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Que dois-je faire ? Il n'y a pas d'action dans la nature
0:00 Dans la progression de cet atelier, qui pour ce qui est de cette, comme on dit dans les séries, cette saison est l'avant-dernière, n'est-ce pas, avant celle du mois de juin qui va clore, donc ce semestre. Et ça nous fait quand même relativement peu de temps pour une plus grande densité de contenu que tout ce qu'on a vu jusqu'à maintenant. Alors on va essayer de s'en tirer quand même. Je veux dire que vous le savez qu'on est en train de terminer notre arche de la philosophie de la connaissance, de la réponse à la question que puis-je savoir la dernière fois, et en train de passer à la tentative de répondre à l'autre grande question que Kant a eu la gentillesse de se formuler pour nous.
0:49 Que dois-je faire ? Et surtout, je vous avais annoncé une quasi-mauvaisse nouvelle la dernière fois, c'est qu'on avait peut-être fait tout ça pour rien. C'est une boutade provocatrice, hein. Depuis le début, en mettant de côté l'essentiel, ça c'est assez normal, je veux dire, la réponse à la question que dois-je faire, qui donne une spécificité à l'interrogation philosophique par rapport à la recherche scientifique, par exemple.
1:19 Et surtout quand on prend faire dans le sens fort que lui donne la langue, où il exprime une action, et non pas une agitation. Je vous rappelle qu'il ne suffit pas qu'il y ait du mouvement, qu'il y ait de l'action. Sinon les oiseaux comme les colibris qui font à peu près 3000 battements par seconde, quand ils font des surplaces devant une fleur qui s'apprête à butiner, seraient les plus actifs de la création. Je suis en train de rappeler qu'il faut se méfier des métaphores.
1:54 Et que lorsqu'on dit que le vent a agi sur les arbres jusqu'à plier leurs branches, je ne sais pas, c'est une métaphore, bien sûr. Le vent n'est pas plus actif que les branches des arbres. C'est une série d'effets sans cause première, ni transcendante, ni immanente, si vous préférez. Autrement dit, c'est ça la conclusion qui a une certaine importance. énoncée comme telle, ça va même paraître brutal par rapport au poids de l'idéologie dominante contemporaine, il n'y a pas d'action dans la nature.
2:27 Si on veut parler de la nature en termes scientifiques et sérieux, il n'y a pas d'action dans la nature. Il n'y a que des passions, au sens que le XVIIe siècle donnait encore à ce terme, c'est-à-dire tout y est passif, au sens strict, n'est-ce pas ? Donc, on a été là la dernière fois, et je vous ai dit, on est tombé un petit peu dans l'illusion de croire qu'on pouvait mettre de côté nos velléités d'action pour ne s'occuper que de la connaissance.
2:57 comme si artificiellement, je pouvais faire abstraction de tout le poids de ce qu'il y a d'actif en moi, de mes intérêts, de mes volontés plus ou moins conscientes, de mes désirs, de mes besoins. Pour l'instant, tout, ça va être un peu flou. Je prends le terme général d'action comme l'altération, le changement qui est produit sur un objet quand c'est un sujet qui l'effectue. Le vent, ce n'est pas un sujet. C'est un objet à côté des branches des arbres, à côté des marées ou la rotation de la Lune.
3:28 Tout ça, c'est des objets, n'est-ce pas ? Ce sont des mécanismes. Il n'y a pas une finalité. Je vous rappelle un petit peu des notions qu'on a vues la dernière fois. Il n'y a pas une finalité, un but poursuivi, une intention et autre notion qui impliquent toute la notion de sujet. Seul un sujet est actif. Je ne tranche pas le débat. Peut-être que l'action est une illusion. Peut-être que c'est le déterminisme qui a raison et qu'au moment où je vous parle, je crois agir et produire des effets sur vous en espérant que vous en produisez sur moi, sinon je ne serais pas là.
La liberté, postulat de la raison pratique
4:05 Alors qu'en fait, je suis la proie de déterminisme qui m'échappe complètement, biologique, physico-chimique, etc. C'est possible, je ne tranche pas sur le fond. Mais ça n'enlève rien à la distinction des concepts. C'est-à-dire, de même qu'on avait vu que pour que la philosophie soit possible, il fallait que la liberté soit postulée. Ce ne sert à rien de se poser la question « que dois-je faire ? » C'est un rappel. S'il s'avère que je suis déterminé au point que je ne pourrai jamais rien faire, je serai toujours fait, comme dit la langue familière.
4:40 Je ne sais pas. Non seulement je ne serai pas le maître du jeu, mais je serai plutôt le jouet de détermination aveugle. Donc de même que la liberté, comme le dit en termes kantiens maintenant, de manière un peu plus technique, la liberté est un postulat de la raison pratique, ça dit bien ce que ça veut dire ? Ça veut dire qu'il faut supposer, ce qui ne veut pas dire que c'est assuré. Il faut présupposer, c'est ce que veut dire l'hypothèse, que la liberté est au moins possible, si l'on veut que la philosophie le soit.
5:15 Ça ne veut pas dire que la liberté existe. Ce n'est pas parce qu'une proposition est non contradictoire, qu'elle correspond à une réalité. Le fait qu'elle soit non contradictoire, en termes de logique, nous rappelle simplement qu'elle est possible. Ça ne veut pas dire qu'il y correspond quelque chose de réel, et encore moins quelque chose de nécessaire. Je me suis permis de vous rappeler, pour ceux qui sont intéressés par la logique, on passe rapidement là-dessus, que ce sont les trois postulats de la modalité, comme on dit. Le possible, le minimum de la connaissance, c'est au moins que l'objet sur lequel je travaille soit possible, parce que s'il enferme une impossibilité, ce n'est même pas la peine d'en parler.
5:52 Il y a d'excellents mathématiciens dans la salle, donc je rappelle quand même que lorsque une très bonne habitude chez les mathématiciens, quand ils étudient une fonction, c'est, avant même de résoudre l'équation de la fonction, ils mettent un petit chapitre à titre introductif qui s'appelle « restriction initiale ». Par exemple, si la fonction, je n'ai pas besoin d'écrire parce que c'est simple, à la forme Y égale A sur X, il faut mettre en restriction initiale X différent de 0, parce que c'est contradictoire en mathématiques qu'il y ait un 0 au dénominateur.
6:25 Donc, il y aurait une impossibilité dès le départ, vous voyez. Donc, le minimum pour la connaissance, c'est qu'au moins, l'énoncé que nous formulons correspond à une possibilité. Cette possibilité, comme je viens de vous le dire, n'implique pas qu'on se soit approprié une réalité, tant s'en faut. La possibilité, je viens de le dire, c'est la non-contradiction. Elle est donc d'ordre purement logique. Vous voyez comment ça nous aide à réviser Kant. Kant a établi une coupure au scalpel entre le logique et l'ontologique, entre le discours et l'être, si vous préférez.
7:01 Entre le concept et l'être, vous voyez, vous pouvez le formuler différemment, entre le logos et l'être, et l'on, qui est à l'origine du terme ontologie. L'on, l'être au sens fort comme existence. Voilà, ce sont des rappels importants. Nous en étions là, et c'était une fausse, mauvaise nouvelle. On ne revient pas à zéro, on n'a pas fait tout ça pour rien, on n'a pas perdu du temps, loin de là.
Le dessin de la caverne et la langue courante
7:31 Et pour vous montrer à quel point il était nécessaire qu'on fasse ce détour, pour réaliser à quel point il arrive à une impossibilité, et à quel point il nous faut maintenant tenir compte du sujet comme actif dans l'opération connaissance, je vais maintenant développer un petit peu une thématique qui nous est offerte par Platon, célébrissime, puis qu'il ne s'agit rien d'autre que du fameux mythe de la caverne, que j'ai fait allusion de temps en temps, comment on y va faire allusion quand on l'introduit à la philosophie, mais sur lequel je vais un peu m'apesantir aujourd'hui, parce qu'il résume un peu le programme de ce qu'on a fait et de ce qui nous attend.
8:13 Et surtout, il positionne très bien le moment où nous en sommes, au moment où... je parlais d'arches tout à l'heure, je pensais à nos cathédrales, je pense aux gothiques à cause des ogives, n'est-ce pas, où il y a une grande arche qui est la philosophie de la connaissance, puis une de la philosophie de l'action, au sens inverse, les deux se rencontrant sur une clé de voûte qui est la liberté. dans ce blanche. Eh bien, vous allez voir que tout ça n'est pas étranger au mythe de la caverne, si on le restitue entièrement, ce qui est assez rare.
8:48 En général, on le mutile de sa moitié, vous allez comprendre tout de suite de quoi je veux parler. Voilà, nous sommes en Grèce, donc on est au bord de la mer. N'est-ce pas ? Et non pas taratata. Voilà. Et ici, cette caverne, je dessine mal, mais je m'efforce de garder les éléments décisifs du texte platonicien. Je veux dire, je fais exprès de faire le fond ici en pente, en pente raide, n'est-ce pas ?
9:22 Parce que c'est Platon qui l'indique. Voilà donc, excusez-moi, voilà donc ici, le fameux petit mur, dont parle Platon, qui sépare donc la caverne en deux dans le sens de la coupe, dans le sens de la longueur. Ici, il y a donc cette foule de prisonniers, n'est-ce pas ? Voilà, qui sont tous enchaînés, de sorte, enchaînés de telle manière qu'ils ne peuvent pas regarder en arrière, ni à gauche, ni à droite, mais seulement devant.
9:55 Bonjour, je répète ici ce que dit Platon, pour l'instant. Ils ne peuvent regarder donc que vers le fond de la caverne. Et pendant ce temps, pendant qu'ils regardent, il y a ici d'étranges personnages, sur lesquels il ne nous dit pas grand-chose, d'ailleurs. Platon qui passe de l'autre côté du mur, portant sur leur tête un exemplaire d'à peu près tout ce qu'on peut voir à titre de reflet ou d'ombre sur le fond de la caverne. Autrement dit, je vais mettre une fleur ici, parce que je suis piètre dessinateur, pour faire des choses plus compliquées.
10:28 Mais voilà, et ici, il y a un feu à l'entrée de la caverne, et bien sûr, ce feu n'est que le relais du foyer central, nous sommes au pays d'Apollon, et de la caverne. Ce qui est important à retenir, c'est que Platon nous dit, je le répète, que les prisonniers sont enchaînés depuis leur naissance, donc ils n'ont jamais connu ni vu rien d'autre que le fond de la caverne, puisqu'ils sont empêchés par le système de chaîne de regarder ailleurs, à gauche, à droite, et surtout derrière.
11:03 Et donc, nous dit Platon, ils appellent donc réalité ce qu'ils voient, forcément, et ils ne voient pas ce que nous, nous voyons, il y a déjà une distinction, Hegel se servira de ce qui est pour la conscience et de ce qui est pour nous ou en soi, dira Hegel, pour nous ou en soi, nous les phénoménologues qui regardons la conscience à travers ces étapes. Vous voyez que le rapport modèle-copie, on va y revenir, joue un grand rôle, dans cette imagerie, dans la mesure où le feu est déjà une copie du soleil, et puis le feu projette ici des ombres qui sont des copies et des modèles, le rapport modèle-copie, joue un rôle très important.
11:45 Pour l'instant, je ne fais que résumer, je ne dis pas le platonisme vulgaire parce que vulgus, c'est le peuple, il n'y a rien, c'est même radical que Volk, l'indo-européen, et qu'il n'y a rien de péjoratif à cela, d'autant que la philosophie depuis ses origines, contrairement aux apparences, évite la langue savante et utilise la langue courante. Vous dites, c'est des paradoxes, en général, les philosophes, on les trouve abstrus et bien éloignés de la langue courante. Je parle de langue ici, leur discours est compliqué, leur parole est compliquée, quelquefois, certains, mais la langue dont ils se servent, quand Hegel dit la pure porosité des matières, on n'y comprend peut-être rien, mais enfin, porosité, pure et matière, ce sont des mots du langage courant, ce que la mathématique ne fait plus depuis 2000 ans.
12:33 La mathématique, on fuit ces termes du langage courant qui sont polysémiques, comme on dit, n'est-ce pas ? Ils peuvent avoir beaucoup de significations différentes, ce n'est pas si grave, mais des fois contradictoire, ce qui est déjà plus embêtant. Et donc, très sagement, les mathématiciens, juste avant l'éclosion de l'interrogation socratique au travers d'Euclide et les équipes qui devaient y avoir autour de lui, très tôt, on dit avec ce langage-là, on n'arrive pas à dire des choses univoques, comme on dit les mathématiques, n'est-ce pas ?
13:06 Et donc, ils l'ont mis de côté, ce langage courant, pour faire une langue savante, mais beaucoup plus univoque. Exempt d'ambiguïté où il y a Y, X, égal, des signes dont on précise la signification avant d'en parler, voilà. Nous, nous n'avons pas appris à parler comme ça. On n'a pas dit à nos parents quel est le concept de machin, on a suivi un peu ce qu'on entendait, on s'est jeté à l'eau pour parler, n'est-ce pas ? Donc, nous sommes tous un petit peu en infraction, c'est-à-dire qu'on parle sans permis. Vous comprenez ce que je veux dire ?
13:36 On n'a pas passé le permis de parler avant de parler. Les mathématiciens, conscients de ce problème, ont fait une langue à eux, qui est devenue la langue de la science c'est du sérieux ce que je veux dire. Et en évacuant la langue courante, ils ont très bien fait du point de vue de leur recherche propre qui n'est pas la nôtre, de leur discipline qui a besoin d'univocité et de non-contradiction et donc que les termes soient bien clairs dès le départ. Mais, ce faisant, en évacuant le langage courant, ils ont évacué une des principales fonctions du langage courant qui ne consiste pas seulement lui à dire la vérité.
14:13 quand je me sers du langage pour draguer une fille dans un train en espérant qu'elle ne va pas descendre à la prochaine station, ma finalité n'est pas tout à fait cognitive ou théorique. Donc, le langage contient, je veux dire, une épaisseur métaphorique, allusive, n'est-ce pas ? Il n'est pas fait pour dire la vérité, il est fait souvent pour le cacher. c'est ce qu'on appelle le mensonge pour la cacher, pour la dérober. Il y a de grandes études de Kant sur le mensonge qui appartient à une civilisation chrétienne, n'est-ce pas ?
14:45 Et dans l'évangile, il y a un passage très important dans le jeudi saint où le Christ, il dit à ses apôtres dans les derniers entretiens que le prince de ce monde vient, c'est comme ça que se définit le diable à la pensée chrétienne. C'est intéressant, le prince de ce monde, vient, et puisque, quant à lui, le Christ, vous savez, il dit mon royaume n'est pas de ce monde, c'est assez cohérent. Donc, pour l'instant, laissons le monde à son prince. Le prince de ce monde vient, mais il est déjà vaincu car son essence est mensonge.
15:20 Vous voyez ? Et plus tard, dans l'apocalypse, écrite par le même Jean, le même Jean qui a fait l'évangile, cet évangile qui commence par le prologue sur le logos, en grec, quelques autres sont écrits en hébreu, le même Jean dans l'apocalypse, lorsque les catastrophes commencent à se déchaîner et s'abattent sur ces mondes de pécheurs que nous peuplons, la voix du prophète dit, dehors, tous les marchands, tous les impudiques, tous les magiciens, bref, tous les péchés de la terre, c'est-à-dire, de point, tous les menteurs.
15:56 C'est intéressant, qui est un mensonge comme générique du mal. Or, les mathématiciens peuvent, je reprends mon fil, mettre le langage de tous les jours de côté et se débrouiller en mettant au point une langue qui commence à exister avec eux. J'appelle cercle le lieu des points équidistants. Je ne parle plus des ronds dans l'eau, ils parlent du cercle. Alors que, mais ce faisant, c'est ça qu'il faut bien comprendre aujourd'hui, ils ont évacué précisément tout ce qui est de l'ordre de l'action dans le langage.
Doxa, dianoia, dialectique et théorie
16:31 Tout ce qui n'est pas seulement de l'ordre de la connaissance, mais de l'action. C'est ce que nous allons approfondir là. Maintenant, je vous rappelle, je suis toujours dans le platon scolaire pour l'instant. Je ne suis pas encore dans la suite pour la dernière fois, mais je l'introduis parce que j'ai le mythe de la caverne sous la main et ça vous permet de réviser, on l'a assez fait, mais enfin de résumer. Ce n'est pas tout ce qu'on a vu jusqu'à maintenant. Pour lui, il y a une gradation des objets de la connaissance en fonction de leur degré de réalité, depuis le moins réel, c'est-à-dire ce qui est sur le fond de la caverne, dont l'équivalent sont les ombres, n'est-ce pas, les reflets, tout ce qu'il y a de...
17:15 dont le peu de réalité n'est donné que par l'intervention d'une autre réalité beaucoup plus concrète. et donc, à ces différents degrés de réalité correspondent chez Platon différents degrés de la connaissance. La connaissance qui en reste à ce premier degré, qui ne veut rien savoir d'autre que les ombres chinoises qui se profilent sur le fond de la caverne, Platon l'appelle l'opinion, la doxa. Elle est là, la doxa, vous vous en doutez.
17:45 je ne sais pas. C'est le mode de connaissance qui s'en tient à tout ce qui découle du monde sensible avec sa mouvance, je ne reviens pas, on a assez développé là-dessus, avec sa mobilité et son inconstance. Après, deuxième stade, qui correspondait à peu près à celui des modèles qui défilent ici, deuxième stade, donc ici, la doxa. Ici, entre les deux, je vais le mettre à l'intérieur.
18:18 Ici, c'est doxa, l'opinion. Un énoncé qui peut être vrai de temps en temps, orthè doxa, ou qui peut être faux et qui n'a pas en elle-même le principe de sa vérité. Ici, ce qu'il appelle la dianoïa, qu'on traduit en général par connaissance discursive.
18:51 Voilà. Voilà, ici, on parle. Là, on se tait, on regarde les choses, on avale sa glace en regardant l'écran de télévision. On peut parler, mais quand on parle, c'est pour commenter les ombres qui sont là, donc ça revient à peu près au même. Tandis que la dianoïa, bien sûr, son modèle ici serait précisément les mathématiques et surtout la géométrie à l'époque, la connaissance discursive ou encore hypothético-déductive, celle qui, dont la démarche principale est si, alors.
19:25 Si cette figure est un triangle, alors la somme de ces angles fait 180 degrés. Elle est beaucoup plus sûre, n'est-ce pas, que la précédente. C'est le deuxième stade de la connaissance. J'insiste un peu parce qu'on retrouve ça tout au long des siècles à chaque grande avancée de la philosophie. Quand Spinoza distingue une connaissance du premier genre, lui aussi, il la lie au sensible. Puis après, quand il distingue une connaissance du second genre, il donne en exemple les raisonnements hypothético-déductifs. Donc on retrouve ça quand Kant distingue dans les trois facultés la sensibilité, l'entendement, puis la raison, on retrouve à peu près les mêmes découpages.
20:00 C'est pour ça que je m'attarde un petit peu. Donc, ce qui caractérise cette dianoya, c'est qu'on part d'hypothèses, comme on l'a vu quand on a parlé des mathématiques, je ne reviens pas trop, on parle d'hypothèses, de notions premières. Nous avions vu entre nous, n'est-ce pas, définition, axiome, postulat. Et on se dirige vers des conclusions à partir de ces hypothèses en essayant de ne pas les contredire, bien sûr. Et puis, il y a la troisième étape, c'est quand on voit le modèle des modèles, n'est-ce pas ?
20:34 On n'a plus ici affaire du tout à une copie et qui est le soleil. Mais avant d'y arriver, je ne voudrais pas vous promener comme d'un autobus pour visiter Paris. pourquoi on n'en reste pas la dianoïa ? Pourquoi ça ne nous suffit pas ? Et là, Platon répond. Dans le sixième livre de la République, ce mythe est présenté au début du septième livre. La République comporte dix livres, dix chapitres. Parce que quand on a dix livres, il n'y en a que ça effraie. Voilà, si vous s'appelez dix bouquins, dix chapitres.
21:08 Et comme par hasard, la distinction des différents degrés de connaissances dont je suis en train de vous parler occupe la fin du sixième livre. Donc juste avant de résumer tout ça avec l'image de la caverne. Eh bien, pourquoi on n'y reste pas ? Platon répond parce que les géomètres, et Dieu sait s'il ne méprisait pas les maths et s'il avait écrit à l'entrée de son école, tout ça c'est des légendes, mais enfin, comme ça n'a jamais été contredit par des contemporains de ça. Puis que c'est tout à fait congru à tout ce que dit Platon. Par ailleurs, il avait écrit à l'entrée de son école que nul n'entre ici s'il n'est géomètre.
21:42 Ce qui veut dire d'une part qu'il fait très grand cas des mathématiques et de la géométrie presque trop au goût d'Aristote qui était plutôt porté vers la physique et la biologie. Et il en fait beaucoup de cas. Mais que nul n'entre ici, ça veut dire, bon, les mathématiques, vous les laissez à l'entrée. Si vous voulez entrer, il faut en avoir fait. Mais ici, on va faire autre chose que des maths. N'oubliez pas, quand même. C'est un philosophe. Alors, pourquoi ça ne lui suffit pas les maths ? Parce qu'il dit les géomètres partent d'hypothèses en vue de conclusion.
22:14 Télos. C'est le même tel qu'il y a dans la télévision tout ce qui est au moins en vue de conclusion sans remonter. Donc, vous voyez, d'hypothèses en vue de conclusion dans le raisonnement sans remonter donc en sens inverse vers ce qu'il appelle l'anhypotheton, le principe anhypothétique. on est toujours un peu coupé des fondements avec des déterminations premières et des déterminations finales. On est toujours au milieu avec la dianoïa.
22:45 D'ailleurs, vous voyez, le chapitre dia le dit bien tout ce qui est à travers, tout ce qui est un peu médiation. Donc, le troisième stade serait la relation directe avec, encore une fois, le modèle des modèles. Et là, il ne s'agit plus ni de doxa ni de dianoïa pour aller au-delà. Il y a ce qu'il appelle ici la dialektikè. La dialectique. On va le mettre en français. La dialectique.
23:18 Il faut au moins, alors là, deux discours contradictoires pour qu'il y ait une dialectique. Il faut qu'il y ait dià logos. Il y a bien la dialectique. Je rappelle au passage tout de même qu'un terme aussi important, aussi omniprésent que logos dans la langue grecque et donc dans les familles de langues qui en découlent. N'oubliez pas que les deux tiers du vocabulaire français viennent du latin. Les deux tiers du vocabulaire latin viennent du grec. En bonne arithmétique, à peu près la moitié du français vient du grec.
23:49 Et donc vous retrouvez dans soliloque, dans monologue, dans dialogue, dans logique, dans logarithme. Vous retrouvez tous les différents sens de logos qui veut dire bien sûr d'abord tout ce qui a trait au langage, paroles, langage, discours, définition, là on est dans logique, mais aussi fraction au sens mathématique, rapport. On dit les logos. Oui, je vais faire la mathématique grecque pour dire les fractions. Alors vous me direz, c'est embêtant quand un mot aussi important a autant de sens.
24:21 Oui, il y a une polysémie, mais ce n'est pas une polysémie contradictoire, car si vous regardez bien, le langage, c'est ce qui nous met en relation après tous les uns les autres. Et comment, donnez-moi un synonyme pour les fractions. Qu'est-ce qu'on dit aussi, les ? En arithmétique. x sur y ou trois quarts, ça s'appelle aussi d ? Pardon ? Je n'ai pas entendu. Oui, ça correspond à une division, mais quand elles sont écrits comme ça, des rapports. Logos.
24:52 Logos, rapport, ça se dit logos. Relations, ça se dit logos. Et quand vous distribuez les parts d'un gâteau à la fin du repas, vous dites bien, je les distribue à raison de deux par personne. Vous retrouvez logos, raison, ration, ma ration. Vous voyez, ce n'est pas contradictoire tout ça. Donc, la dialectique, et enfin, dernier stade, on parle. Ici, on bavarde sans savoir à peu près ce qu'on dit, sans savoir ce que parler veut dire. Ici, on parle d'une manière rigoureuse, mais sans remonter aux principes anhypothétiques qui font de tout.
25:29 Ici, on arrive enfin aux principes, ce n'est pas le premier, qui n'est plus une hypothèse, qui font de toutes les choses, les hypothèses, mais là, il n'y a plus de discours. Là, on se tait, et on contemple, et c'est ce qu'il appelle la théorie. Ici. Voilà. Ce n'est pas mon sujet aujourd'hui, donc je vais assez vite, mais c'est important de voir. c'est théorique. Je vous en avais touché un mot une fois, juste pour vous rappeler au passage, tout de même, ça tombe bien, parce que, ce n'est pas un hasard, quand je dis que ça tombe, pas du ciel, encore que, mais, ce qui tombe bien, c'est que la manière dont Platon parle de ce qui est là, montre bien qu'on est à la limite de la connaissance et de l'action.
Le soleil, rejeton de l'idée du bien
26:18 Je fais allusion au passage, à mon avis, l'un des plus profonds de tout Platon, sinon de l'histoire de la philosophie. C'est le passage où Socrate est pressé par ses interlocuteurs, par Adimante et Glaucon en particulier, d'exposer sa théorie, de ce qu'on appellerait l'absolu dans la pensée moderne, de ce qu'il appelle lui le bien, l'idée de bien. Et Socrate s'y refuse en disant que le bien est au-delà de l'essence, donc du discours, donc je ne peux pas en parler, c'est trop au-dessus, n'est-ce pas ?
26:48 de l'entendement et dit mais par contre, je peux vous parler de son rejeton. Autrement dit, de l'image, du bien, de la métaphore qui est le soleil. Voilà. Et c'est là qu'il arrive à ce passage si important auquel je fais allusion, lorsqu'il dit, mais c'est là qu'on va connaître à la limite de l'instance cognitive. lorsqu'il dit, tu remarqueras, son interlocuteur, que le soleil est un troisième terme qui permet, la lumière en général, le soleil ici en particulier, qui permet à l'œil de voir et à l'objet d'être vu.
27:28 imaginez un œil en bonne santé. Et si c'est dans les ténèbres, il ne voit rien. Aussi sain soit-il. Imaginez que pour l'objet, la même chose. Donc, la lumière, il y a un troisième terme, ici, qui permet à l'œil de voir et à l'objet d'être vu. Et Platon poursuit son analogie de cette manière. Le bien, c'est l'équivalent dans le domaine de l'âme.
28:00 Le soleil, c'est dans le monde du visible. On retrouve toujours la dichotomie platonicienne. Dans le domaine de l'âme, ce qui permet à l'objet d'être connaissable et au sujet de le connaître, c'est précisément ce qu'il faut appeler le bien. Donc, troisième terme. Déjà, on voit que c'est un dialecticien qui n'est jamais enfermé dans le binaire. Par contre, alors, jusqu'ici, on est dans l'ordre de la connaissance. Et là, il ajoute, vous remarquerez en outre, il dit-il, que le soleil ne se contente pas, il reprend sa comparaison, que le soleil ne se contente pas seulement de rendre l'objet connaissable et permettre au sujet d'être connaissant.
28:39 Il donne en outre aux êtres croissance et nourriture. Là, on quitte l'ordre. Cognitive. Croissance et nourriture. Voilà. On va revenir tout à l'heure, ne vous inquiétez pas, je ne vous allèche pas comme ça pour vous laisser sur votre faim. Mais, souvent, on s'arrête là quand on expose le mythe de la caverne. Ben oui, la quête est finie. Du plus faux au plus vrai, pourquoi aller plus loin ? Oui, seulement le texte, lui, non seulement il ne s'arrête pas là, mais on en est qu'à la moitié.
La redescente et le destin de Socrate
29:11 Parce qu'arrivé là, Platon veut nous parler de la redescente. Donc, on pourrait dire que tout ce chemin-là, vous voyez, résume notre philosophie de la connaissance. Voilà. C'est pour ça que ça tombe bien de le faire aujourd'hui. Et que celui-ci, c'est la philosophie de l'action.
29:44 Alors, regardons ça plus en détail. D'abord, c'est le cas de le dire, dans le détail de l'ascension, on dit de la procession chez les mystiques platoniciens, la procession des âmes, dans le détail du procès, du processus qui va du fond de la caverne vers le soleil, et c'est pour ça que j'insiste sur la pente, enfin, j'insiste à la suite de l'insistance de Platon, il dit bien qu'il va souffrir. Le sol est raboteux, il va se faire mal.
30:15 Je fais allusion à toutes les résistances qu'il y a au fait de connaître, n'est-ce pas ? J'ai pris un terme emprunté à la psychanalyse, la psychanalyse s'appelle résistance, ce qui dans le sujet relève du déni, n'est-ce pas, par exemple. Parce qu'il sait qu'il va y laisser des plumes. On le sait, on le sait depuis toujours, puisque c'est la signification première, je ne veux pas réduire à une seule, mais tout de même du mythe de l'arbre de la connaissance dans la Genèse biblique.
30:48 Si vous goûtez à ce fruit, vous serez foutus. Il dit pas ça parce qu'il est tentateur. Il dit que vous serez foutus, mais on n'aurait pas touché. Il est malin, il est malin, c'est le malin. Il dit que vous serez comme Dieu, connaissant le bien et le mal. C'est vrai que la nature, l'animal, ne connaît pas le bien et le mal. Il connaît le possible et l'impossible, ce qui lui va et ce qui ne lui va pas. Il est altruiste quelque temps lorsqu'il a des petits, tant que les hormones, elle oblige à s'en occuper. Après, il arrive qu'il les mange, d'ailleurs.
31:19 Mais, y compris la femelle, ça se voit chez les lapins. Chez les mâles, ils n'en parleront pas. Les lions, ils passent leur temps à dévorer les petits qui distraient la femelle des devoirs sexuels qui lui semblent dus. Voilà. Il y a un côté méditerranéen, les lions. Ce double mouvement seul exprime la richesse de ce mythe, de ce récit inventé par Platon.
31:56 Parce que, dès qu'il a fini l'exposé, en parlant des prisonniers, il dit, c'est à nous qu'il ressemble. Bien sûr, on parle de l'humanité ici. Donc, après avoir insisté sur les difficultés, la douleur, j'en étais là, il parle du sol raboteux. Lorsqu'il voit où est la vérité, il dit, c'est pas possible, on avait tout faux là. Donc, il faut redescendre. L'homme est zôon politikon.
32:27 L'homme est animal social. L'homme est un animal qui vit en cité. Ça sert à quoi d'avoir la vérité pour soi tout seul ? Ça sert à quoi toutes les notions de morale, l'envie, la jalousie, si je suis seul sur une île ? Je vais envier qui ? Mais zôon politikon. Donc, il faut qu'il revienne. Et voilà d'autres difficultés, mais exactement inverses. Là, il titubait parce qu'il n'était pas habitué à la lumière. Et Platon le dit, là, maintenant, il titube parce que ses yeux ne sont plus habitués à l'obscurité. Il fait allusion aux difficultés que Socrate a eues avec l'opinion et avec Athènes.
32:59 Il dit, regardez-le, il titube. Alors, les autres vont commencer à rire et à le railler. C'était bien la peine de faire tout ce trajet si c'est pour revenir et même pas savoir où on met ses pieds. Une vieille méfiance, n'est-ce pas, entretenue par les pouvoirs de l'opinion à l'égard du savoir. Une vieille légende grecque dit que Thalès, en regardant les étoiles, est tombée dans un puits. L'opinion aime bien surprendre comme ça l'intello en défaut.
33:30 Oui, en regardant les étoiles, une mise théorique et noble, pouf, Thalès tombait dans un puits. Vous imaginez le rire des femmes de Thessalie, pas des berger de Thessalie en le voyant tomber dans le puits. C'est comme ça un excellent ami, c'est François de Negroni pour un beau cachet qui est tombé quand il était en promenade à Dakar dans du ciment frais dans la rue. Il paraît que toutes les femmes du marché étaient hilares. Bon, difficulté inverse. Ici, on le raille parce qu'on dit il s'est gâté la vue, c'était bien la peine d'aller là-bas.
34:01 Et si en plus, il leur dit mais non, mais tout ce que vous voyez c'est pipeau, c'est pas ça la vérité. Alors là, c'est trop. Et là, je le cite le patron. Et s'il pouvait se saisir de lui et s'en emparer, il le tuerait. Sans doute, dit Glaucon, son interlocuteur. Voilà. L'allusion à Socrate est claire. Non pas Socrate comme individu. Je ne suis pas en train de faire un feuilleton sur la vie et la mort de Socrate, mais en tant qu'il exprime le destin de celui qui transgresse, n'est-ce pas, les limites de l'opinion. Et pour lequel le savoir n'est savoir que lorsqu'il est communiqué, communicable et partagé.
34:38 C'est ce qui est contenu dans le mot universel. Si un savoir n'est pas partagé, pardon, si un savoir n'est pas partageable, qu'il soit partagé ou pas, déjà, il n'est pas universel. C'est très important ce qu'on est en train de dire. Parce que, vous savez, il y a comme ça des notions qui ont été particulièrement combattues par l'idéologie dominante. Il n'y a pas une idéologie dominante qui traverse les siècles. Ce ne sont pas les mêmes selon les époques, mais une logique qui nous domine depuis au moins deux générations. Il y a une offensive contre le concept d'homme, d'humanisme et contre le concept d'universel auquel on substitue le relativisme, le culturalisme.
35:17 Tout ça, ce sont des moments importants. Il vaut mieux avoir une vision relativiste et culturaliste que d'avoir une vision fantasmée de l'homme qui ne serait... Il y a certaines définitions donnent l'impression que l'homme, c'est seulement l'homme blanc, raisonnable et adulte. Donc, c'est vrai qu'il faut corriger de temps en temps. Oui, quand on dit l'homme animal raisonnable, on fait du fou, alors. On ne va pas le laisser comme ça aliéné, alius, autre, en latin, autre de notre communauté, quand même.
35:52 Donc, bien précieux ici pour nous montrer que la place qui occupe le soleil ici, l'idée de bien pour Platon, dans la philosophie antique, c'est celle que nous sommes en train de remplacer ici. Il a fallu un siècle pour y arriver, par l'idée de liberté. et s'il a fallu autant de temps, c'est parce qu'il y a quelque chose de trop positif dans ce déjà-là qu'est le soleil par rapport à la pensée moderne. On a vu la dernière fois avec Kant que le point commun a des points de vue apparemment aussi opposés que le point de vue matérialiste, naturaliste, déterministe, représenté aujourd'hui par les sciences cognitives, par exemple, mais qui a été représenté à toutes les époques, selon des modalités diverses et l'inverse, le point de vue religieux, transcendant, spirituel, ont tous les deux en commun, n'est-ce pas, de supposer un déjà-là par rapport à l'homme.
36:46 Autant d'un point de vue naturaliste, thèse, le point de vue surnaturaliste, religieux, antithèse, demande une synthèse anthropologique, si je me permets d'aller un peu vite parce que j'ai souvent fait allusion, qui fait que ce n'est pas la nature qui fait l'homme ni la surnature Dieu qui fait l'homme, mais c'est l'homme qui progressivement constitue l'homme. C'est pour ça qu'il a fallu beaucoup de temps avant que le soleil, qui est ici une donnée, se voire remplacée par la liberté.
37:19 Mais ça ne s'est pas fait comme ça. Il n'y a pas tout d'un coup, après 20 siècles, un Kant qui dit tiens, je vais enlever ça, je vais mettre la liberté à la place. Surtout qu'il le doit Rousseau, n'est-ce pas, c'est Rousseau qui inaugure cette mutation qui initie la modernité. C'est ça qui fait dire à Kant que Rousseau est Newton de la morale, n'est-ce pas, j'ai vu les dernières fois. Pour ça, il a fallu des drames. Il a fallu que ce soleil, pour paraphraser un de nos plus grands poètes, s'avère un soleil noir. Allusion à un poème très connu de Nerval, c'est le ténébreux, le veuf, l'inconsolé.
37:51 Il y a beaucoup de noirs, le ténébreux, le veuf, l'inconsolé. Le prince d'Aquitaine à la tour abolie. Ma seule étoile est morte et mon luth constellé porte le soleil noir de la mélancolie. Mélancolie au sens de clinique, c'est grave, la folie, l'humeur mélancolique, comme on dit au Moyen-Âge. Nerval, c'est quelque chose qu'il écrivait entre deux crises et entre deux internements à l'asile. L'asile de Dr Blanche. Pour ce qui est de ténèbre, ça fait drôle.
Le désir de savoir n'est pas naturel ; erreur et illusion
38:23 Donc ici, c'est vrai que le soleil noir. Et c'est ce qui nous manque depuis qu'on a mis, je reviens beaucoup au liminaire, l'action de côté pour faire comme si on était dans la connaissance. Cette erreur, elle est parfaitement illustrée dans les tout premiers mots de la première ligne, de la première page du premier volume de la métaphysique d'Aristote. ouvrage considérable. Je vais le citer ici pour critiquer cet énoncé, mais je ne vous dissuade pas de lire cet extraordinaire ouvrage qui est la métaphysique d'Aristote que l'on commente depuis des siècles et qui est d'une richesse extraordinaire.
39:02 Simplement, le tout premier énoncé, c'est, il est célèbre, tous les hommes désirent naturellement savoir. Très grec, n'est-ce pas ? Tous les hommes désirent naturellement savoir. Voilà ce qui était faux. Non, non, certainement pas naturellement. Il faut des coups sur la tête pour que tout d'un coup, on cesse d'être dans le train, le train quotidien et l'habitude et qu'on décide de se poser des questions. Le questionnement n'est pas spontané. Parmi les animaux les plus vieux qui existent aujourd'hui, il y a les requins.
39:34 On remonte à la fin de l'ère primaire. Comment ça se fait qu'il y en a plein qui ont disparu, des bien armés, les tyrannosaures, tout ça, pour être liquidé. Les requins sont encore là. À votre avis, pourquoi ? Vous rigolez, mais c'est vrai, Wilfried. Oui, le plancton aussi. Non, je suis sûr que quelqu'un a une idée. Réfléchissez à la position qu'il occupe dans son biotope.
40:05 Bravo. Il craint rien. Il n'a pas de problème. Pourquoi voulez-vous qu'il se pose des questions ? Il n'a pas besoin d'évoluer. Ça marche. Personne qui l'embête. Parce qu'en plus, il n'a pas le goût du thon. Même l'homme, il n'embête pas trop. Un peu. Près de la Chine, avec leurs ailerons de requins, ils adorent ça. Ils font des carnages. Il faut faire un petit débat avec les écolos, c'est intéressant. Enfin, les requins, ça se porte bien et depuis longtemps. Et pour sans doute longtemps.
40:35 C'est intéressant comme exemple. Ça nous rappelle que le fait de se poser des questions, de chercher à savoir plus que ce que l'on sait déjà, il en sait des choses. Le requin, il y a des informations électriques, s'il y a une proie, etc. Non, non. Une conscience, même animale, est toujours conscience de quelque chose. Enfin, c'est un peu limité. Ça lui suffit, il est le maître du jeu, là où il est. Par contre-coup, réfléchissez. Si l'homme est acharné comme ça, à connaître plus que n'importe quel animal, c'est qu'il doit être singulièrement peu aidé par la nature, justement.
41:05 Ici, je fais allusion, bien sûr, au mythe de Prométhée. Il y a anthropologie, non pas, dans le sens d'un plus, par rapport au monde animal, vous voyez. je ne suis pas en train de parler de l'homme comme me le reprocherait à juste titre Spinoza, comme un empire, dans un empire qui serait la nature. Mais au contraire, toute sa différence et sa future supériorité sur la nature, si je le prends à son origine, l'homme, vient d'un moins.
41:35 Vient d'un moins. pas de griffes pour faire des terriers, pas de fourrure, pas d'écailles, pas de... Les uns ont la... C'est le mythe de Prométhée que je résume, n'est-ce pas ? Les uns, les oiseaux, je ne sais pas, ont la vitesse et l'agilité pour échapper à un prédateur, les autres ont la force, n'est-ce pas ? Lui, il n'est dans les costauds, il n'a pas beaucoup de défense il n'est pas viable. Et en plus, on a vu ça rapidement, il y a une catastrophe obstétrique qui s'est produite à l'époque du passage pour l'espèce humaine de la station quadrupède et de la station bipède qui, dans l'évolution, c'est bien connu, les paléontologues ont produit un rétrécissement des os du bassin qui fait que l'accouchement est beaucoup plus problématique et douloureux dans l'espèce humaine que chez la plupart des autres espèces, n'est-ce pas ?
42:21 Tu accoucheras dans la douleur. La théologie est sérieuse, ils disent un mot. Et donc, ce n'est pas viable. Autrement dit, s'il n'y avait pas la relation à l'autre, s'il n'y avait pas une politicité, on voit ici que l'homme animal politique, ce n'est pas l'homme comme substance avec attribut épithète politique. Ce n'est pas ça. Parce que ça supposerait que l'homme peut être homme sans l'épithète politique. Non, ça veut dire que s'il n'y a pas la relation à l'autre, il n'existe pas l'homme. Et que la relation à l'autre, la politicité, au sens grec, pas la politique politicienne, bien sûr, est constitutive de son être, de son apparition et de son développement.
42:57 Il y en a des problématiques concentrées dans ce mythe de la caverne. Voilà, donc, en gros, notre principale illusion ici, c'est plus grave qu'une erreur. On a vu la différence ensemble. Toute illusion exprime une erreur, mais toute erreur ne va pas jusqu'à l'illusion. Pour aller jusqu'à l'illusion, il faut que le faux soit non seulement différent du vrai, excusez-moi, il faut que l'énoncé soit faux, d'abord.
43:33 En ce cas-là, c'est une erreur. 3 plus 4 égale 11, voilà, c'est une erreur. Mais 3 plus 4 égale moins 7, ça, c'est bizarre. Parce que c'est exactement le bon résultat, mais inversé. Et là, il ne peut plus y avoir du hasard. Et c'est pourquoi, ce qui distingue l'illusion de l'erreur, c'est que le faux n'est pas simplement différent du vrai, A différent de B, mais qu'il en est exactement l'inverse. Et donc, ça exprime qu'il y a une nécessité de l'erreur, que le sujet porte en lui-même les causes de l'erreur, et non pas comme dans le cas des mirages pour une cause extérieure, optique, ou météorologique.
44:15 Et donc, conclusion, il est beaucoup plus facile de corriger une erreur, une tasse de café, mon erreur de calcul, je ne la fais plus, de corriger une erreur que de dissiper une illusion. Même si je l'ai dit, je le répète, parce que c'est le sujet d'aujourd'hui. parce que les racines d'illusion, elles sont en moi, elles sont surtout dans le fait que je n'ai pas intérêt, sol raboteux, je n'ai pas intérêt à m'éclairer, à remonter vers la vérité, il y a trop de choses qui doivent rester sous le tapis, comme on dit si bien en français.
Kant : idées régulatrices et primat du pratique
44:48 Donc, pour répondre à la question que dois-je faire, non seulement on avait rappelé que cette question a deux sens, que si on prend faire dans son sens fort, dans son sens éthique qui implique et qui présuppose la liberté, et du coup, on avait esquissé la dernière fois, très rapidement, une première approche de la notion de liberté, je suis un peu prudent, mais je ne dis pas concept, d'une notion.
45:21 En rappelant tout de même le résultat que nous en avions, le résultat de cette interrogation avec Kant, par rapport auquel on va un petit peu plus s'éloigner aujourd'hui, mais enfin, pour Kant, la liberté est une de ces, ce qu'il appelle des idées, des idées régulatrices dont la raison a besoin pour penser son objet, mais attention, chez lui, les idées et le côté régulateur, c'est moins, c'est moins normatif au niveau connaissant, c'est moins sûr, si vous préférez, que ce qui est opposé au régulateur, constitutif, par exemple, le concept d'espace est constitutif des objets géométriques.
46:02 Il ne peut pas y avoir d'objet géométrique, n'est-ce pas, si la notion d'espace n'est pas donnée, par exemple. Donc, l'espace, bien, l'espace comme le temps, comme les autres catégories, sont bien constitutifs objets. Le concept de causalité permet de constituer une physique, par exemple. Il oppose à ce côté constitutif, le côté simplement régulateur de ce qu'il appelle les idées. C'est-à-dire, tout se passe comme si, ça c'est très kantien. Si vous voulez résumer Kant à l'expression, c'est tout se passe comme si.
46:32 Mais ça reste ainsi, Kant est très prudent. Voilà. Quand on a fait le bilan de tout ce que nous apprennent les sciences, bref, le travail de l'entendement, faire stand, la raison peut commencer à réappliquer, faire boule, je ne sais pas, pour dire à partir des indications de l'entendement, encore un rappel, connaissant ce que nous avons grâce à la collaboration de la matière qui est apportée à l'esprit, ce n'est pas qui nous vient de l'extérieur, ce n'est pas un idéaliste, et de la forme apportée par l'esprit, ce n'est pas non plus un empiriste, un réaliste naïf, c'est le composé des deux, le phénomène, qui définit le champ de notre connaissance et tout ce qui veut aller au-delà, la liberté, Dieu, l'âme, le monde, ce sont les quatre idées que Kant dit ce sont des idées régulatrices dont la raison a besoin, mais elle a besoin dans l'ordre pratique, ça tombe bien, nous y sommes, elles n'élargissent absolument pas notre progression théorique, c'est fini, ce sont des indications pour l'action, pas pour la connaissance.
47:32 Le grand génie de Kant s'est d'avoir fait comprendre que bien des concepts que l'on croyait constitutifs des choses, n'ont de sens que par rapport aux intérêts que nous avons en tant qu'être libre, intérêts pratiques au sens kantien, je vous rappelle que ça n'a rien à voir avec pratique, surtout qu'il a une expression, je ne vais pas trop vous embrouiller, mais Kant, qui est grand chinois de Königsberg, comme disait Nietzsche, il a tout un vocabulaire de distinction, le pratique au sens courant, Kant l'appelle le technico-pratique, donc il n'y a pas à se tromper pratique, si on a un doute, il vaut mieux le traduire par morale, même si c'est un peu réducteur, c'est plus proche du sens que lui donne Kant que pratique au sens de nouveau, machine à laver, rien à voir.
48:17 Donc c'est ici que ça se passe, c'est pas maintenant. Selon que j'y mets quelque chose de donné ou comme j'y mets quelque chose à faire, qui n'est pas, mais qui devrait être, Kant en est resté à cette limite, n'est-ce pas, pour lui, la liberté, le bonheur, le monde, etc., sont des limites vers lesquelles nous tendons sans jamais un peu comme ce qu'on appelle des asymptotes, c'est pas en géométrie, et donc qui régulent un petit peu la courbe de nos asymptotes, mais sans jamais qu'il y ait coïncidence entre l'asymptote et l'axe de sa limite.
49:06 C'est pourquoi la notion de liberté, je répète, donc avec prudence, que nous allons voir se développer dans le champ pratique maintenant, il faut la prendre exactement comme Kant commence sa réflexion morale, d'ailleurs, puisque, c'est ma dernière parenthèse, avant de reprendre sur la liberté, puisque, pour ce qui concerne la morale, nous, conclusion kantienne, nous ne pouvons pas chercher un principe à notre action dans les sciences de la nature, puisque plus elle se développe, et Kant espère qu'elles ne cesseront de se développer, plus elle se développe, plus elle augmente le contraire de la liberté, elle nous révèle l'empire de la nécessité, l'empire où la formule Y égale F de X est valable, donc l'univers de la détermination, l'univers où Y dépend de X est fonction de X.
50:00 Ça peut s'appliquer au sujet, une des formules les plus mystérieuses de Freud, n'est-ce pas ? « Wo Es war, soll Ich werden » Là où le « ça » était, le « moi » doit advenir. Un peu comme les roues arrières d'une voiture sont obligés de passer par là où sont passées les roues avant dans un virage. « Wo Es war, soll Ich werden » Au centre, là où j'ai mis le point d'interrogation, lorsqu'on interroge le concept de liberté, je reprends ma comparaison, on se trouve comme Kant qui, pour définir la démarche morale, on ne peut pas le demander dans l'ordre de la nature et ni non plus à l'ordre de la surnature.
50:47 Et donc, dit Kant, il faut partir de la bonne volonté, de la représentation qui est en chacun de la bonne volonté. Ça paraît un peu décevant après la rigueur de Kant dans le domaine de la connaissance, mais c'est une déduction très logique de son approche, n'est-ce pas ? On ne va pas trouver la liberté dans la dianoia, dans les Y égale f de x dans l'hypothético-déductif. Pour la liberté, on va faire pareil. Et vous avez vu, la dernière fois, quand on a posé la question « Qu'est-ce que la liberté ? » Je vous ai demandé de répondre d'abord le plus spontanément possible.
Faire ce que je veux et faire ce qui me plaît
51:18 Et je crois que c'est Samuel qui était là et qui avait répondu « Philippe, quand je fais ce que je veux, c'est ça qu'il faut répondre. Non pas pour clore le débat, mais pour l'ouvrir. Parce que c'est là que les problèmes commencent. On l'a vu la dernière fois. Allez, j'enchaîne maintenant. Bien sûr, quand je fais ce que je veux, je ne vais pas vous dire le contraire. Il y en a qui sont artificieux qui pourraient vous convaincre que vous n'êtes libre que quand vous faites ce que je veux, pourquoi pas ? Il y a des gens comme ça, des idéologies comme ça. Donc il faut le garder, c'est précieux. Le problème, c'est que ce n'est pas toujours évident de savoir si on fait vraiment ce qu'on veut ou si on croit faire ce qu'on veut tout en étant poussé par la détermination qui n'a rien à voir avec notre volonté.
51:55 Je vais vous donner cet exemple un peu amusant des deux potaches pour en trouver d'autres. N'est-ce pas ? De Pierre et Paul, plus vite comme ça, qui avaient résolu, c'est la saison en mois de mai, n'est-ce pas, la saison des examens et des concours, qui avaient résolu un peu glandé qui ont bien le droit quand même. Et puis là, comme ça, les filles en se rapprochent et décident de se lever le lendemain matin à 6 heures pour bosser. La dernière ligne droite, à 6 heures, le réveil sonne et Pierre se lève, Paul reste au lit. Et quand on pose la question lequel fait ce qu'il veut, là-dedans, la première réponse que j'ai souvent eue par l'auditeur, les deux, il y en a un qui veut se lever, il se lève, il y en a un qui veut rester au lit.
52:37 Chacun fait ce qu'il veut. Et c'est là pour faire attention aux mots. Et j'ajoute ici quelque chose que je n'avais pas eu le temps à la fin de la dernière fois de rappeler. Il faut faire attention aux mots, c'est comme ça qu'on a commencé notre atelier. C'est le « qu'appelles-tu ? » C'est ça la question socratique. « Qu'appelles-tu vouloir ? » Ici, « Qu'appelles-tu volonté ? » Je ne suis pas en train de vous dire « Il faut chercher la définition de la volonté. » C'est pas ça « qu'appelles-tu ». C'est encore plus fondamental, plus radical, plus proprement philosophique. Ça veut dire partons d'abord de ce que les gens désignent à partir de ce mot-là.
53:11 On retrouve la politicité de la langue. Autrement dit, est-ce que est-ce que les gens appellent volonté le fait de rester au lit quand on a sommeil ? Visiblement, non. Personne ne vous dira « Il faut une sacrée volonté pour rester au lit quand on a sommeil. » Non, c'est le contraire, vous savez bien. Et on en avait déduit, la langue est riche, il faut en profiter. On en avait déduit que celui qui reste au lit, enfin, il y en a un qui fait ce qu'il veut, c'est celui qui se lève, ce qui avait été voulu.
53:46 Et puis celui qui reste au lit, il fait, il fait, il fait, il fait. Merci. Il fait ce qui lui plaît. Il a bien le droit, là. On n'est pas en train de faire un procès moral. On n'est pas dans la moraline. On n'est pas en train de culpabiliser. J'ai jamais vu une époque aussi culpabilisante que la nôtre. Que ce soit pour le tri des poubelles, enfin, je m'arrête là. Exactement. C'est une distinction. C'est là qu'on voit que, très bien, être libre, c'est faire ce que je veux. Il faut commencer par être sincère.
54:17 Il faut faire comme Socrate, partir de ce que les gens appellent dans la rue le courage, la beauté, la vertu et voir après les problèmes que ça pose. Sinon, on se fait une langue entre philosophes et puis quand je vous dis « passez-moi le sel », je vous dis « passez-moi le sucre ». C'est embêtant, ces trucs-là. « Hein ? » Ben oui ! On pourrait décider de faire une petite langue entre nous comme ça, bien univoque, bien sûr. On n'irait pas loin. Donc, on n'appelle pas volonté le fait de céder au plaisir, parce que ça ne veut pas dire qu'il ne faut pas y céder de temps en temps, on n'est pas obligé d'être tout le temps, n'est-ce pas, dans la raideur de la volonté.
54:54 On n'est pas obligé d'être volontariste pour être libre. Mais, par contre, il y a bien une distinction entre faire ce qu'on veut et, vous voyez bien, faire ce qui plaît. Et pourquoi donc faire ce qui me plaît ne relève pas de la volonté et donc, encore moins, de la liberté ? Parce que, en termes kantiens, le sujet qui reste au lit, il est hétéronome. En termes classiques, ça veut dire que la loi qui le gouverne n'est pas en lui, mais elle est extérieure à lui. Il n'est pas autonome.
55:24 C'est ça le grand virage, n'est-ce pas, de la réflexion moderne sur l'action. Grand virage dont Kant ne dissimule nullement qu'il le doit Rousseau. Parce que ça rappelle furieusement le contrat, cette histoire, n'est-ce pas ? Parce que jusqu'à Rousseau, il y avait l'opposition entre ceux qui règnent et puis les anarchistes de tout temps, ceux qui contestent ceux qui règnent, si vous voulez, n'est-ce pas ? Ils contestent tout ordre. Et voilà que, autrement dit, ou bien je fais ce que je veux, ou bien j'obéis à la loi.
55:54 C'était ça la position du problème avant Rousseau. Et Rousseau dit, non, on est libre lorsqu'on obéit à la loi. À condition, que ce ne soit pas n'importe quelle loi, mais la loi qu'on s'est prescrite et non pas qu'on m'a prescrite ou que la nature m'a prescrite. car manger quand on a faim, je ne dis pas que ce n'est pas bien, il faut le faire, mais ce n'est pas là qu'on exerce le maximum de ses libertés. Parce que manger du seul fait qu'on ait faim, on le partage avec l'animal, c'est une détermination.
56:25 Par contre, manger à certaines heures, avec des convives, avec une petite présentation des plats et en cuisant les aliments, n'est-ce pas ? Puisqu'en passant l'alimentaire, l'homme est passé du cru au cuit pour reprendre un titre célèbre dans l'anthropologie contemporaine, n'est-ce pas, Lévi-Strauss ? Tous ces aspects-là nous font de plus en plus mesurer à quel point la liberté est une des grandes sources aussi, enfin la représentation que nous associons à le mot liberté, est source d'illusion, on le voit bien, celui qui reste au lit croit qu'il fait ce qu'il veut, a l'illusion de croire qu'il fait ce qu'il veut.
57:03 Donc j'insiste beaucoup sur ce concept d'illusion, un grand spécialiste de l'illusion, c'est Spinoza. Peu de philosophes ont autant développé une théorie aussi pertinente de l'erreur et de l'illusion. Pas seulement lui, le mythe de la caverne de Platon, Platon passe son temps à dénoncer une illusion. Mais Spinoza, c'est celui qui a développé la théorie de l'illusion de la manière sans doute la plus exhaustive.
57:33 Donc voilà, puisque le faire ce que je veux n'a pas répondu tout à fait à notre question de savoir ce qu'est la liberté, encore moins si elle existe, on n'a pas perdu du temps, on a permis au moins de comprendre qu'il y avait beaucoup de choses qui ressemblaient à la liberté. Ici, je fais une parenthèse importante, parce que je vous ai dit, il ne nous reste pas beaucoup de temps, donc autant dire l'essentiel, peut-être pas tout à fait dans l'ordre des fois, mais au cas où on manque de temps plus tard, nous allons voir bientôt un philosophe qui fait partie de la philosophie post-kantienne, comme on dit après, essentiellement l'idéalisme allemand, les Reinholds, les Fichte, Schelling, je fais allusion ici à Hegel qui clôt un peu historiquement, chronologiquement, ce mouvement post-kantien et chez Hegel, il y a un principe, je pense qu'aujourd'hui, je le dis comme ça dogmatiquement, sans développer, un principe qui joue un rôle central dans les relations entre hommes, c'est la reconnaissance.
58:42 Une conscience de soi n'est en soi et pour soi que lorsqu'elle est en soi et pour soi pour une autre conscience de soi. On peut traduire en français. D'ailleurs, il le fait, parce qu'il ajoute virgule, c'est-à-dire pour autant qu'il est reconnu. On a vu la traduction. Reconnu, anerkannt, qu'est-ce que ça veut dire ? Ça veut dire que le but de toute action proprement humaine, on a vu tout à l'heure qu'il n'y avait d'action que du côté d'un sujet. Pour l'instant, autour de nous, comme sujet, on ne connaît que le champ anthropologique. Je laisse de côté, pour l'instant, Dieu et les anges, mais sans résoudre la question.
59:15 Je fais une parenthèse dans la parenthèse. J'ai cette prudence qui m'a été enseignée par Kant. Que Kant arrive à un moment donné au concept d'être raisonnable, ça fait des autres pratiques, et il met en petite note, je vais m'être raisonnable et non pas homme. Parce qu'on ne sait jamais, il dit, Dieu, les anges, etc. Nous les imaginons comme des êtres, comme des sujets. rigueur de cette langue. Si nous éprouvons le besoin de poursuivre notre interrogation, c'est parce que nous voyons bien qu'il y a ici un piège, n'est-ce pas, si on en restait uniquement à l'énoncé, être libre, c'est faire ce que je veux.
1:00:05 Et d'autre côté, on ne va pas se précipiter dans l'antithèse en disant que je ne suis libre que lorsque je fais ce qui me déplaît. Il ne faut pas non plus croire que ce qui fait que l'autre se lève, ce n'est pas le fait qu'il fait un truc désagréable en se levant, c'est qu'il fait ce qu'il avait voulu, c'est qu'il est adéquat à lui-même et qui a une identité qui se confirme et qui est celle du but qu'il poursuit. Du but qui peut un jour s'avérer être une fin. Je veux dire par là pourquoi je prends le métro, c'est pour aller au lycée, pourquoi je vais au lycée, c'est pour passer le bac, pourquoi je passe le bac, c'est pour...
L'os de la connaissance : les sciences de l'homme
1:00:40 Et puis après, on ne sait plus très bien. Tout ça, c'est des buts. Mais il y a quelque chose qui est immanent à tous ces buts qui est la fin. Quand on l'atteint, c'est fini, comme le dit le mot. Vous voyez pourquoi je l'ai mis, le point d'interrogation à la place du soleil. Rassurez-vous, nous n'avons pas fait tout ça pour rien. Comme vient de le montrer Romain, on ne serait pas en train de se poser la question de la liberté si on n'était pas tombé sur un os en matière de philosophie et de la connaissance.
1:01:12 C'est quoi cet os ? C'est que si on continue comme ça, avec la connaissance scientifique, tout ça sera déterminé lorsqu'il y aura des sciences de l'homme et pas seulement de la nature. Vous vous rappelez la chronologie historique, mathématiques, physique, chimie, biologie, puis les sciences humaines. Et à la limite, la discipline qui devrait clore l'édifice des sciences et le couronner devrait être... Oui ? Je n'ai pas entendu. Non, non, non, même au-delà, au-delà.
1:01:42 C'est pour l'individu. Mais la science humaine qui englobe l'homme comme animal politique, je l'ai dit, ce serait la politique. Si la politique était une science, on ne serait pas là. Mais en même temps, c'est ce vers quoi tend le tableau. Regardez bien. Il commence, chronologique, par les mathématiques, la première s'est constitués comme science, c'est-à-dire la science de ce qui est le plus éloigné, le plus abstrait, le plus général, de ce qui nous concerne le moins à titre personnel. A égale B implique B égale A, c'est valable pour tout.
1:02:12 Puis après la physique, on se rapproche de nous parce qu'on passe du coup au réel. On n'est plus dans l'abstraction. Puis la chimie, puis la biologie, les êtres vivants, on en fait partie. Ça se rapproche de nous. Puis après, on passe aux sciences humaines. Donc, si je parle en termes tendanciels, comme font les géomètres, cette courbe a pour limite la politique comme science. Sciences Po ! Mais pas à titre programmatique, cette fois, mais effectif ! C'est une autre manière de...
1:02:46 Marx avait dit une phrase admirable quand il avait dit si l'essence et l'apparence des choses étaient confondus, toute science serait inutile. S'il suffisait d'ouvrir ses yeux pour ramasser la vérité dans le caniveau, on saurait. La politique devrait venir couronner. Mais non, on est tombé sur un os. Et heureusement que les sciences humaines ne se sont pas constituées avec la même aisance et la même efficience que les sciences de la nature. Parce que sinon, ça voudrait dire qu'on n'est pas libre.
1:03:17 Ça voudrait dire qu'on aurait appliqué à l'homme le Y égale F de X. Ce que s'acharnent à faire les sciences cognitives. Et le tour est joué. Je suis un philosophe engagé, je suis désolé. Pas contre une partie, vous voyez bien. soutienne les sciences cognitives des gens qui vont sur tout l'échiquier du spectre politique. Ce qui est un peu troublant. Mais voilà. Je vous rappelle que cognoscere veut dire connaître et que scire, ou bien scientia, veut dire savoir.
1:03:47 C'est un jeu de mots, cette histoire. Savoir de la connaissance, ou connaissance du savoir. Ça veut dire que c'est la science cognitive. Il y a un os quelque part. Nous, notre os, c'est celui-là. On a été partis d'un projet qui présupposait la liberté, qui rendait la recherche philosophique possible, la question que dois-je faire possible, et qui rendait surtout, une fois qu'on aurait répondu à la question, l'action possible, comme action, et non pas comme agitation et mouvement. Celle de l'arbre tout à l'heure pliée par le vent.
1:04:18 Et voici que notre connaissance triomphe en augmentant l'empire de la nécessité. C'est pour ça qu'il y a eu des résistances inconscientes au progrès de la science. Pourquoi voyez-vous que Galilée a eu tellement d'ennui Eppur si muove ? Et pourtant, elle tourne. Un bon italien in petto en catimini en sortant des tribunales, n'est-ce pas, sur les marches. Eppur si muove Et pourquoi ils ont eu tellement d'ennui ? Précisément parce que, obscurément, la conscience sait bien que si on progresse comme ça, la connaissance va se rapprocher de soi.
1:04:54 Et il y a une résistance. J'ai fait allusion au vocabulaire freudien tout à l'heure qui convient très bien ici. Il y a une résistance. Personne ne veut se considérer lui-même comme jouet des éléments, comme un objet. Chacun est tout de même attaché à l'illusion ou en tout cas à la représentation qu'il a de lui comme être libre. Le tout, c'est de faire quand même un petit peu d'effort pour que cette représentation coïncide avec le présent. Le représenter, c'est ce qui...
1:05:24 c'est n'est valable que lorsque le présent n'est pas là. Un ambassadeur représente son pays quand son pays n'est pas là. J'y tiens beaucoup à ce que je appelle cette os, en langage familier, à cette difficulté. C'est ça un peu qui fait que nous ne sommes plus des requins dans notre atelier, je veux dire, n'est-ce pas, qu'on est arrivé, on s'est bunis à quelque chose, on ne peut plus continuer, n'est-ce pas, comme ça, à bénéficier du statu quo, on allait à la catastrophe.
1:05:56 Et quand Kant a dit j'ai voulu réduire le savoir pour faire une place à la foi, ça ne veut pas dire, ce serait un contresens énorme sur le respect que Kant devait aux sciences, ça ne veut pas dire qu'il faut tellement interdire ces recherches impies que sont les sciences pour rétablir la foi. Ça veut dire que la science, la connaissance pour laquelle il a beaucoup d'attachement, sur laquelle il a énormément travaillé, a un champ qui lui est spécifique avec l'action et la liberté s'en est un autre.
1:06:28 Le mot foi, il dit glauben, qui veut dire croyance aussi bien que foi, n'est-ce pas. Quand je vous parlais tout à l'heure des idées régulatrices, tout se passe comme s'il y avait un moi derrière toutes mes représentations, comme si les phénomènes de la nature que l'entendement nous présente d'une manière un peu coupée des causes premières et des causes finales, ont une unité quelque part derrière, et puis tout se passe comme s'il y avait un principe premier de toutes choses, Dieu, le monde, le moi, etc. Chez Kant, je vous l'ai dit tout à l'heure, ce sont des idées régulatrices, tout se passe comme si, on reste encore une fois très prudent.
1:07:05 donc, si nous ne pouvons pas en rester là, c'est que nous avons bien la forme de la liberté, maintenant qu'on a vu qu'elle ne peut pas, n'est-ce pas, elle ne doit pas être confondue avec ce qui nous sollicite en termes naturels ou surnaturels, mais par contre, nous n'avons donné aucun contenu, c'est un peu la faiblesse du kantisme, n'est-ce pas, c'est pour ça qu'on parle de formalisme moral, quelquefois, chez Kant, je ne sais pas, j'ai oublié de dire que la bonne volonté est au départ de l'action morale, c'est presque une tautologie d'ailleurs, mais ça ne donne pas un contenu à la volonté, un contenu autre que négatif, tout à l'heure, il s'est avéré que je n'étais libre que dans la mesure où je ne faisais pas ce qui me plaisait en me levant, il y avait une conception plus chaleureuse et plus constructive de la liberté, donc cette question de Romain nous a été bien précieuse, mais à la condition, maintenant je réponds précisément à ce qui fait question dans ta question, que tu l'aies voulu ou pas, je ne sais pas, on va le savoir, c'est que, qu'est-ce qui est au départ du trajet qui pousse le prisonnier
Catastrophe ou splendeur sur le fond de la caverne
1:08:15 à laisser ses billevesées de côté ou derrière lui plutôt pour se tourner vers les lumières, vers la vérité, au départ, c'est qu'il s'est passé quelque chose sur le fond de la caverne, sinon il pouvait rester longtemps assis sur sa place de cinéma, salle obscure, excusez-moi, c'est le festival de Cannes, mais, laissons-les dans leur caverne, à Cannes, et, regardons, je reviens à mes requins, tant qu'il n'y a pas trop de problèmes sur le fond de la caverne, je reste enchaîné, je suis bien là, moi, ça ne me dérange pas, je ne veux pas d'être dans le faux, d'abord je m'en fous du faux et du vrai, ça marche, ce qui fait dire à Rousseau, par exemple, que tant que, tant que le rapport de force bénéficie aux tyrans, ça marche, il ne sait pas encore que le plus fort n'est jamais assez fort, etc., il pourrait toujours le maître, donc c'est qu'il se passe quelque chose en temps sur le fond de la caverne, oui, il se passe deux choses, et on revient au début de notre cours, au début de nos entretiens, je suis bien content, soit une catastrophe,
1:09:25 soit une splendeur, ça c'est du Platon, soit la crise, on est parti de ça, notre séminaire, nos entretiens, soit tout d'un coup, il se passe quelque chose qui fait que ça ne peut plus durer comme avant, un malheur, ça peut être individuel, ça peut être un deuil pour les uns, ça peut être une guerre pour un peuple, une crise, un passage d'un mode de production à un autre, en termes marxistes, pourquoi pas, etc., soit un immense bonheur, là, je fais allusion au Platon, au plus grand artiste de son temps, ce philosophe qui voulait chasser les poètes de la cité, le plus grand poète de son temps, je ne sais pas, je veux dire par là que les œuvres de Platon, en dehors de leur message proprement philosophique, sont révérées depuis des siècles, à juste titre, comme étant des merveilles, si vous voulez vous en convaincre, si vous avez un peu de temps, je ne vous renvoie pas aux 10 livres de la République, en vacances, vous avez peut-être mieux à faire, les philosophes, je le recommande fortement, mais prenez le début d'un dialogue comme le Phèdre, ou la totalité du banquet, c'est des merveilles, du point de vue politique, bon, voilà, et donc, il peut y avoir aussi, quelque part sur le fond de la caverne, quelque chose d'une beauté telle, que le monde ne peut plus durer comme avant, et à l'époque moderne,
1:10:35 par exemple, il y a toute une poésie d'avant-garde qui commence à partir de Baudelaire, qui reprend exactement cette thématique, regardez le sonnet de Correspondances, il dit exactement ça, la nature est un temple, où le vivant pilier laisse parfois, sortir de confuses paroles, l'homme y passe à travers des forêts de symboles, qui est l'apostrophe, qui l'observe, avec des regards familiers, un peu inquiétant, ce n'est pas l'homme qui regarde les symboles, c'est les symboles qui regardent l'homme avec des regards familiers, ça veut dire que l'homme n'a pas percé le mystère des symboles, mais le symbole connaît le mystère de l'homme, exactement à l'inverse, de ce qui se passe entre Œdipe et le Sphinx, qu'est-ce qui se passe entre Œdipe et le Sphinx, qui me rappelle le deal, c'est très court, bien, la devinette, la sphinx est là pour poser des devinettes, des énigmes, saintes sont-elles, diras-tu ?
1:11:33 Quelle est la devinette que le Sphinx pose à Oedipe ? Vous savez que le deal c'est ça, je te pose une devinette, si tu ne la trouves pas, je te dévore, si tu la trouves, c'est moi qui meurt, intéressant comme deal, qu'est-ce qu'il pose à Oedipe ? Question très grise. Voilà, il faudrait que je m'accroche, vous êtes fort. Oui, quel est cet animal qui marche à quatre pattes le matin, sur deux à midi, sur trois le soir ? Il dit pour mon grec, son intelligence en expérience, c'est l'homme bien sûr, à quatre pattes, le bébé, sur ses deux pieds d'homme adulte, puis quand il est vieux, sur un bâton, sur trois pattes le soir.
1:12:10 Et l'Antiquité orientale s'effondre et la Grèce apparaît. La réponse était l'homme. Le sphinx, ce n'est pas une idée qui vient des grecs à l'origine. Le sphinx interroge l'homme depuis toujours. Le sphinx, c'est la figure emblématique, ce n'est pas de l'art égyptien. Un très beau passage, l'Esthétique de Hegel, où il parle du mystère chez les égyptiens et du sphinx comme...
1:12:40 Pardon, où il parle du concept de symbole, en l'illustrant par le sens du mystère chez les égyptiens et en particulier à la figure du sphinx, comme l'énigme de l'énigme. Nous ne faisons pas, dit Hegel, d'anachronisme. N'imputons pas aux anciens des savoirs, un peu comme ceux qui disent que dans les déserts du Pérou, les dessins correspondent à des extraterrestres. Ils font sans doute des délires, tout est possible. Mais, ce qui est sûr, c'est qu'il ne faut pas imputer aux grecs, aux égyptiens, pas des notions, des idées, des sentiments, des représentations qui n'apparaissent que 20 à 30 siècles plus tard.
1:13:22 Je veux dire par là qu'Hegel veut nous faire comprendre que le sphinx était une énigme pour les égyptiens. C'est ainsi qu'il se représente le mystère, le mystère de l'être. Et vous voyez la figure du sphinx. Concrètement, c'est quoi ? C'est une tête humaine qui commence à se dégager de la forme animale. Et une hominisation de la nature, déjà dans la figure du sphinx. Et donc, quand Oedipe répond, dit, pardon, que la clé de l'énigme, c'est l'homme, c'est une leçon d'humanisme.
Hubris tragique et honneur cornélien
1:13:57 Ça veut dire que la réponse, elle n'est pas dans le fait de scruter le cosmos ou dans la recherche de la permanence et de l'immutabilité divine, elle est dans l'homme. Le mystère, c'est l'homme. Donc, à la place du dieu solaire, chez Platon, on commence à voir que la liberté, je ne sais pas, l'homme pourrait occuper ce point d'interrogation. Ce misérable avorton, on entendait vu tout à l'heure qu'il est à peine viable. C'est ça ? Et qui mérite, moi j'aurais dû l'apporter, certains d'entre vous le connaissent peut-être, l'admirable chœur de Sophocle, d'Antigone, il n'y a pas de plus...
1:14:30 Il fallait que ce soit la civilisation hélénique pour faire cet hymne à l'homme, je ne sais pas si vous entendez, de ce chœur. Vous savez que le chœur dans la tragédie grecque a un peu la fonction des confidents dans notre théâtre classique qui a toujours pour modèle d'ailleurs le théâtre grec. C'est-à-dire que le héros, c'est un héros de tragédie dans la mesure où il est la proie de l'hubris, de la démesure, où il transgresse, n'est-ce pas, les fragiles équilibres institués par la loi. Icare, qui va trop haut, Antigone, qui pousse trop loin par rapport à la loi édictée par la cité.
1:15:07 La piété familiale, Créon, qui la condamne à l'inverse, qui va trop loin dans l'immixion de l'État, tout de même en relève de la sphère du privé le plus irréductible qui est la sphère du deuil et de la mort. Le guerrier appartient à la cité tant qu'il est vivant. Elle l'envoie se battre contre les Perses lorsqu'il est mort. C'est l'affaire de la famille. Chacun des deux, Antigone comme Créon, a outrepassé un peu son champ. C'est pour ça qu'il y a tragédie.
1:15:37 Il n'y a pas le bon et le méchant, ce n'est pas le monde de Bush où moi je suis l'empire du bien et toi tu es le mal. Puis ce que je te désigne comme mal, c'est que moi je suis le bien, c'est bien à peu près au même. Non, la tragédie c'est sérieux. Les deux, n'est-ce pas, ont fait le mal. Les deux ont fait l'hubris, au sens grec. Donc, vous voyez, si je mets ici, je suis en train de dire comment c'est, je parlais de cet avorton, ça m'a fait penser à ce chœur, n'est-ce pas ?
1:16:09 Je vous le disais à l'instant, le héros tragique, que ce soit notre tragédie dans son modèle grec. Heureusement qu'il a quelque part quelque chose qui vient équilibrer sa démesure. Et cet élément équilibrant, c'est le confident. Chez Racine, tous les confidents sont cornéliens. Chez Corneille, c'est l'inverse. C'est amusant à voir. Chez Corneille, ce qui compte, ce n'est pas mes petits problèmes intérieurs, les problèmes de jupons, j'ai vu la dernière fois comme il y a si souvent chez Racine.
1:16:44 C'est l'honneur. La valeur à laquelle je sacrifie tout le reste, y compris mes sentiments personnels d'amoureux, de Chimène. C'est l'honneur. Et l'honneur n'a de sens que par rapport à l'autre, si vous regardez bien. Ça veut dire mon honneur sur une île déserte. Vous savez qu'on en revient toujours à cet agrégat d'individus de l'autre côté du mur. Honneur par rapport à l'autre. L'autre, ça peut être le groupe restreint, la famille. Effectivement, le Cid ne commence pas à venger son père, pas du déshonneur qu'il a subi et qui, tant qu'il n'est pas vengé, rejaillit sur tous ceux qui partagent son sang.
1:17:21 C'est un corps qui vous parle. C'est ça la vendetta. C'est malheureux pour ça que je peux faire 50 morts. Ça concerne tous ceux dans lesquels circule le sang qui a été atteint et lésé. et puis, l'honneur, bien sûr, avec la communauté élargie quand il remporte la bataille sur les Maures et sauve le royaume. Dans les deux cas, c'est par rapport au regard de l'autre et à une collectivité qu'on parle d'honneur. Du coup, les héros raciniens essayent de rendre les héros corneliens un peu humains.
1:17:53 Ou les interlocuteurs. Lorsque la nouvelle arrive dans l'horace de Corneille, la nouvelle arrive que, vous savez, les deux cités se livrent une guerre qui est devenue interminable. Donc, très sagement, ils décident que ce sera tranché par un duel singulier. C'est moins mort, c'est mieux. Un duel singulier avec un membre de chaque camp entre Rome et Albe. Les petites cités quand Rome n'est pas encore un grand empire. Rome n'a même pas conquis la moitié de l'Italie. Mais, pour l'instant, on se bat avec les petites cités. On y revient. Voilà. Et tirage au sort, n'est-ce pas ? Et malheureusement, situation cornelienne, comme on dit, dilemme, n'est-ce pas, vont se battre deux amis d'autant plus proches qu'ils s'apprêtaient à être beaux frères l'un de l'autre et à se donner leur soeur.
1:18:34 Vous voyez, c'est horrible comme situation. Je suis obligé de trucider et donc de m'aliéner à jamais celle que j'allais épouser et que j'aimais. Bon. Il y aurait une femme qui pleure parce que j'ai mangé mon honneur chez Corneille. Et je disais que le confident équilibre est un petit peu plus humain et ici, il se confie, non pas un confident, mais Horace se confie à Curiace dans le passage que je vais vous citer. Curiace est l'Albain, n'est-ce pas ? Horace est le romain.
1:19:05 Et quand arrive la nouvelle, il est effondré, Curiace. C'est pas possible, il y a des choix. Bon, c'est la fois que ça tombe sur nous deux. Et alors, je vous passe toute la tirade. Horace, lui, se réjouit. c'est un romain. Se réjouit de cette occasion qu'il y a de montrer mon honneur. Montrer jusqu'où peut aller la valeur que j'attache à l'honneur puisque plus le prix à payer, plus le sacrifice que j'ai à faire sur ce qui est m'est cher est élevé, plus mon honneur en sortira, n'est-ce pas, ressortira d'une manière éclatante et sera mieux reconnu.
1:19:40 le sort qui de l'honneur nous ouvre la barrière, les dés qui nous tombaient, offre à notre constance une illustre matière. Il est heureux comme tout d'avoir trucidé son beau-frère dans quelques instants. C'est comme extraordinaire. Je sais pas. Combattre un ennemi, s'exposer seul au coup dans la mêlée, dans la bataille, d'une simple vertu, ça veut dire courage à l'époque, d'une simple vertu, c'est l'effet ordinaire. Mille l'ont déjà fait, mille pourraient le faire, mais vouloir au public immoler ceux qu'on aime, s'exposer au combat contre un autre soi-même, épouser un parti qui prend pour défenseur le frère d'une femme et l'amant d'une soeur, cette autre vertu n'appartenait qu'à nous.
1:20:15 L'autre est abasourdi en face. Il va être illibré, c'est ça que je voulais réillustrer. Et il finit par dire, parce qu'il est aussi courageux qu'Horace, il tremble pas une seconde au combat, il tremble de tuer son beau-frère, pas de se battre, pas de mourir. Ce sont les héros de l'antiquité. Et il dit, votre fermeté tient un peu du barbare. Il y a un mot de trop face à un Romain.
1:20:46 Votre fermeté tient un peu du barbare, peu même de grand cœur, cœur veut dire courage dans le code de l'époque, peu même de grand cœur tirerait vanité d'aller par ce chemin à l'immortalité, à quelque prix qu'on mette une telle fumée, ce qui est l'honneur, le valeur suprême pour le romain et pour lui une fumée, à quelque prix qu'on mette une telle fumée, l'obscurité vaut mieux que tant de renommée. Après avoir insisté qu'il y va, il y va, je n'ai point hésité pour faire mon devoir. Notre longue amitié, l'amour de l'alliance n'ont pu mettre un moment mon esprit en balance. Et puisque par son choix, Albe montre, en effet, qu'elle m'estime autant comme guerrier que Rome vous a fait, je crois faire pour elle autant que vous pour Rome.
1:21:21 Mais enfin, je suis homme. Vous voyez, je faisais qu'il humanise le débat. je vois que votre honneur demande tout mon sang, que tout le mien consiste à vous percer le flanc près d'épouser la sœur qu'il faille tuer le frère, encore qu'à mon devoir je cours sans terreur, mon cœur s'en effarouche, et j'en frémis d'horreur, etc. Et il se termine par Non, pardon. Horace enchaîne en disant Oui, excusez-moi, il termine par ces mots de trop et j'aime ce choix-là qui vient de tomber.
1:21:58 J'aime ce qu'il me donne mais je plains ce qu'il m'ôte. Et si Rome demande une vertu plus haute, je rends grâce au Dieu de n'être pas Romain pour conserver encore quelque chose d'humain. Si vous n'êtes romain, soyez dignes de l'être, répond l'autre. C'est une réponse de romain. Vous n'êtes pas romain, tant pis pour vous, mais vous seriez au moins dignes de l'être. Terrible, les femmes comme ça. Etc. Vous voyez, chez Racine, ça va être le contraire. Le confident ou la confidente va dire pensez à vos intérêts politiques, à votre honneur, à vous, Phèdre, là, d'en pincer pour votre beau-fils, c'est du propre.
1:22:32 Vous êtes quand même l'épouse, vous êtes quand même la reine, il y a la cité, à vacances de pouvoir et vous, à quoi vous pensez ? À Hippolyte. Donc, ces espèces de mesure et d'équilibre sont ici fort importants. Mais, tout ça a été pour dire qu'il y a du tragique au départ, sur le fond de la caverne, où il y a quelque chose de tellement beau que ça revient en eux-mêmes. Une crise produite par la beauté. C'est pour ça que je vous ai cité Baudelaire tout à l'heure, mais je pourrais vous citer, n'est-ce pas, pratiquement tous les poètes de la modernité, si on la périodise pour parler pas tout à fait n'importe quoi.
1:23:10 Les temps modernes en histoire, c'est clair, c'est de la renaissance jusqu'à aujourd'hui, n'est-ce pas, c'est ce qui commence après la fin du Moyen-Âge. Mais la modernité, au sens culturel, on la situe, bien sûr, à partir des grands craquements dont nous sommes partis, la révolution industrielle anglaise, la révolution politique française, bref, fin 18e, début 19e, avec l'apparition du romantisme et de ses succédanés après. Et bien là, la plupart des poètes vont insister sur ce côté-là de la beauté comme foudroyante, comme aussi dangereuse, n'est-ce pas ?
1:23:40 Pour expliquer la folie, sa folie, Hölderlin, le grand poète allemand, camarade d'études de Hegel et de Schelling, disait à propos de son voyage à Bordeaux, première fois, il est en contact avec le monde avec le soleil du midi, Apollon m'a frappé, une formule célèbre. Apollon a frappé, il a eu un coup de bambou, comme on dirait. Apollon m'a frappé, ou comme il dit dans un autre poème, car il est lourd à porter le malheur mais tellement plus le bonheur. Vous voyez, ça c'est sur le fond de la caverne tout ça.
1:24:11 Ça peut être une passion amoureuse tout simplement, je veux dire. Même une jolie femme, un bel homme, ça paraît sur le fond de la caverne. Au départ, c'est des corps, c'est du visible, c'est du sensible et qui peuvent nous rendre fous des fois. Voilà, c'est ça qui fait que le statu quo change et qu'une quête commence. C'est pas mal comme idée Platon. C'est fécond quand même. Donc voilà, c'était ça pour complément de réponse à ta question. Bien sûr que ça vient avant la connaissance mais parce que dans l'action, il s'est passé quelque chose sur le fond de la caverne.
Du devoir-être à l'être : le monde du signe
1:24:41 Je ne peux plus me comporter comme avant. C'est pour ça qu'il faut faire ce détour, grand détour théorique auquel nous enjoint Platon dans le septième de la République. Je n'ai pas dit que pour être libre, il ne fallait pas faire ce qu'on voulait. J'ai même dit l'inverse en termes de vocabulaire. J'ai dit il ne faut pas confondre faire ce que l'on veut avec faire ce qui nous plaît. Donc lorsque tu parles de ce monde déterminé, etc., réservons-le. Réservons à ma relation à ce moment-là à l'être comme faire ce qui me plaît. Je n'ai jamais condamné de faire ce que je veux, au contraire, j'accorde la définition courante de la liberté pour être cohérent avec ce que j'ai dit.
1:25:17 il n'y a pas besoin de prendre le contre-pied de l'opinion dans l'énonciation générale. Il faut lui donner un contenu. À savoir qu'être libre, je suis libre quand je fais ce que je veux. Sauf qu'on vient de voir à travers les exemples que j'ai pris avec nos deux jeunes gens et avec ta réponse qui le valide très bien, on vient de voir que c'est loin d'être évident la distinction entre faire ce qui me plaît et faire ce que je veux. On passe notre temps souvent à les confondre.
1:25:48 Leibniz disait que si l'aiguille de la boussole était douée de conscience, elle aurait l'illusion de penser qu'elle veut se diriger vers le nord. Ce n'est pas en fonction d'une loi qui lui est extérieure, n'est-ce pas, qu'elle veut se diriger vers le nord. Voilà. C'est comme si on disait que si la lune était douée de conscience, elle pourrait avoir l'illusion qu'elle adore tourner autour de la Terre. Laissons cela. Maintenant, pour répondre à ta question, elle est très importante parce qu'elle pose le problème qu'on a vu être insuffisamment traité par Kant, celui du contenu de la liberté.
1:26:22 Quand je pose la liberté comme un devoir-être, on n'arrive jamais à répondre à ta question. Il faudrait que je ne cède pas à mes passions, à mes impulsions, il faudrait que je ne sois pas dans ce qu'on appelle l'impulsion du seul appétit, mais seulement dans l'obéissance à la loi que je me suis prescrit. Il faudrait, on est dans le devoir-être. Dans ce qu'on appelle en allemand le Sollen, tu devrais. Les langues nordiques ont l'avantage par rapport aux français sur ce point. Ça veut dire de distinguer « to must », « to ought to », les nécessités physiques et le devoir proprement moral.
1:26:55 Ainsi, vous vous rappelez, on s'était bien amusé avec le verbe « devoir » qu'il faut bien interroger quand on dit que toute la philosophie repose sur la question « que dois-je faire ? » C'est un verbe important. On avait bien montré que dans notre langue, je dois manger pour vivre, je dois respecter le feu rouge ou ne pas griller le stop. On emploie le même verbe alors que c'est des choses très différentes. L'anglais, justement, pour l'allemand, on a le sens de distinguer les deux. Or Kant, quand il parle du devoir-être, enfin de la liberté, il prend toujours le mot « Sollen » qui est le devoir moral.
1:27:25 Comme tu dis, c'est le truc que je me fixe, comme ça, mais comme un espèce d'horizon qui ne s'instaure jamais. Donc, ta question est bien fondée et elle pose le problème du contenu. Elle va laisser un peu entre parenthèses par Kant du contenu du vouloir, du contenu de la liberté. Je ne peux pas t'y répondre en termes prescriptifs. Je ne vais pas dire « voilà ce qu'il faut faire pour ». L'étape suivante, et ta question nous permet d'y arriver, c'est de restaurer l'être perdu avec Kant.
1:28:01 pas l'être naturel, la page est définitivement tournée, elle est objet de connaissance et de maîtrise, la nature, ce n'est pas la question. Mais je parle ici de mon rapport au monde. Le fait qu'il soit posé comme devoir-être, Kant et sa postérité, suppose que les hommes, et là, j'arrive au cœur de ta question, n'ont jamais réalisé ce qu'ils voulaient. Il ne faut pas exagérer non plus.
1:28:31 On peut constater dans l'être, je parlais tout à l'heure du sphinx, il existe dans le désert et depuis des millénaires. Les hommes ne se sont pas contentés d'avoir des velléités dans la tête. Ils ont incarné leur volonté ou leur plaisir ou leur fin, qu'elle soit fantasmée, bonne ou mauvaise, ils l'ont incarnée. autrement dit, il faut juger du contenu de la liberté et de la volonté à partir de ce qu'on fait et non pas seulement à partir de ce qu'on en dit. Quand, c'est l'exemple que j'ai déjà souvent donné pour d'autres causes, mais qui ici revient à la surface dans l'horizon de la liberté, quand, dans une famille populaire, il y a le dimanche, je fais un repas entre potes et que c'est une belle parenthèse festive entre deux semaines d'enfer, on fait un peu mieux que l'ordinaire.
1:29:26 C'est pas, on a souvent développé ça, on arrange un peu les plats, pas seulement la qualité de la cuisine, mais la décoration, la nappe, tout ce qui fait qu'on n'est pas en train de dévorer par terre quelque chose, sans écuelle, sans rien, alors que rien, aucun de tous ces protocoles n'ajoute quoi que ce soit au programme biologique. Le corps, pour être satisfait de ses besoins lipides, glucides et protides, sans passer par tous ces tralala. Ces tralala, c'est l'homme, le tralalaire. Il ne faut pas les négliger comme étant secondaire ou superflu, ou alors, il faut dire que l'anthropologie commence avec le superflu.
1:30:00 Comme nous avons quelques familiers du monde syndical ici dans la salle, c'est un argumentaire qui me permet de leur proposer. Quand on leur dit ça c'est du luxe, c'est du trop, l'homme commence quand on est au-delà de la nécessité naturelle, parce que peindre sur les cavernes, franchement, ça ne va jamais ajouter quoi que ce soit, n'est-ce pas, à la qualité nutritive de la viande de renne. Oui, tout simplement. Mais nous en certes l'estimer aussi nécessaire que le reste, au point que lorsque l'on hésite dans un chantier archéologique pour savoir si on a affaire encore à un animal, à un australopithèque ou quelque chose comme ça, et pour décider qu'on a affaire à un hominidé, quand il y a des restes de sépultures, ça résout le problème.
1:30:42 Autrement dit, c'est le monde du signe. Et un signe, ça s'adresse à l'autre, n'est-ce pas ? C'est le monde du signe qui est proprement anthropologique, lequel n'ajoute rien au monde des causes et des effets. Vous voyez la distinction, là, dans la nature, il y a des causes et des effets. Dans le monde humain, il y a des sens et des signes. voilà. Donc, cette question nous remue bien au cœur du débat.
1:31:12 Il faut donner un contenu à la liberté, mais il ne faut pas que ce « il faut » soit arbitraire. C'est un peu aussi toutes les utopies révolutionnaires sanglantes en général, je veux dire, qui ressemblent un peu à la table de Procuste. Vous savez, j'ai tellement une abstraction dans la tête que quand je veux absolument que le réel s'y plie, je fais des dégâts considérables parce que jamais le réel ne se plie à une abstraction. Donc, pour donner un contenu à la volonté, il faut observer l'homme, si je puis dire, en flagrant délit. Sa volonté s'exprime, s'extériorise, elle n'est pas cachée, elle n'est pas seulement dans sa tête, elle s'exprime.
1:31:43 Nous devons à des disciplines comme la psychanalyse et d'autres, mais je pense à cela parce qu'elle est plus familière, de savoir que ce qui est inconscient, ce qui est intérieur, nos pulsions, ce ne sont pas des... Il ne faut pas faire des procès d'intention et de voir, d'essayer de lire on s'exprime, il est dans les lignes. Il suffit de les lire, les lignes, ou de les écouter quand c'est de la parole. Le sujet en dit souvent beaucoup plus qu'il ne souhaite lui-même dire. Voir les lapsus, les actes manqués quand on parle et des choses comme ça.
Fichte, Schelling, Hegel ; l'art comme volonté réalisée
1:32:15 Donc, voilà, je réponds à ta question en réorientant la recherche sur le devoir-être, pardon, sur la conversion du devoir-être en être, mais pas l'être naturel. Mais l'être historique et on y arrive seulement maintenant après Kant. C'est ce qui manquait chez Kant. C'est que pour savoir qu'est-ce qui est à la base de la volonté chez l'homme, il faut regarder comment cette volonté se satisfait dans la sphère anthropologique. J'ai parlé des rites du repas tout à l'heure qu'on retrouve dans toutes les sociétés. Ce qui diffère c'est les modalités.
1:32:46 Ici on prend des baguettes, ici on prend des fourchettes, ici on prend avec les trois doigts de la main droite, pardon, jamais avec la main gauche, et ainsi de suite. Mais tout ça varie. Ce qu'il y a de commun, c'est qu'il y a tous ces rites, tout cet univers, j'appelle l'ordre symbolique, du signe et du sens qui n'ajoutent rien à la cause et les faits en termes biologiques, mais très tifés, etc. Et ça c'est l'orientation que va prendre la pensée dialectique en particulier à partir de Hegel pour résoudre la contradiction de son temps entre deux pensées qui s'opposaient dans les deux plus grands philosophes post-kantien après Kant, Fichte et Schelling, Fichte exaspère le côté moral de Kant pour aller très vite.
1:33:28 En opposant un moi et un non-moi et en vouloir absolument imposer la loi morale au reste de l'être, donc c'est un devoir être exacerbé, alors que Schelling, lui, dira, c'est un progrès par rapport à ce que je viens de dire dans le sens de l'être, que notre volonté est déjà réalisée mais lui, pour lui, pas dans l'histoire mais dans la nature. On va aller très vite, voilà les étapes qu'il y avait encore à franchir avant d'arriver à Hegel dont je parle maintenant et qui a fait ses études de philosophie en même temps que Schelling justement et le troisième homme, son camarade de Hölderlin qui était très proche du point de vue amitié, le poète qui est connu comme poète et pour cause c'est un des plus grands poètes de tous les temps si je peux me permettre ce jugement de valeur je dis ça parce que je ne suis pas le seul à le dire loin de là c'est un des plus grands poètes de l'Occident je ne sais pas ce que c'est que l'Occident depuis que la Terre est ronde mais dont on oublie que c'est aussi un philosophe un texte philosophique remarquable de Hölderlin et en particulier
1:34:38 sur le concept de jugement mais surtout c'est une époque où cette distinction entre discours philosophique et discours poétique n'est pas évidente et ce n'est pas un hasard si j'enchaîne là-dessus et je vais me conclure pour cette avant-dernière fois parce que ça va nous permettre de valider ce que je ferai en dernière saison c'est-à-dire de se colter toutes ces illustrations si vous voulez en particulier dans le champ esthétique ce n'est pas un hasard si Hegel à la fin de sa vie produit une esthétique n'est-ce pas la première esthétique développée du monde moderne pour voir que les désirs humains il y a longtemps qui se sont incarnés on peut les lire comme on a essayé un petit peu de faire tout à l'heure avec la figure du sphinx dans le désert après tout je parle de l'art égyptien de même que par exemple le besoin de fini qu'avaient les grecs pour les grecs la perfection c'est ce qui est achevé c'est ce qui est fini ce qui n'existe que dans le monde de la cité et de l'homme parce que la nature il y a toujours un truc qui traîne c'est pour ça qu'ils étaient antiféministes plutôt antiféminin c'est encore plus grave je ne sais pas vous savez que les mœurs des grecs ne les poussaient pas spécialement vers les femmes à une certaine époque
1:35:48 mais il y a une raison profonde à cela c'est pas seulement une raison d'esthétique ou de mœurs sauf qu'il y a des peuples qui seraient comme ceci et d'autres comme cela c'est parce qu'ils ont une telle pour eux on s'évade de la nature dans la cité c'est tout le contraire du monde moderne le monde moderne l'écologie mais pas seulement c'est pas la polis la nature on s'évade n'est-ce pas de l'enfer de la ville où la litière où se vautre oui malormais la litière où le bétail heureux des humains est couché il faut être élitiste il faut s'évader de ça pour aller dans les solitudes bon chez les grecs c'est l'inverse pas d'habitude c'est un monde d'inquiétude c'est le monde des dieux c'est le monde de la démesure et il faut arriver à chez nous là où il y a des angles droits du Parthénon on a vu ça la dernière fois avec le temple de Poséidon au cap Sounion face à l'infini d'avoir osé mettre un temple aussi limité, fini, achevé et donc la femme comme elle est dans ses sociétés archaïques assignée aux tâches où la nature nous détermine faire les enfants la cuisine enfin manger tout ça c'est pas l'homme qui a décidé c'est dans ses activités
1:36:58 qu'on montre qu'on est quand même grec ou pas indépendant de la nature et du coup ça diabolisait un peu la femme qui avait partie liée avec l'indéterminé c'est pas du fini c'est pas du propre ça explique beaucoup de choses dans la distribution de valeur grecque donc comparer le temple grec je viens de le signaler qui limite qui ne veut pas que ça il va lui limiter la verticalité des colonnes avec le tympan un taux voyez sans mesure regardez l'inverse le monde de la transcendance que ce soit l'islam son minaret les cathédrales les clochers un clocher ou quelquefois la voûte à Beauvais c'est pas la plus haute voûte du monde de la chrétienté c'est un peu moins haut que ça a été au Moyen-Âge car ils avaient fait encore plus haut mais ça s'est écroulé le jour je rigole excusez-moi c'est épouvantable le jour de la messe de Pâques c'est pas des dégâts terribles bien sûr les habitants on corrige Catherine si je me trompe c'est bien ça une excellente historienne ça a été vu comme un châtiment Babel on était allé trop haut vous voyez cet élan de verticalité des religions
1:38:08 de la transcendance de l'infini y a pas de limite vous voyez vous voyez qu'on n'a pas besoin de dire au fait c'est quoi toi pour que tu sois libre c'est quoi c'est pas j'ai dit tout à l'heure que le psychanalyse nous a appris qu'en parlant nous révélons beaucoup plus de choses sur notre propre réalité et vérité que que nous n'obtenons quand nous pensons à nous-mêmes sur le malplaçant quand il s'agit de nous et bien de la même manière ici on voit qu'on apprend beaucoup plus sur la volonté de l'humanité lorsqu'on la prend en flagrant délit dans l'art où elle l'a réalisé et d'autant plus qu'elle l'a réalisé librement et c'est pour ça je parle des oeuvres esthétiques je parle pas de ce qu'on fait par nécessité ça n'exprimerait pas un sens ce serait un enchaînement de cause voilà donc ça vous donne un peu le programme le programme de la prochaine fois on essayera de de voir quelques exemples je sais pas de que une bonne nouvelle que la liberté elle est en marche et depuis longtemps il ne faut pas que ce soit un devoir être qui soit dans notre futur et je conclue la séance d'aujourd'hui par cette formule qui pour Hegel résume non pas seulement l'histoire humaine mais son sens je discuterai après la prochaine fois n'est-ce pas ça fait un peu ringard
Le sens de l'histoire comme progrès de la liberté
1:39:20 quand on parle de sens de l'histoire aujourd'hui n'est-ce pas et à très juste titre d'ailleurs ça peut être pris dans un sens totalisant voire totalitaire parce que je peux décider un sens qui exclut complètement d'autres expériences oui or Hegel a trouvé mais le combine combine c'est le corse qui parle excusez-moi je vais dire il a trouvé un bon truc tropisme il a trouvé un sens qui non seulement ne menace pas la liberté mais qui est la liberté elle-même la voici la formule les orientaux ne savent qu'un seul est libre les grecs savent que quelques-uns sont libres les modernes savent que tous sont libres c'est clair chez Hegel il peut peut-être se tromper on peut discuter mais pour lui s'il y a un sens dans l'évolution historique c'est vers moins de liberté à plus les orientaux ne savent qu'un seul est libre l'empereur de Chine le pharaon le grand mongol ce qu'on appelle en termes de sociologie historique le stade du souverain charismatique bon mais c'est le seul il y a droit de vie et de mort tout le reste de ses sujets et puis avec les grecs il y a un seuil c'est qu'il y a une communauté qui a les mêmes droits qui a les mêmes libertés une communauté
1:40:30 dans la cité qui a besoin d'à peu près 20% effectif le reste étant dans l'esclavage c'est un progrès parce que le pouvoir dans ce petit groupe d'hommes libres il ne se décide plus par la force il faut parler au parlement sur l'agora pour savoir à qui le pouvoir va échoir et donc la route est ouverte au Séguéla pardon au sophiste qu'est-ce que je dis au communicateur au publiciste à celui qui va arriver à convaincre la foule de voter pour moi parce que ce qui fait le pouvoir maintenant c'est le parlement et puis les modernes savent que tous sont libres on passe pour les historiens de l'antiquité au monde à peu près quand arrive le christianisme le christianisme dit vous rendez à César ce qui est à César vous rendez à Dieu ce qui est à Dieu disjonction totale de l'ordre temporel et de l'ordre spirituel l'homme n'a pas à s'abaisser devant qui que ce soit y compris devant le pharaon le roi l'empereur de Chine ou quoi que ce soit je parle des textes chrétiens je ne parle pas de manière bon les églises les ont retournés bien sûr au profit des pouvoirs je fais du genre un passage précis je terminerai c'est un anecdote amusant en espérant que cette aporie sera apéritive par rapport au repas qui vient mais vous savez
1:41:41 il y a un passage très connu même pour ceux qui n'ont jamais eu l'évangile qu'il est plus difficile pour un riche d'entrer dans le royaume des cieux que pour un chameau de passer par le trou d'une aiguille merde sale coup ça je suis roi de France je suis donc responsable de la fille aînée de l'église la France que c'est souverain droit absolu je suis sacré je pense que c'est cruel n'est-ce pas un caractère quasi sacré on paye pour venir me voir manger et voilà que la religion qui s'enseigne me dit que ce sera le paysan qu'opprime ma féodalité qui a plus de chance d'entrer dans le royaume des cieux que moi c'est un sale coup ça qu'est-ce que c'est que cette histoire il y a eu des jésuites à ce moment-là qui ont inventé la casuistique étude de cas l'évangile ça se lit pas comme ça d'abord on commence par dire hors de l'église point de salut tu crois pas que tu vas comprendre l'évangile tout seul mon petit gars c'est compliqué déjà l'analphabétisme c'est bien parce qu'il faut passer par ceux qui sont instruits et alphabétisés pour transmettre ce qui fait que Luther premier acte politique de Luther c'est d'être habillé dans l'évangile en allemand pour s'émancipier de Rome qui a massacré
1:42:52 les paysans après qui croyaient à cette histoire en Allemagne deuxièmement les jésuites dans l'étude de ce passage-là avaient fini par dire que c'était un problème de traduction et que quand on regarde bien c'est une métaphore et que ce qu'on appelle le chas d'une aiguille dans le texte est en grand en fait comme un portique évidemment c'est pour vous dire que quand je parle de l'évangile du christianisme je dis c'est sérieux historiquement quand même ça a donné le monde le monde où nous sommes n'est-ce pas c'est l'esclavage qui était la force productive sur le plan intermarxiste le pilier de l'antiquité qui disparaît après le christianisme pas le 31 décembre à minuit c'est pas comme ça que ça se passe progressivement et vous voyez le simple fait que pendant les guerres médiévales il y ait la trêve de Dieu dans l'église qui est un espace sacré qui est au-delà des conflits humains ça a été une émancipation énorme tu ne t'abaisses pas devant la créature tu ne t'abaisses que devant le créateur ça c'est important tu ne plies pas le genou devant un être créé voilà bonne nouvelle c'est bon