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Reprise en présentiel : « Et le sujet dans tout ça »
0:00 Bonsoir tout le monde, bonsoir à nos amis, adhérents, camarades, abonnés. Nous sommes entre amis, si présents, c'est quand même solennel, parce que dans la salle, parce que je m'adresse en même temps à nos amis en ligne, et je les remercie, parce que le temps est maussade, ne s'être déplacé jusqu'ici, surtout qu'il y en a qui viennent de loin.
0:30 Et la province profonde, et c'est quand même, je n'ai pas une certaine émotion, comme disent les sous-préfets dans leur discours sans intérêt, que je reprends ces séances en direct, avec des participants en chair et en os, et je remercie tous ceux qui m'ont objurgué de reprendre ces séances en direct. Je m'étais habitué, depuis le confinement, à les faire à distance.
1:09 C'est vrai que votre présence, je parle pour ceux qui sont là, est irremplaçable, même si ça ne m'empêche pas de saluer la fidélité de ceux qui sont en train de nous écouter plus loin. Alors, j'avais annoncé un petit peu le programme de cette année, je dis un petit peu parce que c'était des contours assez vagues, mais j'avais quand même, il n'y a aucun souci, j'avais quand même essayé de concentrer le contenu du cycle qui s'ouvre à partir de ce soir, dans le mot hésitation. Si vous vous rappelez bien, la première vidéo qu'il y avait pour titre, et le sujet dans tout ça.
1:56 C'est un peu humoristique, vous savez, c'est un titre, je ne sais plus, c'était Clavel, non ? Et Dieu dans tout ça, enfin, ce n'est pas votre génération, laissez tomber. Un grand ami du nouveau philosophe pouvait laisser tomber. Et je te rappelle Jean-Michel peut-être, et Dieu dans tout ça. Fais un bon, tu ne t'occupes pas de ces textes-là, tu as bien raison. Et le sujet dans tout ça, vous voyez, à la place de Dieu. Et vous, c'est moi, c'est un sujet démocratique.
2:30 Alors, j'aurais pu effleurer le sujet tout de suite, en disant, d'une manière un peu plus académique, en disant que ce qui domine maintenant, lorsqu'on dit le mot science, on pense immédiatement aux sciences dures, si vous ne précisez pas, n'est-ce pas ? On pense aux sciences dures. On a un nombre d'excellents représentants des sciences dures ici. Je n'ai jamais dit un mot contre les sciences dures. Vous seriez témoin de cela. Mais la philosophie vise, on a vu ça quand on a fait Nature et origine de la philosophie, et on aura l'occasion d'y revenir, la nature, la philosophie, cherche à être, à atteindre, cherche, cherche, je n'ai pas parvenu, à atteindre les sciences d'humaines en général, et la philosophie en particulier, cherche à atteindre une rigueur comparable à celle qu'il y a dans les sciences dures, mais sans renoncer pour autant au langage que je dis en ce moment-là avec vous, qui est le langage que les linguistes appellent le langage naturel, sans doute par le goût inconscient de l'antiphrase.
La réponse de Clouscard à Morilhat et l'époque des gauchistes
3:34 Je ne sais pas, parce qu'il n'y a rien de moins naturel que le langage. Et que Clouscard, c'est pour ça que j'ai commencé par cette citation, n'est-ce pas, que j'ai extraite d'un texte que je vous recommande, la réponse de Michel Clouscard à Claude Morilhat, Morilhat, pardon, je ne sais pas pourquoi je veux absolument qu'il mordit, Morilhat, qui était à l'espace Marx à l'époque, et qui écrivait dans le cadre de ce qu'étaient les publications régulières du PC à l'époque, et qui avait eu l'excellente idée de consacrer un article à Michel Clouscard.
4:15 dans, bon sang, de recherche reflet, il y a tellement eu de revues, ce n'était pas la pensée, c'était plus récent. Enfin, ça va me revenir, il y a eu, bon, ça va me revenir, et un excellent article, enfin, excellent, d'honnêteté intellectuelle, qu'on peut résumer avec cette formule, que Clouscard reprend dans sa réponse dès le début, parce qu'elle résume bien son propos à Morilhat, Clouscard, incontournable mais insuffisant.
4:55 Et Clouscard avait dit, mais voilà, ça c'est honnête, je veux dire, moi je n'ai jamais prétendu avoir fait le tour de toutes les questions, je veux dire, bien sûr, c'est insuffisant, mais c'est la première fois qu'une instance officielle du PC, décernait à Clouscard cette reconnaissance, Clouscard incontournable, c'est quand même pas rien, je veux dire, et dans un périodique, parce que tout de même, c'était en 87, cet article, si vous recherchez, elle y est dans le net, c'est un peu laborieux à la trouver, mais ça s'appelle Réponse de Clouscard à Morilhat, tout simplement.
5:31 Et c'était en 87, et deux ans auparavant, une autre première, pour la première fois, un texte de Clouscard était édité, chez Messidor, aux éditions sociales, si vous préférez. Je rappelle que les éditions sociales étaient dirigées à ce moment-là par Lucien Sève, que nous avons perdu, il n'y a pas si longtemps, mais bon, il avait surtout un rôle politique, au sens le plus défendable, je veux dire, il a le travail proprement éditorial, le choix des auteurs et tout, il le déléguait le plus souvent à son bras droit, que certains d'entre vous connaissent certainement, puisqu'il a fondé les éditions de la Dispute depuis, je pense à Richard Lagache.
6:14 Et c'est Richard Lagache, que nous fréquentions, qui était un... Je fais une parenthèse, ce n'est qu'un premier détour, mais je ne crois pas qu'on s'éloigne beaucoup des sujets, et surtout même de l'actualité quelque part. C'était l'époque où les communistes étaient pris d'assaut par tous les gauchistes. Vous savez, quand je dis les gauchistes, moi je ne suis pas un homme de droite, pour l'homme de droite, tout ce qui est à gauche est gauchiste. Communiste, ça, je vais haucher. Ou encore, qu'est-ce qu'il dit ?
6:44 Gauche culturelle, marxisme culturel. Ça, il faut le sortir quand même. à la facilité, quel esprit se satisfait, etc. Mais, ce qui est plus intéressant, c'est que moi, je les classe, quand je dis gauchistes, c'est rigoureux, et sans jugement de valeur pour l'instant, c'est-à-dire la réunion, au sens mathématique, de trois sous-ensembles, que je présente dans l'ordre chronologique, pour ne fâcher personne, les trotskistes, qui sont les plus anciens historiquement, les anarchistes, les trotskistes, et les maoïstes.
7:22 Grosso modo, l'ensemble. Depuis, ça s'est compliqué entre la gauche d'extrême droite, les identitaires, compliqué, mais enfin, c'était ça en 68. Le PC était pris d'assaut par cette triade, n'est-ce pas, qui était à gauche, de la gauche, de l'extrême gauche et du PC, et qui s'est avérée à droite de De Gaulle, je ne vais pas revenir. Je pense à un Jospin, qui était trotskiste, et qui finit par dire, mon programme n'est pas socialiste. Je ne parle pas dans le dos des gens, moi.
7:52 Je ne fais pas leur interprétation, je les cite. Trotsky qui était l'amant de Frida Kahlo. Voilà, oui, bien sûr, oui. Une belle photo, d'ailleurs, au Mexique, de Trotsky, avec Frida Kahlo, avec Madame Trotsky, avec, oui, oui. C'est là qu'on voit le destin des guérillas en Amérique latine, il faudra qu'on consacrer un jour quelque chose à ça. Gangrené par un certain trotskisme, je pense en particulier à Allende, qui était pris entre les sbires de la CIA, et ce n'était pas rien.
8:25 Je ne sais pas si vous avez déjà entendu Nixon en direct. On lui téléphone ce qui se passe pendant la prise d'assaut de la Moneda. Alors, vous ne l'avez pas encore tué, ce bastard, ce salaud, en parlant d'Allende, qui est tellement salaud qu'il n'avait jamais osé faire tirer sur les manifestants, parce que c'est un immense humaniste. Je savais si il a réfléchi à ça, tous les temps passants. Donc, oui, il était pris entre ça, le pauvre Allende, enfin son régime surtout, et les trotskistes qui avaient noyauté le syndicat des transporteurs au Chili, ça commençait par là, et qui faisaient manif sur manif pour dénoncer la dictature.
9:10 Bon, dictature d'Allende, il faut le faire. Alors, pourquoi, je suis toujours dans ma parenthèse, c'est, c'est pour vous situer Richard Lagache, quand même, qui entre temps est devenu un ami, même si on n'est pas d'accord sur tout, mais, à l'époque, il me racontait qu'il était, lui, alors militant, il était dans les, l'UEC, l'Union des étudiants communistes, et quand il allait au resto U, il était fauché, un petit étudiant, il était dans un milieu très populaire, il y avait des Maoïstes qui lui barraient la route avec des barres de fer, tu ne mangeras pas au restaurant du peuple.
L'édition du Capitalisme de la séduction chez Messidor
9:49 C'est pour vous montrer l'ambiance de l'époque, je veux dire. C'est ce Richard Lagache-là, donc, qui avait décidé, je reprends mon fil, d'éditer Clouscard, et ça a donné le capitalisme de la séduction, qui a été, et qui reste encore son plus gros tirage. Et, j'en profite pour vous livrer un scoop, je crois qu'il y en a un ou deux ici qui l'ont déjà entendu, enfin, je me permets de dire c'est un scoop, vous en jugerez après tout, mais c'est un scoop politique.
10:26 Nous étions dans le bureau de Messidor, des éditions sociales, Clouscard était tout le temps, et on était, on en était au choix de la photo de couverture. Vous voyez ? Et donc, on attendait le documentaliste qui devait revenir avec trois diapos, et c'est votre serviteur qui a choisi, c'est lui qui a été retenu, soit dit en passant. Et, j'ai montré la photo que vous connaissez dans l'édition originale, en éditeur, vous voyez, l'ambiance, c'était sympa.
11:00 Et, tout d'un coup, Clouscard, pendant qu'on attend, dit à Richard Lagache, à l'éditeur, pourquoi vous m'éditez maintenant, ça fait des années que je répète la même chose ? Je ne sais pas s'il y en a qui s'en souviennent que j'ai raconté, non, peut-être ? Si vous vous souvenez, Étienne, de la réponse, à moins de 15% d'édite. C'était en 78, à ce moment-là, vous voyez, après l'effondrement du programme commun, etc. Vous voyez, c'est intéressant, à moins de 15% d'édite, on n'a plus rien à perdre.
11:36 Maintenant, on a encore moins à perdre. Le mouvement a été entamé. Donc, je passe sur le détail de cette réponse, je vous y renvoie. C'est un texte majeur, je me permets de le dire. j'ai consacré une vidéo filmée au domicile de notre régisseur en chef qui avait précédé Pierre-Elin dans ses fonctions et qui maintenant navigue tellement entre Paris et Lyon pour son travail et qui ne peut plus assurer mais qui nous suit attentivement, Philippe Moreau, que je ne remercierai jamais assez.
12:11 Et c'était chez lui, je me rappelle, pour les mélomanes qu'il avait voulu parce qu'il avait un piano acoustique chez lui que je joue comme ça comme générique de la séquence, le canon extrait de L'Art de la fugue de Bach, canon par augmentation et diminution, in contrario motu, en mouvement contraire. C'est plus la musique savante que la musique populaire. Même si j'ai montré que l'un ne va jamais sans l'autre. je vous renvoie à l'article pour le détail.
Le potlatch de la plus-value : une métaphore assumée
12:45 Ce que je retiens pour ce soir et pour le cycle qui nous attend de cet article, c'est l'insistance que met Clouscard à répondre sur les questions de sémantique. Il ne prend pas le mot. Il voit la mode, c'est une peinback structuraliste à l'époque. Mais, on regarde tout le temps, le style est un peu, soit il débâclé, soit ceci. Moi, j'ai résumé le style de Clouscard avec une expression rapide « bulldozer contact ». Ça passe ou ça casse, mais Clouscard, c'est comme ça qu'il écrit.
13:16 Et je constate qu'un côté de passage rocailleux, je parle toujours de son style, il y en a d'autres qui sont des citations qui confinent la poésie en prose, des fois. Je ne parle pas seulement de « sous les pavés » la plage ou des choses comme ça. les sens de la formule. Mais, je ne me rappelle de l'insistance qui m'avait frappée et qui l'avait mis à répondre sur ça.
13:58 C'est sémantique et en particulier sur le reproche de « oui, il y a souvent de l'on ne sait jamais si c'est le sens figuré ou le sens propre, c'est de la métaphore ». Il prenait un exemple pour Morilhat, pourquoi parler de « potlatch de la plus-value » en citant le texte de Clouscard ? « Potlatch de la plus-value ». Je le dis pour ceux qui ne savent c'est pas parce que c'est un vocabulaire des sciences sociales, c'est un peu moins à la mode qu'à l'époque donc je le rappelle tout de même, ça a été emprunté à l'anthropologie et l'ethnologie à partir de Lévi-Strauss on dit l'anthropologie.
14:31 « Potlatch » est un nom d'origine amérindienne, Amérique du Nord et c'est le rituel par lequel le rituel oui le rituel au sens large pas au sens religieux seulement par lequel les chefs d'un village, d'une tribu et d'un groupe d'abord ceux qui sont au sommet de la hiérarchie localement pour asseoir face au public face à la communauté leur position supérieure pour montrer qu'ils étaient au-dessus des contraintes qui dominent le Mugum PQ ce que nous sommes jetait ou détruisait des richesses vous voyez pour montrer qu'ils étaient au-dessus de tout ça chez les indiens on prenait 20 peaux de bison et on les brûlait vous voyez et dans ma vidéo sur ce texte de la réponse à Morilhat je rappelle que ça m'a furieusement rappelé une coutume gauloise celtique très répandue celtique les germains le faisaient aussi mais des temps barbares
15:42 vous savez peut-être certains de vous ce que c'est que des torques du torques non ? des torques personne ne venait quand même c'était l'époque où l'école on apprenait quelque chose pardon Jean-Michel a assisté sur ton âge qui n'est pas celui de ces jeunes gens mais qui est encore loin du mien donc oui ce sont splendides bracelets colliers bracelets en or massif que faisaient ces barbares les gaulois travaillaient admirablement l'or et celles en général et certains d'entre vous ont peut-être vu une fois une exposition qui était l'or des Scythes si vous vous rappelez le travail c'est un peu de cet ordre là il y a moins les représentations animales que chez les Scythes c'est plutôt des feuilles de chêne ou des roses vous savez l'or c'est mou c'est remarquable comme travail il les prenait il les jetait dans la Garonne dans la Saône dans la Marne vous voyez tout moi je suis vraiment un patron comme on dira
16:52 en Afrique je dis ça parce que j'ai fait 10 minutes d'intervention dans une débat sur le jazz à la radio d'Abidjan c'est la seule fois et ma femme connait bien le jazz mieux que moi d'ailleurs et m'a dit que le responsable de l'émission a dit mais ton mari là est un patron oui quand même alors dans les compétences qu'on peut et dans cette série de justifications sémantiques le potlatch Clouscard prend le taureau par les cornes et dit oui oui oui potlatch oui c'est une métaphore oui je l'ai transporté d'un terrain d'origine parce que Morilhat disait comment ça c'est valable pour les amérindiens vous voyez le relativisme culturel tout de suite donc c'est pas valable ailleurs il n'y a pas d'universel alors je viens de vous montrer que les Gaulois n'ententent pas exactement ils n'ont pas donné le mot entre les Gaulois et les Sioux bon donc je résume ceci par ou plutôt Clouscard résume parfaitement la
« C'est le problème de Socrate » : philosophie et mathématiques
18:11 Mais dans le langage que les linguistes appellent, je répète, le langage naturel, et que Clouscard, dans la citation que je vais vous délivrer tout de suite, appelle de manière beaucoup plus adéquate à ce langage-là, je vous laisse la citation. « Comment ? À partir du langage idéologique usuel. » Pas naturel. Langage idéologique usuel. Je dis d'abord la phrase en entier.
18:42 « Comment, à partir du langage idéologique usuel, en venir à la nécessité du concept ? » Point à la ligne, c'est le problème de Socrate. Fin de citation. Donc, hommage d'un marxiste à la philosophie. Il y a une continuité. Si vous préférez, parce que Marx a écrit « Misère de la philosophie », c'est très précis, il disait, le camarade Proudhon, mais c'est une suppression-conservation, on dirait, en philosophie allemande.
19:20 Comment, à partir du langage idéologique usuel, en venir à la nécessité du concept ? L'expression « nécessité du concept » fait écho à ce que j'ai essayé de dire tout à l'heure, que la philosophie, pour une part, regarde du côté des mathématiques, depuis sa fondation. Depuis le premier système écrit qui nous soit parvenu, Platon, que nul n'entre ici s'il n'est géomètre. Je l'ai dit à la toute dernière vidéo, mais je vais quand même le répéter. Leibniz, qui crée carrément ce qui va être mis en pratique par tous les ordinateurs d'aujourd'hui, à savoir ce qu'on appelait à l'époque la caractéristique universelle, c'est bien ça, Victor ?
20:00 C'est-à-dire exprimer toute communication à partir de deux signes, 0, 1. Leibniz, XVIIe siècle. Spinoza, je prends des exemples dans ce qui était l'apogée d'un métaphysique classique. Spinoza, dont on sait bien que son œuvre maîtresse, son opus magnum, l'éthique, a une approche dite more geometrico, qui suit, qui se veut raisonner sur le mode de la géométrie, mode démonstratif, CQFD, etc.
20:46 Donc il y a une vieille complicité, la philosophie et les mathématiques, on ne le répète pas assez, mais on est loin d'avoir défini la philosophie à partir de là, car il y a l'autre pôle, justement par le fait qu'elle s'exprime dans le langage courant et non pas dans des mathèmes ou des algorithmes. Et ça, ce n'est pas un reproche que je fais à la science de le faire, parce que vu l'objet de la science, des sciences dures et des mathématiques en particulier, ils ont très bien fait d'avoir quitté les ambivalences du langage de tous les jours pour avoir des énoncés incomparablement plus univoques.
21:28 Mais la philosophie, et là on en revient à plein dans le titre de mon cycle, n'est-ce pas, la logique du sujet, mais les sciences dures, elles l'ont bien fait du point de vue de leur propre finalité, qui est la connaissance des objets, pas des sujets précisément. La mathématique, elle n'a pas marqué à l'entrée de la faculté de maths, « connais-toi toi-même ». Alors, c'était marqué à l'entrée de l'oracle de Delphes, enfin, du sanctuaire de Delphes.
21:58 Le dieu qui était censé savoir, Apollon, retournait la question dans la gorge du questionneur. « Qu'est-ce que tu viens de demander ? Connais-toi toi-même ? » Voyez, le pauvre Œdipe aurait dû méditer. Je vais mal le dire en grec, mais tu me corriges, c'est vraiment la chance à parler. Une hélénophone, « gnôthi seauton ». Comment tu dis ?
22:30 « Gnôthi seauton ». Ah, ça fait du bien avec l'accent. Merci. Voilà. « Connottes à toi-même ». « Auton », oui, déjà, « auto-bignotique », on retrouve dans, « cognoscere », « connaître », « sciences cognitives », « agnosticisme », « quand c'est négatif », etc. Je ne perds pas une occasion à me rappeler ces va-et-vient dans le vocabulaire, parce que, quand vous réfléchissez, vous connaissez ces mots. Et il nous octroie un savoir considérable quand on les rapproche.
23:04 Le fait que, deuxième parenthèse, qu'on n'enseigne plus le latin, par exemple, dans les cycles, alors il y en a qui sont furieux, parce que, de mon temps, on apprenait le latin, moi, c'est pas par conservatisme, c'est le manque à gagner qui m'intéresse. C'est que, quand on passe un temps fou à dire à des élèves en philo que le rationalisme a un certain rapport avec la raison, si vous faites du latin, « ratio », ça veut dire raison, on ne perd pas son temps. Donc, vous voyez, je fais ces va-et-vient exprès pour vous dire, vous avez ce capital linguistique.
23:35 même si vous n'êtes que strictement francophone, vous n'ouvrez aucune autre langue, c'est déjà énorme. Les rapprochements qu'on peut faire, on aura l'occasion d'y revenir dans le cadre de ce soir. Donc, comment, à partir du langage idéologique usuel, sous-entendu, qui n'est pas fait pour connaître, donc les sciences ont eu raison de laisser de côté, car la science vient du verbe « scire », « scio », la première personne, « je sais », en latin, qui veut dire « je sais ».
24:05 Ce n'est pas l'opinion, ça, c'est le savoir. A plus, A égale B implique B égale A, ce n'est pas une opinion au café du commerce, oui, moi je trouve que Marseille a triché dans le match, non. Non, Bastia, c'est un vieux duel, Bastia-Marseille. Et, ça m'a beaucoup étonné, troisième parenthèse, que les chauffeurs de taxi d'Afrique francophone connaissent tout ça par cœur. Ah, vous êtes corse ? Mais Bastia, vraiment, c'est une bonne équipe. Fantastique.
24:35 Non, sérieusement, un chauffeur de taxi de Bamako et un docker d'Abidjan connaissent mieux la politique internationale que les présentateurs de nos chaînes télévisées. Je le dis sérieusement. Non, non, je le dis très sérieusement. c'est inquiétant, quelque part, tant mieux, pas pour eux, mais pour nous. Donc, cette question de sémantique résumée par comment, à partir du langage idéologique usuel, en venir à la nécessité du concept, c'est le problème de Socrate.
Le langage usuel est courbé par une idée
25:10 Mais non, je n'ai pas fini avec cette citation encore avant de passer à la suite et encore à mon plan. Mais elle commande tout le plan. C'est pour ça que j'ai m'y attarde. Langage idéologique usuel qui nous arrive dans la vie de tous les jours d'avoir un point de vue marqué par idéologie. on est tous d'accord. Mais il ne dit pas ça. Il dit que le langage qu'on parle, dès l'instant que c'est le langage de tous les jours, il est idéologique. C'est énorme ce que dit Clouscard. Il ne faut pas glisser trop vite sur des affirmations comme ça. Car il y a le mot « usuel ».
25:41 Le langage usuel est idéologique. Et là, Clouscard retrouve une immense tradition philosophique qui remonte à Platon. Je vais parler de l'idée idéologique. C'est péjoratif entre marxistes. Oui. Mais ce n'est pas réducteur. Surtout que depuis que Lénine a dit il y en a qui vont s'agacer que je le répète, lorsqu'il arrive à la fin de l'œuvre la plus idéaliste comme il dit de Hegel la grande logique que le déploiement de l'idée avec un « i » comme ça.
26:21 À la fin, quand il arrive à chapitre qui s'appelle « L'idée absolue », on n'est pas apparemment dans le marxisme-léninisme. Lénine en personne, il ne faut quand même pas être plus léniniste que Lénine. Ce passage est archi remarquable. C'est le plus idéaliste de Hegel et le plus matérialiste. C'est contradictoire, mais c'est un fait. Point de l'exemple de la graine. On n'a jamais suffisamment réfléchi à cette formule. Je dis ça parce qu'Althusser en 1953 félicite Staline d'avoir condamné la négation de la négation dont Lénine se félicite sous la plume de Hegel.
27:00 Vous voyez, c'est des enjeux importants. On croit qu'on est entre intellectuels, dans des choses abstraites, chercheurs. Non. Staline, c'est pas Marx. C'est comme Lénine, c'est quelqu'un qui a eu des problèmes de pouvoir à gérer les situations réelles. Donc, vous voyez, quand Clouscard remplace le langage naturel, l'expression des linguistes, que je conserve quand je parle avec des linguistes, on est sûr de savoir de quoi on parle, à langage idéologique usuel, il rappelle que chacun de nos mots, j'y arrive maintenant, est sous la dépendance d'une idée qui le courbe.
27:44 Courbé, c'est tropos en grec. Je ne sais pas si c'est isotrope, les espaces isotropes en mathématiques, ou simplement les héliotropes, n'est-ce pas, c'est-à-dire la lumière du soleil qui tourne les fleurs, les tournes-sol, n'est-ce pas, dans la direction de l'astre du jour. Ça, c'est tropos, simplement, donc on dit quand quelqu'un a un tropisme, je ne sais pas, pour les rousses, ou pour les roux, mais finalement. j'essaie d'être l'inclure.
Le soleil, rejeton du bien (République, livre VI)
28:18 Ça dit bien ce que ça veut dire, courbé. Je répète l'essentiel de mon fil de Clouscard renoue avec une tradition qui remonte peut-être au passage les plus profonds de Platon, parce que Platon, il y a à boire et à manger aussi. C'est quand même quelqu'un de son temps qui dit que dans la République, il ne faut pas sortir de la cité avant 50 ans parce qu'on risque de prendre des idées nouvelles ailleurs et que ça fout la zizanie. Attention, mais il y a de la même.
28:50 Et puis, il y a le dit, la philosophie des droits à Platon aurait pu se passer de conseiller aux nourrices de courir de long en large avec les bébés dans les bras pour habituer le bébé à être un guerrier pour ne pas exagérer non plus. Non, je fais sérieux, le grand Platon, peut-être un des plus grands, celui de la fin du sixième livre de la République. Je vous donne les références. République, livre, je vous rassure, pour ceux qui croient qu'il y a dix livres comme ça, c'est à peine dans ce dernier chapitre. Sixième livre, La République, la fin.
29:20 C'est-à-dire ce qui précède là le début du septième, où il expose directement le fameux mythe de la caverne. c'est des passages solennels quand même. Et dans le sixième livre, après avoir déployé tout l'itinéraire qui mène de ce qui va s'appeler après le fond de la caverne vers le soleil, enfin bref, du monde, de l'opinion, du café du commerce, de ce que vous voulez, qui ne saisit que des ombres, des simulacres, etc.
29:50 Vous connaissez ce vocabulaire platonicien, c'est le platonisme scolaire. Jusqu'au soleil, Platon dit à ses interlocuteurs que le soleil n'est pas le bien, encore moins l'idée du bien, mais il en est le rejeton. Il y a des problèmes de traduction. Je dis ça, mais j'aime bien dire le rejeton parce que dans les bonnes traductions, parce que il dit je ne peux pas en parler.
30:21 Le bien en lui-même, je ne peux pas en parler, c'est au-delà du langage, c'est au-delà. Il y a quelque chose de transcendant, je ne m'attarde pas pour l'instant là-dessus. C'est le grand platon. Mais je vais, en revanche, puisque vous me harcelez vos questions, vous voulez absolument que je vous parle du bien, je ne vous parlerai pas du bien directement, mais je vous parlerai de son rejeton, c'est-à-dire le soleil. Celui qui est dans le monde visible ressemble le plus au bien par analogie. Vous voyez comment on arrive à la métaphore ? Il dit ceci, la lumière, le soleil en particulier, la lumière en général, c'est ce qui permet, c'est un troisième terme qui permet, premier terme, à l'œil de voir, deuxième terme, à l'objet d'être vu.
31:02 Parce que vous avez un œil en bon état, qui marche très bien, vous avez un objet à 10 mètres de vous, si c'est dans les ténèbres, vous ne le voyez toujours pas. Donc pour qu'il y ait vision, il manque un troisième terme. La lumière, le soleil, très bien. Et il dit, le bien, c'est en gros ce qui permet à l'âme de connaître, vous voyez, l'équivalent de voir, à l'âme de connaître, et aux objets d'être connus, c'est l'équivalent. On pourrait s'arrêter là, c'est considérable, c'est l'élargissement du binaire au ternaire, comme ça.
31:33 Et là, tout d'un coup, il y a une incidente. Mais le bien ne se contente pas d'être ce troisième terme, il donne en outre aux êtres croissance et nourriture. Vous savez, c'est rare, ça. Il y a un côté presque ontologique, vous voyez, comme si le contact final avec le soleil, c'était presque une succion, croissance et nourriture. Notre première nourriture, c'est une succion, pour rendre hommage à nos mères et à la descendance d'Isis.
Mallarmé : « je dis une fleur »
32:06 Donc, voilà. Quel rapport avec ce que dit Clouscard sur le fait que le langage idéologique usuel, c'est en relation à la réponse à cette question, avec l'insistance que je mets à vous dire, le langage de tous les jours n'est pas fait pour la connaissance. Les langues humaines avaient des mots pour désigner le soleil, bien avant qu'on en ait une connaissance scientifique, oui ou non ?
32:36 Le mot existait avant, mais il n'était pas destiné à la connaissance de le soleil, il était destiné à se donner rendez-vous à des chasseurs, je ne sais pas moi, dès que le soleil se lève, bien attention, il faudra qu'on fasse des sacrifices humains le jour du solstice, n'est-ce pas ? Parce que le soleil se couche entre les oeufs et les Stonehenge, je dis n'importe quoi. Pas de parfait. Voilà, il y avait de ça dans l'air. Je dis ça parce que je nouveau la mort dans Bretagne.
33:06 et, ben oui, avant que ces judéo-bolcheviques, les juifs, nous amènent d'Orient ces relations, ces religions de la transcendance, il y avait du sang, les païens. Vous rigolez, mais qu'est-ce qu'il y en a sur l'internet des gens qui sont là-dedans ? Qu'est-ce qu'il y en a ? C'est effarant quand même. Bon. Donc, j'insiste sur ce côté, le langage n'est pas fait pour ça.
33:36 Il est au service d'une visée. Vous voyez, j'en arrive à l'idée. D'une visée. C'est quelque chose qu'on poursuit. Un idéal. Vous savez, le fameux passage de Mallarmé que j'ai cité dans la dernière vidéo. Je rempile. Je dis une fleur. C'est un passage célèbre pour les littéraires. Mallarmé dit je dis une fleur. Sans préciser. Il ne dit pas une tulipe, une rose, un œillet. Oui, justement.
34:06 Je dis une fleur. Et, je vous donnerai la traduction après, je vais traduire le français de Mallarmé en français courant. Et hors de l'oubli, en dehors de l'oubli, où ma voix relègue aucun contour en tant que les calices su, c'est-à-dire oublions toutes les fleurs familières, les calices su, connus, un parcours passé de vers de savoir. C'est-à-dire Mallarmé. Et hors de l'oubli, ma voix relègue aucun contour en tant que les calices su, musicalement se lève quand je dis une fleur, quoi ? Idée même. Vous voyez ? On y est.
34:36 Idée même et suave. Vous avez déjà vu une idée qui embaume. Idée même et suave, deux points, l'absence de tout bouquet. Il a raison. Quand on y veut faire sans préciser, allez, regardez les représentations dans toutes les cultures depuis l'Orient jusqu'à maintenant de la fleur en relation avec l'éros. Vous voyez, la fleur, c'est ce qui séduit, etc. Ce n'est pas le fruit, mais enfin, c'est quand même ce qui attire le bourdon qui est à se refermer sur lui.
35:07 Et la rose vierge encore se referme jalouse sur le frelon nacré qu'elle enivre en mourant. Ça, vous ne connaissez pas. Il y a peut-être quelqu'un qui connaît. Ça m'étonnerait parce que ce n'est plus vos générations. Oui ? Ah, tu prends un coup de vieux, là. Non, c'est moi qui prends un coup de vieux, je te remercie, mais ça fait plaisir de voir que quelqu'un de jeune comme toi connaît. Oui, vous ne pouvez pas savoir avec les points. C'était les poètes les plus lus, la génération romantique. Voilà.
35:37 Et même jusqu'à ma scolarité, tout le monde ne connaissait pas par cœur les nuits de Musset. Ça, c'est la nuit de printemps, si c'est plus intéressant. Il y en a quatre de saison. Donc, une fleur, ça connote, vous voyez, ça ne dénote pas la dénotation. Je ne connais pas, je laisse ça aux botanistes. Ce n'est pas ma partie. Vous voyez, on est loin des contours, des calices connus. On va parler comme à l'armée des calices. Mais quand on dit une fleur, la floraison, tout ça, ça suggère un inconscient rapidement.
36:11 C'est surtout ça que je veux insister aujourd'hui. C'est ça que Clouscard rappelle le langage idéologique usuel qui se manifeste dès l'instant que l'on parle comme nous parlons en ce moment avec les mots du langage courant avant qu'un Socrate ne surgisse dans la cité et, pour redonner un sens plus pur au mot de la tribu, c'est une nouvelle citation de Mallarmé, se met à dire au fait qu'appelles-tu ? Qu'appelles-tu vertu ?
36:42 Qu'appelles-tu courage ? Qu'appelles-tu beauté ? Mais si la question se pose, c'est qu'on a tous commencé à parler sans permis, en infraction. Vous comprenez ce que je veux dire ? On a un permis de conduire, on n'a pas de permis de parler. On s'est jeté à l'eau avec les parents, ou les nourrices, peu importe, ceux qui transmettent. On s'est jeté à l'eau, on n'a jamais eu, vraiment, je n'ai pas commencé à employer le mot fleur ou le mot cheval qu'à partir du moment où j'avais la définition univoque, non.
Le voile de la langue : l'inconscient, Descartes, Hachette
37:14 On est bien d'accord. Donc, c'est quelque chose que vous savez, on ne profite pas de ce qu'on sait, on n'est pas en relation de nos connaissances les unes avec les autres. Ce langage existe bien avant l'exigence de connaissances scientifiques qui récentes historiquement dans l'histoire humaine. Je rappelle que ce qu'on appelle la révolution scientifique, elle est à cheval sur le XVIe et le XVIIe siècle. Il y a déjà des millénaires que l'histoire, je ne parle même pas de la préhistoire, a commencé. La langue que nous parlons tous les jours est en retard à ce niveau-là.
37:49 Mais elle est d'autant plus riche parce qu'elle contient tout ce que nous n'osons pas nous dire. C'est là que je reviens à l'inconscient. Je l'ai un petit peu évoqué avec l'histoire de la fleur. Si j'avais dit la rose, c'était encore les Minitel roses. Vous vous rappelez, les Minitel roses, c'était du X. C'est comme ça qu'il a fait sa fortune, l'autre, comment il s'appelle ? Pardon ? Je n'ai pas entendu. Oui, oui, c'est ça, c'est ça. PDG de Free, c'est ça ? Oui, il y a d'autres choses et d'en d'accord.
38:22 Je me souviens seulement que mon fils, une fois qu'il s'est aperçu, il travaillait pour Numéricable là-bas, je veux dire, à Marne-la-Vallée. Et quand c'était l'inénarrable Drahi, qui était son patron, et au bout de 7 ans, il s'est aperçu qu'il gagnait moins qu'à son entrée. Il était trouvé timidement en piste, un gentil garçon, pour demander une augmentation et l'autre lui a dit « tu ne vas pas me mettre sur la paille ». Il venait d'acheter une boîte à 14 milliards en Californie, avec l'argent qu'il n'avait pas.
38:52 Vous savez ce que c'est, les montages. Vous connaissez la règle. Voilà. Non, on est dans les choses sérieuses. Minitel rose. Le rose est connoté, pour des raisons qu'on n'a pas. Vous savez pourquoi c'est le rose qu'on a choisi, non pas le vert ? Pour l'érotisme, allez savoir. C'est bizarre. Vous voyez, si on commence à lever le voile, le voile, c'est lêthê en grec, « aléthéia », on dit en grec pour la vérité, n'est-ce pas ?
39:27 Le voile enlevé. Je pense à Descartes. Allez, je vais vous donner… Non, je suis sérieux parce que je ne veux pas continuer comme les années précédentes à voir de plus en plus de références quitte à vous embrouiller. Je veux creuser sur celle par laquelle j'ai commencé la dernière vidéo et ainsi de suite. On va spiraler cette année autour du même centre. Vous voyez, cette question de communication avec le langage idéologique usuel.
39:57 Oui, lorsque Descartes exprime cet immense espoir quand il a trouvé le cogito et qu'à partir de là, il a, un peu comme Archimède, disait « donnez-moi un point d'appui et je soulèverai le monde ». N'est-ce pas ? Descartes a trouvé ce point d'appui, n'est-ce pas, qui permet d'accéder à une forme de connaissance qui n'a plus aucune limite. Ce que Kant va appeler plus tard la tentation de româtre. C'est un peu comme un solide en passant. Mais, enfin, pour l'instant, restons-en à cette espérance qui montre que Descartes quelque part, plutôt que le premier de l'ère classique et plutôt le dernier de la Renaissance.
40:32 La Renaissance, c'est l'espoir de vouloir tout. Il y a un poème de Ronsard qui commence par… Tu le connais peut-être ? Maintenant, je vais te tester tout le temps. Je veux lire en trois jours l'Iliade d'Homère. Il y en a un qui commence comme ça. C'est typique de l'époque qui voulait tout lire, revenir aux sources, traduire. Je dis ce texte de Descartes qui est dans le discours de la méthode. Je ne prends pas un petit texte une lettre à sa grand-mère quand il avait 12 ans. Ces longues chaînes de raisons toutes simples et faciles dont se servent les géomètres pour parvenir à leur plus difficile démonstration m'avaient donné occasion de m'imaginer…
41:12 Attention, on quitte les maths. m'avaient donné occasion de m'imaginer que toutes les choses qui peuvent tomber sous la connaissance des hommes, toutes les choses, l'amour, le carton, l'excrément, Dieu, toutes les choses qui peuvent tomber sous la connaissance des hommes, l'immortalité de l'âme, s'entresuivent en même façon qu'un manuel de géométrie. Et que, ce n'est pas fini, pourvu seulement qu'on s'abstienne de recevoir aucune pour vraie qui ne le soit, chaîne, vous enlevez un chaînon, c'est cool, il faut que tout soit bien congru et que l'on garde toujours l'ordre qu'il faut, du plus simple au plus complexe.
41:53 Et c'est là qu'on va arriver au voile, j'en étais au voile, je ne parle pas, mon fils. Il n'en peut y avoir de si éloigné auquel enfin on ne parvienne, ni de si cacher qu'on ne découvre. Et moi, j'imagine mon Descartes en train d'enlever le drap sur une femme lusse, un mousquetaire, attention. Non, non, mais voilà, notre discours, notre langue de tous les jours est connoté qu'on le veuille ou non. J'ai travaillé pour le groupe Hachette. Oserais-je lui dire oui, absolument, Hachette la pieuvre, comme on dit dans le milieu, non ?
42:26 Tu m'entendais ça ? Dans le milieu syndical, la pieuvre, pour Hachette, le groupe ? qui a commencé par des kiosques de gare, à l'origine. Hachette est nommé dans un poème de Rimbaud, est-ce que tu le sais peut-être ? Dans Ce qu'on dit au poète à propos de fleurs en vente chez Louis Hachette, le fondateur, oui, il avait compris le créneau, les gens qui partent voir sa grand-mère en province, la peur de 15 heures de train et trois changements à l'époque, prenez un petit roman à l'eau de rose, voilà, ça a commencé comme ça, c'est intéressant.
43:09 Bref, donc, ça m'a fait perdre mon fil. Ça, c'est parce que j'ai travaillé longtemps pour Hachette. En principe, vous devriez me faire retrouver mon fil. Mais si, Rimbaud, non, oui, non, Rimbaud, c'était avant, je parlais déjà d'Hachette. Le voile, merci, oui, c'est ça. Oui, je ne retrouve pas toujours, mais peu importe.
43:40 L'idée continue, c'est quand, oui, je parlais de l'érotisme immanant à notre façon, oui, c'est ça, quand j'étais travaillé pour Hachette, ce que je dis érotisme, ça me revient, vous avez remarqué. Je disais, oui, de toute façon, on ne peut pas mettre ça parce que le capitalisme béninois, je fais des livres pour l'Afrique francophone, M. Pagani, on n'aime pas ce mot chez nous.
44:10 On dit libéralisme, économie de marché, on est entre braves gens, on est... Capitalisme, quelle horreur ! Hachette, hein ? C'est pas le petit capital, hein ? C'était avant que Lagardère le rachète. C'est pas ? Donc, je le dis parce que on est tellement dans la... dans l'illusion que quand on discute entre nous, qu'on cherche à savoir et tout, qu'on croit que le langage a une fonction cognitive.
44:44 On s'aperçoit pas qu'on n'est pas en train de prendre le bon outil, si vous voulez. Vous voyez ? Pour arriver, alors que les mathématiciens, eux, l'ont fait. Comme s'ils veulent calculer la surface un triangle, je veux dire, c'est à partir de notions univoques. C'est pas des représentations. C'est défini, c'est... on essaie d'être non contradictoire, de voir jusqu'où on peut aller. Alors que... Allez ! Contradiction, c'est bien dans mon plan, hein ?
Baudelaire : l'automne et le crépuscule
45:14 Vous avez remarqué ? Le plan se termine par la distinction de la contradiction et du contradictoire. Si vous regardez bien mon plan. Alors, je vais en profiter peut-être pour... Pour... Pourquoi il a bougé, lui ? Moi, l'Internet, c'est miraculeux. Je ne sais pas ce que je ferais sans ça, mais j'ai un grand reproche, c'est que ça bouge tout le temps. Vous savez le maîtriser, mais... Je ne trouve plus mon plan.
45:44 Pourtant, je l'avais, là. J'ai oublié la souris. Oui. Vous vous rappelez que j'avais, pour ceux qui ont vu la dernière vidéo, et le sujet dans tout ça, celle qui inaugurait le cycle, j'ai commenté, entre autres textes, trois poèmes, trois extraits poétiques.
46:16 Enfin, trois poèmes. Trois textes. Deux poèmes, un extrait de Hölderlin sur l'Ister, le nom grec du Danube, un extrait de Mallarmé et sur... que signifie agir. Pour qui n'en fait commencer l'exercice qu'à fumer, dit Mallarmé. Et oui, parce qu'il faut quand même tirer sur le cigare. Fumer bien le cigare. un très beau portrait de Manet, où on voit Mallarmé sur un divan, face à... Il y avait Gide, il y avait tout, l'intelligence à l'époque, il venait au mardi de la rue de Rome, chez Mallarmé.
46:50 Il l'écoutait parler. Et on voit cette fumée de cigare qui, en bon peintre, Manet, en fait la diagonale du tableau. Voilà. Et puis, comme c'est une réponse à un jeune homme, en prose, pour moi, c'est la grande poésie, mais enfin, c'est un texte en prose. Et puis, et puis, j'ai fait intervenir deux poèmes de Baudelaire sur l'automne, pour être de saison.
47:22 Pas pour être de saison, j'ai profité de la saison. Mais ce n'est pas un hasard. Et dans le premier, commence par « bientôt nous plongerons dans les… » Excusez-moi, ça s'appelle « chant d'automne », singulier. « Chant d'automne » dans les froides ténèbres, bien sûr. « Bientôt nous plongerons dans les froides ténèbres. Adieu, vive clarté de nos étés trop courts. » Donc là, l'automne, enfin, ce qui vient derrière l'automne, c'est l'hiver, la nuit, est connoté négativement.
47:54 « Bientôt nous plongerons dans les froides ténèbres. » Il y a une logique du langage. « Adieu, vive clarté de nos étés trop courts. » J'entends déjà tomber avec des chocs funèbres, ça ne s'arrange pas, le bois retentissant sur le pavé des cours. J'en profite pour déclencher encore une flèche aux écolo. Quand c'était le chauffage au bois, il fallait voir les murs de Paris. Je me souviens, moi, quand je suis arrivé dans les années 50, tout début dans la Paris, Notre-Dame était plus noire que ça.
48:24 La suie du charbon de bois, c'est autrement plus polluant. Enfin, bref. Je vais m'énerver, je m'arrête là. « J'entends déjà tomber avec des chocs funèbres, le bois retentissant sur le pavé des cours. Tout l'hiver va rentrer dans mon être deux-points. colère, haine, frisson, labeur dure et forcée. » Et dernier vers, je m'arrête là. « Et comme le soleil dans son enfer polaire, mon cœur ne sera plus qu'un bloc rouge et glacé. » C'est pas gai, hein ? Quel rapport avec l'ambivalence, la contradiction du langage du BSA ?
48:59 Poème suivant. « Harmonie du soir ». Alors là, il a la même connotation négative pour ceux qui viennent, mais de manière plus apaisée, plus extatique, si vous voulez. « Voici, venir les temps », c'est un magnifique poème sur le crépuscule. Je vous rappelle que l'automne est le crépuscule de l'année, puisqu'on est dans les métaphores, d'accord ? Que le printemps ait son aurore, comme vous voulez. Et vous remarquerez que tous les textes, la quasi-totalité des poèmes qui se rapportent à l'automne ont une tournure mélancolique, un tournure mélancolique, et puis ceux qui sont au printemps sont un peu plus fun.
49:36 Là encore, il y a des connotations pas étrangères à l'éros, je constate au passage. Qu'est-ce qu'on dit dans la saison des amours ? J'invente rien. Et donc, ce poème-là, beaucoup plus voluptueux, « Voici, venir les temps, où vibrant sur sa tige, chaque fleur s'évapore, ainsi qu'un encensoir, les sons et les parfums tournent dans l'air du soir. » Oui, ils sont parfaits. Il n'y a que des sensations, que des impressions. Baudelaire est un contemporain de Manet, l'impressionnisme est en train de naître.
50:06 Ce n'est pas des sentiments, ce n'est pas des idées, ce n'est pas des raisonnements. Chez Hugo, il y a le meilleur et le pire qui se côtoient. Et pour cause, quand on a 50 volumes comme lui, on peut se permettre d'avoir du déchet. C'est fabuleux quand c'est réussi. Mais il y a souvent, non pas de la poésie, mais de la pensée mise en vers, ce qui est un peu différent. Vous voyez ce que je veux dire ? Là, ce n'est pas le cas. C'est pure. C'est incroyablement moderne pour l'époque. Il n'y a aucun pitch, il n'y a pas d'histoire. Dans ce poème, ça ne raconte rien. Une succession, comme une lanterne magique, d'impressions olfactives, visuelles, les sons et les parfums tournent dans l'air du soir, valse mélancolique et langoureux vertige.
50:43 Et à la fin, dernière strophe, je saute, parce que je l'ai assez analysé la dernière fois, un cœur tendre qui hait, du verbe haïr, le néant vaste et noir, donc même relation négative à la dimension qui regarde vers le futur en termes de verbe. Un cœur tendre qui est le néant vaste et noir, du passé lumineux, donc vous voyez, il se retourne vers le passé et comme Proust vers la recherche du temps perdu, du passé lumineux recueille tout vestige, le soleil s'est noyé dans son sang qui se fige, etc.
La nuit comme fête : la contradiction du sujet
51:16 Vous voyez, dans les deux cas, la nuit, les ténèbres, l'hiver, il y en a qui ne s'étonnera pas, il y en a qui détestent l'hiver, quatrième parenthèse, mon fils. Mais oui, je dois être gâteux parce que je cite mon fils de plus en plus. Donc, il a beaucoup vécu en Côte d'Ivoire, vous avez compris, c'est important pour comprendre la suite. Et donc, en Côte d'Ivoire, il y a une plage connue comme El Bassam. Alors, on allait à la plage, alors vous imaginez quand on a garé mal la voiture parce qu'il n'y avait pas de place, parce qu'il y a toute l'expatriation qui se gare à la plage et que quand on arrive à la chauffer pendant cinq heures au soleil de Côte d'Ivoire, on peut à peine toucher le volant, vous voyez.
51:54 Et je vais dire, allez, baisse les vitres vite parce qu'on est étouffé. Non, non, papa, on reste encore un peu, on est bien là. Vous voyez, il y en a qui aiment ça. Je vais dire, tu es fou. Voilà, non, c'est un vrai frileux. Donc, c'est connoté négativement. Eh bien, je vous cite le même Baudelaire, c'est comme ça qu'on fait. Donc, pour baisser, il faut monter les doigts. D'accord, d'accord. C'est quelle dialectique.
52:26 Dans un poème en prose qui s'appelle « Rafraîchissante ténèbre des dons ». Ce n'est plus le même ton. Alors, regarde, je ne sais pas que le poème en prose, mais cet extrait. « Ô nuit, au singulier, ô rafraîchissante au pluriel ténèbre, vous êtes pour moi le signal d'une fête intérieure. » Mais dis donc, il n'y a pas de la contradiction là ? Je vais approfondir sur une contradiction tout à l'heure. « Vous êtes nuit, la délivrance d'une angoisse dans la solitude des plaines, dans les labyrinthes pierreux d'une capitale, sous-entendu dans le monde du jour.
52:58 Scintillement des étoiles, explosion des lanternes. Vous êtes le feu d'artifice de la déesse liberté. » Super. Mais là, ça contredit complètement les textes précédents. C'est pourquoi j'ai mis dans le plan, n'est-ce pas, que ce langage, donc, de Clouscard, ce langage idéologique, usuel, c'est celui d'un sujet. Et ce qui caractérise un sujet, c'est la contradiction interne. Je ne dis pas que des fois on se contredit, on arrive, à qui ça n'arrive pas, ce n'est pas la question.
53:30 Il y en a qui sont en train de dire « moi jamais ». C'est le plus général, mais cela. C'est le chêne et le roseau. Non, mais ce qui est sérieux, là, c'est que je suis en train de dire que la contradiction interne est constitutive de tout sujet. Si vous et moi, nous ne sommes pas seulement des objets, comme la montagne qui est en train, à cause de l'érosion, de diminuer en hauteur sur des millions d'années et qui, au bout de quelques millions d'années, devient une plaine, ce que les géographes appellent une pénéplaine.
54:05 Vous savez, quand c'est une ancienne montagne qui peut faire 10 000 mètres, il y en a eu, et puis, et ça s'aplatit. À chaque instant où elle diminue millimètre par millimètre, la montagne, il ne faut pas dire qu'elle était haute et qu'elle est devenue basse. C'est pour nous qui regardons ça. Elle, elle est à chaque instant entièrement elle-même. Vous voyez, il n'y a pas de contradiction dans les objets. Pour qu'il y ait contradiction, il faut qu'il y ait diction, les objets ne parlent pas. C'est même ça qui définit les objets.
Communication animale et langage humain
54:37 Pour le dossier du langage animal, c'est un peu plus compliqué, mais je vous rappelle quand même, on est là pour remettre les choses en place. Il y a dans le monde animal des systèmes de communication d'une incroyable efficacité. Attention, mais c'est seulement par métaphore que l'on peut parler de langage. Je pense aux abeilles ou aux dauphins pour prendre des exemples illustres, qui ont été étudiés, je pense à Frisch qui a étudié les abeilles, le langage des abeilles, vous savez. Il y en a qui savent à peu près comment communiquent les abeilles.
55:09 Non ? Oui, oui, bravo, oui. Avec une danse, oui, c'est par la danse, vous savez ça, une grande danseuse, pardon, je me permets de dire. non, pas au sens latin, je ne me permettrais pas. L'enseigne, la danse. C'est du sérieux, donc, oui, l'abeille éclaireuse, quand elle a trouvé du butin, revient à la ruche et pour communiquer à la collectivité où il est, dans quelle direction, à quelle distance et quelle quantité.
55:44 enfin, quantité, de manière, disons, il y en a beaucoup, il n'y en a pas beaucoup, elle fait une danse en forme de huit, ça a été très précisément observé, en forme de huit, dont la fréquence est inversement proportionnelle à la quantité de butin, s'il y en a beaucoup, si, si, si, je fais des huit à toute vitesse, n'est-ce pas, sinon c'est un peu plus moderato cantabile, n'est-ce pas, et l'angle que forme la longueur du huit, par rapport au soleil, et, enfin, la bisectrice, l'angle que fait le soleil avec l'abeille elle-même, indique la direction, et la ruche suive, c'est très perfectionné, je ne suis pas en train de dire qu'il n'y a que l'homme qui communique, non, c'est une communication, ce n'est pas un langage, c'est une forme de communication animale très développée, je ne vais pas prendre mille exemples, les dauphins, on est très passionné avec le sonar, vous savez, avec les vibrations sonores, comme beaucoup de cétacés d'ailleurs, comme les baleines, c'est les dauphins qui l'ont le plus sophistiqué, pourquoi ?
56:52 D'abord, parce qu'il y a l'inné et l'acquis, il n'y a pas des conservatoires de danse dans les ruches, où les abeilles vont apprendre, tiens, quelle danse doit faire pour communiquer, non, c'est programmé dès la naissance de chaque individu abeille, c'est dans les gènes, s'est programmé, et surtout, une grande découverte inhérente au démarrage de la linguistique moderne, c'est-à-dire postérieure au fameux cours de linguistique structurelle, c'était avant le structuralisme, le structuralisme a emprunté le mot à Saussure, mais Saussure n'était pas un structuraliste, un immense savant, un linguiste, dans lequel Saussure rappelle que ce qui caractérise entre tout autre attribut le langage proprement humain, il n'y en a pas d'autre à notre connaissance, c'est le double niveau d'articulation.
57:48 Est-ce que quelqu'un voit de quoi il s'agit ? C'est une université, c'est plus je vois ce que tu veux dire, c'est tout à fait juste, mais c'est pas la même chose. C'est une science, c'est encore autre chose, l'arbitraire du signe, tout ça, on va y arriver, vous avez raison, mais là, c'est le double niveau d'articulation, c'est-à-dire que notre langage suppose deux articulations, l'une qui articule l'ensemble des sons que le gosier humain peut émettre, et ça, ça n'a rien à voir avec la culture ou l'histoire, ça, c'est dans notre nature, c'est-à-dire le gosier humain peut émettre certains sons, en deçà de certaines fréquences et au-delà, il ne peut pas en émettre, ce que peut faire par contre le chien, la chauve-souris, vous savez, les ultrasons, les chauves-souris, voilà, donc ça, l'ensemble des sons que peut émettre le gosier humain donne un statut à ce qu'on appelle la phonétique, qui les classe, et qui les range aussi en signe, mais la phonétique n'est pas la phonologie,
58:58 nous ne parlons pas, aucun peuple ne parle le langage en général, mais chaque peuple parle une langue particulière, déterminée, d'accord, qui n'a pas la même phonétique, qui n'utilise pas, qui a exactement le même stock que les autres êtres humains qui peuvent émettre, mais qui ne les utilise pas, je pense à l'anglais qui n'utilise jamais le U, oui ou non, alors qu'en allemand, il y est, par exemple le U, vous voyez, comptez en anglais jusqu'à 10, c'est-à-dire 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, je dis non, ce n'est pas 8, c'est 8, c'est quand je dis 8, tu vois, c'est difficile le U, voilà, et puis nous, on a des tas de sons, le russe a des sons que nous, on n'a pas, je ne sais pas, donc, d'une manière générale, c'est ce qui fait que la phonétique à la limite est une science naturelle, l'ensemble des sons permet le gosier humain, la phonologie est une science humaine, vous voyez ces distinguos-là, ça a l'air de rien, vous voyez comme il faut le travailler, le langage de tous les jours, même avec des mots qui sortent un peu de l'usage usuel, si je peux me permettre,
1:00:08 de ce langage-là, donc, c'est là qu'on voit qu'il n'a pas été fait, on ne peut pas reconnaître ce double niveau de articulation, il y a le premier, je viens de le définir, et le second, oui, là on peut y arriver, ce que Médine vous rappelait, c'est l'arbitraire du signe dans le langage humain, qui le distingue, qui distingue le monde du signe, qui est le monde proprement humain, du monde du signal auquel l'animal accède, la fumée signale le feu, pas de fumée sans feu, donc dans la brousse, il y a une antilope qui sent le feu, elle décale, parce qu'elle sait qu'un feu de brousse quelque part, c'est la saison, saison sèche, elle n'a pas envie de griller, elle s'en va, quelle est la différence ?
1:00:58 C'est que le rapport entre le signifiant et le signifié n'est pas du tout le même dans les deux cas, dans le cas de l'animal, il y a un lien naturel entre le signifiant et le signifié, il n'y a pas de fumée sans feu, ça ce n'est pas une décision humaine. D'accord ? Alors que pour dire lion, justement, vous savez, on va dire Löwe en allemand, n'est-ce pas ? lion en français, on dira, oui, ça va, ça se ressemble, c'est indo-européen, il y a L, oui, bon d'accord, mais en malien, enfin, on dit diarra, D-I-A-2-R-A, vous le connaissez parce qu'il y a des footballeurs qui s'appellent comme ça, n'est-ce pas ?
1:01:32 C'est comme ça qu'on échappe aux misères de l'immigration, on le fait bien, comme les afro-américains sont sortis de la ségrégation par le jazz et la boxe, enfin, et le sport, c'est intéressant tout ça, ça se répète, mais diarra n'a rien à voir avec lion, il n'y a aucun rapport dans le langage humain entre le signifiant, il y a l'arbitraire du signifiant, ça veut dire que là, ça suppose une relation entre sujets, que si moi j'avais été élevé, adopté par des parents chinois, je parlerais chinois, je ne comprendrais ni diarra ni lion, ça veut dire qu'il a fallu que je sois en contact, ce n'est pas dans mes gènes, il n'y a pas des gènes de langue française en nous, ben oui, vous vous en doutez, mais on fait tout pour qu'on l'oublie, la langue n'est pas naturelle, elle n'existerait pas sans cet apport de la nature, attention, ce n'est pas parce que je diminue le rôle de la nature que je diminue celui de la matière, tout ça est matériel, la langue nous apporte les sons qu'émet le gosier, et si le gars a le gosier-bousillé ou s'il est muet,
Helen Keller et le langage ternaire
1:02:42 vous savez qu'il y a des substituts, des langages de signes, des sémaphores, l'homme va toujours se débrouiller pour convenir, convention, code, code de la route, va se débrouiller pour réintroduire un système de signes où le signifiant n'a jamais rien à voir avec le signifié, il n'a pas de lien naturel quand je dis rien à voir, le cas limite étant, mais certains d'entre vous ont certainement entendu parler de la fameuse Hélène Keller, non ?
1:03:15 Les anciens connaissent ? Tu peux nous rappeler, Victor, le cas d'Hélène Keller ? Franchement, la pauvre était mal partie dans la vie, muette de naissance, sourde, aveugle. Eh bien, elle a donné des cours en faculté dans sa vie, elle a écrit des livres, comment elle s'en est sortie ? Par l'amour, je cherche le titre de son livre, je ne me rappelle pas, le titre de ses mémoires, bref, l'amour d'une servante, d'une nurse qui s'en occupait, gens de maison, qui chaque fois qu'elle demandait à boire comme un petit animal, sourde, muette, aveugle, elle n'a pas eu la relation à l'autre, merci de venir, il y a des trains à prendre, merci beaucoup, je viens de Grenoble, chaque fois qu'elle demandait à boire, avant de satisfaire le besoin, elle prenait le doigt de la fille et lui faisait faire un rond dans l'évier, parce qu'il lui restait le toucher, c'est là qu'on voit qu'il faut rester matérialiste, il faut que les sens soient travaillables, voilà, et donc elle a commencé à créer un lien,
1:04:25 un code, et ça fait exploser le cerveau de la petite fille, vous savez que ça a été mesuré ça aussi, les enfants sauvages, on a observé qu'ils n'avaient pas de système de synapse très développé, il faut des excitations, de l'entraînement, comme un muscle s'atrophierait s'il voulait, s'il n'était pas entraîné, voilà, donc j'insiste beaucoup sur le fait que le langage résulte plus d'une relation de sujet à sujet que d'une relation objet, même si le langage nous permet de nous communiquer les objets, et c'est pour ça que je dis souvent que le langage est ternaire, c'est-à-dire que par le langage, je, numéro un, permettez, te, numéro deux, ou l'inverse, communique la notion d'ordinateur.
Aristote et le principe de non-contradiction
1:05:17 Deux sujets, n'est-ce pas, se communiquent des objets, c'est ternaire le langage, c'est intéressant de voir ça, c'est pas stimulus reflex, c'est pas binaire, comme les sens cognitifs. Et tout ça, pour montrer, on a l'impression que Clouscard écrit un peu à l'emporte-pièce, qui n'a pas la rigueur, comme ça, on pouvait être rigoureux depuis tout à l'heure, je suis en train de montrer qu'on ne peut pas arriver à une rigueur absolue avec ce langage-là, en tout cas, à une rigueur univoque.
1:05:52 Alors, j'ai montré le côté contradictoire, mais vous me direz, attendez, mais Baudelaire, il a le droit de trouver un soir que la nuit est redoutable, où l'hiver est à craindre, et une autre fois de se réjouir, quel bel hiver, n'est-ce pas, à cette neige, pourquoi pas, oui, mais là, je suis en train de parler de contradictions internes constitutives de l'anthropologie, c'est là que j'insiste, que vous et moi, nous ne serions pas des êtres humains si nous n'étions pas traversés en diagonale de part en part par une contradiction interne entre nous et nous, quand je dis interne, je ne parle pas d'une adversité vis-à-vis d'un contradicteur extérieur, donc c'est beaucoup plus grave, si vous voulez, alors, pour ça, il faut qu'on se mette d'accord, et c'est là que je vais introduire la distinction, que je vais introduire la distinction entre contradiction et contradictoire.
1:06:57 Quand je dis contradiction interne, je n'ai pas dérogé à la règle de non-contradiction. J'ai l'air de vous embrouiller, non, au contraire, on est en train de clarifier. Aristote nous a fait, nous a transmis cet inestimable avantage de pouvoir parler avec rigueur de la contradiction. Lorsque, dans sa métaphysique, c'est un peu son opus magnum, on peut dire ça, en gros, quand même, c'est compliqué, chez Aristote, parce qu'il y en a des opus magnum, magna, je dis, la physique en plusieurs volumes, mais la métaphysique, beaucoup de livres, chapitres, les trois premiers chapitres, je ne dis pas qu'il faut les sauter, ils sont fabuleusement intéressants, mais c'est la première histoire de la philo, un peu comme dans le traité de l'âme, il résume les opinions de ses prédécesseurs sur la question.
1:07:54 Et donc, on n'entre dans le vif de sujet que dans le quatrième livre, le livre Gamma, en termes grecs, c'est l'alpha, bêta, dans le quatrième livre. Et ce quatrième livre commence par une affirmation solennelle qui apparemment n'a aucun rapport ni avec le langage ni avec la contradiction. C'est un, c'est, ben tu la connais ? L'être se dit dans plusieurs sens, c'est assez difficile. avant, il y a, il y a une science. Ah, il y a une science de l'être. Plus que ça, il y a une science qui étudie l'être en tant qu'être.
1:08:29 Solennelle, tout d'un coup, l'être, pas l'être en tant que, l'être qui bouge, ça, c'est l'objet du physicien. Il n'est pas besoin de la métaphysique pour ça, pour étudier le mouvement. Pas l'être qui bouge et qui a des sensations, ça, c'est la biologie, qui n'est pas biologie, il y a l'être animé qui a une âme. Chez les Grecs, psychologie et biologie sont fondus. Les animaux ont une âme, les végétaux aussi. Donc, tout ce qui est vivant, animé, par opposition à inerte, c'est plus extensif la notion de animé chez les anciens que chez les modernes.
1:09:05 Donc, il y a une science qui étudie l'être non pas en tant qu'être en mouvement, être animé, mais qui étudie l'être en tant qu'être. C'est le fondamental. Et, première affirmation, deuxième affirmation, il y a une science, c'est une seule, qui étudie l'être en tant qu'être. C'est le philosophe. C'est le seul. Ce que ne font ni les physiciens, ni eux. C'est important, ce chapitre-là. Et, pour réfuter les sophistes, parce qu'on oppose Platon à Aristote depuis 2500 ans, on fait que les opposer.
1:09:35 Et Dieu sait s'il y a de quoi. Aristote, souvent, prend le contre-pied quand il critique les mathématiciens ou les dialecticiens, même s'il ne le nomme pas, c'est un peu contre les platoniciens, plus que contre Platon, d'ailleurs. Un peu comme Nietzsche, râle plus contre les wagnériens que contre Wagner. Bon, le parallèle s'arrête là. Je reviens à Aristote. Là, il montre à quel point il est d'accord avec Platon sur les choses essentielles contre leurs adversaires communs, les sophistes. Car il cherche, je vous dis, pour ramener le passage sur la contradiction, il cherche à arriver à des propositions que personne ne peut contester, fût-ce le plus retort des sophistes et des sceptiques, etc.
1:10:11 Et il trouve, justement, le principe qui va démarrer toute la mathématique de non-contradiction, le principe d'identité. D'accord ? La même chose, si on dit directement en manière positive le principe d'identité, si on dit de manière négative le principe de non-contradiction. C'est ce que Descartes faisait allusion quand il dit ces longues chaînes de raisons, tout ça, chaînes, ça veut dire il n'y a pas un chaînon qui tombe, sinon tout s'écroule. Si on trouve une contradiction dans une démonstration, c'est toute la démonstration qu'il faut revoir.
1:10:42 Vous voyez ? Très important. Et donc, le critère de la pertinence en mathématiques, ce n'est pas une relation à quelque chose d'extérieur comme pour la physique ou la chimie ou la biologie. Ce n'est pas une science appliquée. Mais c'est ce qui va permettre à toutes les applications d'être scientifique. son principe à la mathématique, ce n'est pas ce qui existe, ce n'est pas l'existence, c'est l'essence. Et l'essence, ça consiste à qu'il n'y ait pas de contradiction entre les énoncés. Énoncés, les essences, on n'est pas...
1:11:12 Vous voyez ? Parce que je peux faire une proposition non contradictoire de choses qui n'existent pas. Un château de 6 millions de pièces, en a deux fois plus qu'un de 3 millions. Vous êtes d'accord ? Il n'y a aucune contradiction là-dedans, même s'il n'y a jamais eu le château de 6 millions de pièces. Vous voyez ? Non, mais on peut faire plein d'énoncés. Un ange est un personnage imaginaire. Vous voyez ? Ce n'est pas une phrase contradictoire. Un ange est un personnage imaginaire. Je parle de quelque chose qui n'existe pas, mais je dis une proposition non contradictoire.
1:11:47 Mais je ne suis pas arrivé à l'essentiel auquel arrive Aristote maintenant. Parce qu'il dit « Puisque c'est si important ce principe qui gouverne toute connaissance véritable et qui défait l'opportunisme du sophiste et du sceptique, il faut qu'on examine de plus près à partir de quelles conditions on peut dire qu'il y a contradiction. » Aristote a fait un énorme travail pour arriver à trois conditions. Je me dirige dans mon plan vers l'énoncé un peu bizarre « Contradiction et temporalité »
Contradiction et temporalité
1:12:17 que vient faire le temps là-dedans. Vous voyez ? Vous allez voir pourquoi. Il dit « Pour que deux énoncés soient contradictoires, il faut que deux attributs opposés, chaud, froid, grand, petit, deux attributs opposés, soient affirmés en même temps, vous voyez, comme le temps fait son apparition, au même sujet, troisièmement, sous le même rapport. Je développe ça, maintenant j'illustre ça après pour que ce soit moins abstrait.
1:12:51 En même temps, si je dis « Socrate est vieux, Socrate est jeune », ce n'est pas contradictoire si je dis qu'il est jeune à 15 ans et qu'il est vieux à 70 ans. Vous êtes d'accord ? C'est tellement évident qu'on l'oublie. Donc Aristote avait raison de rappeler que pour que ce soit contradictoire, il faut que ce soit en même temps. J'arrive à un carrefour et je ne sais pas s'il faut aller à gauche ou à droite, je ne veux pas avoir ma jambe droite qui va à droite et ma jambe gauche qui va à gauche, ça fait mal. C'est pourtant ce que fait la philosophie depuis 2500 ans encore mieux à l'opontique. Il n'est pas tout à fait idiot.
1:13:22 Il faut vouloir avec le langage de tous les jours avoir la rigueur des maths. Donc en même temps. ensuite au même sujet. Il faut toujours qu'on parle de Socrate là. Il est vieux, jeune, qu'il est agaçant, intéressant. On parle du même sujet. Et troisièmement, sous le même rapport, on peut dire Socrate à 65 ans est vieux par les artères et jeune par le caractère, par la verdeur, par la réplique, par le caractère et le tempérament.
1:13:57 Donc il faut que ça il faut que Aristote coince là, toutes les opportunistes. Il faut vraiment que les trois conditions se remplissent. Moi je m'attarde sur le en même temps. Pourquoi ? Parce que comme dit Héraclite, on ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve. Il n'y a pas un instant du temps qui soit en même temps. Et il y a un passage archi célèbre dans la phénoménologie de Hegel où il parle du maintenant. Ceux qui ont abordé, même ceux qui se sont découragés, qui ont laissé tomber le bouquin au bout de quatre chapitres épuisés.
1:14:29 La plupart renoncent à partir de force et entendement, j'ai remarqué. Ils ont atteint quand même ce passage-là. Mais avant là, ce qui a l'air le plus simple, la certitude sensible, les inlis, ceux qui pensent que le plus certain c'est ce que je vois, ce que je touche, etc. Il faut commencer par là, il faut être honnête. Il parle de l'ici et du maintenant. Cette certitude sensible, c'est s'attarder à ce qui est ceci, ici, maintenant. Donc, c'est une double dimension spatiale, ici et maintenant, temporelle.
1:15:00 Et il dit, maintenant, il a cessé d'être au moment où j'en parle. Le maintenant qui est est un autre que celui qui est indiqué. Oui, il y a toute une phrase magnifique. Et nous voyons que le maintenant est justement ceci. Écoutez bien cette phrase. Et nous voyons que le maintenant est justement ceci de n'être déjà plus quand il est. Donc, on peut avoir une contradiction interne, je reprends mon fil qui est constitutif de l'homme, sans que ce soit contradictoire parce que ce n'est pas du tout sûr que ce soit en même temps.
1:15:32 Nous sommes dans la temporalité, dans le flux. Parce que si nous étions comme les cailloux dans l'éternité et de l'instant, comme je parlais de la montagne tout à l'heure, on serait morts. C'est une bonne nouvelle qu'on soit dans le temps. Je dis ça parce que les contre-révolutionnaires dont un patron, de Maistre, je ne sais pas si vous connaissez un petit peu l'impeccable de Maistre, comme l'appelait Baudelaire, n'est-ce pas. Contre-révolutionnaire, d'une envergure, attention, ce n'est pas on ferait. dans ce...
1:16:02 De Maistre disait « L'homme n'est pas fait pour le temps ». C'est un de ses énoncés le plus... Il rejoint le mauvais côté de Platon. Pour Platon, le temps est toujours une dégradation. Vous êtes d'accord ? Chaque fois, plus le temps s'écoule, n'est-ce pas, plus on s'éloigne de... C'est la Ione qui conclut. Voilà, exactement. Et puis à l'origine, je fais une parenthèse platonicienne, c'est quand même le plus grand artiste de l'histoire de la pensée, c'est un metteur en scène prodigieux.
1:16:37 Ses introductions, ses épilogues, enfin je veux dire, quelle dramaturge ! Dans le Timée, un de ses derniers dialogues, il dit que le monde a été créé par quelqu'un, un potier, qui regarde les modèles, là, dans le monde des idées, où il y a le cercle parfait, et qui, avec sa glaise, essaye un peu comme moi, en ce moment, avec le langage naturel, de vous amener à la rigueur. Comment il dit ? Clouscard, partir du langage idéologique usuel pour arriver à la nécessité du concept.
1:17:11 Vous voyez qu'on est toujours dans la même problématique, mais qu'on a progressé. Le potier de Platon, il essaye, avec la glaise, de sculpter les idées, c'est évident, quand même. Ce moment, Platon, c'est là qu'on parle de l'humour de Platon, il était bourré au moment de la création. Donc, le tour de potier, il glissait un peu, et donc, les cercles sont devenus des ovales, des planètes.
1:17:43 Il ne savait pas encore que les planètes avaient une orbite elliptique, il faudra attendre Kepler, mais quand même, ça veut dire ça, il y a des défauts dans le monde qui nous entoure, qu'est-ce que vous voulez ? C'est parce qu'à l'origine, le démiurge était bourré. Voilà. On est dans des choses très sérieuses. C'est un peu difficile, mon passage à le rapport entre contradiction et temporalité, mais c'est pour ça que je vous ai donné la référence, et je vous y renvoie, lisez ce texte extraordinaire du quatrième livre, c'est pas très long, dans la Métaphysique d'Aristote, vous voyez la solennité qu'il prend pour introduire ce principe, et donc ce principe, il en parle par dix pages avant de l'énoncer, donc nous allons maintenant l'énoncer, car il nous permet de, puis hop, faire retarder encore, et voilà, deux attributs contradictoires ne peuvent pas appartenir au même sujet, en même temps, sous le même rapport, prenez-le dans l'ordre comme vous voulez ça, ne peuvent pas appartenir en même temps, au même sujet, sous le même rapport.
1:18:45 Alors, dernier, après je vous passe la parole, c'est une hypothèse que je fais maintenant, donc j'essaie d'être honnête intellectuellement, il me semblait transmettre du solide jusque-là, à partir de là, c'est une hypothèse à Pagani, donc on peut me vérifier, c'est pas Platon, Aristote, tout ça, je ne peux pas mesurer, je crois que le fait que la contradiction soit constitutive de l'anthropologie vient du fait que nous n'allons jamais jusqu'au bout du « connaître toi-même », nous avons intérêt à ne pas savoir tout, si vous voulez, donc le rapport au temps est une fuite que nous avons en permanence, bénéfique, elle a créé l'anthropologie, pour ne pas rester dans, je ne sais pas, soit une angoisse qui nous paralyserait, soit, vous voyez, c'est une hypothèse que je formule comme ça.
Contradiction et contradictoire
1:19:39 Voilà, comme ça fait un petit moment que je suis dans l'abstrait, je voudrais qu'on se repose les méninges grâce à vos questions, si vous en avez maintenant. Je vais demander à Pierre-Alain si je n'ai rien oublié vis-à-vis de nos amis qui sont en ligne. J'allais dire, voilà, parce que, n'oubliez pas que ceux qui sont en ligne, grâce à la technologie qui m'aimait vers Radiojour, peuvent poser les questions en même temps, oui.
1:20:14 Moi, j'avais une question, tu as dit qu'on allait voir la différence entre la contradiction et le contradictoire. Ah oui, ben oui, merci, merci. Eh ben non, c'est vite dit, on a fait l'essentiel du travail, donc c'est vite vu, le contradictoire, c'est ce qui est interdit en mathématiques, d'accord ? Et je montre que nous sommes dans la contradiction, je veux et je veux pas, je aime et je hais, la même personne des fois, les ambivalences, comme dit Freud, c'est un terme chez Freud, l'ambivalence. C'est pas l'ambiguïté, l'ambiguïté c'est le faux cul, pour parler français, c'est celui qui sait quelle est la vérité, qui ne veut pas le dire, qui la cache, qui la camoufle, c'est un éclame d'ambivalence, à mon insu, je vois pas à quel point je me contredis, vous voyez, je vais prendre un exemple un peu fort, mais, la mère qui est angoissée, angoissée, je dis la mère, moi j'étais pire que ma femme, quand le bébé s'approche trop du bord de la piscine, ou des choses comme ça, je sais pas, oh mon Dieu, il va se tuer, ou qu'il approche trop du balcon, vous voyez, il y a des femmes plus anxieuses que d'autres, vous voyez, Freud va jusqu'à dire que elle aimerait bien être débarrassée du bébé, parce que je vois toutes mes amies
1:21:24 qui vont au bal, qui vont en soirée, moi je suis comme ça, depuis que je suis accouchée, il faut pas dire que c'est méchant de la part de la femme, c'est son inconscient, c'est pas elle, c'est pas parce que Œdipe a envie de tuer son père qu'il le tue, c'est pas, l'amour du fils pour son père n'est pas moins sincère, n'est-ce pas, que la rivalité œdipienne, voilà, passage à l'acte, je regarde dans la vitrine, n'est-ce pas, une chemise de rêve, je vais pas casser la vitrine pour la prendre, quand même, donc voilà, donc je réponds, le contradictoire, qui c'est vraiment logique, c'est deux énoncés contradictoires, c'est interdit dans les notions scientifiques, par contre, la contradiction a le droit de rentrer dans l'existence dans la mesure où les deux termes de l'opposition ne sont pas simultanés précisément, et c'est là qu'on voit la fécondité de la notion hegelienne de moment qui résout l'aporie de Baudelaire tout à l'heure, pourquoi Baudelaire tantôt la nuit, l'hiver qui vient est un cauchemar, un cœur tendre qui hait le néant vaste et noir du passé lumineux
1:22:34 recueille tout vestige, d'accord, et au contraire, la nuit, comment il dit, c'est la fête et l'antern de la liberté, c'est pas au même moment, c'est pas la même disposition, nous avons tous, pour ce que nous avons tous été enfants avant que d'être hommes, comme dit admirablement Descartes dans le discours de la méthode, et qu'il nous a fallu être guidés par nos appétits et nos précepteurs lesquels n'étaient pas toujours d'accord entre eux, c'est rien qu'en réduction, ce qui nous a fallu assumer, nos précepteurs, parents, éducateurs, disaient, parle pas la bouche pleine, mets ta main devant la bouche quand tu bâilles, il ne faut jamais montrer l'intérieur organique, il ne faut jamais démontrer que nous sommes des êtres désirants, vulnérables et déterminés, comme est la machine, c'est intéressant, vous voyez, l'éducation a un sens qui échappe sans doute et aux précepteurs aussi bien qu'aux préceptés, si je peux me permettre ce barbarisme, vous voyez, il y a un sens, c'est que tu ne dois pas exhiber ta naturalité comme ça, on a fait dix mille ans d'histoire, ce n'est pas pour régresser, Clouscard n'aimait pas voir des couples qui s'embrassaient à table dans un restaurant, il disait, je ne veux pas
1:23:44 le mélange des organiques, voilà, c'est ok pour contradictoire, contradictoire est logique, la contradiction est ontologique, elle rentre dans l'existence, chez l'homme et c'est son privilège. Une question des absents ? Alors, il y a une question de Estavisky. Qui ça ?
Kant, le temps et l'intériorité
1:24:14 Estavisky. Ah, les fidèles ça ! Les fidèles, très courtes, école de belle vie dans tout ça. Je ne réponds pas à la provocation, je suis bien content. en plus. Après, une question plus sérieuse, je te l'ai dit, pourquoi Kant tient-il tant à supprimer la référence au temps dans sa formulation du principe d'identité, entre parenthèses, principe suprême des jugements analytiques ?
1:24:47 Voilà, quelqu'un qui connaît bien. Oui, et bien voilà, c'est marrant parce que j'ai donné la réponse avant que tu me dises la question. C'est parce que c'est un drame chez l'homme, la contradiction. Il y a un côté tragique de l'existence sans grand tremblement, je dis ça, je veux dire. L'analyse pascalienne du divertissement, je prends exprès comme référence à un grand chrétien, vous voyez, mais qui est plus matérialiste à ce niveau-là et plus réaliste que bien des grenouilles de bénitier.
1:25:23 Si vous regardez car il a été le premier qui pourrait expliquer nos comportements à la différence des sciences cognitives d'aujourd'hui qui ont encore ce retard, n'est-ce pas ? C'est-à-dire qui explique nos comportements par une carotte qui est devant ce stimulus, ce réflexe, je veux dire, par un enzyme, un gène, etc., un objet, alors que Pascal explique nos comportements non pas par quelque chose qui est posé, positif devant moi, mais comme quelque chose qui est dans mon dos et que je fuis. C'est ça le divertissement chez Pascal.
1:25:54 Quand je me suis mis examiné les hommes, je me suis aperçu que tout leur malheur venait de ne pouvoir rester en repos dans une chambre. Alors qu'un chien pouvait lui donner la même nourriture tous les jours, du moment qu'il a son maître près de lui, le reste il s'en fout, il peut avoir la même vie tous les jours, il ne s'ennuie pas, il n'a pas le problème de l'ennui. C'est important ça. Tu le connais, lecteur, ce monstre délicat, hypocrite lecteur, mon semblable, mon frère. En parlant de l'ennui, c'est le premier poème des fleurs du mal de Baudelaire, avec cette magnifique apostrophe, contradictoire, puisqu'il dit au lecteur, hypocrite lecteur, il commence par l'éloigner, lui donner une gifle, et puis, mon semblable, mon frère.
1:26:37 Nous sommes tous à la même enseigne. Voilà. Oui, parce que, ceci dit, pour ne pas être injuste envers Kant, Kant a le mérite quand même d'être le premier à opérer le virage qui va amener à Hegel et Marx de ce point de vue-là, sur ce point-là, à savoir que la problématique de la connaissance, les deux termes de la problématique de la connaissance ne sont plus le sujet d'un côté et l'objet essentiellement spatial, c'est le cas depuis l'Antiquité, c'est-à-dire le rapport de la pensée et de l'étendue, si vous connaissez vos classiques, chez Descartes, c'est ça, le rapport entre le cogito et la res extensa, l'étendue, l'espace.
1:27:20 Alors qu'à partir de Kant est le premier à montrer que le temps est la première constitution du sujet. C'est-à-dire que nous ne pourrions pas percevoir l'espace si nous n'avions pas d'abord une relation au temps. Comment voulez-vous que j'aille de cette extrémité-là à la table si le temps n'est pas donné ? Vous voyez, par exemple. Et donc, après avoir distingué Kant, je lui rends justice pour continuer à répondre, après avoir distingué les deux formes a priori de la sensibilité, ce ne sont pas des catégories, ce sont des formes a priori de la sensibilité, c'est précis, c'est démocratique le langage de Kant, il n'emploie jamais un mot technique sans vous dire avant ce que ça veut dire.
1:27:59 Les formes a priori sensibilité, c'est les cadres sans lesquels nous ne pourrions pas à exercer nos sens. Nous ne verrons rien, nous n'entendurons rien. Et il y a les deux formes sont l'espace. Comment voulez-vous que je perçoive un son s'il n'y a pas du temps ? Même s'il dure un millionième de seconde, je veux dire, déjà je n'entends pas, ce n'est pas suffisant, mais vous voyez, a fortiori, il faut qu'il y ait de la durée pour que je commence à le percevoir.
1:28:30 Et pour se maintenir le son, ne serait-ce qu'à la même hauteur, il faut qu'on continue à agir pour le produire. Par l'archer, par le souffle, peu importe. Donc, l'espace, c'est la forme a priori dit Kant, maintenant je vais être précis, de toutes les sensations externes, je ne pourrais pas percevoir cet ordinateur s'il n'était pas dans l'espace, par exemple. Et après, il dit le temps, et je pense à ma grand-mère qui hélas, a disparu depuis longtemps car les grand-mères sont périssables, mais ça, ce n'est pas dans l'espace, ma représentation, elle n'a rien de spatial.
1:29:10 Mais par contre, c'est une durée. Notre imagination, je vous renvoie à Bergson qui a fait une très belle page là-dessus, et puis tout d'un coup, Kant, elle pense à faire ce dessin, il dit finalement, comme toute sensation spatiale passe par le sens interne, le temps est la forme a priori de toutes nos sensations. Immédiatement, par rapport à l'espace, et immédiatement, par rapport aux intuitions internes. Si je ne suis pas clair, vous me le dites.
1:29:41 Il me semble que Kant est bien clair, il a le mérite d'avoir des distinctions pertinentes. voilà. En tout cas, à partir de lui, et maintenant, j'insiste beaucoup sur ce côté historique qui amène à Hegel et Marx, c'est que c'est la relation de l'homme au temps, l'étape après, ça va être Hegel et l'histoire. Et après, ça va être Marx qui va ouvrir une porte qui donne sur un chemin qui peut mener à la science de l'histoire. Vous avez vu, j'ai des précautions. Évidemment, il faudrait bien qu'on en soit là. On n'y est pas encore. C'est à vous qu'il appartient d'ouvrir cette porte, un coup de pied, et d'emprunter ce chemin, collectivement, bien sûr, qui fasse que les sciences humaines n'aient plus à mettre des guillemets sur le mot science.
1:30:23 Je préfère dire les sciences historiques. C'est mon côté indécrottablement marxiste, parce que je n'imagine pas une linguistique, une littérature, etc., qui soit en dehors de l'histoire. Enfin, je n'ai jamais vu. Toutes les sciences humaines étudient des comportements ou des événements qui se passent à l'intérieur de l'histoire avec un H. Voilà. Donc, j'insiste sur le fait que Kant est un grand moment de basculement dans l'intériorité, car le temps est plus intérieur que l'espace.
1:30:57 Et pour l'illustrer, je m'arrêterai là à cette réponse, puisque je ne veux pas obérer les autres questions. mais il faut regarder dans l'histoire, dans les différents, ce qu'on appelle les beaux-arts, n'est-ce pas ? Dans l'ordre qui va des arts qui produisent des œuvres qui sont le plus engagés dans l'extériorité, je pense à l'architecture ou à la sculpture, où toutes les dimensions de l'espace sont là. Longueur, largeur, hauteur, profondeur, dans une sculpture, dans une architecture, vous avez tout ça.
1:31:31 puis, je fais des grands sauts, vous passez à la peinture, il n'y a plus que deux dimensions, il n'y a pas la profondeur, car elle n'est pas présente là réellement, mais indirectement, médiatement, par l'artifice qu'on a nommé à partir de la Renaissance comme la perspective. Ce qui veut dire, j'en profite pour dire au passage, que toute peinture, il ne faut pas attendre, il n'y a pas besoin d'attendre des cubistes, toute peinture est abstraite, toute peinture, en tant qu'elle se déploie sur une surface, à la différence de l'architecture et de la sculpture, toute peinture, toutes ces images en général, ce n'est pas là pour cet écran, est abstraite, c'est-à-dire fait abstraction, fait appel à notre imagination pour produire la profondeur et tout le reste qui n'y est pas, matériellement.
1:32:24 On reste en espace, mais il n'y en a plus que deux dimensions. Et voilà qu'avec la musique, il n'y a plus de dimension spatiale du tout, par contre, intérieurement, et temporellement, la musique, elle, s'il n'y a pas le temps, il n'y a plus de musique du tout. Voilà, c'est pour faire comprendre à quel point il y a un lien entre temporalité, intériorité. L'homme a intériorisé la contradiction, je reviens à la question tout à l'heure, et c'est ce qui fait qu'il est dans le temps, comme le fleuve, je ne sais pas.
Sujet et substance chez Hegel
1:32:57 Je n'ai pas entendu. J'aurais une petite question pour rebondir un peu sur le titre de la conférence que tu nous as donné, et le sujet dans tout ça. Oui. Tu as parlé, bien sûr, de Kant et Hegel, et j'aurais une autre question, et la substance dans tout ça. Le sujet, il y a la substance, et entre Kant et Hegel, il y a Fichte et Schelling, donc tu as fait un magnifique exposé sur la tentation quasiment schellingienne de notre époque à refouler le sujet pour se plonger dans la nuit de la substance en refoulant le refoulé en sujet. Sauf qu'il y a une autre tentation que Hegel sur le mot aussi, c'est la tentation de Schelling, c'est...
1:33:31 La tentation ? Schellingienne, le milieu de la substance pour se plonger dans le sujet seul. Il y a une pénurie d'essence assez grande. On a eu une grande... Une pénurie perdurante ? Il y a un moment schellingien, maintenant que le moment schellingien s'est pris, il y a une essence, il y a une substance, peut-être que la tentation fichtéenne peut revenir à celle du sujet sans substance. Et est-ce que tu pourrais nous dire comment Hegel arriver à surmonter justement cette tentation ? Il est toujours présent chez lui parce qu'il s'est enterré comme un Fichte.
1:34:01 Il est toujours plus projoué que la substance. Mince, je voulais le rappeler. C'est bien, tu l'as doublé. Mais quand même. Oui, c'est important. C'est important. C'est pas un signe innocent qu'il ait demandé ça, bien sûr. Je répète pour ceux qui sont à distance la question de Victor qui suppose pour être comprise qu'on se rappelle un peu que la philosophie de Hegel ne prend véritablement son contour spécifique qu'à partir du moment où il rompt avec les deux penseurs qui avaient le plus d'influence à l'époque, les deux philosophes, maintenant on peut dire très précisément, Fichte et Schelling.
1:34:44 Je les donne dans l'ordre chronologique ici. Fichte a été déjà assez âgé quand ces jeunes gens, ces trois jeunes gens, Schelling, Hegel et Hölderlin, ils étaient ensemble tous les trois au séminaire protestant de Tübingen que j'ai visité, j'étais dans la cour, je mets une photo là, je peux vous montrer la fenêtre de l'ordre. Merci Sébastien, on se comprendra. Tu m'as amené là-bas. Alors, Fichte et Schelling étaient de loin les deux penseurs les plus influents de l'époque de ce qu'on appelle l'idéalisme allemand, les périodes les plus difficiles et les plus fécondes.
1:35:27 Je ne m'attarderai pas sur cette période, je n'y reviendrai pas si souvent si je ne rappelais pas, parce qu'il y en a que ça peut agacer, qu'est-ce qui nous bassine avec l'idéalisme ? Je pense à certains qui sont un peu sectaires, disons. Je l'ai donné quelques chapelles, mais il y en a plusieurs. Donc voilà, je les trouve que c'est toujours du temps perdu. Je rappelle que dans les thèses sur Feuerbach, Marx rend hommage à l'idéalisme allemand.
1:36:00 C'est le moment où il rompt avec sa jeunesse feuerbachienne, naturaliste, soit dit en passant, et qui est important dans son état. Feuerbach avait un grand mérite de bousculer le tabou religieux, attention, mais au profit de la nature et en négligeant complètement la dimension historique, ce qui dans l'anthropologie pose un léger manque quand même. Et donc, Marx rappelle que c'est l'idéalisme allemand qui a permis, même si c'est sur des modes mystifiés, d'avoir permis de rappeler la Tätigkeit, comme on dit, l'activité du sujet.
1:36:39 Là, ça répond à ta question. Et je te remercie de ta question. Je suis clair, je parle ça à nos amis de l'extérieur. J'enchaîne maintenant sur ma réponse parce que la question de Victor porte finalement sur la notion de sujet comparée à celle de substance. C'est une question très intéressante et on revient, vous allez voir à quel point le langage de tous les jours est piégé. et en même temps à quel point ces pièges sont féconds dès qu'on les interroge ce que Socrate est le premier à faire, n'est-ce pas ?
1:37:10 Je fais une parenthèse avant de continuer mais il y a des commentaires qui me disent souvent, je ne comprends pas pourquoi Pagani insiste tout le temps sur la révolution socratique, la naissance de la philosophie dépend de la distinction entre qu'appelles-tu et qu'est-ce que c'est. C'est quand même pas si, bon d'accord, je vois bien la différence, c'est quand même pas si important. C'est énorme la différence. Je rappelle que le titre d'un des ouvrages les plus célèbres, ce n'est pas tous les jours que je cite Foucault, profitez-en, c'est les mots et les choses. C'est une dichotomie quand même.
1:37:41 Entre qu'appelles-tu ? Je rappelle que l'astronome se pose la question de qu'est-ce que le soleil ? Est-ce que c'est une planète est une étoile et le petit philosophe en bas du télescope s'adresse à l'astronome, pas au soleil, qui ne répondra jamais. Qu'appelles-tu le soleil ? Là, un dialogue peut s'instaurer, selon la réponse de l'astronome, etc. Vous voyez, les enjeux sont énormes, monologue d'un côté, dialogue de l'autre. Je referme ma parenthèse, c'est des rappels importants.
1:38:13 Je reviens à sujet et substance. Je vous dis, vous allez voir à quel point le langage est, pour reprendre un mot de Clouscard, à quel point le langage est mariol. Putain, il est mariol, le mec. Bon, alors, étymologiquement, ça veut dire la même chose, les deux. Alors que toute la philosophie hegelienne est basée sur l'opposition du sujet et de la substance. Je ne parle pas dans le dos de Hegel, il y a un passage célèbre de la Préface, à la phénoménologie, l'œuvre où il prend tout son contour, où il dit très bien, selon mon point de vue qui sera exposé à la fin dans le système, c'est une préface, tout dépend de ce point essentiel, ouvrez les oreilles.
1:38:49 Quand Hegel dit un point essentiel, c'est rarissime, parce que lui, il n'aime pas dire l'essentiel, c'est que, non, l'important, c'est le détail et le développement pour lui. Mais enfin, pour une fois, c'est tellement important qu'il dit tout dépend de ce point essentiel, deux points, appréhender, je vous l'ai dit textuellement maintenant, appréhender et exprimer le vrai, non plus, sous-entendu comme depuis le début de la philosophie, comme substance, mais aussi précisément comme sujet. Ça, ça répond à ta question. Mais aussi, et précisément comme sujet.
1:39:19 Alors, tu parles de précis, je reviens maintenant à mon étymologie, substare, se tenir en dessous, notamment, faites parler les mots, c'est ce qu'il y a de mieux à faire. La langue en sait plus ce que nous. on croit que nous utilisons la langue, la langue nous utilise si on n'interroge pas, si on dit oh là là, tu déconnes, tu ne dis pas la traductoire. Donc, substare, ce qui se tient en dessous, en dessous de quoi ? Des attributs, pardi. Comme une casserole.
1:39:50 Parce que l'eau, les légumes, le sel, il faut bien le mettre dans un récipient, oui ou non. Le récipient, c'est la substance. Alors, il ne dit pas récipient, Aristote, il dit le substrat. Vous voyez ? Deuxième sens de substrat, ce qui est en dessous. Alors, je peux dire de la fleur, elle est superbe, elle est fanée, elle est défraîchie, elle est rayonnante, elle est rose, elle est verte, tout ce que vous voulez. Mais tous ces attributs-là ne pourraient pas exister s'il n'y avait pas quelque chose pour les conduire.
1:40:23 Vous avez déjà vu du jaune qui n'est ni le jaune d'un pull, ni d'un cahier, ni d'un livre, ni d'un poussin. C'est quoi ? Les attributs, ça n'existe pas s'il n'y a pas un sujet au sens grammatical. Oui, j'ai dit sujet au lieu de substance. Vous voyez que c'est le même mot à l'origine, sauf que l'un est latin, ce qui se tient en dessous. Et sujet, c'est un peu plus archaïque, c'est latin aussi, mais subjacere, qui au supin, ou participe c'est don keptum, ce que vous retrouvez dans le concept, soit dit en passant, le c se prononçant k à l'origine.
1:41:00 Donc, à savoir, ce qui subjacere, jacere, c'est ce qui va donner le verbe français gésir. Vous connaissez ce verbe ? Vous vous trouvez où ? Oui, ci-gît dans les cimetières. Oui, c'est un verbe défectif qui n'est employé qu'à quelques personnes, ci-gît en général. Alors, des fois, il est imparfait, il gisait là, mais il n'y a pas beaucoup de temps. En tout cas, mot à mot, le sujet, c'est ce qui gît, ce qui est jeté là, même racine, en dessous.
Méfiez-vous des adjectifs : sujet, prédicat, aliénation
1:41:35 Le sujet, le B a disparu, pour des raisons euphoniques, devant J. Donc, ça veut dire la même chose, ce qui permet de donner de l'unité à toutes ces qualités que je déploie là. On dit des choses importantes, politiquement, et quel rapport avec la politique ? Mais attendez, on est en plein là. Il y a eu un prix Nobel qui a été décerné récemment, non ? Un monsieur Aspect, entre autres. Je crois qu'il y a de belles aussi, non ? Ils ne sont pas trois à l'avoir reçu ?
1:42:05 Bon, en tout cas, le prix Nobel a été décerné à une équipe qui a fait des avancées énormes dans le cadre de la théorie des quanta. D'accord ? Je vais vous dire sans détail, j'y connais rien. Vous avez des comptes, il faut être sérieux. C'est les pages et les pages d'équations à un assez haut niveau, je présume, les modèles qui sont utilisés là-dedans. Par contre, je lis les comptes rendus. Ils sont en langage, comment il dit, Clouscard ? Idéologique, usuel.
1:42:35 Ah, c'est extraordinaire, on a enfin reconnu le génie de ceux qui ont fait écrouler définitivement la notion de matière. Voilà ce que je lis ! Si ce n'est pas idéologique, ça. Mais oui ! Dès qu'on passe au langage courant, vous avez compris ce que je veux dire depuis le début de cette séance. Dès qu'on passe au langage courant, il a raison, le langage usuel est idéologique et non pas à un certain moment. Dès que je veux exprimer les travaux, j'aimerais bien moi, je ne suis pas assez fort en maths pour suivre les modélisations justement de ces savants.
1:43:12 Mais par contre, il y en a qui se servent, n'est-ce pas, ces travails-là. et qui sont souvent trapus scientifiquement. Mais je vous rappelle qu'on peut être un immense savant et être un ardent partisan du Troisième Reich et penser que le juif, ou plutôt le judéo-bolchevique, car tout ça est la même engeance. Marx, le juif, le Christ aussi, ces trucs-là, ça nous vient d'Orient. Ça ne vient pas des steppes ni des forêts.
1:43:44 Marx a dit qu'il faut éviter de remuer les forêts teutonnes dans un texte célèbre, vous savez ça. Dites-le à vos amis écolo. Donc, c'est important ce qu'on est en train de voir là. C'est que, je vais vous dire une chose importante, importante, pour vous, qui est opératoire pour chacun d'entre vous, chacune d'entre vous, facilement. Méfiez-vous des adjectifs.
1:44:17 C'est dans les adjectifs qu'on dépiste le côté idéologique d'un discours. Quand on vous dit les crimes effroyables des Russes, il y en a certainement. Quelle guerre n'a pas de crimes effroyables ? Il ne faut pas non plus rêver. Mais vous voyez, un tel va parler de crimes effroyables quand il y a eu les premiers bombardements massifs, il y a quelques jours, sur l'Ukraine, on a dit c'est passé maintenant à 14 morts, eux à 19 morts. D'accord ? Il y a eu à peu près 75 000 morts à Raqqa, tout le monde s'en fout en Syrie.
1:44:53 N'est-ce pas ? Il y a au Yémen, quelques mois, il n'y a pas si longtemps, avant que la guerre d'Ukraine ne commence, l'ONU, les organisations humanitaires disaient c'est la plus grande tragédie humanitaire de la planète actuellement. Vous vous souvenez, je n'invente rien. On n'en parle plus. Donc, que veut dire effroyable ? C'est un adjectif qui ne mesure rien. Vous voyez ce que je vous veux en arriver ? Il n'y a de science que du mesurable. Attention, je n'ai pas dit du mesuré, je ne suis pas un positiviste, mais du mesurable, quelque chose qui puisse, en cas de contestation, se prêter à la mesure.
1:45:27 Ce qui faisait dire cette belle devise à Leibniz, quand on a un doute, calculé, calculons. Vous voyez, c'est important ce qu'on est en train de voir. Le sujet, la substance, s'oppose aux attributs. Si vous préférez, le sujet, au prédicat, en logique, c'est facile, ça a l'air des mots abstraits. Le sujet, Dieu, est éternel, prédicat. C'est ce qu'on dit du sujet. Un prêche, c'est la même racine.
1:45:57 Voilà, le prédicat. Hegel insiste beaucoup pour dire que quand on discute du prédicat, il ne faut pas garder le sujet comme un point fixe. C'est une obsession chez lui. C'est très important. Ce point fixe, c'est l'appréhension substantielle. Je m'attarde un peu sur la réponse à cette question de Victor parce qu'elle nous permet de résumer un peu l'essentiel de ce qu'on a vu, le bilan philosophique.
1:46:27 Nous avons, tous, en grammaire à l'école primaire, nos premières acquisitions logiques nous ont été octroyées par l'instituteur Trister. À savoir, c'est quoi le sujet ? Qu'est-ce qu'il disait nous incite ? Oui ? Qui est-ce qui ? Oui, c'est la réponse à la question qui est-ce qui ? Voilà. Ce n'est pas quoi. D'accord. Mais ça y est, on a tout résolu, c'est bon.
1:46:58 Platon a commencé, Pagani a terminé, la philosophie, on peut plus. Mais non, les problèmes commencent. C'est que dans les mots, oui, le sujet, c'est quelqu'un, ce n'est pas quelque chose. C'est ce que je suis en train à dire, c'est qui, c'est pas quoi. Mais dans la réalité, le langage de tous les jours, est-ce que c'est sens propre ou sens figuré ? J'ai failli mettre ce titre à la séance aujourd'hui. Sens propre et sens figuré, ça revient un peu au même. Vous voyez ? Mon exemple est très simple, il y en a qui l'ont déjà entendu, le vent secoue les arbres.
1:47:31 L'institutrice dira, elle dira 20 sur 20, à l'élève qui aura dit, le sujet de secoue, c'est le vent. Qui est-ce qui secoue le vent ? Mais ce n'est pas un sujet. Parce que le vent est aussi peu sujet que les arbres. Il dépend des différences de pression, de chaleur, je m'y perds un peu, de température. Voilà. Il y a les causes du vent. Exactement si les arbres sont ployés, c'est parce qu'il y a le vent. S'il le vent est là, c'est parce qu'il y a eu des différences de température et de pression de l'atmosphère.
1:48:02 Mais oui ! Il n'y a pas, il n'y a pas de causes premières dans la nature. Il n'y a pas de sujet dans la nature, si vous regardez bien. Sauf par métaphore, ce qu'on vient de voir. Mais le langage ne nous prévient pas quand il passe du propre au figuré. Donc, la question est très importante. Donc, je dirais, pour un niveau clair maintenant, je ne veux pas qu'on reste sur une confusion, c'est qu'il faudra bien distinguer la substance du sujet lorsque le sujet croit que tel objet, enfin, parle d'un objet comme s'il était un sujet.
1:48:39 C'est ça. Et je dirais plutôt que la substance, qui a des lettres de noblesse, je dirais le substantiel. D'accord ? L'aliénation, c'est ça. L'aliénation, c'est prendre un objet pour un sujet. Et ça, ça se fait depuis l'aube des temps. Quand un enfant se cogne à un meuble dans la maison et que les parents frappent la table en disant, la méchante, la table, on va la punir. Vous avez vu ça. D'accord ?
1:49:09 Ça inscrit dans la tête de l'enfant à jamais que ce n'est pas un objet, ça. Toi, je te réserve la chaîne, ma chaîne, toi, la table. Vous voyez ? Eh oui, mais c'est important ce qu'on est en train de voir. Vous allez tous avoir des enfants. J'espère pour vous. Pour vos enfants. Donc, ça peut servir. Donc, voilà. Méfiez-vous. Les adjectifs qualificatifs, les attributs, les prédicats, c'est là. Je ne sais pas que tout d'un coup l'idéologie se glisse. Parce qu'on est dans la qualité. Et je te donne la parole tout de suite.
La qualité de la vie et la reconnaissance
1:49:42 Je termine là-dessus. Le déclin de notre époque, je parle quand même, je réagère de droite. Il n'est pas l'extrême droite, c'est la vérité réconservatrice. Le déclin que le temps ne va pas dans le bon sens. Platon est tout, sauf extrême droite. Mais, je ne parle pas comme ça non plus, mais pas comme un type de droite. Je parle du déclin des valeurs progressistes, justement. Ça a commencé quand on a banalisé des notions comme la qualité de la vie. Bon, d'accord, vous avez la moitié du SMIC, mais enfin, quelle qualité de vie ? Vous vivez en Corse, hein ? C'est grave.
1:50:15 J'ai fait un séjour en Corse. Je me rappelle si, syndical, mais si, tu m'as ramené un... Oui. Je l'ai encore, je l'ai mis sur le frigidaire. Bon. On cache la misère là-bas. On ne veut pas montrer qu'il y a de la misère. Et on dit que tout ce qui est négatif, ça vient du continent. Ça vient de l'extérieur, des Arabes, des Français, tout ça. Mais quand on regarde les archives judiciaires, c'est épouvantable. Encore des siècles, voilà.
1:50:46 Donc, méfiez-vous. Pour coincer ce qu'il y a d'idéologique dans un discours, l'endroit le plus vulnérable d'un discours idéologique, c'est ces adjectifs. Qualificatifs, comme on a appris à l'école, c'est précieux. Je rappelle ici que l'origine de la logique, c'est la grammaire. Historiquement, c'est les grammairiens indiens les premiers logiciens. Avant même les grecs. Il y avait des disputes logiques entre grammairiens dans l'Inde ancienne et celui qui avait été convaincu d'avoir tort pouvait se suicider sur place devant le public.
1:51:24 Vous voyez, c'est sérieux. Oui, pardon, Médie. Dernière, parce que je crois qu'il y en a qui ont fait un. C'était la solution, une piste de solution sur la question du langage qui se tient. Sur la question du ? Du langage usuel qui est idéologique. Si il paraît un peu fort. C'était sur la question du langage usuel qui est idéologique de peut-être élever la conscience au-delà de cette idéologie à travers le concept de reconnaissance.
1:52:00 Donc, tu n'as pas parlé ce soir sur le fait que le philosophe et surtout dans le travail hégélien et marxiste de reconnaître ce qu'il y a précisément de contradictoire, d'idéologique sur une manière de nous exprimer. Et voilà, c'était sur l'action. Tout à fait. Très bonne intervention. Simplement, je l'ai cité indirectement sans le nommer quand j'ai rappelé que le langage en est piégé par le langage de tous les jours jusqu'au jour où un Socrate surgit, j'ai bien dit, en posant la question qu'appelles-tu précisément pour faire ce que tu dis ?
1:52:32 Pour dépister les contradictions, etc. Mais, tu as raison, pour reconnaître. Mais c'est bien ton reconnaître. Parce que c'est le re qui est important. Je vais faire un mot quand tu dis « je veux être un autre ». Oui, « je veux être un autre ». Dans cette idéologie, il y a un autre qui n'est pas simplement moi, mais qui est aussi le niveau de conscience du classe sociale, par exemple, qui oriente le discours. Tout à fait. Ce que je veux en venir, c'est qu'on pense qu'on pense par nous-mêmes.
1:53:03 Oui, mon Dieu, on consomme trop, comme tu dis souvent. Oui, je pense être le centre du sujet. Voilà. Alors qu'en fait, nous, et c'est vrai que la notion de sujet, en fait, elle est complexe parce qu'on pense souvent au singulier, alors qu'en fait, c'est l'universel aussi. Et il y a tout ce niveau-là, en fait. Quand Clouscard parle de la subjectivité, c'est toujours ce collectif et c'est le concept qui est un acquis de l'histoire. Tout à fait. Et c'est le concept qui est l'outil pour reconnaître nos déterminations.
1:53:33 Bon, je voudrais bien préciser pour ceux qui nous suivent de loin, parce qu'on n'entend pas ce qui se passe au fond de la salle, souvent, en tout cas, à l'audition de la future vidéo. Je précise pour le direct qu'il s'agit d'une question de Médigène Touffe qui dit très justement que je n'ai pas évoqué ce soir le terme si important au centre de la pensée hégélienne, peut-être le terme le plus hégélien, celui de reconnaissance, n'est-ce pas ?
1:54:05 qui est un qui pourtant est au centre de toute activité du sujet qui consiste à remettre en question les fausses certitudes qui lui sont véhiculées par la langue usuelles, idéologiques. Voilà, on est bien d'accord. Et j'ai répondu à Mehdi que j'en ai parlé indirectement dans la mesure où j'ai dit que le philosophe en général, Socrate en particulier, comme initiateur, comme principe, principiel de la philosophie, au double sens, origine, en même temps, à chaque instant où la philosophie avance, elle se retrempe dans l'initiative socratique qui consiste précisément à ne pas se faire avoir par la langue trouvée, mais à utiliser le dialogue et l'échange précisément pour reconnaître.
1:55:00 J'aime bien, c'est le plus important, c'est le préfixe là-dedans, parce que Platon dit bien toute connaissance est remémoration. À la fin de l'inscription, je m'apercevoir que j'aurais pu le trouver tout seul, bon sens. D'accord ? Mais je ne voulais pas le savoir. Ah ben voilà. Je ne sais pas ce que tu en penses, mais il faudra peut-être un peu pas... Il y a plusieurs questions encore en ligne, on peut les écouter si tu veux. C'est... Est-ce qu'il n'y en a pas qui ont des obligations ? Oui ?
1:55:31 Je suis une petite partie de beaucoup de questions. Non, non, mais je présume que je crois qu'on ne peut pas indéfiniment étendre. Oui, oui, tout à fait. On va faire une séance intermédiaire avant le... C'est dans un mois qu'on reprend la séance en présentiel, mais Pierre-Alain ne va pas me laisser tomber, je ne vais pas le laisser tomber. Et d'ici... D'ici moins de 15 jours maintenant, on vous doit une séance virtuelle. Voilà. Et où je répondrai aux questions que j'ai laissées dans l'ombre ce soir.
1:56:02 Merci à tout le monde. Merci à vous. Merci. Et bon appétit.