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Le Dahomey, un nom sédimenté d'histoire
0:30 Moi j'habite la banlieue, je suis aussi plateau. Moi je crois pas au hasard, mais on sera rapidement une direction. Se déplacent en gbakas, les gbakas d'Abidjan. Par an je viens des gens, en tout cas moi Daouda, je prends souvent les gbakas. Il est vrai que les gbakas font parfois des dégâts.
1:00 Je ne dis pas le contraire, mais comment peut-on faire S'il arrive qu'un jour on supprime les gbakas. Pour beaucoup d'entre nous, ce sera du Katanga. D'abord par son pays d'origine. Voilà mon tour d'être essentialiste où d'un coup je viens de critiquer chez les Corses. Et moi j'ai dit mais c'est un Béninois. Allez soyons clair, c'est un Dahoméen.
1:31 Hasard de ma biographie, mon premier contact avec l'Afrique en 54. Venant d'Indochine, mes parents apprennent bien de fous. On se reconvertit où on peut, parce qu'il reste de l'Empire. Donc premier contact avec l'Afrique. Ça s'appelle Dahomey. Moi je suis ravi que Sankara ait transformé l'intitulé Haute Volta en Burkina Faso. C'est autrement parlant dans tous les sens du terme. Mais par contre là pour une fois, quelle connerie !
2:04 Pour une fois que ce n'était pas Haute Volta, terme colonial typique, on se partage avec les Anglais, la Basse Volta, la Haute Volta. Non, là pour une fois, Dahomey, le mot est sédimenté d'histoire propre au pays, bien avant la colonie. Car Dan, d'où Dahomey, Dan était un prince d'Allada, je ne veux pas, je ne veux pas tout un laïus, mais qui régnait sur le sud, la dichotomie nord-sud est capitale dans ces pays, entre le Sahel, ingrat et difficile à cultiver, et le sud plus arrosé, c'est normal, comme entre les Hittites et les Égyptiens.
2:39 Bon, donc, Dan était un prince du sud, qui voit arriver un gars du nord, c'est l'histoire classique, qui lui dit, est-ce que je peux m'établir près de chez vous ? Pas de problème, alors qu'il l'accueille. Et puis, le gars du nord prospère, et un jour, Dan vient une grande visite, et voit qu'il prospère, et lui dit, je vais très vite, est-ce que tu vas continuer à construire des maisons jusque dans mon ventre ? Le ventre se dit en fon, la langue du sud du Bénin, Homè. L'autre a pris sa machette, lui a ouvert le ventre, et avec son sang a pétri les premiers éléments de la case royale des rois d'Abomey.
3:14 Et donc, ce pays porte le nom du ventre de Dan, Dan Homè. Alors, pour une fois, tu vois que c'est un nom propre, un patronyme, ça ne veut rien dire ici, mais un toponyme qui exprimait toute une sédimentation historique, c'est bien dommage de l'avoir changé en Bénin. Bénin, c'est le royaume du Bénin qui sont plutôt au Nigeria, c'est immense. L'actuel Bénin n'en est qu'un petit appendice, voilà. Mais c'est important, je suis en train de dire, je suis en train de parler d'un pays qu'on appelait, déjà quand j'étais gamin, le quartier latin de l'AOF. L'Afrique occidentale française, comme on disait à l'époque.
3:46 C'est-à-dire que le petit Dahomey, au moment de son indépendance, avait mille bacheliers. L'immense Zaïre, Congo belge, République démocratique du Congo, je mélange les générations, en avait deux. Ça te résume l'essentiel. Cette pépinière, moi qui te parle, j'ai gagné ma vie et j'ai pu avoir une vie professionnelle grâce aux instituteurs dahoméens. qui m'ont appris à moi, je suis allé à l'école primaire là-bas, au CM1 et au CM2, ma langue à moi, mais eux, ce n'est même pas leur langue maternelle.
Hountondji, Adotevi et la négritude comme mythe fondateur
4:25 Si j'ai une dette culturelle quelque part, c'est bien là. Donc, est-ce un hasard ? On ne va pas essentialiser le dahomeïsme chez Adotevi. Est-ce un hasard ? Si mes deux philosophes africains, ouest-africains, soyons un peu plus concrets, préférés, sont Stanislas Adotevi et Paulin Hountondji. Les deux sont béninois. Je ne suis pas fait exprès. Et les deux, et je réponds maintenant à ta question, comment je le caractériserais, ont la même thématique.
4:55 C'est-à-dire qui, dès le départ, sont méfiants à l'égard de tout essentialisme de la négritude. On y vient. J'ai vu Hountondji, je vais commencer par lui, qui est moins polémiste, que, au départ, que, qu'Adotevi, qui n'a pas fréquenté Althusser, qui n'a pas... Et je te parle de lui. Après, il a été ministre de l'éducation, mais à l'époque où je l'ai connu, il avait une petite librairie poussiéreuse dans Cotonou.
5:27 Et il fallait du mérite, parce qu'il y avait une seule librairie d'État qui s'appelait la Lipa Wall. À l'époque, c'était à peu près une dizaine d'années après l'indépendance, je travaillais dans le domaine des manuels scolaires pour le compte de la pieuvre, Hachette, d'accord ? Et j'étais chargé de concevoir de nouvelles collections et je ne pouvais pas m'empêcher d'aller chez lui. Je n'avais aucun intérêt professionnel. C'est une petite librairie. Nous, on vendait carrément la grande librairie d'État. C'était... C'était vous qui payez. C'est-à-dire c'est la coopération française qui payait. Voilà. Mais j'y allais parce qu'une librairie comme ça, des textes de Lukács, enfin, je veux dire, dans la poussière comme ça, comme nous, enfin, dans le courage extraordinaire.
6:10 Et voilà. Et je l'ai vu, donc, pour aller très vite au Collège international de philosophie, il était invité à faire un exposé sur ce qu'il pensait de la philosophie africaine. Invité par des ethno-philosophes. Et je l'ai vu, c'était un grand bègue. Je ne l'ai jamais vu si peu bégayé. Au téléphone, c'était un supplice comme souvent les bègues qu'ils me pardonnent s'il m'entend. Mais j'adore ce type-là. Mais là, c'est en toute la passion qui fait qu'il ne bégayait pas. Il disait, enfin, un blanc, c'est le viandre.
6:40 En disant, écoutez, vous dites du mal de l'ethno-philosophie, mais quand même, vous avez, vous, les Africains, une profondeur intuitive. Il faut que vous la gardiez. Enfin, toutes les conneries qu'on peut imaginer et que à d'autres ils vivent pour fin. Que je résume, pour être clair avec ceux qui nous écoutent, ceux qui nous regardent, le blanc, c'est le concept, le noir, c'est le rythme. Ça veut dire, toi, tu danses et moi, je garde le tracteur. Je ne sais pas si c'est vrai, je ne tranche même pas le fond, mais je sais qu'il s'arrange.
7:12 Je vois qu'il ne s'en arrange pas. C'est contre ça, c'est contre ce partage propre à Senghor, beaucoup plus qu'à Césaire, qui avait, il est honnête, Adotevi, il dit très bien, c'était nécessaire au début, la négritude comme concept polémique pour trouver une identité fondatrice au départ, comme toute histoire, commence par des mythes fondateurs, Romulus et Remus, ce n'est pas sûr que ce soit une vérité historique, comme Abel et Cain, mais c'est comme ça. Il faut commencer par là. Mais après, ça devient plus encombrant que libératoire, un peu comme le concept de nation qui à la Révolution est capitale au moment de l'éveil des nationalités en Europe.
7:49 C'est d'extrême gauche, la nation contre l'empire d'Autriche-Hongrie, par exemple, l'éveil des nationalités, c'est très bien. Après, ça devient ce qu'on sait. Bon, la négritude a eu le même destin. Voilà en gros, comme je résume la thématique d'Adotevi. Mais je reviens à ma continuité dahoméenne. Hountondji, interpellé par ces blancs, qui disait, mais enfin, restez dans vos racines profondes, lui a répondu cette chose magnifique. « Je ne suis pas condamné à vous servir de supplément d'âme. »
8:23 La philosophie africaine a le droit de ne pas se complaire dans le statut que les blancs en manque d'âme lui ont assigné. Tous les blancs n'en manquent pas d'âme, loin de là. Vous m'interpellez en disant « Gardez votre âme, sous-entendu, pourquoi ? Pour qu'il y en ait pour deux. » C'était magnifique comme réponse. Eh bien, Adotevi s'inscrit dans ce fil. Il y a bien ici ce qui me permet d'appeler celui que je raciste, même à titre positif, une intelligence béninoise.
8:54 « Dahoméenne ». Voilà. Non, soyons clairs, je vais être un peu montesquien là plutôt que marxien, mais ce n'est pas tout à fait contradictoire. Il y a une densité démographique exceptionnelle par rapport au reste de l'Afrique francophone. Au Bénin, il y a souvent 100 habitants en kilomètre carré dans le Sud-Afrique, qui est énorme dans la région. Et on sent que c'est un appendice de l'immense Nigeria à côté qui est la grande exception. C'est que dans cette Afrique subsaharienne sous-peuplée de Nigeria, il y a 130 millions d'habitants avec une tonne de pétrole par habitant.
9:24 Je veux dire, c'est bon, voilà. Donc le Bénin se ressent de ça. C'est peut-être ça qui fait qu'un peu comme les Burkinabés, il y a aussi une énorme densité de population sur le plateau Mossi, sur une terre ingrate et sèche comme au Sahel et donc qui a vendu sa force de travail comme ouvrier agricole en Côte d'Ivoire ou au Ghana. Enfin, la suite, vous connaissez. Voilà, je veux dire, il y a comme ça une détermination naturelle dont il faut tenir compte aussi. Surtout quand on les conjugue dans le cadre de l'histoire et de la praxis. Voilà, donc pour répondre à ta question, c'est quelqu'un issu de cette effervescence de l'intelligentsia qui était là déjà avant les indépendances.
10:02 Il faut voir à quel point un, je ne dis même pas un ministre, un fonctionnaire, un directeur central béninois interviewé à RFI fait honte aux Français de nos présentateurs de Pujadas ou de... Je ne devrais pas les nommer, mais enfin, je veux dire. Alors, c'est une question non seulement pas seulement intéressante, c'est assez rhétorique de dire si votre question était intéressante, non, elle est pertinente. Même linguistique du terme. Je vais prendre un détour géographique pour y répondre, pour laisser les nom dépassionner, laisser les nom entre parenthèses un instant.
Gallois, Wallons, Gourmantchés : nommer la limite
10:33 Prendre tous les dérivés du radical GAL ou VAL. Gallois, Gaulois, Wallons, Vaudois. Tu veux bien ? Pas besoin de faire un dessin linguistiquement, tout ça, c'est la même chose, en gros, le G, le V, Permute. Le Pays de Galles, le Canton Vaud, les Wallons en Belgique, le GAL, qui est un patronyme fréquent en Bretagne pour désigner celui qui vient de l'intérieur, pour parler comme des Alsaciens quand ils parlent de ce que nous nous appelons continent en Corse.
11:05 Le GAL, c'est celui qui vient de l'intérieur de la France, en Bretagne. à chaque fois, ces termes désignent des populations vivantes et ça confirme ce que tu viens de dire, sur une marche au sens géographique, sur une limite, là où il y a les Germains qui commencent. Les Wallons par rapport aux Ch'tis, aux Flamands, les Gallois qui sont bien contents d'être Gallois lorsque les Normands, les Vikings, les Boches, je dis ça, j'ai beaucoup de tendresse, viennent envahir le pays.
11:40 Le canton de Vaud, c'est celui qui jouxte la Suisse alémanique. Il y a quelque chose, là. Il se passe quelque chose. À chaque fois, on donne le nom de ce qui, non pas parce que c'est le centre, mais au contraire, parce que c'est la périphérie et c'est la limite. On risque, au-delà d'être en minorité, comme tu dis très bien. Je suis très content de ce que tu viens de dire parce que je prends maintenant un exemple africain pour la même idée. les gens du sud-ouest du Niger, la région frontalière avec la Haute-Volta, pardon, avec mes archaïsmes archéocoloniaux, avec le Burkina, s'appellent les Gourmantchés.
12:23 Il y a la ville de l'est profond du Burkina, aujourd'hui, qui s'appelle Fada N'Gourma, Gourmantchés. Quand on interroge les Djermas, la langue la plus répandue dans la région, c'est les Songhaï, en gros. Quand on les interroge sur ce que veut dire Gourmantchés, ils disent que c'est les gens qui sont à l'ouest du fleuve. Ce n'est pas une substance, c'est une relation. Je présume que tu vois le rapport avec ta question qui est un peu plus pertinente. D'accord ? Ça ne veut pas dire qu'ils sont différents par essence, mais eux, ils sont à l'ouest du fleuve.
12:57 D'accord ? Donc, voilà, après, ils vont être en minorité s'ils franchissent le fleuve, je veux dire. Donc, effectivement, jamais le subsaharien, pour prendre un terme qui est dépassionnel et qui a une neutralité géographique, jamais le subsaharien ne s'est senti aussi nègre au sens le plus promotionnel du terme, comme ça a été le cas dans les premiers écrits des Césaires et des Senghor, et Dieu sait si ça a eu un rôle positif. jamais il ne s'est senti aussi nègre que lorsqu'il était dans la banlieue parisienne ou lorsqu'il venait faire une partie de percussion au tabou pour accompagner vaguement Joséphine Baker.
Une réception différenciée : le cadre ambitieux et le vieil instituteur
13:41 Là, tu as parfaitement raison, mais ça, c'est valable pour toutes les minorités, pratiquement. Là aussi, c'est une question qui mérite d'être posée parce que je vais te répondre, c'est très différencié, la réponse. Elle ne s'adresse pas, je parle uniquement des Africains, c'est-à-dire, question porte sur l'écho que ça a dans la foule africaine. Elle n'est pas homogène. Il est évident que le cadre qui postule pour être chargé de mission à l'UNESCO, le cadre burkinabé, guinéen, peu importe, ou congolais, je veux dire, lui, il va en rajouter sur la négritude et dans ses textes et dans ses trucs et dans ses rapports et dans ses...
14:21 Bon, voilà. Mais le vieux, le vieux fonctionnaire, le vieil instit qui a formé des générations à la francophonie parce que c'était une promotion sociale, parce que si tu ne connais pas papier, comme on dit là au sud du Sahara, c'est-à-dire qu'on est papier, c'est que je suis alphabétisé, ça y est, je suis tiré d'affaires socio-économiquement. Alors, peu importe que ce soit en français ici, en anglais là, en arabe, en Algérie, parce qu'en Algérie, on comprend l'arabe d'un bout à l'autre. Je fais une parenthèse, mais une fois, mes élèves m'ont apostrophé en terminale, je n'ai que des grands moi, en Côte d'Ivoire, ils m'ont dit monsieur, à partir de demain, on fait le cours en Ivoirien.
14:54 Ah, je lui ai dit, ah, ça me fait plaisir que vous soyez réactifs aujourd'hui. Mais pourquoi attendre demain, on va commencer aujourd'hui, allons-y. Ah, ben quoi, on fait en baoulé ? Ah, non, le gars, le gars de Korhogo là, c'est ce qu'il vous faut. Ah, ça, je ne veux pas. Moi, c'est comme vous voulez, ce n'est pas moi de décider. Donc, on le fait en bété. Ah, il n'y a pas moyen. Bon, vous voyez, on va faire la guerre. Bon, allez, vous allez faire comme nous. C'est quoi nous, les Français ? On parle une langue, le français, où il y a, au deux tiers, celle de notre ancien colon, le latin.
15:30 En second, les racines germaniques, envahies par les barbares, c'est des grandes civilisations. On a l'arabe, en troisième. Ce qu'on a en dernier, c'est le gaulois. C'est presque rien. Il y a quelques toponymes, quelques noms de rivières. Voilà. Ça ne se décrète pas, ça sera, je suis sûr qu'un jour, vous parlerez l'Ivoirien et ce sera ce que je viens de dire, un mélange de français, de Dioula, de Baoulé, de Bété, ce sera tout ça. C'est très bien.
16:00 D'accord. Voilà. Et de la même manière, je veux dire, ta question, on ne peut pas y répondre comme s'il y avait un public homogène. Le vieil instit, je pense à lui, parce que quelle solitude. On parle de la solitude du coureur de fond, mais la solitude du vieil instit, c'est qu'il a fait son William Ponty à Dakar à l'époque, avec les Mamadou et Bineta, qui a fait toute sa vie des pleins et des déliés par une chaleur épouvantable dans les classes non climatisées qui pensaient à climatiser les écoles à l'époque, avec des pleins et des déliés sur le tableau d'un silence de mort, parce qu'elle a des disciplines de fer avec la chicote.
16:43 D'accord. Et qui faisait rayonner notre langue, le français, dans un endroit où personne ne venait jamais l'inspecter. Je veux dire, on pourrait quand même lui faire une statue. À ceux qui parlent de francophonie, qui font des colloques, des machins, des financements et on ne voit jamais rien sortir. C'est ceux-là les piliers de la francophonie, c'est ces instits à la retraite maintenant que tout le monde a oubliés comme une retraite misérable. Celui-là, il va être très attentif à ce que dit Adotevi pour répondre à ta question. Il va dire, une sorte de négritude, là, ça, c'est pas bon pour moi.
17:17 Parce que ça veut dire, je résume à toi la danse, à moi, la construction des tracteurs. danse, mon petit, danse. Tant que tu danses, je suis ton maître. C'est Robinson et Vendredi. C'est quand même pas un hasard, c'est dans ce roman qui est un chef-d'oeuvre. La première fois que la solitude de l'homme blanc naufragé rencontre enfin quelqu'un sur lui, c'est pour instaurer une relation de maître à esclave. Ça ne s'invente pas, quand même. C'est comme ça.
17:47 Voilà. Donc, c'est pour ça que je réponds en cette question d'une manière différenciée. Je veux dire qu'une certaine jeunesse ambitieuse et qui, je ne la critique pas, qui a parfaitement le droit de l'être, quand je fais allusion à celui qui veut intégrer l'UNESCO, ce n'était pas ironique et péjoratif. Il a bien raison de prendre n'importe quel canal pour sortir pour ne plus être en voie de développement, mais voilà, accomplir son émancipation sociale.
18:18 Et c'est bien le moins. Mais je veux dire, il ne peut pas, lui, il va refaire la geste senghorienne sans y penser spontanément comme ça. Il va se servir de la négritude comme promotion. S'il est discriminé, il va dire c'est parce que je suis noir que vous me dites ça. D'accord ? À quoi j'ai souvent envie de répondre mais tu n'es pas ambassadrice, ambassadeur de la négritude. L'Afrique, ne t'a pas délégué pour la représenter. Il y a des gens qui ont la même couleur que toi si tant est que ce soit une couleur parce que c'est quand même plus différencié qu'on ne croit et qui disent l'inverse.
18:53 Toi, l'Afrique a le droit d'être diverse. Je n'ai pas dit divisé, diverse. Voilà. C'est comme ça que je réponds à ta question. À mon avis, il gêne. Et peut-être maintenant encore plus qu'au moment de sa parution et ce n'est pas peu dire. Voilà pourquoi j'aime bien ta question. Il gêne encore plus maintenant. Pourquoi maintenant ? Tu t'en doutes parce qu'il y a un retour effréné de l'identitarisme. Il y a un colloque sur l'identité française il n'y a pas si longtemps. C'est quand même sans précédent des conneries comme ça.
Le retour de l'identitarisme : la région a la nation qu'elle mérite
19:24 Quand on a une identité, on ne se pose pas la question. Quand on se la pose, c'est trop tard. Comme a dit Hegel, la chouette de Minerve prend son vol au crépuscule. Elle vient trop tard la philosophie. Si tu poses la question de l'identité, c'est que tu ne l'as plus. Tu ne crois pas que les Bororos avec lesquels dialoguait Lévi-Strauss se posaient la question de leur identité. Sommes-nous vraiment des Bororos ? Ce n'était pas leur problème. Donc, aujourd'hui, je reviens à la question de Claire, où tout se passe entre la bretonnitude des bonnets rouges, la corsitude.
20:07 J'ai travaillé à Thonon-les-Bains. Une courte période, j'étais responsable de la gestion de la maison des jeunes de Thonon-les-Bains. Je suis ravi. Ça m'a permis de voir une espèce de corse alpestre puisque je voyais des planches à voile sur le lac tout en étant à côté des vaches avec des grelots sur des hauteurs et des pâturages. Bon, ça me rappelait la Corse. La mer et la montagne. Mais j'ai vu une fois en descendant de Morzine sur Thonon avec beaucoup de lacets sur un mur écrit comme chez nous les Français dehors. Là, il y avait marqué Savoie, vache à lait de la France.
20:40 Oui, mais je m'excuse, je n'ai pas pu m'empêcher de rire. Si la Savoie s'en va, la France tombe comme une pierre. ça veut dire qu'on a des trévois. vache à lait de la France. Bon. Donc, il y a un retour des identités. Je ne veux pas seulement ironiser dessus. Parce que rien n'existe sans cause. S'il y a ce retour d'identité, c'est qu'il y a des raisons. On peut ne pas avoir raison tout en ayant des raisons.
21:10 Lorsque, je veux dire, je veux être très précis, la région a la région, pardon, la région à la nation qu'elle mérite et vice-versa. Comme tu connais bien l'Afrique, je vais prendre l'exemple précisément des Sénoufos puisqu'ils sont à cheval sur la Côte d'Ivoire et le Burkina. Voilà une ethnie, une identité, si je mets ce que veut dire ethnie, à cheval sur deux, en tout cas, une communauté linguistique, déjà, le Sénoufos, à cheval sur deux États-nations bien distincts, la Côte d'Ivoire et le Burkina. D'accord ? Korhogo, côté ivoirien, Banfora, du côté Burkinabé.
21:44 À l'époque de l'acmé économique de la Côte d'Ivoire dans les années 80, quand la Côte d'Ivoire talonnait le Portugal en revenu par habitant, quand même, juste avant que la Banque mondiale ne s'en mêle, et fasse les PAS, plans d'ajustement structurels pour les ramener à l'âge de la pierre, avec la complicitité du FMI. Ne nous égarons pas. à cette époque-là, il y avait une chaîne de magasins de grandes distributions, comme on dirait à l'échelle africaine, en Côte d'Ivoire, qui s'appelait Chaîne Avion et une autre qui s'appelait PAC.
22:16 Tu pouvais trouver tout ce que tu veux, des piles pour ton poste transistor, des trucs, dans le village le plus reculé. Donc, M. Ouattara, je prends exprès, non pas du tout, je ne fais pas allusion au président, c'est le nom Sénoufo par excellence. M. Ouattara, il est ivoirien. Ce santé, il est ivoirien et non pas Sénoufo. Et il avait un petit mépris pour le Burkinabé qui n'arrivait pas la cheville et son niveau de vie. Mais à partir du moment, tout d'un coup, où le centre, la capitale, laisse tomber la périphérie, où il y a des guerres civiles, où il n'y a plus irrigation de la richesse, au moment où Mobutu centralise tout, il paraît qu'il avait à lui seul un quart des avoirs de l'UBS, lui et sa famille, je veux dire, l'union des banques suisses, et donc que le Shaba, le Katanga, comme on disait à l'époque, ne reçoivent plus les retombées de cette fabuleuse richesse qu'est la République démocratique du Congo.
23:15 Il est évident que la région ne se sent plus concernée par la nation puisqu'elle n'en reçoit rien. la Corse, et là, je donne raison, alors là, je donne raison à ce niveau-là aux nationalistes, aux enépanouces, aux autonomistes, pour l'instant, je ne nuance pas parce qu'ils ont ce thème-là en commun, mais qui se justifie historiquement, c'est que qu'est-ce qu'on a reçu, nous, du continent, pardon, du continent, qu'est-ce qu'on a reçu ? On a des bagnes, qui ont des régions de rélégation, comme la Nouvelle-Calédonie, comme les ports, dans la plaine orientale, parce que maintenant, la plaine orientale, c'est beau comme une Californie, c'est prospère, il y a des kiwis à perte de vue, qui ne valent pas très cher le kilo, mais ça, il n'y a pas qu'en Corse, il y a les mandarines, il n'y avait rien.
24:00 Dans la Corse traditionnelle, c'est des proverbes, des maximes, c'est si tu voulais, le malheur de quelqu'un, tu souhaitais de rester dans la plaine sans eau. C'était des cailloux. Il fallait attendre l'immigration des pieds noirs, des investissements des centaines de millions de francs que les Corses n'avaient jamais même imaginés, qui ont fait les tensions à l'époque entre Corse et pieds noirs, qui ont abouti aux événements d'Aléria, dont tu as dû entendre parler, qui sont le démarrage du problème Corse d'aujourd'hui. Sinon, il y a un problème Corse millénaire. Voilà. Donc, soyons sérieux, je veux dire, pendant longtemps, la Corse était complètement négligée.
24:37 Si, les Corses, ils étaient intéressants pour coller des affiches à Paris. Non, mais je caricature à peine, c'était la mafia qui servait pendant la collaboration, voilà, et puis après, c'était l'énergie à l'époque des élections pour le RPR, l'UDR, parce que la Corse était un des départements comme l'Alsace où le parti gaulliste faisait le plus de voix. Après, ça s'est inversé exactement. C'est anti-gaulliste, anti-jacobin, anti-monstration. Bon, peu importe. Mais je veux dire, donc, ça a toujours, ça n'a jamais compté en tant que département, en tant que plan de développement, etc.
25:11 Et puis, lorsque ça a commencé, mais il a fallu quelques bombes pour ça. Je ne vais pas faire l'avocat du diable, mais quand même, il a fallu quelques bombes pour que se mette en place la Somivac, Société de Développement, de Mise en Valeur de la Corse, etc. Bon, qui a servi aussi à enrichir des féodalités locales. Après, c'est l'histoire de partout. Je ne veux pas lui jeter la pierre. Mais, quelque part, on retrouve cette logique. Moi, c'est ça, je veux insister pour le point de vue. Il y a une logique qui n'est pas corse, qui n'est pas africaine et qui est tout ça à la fois et qui est universelle. C'est que la région a la nation qu'elle mérite et vice versa.
Le moment de la négritude et le déterminisme universel
25:43 Si la nation ne ristourne pas dans les régions, c'est-à-dire les régions vont demander leur indépendance, tendanciellement tôt ou tard. Oh, là, c'est pas très compliqué pour répondre. je crois que son arrière-plan permanent, il est quand même socio-politique, disons, pour ne pas dire idéologique, pour ne pas faire trop... C'est-à-dire qu'il voit très bien, quand il parle de négritude, par exemple, à quel point, historiquement, ce qui est une approche assez marxienne, je ne dis pas marxiste exprès pour ne pas faire sectaire, mais il y a un moment, au sens hégélien du terme, où c'est très fécond comme concept, où c'est promoteur d'éléments libératoires la négritude, où c'est l'enjeu d'une lutte pour la reconnaissance, qui n'est même pas, je dis même pas octroyée, mais je veux dire, qui n'est pas accordée, et puis, comment après, ce qui était un instrument de libération peut devenir un frein, je veux dire, un truc qui tire vers l'arrière, au lieu de pousser vers l'avant, comme elle l'avait fait initialement.
26:47 Donc, rien que cette démarche est une réponse à ta question. Il y a quand même un arrière-plan idéologique, politique, mais dans un sens opposé à tout ce qui est politicien, bien sûr, avec une analyse presque symbolique, sémantique, de la manière dont le noir est représenté, le nègre, le nègre exprès, puisqu'il est censé avoir le sens du rythme, comme si les Espagnols et les Russes ne l'avaient pas. Il y a deux grands peuples danseurs, tu me diras que les Russes, c'est la limite asiatique de l'Europe, et l'Espagne, c'est la limite africaine de l'Europe.
27:20 C'est intéressant. Une petite parenthèse rapide, la musique classique s'est renouvelée au moment où elle semblait épuisée à la fin du 19e siècle. Elle s'est renouvelée dans la modernité musicale classique par la postérité de Debussy, Manuel de Falla en Espagne, et puis par les Russes, le ballet de Diaghilev à Paris, c'est quand même significatif. Aujourd'hui, c'est la world music, c'est le djembe, mais à l'époque, et Beethoven, déjà, dans les guinguettes de Vienne, écoutait les Hongrois. Et c'est un empire d'Autriche-Hongrie.
27:50 Les blacks, je fais exprès de lire les blacks, des faubourgs de Vienne, des guinguettes, c'était les hongrois. Il y a partout un tympanon, un balalaïka, et tu retrouves dans l'écriture de Beethoven des csárdás, des trucs comme ça. C'est intéressant. Tout ça, Adotevi le voit très bien. D'accord ? Et quand je dis qu'il y a un arrière-plan sociologique, idéologique, c'est parce qu'il se place toujours d'un point de vue qui encore aujourd'hui ferait scandale. C'est pour ça que je dis que le livre est plus dérangeant aujourd'hui qu'à l'époque, c'est qu'il pose une thématique universelle.
28:25 Il montre que ce qu'on dit est propre aux nègres, par exemple, c'est exactement comme ça que, je ne sais pas moi, que les hispaniques blancs au Nicaragua parlent de ceux qui sont indios, par exemple. Que les vietnamiens vont parler des montagnards moï ou laociens. Tu vois, pour montrer qu'il y en a pour tout le monde. Donc, il y a un déterminisme universel, je finis de répondre à ta question, que je généralise maintenant, les Tibétains et les Chinois, puisque c'est un peu plus actuel. Tiens, voilà. C'est exactement le rapport des Hittites aux Égyptiens.
28:55 Les Hittites, c'est les montagnes de Turquie à l'origine. Qu'est-ce que tu veux faire en montagne ? C'est un Corse qui te parle. Montagne, il n'y a rien à faire. Je parle économiquement, attention. C'est-à-dire, berger, socialement, c'est le dessous du panier. Ce n'est même pas encore l'agriculteur. Je me rappelle, moi, d'un oncle qui disait « J'ai vu deux hommes et un berger ». Et c'est marrant parce qu'en Afrique, la même chose. Le berger Peule, comme ça, ce n'est pas le meilleur parti pour le mariage. C'est normal. Même s'il le redoutait parce que c'est un guerrier, par contre, c'est un peu au contact de la nature.
29:29 Mais le Hittite attendait que les récoltes aient poussé dans la vallée du Nil. Il venait en prendre ce qu'il pouvait. le Tibétain descendait de l'Himalaya et allait chourava le riz moissonné dans les vallées du Yangtsé. C'est qui, c'est les vieux conflits structurels. Structurels. Et après, je vais dire les Albanais dans la riche plaine de la Pannonica en Serbie, ben oui, c'est les vieux conflits ou la Macédoine en Grèce.
Réaffirmer l'universel : « ce sont des hommes »
30:03 Voilà. Donc, quelque part, sa tendance se placer d'un point de vue universel. Mais non, je reprends mon fil pour répondre à ta question en profondeur aujourd'hui. Et d'autant plus dérangeante qu'aujourd'hui, l'universel, c'est maudit. Aujourd'hui, on est dans le relativisme culturaliste. Ah, ce que vous dites, c'est voilà pour nous, mais chez les Bantous. c'est tout, et là, je ne veux pas faire de la philosophie pour contredire ça. Je vais même passer d'un point de vue de l'humour, mais un humour quand même bien vécu parce que je fais religion à tous les hommes d'affaires que j'ai vu défilés en Afrique et qui me demandaient des conseils, comme si moi, j'étais plus pertinent qu'un d'autre parce que j'avais vécu longtemps en Afrique.
30:39 Il y en a qui ont passé 40 ans, les abrutis comme ils ont eu une Hongrie. Ça ne veut rien dire. Ce n'est pas par imprégnation comme ça, parce qu'on y a vécu longtemps. J'étais là pour trois jours. Est-ce que je dois les sains pour moi ? Est-ce que je dis à sa femme ? Et je lui disais en baissant la voix, je vais vous le dire, c'est un scoop, vous ne le répétez pas. Les Africains, ce qu'ils veulent, c'est que leurs enfants aillent à l'école qui ramènent des bonnes notes, qui ramènent de la thune et qui soient en bonne santé. Je jetais un froid, une déception, je voyais sur les visages.
31:12 Ils attendaient quelque chose de croustillant, d'exotique, une identité, une négritude. Et moi, je leur dis, ce sont des hommes. Quelle déception ! Je réaffirmais l'universel. Je suis désolé. D'abord, on n'a pas tout à fait la même réception. Par rapport à, je vais dire à nos adversaires, pour redevenir polémiques, on a la même. Par rapport à ceux qui sont très identitaristes, très ontologiques, si on veut, par une catégorie philosophique, pour frimer un peu. Pour qui, tout se passe en l'ordre de l'être, la négritude, la britannitude, la corsitude.
31:44 Non, mais, je n'ironise pas là-dessus, sauf quand on veut en faire quelque chose d'inné, de machin, bon, qui est de l'ordre de l'être, voilà, et non pas de l'acte. Mais, laissons la philosophie, François a découvert l'Afrique comme coopérant, avec une lucidité que j'ai rarement vue chez les expatriés, que c'est celui-là de son côté corse. J'ai fait tout un petit laïus là-dessus au fameux colloque de Corté où le Corse, quand il était aux colonies, et Dieu sait s'il y en a eu des corses aux colonies, il s'est trouvé dans la position inverse, il n'était plus le colonisé, le colon.
32:18 Mince alors ! Bon, et souvent dans l'organisme répressif, la police, la douane, intéressant. J'ai eu un grand-père paternel qui était sous-officier dans la garde indigène, c'est-à-dire chargé des répressions, je veux dire, bon, c'est de quoi je parle. Au Tonkin, comme on disait encore à l'époque. donc, moi, je te l'ai avoué, j'arrive dans les valises de la colonie, d'accord ? Donc, mais je ne regrette absolument pas d'avoir connu les trois phases avant l'indépendance, pendant et après.
Avant, pendant et après les indépendances
32:56 Je me souviens, par exemple, de mon chauffeur. Eh oui, j'avais 12 ans, j'avais un chauffeur. Je m'amène à l'école, franchement, tu peux frimer avec un truc, quand tu as 12 ans, tu es épouvantable, tu es réacte, tu es raciste, ce que tu veux, tu as un chauffeur à 12 ans, forcément raciste. Mais, j'étais fasciné parce que c'était juste l'indépendance du Togo. Le Togo, ils sont en indépendance deux ans avant les autres, un territoire sous tutelle, ancienne colonie allemande. Donc, c'était en 1957, référendum, l'indépendance gagne le référendum, ils sont indépendants. Et je vois mon chauffeur qui s'arrête tout d'un coup et qui salue un autre chauffeur en disant « Fédération ! »
33:30 J'avais 12 ans, mon éveil à la vie politique. Puis, c'est quoi Fédération ? Tu es trop petit. Et, tout d'un coup, j'ai compris que tous ces pays-là rêvaient de faire une Afrique occidentale sans les frontières coloniales. J'ai assisté à ces rêves-là, avoir vécu pendant l'indépendance. Encore une fois, avoir des instituteurs qui m'attrapaient, gentiment, dans la cour de récré. Je me souviens comme si c'était hier à Porto-Novo, au Bénin, c'était la capitale à l'époque, pour me dire « Vous avez été battus cette nuit ? »
34:00 Je dis, vous parlez, c'était Diên Biên Phu. Il était au courant avant moi, lui, écoutait la radio. Moi, j'étais un gamin. Moi, j'étais en CM2. Il savait que mes parents en fait d'Indochine, qu'ils connaissaient quoi. Ils sont gentils, les enfants, mais ils ne pouvaient pas s'empêcher de marquer le coup. Ce n'était même pas mon instituteur, c'est le directeur de l'école. Mais dis-moi, au Zaïre, il n'y aurait jamais eu un directeur de couleur noire d'une école primaire, pour montrer le développement du Dahomey, encore une fois. Il me dit, mais si, c'est les moments importants de ma vie, quand je dis avant, pendant et après.
34:36 Voilà. Et une dernière boutade pour l'après, pour la résumer, qui est une manière de répondre à la question. La grande différence entre le Abidjan, parce qu'après, le Togo et le Bénin, mon père a été affecté en Côte d'Ivoire, la direction du plan, ça existait encore. Le plan, à l'époque, c'était bolchevique. Maintenant, on dirait que c'est bolchevique comme notion. Alors que c'est vraiment le capitalisme sauvage, la Côte d'Ivoire. Maintenant, on dirait que c'est bolchevique. Contre où on en est. Je me rappelle très bien, nous étions 50 000 Français, pardon, nous étions 5 000 Français au moment de l'indépendance.
35:10 D'accord ? 15 ans après, on était 50 000. C'est quand même pas une mauvaise affaire, l'indépendance. Pour le colonisateur, en tout cas, une promotion. Sauf que, 50 000 Français, et je ne te parle pas de tous ceux qui n'étaient pas là avant l'indépendance, les colons japonais, enfin, les exploiteurs japonais, allemands, machin, à la foire d'empoigne, à tous les coups, sans permis. Ce n'est plus un petit monopole pour j'ado français, franco-français. Voilà. Donc, je veux dire, ma réception d'Adotevi, elle est fonction de tout ça. Quelque part, avec lui, j'ai tout de suite vu qu'il ne rentrait pas dans la fantasmatique de la plupart des auteurs africains, je vais être un peu sévère, mais combien d'auteurs africains qui ont été promus par une émission de RFI, c'est une bonne radio, en gros, je ne tire pas la pierre, mais enfin, ils remplissent un peu leur fonction politique, c'est qu'on va tirer parmi tous les manuscrits qu'on nous envoie, celui qui raconte toujours la même histoire, et moi, j'avais une identité, quand je suis arrivé à la ville, je l'ai perdue, et oui, etc., et je suis arrivé à la ville européenne, je venais de mon village africain, et tout d'un coup, je vois un mec qui sort de ça et qui lui reconstitue une histoire et pas une fantasmatique.
36:19 De quoi pouvoir enfin élaborer une histoire où tout d'un coup, l'histoire vient se substituer à la légende qui a pris sa place. La légende qui a eu encore une fois sa fonction, celle de Senghor et de Césaire. Chez Césaire, je le critique moins parce que le milieu antillais est beaucoup plus homogène quelque part. D'abord par rapport à l'esclavage. Et puis, il y a cette position minoritaire qui n'est pas celle de Senghor. Voilà. Quand tu es adossé à tout le continent noir, comme on dit, tu n'as pas la position minoritaire des Caraïbes.
De Delafosse au scribe de Pharaon : l'ethnologie n'est pas innocente
36:51 En bon archéocolonial, je vais prendre l'accent franco-africain pour dire, mais vraiment, tes questions, la méthode, tu connais. Mais c'est vrai. C'est vrai, il a disparu. Il y a une logique. Il y a une logique pour répondre à ta question. Il y avait une avenue elle dit toujours avenue Delafosse à la ville. Dans le plateau, le vieux plateau, l'avenue Delafosse. Gouverneur, il a été gouverneur. Il a venu à son nom. C'était un des premiers ethnologues spécialistes de la Côte-d'Ivoire.
37:23 L'ethnologue gouverneur, déjà, il y a une orientation de réponse à ta question. D'où vient l'anthropologie ? Je ne sais pas, je ne l'invente pas, ça a été étudié, c'est un classique que je ressors, mais un classique qu'on ne médiatise pas assez souvent. Parce que moi, je te dis, ethnologue, anthropologue, immédiatement, je me pars d'une espèce d'objectivité au moins scientifique, à résonance scientifique. Même si c'est des sciences humaines, il faut être modeste, mais quand même. Ce n'est pas du tout le cas. Au départ, la fonction, ce n'était pas du tout de connaître. Même si d'admirables travaux ont été faits, attention, je veux être honnête intellectuellement.
37:57 Combien de fois j'ai vu des gens d'aujourd'hui, des Français, des gens de la recherche, des chercheurs, de l'OrSTOM, tu vois ce que c'est que l'OrSTOM, l'Office de Recherche scientifique et technique d'outre-mer, le CNRS, en gros, tropical, pour aller très vite, je les ai vus rendre hommage. Ils étaient tombés sur des rapports des années 50 et des années 40 où ils voyaient un géologue faire des rapports sur les ressources, sur les synclinaux, les anticlinaux à l'intérieur du Sahara malien. Ils disaient que c'est un travail fantastique qui a été fait. C'est un trésor pour le pays, c'est un patrimoine scientifique, c'est des études qui coûteraient une fortune maintenant qui ont été faites.
38:30 Voilà donc ça. Mais, pour en revenir à l'ethnologie, c'est une question pour toi-dessus, qui, à partir de Lévi-Strauss, il ne faut plus dire ethnologue, il faut dire anthropologue. N'est-ce pas ? C'est intéressant ces glissements sémantiques. Tout sauf histoire. Pardon, c'est mon côté marxien, je suis obscène, je suis désolé, moi j'ai réintroduit l'histoire. Pour moi, toutes ces disciplines-là s'inscrivent dans une histoire. Sauf si on est sarkozyste et qu'on me dit que l'Afrique est toujours pas rentrée dans l'histoire. Je veux dire, à le droit.
39:00 Voilà, donc, mais pour moi, à partir du moment où on commence à éclater un galet de silex, on rentre dans l'histoire. Via la préhistoire, mais on y rentre. Donc, c'est très important pour répondre honnêtement à tes questions. Le disciplinaire, celui qui se met à écrire tout d'un coup ce qu'il ne l'a jamais été, celui qui va transcrire l'oralité, ce que Lévi-Strauss a fait aussi, il a eu le mérite d'enregistrer des tas de récits oraux, des mythes, des contes, des berceuses, des contes de grand-mère, c'est très bien.
39:34 Mais celui n'a jamais une fonction innocente au départ, il n'a pas une visée cognitive d'abord. Il peut déboucher sur un enrichissement cognitif, mais ce n'est pas le but poursuivi. Et là, mon exemple emblématique, c'est le scribe de Pharaon. La naissance de l'écriture, ce n'est pas fait pour dire la vérité. Les premiers historiens, qu'est-ce qu'ils racontent ? Les exploits du Pharaon. Et il a écrasé les Hittites et il leur a mis la pile parce qu'il est le plus beau, parce qu'il est le plus fort et parce qu'il est le descendant de ces Osiris et qu'il a avec lui le soleil, la lune et Nout, la reine de la nuit.
40:13 Tu comprends ? Etanite, pardon. C'est hagiographique, comme on dit très bien en français. C'est une histoire pour exprimer des louanges qui n'est pas... Au départ, le scribe n'est pas là pour dire la vérité objective et scientifique. Alors, bien sûr, ça a fait des progrès depuis. Heureusement, on a fait... Je dis des Égyptiens, mais enfin, nos chroniqueurs, les chroniqueurs de Louis XI depuis il pleuvait, le roi s'est levé, il a posé les écrouelles, il a rencontré le grand Mamamouchi. Bon, ça va, hein ? Je veux dire... Même si on a fait des progrès dans l'objectivité, l'écriture en général et l'écriture historique en particulier au sens de plus général, celui qui va donner les sciences humaines, se ressent de cette origine.
Lévi-Strauss, Tristes Tropiques et Tarzan
40:57 Donc, aucune ethnologie, aucune anthropologie n'est totalement innocente à ce niveau-là. Lorsque Lévi-Strauss, j'ai l'air de le critiquer, mais j'ai une grande admiration. Je connais mon investissement dans la chose musicale et Lévi-Strauss était peut-être une des plus belles cultures musicales de Paris, ce n'est pas la question. et le cru et le cuit restent un de mes livres de chevet, même si je suis souvent à l'opposé de certaines de ses thèses. Je ne parle pas de Lévi-Strauss de la fin qui est devenu gâteux, qui est devenu...
41:27 Comment c'est ? Le type obsédé par la surpopulation, là, sur lequel Marx a fait des pamphlets là, le Malthus. Même si les Malthusiens, à la fin, on est trop nombreux sur la planète. Tous ceux qui disent ça, bien sûr, font partie de ceux qui survivront s'il faut liquider ceux qui sont en trop. Enfin, passons. Mais non, le grand Lévi-Strauss, je veux dire, une intelligence, une culture qui a fait ses humanités, comme on disait à l'époque, il faut être agrégé de philo pour commencer à avoir une spécialité de socio.
41:57 Il n'y avait même pas de licence de socio. C'était très transversal, une culture littéraire, musicale, encore une fois, remarquable. Il n'empêche... Il n'empêche que... Quelque part, sa première phrase du livre qui a peut-être été le plus populaire, qui n'est pas le plus scientifique, d'ailleurs, Tristes Tropiques, qui commence par dire qu'il faut commencer par tuer tous les explorateurs. François de Negroni a très bien montré dans l'Afrique fantasme que là, il rejoint un fantasme fondamental du blanc en vadrouille, en vadrouille exotique, qui voudrait être le seul blanc là où il est.
42:33 Ben oui ! Moi, en premier, si je t'invite à faire un pique-nique à la cascade de Banfora dans le sud du Burkina, il paraît qu'il y a des caïmans pas loin. Il dit les caïmans c'est les crocodiles. Je serais embêté si on arrive et qu'il y a 40 couples de coopérants avec leurs enfants, tu vois, en train d'écouter RFI à fond la caisse avec leur transistor. Je suis bien d'accord. Mais il faut être lucide. Je veux avoir l'Afrique pour moi tout seul, comme Tarzan. Et donc, je réponds à ta question et je finis là-dessus, sur Tarzan.
43:04 Tu sais pourquoi je te parle de Tarzan ? Parce qu'il n'y a pas de hasard. Parce que, regarde, Tarzan, au sens propre. Les films, Tarzan, les vrais, Johnny Weissmuller, les premiers, je ne parle pas des remakes, etc. Qu'est-ce que c'est que Tarzan ? Il y a des taches inexplorées en Afrique. Il y a des endroits où la main de l'homme blanc n'a pas mis le pied pour parler comme Tintin au Congo. La main de l'homme blanc n'a pas mis le pied. Bref, on peut fantasmer comme on veut puisqu'on n'y est pas allé. Et là, on imagine qu'il y a le fameux Missing Link, le chaînon manquant entre bête et homme, le King Kong, je ne sais pas quoi, le Yeti, qui va enfin comprendre comment on est passé de ce singe dont on parle Darwin à toi et moi.
43:46 C'est là, dans les profondeurs des jungles de l'Afrique encore inexplorées. Et effectivement, on y parvient. On recherche le cimetière des éléphants, tu connais la suite, les premiers Tarzan. Et qu'est-ce qu'il y a au fond là ? Non, ce n'est pas une bête. Non, c'est quoi ? C'est un Allemand. Johnny Weissmuller. En plus, ça veut dire le meunier blanc. Je n'y peux rien, mais ça, c'est une coïncidence. Mais qu'est-ce que tu veux ? Weiss ? White ? Le meunier blanc, il est doublement blanc. Bon, il y a là un Allemand dolichocéphale, grand nageur, champion olympique, voilà, magnifique.
44:19 Moi, j'adorais, attention. Et j'adorais, j'étais gamin. Encore maintenant, je vais voir avec plaisir. Qui est là au fond. C'est lui qui exprime la quintessence de l'Afrique. C'est un blanc. Et pour y atteindre, pour arriver au cœur de l'Afrique chez lui, il faut traverser des montagnes. Tu connais ces films ? C'est toujours la même structure. Des abîmes, où les porteurs tombent dans les abîmes avec des hurlements. Bref, on se débarrasse de tous les nègres qui sont là et on n'est plus que trois blancs à finir à arriver à l'origine de tout. C'est extraordinaire, ces films.
44:49 Donc, je suis sérieux pour répondre à ta question. Il y a au fond de l'anthropologie un investissement au sens freudien. Un investissement sur une pureté de l'indigène. Je ne dis pas seulement la négritude parce que c'est ce que fait Lévi-Strauss avec les Bororos ou d'autres avec les Navajos ou maintenant avec les peuples de la Thaïlande du Nord ou des montagnes au-dessus du Mekong.
45:20 Voilà. Je veux dire, il y a un investissement vers ce qui est censé être nos origines. Il y a de quoi fantasmer. il n'y a pas plus fantasmagène, j'ose ce néologisme, que le récit de nos origines. Les cosmogonies... Voilà. Alors, qui gagnerait objectivement ? Je ne dis pas qui apprécierait parce qu'il y en a qui s'agacerait, mais qui gagnerait objectivement en lisant intelligemment et avec de la bonne foi ?
À qui profite le livre : régionalismes et triangle maudit
45:53 Déjà, un peu toutes les dérives régionalistes. Moi, je suis, je suis pour la richesse et la particularité de chaque région. Attention, il ne faut pas... Voilà, je veux dire, surtout quand on est français, enfin, avoir hérité d'un pays qui a à la fois le Périgord et les Alpes, qui a la Bretagne et la Corse, qui a... et je vais même te dire, moi, la Lorraine et le Nord-Pas-de-Calais et je suis Corse, c'est parmi les régions que je préfère. C'est une beauté, d'ailleurs. Je suis scandalisé qu'on n'a plus le droit de dire le Nord.
46:26 Il faut dire, comment on dit, là ? Ça vient d'être baptisé les deux départements. Les Hauts-de-France, d'une part, ou alors on dit les Côtes-d'Armor, on ne peut pas dire les Côtes-du-Nord. Enfin, c'est quand même scandaleux, je serai du Nord. Enfin, il n'y a pas si longtemps, Jacques Brel chantait le plat pays qui est le mien. C'était ouvert à tous les vents de la mer du Nord. On ne trouvait pas ça réducteur. C'était magnifique. Au contraire, ça me donnait envie d'aller voir. Maintenant, bon, maintenant, il faut absolument qu'il y ait des palmiers et des oliviers partout. Un peu emmitouflés dans des vases pour pas qu'ils crèvent l'hiver. Je vais dire, tu as remarqué ?
46:56 Je n'invente rien. Le tram autour de Paris, il y a des palmiers en plastique, à chaque station. Bon, c'est curieux, c'est une espèce d'obscénité du sex and sun, les trois S, qui sont à la base du film X, en gros. Je pense à François Negroni qui a tellement bien écrit et pas seulement parlé de la sexpatriation. Bon, et donc, je souhaite aux dérives régionalistes, lorsqu'elles sont des dérives, c'est-à-dire lorsqu'elles s'expriment en termes identitaires et surtout diviseurs, hostiles.
47:31 Je suis breton par anti-France, mais il n'y a personne qui se dit français. Tout le monde se dit Poitevin. J'ai dit tout à l'heure Savoie, vachalée de la France. D'accord ? Il y en a qui disent en pleine Picardie que l'origine de toute la langue qu'on parle au bassin parisien c'est le Picard. C'est vrai, on peut toujours, et à juste titre, insister sur la particularité d'un ici et d'un maintenant qui a son histoire, qui a sa géographie et donc sa richesse. Incompressible. Voilà. Donc, ça peut déjà servir à cela en leur disant finalement, je suis en train de confondre le nègre et l'africain.
48:02 Je suis en train de parler de mon identité comme celle d'un nègre alors qu'en fait je ne suis qu'un africain qui doit construire son identité comme tout le monde en permanence. Par la relation plutôt que par la substance pour parler en termes un peu abstraits. D'accord ? Comme on a très bien vu en début de discussion, c'est à mes limites. C'est quand les Wallons, les celtes rencontrent les germains qui se baptisent eux-mêmes gallois, Wallons, vaudois et autres gaulois. Voilà. Donc, je profite d'abord à cela.
48:32 Ensuite, chez les philosophes, je vais très vite, chez les idéologues, soyons plus sérieux, parce que je dis ça ironiquement, il n'y a déjà pas plus sérieux chez les philosophes, mais chez les idéologues, dans l'idéologie dominante, ça fait du bien à tous ceux qui dénigrent l'universel. Il est temps de réhabiliter l'universel. Pour moi, le discours dominant repose sur un triangle maudit. c'est-à-dire que le discours dominant est celui qui répudie un triangle maudit, l'homme, l'universel et le progrès.
49:06 C'est les trois choses les plus critiquées dans l'idéologie dominante. Le progrès. Tu parles avec des écolos, déjà, le progrès, c'est un non-sens. Pour eux, c'est le contraire. Le progrès, pour eux, ça va à la catastrophe. D'accord ? D'ailleurs, les trois sont liés parce que le progrès, c'est l'homme qui l'a instauré. Donc, l'homme aussi. Maintenant, c'est plutôt l'animal, le transgenre ou la femme mais pas l'homme. Je fais exprès de jouer sur les mots parce que dans l'homme, il y a 50% de femmes quand même et même 52%. Bon. Et l'universel.
49:36 Ce que je disais tout à l'heure, attention, les béninois, ils veulent que leurs enfants soient en bonne santé. Je suis désolé. C'est pas proprement africain, ça, mais ça compte pour eux. Et ils veulent avoir un peu de thunes et puis avoir des bonnes notes à l'école. Ben oui. Bon. Donc, encore une fois, ce triangle maudit, maudit par l'idéologie dominante. Le progrès, l'universel, l'homme, l'humanisme, quand il le manie, je te rappelle, Althusser, le marxisme n'est pas un humanisme Foucault, l'homme est une invention récente et fort heureusement appelé à disparaître bientôt.
50:18 Je n'invente rien. Pour tout, face à toute cette immersion dans laquelle on nous a plongé d'une idéologie mortifère et qui en fait, à mon avis, beaucoup plus pour l'angoisse de l'homme d'aujourd'hui, même quand il épouse ces idées-là, je veux dire, c'est pas très gratifiant. c'est un livre providentiel. Parce qu'on retrouve une fraternité mince, mais pétée. Moi, je suis poitevin et finalement, ce qui dit du noir, c'est ce que je retrouve dans mon village.
Negroni, L'Afrique fantasme et l'aide au développement
50:49 Je retrouve les mêmes oppositions entre celui qui a trois vaches dans la vallée, et celui qui habite à Poitiers. Déjà, on n'en parle pas de la même manière, exactement comme Ibn Khaldun, le grand penseur arabe, distinguer bien celui qui est à la ville et l'arabe. L'arabe, c'est le bédouin qui fait paître ses troupeaux dans le désert. C'est le fond du panier social. Mais oui. Je viens de parler d'un triangle maudit, voilà un triangle béni pour moi, tu vois. Non, non, mais c'est vrai, tout à fait. Enfin, donc, sort du lot précisément que deux fois, il s'est insurgé contre cet essentialisme.
51:22 Il a émancipé comme il a évité de tomber dans ses pièges. Et là, j'étais un peu rapide tout à l'heure quand je t'ai dit François, il a découvert l'Afrique en coopération. Ça lui a permis avec la lucidité qu'il a de produire une typologie que personne, personne n'a fait une typologie aussi pertinente et subtile que lui à ce moment-là. Pas seulement de l'africain, mais surtout de l'expatrié parce que l'originalité de François, c'est ça. Son bouquin sur les colonies de vacances, pardon, sur l'Afrique fantasme, les deux sont excellents, mais je pense plutôt à l'Afrique fantasme qui est plus récent.
52:00 D'ailleurs, on croit que c'est un bouquin sur l'Afrique. Non, c'est un bouquin sur les fantasmes induits par l'Afrique dans notre cerveau de blanc. Ce qui n'est pas pareil, il montre très bien que l'Africain doit réunir des qualités complètement contradictoires dans la fantasmatique du blanc. Il a l'innocence de l'enfant, il est un peu infantile, mais en même temps il a la cruauté bestial. Il faudrait savoir quoi. Il a très bien vu ça. pour conclure finalement, là il ne plaisante plus, j'adore quand il plaisante, mais quand tout d'un coup il dit il ne peut pas y avoir de relation équilibrée, positive et généreuse entre deux instances historiques et politiques, le niveau de développement aussi disparate.
52:52 Je n'ai jamais vu un pays en aider un autre à sortir du sous-développement. bien que ce soit ce qui soit programmé comme but, l'aide au développement. Nous, on se tire dans les pattes, nous Européens, entre Allemands, Français, Anglais, qui va vendre ses bagnoles, sa camelote, ses centrales nucléaires ? Et on va aider le Nigéria à rentrer dans la danse ? Non, mais il y a un problème, on nous prend pour les cons là. Ça ne sert pas à ça. Il fallait donner un peu d'argent pour que certaines dictatures restent au pouvoir et empêchent de tomber dans l'orbite soviétique parce qu'à l'ONU ça compte, ça vote bien pour le bon camp et non pas, voilà.
53:26 Peut-être, on avait raison, on ne se tranche même pas sur le fond, mais qu'on ne dise pas qu'on cherchait l'aide au développement. Et une fois qu'on a réalisé, on comprend mieux les bilans moraux qu'on fait aujourd'hui de 40 ans d'aide au développement avec des pays qui sont plus pauvres en sortant qu'ils y étaient en entrant. je remarque que depuis que cette aide de développement se relâche parce qu'il y a la crise et donc on reprend l'argent qu'on avait mis là-bas, le peu qu'on avait mis pour le mettre en Pologne et en Ukraine parce que les petits nazis en Ukraine méritent mieux les impôts des Français maintenant que les dictatures de Mobutu ou du père Bongo à l'époque.
53:58 on comprend mieux qu'il y ait un boom économique dont tout le monde parle maintenant. C'est le moment où le développement se relâche. C'est quand même extraordinaire. Enfin, il y a une petite chance. Alors, peut-être que les Chinois sont abjects en Afrique maintenant mais ce n'est pas moi archéo-colonial qui va donner des leçons aux Chinois. Bon sang ! On n'a pas de leçons à donner. Ça ne peut pas être pire que ce que nous avons fait en 40 ans, le bilan. Donc, quelque part, Negroni a admirablement montré cette phase-là.
54:29 C'est-à-dire qu'il ne parle pas de l'Africain en lui-même. C'est toujours une relation de l'expatrié et de l'impatrié. Je ne veux pas dire quoi. Voilà. Tous les quartiers d'Abidjan ont leur ligne de gbaka. Mes amis, je vous le dis, il y en a même à Cocody. Peut-être bien qu'un jour j'aurai une voiture pour le moment. En tout cas, je roule toujours en gbaka, aillan, gradu, Maintenant c'est bien s'arriver, ok patron, maintenant on peut rouler, monsieur devant, donner l'argent, et apprenti, je descends au banco.