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Voltaire, un monde finit ; Rousseau, un monde commence
0:00 Parce que Rousseau a dit, être libre, c'est moins faire ce que l'on veut que ne pas dépendre du travail de l'autre. Très volontiers, d'abord à tout seigneur, tout honneur, cette belle formule avec Voltaire, un monde finit, avec Rousseau, un monde commence, et c'est de Goethe.
0:30 Goethe, c'est la génération immédiatement après Rousseau, c'est ceux qui vont participer à la naissance justement de ce qu'on a appelé, avec beaucoup de malentendus, le romantisme. Enfin, c'est la sensibilité moderne, tout simplement. Et Goethe, qui se méfiait beaucoup des romantiques et qui avait quelques raisons, avait, c'est typique de sa manière d'écrire, en une phrase, posé le problème. Il rend hommage aux deux, aux deux ennemis, qui ne pouvaient pas se blairer, comme on dit, termes familier.
1:01 Il le rend hommage, exactement comme le peuple de France, en particulier le peuple de Paris. Je fais allusion au passage célébrissime de Hugo dans Les Misérables avec Gavroche, qui en tombant chante, c'est la faute à Voltaire, c'est la faute à Rousseau, pour ironiser sur ce que disaient les conservateurs, déjà les réactionnaires. C'est les intellos qui nous ont amenés dans ce merdier, c'est la faute à Voltaire, c'est la faute à Rousseau, c'est l'on crève à Nanterre, c'est la faute à Voltaire, c'est l'on crève à Puteaux, c'est la faute à Rousseau, etc. Et en fait, c'est très bien vu, parce qu'on a besoin des deux. Il fallait la critique voltairienne, comme la termite qui ronge le bâtiment, quand même.
1:34 Voltaire, un monde fini, il a surtout critiqué l'église, le fanatisme religieux, l'intolérance, Voltaire. Les piliers un petit peu de l'idéologie de l'ancien monde, l'idéologie, je prends des termes modernes. Bon, mais enfin, grâce à Voltaire, en partie grâce à lui, la maison était par terre, mais après, pour construire, après il faut Rousseau. Là, il faut un monde commence. Qu'est-ce que c'est qu'un monde sans religion ? J'essaie de me situer ce qui est essentiel chez Rousseau, parce qu'on peut penser ce qu'on veut du religieux.
Rousseau et Clouscard face à l'intelligentsia
2:09 Je ne vais pas faire un débat métaphysique, ce n'est pas le lieu ici. Mais par contre, ce qui est sûr, c'est que la religion tient encore, pour des milliards d'êtres, le rôle de lien social, de référence communautaire. J'ai assez vécu dans un pays où le facteur religieux est décisif, où il est même impensable qu'on soit sans religion. J'ai participé à un recensement en Côte d'Ivoire. Je me rappelle les petits employés, parce qu'on prend un petit peu des... Il faut beaucoup de monde pour un recensement, ils me disaient, religion, c'est de se faire son questionnaire. Il disait sans.
2:39 Ah non, monsieur, on a un catholique, on a un animiste, mais il faut donner une religion. Vous ne comprenez pas, comme tu sais de sans religion, c'est mignon. Bon. Et Rousseau a bien vu le problème. On ironise sur l'organisation de la fête de l'être suprême par Robespierre, etc. Moi, je rends hommage à ce gouvernement qui s'est soucié de rendre la raison sensible. En général, on oppose la raison et puis les sens. Et on y reviendra. Mais Rousseau, c'est l'homme du numéro 3, si je puis me permettre d'être un peu abstrait, c'est-à-dire de la synthèse.
3:12 Parce que ceux qui ont resté à la thèse et l'antithèse se tourneront pendant des millénaires et des siècles. Si on ne s'élève pas au niveau 3, on ne comprend rien aux choses. Clouscard en parle beaucoup de la ligne des numéros et de ces numéros. Absolument. Je vois que vous vous êtes attaqués à cet ouvrage qui est un des plus difficiles. Et la partie de la plus difficile est celle à laquelle vous avez la gentillesse de faire allusion. C'est toute la première partie de la critique du libéralisme libertaire. Beau titre. Qui s'appelait, vous le savez sans doute, dont le titre initial, parce que c'est une réédition, c'était De la modernité, deux points, Rousseau ou Sartre.
3:47 Ça a été écrit quand même dans les années 70 et ça s'appelait déjà Rousseau ou Sartre. Clouscard voulait dire, bon sang, on avait Rousseau, qu'est-ce qu'on est allé chercher Sartre ? Quand on a une coupure aussi radicale que Rousseau, qu'est-ce qu'on est allé chercher Sartre ? C'est un brave gars, moi j'aimerais bien avoir Sartre à la place des extrémistes nazillons qu'on a maintenant en matière d'idéologie. Mais ça c'est quoi ? C'est bon, comment être de gauche sans être communiste ? C'était ça le problème de Sartre. Bon, c'est son problème, il a le droit.
4:19 On peut avoir d'excellentes raisons d'être non-communiste, voire anti-communiste, raison que je comprendrais bien, même que j'approuve parfois. Donc voilà, je ne suis pas assez clair du tout. Mais Rousseau occupe cette position, et d'ailleurs, je vais la tourner en rond, pas du tout, souvent j'ai fait le rapprochement. Clouscard occupe, par rapport à l'intelligentsia, disons de la parisianité, j'aime pas ce terme, parce qu'elle peut se trouver aussi bien dans le Luberon en vacances ou en Corse, d'ailleurs, oui à peu près, ou Glucksmann, BHL, ou M.V. Lankos.
4:51 La position de Clouscard par rapport à cette intelligentsia-là est la même que celle de Rousseau par rapport aux lumières. C'est frappant. Le huron, le sauvage qui arrive tout d'un coup dans un monde hyper codé, où on comprend tout de suite le mot d'esprit, où l'important n'est pas d'être vrai ou faux, l'important est d'être, veillez à ne pas être ringard. Il faut être branché. Ce qui m'a fait dire une fois à Sollers, je préfère assumer le rôle du progressiste ringard à celui du réactionnaire branché.
5:21 Voilà, parce qu'à partir de 68, si vous regardez bien, je ne vais dire pas à laquelle 68 je fais allusion, à partir de 68, le problème, c'est plus d'être progressiste ou conservateur, c'est que, mais non, c'est ringard, ça va aller gréviste, là, c'est le 19e siècle, ça, c'est pas possible, c'est fini ces trucs-là. Alors c'est marrant parce que ceux-là veulent privatiser la SNCF, c'est-à-dire revenir à l'heure-là vraiment du 19e siècle. En fait, ce sont les... c'est comme quand on dit que le marxisme est dépassé. J'espère, enfin, moi je suis pour dépasser tout ce qu'on veut, je veux dire, j'espère qu'il n'y a pas un discours qui clôt définitivement la recherche humaine, ce serait malheureux.
5:58 Enfin, si le marxisme est dépassé, prenons l'hypothèse comme valable, dans ce cas-là, le capitalisme qui est bien antérieur est dépassé, hein, si vous dépassez une voiture qui va de Lyon à Paris, s'il y en a une qui est à Mâcon et l'autre à Dijon, je veux dire, il y en a une qui est plus en retard que l'autre. Si le marxisme est dépassé, que dire du libéralisme qui lui est bien antérieur ? Je rappelle ça au passage, tout de même. Donc voilà, le rôle de Rousseau est incontournable parce qu'il ne s'est pas contenté de poser, de se faire l'écho des grands changements économiques qui est en train de se reproduire à la fin des 18e, il y a toute une classe, celle de la bourgeoisie montante, qui s'aperçoit tout d'un coup.
Bourgeoisie montante, ordre féodal et propriété
6:41 Pour le meilleur comme pour le pire, il y avait d'excellentes choses, cette bourgeoisie, c'est la classe la plus dynamique de l'époque. D'ailleurs, le manifeste du parti communiste de Marx commence par rendre... C'est le plus bel hommage à la bourgeoisie qu'on ait fait, les 50 premières pages, c'est les progrès que la bourgeoisie a fait faire. Marx dit, elle a liquidé la famille et la religion. Nice job, comme on dirait. Voilà. Une classe extrêmement dynamique qui était en pointe, qui n'était pas encore frileusement accrochée à ses positions de pouvoir, parce qu'elle ne l'avait pas, et qui n'était pas encore hantée par la montée du prolétariat.
7:17 La bourgeoisie a magnifiquement profité du Moyen-Âge jusqu'à la Révolution française, de l'antagonisme entre aristocratie et paysannerie. C'est ça la clé du problème et qu'on reçoit très bien. Voilà. Parce que la donnée du problème, la France traditionnelle jusqu'au 18ème siècle, c'est quoi ? C'est rapide, je vous rassure. Il y a le seigneur qui protège la terre. A l'époque, c'était vrai, je n'ironise pas. Il y a une époque où la féodalité est justifiée. Vous voyez, le marxisme, ce n'est pas ce qu'on croit, ce n'est pas la table rase. C'est donner un sens et tout.
7:47 Il ne faut pas que ça tarde trop. Mais au départ, il faut défendre le champ contre le seigneur voisin qui va venir, c'était la guerre de chacun contre tous au départ. La féodalité, le fief. Je dis ça parce qu'on y revient un peu avec le proximisme pétainiste envahissant d'aujourd'hui. Avec le déclin de la nation, le fief reprend tout un coup de l'importance. Les bonnets rouges. Donc, le seigneur protège le bien matériel. Le clergé, le prêtre, nous protège contre le diable.
8:19 Ce n'est pas négligeable pour les gens de l'époque. Et puis, il faut bien une troisième pour faire manger les deux premiers. C'est ça l'ordre féodal. Donc, il n'y a rien entre le paysan et l'évêque seigneur. Et puis, petit à petit, ça a été étudié au XIe, XIIe siècle, il commence à y avoir des circuits un petit peu de marchands. Et puis, la bourgeoisie va prendre petit à petit l'essor. Elle va s'affirmer surtout au XVIe siècle. Bien sûr, elle a fait un déclin. Lorsqu'elle aura dépassé les corporations, elle a longtemps bloqué son développement.
8:51 Avec le croisement de... Vous trouvez ça dans une magnifique description dans L'Être et le Code qui est pour moi peut-être le chef-d'oeuvre de Clouscard, le moins lu, qui est sa thèse de doctorat. Et qui est un de ses rares ouvrages, un de pas être seulement écrit à chaud, pas comme un pamphlet, parce qu'il vaut mieux que ça. Ce n'est pas un bouquin, ce n'est pas un livre. C'est un livre qui croise le fer. C'est vraiment un super résultat d'une longue recherche. procès de production d'un ensemble précapitaliste. En bon français, il fait l'histoire de France, pratiquement justement des temps obscurs, du tout début du Moyen Âge, jusqu'à la Révolution française.
9:23 C'est pour ça que je me permets de prendre pour illustrer le propos. Donc, cette bourgeoisie ascendante avait bien posé les problèmes en termes, disons, aujourd'hui on dirait sociétaux. Il est évident que le salon de Madame de Lambert, de Madame d'Épinay, les femmes étaient émancipées. Oui, dans l'aristocratie. À la campagne, il y avait le fléau. Je ne sais pas si vous avez déjà servi d'une faux, mais on a un tour de rein, vite fait, quand on n'est pas habitué. C'était terrible. Enfin bref.
9:55 Et voilà qu'on soit le premier à poser le problème politique. C'est bien, c'est bien de passer l'industrie. Mais je veux dire, et c'est pour ça qu'il est mal vu par tout le monde, par les pouvoirs, parce qu'il est le plus radical des lumières, puisqu'il va jusqu'à mettre en question la propriété. Et même pour les lumières, qui sont censées être l'avant-garde de l'époque, il est traité comme un chien crevé, comme on a dit pour Spinoza, parce que précisément, il met en question ce qu'est leur fondement, c'est la propriété.
10:26 Au point que Voltaire, et il faut leur croire, je lui rends hommage à Voltaire, parce que quand il mène la lutte contre, sa devise, là, écrasons l'infâme, contre l'intolérance, le fanatisme, il a raison. Et bien ce même Voltaire, qui en veut tellement au fanatisme, réclame la tête de Billot sur un Rousseau, la tête de Rousseau sur un Billot, pardon, il n'arrivait pas à le dire tellement que c'est gros, dans sa fameuse lettre, écrite à public, après que Rousseau ait formulé l'hypothèse qu'on devrait interdire les théâtres que Voltaire voulait ouvrir à Genève.
11:03 Donc les Lettres sur la montagne. Et c'est quand même frappant de voir que ce Voltaire perd son sang-froid, et il appelle à la prise de corps contre Rousseau, il se demande à ce qu'il soit arrêté physiquement, c'est énorme, c'est super. Voilà, simplement, parce que, ça me fait penser à votre question sur la grève tout à l'heure, parce que Rousseau a dit, être libre c'est moins faire ce que l'on veut que ne pas dépendre du travail de l'autre.
11:38 Ben oui, quand on voit les poubelles s'accumuler, qu'il y a grève des éboueurs, celui qui ne s'est jamais servi de ses mains pour évacuer ses ordures, il est plus embêté que celui qui est habitué à marner, tout simplement. Voilà, ça s'illustre à merveille dans un chef-d'oeuvre, un film de Losey qui s'appelle The Servant. Donc, exceptionnel à tout point de vue, ce Rousseau, parce qu'il est plein de contradictions, c'est apparente, c'est-à-dire des contradictions qui se lèvent quand on prend tous ses textes.
Lecture du Contrat social : de l'état de nature à l'état civil
12:08 Mais qui sont des contradictions pour lui-même. voilà quelqu'un qui passe son temps à déifier la nature et à maudire l'homme. Et puis, en fait, il fait exactement l'inverse. Citation célèbre, tout est bon sortant des mains du créateur, tout dégénère entre les mains de l'homme. Oui, mais, j'ai cité de mémoire, dans le contrat social, vous trouvez ceci. Chapitre 8 de l'état civil. Pardon. Oui, livre 1, chapitre 8, parlons de l'état civil. Donc, on parle du passage où on est passé de l'état de nature à l'état civil.
12:40 Ce passage de l'état de nature à l'état civil produit dans l'homme un changement très remarquable en substituant dans sa conduite la justice à l'instinct et donnant ses actions à la moralité qui leur manquait auparavant. Donc, on apprend déjà sous la plume de Rousseau que dans un état de nature, il n'y a ni moralité ni justice. Quoi qu'il se prive dans ce nouvel état de plusieurs avantages qu'il tient de la nature, il en regagne de si grand. Ses facultés s'exercent et se développent. Ses passions s'ennoblissent.
13:10 Je commente un petit peu en voix off. C'est pas que ça s'exerce, c'est se développe. Pas besoin d'être grand clerc quand on est modé pour voir l'incidence du langage sur la pensée. Que serait notre pensée ? En aurait-on une même ? C'est peu probable s'il n'y a pas de langage. Laissons cela de côté. Ses facultés s'exercent et se développent. Ses passions s'ennoblissent. Tristan et Iseut, c'est pas seulement la sexualité. L'amour devient... Pardon. La sexualité, qui n'a le sens qu'au niveau de reproduction de l'espèce, dans l'ordre naturel, va tout d'un coup servir l'individu.
13:41 Ben oui, c'est quand même pas mal. Et puis l'institution mariage, dans toutes les sociétés. Bref. Ses passions s'ennoblissent. Son âme toute entière s'élève à tel point que... Je fais exprès de faire un suspens de la phrase, tout d'un coup là. Parce qu'on a l'impression, on nous a mal enseigné Rousseau. Il est en train de dire qu'on a tout gagné à rentrer en société. Alors pourquoi on en fait un apôtre de la nature ? Et voilà la suite de la phrase. S'élève à tel point que, si les abus de cette nouvelle condition ne le dégradaient souvent au-dessous de celle dont il est sorti, autrement dit, en dessous de l'animal, il devrait, l'homme, bénir sans cesse l'instant heureux qu'il en arracha pour jamais, de l'état de nature, et qui d'un animal stupide et borné fit un être intelligent et un homme.
14:25 Donc c'est un texte clair, univoque, il n'y a pas à dire entre les lignes. Rousseau fait tout l'éloge de ce processus qui nous a fait passer de l'état de nature à l'état civil. Quand on exprime de telles contradictions, c'est qu'on a une pensée autrement riche, dialectique, dit Clouscard très bien, dans l'ouvrage auquel je faisais allusion tout à l'heure. dialectique parce que Rousseau s'élève justement à ce que j'ai vu, la tierce position tout à l'heure, qui renvoie tout ça dos à dos. Donc voilà, j'y tiens beaucoup. Si vous voulez que je résume l'essentiel de ce que je pense de Rousseau, parce que je présume qu'on a d'autres questions, je prendrai une image que je dois à Gérard de Nerval.
Nerval, Rousseau et la belle Gabrielle
15:05 J'aime bien l'utiliser, parce que Nerval était un grand lecteur de Rousseau. Il se trouve qu'une coïncidence fait que Nerval a passé son enfance au pays de sa mère dans le Valois, pas très loin d'Ermenonville-Chantilly, là où il y a la tombe de Rousseau. Donc ça lui est familier, la référence à Rousseau, depuis son enfance. Et il relate une petite anecdote, une nouvelle, je ne sais pas, très rapidement, une nouvelle, qu'il est écrite pour un journal sous forme de feuilleton à l'époque, et où ils arrivent à monter dans les ruines de Chaalis, vous pouvez encore admirer, à 3 km d'Ermenonville, de la tombe de Rousseau, il y a des ruines de l'abbaye de Chaalis, où Henri IV abritait ses amours avec la belle Gabrielle d'Estrées.
15:40 Vous allez voir pourquoi. Je passe au bling-bling tout d'un coup. Parce que, à un moment donné, Nerval, dans sa nouvelle, parle du fils du garde de Chaalis, qui leur montre les lieux, et qui leur dit, « Voici la tour de la belle Gabrielle. Tous les soirs, Rousseau venait pincer de la guitare sous sa fenêtre, et le roi qui était jaloux a fini par le faire mourir. » Bien sûr, Nerval commence par rigoler. Parce qu'il est comme vous, comme moi, entre gens cultivés et paysans, qui ne sait même pas que Henri IV et Rousseau, c'est trois, c'est une différence, c'est deux siècles.
16:14 Bref, il fait des analogies, puis Rousseau n'est pas mort du tout, parce que le roi, là. Et puis Nerval va à la ligne, et dire que c'est un fou qui écrit avec une lucidité, et il dit, « Cette anecdote est peut-être plus vraie qu'on ne croit. » En refusant les 100 louis de Madame de Pompadour, Rousseau a ruiné l'édifice monarchique fondé par Henri. Tout s'est écroulé, son image immortelle demeure debout sur les ruines. Et voilà, tout d'un coup, l'extension de la figure de Rousseau, comme une statue qui se déroule sur les ruines de l'Ancien Régime.
16:44 Or Nerval voit trois choses. Il est sur le point de vue ternaire. Il voit trois instances. Le roi, sa favorite, Rousseau, le challenger qui va passer de la guitare sous la fenêtre, la favorite du roi. C'est joli comme les paysans arrangent ça. Bon, Rousseau en Casanova avec l'échelle de soie, ça fait drôle. Et, ça veut dire quoi ? Ça veut dire qu'il a bien vu, quelque part, que la relation économique n'est pas que dans les statistiques du monde ou du Financial Times. Que la relation à l'Eros, à l'amour, à nos canons de valeur esthétique, passe, la lutte des classes passe par là aussi.
17:20 Qu'est-ce que fait Rousseau ? Il va disputer la propriété du patron. Et même sa jouissance suprême. La femme étant ici la métonymie, comme on dirait en linguistique, une allusion à des millénaires d'extorsion de la plus-value en termes marxiste. La quintessence, de la jouissance, de la propriété, du profit, tout simplement. C'est ça qu'il aurait pu, il a fait d'ailleurs, il a épousé, une paysanne analfabète, comme vous savez, la Thérèse qui faisait des fautes d'orthographe. Voilà. Mais c'est pas un hasard, c'est la plus grande passion amoureuse de la vie de Rousseau, c'est Madame d'Houdetot.
Rousseau et la phrase moderne
17:55 Grande aristocratie s'il en fut. Et voilà. Alors je retiens ce triangle qui résume ce que je pense de Rousseau. C'est le seul qui ne laisse rien de côté. Le politique, l'économique, le social, le poétique, l'esthétique en général, et le poétique en particulier, puisqu'on doit à Rousseau le passage à la phrase moderne, quand même. Je fais une petite parenthèse là-dessus, mais ça aussi c'est important. Voltaire écrit à la perfection. Voltaire est allé au lycée très tôt, il a appris à faire des vers, voilà encore Rousseau était dans le grenier de son oncle, il était vagabond sur les routes, on ne peut pas faire plus opposer symétriquement.
18:30 Et voilà que Rousseau a mis du temps, ce n'est pas un bon écrivain spontanément, vous lisez ses premiers ouvrages, le fameux discours sur les sciences et les arts, du point de vue message, c'est super, d'ailleurs ça a fait un choc, mais par contre c'est le style un peu ampoulé, c'est encore un peu emphatique, avec des ô, des ô. Et puis vous arrivez tout d'un coup, je passe à l'autre extrême, à sa dernière publication, Les rêveries du promeneur solitaire, et là vous voyez la phrase, dont va rêver tout le... Tout le 19ème siècle, c'est-à-dire cette phrase, fusion de la prose et la poésie, dans une espèce de phrase continue, je vais terminer sur une citation, si vous voulez, de la cinquième promenade, le flux et le reflux de cette eau, parce que quand il est au bord du lac, le flux et le reflux de cette eau, son bruit continu, mais renflé par intervalles, frappant sans relâche, mon oreille et mes yeux, supplé au mouvement interne que la rêverie éteignait en moi, il suffit à me faire sentir avec plaisir mon existence, sans prendre la peine de penser.
Critique de l'économie politique et continents scientifiques
19:30 Des phrases comme ça, on n'en avait jamais. Voilà. Avec Rousseau, le monde commence. Je suis très conforté par votre question, parce que c'est effectivement... Vous n'êtes pas victime d'un malentendu très répandu. C'est que le marxisme, d'abord, serait une économie, une théorie économique, de gauche, de l'extrême gauche, qui viendrait s'opposer aux théories économiques dites-moi, ou capitalistes ce que l'on voudra.
20:01 En fait, c'est un contresens. Comme vous dites très bien, il n'y a qu'à voir le titre. C'est le titre d'origine du capital. Vous savez, ça devait s'appeler Critique de l'économie politique. Et titre d'un ouvrage que Marx va publier, mais avec cette fameuse préface qui contient, à mon avis, le plus de marxisme dans le moins de pages, pour ceux qui n'ont pas beaucoup de temps de travail, il reste la fameuse préface de 1859, à la contribution à la critique de l'économie politique.
20:35 Le titre est clair. Ce n'est pas l'économie politique. C'est au contraire une critique de la prétention de l'économie politique à se constituer en sciences autonomes. Autonome de quoi ? Je laisse la question entre parenthèses pour l'instant, très rapidement, parce qu'aujourd'hui, nous voyons un foisonnement des sciences humaines. Sociologie, psychologie sociale, enfin, je vais dire, la liste est longue. Or, c'est un rare point sur lequel je suis d'accord avec Althusser, donc j'ai quand même dû rendre cette justice.
21:12 Surtout que ce point-là, il le doit à la grande école épistémologique française, à Bachelard en particulier, à savoir que, de même que Euclide, le collectif qui est derrière ce nom, peu importe, on ne sait pas très bien, inaugure le continent mathématique, le continent, pour voir des sous-régions, géométrie, algèbre, topologie, après, il faut attendre quand même quinze siècles. Galilée ouvre le continent physique, pour la première fois, il y a une théorie appliquée, qui s'applique au monde dans lequel on vit, quand même pas rien.
21:45 Là aussi, continent, dedans, il y a la chimie, la biologie, l'essentiel de la biologie, ça, c'est la partie de la physique que les étudiants comprennent bien ce que je veux dire. Et, qu'est-ce qui reste ? Alors, mathématiques, physique, biologie, on a fini avec les sciences dures, comme on dit maintenant, les sciences de la nature, pour être plus rigoureux, et donc, il reste les sciences humaines. Mais attention, mathématiques, Euclide, en gros, entre sixième et quatrième siècle, avant Jésus-Christ, tout ce mouvement, après, il faut attendre le passage du XVIe et du XVIIe siècle pour commencer à voir Galilée, la physique, après, ça s'accélère, la chimie, Lavoisier, fin XVIIIe, puis, la biologie, Claude Bernard, celui qui disait, le vivant, c'est le mort.
22:32 Et, on voit bien qu'il y a une progression dans cette histoire des sciences, par un détour pour répondre à la question, mais je crois que c'est important de le poser comme ça, qui, en gros, va vers nous, c'est-à-dire, de ce qui est le plus loin, le plus général, quoi, si A égale B, B égale A, bon, ça va, c'est valable pour tout. Puis, la physique, c'est déjà plus proche du monde dans lequel on vit, la chimie, la biologie, on sera proche des êtres vivants, c'est nous, à la fin, il devrait y avoir la politique, c'est une science exacte qui viendrait clore l'édifice des sciences, c'est le grand rêve des philosophes depuis toujours, depuis Platon, comme vous lisez La République, tous ces problèmes ne cesseront pas tant que, ou bien, les philosophes auront pris le pouvoir dans la cité, ou bien que ceux qui ont le pouvoir dans la cité, s'adonnent à la philosophie, toute simplicité dans le sixième livre de La République.
23:19 Bon, ici, vous voyez déjà, le conseiller de prince. Donc, c'est très important de voir ça. Et, vous voyez, comme tout se tient, vos questions sont très homogènes aux champs qui nous occupent. Je reviens à Clouscard, parce que vous m'y faites revenir. Clouscard disait, sous une forme de boutade, une fois, et je le connais bien, il avait toujours de sérieux dans ses boutades, il disait, les sciences humaines, parce qu'il avait l'accent du Tarn, ont été inventées pour verrouiller le marxisme naissant.
23:52 C'est une scientificité douteuse, quelque part. Donc, l'économie en fait partie, et maintenant, je réponds à la question que les sciences suspendent tout à l'heure, c'est, cette prétention, Marx, en disant critique de l'économie politique, veut faire, met en doute la prétention de l'économie politique à se constituer comme science autonome, de l'histoire. Voilà, je reprends une dernière fois et j'enchaîne maintenant, Euclide ouvre le continent physique, Galilée ouvre le continent, quand je dis en mathématiques, Galilée ouvre le continent physique, puis biologie, Marx ouvre le domaine de ce qu'on appelle maintenant les sciences humaines, mais il ouvre le continent histoire.
24:33 Pour la première fois, il y a la possibilité, il a à peine esquissé, c'est le premier, donc c'est le plus mauvais, forcément. C'est très hégélien, ce que je dis. La première partie est toujours la plus fausse, en fait. Et, ou le plus abstrait, faux au sens abstrait, pas faux au sens inexact, mais faux au sens de dire qu'est-ce que Mozart, c'est un musicien autrichien. Bon, voilà, c'est pas inexact, mais on n'a pas répondu grand chose encore. Hitler aussi est un autrichien. Donc, très important de voir ça, Marx ouvre le continent histoire à l'intérieur de laquelle se trouve tout ce que vous voulez.
25:06 La géographie humaine, comme on dit dans les académies, quand vous survolez l'Amazonie, je ne sais pas, il n'y a pas d'histoire, là c'est la nature, attention. Et puis, pour une fois, une nature à peu près brute, parce que ce qu'on appelle chez nous la nature, dans le discours, y compris écologique, mais pour autant, c'est le paysage qui est bien différent. Il y a 10 000 ans d'efforts de l'homme sur la nature, dans le paysage. Pour en arriver au bocage poitevin vous savez, dans le foie des médiations historiques. Et c'est pour ça qu'il est si beau. Donc, l'Amazonie, et puis tout d'un coup, vous voyez, ah, une clairière de l'ordre, c'est l'homme.
25:39 Un village indien, j'imagine, vu un hélicoptère. C'est un hélicoptère imaginaire, bien heureusement, parce que les vrais hélicoptères, ils les mitraillaient, les Indiens, où il leur envoyait la mort au rat, qui dégage des bonnes terres. La case des hommes, la case des femmes, une organisation, et là, tout d'un coup, on voit des choses qui existent tout à fait autant que les hommes, mais dont on ne peut pas déduire ni l'apparition, encore moins l'organisation, en termes purement physico-chimiques. D'accord ? Je sais que la prohibition de l'inceste, je ne veux pas rappeler tous les petits trucs, la prohibition de l'inceste, par exemple, qui est fondamentale dans toutes les sociétés humaines, malgré leurs différences de mœurs, c'est qu'elles n'existent pas dans le monde animal.
26:16 Vous mettez des lapins, c'est ce qu'ils ont fait en Australie, comme on sait, il y en avait des millions, qui sont tous consanguins, si je puis dire. Donc, c'est important de rappeler ça. Marx ouvre le continent histoire, et là encore, on doit cette coupure à Rousseau. Même si Marx critique les aspects qui restent encore abstraits, bourgeois sont abstraits chez Rousseau, le rêve de la petite propriété individuelle, et surtout l'insistance de l'économie rurale, beaucoup plus que l'économie industrielle chez Rousseau.
La liberté comme fondement et l'occultation de l'histoire
26:55 Mais ça, Marx ne pouvait pas l'approuver, et je ne tranche pas. Mais, en tout cas, il a très bien compris, et comme Hegel l'avait fait avant lui, la coupure décisive avec Rousseau, c'est que le fondement de l'homme, c'est la liberté. Comme fondation, pas comme but, ou idéal à atteindre. C'est-à-dire que ça n'aurait pas pu apparaître le monde humain s'il n'y avait pas une marge de manœuvre par rapport à la lune qui tourne autour de la Terre et qui n'a plus le choix. Ça, c'est vraiment le déterminisme béton, je veux dire. Si la lune se dit, tiens, si j'allais tourner autour de Mars pour me changer, mais non, c'est le plus fort qui gagne, la masse de la Terre, c'est Newton, je veux dire, fait que la lune, qui voulait peut-être aller comme ça, ben non, il y a un compromis entre tomber directement, verticalement sur la Terre ou aller tout droit, et c'est ce qu'elle fait.
27:38 C'est le problème du secteur, la dérivée, comme on dit. Donc, voilà, rappelons-nous d'abord ça, c'est que Marx inaugure le continent histoire, à ce moment-là, apparaissent comme par hasard Durkheim, machin, ce sont des grands messieurs, je ne suis pas en train de dire que c'est des imbéciles, ce n'est pas parce qu'il y a une opération idéologique derrière qu'on dit des bêtises. On peut être un réactionnaire intelligent, mais enfin, je veux dire, il est visible que le cafouillage dans lequel se trouvent les sciences humaines aujourd'hui vient un petit peu de ce péché originel qui n'a jamais été mis à plat.
28:10 C'est quelque part, ils ont tout un compte à régler avec le marxisme, que ce soit Bourdieu, que ce soit Lévi-Strauss, c'est énorme, mais Lévi-Strauss fait un travail extraordinaire, en particulier sur la parentologie, je veux dire, je dévore les ouvrages de Lévi-Strauss, mais, il y a quelque part un blocage, c'est toujours celui-là. Comme dit Lévi-Strauss, pourquoi je parle de bien ? Je suis privilégié en parlant de Marx, parce qu'il a dit, moi, je m'occupe des sociétés sans histoire. Joli jeu de mots, société à la fois hors de l'histoire et pacifique, sans palabres, comme on dit en Afrique.
28:40 Voilà. Donc, ce n'est pas un hasard. Ce n'est pas un hasard. Anticipant, là, sur cette vague structuraliste qui, dans l'aspect le plus important pour moi, n'est pas tellement le côté structuralisant, parce que ça, quelle est la science qui ne structure pas, quelque part ? Quelle est la forme de pensée qui ne structure pas ? Moi, je n'ai rien contre les structures. Par contre, c'est la négation, la tendancielle négation de toutes les références historiques, voire temporelles, dans cette pensée-là.
29:10 Vous pensez, pardon d'être un peu abstrait, mais c'est à partir de Lévi-Strauss que tout d'un coup, la synchronie est privilégiée dans la approche des sciences humaines, même si la notion est empruntée à Saussure, qui était le modèle de Lévi-Strauss, comme de tous les... La sociologie d'époque. Voilà, très rapide. Marx, lui, je veux dire, n'a pas voulu faire bon marché comme ça de cette coupure que Rousseau avait inaugurée. Laquelle ? La coupure historique. Je veux dire, par là que Rousseau n'est pas à faire de l'histoire.
29:41 Voltaire était un excellent historien, le siècle de Louis XIV, un magnifique ouvrage d'histoire. Je ne sais pas ça, Rousseau n'a fait l'histoire pratiquement de rien. Mais, il a amené pour la première fois des matériaux pour faire véritablement de l'histoire. Qu'est-ce que je suis en train de dire ? Il montre que l'histoire est constitutive dans notre être intime. Voilà, que ce n'est pas une partie rajoutée comme ça de l'extérieur qui viendrait se greffer sur un essentiel qui serait naturel et inné. Ce philosophe qu'on prend pour un naturaliste est le plus anti-innéiste qui existe.
30:11 Je veux dire par là que quand il parle de l'esclavage, par exemple, Rousseau, dans le contrat social, c'est pas un hasard. Le début du contrat social ne parle que du fameux droit du plus fort. C'est pas un hasard si ça commence par ça. Il donne l'exemple d'Aristote qui, à l'inverse de lui, disait il y a des hommes nés pour commander et des hommes nés pour obéir. Et Rousseau ajoute un peu ironiquement Aristote avait raison mais il prenait l'effet pour la cause. Les hommes perdent tout dans leurs fers jusqu'au désir d'en sortir.
30:43 S'il y a des esclaves par nature, c'est ce que dit Aristote, c'est qu'à l'origine il y a eu des esclaves contre nature. Donc il restitue cette dimension de l'histoire qui est toujours occultée le plus souvent et jamais autant qu'aujourd'hui. Je n'ai jamais vu une génération, je ne parle pas, je déteste le discours générationnaliste si vous voulez qu'il reste en termes de génération, je parle de génération pédagogique là, je pense au Manuel Scolaire en particulier, je suis effaré de voir ce qu'il reste d'histoire dans les manuels d'aujourd'hui. L'Union soviétique c'est le goulag à peu près.
31:15 Par contre, les institutions européennes, le Conseil européen à l'Assemblée et tout. Et puis, on ne sait pas s'il y a Erasme avant, après Jésus-Christ, c'est secondaire, tout ça. Et donc, je vous ai dit tout à l'heure que j'aurais sans doute été un des premiers fusillés sous Staline, donc je ne défends pas ce politique. Mais enfin, si vous et moi ne sommes pas sous la botte nazie aujourd'hui, c'est grâce à l'armée rouge. On a fêté le débarquement récemment. Je rends hommage aux 50 000 gamins qui ont laissé leur peau sur les plages. Ils ont été plus superbement héroïques, ce n'est pas la question.
31:47 Mais enfin, tout de même, je dirais même qu'on aurait pu les envoyer avant. L'état-major soviétique, le Kremlin, demandait depuis des années à Roosevelt ouvrez-nous un second front, on n'en peut plus. Vous savez, l'Occident, s'il pouvait s'entretuer entre allemands et soviétiques, on va tirer les marrons du feu, de toute façon, c'est les allemands qui vont gagner. Ils n'avaient pas prévu Stalingrad. On va tirer les marrons du feu. On est fait pour s'entendre. Ce mec-là qui a maté les syndicats et Hitler s'entit bien. Vous savez, avec les slogans de la bourgeoisie française avant-guerre, vous lisez ça dans la presse, plutôt Hitler que le Front populaire.
32:20 Tiens, ça me rappelle quelque chose. Plutôt les petits nazillons de Kiev que les mineurs du Donbass. C'est pire que ça. Maintenant, on fait passer les mineurs pour des fachos. En gros, Poutine, c'est un facho. Vous avez vu, le crâne rasé, les commandos, ce n'est pas ma tasse de thé. Il ne faudrait pas pour lui exagérer en Russie. Mais enfin, quand même, quand on a les discours qu'on a en Occident, il n'y a pas besoin de les chercher. Poutine, qu'on trouve à la réhabilitation des nazis, je vous rappelle qu'il y a des chefs-d'oeuvre de Clouscard, qui s'appelle Néo-fascisme, l'idéologie du désir.
32:53 Et c'est Deleuze et Foucault, là, qui désignaient comme néo-fascistes. Ce n'était pas Le Pen. Ce n'est pas trompé d'adversaire, Michel. Donc, j'y tiens, ce côté-là de Marx ouvrant le continent histoire et reprenant la coupure rousseauienne. C'est-à-dire qu'entre l'ordre naturel et l'ordre humain, il y a un abîme infranchissable, je reprends ça à Kant, c'est un abîme infranchissable, qui est la liberté. C'est-à-dire, je reprends la citation de l'Émile, dans l'Émile, vous avez ce passage superbe où il insiste pour que son élève apprenne un métier, pour que l'élève, oui, son élève, il parle avec sa mère qui appartient à l'ancien régime, qui est une aristocrate, il dit, madame, il faut que votre fils apprenne un métier manuel.
L'Émile : ce que les hommes ont fait peut être défait
33:34 C'est un mal. D'abord, l'aristocratie ne travaille pas, manuel ou intellectuel, ne travaille pas. Et déjà, travailler, c'est assez s'abaisser, mais en plus, travail manuel, il est tombé sur la tête, le pauvre Rousseau. Merci. Et voilà. Donc, lui, mon fils, un métier à mon fils, mon fils artisan, monsieur, y pensez-vous ? J'y pense mieux que vous, madame, qui ne voulait jamais le réduire qu'être un marquis, un lord, et peut-être même un jour moins que rien. Moi, je vais l'élever à l'état d'homme que si peu d'hommes savent remplir.
34:06 Et là, dans ce passage, alors on a fait allusion tout à l'heure à cette belle phrase où il dit qu'être libre, c'est ne pas dépendre du travail des autres beaucoup plus que faire ce que l'on veut, enfin croire faire ce que l'on veut alors qu'on ne fait que ce qui nous plaît, ce qui n'est pas tout à fait pareil, je reviendrai. Et il dit tout ce que les hommes ont fait, les hommes peuvent le détruire. Il n'y a de caractère ineffaçable que ce qu'imprime la nature et la nature ne fait ni riche, ni prince, ni grand seigneur. Une phrase extraordinairement libératrice parce qu'il montre que ces choses dont on disait qu'elles étaient dans l'ordre des choses comme Dieu l'avait voulu, en gros, naturelles, quoi, on est né comme ça.
34:42 Ben oui, mon pauvre, je suis des paysans donc je mourrai paysans. On ne peut pas, on l'a dit tout à l'heure, devenir noble, il faut naître noble pour être noble, etc. Donc, cette malédiction du définitif, voilà que Rousseau dit non, tout ce qui vient de ce que les hommes ont fait peut être défait. Il faut garder le bien, il ne suffit pas de faire table de rase, on peut enlever le mal. Donc, si les différences de positionnement social, de classe, il ne faut pas parler obscène, parce qu'il ne faut plus parler de classe sociale, là, je fais des parenthèses importantes, mais on s'entre-tuit de tous les côtés maintenant entre identités.
35:15 Corses contre français, chiites contre sunnites, Hutus contre Tutsis, hommes contre femmes, féministes contre là, jeunes contre vieux, on dresse les jeunes contre les vieux, on l'a dit tout à l'heure, ceux qui ont un emploi par rapport à ceux qui n'ont pas d'emploi, la guerre civile généralisée, Clouscard avait dit le capitalisme portera la guerre civile chez les pauvres. Très belle citation. Parce que c'est surtout les pauvres qui sont victimes de ces guerres civiles et qu'à voir ce qui se passe en Ukraine ou au Moyen-Orient. Donc, toutes les oppositions sont bonnes pourvu qu'on ne parle plus de lutte de classe.
35:47 C'est terrible cette époque quand même, je vais dire. Il vaut mieux des identités fantasmées d'accord, que une lutte de classe. Alors, quelquefois on dit ce qui n'est pas bien avec les marxistes c'est qu'ils sont pour la lutte de classe. C'est fabuleux comme contresens. A ma connaissance, Marx est quand même son principal souhait, c'est une société sans classe, il ne peut y avoir de lutte de classe que là où il y a des classes. C'est complètement contradictoire. Et en plus, quand des ouvriers, oui, on y revient toujours, quand des employés, des salariés font la grève, en général, c'est un acte de défense.
36:19 La guerre des classes ne vient pas d'eux. Je veux dire, ce n'est pas eux qui ont institué la propriété des moyens de production et d'échange. Ce n'est pas eux qui tout d'un coup ont décidé ce qui s'est passé depuis les 40 dernières années, que vous vous rappelez les 40 honteuses, c'est-à-dire un transfert, si les économistes le savent, entre 10 et 15% du travail vers le capital. Donc, c'est une réaction, quelquefois désespérée quand il ne reste plus grand-chose. Et voilà. Donc, je tenais à rappeler ce côté-là parce qu'il y a d'énormes contresens sur le marxisme comme une économie politique qui serait d'autant plus dépassée.
Critique de l'économisme : Grèce, Pologne, Thiers et fascisme
37:03 D'ailleurs, l'économie elle-même est critiquable. Marx, c'est au contraire une critique, encore une fois, de la prétention à l'économie. C'est une critique de l'économisme. Une prétention à l'économie à s'instituer en discipline autonome. Je n'ai rien. Il y a des économistes très brillants. Il faut travailler ce qu'on appelle aujourd'hui les sciences économiques à condition, ce que font rarement les économistes, à condition de montrer qu'on est dans un champ qui est balayé par d'autres champs qui sont souvent plus décisifs.
37:33 Voilà. Je prends un dernier exemple. Si vous prenez que la logique purement comptable qui fait que il y en a qui sont des cigales comme vous le savez, les gens comme moi, les gens de Méditerranée, l'Espagnol, les Italiens, c'est des jean-foutre. Je veux dire qui foutent de rien et qui sont parasites. Et puis, il y a des gens sérieux dans le nord de l'Europe qui bossent. Cigale et la fourmi, c'est ce qu'on entend à peu près depuis le début de la crise et d'une manière, comme vous lisez la presse allemande, moi, je caricature à peine.
38:04 C'est beaucoup plus violent que ça. Je veux dire, pour parler des Grecs ou des... Je reviens à ce partage-là. Je veux dire, c'est quand même extraordinaire comme histoire parce qu'après tout, je veux dire, si la Grèce a une énorme dette, c'est vrai, une des plus grosses parties de cette dette et du déficit de sa balance commerciale, c'est les achats d'armes qu'elle a fait à l'Allemagne.
38:34 L'Allemagne a vendu pendant des années des quantités d'armes à cause de la tension avec la Turquie carrément chronique là-bas. Je veux dire, les Allemands, ils facturent et après, ils disent, vous êtes endettés, c'est pas bien. C'est comme ils ont qu'ils sont quand même au passage. Donc, voilà, ce genre de paradoxe fait mieux comprendre quand je dis que le marxisme... Alors, on dit, l'Allemagne fait de la rétention, ne veut pas donner l'argent à l'Espagne, à la France ou ne veut pas que la banque centrale se termine au même chacun.
39:04 On ne le dit pas, les gens de métier le savent, ils savent très bien que la banque centrale européenne, c'est une Buba, une Bundesbank déguisée. On dit, l'Allemagne fait de la rétention alors que les autres sont des laxistes. Mais, on n'a même pas de la rétention partout et tous azimuts, ni le capital. Le capital est très généreux, pas pour l'Espagne et pour la Grèce, mais pour la Pologne. Qui sait que la Pologne reçoit la plus grande quantité de financement des États-Unis tout de suite, après Israël et l'Égypte, qui sont la priorité.
39:35 Déjà, les gens ne savent pas beaucoup que l'Égypte, c'est la plus grosse attribution à la politique extérieure américaine avec Israël, après Israël. Et c'est la Pologne qui talonne. C'est vital pour des raisons, vous voyez bien, qui débordent largement le plan comptable et économique, que là, on marche de la Russie, on la tient à la Russie avec la Pologne. Vous avez vu, il y a des besoins de nos mirages qui sont allés là-bas, on montre les muscles, il y a des F-16 qui sont arrivés. Voilà. Et, je n'ai rien contre les Polonais, les pauvres eux, ce sont les plus grands martyrs de dernière guerre avec les Russes, quand même.
40:07 Mais, je m'en fous des identités nationales, je ne suis pas pro-français ni anti-français, moi, il y a la France de Pétain, il y a la France de De Gaulle, chacun choisira la sienne, moi, je choisis. La France du Front populaire, voilà, c'est une France, il y en a d'autres. Il y a la France de M. Thiers aussi, je veux dire. Je le signe parce que lui, il avait dit, ça ne pourra pas marcher à tous les coups, la répression, les dragons, on n'y arrivera pas, il faut maintenant apprendre à gagner les élections. Il faut lire Thiers, pour comprendre ce qui s'est passé depuis.
40:38 Bon. On parlait du fascisme tout à l'heure, justement, plus, le fascisme est toujours, venu, justement, contre les luttes sociales et prétendument socialistes, prétendument issus du socialisme pour, justement, contrer le socialisme et, avec Thiers, l'inaugure, en partie, cette formule-là du mettre en place l'inaugure. On s'est bien compris. Moi, je suis d'accord à 150% ce que vous venez de dire, mais malheureux, mais vous, quand vous parlez comme ça, vous allez être taxé par BHL d'antisémitisme simplement par le fait que vous insistiez sur les luttes sociales et qu'on s'attaque au capital.
41:11 C'est ça. C'est-à-dire, que c'est censé être comme si... On ne fait l'allusion qu'aux banquiers juifs, qui est d'une stupidité, que les patrons de la General Motors et tout, croyez-moi. Bref, passons. Donc, M. Peugeot, je vais dire, n'en a rien à voir avec le judaïsme international et autres fantasmes. Donc, oui, vous faites bien de le rappeler. C'est toujours occulté parce que c'est un tabou que vous venez de dire. Il faut beaucoup de courage pour le dire. On insiste toujours sur le côté raciste du nazisme.
41:45 Je ne suis pas en train de le marginaliser. Pas du tout. Au contraire. Mais il faut le placer dans son contexte. C'est avant tout, je veux dire, une réaction, le nazisme. Un réactionnaire est bien plus dangereux qu'un conservateur. Un réactionnaire, il a eu peur. Il réagit contre une avancée sociale. Il ne faut pas oublier que Nietzsche s'est engagé volontaire dans les ambulanciers pour aller mater. Il voulait mater la commune de Paris. Mais oui, le maître à penser de nos postmodernes. Il ne faut pas dire du mal de Nietzsche, un pauvre garçon qu'on veut faire passer pour un grand décapeur.
42:16 Enfin, on y reviendra. Enfin, voilà, je vais dire, il était volontaire pour aller se battre dans les armées prussiennes contre la commune de Paris. Quand même ! Ils ont de la trouille. 1917. On se réveille un matin, les moujiks sont sur l'Elbe. Ce n'est pas possible. Les races inférieures, là, sur l'Elbe, ce n'est pas possible. Tu vois ? Et en 1945, ils sont encore plus près. Ça n'a pas duré. Alors, il y avait la Sainte Alliance au XIXe siècle pour protéger l'Europe de toutes les émanations de la Révolution française. Après 1945, après l'avancée des moujiks, on leur a fait 20 millions de morts.
42:47 On est allé les chercher. Quand même, s'ils sont avancés vers l'Ouest, ce n'est pas eux, ce n'est pas l'impérialisme russe. Au contraire, ils sont allés jusqu'à faire un pacte de non-agression pour ne pas que la guerre commence par chez eux. Donc, on ne peut pas dire qu'ils étaient bellicistes et envahisseurs. Les Allemands sont allés les chercher, les nazis, pardon. Donc, on se réveille un jour. Eh bien, il y a la relève de la Sainte Alliance qui s'appelle l'OTAN. Voilà. Il y a une continuité assez effarante et tragique. J'ai l'air de m'amuser comme ça. Rien de tout ça n'est très amusant.
Restituer l'histoire, jusqu'à l'histoire silencieuse de la praxis
43:17 Donc, restituer l'histoire simplement, c'est faire acte révolutionnaire aujourd'hui. Simplement, la restituer, pas en donner ou telle ou telle interprétation. En restaurer une séquence historique. Simplement. Vous voyez ? Rappeler que Pétain était un acharné, c'était acharné contre l'impôt sur le revenu que la France adoptait plus tardivement. Voilà. Je dis tardivement parce qu'il faut attendre pratiquement le début du XXe siècle pour que la France adopte l'impôt sur le revenu.
43:47 alors qu'on croit que c'est dans les gènes de la République égalitaire. Un de ceux qui s'est le plus, encore une fois, acharné contre la naissance de cet impôt, c'est Pétain. Et à l'époque, il ne s'agissait que de prélever 5%. 5% c'était déjà mille fois trop pour le capital de l'époque. Qu'est-ce que vous voulez que je vous dise ? Donc, on ne restitue pas ces côtés-là. On ne restitue pas ce que vous disiez à l'instant. Les mille exemples, il n'y a que ça, qui montrent la conspiration au sens leibnizien, c'est-à-dire même si ce n'est pas dans les têtes. Moi, je ne suis pas théorie du complot du tout.
44:18 Il n'y a pas besoin de penser pour suivre les mêmes pentes. Il n'y a qu'à voir ce que c'est qu'un bassin versant géographique où toutes les rivières. Il y en a une qui va ci, il y en a une qui va là, mais toutes finissent par se jeter dans le Rhône. Il y a une convergence du capitalisme vers le fascisme que j'illustrais tout à l'heure par cette formule plutôt Hitler que le Front populaire. Je ne dis pas que le capitalisme est fasciste. Je dis que le capitalisme va jouer sans hésiter la carte fasciste et même nazie si ses intérêts vitaux sont en jeu, comme ça a été le cas avec l'Union soviétique.
44:49 Et donc, si on ne restitue pas ces séquences, on ne comprend pas. Je l'ai fait remarquer à quelqu'un, un économiste aussi distingué et qui a pris les engagements à gauche et même à gauche de la gauche assez marqués. Je pense à Frédéric Lordon qui a un discours politique qui, ma foi, pourrait nous voir ensemble, un côte à côte sur tel ou tel point. Par exemple, il n'était pas du tout enthousiaste par le fameux traité européen que Sarkozy a signé et que Hollande a ratifié, si je puis dire.
45:23 Mais, par contre, dès qu'il s'agit d'idéologie ou de philosophie, parce qu'il se pique de philosophie, en particulier de Spinoza, qu'il lit à travers Deleuze et Foucault et Spinoza mérite d'être lu pour lui-même, je lui ai fait remarquer que dans toute sa modélisation, c'était un débat à la librairie Tropiques, et que dans toute sa modélisation, on ne comprenait pas pourquoi l'Union européenne venait d'accorder un prêt, cinq fois supérieur à ce qu'elle refuse à des pays en grave difficulté comme l'Espagne, le Portugal ou la Grèce, il venait d'accorder ça à l'Estonie et puis à la Pologne.
46:02 Par contre, les retraités estoniens, ils ont 50 euros par mois depuis que l'Europe est passée. 50 euros par mois. Voilà ce qui nous attend si les camarades de la SNCF échouent. Bon, c'est là où on veut nous faire parvenir. Voilà, donc, être révolutionnaire aujourd'hui dans la connaissance, je parle, c'est pas se tenir informé des sciences cognitives où il y a beaucoup de pipeaux, c'est, il faut toujours se tenir informé, je corrige ce que je viens de dire, mais c'est pas y souscrire de manière aveugle, c'est réintroduire l'histoire là où elle était, et l'histoire, et non pas la légende qui en tient lieu, bien sûr, là où elle était le plus évacuée, mais la vraie histoire que Marx a appris lentement, le premier, qu'on peut mieux faire, qui est silencieuse, qui n'est pas faite de batailles, de trucs, etc., je veux dire, l'invention du collier qui a permis au cheval de ne pas s'étrangler en tirant la charrue, la invention qui fait exploser l'agriculture du Moyen Âge, pratiquement, ce sont des vraies révolutions silencieuses, quelque part, et chez moi, en Corse, la disparition progressive de la langue, même si elle est beaucoup plus parlée qu'en Bretagne, etc., il y a comme Alsace ou même un cadre supérieur
47:13 dès qu'il est entre soi, si je puis dire, par la langue de la région, la télévision, l'introduction, la télévision dans les foyers a fait beaucoup plus que n'importe quoi, beaucoup plus que les directives de l'État jacobin pour faire disparaître progressivement le français à partir du moment où c'est Elkabbach qui est à l'intérieur du village, et bien oui, et non plus les veillées, les contes où on se parlait en Corse, où on transmet, et bien oui, voilà, la vraie histoire, elle est silencieuse, elle se fait lentement étape par étape, elle est, pardon de sortir des termes obscènes, mais dans la relation entre les forces productives et les rapports de production, c'est devenu obscène de parler comme ça depuis 68, je vous ai dit que je précisais pour 68 tout à l'heure, je vais très rapide, j'ironise sur 68, voilà, je rappelle tout de même que je critique le 68 de Cohn-Bendit pour rendre hommage au 68 de la CGT, des syndicats et des gens qui se sont battus pour triplé le SMIC, etc.
48:06 Je distingue mai 68 de juin 68, voilà. Mais, le rapport le plus profond de Rousseau à Marx, c'est celui-là, c'est de montrer la dimension de libération qu'il y a dans l'histoire humaine et en particulier dans ce que Marx va désigner d'un concept clé pour Clouscard, c'est la praxis, la praxis, toute relation pratique au monde qui fait reculer les déterminations initiales, même l'aménagement d'une caverne sous Néandertal, c'est déjà de la praxis, je veux dire, le passage de la pierre taillée à la pierre polie et a fortiori à des stades plus développés comme le Aurignacien ou le Magdalénien avec les hameçons très ouvragés, etc.
48:54 Ce sont des progrès dans la praxis. D'ailleurs, l'histoire officielle qui se déchaîne contre le marxisme, elle est très marxiste sans le savoir laquelle est dans les grands découpages. On dit bien l'âge de la pierre taillée, l'âge de la pierre polie, l'âge du bronze, l'âge du fer. Donc, on prend bien des progrès dans les forces productives pour séquencer l'histoire. Je le note au passage. Voilà. Mais, il y a quelque chose chez Marx qui participe d'un anarchisme de jeunesse, il faut pas oublier, je veux dire, avant de devenir un adversaire de Proudhon et de Bakounine, je veux dire, il y a un côté libertaire, si je puis dire, pas du tout libertarien, mais libertaire qu'il va perdre assez rapidement, surtout à partir de l'idéologie allemande.
Convertir la force en droit
49:43 Mais, c'est quand même la critique par Rousseau du rapport de force qui nous fait quitter définitivement l'explication naturaliste. Je m'explique. La force, c'est ce qui règne dans la nature. Votre premier cours de physique, c'est le concept de force. Après, avec le concept de force, on fait le concept de travail, la force sur une certaine distance. Avec le concept de travail, on fait le concept de puissance, en watts, ça se mesure, c'est-à-dire, ce travail-là, mais par unité de temps, parce que transporter une tonne sur dix mètres en fin d'une seconde ou en une heure, ce n'est pas tout à fait la même puissance.
50:15 Et ainsi de suite, tous les grands concepts basiques de la physique sont faits à partir tout de même du concept de force. Rousseau dit, le plus fort n'est jamais assez fort pour être toujours le maître s'il ne convertit sa force en droit et l'obéissance en devoir. Si j'obéis parce que j'ai la trouille, ce n'est pas stable comme société. S'il ne convertit sa force en droit et l'obéissance en devoir. Je me dois d'obéir à la loi quand elle exprime le droit, mais j'ai le devoir de me rebeller contre elle quand elle n'exprime que la force.
50:49 Voilà ce qu'il est en train de dire, la force a fait les premiers esclaves, leur lâcheté, les a perpétués. J'aime beaucoup cette formule parce qu'elle fait presque le procès des gens qui restent dans ce qu'on appellerait aujourd'hui la servitude volontaire. Qui restent, oh, on a un patron, s'il vaut mieux que d'en changer, je ne sais jamais de quoi demain sera fait. Ben oui, voilà. Je comprends comme en bas, mais voilà.