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Le mal pris en entier, de la souffrance physique à l'histoire
0:00 Merci d'être là, merci d'être fidèle au rendez-vous et de bien vouloir continuer notre bouquet de fleurs du mal, si je puis dire. Et vous vous rappelez qu'on a utilisé un texte de Baudelaire, c'est pour ça que je me permets de rester dans le même champ sémantique, la dernière fois, la cloche fêlée, extraite précisément des fleurs du mal. Et alors, je vous avais promis la dernière fois, parce que j'avais fait des développements qui nécessitaient un temps un peu incompressible, j'avais fait l'impasse sur les questions, et je vous avais promis que cette fois-ci, ce serait une séance de réponse aux questions.
0:47 Je vous le confirme, je fais juste un petit prélude pour ceux qui, soit sont nouveaux, prennent le train en marche, soit, même parmi les anciens, ont peut-être du mal à se repérer avec ce thème difficile, et où j'ai l'air d'alterner des références philosophiques qui demandent un effort d'abstraction et au contraire des allusions à l'actualité la plus immédiate.
1:18 Donc, je vais reprendre un petit peu ce avec quoi j'aimerais nucléer ce cycle sur le mal. Je vous rappelle, je ne le répéterai jamais assez, que j'avais dit il y a longtemps, et je le répète aujourd'hui, qu'une philosophie qui ne se pose pas le problème du mal directement, ou le plus souvent indirectement, ne vaut pas une minute de peine. Je n'ai pas besoin d'insister sur le caractère, tant soit peu solennel de cette affirmation, je n'aime pas trop faire des effets de manche, mais c'est pour vous montrer l'importance de l'enjeu.
2:03 Mais en même temps, immédiatement, on voit la disproportion entre l'importance de l'enjeu et l'abstraction, dans laquelle je la laisse pour l'instant en disant le mal. Alors, c'est là que je rappelle que je le prends en entier. C'est-à-dire, aussi bien « Allô, maman, bobo », j'ai mal, j'ai mal. Je me suis piqué le doigt avec une aiguille, j'ai beaucoup de terminaisons nerveuses au bout des doigts, j'ai mal.
2:35 La souffrance physique, n'est-ce pas, n'a pas de limite, sinon les syncopes ou la mort, n'est-ce pas ? Mais quel rapport entre se piquer le bout du doigt avec une aiguille, et l'essence du mal, n'est-ce pas ? Ou l'empire du mal, comme disait Bush, avant d'envahir l'Irak, sans avoir l'autorisation de l'ONU, n'est-ce pas ? L'Irak est loin d'en être remis encore à l'heure actuelle, et ça fait pourtant de nombreuses années, n'est-ce pas ?
3:07 Je pourrais rappeler les… calculer presque 500 000 morts de famine avec les embargos sur ce pauvre pays. Si c'était le seul de la région dont on peut dire ce pauvre pays. Donc, je passe de « allô, maman bobo » au mal historico-politique et le mal théologique. Alors, quand je dis nucléé, c'est comment donner une unité à tout ça ?
Apocalypse : le mal comme celui qui accusait nos frères
3:40 Non, pas de faire l'un puis l'autre après, d'une manière un peu décousue, justement. Pour ça, écoutez, on va revenir à l'essence du mal, n'est-ce pas ? Le prince de ce monde vient, mais il est déjà vaincu, car son essence est mensonge. Je me reporte à ce passage, enfin célèbre, non pas pour vous, bande de mécréants, qui, la plupart de vous dans votre classe d'âge, je pense aux nombreux jeunes qui font la gentillesse, d'écouter mes interventions, il y en a peu qui sont allés au catéchisme, n'est-ce pas ?
4:25 Donc, on ne sait pas les textes. Et si, j'ai remarqué que certains qui suivent mes vidéos, pour se renseigner, vont voir ces textes, qui sont sans lesquelles on ne comprend pas beaucoup d'allusions simplement de la langue française, des fois, n'est-ce pas ? L'histoire d'Adam et Ève, on n'a pas besoin. Bon, bref. Donc, oui, oui, oui, le mal, le serpent ancien, ce sont des périphrases qui sont dans la Bible.
4:56 L'Apocalypse, lorsqu'enfin, dans l'étang de soufre, à la fin, même le diable est vaincu, il tombe dans l'étang de soufre, n'est-ce pas ? On ne dit pas le diable, on dit le voilà vaincu. Le prince de ce monde, le serpent ancien, celui, écoutez bien, celui qui accusait nos frères devant l'Éternel. Vous vous rendez compte ? Je fais une réflexion sur le mal, je ne m'égare pas avec cet exemple.
5:27 Dans l'Apocalypse de Jean, le même qui a fait l'Évangile de Jean, de Saint Jean chez les catholiques, de Jean chez les protestants, comme je suis corse et paresseux, les corses ne me portent, c'était légende à ça. Je souhaite un mot, ça me repose, l'Évangile de Jean. Non, je pense surtout à Jean-Sébastien Bach qui dit en bon protestant, « Johannes passion », la passion de Jean. Oui, c'est le même qui a fait l'Apocalypse, ne pas confondre avec Saint Jean-Baptiste. Cette religion dont on nous dit, vous savez, surtout chez le néo-paganisme, néo-nietzschéen, sous-nietzschéen, parce que Nietzsche vaut quand même mieux que ça, je n'arrête pas de le répéter, pour ceux qui croient, je prends un peu Nietzsche par-dessus la jambe.
6:07 À mon avis, c'est eux qui le prennent par-dessus la jambe en le lisant à travers Foucault, Deleuze et Derrida, et Heidegger surtout, mais ça c'est mon point de vue. Ce n'est pas le sujet ce soir, dans ce discours-là, on vous fait croire que c'est la religion de la culpabilité, de l'esprit de pesanteur, des pensées tristes. Macron a dit une fois, il a dénoncé, il nous a dénoncé comme ayant des pensées tristes. Il voulait montrer qu'il a lu ceux qui parlent de Spinoza. Alors que là, c'est dans l'Évangile, c'est quand même le Nouveau Testament, ce n'est pas des textes, des commentaires, c'est des textes canoniques, n'est-ce pas, du christianisme absolu.
6:52 C'est même les dernières lignes ultimes, l'Apocalypse, après les actes. Et là, comment est caractérisé le mal ? Celui qui accusait nos frères devant l'Éternel. Le mal n'est pas défini comme le péché, mais au contraire, comme la culpabilisation. Je ne l'interprète pas, je cite le texte. Le voilà, vaincu, le serpent ancien, celui qui accusait nos frères devant l'Éternel.
7:24 Alors quoi, un Christ nietzschéen, on ne sait plus où on est là, n'est-ce pas ? Vous voyez, c'est tout ça que je voudrais condenser avant de répondre à vos questions, en choisissant priorité avec toutes les questions avec lesquelles je suis en retard, y compris sur des années. Je donne la priorité à celles qui sont en rapport avec le cycle que nous sommes en train de traiter, et à ceux qui ont la gentillesse de poser des questions sur mes dernières interventions.
7:59 Mais ça n'empêche pas que je peux reprendre les questions plus anciennes. Donc je reviens au mal, bien sûr, ce n'est pas le mal de l'enfant, le maman bobo, encore que, on y reviendra à la souffrance physique. Parce que là, j'étais en train de donner le point au texte chrétien, contre ce sous-néo-nietzschéisme dont je parle, pour qui c'est la religion de la culpabilité, donc de l'esprit de pesanteur.
Immanence grecque, transcendance chrétienne ; l'hubris
8:36 Bref, il faut s'éclater, et tant mieux pour ceux qui ont les moyens. Mais il ne s'agit pas de ça. On l'oppose en général, bien sûr. C'est ce que Nietzsche fait en premier, on l'oppose au monde grec, n'est-ce pas ? Au monde de la Grèce antique. Alors, il ne faut pas qu'on se mélange les pinceaux, soyons clairs. Dans le monde grec, c'est vrai que le monde grec et le monde chrétien sont en rapport inverse.
9:06 Il n'y a pas une différence entre ces deux cultures. Elles disent exactement l'inverse l'une de l'autre. Le divin, ce n'est pas Dieu. Dieu, ce n'est pas une notion très courante chez les Grecs. Le divin, c'est ce qui est autour de nous chez les Grecs. Donc là, j'introduis la distinction philosophique de l'immanence et de la transcendance. Il y a une conception immanentiste du sacré, du divin, des dieux, si vous préférez, dans l'antiquité gréco-romaine, mais bien sûr, dans la culture grecque à la culmination, et surtout l'idéal type, on dirait ailleurs.
9:50 Le divin, il y a des nymphes dans les sources. Elles ne sont pas alors que, dans le christianisme, on dit « mon royaume n'est pas de ce monde ». Vous voyez ce que j'appelle un rapport inverse l'un de l'autre. Vous prenez le premier, vous le multipliez par moins un, vous avez l'autre. Ça ne veut pas dire mieux, mais dans les deux sens. Voilà. La faute la plus grave chez les Grecs, c'est l'hubris. Vous le savez, c'est le moteur de toutes les tragédies, des grands tragédies grecques, d'Eschyle, de Sophocle et d'Euripide.
10:23 La tragédie là. Et l'hubris, je le dis en grec, pas pour snober, je ne m'appelle pas Heidegger, je n'y beaufrais. Je le dis parce que il y a des traductions hésitantes. A retenir, pour vous n'empêche, je vais toujours commencer par la langue courante. Je fais une petite parenthèse. Vous voyez ? Je demande à un Allemand de la rue, là, quand je suis en Allemagne, c'est quoi Erscheinung ? C'est le mot qui dit que Kant utilise pour dire le phénomène.
10:54 C'est compliqué le phénomène chez Kant, n'est-ce pas ? Il y a le noumen et le phénomène. Sauf que l'homme de la rue, il ne va pas me chercher en disant « c'est le contraire du noumen, c'est l'espace et le temps ». Non. Lui, il me dit « ah, phénomène, c'est, je ne sais pas moi, un fantôme, une apparition ». Oui, ce n'est pas l'apparence, c'est l'apparition. C'est plus actif. C'est un truc qui surgit comme ça. Eh bien, hybris donne hybride en français. Et là, tout le monde sait ce que c'est un hybride. C'est un monstre. Ah, ça, ce n'est pas grec. Ce n'est pas grec.
11:25 S'il y en a un qui se balade avec un corps d'homme et une tête de taureau, il faut le liquider. Ça, c'est le monde crétois. Il y a encore un reste d'Orient, d'Égypte, là, vous savez. Chez les Égyptiens, il y a ce magnifique, attention, je ne suis pas en train de dire que la cité grecque est plus belle que l'Égyptienne. Il y a un sens du mystère inégalé dans l'art égyptien, par exemple. Mais les thématiques sont très différentes. Dans l'art égyptien, il n'est pas question que la forme de l'homme, la gestalt, je caricature un peu en disant l'Apollon du Belvédère, n'est-ce pas ?
11:57 Oui, je suis bien grec, mais j'ai le blanc et mes rides, j'ai un peu de mal, mais voilà, vous voyez ce que je veux dire. Alors, il n'a pas une tête de chien sur un corps d'homme ou de chacal comme Anubis, je ne sais pas, celui qui préside au jugement des morts, n'est-ce pas, le chacal. Ou l'inverse, un corps animal avec une tête d'homme, le sphinx, corps de lion, tête d'homme. Non, non. Le monde grec, il n'aime pas les hubris.
12:28 L'hubris, si vous voulez une traduction en un mot que je propose, vous pouvez trouver mieux, c'est la démesure. C'est le sens qui est présent à chaque fois. S'il y a tragédie, c'est qu'il y a une faute qu'il faut purger. Purger, c'est cathare, qui donne catholique, cathartique, vous savez, cathare aussi, lesquels se pensaient encore plus pure que les catholiques, mais c'est le C-A-T-H, qui est en manière radicale, qui veut dire pure en grec, et qu'on retrouve dans cathartique, pour purger.
Les Bacchantes : Penthée trop éthique, le Banquet, Dionysos
13:09 L'avantage, en traduction par démesure, c'est qu'il s'agit toujours, dans la tragédie, de corriger un crime qui se caractérise par l'adverbe « trop ». Icare va trop haut. L'un sera trop gourmand, ou l'un va être trop moral, je pense, au héros d'une tragédie fascinante d'Euripide qui s'appelle les Bacchantes.
13:44 Les Bacchantes, c'est les femmes qui tournent autour, surtout pendant la nuit sainte, les nuits dionysiaques. Ce n'est pas où tous les coups sont permis, ça donnera plus tard le carnaval bacanal, où on peut faire ce qu'on veut pourvu qu'on soit déguisé, qu'on ne vous reconnaisse pas après le lendemain. Mais non, c'était sérieux chez les Grecs, il y avait du sang. Les Bacchantes, c'est une tragédie qui a pour personnage central, Penthée, pardon de rigoler, oui, parce que je parle de Bacchus, Dionysos, pinté, oui, non, ce n'est pas pareil, c'est P-E-N-T-H-E-E, le roi de Thèbes, qui justement, lui, quel est son trop, c'est qu'il est trop éthique.
14:31 Lui, il ne veut pas que dans sa cité, il y ait des homos, des transgenres, des excès, des manquements aux bonnes mœurs, comme on dirait chez les bonnes gens, c'est celui qui est toujours dans la cloche qui n'est jamais fêlée, vous savez, là. Bienheureuse la cloche aux gosiers vigoureuses qui vivent au rythme de la cloche, là, bon, voilà. Oui, pour l'instant, pourquoi pas, il y en a comme ça, sauf que, ça ne fait pas une tragédie, sauf qu'il va jusqu'à interdire, dans sa cité, dans Thèbes, le culte de Dionysos.
15:05 Parce qu'il n'est pas sortable, ce dieu-là, il n'est pas sortable. Vous avez vu comment se termine le banquet de Platon ? C'est sérieux, je ne sais pas ? Et c'est dans ce dialogue que Platon nous donne sa théorie du beau, car les réflexions sur le beau se débrouillent toujours pour parler de l'Éros, c'est la discussion sur l'Éros, et il se débrouille toujours pour parler du beau. Petit rappel au passage, c'est pas notre sujet, je vais vite.
15:36 Comment ça se termine le banquet ? Il y a un postlude, Platon est un metteur en scène fabuleux, c'est un réalisateur. La discussion philosophique est terminée, Platon a fait venir l'idée de beau grâce à une femme. Il y a le médecin qui vient, qui donne sa théorie du beau, le médecin, Éryximaque, qui dit « bon, il faut qu'on en parle, mais avant d'avoir bu, parce qu'après, vous voyez, c'est précis. » Mais à la fin, quand il s'agit de définir, non pas tel ou tel objet beau, pas la beauté du Parthénon, ou d'un coucher de soleil, ou de telle actrice, ou de tel acteur, non.
16:10 Mais du beau qui est en lui-même, par lui-même, éternellement uni à lui-même, dans l'unicité de sa nature formelle, c'est des passages extraordinaires. Là, c'est une femme, l'étrangère de Mantinée, une ville comme ça, qui vient et qui dit à Socrate, c'est pas Socrate là, hein, Socrate ? Celui qui dirige ses regards vers le fabuleux océan du beau. Bon, non, c'est passage admirable. Ça, c'est fini, cette discussion-là, on l'a eue.
16:40 Et voilà que le postlude commence, c'est Alcibiade, n'est-ce pas ? Celui qui a tout fait pour séduire Socrate. Le plus beau jeune homme d'Athènes a tout fait pour séduire l'un des plus vieux. N'est-ce pas ? Parce qu'il voulait s'approprier, sa sagesse, enfin, lisez le Banquet, ça vaut le coup. Il est très déçu parce qu'il se met au lit avec Socrate, et Socrate fait rien. Enfin, bref, je n'en dis pas plus. Soyons sérieux. Et il arrive là, ivre mort !
17:10 Vous voyez, je parlais de Dionysos, soutenu par des joueuses de flûte. La flûte est toujours liée, n'est-ce pas, à la démesure, bachique, dionysiaque, alors que la lyre d'Apollon, au contraire, Apollon, Dionysos. Vous voyez, comme tout ça se dialectise. Apollon, c'est l'ordre, l'harmonie, la mesure, précisément. Il arrive donc soutenu avec couronné de lierre. Voilà, il faut le savoir, tout ça, c'est les symboles de Dionysos, le lierre, bien sûr, tout ce qui est raisin, le pampre, etc., mais aussi le pin.
17:47 Le pin, et qu'est-ce qu'il y a de commun, le pin et le lierre ? Allez, ça y est, vous avez trouvé, c'est toujours vert. Ça ne se flétrit pas, nous sommes à l'automne, non, pas pour le pin, pas pour les conifères, n'est-ce pas ? Ce ne sont pas des végétaux à feuilles caducs, vous voyez ? Et, bon, écoutez, puisque je tourne autour du champ dionysiaque, ça me rend un peu égrillard. Allons-y, quoi, à la pointe de l'île de la Cité, à Paris, cette pointe, vous avez un square qui s'appelle le square du Vert-Galant.
18:24 on dit que c'est le fameux d'Henri IV. voilà, les souverains, ils sont encore censés avoir une plus plus imposante que la nôtre, n'est-ce pas ? Voilà. Non, pour vous dire que le vert, c'est toujours lié à la verdeur, on a la forme, la puissance, voilà, toutes ces fantasmatiques. ça, je reviens à ma tragédie, les Bacchantes. Il interdit le culte de Dionysos.
18:56 Or, c'est là qu'on voit comme c'est compliqué, la démesure et le métron. Le contraire de la démesure, c'est le métron, la mesure. Bien sûr, le mot maître. c'est qu'il faut honorer tous les dieux. Si vous faites l'impasse sur l'un d'eux, vous n'êtes pas dans la bonne mesure. Il ne faut pas être tout le temps se vautrer dans l'orgie. Il ne faut pas avoir le culte que de Dionysos. Mais il ne faut pas l'exclure de la cité non plus.
19:28 Même s'il vient un peu du grand remplacement, le mec. Oui, je vous entends sursauter. Avec mon anachronisme, pas du tout. Dans la mythologie, il est dit, regardez les représentations picturales de Dionysos, il est toujours sur un char tiré par des fauves, que ce soit des panthères, soit des tigres, pour bien montrer qu'il vient de loin. Il vient d'un monde tropical oriental, on dit qu'il vient des bords du Gange.
19:58 Eh oui, je parle de grand remplacement. Ce n'est pas grec que ça, la démesure. Il vient un peu semer à la fin du monde grec, vous voyez, au point que Hölderlin n'ira jusqu'à faire une série de poèmes où il y a une comparaison qui ne cesse de rôder dans ce triangle entre Dionysos, le Christ, et Héraclès. Les trois, les trois qui ont fait du bien à l'homme. D'abord, parce que, ça c'est dans la Bible, le fruit de la vigne réjouit le cœur de l'homme. Ça, ce n'est pas moi, je ne pousse pas à la boisson, c'est écrit dans la Bible.
20:31 C'est une des premières choses que dit Noé. Après, le déluge, quand il aborde, il commence par planter une vigne. Je ne sais pas. Oui, nous avons ça à l'Orient. Et quand il aborde, il dit, le fruit de la vigne réjouit le cœur de l'homme. Voilà. Héraclès passe son temps à purger la terre des monstres qui empêchent l'homme d'y résider.
21:02 Et le Christ, je vous fais un dessin, vous voyez, et c'est là qu'il a cette image magnifique, Hölderlin, feuille de trèfle. Vous voyez, le trèfle, c'est trilobé. Je ne sais pas, les trois là. Dionysos, Héraclès, Christus, fleur de trèfle qui est splendidement verdoyant. Vous voyez. Alors, cet apparent long détour n'est pas un détour. Je veux rappeler que c'est très imprudent de la part de Penthée, pouvoir politique de la cité, de vouloir faire l'impasse sur un dieu.
21:39 Bien sûr, la vengeance du dieu sera terrible. Il sera déchiqueté. déchiqueté par les chiens, par les bacchantes, n'est-ce pas ? Parce que Dionysos va apparaître sous la forme d'un magnifique jeune homme et va séduire Penthée. Il va séduire, il va le faire craquer. Vous voyez, c'est terrible comme dans Jean-Saint-Loup. Il était pour l'ordre, comme ça, n'est-ce pas ? Enfin, les hommes avec les hommes, les femmes avec les femmes, enfin, les hommes avec les femmes, bref.
22:12 Law and order, comme on dirait aux Texas. Et voilà, c'était imprudent de faire l'impasse. Et bien, il va lui aussi mettre des peaux de bêtes, sortir avec les bacchantes et bien sûr, ces chiens ne vont pas le reconnaître, ils vont le déchiqueter. C'est terrible. Le châtiment du trop, j'y reviens. Je ne perds pas mon fil. Le fil, c'est christianisme et hélénisme sont en rapport non pas de différence, A différent de B, mais inverse.
22:47 Inverse. Je l'ai montré pour l'immanence et la transcendance. Transcendance, mon royaume, n'est pas de ce monde. Immanence, ce n'est pas du H2O, là, il y a des nymphes. Il y a des nymphes dans l'eau, là. Vous voyez ? Et l'océan, c'est Poséidon, c'est quelqu'un, ce n'est pas seulement quelque chose. Ce n'est pas le monde post-galiléen, ce n'est pas l'inertie galiléo-cartésienne. Vous voyez, c'est important tout ce qu'on révise, là. J'accélère un peu, je vais arriver aux réponses aux questions, mais vous voyez, la matière qu'il y a, alors qu'il y a des parties du mal.
Hippolyte dans Phèdre : la tragédie sur le bord du cercle
23:23 Donc, le mal dans le monde grec, c'est la démesure. Dernier exemple, après le trop trop exclusif, si vous voulez, Penthée, Hippolyte, dans Phèdre de Racine, Hippolyte, c'est un garçon bien, c'est le meilleur parti d'Athènes, il est beau gosse, c'est le fils de Thésée, c'est le fils du roi, mince, il a toutes les jeunes filles à ses pieds, mais il ne s'intéresse pas aux femmes, ni aux hommes non plus, lui, ce qui l'intéresse, c'est la chasse.
23:57 Déjà, c'est une démesure, quelqu'un qui ne s'intéresse pas à la cité, mais qui est tout le temps en train de de chevaucher en dehors des limites de la cité, ah, que ne suis-je assise à l'ombre des forêts, voyez, quand Phèdre dit pour essayer de se rapprocher de lui, là, n'est-ce pas, suivant de l'œil un char fuyant dans la carrière, c'est déjà inquiétant, c'est quelqu'un qui est à la périphérie de la métron, allez, prenez une cité, mettez au centre le roi, Thésée par exemple, ou Louis XIV, peu importe, et vous faites un cercle autour, un cercle, c'est simple à se représenter, le centre de ce foyer, ce serait un hubris de trop s'en rapprocher, il n'y a que le roi qui peut être là, je fais une parenthèse stylistique, on dit souvent que ce qui résume tout le style de la littérature française, si ça a un sens, mais s'il y a une figure de style qui est la plus française, c'est la litote, c'est ce que c'est la litote, c'est dire moins pour exprimer plus, au lieu de dire que la fille, oh là là, qu'est-ce qu'elle est belle, on dit, elle est belle, elle n'est pas mal, vous voyez,
25:07 c'est typique en français, dans la littérature française, c'est une hypothèse que je fais, donc vérifier, quand c'est un truc bien de moi, il faut être très prudent, il faut bien vérifier, je déteste les gourous, ça veut dire qu'en présence de la transcendance, c'est Louis XIV, vous ne pouvez pas dire que lui il est beau, lui il est intelligent, elle est belle, non, tout ça, il faut le réserver, n'est-ce pas, au dieu vivant qui est là, sur le trône, n'est-ce pas, donc, on se calme, n'est-ce pas, on ne dit pas qu'elle est belle, on dit, elle n'a pas que des défauts, tu vois, voilà, je caricature un peu, mais c'est, donc, Hippolyte, lui, vous voyez, ce qui l'intéresse, c'est la chasse, son confident, celui que, je l'évite, parce que j'ai fait tout un cycle là-dessus, je vous renvoie, n'est-ce pas, centré autour du personnage de Phèdre, pour pouvoir dire la notion de sujet, à travers le personnage d'Hippolyte, précisément, donc, lui, il n'a qu'à se baisser pour ramasser les plus jolies filles d'Athènes, c'est le fils du roi, il est beau gosse,
26:18 et en plus, ça les trouble un peu, les filles, ce garçon qui ne s'intéresse pas aux filles, vous voyez, et la petite arrive, et voilà, la seule dont il tombe amoureux, c'est celle dont son père a interdit d'approcher, a interdit à quiconque d'approcher, allez expliquer ça en fac, qui dit que Freud ne dit que des âneries arbitraires, Racine n'avait jamais lu Freud la seule, parce que Thésée, ça c'est politique, je ne sais pas comprendre, Thésée a exterminé la famille de cette jeune fille pour prendre le pouvoir dans Athènes, il a tellement peur que cette famille se reconstitue, qu'il a interdit d'approcher la dernière descendante, qu'elle ne soit jamais fécondée, donc elle est en résidence surveillée voilà, et voilà, quand l'absence de Thésée qui est absent depuis six mois, depuis plus de six mois, honteux, désespérés, portant partout le trait dont je suis déchiré devant vous, contre vous, je m'éprouve, enfin bref, il ne faut pas que je commence, c'est tellement beau, et ce n'est pas l'emourrage de la seule fille qui est interdit de père, parce que tout le monde croit qu'il est mort, il n'y en a plus de nouvelles,
27:29 son retour va être terrible, le châtiment, alors voilà, sauf que elle, comme par hasard, elle est attirée par ce côté que les femmes, ça n'a pas l'air de l'intéresser, et elle va jusqu'à dire, je cite, que, oui, Thésée, c'est facile de séduire Thésée, c'est un grand coureur, Thésée, rentrer dans un cœur de toutes parts ouvert, mais porter le fer, regarder le sadisme inconscient de cette jeune fille qui est là toute innocente, garder les victimes, une pauvre cendrillon, porter le fer, voilà ce que je veux, voilà ce qu'il mérite, Hercule à désarmer coûtait moins qu'Hippolyte, je cite mot pour mot, parce qu'on va dire que j'interprète, elle va jusqu'à dire, c'est plus difficile de séduire Hippolyte, de désarmer Hippolyte qu'Héraclès, aller arracher, sa massue Héraclès, m'en dirait des nouvelles, ben oui, c'est encore plus difficile parce qu'il ne s'intéresse pas aux femmes, voilà.
28:33 Et c'est précisément pourquoi je l'avais choisi pour parler du sujet, on y revient, parce que quand il s'aperçoit lui, qu'il déteste l'amour, les histoires des hommes, des femmes, des couples, moi qui pensais toujours, moi qui, des mortels, contemplant les naufrages, pensais toujours du bord, éviter les orages, asservi maintenant, maintenant qu'elle est amoureuse d'elle, asservi maintenant sous la commune loi, par quel trouble me vois-je emporter loin de moi ?
29:07 Fais-en autant, c'est beau ça, vous vous rendez compte ? C'est beau esthétiquement, et puis tac ! Théorie du sujet ! Mais non, l'inconscient n'existe pas, ben voilà, par quel trouble me vois-je emporter loin de moi, moi aussi je croyais que je n'avais pas d'inconscient, moi aussi je croyais que c'était un mec que les femmes, je n'ai rien à en cirer, l'amour, c'est pour les autres, ça, ce n'est pas pour moi, moi ce que je veux c'est courser les sangliers. Voyez, démesure, tout le monde est dans la démesure, donc ils vont être châtiés, tous ceux qui ont un trop, elle, elle est un peu trop sadique, tu ne sais pas ?
29:45 Et lui, comme Penthée a fait une impasse sur un dieu Dionysos, lui, il fait une impasse sur Vénus, sur Astarte, comme vous voulez, sur Aphrodite, ah oui, il faut, c'est ce que lui dit son confident, les confident, ils ont l'avantage d'équilibrer la démesure des héros de tragédie, c'est ça que les confident, ils s'en tirent, n'est-ce pas ? regarder la vraie psychanalyse que Théramène, le confident, d'Hippolyte, fait de son jeune maître, parce que Thésée a dit, tiens, je te confie mon fils, apprends-lui, la chasse, le pêche, les combats, etc.
30:25 et Théramène, le confident, lui, il a une admiration pour son maître, Thésée, quoi, un homme à femme, il voudrait que le fils aussi, ben quoi, ça y est, il est grand, il est vigoureux, donc il est un peu frustré de voir qu'il ne s'occupe que de la chasse, jamais des femmes, et quand il voit que Hippolyte veut quitter Trézène, quitter la région où il chasse, lorsque Hippolyte lui dit que oui, il n'y a pas que son père à aller chercher, il y a autre chose, il fuit quelque chose, le confident lui dit « Je vous ai vu préférer ce séjour au tumulte pompeux d'Athènes et de la cour, quel péril ou plutôt quel chagrin vous en chasse ? »
31:17 Voyez, il sent que son jeune maître commence à être amoureux, ce serait peut-être le moment, et il fait une véritable psychanalyse pour lui faire avouer, pour que l'autre se mette à table. Il déjoue un à un, une à une, pardon, les raisons que Hippolyte donne de son idée de partir comme si on pouvait, outre mesure, briser l'unité de lieu pendant une tragédie. Il mourra avant la fin de la pièce, à force de vouloir partir.
31:50 Le premier vers, c'est « Le dessein en est pris, je pars, cher Théramène, et quitte le séjour de l'aimable Trézène. » Voyez, il est en danger, dès le premier vers. Je vous ai dit, imaginez un cercle, vous vous rappelez, avec le centre, le foyer, les chefs-d'œuvre esthétiques sont ceux qui ne sont non pas à l'intérieur du cercle, dans la mesure. La cloche qui n'est pas fêlée, vous vous rappelez tout à l'heure. La communauté de ceux qui vivent au rythme de la cloche, ce n'est pas la société, c'est une communauté, tant mieux pour eux.
32:20 Et puis, ceux qui sont à l'extérieur, dans la démesure, qui vont mal finir. La tragédie, c'est celle qui est toujours sur le cercle lui-même, borderline, comme on dit maintenant, vous voyez. Dès le premier vers, « Le dessein en est pris, je pars, cher Théramène. » Il va le répéter tout au long de la pièce. Lorsqu'il va faire son aveu, ça y est, il est soulagé. Alors, trois actes plus tard, il dit au même Théramène, « Ça y est, le bateau est prêt, les voiles sont gonflées, on peut partir. » Voyez. « Prêts à vous recevoir, nos vaisseaux vous attendent du pied de l'autel, vous y pouvez monter, souveraine des mers qui vous doivent porter. »
Le Parthénon, le cap Sounion et l'élégie de Rilke
32:57 Voilà, c'est ce trop. Et bien, dans le christianisme, je reprends mon fil, c'est jamais trop. Voyez, le Parthénon, il y a les colonnes qui montent vers le haut, un peu comme Icare. Vous êtes d'accord ? L'axe vertical. Mais il y a le tympan, le beau triangle, là, avec la frise du Parthénon, qui vient immédiatement tempérer l'élan vers le haut. Ça veut dire « Vous allez jusque-là, mais pas plus loin. » Au-delà, c'est les dieux, ce n'est pas nous.
33:27 Et c'est pourquoi je vous donne toujours, enfin toujours, il y a beaucoup de nouveaux, donc je voudrais pour eux, il y a longtemps que je ne l'ai pas sorti, l'exemple du temple de Poséidon au cap Sounion, 50 km à l'est d'Athènes. Bon sang, si vous allez en Grèce, s'il y a un détour à ne pas éviter, c'est celui-là. Allez-y. C'est rare en Grèce que vous voyez le scan moins grec, l'infini. Partout en Grèce, non, ce n'est pas infini, c'est une rade, on voit une île, c'est fermé, un peu comme, vous voyez, sur la côte d'Azur, le Cap Ferrat, la vue, le paysage est bien unifié.
34:07 Au Cap Sounion, c'est le grand large. Vous avez trois indéterminations, des choses qui n'ont pas de contours, l'air, la lumière, quatre, le vent, l'océan, il est là, devant vous. Mais c'est là que les Grecs ont édifié le temple de Poséidon. Ils tournent le dos, c'est le monde des dieux, ça. Ça fascine les modernes, les chrétiens, laissons-les. Mais nous, il y a l'angle droit, il y a des colonnes, c'est une splendeur. Mettez sur Google Images, au moins, Cap Sounion, ça suffit, S-O-U-N-I-O-N, Cap Sounion, image, voilà.
34:50 Donc, vous voyez, alors que la flèche de la cathédrale, le minaret de la mosquée, c'est l'infinité. Je n'interprète pas, dans l'Évangile, il est dit, soyez parfaits comme votre Père Céleste est parfait. Il faut s'identifier le plus à l'absolu, à Dieu, c'est tout le contraire. Il faut s'identifier à l'absolu, vous voyez, ce qui est vraiment le pire des hubris pour un Y.
35:25 Alors, oui, vous avez l'habitude que je vais disparaître du champ, pas longtemps. parce que je pense à une des plus belles illustrations de ce thème, dans un poème de Rilke, où Rilke parle à vous, enfin, aux amants, comme la plupart d'entre vous, là, je vais être des amants, des amantes, ça tombe bien, parce qu'il parle aux deux.
35:56 Non, il n'est pas dans la guerre des sexes ne vous inquiétez pas, ce n'est pas un texan compulsé. Alors, et voilà ce qui nous sort, c'est incroyable quand même, sur, pour illustrer la mesure, par exemple, vous voyez. Voilà. Amant, au pluriel, vous voyez, il les convoque dans le poème, c'est un grand timbre, je vous le montre, vous voyez, ce n'est pas un petit sonnet, c'est le grand style lyrique.
36:35 Alors, c'est l'extrait des élégies de Duino, du nom du patelin de la Suisse italienne, où ils ont été rédigés, les grandes élégies. Amant, vous qui l'un dans l'autre vous suffisez, à vous, je demande le secret de nous-mêmes, vous vous saisissez, vous voyez le baiser de Rodin, c'est vigoureux, vous vous saisissez, avez-vous des preuves, c'est dans le texte, c'est pour moi, avez-vous des preuves ? Voyez, il m'arrive que mes mains, excusez-moi, je ne vais pas m'empêcher de la faire, l'une de l'autre, prenne conscience, vous voyez, en se frottant les mains, que mes mains, l'une de l'autre, prennent conscience, vous voyez, en se frottant, ou que mon visage usé en elle, en mes mains, se ménage.
37:22 cela me donne un peu conscience de moi-même, qui cependant, pour cela, seul, c'est-à-dire, en se contentant seulement de cela, oserait être. Mais vous, qui dans l'extase de l'autre, vous accroissez, jusqu'à ce que, dominé, il vous implore assez, vous qui, sous vos mains, regardez comme c'est beau ça, devenez abondant comme des années de raisins, vous qui, parfois, cessez d'être parce que l'autre, entièrement sur vous, l'emporte.
37:55 À vous, je demande le secret de nous-mêmes. Je le sais, il y a dans votre contact une telle félicité parce que la caresse retient, parce que la place ne disparaît pas, parce que votre tendresse recourt, parce que vous sentez au-dessous de la pure durée, ainsi l'enlacement vous semble presque une promesse d'éternité. Et pourtant, lorsque vous avez surmonté l'effroi des premiers regards et l'attente nostalgique à la fenêtre, ça c'est les débuts, les débuts des grandes passions, et la première promenade en commun, une fois dans le jardin, amoureux, êtes-vous donc encore ?
38:36 Lorsque l'un, l'autre, vous vous portez aux lèvres et buvez breuvage contre breuvage, ah, comme le buveur à l'heure de l'acte étrangement s'évade, et là j'en arrive à la mesure. N'avez-vous pas vu avec étonnement sur les stèles attiques et tac, la référence grecque, les stèles, les petites sculptures, les frises, n'avez-vous pas vu avec étonnement sur les stèles attiques la prudence du geste humain ? L'amour. Et l'adieu n'était-il pas légèrement posé sur les épaules ?
39:09 Je vous le dis tout de suite, c'est une culture picturale, ceux qui ne l'ont pas, quelle merveille, quelle chance pour eux de découvrir ce que je vais leur indiquer, essayer de voir sur Google Images, être art étrusque, art étrusque, ça suffit, n'est-ce pas ? Ces couples dans les tombeaux étrusques, l'homme tient sa femme en posant sa main sur les épaules, vous allez comprendre ce qui suit. L'amour et l'adieu n'étaient-ils pas légèrement posés sur les épaules comme s'ils étaient d'une autre matière que chez nous ?
39:42 Rappelez-vous les mains qui reposent sans peser ? Le contraire du baiser de Rodin, vous voyez, moderne, c'est nous ça. Rappelez-vous les mains qui reposent sans peser malgré la vigueur qui dresse les torses. Ce n'est pas par manque de force. Maîtres d'eux-mêmes, il voulait dire, c'est la leçon que je voudrais tirer, jusqu'ici va notre domaine. Ça, c'est comme le temple de Poséidon au cap Sounion. Jusqu'ici va notre domaine. Ce qui est nôtre, c'est de nous toucher ainsi.
40:15 Plus fortement, nous pressent les dieux. Mais c'est l'affaire des dieux. Voilà. Donc, oui, rapport inverse. Donc, le mal, ce n'est pas la même chose. Le mal chez l'un, c'est d'essayer de contenter tous les dieux sans en faire l'impasse sur aucun. C'est d'essayer de trouver. C'est compliqué la mesure dans nos tragédies. Et les autres, c'est encore plus compliqué, n'est-ce pas ? C'est l'hubris absolu de nous. La finitude par excellence. Nous sommes finis par notre corps dans l'espace.
40:45 Oui. Et par la mort dans le temps. Et nous qui voulons nous identifier à Dieu, à l'absolu, car je t'aime ô éternité. C'est le refrain d'un beau poème de Nietzsche dans Zarathoustra. C'est pas car je t'aime ô éternité. Donc, lorsque j'ai commencé par l'Apocalypse, le serpent ancien, le mal défini comme celui qui accusait nos frères devant l'éternel, ça sonne comme une délivrance de quoi ?
Le prince de ce monde, dont l'essence est mensonge
41:21 Et là, le même Jean dit au Jeudi Saint dans son évangile, l'évangile de Jean, jamais le diable, l'essence du mal n'a été située avec autant de précision et de solennité. C'est le dernier entretien de Jésus et que c'est dit si, après c'est la passion à partir du vendredi, c'est dans cette soirée-là qu'il dit la fameuse phrase « Aimez-vous les uns les autres ? » Voilà, c'est ce que j'avais encore à vous dire, c'est mon commandement suprême.
41:52 Bon, voilà. Mais avant, il dit « Le prince de ce monde vient. » Et oui, la passion, la souffrance, le mal, le mal physique, je t'avais dit qu'on en reparlerait du bobo. La souffrance des corps. Le prince de ce monde vient mais il est déjà vaincu car son essence est mensonge. Alors, je voudrais maintenant, je vous dis que je serais condensé, donc j'arrête mes illustrations concrètes. Je vous demande de faire un effort de raisonnement et d'abstraction maintenant qu'on a bien saisi, non pas encore ce qu'il veut dire, parce que c'est quoi ?
42:25 Ça veut dire quoi ? Défait le mal absolu, l'essence du mal, ce qu'il y a de pire, et Dieu sait, avec le monde qu'on est en train de dire, qu'on voit de l'actualité, résumer ça au mensonge, ça veut dire quoi ? Est-ce que le pire du mal, c'est l'enfant qui dit « ce n'est pas moi qui ai mangé le bonbon » ? Quand même, il ment là ! Est-ce que c'est ça dont parle saint Jean ? Vous voyez bien que son mensonge est quelque chose de précis, ce n'est pas ça, ce n'est pas ce mensonge-là, ce n'est pas le mensonge de la nana, je ne sais pas pourquoi je suis macho comme ça, je veux dire, de celui qui au volant dit au flic « mais non, je faisais du 50 à l'heure »
Privation et négation chez Aristote ; le faux et le mensonge
43:02 alors qu'il en faisait du 150. c'est souvent les femmes parce qu'elles pensent que le mec va craquer, je ne sais pas si ça jure. Ce n'est pas ce mensonge-là, c'est grave ce que dit l'Évangile, qu'il ait déjà vaincu son essence, ces mensonges. Donc, je vous propose une acception, ce n'est pas une acception, un sens bien plus précis de ce syntagme, le mensonge, c'est la privation de vérité.
43:35 Je vous demande un effort d'abstraction maintenant parce qu'il faut être condensé, on a dit. Chez Aristote, vous trouvez la différence entre la négation et la privation, profitez-en. Aristote est le champion, il n'y a que Kant qui l'égale à ce niveau-là. Des distinctions utiles, des dichotomies, n'est-ce pas, qu'il faut travailler. Il n'aime pas les dialectiser, c'est son problème, parce que ça lui rappelle les platoniciens, mais par contre, il insiste bien sur les deux pôles de chaque dichotomie.
44:07 Je fais référence à laquelle ici. La privation et la négation. On parle de privation à propos d'un attribut qui est censé, en temps normal, appartenir au sujet, mais qui là, en est privé. Ne vous inquiétez pas, ce n'est pas si compliqué. Par exemple, un homme privé de la vue. La vue fait partie de l'homme courant, de l'essence humaine standard, si vous voulez. Donc, quand il y a quelqu'un atteint de cécité, par accident, par naissance, peu importe, ou par torture, n'est-ce pas, ou par vieillesse, quand quelqu'un est atteint de cécité, on dira que l'absence de la vue n'est pas une négation chez lui, mais une privation.
44:55 Une privation est quelque chose qui, en temps normal, devrait avoir. Par contre, le fait que nous n'ayons pas des ailes comme les anges, c'est une négation. Je commence par exposer cette distinction qui est simple à comprendre. C'est pas négation, c'est quand on fait intervenir un attribut qui est totalement étranger à l'essence du sujet dont on parle. Attributs et sujets sont ici à prendre sens grammatical, bien sûr.
45:26 Dans ce cas-là, si on définit le mal, j'y arrive maintenant après cet outil que nous fournit Aristote, comme la privation d'un savoir. Quand on dit le mensonge, quel est le contraire du mensonge ? Vous savez, c'est ce qu'on demande à chaque début de procès. Vous êtes ici pour dire la vérité, rien que la vérité, toute la vérité, etc. D'accord ? Alors, c'est intéressant de voir que si mensonge a pour antonyme la vérité, par excellence, en sens inverse, la vérité n'a pas pour seul antonyme le mensonge.
46:06 Si je dis 3 plus 2 égale 7, on ne va pas dire que c'est vrai, mais on ne va pas dire que je mens, on va dire « Non mais, tu ne veux pas prendre une tasse de café ? » Ça veut dire que je suis dans le faux, je ne suis pas dans le mensonge. On en voit des choses là. Dans tous les cas, on est dans le faux. Que je mente, ou que je sois ignorant de la somme combien font, 125 x 125, moi je n'en sais rien, il y en a qui vous disent ça tout de suite.
46:39 Ce que je dis, en Afrique, on trouve des jeunes gens dans la rue, à l'entrée des magasins où les blancs vont, ceux qui ont de l'argent, et qui vous disent 1237 au carré égale, et tac, ils vous le disent comme ça, c'est extraordinaire. Et vous lui proposez un chiffre, il vous le sort. Allez, c'est connu. La vérité a deux antonymes, soit le faux, soit le mensonge. Le faux, c'est...
47:10 Je vais dire, le faux, ce n'est pas de sa faute. Même si, quand même, on retrouve un peu la privation, vous retrouvez le faux, je joue un peu sur le mot, ce n'est pas la même radicale, et ce qui fait défaut, ce qui manque. Mais tout de même, pour ne pas embrouiller, je dirais que le mensonge, c'est une privation de vérité, ce n'est pas une négation. Alors, ça veut dire, c'est pas... L'enfant, c'est plutôt le faux cul, quoi.
Connais-toi toi-même : Œdipe, la mémoire et la spirale
47:41 Non, c'est plus précis que ça encore. C'est celui qui ne veut rien savoir de lui-même. Et là, nous revenons aux basiques de la philosophie. La philosophie a commencé. C'est Socrate qui le dit pendant son procès à l'apologie de Socrate, n'est-ce pas, dans Platon, que ce qui l'a inspiré, c'est ce qui est inscrit au temple de l'oracle qu'il était venu consulter, l'oracle d'Apollon le plus sacré, à Delphes, Delphes, le centre du monde, le nombril du monde, disaient les Grecs.
48:11 Il y avait marqué quoi ? « Gnôthi seauton, connais-toi toi-même ». Vous voyez, j'essaye, pour vous rassurer, de montrer qu'il y a une cohérence dans tous les cycles que j'ai essayés, grâce à vous et à votre écoute, de déployer. Rappelez-vous ce cycle sur la mémoire. Comme je voudrais terminer mon prélude, je vais tout de suite à la fin de ce cycle où je vous disais, après avoir les problèmes classiques, la mémoire, le côté biologique, la mémoire, les traces, les sens, les stimulus, les parties, localisation, troisième lobe temporale, je n'en sais rien.
48:56 Je vous avais dit qu'il y a aussi l'approche dans la mémoire, dans la logique du sujet, c'est-à-dire qu'il y a aussi au fond de nous quelque chose qui nous empêche de remonter là où l'effort de se souvenir voudrait parvenir. Complètement inconscient. Comment ? Mais pas du tout. Moi, Oedipe, je fais tout. J'ai même ordonné les pires châtiments à celui qui ne dit pas tout ce qu'il sait sur le meurtrier de Laïos.
49:30 Qui est le meurtrier de Laïos ? C'est un Polar. Mais, c'est un Polar. Jamais un auteur de Polar n'a poussé le genre au chef-d'œuvre de décider que le coupable c'est celui qui mène l'enquête. Mais sincèrement, en plus, et qui ne sait pas que c'est le coupable. Non, mais écoutez, voyez, vous comprenez pourquoi il s'arrache les yeux à la fin quand il sait ? Car ses yeux ne lui ont servi à rien. Car il cherche le savoir de soi à l'extérieur de soi. Il confond les sciences humaines et Jussieu.
50:03 Et oui, et la science des galaxies. Attention, moi, je ne serais pas vivant s'il n'y avait pas la physique, la chimie, la mathématique. Je ne suis pas en train de dire du mal de ça. Je suis en train de distinguer les domaines. termes kantiens. Que ces domaines se disputent un seul et même territoire problématique kantienne, quand les contemporains des navigateurs de Cook de Bougainville qui vont découvrir l'Australie. Donc, il y a des métaphores géographiques. Mais le domaine de la philosophie qui n'est pas celui de la physique.
50:36 Je commence à être fatigué de tous ces philosophes qui décident à la place des physiciens s'il y a eu un Big Bang ou pas, s'il y a un commencement de notre temps. C'est bizarre. Je ne voudrais pas faire comme Bergson, pour lequel j'ai du respect et de l'admiration, surtout pour sa subtilité. Il faut beaucoup de problématiques, bien sûr, celle de la mémoire, entre autres, mais qui a perdu beaucoup de temps et beaucoup de pages à réfuter des théories scientifiques qui étaient déjà bien dépassées, qui avait 50 ans de retard sur son temps. C'est le temps de Bergson, vous vous rendez compte, au niveau de la science qu'il y a aujourd'hui.
51:09 Le meilleur, le plus brillant prof de physique des lycées parisiens n'arrive pas à la cheville de ceux qui travaillent dans des équipes de nobélisables à la pointe, à la borderline de la physique d'aujourd'hui. Pour mettre en valeur, pour essayer de prouver l'existence du boson de Higgs. Voilà, je m'en rappelle. Apparemment, ça a été démontré, pendant je ne sais pas combien de millième de seconde, mais enfin, il a existé.
51:39 On a des traces photographiques, n'est-ce pas ? Fût-elle fugitive du boson de Higgs. Ce n'est pas le domaine des philosophes, puisqu'on ne s'occupe plus du mal et du bien, on ne s'occupe plus du vrai et du faux. Vous voyez, vous commencez à voir tout clair. Donc, je résume, je faisais un cycle apparemment sur autre chose, je ne suis pas passé d'un sujet à l'autre, je tourne toujours autour de la même chose, et là, j'y reviens. Je vous ai demandé de voir les deux vidéos pour préparer. Vous voyez, j'y reviens, dans cette vidéo où je...
52:13 j'illustre mon propos par deux extraits de texte, un de Kafka et un de Baudelaire, sur l'échec de la communication, l'échec du message qui n'arrive pas, comme la langue est admirable, à se délivrer. et quand une lettre, n'est-ce pas, ne parvient pas à destination, regardez comme la langue est admirable, la poste dit qu'elle est en souffrance, n'arrive pas à se délivrer, elle est en souffrance, et on retrouve le mal, ça fait mal.
52:49 C'est peut-être ce que je suis en train de faire avec vous. Je tourne tout le temps autour du même propos, je retourne, je reviens, je vous envoie des vidéos antérieures, mais là, c'est pour vous montrer. Rappelez-vous cette vidéo où je réponds justement à la première, la 6-1, qui n'est pas dans la logique du sujet, celle où je dis pour répondre à une des questions du public, c'était en présentiel encore à ce moment-là, c'était le bon temps avant le confinement, il m'interrogeait sur la notion de cycle, n'est-ce pas ?
53:23 Je lui ai dit oui, mais attention, on peut faire la synthèse de ceux qui ont une approche cyclique de l'être, n'est-ce pas ? Ceux qui sont les adversaires du progrès, il n'y a pas progrès, c'est toujours le même truc qui recommence. Vous savez, comme dit la petite dame, il y aura toujours des riches et des pauvres, mon pauvre monsieur. Oui, pourquoi pas, je veux dire, plus sérieusement, vous avez théologiquement la justification de ce cycle dans un texte effrayant que je signale dans cette vidéo, donc je passe vite, un texte tellement effrayant que certains théologiens ont pensé que c'était peut-être une pièce rapportée dans l'Ancien Testament.
54:07 Enfin, comme ce serait sacrilège d'enlever, déjà, il ne faut jamais supprimer un iota de l'Écriture Sainte, vous imaginez, supprimer un livre tout entier. De quel livre je parle de l'Ecclésiaste ? Ah, tu me bassines avec tes machins, tes gens, maintenant c'est l'Ecclésiaste, on n'est pas au catéchisme ici. Non, mais attendez, vous le connaissez, mais oui, vous connaissez le refrain, il n'y a rien de nouveau sous le soleil.
54:37 ça revient comme une obsession dans l'Ecclésiaste. Je vous résume l'Ecclésiaste, mais lisez-le, parce que c'est quand même la beauté du style sémitique et des grandes métaphores, mais tout de même, il y a un temps pour semer, il y a un temps pour récolter, il y a un temps pour vivre, il y a un temps pour mourir, il y a un temps pour la guerre, il y a un temps pour la paix. Vous voyez le cycle, l'alternance ? Les antiprogressistes, oui. Et puis, il y a le contraire, la droite.
55:07 La droite, n'est-ce pas, qui fait en sorte que 1788 est mieux que 1787. Je caricature. Et maintenant, je fais la synthèse précisément parce qu'il n'est pas sûr que les musiciens français des années 1820 soient meilleurs que Rameau et Couperin. C'est même certain que nous, on vous interrogeait tous les spécialistes et les mélomanes, c'est mieux que les spécialistes de la question. Vous vous dire, on ne s'en va pas ? Non, c'est pas mal. Boieldieu, Adam, vous voyez, vous ne connaissez même pas.
55:39 Auber. Bon, avant que la musique française revienne au premier plan, avec Fauré, Debussy, Ravel, oui, bien sûr, et Chabrier, qu'on oublie tout le temps dans la bande. Non, ce n'est pas linéaire. La synthèse de ceux qui sont pour le cycle et de ceux qui disent qu'il y a un progrès, la spirale. Et oui, je tourne autour, je retourne, mais je ne reviens pas à zéro. Je ne suis pas dans le circulaire. Vous voyez ce que c'est la spirale ? Je me débrouille pour qu'il y ait toujours, venant du centre, là, je progresse.
56:13 Le cercle est de plus en plus grand, je couvre de plus en plus de choses. Je ne les annule pas les autres, je les ai là, à l'intérieur, les autres cercles. Les autres tentatives de cercle, qui ont fait un effort, un epsilon, comme ça, qui fait que le prochain cercle aura un rayon encore un peu plus grand. On en voit des choses, là. Et donc, je ne voudrais pas faire l'impasse sur le mal. Le mal, si c'est le mensonge à soi-même, mais au sens de la privation de soi, vous voyez le rapport avec l'inconscient, maintenant, avec la mémoire qui ne veut pas remonter jusqu'à regarder ce film.
Soudain l'été dernier et le narcissisme comme force du mal
56:51 Chef d'œuvre de Mankiewicz, avec, c'est salopard, parce que c'est l'acteur préféré de ma femme, Montgomery Clift, vous savez, celui qui a ce rôle immortel dans « Tant qu'il y aura des hommes ». Et dans « Misfits », ce film culte, n'est-ce pas, qui est un film de légende noire, puisque tous ceux qui ont joué sont morts tragiquement quelques temps après. Marilyn en première, pas avec Clark Gable. Bon, ce film-là, Soudain, l'été dernier, où il s'agit de soigner dans un asile psychiatrique où une fille a été enfermée par une belle-mère qui n'a pas envie qu'elle parle, en fait.
57:33 Elle est dans le délire depuis qu'elle a vu son frère massacré devant elle dans une ville en Espagne par des voyous. Bref, enfin, je dis des voyous, c'est plus compliqué que ça. Regardez le film. « Suddenly, last summer », soudain, l'été dernier. Chaque fois que le médecin Montgomery-Clift essaye de la ramener, « Alors, comment ça s'est passé ? Qu'est-ce qui s'est passé ? Comment votre frère ? » À chaque fois, on voit les gouttes de sueur. On sent qu'elle fait des efforts sincères pour sortir de son amnésie, de l'amnésie traumatique, mais qu'en même temps, quelque chose en elle, la contradiction à l'intérieur du sujet, je réponds à des questions qu'on m'a posées.
58:15 J'anticipe. Une force en elle ne veut pas qu'elle remonte jusqu'au trauma. Et bien, si la force du mal, là où le mal tire sa force, je vais faire un progrès maintenant, on a situé le mal, c'est du côté du mensonge, pas n'importe quel mensonge, mais très spécifiquement, le mensonge à soi-même, et pas le mensonge à soi-même, forcément, le plus conscient, à l'heure de dire, je ne vais pas leur dire, je vais garder le magot pour moi. Ah non, ce n'est pas ça.
58:46 Je parle du mensonge comme cette fille, qui ne veut pas, dire sa vérité. Quel est le moteur ici du mensonge ? Qu'est-ce qui donne tellement de force à la force qui nous empêche de savoir, de connaître nous-mêmes ? Non. Que ce soit dans la psychologie générale, dans le langage courant et surtout en psychanalyse, c'est le narcissisme. Nous avons une image idéale de notre moi, qu'on appelle d'ailleurs en psychanalyse, le moi idéal.
59:19 Et que tout ce qui viendrait l'entacher, vous voyez, Hippolyte, quand son narcissisme s'écroule, moi qui croyais être autre chose que tous ces couples-là qui ont toujours des problèmes, des désespoirs, des machins, et tu me fais souffrir et je te fais souffrir. Non. Asservi maintenant sous la commune loi. Ça y est, je ne suis plus narcissique. Je suis dans la loi commune. Je ne suis pas ce jeune homme qui regarde son image dans l'eau, qui la trouve tellement belle, mais tellement belle qu'il finit par se noyer en vouloir l'attraper, je ne sais pas.
59:55 C'est un symbole quand je dis narcissisme. Ça va loin. Ça veut dire qu'on a tous, vous voyez, une image du français de souche, du dolico-céphal blond, de l'aryen ou du pur musulman, les autres sont des infidèles. Je ne suis pas en train de dire, vous savez, les Chinois ou les Japonais ont un mépris pour les étrangers qui déboulaient, vous savez, qui n'avaient pas le canon narcissique. Ça peut être collectif. C'est collectif la plupart du temps.
1:00:26 Parce que l'image que j'ai de moi, elle est souvent liée à des valeurs qui viennent de ma société. C'est rare que je m'imagine, n'est-ce pas, comme un porc assassin stupide et ignorant. Lisez le portrait de Dorian Gray, il y a mille illustrations de cette tragédie, n'est-ce pas, du rapport de chacun de nous avec l'image. Non pas fausse, non pas seulement fausse, mais regardez comme la langue est précise, fallacieuse de lui-même.
1:00:57 Ce n'est pas seulement un faux, comme je vois un mirage, ce n'est pas de ma faute, mais fallacieux, ça veut dire qu'il trompe, qu'il y a une volonté de me tromper. Ces jeunes filles fallacieuses ne font pas une route bien étrange, il faut ajouter qu'il pleuvait dit Nerval quelque part en se baladant dans les bois de Mortefontaine. Voilà. Donc, on va passer aux réponses aux questions, mais je voudrais vous orienter avant la prochaine fois où on va essayer de s'engager, pas s'engouffrer, il faut y aller lentement, pas à pas, vous amusez compliqué, mais de s'engager sur cette route que je viens d'essayer d'ouvrir, de rouvrir, parce que je vous montre que la quasi-totalité de mes interventions antérieures depuis presque une dizaine d'années maintenant tourne autour de ce même pot-là qui, après tout, correspond à l'impératif pithique inscrit sur le temple « connais-toi toi-même ».
1:01:50 Voilà. Merci.