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Pablo Servigne et le système alimentaire industriel
0:00 Mon intérêt a été émoustillé par tout ce que j'en ai entendu dire. Voilà, ça tourne. Play ? Alors moi, j'étais étudiant justement d'agro. C'était ma formation de base. Donc c'était entre 96 à 2002. J'ai fait l'agro en Belgique, même si je suis français. J'ai terminé agronome tropical. Et puis après, j'ai changé de vie, toujours dans la science, mais j'ai fait un doctorat en éthologie sur le comportement des fourmis.
0:33 Et puis après, j'ai arrêté la science et j'ai fait de l'éducation populaire en Belgique toujours, ce qui est très commun et financé par l'État, massivement. C'est très intéressant. Et donc, en sortant de ce monde académique, de ce cocon de l'université que j'aimais beaucoup, par ailleurs, je passais 12 ans à l'université, et je me suis confronté à un public, disons toujours à faire des recherches, des PowerPoints, des articles, mais à un grand public et en français, et dans toutes les classes sociales et dans tous les milieux. Donc c'est ça qui m'anime aujourd'hui, c'est d'aller partager toutes ces découvertes, tous ces articles en PDF qu'on reçoit en direct, scientifiques, toutes les semaines, qu'on déchiffre.
1:16 Après, j'essaie de les synthétiser, de les partager au plus grand nombre, dans tous les milieux. Et là, je reviens un petit peu, ça fait longtemps que je n'étais pas venu dans une fac, je suis content de revenir. Merci de m'accueillir. J'ai préparé, et à la demande de briller aussi, un exposé assez dense, rapide, plutôt scientifique. J'espère que ça sera OK pour vous. N'hésitez pas après à revenir là-dessus sur les questions. Je vais essayer de maintenir un rythme pour pouvoir poser plein de pistes pour le débat.
1:47 Et là, notre nouveau livre sort dans dix jours, deux semaines. Donc on a encore continué les recherches. C'est une sorte de tour d'horizon de plusieurs années, de plusieurs livres. Donc voilà, ça peut être un peu dense, mais au moins vous aurez un aperçu global, qui je pense est assez intéressant et stimulant, surtout pour les étudiants en agro. Alors à la base, en sortant, je suis sorti de la fac, en éducation populaire, j'avais fait une étude sur l'agriculture sans pétrole, post-pétrole.
2:20 Et à l'époque, pour moi, dans les milieux scientifiques agro, on parlait des menaces, des risques pour l'avenir. Et un tiret des PowerPoint, c'était le climat, mais un tiret, c'était seulement le problème des énergies fossiles. Et puis on passait, et c'est tout. Je voyais ça juste comme ça, c'était effleuré le sujet. Et puis dans les milieux, après j'ai fréquenté des milieux spécialistes des pics pétroliers, du pic de gaz, etc. L'ASPO, l'Association pour l'étude du pic pétrolier. Et là, c'était l'inverse.
2:50 Ils avaient tous les détails sur le pétrole, les pics pétroliers, l'avenir de l'extraction, etc. Et puis ils disaient, les futurs risques et menaces, il y avait un tiret, c'était l'agriculture et l'alimentation. Et ils ne développaient pas. Et il n'y a personne qui faisait le lien. Et j'ai demandé à plusieurs rechercheurs, est-ce qu'en Europe, il y a des recherches sur l'agriculture post-pétrole, sans pétrole. Comment on cultive de manière intensive pour tout le monde, sans pétrole, sans tracteurs, pesticides, insecticides qui consomment beaucoup d'énergie, engrais, etc.
3:26 Tout ça, ça consomme de l'énergie. Il n'y avait pas de labo de recherche. J'ai trouvé un centre, un institut de recherche aux Etats-Unis, au Kansas, qui s'appelle le Land Institute, je vous conseille d'aller voir, créé autour de Wes Jackson. Il a écrit des bouquins, c'est passionnant. Mais sinon, rien. Et du coup, j'avais fait à la demande d'Yves Cochet un rapport pour le Parlement européen, c'était en 2013, sur l'avenir des systèmes alimentaires en Europe. La demande d'Yves Cochet. Donc il était déjà repéré par l'écologie politique. Non, ce jeune homme paraît comme ça, en dehors un peu des circuits.
4:04 Et en fait, il est quand même au top de l'écologie politique, les Yves Cochet. Moi, j'ai pratiqué. Et sur la possibilité de catastrophes et donc de résilience. Est-ce que nos systèmes alimentaires sont résilients ? Puis ça a donné, suite à le rapport à un livre, un premier livre, Nourrir l'Europe en temps de crise. Et en fait, pour bien se rendre compte de la problématique, c'est qu'ici, vous avez une famille classique, enfin classique, typique au Mali, je crois, ou au Tchad, je ne sais plus. Et on leur a demandé, c'est un photographe connu, Peter Menzel, qui a demandé à ces familles, il y a tout un tas de photos dans plein de pays du monde, de mettre devant eux une semaine de nourriture.
4:44 Et alors là, on voit familles nombreuses, voilà, des sacs en toile de jute, du vrac, surtout des grains, un peu d'oléagineux, des épices, de l'huile. Ici, c'est en Bolivie. Vous voyez que ça ressemble un peu. Familles nombreuses, beaucoup de choses en vrac, et pas mal de fruits et légumes cette fois. Ici, familles nombreuses aussi, mais en Égypte. Et on voit déjà le système alimentaire changer. On voit déjà de la viande apparaître, des emballages, des sucres rapides, des produits industriels.
5:18 Pareil au Mexique, où là, déjà, ça change considérablement, ne serait-ce que la famille qui a passé sa transition démographique. Et on voit beaucoup, beaucoup de boissons sucrées, de l'eau en bouteille même, et beaucoup de sucres rapides et de fruits et légumes. et toujours un peu de vrac. Là, on est en Europe, en Allemagne, toujours quatre familles, quatre personnes dans la famille, et on voit le système alimentaire derrière. On voit ce qu'on appelle le système alimentaire industriel.
5:51 Quasiment tout est emballé, avec des produits hyper transformés, beaucoup de viande et de laitage, beaucoup de protéines. Et là, c'est le sommet, je vais dire summum. Aux Etats-Unis, on a un système alimentaire vraiment, c'est l'archétype du système industriel. Ici, il y a deux tomates, on voit quand même, on a un peu de raisin. Sinon, tout est fluo, en plastique.
6:21 Et en fait, ces produits, c'est la partie émergée de l'iceberg, du système alimentaire. Ce n'est pas juste l'agriculture. Bien sûr, il y a l'agriculture, et l'agriculture dont on parle, c'est une agriculture basée sur l'homogénéité, ultra-mécanisation, la consommation massive d'énergie fossile, comme j'ai dit tout à l'heure. Pour faire de l'engrais azoté, il faut beaucoup de gaz naturel. C'est le procédé Haber-Bosch, ce qui est le prix Nobel au début du siècle, du XXe siècle.
6:54 Et une industrie d'extraction pour les engrais, comme les phosphates, etc. Et donc, homogénéité pour pouvoir faire passer des machines mécanisées, donc pétrole, et donc processus industriel linéaire. Ça, les industries d'extraction, l'homogénéité, vous voyez ? Donc l'uniformité. On est dans l'idéologie, là. Je veux dire au niveau de...
Le champ sémantique du mal : linéaire, homogène, industriel
7:24 C'est menti que je parle. Pour l'instant, je ne l'ai pas entendu dire une ânerie. Je veux dire, ce n'est pas mes domaines. Mais je veux dire au niveau factuel, il n'a rien dit. Mais par contre, rien que les mots qu'il emploie, on n'est plus dans la science. On est dans le religieux. C'est les mots du mal. Le linéaire, le pyramidal, l'homogène, l'extraction, une agriculture, une alimentation industrielle. Et alors ?
7:54 Les termites, elles mâchent. Les fourmis, elles mâchent toute leur nourriture avant de servir la reine. C'est une transformation, déjà. Et alors ? C'est pour ça que c'est mauvais. Le miel, c'est un extraordinaire travail industriel de transformation. Le miel, oui. Une industrie naturelle. Si je puis dire. Non, je dis ça parce que j'en profite pour introduire un élément qui va être capital. Je connais beaucoup de gens qui se situent à gauche de la gauche dans le discours écologique et qui se disent donc anticapitalistes.
8:32 Pour l'instant, c'est cohérent. La gauche de la gauche. Et en fait, quand on les écoute bien, ils ne sont pas du tout anticapitalistes. Ils sont anti-industriels. Ils sont contre le monde industriel. Et comme ils n'imaginent pas, ils n'ont pas connu l'époque où il y avait la guerre froide, l'Union soviétique. Comme il n'y a pas d'alternative à un monde industriel autre que le capitalisme, les deux se confondent. Et donc, le mal devient industrie. C'est pour ça que je rebondis. Je rebondis sur ce mot-là.
9:02 Les trois derniers mots, linéaires, industriels, homogènes. Ce type-là, l'aisance qu'il a parlé, c'est admirable. On voit qu'il respire l'intelligence. Ce n'est pas le nul, ce n'est pas le convulsé, ce n'est pas l'écolo, je veux dire, la fantasmatique. que j'ai l'impression que l'apocalypse va lui fondre au-dessus, même s'il est connu pour ça, pour le collapse. Je veux dire, mais enfin, il prend une distance avec le collapse. Enfin, individuellement, en tout cas. On ne sent pas le mec qui se sent menacé. Il dit peut-être qu'on l'est collectivement, mais lui, individuellement, il ne semble pas dépressif.
9:39 Il n'est pas convulsé, ce qui est quand même reposant. Eh bien, il ne serait pas tout ce qu'il est. Il n'aurait pas cette aisance, il n'aurait pas ce discours, s'il n'avait pas été élevé, depuis cet âge-là, dans un monde industriel, protégé des maladies par des laitages, par des trucs hyper contrôlés, surveillés, parce que maintenant, pour mettre un aliment en vente, contrairement à ce qu'on dit, qu'on bouffe n'importe quoi, tu parles, ça n'a jamais été aussi contrôlé.
10:10 Moi, je vois le nombre d'intoxications qu'il y avait au temps de mes grands-mères, de mes tantes, etc. C'était épouvantable, quand il n'y avait pas le frigidaire, rien que le garde-manger, rien que ça. Voilà. Je dis des choses, pour l'instant, évidentes, mais dont on ne parle jamais. Et, ce qui me frappe, c'est le champ sémantique, tout de suite. Je voudrais tout, si vous voulez. Je ne vais pas garder la parole longtemps, parce que ça m'intéresse, ce qu'il dit, je voudrais reprendre, mais, pour être clair, tout de suite, j'introduis une dichotomie entre le discours scientifique et le discours idéologique.
Discours scientifique et discours idéologique
10:47 Parce que le fait qu'il va se baser sur une apparence scientifique factuelle, et il y a des photos qui montrent une station offshore, alors que c'est un montage, on est au cinéma aussi, je veux dire, on est dans la communication, fait que, les neuf dixièmes des discussions sur l'environnement, sur l'écologie, qu'on soit pour ou contre que ce soit des climato-sceptiques, ou bien, au contraire, la dominante collapsologique, dans les deux cas, les arguments sont de nature scientifique.
11:22 Oui, oui, mais vous ne tenez pas compte de l'énergie solaire qui était plus importante que la dimension humaine, vous voyez, par exemple. Pour moi, dès qu'on est dans la discussion avec un argumentaire à référence scientifique, on est piégé dans l'idéologie. Vous voyez le paradoxe ? Alors que la science et l'idéologie, c'est justement ce qui s'excluent mutuellement, ou bien on est dans la vérité scientifique, ou bien on est dans le délire idéologique. Or non, je veux dire, n'oublions pas qu'il y a eu des grands biologistes nazis qui étaient persuadés, sincèrement, que les juifs étaient une menace biologique, comme les races inférieures d'ailleurs, pour la nation allemande.
12:02 Voilà, donc les plus belles intelligences et les plus grandes cultures, parce que ce type-là respire l'intelligence et visiblement ne sont pas à l'abri de l'aveuglement idéologique. Voilà, j'ai envie de l'écouter donc je ne voudrais pas m'attarder, mais je préviens tout de suite que ça reviendra souvent, cette dichotomie entre le scientifique et l'idéologique, et que tant qu'on est dans le factuel comme il semble l'être, je n'ai pas vu un instant, pour l'instant, prendre une distance avec le sentiment écologique. et que je n'ai pas dit les vérités, les analyses, il y a de vrais nuisances, avec le sentiment écologique, bref, avec l'ordre symbolique et l'inconscient, pas une seconde, on est tout de suite dans le factuel.
12:40 Or, la vraie science, on met un temps fou à savoir si 2 et 2 égale 4, ça c'est du sérieux, c'est la mathématique. Non, je suis sérieux. dans la logique ensembliste, les conditions logiques requises pour qu'on ait le droit d'écrire 2 plus 2 égale 4, ça prend des pages et des pages. Alors que là, des choses mille fois plus complexes, pof, on est dedans tout de suite d'emblée. Ça, c'était dans le champ. Puis on passe à la commercialisation, mondialisation, là on a une représentation des chaînes de flux tendus, de commerce, des chaînes d'approvisionnement très longues et très rapides.
13:12 Première image qu'on voit immédiatement après la station offshore, dont je pense, bon, je crois que c'est l'Atlantique, non, mais je ne suis pas sûr, un énorme terminal container, un port terminal container qui sent la Chine visiblement. Enfin, l'ennemi est déjà là. Et finalement, on a quoi ? Tout le système alimentaire industriel, c'est beaucoup, enfin, c'est de l'agriculture, donc, comme je disais, consommateur d'énergie fossile plus, avec transport dans les centres de transformation, transport, centre de distribution, transport, centre de distribution, encore une fois, à chaque fois, pétrole, pétrole partout, et même nucléaire, chaîne du froid, etc.
13:55 Transport à nouveau, retransformation. Pourquoi même nucléaire ? Ça veut dire que le nucléaire est encore plus dangereux que le pétrole ? Si c'est la menace, c'est le carbone, il vaut mieux le nucléaire. à la maison, avec électricité, énergie fossile, et puis, toujours à la fin de la chaîne, les déchets, transport de déchets, traitement des déchets, énergie fossile, énergie fossile. En fait, il y a partout des énergies fossiles, et surtout du pétrole, charbon, du gaz naturel.
14:26 Et donc, il y a quatre ou cinq choses fondamentales, je n'ai pas le temps de développer, mais à dire sur les énergies fossiles et le pétrole. La première chose, c'est que c'est une énergie incroyablement dense, concentrée et riche. Donc, un ordre de grandeur, dans un plein d'essence, on va dire 40-50 litres, en joules, vous brûlez cette essence, ça équivaut à quatre ans de travail humain. Une personne qui travaille, une personne moyenne, qui travaille à un travail moyen, pendant quatre ans, il va produire autant de joules qu'un plein d'essence.
15:00 Un baril de pétrole, c'est douze années et demie de travail humain. Là encore, je veux dire, c'est vraiment l'argument scientifique. Une mesure, quatre ans, les joules, etc., unité de mesure de la physique, la chaleur se calcule en joules et on n'est pas du tout en scientifique. C'est quoi le travail humain ? Quand je fais trois heures de piano, pour un pianiste professionnel, je dis... Alors, il dit moyenne, moyenne entre quoi ? Je veux dire, déjà, on voit la rapidité avec laquelle on passe du scientifique à l'indéfinition idéologique.
15:36 C'est-à-dire, c'est quoi le travail humain ? C'est quoi une heure de travail humain ? Une heure de travail d'un ingénieur ? Une heure de travail d'un paysan mexicain ? Une heure de travail d'un trader à Wall Street ? C'est quand même pas les mêmes dépenses énergétiques. Ça veut dire que on a tous, nous, Européens moyens, qui consommons beaucoup de pétrole indirectement pour nous nourrir, nous chauffer, nous déplacer, nous instruire, etc. On a besoin de beaucoup de pétrole. On a tous l'équivalent de 500 esclaves énergétiques.
16:08 500 personnes, imaginaire, des esclaves énergétiques, c'est le pétrole qui fournit cette énergie. 500 esclaves chacun. 500, 500. Ici, on n'est pas 300 dans la salle, mais 300 fois 500 personnes. 500, il désigne tout le monde, mais pas lui. Ça, c'est la première chose. C'est une énergie dense, incroyablement précieuse et on la brûle très vite. Deuxième chose, c'est qu'on fait tout, beaucoup de choses avec du pétrole.
16:38 Toute la civilisation thermo-industrielle est basée là-dessus. On peut faire du plastique, des textiles, des médicaments, etc. Troisième chose, toute notre société en dépend et c'est très corrélé. Les prix du pétrole sont très corrélés par exemple aux prix alimentaires. Ici, vous avez 2001-2011, l'indice des prix du pétrole en rouge et les prix alimentaires en bleu. Et ce pic-là, c'est la crise des subprimes. Vous vous souvenez, à l'époque, il y a eu des émeutes de la faim dans 135 pays.
17:09 En 35 pays, pardon. Donc, ces petits pics-là, c'est vraiment des événements géopolitiques majeurs. donc, toute notre société, notre alimentation, nous mangeons du pétrole, en fait, c'est ça. On entend souvent dire que maintenant, on mange de la merde. Excusez-moi, c'est l'expression la plus courante des écologistes, ce qu'on trouve dans les Franprix. On mange de la merde, on mange du pétrole. C'est un peu pareil. C'est noir, c'est sale, c'est gras. Là, je suis dans l'ordre symbolique, c'est juste pour donner une petite indication de ce que j'appelle l'ordre non scientifique, mais qui est d'une rigueur à analyser, qu'on peut analyser scientifiquement.
17:48 Autre chose, la crise subprime, le pardon, les émeutes de la faim, parce que c'est tout à fait juste, son double graphe que les prix alimentaires explosent, quand le pétrole explose, tout à fait. C'est vrai que notre économie est quasi entièrement pétrolière, 80% comme elle a été charbonnière avant, ce qui est encore pire d'ailleurs. C'est fossile dans les deux cas, il faut sept fois moins de pétrole, pardon, sept fois moins de quantité de matière pour produire la même quantité d'énergie avec du pétrole qu'avec du charbon.
18:22 Le charbon, c'est ce qu'il y a de pire. Mais par contre, les émeutes de la faim, attention, là encore, on voit à quel point l'écologie cache le politique, cache ce qui est décisif politiquement. Les émeutes de la faim résultent de la politique du FMI et de la Banque mondiale, deux organismes essentiellement états-uniens, qui se répandent, qui arrivent au Mali, dans un des pays les plus pauvres du monde, je l'ai vu dans toute ma carrière, j'ai discuté même, j'ai même extorqué de l'argent de la Banque mondiale pour faire des manuels scolaires pour le compte de mon employeur et qui se répandent des manuels disent, vous vivez au-dessus de vos moyens, aux pays les plus pauvres de la planète, vous allez me réduire la moitié de la fonction publique, augmenter le prix des produits vivriers par trois, abandonner le contrôle des prix, bref, libéraliser l'économie, et ça s'appelle les plans d'ajustement structurel, en langage codé, on ne dit pas on va les affamer, on dit on va faire un PAS, un plan d'ajustement structurel.
19:20 Et à ce moment-là, si vous faites tout ça, on vous prêtera peut-être 2 milliards à 1% et qu'ils seront remboursés. Puis l'expert du FMI rentre chez lui, il y a 200 morts, il meurent de la faim à Bamako, au Caire, etc. C'est ça la cause des émeutes de la faim. Il n'a rien à voir avec le pétrole. Et l'autre chose à dire, quatrième chose, vous voyez ici, c'est la courbe de découverte du pétrole tout au long du siècle, 1930-2030, là il y a un siècle, de découverte de gisements.
19:53 Et puis en vert, c'est l'extraction, c'est la quantité de production. Au début, on découvre plein de choses et puis peu à peu, on l'extrait, etc. Et entre le pic de découverte et le pic d'extraction, il y a toujours 40 ans. C'est une sorte de principe géologique. Donc en fait, on est tout en haut du pic. En rouge, c'est la demande qui continue. Donc là, il y a un effet de cisaillement, un décrochage entre l'offre et la demande. Et en fait, on est en haut d'un pic de production et d'extraction. C'est-à-dire que la production va commencer à décliner.
20:24 Alors vous allez me dire, ouais, on est en haut d'un pic. Ça veut dire qu'il y a encore la moitié de la courbe en cloche. Effectivement, il y a encore beaucoup, beaucoup de pétrole, de réserves prouvées. Même pas dans les futures découvertes. Dans les réserves prouvées, on a de quoi exploser le climat de cinq fois la limite des deux degrés du GIEC. Vous savez, si on extrait tout et on brûle tout, c'est la « hot house earth », comme disent la planète étuve. C'est foutu au niveau climatique. Ce qui m'intéresse, c'est que je ne suis pas en train de dire que ce qu'il dit est faux.
Industrie, santé et limite des ressources
20:57 Il n'y a pas un seul détail qui vient de dire qu'il soit faux, factuellement. C'est la manière dont ils sont arrangés, les conclusions qu'on en tire et les jugements de valeur qui ne sont pas des jugements d'existence. c'est vrai que notre économie est pétrolière. C'est vrai que la série de photos où on va de la famille malienne à la famille américaine en passant par la famille égyptienne, allemande, etc., je dois sauter des étapes, c'est extraordinaire parce qu'on va vers les sociétés où l'espérance de vie est la plus longue et où la santé moyenne est la meilleure.
21:37 On oublie toujours ça, c'est quand même extraordinaire. Ça, on ne le voit pas dedans. On a l'impression qu'on va de plus en plus vers la catastrophe avec cette évolution. On ne voit que des produits chimiques, industriels, là, sur la table. Oui, c'est pour ça qu'il est en bonne santé, ce monsieur. Je regarde les Jeux Olympiques de Tokyo. Ça a été l'explosion de la jeunesse américaine. C'était des splendeurs. Dans Paris Match, il y avait des articles où on voyait les nouveaux dieux, les Apollons, mais je caricature pas, c'était la vérité. Mark Spitz, je crois, qui a encore maintenant battu le nombre de records de médailles d'or Olympique sur un seul homme.
22:14 D'accord ? Natation, il fallait voir. bon, c'est que dans la vieille Europe, mon ami Clouscard, dont on a fêté avant-hier le 10e anniversaire de la mort, avalait un litron de rouge le midi, un litron de rouge le soir. Où je veux en arriver ? Les Mark Spitz, la jeunesse américaine, et là, j'en dis du bien, pour moi, c'est un progrès, étaient nourris 50 ans avant tout le monde de jus de fruits, de laitage, de yoplait, enfin, de yoplait, d'équivalent américain, etc., ça fait une explosion de la santé, tout ça est industriel.
22:50 Et alors ? On dirait que c'est l'enfer, cette progression, parce que, visiblement, c'est fait la mise en scène pour qu'on aille vers quelque chose d'insupportable. Voilà. Je ne tranche pas le fond du débat, parce qu'on va croire que je suis en train de défendre l'économie pétrolière contre lui. Ah non, non, non, pour moi, c'est une catastrophe, le pétrole. On a ça de commun. D'accord ? Alors, je le dis à l'avance, pour que ce soit clair, après, il ne faut pas le noyer le poisson. Justement, ce qui est bien avec le nucléaire, c'est qu'on n'a plus besoin des énergies fossiles.
23:20 Je parle du nucléaire dont les déchets posent un problème, le nucléaire, l'uranium. En plus, quand ce sera le nucléaire sur lequel travaille ITER dans le sud de la France pour le monde entier, c'est-à-dire lorsque ce sera l'hydrogène qui sera le combustible, c'est-à-dire le produit. Il n'y a que ça dans l'univers et 80% de l'univers c'est l'hydrogène, 90%. Voilà, on ne risquera pas d'être dans le monde limité parce que le drame des énergies fossiles, premièrement, c'est qu'elles ne sont pas en quantité limitée même si, comme il l'a très bien vu, c'est intéressant, c'est aussi un petit détail sémantique que je relève, excusez-moi, d'effet idéologique.
23:52 C'est marrant parce qu'il ne doit pas d'habitude, les écolos insistent sur le côté limité des ressources. Vous connaissez bien ce thème, le côté limité des ressources. Et c'est vrai que les ressources fossiles ne sont pas en quantité illimitée. Sauf que si tu passes à autre chose, si tu passes au nucléaire, on ne peut plus parler de collapse. Il n'y a plus de pétrole, donc tout s'effondre. Donc lui, il dit, en fait, il y en a beaucoup plus qu'on ne croit.
24:24 Vous avez entendu ce qu'on vient d'entendre. D'accord ? Il en reste suffisamment de réserves pour qu'on arrive à 50 degrés, je ne sais pas, à 80 degrés. Voilà. Je me permets d'insister sur les points qu'on ne développe jamais et qui sont les conséquences logiques de ce qu'on entend du discours dominant. Je ne suis pas en train de dire que c'est vrai, c'est faux. Il faut en assumer les conséquences. Donc on a encore beaucoup de pétrole. La question du pic pétrolier, c'est qu'on n'arrivera pas à l'extraire pour des raisons thermodynamiques parce que ça coûte de l'énergie d'aller extraire toujours plus loin, plus profond, avec plus d'ingénieurs, plus de techniques, etc.
25:00 Et pour des raisons aussi, alors ça, ça s'appelle EROI, Energy Return on Energy Invested, le retour sur investissement, en fait, le taux de retour énergétique. Au début, c'était très facile. Là encore, j'analyse la sémantique. Je ne sais pas. ça fait une dizaine de fois qu'il a la référence anglo-saxonne, linguistique, ça ne me dérange pas. Mais en même temps, il ne le prend pas au discours des savants, il le prend au discours du management et du consulting.
25:34 de faire sortir du pétrole, l'extraire, on a appelé des ingénieurs, hop, des machines. Pour un baril dépensé d'extraction, pour l'industrie, il y en avait 100 qui sortaient aux Etats-Unis. Donc 99 barils de surplus pour développer la civilisation. C'est très facile. 90 ans après, le rapport est de 1 sur 35. Il faut creuser un baril dépensé, on n'en retire que 35. Et en fait, ce taux de retour énergétique diminue de manière plus que proportionnelle.
La production n'est pas la religion du capitalisme
26:05 Aujourd'hui, aux Etats-Unis, on est à 1 sur 12. Ça devient dangereux en dessous de 1 sur 20 pour une société. Au niveau mondial, on est à peu près à 1 sur 20. Bon, après, les chiffres sont... C'est une fourchette, quoi. Donc ça devient difficile énergétiquement d'aller extraire. Moi, ça n'a rien à voir, mais j'ai du mal à le contredire parce qu'il est charmant et sympathique. Et le problème, c'est qu'il y a un problème thermodynamique et il y a un problème financier. C'est-à-dire que notre société, elle a besoin de finances, d'investissements, d'un système de dette, etc., pour maintenir cette puissance d'extraction.
26:40 Et inversement, elle a besoin de cette puissance, de cette puissance du pétrole pour faire marcher toute la croissance, ce système de dette. Dès qu'il n'y a plus de croissance, tout le système financier s'écroule comme un château de cartes. Et la croissance est directement proportionnelle et elle est l'essence qu'on met dans le système. Bon, alors là, on a riche de grave. parce que là, factuellement, c'est faux. Je m'explique. Le théorème de plusieurs croissances, enfin, la croissance est vitale dans le presque dit dans l'économie dominante et donc dans le discours et l'idéologie dominante, vu par lui.
27:14 La croissance est la valeur fondamentale. Et non seulement c'est faux, mais c'est un contresens. Je veux dire par là qu'il y a plus d'une génération que le capitalisme a cessé d'avoir la production comme valeur absolue. Au contraire, le capitalisme, depuis plus d'une génération, est financier et non plus industriel. Je veux dire par là qu'il y a une convergence, c'est grave ce que je veux dire, je me permets d'insister, il y a une convergence entre l'apparition du chômage de masse à partir de la fin des années 60, enfin la fin des 60's.
27:52 La réapparition du chômage de masse qui avait disparu depuis la grande crise des années 30, regardez comment on arrive à l'époque d'aujourd'hui. C'est-à-dire la fin des Trente Glorieuses qui tournent autour du début des années 70, en gros, ce réveil du chômage de masse qui jusqu'à aujourd'hui, vous voyez, même des gens de gauche comme Mitterrand disaient contre le chômage on a tout essayé. Vous voyez, l'impuissance, et ça ne s'est pas arrangé maintenant, c'est encore plus maintenant qu'à l'époque de Mitterrand. D'accord ? Je parle de quelque chose de sérieux.
28:23 Je dirais quel rapport ? J'y arrive. C'est que au moment où l'industrie, le capitalisme débauche, c'est-à-dire sort de l'emploi, donc arrête de produire tendanciellement, diminue la production. Regardez, comme on se plaint en France à juste titre que ça fait 40 ans qu'on a désindustrialisé. qui a beaucoup plus d'emplois dans le secteur tertiaire, de cadres, voire quaternaire, c'était le nom de la boîte qui m'employait comme consultant.
28:54 Quaternaire développement, ça s'appelait. Pourquoi pas quainténère, sexténère. Bon. primaire, l'agriculture, secondaire, l'industrie, tertiaire, tout ce qui est au-delà. Vous, moi. Les couches moyennes, comme dirait Clouscard. Tout ça, c'est pas l'économie de la production, précisément. La production, maintenant, on le dit, l'usine du monde, c'est la Chine. Là, oui. Il y a une explosion, l'industrie, comme l'Inde, comme ce qu'on appelle les émergents.
29:26 Là, oui. Qu'est-ce que je suis en train de dire ? Je suis en train de faire de la géopolitique. On dirait pas comme ça. Je suis en train de rappeler que si il a raison, les ennemis, c'est la Chine, la Russie et l'Inde. Réfléchissez ! C'est-à-dire ceux qui continuent à produire sale. Les mains sales dans le cambouis, l'industrie. Steinbeck. Vous comprenez ce que je veux dire ? Steinbeck. J'ai les raisins de la colère.
30:01 Donc, voilà. Or, l'industrie actuelle, l'économie actuelle, tend de plus en plus, n'ont pas créé de la richesse à partir de la production industrielle. Imaginez aujourd'hui de couvrir la France du réseau de voies ferrées comme on a fait sous Napoléon III. Personne n'y pense. De faire un équivalent. Les voies ferrées, il y en a suffisamment. Personne n'y pense. Il y a moins de voies de chemin de fer en France maintenant qu'il y en avait sous Napoléon III. À Dieulefit, il y avait un petit chemin de fer de Montélimar-Dieulefit qui s'appelait le Picodon du nom du fromage de chèvre. Dieulefit.
30:34 Personne n'y pense plus. Donc, ça consiste moins à créer de la nouvelle richesse et ça explique beaucoup de choses qui ne vont plus et l'appauvrissement tendanciel de nos sociétés que le transfert de la richesse ici à la richesse là. C'est ça le financier. Regardez comme les grands patrons des industries les plus hard. Je pense à Dassault, l'aviation militaire. Le rêve de Dassault, c'était d'acheter TF1.
31:05 De se reconvertir sur la communication, sur les chaînes de télé. Et là-dessus, il s'est heurté à Lagardère, qui était patron d'Hachette, qui voulait aussi TF1. Rappelez-vous la bataille de terrain. Lagardère, c'était les missiles et les voitures. Dassault, c'était les avions. Et ça se dispute pour quoi ? Pour TF1. On n'est plus en industrie. On n'est plus dans le sale. On est entre nous, on est propre. On est comme lui, on est bien. Il a un petit côté Perceval le Gallois, que j'aime bien. J'ai du mal à lui rentrer dans le chou.
31:35 D'ailleurs, individuellement, il est bien meilleur que le représentant de l'idéologie qu'il défend. disons de la stratégie qu'il défend, sans doute, beaucoup plus inconsciemment que consciemment la plupart du temps. Et donc, j'ai du mal parce qu'il est intelligent et sympathique et j'aime beaucoup son élocution. Mais voilà, je tiens à rappeler que c'est faux de dire que la production est la religion du capitalisme. Non. Alors, je finis. C'est ça le plus important.
32:05 Il y a une convergence objective entre le dessein du capital qui est de diminuer l'embauche pour mettre au chômage, donc le chômage de masse, et ça ne s'arrange pas d'après les prédictions, et le discours écologique qui dit qu'on produit trop. Troublante convergence. En fait, cette courroie de distribution énergie-finance, c'est la courroie de distribution de notre civilisation thermo-industrielle. Et les deux piliers-là sont très fragiles et sont interconnectés.
Sable et voiture électrique : l'industrie ou sa gestion capitaliste
32:35 S'il y en a un qui s'effondre, l'autre s'effondre. Et cinq ou sixième chose et plus sur le pétrole et les autres minerais sur les limites de notre monde, c'est qu'il n'y a pas que le pétrole. Il y a aussi plein de minerais, de terres rares, etc., le lithium, l'argent, le palladium, le zinc, dont on a besoin pour faire tous ces objets de notre civilisation. Et au rythme actuel d'extraction, il ne reste que quelques années de tous ces minerais qui font vivre toute notre civilisation aussi.
33:05 Donc il n'y a pas que le problème de l'énergie, il y a le problème des terres rares, des minerais et des matériaux. Un petit exemple, pour atteindre la puissance des énergies fossiles, la construction de fermes solaires et d'éoliennes pour la remplacer nécessitera la production de 15 fois plus de béton, 90 fois plus d'aluminium, 50 fois plus de fer, de cuivre et de verre. De béton, vous savez qu'on a un manque de sable en ce moment. On a bientôt plus de sable pour faire du béton au niveau mondial.
33:35 Il n'y a bientôt plus de sable. On encaisse ça comme ça ? Je ne suis pas idiot, j'ai vu au moins aussi des documentaires alarmants où on voit des côtes où il y avait de belles plages au moins de la photo il y a 50 ans et maintenant tous les sables ont été enlevés et ça c'est vrai par des véritables gangsters de la production immobilière parce qu'on aurait pour faire du béton qui prennent le sable là où il est le plus près et sur les plages qui sont là. Entre les déserts du Sahara et de l'Australie qu'on ne dise pas qu'on est en manque de sable.
34:09 Ça coûterait beaucoup plus cher d'aller le prendre là où il est à foison. Donc au lieu de dénoncer le capitalisme rapace qui prend là où c'est le plus près et où ça coûte le moins cher, il dénonce l'industrie en général qui consomme du sable. C'est toujours le même contresens. Fusion entre l'exploitation industrielle en général ça c'est le discours qu'on entend et la gestion capitaliste de l'industrie ce qu'on ne précise déjà. Et en ajoutant qui n'est pas la seule tant s'en faut que l'on puisse parce qu'il y en a qui disent mais moi je suis contre cette gestion là, contre la gestion capitaliste mais sous-entendu en revenant je ne dis pas à la lampe à pétrole c'est de la encore que ça ne lui plairait pas c'est aux bougies ça c'est de la caricature je dis bien que les écolos ne disent pas ça mais je veux dire on peut très bien défendre une industrie extrêmement performante c'est-à-dire avec autant d'avions et même plus et qui vont même plus vite et plus loin et de transports automobiles non polluants on a les moyens technologiques de le faire je suis le premier à le dire et donc il a raison de critiquer l'énergie pétrolière j'ajoute juste
35:19 une dimension les Etats-Unis étant les premiers producteurs de pétrole au monde lorsque j'avais 15 ans c'était le cas étaient aussi les premiers exploiteurs de pétrole dans le monde hors Etats-Unis chez eux en Arabie saoudite chez eux en Iran l'Iran du shah à l'époque donc les deux plus grands producteurs il y avait que la Russie qui leur appartenaient tous les grands producteurs du pétrole Nigeria c'était aux Anglais Arabie saoudite et Iran c'était donc les Américains avaient la plus grande exploitation sur leur territoire et la plus grande exploitation dans le monde par ailleurs tout ça arrivait à Shell ce qu'on appelle les Seven Sisters Texaco Shell Exxon Esso à l'époque Standard Oil of New Jersey etc donc c'était tellement la base et là il a raison 90% tout s'écroule s'il n'y avait pas le pétrole qu'ils ont au détriment de l'humanité retardé ce qui était parfaitement au point l'énergie nucléaire à l'époque je donne un exemple qu'on ne prend jamais qu'on oublie la première voiture qui a franchi le cent à l'heure est-ce que vous la connaissez ?
36:29 elle avait un surnom c'est une voiture française à l'époque la France était à l'avant-garde de l'automobile plus que l'Angleterre avec un peu l'Allemagne et plus que les Etats-Unis elle s'appelait la jamais contente regardez sur Google Images elle est extraordinaire on dirait un cigare pointu comme une fusée pour l'époque elle est bolide c'est le cas de le dire voiture électrique à 100% je parle dans les années 20-30 la voiture électrique était au point d'accord ?
37:00 la première voiture qui a franchi le cent à l'heure était une voiture électrique bien plus propre que toutes les voitures qu'on a vues depuis mais ça a été mis sous boisseau dans l'intérêt des grandes compagnies pétrolières et ça c'est pas une fatalité de l'industrie mais une fatalité de la gestion capitaliste et en particulier occidentale de l'industrie pour 50% de probabilité de réussir à contenir le réchauffement climatique en dessous de 2 degrés vous savez que c'est la sortie du rapport du GIEC il parle de 3 degrés c'est presque foutu pour les 2 degrés il nous faudrait avoir construit pour 2028 donc dans 10 ans 40 fois plus d'éoliennes et les éoliennes il y a de l'argent le minerai argent il y a plein de terres rares il y a vraiment c'est beaucoup de matériaux et beaucoup d'énergie pour les construire 26 fois plus de panneaux solaires photovoltaïques 15 fois plus de kilomètres de serre algues voilà des chiffres qui montrent que développer de manière industrielle et massive les énergies renouvelables c'est pas rien ça demande du pétrole des minerais etc.
Effondrement, malthusianisme et nostalgie du monde clos
38:04 et toute une puissance industrielle et financière contre les énergies classiques fossiles classiques au sens pas défendable l'énergie les plus répandues contre les énergies alternatives renouvelables éoliennes et tout alors ça c'est un même truc je voudrais savoir qu'elle va être sa solution à moins qu'il n'y en ait pas alors là le collapse c'est évitable donc on a un constat d'un côté tous nos systèmes alimentaires ce qu'on mange nous ici en Europe dans les pays industrialisés dépend du pétrole et c'est bientôt il y en aura plus ou plus facilement accès j'ai mis des années avant de résoudre cette équation qui est toute bête en fait mais on veut pas le voir en tout cas je l'ai jamais vu en cours explicité comme ça c'est juste la fin de nos systèmes alimentaires industriels pour bientôt dans les années à venir nous allons le vivre c'est pas nos générations futures c'est nous c'était mes conclusions mon intuition et celle de beaucoup d'autres agronomes et voilà rapports experts etc pour le 2013 pour le rapport et voilà
39:16 qu'est-ce qu'on fait avec ça qu'est-ce qu'on construit si ça s'effondre il faut construire et aller voir les centrales nucléaires ce qui peut émerger les jeunes pousses de ce qui émerge suite à l'effondrement de cet arbre géant qu'est le système alimentaire industriel est-ce qu'on pourra arriver à se nourrir en Europe à la fin de notre vie dans 10 ans dans 15 ans c'est ça la question alors on a été passionné avec mon ami Raphaël Stevens qui habite à Bruxelles par cette question de l'effondrement moi je découvrais comme ça par une analyse transdisciplinaire de la littérature scientifique cette question de l'effondrement par les systèmes alimentaires donc on a creusé la question de l'effondrement ce qui a donné ce livre paru en 2015 et là on élargit beaucoup plus alors ça ça donne quoi on a utilisé la métaphore de la voiture on va aller encore plus loin dans cette question de l'effondrement la voiture on entend souvent dire notre civilisation notre société elle va droit dans le mur en fait c'est une mauvaise métaphore il n'y a pas de mur mais il y a 5 problèmes majeurs qu'on a mis en évidence le premier c'est que tout accélère on a le pied collé au plancher de l'accélérateur
40:26 on ne peut pas l'enlever notre voiture accélère elle a besoin d'accélérer pour maintenir le système de dette le système financier et en accélérant en consommant toujours plus vous avez sur la gauche tous les indicateurs de notre société la consommation d'eau la population le PIB etc. tout part en exponentiel et à droite c'est la réaction du système Terre la concentration de CO2 dans l'atmosphère de méthane ici le nombre l'ozone la biodiversité le nombre d'inondations etc.
40:57 le système Terre répond à notre puissance à notre démesure je fais allusion au fait que ça se multiplie que ce n'est pas normal les tornades c'est ça je crois c'est ce que j'ai compris et que c'est lié à notre activité industrielle 1931 inondation au Pakistan 1,5 million de morts vous imaginez maintenant si on n'apprenait qu'il y a 1,5 million de morts on dirait que c'est vraiment ça il y a l'apocalypse non seulement elle n'est même plus dans l'avenir elle a déjà commencé tout le monde s'en foutait à l'époque il n'y a pas la circulation d'informations comme maintenant ce qui se passe au Pakistan c'est leur affaire et puis on en est habitué là-bas et puis ils sont trop nombreux donc 1 million de morts en moins ça leur fera du bien après tout 1 million de bouches à nourrir en moins le malthusianisme qui est souvent immanent à l'écologie on est trop nombreux je fais une parenthèse pour dire que il y a toujours un Caïn pour qui Abel est en trop depuis l'origine de l'humanité ça n'a rien à voir avec le monde moderne ça et ma métaphore à moi principale là-dedans qui est empruntée à la zoologie c'est le fait que les chiens sauvages une espèce que j'aime bien effrayante parce que même l'éléphant
42:07 le lion tout le monde recule devant des chiens sauvages magnifiquement organisés en meute dans la savane africaine les chiens sauvages quand ils sont jumeaux dans le ventre maternel plutôt pas jumeaux ils sont souvent plusieurs dans le ventre maternel portés comme on dit l'aîné enfin celui qui est né quelques secondes avant les autres je veux dire tue le cadet dans le ventre de la mère déjà c'est pas l'œil était derrière la tombe et regardait Caïn mais Caïn était dans le ventre et tuait déjà Abel vous voyez il y a toujours le fantôme de l'autre qui est en trop comme on va faire on est trop nombreux c'est très important ce que je suis en train de dire c'est qu'on est l'argument massue des idées de beaucoup d'écologistes c'est que les ressources sont limitées le pic c'est sa mention de pic pic pétrolier sont limités donc si on est trop nombreux ils sont encore plus limités et ça c'est le vieux fantôme des économies non pas modernes mais de pénurie justement parce qu'en Afrique je l'ai vécu ça en Afrique il y a toujours la jalousie et l'agressivité à l'égard de celui dont les affaires marche bien parce qu'il n'y en a pas pour tout le monde donc on a été bien élevé dans les sociétés frugales et traditionnelles vous avez tous des grands-mères
43:17 peut-être plus votre génération je ne sais pas je vous le demande mais moi je m'étais tente parce qu'ils disaient mange du pain quand on mange à table parce qu'il n'y en a pas pour tout le monde de la viande de tout ce qui est précieux donc je vais manger du pain équilibré voilà et au Vietnam on ne mangeait que du riz avec une petite touche de nuoc-mâm un petit peu un petit peu de sauce la protéine c'était la richesse plus il y a la pénurie plus on est pauvre plus le problème qu'on est trop nombreux se pose c'est un problème archaïque justement je finis juste sur ce point là Marx ironise sur un syndicaliste bidon qui avait joué le rôle du patronat à l'époque c'était pas je cherche le nom et qui disait à propos des augmentations de salaire c'est pas en augmentant la taille des cuillères que chacun aura plus de soupe j'ai entendu la soupière elle a une limite oui le problème comme avec aujourd'hui les marx disaient la limite que lui donne la production d'aujourd'hui ça veut dire on suppose que la taille de la soupière est invariable c'est quand même extraordinaire c'est qu'on a déjà renoncé à la croissance donc un nous sommes entrés dans l'époque géologique de l'anthropocène
44:27 donc on est sortis de l'holocène vous vous souvenez en vos cours 10-12 000 ans de stabilité climatique extraordinaire où la température a varié sur moins de 1 degré ce qui a permis l'émergence entre autres l'émergence de l'agriculture de la sédentarité des sociétés des civilisations là on est sortis de cette époque on accélère l'anthropocène c'est l'époque de l'être humain où l'être humain est devenu ou certains êtres humains pas tous sont devenus une force géologique majeure capable de déstabiliser les grands cycles biogéochimiques de la planète et donc petite tentation sociale pas tous ça aurait été une occasion d'explorer de creuser un peu là ils se rendent compte tout d'un coup que c'est pas c'est pas l'anthropocène qui est en danger c'est la rapacité de certains dans la sphère anthropologique je disais le système terre répond on l'a vu changement climatique destruction des habitats des animaux des plantes des terres arables etc catastrophe ça on l'a vu on montre que les petits pauvres vous avez vu là les poissons qui sont morts on voit le Sahel que je connais bien
45:37 vers la sécheresse la sécheresse de 1973 dans le Sahel les gens de là-bas on parle comme comme nos anciens de Verdun et de la guerre de 14 80% du cheptel a disparu par exemple pour des éleveurs qui ont descendu de 300 km au sud pour se faire gardien n'importe quoi dans les villes de Vigeon bon donc ça c'est du sérieux mais paradoxal c'est dire dans les régions les moins industrialisés du monde et bien le manque de pétrole et de minerais dont on parlait au début c'est le fait donc la voiture a 5 problèmes je disais c'est le premier problème c'est que le réservoir est vide en tout cas on est sur la réserve et l'aiguille tremblote c'est presque la fin premier problème deuxième problème c'est celui-ci c'est que il n'y a pas de mur par contre on est sorti de la route on est sorti de la piste balisée de l'Holocène on est dans un territoire imprévisible c'est-à-dire que le climat répond de manière bizarre en fait on dévale la pente sur le bas côté avec du brouillard et à fond les manettes avec des obstacles qui nous viennent on n'arrive pas à les voir voilà la situation de la voiture petit quiz pour ceux qui n'ont pas vu
46:47 la conférence ou pas vu les vidéos sur Youtube alors votre avis que représente cette boule rose en volume ceux qui savent déjà laisser les autres répondre j'aime beaucoup cette dia je témoigne no idea en fait c'est tout l'air du monde toute l'atmosphère du monde c'est une fine couche une fine pellicule autour de la planète et en volume ça équivaut juste à ça et ici non c'est pas l'eau douce c'est toute l'eau du monde océan compris toute l'eau du monde c'est fou en fait l'eau douce ça serait si vous imaginez ça c'est une orange ça ça serait un petit pois l'eau douce c'est un grain de sucre toute l'eau du monde océan compris c'est ce volume là on arrive dans ce que Serge Latouche appelle l'âge des limites l'anthropocène on a fait le tour et on est sur ce petit vaisseau spatial fragile et l'enjeu de notre génération c'est dans ce paradoxe extraordinaire c'est au moment on arrive au XXe siècle
47:58 à la conquête spatiale à la transgression des limites on sort même de l'attraction terrestre où on commence à peine à peine à égratigner le système solaire et envisager les fermes sur Mars à ce moment là qu'on dit qu'on est limité c'est quand même extraordinaire dans les ouvrages d'épistémologie la référence par exemple un homme comme Alexandre Koyré qui avait des admirables études galiléennes spécialistes de l'apparition de la physique un de ses titres le plus célèbre c'est du monde clos au Moyen-Âge à l'univers infini ce qui est caractéristique de ce qu'on sait maintenant scientifiquement c'est que l'univers n'est pas clos qu'il n'est pas limité celui de Ptolémée celui d'avant la révolution entre...
48:41 la révolution héliocentrique excusez-moi par rapport à géo et à forcerie anthropocentrique justement c'est que le monde n'est pas clos qu'il est infini ce qui arrache même à Pascal cette phrase d'angoisse le silence éternel de ces espaces infinis m'effraie c'était tellement plus rassurant le monde d'avant où on était au centre avec des coupoles qui s'emboîtent et si on voit des étoiles c'est que par des petits trous comme ça comme une passoire on voit l'empyrée la lumière divine qui est derrière au-delà de ces coupoles c'est mieux quand même on habite le centre du monde donc ça veut dire mais je suis sérieux ça veut dire et ça a été dit Freud l'a dit il y a des blessures narcissiques qui ponctuent l'histoire humaine la révolution copernicienne a été des premières blessures narcissiques collectives la découverte de l'inconscient plus tard aussi bien sûr pour Marx le courant de marxienne de la lutte de classe encore plus mais je vais dire mais voilà ça c'est des blessures narcissiques dont on ne se remet pas et je crois que ce discours là complètement inconsciemment en toute bonne foi se fait l'écho d'essayer de colmater
Verrouillages, complexité et club de Rome
49:52 cette blessure de revenir au ventre maternel c'est-à-dire au monde clos prendre soin et d'éviter les dégâts alors c'est mal barré d'accord mais il y a encore moyen de faire plein de trucs toute l'eau du monde et en fait le troisième j'en suis où moi accélération réservoir vide sortie de la route quatrième problème le volant est bloqué il y a des verrouillages partout dans la société systémique sociotechnique excusez-moi je répète ce que j'aime bien chez lui c'est que la plupart de ceux qui tiennent ce discours sont effrayants mais effrayés ils ont un côté convulsé un côté on voit tout de suite le névrotique alors que lui elle est merveilleusement équilibrée il dit ça avec un sourire c'est la catastrophe c'est le collapse il a l'air de dire je vous invite à ma boum ce soir institutionnel monétaire individuel cognitif etc il y a beaucoup de verrouillage c'est à dire que pour résumer nous les ingénieurs qui sommes formés aujourd'hui on passe notre temps à résoudre des problèmes que nos ancêtres les générations précédentes ont fabriqué
51:02 à un moment il y a certaines personnes ils ont choisi le moteur à explosion pour développer la civilisation et maintenant on passe notre temps à résoudre ce problème c'est ce que les sociologues appellent path dependence dépendance au sentier c'est à dire qu'on est pris dans un sillon et à chaque fois il faut améliorer la situation mais qui dépend des choix techniques le retard français vous connaissez ça le retard français c'est un vieil argument depuis 80 ans c'est à dire qu'à chaque fois ce qui se passe chez nous c'est ce qui était fait chez les Etats-Unis d'abord d'accord et qu'on trouve avec un retard un décalage enfin vrai donc chaque fois qu'il a une notion nouvelle et décisive il l'emprunte à ce qui a déjà été découvert aux Etats-Unis en fait on suit le mouvement d'avant ça c'est un système sociotechnique et le système sociotechnique il est géant il est mondialisé il est hyper et plus il est grand plus il est verrouillé et on a vraiment du mal à sortir de ce sillon à tourner le volant à entamer une transition vers une autre société une autre civilisation etc.
52:00 et plus c'est grand plus c'est verrouillé plus il y a voilà de verrou politique cognitif etc. plus c'est difficile ça c'est un grand enjeu et je vous invite à aller voir si vous voulez voir des publications scientifiques ou creuser le sujet pour un mémoire de fin d'études c'est passionnant le terme c'est lock-in lock-in en anglais les verrouillages sociotechniques je sais qu'Olivier De Schutter l'ancien rapporteur des Nations Unies pour le droit à l'alimentation et qui est juriste il travaille là-dessus et c'est vraiment une des clés de la transition d'arriver à déverrouiller les systèmes pour faire ce tournant justement et le cinquième problème c'est que l'habitacle de la voiture est hyper fragile alors pourquoi hyper vulnérable on dévale la pente et en fait notre voiture est très fragile pourquoi ?
52:48 parce que tout est interconnecté ici c'est une juste un cliché qui a été fait à Davos au Forum économique mondial et on demande à tout le monde à chaque année d'estimer de quantifier les risques planétaires en fait tous les risques sont liés entre eux ça ça vient de Davos comme si Davos était un lieu où on augmente la connaissance de l'humanité c'est quand même incroyable c'est un lieu où on s'acharne à dire comment on maintient notre domination c'est pas un lieu où on dit des vérités c'est un lieu où on met au point qu'elle va être la propagande des jours qui viennent pour que les masses continuent à faire ce qu'on leur dit mais c'est juste que notre monde est très complexe trop complexe et dans cette augmentation de la complexité la part d'imprévisible d'irréversible de complexité on dirait Edgar Morin ça en devient problématique alors moi j'ai été nourri à ça parce que j'ai fait ma thèse au labo de Prigogine l'ancien enfin il est mort déjà mais je dis ancien je suis mort de prix Nobel de chimie
53:58 qui a mis en évidence les lois du chaos de l'irréversibilité l'auto-organisation etc donc j'étais baigné là-dedans mais je remarque de plus en plus que oui ça devient clair un peu plus historiquement il a baigné Prigogine Edgar Morin qu'est-ce qu'il y a de convergent dans tout ça le MIT vous avez entendu parler Massachusetts Institute of Technology les premiers qui dès la fin des années 50 ça remonte à loin ils commencent à parler de la première notion qui va devenir courante dans l'écologie de masse parce qu'il y a une écologie d'abord des pays très haut niveau de vie Californie pays scandinaves et puis maintenant c'est le monde entier mais c'était la notion de qualité de vie ça commençait avec les inquiétudes des Prigogine et autres Edgar Morin la complexité du chaos etc c'est le grand savant attention enfin pas Edgar Morin qui est un épicier voilà mais Prigogine c'est des grands savants encore une fois il peut être un immense savant une très belle intelligence voire même quelquefois une vaste culture et ne pas être à l'abri de l'aveuglement idéologique mais on va y revenir plus tard ça m'intéresse les biologistes
55:08 sont pas trop formés à la complexité c'est encore du mal dans le milieu de la science et alors n'en parlons pas hors de la science et donc l'invitation c'est d'aller comprendre ces dynamiques on est dans des systèmes complexes adaptatifs la société les écosystèmes etc qui réagissent de manière bizarre contre-intuitive par exemple quand on a des systèmes des réseaux comme ça hétérogènes avec peu de liens contre-intuitif c'est un terme typique du langage de la communication des journalistes c'est une manière consulting de parler on pourrait dire c'est pas évident non on dit c'est contre-intuitif comme si c'était un peu plus technique donc plus vrai quand on leur met une contrainte ça se dégrade peu à peu par contre les réseaux hyper connectés hyper homogènes comme peut l'être notre société notre finance mondialisation notre économie et bien ça résiste bien c'est assez résilient au début à la contrainte mais en fait ça cache une fragilité qu'on ne voit pas et ces systèmes hyper connectés réagissent de manière beaucoup plus brutale donc au début on a une capacité d'adaptation pour cela et puis dans les régimes
56:19 hyper connectés on a une résistance au changement et à un moment on a ce qu'on appelle des transitions critiques des catastrophic shifts si vous voulez les voir les publications et on est typiquement dans ce cas on ne voit pas les effondrements les systèmes tiennent plus longtemps qu'on le croit et s'effondrent plus rapidement que prévu et du coup on va vers des effets dominos et lorsqu'il y aura une grande rupture de tous ces systèmes interconnectés que ce soit finance économie électricité transport tout ça est connecté et ça peut faire des effets dominos des effets en cascade qui mettent à mal une société entière je vous invite à lire ce roman que je viens de lire qui est assez mal écrit mais passionnant sur non mais la forme le fond est intéressant parce que le pitch je ne vous raconte pas mais c'est blackout en Europe de plusieurs jours ça va jusqu'à 10 jours oui on va voir un baby boom et c'est incroyablement bien documenté au niveau technique voilà c'est vraiment ça fait ça fait quelque chose c'est autre chose que les rapports scientifiques mais il y a de il y a de quoi
57:29 se nourrir pour les collapsologues en herbe alors la voiture voilà on a le pied bloqué sur l'accélérateur le réservoir est vide la sortie de la route le volant est bloqué et l'habitacle est très fragile voilà pour le constat je vous disais il faudrait creuser cette complexité ce côté systémique des problèmes qui est rarement abordé dans les médias et en science et donc c'est ce qu'on a fait par notre approche transdisciplinaire un exemple typique de systémique ça tourne un peu à la mégalomanie tranquille c'est pas une mégalomanie ça veut dire le monde de la science plus le monde des médias scientifiques ne sont pas arrivés au niveau de savoir et de lucidité que j'ai c'est quand même extraordinaire je n'oserais pas prétendre un millième de cette certitude je suis au dessus et de la communauté scientifique à laquelle j'affirme appartenir de facto parce que je suis ingénieur alors qu'il doit être il doit avoir 300 ans de retard sur ce qui est à la pointe en physique quand même et à différence d'un mec comme Barrau qui est beaucoup plus convulsé mais qui lui est à la pointe indéniablement c'est un chercheur et mais qui est
58:40 beaucoup moins intelligent que lui et moi les médias et le monde scientifique moi je suis au-delà avec une petite poignée d'amis à moi c'est quand même extraordinaire je veux dire ça passe quand même c'est le modèle du club de Rome 1972 modèle le rapport Meadows le club de Rome le rapport Meadows c'est la conséquence pardon je fais le prof mais vous devez le savoir mais c'est c'est les premières organisations qui ressortent les premières conséquences organisées et institutionnelles de la rupture dont je vous parle à la fin des années 50 initiée par le Massachusetts Institute of Technology qui disait en gros ils ont un système le système monde le world model donc ça c'est le monde simplifié évidemment modélisé avec des boucles de rétroaction positives et négatives partout c'est en dynamique des systèmes c'est une discipline qui s'appelle dynamique des systèmes et ils ont modélisé le monde c'est une discipline qui s'appelle dynamique des systèmes et voilà comment se lance une science
59:51 c'est quand même extraordinaire des disciplines bidons et à l'époque c'était le début des ordinateurs au MIT ils ont mis les chiffres réels la population l'investissement industriel les taux de natalité tout ça ils ont mis la production alimentaire tout était ils ont mis ça ils ont appuyé sur Enter et ils ont vu comment le monde qui était modélisé là allait évoluer c'est la dynamique du système qui est étudiée observée c'est ce qu'on appelait à l'époque la futurologie spécialiste de la prospective on dit aussi prospectiviste en 1835 il y avait leurs homologues déjà à Londres c'était à la pointe industrie de l'époque des futurologues qui disaient que dans une génération on ne pourrait plus circuler dans Londres donc dès les années 80 parce que la hauteur le nombre de mètres de hauteur du fumier engendré par les voitures à chevaux ferait que ce serait irrespirable ils n'ont jamais pensé que ça disparaîtrait les voitures à chevaux à cause de l'automobile il n'y a rien qui se plante comme la futurologie la futurologie c'est le poids de l'idéologie sur la science
1:01:01 c'est-à-dire il faut prendre une métaphore scientifique la dérivée il y a une courbe et la futurologie c'est celle qui prend les contraintes du présent ça c'est vrai et qui les imagine comme ça dans le futur que ça va durer comme ça et donc c'est exactement la tangente on fait comme si la courbe n'existait pas et donc il allait y avoir un changement radical et donc on prolonge c'est exactement ce que Marx appelle les Robinsonades qui allaient évoluer pendant 150 ans donc en appuyant sur Enter ça c'est les chiffres réels 1900-1972 ils ont récolté les chiffres du monde enfin réels quoi donc il y a la population mondiale qui commence son exponentiel là en gris la production alimentaire là on a la révolution verte là en vert et en rose c'est l'économie les services et l'industrie du coup la pollution ici commence aussi son exponentiel et là c'est les ressources non renouvelables qui commencent à s'épuiser voilà ça c'est les données réelles et ils appuient sur Enter et le modèle donne ses pointillés bon il y a des choses qui diminuent ça c'est vrai c'est les ressources
1:02:11 et les choses qui explosent c'est la population d'après ce qu'il dit or vous savez très bien tout on le sait mais on l'oublie dès qu'on est dans ce genre de discours il le sait lui aussi qu'on fait beaucoup plus enfants dans les pays pauvres dans les pays à haut niveau de vie donc si vous voulez qu'il n'y ait pas l'apocalypse démographique élevez le niveau de vie donc allons à l'envers de la décroissance que dit le modèle en gros si on continue sur cette trajectoire d'exponentiel de croissance on va vers un effondrement de tous les indicateurs donc de la société dans la première moitié du 21ème siècle nous on est ici là à peu près ça fait 2-3 ans que je dis ça donc peut-être il faut décaler donc voilà avec un début donc effondrement de l'économie de la production alimentaire petite inertie pour la population mondiale qui commence à décliner selon le modèle en 2030 et puis plus grande inertie pour la pollution
1:03:21 qui décline avec 20 ou 30 ans d'inertie et alors il y a un Australien qui a dit bon ben ça fait 40 ans qu'on a ce modèle est-ce qu'il est robuste ? il est robuste les données réelles collent assez bien donc il a récolté voilà les données réelles ça colle assez bien au modèle et bon pour l'anecdote mais je n'ai pas le temps de développer ici les Meadows ils ont fait plein de scénarios avec plein de solutions les énergies des technologies efficientes contrôle de la natalité doublement de la production alimentaire et ils ont mis ils ont doublé les chiffres ils ont appuyé sur Enter et à chaque fois il y a effondrement sauf dans un cas quand ils ont mis toutes les solutions ensemble et quand on commence dans les années 70-80 si on commence trop tard ça s'effondre et si on met toutes les solutions ensemble ils ont réussi à stabiliser les courbes dans ce qu'on pourrait alors appeler je ne sais pas moi une économie durable durable c'est quoi d'autre ?
1:04:17 c'est quoi la définition de durable en fait ? qui ne s'effondre pas c'est tout tous les scénarios s'effondrent et le business as usual là où on ne met aucune solution en place c'est le plus réaliste c'est celui qui colle le mieux aux données réelles ça c'est une mise à jour de 2012 voilà donc ça ce n'est pas une prédiction de l'avenir c'est on teste un modèle une dynamique de modèle parce que là il y a un grand absent vous l'avez vu il y a plusieurs en fait il n'y a pas les événements imprévisibles positifs ou négatifs il n'y a pas une transition majeure où tout le monde arrive à faire une belle transition la Rob Hopkins il n'y a pas un conflit géopolitique majeur une guerre nucléaire etc il n'y a pas et il n'y a pas le climat alors c'est quand même un facteur de déstabilisation majeure et donc dans les systèmes complexes là c'est pour les étudiants il faut enfin pour moi il faut vraiment arriver à capter alors vous creuserez toutes ces notions il y a un truc important à comprendre c'est quand on a affaire à des systèmes complexes adaptatifs qui évoluent on a affaire à des effets de seuil de contagion et d'hystérésie seuil ça veut dire
Seuils, signes avant-coureurs et autorité du GIEC
1:05:27 qu'à un moment tout bascule contagion c'est des effets en cascade qui sont difficilement prévisibles et hystérésie c'est que le chemin d'aller est différent du chemin de retour par exemple quand on brûle une forêt il faut repasser par la germination par plein d'autres choses pour retrouver une forêt vous ne pouvez pas aller en arrière l'incendie il est irréversible et puis il y a une discipline passionnante sur les signaux avant-coureurs alors je développe un tout petit peu ici quand vous avez une variable par exemple le taux de CO2 dans l'atmosphère vous faites bouger le système complexe à un moment il est stable comme on l'a vu tout à l'heure à un moment il s'effondre il y a une zone un seuil en fait c'est le bord de la route de la voiture de la métaphore de la voiture si on sort du bord de la route à un moment tout bascule de manière rapide et incontrôlée irréversible ça c'est une belle manière de se représenter la résilience d'un système la capacité d'un système de se remettre des chocs vous prenez un système c'est la bille vous lui donnez un choc tac si la vallée dans laquelle elle est c'est une représentation thermodynamique en fait si la vallée est assez encaissée le système est stable en physique on appelle ça l'équilibre stable en haut d'une bosse
1:06:37 c'est l'équilibre instable tac un petit coup et ça dévale ici non un petit coup et ça revient c'est résilient seulement quand l'environnement se dégrade à un moment la vallée est plus si stable que ça plus si encaissée et on lui donne un petit coup et hop la bille part dans un autre état stationnaire qui est très désagréable pour l'être humain disons ou pour les écosystèmes ou peu importe et en fait il y a une sorte de enfin la bille est attirée vers cet état on ne peut plus la freiner et c'est surtout ces seuils là qu'il ne faut pas dépasser et actuellement on est à la limite la bille elle est en train de passer ce seuil même au niveau global vous avez peut-être vu ah oui oui j'ai pas dit ça ce qui est passionnant c'est que là les scientifiques sont en train d'étudier et d'écouter le bruit des systèmes qui vont s'effondrer et il y a plein de variables alors on peut passer sur les termes qui montrent le bruit d'un système stable et à un moment quand il va il va basculer au seuil il émet des bruits des signaux avant-coureurs early warning signals qui disent que le système va s'effondrer et actuellement les scientifiques
1:07:47 dans beaucoup de domaines sont en train d'étudier ça c'est passionnant et on commence à les détecter au niveau global ces signes par exemple la fonte des calottes glaciaires la circulation thermohaline la circulation océanique le Gulf Stream et tout c'est très intéressant ce passage encore une fois du point de vue symbolique la multiplication la notion de signes tout d'un coup c'est exactement les signes avant-coureurs de l'apocalypse dans les écritures quand le temps est mûr pour l'apocalypse les signes se multiplient leur présence est déjà manifeste bref c'est pour bientôt il y a des signaux bizarres qui ont été détectés il y a des centaines de milliers d'années avant un effondrement et là ça commence et pareil au niveau de la biosphère c'est la grande étude de 2012 vous vous souvenez de Barnosky celui qui a interviewé le premier qui a interviewé dans le film Demain qui dit que c'est peut-être la fin de l'espèce humaine c'est lui c'est une des stars de la Collapso il dit ça avec un sourire radieux c'est marrant quand même une petite énigme que je n'ai pas percée et en fait ils ont une vingtaine à avoir fait cette étude ils montrent qu'il y a une dégradation c'est le petit camembert foncé
1:08:57 de la biosphère on dégrade et à un moment il y a un seuil je crois que c'était 53% je ne sais plus tac ça bascule et ça ne va pas se dégrader de manière linéaire ça va basculer vers une dégradation totale la bille elle plonge dans une autre vallée et la biosphère sera inhabitable pour la majorité des espèces sur Terre il y a un déclic un effet déclic qui est pour bientôt c'est pour ça que ça avait fait du bruit et les journalistes titraient c'est la fin du monde pour bientôt et en fait eux ils viennent de c'était 2012 cet été le 6 août ils ont publié une étude qui a fait du bruit peut-être vous avez entendu parler sur la planète étuve hot house earth et en fait c'est ça c'est tout nouveau tout frais ça a foutu un coup moral quand même et donc ouais c'est encore possible et c'est la Terre vous voyez la même représentation thermodynamique en fait pendant des centaines de milliers d'années elle oscillait entre une période glaciaire et interglaciaire elle était dans une sorte d'équilibre très stable l'holocène c'est 10 000 ans ici où il n'y a eu pas beaucoup de changements la bille elle n'est pas repartie elle était là et en fait là on a dégradé notre environnement au point que la Terre elle ne va plus repartir par là mais elle va partir en fait
1:10:07 l'holocène c'est le jardin d'Éden où nous sommes sortis avec l'anthropocène et le retour est irréversible puisqu'il y a l'ange à l'épée de feu qui garde quel escot religieux ça je vais dire les 90% des espèces vivantes ont disparu il y a 200 millions d'années bien avant que l'homme passait à la planète à cause de vapeurs volcaniques venant de Sibérie nous tous les moustiques nous et les amibes nous sommes les descendants des 10% qui restent par un autre couloir qui mène assez rapidement à une planète étuve invivable c'est invivable pourquoi ?
1:10:43 parce qu'en fait ils ont mis en évidence une quinzaine de grandes boucles de rétroaction positive genre le permafrost si le permafrost fond il y a de moins en moins de démonstrations ils ont mis en évidence c'est plus qui ça libère du méthane et ça s'emballe et tout s'emballe des boucles qui emballent des effets boules de neige et il y en a 15 majeures dans le monde il y en a qui se déclenchent facilement il y en a qui se déclenchent plus difficilement et il y en a qui se déclenchent à plus 5 ou très difficilement plus 5 de moyenne globale température le problème et c'est ça le coeur de l'étude c'est que les 2 ou 3 qui se déclenchent facilement ils font déclencher les moyens qui font déclencher les graves et c'est pour ça que la pente est très glissante c'est que si on déclenche les premiers qui se déclenchent à plus 1 plus 3 degrés de moyenne et là le GIEC en optimiste qu'il est il dit plus 3 actuellement c'est que 36 fois qu'il fait référence au GIEC il faut qu'il écoute Gervais c'est un bon antidote je veux dire à ce qui est développé ici Gervais a été recruté par le GIEC pour évaluateur
1:11:53 comme évaluateur d'accord climatologue recruté par le GIEC parmi les équipes d'évaluation donc vraiment c'est comme un inspecteur à l'Éducation nationale c'est ce qu'il y a de plus élevé c'est le mec le plus qualifié alors Gervais est classé dans les climatosceptiques maintenant il dit j'ai été licencié par mon employeur parce que je l'avais obéi j'ai évalué j'aurais demandé il dit lui c'est un défenseur du carbone il dit mais le carbone c'est une providence plus il y a de carbone plus il y a de verdure les plantes elles se nourrissent le carbone c'est bien le carbone premièrement et il dit le GIEC il ne faut pas oublier que ce n'est pas une assemblée de scientifiques il y a plein de savants dedans compétence n'excuseable d'ailleurs c'est pas à moi d'évaluer d'ailleurs par contre la décision elle est politique dans le GIEC le rapport final c'est les politiques qui le décident il y a eu des scandales c'est connu oh pardon on a oublié de zéro je veux dire on va faire l'histoire du GIEC mais lui il en parle comme d'un truc indiscutable on critique l'ONU maintenant mais on glorifie le GIEC vous savez les Etats-Unis critiquent l'ONU
1:13:03 parce que l'ONU les a empêchés d'aller en Irak c'est marrant tout ce qui serait à peu près international il y a un discrédit dessus la bête elle va avoir les mains libres mais le GIEC c'est au-dessus de toute discussion c'est quand même extraordinaire ça déclenche les autres les plus 4 plus 5 et ça déclenche voilà et donc les scientifiques disent si on est comme sur une cascade il va y avoir on est là le courant on est sur une pirogue le courant s'accélère on est là oulala il faut ramer en arrière on peut plus c'est trop rapide et il y en a qui voient le vide à une centaine de mètres vite il faut nager il ne faut pagayer en marche arrière ce n'est pas possible le courant est trop rapide aujourd'hui on a dépassé des seuils vite il faut aller sur le bord du rivage c'est trop rapide le courant est trop rapide et eux dans cette étude ils disent il y a un tout petit rocher là à gauche on peut encore s'accrocher c'est ici ils calculent que si on est tous coordonnés on s'y met à fond on passe une transition mais en peu d'années un truc de fou genre une économie en temps de guerre on y va tous à fond on peut encore s'accrocher au petit rocher l'Union soviétique
Économie de guerre, mesures impopulaires et predicament
1:14:15 les étapes que connaissent tous les historiens la révolution d'octobre puis la guerre civile puis le communisme de guerre les plans quinquennaux assaillis par les occidentaux qui débarquent de tous les côtés pour mettre fin à la révolution ils proposent une économie de guerre pour en sortir je viens d'entendre l'expression c'est quand même extraordinaire au profit du capitalisme cette fois je vais revenir après que c'est exactement le discours dont ont besoin les actuels puissants de ce monde le grand enjeu est tant qu'ils redoutent de devoir passer la main à d'autres mais il faut être coordonné et y aller à fond ça c'est le discours commun avec Barrau Barrau disait il faut que les gouvernements prennent des mesures impopulaires c'est assez terrifiant ce qu'on est en train d'entendre à travers ce discours ça veut dire tout ce que les politiques n'arrivent pas à faire passer je parle comme patronal les retraites c'est un amarre je veux dire les hausses de salaire le niveau de vie qu'on puisse employer quelqu'un et licencier comme on veut sans qu'on ait 3000 pages de code du travail tout ça
1:15:25 on va pouvoir le faire à mesure impopulaire je veux dire c'est sous le sceau de l'écologie qu'on peut faire passer tout ce qu'on n'arrivait pas à faire passer avec des arguments économiques financiers politiques etc et c'est dans leur double et encore c'est pas sûr qu'on y arrive et encore si on s'accroche on stabilise à plus de 2 degrés ce qui est absolument catastrophique je vous rappelle ça fait 800 000 ans qu'on n'a pas vécu ça l'être humain n'a jamais vécu ça donc on sera sur le rocher et on peut se prendre encore une vague imprévue ou alors si on continue à chahuter dans la pirogue on se décroche du rocher on en est là ça c'est juste la question climatique il y a encore toutes les autres questions du pétrole de la pollution et tout ça voilà c'est la première fois que je le dis en conférence la croissance physique nos sociétés va s'arrêter c'est en 2015 on était sûr de ça dans ce livre nous avons altéré l'ensemble du système Terre de manière irréversible nous allons vers un avenir instable non linéaire nous pouvons être désormais soumis potentiellement à un effondrement systémique global donc pour résumer
1:16:35 on a quand même un état de stupéfaction de paralysie d'effroi et avec Raphaël on explique ça comme ça si on arrête le moteur si on arrête de consommer d'extraire des carburants fossiles et moi je veux pas arrêter de consommer puis mes amis africains encore moins ils consomment pas assez c'est quoi ça affaire de blanc là etc etc si on arrête tout la finance s'écroule on provoque un effondrement de notre société industrielle mais on peut essayer préserver ça peut peut-être préserver des frontières des seuils des bords de la route du système terre si on continue il faut de la croissance des emplois et on reste dans ce sillon on y va à fond il veut pas de croissance il veut pas d'emploi c'est comme extraordinaire alors on va déstabiliser trop de seuils et en retour bim on va s'effondrer aussi mais de manière beaucoup plus grave parce que ça peut inclure ici une disparition de l'espèce humaine voire de la majorité des espèces sur terre
1:17:45 cette deuxième ligne là est beaucoup plus grave en fait conséquente et on est coincé qu'est-ce qu'on fait ? est-ce qu'il y a encore une petite porte de sortie ? est-ce qu'il y a peut-être encore un petit rocher où s'accrocher ? quelques marges de manœuvre pour se mettre en mouvement parce que l'objectif de la collapsologie ou de l'étude passionnante de ces choses là c'est un bon communicateur on terrorise d'abord et maintenant on va proposer des solutions on va être soulagé d'imaginer même qu'il puisse y en avoir c'est pas d'écraser le futur c'est pas surtout pas de dire tout est foutu tout n'est pas foutu l'idée c'est pas d'écraser l'avenir et de dire il n'y a plus rien à faire c'est d'essayer de voir comment on peut trouver la bonne pagaie apprendre à ramer apprendre à s'entendre bien et passer ces années de tempête entrer dans la tempête le mieux possible on n'est pas face à un problème pour lequel on appelle des ingénieurs ils vont résoudre le problème et trouver une solution on n'est plus dans les solutions moi j'oublie ce mot solution on est dans un ce que les anglais appellent un predicament on n'a pas le terme
1:18:55 en français c'est une situation inextricable la maladie incurable génétique c'est pas un problème parce qu'il n'y a pas de solution la mort c'est pas un problème parce qu'il n'y a pas de solution par contre on peut apprendre à bien vivre avec si on a un diabète de type 1 on se pique tous les jours à l'insuline on apprend à bien vivre avec mais il n'y a pas de solution et l'effondrement ou les tempêtes à venir les catastrophes le climat ce que vous voulez ce ne sont pas des problèmes à résoudre ce sont des predicaments c'est à dire c'est comme ça l'avenir est comme ça tout n'est pas écrit un terme anglais predicament qui vient du religieux c'est la prédication c'est à dire le travail du prêtre c'est à dire du preacher c'est quand même extraordinaire le champ sémantique il y a encore des marges de manœuvre mais il faut apprendre à bien vivre avec un pied dans la réalité la lucidité les mauvaises nouvelles ce que vous voulez un pied dans les bonnes nouvelles ce qui est aussi la réalité mais si on enlève un des deux on perd pied bref si vous ne m'écoutez pas le prêtre vous irez en enfer soit du déni soit du désespoir du nihilisme etc il faut garder les deux pieds bien ancrés quelles sont les marges
1:20:05 de manœuvre bon c'est un petit tour d'horizon assez rapide mais qui va lancer le débat déjà arrêter de gaspiller la moitié de la production alimentaire mondiale est gaspillée la moitié arrêter de manger de la viande on en connaît tous les arguments arrêter de manger de la merde en général du sucre des mauvaises graisses que vous voulez ça c'est déjà une grosse marge de manœuvre c'est pas facile mais voilà on peut y arriver à l'échelle individuelle et collective donc on peut réduire la production et la prédation sur les écosystèmes le système terre etc le mec il a que des problèmes de riche c'est quand même fantastique ça c'est grosse question politique sociotechnique psychologique il y a beaucoup de recherches à faire là dessus en fait si on regarde bien la cohérence car c'est ce que j'aime tenir beaucoup dans sa prestation par rapport aux autres discours écologiques que j'ai entendus outre ce que j'ai dit son caractère son aisance son élocution mais ça ça concerne il dit pas la présentation du contenu c'est la systématicité de ce qu'il dit c'est extrêmement cohérent à partir de tous
Coup Nixon, collapse géopolitique et exemple de Cuba
1:21:15 ces points de vue et la globalité de l'appréhension des problèmes mais du coup c'est plus facile de voir les points faibles précisément par rapport aux coups plus c'est qu'on a qui n'insiste que sur un aspect du problème et à qui il faut reprendre à zéro avec qui il faut reprendre à zéro je résume ces dates MIT rapport Meadows années 70 68 marque le début des années 70 vous voyez la coupure 68 je dis dans le désordre parce qu'on n'a pas le temps de tout régler c'est dans les années 70 que il y a le passage de l'économie industrielle à l'économie financière c'est là que se fait le déclic c'est à dire tous les problèmes qu'on est en train d'expier jusqu'au subprime le découplage de l'or et du dollar le fameux coup Nixon comme on l'appelle dans les médias le coup de Nixon Nixon annonce à Tokyo il était en visite officielle au Japon que le dollar va être le plus grand chèque en bois de tous les temps
1:22:26 jusque là il y avait le gold exchange standard excusez moi je fais vraiment l'antithèse là maintenant le gold exchange standard c'est à dire issu de Bretton Woods et donc de la guerre un système qui a été stable jusque dans les années 70 ce qui correspond à ce qu'on appelle les 30 glorieuses où il y avait je parle uniquement du monde occidental ici par rapport au bloc soviétique c'est pas par rapport à l'Inde et tout ça quand je dis le monde occidental de point de vue politique point de vue politique il y a eu cette stabilité remarquable du point de vue monétaire qui faisait qu'il y avait une convertibilité permanente entre l'or et le dollar et sur une parité fixe non mobile non mouvante je me rappelle très bien parce que j'étais gamin pour snobber comme mon père lisait le monde je lisais le monde comme si je comprenais tout je regardais à la page à la fin aux pages boursières et il y avait tous les jours pendant des années 1 once d'or égale 35 dollars à vous le dire l'once d'or 35 dollars parité fixe ça paraît maintenant je sais pas c'est après
1:23:36 l'âge de la pierre taillée par rapport à aujourd'hui après il y a les parités mobiles le serpent monétaire les fluctuations monétaires et alors maintenant il n'y a plus des étalons universels le système du gold exchange standard c'est que vous avez un dollar c'est un chèque c'est à dire qui n'a aucune valeur si il n'est pas provisionné par une certaine quantité d'or c'était ça le principe et les Etats-Unis étaient tellement puissants parce que tout le monde avait été ravagé par la guerre alors qu'il n'y a pas une brique d'une maison d'un immeuble d'une ville d'un état aux Etats-Unis qui ait été éraflé par une seule balle pendant la deuxième guerre mondiale il ne faut quand même pas oublier ils sont les rois du pétrole il faut le dire à la fin de la guerre tout est détruit sauf eux donc ils font la loi et ils le font bien au niveau monétaire pour le monde occidental puisque ce gold exchange standard fonctionne très bien et qui consiste à dire voilà vous pouvez ramener vos dollars à la banque on va vous donner le poids d'or correspondant donc ça marche sur la confiance trust je traduis littéralement trust vous savez
1:24:46 in God we trust c'est écrit sur le dollar c'est important c'est à dire confiance égale croyance croyance en latin credo crédit et se tiennent les problèmes financiers et les problèmes imaginaires bon et religieux je reprends mon fil tout ça s'est effondré avec le coup Nixon découplage total du dollar et de l'or qu'est-ce que ça veut dire ça veut dire vous allez au marché Saint-Pierre à Montmartre là où il y a les grands marchés de tissus vous savez on achète des échantillons de tissus faire les rideaux par exemple vous découvrez-les il y a un mètre alors en bois vous avez déjà vu ça chez les marchands de tissus il y a un grand mètre en bois imaginez ça c'est l'étalon c'était l'or à l'époque imaginez qu'au lieu que ce mètre soit en bois ou en métal soit en caoutchouc que ce soit un élastique pour mesurer vos tissus mais dites donc vous savez jamais ce que vous achetez on vit là-dedans depuis 1971 depuis l'été 71 depuis le coup Nixon on ne sait pas ce que représentent les monnaies qui nous environnent en valeur réelle on ne sait pas ce qui les fonde il n'y a que la valeur nominale
1:25:57 alors le contre-argument ce que je veux dire c'est oui mais la puissance la richesse américaine est telle que tout le monde a confiance en le dollar il n'y a pas de problème d'accord ? oui ça c'est jusqu'à la crise des subprimes et donc il a raison il y a un mot avec lequel je suis d'accord avec lui qui est peut-être le mot le plus important de ce qu'il dit donc ce n'est pas un détail c'est qu'on est menacé on est menacé par un collapse mais on ne pense pas du tout au même collapse lui il pense au collapse du cosmos il dit même les espèces animales vont disparaître tu vois comme de la terre c'est bien pas mal après tout les autres on s'en fouille on n'a pas l'air très habitées de notre univers et oui il y a un collapse qui vient il y a un collapse économique monétaire social et qui peut provoquer des guerres c'est beaucoup plus grave à mon avis l'urgence géopolitique est pour moi beaucoup plus grave que l'urgence écologique alors la deuxième histoire pour ceux qui ont vécu les moins jeunes d'entre nous qui ont vécu la sortie du rapport au club de Rome en 72 il y avait aussi les premiers chocs pétroliers moi je ne l'ai pas vécu je suis 78 mais il y a tout un imaginaire qui s'est développé quand même
1:27:07 les premiers survivalistes à l'époque c'était des communautés plutôt de gauche d'extrême gauche qui voulaient survivre à l'hiver nucléaire et puis voilà c'était aussi l'imaginaire du pic pétrolier etc c'est là c'est sur ce fond qu'est née la permaculture en Australie enfin en Tasmanie c'est de créer une agriculture qui ne dépend plus du pétrole en fait et si vous voulez on y reviendra après sur la permaculture à Cuba vous savez que c'était un allié soviétique donc une île dans les Caraïbes et dans les années 90 il y a l'effondrement du bloc soviétique et c'était l'île un des pays les plus industrialisés d'Amérique latine c'est là où il y a le plus de scientifiques Che Guevara était ministre de l'industrie pardon pas de l'agriculture de l'industrie ils exportaient massivement ils importaient des pièces de l'essence du gazole tout ça et en fait il y a eu un effondrement du bloc soviétique donc un effondrement des alliés mais ils étaient sous embargo états-unien donc ils se sont retrouvés tout seuls sur leur île sans approvisionnement collapse ils ont fait une expérience grandeur nature d'effondrement et ils se sont débrouillés
1:28:17 el cubano es creativo je suis allé là-bas deux mois incroyable ils sont créatifs ils ont de l'entraide c'est vraiment assez beau alors là c'est des caricatures mais j'ai ressenti ça c'est très complexe comme situation mais en quelques minutes on n'a pas le temps mais le gouvernement a réquisitionné des camions pour faire des bus il y a une discipline incroyable sur les files indiennes c'est vraiment assez extraordinaire c'était la débrouille la débrouille parce que les chaînes du froid étaient rompues plus d'électricité plus d'ascenseur plus de réfrigération il y a une production de bananes à l'ouest ils n'en avaient même pas à l'est il n'y avait plus de camions c'était difficile l'agriculture ça c'était les moyens de transport et l'agriculture déjà bio parce qu'il n'y avait plus trop de produits donc à la main et plutôt en ville parce qu'il y avait beaucoup de main d'oeuvre ça c'est en ville moi qui pris la photo on a un système de production intensif c'est hyper intensif sauf que c'est bio d'ailleurs ils n'ont plus le droit d'utiliser des produits en ville c'est un décret des produits phyto enfin produits sanitaires
1:29:27 et c'est intensif en main d'oeuvre agriculture urbaine agroécologie permaculture tout ça ça a explosé alors pas tout il y a environ la moitié de l'agriculture qui s'est convertie et on voit des unités intensives de production d'agriculture urbaine etc ils ont eu le prix Nobel alternatif pour avoir montré qu'on pouvait faire ça à grande échelle en bio et produire plus autant sinon plus qu'en conventionnel on voit ça dans les villes post-industrielles comme à Détroit où il y a des jardins collectifs qui voilà spontanément mais dans plein de villes l'agriculture urbaine revient dans l'hémisphère nord dans les pays industrialisés et en fait on peut aussi aller voir on sort de Cuba là mais aux Etats-Unis à la deuxième guerre mondiale puis la première guerre mondiale aussi et en Angleterre aussi et même dans les années 30 il y a eu des grands des grands programmes de jardinage en fait à la deuxième guerre mondiale après Pearl Harbor je crois que c'était en 1941 il y a la population ils voulaient participer à l'effort de guerre et les militaires ont dit non non mais ça c'est un truc de pro par contre vous pouvez cultiver des légumes
1:30:37 à fond allez-y dans les jardins partout dans les municipalités dans les pelouses à fond ils ont appelé ça le Victory Garden il y a eu un comité avec de l'état-major les grandes universités Harvard etc qui pilotait ce programme et en deux ans en 1943 60% des légumes étaient produits par les Victory Gardens partout dans les grandes universités devant le Capitole imaginez ça aujourd'hui à l'Elysée ou je ne sais pas et des pubs partout voilà on voit que Obama n'a rien inventé intéressant toute la séquence qu'on vient d'entendre de Cuba jusqu'aux Etats-Unis va faire un système plus opposé qu'est-ce qu'il y a de commun ?
1:31:19 dans les deux cas il y a eu un petit miracle avec ses valeurs à lui on est bien d'accord c'est-à-dire il y aurait eu tout d'un coup une production qui n'est pas bourrée d'énergie fossile etc écologique au sens d'autre aujourd'hui sauf que dans Cuba c'est une contrainte due à l'embargo il n'y a pas le choix il dit très bien le collapsus de l'aide soviétique je rappelle juste pour illustrer ce qu'il dit à quel point il a raison Cuba achetait chaque année l'URSS achetait chaque année l'excès de production de sucre de Cuba l'URSS premier producteur de sucre au monde Betterave il y a rien que ça en Russie je veux dire c'est les terres pauvres il n'y a pas de blé fin comme chez nous il y a que ça première production de sucre c'était l'URSS acheté le surplus du sucre de canne de Cuba pour le tenir à bout de bras vous voyez quand il n'y a plus d'Union soviétique il ne reste pas grand chose de l'économie de Cuba qui était étranglée par l'embargo vous savez qu'un bateau et une compagnie navigation qui faisait escale à Cuba ne pouvaient plus
1:32:29 faire escale dans un des ports du golfe du Mexique aux Etats-Unis c'était terrible bref donc là c'est une contrainte terrible et aux Etats-Unis c'est rien de moins que la deuxième guerre mondiale et Pearl Harbor qui leur a fait faire ce miracle le point commun c'est qu'ils nous proposent des trucs tu vois ce que je veux dire où on est en guerre pratiquement comme solution pour en sortir c'est à dire moi je vois une solution qui fait qu'on n'est pas en guerre qui est la solution de l'avenir pour nos enfants c'est intéressant quand même et partout on peut faire les choses à grande échelle on peut s'organiser on a les capacités ça c'est vu dans l'histoire on peut aller vite et loin et ensemble après c'était un autre climat il y avait un effort de guerre etc il y a des conditions à réunir alors c'est pas un plaidoyer pour la guerre mais c'est remarqué qu'on a les capacités de le faire deuxièmement l'autre histoire c'est enfin troisièmement la question de l'effondrement c'est la question souvent qui revient est-ce qu'on va tous s'entretuer alors je sais pas en tout cas on peut répondre oui et non et en fait
Entraide et prématuration générique de l'homme
1:33:41 on a répondu à cette question avec Gauthier Chapelle un ami qui est aussi biologiste agronome et docteur en petite bête qui a amené le biomimétisme en Europe donc s'inspirer des principes du vivant pour créer des systèmes durables enfin résilients ça c'est le biomimétisme et on a fait le tour d'horizon de tous les êtres vivants comment les êtres vivants champignons bactéries plantes animaux humains s'associent et il y a toute une biodiversité de l'entraide une symbiodiversité l'entraide est partout depuis la nuit des temps chez toutes les espèces tu mets une population des étoiles de mer dans une population d'huîtres de moules il n'y a plus une moule au bout d'une semaine tu parles ça ceci enfin bref tous les individus depuis leur naissance c'est vraiment pas juste un fait divers c'est massif c'est un principe du vivant l'entraide est partout et chez nous remarquez que c'est le contraire de Darwin c'est pas le struggle for life c'est le paradis je vous dis que c'est l'Éden c'est ça il est dit dans le paradis il n'y avait pas de lutte entre les espèces c'était le paradis on est dans les discours religieux
1:34:51 c'est pas un hasard que ça ne nous vienne pas non pas de lui de sa culture c'est un français mais du monde anglo-saxon biblique j'aime hein moi j'entends comme si j'étais ironique mais j'y suis attaché à cette culture c'est sublime quelque part moi j'y tiens à l'Éden Rimbaud c'est mon enfer oui c'est vrai c'est à l'Éden que je pensais les humains c'est vraiment très bien développé on est câblé on a des hormones on a un système cognitif qui est très très très pro-social ce qu'on a découvert aussi et les évolutionnistes ont fait beaucoup de découvertes ces dernières années l'entraide, un facteur de l'évolution c'est une phrase de Kropotkine un grand géographe et anarchiste du fin du 19ème et début du 20ème en 1902 il a écrit ce livre l'entraide, un facteur de l'évolution que je vous recommande vivement c'est génial et il fait un tour d'horizon justement de ces découvertes Darwin avait montré bien avant Kropotkine bien avant tout le monde d'accord ce qu'il appelle les effets réversibles de l'évolution où il y a un seuil et c'est le particulier pour l'homme où l'entraide est plus favorable à l'évolution de l'espèce que la struggle for life justement
1:36:01 mais je rappelle au passage je redeviens là le philosophe pour trancher un petit peu entre les discours scientifiques que la supériorité de l'homme sur pas sur un taux de malheur mais la supériorité qu'a acquise l'homme comme maître de la nature Tarzan maître des animaux maître de la brousse Bushmeister que l'homme maître et possesseur de la nature de Descartes pour prendre la formule la plus célèbre d'ailleurs sur cette thématique elle vient non pas comme il le dit d'un équipement biologique ça c'est l'illusion positiviste c'est pas scientifique c'est du scientisme c'est pas de la science ça vient d'un moins et non pas d'un plus ce moins étant la prématuration générique de l'espèce humaine le fait que l'évolution précisément a fait un accident l'évolution c'est pas la providence on est pas dans le religieux l'évolution elle fait ce qu'elle peut il y a même dans les bouquins les plus récents je me contredis je cite des savants comme eux mais intéressant je vous dis des pistes là où on montre qu'il y a des erreurs énormes y compris dans le corps humain des trucs la nature fait ce qu'elle peut les grenouilles elles font 300 000 oeufs pour en garder peut-être 200
1:37:11 les petites tortues pareilles elles rentrent vite à la flotte quand elles sont nées et donc le moins c'est quoi c'est que l'évolution de l'espèce humaine en particulier le passage à la station bipède a produit une catastrophe obstétrique dans le bassin de la femme un rétrécissement des os du bassin qui a fait que la naissance est beaucoup plus laborieuse et difficultueuse dans l'espèce humaine que dans les autres espèces animales y compris dans les mammifères qui sont proches quiconque a vu une gazelle un gnou dans la savane africaine quelques minutes après la naissance se dresser sur ses quatre pattes et quelques heures après prête à fuir en cas de danger avec tout le troupeau sur la savane pour fuir un fauve nous on met combien d'années à se tenir sur les deux pattes autrement dit l'homme naît avant-terme il y a des prématurés individuels bien sûr chez l'homme j'ai une copine moi qui est née à six mois qui est maintenant en très bonne santé merci à la médecine et à la croissance mais il y a en plus une prématuration générique qu'on voit bien avec la fontanelle qu'en est une trace par exemple à la naissance que c'est pas achevé donc le recours à l'autre
1:38:21 la solidarité était vitale pour l'espèce humaine pas une solidarité seulement comme les fourmis ou les termites qui sont aussi des animaux sociaux qui sont innés comme ça non non non mais je veux dire c'est le rapport symbolique à l'autre le langage etc très important voilà je suis en train de rappeler des choses fondamentales c'est que la supériorité non pas encore en valeur encore une fois mais pratique technique de l'homme sur le reste de la création pour parler en termes laïques du monde vivant vient non pas d'un plus mais d'un moins ce qui exprime parfaitement le mythe de Prométhée par exemple vous savez que Prométhée a bondi pour aller très vite faucher le dieu à l'Olympe le feu pardon à l'Olympe chez les dieux pour combler une lacune c'est que son frère Epiméthée que Zeus avait chargé de distribuer les qualités d'une manière équilibrée aux uns tu donnes la force sans la vitesse aux autres à l'oiseau tu donnes la vitesse sans la force voilà mais il s'était mal pris puisqu'Epiméthée veut dire qu'il y a l'esprit imparfait pas très intelligent et qui fait qu'arrivé
1:39:31 à l'homme il n'y avait plus rien pas de griffes pas d'écailles pas de plumes pas de fourrure comme l'ours etc et donc pour remédier tout ça quelle belle métaphore justement ce qui fait peur à l'écologiste la chaleur le réchauffement le feu intéressant d'accord que ça permet de sortir des ténèbres et du néant lumière chaleur d'énergie ceux qui survivent c'est pas les plus forts c'est ceux qui s'entraident le plus c'est les groupes les plus coopératifs qui survivent à l'évolution et c'est un des principes d'innovation dans le vivant ces manchots là ils sont ensemble en groupe vous savez ils subissent des vents en moins de 100 degrés en ressenti et bien ils se blottissent et ceux qui sont au bord ont froid plus froid que les autres et à un moment ils tournent ils se remplacent à tour de rôle si les manchots là ils se la jouaient individualiste chacun pour soi ils seraient tous morts il n'y aurait pas de manchots donc c'est c'est un c'est dans le monde vivant il y a un principe très contre-intuitif mais majeur
L'homme, loup ou dieu pour l'homme
1:40:41 c'est l'entraide apparaît dans les milieux hostiles quand il y a des pénuries et milieux hostiles l'entraide peut émerger je suis tout à fait d'accord mais je ne vois pas ce qu'il y a de contre-intuitif il y a deux mythologies chez les inuits les esquimaux les inuits comme vous voulez une pour l'hiver une pour l'été celle de l'hiver hyper solidaire alors qu'en l'été c'est des récits d'exploit de chasseurs avec le harpon isolé comme ça affrontant un ours blanc individualiste c'est intéressant vous allez me dire mais non quand il y a un milieu hostile et quand il n'y a plus rien dans les magasins on s'entretue ah ouais alors les deux sont vrais comment on réconcilie ça c'est parce que nous nous sommes dans une société d'abondance et quand il y a de l'abondance vous vous souvenez 500 esclaves énergétiques chacun c'est la classe on est riche on peut se permettre le luxe de dire à son voisin j'ai pas besoin de toi moi j'ai des esclaves énergétiques et l'individualisme et un luxe peut émerger parce qu'on est tous riches et on a créé une culture de l'égoïsme de l'individualisme etc et c'est ça qui est toxique quand on arrive dans les catastrophes
1:41:51 et les tempêtes je ne suis jamais si proche de lui que lorsqu'il sait avec ce qu'il vient de dire même au-delà de ce qu'il pense il est plus profond encore qu'il ne pense à ce moment là je lui dis le contraire tout à l'heure je me dis il ne voit pas à quel point c'est stupide ce qu'il dit même de manière impensée mais même tout à l'heure il est en train de rappeler la mort quoi qu'on fasse l'espèce humaine n'est pas animal dès l'instant qu'elle a conscience elle a la mort il faut rappeler qu'il y a danger qu'il y a détresse tout le temps même si on est en prospérité économique et matérielle le memento mori c'est ce que faisaient les grecs dans un banquet ils promenaient un squelette pour dire je t'en profite c'est bien que la richesse ne soit pas facteur d'amnésie de vie bling bling de vie minable superficielle où il n'y a plus d'histoire comme sont les enseignements scolaires accélérés par Macron important qu'on rappelle par où on est passé qu'on rappelle comment on est arrivé au Troisième Reich
1:43:01 c'est important qu'on rappelle tout le temps que rien n'est jamais résolu que la plus grande des barbaries n'est pas venue aux époques barbares mais aux époques où il y avait le top de la technique et d'industrie qu'on est toujours menacé par ce fond ce fond c'est la grande discussion de Hobbes Spinoza Hobbes on connaît tous même ceux qui ne savent pas que c'est lui la formule la plus célèbre l'homme est un loup pour l'homme homo homini lupus à quoi Spinoza répond homo homini deus l'homme est un dieu pour l'homme c'est évident que c'est Spinoza qui a raison autant que je tranche arbitrairement comme ça de quel droit parce que le second contient le premier sans que la réciproque soit valable l'homme est ignoble pour l'homme jamais on ne voit un animal qui approche la cruauté je sais s'il y a des choses épouvantables dans le monde animal mais qui ne sont pas de la méchanceté l'animal fait ce qu'il peut et non pas ce qu'il doit et comme je parlais tout à l'heure de l'aîné des chiens sauvages qui liquide le frère Cadet c'est vrai qu'il n'y en a pas pour tout le monde donc c'est parce que l'homme
1:44:11 est un dieu pour l'homme Spinoza a raison qu'il est un loup comme aucun loup ne l'est c'est parce qu'il attend une telle reconnaissance de l'autre c'est pas qu'il est d'une méchanceté énorme lorsqu'il n'obtient pas cette reconnaissance on est dans les choses intéressantes donc voilà homo homini lupus oui l'homme est un dieu pour l'homme parce que l'homme est un dieu pour l'homme parce que chez l'homme comme aucune espèce animale l'autre représente une valeur divinisée vous reconnaissez la lutte hégélienne des consciences pour la reconnaissance c'est cette culture c'est ça qui fait l'effet Nutella dans les magasins quand on baisse le prix du Nutella les gens jouent des coudes c'est ça c'est la culture de l'égoïsme et qui est entretenue par une mythologie de chacun pour soi la loi du plus fort les équations mathématiques etc il y a un cas emblématique là il pourrait quand même préciser que c'est typique d'une classe sociale je ne veux pas faire le b.a.-ba du marxisme mais quand même c'est tellement évident là que je trouve qu'il y a une disproportion entre le nombre de fois où il y revient et le peu de fois où il le nomme il dénonce le monde industriel il ne dénonce pas le monde capitaliste
1:45:22 que développe Jacques Lecomte dans son livre La bonté humaine c'est à Katrina la Nouvelle Orléans en 2005 vous vous souvenez de ces images il y a plein de j'ai même vu des photos saisissantes de Katrina c'est extraordinaire le document de meurtriers de pilleurs de violeurs etc des noirs évidemment et donc on en voit la garde nationale hyper stressée qui a la gâchette facile et les journalistes sont à l'affût de pilleurs de meurtres etc et en fait ce qu'ont montré les études les journalistes etc c'est qu'il n'y a jamais de panique en temps de catastrophe plus on est à l'épicentre d'un phénomène de catastrophe plus c'est calme plus les gens s'auto-organisent et développent des comportements altruistes extraordinaires d'entraide ouragans attaques terroristes tsunamis etc tout les sociologues parlent même plus de panique ça c'est des représentations qu'on a c'est une mythologie de notre mythologie libérale on va dire c'est bien il aborde l'ordre symbolique c'est bien philosophiquement qui considère que la nature est agressive méchante que c'est la loi la loi du plus fort
1:46:33 la guerre de tous contre tous etc et le mythe aussi de l'égoïsme où tout le monde est égoïste et ceux qui survivent dans la nature c'est les plus forts et les plus égoïstes et en fait voilà le World Trade Center les gens descendaient des tours jumelles avec des comportements de galanterie de calme etc les pompiers sont remontés en sachant qu'ils allaient mourir ils sont remontés sauver des gens etc comme ceux de Tchernobyl ils sont allés vraiment mourir tous les témoignages convergent en fait nous notre espèce elle est hyper hyper sociale le terme est ultra sociale dans les publications scientifiques ultra sociale nous sommes l'espèce la plus sociale du monde vivant intéressant là c'est mentif je reviens à mon avis c'est intéressant parce que il prend c'est pas lui qui invente c'est un langage que je l'ai déjà vu ultra social dans les publications anglo-saxonnes en particulier c'est à dire comme si la différence était quantitative c'est la plus sociale des espèces à la limite alors qu'il y a un seuil qualitatif avec la mort la conscience de la mort c'est intéressant parce qu'ils ont entendu qu'il y a des abeilles on n'est pas les seuls à être sociaux les loups chassent en meute il y a quelques espèces c'est très loin d'être la majorité qui sont sociales
1:47:43 mais alors l'homme lui c'est le plus social c'est pas une question de quantité seulement je suis en train de lutter contre l'antispécisme là on passe à un nouveau genre avec l'homme c'est pas seulement une espèce plus sociale que les autres dans le même genre animal même si on aura toujours des choses en nous qui procèdent de l'animalité mais tant qu'on en reste là on n'est pas dans l'humanité précisément l'humanité commence quand il y a autre chose cette autre chose c'est un rapport à autrui qui est médiatisé par la conscience commune de la mort conscience qui n'est jamais explicité pardon je suis obligé de faire le philosophe là une vieille problématique philosophique qui remonte à l'antiquité à Platon déjà qui est classique c'est ou bien les choses sont par nature ou bien par convention est-ce que le langage c'est naturel par exemple est-ce qu'il y a des mots comme plouf tout ça tu vois qui imitent un peu les sons réels ou bien est-ce que le langage est une convention le signe est-ce que les lois les lois morales les lois juridiques sont par nature ou par convention c'est un vieux truc et bien là je suis en train d'introduire un terme qui fait la synthèse comme tout ce qui est le plus riche le plus intéressant c'est ni la nature ni la culture c'est ni le cru
La connivence, le pacte et l'injustice sociale
1:48:53 ni le cuit je vais faire un petit détour pour qu'on comprenne d'abord c'est le fermenté le pourri le mariné ah les petits alvéoles vertes dans le roquefort c'est ça le meilleur le vin la bibine enfin le fermenté entre le cru et le cuit il y a une puissance chimique le poisson à la tahitienne voilà et bien il y a l'équivalent là je suis en train de dire pourquoi ? entre la nature et la convention entre le contrat c'est là que Rousseau est trop formel pour une fois que je fais un élément négatif chez Rousseau entre le contrat et la nature entre l'état de nature et l'état civil basé sur le contrat il y a entre les deux il y a un langage riche pour le dire quelque chose qui ressort du contrat mais qui est un contrat qui n'est pas explicite c'est à dire le pacte vous savez un pacte c'est toujours plus menaçant qu'un contrat on dit bien dans le pacte germano-soviétique il y avait des clauses secrètes c'est à dire un pacte il y a toujours des clauses secrètes il y a du non-dit du non-explicité donc je suis ici non pas dans la nature à choisir entre la nature et la convention mais je dirais la connivence il y a comme il y a avant il y a après coup le contrat d'accord j'insiste
1:50:03 parce que c'est jamais développé ces thématiques le même collectivisme on retrouve qu'au com que dans le contrat mais moins l'explicitation comme si ça rôdait dans la langue sans jamais se dire et c'est pour ça que la langue n'est pas scientifique avec les savants d'abandonner la langue courante dont il s'agit par les étoiles ou des molécules mais que dans notre langue il y a ce rapport à la mort qui n'arrête pas de s'approcher et de se fuir tout le temps comme ça voilà et donc je voudrais substituer comme synthèse à l'alternative contrat théorie naturaliste théorie contractuelle conventionnaliste si vous voulez la connivence qui n'a pas la clarté de la signature de la convention où il dit contrat donc il y a une part obscure sur laquelle Mallarmé insiste lorsqu'il dit un jeune qui voulait se suicider sans doute enfin comme il y avait
1:51:15 beaucoup à l'époque un jeune poète comme ça qui disait la vie aujourd'hui le monde moderne tout ça et Mallarmé dit écrit tu remarqueras que on n'écrit pas lumineux sur champs obscurs seul l'alphabet des astres ainsi s'inscrit l'homme poursuit noir sur blanc oubli de sombres dentelles comme s'il y avait de secret dans la parole humaine qu'il fallait préserver dans l'obscurité de l'encre au fond de l'encrier écrit et puis écart la lampe voilà je voulais rappeler cette importance de la connivence du pacte j'aime bien le mot pacte toutes les grandes mythologies commencent par le pacte le pacte de Hagen voilà la tétralogie ce massacre qui commence sur un pacte voilà donc il y a ici sans doute une voie à explorer qui justifie pour moi malgré que le fait que Marx ait écrit misère de la philosophie que nous soyons encore en train de philosopher je parle de la philosophie presque en m'excusant comme Hölderlin parlait de la poésie comment on peut faire encore de la poésie vous savez qu'on a dit que comment on peut écrire encore après à Auschwitz ça a été dit
1:52:25 le fameux vers qui a été commenté de Hölderlin et pourquoi en ce temps donc misérable des poètes ils sont me dis-tu pareil au dieu des vignes au prêtre du dieu des vignes et errent de terre en terre le long de la nuit sainte la nuit sainte il y a une obscurité à penser que nous retrouvons dans le carnaval vous voyez quand on explore tout d'un coup les souterrains de l'âme humaine c'est intéressant que l'on retrouve dans certains Fellini je pense à Juliette des esprits c'est Fellini où il y a toute l'irrationnel qui explose comme ça je pense à Mort à Venise où il y a tout le monde où il y a la scène de musicien qui vient narguer les gens à l'hôtel avec les types sans dents il y a ce fond là voilà et je conjugue ça maintenant avec mon fond marxien pour dire que ce qu'il y a de plus ignoble dans l'injustice sociale ce qu'il y a de plus inexcusable c'est pas tellement la pauvreté dans les années 60 pendant les 30 glorieuses j'ai l'air d'en parler avec nostalgie non parce que c'était terrible par rapport à maintenant vous savez pas combien il y avait le nombre d'appartements dans Paris qui avaient les toilettes sur le palier vous savez il n'y avait pas de courant
1:53:35 mais c'était plus heureux parce qu'on savait que les enfants iraient mieux que les parents si vous voulez alors que là on ne parle au contraire que de fin du monde ou de fin du mois qui devient de plus en plus difficile pour mes enfants et beaucoup de gilets jaunes qui sont vieux qui ont des cheveux blancs disent mais moi je suis sur les ronds-points parce que je ne peux plus donner à mes petits-enfants des cadeaux de Noël je veux dire mes retraites sont renires donc cette différence là c'est qu'il y a de plus ignoble dans l'injustice sociale c'est pas seulement la pauvreté je viens de montrer qu'une pauvreté qui est une perspective c'est pas une antivaleur en soi le plus terrible c'est d'acculer l'autre à être proche de la mort à n'avoir aucune défense à ne pas avoir des beaux murs qui sont ici cette belle cour qui nous sépare de la rumeur de la rue du danger tu vois du péril extérieur de ne pas avoir le Walhalla dans la tétralogie l'enjeu de construire l'Olympe le palais des dieux on est en sécurité pendant que les Nibelheim les Nibelung sont exposés à tous les dangers qui rôdent à la surface de la terre sur laquelle marchent les géants trois races sous la terre sur la terre les géants vieux dans les cieux les dieux nous c'est pourquoi j'admire un film
1:54:45 comme Eyes Wide Shut montrer la négativité qu'il y a dans ce monde des dieux voilà pardon pour cette longue parenthèse mais je crois qu'on ne peut pas parler vraiment des problèmes de fin du monde sans aborder cet aspect de l'ordre symbolique si je milite pour la justice sociale ce n'est pas pour des raisons de moraline c'est parce qu'il n'y a rien de plus inhumain au sens strict cette fois parce que vous avez montré l'importance de la conscience de la mort dans la détermination de la sphère proprement anthropologique je ne dis pas ici l'anthropocène mais la sphère proprement anthropologique il n'y a rien de plus inhumain de plus horrible que de condamner l'autre à n'avoir aucune défense contre la mort par la misère je ne parle même pas des camps de concentration mais simplement ceux qui vivent au jour le jour actuellement au Mali voilà je ne vais pas faire une litanie la terre est une vallée de larmes ce ne sont pas les exemples qui manqueront une des plus sociales pourquoi ?
1:55:49 parce qu'à la naissance on est hyper vulnérable à la naissance sans maman papa on se fait bouffer tout de suite sans les oncles les tantes le clan la grand-mère le clan sans l'ultra-socialité sans les capacités pas le clan le genre sans le genre humain sans lequel le clan n'existerait pas car le clan a une langue il n'a pas un système de communication inné comme les abeilles et le dauphin il a une langue qui n'existerait pas s'il n'y avait pas la société globale l'état c'est difficile à comprendre le mariage est une institution alors que dans le monde animal la femelle peut dévorer ses enfants après avoir bouffé pour les faire survivre en les premiers mois d'empathie de découvrir les sentiments des autres et de fonder les sociétés on serait tous morts et c'est ça notre puissance c'est la socialité humaine qui fait notre puissance et le paradoxe c'est que c'est notre puissance maintenant qui nous détruit qui nous rend vulnérables et donc on arrive nous vous savez peut-être vous avez lu Sapiens de Harari super bouquin au début il parle de la révolution cognitive
1:56:59 à moins 70 000 ans l'être humain est parti dans sa tête dans ses mythes ses représentations ses récits etc et il y croit à fond et en fait on est parti là-dedans et on croit à des choses complètement incroyables par exemple qu'il n'y a qu'une loi dans la jungle c'est la loi du plus fort mais franchement s'il y avait des si les bactéries et les champignons nous voyaient mais ils se moqueraient de nous c'est fou ils diraient ils sont encore jeunes ils vont comprendre et donc la proposition qu'on fait c'est d'apprendre à voir avec d'autres lunettes que la compétition on est devenu hyper compétent en compétition redevenons compétent en coopération il ne suffit plus de compter sur l'intuition le bon sens et tout ça il faut devenir compétent avoir des facs d'économie dédiés à l'altruisme des prix Nobel des équations mathématiques et là on pourra parler d'un vrai projet de société ou en tout cas apprendre à marcher droit sachant qu'on a une jambe hypertrophiée et une jambe un peu faible donc on sait gérer les pénuries ce qui est dangereux pour l'être humain ce n'est pas d'arriver dans les pénuries parce que ça on sait faire depuis des centaines de milliers d'années c'est d'arriver dans les pénuries avec cette culture de l'égoïsme
Arbres solidaires, localisme et résilience
1:58:09 un autre déclic c'est c'est la vision qu'on a du vivant alors vous avez sûrement vu les livres sur la forêt en ce moment il y en a beaucoup la vie secrète des arbres sur les végétaux sur l'intelligence des plantes tout c'est passionnant il y a des découvertes scientifiques majeures en ce moment qui sont faites par exemple que tous les arbres s'entraident par les mycorhizes se passent des nutriments des plus forts aux plus faibles des adultes aux petits jeunes qui émergent et ça éclate complètement cette vision qu'on avait d'une forêt où tous les arbres jouent des coudes pour l'accès à la lumière il dit que c'est dans la nature qu'il y a cette entraide comme s'il n'y avait que l'homme qui s'en était écarté un moment il faudrait y revenir revenir à ce que les arbres font depuis toujours non non la nature c'est un combat effrayant surtout dans le règne animal soit dit en passant et puis il y a des plantes quiconque s'est promené un peu dans les régions tropicales où un arbre bouffé par un parasite c'est des lianes je veux dire tu vois qui étranglent il n'y a pas de pitié la nature et c'est le contraire c'est l'homme qui est comme je disais tout à l'heure d'ailleurs le plus social
1:59:19 la plus sociale des espèces voilà à ce point de cette inversion de ne pas dire que l'homme si on l'écoute si on veut bien l'écouter et je suis tout à fait prêt à l'écouter à son désir de muter contre l'égoïsme de recollectiviser un petit peu les mentalités ça c'est très bien mais j'ai un peu peur que ce soit au profit de la proximité je ne sais pas à mon avis on ne va pas tarder à y arriver là c'est la culture locale faire son petit développement local faire sa nourriture dans ma géographie ce que j'appelle moi de manière un peu brutale le localisme pétainiste la terre ne ment pas les épétains et l'usine c'est mal la terre c'est bien et laissé donc à la société globale c'est à dire au Pentagone et au FMI la gestion de la planète il faudrait que nous ne devons pas les légumes locaux attention à ça aussi les sociétés riches pourraient s'orienter vers ça et en laissant aux puissants de ce monde le soin de faire en sorte qu'on ne soit pas challengé par la Chine et l'Inde
2:00:29 voilà c'est une petite hypothèse que je pense qu'on va voir ensuite et sont tous en compétition il y a de la compétition certes il y a beaucoup d'entraides entre espèces même il se passe des minéraux entre espèces différentes c'est intra et inter spécifiques et en fait la forêt la nature en général les écosystèmes ont beaucoup d'expérience en résilience il y a ce que disent les biomiméticiens j'en ai marre de ce terme vous avez deviné tout à l'heure j'ai tiqué ce que ce terme a été fait pour plus qu'on parle de résistance ça dérange qui la résistance avec des gaullistes et des communistes tout ce qui a été chassé par 68 moi je ne crois pas au hasard 8 milliards soyons honnêtes même s'il pense à la résistance quand il dit ça il y a plein de gens qui pensent résistance et qui m'en disent résilience pour être à la mode c'est comme ça que l'idéologie s'infiltre par un changement sémantique par des glissements comme ça ces 3,8 milliards d'années d'expérience en recherche et développement en résilience dans toutes les entreprises vous mettez un biologiste pour réfléchir à comment traverser les tempêtes
2:01:39 la concurrence disciplinaire il est quoi lui ? l'ingénieur en agronomie ? c'est ça c'est ce que j'avais compris il n'est pas le seul on a tous tendance à ça chacun avec sa discipline soit l'auxiliaire du politique qui doit conseiller le prince qui pour lui le biologiste d'autres sera le physicien d'autres sera le médecin d'autres sera le sociologue le psychologue conseil d'entreprise intéressant et bien sûr Platon en Sicile chez Denys le philosophe qui va conseiller Denys le pouvoir c'est du vieux schéma ça c'est marrant tous ces maux ne changeront pas dans la république de Platon tant que les philosophes ceux qui philosophent au sens droit je cite mot pour mot du mot philosophie n'auront pas accédé au pouvoir dans la cité ou bien que ceux qui sont au pouvoir dans la cité et qui exercent le pouvoir ne seront pas devenus philosophes l'impérialisme de la discipline ou à découvrir des nouveaux procédés c'est ce que résume bien Gauthier Chapelle avec qui j'écris l'entraide dans son livre Le vivant comme modèle je pense que c'est une bonne base pour l'anthropocène
Permaculture, certitude et désir humain indéterminé
2:02:50 et pour décrire les principes du vivant surtout pour des étudiants et donc s'inspirer du vivant c'est exactement ce que fait la permaculture c'est douze principes il y a trois principes éthiques et douze principes de design et les principes de design quand vous réfléchissez c'est exactement les principes du vivant et vous les appliquez à tout à l'agriculture à la maison à l'énergie J'en profite ici pour illustrer le propos que j'avais dit au début qui pouvait sembler obscur c'est l'incroyable certitude de ce type il y a trois ceci il y a tout cela il y a déjà un corpus constitué alors que à la pointe des recherches scientifiques fondamentales il y a une prudence gigantesque pour affirmer des choses beaucoup moins complexes que tout ça pourrait exercer ce qu'on appelle l'inférence en épistémologie qu'est-ce qui permet de dire si A égale B et B égale C alors A égale C ce qui nous semble tous évident si Pierre est le frère de Paul qui est le frère de Thierry Thierry est le frère de Pierre ça suppose une loi qui s'appelle la transitivité on n'y arrive pas comme ça il faut le justifier il faut le démontrer il y a trois ceci d'où cela je ne discute pas la vérité de ce qu'il est en train de dire là mais c'est le ton
2:04:00 de la scientifique qui n'est tellement pas en phase avec la scientificité dont il se réclame et dont il a mis raison de se réclamer que je ne peux pas ne pas signaler au groupe humain et ça fonctionne super bien voilà la permaculture c'est une méthode de conception de systèmes humains soutenables empruntant les motifs de la nature ces parallèles avec la nature sont fallacieux qu'il faudrait imiter la nature non ce qui est unique dans l'homme c'est le côté non spécifique de l'homme c'est précisément le côté générique de ses désirs je reviens toujours au côté indéterminé et qui doit rester indéterminé pour la liberté du désir humain de ne pas se fixer sur une finalité une bonne fois pour toutes quelle qu'elle soit d'accord qu'il n'y a pas de détermination définitive assignable au désir humain parce que ça lui permet tout le temps précisément de ne jamais être satisfait d'un stade déterminé de l'environnement c'est intéressant ça aussi d'accord c'est à dire une adaptabilité non non spécifique c'est à dire mon but c'est pas de continuer à vivre pendant des milliers d'années dans la jungle ou bien au Groenland ou bien
2:05:10 dans les Alpes ou bien dans le désert comme les vipères du désert d'accord mais de pouvoir passer du désert à l'Amazonie de ceci à cela de l'Allemagne à la France de la Méditerranée à la Thaïlande et voilà bref l'homme est nomade il n'est pas que le juif qui est errant et c'est une des causes de l'antisémitisme profond il en est passé de coq à l'âne mais ça se tient tout ça on en veut aux juifs de nous rappeler que nous n'avons pas le loisir de nous satisfaire en restant toujours au même coin puisque Pascal disait que tous les malheurs de l'homme viennent de pouvoir rester 5 minutes en repos dans une chambre ça se tient c'est l'angoisse immanente à l'être humain depuis qu'il sait qu'il est fini je préfère dire que la mort c'est un peu les tremblements dans la voie imaginaire c'est pas ça c'est le simple fait que le fini s'anéantit devant l'infini pour parler comme Pascal il n'y a pas le moment que tu sais que tu es fini il faut d'autres enjeux donc le fait que l'homme soit nomade c'est quand même extraordinaire la migration des premiers hommes d'Afrique apparue dans la vallée de l'Omo et qui vont occuper
2:06:20 qui vont faire le sinanthrope en Chine le néandertal en Europe c'est quand même extraordinaire ces migrations d'accord jamais achevées finalement et qui continuent ce que c'est que les Gaulois les Germains tout ça les Celtes c'est des migrations venues des steppes d'accord de l'Asie donc j'aime bien ce côté éternel migrant de l'animal humain d'accord mais qui partout reconstitue le foyer mais un foyer ambulant ce qu'on fait toujours dans le film demain ils sont interviewés mais c'est des amis en fait on est assez proche de Charles et Perrine avec Gauthier surtout et eux ils ont fait en Normandie c'est un exemple très médiatisé qui dont on discute souvent enfin qu'on discute souvent mais ce qui est formidable c'est qu'ils sont installés très naïvement sur des terres très peu fertiles en Normandie et ils ont foiré en fait leur installation ils sont installés en bio ils ont fait une formation au marché bio et ça marche pas et ils perdaient de l'argent etc et du coup ils sont je vous conseille
Bec-Hellouin, propriété foncière et fausse opposition du chimique
2:07:31 leur livre est vraiment excellent et après ils ont fait un pas de côté ils ont appliqué les principes de permaculture et les principes de micro agriculture intensive qui venaient des maraîchers parisiens du 19ème je vais y revenir juste après et ils ont réussi à produire de l'abondance non seulement ils produisent beaucoup en intensif sans produits chimiques je suis très content qu'il n'y ait rien contre la productivité il faut produire beaucoup pour abaisser le coût unitaire ça c'est très bien pourvu qu'on le fasse sans que ce soit nocif pas polluant là je suis à fond pour sans mécanisation ou quasi en stockant du carbone en augmentant la biodiversité de manière incroyable les oiseaux reviennent c'est fou et en générant de l'emploi enfin je veux dire beaucoup d'argent de manière à ce que ça soit viable économiquement donc quand on va dans le sens du vivant et c'est ça un grand déclic qu'on doit avoir surtout en agro que moi j'ai pas eu à l'époque que j'ai découvert par la suite quand on va dans le sens des principes du vivant ça crée de l'abondance et on va pas quand on va à l'encontre des principes du vivant
2:08:41 on doit dépenser de l'énergie et du travail pétrole chacun voit midi à sa porte évidemment je comprends mieux maintenant comme il est ingénieur agronome son modèle c'est quand même le végétal Hegel dit quelque part dans le chapitre sur la religion naturelle chapitre sur la religion en Phénoménologie trois parties la religion naturelle l'animisme en gros les peuples primitifs on dirait au sens courant les peuples sans écriture deuxième la religion esthétique grec le monde grec troisièmement la religion révélée christianisme d'accord on rappelle le plan je discute pas dans la religion naturelle il y a plusieurs parties il dit c'est là qu'on est passé de l'innocence de la religion des fleurs à l'agressivité de la religion des animaux les totems c'est quand à l'égard de son temps le lion anglais affrontait le congolois tu vois ça intéressant une vision un peu comment on dit maintenant un terme irénique c'est pour dire tout le monde dit les beaux tout le monde dit les gentils l'irénisme une vision irénique qui est entraintée
2:09:51 au monde végétal où on voit moins l'agressivité je parlais des lianes tout à l'heure mais c'est vrai que c'est quand même moins manifeste que dans le monde animal c'est intéressant on voit ici l'ingénieur agronome pour aller à l'encontre et pour produire finalement moins et c'est ça l'aberration donc c'est une invitation à aller plonger dans les principes du vivant alors dans ces fermes post-industrielles qui seront évidemment verticales avec Gauthier on voulait verticale dans le sens avec plusieurs étages végétaux on voulait mettre en évidence qu'il y aura trois piliers le premier c'est la tête l'agriculture du futur trois piliers un la tête c'est à dire une agriculture intensive en connaissance ça c'est la permaculture ça c'est les deux fondateurs de la permaculture c'est très complexe compliqué non complexe on est dans ce qu'on disait au début les sciences de la complexité ici vous avez une manière de fabriquer un oeuf industriel voilà il faut tout ça le simple c'est pour les bœufs une petite élite qui est dans le complexe mais il n'y a pas beaucoup de gens qui sont au courant du complexe là j'ironise un peu mais il le faut parce que ce mot là
2:11:01 commence à m'agacer quand un mec est à court d'arguments qui vient de coincer sur un exemple prouvé quantifié il dit c'est plus compliqué que ça pour s'en sortir des minerais des bateaux des machins des tracteurs ici vous avez une manière de fabriquer un oeuf permaculturel c'est hyper complexe bon il y a un petit peu de zinc là pour les gouttières un peu de zinc comment ça se fait le zinc c'est avec synthèse électrique c'est compliqué le zinc ça se fabrique avec deux électrodes la métallurgie ben oui quand ma femme sera malade je serais bien content d'avoir l'industrie derrière mais il faut connaître enfin il faut c'est une invitation à connaître toutes les interactions entre les êtres vivants ou un maximum et de déployer de nourrir de développer les interactions mutuellement bénéfiques pour que le système tourne tout seul oui non je ne voudrais pas parler comme ça comme ironiquement de manière légère mais reprenons l'exemple du raz-de-marée et ou du tremblement de terre prendre deux cas ça se trouve naturel indépendante l'autre de l'autre même si l'une peut enclencher l'autre pas de serein
2:12:11 un tremblement de terre sous-marin qui engendre les épouvantables inondations qu'il y a eu entre l'Indonésie et l'Inde il y a quelques années donc où ça fait le plus de monde là où les maisons sont pas en béton regardez Tokyo c'est extraordinaire le Japon putain il y a des tsunamis toutes les minutes pratiquement un enregistre plus quelques grands on voit le haut des gratte-ciel qui fait ça avec des amplitudes énormes comme au haut de la tour Eiffel il paraît quand il y a du vent ça se sent il y a deux ou trois mètres d'amplitude et ça tient c'est construit précisément ce qu'on appelle une construction sismique anti-sismique pardon alors que dès que c'est la brique au Pakistan il y a 300 000 morts un maximum et créer l'abondance c'est juste ça l'art de la permaculture et c'est un travail au début très intense et très disons intensif en connaissance le béton en sorte de l'aider de lui il veut revenir à sa ferme ferme un peu moderne il y a du zinc j'adore son notion d'œuf comment il dit d'œuf permaculturel c'est joli surtout le dessin
2:13:21 tu as vu le dessin on voit plop c'est le chef d'orchestre c'est d'arriver à connaître tout et à maximiser à stimuler ce qui crée de l'abondance dans la nature au Bec-Hellouin ils font des buttes de 85 cm avec un semoir Coleman Eliot Coleman c'est un des meilleurs maraîchers du monde aux Etats-Unis dans le Maine la côte Est il a inventé ça 6 rangs il repasse ici il y a 6 rangs il plante entre les rangs et au milieu il y a des choux il y a 25 rangs parenthèse sérieuse je regarde la photo il a un grand domaine le mec qui est en train de faire ça le maraîcher le meilleur maraîcher du monde je ne sais pas comment il est propriétaire de ça déjà de cet espace peu importe je veux dire il a parfaitement son droit j'ai des amis qui ont des plus grandes propriétés que ça et où ils ne font pas ce superbe boulot de permaculture contre lequel je n'ai absolument rien mais dans sa solution il faudrait que tout le monde bénéficie de cet espace à cultiver donc ça suppose une redistribution du foncier tu vois un peu les problèmes qui sont censés être résolus
2:14:31 et qui ne sont pas du tout le problème politique n'est jamais abordé il faudrait redistribuer le plus sacré tu vois du capital la propriété foncière tu imagines un mec qui a sa résidence secondaire dans le Luberon qui va dire tiens je t'en donne les trois quarts pour faire ta permaculture ça ne va pas non c'est intéressant donc est-ce qu'il va y avoir des propriétaires avec des métayers comme on faisait avant des métayers on fait la permaculture pendant que les mecs ont la rente et sont à Paris en train de sortir à l'hôtel Crillon non mais pourquoi ?
2:15:02 sur 85 cm pour ceux qui ont fait un peu de maraîchage c'est fou et ils ont plusieurs récoltes par an et cette hyper intensification ça fait quoi ? ça fait que les machines ne sont plus les bienvenues parce que les machines elles piétinent tout elles sont maladroits donc c'est intensif en main d'oeuvre c'est du détail il fait celui qui n'est pas grand mais là par contre il est tout ça parce que là il est au courant c'est son domaine il y a longtemps que les japonais ont démodé tout ça je dis les japonais parce que ce sont les rois du machinisme agricole non pas comme McCormick ou bien Caterpillar qui sont des monstres des Golgoth à tout piétiner il a raison mais comme c'est au Japon l'espace extrêmement limité entre les montagnes le machin etc la partie et le nombre de bouches à nourrir je veux dire c'est extraordinairement c'est l'agriculture la plus intensive au monde c'est pour ça que j'en parle avec la Hollandaise il y a beaucoup de points communs c'est la forte densité 400 km derrière donc il faut voir il y a des mecs avec une paille presque chaque grain de riz est fécondé tu vois au Japon c'est hyper intensif c'est au contraire de la culture extensive ce grand espace
2:16:12 qu'il y a au Middle West ou en Russie ou même dans la Beauce simplement donc où je veux en venir qu'ils ont mis au point des petites machines micro pour faire exactement ce dont elle a besoin tu sais comme tu vois maintenant des machines toi qui es dans la Drôme à récolter la lavande ce qui est très compliqué parce que c'est terrible à couper la lavande donc des machines qui sont juste à cheval sur le sillon comme ça comme on fait aussi maintenant pour la vigne on a longtemps essayé parce que les vendanges c'est très beau à parler de l'extérieur mais c'est exténuant surtout quand c'est à grande échelle donc voilà je veux dire il peut parfaitement y avoir l'industrie au service et là il a raison de demander des machines qui ne piétinent pas de micro mécanismes mais hyper avec des cartes électroniques des puces qui commandent ce qu'il y a à faire c'est vraiment de l'orfèvrerie et le principe de base de la micro agriculture hyper intensive donc sans produits chimiques car je rappelle c'est si vous voulez produire plus je suis obligé d'intervenir ça se multiplie enfin cette contradiction antinomie entre le chimique et le naturel c'est d'une stupidité indigne il le sait si je lui dis
2:17:22 il va dire non mais tu ne comprends bien ce que je veux dire il aura raison oui mais je ne veux pas comprendre parce que pour la masse des ignorants par contre ils sont persuadés que le chimique c'est le diable or quoi de plus chimique qu'une plante naturelle dans laquelle il y a du carbone de l'anhydride de l'oxygène où il y a des échanges tout est chimique c'est la clé même de la réalité c'est curieux comme chimique est devenu diabolique en quelques générations je ne mange pas ça c'est chimique la patate aussi elle est chimique c'est incroyable c'est pas bio c'est chimique mais le bio c'est de la chimie je pense aux superlatives d'accord il ne faut jamais oublier ça il n'y a pas plus obscurantiste que d'opposer le chimique au naturel à moins qu'on dise que la chimie est une science humaine et non pas une science de la nature tu vois où on en arrive à la fin quand on se fait des nœuds sémantiques choisissez une plus petite surface ça va à l'encontre de ce qu'on apprend en agro si vous voulez produire plus vous diminuez la taille de votre champ et vous le cultivez bien le localisme au maximum Eliot Coleman
2:18:32 ça c'est un bouquin qui a été traduit qui est passionnant traduit en français il y en a d'autres Le Jardinier-maraîcher Jean-Martin Fortier c'est un québécois qui a eu pas mal de succès aussi et en fait ça vient Eliot Coleman c'est un américain avec John Jeavons un des aussi des meilleurs maraîchers qui ont retrouvé des archives des maraîchers parisiens du 19ème qui dans la ceinture verte de Paris avaient un grave problème Paris était noyé sous le crotin ils ne savaient pas quoi faire c'était le problème numéro un du préfet de police à Paris et en fait ils ont envoyé ça aux maraîchers qui les portaient là sur des c'était dur physiquement mais ça nourrissait un système agricole ultra intensif parmi les plus intensifs de l'histoire de l'agriculture ils avaient 7 à 8 récoltes par an sur la même parcelle c'est ce qu'on appelle le Dairy Belt aux Etats-Unis aux alentours des grandes villes il y a toujours eu une agriculture intensive et maraîchère tu ne vas pas faire de la grande culture extensive du coton ou du blé aux portes de Chicago tu fais des légumes du lait Dairy Belt tu vois des vaches des trucs de quoi tous les matins la demande en légumes en fruits
2:19:42 en laitage évidemment intéressant ça par an mais ils travaillaient beaucoup c'est pour ça que le deuxième pilier de l'agriculture du futur ça sera les mains la tête et maintenant les mains il ne veut pas la machine c'est extraordinaire je veux dire il y a des petites machines des tout petits motoculteurs japonais hyper performants il ne veut pas parce que ce serait l'industrie c'est terrible quoi on a mis des millénaires à se libérer des mains d'accord pour pouvoir enfin faire de la musique du cinéma se cultiver d'accord des voyages non non il faut revenir moi on me disait les mains sur la table pas gagner ça c'était chez les curés parce que ma mère on m'était à l'école catholique chez les jésuites quand j'étais des petits parce qu'on se masturbe si j'avais pas les mains sur le bureau c'est qu'est-ce qu'on fait avec une nouvelle génération de paysans qui va bosser les maraîchers parisiens du 19ème ils bossaient quand on a plus de pétrole il faut bosser souvenez-vous un baril 12 années et demie de travail il va falloir bosser le slogan quand il y a eu la crise pétrolière le choc pétrolier c'était nous n'avons pas de pétrole mais nous avons des idées tu te rappelles de ça t'as entendu parler
2:20:52 d'accord alors moi je disais putain méfions-nous des peuples qui ont et du pétrole et des idées je vous le dis et être intelligent les deux en même temps là c'est oui c'était du travail jusqu'à tard le soir jusqu'à minuit une heure du matin couvrir tout éviter les gelées etc c'est beaucoup beaucoup de travail alors maintenant on a d'autres techniques on peut utiliser ce que la science a découvert depuis un siècle on peut améliorer ces techniques et donc l'INRA l'INRA avait mesuré au Bec-Hellouin qu'on pouvait faire un équivalent temps plein sur 1000 mètres carrés seulement donc 10 équivalents temps plein par hectare c'est de l'agriculture intensive en main d'oeuvre et en connaissance mais c'est toujours intensif et donc j'avais calculé par rapport à Cuba en extrapolant qu'il faudrait d'ici 10 à 15 ans 120 millions de NIMA culteurs alors NIMA culteurs c'est non issu du monde agricole c'est les formulaires qu'on coche quand on s'installe en agriculture NIMA donc de néo-ruraux 120 millions en Europe en Europe 500 millions d'habitants donc deux fois la France ça veut dire
Néo-ruraux, Khmers rouges et rêverie bucolique
2:22:04 que les néo-ruraux les futurs agriculteurs sont déjà nés mais ils savent pas qu'ils le seront en gros c'est ça vouloir revenir sur l'histoire comme ça vouloir arracher les gens de l'urbanité et les foutre à la campagne alors que les campagnes pourraient nourrir 4 fois l'humanité d'aujourd'hui même pratiquement sans travail manuel s'il y avait à la fois la justice sociale et le progrès scientifique je veux dire on en a pratiquement les moyens je ne suis pas en train de faire de l'utopie ça a été fait ça a été le but des Khmers Rouges c'était déjà écologique au sens que il fallait punir la vie citadine où il y avait tous les vices la corruption l'oisiveté et revenir produire dans la nature dans la campagne ce qui n'a rien de communisme c'est l'envers de tout le marxisme mais qui par contre est très dans la tradition bouddhisto pas le Bouddha je parle de la culture bouddhique des civilisations le fait d'engraisser les moines bouddhistes tout le temps avec les sacrifices ils font que ça
2:23:14 en taillant des compagnies c'est pas du tout dans les textes du Bouddha je ne mélange pas les choses c'est aussi étranger l'enseignement du Bouddha que le mettre du plomb fondu dans l'anus et les yeux des juifs c'est l'inquisition c'est pas dans le programme de l'évangile voilà mais je rappelle quand même pour mettre en garde que ce discours irénique là presque bêlant regardez on va faire comme les plantes on va s'entraider on va aller à la campagne on n'aura plus les grandes surfaces avec dans le middle west on va aller terrifier ça moi je voudrais voir ça une fois en octobre quand il y a la récolte tu vois sur les millions d'hectares il paraît qu'il y a des moissonneuses batteuses qui se mettent en ligne la nuit ça n'arrête pas toujours avec les phares qui s'allument mais qui avancent comme ça c'est pas mon petit champ il est pur ma culture bon voilà comme adjuvant sur ma résidence secondaire qu'on apprenne à tous les enfants à pouvoir se débrouiller à faire de l'autosuffisance alimentaire dans le jardin ça c'est un appendice de quelque chose qui existe par ailleurs voilà donc attention attention au précédent des Khmer Rouge je l'ai promis qui ont entièrement vidé la ville pour renouer avec la campagne
2:24:24 attention à ça en littérature mais ça c'est pas meurtrier mais c'est pas un hasard si des titres aussi significatifs par rapport au sujet que nous discutons comme les bucoliques les georgiques c'est à dire les deux chefs d'oeuvre de Virgile le plus grand poète latin qui fréquentait Auguste c'était le discours du patricien romain qui avait sa propriété à Naples c'est à dire à Pompéi c'est à dire en campagne qui a donné la campagne c'est à dire non pas la nature la nature humanisée avec des bergers des flûtes le matin les abeilles qui font du miel les chèvres qui donnent du lait enfin bref tout le contenu des bucoliques et des georgiques c'est une rêverie la ferme de Marie-Antoinette à la fin 18ème à Versailles c'est des rêves d'un monde qui est arrivé à sa limite d'une classe sociale quand je dis un monde au sens mondain justement pas d'une société globale mais d'une partie de la société qui est arrivée à sa limite et qui rêve de venir à quoi ?
2:25:27 au jardin d'Eden mais oui moi je suis pour le jardin d'Eden généralisé si vraiment il suffisait d'être dans la nature pour cueillir les fruits et de se saouler on est pas bien qu'on n'aurait pas été assez con pour la quitter la nature l'espèce humaine n'est pas spécimen masochiste et le troisième pilier c'est l'arbre l'arbre sera le pilier de l'agriculture du futur on sort d'une agriculture de steppe qui a été importée du croissant fertile où l'arbre est vu comme un obstacle je fais l'hypothèse je cherche des poux parce qu'il n'a pas l'air c'est pas le genre c'est l'orient cette manière de vouloir prendre le contre-pied de tout ce qui s'enseigne c'est vrai que l'humanité elle est une humanité civilisationnelle pas trop historique mais la cité c'est l'Egypte la Mésopotamie la Chine un petit peu l'Inde au bord des grands fleuves Mésopotamos c'est vrai d'accord c'est agaçant quelque part pour un esprit occidental vous ne le savez pas mais quand j'étais petit sur les cartes de géographie
L'arbre du paradis, le purisme et la pollution
2:26:37 j'étais passionné je regardais les noms des races il y avait les caucasiens nous quoi les noirs et puis les sémites et les hamites H-A-M-I-T-E-S vous connaissez ? les égyptiens les pharaons c'était classé dans les hamites c'est pas possible que ce soit des bougnoules mais qu'ils soient dans la première civilisation des arabes c'était inencaissable donc on a inventé une race imaginaire les hamites et tu retrouves ça dans le cinéma dans un magnifique film les neiges du Kilimandjaro non les mines du roi Salomon les Stewart Granger ça dit rien les Deborah Kerr ils arrivent aux sources du Nil et là au milieu des Tutsi les Tutsi qui ont fait le plus grand chine après les Khmer rouges c'est curieux c'est une coïncidence ils leur disent regardez ils ressemblent au pharaon d'Egypte c'est une race à part c'est pas les minés les misérables Hutus ils seront massacrés bien de nous c'est important c'est tout ce que je suis en train de dire parce que c'est attention il n'y a pas plus meurtrier que la pureté irénique le purisme
2:27:49 pas la pureté moi je n'ai rien contre de l'eau pure je préfère de l'eau pure à de l'eau polluée mais le purisme le puritanisme j'allais dire est commun aux sociétés protestantes aux intégristes musulmans aux écologistes parce que le contraire de la pollution c'est la pureté pure non polluée et je rappelle que quand j'étais petit le mot pollution ne s'employait que pour les pollutions nocturnes et les slips sauf pour les fontaines de ce moment étant employé pour l'environnement c'est eau aux fontaines polluées mais sinon la plupart du temps la pollution c'était les pollutions nocturnes c'est intéressant c'est la tache sexuelle on passe de l'énergie à abattre les forêts et après on met des pauvres céréales une agriculture de steppe c'est ridicule les céréales ça produit même pas toute l'année et puis ça produit que sur une fine strate de végétation pour la captation photosynthèse d'énergie solaire c'est ridicule là le masque est tombé c'est le mec qui mange tellement sa faim dans le milieu où il est encore que ce qui est important c'est les légumes et les fruits pour lui le verre alors que c'est céréales là où c'est céréales c'est l'alimentaire que ce soit le riz en Asie
2:29:00 que ce soit le blé ici le maïs ailleurs la basique d'abord il faut quand même se remplir la panse après après un petit truc fun on met un peu de légumes un peu de machin mais c'est le luxe c'est réel comment t'es arrivé ici c'est réel c'est pas vrai quand même la forêt elle capte sur toutes les strates et tout le temps enfin en tout cas quand il y a des feuilles vertes en milieu tropical c'est toute l'année ici c'est tout le temps sauf l'hiver donc on a une agriculture beaucoup plus performante en plus qui est au niveau climatique qui est top au niveau du sol c'est top enfin je veux dire l'arbre a que des avantages les débuts les travaux de recherche sur l'agroforesterie montrent déjà que c'est la conclusion c'est Brassens auprès de mon arbre je vivais heureux j'aurais jamais dû le quitter mon arbre c'est l'arbre du paradis il fallait pas prendre le fruit c'est pas mal alors là on est encore en semi-industriel voilà c'est des essais en champ mais il y a beaucoup beaucoup d'avantages à l'agroforesterie et si on pousse plus loin le curseur on va vers ce que les permaculteurs
2:30:10 appellent des forêts jardinées forest gardens où voilà le champ de l'agriculture du futur donc on cultive des espèces on imite l'écosystème forestier souvenez-vous je vous ai dit quand on va dans le sens de la nature ça crée de l'abondance dans les steppes en Iran en Irak c'est l'abondance en moustiques qui produit l'abondance en palu quand vous laissez un champ libre ça fait des steppes ici en Europe vous laissez une friche au bout de quelques années vous avez une forêt la nature elle va naturellement vers la forêt allons vers la forêt la nature là où elle est arrosée c'est incroyable enfin quand même oui dans un climat béni celui de la France en particulier oui on va dire ça au Mali où ils guettent le ciel au fin septembre on dit il n'y aura pas une goutte de pluie jusqu'à fin mai naturellement sans dépenser d'énergie et on met les espèces qui nous arrangent le mieux alors peut-être qu'il y aura un peu de céréales à droite à gauche on verra c'est à nous de créer ça en tout cas c'est une des propositions donc quatrième marge de manœuvre agriculture post-pétrole trois piliers conclusion il va falloir survivre
Survivre, régénérer et haine des masses
2:31:21 ça je pense que c'est assez clair l'homme commence quand on a dépassé la survie les peintures sur les cavernes ne sont pas nécessaires à la survie le patronat le Medef dirait c'est du superflu ça c'est clair c'est clair qu'on peut vivre sans faire des peintures sur les cavernes quelle tristesse ce serait si on était resté au nécessaire boire, manger tu jettes comme à un animal tu jettes de la nourriture par terre sans assiette sans table sans convive sans nappe sans apéritif sans pousse-café et sans digestif faire tout ça tout ça et superflu le retou tristesse à Cuba ils ont eu faim ils se sont débrouillés ils se sont organisés c'était difficile ils sont passés sous le niveau calorique de recommandation de l'OMS voilà il y en a qui se sont effondrés Corée du Nord alliés soviétiques effondrement il y a eu 2 millions de morts de famines ça peut foirer mais ça peut on peut arriver à faire quelque chose ça c'était à Cuba je me souviens des témoignages où ils mangeaient des rats ma famille d'accueil qui me racontait ils mangeaient des sandwiches de peau de banane quand est-ce qu'on a mangé des rats à Paris la dernière fois à la commune de Paris
2:32:33 pas si vieux 71 ils voulaient électricité enfin c'était fou et nettoyer les friches pour faire de l'agriculture urbaine c'était difficile et dans les campagnes les agronomes les paysans les agriculteurs imaginez un peu ils devront produire de la nourriture pour tout le monde ça reste pas facile réparer et régénérer les écosystèmes encore moins facile si on se contente juste de sauvegarder ce qu'on a c'est foutu il fallait garder et réparer pourquoi tu mets régénérer en plus Lebensborn programme nazi fontaine de vie Lebensborn la régénération d'une espèce décadente dévoyée malade progressiste engluée de la démocratie il faut régénérer on a trop détruit il faut en plus produire de l'énergie si on n'a pas le gaz naturel de Norvège de Russie etc il faudra produire de l'énergie je mets du nucléaire c'est troublant quand même c'est ce qu'il y a de moins de polluants et faire tout ça
2:33:43 sans pétrole et avec un climat instable imprévisible et des événements violents et l'agriculture est basée sur la prévisibilité justement ça va être coton ça va être difficile et la transition ce que j'ai appris à Cuba en tout cas mon déclic c'était que là-bas ils ont eu faim ils se sont bougés et une puissance qui est venue du peuple par le bas puissance de la nécessité qu'on n'a pas ici encore c'est une menace il faut qu'on il faut qu'on s'approche de la famine pour retrouver le sens de la vie mais ça a rencontré aussi une puissance du haut d'organisation alors là c'était un état autoritaire et encore je ne fais pas un plaidoyer ni pour la guerre ni pour les régimes autoritaires je constate seulement qu'à un moment il y a eu certaines personnes qui étaient plus autoritaires que Cuba et que la Corée du Nord je suis sérieux quand je dis ça quand Barrau il faudrait que les états prennent vite des mesures impopulaires pour sauver la planète il n'y a pas plus totalitaire que le discours idéologique en train de se mettre en place à travers ces menaces de fin du monde quand je pense qu'on a osé dire aux gilets jaunes vous défendez
2:34:53 la fin du mois alors que nous on lutte contre la fin du monde là je crois gravement le problème a été aussi bien posé qu'à un moment il y a eu certaines personnes assez intelligentes qui ont dit qui ont poussé dans ce sens et quand il y a les deux qui se rencontrent ça va très vite en 4, 5, 6 ans à Cuba il y a eu une transition majeure qui sont des cas d'études maintenant en verrouillage sociotechnique parce qu'ils ont su déverrouiller des choses là en Europe on n'a ni l'un ni l'autre ici on n'a pas faim et on a des verrous incroyablement puissants au niveau ça aussi on n'a pas faim mais c'est jamais de classe sociale je pense à toutes les mères de famille qui sont en train de faire leur marché dans les grandes surfaces en regardant les prix les plus bas et c'est pas Nicolas Hulot qui contredira au niveau national au niveau européen à tous les niveaux et ce qu'on a voulu faire dans ce nouveau livre c'est d'aller encore plus loin en collapsologie et de dépasser le cadre de la science et là ce sera une conclusion assez ouverte pour la discussion comment on fait pour vivre avec ça pour ne pas s'effondrer peut-être pour traverser la dépression parce que la dépression elle peut arriver et c'est ok la colère la tristesse l'angoisse c'est ok tout ça c'est normal
2:36:03 ça fait de nous des êtres vivants peut-être des stades de deuil on va traverser des montagnes russes d'émotions l'idée c'est d'accueillir la proposition c'est d'accueillir ces émotions parce que c'est normal et pas de les vivre tout seul de les accueillir ensemble et d'accueillir aussi toutes les réactions ceux qui se passionnent pour la question ceux qui se disent à quoi bon tout est foutu allons finir notre vie au bistrot il y en a plein des comme ça mais c'est des stades en fait moi j'ai eu ma phase d'aquaboniste et j'en reviens des fois j'en ai marre à quoi bon tout ça c'est ok mais il faut accepter qu'il y ait toute cette diversité cette biodiversité et ça va pétir ceux qui se disent bien fait que tout s'effondre c'était vraiment trop injuste c'est vraiment tout pourri vivement que ça s'effondre très basé sur la colère mais justifié aussi et ça existe il y en a beaucoup et puis ceux qui disent on est tous dans le même bateau et ceux qui se disent tout seul on ira plus vite chacun sa merde tous ceux qui n'ont pas tes moyens culturels intellectuels et médiatiques ils reprochent au pauvre mec qui va au bistrot du coin et il reste un tout pourri mais évidemment il a barre sur poil pauvre vieux il n'a pas l'accès au micro et caméra
2:37:13 comme lui là et l'international scientifique et ses vacances en Croatie il y a de tout et je pense qu'on a ces deux réactions on les a tous en nous on a tous un survivaliste un transitionneur en nous et l'accepter survivalistes transitionneurs le consulting c'est quand même quelque chose et voir que ça évolue au fil de la vie et chez les gens c'est déjà une grande étape et après imaginer la suite est-ce qu'on se base sur des films hollywoodiens pour imaginer l'après est-ce qu'on voit l'avenir comme Mad Max comme on va coloniser Mars comme un jeu vidéo bref ou comme une transition de potager urbain est-ce qu'on voit l'avenir comme ça ?
2:38:02 ça c'est le genre de question qui n'enferme qu'une réponse qui est-ce qui va être assez con pour préférer Mad Max à mon petit jardin ça c'est le mythe du progrès le mythe de l'apocalypse qui fonctionne inconsciemment est-ce qu'on voit plutôt allez on va trouver des super solutions techniques et ça va aller on va pouvoir stabiliser le monde ou est-ce qu'on accepte on se dit ok il y aura une grande descente et on va faire au mieux on va gérer cette descente j'attendais ça sur la fin il faut d'abord commencer par descendre ceux qui sont en bas de l'échelle vont encore descendre tout ça c'est une question d'imaginaire quel récit on se raconte on croit à quoi à quoi on veut croire à quoi on peut croire qui croit avec moi qui a envie d'aller vers ça etc etc c'est évangélique la fin me croire qu'il y a souvent qui croit avec moi qui même me suivent la question de l'imaginaire est aussi primordiale et quand je dis il va falloir revivre c'est passer de la survie à la vie la survie c'est quelques mois c'est peut-être bien pour une famille un individu c'est déjà mieux ça mais ça fait pas un projet de vie
2:39:13 et ça fait pas de nous des humains et vivre c'est plutôt quel est le projet collectif derrière même s'il y a des tempêtes même si la pirogue elle est mal barrée il y a un petit rocher quelle histoire on se raconte comment on se met ensemble tout ça c'est le défi de notre génération et vous et nous allons être confrontés à ça et pour illustrer je termine là-dessus la puissance de l'imaginaire je l'ai pris à Rob Hopkins l'initiateur des villes en transition voilà il raconte l'ascension l'ascension de l'homme moderne 1850 il est dans l'esprit des lumières il a trouvé la machine à vapeur le charbon les énergies fossiles la puissance de son génie de sa rationalité tout ce qui a produit ces affreuses masses qui nous environnent il faut sortir des masses et ça ils font des problèmes je reviens à l'économie de pénurie la angoisse qu'il n'y a pas pour tout le monde il y a une haine des masses dans cette idéologie complètement inconsciente le mec il se croit altruiste certainement il a parlé de solidarité tout à l'heure il y a une haine des masses parce qu'il est en train dénoncé depuis 1850 l'accession
2:40:24 de millions de gens à sortir du cauchemar avant les gens ils passaient ils perdaient leur vie à la gagner je l'ai vu dans l'entier monde ça dans toute mon enfance ils perdent leur vie à la gagner qui s'usent littéralement à la production de la survivance sans avoir jamais imaginé qu'ils puissent y avoir un temps pour aller à l'opéra je ne sais pas c'est quand même extraordinaire simplement pour se cultiver musicalement assez je reste dans le créneau musical pour avoir un jour envie d'aller voir ça en direct à l'opéra d'accord donc toutes ces masses là c'est le point commun à toutes ces idéologies communes à l'extrême droite à l'extrême gauche écologiste etc c'est qu'il y a une haine de l'autre parce que moi je suis la masse pour l'autre même quand Lévi-Strauss je suis par exemple un mec hyper cultivé une des plus belles cultures de Paris en particulier musical d'accord et intelligent quand même je veux dire l'anthropologie structurelle c'est pas rien que lui-même est obsédé par la surpopulation de l'humanité à la fin de sa vie bon il gâtisait un peu ça fait 80 ans
2:41:35 tout cela oublie toujours c'est ce qu'on appelle le malthusianisme que s'il trouve qu'il y a des gens en trop c'est toujours les autres jamais ils se mettent dans ceux qui sont en trop sinon la bonne solution serait le suicide collectif séparation tête corps raison intuition nature culture il est vraiment là-dedans dans cette mythologie et la puissance de son esprit et des lumières va lui faire grimper des sommets grâce aux machines à la puissance technique la civilisation et là on est ici on voit tout de haut on voit la nature de haut on domine et là il y a des affreux écolo qui nous disent non non non tu vas redescendre mon petit gars non non moi j'ai pas envie de redescendre c'est très désagréable pour cette mythologie pour ces croyances de dire à cet alpiniste qui va redescendre c'est très désagréable par contre on peut lui raconter on peut se raconter une autre histoire l'homme moderne c'est celui qui a plongé dans la vasque gluante et puante des énergies fossiles en 1850 et là on est tout au fond et alors on n'arrive même plus à bouger on est englué on ne se voit plus on ne se prend plus dans les bras on ne se regarde plus et si l'histoire
2:42:46 de la transition c'était l'histoire d'une sortie à l'air libre retrouver le soleil retrouver le contact des autres c'est ça la transition ou pas vous voyez un récit la même courbe l'anthropocène le pic pétrolier ce que vous voulez rien de plus vieux que cette idéologie qu'il croit un post-moderne c'est celle du déluge dans la Bible et celle de Sodome et Gomorre je prends que ces deux exemples là l'homme est arrivé à un tel degré de excrémentiel de péché que Dieu leur envoya le déluge ça lave les impuretés l'eau ou le feu le feu ça purifie tout le feu ça se dit pur pyr en grec ça purifie tout donc il croit qu'il y a dans le post-moderne il n'y a pas de plus ancien ancré en nous que cette option que dès qu'on est nombreux il y a une saleté innommable mais vous racontez une histoire et c'est pas forcément une histoire une belle histoire édulcorée mais c'est un récit nous les humains on adore les récits on y croit à fond donc la question des émotions
2:43:56 de l'imaginaire la question spirituelle la question éthique tout ce qui sort aussi du cadre de la science sera fondamental pour les années à venir et pour les tempêtes à venir et je finis sur une petite blague lui il dit oui la planète a été détruite mais pendant un bon moment on a créé énormément de valeur pour les actionnaires et je trouve ça magnifique parce qu'il y a tout il y a le feu symbole de la communauté il y a les enfants les générations futures il y a l'effondrement derrière il y a le passé et il y a les récits merci de votre attention dans une perspective marxienne et même je dirais hegeliano-marxisme je vais voir pourquoi parce que je vais faire intervenir une détermination très hegelienne qui est la conscience malheureuse la conscience malheureuse donc qui sent le besoin de sortir du malheur et là je ne parle pas je ne l'attaque pas je ne la défends pas la conscience malheureuse surgit au moment où il y a toujours au moment où il y a un retrait de la production c'est pour ça que je suis marxiste c'est mesurable donc ça ne se discute pas c'est mesurable si on ne me croit pas
Conscience malheureuse et discours de maître
2:45:06 il faut mesurer il ne va me croire sur parole je veux dire que quand il y a production sous-entendu de richesse je ne parle pas en termes économiques là il y a des théories optimistes dès qu'il y a un reflux comme quand on l'est passé du XVIIe siècle quand on passe de Descartes à Pascal Descartes qui est dernier avatar du grand mouvement de la renaissance regardez comme c'est optimiste la renaissance on doit l'avenir je veux lire en trois jours les liens d'Hommeil en Sart il y a tout semble possible la renaissance c'est l'explosion de l'humanisme et tout d'un coup à partir de Pascal ça devient sombre deuxième moitié le XVIIe parce qu'il y a des famines parce qu'il y a la grande période de froid glaciaire que les écolos oublient un peu soit dit en passant moi ça ne me dérange pas que ça se réchauffe la planète si c'est pour revenir à l'époque où les glaciers arrivaient à Nice ce n'est pas mon idée non plus et ce n'est pas si vieux donc ça remonte à la préhistoire en Néandertal donc je suis en train de dire quoi je suis en train de dire qu'il y a une alternance de périodes optimistes le premier romantisme post-révolutionnaire
2:46:16 par exemple 1830 et ce qu'on appelait la génération du désenchantement à partir de 48 et de l'échec de la révolution de 48 d'accord et bien là en ce moment on vit avec la crise du capitalisme dont on ne sort pas depuis en gros la fin des années 60 le début des années 70 c'est très intéressant dont je répète la série découplage de l'or et du dollar problème monétaire on n'a toujours pas résolu problème qu'on rejette comme la pierre angulaire on rejette et qui nous revient tout le temps dans la figure soit sous forme de conflits armés dans le tiers monde c'était l'époque du Vietnam les guerres de la colonisation soit sous forme de crise économique et monétaire et donc de réapparition fin des 30 glorieuses début des 40 honteuses nous y sommes chômage de masse comment peut-on laisser des gens à ne rien faire alors qu'on est au sommet de la civilisation des savoirs des cultures des choses à faire plus intéressantes que de perdre sa vie à la gagner et donc il y a une conscience malheureuse contemporaine post-moderne pour parler comme vous intéressez produite par la crise économique et qu'est-ce qu'elle nous ressort
2:47:27 ce qu'on ressort toujours à ce moment-là le vieux fonds religieux on a assisté à tout le catalogue je ne vais pas le répéter le jardin d'Éden ça commence par le jardinage ça finit par le jardinage cette histoire d'accord le modèle de ce qu'il y avait avant le péché c'est-à-dire la nature le péché il a dit c'est 1850 l'apparition des masses historiquement c'est bien l'apparition des masses avant la société était rurale la dominante alors les gens au pouvoir à Trianon à ce que vous voulez le monde était merveilleux on faisait Colin Maillard à Trianon ou à Versailles parce que les masses rurales ce n'était pas inquiétant et tout d'un coup sont apparues la société civile bourgeois et nous quoi les couches moyennes ça c'est insupportable la médiation voilà donc c'est ça c'est ça ma conclusion c'est qu'on sent revenir des angoisses et un pessimisme qui est produit en fait par un retour d'une menace de pénurie
2:48:37 soit direct je pense aux gens qui sont mis en chômage tout simplement ce qui n'est pas du tout le cas de celui qui parle soit par la frilosité de ceux qui restent dans les classes privilégiées mais qui se sentent de plus en plus à juste titre menacées par l'accession à la consommation de plus en plus de nouveaux arrivants et je pense bien sûr ici vous le devinez à la Chine c'est possible s'ils font des machines à laver au même rythme que nous il faudra 10 planètes ça veut dire quoi que nous on s'est éclaté mais qu'il faut interdire aux chinois et que la ménagère chinoise revienne au lavoir en hiver finit ça ça marche pas il y a une hantise qu'il n'y ait pas assez pour tout le monde et qu'il y a trop de gens avec qui partager c'est ça ma conclusion l'angoisse d'avoir à partager avec des millions et des millions de gens il faut s'y faire on n'a jamais produit autant de nourriture dans l'histoire de l'humanité parce qu'on ne bouge pas que ça crève la dalle plus que jamais dans certains coins je ne suis pas en train de dire je n'ai pas une vision idyllique irénique on n'a jamais produit autant de nourriture je veux dire la malnutrition
2:49:47 n'a jamais été aussi peu un problème en mesure il y a des progrès énormes aux Indes la révolution verte etc autrement dit on arrive mieux à nourrir 12 milliards d'êtres humains que les 2 milliards qu'il y avait dans mes atlas quand j'étais gamin donc ça suffit avec la grande peur la grande peur c'est que ça change demain c'est qu'il y a de nouveaux arrivants il y a de nouveaux partenaires dans le jeu qui ne sont pas les mêmes cultures qui ne sont pas ceci ça c'est dur à encaisser autrement dit il y a un discours de maître je suis désolé mais je parle en termes de rapport maître-esclave qui n'a pas du tout conscience de ça et qui nous dit retournez à vos campagnes ce discours qui se prétend dans l'intérêt de l'humanité et même du cosmos je regarde tout à l'heure quand il disait que les espèces animales à disparaître est un discours qui émane d'un biotope social si je puis prendre ce chiasme une notion écologique que je transpose dans le domaine sociologique voilà c'est-à-dire d'une classe sociale qui arrive au bout du rouleau
2:50:58 c'est typique des couches moyennes qui n'est ni le vrai pouvoir des 1% qui possèdent la planète quoi ni non plus ceux qui voudraient consommer un peu plus et qui trouvent que le monde de la machine il n'est pas assez développé parce qu'il commence à peine à en voir la couleur ceux qui accèdent au frigidaire à la machine à laver j'y arrive quoi ceux qui chez nous ont acquis depuis longtemps déjà les équipements l'équipement des ménages comme on disait dans les années 60 et que la Chine l'Inde commence à grande échelle à voir on vit des grandes mutations en ce sens on va bien vers la fin d'un monde mais pas au sens qu'on nous le dit ici allez c'est pas une mauvaise nouvelle c'est ça la bonne nouvelle