Le texte de la séance
et encore moins le moment esthétique de « la beauté » en général. C’est un moment particulier de celle-ci, la « belle âme » qui s’incarne ici (le champ lexical de cette séquence anticipe quasiment mot pour mot sur celui du chapitre éponyme). Ce pas décisif, dans la scène véritablement matricielle qui nous occupe, l’entendement qui fait face à (la « haine » de la) « beauté », semble résolu à le franchir incessamment ; mais c’est au moment de le faire que Hegel lui impose, le temps d’un arrêt sur image, cette fois, une dernière hésitation. « L’entendement attend » : le ton troublant de ces pages, au cœur de la célébrissime préface n’obère pas la clarté du message ; Hegel rend ici un dernier hommage non pas à la beauté en général (son intérêt pour la chose esthétique ne cesse de croître jusqu’à Berlin) mais à cette Beauté à ce point séduisante, qu’à l’instar de sa génération, il l’avait si longtemps investie comme un déjà là immédiat (sans la ruse, ce détour médiatisant qu’est la praxis), de l’unité conciliant toutes les oppositions.
56 / Il est vrai que l’on ne peut plus sérieux et austère « système du savoir » sitôt qu’il aborde notre sujet, en articulant les sphères de l’esthétique et du politique, et dans les « temps forts » de cette réflexion, semble hanté par le va-et-vient de bien troublantes figures féminines.
57 / Trois d’entre elles nous semblent singulièrement précieuses pour médiatiser in concreto ce rapport de la beauté à la cité.
58 / Nous pouvons laisser la première de côté : il s’agit de la « beauté sans force » que nous commençons à connaître. Nous pouvons nous en éloigner avant que la « haine » qui l’anime ne lui fasse entonner, à la face de l’entendement — qui n’est pas encore le Sarastro de la raison — les glapissements rageurs et merveilleux, de la reine de la nuit. Mais, grâce à l’outil, nous la pouvons à présent dépasser, comme, seul, Ulysse avait pu dépasser les sirènes soit, Aufhebung oblige, en conserver le meilleur : le récit ; « The rest is silence. »
59 / Car pour assurer cette Odyssée de la conscience qu’est la Phénoménologie de l’esprit
