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La crise ébranle les certitudes libérales-libertaires
0:00 L'esprit, l'hubris, l'aiging, l'aiging, l'aiging, l'aiging, l'aiging, l'aiging, l'aiging, l'aiging, l'aiging, l'aiging, l'aiging, l'aiging, l'aiging, l'aiging, l'aiging, l'aiging, l'aiging, l'aiging, l'aiging, l'aiging, l'aiging, l'aiging, l'aiging, l'aiging, l'aiging, l'aiging, l'aiging, l'aiging, l'aiging, l'aiging, l'aiging, l'aiging, l'aiging, l'aiging, l'aiging, l' déroule en dehors de cette pensée tout-même. Et aujourd'hui, à la faveur de la crise, beaucoup d'éléments qui semblent être des évidences depuis tant d'années qu'elles semblaient être presque éternelles. Imaginez la jeunesse d'aujourd'hui, ça fait des dizaines d'années qu'elles s'entendent dire « notre système n'est pas le meilleur, rien n'est parfait, mais enfin tous les autres sont pires ». Sympa comme perspective. On va dans le mur, mais il n'y a pas d'autre solution. C'est terrible comme perspective. Eh bien, à la faveur de la crise, la crise est terrible pour ceux qui la subissent, mais là au moins, ceci de positif, c'est que ces certitudes des 40 dernières années, ces certitudes
1:10 enfermées dans ce que le même Clouscard, que je vous citais tout à l'heure, a appelé la contre-révolution libérale-libertaire inaugurée dans les années 70, et donc 1968 en France n'est qu'un épisode. Je dis bien contre-révolution libérale-libertaire, qui se résume en un slogan que les lecteurs de Clouscard connaissent bien, « Tout est permis ». Ça, c'est le côté connumentique, c'est sympa, moi je suis pour, hein. « Tout est permis », mais il ne faut pas oublier la suite, rien n'est possible. « Tout est permis », mais à l'ANPE si vous préférez, voilà ce qui se passe depuis 40 ans. C'est malin comme système, ça. Alors, un système, pour encore le résumer de cette manière, qui est permissif au niveau des mœurs et répressif au niveau social. Permissif pour le consommateur, répressif pour le producteur. Et comme nous sommes tous les deux, vous entendez à la télévision, vous entendez dire les usagers, les clients, les consommateurs. Le niveau de satisfaction des consommateurs, des statistiques, mais c'est quoi ? Vous êtes des consommateurs, vous, mais vous êtes des producteurs aussi, vous bossez, vous travaillez, vous gagnez votre vie . De quel droit on vous appelle des consommateurs, comme vous étiez des bébés au biberon, là, je veux dire, qui ne produisent rien et qui ne font que consommer le lait, le lait
2:21 maternel et paternel, immédiatement, par le landau, par la maison. On n'y rien. Enfin, voilà. Pour le bébé, c'est légitime, il a bien le droit de ne pas vous de consommer sans le produire. Pour le fils de famille, c'est différent. Voilà. Donc, le fils de famille qui reproche à l'ouvrier d'être embourgeoisé, vous voyez, ça se voyait beaucoup en 68. Ça faisait aussi des années qu'on vous disait, bon, on s'achemine vers quelque chose de stable maintenant. C'est un système qui n'est peut-être pas idéal, mais, vous voyez, le capitalisme moderne, libéral, c'est à peu près la forme idéale que doit prendre une société en fin de parcours et maintenant l'humanité en a pour l'éternité à vivoter dans ce système.
Une crise différée par la guerre et la « vieille taupe »
3:04 Et puis, patatras ! Puis, on se moquait de Marx et il prévoyait une crise générale du capitalisme, c'est comment le planter, c'est le capitalisme qui ne s'est jamais si bien porté. Ce n'est pas si vieux, ces discours-là. Ce n'est pas si vieux, personne ne le tient plus. Personne ne le tient plus. En fait, nous avons l'occasion d'y revenir, mais la crise que nous subissons n'est pas une énième crise du capitalisme. C'est la même, exactement, si vous le relisez très précisément, que celle qu'annonçait Marx, mais qui a été différée par 50 millions de morts, je veux dire par la Deuxième Guerre mondiale. N'oubliez pas que juste avant la Deuxième Guerre mondiale, et comme cause, pas l'unique, mais essentielle et décisive de la guerre, il y a la plus grande crise économique du monde moderne, la crise des années 30, des années 29, quelque chose comme vous voulez, qui d'ailleurs, comme aujourd'hui, avait commencé aux États-Unis, ce qui n'empêche pas que tous les jours, sur le radio et la presse et les médias libéraux, on dénonce comme à l'origine de tous nos soucis le modèle français, je veux dire le modèle français, pas celui d'aujourd'hui, le modèle français que j'ai beaucoup d'heures, celui qui a été amené à l'existence à la faveur de la libération, avec une part importante de l'intérêt du secteur public, dans l'économie, etc., et qui est montré du doigt par nos libéraux
4:17 comme étant la cause de nos maux, alors à chaque fois la crise vient de ce qui est le plus opposé à notre modèle économique. Donc il y avait déjà cette crise monstrueuse, et le capitalisme s'en est sorti, il y a 50 millions de morts, et regardez en 1914, une autre crise, pas économique, apparemment, crise militaire surtout, voilà. Et des régimes qui ont été capables, vous savez, de faire la guerre de 1914, sont capables de tout, parce que maintenant les horreurs de la guerre de 1939-1945, les camps cachent un peu l'horreur de la guerre de 1914, quand on baladait, vous voyez ces cimetières, vous voyez, 50 000 morts, là, comme ça, des gamins entre 18 et 22 ans, allez, première ligne, pouf, allez, deuxième ligne décimée, quand on a fait ça, vous voyez, en pleine civilisation, enfin, développement industriel, c'est que c'était un monde capable de tout.
5:04 Or, à la veille de la guerre de 1914, je reviens à mon fil, en 1913, le trafic du port de Hambourg dépasse celui du port de Londres. Vous voyez, les tensions économiques étaient déjà là, les concurrents entre les grands puissances. Et à l'heure où tout d'un coup, chacun semble un peu reprendre ses billes, vous avez vu que le Japon, depuis quelques mois, a repris son autonomie financière et décide de faire ce qu'on appelle des quantitative easing, lâcher plein d'argent sur le marché du capitaux pour sortir de là. Je fais une petite parenthèse, ça me fait sourire, parce que moi, quand j'avais 20 ans, on citait le Japon comme le modèle.
5:37 Ah, voilà, les gens, bien, ils prennent des vacances, aussi peu que ça ne vaut pas à peine d'en parler, ils travaillent comme des fous, ils sont loyaux à leur entreprise, ils font la gymnastique du théâtre, tout dans le cadre de leur entreprise. Voilà, ça fait 20 ans que le Japon désespérément essaie de sortir d'une déflation sans précédent, d'une croissance morte, et pourtant ils ont tous les pieds sur l'accélérateur, je ne veux pas être technique, les taux de craignée plus bas, ils ont été premiers à avoir des taux d'intérêt négatif, parce que vous voyez, c'est intéressant de prendre compte de l'inflation, c'est même des rendements négatifs. Enfin bref, voilà. Donc, tous ces facteurs-là pour vous montrer que la crise, elle est ancienne, seulement elle revient, elle revient comme ça, comme quelque chose qu'on essaye d'écarter comme une mouche qui vous embête et qui ne cesse de revenir nous embêter.
6:20 C'est ce qu'il faisait dire à Marx, citant Shakespeare, « Bien creusé, vieille taupe ». C'est une formule qui était devenue célèbre, c'est le Hamlet, à la fin de Hamlet, Hamlet visite le cimetière où il y a le crâne de son ancien excellent ami, Yorick, il regarde la tête de mort comme ça, « Alas, poor Yorick ». Mon Dieu, mon pauvre Yorick, et puis, quand le spectre de son père rentre sous terre, il lui dit « Bien creusé, vieille taupe ». La taupe, c'est ce qu'on croit écarter, ça n'existe plus les ouvriers, ça n'existe plus le proletariat, ça n'existe plus les problèmes sociaux, nous n'avons plus que les problèmes sociétaux.
6:54 Il y a les rapports hommes-femmes, corse français, régionaux nationaux, ou tout, tout, si, j'ai l'air de caricaturer, vous savez. Le capital se roule les pouces et baille de bonheur, quand il voit s'entretuer les hommes contre les femmes, les cadres, ce qui paraît que c'est les cadres qui occupent les places que les jeunes voudraient, vous voyez, on divise les gens entre eux, vous avez déjà entendu ça aussi, quand on dresse les jeunes, le jeunisme contre les vieux, les hommes contre les femmes, comme je disais, les corses, je suis corses, contre les français, alors qu'il y a en fait des millions d'hommes et de femmes qui sont exploités par d'autres hommes et femmes, il n'y a pas l'un qui est pas de l'autre, même si dans l'exploitation, à toutes choses, sans lesquelles par ailleurs, croyez quelqu'un qui a découvert longtemps au sud du Sahara, c'est de moi le sexe féminin qui est plus exploité matériellement.
7:38 Donc, on croyait avoir, voilà, renvoyé le sociétal, sous terre, le social, le sous terre, merci, le monde de la production, c'est vrai qu'il n'est plus là, mais il n'est pas sous terre, il est à la surface, mais en Slovaquie, les usines Renault en Roumanie, il n'y a jamais eu autant. Si vous le mesurez en nombre d'heures de travail ouvrières que nous consommons tous les jours, sans nous poser la question de savoir où ça a été produit, il n'y a jamais eu autant d'heures de travail ouvrières incrustées dans les marchandises que nous consommons.
L'inconscient de l'inconscient : Clouscard et Proust
8:10 Donc voilà, cette vieille taupe, comme dit Marx, qu'on croyait avoir enterré, voilà, il revient pointer son museau à la surface et à la faveur des brèches ouvertes par la crise. Et voilà pourquoi, une des raisons pour lesquelles nous sommes ici pour en parler. Alors, vous avez remarqué que sur l'affiche qui signale nos entretiens, Je vais partir de là, ça paraît un peu énigmatique comme formule, ça fait un peu aussi communication, hein, sur une affiche, on va le condenser, mettre une formule qui attrape, mais c'est pas quelque chose qui a été fait pour attraper, c'est une formule du...
8:50 même penseur que je vous citais tout à l'heure, Michel Clouscard, je ne saurais trop vous recommander les œuvres, puisqu'il a sauvé les honneurs de la pensée dialectique au cours des quarante dernières années, pendant que beaucoup d'autres s'alignaient sur le consensus dont nous sommes en train de sortir. Et Michel Clouscard avait... C'était dans le cadre des rapports entre psychanalyse et Marx, je ne vais pas entrer dans le détail maintenant. Il disait, l'inconscient de Freud, c'est bien, c'est une avancée, etc. Mais enfin, l'inconscient de Freud a lui-même pour inconscient, l'inconscient limite de Freud a lui-même pour inconscient, la production, ce que Marx appelait la praxis, toute l'histoire de la praxis qui a fait ce que nous sommes, qui font qu'on n'a pas tout à fait les mêmes manières d'être amoureux, sous Néandertal, dans La princesse de Clèves à Versailles, sous Madame de Lafayette, dans un ménage de paysans de Corse du 14e siècle.
9:43 Et voilà, ce n'est pas tout à fait les mêmes rapports. Alors, vous me direz, parce que la lutte de classe vient de faire dans l'amour, en fin de cas d'âme. Ça, c'est bien marxiste, mécaniste, déterministe, de pouvoir mélanger les choses sales. La production, c'est toujours un peu ça. Ce serait idéal de consommer son travail sans qu'on ne voit jamais. C'est à peu près ce qu'on a essayé de faire dans les 40 dernières années. Si vous trouvez ça, mécanisme, je vais changer complètement de référence, je vais aller à l'opposé de Marx, je vais prendre un auteur littéraire décadent, pas péjoratif, chef d'œuvre produit dans une période de décalage.
10:19 Le champ esthétique n'est pas même que le champ politique. Et... Il s'enlut de manière complexe. Donc, je prends Proust, on est très très loin, on ne peut pas être en tout moins de référence marxiste, qui a été fils de rentier, qui a été argenté au sein livre, qui a été travaillé pour vivre. Heureusement pour nous, parce qu'il a été écrit des chefs-d'œuvre. Et... Et qui... Vous connaissez tous la recherche du temps perdu, donc qui a mis de loin directement ou indirectement, je vous souhaite que ce soit directement. Et à un moment donné, le narrateur, comme on l'appelle, qui ne donne jamais tout à fait son âge, mais on sent qu'il a 15-16 ans, il est un peu pré-ado, là, avec sa grand-mère au bord de la mer à Balbec, en Normandie, c'était les familles de grande-mère, de voir pour la première fois la fameuse troupe des jeunes filles sur la jetée.
11:03 Ce groupe de jeunes filles au sein de laquelle il se trouve la future Albertine, qui va être une des grandes passions de sa vie, mais on ne le sait pas encore. Et alors, il disserte sur une certaine beauté qui court au milieu de ces jeunes filles, qui leur est commune alors qu'elles sont toutes individuellement différentes. et le narrateur, n'est-ce pas, qui se demande qu'est-ce qui s'appelle bien ce point commun. Et tout d'un coup, il dit, c'est peut-être indépendamment de leur amitié et de ses copines, les nouvelles habitudes de sport et de confort que ces nouvelles classes pouvaient pratiquer, et qui peuvent produire en quantité de belles jambes, de beaux regards, de beaux chemisiers.
12:11 Si c'était Marx et le Christen, on l'aurait traité de déterminisme mécaniste. Mais là, c'est Proust, tu le dis, même tu le dis, vous voyez. Alors, je vous demande d'être au moins aussi social que Proust, sinon que Marx, ce serait déjà pas mal. Voilà. Donc, si on a dit l'inconscient de l'inconscient, c'est parce que les déterminations sociales dont nous allons avoir, allons avoir tout le temps de voir ce que Marx entend par là, qui constitue le mode d'approche décisif pour Marx de la connaissance des choses humaines, par rapport aux choses de la nature, hein, il y a les sciences de la nature, il y a les sciences de la nature, il y a les sciences dites.
12:47 On dit les sciences dures, les sciences de la nature, des fois on dit les sciences molles pour les sciences humaines, des fois on change les sciences humaines en sciences sociales, enfin c'est du conflit sur lequel on ne peut pas trop s'attarder pour l'instant, je prends indifféremment ces appellations, disons, mais l'histoire, la sociologie, le livre, la démographie, tout ce qui est rien, n'ont pas tout à fait le même objet que la biologie, la physique, la chimie, etc. Donc, dans ces déterminations qui, pour Marx, sont essentielles, qui viennent en gros de l'histoire de la production et des conditions politiques de la production, je ne m'explique pas la suite parce que je vais le faire dans un minute, il ne faut pas oublier que pour Marx est complètement inconscient par rapport à l'individu.
Lecture de la préface de 1859
13:32 Pour ça, je vais vous citer le premier texte, enfin, premier extrait d'un texte que je vous recommande, vraiment en priorité, parce que, de même que son tuteur en philosophie Hegel disait que ça ne sert à rien de dire voilà un texte fondamental, essentiel, voilà le principe premier, c'est-à-dire, ce qui est important, c'est comment ce principe se développe si on veut connaître le réel, ce n'est pas une phrase générale qu'il faut dire, c'est toutes les médiations qui font que ce sous-genéral rende compte de ce qui se passe dans un ici et dans un maintenant déterminé.
14:06 Donc, c'est très rare que Marx dise voilà, je veux dire quelque chose qui résume l'essentiel de ma pensée, une pensée multiple, foisonnante, variante et toujours prête à s'autocritiquer, comme on le voit tout au long de l'évolution de l'œuvre de Marx. Et bien là, il y a une exception, il y a ce texte où Marx signale lui-même, c'est juste un petit peu avant le Capital, c'est écrit en 1859, c'est la fameuse introduction à la critique, pardon, à la contribution à une critique de l'économie politique, ce qui, regardez bien le titre, contribution à la critique de l'économie politique.
14:38 Le marxisme n'est pas une économie politique de plus qu'une telle révolutionnaire par rapport aux économies politiques bourgeois. C'est une critique de la prétention de l'économie politique à se constituer en sciences autonomes. Le marxisme n'est pas une science de l'histoire. Ça devait être le titre du Capital. Ça devait être le titre du Capital, hein, la contribution à une critique de l'économie politique. Et bien, dans l'introduction à cette œuvre décisive, qui est la première préfiguration, il était plus tard en 1859, vous avez ce passage où assez solennellement, Marx marque le coup, ce qui est très rare. Il fait un peu le bilan de son énorme travail.
15:12 Je vous en ai dit un jour, je suis en train de travailler sur la monnaie, je crois que, parce qu'il était dans une misère noire à ce moment-là, il avait un enfant qui était allé dans le Nord des femmes. Il disait, je crois que personne ne réfléchit sur l'argent en ayant si peu. Autant réfléchir sur l'argent en ayant si peu. Donc, voici le passage en question. Le résultat général, vous voyez, le résultat général, là, on est vu dans le petit Marc-Synon du microscope, auquel j'arrivais, et qui, une fois acquis, servit de fil conducteur à mes études, peut brièvement se formuler ainsi.
15:48 De quoi ? Et là commence la page qui contient le plus de Marx, un minimum de lignes, en fait, je me permets de vous le recommander, parce que tout le monde n'a pas le temps de se farcir l'œuvre complète et les difficultés qu'ils composent. Les difficultés sont presque amortées, elles sont toutes contenues dans ce que nous allons dire. Et voilà le programme. Dans la production sociale de leur existence, je le dis d'abord sans commentaire. Dans la production sociale de leur existence, les hommes entrent en des rapports déterminés, nécessaires, indépendants de leur volonté, rapports de production qui correspondent à un certain degré de développement déterminé de leur force productive matérielle.
16:25 L'ensemble de ces rapports de production constitue la structure économique de la société. La base concrète sur laquelle s'élève une superstructure juridique, politique, et à laquelle correspondent des formes de conscience sociale déterminées. Le mode de production de la vie matérielle conditionne le processus de vie sociale, politique, intellectuelle en général. Ce n'est pas la conscience des hommes qui détermine leur être, c'est inversement leur être social qui détermine leur conscience.
17:02 À un certain stade de leur développement, les forces productives matérielles de la société entrent en contradiction avec les rapports de production existants, ou ce qui n'en est que l'expression juridique, ou alors n'est pas la conscience. Avec les rapports de propriété au sein desquels elle s'étaient mues jusqu'alors. De formes de déploiement des forces productives qu'ils étaient, ces rapports en deviennent des entraves. Alors s'ouvre une époque de révolution sociale. Le changement dans la base économique bouleverse plus ou moins rapidement toutes les normes et superstructures.
17:35 Lorsqu'on considère de tels bouleversements, il faut toujours distinguer entre le bouleversement matériel qu'on peut constater d'une manière scientifiquement rigoureuse, les conditions de production économiques, et, d'un autre côté, les formes juridiques, politiques, religieuses, artistiques, philosophiques, bref, on attend un mot qui résume tout ça, tout le temps peut être un mot important, qui résume, qui contient à la fois le juridique, le politique, le religieux, l'artistique, le philosophique, bref, les formes, idéologiques.
18:09 La seule définition, l'idéologie que Marx donne dans toute son œuvre. Si vous ne voulez pas faire de contresens sur le terme idéologie chez Marx, vous pensez à ce passage. Voilà ce que c'est l'idéologie chez Marx, n'est-ce pas ? C'est vraiment le monde de l'apparence, apparemment. On verra que c'est ce qu'il dit juste après. Mais ce qui est très important, c'est qu'on entend toujours parler de la fin des idéologies. Vous savez, on l'entend souvent depuis 40 ans. Jamais il y a eu un tel déchaînement idéologique qu'en ce moment. Enfin, on parle de la fin.
18:40 En fait, on voulait parler uniquement de la fin de l'idéologie marxiste. Il n'y a jamais eu d'idéologie marxiste. Peut-être que Marx s'est planté. Personne diplomatique, quiconque. Mais il ne s'est jamais présenté comme idéologiste, toujours présenté comme une critique de l'idéologie. Donc, je vous avais dit que je ne commenterais pas. Donc je le dis jusqu'au bout et après on va revenir sur le détail. Parce que c'est un texte extrêmement dense. Lorsqu'on se considère... Non, je veux dire, pas plus qu'on ne juge un individu sur l'idée qu'il se fait de lui. On ne saurait juger une telle époque de bouleversement sur sa conscience de soi.
19:12 Il faut au contraire expliquer cette conscience par les contradictions de la vie matérielle, par le conflit qui existe entre les forces productives sociales et les rapports de production. Une formation sociale ne disparaît jamais, ça c'est pour les impatients, avant que soient développées toutes les forces productives qu'elle est assez large pour contenir, jamais des rapports de production nouveaux et supérieurs ne s'y substituent avant que les conditions d'existence matérielle de ces rapports soient écloses dans le sein même de la vieille société. C'est pourquoi l'humanité ne se pose jamais que des problèmes qu'elle peut résoudre.
Production sociale et rapports indépendants de la volonté
19:46 J'ai lu ce long extrait pour le relire. Pour le relire, c'est une manière un petit peu d'apprendre à lire ce genre de texte. Le texte Donc, si je reprends le texte, vous voyez, on va lire, sinon on glisse. Je vais vous donner un exemple d'un manière dont on peut glisser. Vous voyez, le texte commence comme ceci. Dans la production sociale de leur existence, les hommes entrent, etc. Dans la production sociale de leur existence.
20:17 Déjà, Marx ne dit pas que c'est la production qui nous fait. C'est la production sociale. Il faut bien lire. Qu'est-ce que je suis en train de dire ? Que tout le travail ne correspond pas à ce que Marx dit. Je peux m'amuser à dessiner sur un mur le visage de ma bien-aimée ou mon fils. C'est du travail. Je peux graver sur un arbre, vous savez, Joe MZ, etc. Avec un cœur, tout ce que vous voulez. Je peux y passer la journée même à le faire artistiquement et à le décorer. Cela n'a aucune valeur marchande parce qu'il n'a une valeur que pour moi. Vous savez tous, un objet n'a une valeur marchande que lorsqu'on peut l'échanger.
20:50 S'il n'a une valeur que pour moi, par définition, il n'est pas échangeable. Donc, Marx dit bien qu'il ne parle que de la production sociale. C'est la production d'objets qui peuvent avoir un intérêt pour un autre que moi. C'est très important.
21:26 Très important déjà cette nuance. Dans la production sociale de leur existence, les hommes entrent en des rapports déterminés nécessaires indépendants de leur volonté. Alors, indépendant de leur volonté. Vous voyez, on revient à ma petite introduction. Voilà l'inconscient. La production chez Marx, l'ensemble de la production économique matérielle qui nous environne, joue un rôle souterrain exactement comme l'inconscient.
21:59 Par analogie avec l'inconscient de Freud. De même que l'inconscient de Freud est ce qu'il y a de plus éloigné à la conscience que cet inconscient détermine. De même, je veux dire, ce qu'il y a dans nos têtes est en général à l'opposé et même à l'inverse. Mettez-vous devant un miroir, vous verrez que rien ne ressemble plus à l'inverse que ce qu'on inverse. Et c'est pourquoi d'ailleurs, il est beaucoup plus difficile de se débarrasser d'une illusion que de corriger une erreur. C'est un peu cela qui est assez tardé.
22:29 Pour ne pas perdre le fil, le plus important c'est de montrer le côté inconscient, marci, indépendant de leur volonté. Alors, soyons simples, je sors sur le trottoir. Je n'ai pas voulu rencontrer Abdallah. Qui c'est Abdallah ? C'est un de ceux qui a fait le trottoir avec un marteau-piqueur. En gros, je l'appelle Abdallah. Ce serait aussi Ivan, par les temps qui courent. Et donc, je n'ai pas voulu entrer en rapport avec lui. Marx dit que les hommes entrent dans les rapports déterminés, nécessaires, indépendants de leur volonté.
22:59 Je ne l'ai pas voulu, mais dans la mesure où je consomme ce trottoir en marchant dessus et non pas en marchant dans la boue, comme c'était le cas à Paris, encore pas si longtemps. On était crottés dès qu'on arrivait à rendez-vous. Il y avait des décrottoirs sur chaque portail, vous pouvez s'y soumier. Cette valeur d'usage qui correspond au trottoir, je veux dire, elle a été produite par d'autres que moi. Je suis en rapport avec ces gens-là dès l'instant que je consomme la marchandise. Je ne serais pas en rapport avec eux si je me disais dans ma bulle sur une île déserte comme Robinson.
23:31 C'est puisque nous parlons de Robinson, au moment du déchaînement écologique que nous vivons depuis une quarantaine d'années, profitons-en pour rappeler qu'une des plus célèbres formules de Marx, c'est de se moquer des Robinsonades, de pas mal d'économistes contemporains à sa réflexion. Qu'est-ce qu'il appelle les Robinsonades ? C'est un discours que vous connaissez tous. C'est une anthropologie complètement fantasmée. Anthropologie, c'est la science de l'homme. A l'origine, dit cette...
24:02 On ne dit pas toutes ces Robinsonades, mais vous allez retrouver des discours qui vous sont familiers. A l'origine, les hommes ont vu que c'était mieux de se regrouper, de vivre en société, que pour forcer le mammouth, s'être organisé en groupe, c'est quand même mieux que d'être seul, etc. C'est pas absurde tout ça. Non, c'est pas la question. Comme dit Marx, ce sont des Robinsonades, ça veut dire quoi ? Ça veut dire qu'on est en train de projeter sur un passé fondateur ce qui est en fait l'état du présent. Dans le présent, oui, il y a la libre entreprise où chacun est dans sa vie, mais se moque complètement des intérêts d'un autre pourvu qu'il arrive à écouler sa marchandise.
24:34 D'accord ? Et on projette ce truc de chacun dans son île à la Robinson, la libre entreprise, laissez-moi faire, je veux pas d'impôts, je veux pas de lois, je veux pas de règlement, vous l'entendez tout le temps, ça, dans l'immigie à l'Illusion. Et c'est ça que Marx appelle les Robinsonades, c'est l'illusion, vous voyez quand j'allais dire qu'on allait y revenir, l'illusion est au miroir et à l'inversion. C'est l'illusion de croire qu'on parle du passé, qu'on est en train de faire de la genèse, de l'humanité, alors qu'on est en train de parler du présent sans s'en apercevoir, qui se reflète d'une manière symbolique dans ce passé. Ce qui donne un chef d'oeuvre qui s'appelle Robinson Crusoé, qui est apparu quand ?
25:04 Fin 18ème siècle, au moment de l'apparition de la révolution industrielle, où ça, en Angleterre, c'est un enteurant, là où se passe cette révolution industrielle. C'est à son moment-là que l'homme de la nature revient comme nostalgie, comme par hasard.
L'occultation du travail et l'inconscient selon Althusser
26:01 Voilà. Donc, si on a parlé de l'inconscient, de l'inconscient, c'est pour insister sur le fait que les déterminations économiques dont nous allons parler, il faut d'autant plus les étudier, les analyser et y être attentifs, qu'elles ne surgissent pas spontanées. On n'en prend pas conscience facilement, au contraire. D'après ce que dit Marx, l'idéologie dominante fait tout pour qu'on n'en prenne pas conscience. Regardez comme tout ce qui ressemble au travail, il y a un côté obscène qui est caché. D'ailleurs, nous sommes un petit peu élevés comme ça.
26:33 Pour une part positive. Si je regarde toute la partie alimentaire du corps, on a tous appris très petit, il faut mettre la main devant la bouche quand on baille, et qu'il faut faire fermer la bouche quand on mange à table. Parce qu'il ne faut pas montrer l'organicité, il ne faut pas montrer qu'on est déterminé par des besoins. C'est très bien, je le fais comme tout le monde, je ne sais pas. Mais il y a comme ça, un inconscient humain, une vieille peur de montrer l'état de détermination, de dépendance.
27:03 Je me souviens d'un oncle qui nous disait au restaurant, les enfants ont envie de saucer avec le pain tout le temps. C'est bon, il ne faut pas le faire, ça fait pauvre, on dirait aujourd'hui ça fait cheap. Voilà, il ne faut pas montrer qu'on est déterminé, on ne va pas déterminer. Et bien, tout ça est inconscient, j'insiste là-dessus. Maintenant, pourquoi je commence par cette histoire d'inconscient, pourquoi je m'y attarde ? Parce que le marxisme, vous me direz, il n'a pas disparu, il a toujours été présent dans les débats intellectuels.
27:39 Bon, disons que certaines formes de marxisme, c'est peut-être un bien d'ailleurs, peut-être un peu reculé. Il y a des auteurs bien connus, Althusser en premier, vous voyez, dans les années 60, qui a proposé une rénovation du marxisme. Et justement, parlons d'Althusser et de l'inconscient, c'est pour ça que si Althusser, c'est pas parfaitement en fil sur l'inconscient et l'inconscient. Althusser dans les offres marxistes les plus en vogue depuis la fin des années 60, disons en gros, dans son, deux fois, dans Lire le Capital, qui est son oeuvre en maîtresse, dans le premier volume, je vais donner référence pour ceux qui veulent vérifier, et dans un petit opuscule qui est parmi ce qu'il a écrit mieux.
28:18 Comme je le critique souvent, je prends acte de ses avancées. Un petit ouvrage qui s'appelle Lénine et la philosophie, communication en fait, c'est un problème de France, je crois, et dans laquelle il fait un tableau général de l'histoire des sciences par ordre et d'entrée en scène, je vais très vite, c'est pas notre sujet. L'apparition des mathématiques à peu près au quatrième siècle, avant Jésus-Christ ou Tocchéno d'Euclide, l'apparition de la physique quinze siècles plus tard avec Galilée, l'apparition de la chimie avec Lavoisier au XVIIIe siècle, de la biologie et Claude Bernard au XIXe, les écarts se resserrent, quinze siècles entre l'apparition de mathématiques et celle de la physique, après une génération entre la physique et la chimie, qui s'accélère, et il dit, c'est fini pour les sciences de la nature, maths, physique, chimie, la science humaine, effectivement, la sociologie, à l'apparition du XIXe siècle.
29:09 Et Althusser ajoute en note, en une petite note, il faudrait voir si on pourrait pas rajouter aussi le continent inconscient. Le continent mathématique ouvert au XXe siècle, le continent physique ouvert au XXe siècle, le continent inconscient ouvert par Freud, dit-il. Vous voyez déjà la distance qui entre ce que je suis en train de dire, ce que dit Althusser à son valable. Pour Althusser, l'inconscient n'existerait que depuis que Freud en parle. C'est pourquoi nous avons mis sur la fiche que lorsqu'il s'agit de Marx, on va parler de ce qui est inconscient, même pour l'analyste.
29:41 Freud était pas du tout conscient des déterminations de classe. Je crois que c'est tout grave, on a son talent et on a ses avancées, on a ses limites, ça en définit une limite. Et donc j'ai voulu commencer par ces trois textes, vous voyez, pour être tout à fait objectif. Un, de Marx où il dit que ses déterminations économiques sont indépendantes de notre conscience et de notre volonté, etc. Involontaire ou inconscient, c'est ici équivalent, équipotent, comme dit les mathématiciens.
30:11 Premier texte. Deuxième texte, la formule de Clouscard, la lutte de classe est le noyau de l'inconscient de l'inconscient. C'est-à-dire que quand je présente moi-même, non pas quand je regarde, que je vois des luttes de classe quand j'en regarde autour de moi dans l'actualité, pourquoi pas ? Encore qu'on est des dix ou des luttes de religion, c'est très très à la mode. Vous savez comme en Irak, il n'y a pas de luttes contre riches et pauvres, il y a des luttes contre les chiites et sunnites. Hein ? C'est pas ? Et... Et ailleurs ce sera des luttes entre identité.
30:43 Le kurde et arabe, je sais pas. C'est l'air de rien, ça fait des monceaux de morts, ces histoires. Et... Mais là je parle pas du monde extérieur où à la rigueur la notion de classe peut être pertinente. Je regarde à l'intérieur de moi, mon intimité, c'est une raison pour laquelle je vais voir un psy. Mes échecs amoureux, mes succès, mes illusions... On est tous là. Et là, qu'est-ce qu'il me dit Clouscard ? Que l'élément déterminant de ce qui m'arrive au niveau le plus intime, ce seraient ces histoires de prolétaires contre bourgeois, de paysans contre seigneurs.
Activité et travail ; nommer une chose
31:17 C'est possible, là. Un narcissisme en prend un coup quand même. Et mon intimité là-dedans. Voilà pourquoi on a voulu commencer par cette notion d'inconscient. Est-ce que Marx une différence entre l'activité et l'un mal ? Donc c'est une question de mots. Je ne dis pas ça pour réduire votre question, au contraire. C'est une question de mots, c'est fondamentaux dans l'ordre théorique. Lénine disait sans théorie révolutionnaire, pas de pratique révolutionnaire.
31:47 Ça c'est pour les spontanistes, pour les contre-spontanéistes. C'est ce qui distingue un révolutionnaire d'un révolté. Un révolté, il ne passe pas par la médiation d'une théorie d'une réflexion. La révolution française, elle est passée par un siècle de réflexion, qui s'appelle la philosophie des lumières. Avant, il y avait des révoltes, on n'a pas attendu la révolution française pour exprimer un mécontentement populaire. Mais c'était des révoltes, on appelle ça les jacqueries, quand c'était des paysans. Ils étaient noyés, matés d'enceintes, vite fait et bien fait. Donc heureusement qu'il y a eu une évolution de mécontents qui ont compris que le détour par la théorie était plus utile pour se libérer du joug féodal que le spontanéisme suicidaire.
32:23 C'est le fait d'aller, comme on dit en français familier, au casse-pipe. Donc, pour répondre à votre question, en extensivité, comme on dit en logique, tout travail est une activité, je vous répondrai. Il n'est pas sûr que toute activité soit un travail. En tout cas, pas un travail au sens où Marx parle, c'est-à-dire un travail créateur de valeur. Comme je l'ai indiqué tout à l'heure, le travail que je peux faire sur un arbre, pour des raisons personnelles, etc. n'est pas un travail, c'est une activité, mais ce n'est pas un travail au sens économique et susceptible de donner une valeur ajoutée.
33:04 comme on dit, voilà. Mais votre question est d'autant plus intéressante que le mot activité et non pas travail est ressorti par Marx dans les fameuses thèses sur Feuerbach. Une petite chronologie, ça me permettra de faire plaisir à ceux qui connaissent ça déjà et encore plus à ceux qui prennent ça un peu en marche. Une petite chronologie. La biographie de Marx, vous regarderez le détail, vous l'avez dit à une époque, il y a Wikipédia, tout ça, je ne veux pas vous parler de sa grande-tante qui est une parente de la famille Phillips.
33:37 Oui, Phillips, Phillips, la plus grande société hollandaise. C'est la famille de Marx, je ne sais pas si vous le savez, mais... Enfin, la famille de ses parents, à l'origine. Donc, du côté de sa mère. Regardez tout ça. Ce qu'on en retient. Ça se déploie au 19ème siècle, il est né en 1818, il meurt en 83, un mois après la mort de Wagner, le musicien d'ailleurs. Et février, il va être né en 1818, un mois après la mort de Wagner, le mois après la mort de Wagner. Et donc, il est contemporain, bien sûr, de ce siècle qui n'a pas de nom.
34:10 Je vais dire de surnom. Le nickname, comme dit les Anglais. Regardez bien un manuel littéraire. Toutes les époques, toutes les périodes, un surnom dit. Rien n'a rien. Le XVIe siècle, c'est pas un numéro, c'est la Renaissance, ou le siècle de l'humanisme. Le XVIIe, c'est pas un numéro, heureusement, parce que ça parle pas beaucoup, les numéros, c'est abstrait. C'est le grand siècle, ou le siècle du classicisme, ou le siècle du roi soleil. Le XVIIIe. C'est les Lumières.
34:40 Bravo, le siècle des Lumières. Il faut avoir une surveillance, il y a des gens qui savent tout ici. Et le XIXe. Vous les chagissez ? Il n'y en a pas. Non mais il n'y en a pas. Il n'y en a pas. Dans le manuel, vous ne dites pas. Moi je serais. Pourquoi pas hein ? Vous allez voir que c'est pas loin ma réponse. Mais il n'y a pas de surnom. Pourquoi ?. C'est trop proche encore. Ça nous colle, on n'a pas de recul. Vous savez quand on nomme une chose, on s'en rend maître. Et Guelard a très bien fait ça. Tu es Pierre. Et sur cette pierre Je bâtirai mon Église. Et Dieu donna à Adam le privilège de nommer les créatures. C'est dans la Genèse. Nommer une chose et s'en rendre maître. Minou, viens ici. La psychanalyse analyse l'importance du nom du Père. Même si comme dit Lacan rigolant, les noms du Père.
35:10 Bon, pour ne pas vouloir être du premier dans les rèves, les noms du Père. Laissons ces plaisanteries et revenons au sérieux. Donc, nommer une chose et s'en rendre maître. Donc, nommer une chose, s'assurer d'une puissance sur elle, c'est déjà une activité, pour répondre à votre question, Madame.
Feuerbach et l'aliénation religieuse
35:46 Et dans les thèses sur Feuerbach, je les cite parce que c'est un titre où Marx commence à prendre son profil propre. Auparavant, il est comme nous tous, il est jeune, il subit des influences. Et pour aller à l'essentiel, pendant toute la période de sa jeunesse, la première partie de ses réflexions et même de ses publications, il est sous l'influence, comme toute cette génération, de Feuerbach. Le ruisseau de feu, c'est un jeu de mot allemand, parce que Feuer, c'est le feu et Bach, c'est le ruisseau. Et on a dit qu'il a fallu que la dialectique hegelienne passe au ruisseau de feu de Feuerbach pour devenir opératoire.
36:19 Il estime temps de Feuerbach. Qui est Feuerbach ? On va aller très vite. Un disciple de Hegel, donc quelqu'un qui fait la médiation chronologiquement au moins, n'est-ce pas ? Et philosophiquement aussi, entre Hegel et Marx. Hegel meurt du Poirant en 1830 à Berlin. Et les toutes premières réflexions et articles de Marx en 1836, vous voyez que tout ça s'enchaîne assez. Et Feuerbach avait été un élève de Hegel. On a même une lettre de Feuerbach à Hegel. Malheureusement, on a perdu la réponse. Les bombardements de Berlin, on a pas mal de documents.
36:51 Et Feuerbach, ça a été le moment de la critique du religieux. C'était très important. On ne soupçonne pas le poids du religieux dans les régimes politiques de l'époque. Vous vous en doutez, mais abstraitement. Il faut vraiment, dans le concret, dans la vie quotidienne, il faut mesurer ce que ça veut dire. Hegel, par exemple, était professeur à Berlin, rémunéré pour sa université, mais il n'était pas, son employeur ne s'appelait pas l'éducation nationale, le ministère. Ça s'appelait le ministère des cultes. Puis on surveillait bien ce qu'il disait.
37:22 Et je disais, à l'heure, Dominique Mazoui, l'autre jour, qu'une des raisons de la difficulté de Hegel, tout le monde se plaint de la difficulté de la philosophie des Hegel. Tout est fort théorique. Demande un effort au moins équivalent, je peux pas, pour l'élucider. Mais chez Hegel, c'est quand même coton. Et il y en a qui fourniraient même l'hypothèse, c'est le cas de Jacques D'Hondt, auquel on a consacré une séance d'ailleurs, qu'une certaine partie de la difficulté de Hegel serait faite exprès par lui pour tromper la censure.
37:55 Parce que je plains le censeur envoyé par le ministère prussien, parce que leur question sur la même, ce monsieur Hegel, il est athée, il croit en Dieu. C'était ça la question fondamentale, parce que nos enfants sont dans ses mains. Pas de blague. C'est pas. Bien bien malin celui qui trouvait la réponse dans les phrases de Hegel sur l'en-soi, le pour-soi, la substance, le prédicat, l'être. C'est pas, ils étaient un peu perdus. Non, le religieux, c'était tout de même l'autorité décisive. Et n'oublions pas que la plupart des pays, la France avait une avance à ce niveau-là, n'avait pas fait la séparation d'Église et de l'État, et que la seule région encore maintenant en France où il n'y a pas de séparation d'Église et de l'État, c'est précisément la plus germanique, l'Alsace.
38:33 J'adore l'Alsace, ne m'inquiétez pas, c'est pas du tout une. Je suis un Corse qui aime les pays du Nord. Et alors ? La Lorraine aussi. Alors j'adore la Lorraine. Non, le Concordat c'est uniquement l'Alsace. La Concordat c'est Alsace. Il y a la Lorraine aussi. Il y a une partie de la Lorraine. Il y avait même la Sarre à une époque. C'est la moitié de la Moselle. Voilà, voilà, voilà. Participation active de la Sarre. Et bien c'est très bien. Tant qu'ils peuvent corriger, connaissant bien la structure des généralités de ceci, que je pourrais amener comme tout le monde.
39:05 Donc Feuerbach a eu le mérite, je ne sais pas, de décomplexer la pensée philosophique à l'égard de ce tabou religieux. Et en gros sa thèse, je la résume parce qu'elle est très importante, elle tient tout en un mot clé que Marx doit reprendre. Et comme Feuerbach reprend à Hegel, c'est le concept d'aliénation. Alius, je vous rappelle, c'est l'autre en latin. Aliéner sa maison, la vendre, c'est la faire passer à un autre, hein. Un autre propriétaire. Et le fou, c'est l'aliéné.
39:35 C'est-à-dire celui qui est perçu par nous comme un autre, comme une autre essence. Moi je fais partie de la normalité et lui de la pathologie. Je le rappelle au passage. Je fais attention avec ces mots-là. La limite à ce que c'est un homme, hein, je demande quelquefois. Un animal mû par ses réflexes, et je parle des croyances traditionnelles du positivisme des derniers siècles, un animal mû par ses réflexes et de nous, nous sommes mus par l'intelligence et la raison. Et donc si on arrive à prouver que la folie de mon patient vient du troisième lobe de Broca, enfin un petit peu les délires de l'époque, et bien on l'animalise un petit peu, n'est-ce pas ?
40:07 Et si vous regardez bien, c'est un peu le succès de Freud et de la psychanalyse, c'est qu'avant lui les psychiatres n'écoutez pas un fou, vous n'allez pas écouter un discours qui est par définition insensé. On dit les insensés aussi, en allemand, Hanzen. C'est-à-dire les vins qui trouvaient un sens, notamment Hanzen. Et donc on n'écoutait pas, on l'auscultait. Déjà quand on regarde une chose, je vous ai dit, nommez, c'est un être maître, regardez une chose aussi. C'est une manière, vous savez, le prédateur regarde la proie qui ne le voit pas.
40:38 Celui qui regarde est maître par rapport à celui qui le regarde et qui ne sait pas qui l'est vu. Lacan, très bien développé ça dans la lettre volée, n'est-ce pas ? Le rêve imaginaire d'être celui qui voit sans être vu, celui qui épie, de sa cachette. Voilà, comme le Freud. Donc, Feuerbach a eu le mérite, avec ce concept d'aliénation, de dire, de finir avec cette vieille critique de la religion qui existait au XVIIIe siècle, dont Voltaire est parfait représentant, qui l'adurait. Les gens c'est une connerie de gens idiots.
41:08 Bon, je caricature un peu Voltaire, c'est plus compliqué que ça. Mais enfin, ça se ramène à ça, c'est une erreur. Nous qui sommes intelligents, vivons XVIIIe siècle et lumière, on ne va plus croire à ces conneries. Non, il faut y remarquer, Marx, la dernière qui est dans la leçon, et Hegel a énormément travaillé dans ce sens, c'est pas une erreur. C'est un déplacement de la vérité. Ça n'existe pas. Et ça, Spinoza avait été le premier à le voir. Je dis ça pour ceux qui s'intéressent à la philosophie. Oui, oui. Bravo, madame. Exactement. Spinoza avait très bien montré que, si l'erreur consistait à faire exister des choses qui n'existent pas, on devrait plutôt l'admirer comme une faculté de puissance chez l'homme.
41:48 Il désire, il ne dit quoi. Notre esprit n'a pas le pouvoir de faire exister des choses qui n'existent pas. Si donc on se trompe, ce n'est pas qu'il y a une nouvelle existence qu'on construit dans notre imagination, c'est qu'il y a une vraie réalité que nous ignorons, qui était consciente de tout à l'heure, et qui vient prendre sa place. Pardon, qui n'est pas à sa place et qui est détournée d'ailleurs. On parle du déplacement comme un des mécanismes essentiels du rêve. Ainsi par exemple, je prends un exemple très simple.
42:18 Je voulais en tout cas parler dans la mythologie du combat entre les titans et les dieux. Vous savez, c'est un épisode classique de la mythologie. Il y a eu une grande gigantomachie, comme on dit dans la mythologie grecque. Un grand combat entre les dieux de l'Olympe. Ils ne sont pas en bas, ils sont en haut. Un Olympe ne fait pas nous mettre en bas, c'est le contenu maintenant. Ils retrouvent des clivages de classe. C'est-à-dire tenir le haut du pavé. Si on est en haut, traîner quelqu'un dans la boue, ça c'est en bas. Ou dans la fange.
42:49 Il y a une répartition dans l'inconscient du haut et du bas. Une altesse, c'est fait avec ALT, qui veut dire alto, altitude, en haut, oui. Tout ça est important. Et donc, les dieux sont en conflit avec qui ? Eh bien, avec ceux qui travaillent pour eux. Ça ressemble un peu à un médecin littéral dans cette histoire. Et oui, les géants, regardez Vulcain. Ils passent son temps à fabriquer ce forgeron. Dieu forgeron. C'est pas comme Dieu soit pour l'oncle, ils sont toujours dans le banquet des dieux, avec les nanas qui viennent leur servir le méfère.
43:22 Non, non. C'est les nanas ou les jolies. Les jolies patres, je pense à Ganymède, qui était si beau que Dieu l'a ravie sous la forme d'un aigle, pour qu'il lui serve un vin à l'eau d'un. Et non, les dieux sont en conflit avec ceux qui travaillent pour eux. Pas loin de Marx, qui n'est quoi, alors qu'on en pleine mythologie grecque. Relation ambivalente. Ils nous servent, mais de temps en temps ils en ont marre de nous servir, ils se rebellent. Alors, Zeus leur a envoyé, comme vous savez, la foudre. Il avait une mania de résoudre la grève générale.
La nature, nouvelle aliénation : l'activité et la praxis
43:53 Il avait déjà l'été laser. Mais on retrouve toujours dans une chose. L'imaginaire, je savais... 15, 20, 68, c'est l'imagination au pouvoir. Elle a été au pouvoir l'imagination. Justement, est-ce que vous pouvez dire que Marx avait un rêve au même titre, que Martin Luther King le disait par exemple ? Nous commençons tous par les rêves. Hegel ne disait rien de grand, ne s'est fait sans passion. Si je peux me permettre, on est très très loin de la question entre activité et travail. On a fortement... Non, on tourne, on tourne, c'est en spirale. C'est bien qu'on y revienne. En spirale, hein.
44:23 Non, mais c'est important. Parce que, on commence par le rêve. Le tout est de passer, comme dirait Freud, du contenu manifeste au contenu latent. C'est à la signification du rêve. Il pensez par les quelques rêves. Quitte à avoir réglé après. Donc, moi, j'insiste sur la thèse de Feuerbach. Marx prend son propre contour, devient Marx, rompt avec Feuerbach, qui avait eu le mérite de nous débarrasser de l'aliénation religieuse, mais au profit d'une nouvelle aliénation, et celle-là est actuelle, j'insiste, la nature a remplacé Dieu.
44:56 Il y a une religion de la nature chez Feuerbach. Feuerbach disait, tout ce qui était à notre avantage, la grandeur de l'homme, sa maîtrise du monde qu'il environne, etc. Et là, nous l'avons attribué, et c'est ça l'aliénation, à un tout-puissant, une grande puissance, qui est en fait à notre image. C'est classique, on ne bien que ça n'existe pas énormément. Heureusement qu'il se comprend assez facilement maintenant. On en dit, Dieu, c'est un homme inverse. Donc, tout ce qui est positif chez l'homme et qui fait son exception, l'homme au lieu de se l'imputer à lui-même, par soumission, l'impute à un souverain des souverains, et s'en dépouille lui-même.
45:31 Il nous faut donc, dit Feuerbach, sur genre récupérer cette richesse que nous avons mise au ciel, cet investissement que nous avons mis au ciel, il faut en récupérer le bénéfice, maintenant ici sur Terre. Mais, c'est entendu, la vérité c'est la nature. Et Marx comprend, les lettesses pour Feuerbach, parce qu'il commençait à travailler énormément les économistes anglo-saxons, et les conditions de travail, que c'était une nouvelle aliénation. Que la nature, alors ça c'est une formule à moi, je ne crois pas très bien la pensée de Marx, mais c'est la formule c'est la de Marx, la religion est l'opium du peuple.
46:05 Enfin, l'archi célèbre, et même à l'a fait l'objet de dérision, parce qu'elle a trouvé très réductrice par rapport à la religion, je vais y revenir. Moi je vais préciser, la nature c'est l'opium du peuple. Vous voyez, pour reprendre la formule de Marx en la variant un peu, aujourd'hui la nature joue le même rôle dans le discours politique à peu près. Ce n'est pas que la religion est comme de Marx et de Feuerbachs. Je n'ai rien contre la nature, je suis en train de parler contre l'usage idéologique de la notion de nature, ce qui veut dire.
46:35 Et j'attends impatientement l'automne pour amasser les champignons. Et j'attends que les allemands soient partis de Corse et moi pour y aller. J'adore les allemands aussi, je n'ai rien contre. En général je vais en Allemagne en été. Voilà, donc pour finir de répondre à votre question, je prends une citation de Marx, madame. C'est pour ça que je me souviens tard de longtemps parce qu'elle est fondamentale. Marx, au moment où il se sépare des Feuerbachiens, dit exactement précisément pourquoi. Il y a un point théorique, il dit. C'est qu'ils ont négligé la « Tätigkeit » en allemand, c'est-à-dire le terme qu'on traduit parfaitement par « activité ».
47:10 Pas, bien sûr, le fait de faire en allemand, les faits. La « Tätigkeit » est-à-dire qu'ils ont négligé, ils ont cru qu'il y avait une nature humaine qu'il suffisait de naître homme pour être homme.
47:51 Je vous rappelle que nature et naître ont le même radical. N.A.P. Est naturel en moi, ce que j'ai par naissance, avant que la culture, l'histoire, tout ce que l'homme a rajouté par-dessus depuis des millénaires, vienne s'ajouter à ma détermination. Nous sommes tous nés vagissants et faibles et vulnérables, mais tous les animaux n'ont pas le relais d'un landau, d'une chambre, d'un chauffage central et de l'eau courante à côté, n'est-ce pas, pour accueillir le bébé. Il y a le naturel et ce qui ne l'est pas.
48:22 Et l'artificiel, vous l'appelez comme vous voulez, le culturel, l'historique. Marx a un terme pour ça, et je ne vous demande même pas à l'oublier, c'est tout ce qui découle de ce qu'il appelle la praxis. C'est l'équivalent de, vous voyez, c'est un mot qui fait la synthèse, madame, entre travail et activité, la praxis. Est-ce qu'on peut préciser quand même, il y a une réponse très claire de Marx là-dessus. Le travail, alors, c'est ce type d'activité, dans le cadre de la production sociale dans notre existence, qui est utile aux autres et partagée dans l'échange.
48:55 En tout cas partageable. Partageable, dans l'échange. C'est très explicitement évoqué dans le Capital. Il y a tout un passage où c'est décrit de manière parfaitement claire. Certains types d'activités qui a des déterminations extrêmement concrètes, liées précisément aux rapports sociaux de production. Maintenant, ne me faites pas dire que parce que le travail et l'activité ont cette importance dans la pensée de Marx, ne me faites pas dire qu'il est un apologue du travail. Au contraire, tout le combat de Marx, c'est pour diminuer le temps de travail, n'est-ce pas ? Et juger scandaleux, qu'on continue à avoir des...
49:29 N'oubliez pas qu'à son époque, il y avait une journée de travail de 14... Je pense en 1842 où la journée de travail, on doit dire, est de 14 heures par jour. Y compris pour les enfants de 5 ans, pardon. Et il y avait eu une grève pour faire passer la journée de 14 heures à 13 heures. Vous voyez, on se battait pied à pied pour des minutes, des demi-heure, des heures de travail. Et c'est Marx qui cite ça dans Salaire, prix et profit. Il cite un inspecteur du travail anglais qui cite un patron qu'il est allé interviewer, on dirait aujourd'hui. Quels étaient les arguments des patrons de l'époque pour dire qu'il était impossible de passer de 14 heures à 13 heures par jour ?
50:03 Je vous le donne en mille, vous allez voir que rien n'a changé. Mais c'est dans la 14e heure qu'on fait tout le profit. On en est passé à 8 heures par jour, il y a bien plus de profit que l'époque dont je parle. La différence entre les deux s'appelle l'augmentation de la productivité. Voilà. Donc, je ne clôt pas ces questions, mais je vous remercie de les avoir posées, qu'à nous permettre de clarifier des notions qui sont en général confuses. Vu la chronologie, on ne s'est pas assez à faire une petite pause, parce que pour une séance de 2 heures... Ça fait une heure, on peut faire une pause de 5 minutes de pause.
Forces productives et rapports de production
50:35 Ça fait une petite pause. 5 minutes de pause pour les fumeurs. Pour les fumeurs, voilà. Donc, je continue la lecture commentée. J'ai dit déjà dans la production sociale de leur existence, vous avez vu que l'épithète sociale était importante. Merci madame. Toutes les activités ne sont pas productrices de valeur. Les hommes entrent en rapport nécessaire déterminé indépendant de leur volonté. Inconscient de l'inconscient, et maintenant j'enchaîne.
51:05 Ces rapports, c'est quoi ? Et là, ils appellent des rapports de production. Je l'ai laissé dans l'ombre jusqu'à maintenant. C'est maintenant qu'on va expliciter les concepts fondamentaux du marxisme. On va les développer parce que ça prendra à peu près tout le mois d'août. Mais au moins, les faire apparaître dans nos relations réciproques. Qu'est-ce que les rapports de production ? Eh bien, suivant Marx, les rapports de production correspondent à un certain degré de développement des forces productives. Donc déjà, première chose, distinguer dans ce qu'on appelle la base matérielle de la société qui détermine tout, parait-il que chez Marx, dans ce qu'on appelle aussi l'infrastructure, l'infrastructure, c'est ce qu'il y a en dessous, il faut que tu mets les mêmes métaphores, c'est ce qu'il y a en bas, comme le ventre est en bas par rapport à la tête, tu vois.
51:49 Il faut que tu y en distingues dedans, ce n'est pas un lieu homogène, deux instances très différentes, des forces productives qui sont vraiment, comme le terme l'indique, à une époque, la charrue, à une autre, le silex éclaté, n'est-ce pas ? Les forces productives dont il se posait, et au départ, même avant tout, le corps lui-même, n'est-ce pas ? N'oubliez pas, à une époque, c'était des hommes qui faisaient tourner les meules, comme ce n'étaient pas des ânes ou des vaches, c'était des esclaves qui faisaient tourner, n'est-ce pas ? Le corps lui-même, force productive, Marx, on sait de le répéter, Dieu sait si on s'en est servus, le corps et les facultés mentales, l'intelligence de l'homme, c'est aussi une force productive.
52:29 Donc, le fait de force productive, encore, on comprend. C'est le concept le plus proprement économique, matériel de Marx. Mais, il en est autrement, de ce qui, pour lui, nous détermine, c'est pas seulement ses forces économiques et matérielles, c'est les rapports de production qu'ils engendrent. Qu'est-ce que les rapports de production ? Là, on quitte le domaine purement économique pour entrer dans le domaine politique. Et ça, Marx est le premier à avoir compris que les deux sont indissociables.
53:01 À toute époque, il n'y a pas une économie d'ici libérale, d'ici dirigiste pure. Tout régime économique s'inscrit dans un deal politique. Pourquoi politique ? Parce que ce que Marx appelle les rapports de production, c'est, et je reviens en force productive, c'est un jeu de Lego, si vous voulez. On prend les éléments de base des forces productives et on regarde ce qu'on construit. Avec les forces productives, je construis le concept de rapport de production. Les rapports de production, c'est à qui appartiennent les forces productives.
53:31 Il faut partir des forces productives et se poser ensuite le problème de leur propriété pour arriver au concept de rapport de production. Et pour prendre un exemple très simple, parce que je comprends qu'on soit embrouillé au départ, on soit en français précis, mais être précis c'est s'engager, comme disait Bachelard. Et puis vous, les filles qui restent dans le vague avec des mots abstraits généraux. Prenez une population de 100 personnes au fond de l'Amazonie, pour simplifier, hein, il semble, pas trop long, quoi. Et imaginons, plutôt deux, deux populations de 100 personnes à 10 km l'une de l'autre, peu importe.
54:03 De villages différents. Et dans le premier, comme dans le second, il y a la même force productive. Mettons une espèce de daba comme on tient là, fait le houe, avec une espèce de bêche, j'ai mis le manioc, là, comme on dit. Originellement en pierre, encore maintenant on utilise la pierre, là. Et, euh, il y a un résultat en métal. Les deux ont donc les mêmes forces productives, ces deux groupes. Mais dans le premier groupe, là où l'instrument appartient à tout le monde, à type de coopérative, si vous voulez, collective, collective.
54:34 Et dans le second groupe, c'est le chef qui possède l'outil en question et qui le loue, un nombre de moutons, de vaches, de porcs, de plumes. Les indiens, les bruits de sucre sont très friands. Des plumes d'ara, disait Lévi-Strauss, type décoratif et cultuel. Donc, euh, et là vous voyez la différence. Il y a les mêmes forces productives, mais ça donne pas les mêmes rapports de production, selon que la propriété est privée dans un cas pour un seul, ou collective. Ça donne pas du tout les mêmes sociétés et les mêmes rapports de production.
55:04 C'est très important. Donc, comme Marx dit, c'est là qu'il y a une précision quasi mathématique dans sa manière de formuler, et à côté laquelle on passe quand on glisse, si vous voulez, dans une lecture trop cursive. Je fais allusion à ce passage précis. Euh... Les hommes entrent en des rapports déterminés, nécessaires indépendant de leur volonté. Et c'est là qu'il ajoute un rapport de quoi ? De production. C'est-à-dire comment nous nous situons par rapport à la production ?
55:34 Un rapport de production qui corresponde à un degré de développement déterminé de leur force productive matérielle. Ici, je demande à tous ceux qui ont fait des maths ne serait-ce qu'au collège de se rappeler ce que signifie Y égale F de X, pour être clair. C'est-à-dire quoi ? Y, ici, c'est les rapports de production. Les rapports de production sont une fonction de l'état de X des forces productives. C'est ça que ça veut dire correspondre à, être fonction de, être déterminé par, tout ça est équivalent.
56:05 Ici, pour l'instant. Que ce soit bien clair. Donc, il n'existe pas un pur régime économique qui a un essai comme laboratoire ici ou là. Un régime est toujours en même temps caractérisé par son infrastructure économique et par le dispositif, le deal politique, si vous voulez, au sein desquels les forces économiques fonctionnent. L'ensemble de ces rapports de production constitue, pour rappeler, la structure économique de la société, l'ensemble de ces rapports de production.
56:39 C'est-à-dire, attention, l'élément purement économique et matériel des forces productives plus l'élément politique et juridique des rapports de propriété. C'est ça, les rapports de production. Pardon de rabâcher, mais c'est tellement ignorer les habitants de 50 capitales chez Marx que je me permets d'enfoncer les peintres, sinon le plus. L'ensemble de ces rapports de production constitue la structure économique de la société, la base concrète sur laquelle s'élève une superstructure juridique, vous voyez, et politique, et à laquelle correspondent des formes de conscience sociale déterminée.
L'inconscient s'extériorise : lapsus et expression symbolique
57:12 C'est-à-dire que la forme, ça veut dire dans ma tête que j'ai bien la forme de tout ça, mais pas le contenu. Le contenu est complètement inconscient. Mais j'en ai la forme. Ah, ça, ça nous rassure par rapport à ce qu'on a dit au début. Ne vous inquiétez pas, c'est inconscient, mais ça ne veut pas dire que c'est inconnaissable. Car le propre de l'inconscient, le propre de tout ce qui est intérieur, même le propre de Dieu, c'est de s'extérioriser. C'est de s'extérioriser, c'est de s'exprimer. Freud passe son temps à dire ça. Nous voulons cacher, ce que nous voulons cacher, nous passons notre temps à l'exprimer.
57:43 De sorte qu'autrui n'a qu'à se baisser pour le ramasser. C'est même le thème de la lettre volée, si vous regardez bien. Je crois que il arrive à cacher comme ça à la police la lettre volée, alors qu'elle est aveuglante. Vous savez, je me prépare à faire une négociation commerciale, etc. Et tout d'un coup, je lâche un lapsus qui m'a échappé, où je dévoile toute ma stratégie. Je pense à ce petit banquet en l'honneur d'un des professeurs de Freud à la faculté de médecine à Vienne.
58:13 C'est Freud qui pensait prendre l'exemple de lapsus. Et l'un de ses camarades disait, maintenant nous allons tous porter un toast à notre directeur. En allemand, porter un toast anstoßen. Et voilà qu'il dit, nous allons tous aufstoßen, c'est-à-dire roter. Nous allons tous roter, il ne veut pas porter le directeur dans mon cœur. C'est l'encentré notre directeur. Deuxième exemple, vous avez un professeur un peu vaniteux, grand professeur un peu imbu de lui-même, du prestige, professeur de physiologie, et qui est un spécialiste de la cavité nasale. Et il aborde donc la cavité nasale de la mance et de ses étudiants et il dit, alors attention c'est compliqué la cavité nasale, et je vous préviens, hein, ceux qui connaissent bien la cavité nasale dans Vienne, peuvent se compter sur le doigt d'une seule main.
58:57 Visiblement il pensait qu'il y avait une seule cavité nasale dans Vienne. Ceux qu'on croit cacher au profond, je vais cacher ma vanité, et tout, ça explose, plus je veux le cacher, plus je le montre. Réveillez donc dire à une nana, excuse-moi, ça fait du tout, je crois que je suis en retard à notre rendez-vous, mais à la dixième fois elle va comprendre que, quand même, ça va les accidents, hein, c'est très bien qu'il y ait un inconscient, il y ait un naissance, c'est vrai, hein, il est juste comme ça. Bon, donc voilà, c'est important ce qu'on est en train de dire. L'intérieur, ce qu'il caractérise, c'est qu'il s'extériorise, hein, oui.
59:28 Premier échantillon, d'un mot que nous avons retrouvé, et qui a été maudit dans les quarante honteuses et qu'il faut réhabiliter, c'est dialectique. Je suis en train de jouer avec des contraires. L'inconscient, l'intérieur, même préfixe, in, ce qui est dedans, s'exprime, s'extériorise, se déploie. Mais, encore, il faut savoir l'entendre. Là, je me permets de faire intervenir une deuxième distinction qui va être capitale. Quand j'ai dit que l'inconscient s'exprime, hein, il s'exprime pas comme un moteur qui grince quand il manque d'huile.
1:00:08 Parce que ça aussi, c'est une expression d'un manque d'huile. Un bon mécanicien, vous savez, il a pas seulement l'œil et tout, il a aussi l'oreille. Je me dis qu'il est mécanicien, tiens. Alors, il voit tout de suite ce qui se passe, extraordinaire, comme du tout vide. Il arrive dans un stétoscope de chaque oreille. C'est une vraie expression causale. C'est pas, le moteur grince parce qu'il n'y a pas d'huile. Tandis que l'expression de l'inconscient, ça serait pas d'une manière mécanique. Donc, c'est pour vous rassurer, vous inquiétez pas beaucoup. Mais c'est une expression symbolique. J'ai pris tout à l'heure l'exemple du combat des géants contre les dieux.
1:00:40 Il est évident que, si j'interroge les grecs de l'époque, ils n'auraient pas dit « on a voulu illustrer les luttes de classe en histoire des géants et des dieux ». C'était pas du tout conscient, bien sûr. Mais, le fait de refouler pour le citoyen grec, celui qui fait de la philosophie, celui qui fait des mathématiques, etc. J'en ai pas du mal, ça va donner un graphique intellectuel tout de même. Mais, il faut pas oublier que les trois cinquièmes populations d'Athènes, c'était des esclaves. Il ne faut pas non plus la démocratie grecque. C'est très bien, c'est un progrès par rapport aux pharaons. C'est bien qu'il est au moins un milieu dans lequel c'est égal et où on vote. Mais ça, ça ne concernait que les citoyens libres.
1:01:14 L'immense majorité de la société était esclave. Et donc, c'était une manière, si vous voulez, de refléter ce monde de l'homme libre et de l'esclave, le monde des dieux de l'Olympe, qui fait jamais rien, qui fait des banquets. C'est bien, c'est bien, c'est bien, les banquets de frétons. Et puis, le monde de ceux qui marnent. Le monde qui marne pour produire l'univers dans lequel les dieux se délectent. Voilà, je veux dire, c'est... Je suis en train d'insister sur la fonction symbolique. Vous voyez qu'un rapport entre marxisme et le lacanisme. De même que Freud le dit, le refouler revient, il s'extériorise, il s'exprime.
1:01:46 C'est pas une force cachée, vous faites de la mauvaise psychanalyse quand on cherche toujours un sens obscur caché entre les lignes. C'est dans les lignes qu'il a le sens, c'est pas entre les lignes. Mais, ça s'exprime d'une manière symbolique, encore, il faut dire avoir l'oreille symbolique. Or, ce qui nous empêche de la voir, c'est que nous avons un modèle de scientificité qui sont les sciences de la nature. Et nous venons de voir que c'est exactement l'inverse. Dans les sciences de la nature, c'est Y qui a l'air de l'X. Ce qui compte, c'est le rapport de cause à effet. Pourquoi cette tige de métal se dilate ? C'est parce qu'elle est au soleil et que la chaleur dilate les corps.
Sens et signes : le superflu et le lien à l'autre
1:02:16 C'est clair, il y a un enchaînement à l'infini des causes et des effets. Dans le domaine humain, historique, culturel, on fait ça comme vous voudrez. Dans le domaine humain, le couple cause-effet est moins important que le couple sens-signes. Ça, c'est très important. Je veux dire par là que quand, en faisant un petit repas entre prolétaires du dimanche, je veux dire un petit repas du dimanche entre prolétaires, par exemple. Et qu'on a un petit souci pour les copains de faire mieux que d'habitude. Et les copains aussi, ils apportent une petite bouteille qui fait mieux que d'habitude.
1:02:48 Je parle de choses archi-courantes. Alors, on met les soucis, les tranches de saucisson sont en rond autour des radis ou l'inverse. Autrement dit, tout ceci, c'est ce qu'on est dans l'univers symbolique, qui se pratique tous les jours. Tout ceci n'ajoute rien au programme biologique de la faim. Que je mette les tranches de saucisson en rond, en carré, en cube ou en vague. Ce qui compte, c'est la quantité de lipides, de glucides et de protides que je peux consommer à travers eux et nécessaire pour ma survie. Donc, ce qui veut dire que dans les rapports inter-humains, dans les signes que je vous fais en mettant à ce coup, il y a une fonction symbolique qui est permanente chez l'homme et qui n'est pas...
1:03:24 Ne croyez pas que je suis en train de parler du superflu et que c'est un peu secondaire, parce que quand même le nécessaire, c'est de se nourrir. Ne croyez pas ça ! Parce que ce superflu, il commence avec l'homme des cavernes. Croyez-moi que les peintures sur les cavernes, ce qui n'est pas nécessaire biologiquement. C'est toute la grandeur de l'homme. S'il vivait seulement de lipides, de glucides et de protides, l'homme, ça se sort. Il y a beau temps qu'il serait satisfait. Il n'aurait pas cette magnifique inquiétude qui nous pousse en avant depuis des milliers.
1:03:54 Il n'y aurait pas d'histoire. Il n'y aurait pas d'histoire. Merci. Et, encore un petit exemple pour illustrer ce côté important de la fonction symbolique chez l'homme. Non pas dans le sens en général ou dans le milieu psychanalytique qu'on développe, mais dans le sens marxiste, c'est-à-dire que cette fonction symbolique est capitale pour reconnaître des liens interhumains fondamentaux. Je prends l'exemple du prolétaire de l'époque de Zola. Je fais exprès, parce que pour prendre des situations un peu radicales où on voit mieux les choses, parce qu'elles sont plus clarifiées que lorsqu'on est au choix.
1:04:25 Je parle de ce prolétaire qui reçoit sa paie. Imaginons, ce n'est pas un salarié dans les années 1880, vous imaginez ce que pouvait être la paie à l'époque. Donc, tout juste de quoi subsister. Si c'était, si pour expliquer son comportement, on n'avait que les sciences dures, les sciences de la nature, la physique, la chimie, la biologie, c'est réel actuel. On explique tout par ça. Nos enfants regardent les documentaires animaliers, tous les comportements sont expliqués par mâles dominants, territoires marqués, femelles, X. Vous voyez ce que je veux dire, c'est très inquiétant. Ça met les bons anglo-saxons.
1:04:56 Si c'était un animal, je ne suis pas en train de le nier, mais si nous n'étions qu'un animal, il n'y a pas une autre détermination que l'histoire apporte, il courrait immédiatement à l'alimentation du coin, acheter des substances biologiques fondamentales dont il a besoin pour retourner au turbin le lendemain. Il n'est pas idiot. Qu'est-ce qu'il fait ? Il est trop saoulé que tout le monde. Il faut nous donner une leçon d'humanité. Ça veut dire que si vous voulez me coincer, parce que nous tous, on n'a pas ce problème, on a à la fois le nécessaire et le superflu, donc on le voit mal le problème. Mais si un être humain est coincé et qu'il doit choisir, excusez-moi, entre le nécessaire, je suis un peu léger, entre le nécessaire et le superflu, ce qui est extraordinaire, c'est que l'homme va juste choisir le superflu au détriment du nécessaire.
1:05:39 Parce que le lien à l'autre est plus important pour lui des fois que le lien à la chose. Vous savez bien qu'une maison peut flamber ou rentrer dedans pour aller sauver votre fils ou votre nièce, ou jeter à l'eau pour sauver le noyé quand même. Je veux dire, la relation à l'autre est si fondamentale chez ce zoon politikon qu'est l'homme, pour des raisons dans que je ne rentre pas pour l'instant, il faudrait faire l'anthropologie, ce n'est pas le sujet d'aujourd'hui, mais on en discutera très rapidement. Lacan l'a montré en partie. Nous venons au monde dans une espèce de détresse, on dirait tout le monde animal, spécialement l'homme parce qu'il a été prouvé par des agents physiologiques que la grossesse, la parturition chez l'homme, spécialement laborieuse et dure, la Bible le sait, tu enfanteras dans la douleur, il faut avoir vu le gnou dans la savane africaine, je ne crois pas pourquoi je suis-t-il nu aujourd'hui.
1:06:23 Je vais dire, paf, on voit le petit tomber du ventre de sa mère, et puis il monte sur ses sabots 20 minutes après, et puis il peut courir 2h, 3h, ou le lendemain il peut fuir avec le troupeau s'il y a un danger. Nous, il faut mettre 3 ans à commencer. L'homme né avant-terme, c'est connu physiologiquement. Nous avons une prématurité générique, vous vous parlez en termes précis, pour des raisons de passage à la bipédie, il y a bien longtemps, le rétrécissement des os du bassin, de la femme, etc. Je vais dire, la naissance compliquée.
1:06:53 Ce qui fait que le petit enfant, la fontanelle le montre très bien, née inachevée, par rapport à la majorité du monde animal. Et donc, s'il n'avait que sa donnée naturelle, il ne serait pas viable. C'est pour ça que la relation sociale, elle n'est pas un attribut chez l'homme, qui vient s'ajouter à quelque chose qui par ailleurs est son noyau. Non, c'est le noyau, de ce qui fait que nous sommes des hommes. C'est cette nécessité impérieuse, d'avoir un rapport à l'autre, sans lequel on n'est pas viable. Quand on parle d'inconscient, il ne faut pas oublier que l'inconscient, on croit que ça s'est situé dans le champ psy, dans le champ psychologique, c'est aussi un champ sociologique.
1:07:32 Et même au départ, vous savez. S'il n'y avait pas l'autre, à cause de notre prématuration générique, et notre naissance vagissante, d'ailleurs tous les grands héros fondateurs, regardez, sont censés être trouvés vagissants quelque part et abandonnés. c'est Œdipe trouvés, n'est-ce pas ? sur la montagne des pieds percés, ce que veut dire en grec exactement, « Œdipe » c'est les pieds percés, mais il est attaché. Moïse, Marbeau, hein, Moïse, Siegfried, chez les Allemands, le héros, l'Achille Allemand, n'est-ce pas ? trouvé dans la forêt, etc.
1:08:03 C'est important parce que pour pouvoir être fondateur, il ne faut pas être fondé soi-même. Le fondateur, c'est comme s'il n'y avait pas de parents, c'était l'enfant trouvé, sans façon à son nom. Voilà. Donc, la fonction symbolique, c'est important parce que c'est là qu'on retrouve nos rapports sociaux les plus fondamentaux. Freud disait qu'on rêve des collatéraux, frères et sœurs sous forme de vermine. La symbolique de rêve, on n'est pas tendre avec frères et sœurs dans l'inconscient. C'est pas parce que mon inconscient est méchant que je suis méchant.
1:08:33 C'est pas parce que j'ai envie du livre qui est dans la vitrine que je vais casser la vitrine pour le prendre. Je veux dire que j'en ai envie, c'est pas grave en soi. Voilà. On s'en habitué le père qu'on a montré. Ce sont des choses qui s'aventent, vous ne le savez pas. La fonction symbolique. Quand Marx dit que les rapports de production sont indépendants de volonté, ça ne veut pas dire que c'est une espèce de chose mystérieuse que vous essayez de traquer par des abstractions. Non.
Le haut et le bas ; l'Or du Rhin de Wagner
1:09:03 Elles sont à ramasser. Je citais Proust tout à l'heure. Mais si vous regardez bien, vous êtes attentif dans l'expression humaine en général où on trouve fondamentalement les rapports de classe. Je montrais un petit rapport de mon vocabulaire tout à l'heure avec les avatars du haut et du bas. Alors là, si vous voulez vous régaler, faites-le. Vous pouvez trouver d'autres applications que celles que j'ai faites. Il y en a énormément. Et à chaque fois, vous verrez une répartition de choses apparemment extérieures et matérielles.
1:09:35 Une répartition dont la causalité est purement symbolique. C'est pas un haut et un bas réel. Nous savons depuis que la Terre est ronde, que le haut et le bas sont où on veut. C'est ce que nous appelons le haut pour nous. C'est le bas pour la Nouvelle-Zélande. Donc c'est pas les réalités et tout ça. Mais par contre, dans l'univers symbolique, c'est fondamental d'avoir l'impression de monter ou de descendre. Croyez-moi. Il n'y a qu'à comparer les rêves de vol et les rêves de chute. Les rêves de vol sont euphoriques. Les rêves de chute sont pénibles. Vous voyez, il y a bien une fonction symbolique à l'œuvre et bien complète.
1:10:05 Et je parlais de la mythologie grecque tout à l'heure, mais pour ceux qui connaissent un petit peu la mythologie germanique, on retrouve la même chose. C'est pas les dieux du Walhalla, c'est l'Olympe allemand. Cette bande de guerriers, là, en train de boire l'hydromel, c'est pas le nectar, mais le Nouvelle-Zélande. Ils sont en conflit avec un monde de la légion des titans. On revient exactement au même avec cette précision que qui sont les titans ? Ceux à qui les dieux ont commandé la construction du palais des dieux. Alors, je ne peux pas empêcher de donner un petit peu le détail parce que si vraiment vous ne voyez pas la fonction symbolique ou comment les lignes de classe insistent pour se faire entendre là où on s'y attend le moins, je parle à l'opéra de Wagner qui s'appelle « L'Or du Rhin ».
1:10:45 N'est-ce pas ? Et qui est dans le texte, le poème, comme on dit, pour Wagner. Le livret a été fait après consultation dans toutes les mythologies germaniques, scandinaves, jusqu'en Michelin, en vrai. Donc, sur des bases très sérieuses anthropologiquement. Je fais une parenthèse, mais, Lévi-Strauss dit que Wagner est l'irrécusable de l'analyse structurelle des mythes. Vous voyez que je suis en sérieux quand même. J'essaie d'avoir des références sérieuses. Eh bien, dans l'Or du Rhin, le deal, c'est ça. Le Wotan, le chef des dieux, le disait Salman, germanique, lui dit, parce que c'est Scandinavale, l'héthymétologique, lui dit, lié aux deux titans, là, les deux frères, construisez le palais.
1:11:22 Les deux se travaillent pas, hein. Vous ne l'avez pas, vous l'avez des costauds. Le réseau des lieux. Je vous promets que ça l'aide. Je vais me donner en échange. Donc, vous donnez quoi ? Allez, qu'est-ce que je peux donner aux titans, en échange, de construire le Valhalla, Versailles, quoi. Ou le Peltangoni, comme vous voulez parler, là, où on va pouvoir s'arrêter. Devinez. Ah, c'est intéressant. Il n'y a pas qui le savent, peut-être même.
1:11:53 Je sais, mais non, je ne le dis pas. Pardon ? Non, vous ne le prenez pas. Ben, Zuz, Wotan dit, je vous donnerai en échange, Freia. Ah, qui c'est Freia, la déesse de la beauté de la Vénus germanique. Ah, des dons. Les gros roustos. Les 70 Vierges. Voilà. Qui ont les mains caleuses. Et qui vont démonstaper la quintessence même de la beauté. Freia veut dire la libre. Freia. Freia die Schöne, Schöne, Freia dit Freia.
1:12:24 Je ne le dis pas. Bon, donc... Et bien sûr, comme le panneau est fini, ils viennent me chercher. Pas question de... Non, non, non, j'avais dit ça, c'était une blague. C'est des négociations salariales. Hein ? Parce qu'il se trouve que Fréa est la sœur de l'épouse du roi des dieux. Elle doit amener ma sœur. Qu'est-ce que c'est l'histoire entre hommes ? Il y a déjà... Je crois que c'est actuel tout ça. C'est du bon moment. Donc... Et... Et donc, la tension monte. Parce que là, les géants ne construisent pas là, il est là. Ben, ils disent, tu ne rentreras pas tant que tu ne devras pas donner ce que tu es promis.
1:12:54 Qu'est-ce que... Tu m'attends parce que tout est déjà là. Et Wagner est mort en 83, même année que Marx, vous voyez. Il faut trouver un équivalent. Puisque le Wotan ne veut pas lâcher sa belle-sœur, la déesse de la beauté, et que les géants ne veulent pas avoir travaillé pour rien, il appelle son conseiller. Ah ! Les consultants, les experts, les voilà ! Son conseiller, c'est Loge, le dieu du feu, le Hermès, le Mercure. C'est lui pour le monde entier qui connaît plein de choses et qui lui est conseillé.
1:13:25 Il n'y a pas tout. Soubis ! Non, non ! Non, non, parce qu'il défile, hein ! Pompidou, Giscard, Mitterrand... Intéressant ! Soubis ! Oulain ! Soubis, ne bouge pas ! Ça, c'est le serviment pour... Il n'y a pas les mariner. Donc, Loge, le dieu du feu, qui est un peu ambigu. C'est le feu ! C'est-à-dire qu'il sert en bas, au monde d'en bas, à la forge.
1:13:57 Et puis, en même temps, il fait partie des dieux. Il est un peu ambigu, il est un peu dans les deux trucs. D'ailleurs, c'est le seul qui s'en sortira au moment du Crépuscule des dieux. Eh bien, Loge dit, c'est simple, on va leur donner l'or, comme ça, ils vont se tenir tranquille. Voyez ! On était partis d'un palais à payer, qui devait se payer en jouissance érotique, disons, pour comprendre l'amour, la sexualité, la libido, si vous voulez. La déesse de la beauté, c'est-à-dire ce que ça veut dire. Et, auquel on substitue comme équivalent l'or. Pas n'importe quel l'or, l'or du Rhin, celui qui donne la puissance sur le monde, la monnaie, quoi, gros stricte.
1:14:30 Sérieusement, sérieux. Et, on a même un exemple de travail à la chaîne, si vous regardez une mise en scène, celle qui a fait Chéreau de l'or du Rhin, elle est quelque part disponible sur YouTube, n'est-ce pas ? Une mise en scène de Chéreau avec Boulez à la baguette, plus de même. Une mise en scène qui a fait scandale de Français, de centième anniversaire, Bayreuth. Si vous regardez bien, c'est mis en scène, on voit que c'est la action de Wagner, les enclumes, les mecs qui marrent dans le monde souterrain. Il faut forger l'or. Voilà.
1:15:00 Et vous croyez que j'en rajoute au contraire, je passe très vite. Et pendant ce temps, les dieux se disent, c'est bien, on va pouvoir avoir des bijoux, là, ça, là. Tout, tout, il est le bien de la ville, tout, tout. Bref. J'ai l'or du bijou. Euh, voilà. Je les achète en feu, mais... Donc, la fonction symbolique. C'est pas... On n'a pas compris Marx quand on dit, il y a l'économique. La vérité, c'est l'économique, et c'est ça qui se propient dans l'éternel. Non. Car l'économique ne se vit jamais dans les consciences comme économique.
L'économie se vit toujours déplacée : l'exemple de Racine
1:15:32 C'est ça qu'il faut retenir aujourd'hui. L'économie se vit toujours, comme l'inconscient de Freud, déplacée sous forme religieuse, sous forme identitaire, sous forme ethnique. Sous forme de britannitude, de corsitude, de basquitude, non c'est rien. C'est jamais, sur le plan purement économique, que c'est conçu, c'est toujours déplacé. C'est pourtant, c'est pour ça que j'insiste sur cette fonction symbolique. Parce qu'il sert moins à connaître les infrastructures économiques dont parle Marx, qu'à les reconnaître.
1:16:07 C'est surtout ça qui est important. Et je le dis parce que c'est la partie la plus négligée des études marxistes. Et en même temps, ça explique aussi, en grande partie, une certaine désaffection de pas mal de milieux intellectuels et surtout artistiques, à l'égard du champ marxiste. Parce qu'on a l'impression que tout ce monde-là, l'économie, que c'est très important, c'est sérieux et tout. Mais enfin, je veux dire, c'est pas fun. Et puis, quel rapport avec ce qui m'importe, le lyrisme, le sentiment, l'impression, la création artistique ?
1:16:39 Et bien, on est en train de le voir. L'inconscient est artiste, parce qu'il passe son temps à s'exprimer d'une manière symbolique. Encore un exemple. Le grand Racine, le plus grand poète du XVIIe siècle, il peut être en nature quand même. Racine écrit la préface à... Et dedans, il se justifie d'avoir un peu modifié, ça crée un peu la tradition antique, à l'époque, c'était le mode athéniable et indépassable, à la rigueur athénienne.
1:17:13 Et pourquoi il avait changé la donne ? Il y avait déjà eu des tragédiens en tant que chez Sénèque. C'est Phèdre qui calomnie, son beau-fils, qui dit à Thésée, il a essayé de me drame. Moi, ton épouse est la reine. Ton fils. Et Racine, vous savez, c'est pas elle qui fait la calomnie, c'est sa servante. Il lui dit, on n'avait qu'à dire que c'est lui qui désarrivait, etc. Comme ça, lui, tout le monde vous croira, lui. Racine, c'est justifié, il dit ceci.
1:17:43 J'ai pensé que la calomnie était une trop grande vilainie pour être mise dans la bouche d'une princesse et qu'elle était mieux dans celle d'une servante. Ce qui est à dire qu'à l'époque, c'est pas pour des vilains de naissance et on est aimable et exempte de vilainie de naissance aussi. Vous voyez que chasser l'économique et le social, les classes, elles reviennent au galop tout de suite. Elle s'exprime. Je peux entendre dire du mal de Racine. Il fait exprimer les rapports aristocratiques de l'ordre de son époque. Pas plus, pas moins qu'un autre. Mais nous allons essayer des chefs-d'oeuvre à mieux que ça.
1:18:17 Des chefs-d'oeuvre qui contredisent ses propres opinions parce qu'ils expriment tout ce que je suis en train de dire. Symbolique. Voilà. Donc, ne négligeons pas cette fonction symbolique. Et si on a écrit inconscient de l'inconscient sur la fuite, c'est précisément sur cette religion. Et pour y revenir, pour revenir au texte essentiel et le passage que tu as un petit peu zappé, et mon avis, il va nous... Eh bien, il va les taper de voix de Stendor. C'est la fin, donc. C'est la fameuse définition de l'idéologie.
Définition de l'idéologie et décalage des temporalités
1:18:48 Dominique a un peu zappé la fin de la phrase, qui est essentielle pour en revenir justement à tout ce qu'il vient de dire à propos du symbolique, de la conscience qu'on a, par le symbolique, etc., et de la lutte des classes. Donc, lorsqu'on considère de tels bouleversements, ceux que nous connaissons, la crise, on est parti de la crise, rappelez-vous, c'est ça qu'il est déjà question il y a 150 ans. Et à peu près exactement dans la même condition. Crise de surproduction, tout à fait analogue. Lorsqu'on considère de tels bouleversements, il faut toujours distinguer entre le bouleversement matériel, qu'on peut constater d'une manière scientifiquement rigoureuse, les conditions de production économiques, et les formes juridiques, politiques, religieuses, artistiques ou philosophiques, bref, les formes idéologiques, sous lesquelles les hommes prennent conscience, notamment par la voie symbolique, qui vient d'être développée ici.
1:19:42 Les hommes prennent conscience de ce conflit et le mènent jusqu'au bout. Et là, on va peut-être abréger parce qu'il est 20h, donc je vais te laisser la conclusion, évidemment. Je voulais aborder le passage, je peux vous bien dire, que j'ai laissé sous silence, c'est-à-dire tout le passage que je vous ai lu deux fois, un fois rapidement, une fois en s'arrêtant, mais je vous oublie. C'est un passage faux. Ben oui, je peux vous le dire maintenant. Pourquoi ? Parce que je n'ai pas lu la suite que Dominique vient d'initier.
1:20:12 Voilà le schéma abstrait, en bas. Vous voyez, c'est spatial, hein. L'économie de l'infrastructure, le ventre en haut, la tête, la superstructure. Ce n'est pas comme ça que ça se passe. Marx dit tout de suite que ça n'existe jamais une correspondance parfaite entre infrastructure et superstructure. Parce qu'il y a une différence de temporalité entre le devenir des forces productives, le développement des inventions techniques, l'innovation, appelez ça comme vous voulez, du silex éclaté à l'accélérateur des particules, n'est-ce pas ? Il y a un temps de développement de force productif qui est beaucoup plus rapide que le temps des mentalités, qui est un temps sédimentaire et qui est beaucoup plus long.
1:20:46 Pensez aux droits romains qui est encore ambiguë dans certaines de nos jurisprudences, par exemple, 2000 ans après. Ce que Marx dit, c'est que c'est ce décalage qui est essentiel pour comprendre notre histoire, l'histoire humaine en général, l'histoire et même l'anthropologie, la science humaine en général. C'est qu'en fait, à un certain degré de l'augment de force productive, les nouvelles forces productives, c'est le cas aujourd'hui. Il y a des moyens de transformation du monde, ça qui n'existait pas auparavant, et qui ne peuvent, qui seraient dans notre intérêt à tous, je ne sais pas, de bénéficier de leur puissance, mais qui ne peuvent pas s'épanouir parce que nous sommes dans les anciens rapports.
1:21:25 Les rapports de production bourgeois apparus il y a un siècle et demi et qui freinent le développement des forces productives. Voilà ce que Marx appelait une situation révolutionnaire. C'était typique de la France de la fin du 18ème siècle. Les vieux rapports de production en France, en l'occurrence aristocratique et féodaux, sont devenus un frein à l'apparition de la bourgeoisie industrielle, etc. Tout d'un coup, l'augmentation des échanges fait que s'il faut payer une taxe pour passer de Romans dans l'Isère à Bourg de péage de l'autre côté du pont, je ne sais pas si ça s'appelle Bourg de péage, la marchandise est trop chère à l'arrivée.
Un capitalisme anti-productiviste et financier
1:21:57 Voilà. Donc je veux dire, il y a un stade où les rapports de production, c'est-à-dire en gros, comme la Tramini-Dominique, le système politico-juridique au sein duquel se déploie l'économie, devient un frein au développement de l'économie globale. Dont les rapports de propriété sont l'expression. Voilà. Et aujourd'hui, on parlait d'expression. Je me dis que la plus grande critique du capitalisme ne va pas consister à dire quelle folie productiviste que le capitalisme, c'est le contraire. Le capitalisme est devenu anti-productiviste depuis 40 ans, il fait la grève.
1:22:27 On n'a d'ailleurs que très rarement été. Il fait de la finance. Il ne fait plus de la production. Il y a longtemps qu'il a compris que ce n'était pas avantageux, parce que l'industrie, ça suppose beaucoup d'ouvriers, c'est la CGT, c'est pas bon. Tout ça, les communistes, ça y est, on va repartir. Et puis, non, non, non, non, non, on a eu un cauchemar, on ne le veut pas deux fois. D'accord ? On va supprimer tout ça, ou alors les ouvriers, je vous dis, ils seront roumains, machin. Retrouvez-moi, vous vivez. Mais nous, on va faire des pramates, des taux, des bonus. Oui, oui, de l'agiotage et des produits financiers.
1:22:57 Ce que Marx analyse très bien, ne croyez pas que tout ça, Marx ne pouvait pas le savoir parce que c'est nouveau. Lisez la fin du Capital, livre 1, un chapitre qui a pour titre très précisément le capitalisme industriel. Et c'est hallucinant à quel point on retrouve le détail de ce qui est en train de se passer. De l'agiotage financier, de la dette, Marx va jusqu'à dire la seule chose que les prolétaires du monde entier possèdent vraiment en propre, par les propriétés. C'est la dette publique. C'est leur dette.
1:23:27 Vous voyez, comme il avait déjà compris que le capitalisme commence par la dette. Il commence par la dette pour tenir les endettés. Voilà, hein, d'ailleurs. On va discuter si vous voulez, mais votre question vient à point nommé ? Et voilà, on va être obligé de conclure, il est 20h, à moins qu'il y ait quelque chose d'essentiel que tu veux rajouter. Oui, un deuxième merci à tous ceux qui se sont déplacés malgré la chaleur. Peut-être que je suis dans un très vieux que le temps de prendre sur la chaleur. Merci à tous.