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Unité, pluralité, totalité : la catégorie de la quantité chez Kant
0:27 Oui, donc la notion de totalité, de totalitaire, de totalitarisme. Oui, il faut en entendre. On entend depuis 50 ans, puis Hannah Arendt un petit peu qui l'a remis sur... On va en parler parce que c'est un des verrous sur lesquels... Oui, ça c'est quelque chose... C'est tout encore en ce moment. Voilà, on nous interdit de parler de beaucoup de choses au nom de ça, mais on pose comme un... On est timide avec ce mot de... Oui, comme un anathème un petit peu, voilà. Très rapidement, je... Dès qu'on parle de peuple, on est totalitaire. Alors, je vais laisser la parole peut-être à Dominique pour qu'il nous précise peut-être ça.
1:01 Comme tu as très bien dit, la question est vaste et je compte pas la clore ce soir. Vous imaginez bien, mais c'est pas mon métier de clore. Les questions, c'est plutôt de... Merci. C'est plutôt d'élargir le questionnement initial, qui est mon métier, c'est-à-dire de montrer que le problème dont on discutait jusque-là n'est qu'un aspect d'une problématique plus vaste, etc. Et non pas de mettre un point final. J'ai besoin de vous pour ça. C'est tant qu'il y a un point final. Simplement, je voudrais être clair sur les parties où je peux avoir...
1:34 J'ai un peu plus de spécialité qu'ailleurs, je vais dire en philosophie. Il faut être un petit peu rigoureux, là. Je vous demande pardon, je vais être abstrait une minute, mais c'est très simple. Beaucoup plus simple que beaucoup d'exercices que nos enfants font à l'école primaire et qui exercent leur intelligence. Je voudrais... On trouve dans la table des catégories de Kant, je ne vais pas m'égarer là-dedans, mais juste ces détails-là, la catégorie de la quantité. Vous allez voir le rapport de ceci avec la totalité. Qu'il divise en trois parties, bien sûr, comme tous les logiciens.
2:07 Thèse, unité, un caillou, unité. Antithèse, pluralité, plusieurs cailloux, un tas de cailloux. Synthèse, totalité. Vous voyez, la totalité, elle arrive en troisième. C'est une pluralité ramenée à l'unité. Je ne peux pas dire que des morceaux de gravier comme ça sur le sol fassent ce que vous appelez, ce que nous appelons, vous comme moi, une totalité. Par contre, une plante, vous dites tout de suite une totalité. Une plante, un animal, une œuvre d'art, dont on ne peut pas distraire une seule partie, vous imaginez, si dans un tableau de Vermeer extrêmement équilibré au niveau de la lumière, vous prenez la jeune fille à la perle, que tout le monde connaît bien, qui est belle à craquer, je parle de l'œuvre, pas seulement de la fille.
2:57 Si on enlève le petit glacis, la petite touche de... je ne suis pas peintre, j'aimerais bien... Ce glacis qui a sur la lèvre inférieure, le tableau perd tout son charme. Dans une totalité, on ne peut pas enlever une partie. La totalité est immédiatement altérée. C'est ça qui fait que c'est une totalité, pas seulement une pluralité. Il y a un tas de cailloux, vous enlevez un caillou, ça reste un tas de cailloux. Alors que si vous m'enlevez le cervelet, il ne reste plus rien de moi. Donc, première précision, voilà, c'est terminé pour l'abstraction, mais c'était utile pour voir clair.
Le totalitarisme, une partie qui écrase le tout
3:29 La totalité est déjà une synthèse de l'autre, la pluralité, où chacun est extérieur aux autres, et vice-versa, et de l'unité qui est toujours... qui donne de l'ordre, mais qui est un peu vide, s'il n'y a que l'unité, je ne sais pas. Donc, première réponse pour situer un petit peu les choses. Or, cet admirable concept, comme Bertrand nous le rappelait il y a juste un instant, est devenu extrêmement dissuasif par son épithète de totalitaire. Il faut enfermer chaque culture en elle-même.
4:02 Il y a la culture corse, il y a la culture bantou, il y a la culture chiite, la culture sunnite, vous avez vu que ça fait quelques dégâts quand même. La culture hutou, la culture tutsi. Et puis, si des habitudes épouvantables sont dans une culture, il faut le respecter, parce que c'est partie de leur culture, tant qu'on y est, ça ne veut rien dire, ces trucs-là. Donc, cette fausse pluralité, dont on nous rabat les oreilles au nom d'une valeur que j'apprécie, qui est la diversité.
4:32 Autant je tiens à la diversité, autant je ne la confonds pas avec la simple pluralité du tas de cailloux de tout à l'heure. Donc, qu'est-ce qui fait la différence ? Justement, entre un peuple et une foule. On le voit bien ici. La foule, c'est une pluralité. Je rappelle tout de même que la mise au point de ce que je qualifie un peu brutalement d'abjecte opération, opération de basse besogne, c'est quand on a mis au point dans le discours politique la notion de totalitaire pour décourager tout ce qui pouvait s'opposer de près ou de loin au statu quo que nous subissons depuis plusieurs générations, qui est le capitalisme ou l'économie de marché.
5:17 Je ne dis pas le libéralisme, que le libéralisme, c'est le cache-sexe par lequel le capitalisme aimerait bien qu'on l'appelle. Je ne suis pas un capitaliste, je suis un libéral. Vous entendez ça ? Bien. Voilà. D'excellents côtés aussi. Marx a fait le plus bel éloge du capitalisme qu'on ait jamais fait dans le début du manifeste du Parti communiste par rapport aux anciens systèmes. quand il rend hommage à la bourgeoisie d'avoir liquidé des valeurs dans lesquelles l'humanité se débattait depuis des millénaires. Et c'est de quoi il parle. Donc je ne suis pas en train de diaboliser le capitalisme.
5:48 Nous le subissons, c'est le régime que nous subissons et qui est ensanglante pour l'instant le monde qui nous entoure. Et donc, je tiens beaucoup à mettre cette chose au point. Je veux dire, le concept de totalitaire tel que le connaissons en philosophie, en soi-disant philosophie politique depuis la fin de la guerre, a été élaboré par Hannah Arendt, effectivement, qui a été élève du plus nazi des philosophes. C'est troublant. Je n'ai pas de procès en diabolisation. Je ne sais pas qu'il y a une nazie, quelque chose change.
6:18 Mais c'est troublant, ça devrait nous mettre la puce à l'oreille. N'est-ce pas ? Et j'en connais un qui est très content de l'invention de ce concept. C'est le fantôme d'Hitler. Parce que jusque-là, après Nuremberg, Hitler, c'est une métonymie quand je dis Hitler, les nazis en général, vraiment, c'était devenu le mal absolu. Enfin, moi, quand j'étais jeune, c'était le mal absolu, le nazi. Maintenant, il est un peu noyé dans la masse. Non, enfin, c'est le totalitaire, il n'y a pas le nazisme, le communisme. Il se fait une drôle de confusion, quand même. Je ne sais pas.
6:48 Dans près de 15 jours, il y aura sur la place rouge à Moscou l'anniversaire de la victoire de l'Union soviétique sur l'Allemagne nazie. Pour ne pas qu'il y ait de malentendus dans ce qui va suivre, je vous signale, je l'ai déjà dit, mais je le répète, que j'aurais été le premier fusillé sous Staline, parlant comme je parle. Parce que moi, pour me faire parler sous l'ordre d'un autre, il faut se lever tôt. Mais voilà, je peux dire des stupidités, mais je les assume. Enfin, j'aime bien comment il y a de se dire. Voilà, donc je ne suis pas en train de... Et puis je serais à Moscou, Je ne suis pas certain que je voterai Poutine.
7:19 Je suis certain que du contraire. Ce n'est pas la question. Je constate que le fait que nous ne soyons pas sous la botte nazie aujourd'hui est dû au plus grand sacrifice qu'aucune nation n'a fait dans toute l'histoire humaine. Les 30 millions de morts soviétiques. Ce n'est pas ça qu'on dit à nos enfants. Nos enfants ont, pas vous, pas moi, mais les médias, on leur dit mais non, non, non, c'est le débarquement. Le jour J, les Américains, je dirais, je rends hommage aux 50 000 gamins qui sont tombés sur les plages de Normandie. Pas question d'apporter la moindre ombre à leur héroïsme, à leur courage. Ce n'est pas ça. On aurait même souhaité qu'ils arrivent plus tôt, comme ils demandaient les soviétiques depuis trois ans, d'ouvrir un second front.
7:52 Passons. Je dis simplement que lorsque les Américains débarquent, les soviétiques sont aux portes de Berlin, c'est fini. Les Américains débarquent pour empêcher l'Europe de tomber dans le communisme. Parce que juste avant la guerre, la bourgeoisie, elle disait plutôt Hitler que le front populaire. Il faut se rappeler quand même. Et Hitler avait toujours le portrait d'Henry Ford dans son bureau dont il était le principal admirateur en Europe. Alors, on l'a fait un peu oublier maintenant. Parce que maintenant, on voudrait me persuader au contraire que tout ce qui s'oppose au capitalisme est hitlérien. Moi, dans les années 50, c'était pas Saddam Hussein, c'était pas Assad, le diable, c'était Nasser.
8:26 Il y avait la crise de Suez. Ceux qui ont des cheveux de la même couleur ou de la même absence de couleur que les miens doivent s'en rappeler. Vous vous rappelez ? Nasser, c'était vraiment épouvantable. Dans ce pays, l'Égypte, qui est un des plus dramatisés socialement avec ses... Maintenant, c'est plus de 60 millions, mais déjà, il y avait une vingtaine de millions de personnes qui se concentrent sur ce petit ruban vert qui est sur le Nil, où le reste est en désert. C'est la seule partie utile. Et qui n'a pas de pétrole, comme les pays qui sont pas loin, qui ne regorgent pas de ressources. Qui n'avait qu'une chose qui lui a apporté de l'argent, le canal, le canal de Suez.
8:59 Et pour la première fois, il y a un chef d'État qui dit, tiens, au fait, si on récupérait le canal, c'est comme chez nous. On l'a traité tout de suite de nouvelle Hitler, déjà, dans les chancelleries occidentales. Et on lui a fait la guerre pour avoir osé donner à son peuple le seul moyen d'avoir un peu d'argent. tous les bateaux du monde passaient par là, n'est-ce pas ? Et les taxes partaient à la compagnie du canal, c'est-à-dire à tous sauf à l'Égypte. Je vous montre ça pour montrer que on n'est pas des perdreaux de l'année, je veux dire, c'est extraordinaire, cette manière qu'a la bonne conscience dominante de diaboliser tout ce qui, de près ou de loin, peut s'opposer à elle.
9:34 Alors, le peuple, c'est pas ça, c'est pas une partie. Donc, merci d'avoir appelé cette notion de totalitaire. Et je vais être maintenant bien plus précis dans la conclusion et plus exhaustif. Telle qu'on nous le présente, la notion de totalitarisme, elle revient à nous faire croire que partout, l'individu est opprimé par le groupe, par la société. Enfin, bref, la partie est opprimée par le tout. C'est bien ça que tu voulais suggérer tout à l'heure. C'est comme ça qu'on nous présente les choses, plus ou moins, bien sûr.
10:06 Enfin, voilà, il faut toujours être vigilant et à défendre la partie contre le tout. Moi, je constate que les monstruosités qu'on dénonce à juste titre, nazisme, purge stalinienne, les monstruosités qu'on dénonce sous le couvert historique de totalitarisme ne correspondent pas du tout à une partie écrasée par un tout mais exactement à l'inverse, mais à une partie qui écrase le tout. La race unique qui veut écraser l'humanité, la race. Surhomme, des Aryens, des Dolichocéphales, Blond, enfin, tout le portrait d'Hitler, grand, blond, mince, c'est vrai.
10:40 Il faut y t'en passer. Le parti unique, aujourd'hui, la pensée unique, c'est de la gauche à la droite, c'est pour ça que Marine Le Pen elle fait fortune, je veux dire, elle a beau jeu de ramasser le drapeau français dans la poubelle où la gauche l'avait jetée, c'est vrai. Oui, parce que les autres c'est pareil, c'est la pensée unique. Valls, Macron, Bayrou, machin, je veux dire, bravo Bayrou, c'est pas la question. Puis ils disent tous un peu la même chose. Ah, moi je suis pas dans ces trucs-là, moi je suis à part, je suis pas dans les, comme elle dit Marine, l'UMPS.
11:14 Mais Bayrou, il dit, ah, moi les grands partis ils se font leur magouille entre eux, moi c'est à part. De Gaulle disait, il y a la gauche, la droite, moi je suis au-dessus des partis. Vous savez, c'est pas comme ça qu'ils se distinguent. Donc faisons attention. Ce qui est monstrueux dans l'Allemagne des années 40 ou des années soviétiques des années 30, des grands procès en particulier, c'est le fait, non pas que le tout ait écrasé à la partie, mais qu'une partie ait écrasé le tout. Car le tout, c'est vous et moi. Car si la totalité était au pouvoir, comme nous veulent le faire croire les anti-totalitaires, surtout de l'autre côté de l'Atlantique d'ailleurs, si la totalité était au pouvoir, c'est une bonne nouvelle.
11:48 Ça veut dire, vous Madame Bertrand, nous sommes tous au pouvoir. Mais quand on dit tout le monde est là, ça veut dire qu'on a laissé personne de côté, oui ou non. La totalité au pouvoir, ce serait bien, c'est pas le cas. C'est une partie qui oppriment les autres. Vous savez, là, on le dit maintenant parce qu'on vient d'avoir les chiffres, après l'exercice 2014, il y a 10% de l'humanité qui consomme 90% des richesses. J'y peux rien. Voilà. Vous m'avez posé des questions Alors, oui, ça c'est dans le film, on en parle un petit peu du rapport du tout à la partie.
L'animal politique, une contradiction entre instinct et institution
12:18 On parle beaucoup de Jean-Jacques Rousseau aussi, puisqu'on s'est vu à Ermenonville. Alors, s'il y a bien un penseur du peuple, c'est bien Rousseau. Et notamment, quand on ne connaît pas bien Rousseau, on connaît au moins ce fameux contrat social. On voit à peu près, voilà, contrat social. Là, il faudrait encore que Dominique un petit peu nous éclaire sur cette notion qui semble tout à fait abstraite. Et puis, peut-être d'éclaircir un point qui serait par rapport à cette idée de zôon politikon.
12:52 Là encore, vous l'avez vu un petit peu dans le film. Les gens qui sont venus à l'atelier de philo, la dernière fois, on a parlé de ça, de l'animal politique. C'est Aristote qui théorise ça. Mais alors, comment, si on définit l'être humain comme animal politique, c'est-à-dire naturellement fait pour vivre ensemble, en gros, pour résumer, comment se fait-il qu'il aurait besoin finalement d'un contrat ? C'est-à-dire que le contrat, c'est plutôt l'inverse du naturel.
13:23 C'est quelque chose de conventionnel, d'artificiel, d'abstrait. Donc, est-ce que Dominique peut nous, notamment chez Rousseau, nous éclaircir ? Si c'est trop complexe, trop... Mais il faut des fois être un peu complexe pour revenir à des choses peut-être un peu moins, pour les expliciter. Mais enfin, n'hésitez pas à faire des remarques. Donc, comment on peut articuler cette notion qui peut... Ça peut paraître contradictoire. On est fait pour vivre ensemble. Donc, si on est fait, en gros, pour vivre ensemble, pourquoi on aurait besoin d'un contrat, de passer un contrat ensemble ?
13:56 Ça devrait aller de soi. On devrait tous s'aimer, on devrait tous... Et puis, on se rend compte qu'il y a des conflits, etc. Enfin, ça ne marche pas tout à fait comme ça. Donc, soit on n'est pas zoon politikon, ou soit il nous faut passer par un artifice. dont les théoriciens du contrat vont s'emparer. Là, Dominique, est-ce que tu peux nous débroussailler un petit peu la contradiction apparente qu'il pourrait y avoir entre l'animal politique que tout le monde semble être, voilà, et le contrat social, la fameuse notion de Rousseau du contrat social ?
14:35 Effectivement, on ne comprend jamais qu'on ait besoin qu'il soit nécessaire de mettre au point une institution là où l'instinct suffit. Je joue un petit peu sur les radicaux. Vous ne trouverez jamais dans les législations une loi qui prescrit de ne pas garder ses mains sur le gaz allumé. Pas besoin qu'il y ait des institutions pour ça, parce que vous la retirez vite, si par mégarde vous laissez la main sur le gaz. Je suis en train de dire quoi ? Je suis en train que les lois ne prescrivent que ce qu'on aimerait bien faire spontanément.
15:07 Les lois n'interdisent que ce que spontanément on aurait plutôt voulu faire. Quand je dis les lois, les règlements, je parle de manière très générale, aussi bien les manières qu'on a à table. Quand je dis à mon voisin servez-vous d'abord, ma voisine, servez-vous d'abord, en perpétuant une tradition, une courtoisie. J'ai une manière de prendre sur moi la partie animale. J'ai faim moi aussi, ça fait longtemps que j'attends que ça vienne. Le plat. Si j'étais un zôon, un animal, mais pas politikon, un animal qui serait naturel, je vais y revenir après.
15:42 Je me précipiterais sur la nourriture dès qu'elle arrive. Il paraît que c'est la France qui a le plus d'animaux domestiques de tous les pays d'Europe, donc je pense que vous avez presque tous des toutous, tous vous les minous. Et vous avez bien vu qu'un chien, même celui qui adore son maître, il sait si des chiens, c'est pour n'importe quoi de leur mettre. Quand ils ont leur gamelle, ils grognent, quand on s'approche, on m'y mange, je veux dire, même leurs familiers, ils grognent, ils montrent un petit peu les dents. Vous ne voyez certainement pas un chien dire à un autre chien, sers-toi d'abord, mon gros.
16:12 C'est impensable. Donc, il y a un petit piège dans la notion de zôon politique qui vient d'Aristote, qui avait très bien vu que la spécificité de l'homme, il s'y connaissait en matière d'espèce, Aristote, c'est lui qui a fondé la division en espèces indivines il y a 2000 ans. Et il y a un piège, c'est que quand on est un animal politique, on a l'impression que la politique fait partie du naturel de l'animal. Non. C'est un animal, mais qui, du fait d'être politique, a quelque chose de complètement monstrueux, au sens grec, c'est-à-dire d'hybride, hubris, par rapport à tous les autres animaux.
16:47 c'est que le côté politique contredit le côté animal. C'est ce que je viens de montrer avec mon « Servez-vous d'abord » si vous voulez. L'institution mariage exclut que j'aille faire la guerre dans le village d'à côté pour choper les femmes. Ce n'est pas un rapport de force, vous voyez, c'est ça que s'institue. La sexualité est un instinct qui n'est pas au service de l'individu. C'est une illusion que nous avons, comme j'ai essayé de le signaler tout à l'heure, on l'a vu un petit peu dans le film, la sexualité est au service de l'espèce.
17:22 Par contre, le mariage est une institution proprement humaine. Je ne suis pas en train de dire c'est bien, c'est mal, c'est un problème, chacun fait comme il veut. On a parlé de la liberté en dernière instance avec nos histoires, mais voilà, je veux dire. Donc, être animal politique, c'est assumer une contradiction permanente. Quand je dis une contradiction, ce n'est pas pour dire que l'homme est l'animal névrosé. C'est le seul animal névrotique, ça c'est sûr, quand il l'est. Mais ça veut dire que c'est riche une contradiction, c'est un challenge. Quelqu'un comme Hegel va dire que la plus haute unité ne s'obtient que lorsque là où on a affronté la suprême contradiction.
Liberté naturelle et liberté civile chez Rousseau
18:00 L'esprit ne conquiert sa vérité qu'à la condition de se retrouver soi-même dans l'absolu déchirement, si je me souviens bien. Voilà. Puis après tout, pour ceux qui sont chrétiens, il est bien dit dans l'Évangile qui veut sauver sa vie la perdra. Donc, il y a une partie que l'homme a dû perdre, consentir à perdre dans le contrat, d'accord, pour le vivre ensemble. Un grand poète que j'aime beaucoup, le poète Hölderlin, le poète contemporain de Hegel et camarade de Hegel à l'université, d'ailleurs, qui est contemporain de Napoléon, en gros, et des guerres de l'Empire et de la Révolution, a ce petit aphorisme laconique à la chute du fleuve des villes.
18:38 Vous avez remarqué, partout, il y a Heidelberg et tout, que les villes s'établissent là où le fleuve a un petit décalage, une petite chute, une petite cascade. C'est-à-dire que l'homme doit abandonner un petit peu sa voracité, l'homme individuel, sa voracité initiale pour le vivre ensemble. Mais il gagne tellement. Et là, je vais citer le texte de tout à l'heure, lorsque Rousseau fait le bilan de ce que l'homme a perdu et a gagné en passant de ce qu'il appelle l'état de nature à l'état civil.
19:08 Et c'est le texte qui, je vais vous citer le texte qui fait immédiatement ensuite celui que Bertrand a eu la présence d'esprit de faire figurer dans ce film d'excidence et ça tombait très bien. Après avoir donc dit que dans l'état de nature l'homme était un animal stupides et bornés c'est seulement dans l'état civil lorsqu'il n'en abuse pas qu'il devient un être intelligent et un homme, il dit pour ne pas se tromper dans ses compensations partons de termes faciles à comparer.
19:41 Vous voyez là on est vraiment presque dans la comptabilité. Qu'est-ce que je gagne qu'est-ce que je perds ? Et il dit ceci ce que l'homme perd en étant dans l'état civil c'est sa liberté naturelle mais il gagne la liberté civile. Et il précise la liberté naturelle n'a pour borne que les forces de l'individu. Ça devient précis. Chacun de nous est né avec une puissance on dirait ailleurs une puissance d'agir une possibilité d'agir une liberté naturelle qui a pour borne les forces de l'individu. Ben dites donc ça va pas loin. Bon d'accord moi je fais 50 kilos je suis pas très costaud mais déjà quand nous étions bébés à notre naissance ça allait pas loin notre liberté si elle allait aussi loin que les bornes de l'individu.
20:18 C'est pas ? Et alors qu'aujourd'hui on peut aller maintenant voyager dans les continents ou même dans la lune et revenir je veux dire ou par une petite phrase comme celle de Newton s'approprier les mouvements de tout l'univers même dans les galaxies où l'homme n'ira jamais. Les corps s'attirent en fonction directe de leur masse et en fonction inverse du carré de leur distance. Point ! Comment ce cerveau du petit animal qu'est l'homme à l'origine ce roseau le plus faible de la nature que nous dit Pascal comment il a pu faire une phrase où il s'approprie sans y être allé tous les mouvements de la nature avec preuves, observations, expériences et confirmations.
20:55 Et bien je veux dire c'est ramener tout ça à la naturalité c'est là qu'on voit que c'est un petit peu précipité c'est donc bien de voir ce passage Rousseau compare et il dit la liberté naturelle on la perd mais c'est pas une grande perte parce qu'on gagne en échange la liberté civile jusqu'où peut aller mon fils à travers l'éducation ou la mise en relation avec mon fils ma fille avec les patrimoines des autres cultures ou des générations qui l'ont précédé ça va quand même plus loin n'est-ce pas que le petit guépard qui reproduit indéfiniment le comportement de ses parents et sur des siècles comme ça sans évolution donc première chose et surtout deuxième comparaison il dit ce que l'homme perd dans la nature c'est la possession et il gagne la propriété on n'est pas habitué à faire la distinction un antilope pardon un lion possède une antilope dans sa gueule il vient de l'attraper l'antilope est en sa possession jusqu'à ce qu'un autre mâle l'arrache je parlais du guépard à l'instant si vous regardez des documentaires c'est une espèce
Possession et propriété ; la force contre le droit
22:05 qui est presque en voie de disparition j'allais dire il y a presque une logique un peu la disparition du guépard parce qu'il fait qu'un petit par an c'est pas très fécond sa fameuse vitesse où il est le champion de 110, 112 à l'heure plus grande vitesse animal terrestre il lui fait que quelques secondes pour ne pas se faire d'illusion ça ne peut pas le faire longtemps donc il rate sa proie il fait 15 essais avant d'avoir une proie parce que les petits sont affamés dans la tanière et quand il en a enfin attrapé une il y a un lion là qui roupille j'ai vu tout ça un lion qui roupille vous avez vu ça dans le documentaire qui ouvre un oeil qui voit que le guépard en a attrapé un il aime bien exploiter le travail des autres fauves l'exploitation du fauve par le fauve et d'un coup de patte tu lui prends le truc et il a tout à recommencer bon voilà il y a des trucs qui ne sont pas très viables ça c'est la possession et il gagne la propriété c'est pas du tout au sens de nos propriétaires d'action ne vous inquiétez pas il dit la propriété qui ne peut être obtenue que par la reconnaissance de l'autre parce que là vous voyez j'ai excusez moi j'ai ça à la main tout ce que vous pouvez dire c'est que je l'ai dans ma possession empiriquement vous voyez je l'ai dans ma main maintenant qu'est-ce qui vous dit que c'est ma propriété et que je ne l'ai pas volée ça ne se voit pas
23:15 dans les propriétés chimiques dans les couleurs ou dans la forme si c'est ma possession ou ma propriété vous voyez bien que l'empirisme ne va jamais très loin il faut faire l'histoire de cette chose qui l'a produite comment elle est arrivée dans mes mains pour voir qui en est le propriétaire bref je ne vais pas vous faire perdre du temps j'en suis propriétaire soit lorsque je l'ai produite moi-même matériellement soit lorsque j'ai donné pour l'obtenir un argent qui correspond au travail qu'il a produit en principe ça devrait être ça donc la propriété suppose la reconnaissance de l'autre s'il n'y a pas l'autre je peux toujours dire c'est moi c'est à moi et il me bouscule parce qu'il est aussi possesseur que moi je veux dire ça devient un rapport de force et là j'insiste beaucoup le contrat social commence lorsque la force disparaît au service du droit on ne soupçonne pas l'importance de ce terme et je suis très inquiet de voir les théories naturalistes revenir à la mode depuis plus d'une génération maintenant parce que ce qui règne dans l'état de nature c'est précisément la force je viens de le montrer que le lion et le guépard et je ne sais pas si c'est vrai que ça ne sert à rien dans l'humanité mais ce dont je suis sûr c'est qu'il y en a que ça arrangerait vous avez l'admirable dialogue de Platon qui s'appelle Gorgias qui préfigure un petit peu en ce sens la pensée de Rousseau sans aller jusqu'à mais on a souvent fait le parallèle et jusqu'à la liberté
24:25 comme principe absolu mais le texte de Gorgias de Platon dans lequel ce problème est abordé où il y a un petit nazillon il n'y a pas d'autre mot qui s'appelle Calliclès avant la lettre vous allez voir que ça ça change pas le discours qui soutient devant Socrate que celui qui doit régner dans la cité c'est celui qui vaut plus celui qui vaut plus et qui possède plus a toujours raison contre le plus faible c'est la loi du plus fort voilà alors insistons bien là dessus tant que c'est la force qui règne et la grande coupure avec Rousseau pour revenir à ce que disait Bertrand c'est pas qu'ils disent ah c'est pas bien la force c'est pas bien c'est méchant il faut la remplacer par le droit je suis pas en train de dire ça parce que ce serait insuffisant il dit pas ça il dit c'est faux c'est pas comme ça que ça marche c'est un mensonge si s'il y a des règnes stables c'est qu'il y a autre chose que la force quelque part les gens y trouvent leur compte sinon le pouvoir ne reste pas longtemps au pouvoir s'il a vraiment l'ensemble d'ailleurs par rapport dans le dialogue de Platon dont je vous parlais par rapport à Calliclès
25:35 qu'est-ce qui soutient que c'est la force qui fait la valeur la vraie valeur vous entendez ça aujourd'hui avec les losers les gagneurs c'est même oui il y en a qui sont nés pour gagner d'autres nés pour perdre c'est vrai ça c'est pas si vieux et avec la crise ça a un peu pris mais quand même et Platon Socrate lui dit bon allons-y alors mettons que ce soit la force c'est quoi la force parce que c'est ça qui est le plus important ben oui la force physique dans ce cas là la cité dans son ensemble physiquement sera toujours plus forte qu'un individu qu'un roi ou qu'un tyran tout seul donc c'est bien la cité qui a raison contre lui ben non c'est pas ça je voulais dire il n'y a pas que la force physique c'est aussi les plus malins je voulais dire ceux qui ont la force et l'intelligence on change tout le temps de critères drôle de notion voilà méfiez-vous de ces notions là et ce qui est sûr c'est que c'est l'ordre qui règne dans la nature mais ça c'est pas bon signe parce que c'est l'absence de liberté l'ordre naturel c'est la lune qui tourne autour de la terre ça c'est ni culturel ni historique ni humain ça c'est naturel et ben elle n'a pas le choix la lune si des fois elle lui arrive de se dire si j'allais tourner un peu autour de Mars pour me changer les idées non non non parce que Newton l'a dit n'est-ce pas c'est le corps le plus lourd c'est la plus grosse masse la terre qui est là et donc elle est condamnée
26:45 à tourner autour du plus gros du plus fort mais ça c'est l'ordre de la nature l'homme commence l'anthropologie l'ordre anthropologique commence quand cet ordre là recule pas disparaît recule quand ce n'est pas ça qui fait la décision c'est pour ça que c'est très bien d'avoir parlé du code d'Hammourabi tout à l'heure où il y a des discussions qui nous semblent barbares à ce titre aujourd'hui il faut trancher la main ou l'oreille etc mais c'était un progrès que le rendu de la justice ne dépend pas de mon caprice du moment du prince de ses délires du moment mais d'un texte commun à tout le monde voilà je ne vais pas monopoliser le débat va sûrement revenir mais pour nous ramener à ce peuple proliférant que j'aimais bien comparé aux feuilles des peupliers parce que ce peuplier a un mouvement qui va vers le haut quand vous regardez un peuplier il a un côté vertical que n'ont pas tous les arbres ascensionnel un petit peu quand il frémit au soleil et dans le vent comme ça et un côté tranquillement ascensionnel qui me fait penser à ce qu'il y a de meilleur dans les séquences historiques des peuples séquences heureuses il y en a quelques-unes pardon pour cette petite prolongation Bertrand mais c'est juste pour rappeler
27:55 je parlais de la pesanteur juste avant la gravité qui fait que la lune tourne autour de la terre vous voyez la coïncidence la chute c'est ce qui va vers le bas la liberté c'est ce qui va vers le haut ça ne va pas en sens inverse l'ordre de la nature pardon ça ne va pas dans le même sens l'ordre naturel c'est l'ordre humain voilà donc quand on parle de la nature je pense aussi bien de la nature que j'ai en moi c'est ce qui fait que j'ai sommeil la nuit que j'ai du mal à me lever de mon lit et que je dois manger quand j'ai faim s'il y a des questions oui je vous en prie tout à l'heure vous parliez de musique oui musique populaire qui vient du peuple et puis de cette supercherie de la musique qu'on nous impose question que vous me posez effectivement bon je suis d'accord avec vous sur le fait que il y a des musiques qui s'imposent à nous mais justement est-ce que le populaire à un moment donné ne peut pas s'approprier ces musiques là pour les rendre populaires
Musique populaire et musique du marché ; la Marseillaise
29:06 peut-être pas très très bonne question musicalement et philosophiquement si je peux me permettre oui alors je veux bien préciser ma pensée c'est là qu'on voit que l'épithète populaire est à interroger c'est notre sujet et là je suis très heureux que vous me fassiez passer par la musique en l'occurrence ici la consommation musicale pour y voir plus clair lorsque je parle de musique populaire albanaise corse ou esquimau vous voyez bien des choses très différentes financiers avec une diversité heureuse heureusement et chacune de ces musiques exprime pour parler rapidement l'âme de chacun de ces peuples comme telle fleur ou telle plante ne pousse que sur un terreau déterminé les unes sur l'argile les autres sur le sable les unes au printemps les autres en automne etc.
29:59 dans un biotope on dirait aujourd'hui bien déterminé c'est en ce sens que la musique populaire a un sens positif pour moi elle garantit une diversité et vous dites la musique populaire pourrait utiliser ces musiques là les musiques du marché si je puis dire pour enrichir leur propre répertoire je vais même plus loin dans votre sens je constate que ce qu'on oppose à la musique populaire dans la langue je ne fais pas du jugement de valeur je ne dis pas que l'une est meilleure que l'autre ce qu'on oppose en général c'est la grande musique ou la musique classique etc.
30:34 ou la musique savante le plus souvent c'est musique savante par rapport à la musique populaire c'est plus précis parce que dans la musique classique il y a des choses très légers il n'y a pas que mais dans la musique classique il y a la musique savante l'art de la fugue chez Bach attention ou les derniers quatuors de Beethoven donc la musique savante elle-même quand on la connait bien elle est irriguée d'inspiration populaire si vous analysez les morceaux les plus savants de Bach y compris les choses faites pour violon seul c'est un peu ingrat c'est le seul à avoir retenu l'attention les mélomanes devinent que je parle des partitas pour violon ou pour violoncelle seul il faut le génie de Bach pour remplir tout un espace sonore immense avec simplement un instrument tout seul et qu'on utilise rarement à l'état singulier donc et bien quand on analyse ces partitions on y trouve des rythmes de gigue sarabande bourrée gavotte toutes les danses populaires qui fait que l'auditeur de l'époque reconnaissait immédiatement à la mesure comme aujourd'hui on voit que c'est un rock et non pas un rap au rythme on va immédiatement en identifier je ne comprends pas très bien sa musique mais c'est une gavotte donc il y avait un lien c'est très bien votre question ça me permet de voir ça la musique savante
31:44 restait quand même en phase c'est le cas de le dire c'est les ondes sonores restait en phase avec les musiques populaires lien qui s'est cassé aux deux extrêmes c'est à dire avec les musiques savantes d'avant-garde à partir des musiques contemporaines je les écoute moi j'aime bien parce que j'ai eu la chance d'être un peu initié j'aime bien Schoenberg mais il faut avouer que c'est une musique qui a perdu tout contact avec les peuples et à l'autre extrême il y a cette musique du marché dont je vous parlais qui est venue pour arraser je ne trouve pas d'autres mots les musiques populaires pour faire disparaître leur diversité et je le répète pour faire un second c'est évidemment sans précédent dans l'histoire musicale mondiale qui fait que dans les boîtes de nuit du monde entier on chante à peu près les mêmes refrains qui changent qui sont à peu près les mêmes métriques je pense qu'on est dans la métrique binaire depuis 70 ans les musiques de variété j'ai peu rien on a beau changer les noms salsa, lambada etc à chaque fois il y a eu le binaire plus un petit côté latino pour la danse pour assouplir un peu le côté un peu raide du binaire aujourd'hui c'était salsa ma grand-mère avait déjà la béguine
32:54 à l'époque c'était le mambo ou cha-cha-cha je veux dire ne vous inquiétez pas il y a toujours le latino à la rescousse ça se répète beaucoup plus qu'on ne croit voilà c'était pour je ne sais pas si j'ai répondu à votre question mais il y a bien deux sens de populaire non pas différent mais opposé un dont on fait croire qu'il est populaire parce qu'il est écouté par un grand nombre ça ça vient de l'industrie du showbiz alors que la musique de telle ethnie perdue dans la forêt amazonienne est une musique authentiquement populaire même si l'humanité ne l'écoute pas après tout et qu'est-ce qu'on fait de la marseillaise par exemple ah je fais une mission là-dessus ce que veut dire Louis à mon avis c'est que bon la marseillaise ça vient d'en haut enfin bon voilà c'est la convention peut-être qui impose ça comme ça vient d'en haut enfin ce sont les marseillais oui ça vient ça ne vient même pas de Paris pour une fois en plus on appelle le chant des marseillais oui parce qu'il voulait dire à mon avis c'est que quelque chose qui vient d'en haut le peuple peut s'en emparer et ça peut devenir aussi populaire au travers de bien sûr de sa diffusion mais justement est-ce que populaire c'est pas aussi ce qui vient du peuple un peu comme dans la notion de peuple
34:04 et de et de l'obéissance à la loi qu'on s'est prescrite c'est-à-dire que on se saisit enfin le peuple se saisit de quelque chose et que c'est l'émanation de ce quelque chose qui est précisément populaire je souscris à 150% oui non mais est-ce que dans ce cas là c'est plus populaire qu'il faut interroger c'est en haut en bas en haut en bas peut-être mais quand je disais la musique qui vient en haut du marché tout à l'heure c'est c'est le haut du pavé au sens mais ce qui vient d'en haut peut aussi devenir populaire tu parles en haut du contrat social du législateur de l'homme du peuple qui était à la fois législateur aussi ça c'est une hauteur morale et juridique celle-là je suis pour bien sûr mais c'est pas le cas des musiques de marché elles viennent pas de cette hauteur là elles viennent de la hauteur du stock d'or de l'oncle Picsou oui donc la marseillaise mais pourquoi pas l'alsacienne qu'est-ce qui a fait que ça a été la marseillaise c'est aussi parce qu'il y a eu des décisions politiques il y a une petite vidéo si ça vous intéresse là-dessus si vous regardez la librairie librairie tropique c'est une librairie qui fait pas mal de débats à Paris c'est là où j'ai eu le bonheur de rencontrer Bertrand physiquement la première fois et un libraire très soucieux du débat public dans le 14ème fortement recommandé oui sur son site
35:15 librairie tropique 14ème vous regardez vous ajoutez la marseillaise ça suffit il y a eu une émission consacrée à l'origine même de la création à Strasbourg de la partition et des paroles et c'est très très intéressant quand on voit par exemple que la strophe sur sang impur abreuve nos sillons vous savez dont les ennemis de la république dans tous les sens à l'intérieur partisans de l'ancien régime ceux qui n'ont rien appris ni rien oublié comme des historiens mais aussi aujourd'hui même dans certains modèles anglo-saxons qui pensent que c'est le modèle français qui est l'origine de tous les maux dont souffre la planète vous savez que nous souffrons de la crise à cause du modèle français je croyais que c'était venu des subprimes en Californie mais enfin bref donc bref pour illustrer ce que pensent les adversaires du modèle républicain français il y a cet horrible passage qu'un sang impur comme un peuple dans son hymne peut souhaiter n'est-ce pas que le sang de son ennemi impur vous savez nous savions ce sang impur c'est exactement l'inverse de ce qu'on lui fait dire vous savez les nobles autrefois on disait qu'ils avaient le sang bleu ça voulait dire non nous sacrifions nos vies à la liberté et à la patrie ça veut dire que notre sang impur abreuve nos sillons vous voyez voilà voilà le peuple
Est-on plus libre dans la nature ?
36:26 oui oui monsieur heureux de vous retrouver merci je souris excusez-moi de sourire mais parce que ça me rappelle un oral que j'ai passé pour le bac de philo à un ivoirien je sais que vous êtes de la région enfin un peu plus loin mais et comme il avait très bien répondu sur le texte sur lequel il avait interrogé pour essayer le 18 je lui avais posé une question après hors programme est-ce qu'à votre avis on est plus libre dans la société ou dans la nature c'est un peu le sens de qu'est-ce que j'y gagne moi à troquer la petite liberté de manœuvre que j'ai comme ça tout seul dans la clairière ou dans la forêt pour aller affronter l'autre avec les multiples règlements qu'on imagine alors bien sûr
37:38 je savais qu'il allait me répondre comme beaucoup on est plus libre bien sûr dans la nature il me semble que je peux aller à gauche à droite etc je dis oui mais ça veut dire combien de temps tu vas avoir faim vite ah oui ça c'est vrai on oublie cette nature là il y a des contraintes aussi alors je réponds à votre question maintenant précisément il y a des contraintes dans la nature par exemple il faut manger pour vivre c'est pas la seule il y a celle-là gardons celle-là pour y voir clair et puis dans le monde humain l'état civil comme dit Rousseau il faut respecter le feu rouge par exemple ça n'a rien à voir mais si vous regardez bien le il faut manger pour vivre ne souffre pas d'exception alors que le feu rouge alors vous répétez pas à partir de là ce que je dis on est en France on est un peu resquilleurs il est 3h du matin je suis un peu fatigué non il faut pas le faire pour vous les jeunes voilà des fois on est tenté on peut griller le feu rouge il ne faut pas mais on peut vous voyez la différence avec alors qu'on ne peut pas vivre sans manger l'illusion de croire qu'on est plus libre dans la nature qui ne souffre aucune exception à sa nécessité le jeûne avait perdu
38:48 tout à fait tout à fait exactement donc c'est une manière de répondre à votre question c'est une manière de répondre on a l'illusion de penser qu'on est plus libre pourquoi ? parce que et là je crois que je vais dans le sens il me semble que vous voulez corrigez-moi si je me trompe on subit tellement d'injustice dans l'état social que nous vivons et de trahison du contrat que lorsqu'on se retrouve tout d'un coup dans la forêt en train de ramasser les champignons ou rien du tout à ramasser d'ailleurs on se sent tout d'un coup très libre et on a raison parce qu'on fait une parenthèse dans l'effroyable histoire de ce que Rousseau appelle la servitude et la domination c'est pas la société là qu'on rejette c'est cette société précisément définie par le rapport de la servitude et de la domination et non pas par le contrat et la liberté Rousseau n'a pas une haine aussi excessive de la société mais de cette société plus précisément vous en prie madame oui Anne-Marie vous croyez pas qu'il y aura toujours des hommes qui vont dominer les autres c'est ce qu'on veut nous faire croire l'important c'est pas qu'ils le veuillent c'est qu'ils y arrivent à dominer bien sûr non non mais je sais bien c'est ce qu'on veut nous faire croire
39:58 alors on le répète on a dans la tête le capitalisme a besoin qu'il y ait les méchants et donc pour toi c'est naturel non non non non c'est en lien au même bien sûr mais vous avez raison je vous donne raison moi compris on a tous été parents on a envie que les enfants à un moment donné ils fassent exactement à la seconde mais le problème c'est le bon régime politique c'est pas de supprimer ça on peut pas vous avez raison mais c'est de supprimer qu'ils puissent imposer leur volonté ce qui est pas du tout pareil vous voyez quand je parlais du code d'Hammourabi tout à l'heure c'était un peu pour faire comprendre ça bien sûr que je vois une chose qui me plaît derrière la vitrine j'ai pas les moyens de l'avoir j'ai envie de l'avoir c'est pas pour ça que je vais casser la vitrine et me l'approprier il y a des règles c'est un petit peu la même chose j'ai envie de la femme de mon voisin je me fais une raison si vous voulez je vous dise les institutions sont faites pour ça justement donc vous avez raison de dire qu'il y aura toujours une partie de faire ce qui me plaît plutôt que
41:08 ce que je veux si vous voulez si je peux me permettre de rétablir cette nuance que le film explicite très bien d'ailleurs mais le problème de l'institution c'est de faire en sorte que chacun ne fasse pas ce qui lui plaît l'exemple de l'essai qui reste au lit et celui qui se lève j'ai rien contre celui qui reste au lit j'ai rien contre le plaisir moi je suis pas un puritain du middle west évangélique absolument pas ou un écologiste n'est pas qui a du plaisir il pense qu'il y a un danger on avait compris excusez moi je peux pas m'empêcher non mais c'est la dernière fois j'étais en train justement promenée dans un endroit splendide en forêt avec un écolo je pense qu'il lui faire plaisir oui non non ça va au plurien maintenant il y a des pluies acides qui font que ces forêts sont couronnées il y a un avion en fait il aime pas aller en forêt voilà bon je sais pas si j'irais peut-être un petit peu à votre question mais voilà je suis d'accord avec vous sur le constat bien sûr il y a un égoïsme d'animal il me semble animal au départ mais l'institution humaine est faite justement l'irruption de l'homme dans l'être c'est pour qu'il n'y ait pas pas seulement c'est autant naturel qu'il n'y ait autre chose c'est un extraordinaire challenge c'est ça l'image de Dieu si j'étais chrétien si j'étais religieux je sais pas attention une chose
Les images du film et la mutuelle reconnaissance
42:18 et son image c'est très différent mais l'image de Dieu c'est ça chez l'homme c'était à celle de liberté tout de même tu entends le vent tu ne sais ni d'où il va ni d'où il vient ni d'où il va il y a l'esprit ça ressemble bien à la liberté voilà oui Claude question que je ne sais pas très bien formuler mais enfin je viens je voudrais parler surtout des images donc vous êtes dans la forêt vous discutez on vient sur les structures refabriquées par les hommes des habitations des usines et on voit des gens on les voit deux fois on les voit dans le marché de La Noue et on les voit devant le grand sapin à la mairie c'est des gens c'est des foules le rapport entre tout ça la structure refabriquée par le peuple les usines les maisons les habitations les pavillons les hommes et puis la foule qui est là béate et qui attend le rapport dans l'image oui alors l'idée c'était effectivement au départ de filmer le peuple qui travaille le peuple qui s'amuse
43:28 le peuple mais c'était oui mais c'est mais c'est à la fois le peuple physique c'est à dire que sur la place de la mairie oui donc c'était à la fois effectivement le peuple rassemblé sur la place de la mairie c'était les charlis c'était au lendemain c'était les manifs charlis mais c'est aussi le canal où là on ne voit pas physiquement de personnes le canal et l'usine qui est à côté effectivement parce que ça c'est un produit voilà le rapport il est là c'est pas simplement je veux dire moi il me semble qu'on a un petit peu perdu on a l'impression que peut-être qu'on en arrive encore à cette histoire de coupure entre nature culture etc enfin bon ça c'est mais on vit dans un monde d'hommes fabriqués par des êtres humains et quand on voit le canal on n'a peut-être pas tout de suite la première idée de ça alors que c'est vrai que le chemin de halage enfin ce sont des productions humaines je veux dire on vit dans un monde d'hommes on est entouré de choses d'objets fabriqués produits par les êtres humains donc
44:38 les idées des images c'était ça c'était de montrer et c'est pour ça qu'on termine sur le petit Paris d'un brave monsieur qui est dans le quartier populaire de La Noue qui est un petit commerçant et qui passe toute sa vie à fabriquer ce que je t'ai montré ce truc absolument hallucinant de petit Paris pour montrer à quel point on a peut-être on ne se rend pas bien compte de toute la qualité de tout de tout le travail historique de tout le tout ce qui a précédé et tout ce qui arrive pour en arriver là on ne se rend pas compte on est né dedans et on a l'impression que c'est tombé du ciel et que ça nous est donné comme ça mais pas du tout il a fallu du sang des larmes de la sueur des millénaires ou depuis le néolithique c'est ça l'idée alors le peuple plus précisément c'est vrai qu'on aurait aimé on avait pensé attendre jusqu'au mois de mars parce qu'il y avait les élections bon parce que peuple c'est une notion politique voilà tout de suite on fait un rapprochement politique même politicien bon on aurait aimé aussi filmer la sortie d'usine en vrai mais bon ça n'a pas été possible on a eu des petits soucis même mais voilà bon l'idée c'était ça
45:48 c'était de retrouver des espaces où on sentait à la fois qu'il y avait un résultat du devenir historique et quelque chose de profondément humain quoi mais que ça soit avec des gens rassemblés bon c'est vrai que le marché je ne sais pas si la foule qui est filmée si c'est le peuple ou pas moi je ne sais pas il y a toujours de toute façon une notion il doit y avoir un principe commun je veux dire ce n'est pas simplement une addition de personne à un peuple je ne pense pas sinon ce serait un tas de cailloux voilà ça serait le tas de cailloux donc le principe commun je ne sais pas réellement si on l'a bien cerné et trouvé mais je ne sais même pas si à l'heure où je vous parle dans nos sociétés on l'a trouvé d'ailleurs moi je pense que le peuple c'est encore une notion qui reste encore à venir si je peux me permettre juste un petit incision je crois que ce qu'il y a de commun je ne peux pas trouver quiconque mais s'il y a une piste que je peux proposer pour aller un peu plus loin dans son élucidation c'est la mutuelle reconnaissance le concept que je faisais allusion tout à l'heure dans toute société humaine elle est humaine
46:58 dans la mesure où il y a une mutuelle reconnaissance que j'ai affaire à un être humain à un quelqu'un et non pas à un quelque chose tout d'un coup vous voyez comme la salutation est si importante la salutation est très très importante comme dans les sociétés en général d'ailleurs traditionnelles on prend son temps pour saluer dans la foule sur le boulevard on ne peut pas saluer tout le monde à 18h mais c'est très important quand vous voyez dans un pays du Sahel sur l'immensité désertique un Touareg tout seul sur son chameau loin etc et qui vous voit lui de loin de présence humaine comme ça par le néant alors là vous vous rendez compte ce que veut dire la reconnaissance mutuelle et pourquoi la salutation est si importante voilà je veux dire je crois que la voie vers ce qu'il y a de commun à toute société humaine et qui fait qu'il y a peuple et non pas seulement agrégat meute vous savez comment on dit meute en allemand Gang Wolfgang qui était le prénom du merveilleux Mozart veut dire meute de loup de lâcher des chiens et des dobermans attention oui
48:08 un peuple c'est pas seulement une meute donc un peuple ne doit pas non plus être unanimiste je mets en garde vous voyez j'essaie de renforcer le peuple c'est pas la pluralité je crois qu'on s'est bien compris là dessus c'est pas le tas de cailloux il faut une unité qui le ramène à une totalité mais une totalité en mouvement c'est là où il ne faut pas être totalitaire une totalité qui évolue qui n'est pas close par contre il ne faut pas non plus qu'il soit trop uni parce que cette chose abominable que le lynchage qu'il soit physique hélas ou ne serait-il que médiatique se fait toujours sur fond d'unanimisme c'est bon qu'il y ait des accords des différences entre les gens c'est pas sans aller jusqu'à la guerre voilà mais je tenais juste à cette incise la reconnaissance mutuelle qu'est-ce qui fait qu'on se reconnaît mutuellement déjà comme étant des hommes vous savez c'est pas évident partout lorsque l'on a ramené les premiers orang-outans en Europe c'est Diderot qui raconte ça il y a un évêque qui voit un orang-outan qu'on venait de ramener de Java dans une cage il le regarde un peu perplexe pour la théologie c'est important l'homme a une âme
49:18 les animaux n'en ont pas et l'évêque a dit parle et je te baptise au commencement était la parole voilà je m'arrête oui Samuel moi aussi j'appréciais ça il est trop large il a trop d'activité si on donne par exemple La Liberté guidant le peuple de Delacroix c'est une très belle représentation du peuple mais elle est très insuffisante on va pas dire le peuple si c'est juste le moment où il prend la Bastille je veux dire c'est tout à fait on est maté mais il y aurait par exemple un tableau je ne sais pas vous voyez ce beau tableau je pense que c'est tout ça des semeuses avec des pâles c'est tout ça
Le racisme revient avec le chômage
50:35 mais justement c'est une façon de pas compétentiel de vouloir un peu obliger les choses voilà je vais vous donner cette question pour compléter ce qu'il y a à notre titre par rapport à ce que pas qu'il manque mais que je pensais trouver il y avait la manifestation au lendemain du 11 janvier on y est on y a participé en tant qu'individu on s'est rapproché d'autres individus le regard la réciprocité il y a eu des manifestations parce qu'il y avait des pertes d'emploi ou des revendications de travailleurs on y participe je pensais que l'on aurait cet écho dans l'idée de la construction d'une identité pour échapper au caillou clair mais bon le charlie c'est un peu ça quand même oui mais je pensais qu'on le verrait bien oui alors bon il y en a il n'y a pas eu de grosse manif dans le coin il n'y en a pas eu du tout il n'y en a pas eu du tout on a voulu à Saint-Dizier il y avait du monde de quoi de charlie tu veux dire il y en a du record ah non non non localement
51:45 on a voulu filmer principalement sur la ville oui oui on a fait il y a des conflits dans d'autres villes de la région mais on a voulu se consacrer sur la ville de partir de Dermenonville jusqu'à Saint-Dizier on a fait Hermenonville-Saint-Dizier c'est vrai qu'on aurait pu aller je ne sais pas où le chemin est unique à la conférence oui c'est compliqué pour les choses si graves surtout comme le racisme faites vos statistiques historiques tout simplement vous ne me croyez pas sur parole vérifiez et mesurez chaque fois qu'il y a eu des périodes de chômage on voit revenir le racisme il ne faut jamais oublier ça ça permet de bien poser le problème du racisme c'est pas un problème de race le racisme il est évident récemment je ne vous donne pas son nom mais j'ai un compatriote corse qui m'appelle affolé je vous rappelle le petit village de je ne vous dis pas où tout petit hameau on était 240 habitants et bien maintenant il y a 45 portugais je lui dis alors non il n'a pas trouvé de danger mais je lui dis qu'est-ce qu'il y a il bosse il fait des maisons il va même mieux que nous les portugais ça va il sait faire des maisons ça s'est toujours fait comme ça
52:55 la Corse c'est quoi tu viens d'où toi je veux dire on est presque tous on était 10 000 après la grande peste en Corse si vous le dire entre nous il n'y a plus que 10 000 corses après la grande peste alors les fantasmes pour savoir si on vient des aryens des sémites et machin ça nous fait rigoler après pour repeupler la Corse c'est tous venu l'Italie la plupart qui est en plus l'Espagne le Maghreb beaucoup c'est un mélange vous voyez nous sommes tous des mélanges mais on oublie tout ça dès qu'il n'y a plus le plein emploi pourquoi ? parce qu'immédiatement c'est les minorités visibles qui attirent l'attention j'ai pas de boulot parce que tu es là parce que tu m'as pris mon boulot on commence toujours par attaquer celui qui vient d'ailleurs n'est pas et qui nous a pris regardez ce qui se passe au Kenya actuellement c'est épouvantable au Kenya en Afrique du Sud c'est épouvantable aussi au Kenya mais en Afrique du Sud pays où les populations noires ont souffert comme nulle part ailleurs de l'apartheid et du racisme nulle part à part peut-être à une certaine époque aux Etats-Unis avant la ségrégation une minorité noire a tellement à ce point souffert pour avoir remonté au temps de l'esclavage et voilà que maintenant ce sont ces mêmes
54:05 Africains qui font la peau d'autres Africains accusés de venir prendre leur boulot les pauvres hères qui viennent de Somalie fuyant les conflits de l'Erythrée je vous fais pas un dessin voilà c'est la misère humaine ça mais vous voyez tout de suite que le racisme c'est pas du tout ce qu'on veut nous faire croire c'est pas une question de race le racisme les arabes sont très très bien accueillis en France ne vous affolez pas je n'ai pas fini quand ils descendent au Georges V qui s'appelle le roi du Maroc et qui sont émirs dans le port de Nice le port de Nice ou quand c'est ceux qui financent le PSG hein vous savez bien c'est pas une question d'arabe vous inquiétez pas ou de noir voilà moi moi Corse j'étais pris par comme métèque en Allemagne ils ne savaient pas que je comprenne l'allemand ils croyaient que j'étais un travailleur turc qui migrait moi je comprenais ce qu'il disait voilà c'est comme ça donc vous voulez pas qu'il y ait de racisme il faudrait qu'il y ait plein d'emplois alors moi je voulais souligner un passage dans le film qui m'a un peu désespéré c'est notamment quand tu parles de Pascal et des qualités oui puisque Pascal il nous dit et avoue comme à moi
Pascal : on n'aime que des qualités
55:16 qu'on n'a jamais aimé personne bon et qu'on a toujours aimé que des qualités alors donc c'était cette question du moi de l'autre et l'interrogation abyssale de Pascal sur le moi qui est absolument qui peut vous retourner et vous faire voir le monde d'une autre façon une fois que vous l'avez bien saisi mais bon si tu as des choses et je pense que tu es encore je sais que tu es un grand pascalien aussi lecteur de Pascal tu aimes beaucoup Pascal donc Pascal dit que effectivement quand on dit je t'aime à quelqu'un on ne dit pas je t'aime à quelqu'un on dit j'aime ta beauté j'aime ton intelligence j'aime la vivacité et Pascal dit le moi n'existe pas vous ne pouvez pas aimer le moi de quelqu'un vous n'aimez que des qualités voilà tu te rappelles son argumentaire parce qu'il est assez convaincant on aime la personne alors on interroge on va dire que si vous aimez j'aime bien sa petite frimousse et il répond oui mais la petite vérole qui va abîmer la frimousse sans changer
56:26 que c'est la même personne fait qu'on ne l'aime plus alors on disait qu'on aimait la personne alors qu'on on ne l'aime déjà plus quand elle a changé de look bon c'est ça qui fait dire on aime des qualités etc mais c'est pas si désespérant que ça c'est même un très bon départ pour un titre célèbre pour l'éducation sentimentale parce qu'on est peut-être un petit peu injuste quand on est amoureux il y a des âges de la vie comment dire mais de mettre sur les épaules la personne en face n'est-ce pas la solution de tous les problèmes qu'on subit dans la vie n'est-ce pas c'est peut-être pas c'est pas à ce moment où on aime les qualités qu'on est équitable avec la personne qui est là voilà ce que je veux dire c'est pas au moment où on est amoureux qu'on est plus attentif à la spécificité de la personne qui est là je crois pas j'ai rien contre l'amour je remarque que t'es très jeune que ça te désespére très jeune voilà mais c'est un problème passionnant je ne peux pas le développer ici mais c'est passionnant ça veut dire parce que tenez une autre référence moi je suis plutôt dans le sillage marxiste je cite quoi un chrétien janséniste comme Pascal et là je vais citer la droite anti-gaulliste en plus c'est le plus redoutable
57:38 mais il faut dire c'est un individu merveilleux c'est Saint-Exupéry n'est-ce pas et qui dit quelque part l'homme est un nœud de relation ça c'est jolie histoire du nœud parce qu'un nœud quand vous défaites le nœud il ne reste plus de ficelle quand le nœud est vraiment défait il n'y a pas quelque chose qui était là au centre c'est ça que dit Pascal il n'y a pas cette identité là qui nous obsède maintenant l'identité française l'identité masculine qu'est-ce que c'est qu'une femme qu'est-ce que c'est qu'un homme qu'est-ce que c'est qu'un Hutu qu'est-ce que c'est qu'un tutsi le jeune, le vieux il y en a masse ce truc-là je veux dire on fait croire que c'est les quadras qui prennent les emplois des jeunes que c'est bref que nous sommes dominés par les hommes moi je me suis dominé par Mme Bettencourt Mme, comment s'appelle celle-ci qui dirige le FMI, Lagarde et par Mme Condoleezza Rice qui est du Pentagone qui bombardait l'Irak sans autorisation Mme Merkel dans les journaux qui dit que c'est la femme la plus puissante du monde il faut citer des hommes je ne suis pas en train de me révolter contre les femmes ne vous inquiétez pas je suis en train de dire c'est des problèmes stupides ça les ont mis c'est un Corse qui vous parlent je sais ce que c'est malheureusement pour les dames de France et les demoiselles d'ailleurs c'est le Corse qui a fait le code civil Napoléon
Le morceau de cire de Descartes et l'identité des fleuves
58:48 ben oui et jusqu'à une période récente on ne pouvait pas franchir les frontières la maman avec le bébé sans l'autorisation paternelle ça on voit la Méditerranée je vous l'ai dit bon c'est bien que cette chose-là disparaît ne vous inquiétez pas mais simplement c'est une intéressante histoire de de personnes et de qualité c'est la vieille relation en logique qu'il y a entre la substance et ses attributs qu'est-ce qui reste d'une substance quand vous l'avez coupé des attributs vous vous rappelez le morceau de cire de Descartes c'est admirable comme passage parce que Descartes il est honnête il commence comme vous comme moi il dit qu'est-ce que c'est que cette bouteille lui il parle d'un morceau de cire parce qu'à l'époque il n'y avait pas EDF il y avait la bougie puis la cire la cire d'abeille ça sentait bon dans le bureau et il dit par exemple qu'est-ce que ce morceau de cire il dit je parle pas de la cire en général car ses notions sont confuses mais de cette cire en particulier et il a défini comme vous comme moi spontanément mal parce qu'on m'a pu dire spontanément il commence par définir par l'observer alors c'est quelque chose qui est blanc qui est cubique bref par toutes ses qualités sensibles pour l'oeil c'est le blanc pour l'oreille c'est quand on la frappe elle a un certain son etc.
59:54 et il dit mais voici que cependant que je parle on l'approche de la flamme d'une chandelle le blanc devient jaune la douce odeur de miel devient odeur de cramée il parle pas comme ça Descartes c'est moi qui résume et quoi qu'on le frappe il ne rendra plus aucun son et Descartes est grand philosophe lorsqu'il va à la ligne il dit qu'il dit la même cire demeure-t-elle après ce changement ça vous semble couper les cheveux en quatre non c'est là que l'homme commence et que l'animal humain qui va poser une question comme ça il est en train de dire vous m'avez demandé ce que c'est que la cire j'ai répondu c'est un truc blanc cubique et tout ça il n'y a plus de blanc il n'y a plus de cubique vous maintenez que la cire c'était ça parce que si c'était ça il n'y en a plus de cire ou alors il faut dire quelque chose d'invisible qui se maintient qui était blanc tout à l'heure qui est jaune maintenant Bertrand qui était un jeune petit écolier qui maintenant est un adulte mais qu'est-ce qui fait que c'est le même je te reconnais Bertrand c'est intéressant la question de l'identité vous voyez qu'on ne peut jamais la poser en dehors de la différence l'identité elle n'est alors voilà j'ouvre les pistes je ne veux rien clore elle est dans le temps il faut du temps pour la produire de l'effort et les quelques identités auxquelles nous tenons nous la devons aussi au travail de nos prédécesseurs
1:01:04 croyez-moi et aux nôtres propres mais voilà l'identité ça demande du temps et dernière image rien ne ressemble plus je vais dire tous les fleuves tous les cours d'eau se ressemblent entre eux à leur source vous avez déjà fait des balades quand on remonte à la source on voit des petits des petits filets d'eau de tous les côtés qui vous filent entre les pieds allez savoir si c'est celui-là celui-là ou celui-là qui va donner la Seine ou l'Amazone c'est quand ils se sont déjà réunis qu'ils commencent à faire un fleuve c'est pas à l'origine à l'origine ils se ressemblent tous à ce qu'on appelle un cône de réception je vois en géographie à l'embouchure aussi ils se ressemblent tous sauf par la dimension l'embouchure d'une petite rivière qui arrive à la mer c'est toujours un peu plus marécageux un peu étal avec des petits deltas même s'il fait 800 m de large ou 200 km comme l'Amazone c'est pas mon sujet donc on peut les comparer là où chaque fleuve est individuel et a son identité c'est dans le détail de son parcours vous pouvez pas superposer les méandres de la Seine à ceux du Nil etc c'est là que l'identité c'est une image que je prends la vraie identité elle est pas à l'origine elle est dans tout le mouvement qu'on a fait depuis l'origine on a pas eu le choix
1:02:14 moi je suis né dans le monde colonial parce que mes parents comme beaucoup de Corses c'est une administration coloniale c'est pas par goût du colonialisme il n'y a pas eu le choix et donc mais c'est la carrière qu'on fait à partir de là le parcours c'est ça qui fait l'identité voilà c'est une orientation si vous voulez vers la vraie unité personnelle et je crois que ce qu'on aime chez les personnes pour revenir à ce qui t'avait terrifié à juste titre chez Pascal c'est cette oscillation permanente entre une unité qu'on sent et qui vous échappe en même temps parce qu'elle n'est jamais heureusement définie spatialement arrêtée ici et maintenant voilà je ne sais quoi très bien exactement et le presque rien oui je vous en prie madame j'espère bien on a pour ça sinon on va s'ennuyer j'ai trouvé tout le monde et tout le monde c'est ce qui me tourmente enfin pas seulement tout le monde qui me questionne dans la philosophie telle que je l'entends aussi
À quoi sert la philosophie ? La question du but
1:03:24 ce qui est philosophique et les recherches les questions etc en fait ma question elle est basique elle est simple elle est parfaite mais en fait ça mène à quoi ça sert à quoi dans notre position humain surtout à l'heure actuelle dans le monde qui est très complexe etc c'est bien de pouvoir penser c'est bien de pouvoir réfléchir etc mais en fait c'est juste par rapport à la notion de peuple j'ai entendu que le monsieur on ne peut pas vraiment le définir c'est tout et c'est rien et c'est des petits parcelles à droite donc moi je me dis mais bon pourquoi tant d'énergie et ça mène à quoi ça sert à quoi voilà ma question elle est faire à faire et pourquoi vous êtes venue alors non non justement parce que je suis très intéressée par les grandes questions oui mais puisque là apparemment c'est pas non mais c'est une question profondément philosophique que vous posez exactement je ne la trouve pas du tout choquante elle est à la base même de la philosophie Dominique se la pose tous les philosophes se la posent moi j'ai le mot de Schopenhauer qui dit la philosophie m'a rien apporté mais elle m'a épargné
1:04:34 beaucoup voilà donc je vais laisser Dominique répondre qu'est-ce que la philosophie voilà c'est marrant c'est l'exemple que je prends en général avec les termes de terminale souvent dans les terminales scientifiques on leur donne ce sujet de devoir c'est pas moi mais le sujet de bac classique le développement des sciences et des techniques de nos jours n'a-t-il pas rendu la philosophie inutile c'est pas très loin c'est pas votre question ne se réduit pas à ça mais c'est pas très loin vous voyez alors bien sûr la plupart des élèves se précipitent sur ces mots importants qui sont sciences philosophie il faudra je vérifie je regarde en wikipédia ou je regarde dans mes notes sans voir que le mot important philosophiquement c'est celui qui n'est pas impressionnant comme ça qui passe inaperçu parce qu'on y est habitué on le connait tous par cœur c'est le mot utile vous me demandez à quoi ça sert la philosophie moi je vous demande à partir de quand vous décidez qu'une chose sert à quelque chose la musique à quoi ça sert oui mais pas seulement la musique bien sûr mais pas seulement je veux dire si on m'avait à la place de la philosophie on parle de la pluie pour des passionnés et je vous demande est-ce que vous pensez que la pluie est utile vous allez me répondre en personne raisonnable écoutez idiot de votre question elle est une catastrophe pour le plagiste pour celui qui a un restaurant sur la plage
1:05:44 et une bénédiction pour l'agriculteur qui sort de trois semaines ou de la sécheresse ces mots là ne veulent rien dire utile inutile immédiatement ils ne veulent rien dire par eux-mêmes si on ne précise pas ici je viens de le montrer avec l'exemple de la pluie le but qu'on poursuit alors là je peux savoir vous me dites ce stade est bien fait j'en sais rien vous m'avez pas dit s'il est fait pour le foot ou pour le hockey sur glace c'est pas les mêmes exigences c'est pas le même cahier des charges vous voyez bien donc vous voyez c'est pas pour faire le petit malin que je vous dis ça mais je retourne complètement votre question pour savoir à quoi une chose doit servir qu'est-ce qui est utile il faut philosopher c'est qu'à poser la question du but et le but c'est quoi ah ben moi je sais moi je sais ce que je fais dans la vie mon but c'est d'aller au lycée je suis en star pourquoi tu vas au lycée ben pour avoir mon bac et pourquoi tu vas avoir ton bac pour gagner on ne sait plus à la fin il faut se poser la question de la fin voilà de temps en temps c'est ça c'est ça la philosophie mais sinon elle est parfaitement inutile au sens courant c'est à dire elle n'est pas plus utile je suis bien d'accord avec vous il y a même un auteur célèbre dans les années 60 qui avait fait paraître pourquoi des philosophes
Le luxe du loisir et la division du travail
1:06:54 Jean-Jacques Revel on reçoit est-ce que c'est pas un luxe comment que certains certaines couches sociales qui ont le temps je pense que c'est à tout ça parce qu'elles sont bien mais c'est vrai autant la misère dans le temps dans le monde et tout ça je pense que c'est pourquoi vous avez raison alors vous avez tout à fait raison sur le luxe c'est pas du tout choquant vos questions elles sont fondamentales non seulement j'ai passé 34 ans dans les pays parmi les plus pauvres du monde donc je suis attentif à ce que vous dites et j'avais comme camarade de classe excusez-moi c'est terrible quand on est une belle villa acclimatisée on est blanc expatrié et qu'on voit les camarades qui étaient avec vous dans la classe travailler leurs leçons la même que la vôtre à la lumière du réverbère dans la rue excusez-moi c'est terrible quand on est chez ses parents quand on est lycéens blanc vous voyez expatrié à bord de confort et en l'occurrence c'était le cas et dans sa villa climatisée et qu'on regarde dans la rue la nuit tombée à Cotonou à Lomé à Dakar vos camarades de classe que vous avez vus dans la journée en train de réviser la leçon que vous avez en commun à la lumière du réverbère
1:08:05 parce qu'il n'y a pas de courant à la maison vous voyez donc je suis très attentif à ce que vous dites mais ça c'est pas valable pour la philosophie c'est valable pour tout effort théorique et abstrait ça suppose du luxe et vous avez tellement raison que Aristote l'a illustré ce que vous dites il a dit les mathématiques ont commencé à se développer en Egypte parce que là-bas la caste des prêtres jouissait de loisirs premier sociologue Aristote vous voyez je vous donne parfaitement raison mais c'est pas un luxe indu il y a aussi une division une division du travail j'aurais peut-être souhaité je sais pas moi subjuguer les foules par mon jeu de piano mon désir de domination vous voyez de piano voilà il se trouve que je devais pas être assez bon pianiste et je me suis donc contenté de philosopher et quant à Platon lui il voulait pas faire de la philosophie le philosophe presque emblématique n'est-ce pas il voulait faire de la politique comme tous les jeunes des grandes familles athéniennes les jeunes loups on dirait aujourd'hui n'est-ce pas et c'est ces échecs politiques qui l'ont contraint comme une damnation comme il dit lui-même à se détourner de ses premiers buts et à passer par le détour théorique voilà
1:09:15 mais si c'est une très bonne question d'ailleurs il y a beaucoup de philosophes qui sont des anti-philosophes Rousseau ne cesse de critiquer les philosophes Nietzsche aussi et Marx quand même misère de la philosophie c'est un titre de Marx misère de la philosophie et jusqu'à présent les hommes n'ont fait qu'interpréter enfin les philosophes n'ont fait qu'interpréter le monde ils voulont le transformer et maintenant ils ont essayé de le transformer donc il y a eu beaucoup de philosophes aussi qui sont quand même inscrits en faux contre une espèce de je sais pas on a toujours des images de la philosophie de méditation permanente ou des choses comme ça ou de mecs qui toute la journée pardon de rebondir mais il y a aussi le pouvoir en général a aussi intérêt à véhiculer cette image de l'intello qui est dans les nuages c'est moins dangereux qui s'occupe pas de nos affaires oui et ça ça remonte à l'antiquité parce que Thalès tu connais l'histoire on dit qu'en regardant les étoiles Thalès est tombé dans un puits donc dès l'antiquité la foule ironise sur celui qui est dans ses spéculations ne voit même pas qu'il y a sous ses pieds tout à fait parce que est-ce qu'à l'inverse on peut pas dire aussi que les grandes théories philosophiques ne sont pas à l'origine des grands bouleversements
1:10:25 historiques si vous prenez Marx alors là est-ce qu'on peut dire ça sert à rien Marx bon il y a eu comme une quelques conséquences concrètes et directes et Rousseau le siècle des révolutions 25 ans avant il annonce il prophétise nous arrivons au siècle des révolutions nous approchons de l'état de crise et du siècle des révolutions voilà donc sans Rousseau je sais pas si on peut dire sans Rousseau pas de révolution française mais quand même il y a une préparation des esprits qui fait qu'il y a un bouillonnement à un moment donné intellectuel qui se produit au sein d'une société qui est repris après par les pouvoirs dominants les clercs qui sont imprégnés de tout ça et puis ça fait des rebonds dans la société et puis on en arrive à des grandes coupures des grands changements qui sont aussi voilà au 4ème siècle avant Jésus-Christ qui sont qui sont à Rome que vous retrouvez bon il y a une éclipse de 1500 ans à peu près oui grosso modo à peu près une éclipse de 1500 ans où la théologie est très forte mais la renaissance c'est quoi le bouillonnement intellectuel de la renaissance vous avez été à Florence non enfin il suffit d'aller aux offices à Florence vous comprenez tout de suite il suffit de voir un David je sais pas quoi
1:11:35 et vous dites la philosophie ça sert à quelque chose là c'est obligé vous êtes saisi par quelque chose et puis vous reprenez quoi vous reprenez les lumières derrière vous reprenez le siècle des révolutions que tu dis que enfin bon ce siècle qui n'a pas de nom mais qui est le 19ème le siècle des révolutions on voit bien que la pensée en elle-même dans un sens comme dans un autre moi je n'ai jamais pensé que Hitler ne savait pas penser c'est construit c'est dans Mein Kampf enfin bon même si on peut bien sûr je fais une autre insiste parce que cette actualité c'est grave tu as tellement raison que c'est un des principaux dangers contemporains en France je parle à cause de la montée du Front National je ne dis pas que c'est lui le principal danger le vide idéologique du camp d'enfance les parents sont convaincus mais non mais c'est pas ça c'est qu'on a trop longtemps tendu à faire croire surtout dans la génération de Mitterrand comme on l'a appelé d'ailleurs c'est pas si vieux que oui que l'homme d'extrême droite c'était le beauf stupide qui n'a pas d'idée ce que tu disais non non la droite a travaillé a travaillé sa revanche depuis Vichy je voulais dire c'est pas des idiots c'est pas mon beau à Codilie-Claire il y avait des grands intellectuels
1:12:45 comme Heidegger quand même qui disait qu'on a nous avons un devoir d'Eros à l'égard du Führer oui si ça te dit oui oui tout à fait donc c'est vrai que le bouillonnement intellectuel dont fait partie la philosophie il y a aussi des conséquences qui sont extrêmement directes peut-être qu'on les mesure pas que la raison dans l'histoire il faut un certain temps pour que ça émerge un petit peu mais on se rend compte que mais je rejoins Dominique sur ce côté à quoi ça sert moi ça m'inquiète quand on dit à quoi ça sert moi je dis toujours quand on me pose ça on me la pose aussi et la musique à quoi ça sert voilà penser à quoi ça sert la musique à quoi ça sert danser l'amour à quoi ça sert voilà et vous remarquerez que toutes les choses inutiles sans les choses inutiles on s'emmerderait quand même beaucoup non mais enfin c'est la question de l'utile c'est vrai que c'est une question importante en philosophie la question de l'utile madame j'ai pas entendu ce que vous aviez dit pardon absolument oui madame Nietzsche disait que sans la musique la vie serait une erreur par exemple monsieur madame
L'action ou la pensée ? Faust, l'outil et le langage
1:13:55 il voulait dire quelque chose je crois que vous avez peut-être intervenu je n'ai pas entendu oui il n'y a pas que ça je suis allé un peu vite pour le racisme c'est pas que le chômage mais c'est une manière de poser problème de ne pas se laisser enfermer dans des fantasmes c'est un problème bien sûr par rapport à un problème économique il faut y penser c'est pas inutile la preuve que c'est pas une notion de race je reviens d'ailleurs vous me faites repenser c'est que moi même qui suis corse je me suis fait comment je peux dire chez moi en Corse traité de non-Corse je suis Corse de périmère moi hein de non-Corse parce que j'avais vécu longtemps à l'étranger des fois je reprendrai un peu le boulot en revenant on sait jamais quoi c'est toujours les mêmes histoires et là pourtant c'est le même sang et les mêmes noms c'est la même langue la même couleur oui oui revenir sur la notion de philosophie je pense que l'homme l'homme ordinaire pour aménager son quotidien il a besoin il a besoin de s'arranger dans les événements
1:15:06 qu'il subit et une fois qu'il a subvenu partiellement à ses besoins fondamentaux à un moment donné il s'interroge sur le sens aussi simple et basique que ça puisse être de comment arranger ce quotidien pour que pour être en phase avec avec son environnement pour que l'homme soit soit à peu près aussi agréable que le jour précédent et ça m'amène à une question c'est qu'est-ce qui devance l'autre est-ce que c'est l'action ou est-ce que c'est la pensée j'apprécie il y a des bonnes questions le niveau monte de plus en plus ça va devenir je peux répondre ah oui bien sûr je pense que tu vas te régaler même là oui très très bonne question pas trop longtemps mais oui là
1:16:16 non non je vous renvoie il vient pas souvent lui mais quand il vient je ne vais plus bref mais prenez l'écrivain allemand le plus connu Goethe contemporain lui aussi vous voyez de Rousseau pratiquement de Bonaparte très marqué par la génération son oeuvre la plus connue Faust qu'on l'ait lu ou pas le Faust de Goethe voilà au tout début son personnage il y a une scène où il dit bon je vais dans dans son antre là dans son laboratoire en cabinet comme on voudra docteur Faust c'est à dire point hein Faust je vais traduire le nouveau testament c'est un problème obsessionnel chez les allemands vous savez que le plus grand acte politique de Goethe c'est avoir traduit la Bible en allemand et il est là et il dit au commencement était la parole ça ne doit pas être une bonne traduction ça parce que la parole comment la parole je ne peux pas dire la parole la montagne change de place et elle change de place c'est pas possible alors au commencement c'est un peu votre question alors il dit au commencement était je dirais la force ça paraît un peu plus concret pour la force comme cause des choses
1:17:26 je dis mais la force on la trouve dans des choses indignes aussi et il dit là l'esprit m'inspire au commencement était l'action point oui ça arrive comme votre question elle est essentielle en fait je les renverrai un peu dos à dos j'ai pas dit les deux ont tort les deux ont raison ça je verrai de désespérer madame derrière et pas du tout il y a un progrès à chaque fois mais mais il faut passer il faut quand même passer par des étapes ce que je suis en train de vouloir dire c'est que dans les deux cas on a affaire à une action dans le cas de la parole c'est bien souvent on dit c'est des mots mais il faudrait passer aux actes mais il y a des personnes qui passent 40 ans à souffrir à cause des mots qu'ils ont entendus quand on met d'anorexie je pense surtout aux filles ici parce que statistiquement elles sont plus affectées souffrent de mots absolument de mots intériorisés parce qu'ils font mal il y a un type
1:18:38 qui traitait tout le temps sa fille de souillon terrible sa fille de souillon quand vous avez une fille qui a 11-12 ans 13 ans qui commence à grandir il y a des mots qui font mal et même des fois des mots qui étaient destinés à faire plaisir et qui peuvent égarer d'un avis je veux dire je ne vais pas m'interder nous sommes tous des adultes et des enfants vous sentez bien de quoi je parle donc déjà cette séparation des mots et des actes c'est pas évident mais je pense que l'acte qui a produit le passage de la zoologie à l'anthropologie c'est ça qui nous intéresse de l'univers naturel à l'univers humain culturel historique comme on voudrait spirituel ça dépend et si on est bien d'accord qu'il y a une coupure je ne vais pas répondre à ceux qui n'en a pas à une coupure on retrouve toujours les mêmes choses vous vous rappelez le film de Kubrick Odyssée de l'espace on a l'impression que sa fabrication de l'outil tout d'un coup qui marque le passage à l'anthropologie on le voit bien mais c'est en même temps le passage à la parole au même moment parce que tout ça vient en même temps vous voyez par exemple l'outil et le langage
1:19:49 les deux jouent un rôle fondamental dans l'évolution humaine par rapport aux autres espèces animales l'outil et le langage ont tous les deux en commun de donner une présence à ce qui est absent donc je ne sais pas si on peut les opposer vous voyez ce que je veux dire je vous dis léopard et vous avez déjà présent dans votre représentation quelque chose qui n'est pas là extraordinaire le langage je parle à vous d'une troisième chose qui n'est pas là et que je fais surgir vous vous rendez compte donner à un singe une photo de banane il passe autre chose tout de suite il n'y a que l'homme qui est comme ça est capturé par l'image il reconnaît il identifie une banane pardon vous avez bien enseigné voilà tout à fait le stade du miroir comment vous oui Hervé moi je me demandais que pourrais-tu penser par exemple de ces civilisations on va dire un peu oubliées du modernisme et qui se retrouvent un petit peu comme dans le film les dieux sont tombés sur la tête avec un objet qui n'est pas
1:21:00 de leur civilisation une bouteille de coca si je me souviens bien une bouteille de coca et dont ils ne savent pas faire et qui suscite l'admiration au début après la jalousie et qui finit par créer des morts c'est un film marxiste non ? non c'est un film fait par les blancs d'Afrique du Sud non au contraire on a reproché au film de le prendre un peu à la légère par rapport à l'apartheid à l'époque un très bon film très drôle assez ironique oui c'est bien un point de vue de blancs dominateurs de dire que c'est l'outil qui a amené le désordre dans le monde quand quelqu'un est assassiné par un autre par un couteau c'est pas le couteau qu'on envoie en tôle tu redisais c'est important dans le mal d'une personne d'une personne mal intentionnée la plus belle des inventions peut devenir une arme d'un endroit exactement parce qu'avec le même couteau je peux couper l'appendicite et sauver quelqu'un de la péritonite et qu'elle ait le faire mourir dans les minutes qui viennent ça fait donc je m'abstiens de faire comme trop d'écolos le procès le procès des moyens derrière les moyens se cache l'utilisateur
1:22:11 c'est lui vous et moi qu'il faut mettre en question c'est pas l'outil que ce soit un couteau une massue un silex éclaté ou une centrale atomique c'est bien avec des outils c'est pas ça qui sème la zizanie c'est la manière dont on les gère collectivement bien on va prendre encore une ou deux questions et puis on mettra un petit terme au débat s'il y en a ou il n'y en a pas oui vous parliez de champignons vous aimez ça dans la notion de propriété possession sur le privé possession propriété il y a quelque chose qui m'interpelle dans l'existence c'est la notion d'usage parce que pour moi l'usage prime sur la propriété et comment ça s'articule entre possession propriété usage le terme d'usage il s'incrute comment on a dans tout ça valeur d'usage
Usage, propriété et idéologie des ressources limitées
1:23:21 oui bien sûr usage c'est pas pour faire de l'étymologie mais c'est juste un repérage us uti en latin qui veut dire d'où vient utile d'ailleurs une chose qui est un usage par définition est inutile on revient toujours à cette notion de but et de fin dont je parlais tout à l'heure qui est le monde humain par excellence le fait que je puisse transcender l'ici maintenant pour me projeter dans un but à la fin et donc je ne sais pas si j'ai bien compris ce qui fait question dans votre question est-ce qu'on ne pourrait pas ramener la propriété à l'usage c'est ça que vous voulez en gros est-ce que l'usage n'est pas un fondement suffisant à la propriété c'est ça que vous voulez dire par exemple ah oui mais s'il n'est pas contesté par d'autres c'est toujours pareil chez Locke c'est ça parce qu'on est dans l'abstrait comme dirait Madame tout à l'heure très justement on ne s'engage pas beaucoup par contre lorsqu'il s'agit d'un puits en période de sécheresse là vous ne pouvez pas dire à celui qui veut se désaltérer l'usage veut que c'est plutôt moi qui m'en sers vous voyez ce que je veux dire et il faut avoir vu en fin de saison sèche puisque je reparle du sud du Sahara
1:24:31 mais c'est une image quand les mares deviennent de plus en plus petites vous savez avec l'évaporation et qu'il reste 7 à 8 crocos dans la mare il y a de la baston quand il n'y en a plus pour tout le monde quand même il n'y a rien de pire et pardon de mes obsessions mais parce que je ne pardonne pas au haut à 8 pouvoirs d'aujourd'hui dans les pays les plus riches que nous habitons je n'ai pas dit que nous sommes riches mais nous habitons les pays les plus riches où l'espérance de vie est près de 90 ans pour les femmes 42 ans au Niger l'espérance de vie où j'ai passé quelques années à côté du Mali et que ce sont ces pays où on vit le plus vieux etc.
1:25:10 et où on guette tout le temps on a toujours peur du danger de la moquette qui va me donner la leucémie ou de... donc voilà c'est quand même très très très important ce qu'on est en train de dire c'est pour ça que vous avez raison de ramener l'usage ici ce qui me fait peur dans l'idéologie d'aujourd'hui c'est qu'on fait toujours croire que les ressources sont limitées parce qu'on dit ça de plus en plus souvent on croyait avant que tout était possible maintenant on sait que la terre et les ressources sont limitées on commence à peine à effleurer l'univers n'est-ce pas et on dit que les ressources sont limitées c'est qu'on voudrait bien politiquement et ça me terrifie réduire l'humanité à cette mare aux crocos dont je vous parlais où on ne reste plus que 8 crocos dans la mare et qu'il y en a un qui va tuer tous les autres sinon pour survivre c'est pas des relations entre hommes ça c'est pas des relations entre hommes on a jamais il y a 20 fois plus d'habitants sur terre qu'il y a pas si longtemps il n'y a jamais eu une telle production de nourriture avec la production d'aujourd'hui on pourrait nourrir deux fois l'humanité actuelle au moins il y a un proverbe africain qui illustre un peu ça c'est un grain de mil a toujours tort enfin un grain de mil il a toujours tort devant une poule affamée c'est joli c'est un proverbe africain
1:26:20 je le connais pas je ne le connaissais pas non non je connais je connais ce proverbe africain qui disait c'est quand il dit aux européens vous vous avez la montre nous nous avons le temps je trouve ça très beau bien et bien on va remercier Dominique merci vous amitié merci Bertrand merci vous avez été déplacé et merci votre patience merci