sais je suis un peu abstrait mais il faut bien qu'on s'entraîne les méninges pour comprendre des choses peut-être plus simples après mais c'est important de comprendre que le monde naturel au sens de l'objet de la physique ici ne peut jamais être dans le temps il faut être hors du temps pour être dans le temps de la même manière qu'il faut un point fixe pour décider qu'il y a un mouvement vous le savez bien quand on est dans un train et qu'on a l'impression qu'on s'en va alors que c'est le train d'un côté qui s'en va c'est par rapport à un point fixe qu'il y a un mouvement s'il n'y a pas un point fixe dans l'univers il n'y a pas de mouvement non plus il n'y aura qu'un mouvement relatif dont on ne sait jamais s'il existe en soi vous voyez ce que je veux dire c'est important ce qu'on est en train de voir il en est de même pour le temps il faut être en dehors du temps pour avoir conscience du temps quand on donne à des élèves de terminale ce sujet en quoi la phrase j'ai changé exprime une contradiction c'est mignon comme sujet moi j'aime bien parce que c'est profond parce que dans il y a le changement c'est explicite et puis il y a le pronom je qui dit j'étais malade
34:20 maintenant je suis en bonne santé donc il y a en même temps quelque chose qui change il y a un invariant qui est le je qui est toujours là oui ou non vous voyez dès qu'on part du temps on est dans la dialectique on est dans les contraires mais pas les contraires logiques d'entre lesquels il faut choisir comme l'âne de Buridan vous savez qui s'est laissé mourir de faim parce qu'il avait deux bottes de foin à distance égale non mais des concepts qui sont constitutifs des contraires qui sont constitutifs de la réalité qu'est-ce que c'est que devenir changer être dans le temps sinon à chaque instant à la fois être et ne pas être plus ne suis ce que j'ai jadis été et plus ne saurait jamais l'être mon doux printemps et mon été ont fait le saut par la fenêtre voilà je voulais m'attarder un petit peu sur cette notion de phénomène le phénomène c'est tout ce qui nous apparaît à travers le temps et l'espace mais à travers ne me faites pas dire que c'est la réalité en soi c'est comme mes lunettes jaunes car l'espace et le temps imposent à la réalité en soi dont je ne peux pas en parler mais enfin d'une manière directe et immédiate mais je peux en parler d'une manière négative c'est là où Kant va le plus loin
35:30 je ne peux pas vous dire comment est la chose en soi mais je peux vous dire comment elle n'est pas par exemple puisqu'on vient d'apprendre grâce à Kant que l'espace et le temps ça ne vient pas des choses mais de nous-mêmes puisque c'est a priori et que l'expérience ne serait pas possible sans eux et bien ce qu'on peut savoir la chose en soi c'est qu'elle n'est ni dans l'espace ni dans le temps ah dis donc ça c'est des révélations quand même c'est fort Kant quelque part ça veut dire que le hors temps redevient possible c'est-à-dire la liberté redevient possible chez Kant parce que le déterminisme suppose la temporalité de la cause puis l'effet c'est-à-dire dans le monde de la nature ça ça suppose l'ordre du temps on vient de voir que c'est valable pour le phénomène mais pas dans le monde de la réalité en elle-même voilà seulement Kant dit il ne faut pas rêver et là on ne peut que penser négativement si vous voulez je reprends ma lunette jaune je ne sais pas comment est le monde quand je n'ai pas mes lunettes sinon qu'il est peu probable qu'il soit jaune parce que ça maintenant je sais que ça vient de moi pareil je ne peux avoir qu'une connaissance négative voilà alors une dernière détermination du phénomène qui va le faire basculer maintenant définitivement et clairement on s'est un peu entraîné
36:41 donc ça va être plus simple à la subjectivation de ce que nous croyons être le réel quand on a dit reprendre sur nous ce qu'on avait un peu trop rapidement imputé à l'objectivité au monde extérieur c'est la différence je vous l'ai dit en allemand la dernière fois et je vais développer et je le développe je vais le préciser aujourd'hui entre phénomène et apparence parce que d'après ce que je dis on aurait tendance à penser que le phénomène n'est qu'une apparence et je vous avais dit attention le phénomène ce n'est pas la réalité mais ce n'est pas non plus une simple apparence c'est plus réel qu'une apparence et c'est moins réel que le réel en soi alors comment on va s'en sortir une petite indication étymologique Schein c'est le terme qui désigne apparence dans la philosophie allemande S-C-H-E-I-N vous remarquez bien sûr parce que vous êtes presque tous anglophones que c'est le verbe qui signifie briller en anglais il y a un lien entre le fait de briller et l'apparence il n'y a que les apparences qui brillent le bling bling comment on dit en français tout ce qui brille n'est pas or n'est-ce pas ?
Phénomène et apparence : la totalité vient du sujet
37:49 donc Schein l'apparence on peut décliner Schön en allemand ça veut dire beau Schauen c'est voir Anschauen l'intuition il y a un radical qui est le même SCH là partout il y a de l'immédiaté du visuel vous voyez je rappelle qu'en grec Eidos qui donne idée et qui donne forme singe anthropoïde singe sur la forme de l'homme c'est les deux sens ce fameux mot Eidos qu'on traduit depuis 2000 ans par idée quand c'est Platon qui écrit et par forme quand c'est Aristote qui écrit et comme ça et après on dit c'est très différent Platon et Aristote c'est vrai que c'est différent mais pas là donc on sait par les spécialistes c'est pas mon cas mais des hélénistes distingués qu'à l'origine le terme a toujours des connotations visuelles ce qu'on retrouve d'ailleurs dans un singe anthropoïde qui ont le look l'aspect aspect de l'homme voilà donc il n'y a pas qu'en allemand dans les langues européennes il y a un lien entre l'abstraction de l'idée et le voir alors Schein l'apparence mais c'est pas ça le mot pour phénomène phénomène quelqu'un s'en rappelle ou on l'a vu ?
38:56 Erscheinung merci Erscheinung alors déjà quand on est un peu familiarisé avec l'allemand déjà le Er c'est toujours sa prélude à une action n'est-ce pas et ung surtout Um c'est l'équivalent de tion en français délibération libération action proprement dite sur face ça désigne un acte et non pas un être il y a une grande différence entre discuter sur la liberté ça existe ça existe pas et affirmer la libération la liberté c'est une qualité vous voyez je joue exprès sur les suffixes l'avoir ou pas ça a assez mal posé le problème la vraie réalité c'est qu'on n'est jamais libre au départ mais qu'on peut se libérer de la situation vous parlez comme ça dans laquelle on est placé d'accord et donc la seule chose qui existe c'est un acheminement de la détermination vers la liberté c'est ça la libération mais c'est un acte c'est pas un être c'est un processus si vous préférez et donc il y a besoin du temps donc Erscheinung si vous demandez ça je l'avais dit la dernière fois c'est la dernière fois que je répète parce que je vais apporter ma détermination nouvelle à un allemand de la rue c'est le meilleur conseil que je peux vous donner pour un conseil philosophique en général ou pour savoir ce que veut dire un mot
40:06 dans une langue étrangère demandez à l'homme de la rue et non pas à des intellectuels parce que vous avez immédiatement le sens le plus riche au départ celui qui fait le moins d'impasse vous demandez à un allemand de la rue c'est quoi Erscheinung le terme dont se sert Kant pour parler de phénomène il vous dira d'abord vous pensez à un fantôme une apparition c'est pas apparence une apparition vous voyez tout de suite la différence il se passe quelque chose alors Kant le précise maintenant j'arrête le suspense la différence entre le phénomène et l'apparence dit Kant c'est que le phénomène définition de Kant c'est le tout de l'apparence c'est pas l'apparence c'est l'apparence prise comme totalité vous me direz pourquoi tu annonces ça solennellement je vois pas toi où est la différence mais dites tombe regardez on a une totalité je vois la salle de classe ici je me retourne je vois une autre totalité qu'est-ce qui fait que l'apparence a une totalité sinon le sujet qui la contemple en passant de l'apparence à la totalité de l'apparence au phénomène on passe de l'objet au sujet c'est chacun de nous comme sujet qui fait que l'apparence
41:18 peut avoir une totalité parce que dans la réalité il n'y a pas de totalité c'est éparpillé la totalité il y a comme un grain de sable dans le Sahara vous savez où ? je pense souvent quand il y avait la poussière au Niger les particules de sable on a calculé qu'un Touareg en moyenne avalait une dizaine de kilos de sable par an malgré tous ces foulards ces chèches etc ben oui bon allez le réel est inépuisable le réel déborde toujours tout ce qui voudrait l'enfermer le réel empirique le réel physique donc il n'est jamais une totalité car une totalité c'est achevé vous le sentez bien ça c'est une totalité une carafe une plante c'est une totalité les racines la tige la fleur le monde organique dans la critique du jugement de Kant exprime une totalité un tas de cailloux ce n'est pas une totalité c'est une pluralité de cailloux d'accord mais ce n'est pas plus total quand vous en mettez 5 ou 6 ou 7 c'est toujours un tas de cailloux vous voyez la différence entre un assemblage mécanique et une totalité organique privilège du vivant et a fortiori des œuvres de l'esprit
42:28 une œuvre d'art une maison un tableau vous ne pouvez pas dans un tableau de Monet prendre 10 taches ici et les mettre à gauche c'est absolument possible on en voit des choses aujourd'hui la différence entre le phénomène et l'apparence c'est que le phénomène c'est le tout de l'apparence or qu'est-ce qui fait que l'apparence devient un tout sinon le fait qu'un sujet la contemple quand je m'évanouis j'anéantis l'apparence que le monde avait pour moi quand je m'endors donc c'est en tant qu'elle est pour un sujet que l'apparence peut avoir une totalité je rappelle ici parce que je sais qu'il y en a qui suivent très méticuleusement mais d'autres qui oublient et je comprends parce que c'est difficile de retenir l'abstraction que j'avais signalé une fois dans la table des catégories de Kant à la catégorie quantité la manière dont procède Kant pour chaque catégorie thèse, antithèse, synthèse non on n'est pas chez Hegel je parle des catégories Kant n'est pas un dialecticien dans la catégorie quantité
43:38 thèse, l'unité un caillou antithèse, pluralité huit cailloux synthèse bravo totalité la totalité c'est une pluralité ramenée à l'unité c'est ce qu'on vient de voir entre nous mais on vient de voir maintenant que c'est ramenée à l'unité par un sujet par un sujet percevant parce qu'encore une fois la totalité d'un paysage que je vois je me retourne et je vois derrière moi une maison les deux sont une totalité c'est moi qui fais du décor à chaque fois un tout et maintenant vous comprenez qu'un tout c'est toujours unitotal il y a l'unité dans la notion de tout voilà alors je tenais à insister sur cette évaporation du réel empirique dans le passage d'Angélique Les jeunes filles et de le récupérer mais comme réalité symbolique
L'illusion n'est pas une erreur : Spinoza et Copernic
44:48 ça ne veut pas dire que ça n'existe pas je ne suis pas en train de dire que le monde imaginaire s'oppose au réel au sens où il ne correspond à aucune réalité rappelez-vous de deux juifs Spinoza et Freud il y a quelque chose de commun je ne suis pas assez spécialiste de la judéité pour savoir si c'est dû au fait qu'ils sont juifs mais enfin Spinoza a parmi ce qu'il y a de meilleur chez lui une magnifique théorie de l'erreur et spécialement de l'illusion lorsqu'il dit que si le faux consistait à faire exister quelque chose qui n'existe pas par exemple je dis qu'il y a un ange là pour ce qu'il y a il n'y en a pas donc je suis dans le faux si c'était ça dit Spinoza mais le fait d'exprimer quelque chose de faux serait la preuve d'une force chez l'homme et non pas d'une faiblesse dit Spinoza ça veut dire qu'on est comme Dieu on arrive à faire exister des choses qui n'existent pas ce ne serait pas une preuve de faiblesse l'erreur et comme Spinoza n'est pas idiot il dit donc c'est que quand on se trompe c'est qu'on exprime bien le réel on est incapable d'exprimer autre chose que le réel
45:58 mais un réel qui est déplacé et ça c'est un terme qui reviendra sur la plume de Freud quelques siècles plus tard un réel mais qui n'est pas à sa place d'accord quand Nerval voit en sortant de la cathédrale j'ai pu admirer sous un rayon de soleil couchant les tours des fortifications romaines à demi démoli et revêtus de lierre quand Nerval est sensible à tout ce qui exprime un déclin dans le décor autour de lui au coucher de soleil à l'automne aux bâtiments qui sont menacés de ruines c'est pas que ça ne correspond à aucune réalité c'est le travail le problème de l'âge du vieillissement n'oubliez pas que dans cette scène là il est un adulte entouré de petites filles alors que dans le rêve auquel on l'a comparé il est un enfant entouré de trois grandes dames voilà je tenais bien à rappeler ceci on a bien à faire une réalité mais qui n'est pas à sa place exactement comme
47:08 illusion pré-copernicienne on n'est pas en train de dire que le centre n'existe pas mais c'est pas là où on croyait qu'il était c'est pas nous le centre pour ce qui est du système solaire c'est le soleil voyez et donc il faut inverser ce qu'il y fait il faut inverser c'est ça la révolution copernicienne c'est pour ça j'aime bien l'image du retournement parce que il est plus difficile il est plus facile excusez-moi de corriger une erreur 5 plus 7 égale 11 je fais mes comptes à la fin de la journée je suis fatigué je prends une tasse de café je me fais ça 11 n'importe quoi pas gagner t'es malade t'as besoin de café tandis que je suis au centre du monde c'est pas une simple erreur c'est faux comme l'erreur mais en plus c'est pas dû au hasard vous voyez la différence c'est pas une cause contingente comme la fatigue c'est que ce faux là c'est l'inverse du vrai c'est pas différent 5 plus 7 égale 14 c'est 14 c'est pas 12 ici V différent de F dans le cas de l'addition alors que dans le cas
48:19 de l'illusion précopernicienne V est l'inverse de F ça veut dire que pour passer de F à V il faut au vrai bon sens il faut faire une révolution mince c'est pour ça que c'est plus je répète il est plus facile de corriger une erreur que de se débarrasser d'une illusion et là je peux amener ma dernière détermination je me répète qui fait que l'illusion c'est pas simplement une erreur c'est que dans l'illusion premièrement le faux n'est pas seulement je répète différent du vrai il en est exactement l'inverse mais deuxième détermination encore plus fascinante où on retrouve le sujet dans le cas de l'illusion le sujet a intérêt à l'erreur et c'est pour ça il est plus difficile beaucoup plus difficile parce qu'il faut lutter avec soi-même la cause de l'illusion elle est en nous-mêmes il est plus difficile de se débarrasser d'extirper de soi une illusion que de corriger une simple erreur c'est plus avantageux de se penser au centre et oui j'habite le centre de Paris dans ma tête c'est cher mais oui comme penser comme un banlieusard
49:29 quand même de l'univers c'est pas très rassurant de se penser à la périphérie tous les physiciens savent qu'à la périphérie des électrons de l'atome ça commence à être instable n'est-ce pas ? je me trompe peut-être je le dis grossièrement mais en gros c'est ça c'est ionisé comment ? c'est ionisé oui exprès dis-le à ta manière pour qu'un atome devienne un ion c'est bien les électrons de la périphérie les premiers qui se barrent en gros il a dit oui c'est diviser oui non mais c'est vrai la périphérie c'est jamais très rassurant peut-être sur les bords et puisqu'on en est là je reviens je vous avais promis qu'on reviendrait au texte pour nous reposer un peu dans les fortes abstractions que je vous ai demandé vous allez voir c'est bien utile pour arriver au concret si vous regardez la quatrième lettre à laquelle je reviens souvent mais jamais pour la même problématique c'est-à-dire la lettre où Nerval nous dit tout d'un coup qu'on va cesser de chercher le bouquin
La quatrième lettre : Angélique de Longueval et la mère
50:40 dans Paris les bibliothèques et un peu le capharnaüm ou le labyrinthe avec ce fantastique un peu pré pré-borgesien n'est-ce pas du labyrinthe pour aller faire un tour en dehors de Paris et si possible au nord-est voilà j'ai eu l'idée d'aller aux archives de France là on est toujours dans Paris donc où l'on m'a communiqué la généalogie authentique des Bucquoy leur nom patronymique est Longueval je vous avais fait remarquer que dès qu'on dit Longueval la dernière syllabe Val fait penser au Valois à Gérard de Nerval enfin bref à la chapelle en Serval ça n'existe pas à Valois là-bas et donc on est déjà presque dans sa région maternelle n'est-ce pas rien qu'avec un patronyme sauf qu'on apprend ici que c'est comme par hasard le patronyme de l'abbé dont il cherche la biographie en compulsant les dossiers nombreux qui se rattachent à cette famille vous voyez comme c'est précis j'ai fait une trouvaille des plus heureuses bon alors là il parle du manuscrit d'Angélique je passe il tombe donc sur tout à fait autre chose que ce qu'on cherchait retenez bien ça on tombe sur autre chose que ce qu'on cherchait car on va parler de la finalité tout à l'heure j'y tiens on cherchait la biographie
51:51 de son ancêtre Angélique de Longueval comme ça et comme il trouve que c'est intéressant pour une jeune fille de l'époque un truc assez osé etc je vais vous lire on n'a toujours pas le bouquin qu'on cherche en attendant on va se taper le récit de l'ancêtre n'est-ce pas dont on apprend d'ailleurs qu'elle va suivre vous avez quelques-uns en lu j'espère qu'il y en a plus en plus qui ont lu la nouvelle ça suffit maintenant et vous remarquez qu'Angélique va suivre son mari dans les campagnes guerrières ça vous rappelle pas quelqu'un ça qui ?
52:27 la mère de Nerval c'est bien il y a de bonnes lectrices ici messieurs faites un effort et oui je vous ai dit que le pauvre Nerval c'est quand même pas tout à fait étranger à sa folie sa mère l'a planté alors qu'il était nourrisson pour aller tellement amoureuse de son mari je parle à l'africaine tellement elle est amoureuse de son mari qu'elle est allée le suivre dans les campagnes en Pologne en Russie et c'est là-bas qu'elle est morte et c'est là-bas qu'elle est enterrée dans la froide silésie c'est terrible de naître avec une constellation pareille mettez-vous à sa place donc son personnage Angélique a une curieuse ressemblance il n'a pas inventé le manuscrit du XVIIe siècle vous pouvez le consulter pour ceux que ça intéresse à la bibliothèque de l'Institut une des plus belles bibliothèques du monde qui est dans un des plus beaux bâtiments du monde la bibliothèque Mazarine celle qui est au pont des Arts vous voyez vis-à-vis du Louvre j'aimerais pas habiter dans le Louvre c'est un peu écrasant j'aurais des cauchemars la nuit mais l'épuisée avec Mazarine en face si je pouvais la voir c'est bien il y a un petit pavillon en haut pour écouter la musique c'est le rêve ne nous égarons pas en tout cas vous pouvez consulter c'est du document historique on n'est pas dans l'imaginaire seulement s'il s'y intéresse lui par contre
La limite où trois régions se rencontrent
53:37 c'est qu'il y a une part de l'imaginaire c'est qu'il projette sa figure de sa mère cette femme qui abandonne tout pour suivre ce type pas intéressant d'accord mais voilà donc ne nous égarons pas il parle d'elle comme ça et c'est là que commence un petit paragraphe c'est là que je venais arriver je parlais tout à l'heure qu'on a été arrivé à la périphérie je ne voudrais pas qu'on perde le fil et pourquoi la périphérie est une notion intéressante et structurellement intéressante la périphérie le bord la limite la frontière border grenze granitsa c'est en russe bon un petit texte pour nous accrocher le lecteur parce que ça fait dix fois qu'on change d'objectif vous savez ce texte là et là maintenant il veut nous emmener encore ailleurs la vieille France provinciale est à peine connue de ces côtés surtout qui cependant font partie des environs de Paris donc vous voyez c'est pas une grande expédition je vous demande c'est juste un petit voyage on peut y aller on revient le soir font partie des environs de Paris au point où écoutez bien on parlait de limites et de périphéries regardez où l'île de France le Valois et la Picardie se rencontrent c'est pas dans le Valois
54:49 c'est pas en Picardie c'est pas en île de France c'est c'est le texte je répète au point où l'île de France le Valois et la Picardie se rencontrent à leur limite respective oui là où ils se rencontrent ça c'est notre surface de tout à l'heure la mer qui était comme de l'or liquide ça n'existe pas c'est une limite la France existe l'Allemagne aussi la frontière entre les deux à partir de quand vous quittez la France pour l'Allemagne c'est un point c'est un millimetre vous savez qu'il y a des auberges comme ça dans les Alpes vous prenez un verre là au zinc vous êtes en France vous le prenez trois mètres plus loin sur le zinc vous êtes en Italie c'est vrai ça existe ou en Suisse vous avez entendu parler ah non je suis sérieux autrement dit là bon la frontière est un espace c'est pour ça qu'on crée ce qu'on appelle des no man's land à l'époque il y avait encore deux Allemagnes je me rappelle d'une des régions où la faune était la plus abondante c'était là où il y avait le mur évidemment il n'y avait personne qui s'aventurait il y avait des mines il y avait ce que vous voulez donc il y avait des lapins tous les côtés il y avait des chevreuils je vous jure vous êtes tranquille
56:00 les animaux je suis en train de parler de la notion de limite de frontière de bord vous savez quand on avait fait Phèdre de Racine je vous avais fait remarquer que chaque fois que Racine évoque les bords c'est toujours l'indice d'un péril quel charme l'attirait sur ces bords redoutés puisque le bruit court que Thésée est allé du dieu des morts déshonorer la couche comme on dit faire le corse aller chercher une femme pour le dieu des morts quel charme l'attirait sur ces bords redoutés il n'y a pas des bords redoutés parce que c'est un bord c'est redoutable là ce que je suis en train de dire qu'est-ce que c'est qu'un bord d'abord c'est glissant je suis sérieux un bord c'est glissant regardez l'extraordinaire début du grand récit en prose qui est contemporain pratiquement d'Angélique puisque c'est dans les cinq dernières années de sa vie que Nerval se risque au récit de Longue Haleine en prose peu importe parce que là j'arrive pas
Un bord est glissant : la Lorelei
57:10 à le voir je vais finir ici enfin c'est toute une description retenez la Lorelei c'est facile à retenir c'est de le voir quand vous serez devant votre ordinateur le tout premier paragraphe de la nouvelle où il a décrit cette fée qui est sur les rochers glissants de la Lorelei c'est pour ça que j'en sais que la Lorelei c'est cette fée dont la légende dit que par ses chants c'est l'éternel mythe de la sirène elle attirait les bâteliers du Rhin dont la péniche allait se fracasser sur le rocher qu'on appelle encore aujourd'hui le rocher de la Lorelei près de Koblenz en Rhénanie mon verre est plein d'un vin trembleur comme une flamme écoutez la chanson lente du bâtelier qui dit avoir vu vers le Rhin sept femmes tordre leurs cheveux longs et verts jusqu'à leurs pieds le Rhin, le Rhin est ivre les vignes se mirent tout l'or des nuits tombe en tremblant s'y refléter mon verre s'est brisé comme un éclat de rire c'est qui ça ?
58:03 pardon ? Apollinaire bravo bravo merci ça fait plaisir Apollinaire Nuit rhénane vous voyez que le mythe de la Lorelei il est fécond et tous les écoliers allemands ont appris ce poème de Heine le merveilleux Heine le seul des romantiques allemands qui a un humour déchaîné avec Jean-Paul quand même Heine dans un poème le plus célèbre c'est justement la Lorelei or on a affaire à un auteur Nerval qui dit j'ai rêvé dans la grotte où nage la sirène donc tout ça c'est des mythes du bord vous savez les nix les sirènes les ondines ça folâtre sur les bords les trois filles du Rhin de Wagner sont toujours sur un bord donc un bord pourquoi c'est structurellement dangereux ?
58:55 parce que c'est un switching on dirait en informatique vous voyez si c'est une falaise le bord de la falaise c'est le passage de l'horizontale au vertical si c'est le bord d'une rivière c'est le passage de l'immobile au fluide si vous ne faites pas de différence vous risquez de vous noyer donc on est toujours n'est-ce pas avec la notion de bord de limite de passage d'un extrême à l'autre là je ne suis plus dans les frontières dans les frontières ce n'est pas évident cette question thermique là avec la notion de bord et le péril qui est immanent et que reprend comme par hasard toute exploitation poétique au sens profond de la notion de bord là il y a toujours un péril c'est toujours sur les bords de la mer que meurent les héroïnes d'opéra ça a été remarqué il y a Catherine Backès-Clément je crois spécialiste sur la philo qui a fait un livre assez intéressant qui s'appelle l'opéra où la femme assassinée tous les compositeurs d'opéra font mourir leur héroïne Carmen
Les héroïnes meurent au bord : de l'opéra à Ariane
1:00:05 à propos de Carmen je suis scandalisé par un certain féminisme sinon tous les autres je les épouse les féminismes mais celui-là vous savez qu'il y en a qui veulent censurer la fin de Carmen parce que Carmen est tuée par don José oui au départ il fallait changer et c'est arrivé carrément jusqu'à l'inversion ce qui est monstrueux c'est pas grave de tuer un mec c'est fantastique oui c'est pas normal qu'on tue une femme à la fin de l'opéra c'est courant méditerranée qu'on assassine la femme infidèle etc dans l'imaginaire dans les récits il n'y a que ça puis elle l'a cherché je parle comme des machos bon enfin quand même c'est le patrimoine il y en a qui veulent maintenant changer de patrimoine ils ne veulent pas que vous héritiez de votre leg légitime enfin quand même de votre héritage c'est vrai monstrueux on va bientôt corriger Platon limite tout enfin quand même c'est quoi cette histoire j'arrête de m'exciter donc oui l'opéra où la femme assassinait si avec Carmen mais allez commençons par Tristan c'est quand même l'histoire d'amour la plus frénétiquement exacerbée
1:01:15 qu'on ait jamais écrite au point que Wagner a dit heureusement que on joue mal mon Tristan on le représente mal on l'exécute mal musicalement et les metteurs en scène ne savent pas comment le mettre en scène heureusement il dit parce que si c'était représenté comme je le voudrais les gens deviendraient fou c'est joli voilà donc Iseut elle meurt vous savez devant la mer avec le cadavre de Tristan sur les genoux en rêvant qu'il est réveillé et qu'elle est le seul à entendre son chant c'est magnifique elle meurt prenons trois siècles avant l'admirable mort de Didon dans Didon et Énée de Purcell Ben Didon c'est la princesse cartaginoise qui meurt devant la mer des Syrtes puisqu'Énée a fui c'est pas Énée l'infidèle comme tous les mecs il est parti à Rome il s'est amusé un instant puis il est parti à Rome il n'est pas bête il y a un grand destin qui l'attend vous pensez avec une princesse punique Madame Butterfly qui meurt de chagrin parce que la petite japonais parce que son américain pareil il s'est amusé un instant puis il s'en va il retourne au Texas le salopard et c'est magnifique ça fait d'ère finale l'opéra où la femme assassinée mais c'est sur un bord à chaque fois vous voyez pour ajouter au tragique
1:02:27 de la chose et bien sûr l'exemple le plus emblématique dans la mythologie elle ne meurt pas un moment elle va mourir elle est au dernier moment elle est allez je vous guide celle qui a un chagrin qui allait mourir de chagrin sur un rivage célèbre Ariane ma soeur de quel amour blessé vous mourûtes au bord où vous fûtes laissé abandonné par l'infidèle Thésée et oui quand même enfin quand même quand même si Thésée est encore vivant lorsqu'il aborde à Naxos avec Ariane c'est parce qu'elle lui a sauvé la mise sans elle il aurait été dévoré par le Minotaure enfin c'est quand même elle qui lui a donné le coup du fil etc qu'est-ce qu'on serait sans les femmes bon sang on n'irait pas loin dans le labyrinthe et Phèdre labyrinthe avec vous descendu se serait avec vous retrouvé ou perdu c'est magnifique c'est facile elle lui a sauvé la mise tu parles comme il est reconnaissant à la première île où il aborde parce qu'on ne pouvait pas naviguer très longtemps à l'époque il fallait de la flotte se repérer etc à Naxos Ariane à Naxos oh mince on a oublié Ariane ça
1:03:37 et puis il devient un maniaque de l'oubli parce qu'après il oublie de mettre la voile blanche vous savez du coup son père se suicide de loin il voit la voile noire il croit que son fils a perdu a été dévoré par Minotaure il devient répété la répétition il répète l'amnésie je ne sais pas ce qui s'est passé au fond du labyrinthe entre le Minotaure et Thésée mais depuis qu'il a gagné quelque chose c'est produit dans la mentalité de Thésée qui multiplie les amnésies fatales mais enfin ça s'est mis bien pour Ariane dans la mythologie puisqu'au moment où elle va mourir de chagrin sur les rivages de Naxos qui surgit ?
Nerval retrouve sa voix sur les bords du Rhin
1:04:12 Dionysos je m'accroche avec vous oui Dionysos pas mal le dieu le dieu de l'ivresse lui-même qui vient lui dire qu'à cela ne tienne ma fille je t'en ferai d'autre ben oui quand même avoir Dionysos comme partenaire et au ciel vous avez la constellation de Bacchus et Ariane c'est une constellation maintenant elle est sauvée c'est les bords tout ça j'insiste beaucoup aujourd'hui or je vous répète au point où l'île de France la Picardie et le Valois se rencontrent je vous avais lu la lettre qu'il écrit au même moment où il écrit cette nouvelle quand il arrive à Strasbourg il y avait longtemps qu'il n'a pas voyagé vous savez que c'est l'époque où il a des crises de folie les plus graves et il y a un espèce de rythme qui se met en place lorsqu'il va mieux il voyage le voyage relance la fécondité littéraire il y a une très belle dialectique et il écrit cette lettre magnifique à Jules Janin « Cher ami de Strasbourg »
1:05:11 comme par hasard une lisière « Cher ami » « Hier soir en retrouvant les bords du Rhin j'ai retrouvé ma voix et mes moyens » et c'est souligné voix et moyens « Je ne loge plus au Corbeau » c'était sinistre un jeu de mots il y a un quartier du Corbeau à Strasbourg il était à l'hôtel du Corbeau je ne loge plus à l'hôtel du Corbeau mais à l'hôtel de la Fleur et longtemps éteint et longtemps oui éteint je me suis ressenti je me suis senti flamboyé à nouveau du soleil de mes plus beaux jours tout ça grâce à la magie du voyage mais en arrivant à un bord « Hier soir en touchant les bords du Rhin j'ai retrouvé ma voix et mes moyens »
1:05:48 vous voyez je suis en train de dire que Nerval cherche le danger autrement dit que on a dit tout à l'heure que quand est-ce qu'on est en France quand est-ce qu'on est en Allemagne à un millimètre près abstraitement ça a été étudié par les géopoliticiens la notion moderne de frontière abstraite date de l'époque de Descartes je veux dire avant il y avait des rivières des montagnes on savait qu'en gros derrière les montagnes c'était un autre monde mais la notion de frontière abstraite et moderne elle est récente or pour Nerval justement les frontières les bords c'est des espaces c'est pas une limite avec laquelle on a vite franchi d'un pas ou d'un visa sur un passeport c'est des espaces c'est tout un espace donc voilà je tenais à m'attarder un petit peu sur sur cette cette notion de de frontière et j'insiste sur une autre division c'est les rivières puisqu'on parle de frontières vous voyez toujours quand il nous séduit en disant la vieille France provinciale est à peine connue voilà au point où
1:07:01 l'île de France le Valois et la Picardie se rencontrent je sais oui je vous l'ai déjà dit mais je continue divisé par alors on va voir les frontières l'Oise et l'Aisne au cours si lent et si paisible donc je répète toute la phrase pour comprendre la chute regardez elle est belle la vieille France provinciale est à peine connue de ses côtés surtout qui cependant font partie des environs de Paris au point où l'île de France le Valois et la Picardie se rencontrent divisé par l'Oise et l'Aisne au cours si lent et si paisible il est permis de rêver les plus belles bergeries du monde sur ses frontières et sur ses bords tout d'un coup qu'apparaît quelque chose la langue des paysans eux-mêmes est du plus pur français à peine modifié par une prononciation où les désinences des mots montent au ciel à la manière de la route chez les enfants cela forme comme un ramage il y a aussi dans les tournures des phrases quelque chose d'italien c'est un drôle d'espace on est au coeur de la France mais il y a dans les tournures de phrases quelque chose d'italien ce qui tient sans doute au long séjour qu'on fait les Médicis et leur suite florentine dans ses contrées divisées autrefois en appanages royaux et princiers je suis arrivé
1:08:12 hier soir à Compiègne poursuivant les Bucquoy sous toutes les formes avec cette obstination lente qui m'est naturelle il vous résume un petit peu sa manière de procéder cette obstination lente qui m'est naturelle on a l'impression d'entendre pour ceux qui connaissent un rythme d'errance feutré de marche qui est exactement la musique de Schubert Schubert a écrit la fantaisie du voyageur souvent chez Schubert même ceux qui ne connaissent pas Schubert mais qui connaissent Kubrick et grâce à Kubrick ils connaissent Barry Lyndon c'est un rythme de la marche à pied c'est le rythme de Schubert le rythme du Wanderer du voyageur c'est de la magie vous le retrouvez pour ceux que ça intéresse dans le deuxième mouvement de son ultime symphonie une symphonie qu'on ne connaitrait même pas c'est la plus grande symphonie du romantisme musical c'est pas moi qui le dit c'est le musicologue si brave Schumann n'était pas allé faire un tour après la mort de Schubert qui est mort à 31 ans chez son frère on n'avait pas des manuscrits au grenier et des tas de choses c'est comme ça qu'on est tombé sur la plus gigantesque symphonie du romantisme musical on est peu de choses et dans ce deuxième mouvement
1:09:22 il y a pareil avec les cordes il faut un peu de marche donc je suis en train de dire que cette marche cette errance ce voyage dans lequel Nerval passe son temps à nous embarquer je fais exprès de jouer sur les mots avec le sens argotique quasi argotique le mec qui nous embarque c'est le mec pas clair c'est pas et bien c'est pour aller où ? c'est pas pour aller en un centre c'est pas pour aller de Paris à Bruxelles c'est pour arriver comme à une clairière une clairière à un endroit où tout d'un coup on est désitué où on est à la limite de plusieurs foyers donc où on est partout et nulle part en même temps et puisque je parle de l'usage argotique du mot embarqué je vous ferai remarquer que lorsqu'il parle c'est le jour des morts que je vous écris vous savez je vous avais lu ce passage là pardon ces idées mélancoliques je vous l'avais cité pour remarquer
L'embarquement pour Cythère : de Watteau à Baudelaire
1:10:32 que c'était un peu bizarre qu'on doit s'excuser parce qu'il s'excuse d'être mélancolique le jour des morts je reviens pas on avait vu que c'est parce que le romantisme était passé de mode allons-y mais il ajoute le voyage à Cythère de Watteau a été conçu dans les brumes transparentes et colorées de ce pays c'est une Cythère calquée sur un de ses îlots calquée sur les étangs de l'Oise et de l'Aisne ses rivières au cours s'ilor et s'ilor vous voyez donc le tableau qui lui vient en référence quand il parle de ce paysage brumeux du Valois c'est l'embarquement pour Cythère Cythère c'est une île de Grèce c'est tout sauf brumeux c'est la lumière claire de Méditerranée où les contrastes sont bien affirmées cette lumière que sont allés chercher les impressionnistes pour fuir l'impressionnisme les post-impressionnistes puisque Van Gogh est allé en Arles vous êtes d'accord la lumière n'est pas floue avec un coup de mistral Cézanne Aix-en-Provence merci Gauguin il a rejoint d'abord Van Gogh en Arles n'est pas où il a peint
1:11:42 quelques tableaux de sa première manière et puis après carrément à Tahiti alors là c'est pas les brumes du Valois sauf que son dernier tableau c'est quoi à Gauguin je ne m'éloigne pas du sujet vous allez voir vous savez à Tahiti avant de mourir qu'est-ce qu'il peint un village breton sous la neige quand je vous dis qu'on vit dans la représentation qu'est-ce qui vous manque à Tahiti on a tous sous la main un village breton sous la neige c'est l'époque où Rimbaud fait le bateau ivre qu'il parcourt les mers du monde entier jusqu'à dire or moi or à partir du or il y a un virage dans le poème puisque là c'est triomphant or moi bateau perdu sous les cheveux des anses jeté par l'ouragan dans l'éther sans oiseaux moi dont les Monitors et les voiliers des Hanses vous savez la ligue hanséatique n'aurait pas repêché la carcasse ivre d'eau libre fumant monté de brume violette moi qui trouais le ciel rougeoyant comme un mur qui porte confiture exquise au bon poète il fallait attendre Rimbaud pour des phrases comme ça des lichens de soleil et des morves d'azur
1:12:52 on n'avait jamais associé la morve et l'azur avant Rimbaud dans un poète moi qui, moi qui je saute quelques passages moi qui tremblais sentant geindre à 50 lieues le rut des Béhémots et des maelstroms épais fileur éternel des immobilités bleues moi je regrette l'Europe aux anciens parapets ah il est mon lecteur oui je regrette l'Europe aux anciens parapets oh dis donc oh le virage il y avait la mer le vent les reflux les marées et là le parapet il n'y a pas plus immobile plus minéral tout d'un coup je regrette l'Europe aux anciens parapets c'est le même mouvement aller et retour si vous lisez Hölderlin vous verrez ça de près on peut dire que les parapets c'est glissant bravo surtout en cette saison je pense aux ruines de Carcassonne enfin aux ruines bien restaurées quand même voilà non c'est vrai donc le fait qu'il pense au voyage à Cythère
1:14:02 de Watteau alors le tableau de Watteau c'est vrai que lui il est plutôt préimpressionniste que méditerranéen si vous connaissez le tableau il y en a plusieurs variantes il y en a une au Louvre il y en a une aussi à Guggenheim à New York il y en a une à la Städel Galerie il y a trois que Watteau a faites chacune des trois bien sûr mais chaque fois il y a le point commun vous avez des personnages de rêve ceux des fêtes galantes leurs courtes vestes à queue leurs molles ombres bleues je ne me rappelle plus très bien le poème de Verlaine tourbillonne dans l'extase d'une lune rose et grise et la mandoline jase parmi les frissons de brise c'est fluide Verlaine qui s'embarque comme ça il y a une barque qui les attend en bas vers les temps un débarcadère vers une île une île qui pourrait être parfaitement dans l'Oise dans Watteau et un ciel doré un fond doré c'est la mort c'est tellement beau que ça ne peut être que l'au-delà or Baudelaire a fait un poème qui s'appelle l'embarquement pour Cythère si vous regardez bien dans les fleurs du mal je sais pas qui commence par le bonheur le navire glissait sous un ciel sans nuages comme un ange enivré d'un bonheur radieux tatatata une belle journée de navigation
1:15:12 quelle est cette île triste et noire c'est Cythère nous dit-on oh là là le ton change un eldorado banal pour tous les vieux garçons c'est dans le poème c'est pas oui Cythère l'île de Cythère de Vénus de l'amour de l'éclate de partout ce que vous voulez oui il paraît qu'il y a des îles pour Homo en grec il y a des îles pour les îles oui il y a des îles pour ceci c'est ce qu'on veut pour tous les LGBT il y a mille et les Mykonos je crois regardez après tout c'est une pauvre terre rajout Baudelaire et qu'est-ce qu'il voit sur l'île alors qu'on devait penser à des choses connotées à Vénus des choses galantes et Baudelaire dit il commence pas à dire ce que ce n'était pas ce n'était point le temple aux ombres aux bocagères où la jeune prêtresse amoureuse des fleurs allait le corps brûler de secrète chaleur entrebâillant sa robe aux brises passagères non qu'est-ce qu'il voit vous le savez c'est pionnée de fleurs du mal quand même Tristan je sais que tu as un grand Baudelaire vous avez oublié ce poème qui a fait partie des pièces condamnées soit étant passant dans la grosse un pendu bravo un gibet un gibet sur l'île
1:16:22 il y a un gibet parce que c'était occupé par les turcs à l'époque un mec qui avait dû je ne sais pas quoi il n'en fallait pas beaucoup pour agacer la sublime porte et il voit un gibet il y a un passage étant Baudelaire à le secret les intestins pesants lui coulaient sur les cuisses enfin il ne fait grâce d'aucun détail on était parti pour l'amour on est arrivé à la mort vous voyez je ne suis pas en train de m'égarer or Nerval dit ce qu'elle a été un salut a été inspiré par un passage du voyage en orient de Gérard de Nerval où Nerval passe au large de Cythère il dit allez enfin la Cythère nous avons rêvé et il voit le gibet voilà donc pensez-y à cette histoire de limites de frontières conçues non pas comme une ligne cette fois pas comme une limite en mathématiques mais comme un espace encore je ne m'y connais pas beaucoup mais on ne sait pas Thomas il y a peut-être des moments dans l'axiome de Cantor où ça se balade la limite quand même les intervalles fermés intervalles ouverts des histoires comme ça je trouve ça très intéressant mais je ne m'y connais pas il faut construire les réels pour ça c'est beaucoup trop compliqué
1:17:32 et donc voilà et encore une fois essayez de concevoir le côté dialectique de cette notion de limite de bord qui a dû le passage d'une chose à son inverse on a vu pour la falaise du horizontal au vertical du immobile au fluide etc. maintenant que j'ai assez insisté avec tous mes exemples pour montrer que le réel le réel empirique le réel dans lequel on se déplace dans lequel on vit le réel réaliste dont nous avons vu qu'il n'est pas vraiment réel en soi mais que c'est le phénomène que soit bien accordé entre nous s'est évaporé s'est phénoménalisé dans le passage angélique des jeunes filles où Nerval n'en retient que la surface où il peut projeter sa fantasmatique du déclin par exemple à le passage qu'on avait vu autrement dit qu'il n'y a pas de différence foncière entre le statut ontologique du rêve et le statut ontologique de Senlis vu par Nerval par une après-midi d'automne voilà ce que je suis en train de dire on peut à partir de là je vous avais dit c'est une grande ambition reprendre le grand espoir de refonder
Refonder les sciences humaines sur la prévisibilité du texte
1:18:42 les sciences humaines sciences sociales je ne suis pas un socialiste appelez ça comme vous voulez je ne suis pas un fétichiste du signifiant sur des bases solides je veux dire je vais un peu glisser là dessus je le dis très sérieusement maintenant la scientificité sérieuse tout le monde l'accorde qu'elle est acquise avec les sciences dites de la nature les sciences dures les sciences exactes ça dépend un peu des périodes mais en tout cas leur champ d'application je ne parle pas des mathématiques qui ne s'appliquent à rien mais qu'on applique à tout pardon je veux dire qu'ils n'ont pas besoin d'être appliqués pour être mathématiques mais qu'on peut appliquer à tout leur champ d'application c'est la nature au sens physique au sens général dans la mesure où la chimie la biologie la biomécanique en font partie par contre tout ce qui s'y oppose là encore je ne suis pas fétichiste appelé ça la culture si c'est Lévi-Strauss la nature culture l'esprit chez Hegel l'esprit la praxis l'histoire ça m'est égal c'est égal ça tourne autour de l'homme ce qui s'oppose à la nature ici là par contre la scientificité il n'y en avait pas
1:19:52 enfin pendant longtemps on ne s'est même pas posé la question il y en avait une il y avait une scientificité qui explique le comportement humain mais elle était confiée au religieux dans l'ancien régime jusqu'à la fin de l'ancien régime c'est le religieux qui explique ce qui ne va pas chez l'homme par exemple ce n'est pas à cause du péché originel que ceci que cela dans la religion chrétienne il y en a d'autres il y a des mythes fondateurs dans toutes les religions qui expliquent pourquoi la vie des hommes s'est raccourcie vous savez si vous avez le cru Le Cru et le Cuit de Lévi-Strauss vous allez vous régaler voir comment les indiens d'Amazonie expliquent pourquoi la vie de l'homme s'est raccourcie vous savez pourquoi elle s'est raccourcie c'est que je vais vite parce que le temps nous est mesuré mais lorsque le héros le jeune héros au sens des mythes de la narration est arrivé à voler l'art de produire le feu au jaguar qui était le maître du feu auparavant c'est pour ça qu'il mange cru maintenant et il a plus le feu qu'il nous l'a donné donc il l'a pris il y a une logique dans le pensée sauvage lorsque le jeune homme a pris le feu au jaguar et s'est taillé vite dans son village pour la porter
1:21:02 à son village et donc à l'humanité le jaguar bienveillant lui avait dit au départ fais attention dans la forêt tu vas avoir trois appels quatre appels de quatre arbres les arbres parlent dans le monde animé animiste alors tu réponds parce qu'il faut être poli à l'arbre au jatoba c'est des noms de végétaux mais il y a un seul arbre auquel tu ne réponds pas c'est l'appel du bois pourri il y a un arbre très connu c'est pas vous savez on fait comme ça et puis il en coule de l'eau quand on ne trouve plus d'eau en Amazonie c'est de l'eau douce c'est un bois qui est tellement humide qu'on l'appelle le bois pourri c'est une traduction tu ne réponds pas à l'appel du bois pourri d'accord et l'enfant s'en va il entend les trois appels il leur répond et il craque quand il entend l'appel du bois pourri ça doit être une musique incomparable l'appel du bois pourri parce que le gamin a craqué c'est depuis ce temps que la vie de l'homme est mesurée c'est qu'il a cédé à l'appel du bois c'est beau il ne faut pas écouter qu'est-ce qu'on parlait tout à l'heure de la Lorelei qui avec ses chants nous fracasse sur le vous voyez il y a des sons qu'il ne faut pas entendre il y a des musiques trop belles comme les Wagner
1:22:12 heureusement qu'on la joue mal la musique sinon vous fabriquerait des fous donc notre grande ambition il y a une logique dans les choses de la nature et il y a la folie dans les choses humaines tous les moralistes pendant des siècles quelle folie vérité au-delà des Pyrénées erreur en deçà quelqu'un qui est criminel là ne l'est plus là-bas c'est les hommes c'est varié c'est capricieux il n'y a pas de rationalité dans les choses humaines le réel est rationnel dans la nature mais il n'est pas dans les choses humaines voilà ce qu'on pensait jusqu'à la fin de l'Ancien Régime vous voyez je vous fais mesurer l'enjeu de cette comparaison des textes que nous avons fait car en montrant que le texte de Nerval est d'une prévisibilité égale à celle des éclipses dans l'astronomie je vais donner une autre monstration c'est pas modestie je ne dis pas démonstration mais enfin vous allez voir difficile de faire plus convaincant que son texte il y a donc dans ce qui est apparemment l'oeuvre de la fantaisie par excellence l'écriture de l'imagination de la création de l'arbitraire s'il y a du rationnel là comme le dit Frazer vous connaissez Frazer c'est un anthropologue spécialisé de l'Océanie enfin bref un des plus connus
Déterminisme naturel et déterminisme historique
1:23:23 avant Lévi-Strauss dans le champ de l'Océanie il avait dit cette phrase que Lévi-Strauss met en épitaphe à ses ouvrages aux structures élémentaires de la parenté s'il y a des lois quelque part c'est qu'il y en a partout c'est intéressant pour le déterminisme on y arrive je suis en train de dire qu'il y a un déterminisme aussi dans les choses humaines on me dirait mais attendez vous avez de mauvaises nouvelles ça je croyais que tu nous disais que le postulat de toute philosophie c'est la liberté parce que s'il n'y a pas la liberté c'est pas la peine de se poser la question que dois-je faire c'est bien vous savez votre leçon j'en suis ravi et je maintiens que comme dit Kant la liberté est un postulat de la raison pratique si on n'est pas libre il n'y a pas la peine de chercher ce qu'on doit faire puisqu'on ne sera pas capable de le faire puisqu'on n'est pas libre de le faire alors quoi maintenant tu nous dis qu'on est déterminé même quand on rêve même quand on écrit même quand j'écris ma petite amie enfin j'ai le droit d'inventer de produire des images non tout ça est déterminé attendez deux déterminismes bonne nouvelle déterminisme de la nature la terre fait tourner la lune autour d'elle
1:24:33 par sa masse je dis fait c'est une métaphore mais je ne suis pas en train de faire des équations donc je suis obligé de parler du langage naturel qui est métaphorique voilà rapport de force c'est le cas de le dire c'est pas la force de gravitation de la terre exclut que la lune échappe à sa gravité donc ça c'est un déterminisme qui s'oppose notamment à la liberté la lune n'a pas la liberté d'aller faire un petit tour autour de Saturne par contre quand c'est quand je je respecte le feu rouge j'obéis à une loi je ne dis pas que je fais ce que je veux c'est pas le caprice mais c'est pas une loi comme la terre la lune qui tourne autour de la terre vous voyez bien la différence la différence c'est que le feu rouge je peux le critiquer deux heures du mat quand il n'y a pas de flic non il ne faut pas le faire mais voilà je veux dire c'est la grande différence c'est qu'il n'y a pas de contraire dans la détermination naturelle le contraire est impossible je ne peux pas vivre sans manger je dois manger pour vivre ça ça ne doit rien à la culture ça ne doit rien à l'ordre symbolique là on n'est pas dans la surface on est dans l'arrière de toute sa profondeur
1:25:43 l'homme qui a faim n'est pas un homme libre disait celui qui a été le fondateur de l'indépendance de la côte d'ivoire Félix Houphouët-Boigny qui était un grand réactionnaire d'ailleurs mais enfin je veux dire c'est une belle phrase il pouvait venir que d'un africain fut-il réactionnaire qui n'est pas ses origines je dis ça parce que quand on est prof on a toujours la phrase du jour du président quand on entre en classe là-bas donc je l'ai vue 327 fois après cette phrase c'est toujours un chef de classe l'homme qui a faim n'est pas un homme libre c'est bien franchement et donc je ne peux pas vivre sans manger il ne faut pas dire je dois manger pour vivre comme si ça dépendait de moi comme si je me fixais ça comme impératif moral non je ne peux pas vivre sans manger ce n'est pas devoir c'est pouvoir par contre je ne peux pas vivre je ne dois pas mais je peux donc bonne nouvelle vous avez un déterminisme qu'on peut contourner vous devinez que je fais allusion à l'extraordinaire phrase de Rousseau dans l'Émile ce que les hommes ont fait les hommes peuvent le détruire il n'y a de caractère ineffaçable que ce qu'imprime la nature et la nature ne fait ni riche
1:26:54 ni prince ni grand seigneur je suis en train de dire que s'il y a des déterminations historiques de classe des choses qui s'opposent à la nature on peut les défaire je ne sais pas je ne lui ai pas dit qu'il suffisait de faire ça regardez le statut de la femme je ne vais pas le traiter aujourd'hui il n'y en a pas le temps je ne le traiterai jamais je ne sais pas si je suis bien placé Samuel tu es en retard tu voulais arriver discrètement mais il n'avait pas question bonjour et rebonne année François regardez moi je veux bien femme émancipée femme libérée je suis le premier pour mais que ça ne se fait pas du jour au lendemain le poids des millénaires est terrible je regarde chez moi en Corse encore le poids des habitudes encore à Bastia ça va mais un village si je parle avec une fille du village je vais dire qui c'est celui-là d'où il vient vous voyez c'est pour ça que les femmes sont fuies la Bretagne la Corse pour aller à Marseille à Paris on soit tranquille un peu je les comprends voilà c'est très long les mœurs ça a changé mais c'est possible c'est pas le déterminisme physico-chimique voilà la bonne nouvelle il y a donc deux déterminismes il y en a marre d'opposer le déterminisme
1:28:04 à la liberté en faisant du déterminisme quelque chose d'homogène un déterminisme naturel Y égale F de X vous pouvez rien faire contre ça et puis il y a je dois payer la taille la gabelle au Seigneur ah ben ça ça peut changer surtout si on s'y met à plusieurs voilà ça fait quand même une bonne nouvelle il reste 20 minutes pour les questions j'ai érodé de 10 minutes le temps des questions je ne voudrais pas en abuser donc je vous repasse la parole si j'ai quelque chose à dire de plus je le dirai en répondant à vos questions bon on va terminer sur une bonne nouvelle le déterminisme que nous avons mis en exergue grâce à Nerval je veux dire et qu'on va illustrer encore la prochaine fois parce que on n'a pas fini avec la nouvelle c'est pas un déterminisme implacable ah au sens le pays de marche oui d'où vient
Les marches : Ukraine, Balkans, plaine eurasienne
1:29:14 le titre de marquis dans la noblesse le marquis à l'origine c'est celui qui gardait la frontière c'est bien ça oui je le sais à cause de négro en équitable marquis oui marquis c'est celui qui tient la marche effectivement et il y a encore des provinces en Italie c'est le cas mais aussi en Allemagne la notion de marche vient de tenir lieu de frontières et la question c'est quoi ? non c'est pas une question oui mais ça veut dire que c'est des régions qui ont toujours été absolument et bien tu crois pas si bien dire puisque prenons un pays chaud actuellement dans la géopolitique l'Ukraine quelqu'un connait un peu l'étymologie du nom Ukraine je parle politique je parle de l'étymologie d'Ukraine qu'est-ce que ça veut dire ?
1:30:03 qu'est-ce que ça connote ? Ukraine la frontière je ne veux pas trancher entre les deux parties mais enfin c'est pas la vieille France ou bien la Grande-Bretagne c'est une région qui n'a jamais été bien définie c'est la frontière ça veut dire qu'à partir de là est-ce qu'on est en Russie ? est-ce qu'on est en Pologne ? est-ce qu'on est en Moldavie ? est-ce qu'on est... c'est un passage et donc c'est des lieux de conflit effectivement je pense encore aux Balkans toujours pour rebondir sur ta remarque sur la marche qui est excellente sur les Balkans pourquoi ?
1:30:43 parce que les Balkans c'est une région de fracture c'est par les Balkans qu'on passe de l'Asie à l'Europe du Moyen-Orient à l'Europe c'est par les Balkans qu'on passe de l'Islam vous savez que il y a un pays musulman au cœur de l'Europe c'est la Bosnie j'invente rien pardon ? et l'Albanie tu me l'ôtes de la bouche et l'Albanie encore plus bien sûr oui et 100% presque qui sont des des restes du puissant empire ottoman qui allait jusqu'à Vienne d'où la marche turque de Mozart vous savez et d'où les croissants vous savez tout ça les croissants c'est le croissant de l'Islam qu'on appelle des viennoiseries parce qu'il y a eu des étendards aux portes de Vienne les étendards des armées musulmanes avant que le polonais les mette en déroute bon et donc ils ont eu chaud les autrichiens donc ils s'en amusent après marche turque turquerie l'enlèvement au serail Mozart bon on a eu chaud frontière c'est des pays c'est des pays limites tout ça l'Europe centrale d'ailleurs le centre en général vous savez à partir il y a un film
1:31:55 qui s'appelle un soir un train tu le connais ça toi ? non avec Yves Montand c'est un très mauvais acteur sauf quand il est mis en scène par des grands réalisateurs j'aime bien comme chanteur mais comme acteur il est vraiment mauvais mais là il est bon c'est Delvaux Delvaux il a fait très peu de films tu ne connais pas Delvaux je ne suis pas cinéphile mais tu devrais m'intéresser à quelques-uns connaissent le cinéaste belge ah extraordinaire écoutez il n'y a pas beaucoup de cinéastes qui ont mis trois textes de Gracq à l'écran le rendez-vous de Cophetua non le rendez-vous de Bray le roi de Cophetua Belle qui se passe dans les Ardennes c'est un belge et non c'est pas lui le troisième c'est pas lui c'est un balcon en forêt c'est pas lui bon donc pourquoi pourquoi j'en parle là parce que dans ce film Un soir un train c'est un film où tous les films sont en flashback à partir d'un accident de train quelqu'un tombe dans les pommes il y a une syncope et tout le film est en flashback or pendant qu'il est dans un peu dans entre veille et évanouissement on entend des voix dans le compartiment dans le train
1:33:05 des gens qui sont comme ça le train est immobilisé en rase campagne il y a eu un accident il entend une voix qui dit et là commence une voix tout à fait réaliste qui parle à un autre interlocuteur là commence une plaine on est en Belgique Belgique et Hollande c'est le plat pays là commence une plaine qui ne s'arrête pas jusqu'à jusqu'à la Sibérie ça devient fantastique et c'est vrai géographiquement si vous regardez bien le pays des Ch'tis et nous l'Artois les plaines du nord là entre Beauvais et la mer c'est les derniers rétrécis les derniers centimètres sur la carte des kilomètres de l'immense plaine eurasienne hyper fertile c'est les terres de lœss ça vient depuis la Chine comme ça les blés d'Artois on s'est battu pendant le Moyen-Âge qui allait prendre les blés d'Artois Rois maudits etc voilà donc les marches oui c'est bien les Balkans qu'est-ce que j'ai dit entre l'islam et l'occident entre l'orthodoxie le catholicisme et l'islam les croates sont catholiques les serbes sont orthodoxes les bosniaques et la quasi-totalité des albanais sont musulmans c'est rare des pays comme ça et c'est de là
La France, pays où l'on s'arrête
1:34:15 qu'est partie la guerre de 14 rien que ça de sa région encore maintenant c'est un lieu de trafic de drogue d'armes puisque c'est sur la route du triangle d'or l'opium il vient là-bas de Thaïlande de Birmanie et il passe par là pour arriver chez vous bande de junkies le gros du marché il est dans les pays riches c'est ce que je veux dire donc c'est là qu'est le trafic d'armes comme par hasard c'est toujours les mêmes endroits les marches vous voyez que c'est pas clair dès qu'on s'attarde un peu sur ces régions là oui donc réfléchissez bien à la notion de bord même s'il y a des bords plus bords que d'autres on est toujours le bord de quelqu'un voilà mais enfin un pays comme la France pourquoi presque tous ceux qui l'ont traversé ont dit et si on s'arrêtait là n'est-ce pas ben oui regardez la Bourgogne c'est une riche province on est au coeur de la France la Bourgogne ne peut pas faire plus français la Bourgogne c'est des Burgondes les Burgondes c'est une tribu germanique quand ils sont arrivés là ils ont vu la Saône le rêve une rivière calme navigable des filles superbes
1:35:25 une cuisine des vins de la viande c'est pas possible le charolais est là on s'arrête là on bêche on arrête de piller eh oui je vais en accélérer mais c'est ça en gros les vikings quand ils ont vu la Normandie pareil eh oui c'est vrai le calva le beurre d'Isigny non mais c'est quoi des filles superbes partout des filles super partout presque autant qu'à Paris quand même le plus grand coup de génie politique des souverains français c'est les rois de France du haut Moyen-Âge qui ont dit aux vikings écoutez vous la voulez la Normandie vous la gardez on vous la passe on vous la file c'est moi le souverain là-dessus mais je vous laisse vous êtes mon vassal quand même mais vous nous protégez contre vos cousins pour la prochaine invasion et le dit de la Jurie jusqu'à aujourd'hui c'est quand même une bonne affaire voilà oui une question à peine mais je la pose quand même parce que je pense que ça aurait quand même un petit lien c'est la question la suivante je crois que
Répétition et libération : Ithaque et l'abbé de Bucquoy
1:36:35 dans le récit que tu fais du parcours de Nerval tel qu'il a raconté dans Angélique il y a l'idée que il s'agit de de ne pas aller au bout du détour vers Morte-Fontaine et vers la mer là vers la mer R.E. cette fois pour retrouver une sorte de chemin vers le politique qui est symbolisé par Rousseau c'est bien résumé ce qu'on conceptualise en fait c'est d'un côté une sorte de séduction qui serait la séduction un peu des sirènes mortifères tout à fait et donc rapport avec Ulysse ceci de d'une façon avec la répétition et face auquel enfin un chemin par rapport auquel l'alternatif c'est c'est donc Rousseau mais du coup tu vois ça ne parait pas rien de sec comme ça bon bah tu as bien de rattraper ton retard avec une question comme ça attends je t'ai un histoire c'est un peu la révolution c'est un peu républicain et c'est toujours ça n'a pas l'air c'est pas vraiment associé à la séduction aux premières approches la question est la suivante est-ce que finalement ce que le parcours qui est proposé implicitement chez Nerval et tel que toi tu le restitues c'est pas de revisiter l'esthétique qui correspondrait au projet républicain et pour là
1:37:45 je fais le raccord avec ce que tu viens de dire qui est en fait une esthétique non pas enfin une esthétique en fait populaire et qui s'enracine dans la viande d'Aubrac et dans jusque vers les danses populaires mais qui aboutirait à Bach je fais un raccord avec une petite vidéo on est bien d'accord et je sais que je sais que tu ne craches pas sur la viande d'Aubrac non tout à fait tu me racontes qu'il y a un petit rapport entre la bourrée populaire et certaines compositions de Bach donc est-ce que ton propos c'est pas une invitation si si des esthétiques populaires un peu comme Aragon dans la Diane française sur la poésie galante et tout ça oui et même d'autres poèmes en dehors de la Diane française tout à fait et Aragon fait grand cas de Nerval d'ailleurs comme par hasard bon je te remercie de ta question c'est pas une figure de style c'est vraiment une question qui tombe à pic parce que si vous devez tout oublier et si vous voulez revenir à Angélique à mon propos sur Angélique il vient d'être résumé par Samuel je vous ai dit dès le début de ce feuilleton que ça continuait mon feuilleton de la répétition vers la libération de l'année précédente c'est à dire du tour en rond d'Ulysse dans le grand O Omega de l'Odyssée qui va d'Ithaque à Ithaque
1:38:55 et de Carnage en Carnage si vous vous rappelez bien une tentative d'en sortir grâce aux ailes de l'ingénieur Dédale grâce aux ailes de l'ingénieur R. Dédale on échappe au cycle de l'ingénieur Ulysse à la répétition je résume la nouvelle se structure exactement comme tu dis et en plus j'ai le temps oui en plus les ultimes lignes de la nouvelle car Nerval, Nerval est trop discret pour dire comme Joyce d'un titre Ulysse n'est-ce pas à Dublin fin !
1:39:38 c'est l'acier d'Ulysse c'est le roman le plus célèbre de Joyce que je vous recommande mais à la fin après c'est fini c'est Sylvie c'est la fin c'est un curieux dialogue entre l'auteur et une voix imaginaire qui est visiblement le lecteur qui en a marre qui est exaspéré qui est fourbu, on arrive à la fin de la nouvelle, on n'a toujours pas le bouquin. L'auteur. Et puis, c'est ainsi que Diderot, comment c'est un conte, me dira-t-on ? Allez toujours, le lecteur qui en a marre.
1:40:08 Vous avez imité Diderot lui-même, qui avait imité Sterne, lequel avait imité Swift, qui avait imité Rabelais, c'est un procédé comique, on remonte dans le temps, voyez les auteurs, chacun a imité un autre. Lequel avait imité Merlin Cocaï, qui avait imité Petrone, le grand auteur latin de la décadence. Lequel avait imité Lucien, poète grec. Et Lucien avait imité bien d'autres, quand ce ne serait Nerval attend la dernière page pour nous le dire, que l'auteur de l'Odyssée. Et le terme est souligné, l'Odyssée. C'est vrai que Odisseo, c'est le nom d'Ulysse en grec.
1:40:38 Que l'Odyssée qui fait promener son héros pendant dix ans autour de la Méditerranée. Ça, ça veut dire, vous vous impatientez, au bout de 80 pages de mon récit, Ulysse, c'est de 20 ans, il a mis dix ans de guerre, plus dix ans de navigation. Autour de la Méditerranée. Alors soyez un peu patient. Ça, c'est pour ton histoire, qui fait presque exprès de ne pas arriver au but. Quand ce ne serait que l'auteur de l'Odyssée qui fait promener son héros pendant dix ans autour de la Méditerranée, pour l'emmener enfin à cette fabuleuse Ithaque.
1:41:08 Ithaque devient l'objet d'une fable. C'est, oui, comme je disais tout à l'heure, c'est l'imaginaire, c'est pas le réel, ça ne veut pas dire que c'est rien. Mais c'est de l'ordre de la fable. Cette fabuleuse Ithaque dont la reine, entourée d'une cinquantaine de prétendants, défaisait chaque nuit ce qu'elle avait tissé le jour. Mais Ulysse a fini par retrouver Ithaque, continue le lecteur impatient. Et j'ai retrouvé l'abbé de Bucquoy, répond Nerval. Preuve mathématique, en tout cas hyper logique, que Nerval assimile l'abbé de Bucquoy, le bouquin qu'on cherche, à l'équivalent d'Ithaque pour Ulysse.
1:41:41 C'est la fin de la quête. Et de même qu'Ulysse n'est pas tellement pressée de revenir regarder la télévision le soir à côté de Pénélope. Non, non, je ne suis pas mufle, je veux dire, c'est l'éternel mari, c'est un titre d'un roman de Dostoïevski. Et puis les femmes ont le droit de s'ennuyer au moins autant à côté de leur mec que le mec. C'est pas la question. En tout cas, il n'est pas pressé Ulysse, visiblement. Et par contre, il est très content chaque fois qu'il fait un stop-over, dans une île, une nouvelle étape, d'y trouver une femme, une plage, jusqu'à ce qu'un danger l'en chasse.
1:42:17 Jusqu'à ce que le carnage le rattrape. Donc, mais Ulysse a fini par trouver, il a retrouvé l'abbé de Bucquoy. Parlez-en. Je ne fais pas autre chose depuis un mois. Il nous dit tout, n'est pas la dernière page. Je ne fais pas autre chose que ce que Homère vous raconte dans l'Odyssée. Les lecteurs doivent être déjà fatigués. C'est curieux comme fin, cette fin qui ne finit pas comme ça, vous voyez. Donc ça, ça répond bien à ta question. Oui. Je le résume maintenant très clairement au cas où vous vous perdez. Mais ça va être abstrait, c'est résumé.
Deux déterminations, Mortefontaine et la tombe de Rousseau
1:42:48 Et je passe mon temps à le détailler, à le donner de la chair et du sang. Nous avons tous deux finalités dans la vie. Une détermination, j'en étais là, les deux déterminés. Une détermination contre laquelle on a du mal à lutter, qui est liée à notre constellation de naissance. Si je puis dire. Je mets dedans à la fois l'hérédité. Là, je n'y peux rien, je l'ai dit tout à l'heure, c'est la nature. Je ne suis pas né avec des yeux verts. L'hérédité et l'héritage, une autre détermination. Alors c'est différent. Je peux faire quelque chose, je peux l'assimiler, je peux au contraire me révolter contre, je peux le brader, je peux le cultiver et l'élargir.
1:43:22 C'est l'héritage, ce n'est pas l'hérédité, ne confondez jamais les deux. Aujourd'hui, j'en ai parlé pour Carmen tout à l'heure où il est question d'attenter à notre héritage, quand même. Donc nous avons tous notre constellation personnelle constituée de deux choses, de nature et de non-nature. Et nous avons par ailleurs un parcours collectif. Je veux dire de relation à l'autre pour commencer à être élémentaire.
1:43:52 Ne serait-ce que d'abord à la mère, à la nourrice, peu importe si c'est la vraie mère ou si c'est la nourrice, à l'autre d'abord. Nos premiers instants dans la vie nous sommes entièrement dépendants, absorbés littéralement par l'autre. Car comme dit Proust, admirablement, on ne pense pas à soi, on pense à sortir de soi. Surtout quand on vient du néant comme un nourrisson, de la douleur, du mal-être, de se recevoir d'un coup, la pesanteur dans laquelle il faut lutter.
1:44:23 Ce n'était pas le cas dans le ventre de la mère. La pesanteur, le froid, les cris, le bruit, la lumière. Donc on est absorbés, n'est-ce pas, de ce qui peut nous en tirer vers l'état civil, pour reprendre ce que tu disais. Donc première relation à l'autre, embryonnaire, et qui s'élargit après. Dès qu'on va à l'école, on découvre ce que c'est qu'une vie un petit peu de société civile. Voilà, c'est plus papa-maman, je suis un anonyme là-dedans. On a tous eu ces petites angoisses à l'école, mais ces joies aussi. On peut faire aussi un peu ce qu'on veut, les parents ne sont pas là, il y a un peu les deux.
1:44:53 Comme les chasseurs dans la forêt, ils sortent du village en Amazonie, donc ils peuvent un petit peu faire des choses que dans le village on ne peut pas. Le village tout est réglé, tout est codé. Mais en même temps, c'est dangereux. Ce n'est pas comme le village, la forêt. Voilà, c'est ça l'école. Et puis après, bien sûr, on peut encore s'incruster dans une équipe de football, dans un parti politique. Je suis sérieux, plaisant, peu importe, il y a mille façons d'avoir un instinct collectif. Or, effectivement, Nerval, pour aller très vite, est en permanence déterminé.
1:45:26 Comment le serait-on pas ? C'est notre cas à tous, par la détermination maternelle. Lui plus qu'un autre, je vous ai dit pourquoi tout à l'heure, à cause de sa constellation de naissance, avec cette mère qui abandonne le nourrisson aux cousines et aux tantes, comme ça, pour aller suivre son mari dans les guerres napoléoniennes. Donc, il est attiré. Et c'est pour ça qu'il, de Paris, nous a emmenés dans le Valois, parce qu'on est à 3 km, là, quand on est à Ermenonville, de Mortefontaine, dont il ne parle jamais dans Angélique. C'est intéressant. Il en parle dans Sylvie, il n'en parle jamais dans Angélique.
1:45:56 C'est pour ça cette nouvelle, j'y tiens. Parce que c'est là qu'il réussit le plus à ne pas être absorbé par le côté mortifère de la première pérégrination, l'Odysséenne. Par contre, on s'achemine vers la tombe de Rousseau, c'est-à-dire vers celui qui rédige le contrat social. Ô sage, tu nous avais donné le lait des forts et nous étions trop faibles pour qu'il pût nous profiter. C'est intéressant que Rousseau donne le lait. Non, je prends le texte à la lettre. On a toujours intérêt à regarder le texte à la lettre.
1:46:27 Le lait que la mère ne peut plus nous donner, car la mère c'est la morte fontaine. Une fontaine tarie, c'est une fontaine qui ne nourrit plus, qui ne désaltère plus, c'est affreux. Voilà que Rousseau, comme un oncle maternel en anthropologie, personnage bienveillant, en est le substitut. Précisément parce que lui, ce n'est pas quelqu'un qui prend la place de la mère pour jouer la même fonction. Parce qu'il nous donne la nourriture dont nous avons véritablement besoin. En tant qu'homme.
1:46:57 La nourriture spirituelle, si on est hégélien, c'est pas démocratique, praxique, voilà. Donc je réponds à ta question. Ce qui est extraordinaire, c'est dans cette nouvelle, les deux tendances se côtoient en permanence. Lorsqu'il dit, au début quand il quitte Paris, le lyrisme de ses observations, car il est lyrique dès qu'il arrive dans le Valois, ne doit pas vous étonner. Il dit au lecteur, ne doit pas vous étonner comme un impératif. Alors jusqu'à là, il s'excusait. « Fatigué des querelles vaines et stériles agitations de Paris, je mesure chaque mot, je me repose en voyant cette terre maternelle si féconde. »
1:47:34 Féconde maternelle s'oppose à stériles, les agitations de Paris. C'est lui qui nous a bien mené dans les bibliothèques et tout. Ce n'est pas nous qui avons décidé. Donc il y a deux espaces, l'espace de Paris avec ses stériles agitations, la quête intellectuelle abstraite. Puis, ces campagnes si vertes et si fécondes. C'est qu'on manque de pot, dès qu'il y a, je vous l'ai dit, cette surface sur laquelle je marche, le sol sur laquelle je marche, est jonché de cadavres. N'est-ce pas ? Puisqu'il est fasciné à chaque instant par les tombeaux qu'il découvre, par les restes de l'histoire.
1:48:05 Soit des restes singuliers, je pense au cimetière d'Ermenonville où il ne nous fait grâce d'aucune tombe. Jusqu'à, lorsqu'il parle des luttes qu'il y a eu à l'époque entre Armagnac et Bourguignons, il dit que c'est comme à Montépilloy, un village de l'endroit, où on a découvert des charniers et des amas cherchés de cadavres. Tout d'un coup, ça se multiplie. Donc cette terre qui devait être vivifiante, je reprends des forces sur cette terre maternelle, comme Antée dans le mythe, n'est-ce pas ? Celui qui, dès qu'il touchait terre, reprenait de la force, ce qui fait que Hercule a dû l'étouffer en l'air pour pouvoir en arriver à bout, je ne sais pas, dans le combat, parce qu'il était fils de Gaïa, voilà que cette terre maternelle est en fait une terre de mort.
1:48:44 J'ai raison. Donc, sur cette terre-là, il faut vite aller à la tombe de Rousseau, qui n'est plus liée à une identité, à une géographie déterminée, et à une histoire personnelle. Une tombe dans laquelle il n'y a plus ses cendres, puisqu'elles sont au Panthéon, tout le texte compte, là, tout d'un coup. Parce que dès qu'il en parle, il dit, voici la tombe de Rousseau, vide de ses cendres, on n'est pas là pour faire du fétichisme, on est là pour voir cette tombe avec les peupliers qui en sortent et qui agitent leurs branches au soleil. Si vous allez regarder un peuplier également au peuple dedans.
1:49:15 Mais non, je ne plaisante pas. C'est jamais immobile, les feuilles d'un peuplier. C'est un peuple en liesse, les peupliers au soleil. Voilà, je termine là-dessus. Merci pour ta question. Merci.