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Question du public sur le roman de formation et le télos
1:00 Bonjour Dominique. Bonsoir Philippe. Merci d'être parmi nous ce soir. L'idée c'est de prolonger l'atelier 2 du dimanche 18 avec les questions qui ont été à la fois posées en fin de séance et puis deux autres questions qui ont été envoyées sur YouTube et Facebook. En ligne alors, d'accord. Qui a été en ligne. Alors je vais lire la première question.
1:32 Oui. Je ne sais pas si tout le monde c'est bien lisible mais je passe en même temps le carton à l'antenne. Comme ça, voilà. Et donc je la lis. C'est une question de Raphaël. Je serais intéressé de connaître l'avis de M. Pagani sur un phénomène qui semble réunir en théorie une assez large part des philosophes dont se compose le découpage historique et philosophique qu'il a opéré, à savoir le Bildung roman. On y compte bien sûr l'Émile de Rousseau, auquel le Wilhelm Meister de Goethe semble constituer une réplique bourgeoise, mais aussi la phénoménologie de l'esprit de Hegel, selon le mot d'Hyppolite.
2:12 Et quoique plus lointainement, le « Que faire » de Lénine, dont le titre reprend celui du fameux ouvrage de Tchernychevski, dont la lecture et la relecture auraient joué un rôle de premier plan dans la radicalisation de Lénine. On a d'ailleurs souvent comparé la conception hégéliano-marxiste de l'histoire à la forme du Bildung roman. Ma question est donc la suivante. Outre le concept de devenir qui se loge au cœur même de la forme du Bildung roman, en même temps que de l'esprit révolutionnaire, quelle peut être l'importance du concept de télos, tout aussi central à cette forme littéraire dont l'activité est la mentalité révolutionnaire ?
2:55 Le rêve de Lénine, que vous avez mentionné dans votre exposé, en est pour moi un exemple flagrant. Pourriez-vous élaborer ? Bon, cette question est suffisamment riche en elle-même pour qu'on la sépare de la deuxième, qu'on verra après, dans un deuxième temps. Je suis frappé par plusieurs choses. D'abord, je n'ai aucun titre à évaluer ceux qui me posent des questions, mais je me permets quand même de féliciter Raphaël pour la richesse de sa question.
De l'Émile au Wilhelm Meister : l'ambivalence du Bürger
3:35 Et en même temps, pour le côté documenté et avisé qu'elle exprime dans sa formulation. Je m'explique. On voit qu'il connaît assez bien le dossier, et quand je dis assez bien, c'est pour faire une littote, des références ou des modèles, si on préfère, dans lesquels s'incarne le concept du Bildungs roman. Je rappelle qu'il y a un S à la fin de Bildungs, qui est le S du génitif, c'est-à-dire le roman de formation.
4:12 Les références qu'il emploie lui-même, celles de Rousseau, de l'Émile de Rousseau s'impose, c'est l'exemple quasi fondateur. Si l'on fait abstraction du moins du parallèle que j'ai fait la dernière fois, à propos de la question de notre amie Cécile, qui m'avait interrogé sur le parallèle XVIe-XVIIIe siècle, Renaissance, siècle des Lumières, j'avais déjà montré que dès la Renaissance, dès Rabelais et Montaigne, la formation, l'éducation, la transmission jouaient un rôle central dans la problématique politique, que j'avais résumé par la formule commune à l'idéal de l'humanisme du XVIe siècle et à l'humanisme des Lumières au XVIIIe siècle, à savoir que, dans les deux cas, le pédagogique y est l'antichambre du politique.
5:00 Voilà, ça, je crois que j'avais développé ça la dernière fois, je ne vais pas tourner en rond et y revenir. Je fais simplement référence pour rappeler qu'à un niveau plus moderne, c'est l'Émile de Rousseau qui est fondateur, parce qu'il propose donc de former le futur citoyen du contrat social, finalement, c'est ça l'esprit d'Émile. Mais je vois que Raphaël le fait suivre de ses meilleurs avatars, si je puis dire.
5:31 Je prends avatar au sens des transformations successives de ce modèle. D'abord, le Wilhelm Meister de Goethe, dont il dit très bien que c'est la réplique bourgeoise de l'Émile, dans un sens qui n'est pas nécessairement péjoratif. Tout est dans l'ambiguïté du mot « Bürger » en allemand, qui veut dire d'abord tout simplement « citoyen ». Donc, à la limite, si je prends le mot « Bürger » dans son acception étymologique, il n'y aurait même pas de contradiction entre le Wilhelm Meister et l'Émile de Rousseau, puisque dans les deux cas, il s'agit du citoyen.
6:16 N'est-ce pas ? Le bourgeois veut dire ici « le citoyen », l'habitant du bourg, de la ville, de la cité, de la polis. On retrouve la même ambiguïté, je fais exprès de ne pas la résoudre pour l'instant, je laisse flotter à son ambivalence. On retrouve la même ambivalence dans la notion de « bürgerliche Gesellschaft », cette notion capitale de la philosophie politique, surtout à partir de Hegel, mais une tradition dans la philosophie politique allemande et contemporaine, ce qu'on appelle la société civile.
6:54 On traduit en français l'expression allemande « bürgerliche Gesellschaft », c'est-à-dire littéralement « société bourgeoise », ce qui ne veut pas dire « société réactionnaire » en bourgeoisie, mais « société moderne » de ceux qui habitent dans les villes, et non plus la société patriarcale et archaïque de la campagne. Il faut quand même bien rappeler cette ambivalence des notions. Bien. Et enfin, je suis tout à fait d'accord avec lui, que les prolongations, même en allant jusqu'à Lénine, moi j'avais pris aussi, j'avais ajouté la dernière fois, dans la réponse à la question de Cécile, j'avais ajouté, et même pendant l'atelier, l'éducation sentimentale de Flaubert, où on voit bien la transformation du héros de Frédéric Moreau tout au long du roman, de son romantisme naïf, de son idéalisme naïf, dans la relation amoureuse en particulier, mais pas seulement, au début de l'ouvrage, et de son côté désabusé et quasi libertin à la fin, enfin libertin au sens de déciller.
La téléologie, tabou de la pensée post-moderne
8:05 Donc, il y a ici un matériau très riche et très concret. Mais voilà que, le plus important philosophiquement, c'est la fin de la question de Raphaël. C'est qu'il voit bien, et c'est bien le cas de le dire, de la fin, parce que la fin de sa question porte sur le concept de fin, telos, justement, et la coloration téléologique qu'elle donne au concept de roman de formation, dont, bien sûr, la phénoménologie elle-même, et au dire de Raphaël, et moi, j'ai tout prêt à le valider, à la conception hegeliano-marxiste de l'histoire d'une certaine façon.
8:48 Alors, j'ai abordé, effectivement, la problématique, mais d'une manière plutôt allusive, dans les murs de l'ENS samedi dernier, lorsque j'ai rappelé que la notion de téléologie était devenue une notion quasi répulsive, dissuasive dans la pensée post-moderne, en particulier postérieure au structuralisme, n'est-ce pas, que se réclamer de la téléologie c'était retomber dans les archaïsmes, et bien sûr, ces archaïsmes se ressentant d'une visée totalitaire, puisque, qui dit, finalisme, fait penser au vivant, le vivant, à l'organicité, à la totalité, et la totalité au totalitaire.
9:50 Je vais un peu vite, mais enfin, ce n'est pas bien difficile d'avoir présent à l'esprit tous les milliers de pages qui n'ont cessé de couler depuis les sixties, surtout les seventies, jusqu'à aujourd'hui là-dessus. Le caution important, c'est que c'était devenu presque un tabou d'évoquer une dimension téléologique dans la pensée sans que cela contredise une visée scientifique.
10:21 Voilà, c'était ça, les termes du problème, ou bien on est scientifique, ou bien on est téléologique. Et on comprend mieux, avec cette double oukase, à quel point un certain néopositivisme triomphe à l'heure actuelle. J'insiste sur néo, parce que le néo est toujours plus réactionnaire que le substantif sans le préfixe. Je veux dire, je n'ai rien contre, je ne sais pas moi, contre le classicisme, mais le néoclassicisme, la vogue de la musique baroque, par exemple, au XXe siècle, qui ne fait pas tout à fait pareil, que la richesse incontestée et incontestable de la musique d'un Telemann, d'un Vivaldi, et sans même parler de Bach.
11:05 Donc, voilà, et je rappelle ici que les choses ne se répètent jamais dans l'histoire, sauf sur le mode de la comédie, pour rapprocher une boutade célèbre, dans la marxologie, dans la marxographie même, mais j'insiste sur ce point, si on est téléologique, c'est qu'on est plus scientifique, on est dans l'idéologique, et de préférence dans l'idéologie totalisante, et donc à terme totalitaire.
Le démiurge ivre du Timée
11:45 Or, il y a ici une confusion énorme entre deux téléologies. Le finalisme classique, si je puis dire, alors bien sûr, on est bien obligé de se référer à l'antiquité grecque ici, et encore plus à Aristote qu'à Platon, c'est pas peu dire, quand on lit le Timée de Platon, on voit à quel point le cosmos est l'objet d'un intelligent design, si je devais employer un titre anachronique vocabulaire d'aujourd'hui, mais c'est à peu près ça, quand on voit dans le Timée la construction du monde par le démiurge, enfin la construction, pas la création, nous ne sommes pas dans le monde moderne, chrétien, transcendant, judaïque ou musulman, c'est-à-dire, il n'y a pas un dieu absolu qui crée le monde ex nihilo, en disant que la lumière soit et hop, la lumière fut, non, il y a déjà une matière qui est donnée qui s'appelle chaos, c'est la mythologie, j'en rappelle tout de même, et la construction du monde se réduit, sinon pas à le créer à partir de rien, puisque la matière est déjà là,
12:55 mais elle est sans dessus-dessous, c'est à peu près ça, le regarde chaos, il n'y a ni haut, ni bas, ni gauche, ni droite, mais à l'ordonner, à le mettre en forme, à mettre la matière en forme. Voilà. Et on se rappelle que le démiurge que Platon invoque dans le Timée, qui va être l'agent primordial de cette cosmogonie à la fois métaphysique et humoristique, j'en rie, parce que je rappelle tout de même que, ça vaut le coup de s'attarder une minute, que Platon nous dit qu'à l'origine donc de cet aménagement du chaos qui va donner le cosmos, cosmos veut dire harmonie, le contraire de chaos, le contraire de rhapsodie sans suite, pour prendre une image de Kant, pour cette mise en forme de la matière apportée par le chaos, le démiurge, comment il s'y prend ?
13:52 Il s'y prend en ayant sous les yeux, si je puis dire, bien sûr, c'est les yeux de l'âme, le cosmos noetos, c'est-à-dire l'empyrée du monde des idées. Il contemple les idées, les modèles, les paradigmes et avec, il le compare à un potier, la métaphore est très intéressante, voilà la matière, la terre, la glaise, l'argile qui est donnée et il faut, avec son tour de potier, lui donner une forme, il faut en faire une poterie. Et donc, ici, au lieu de créer le monde ex nihilo, on aménage le chaos, c'est-à-dire on informe la matière, on donne une forme à l'argile.
14:36 Seulement voilà, et c'est là qu'il y a un humour extraordinaire chez Platon, et si j'en parle, ce n'est pas pour faire rire simplement, c'est quand même pour rappeler que Platon n'est pas si bête que ne le croient les antifinalistes, c'est pas ? C'est que le problème, c'est qu'il est un peu bourré au moment où il s'y prend pour mettre en branle son tour de potier. Il a bu un coup. Et Platon nous dit en toutes lettres que le cosmos a été mis en forme par, je cite, un législateur ivre.
15:09 Pompette ! Donc, de temps en temps, ça dérape un peu. Par exemple, il a devant lui l'idée de cercle dans le cosmos noetos, l'idée de cercle, pas les ronds dans l'eau, c'est assez grossier, ou le rond que le mec fait sur le tableau qui est hyper grossier. Non, non. L'idée de cercle qui n'existe que dans l'énoncé du mathématicien, le lieu d'un point équidistant, d'un même point appelé plan, bon, je prends la définition archaïque et classique, même si il reste valable au niveau de géométrie pédagogique. et voilà que comme il est un peu bourré, son tour de potier, glisse un petit peu et son cercle donne un ovale, une ellipse.
15:49 C'est ainsi que le monde qui nous entoure n'est pas conforme au modèle. Il est plein de défauts, de petits approximations. Voilà. Il ressemble au modèle par un certain côté et en même temps, il lui est infidèle. un très riche mythe du Timée qui montre à quel point il y a à la fois identité et différence, conjonction et disjonction entre le cosmos noetos, le monde des idées, et le cosmos aisthêtos, le monde sensible. Bien.
16:19 Voilà, j'arrête là, c'est des références pour rappeler à quel point Platon est finaliste, mais à quel point déjà se glissent dans le finalisme quelque chose qui n'était pas prévu, un mécanisme, quelque chose d'accidentel, la dent du hasard, avait déjà dit parménide avant Socrate. Et quant à Aristote, alors oui, c'est le champion de la téléologie que Hegel et a fortiori les successeurs de Hegel, puisqu'on parle de tradition hegelo-marxiste, récuse absolument, c'est-à-dire le finalisme externe, c'est-à-dire une finalité qui serait déjà dans les choses avant même l'action humaine, instaurée par Dieu, par un Dieu, par les dieux, par l'harmonie divine, que sais-je, par la providence qui fait que certains disent quand même qu'est-ce que la nature est bien faite.
Hegel et la critique de la finalité externe
17:15 Oui, c'est quelque chose qui revient à la mode avec un certain écologisme pour lequel, s'il n'y avait pas l'intervention de l'homme dans la nature, tout fonctionne à merveille. il y a une place pour chaque chose, chaque chose à sa place, tout correspond à une fonction, voilà, et si l'homme était là pour foutre le bim, pour parler comme à l'académie, eh bien, la nature serait une harmonie permanente.
17:45 Or, je lis un passage de la préface de la phénoménologie où Hegel distingue bien précisément ces deux finalités au moment où il réhabilite, car déjà de son temps, il y avait longtemps que ce finalisme-là était non seulement dépassé, mais critiqué et déconstruit avant tout par le mécanisme galiléo-cartésien. Enfin, quand même, les deux siècles qui précèdent pratiquement l'initiative hegelienne sont marqués par le triomphe liés à ce qu'on appelle en histoire la révolution scientifique à partir de la coupure galiléenne ou de la révolution copernicienne, comme on voudra, tout ça est lié, et qu'il faut que on n'explique plus rien par des fins, mais par des lois, et par des lois qui expriment la nature comme un mécanisme aveugle et dans laquelle il n'y a aucun sujet se représentant une fin, poursuivant une fin et quelle qu'elle soit, et c'est même contre ce finalisme d'Aristote que s'est construit la physique qui continue à être celle qu'on enseigne dans nos laboratoires.
18:52 Donc, je lis ce passage. Ce qui a été dit peut encore être exprimé de cette façon. La raison, je rappelle que depuis Kant, la pensée allemande oppose de manière systématique la raison Vernunft, à l'entendement Verstand, donc la raison est l'opération conforme à un but. Voilà ce qui est absent des sciences au sens positiviste du terme, où seul le Verstand est à l'œuvre, ce qui n'empêche absolument pas ces sciences d'être exactes d'ailleurs, mais qui font qu'elles pâtissent dès qu'il s'agit de les appliquer au domaine anthropologique.
19:36 Mais ici, nous sommes dans la raison. La raison est l'opération conforme à un but. L'élévation, et comme il sait très bien que la notion de but a été contredite et réfutée par le mécanisme moderne, il prend soin de préciser l'élévation d'une nature prétendue au-dessus de la pensée méconnue et principalement le bannissement, sous-entendu par Galilée Descartes, le bannissement de toute finalité externe, c'est une finalité qui serait déjà là dans la nature avant l'action humaine, ont jeté le discrédit sur la forme de but en général.
20:19 Il ne s'agit pas de revenir là-dessus. Mais dans le sens dans lequel Aristote détermine la nature comme l'opération conforme à un but, le but est, il rappelle des basiques d'Aristote, l'immédiat, ce qui est en repos, l'immobile qui est lui-même moteur. Ici, Hegel élève ce qui était déplacé à tort dans le domaine physique chez Aristote pour le transporter dans son lieu légitime qui est métaphysique, l'immobile qui est lui-même moteur.
20:57 C'est ça, la fin des fins, chez Aristote, la forme des formes. Ainsi, cet immobile est sujet. L'erreur d'Aristote, c'est un objet qui existait en dehors de nous. L'immobile qui est lui-même moteur. Ainsi, cet immobile est sujet. Sa force de mouvoir prise abstraitement, donc à tort, quand on est un peu Hegel, est l'être pour soi ou la pure négativité. Le résultat est ce qu'est le commencement, parce que le commencement est but. En d'autres termes, l'effectivement réel est son concept, seulement parce que l'immédiat comme but a le soi ou la pure réalité effective en lui-même.
21:39 Donc, je répète, les premiers mots qui sont essentiels, l'élévation d'une nature prétendue au-dessus de la pensée méconnue et principalement le bannissement de toute finalité externe ont jeté le discrédit sous la forme de but en général. Effectivement, quand on regarde la critique qui commence à l'époque de Galilée et qui se développe, bien sûr, puissamment chez Descartes et ses successeurs, pensons au mécanisme qui gouverne la nature et le mécanisme chez Spinoza, par exemple.
Le finalisme antique comme aliénation
22:24 Lorsqu'on regarde cette critique du finalisme antique et principalement celui d'Aristote, on a raison de dire ou plutôt on a tort de le poser comme une simple erreur. Il ne s'agit pas de dire Aristote était idiot et Galilée est intelligent. C'est absolument stupide. Mais il s'agit de voir il y a dans la pensée antique une alienation. Là, je fais exprès de faire un anachronisme, c'est-à-dire ce qui est propre à l'homme est attribué à autre chose que lui, à l'us, à la nature.
23:01 Comme nous sommes entourés d'objets fabriqués qui sont faits en vue d'une fin, et c'est encore plus valable aujourd'hui que jamais avec les machines que l'on construit auxquelles on assigne une fonction. La fonction, c'est un terme pudique pour ne pas dire fin, mais c'est la même chose. C'est ce à quoi sert la chose dont on parle. Comme nous sommes entourés d'objets, il n'y a qu'à regarder dans cette pièce, comme dans toutes les habitations humaines, je veux dire, il y a incomparablement plus d'objets qui ont été conçus, comment il dit, opérations conformes à un but, que des choses dues au hasard et à un mécanisme aveugle comme les coulées de lave sur les pentes du Vésuve ou comme des poussières d'étoiles résultant d'une étoile filante.
23:57 Donc, encore une fois, il y a ici aliénation au sens strict dans la mesure où l'homme finit par voir le monde qui l'entoure, y compris le monde de la nature, sur le modèle de ses propres objets fabriqués, c'est-à-dire obéissant à une finalité. Voilà où est l'aliénation, voilà où est l'erreur. C'est ce qu'on appelle d'une manière courante et vulgaire l'anthropomorphisme. On donne la forme morphê de l'homme, anthropos, à tout ce qui n'est pas l'homme, au cosmos, à la nature, à l'univers, etc.
24:31 Bien. Mais alors, si on garde cette critique à laquelle je ne prétends pas enlever quoi que ce soit, si l'on conserve cette critique et faut être juste, ça veut dire qu'on n'a pas supprimé la finalité. On l'a enlevée de là où elle n'a rien à faire, c'est-à-dire dans l'ordre naturel et on l'a remis dans son lieu d'origine d'où elle était née, c'est-à-dire on l'a restreint au domaine humain. Le domaine anthropologique. De sorte que, pour me résumer, je dirais qu'il y a une espèce, il y a trois étapes dans l'histoire de la pensée à ce niveau-là.
25:09 Il y a le finalisme antique qui est une conception impérialiste de la philosophie. j'assume cette métaphore politique. Pourquoi ? Parce que la philosophie est un petit peu la science des sciences avec sa notion de finalité elle englobe tout le monde humain, le monde naturel, tout y passe. Le système d'Aristote est le plus représentatif de ce que je suis en train de dire. Je n'ai pas besoin d'insister pour dire que c'est un des plus formidables efforts de pensée qu'on n'ait jamais fait.
25:41 je parle ici que de ce qui a été pris à défaut à partir de la révolution scientifique, ça ne veut pas dire que c'est un amas d'âneries loin de là. Au contraire, je suis en train de montrer que les erreurs d'Aristote ont une raison d'être. Il y a tout un champ épistémologique, surtout l'école épistémologique française, qui montre que à la différence d'un Voltaire qui est content de dire la religion c'est des conneries, je ne le dis pas comme ça, il faut être stupide pour croire à ses fariboles, je veux dire la vraie critique de la religion, celle qui seule peut non pas seulement corriger une erreur mais se débarrasser d'une illusion, ce qui est beaucoup plus difficile, c'est celle qui consiste à savoir pourquoi elle a cette force, l'erreur illusion, ce n'est pas n'importe quelle erreur, ce n'est pas 3 plus 5 égale 12 parce que je suis fatigué et qu'une tasse de café suffit à dissiper, mais l'illusion correspond à un intérêt,
26:51 il y a une raison d'être, j'ai intérêt à me tromper, c'est plus confortable de se croire au centre de l'univers que de penser qu'on est un habitant de sa banlieue, voilà, pour parler de la révolution, de l'illusion pré-copernicienne, par exemple. Donc, on n'a pas achevé la compréhension de la science quand on n'a pas fait la philosophie de l'erreur, de l'erreur pré-scientifique qui consiste à attribuer à autre chose qu'au sujet, à aliéner ce qui est propre au sujet et de le transporter dans l'objet qu'on étudie.
27:28 Il y a des milliers d'exemples, je me contente de la révolution copernicienne qui est un exemple emblématique. Et donc, je ne vais pas développer ici tout ce qui est propre à l'illusion, à la différence de l'erreur, le vrai, il n'est pas seulement différent du faux, il en est l'inverse, ce n'est pas exactement comme devant un miroir, ainsi, je croyais être au centre, je suis à la périphérie, voilà, quand on remet les choses en place, c'est un renversement total comme dans un miroir. Mettons-nous devant une glace et on comprendra facilement que rien ne ressemble plus, c'est pour ça que c'est difficile de se débarrasser d'une illusion et pourtant, tout est à l'envers.
28:04 Donc, corriger l'erreur veut dire ici non pas supprimer la finalité, je reviens au centre de mon propos, supprimer le telos, la fin, l'idée de fin comme étant une idée archaïque mais au contraire de dire la fin, ça existe mais seulement dans le monde de celui qui fabrique des objets, dans le monde de l'homme. Dans le monde de la praxis, c'est la praxis qui donne une forme à la matière, qui fait que le cuir, la peau de la chèvre ou de la vache devient sandale.
L'architecte et l'abeille : fin, représentation, signe
28:35 C'est l'exemple que prend Aristote quand il parle de la praxis. ou que l'argile de la nature devient la poterie en passant par le tour du potier pour prendre l'exemple de tout à l'heure. Voilà, mais pour ça, il faut que ce ne soit pas seulement un simple mécanisme aveugle qui fasse tourner le tour du potier mais il faut que ce soit un mouvement conforme à une fin.
29:05 Et effectivement, Raphaël a parfaitement raison de prolonger Hegel par la tradition marxiste puisque Marx, dans un passage non moins célèbre, dit très bien que ce qui distingue immédiatement l'architecte le plus maladroit de la plus habile des abeilles, c'est que l'architecte a sa maison dans la tête, il faut parler familièrement, avant de la construire dans la réalité. il y a une représentation, c'est-à-dire le sujet a dans la tête quelque chose qui n'est pas là, même dialectique, il y a là quelque chose qui n'est pas là, c'est ça une représentation.
29:47 C'est donner une présence à ce qui est absent. Ça ne peut exister que dans le monde de l'homme parce que c'est exactement la définition du signe. Un signe, c'est quelque chose qui permet de donner une présence à ce qui est absent. Et c'est pour ça que le premier signe, séma, ça donne sémantique, sémaphore, le premier signe, c'est le tombeau qui exprime l'absence par excellence. Le premier signe, c'est le tombeau qui se dit en grec soma, c'est un jeu de mots qu'on retrouve depuis Platon jusqu'au monde contemporain, entre séma et soma.
30:23 Un signe, un tombeau. Et du coup, j'en profite pour embrayer sur, tu y as fait allusion quand tu as introduit notre séance de réponse aux questions. Il y a deux questions qui ont été posées à la fin de l'atelier de samedi dernier, de samedi 18, dans les murs de l'ENS, et dont j'ai complètement bâclé la réponse, comme souvent en fin de séance à cause d'une gestion un petit peu borderline, allais-je dire, pardon pour l'emprunt de langue étrangère, du temps imparti.
31:05 Une question qui portait précisément sur le rapport, on me demandait quel rapport y a-t-il entre la médiation et le négatif, et la négativité, et une autre question qui disait, je croyais que Hegel était le philosophe de la liberté, et voilà que j'apprends aujourd'hui, je l'ai entendu à travers l'intervention que je me suis permis de faire samedi dernier, qu'à la base du processus anthropologique, il y a quelque chose de négatif.
31:38 des allusions bien sûr au rôle important que joue la mort dans la dialectique hegelienne. Or, quel rapport avec la notion de fin que je viens ici de restituer au centre du débat, en précisant bien que ce n'est pas une régression à la vieille finalité extérieure et superstitieuse, mais à la fin qui est le propre de l'anthropos. Vous voyez comme c'est cohérent. Aujourd'hui, on essaie de diluer la spécificité humaine dans le monde animal.
Cause-effet et sens-signe : les enjeux politiques
32:13 Ce serait tellement mieux pour le capitalisme de dire que nous sommes toutes des espèces animales en train de nous entre-dévorer. Ce serait tellement mieux et que nous sommes dirigés par des mécanismes aveugles et que c'est bien vain de vouloir instituer un contrat social au milieu de tout ça pour y introduire une démocratie et pour faire un ordre voulu et non pas un chaos subi dans lequel le capitalisme voudrait bien nous replonger. Non, mais parce qu'il y a ça derrière les enjeux de téléologie ou mécanisme.
32:45 Ce n'est pas des problèmes de connaissance seulement. Il y a de grands enjeux. Pourquoi le capitalisme est friand du néo-positivisme ? Je pense à la vogue des sciences cognitives. Ce n'est tout de même pas un hasard. C'est-à-dire qu'on accepte la scientificité dès qu'il s'agit des objets. On accepte la scientificité et la rigueur scientifique celle de l'entendement sans aller jusqu'à la raison au laboratoire. C'est-à-dire lorsqu'il s'agit de voir ce qui régit les choses mais certainement pas ce qui régit les autres, c'est-à-dire les relations entre sujets.
33:17 pour les objets, on veut bien qu'il y ait de la science parce qu'on en a besoin pour avoir une technicité asservissante. Mais on ne veut pas que cette technicité soit gérée démocratiquement par la volonté générale car ce serait passé de l'entendement à la raison et ce serait passé de la société civile capitaliste, n'est-ce pas, à la République. à la chose publique et commune à la fois.
33:48 Voilà, je rappelle ici exprès les enjeux qui sont sous-jacents à cette question de la présence ou de l'absence de la question téléologique dans le débat. Voilà, il ne s'agit pas d'être téléologiste ou d'être anti-téléologique, il s'agit de montrer qu'il y a déformation idéologique et délire lorsqu'on attribue une fin là où il y a un pur mécanisme qui suffit parfaitement à la compréhension des choses, c'est le cas dans les sciences dites dures, les sciences dites de la nature et que dès qu'il s'agit du domaine humain, le couple sens-signe doit prendre le relais sur le couple cause-effet.
34:33 Je ne suis pas en train de dire « doit le remplacer » ce serait l'obscurantisme. Je dis « prendre le relais ». Prendre le relais c'est aussi prolonger. Car je garde le système de la cause et de l'effet qui reste valable y compris pour les êtres que nous sommes. Il est évident que si je dois manger pour vivre on ne voit rien au couple sens-signe. C'est l'effet d'une causalité naturelle qui a la forme Y égale F de l'X comme tout ce qui gouverne les sciences dures dès qu'on veut introduire une législation. Peu importe ici que la fonction soit mécanique ou probabiliste comme dans les quantas.
35:07 Mais ça il y a en moi de l'animalité jusqu'à la fin de ma vie de la cause et de l'effet mais à cela se rajoute bien se greffe à partir du moment où la praxis est intervenue à partir du moment où il y a un animal qui produit le monde dans lequel il vit non pas qu'il arrive comme à pas mal d'animaux et pas seulement aux singes de se servir d'objets qui sont là à titre instrumental pour arriver à une finalité immédiate et naturelle qui est la nourriture.
Instrument et outil ; la fin entre Dieu et le caillou
35:43 Ça c'est pas bien mystérieux. Qu'un singe prenne un caillou pour casser une noix qu'un oiseau ramasse un galet sur la plage ça se vérifie quand on veut un oiseau marin et aille assez haut pardon oui ramasse un coquillage pardon qu'il a envie d'avaler et que pour le briser et avaler l'animal qui a l'intérieur d'un coquille qui monte assez haut pour le faire se briser sur les galets et le manger ensuite ce qu'un oiseau ce qui apparaît encore beaucoup plus sophistiqué parce qu'on dit bien une tête de linotte ou crâne de piaf pour dire qu'il n'y a aucune pensée dans ses tout petits cerveaux c'est un contresens parce que parmi les plus gros rapports de taille de l'encéphale au corps il y a le corbeau et la fourmi par exemple mais enfin je reprends mon oiseau un passereau qui ça peut s'observer couramment casse avec son bec arrache une épine sur une branche pour l'enfoncer dans un trou et piquer un ver qu'il va déguster en le sortant du trou grâce à l'épine ce sont des actes
36:53 extrêmement sophistiqués mais bon sens ce n'est pas du tout des outils ce sont des instruments où est la différence c'est pour ça je recommande au passage l'admirable ouvrage de Trần Đức Thảo au marxiste vietnamien et qui est familier de la phénoménologie d'ailleurs qui a fait un admirable essai sur l'origine de la pensée de la conscience pardon et du langage où il montre très bien la différence par rapport à l'homme qui construit d'abord l'outil lui-même pas l'instrument qui construit l'outil qui ne se contente pas d'utiliser un instrument déjà là mais qui produit un outil qui n'a jamais été là parce que on le reconnaît et c'est ça qui le distingue de tous les instruments qu'on peut trouver dans un donné naturel il a une forme typique comme dit très bien Trần Đức Thảo ainsi on parle de la civilisation des haches tombales sur le parcours qui va de la Méditerranée jusqu'à l'Irlande en passant par la côte atlantique on trouve dans les tumulus des haches qui sont enterrées avec le guerrier ou le défunt peu importe je veux dire qui ont toutes la même forme avec un manche et de même
38:03 voilà de même chez les francs la francisque c'est la hache avec une double lame je veux dire à chaque fois l'outil il y a une mémoire d'une forme qui peut s'incarner dans le bois dans la pierre ça dépend etc mais voilà quand on voit les pointes de flèche c'est encore plus évident moi qui ai été dans le Sahara au Niger en particulier lorsque le vent a dégagé des dunes on voit des milliers de pointes de flèche qui sont toutes faites sur le même modèle si je puis dire et c'est ce côté typique qui suppose qu'il y a dans le cerveau de celui qui a produit ces outils une représentation fixe une forme une eidos le même mot qui donne à la fois forme chez Aristote et l'idée chez Platon donc voilà je veux dire c'est à cette forme que Marx fait allusion quand il dit que l'architecte même le plus mal habile est infiniment au-delà du travail mécanique de l'abeille qui fait sa cellule qui fait une cellule admirable d'ailleurs hexagonale mais dans la mesure où il a sa maison dans la tête avant de la produire dans la réalité voilà comment je réponds à la question
39:13 de Raphaël oui à la téléologie oui à la réhabilitation du concept de fin à condition qu'elle soit inséparable comme une implication au sens mathématique du terme de la notion de sujet et d'un sujet fini c'est là qu'on voit que c'est pas du tout un retour du religieux d'un sujet qui est fini dans l'espace par son corps et dans le temps par la mort je fais allusion à l'homme bien sûr il n'y a que là que la notion de fin a un sens pourquoi ? parce que Dieu ne poursuit aucune fin ce que Spinoza a parfaitement bien vu quand on a tout ce qu'on veut et depuis une éternité puisqu'on est tout puissant et qu'on est éternel je vois pas pourquoi il vous manquerait encore quelque chose au point qu'on ait quelque fin que ce soit à poursuivre donc Dieu ne poursuit aucune fin à l'autre extrême de Dieu à l'extrême opposée le caillou ne poursuit aucune fin c'est le pur mécanisme que le Y égal f de x suffit à expliquer les mouvements du caillou dans l'univers pas avant que que l'homme lui donne s'en sert pour faire un mur par exemple là ça change de sens donc le caillou ne poursuit aucune fin la nature de manière générale avant que l'homme ne la travaille ne poursuit aucune fin Dieu le surnaturel absolu ne produit aucune fin c'est seulement entre les deux
40:23 c'est-à-dire oh oh surprise dans le moyen dans le milieu qu'il y a une fin au lieu d'opposer le moyen et la fin je montre la dialecticité intime des deux notions et la meilleure preuve est que je prends en compte alors l'autre question précisément que je rappelle qui avait été un peu bâclée dans le dernier atelier où on me disait je ne vois pas le rapport entre la médiation et la négativité et l'autre question qui disait je croyais que c'est la liberté qui était au centre de la pensée hegelienne et enfin au centre de son modèle du mouvement historique et voilà qu'on lui dit qu'il y a un négatif qui est à l'origine de tout ça et je voudrais montrer qu'il n'y a absolument aucune contradiction et ici je change de texte je reste dans Hegel mais je change de texte et je lis d'abord alors un texte de la fin de l'intérieur de la fin de Hegel je pense au principe de la philosophie du droit et au paragraphe
La liberté négative et la furie de destruction
41:33 5, 6, 7 il faut à peu près deux pages chacun une page et demie chacun donc c'est pas très long 5, 6, 7 le principe de la philosophie du droit c'est la numérotation pour toutes les traductions et dans lequel j'extrais dans le le le 7 le paragraphe 7 dans la deuxième partie juste d'abord cette phrase qui est à revenir après en arrière les deux premiers moments je saute je reviendrai tout à l'heure les deux premiers moments que la volonté puisse s'abstraire et qu'en même temps elle soit déterminée par elle-même ou par quelque chose d'autre sont facilement accordés et conçus ça veut dire on n'a pas attendu le mot Hegel pour distinguer la volonté indéterminée et au contraire la volonté absolument déterminée sont facilement accordés et conçus parce que chacun pour soi ils sont des moments abstraits sans vérité on voit le mépris de Hegel pour tout ce qui est unilatéral pour tout ce qui est non-dialectique pour toute opposition où chaque terme est pris à part sans relation à l'autre ils sont des moments abstraits sans vérité mais le troisième le vrai
42:43 le spéculatif vous savez dans la dernière partie de l'oeuvre de Hegel le terme dialectique a tendance à s'effacer et à laisser la place à ce spéculatif à se conserver tout en se conservant c'est ce qu'on va voir il n'y a rien de plus dialectique que le spéculatif le spéculatif parenthèse de Hegel et le vrai en tant que conçu ne peut être pensé que spéculativement est-ce que l'entendement alors ce n'est plus la raison se refuse toujours à pénétrer lui qui justement appelle toujours inconcevable le concept c'est une allusion bien sûr à la partie négative du kantisme qui dit que le concept peut tout concevoir sauf l'essentiel c'est-à-dire l'absolu la chose en soi n'est-ce pas donc donc je répète le vrai le spéculatif et le vrai en tant que conçu ne peut être pensé que spéculativement est-ce que l'entendement se refuse toujours à pénétrer lui qui justement appelle toujours inconcevable le concept la démonstration et la discussion de ce cœur de la spéculation alors de quoi il parle voilà on revient aux questions sur la négativité de l'infini comme négativité
43:53 qui se rapporte à soi je veux bien utiliser une notion très contemporaine d'auto-destroy mais ce ne serait pas tout à fait trahir ce que dit Hegel parce que la négativité qui se rapporte à soi si on regarde bien c'est pas très loin la démonstration et la discussion de ce cœur de la spéculation de l'infini comme négativité qui se rapporte à soi de cette source dernière de toute activité de toute vie et de toute conscience la démonstration donc appartient à la logique comme philosophie purement spéculative autrement dit si vous voulez en savoir plus il faut se référer à ma grande logique et à ma démonstration je montre ici la solidité de ce passage pour montrer l'importance de ce que signifie la négativité ici c'est la négativité qui se rapporte à soi or toujours dans cette même série les paragraphes 5, 6, 7 et il étudie la volonté très rapidement enfin rapidement lui pas rapidement mais je le résume très rapidement il en a besoin pour établir le droit bien sûr la philosophie du droit et comme je l'ai souvent répété je ne vais pas trop m'attarder mais il y a un premier moment
45:03 qui développe qui est la volonté abstraite la volonté typique du monde moderne derrière où le moi se détermine comme n'ayant aucune détermination le moi se détermine négativement je ne suis ni ceci ni celui-là je ne suis ni un français ni un homme qui vous dit monsieur je suis un homme on a vu ça récemment ça fait le tour des écrans je ne suis pas un sexe je ne suis pas une nation je ne suis pas une identité quelle qu'elle soit le moi abstrait je pense à Rimbaud qui dit dans la saison en enfer si j'avais un antécédent en quelques points de l'histoire de France mais non rien voilà la pure indétermination le moi se saisit négativement c'est-à-dire en s'opposant à tout ce qui n'est pas lui ce qui est très profond il faut passer par là même si c'est très dangereux de dire ici c'est ce qu'on va voir donc voilà comment il y a l'extrême ici la volonté contient l'élément de la pure indétermination ou de la pure réflexion du moi en lui-même dans laquelle s'évanouissent toutes limitations faisons parler les mots limitation finitude terminaison détermination délimitation
46:13 définition tout ça va ensemble si on refuse une détermination on est dans l'indéterminé et donc dans l'infini ou l'indéfini comme on voudra l'élément de la pure indétermination ou de la pure réflexion du moi en lui-même dans laquelle s'évanouissent toutes limitations tout contenu fourni et déterminé soit immédiatement par la nature je suis un garçon je suis une fille je suis de race blanche jaune ou verte on s'en fout les besoins les désirs et les instincts toutes ces déterminations naturelles soit par quelque intermédiaire donc par la culture par l'histoire par la famille par le langage peu importe donc en tout cas c'est le refus de toutes ces déterminations-là qui caractérise ce premier moment de la volonté deux points l'infinité illimitée donc ça va avec l'indéterminé de l'abstraction je fais abstraction de tout ce qui est déterminé pour me poser moi-même l'infinité illimitée de l'abstraction et de la généralité absolue la pure pensée de soi-même la pure pensée de soi-même point ce qui suit est une remarque je fais une allusion ici un petit peu ironique à l'époque des chemins de Katmandou dans les sixties il y avait des tas de jeunes gens
47:26 qui arpentaient donc les chemins du Népal parce que le monde des jeunes d'ailleurs qui répétaient sur des plages je ne sais pas en faisant en prenant la pose du lotus qui répétaient la syllabe sacrée om comme ça je ne sais pas bref pour arriver à l'indéterminé à l'atman qui correspond exactement à cette conception absolument infinie mais au sens indéfinie du moi caractérisé par l'absence de toute détermination remarque que je saute sans doute l'aspect de la volonté définie ici cette possibilité absolue de m'abstraire de toute détermination où je me trouve ou bien où je me suis placé cette fuite devant tout contenu comme devant une restriction dès qu'on me donne le contenu ça me limite qui vous dit monsieur que je suis un homme qui vous dit je suis français qui vous dit bref est ce à quoi la volonté se détermine c'est souvent on dit mais pourquoi vous mettez une étiquette ne suis-je pas au-delà de toute étiquette c'est ce que la représentation pose pour soi sous-entendu commune pose pour soi comme liberté et ce n'est ainsi que et c'est Hegel
48:36 qui corrige la liberté négative ou liberté de l'entendement négative parce qu'elle ne s'obtient que par la négation de tout ce qui n'est pas elle et il commente c'est la liberté du vide je faisais allusion tout à l'heure au nirvana vous voyez à l'instant je veux dire c'est la liberté du vide elle peut se manifester sous une figure réelle et devenir une passion alors si elle reste simplement théorique c'est le fanatisme de la pure contemplation hindoue vous voyez j'étais pas loin si elle se tourne vers l'action et là il y a un extraordinaire passage où il anticipe même le plus grand génocide du monde moderne qui a eu lieu en culture bouddhique c'est quand même extraordinaire je pense aux Khmers rouges c'est si elle se tourne vers l'action c'est en politique comme en religion le fanatisme de la destruction de tout ordre social existant et l'excommunication de tout individu suspect de vouloir un ordre et l'anéantissement de toute organisation voulant se faire jour si jamais quelqu'un a exprimé dans ses pures déterminations logiques ce qui malheureusement donne un sens et donne donc une possibilité
49:46 d'existence à ce qu'il y a de pire dans le totalitarisme moderne c'est bien Hegel dans ce passage ce n'est qu'en détruisant que cette volonté négative a le sentiment de son existence même le simple sentiment pour se sentir exister a le besoin de détruire ce qui est je l'ai illustré dans mon dernier atelier avec les avatars extraordinaires de ce conte de Rimbaud c'est une magnifique illumination de moins d'une page que je recommande de lire et qui s'appelle dans les illuminations tout simplement conte c'est O-N-T-E elle pense qu'elle veut un état positif par exemple l'état de l'égalité universelle vous voyez qu'on n'est pas loin des Khmers rouges ou de la vie religieuse universelle ça peut être n'importe quel fondamentalisme catholique protestant musulman peut être ou la vie religieuse universelle mais en fait elle n'en veut pas de la réalité positive car celle-ci introduit aussitôt un ordre quelconque qui va faire la vaisselle par exemple il y aura toujours bien sûr les femmes comme dit Clouscard capitalisme de la séduction même dans la maison de campagne il y a les braves filles subjuguées qui font le ménage pour tout le monde je refais ma parenthèse mais en fait elle n'en veut pas la réalité positive car celle-ci introduit aussitôt un ordre quelconque une détermination singulière aussi bien des institutions
Le langage, négation de la chose
50:57 que des individus alors que c'est en niant ses spécifications et ses déterminations objectives que précisément la liberté négative devient consciente de soi ainsi et il résume d'une manière saisissante les enjeux politiques qu'il y a derrière ces problématiques apparemment théoriques ainsi ce qu'elle croit vouloir ne peut être pour soi c'est-à-dire dans sa tête à elle qu'une représentation abstraite et ses réalisations n'être qu'une furie de destruction bien alors c'est là qu'on voit l'importance je parle au lieu de ce moi abstrait immédiat qui se rapporte immédiatement lui-même de passer par l'importance de la médiation et ici puisque j'ai parlé pas mal des trois moments de la médiation la dernière fois la mémoire le langage et l'outil je n'ai suffisamment parlé enfin suffisamment on n'en parle jamais assez en termes de praxis de l'outil mais à propos même au niveau du langage on ne voyait pas en quoi la médiation implique pardon oui la médiation implique la négativité et la suppression
52:07 mais regardez ce que Hegel dit dans l'autre première philosophie de l'esprit celle de 1803 je montre ici la couverture c'est toujours chez les PUF la collection Épiméthée toujours traduit par Planty-Bonjour ici lorsqu'il arrive au moment où la conscience accède au langage dans sa genèse logique il dit tout d'abord le langage ne parle qu'avec ce soi qu'avec la signification de la chose il donne un nom à la chose et exprime ce nom comme l'être de l'objet et Hegel étudiant qui vient de passer quand même c'est tout frais encore quelques années l'apprentissage de la théologie avec ses condisciples Schelling et Hölderlin se rappelle bien qu'il est dit dans la genèse de l'Ancien Testament Dieu a donné à Adam le privilège de nommer les créatures donc il retient ici le langage effectivement la fonction de dénomination ceci est un arbre ceci est un oiseau et ainsi de suite bon le langage ne parle qu'avec ce soi qu'avec la signification de la chose
53:17 il donne un nom à la chose et exprime ce nom comme l'être de l'objet qu'est-ce ? nous répondons c'est c'est souligné dans le texte le est c'est un lion un âne etc cela est c'est-à-dire dit Hegel ce n'est absolument pas quelque chose qui a une couleur jaune comme le lion réel qui est donc supprimé c'est ce qu'on voit ici la négativité des pattes et ainsi de suite ce n'est pas du tout ça c'est un être autonome propre c'est un nom souligné un son S-O-N souligné un son les vibrations dans l'air on est bien loin de l'objet de la zoologie c'est un nom un son de ma voix quelque chose de tout autre que ce qu'il est dans l'intuition sous-entendu empirique et tel est son être vrai c'est seulement son nom la chose elle-même est quelque chose d'autre cela veut dire que nous retombons alors dans la représentation sensible donc et il le dit il fait l'allusion telle est la première faculté créatrice qui exerce l'esprit Adam a donné un nom à toute chose c'est le droit de majesté et la première appropriation de la nature entière ou l'acte de créer
54:27 cette nature à partir de l'esprit Logos est raison essence des choses et discours je rappelle ici en parallèle à ce texte que je viens de lire qu'on retrouve cette fonction de anéantissante à l'égard de la réalité empirique qu'opère le langage dans le champ freudien et ce qui fait qu'on passe d'un monde extérieur laissons-le à la physique c'est pas ma spécialité le monde des objets au monde des sujets qui communiquent entre eux par le langage et ce monde-là pour le comprendre il faut laisser je répète on ne répétera jamais assez il faut laisser le couple cause-effet non pas parce qu'il est déficient mais parce que ce n'est pas son champ d'application il faut le laisser au monde de la nature le couple cause-effet au monde de la matière naturelle mais ici on a de la matière symbolique et donc il faut y appliquer le couple sens-signe si on veut s'y retrouver voilà essentiellement
55:37 comment je répondrai ici aux deux questions de la dernière fois et je tiens à la je vais peut-être faire un petit complément sur la mort puisque la question qui m'avait été posée en fin de séance a l'air de ne pas comprendre comment la mort pouvait avoir cette fonction décisive vis-à-vis d'une philosophie de la liberté or je prends toujours dans le même ouvrage la philosophie de l'esprit d'Iéna de 1803 je passe au passage où je reviens en arrière mais un passage que je n'ai pas lu je vais dire en arrière à un stade antérieur au langage où la conscience a déjà l'imagination et la mémoire mais pas encore les mots et donc elle est dans la nuit de la représentation pourquoi je et c'est lui qui dit la nuit pourquoi parce que voilà regardez je vois le livre ici ça c'est pas la nuit c'est le monde de la lumière ici c'est la lumière électrique mais ça peut être la lumière du soleil la lumière du jour c'est le monde la réalité empirique
« L'homme est cette nuit »
56:48 mais si je ferme les yeux maintenant et que je me représente le livre j'ai bien une image d'accord mais elle est dans ma nuit intérieure ça n'a plus rien à voir avec le livre dans l'extériorité matérielle cette image je lis maintenant vous allez voir le rapport avec la mort cette image appartient à l'esprit il est en possession de celle-ci il en est le maître l'image est conservée dans le trésor de l'esprit dans la nuit c'est souligné le mot nuit est souligné je demande maintenant que l'on compte combien de fois le mot nuit va apparaître dans les lignes que je vais lire dans un auteur comme Hegel qui est connu par une de ses phrases les plus célèbres qui est ironique à l'égard des romantiques et de l'absolu de Schelling lorsqu'il dit qu'il ne faut pas confondre l'absolu avec la nuit où toutes les vaches sont noires c'est important de voir qu'ils ne se débarrassent pas de la nuit d'un revers de main non plus donc je reprends cette image appartient à l'esprit il est en possession de celle-ci il en est le maître l'image est conservée dans le trésor de l'esprit dans la nuit de l'esprit elle est inconsciente
57:58 c'est souligné dans le texte ça n'empêche pas tu sais de nous faire croire qu'il a fallu attendre la psychanalyse pour découvrir la notion d'inconscient du continent inconscient que Freud ait apporté des choses qu'on n'aurait même pas soupçonné avant lui c'est clair et c'est certainement pas ce concept seulement d'inconscient il y a autre chose il y a du contenu chez Freud il n'y a pas que de la forme donc cette image est inconsciente c'est-à-dire qu'elle n'a pas à être exposée comme objet devant la représentation comme le livre que je vois avec mes yeux l'homme est cette nuit alors oui il ne dit plus l'homme est dans la nuit l'homme est cette nuit la dernière fois à l'ENS j'ai dit l'homme n'effectue pas seulement des médiations il est médiation or que dit Hegel ici l'homme est cette nuit il faut passer par la médiation du monde intérieur celui je dis à la nuit parce que c'est le monde auquel j'accède en fermant les yeux je peux fermer les yeux et même ça ne m'empêche pas non seulement d'écouter la musique ça me l'a fait écouter des fois dans d'excellentes conditions pour sentir certains parfums pour les éprouver
59:09 pour écouter une musique et pour bien des activités intérieures c'est pas du tout une réduction de fermer les yeux l'homme est cette nuit ce néant vide vous voyez la négation ici ce néant vide puisque j'ai supprimé tout ce qui est extérieur qui contient tout dans la simplicité de cette nuit troisième fois l'homme est cette nuit ce néant vide qui contient tout dans la simplicité de cette nuit une richesse de représentation d'images infiniment multiples dont aucune précisément ne lui vient à l'esprit ou qui ne sont pas en tant que présentes c'est la nuit quatrième fois l'intérieur de la nature qui existe ici sous-entendu dans la représentation interne qui existe ici pure soi dans la représentation fantasmagorique il faut prendre ici fantasma au sens étymologique de production d'images c'est la nuit cinquième fois tout autour c'est la nuit tout autour ici surgit alors passage étrange subitement une tête ensanglantée là une autre silhouette blanche étrange alternance rouge et blanc et elles disparaissent
1:00:19 de même c'est cette nuit qu'on découvre c'est le point culminant de ce texte lorsqu'on regarde un homme dans les yeux on plonge son regard dans une nuit sixième fois qui devient effroyable c'est souligné c'est la nuit septième fois du monde qui s'avance ici à la rencontre de chacun je restitue ce texte étonnant qui est dans la première philosophie de l'esprit de 1803 un ensemble de textes que qu'on a connu tardivement puisque Hegel ne les a pas publiés on l'a trouvé dans ses manuscrits bien tardivement donc voilà c'est quand même capital de voir ici qu'il a fallu passer par l'anéantissement du monde donné pour arriver à cet être je pense ici à l'homme qui ressuscite de cette mort au monde dans un monde produit par lui l'homme à un côté raton laveur je dis ça parce que c'est une image parce que le raton laveur il ne peut pas manger quelque chose qu'il ait d'abord trempé dans l'eau et laver l'homme ne consomme que ce qu'il produit
L'homme ne consomme que ce qu'il produit
1:01:29 il faut l'homme l'objet du désir humain doit porter la marque d'une activité humaine et c'est ainsi que là où l'animal mange cru l'homme mange cuit il faut que la nourriture elle-même porte la marque d'une transformation d'une production c'est pas un hasard si Lévi-Strauss utilise ce titre le cru et le cuit pour instaurer la coupure entre nature et ce qu'il appelle la culture et qu'en tant qu'hégéliano-marxiste je préfère appeler histoire même si pour l'instant ça remplit la même fonction c'est-à-dire faire surgir un monde qu'il ne faut surtout pas confondre celui de la nature dans la culture bororo dans la culture des indiens d'Amazonie c'est le jaguar qui initie l'homme à la création du feu à la fabrication du feu de la flamme alors que dans la nature c'est par excellence l'animal qui mange cru je vois et voilà que c'est lui qui a appris la cuisson à l'homme dans la mythologie des Bororo voilà je voulais juste rappeler ici que
1:02:39 il a fallu que l'anéantissement de l'intérêt pour l'homme dans la vie immédiate dès l'instant que l'homme prend conscience de la finitude du monde qui l'environne de sa limitation dans le temps sa donnée naturelle perd tout intérêt et donc il n'est pas étonnant que toute son action s'investisse dans une finalité autre que celle qui est dictée par la seule législation naturelle du besoin manger pour vivre boire quand on a soif reproduire l'espèce tout ça est capital d'accord mais manger entre convives à certaines heures ici avec des baguettes là-bas avec des fourchettes ailleurs avec les trois doigts dans la main droite je veux dire à chaque fois avec une adjonction de quelque chose qui est strictement inutile du point de vue purement physiologique et naturel qui n'ajoute rien à la fonction naturelle mais qui est essentiel pour l'homme même au point que c'est à cela qu'on reconnaît qu'on a affaire à des humains c'est quand il y a ce que le patronat serait capable de taxer de superflu je fais allusion ici à la notion sordide de le minimum vital n'est-ce pas le minimum vital
1:03:49 l'homme des cavernes l'a déjà dépassé quand il peint sur les cavernes voilà donc merci pour cette question sur la fin la fin ici c'est tout le contraire de la fin la fin c'est un moyen de ne jamais se retrouver avec une fin déterminée c'est une fin infinie comme la pointe du clocher de la cathédrale ou du minaret voilà Dominique il y a une petite question enfin une grosse question même parmi les commentaires des personnes qui nous font la gentillesse de suivre ce petit programme oui bonsoir il y a une question de Patrick qui te demande en résumé le contraire de la mort pour Hegel c'est la liberté point d'interrogation ça rejoint la dernière question qui avait été posée à l'école normale le contraire c'est pas un contraire logique je veux dire pour surmonter la perte totale
Question : la liberté est-elle le contraire de la mort ? L'argent
1:04:59 de goût à la vie qu'engendre la pensée de la mort c'est plutôt ça qu'il faut comprendre vous savez moi pourquoi je prends la métaphore du goût c'est pas un hasard je vais dire je fais des textes précis de Hegel que je vais citer tout de suite mais je commence quand même par l'enjeu général pour que ce soit clair je veux dire pour ne pas rester dans l'absence d'intérêt total comme le monde une fois conséquent et mortel la négativité la médiation produit un autre monde il faut comprendre que la technologie depuis les premiers galets éclatés jusqu'à aujourd'hui n'a pas pour but de satisfaire des besoins naturels sinon il y a longtemps qu'on serait resté à un certain stade néandertal se nourrissait très bien c'était le plus grand chasseur qu'on ait vu dans l'histoire humaine n'est pas c'est pas la nourriture qui lui manquait mais c'est que derrière la technologie il y a autre chose que l'utilitarisme et oui la pensée anglo-saxonne domine le monde il faut de temps en temps comprendre que la vérité du pudding ne se limite pas
1:06:09 au fait qu'on le mange pour paraphraser un célèbre proverbe anglais n'est-ce pas donc c'est pour surmonter le désintérêt total que nous aurions pour l'être dans lequel nous sommes plongés à la pensée de la mort qu'un autre monde se produit qu'on poursuit d'autres fins qui ne sont pas nécessaires du point de vue vital du point de vue biologique et donc c'est pourquoi je réponds ici très précisément par le fait que se fixer une fin indéterminée ou le fait qu'aucune fin déterminée n'étant vraiment satisfaisante ce que j'illustre encore une fois par l'illumination de Rimbaud commentée la dernière fois qui le montre très bien et le fait je fais une parenthèse ici sur l'argent sur l'argent le fiduciaire je commence par une citation de Mallarmé qui insiste sur la double médiation Mallarmé était un des rares poètes qui avait une grande culture philosophique et qui connaissait bien
1:07:19 Hegel Mallarmé dit dans Variations sur un sujet ceci est sur Wikisource parler n'a rapport aux choses que commercialement à la rigueur attention il y a un stop passe-moi le sel bon commercialement il peut arriver que parler a un rapport aux choses mais sous-entendu dans les neuf dixièmes des vraies occasions où il y a échange de paroles entre les hommes c'est pas seulement pour ça j'arrête ma voix off je reprends Mallarmé parler n'a rapport aux choses que commercialement encore sous-entendu si c'était que ça qu'il suffirait de mettre en silence dans la main d'autrui une pièce de monnaie génial parallèle fait par Mallarmé entre deux formes de médiation entre les hommes deux formes de l'échange la monnaie et le langage voilà je reviens maintenant à Hegel mais on n'était vraiment pas loin le fait que que l'argent ait une telle importance dans l'histoire humaine en général depuis la plus haute antiquité banal de dire qu'on court toujours à la fortune que l'argent en langage plus familier
1:08:29 dans les bars de banlieue on dira il y a que les thunes qui comptent etc bon peu importe c'est des idées familières on peut discuter on peut dire c'est la santé et parmi les choses qui reviennent tout le temps parmi les choses qui sont censées subjuguer toutes les autres valeurs souvent la richesse or on peut observer ici ce que Hegel dit de l'argent dans la première philosophie de l'esprit de 1805 c'est la forme générale du désir alors pourquoi j'insiste là parce qu'on ne voit pas le côté le côté affriolant qu'il y a dans cette définition c'est justement parce que c'est la forme générale donc indéterminée ce n'est pas un désir particulier lorsque j'ai eu mon salaire j'ai l'argent dans la poche je ne sais pas encore ce que je vais en faire mais j'ai une espèce d'hubris en sortant sur le trottoir parce que j'ai la possibilité je sais que j'ai la possibilité si j'ai envie je ne sais pas de me taper un repas dans un restaurant d'aller faire un voyage d'acheter la musique qui me plaît le plus je sais que j'en ai mais rien de tout cela n'est encore déterminé ni précisé et si l'argent nous rend fou c'est à nous nous il vaut pour tous
1:09:39 pour chacun pour personne peu importe ici mais si l'argent a une telle importance et si récurrent c'est précisément parce qu'il vient satisfaire quelque chose de fondamental chez l'homme qui est de ne jamais pouvoir répondre avec précision à la question au fait tu veux quoi ce serait bien de pouvoir répondre immédiatement là et pourquoi tu prends le métro parce que je vais au lycée pourquoi tu vas au lycée parce que je dois passer mon bac et pourquoi je passe mon bac pour avoir un boulot et pourquoi tu veux un boulot pour avoir de la thune et qu'est-ce que tu vas faire avec la thune et bien là je ne sais plus et puis est-ce que j'ai envie de savoir après tout quand on dit aux Africains je terminerai là-dessus mon chapitre sur l'argent ma parenthèse lorsqu'on dit aux Africains francophones je parle c'est surtout ceux-là que je connais au fait est-ce que l'argent fait le bonheur qu'est-ce que tu en penses Mamadou vous savez ce que Mamadou répond cette réponse magnifique on n'a jamais fait mieux il faut me donner d'abord je te dirai après pour vraiment en avoir l'argent pour poser la question donne-moi d'abord je te dirai après d'accord mais voilà mais une fois que tu as l'argent tu sais que
1:10:49 tu n'as toujours pas déterminé ce que tu vas en faire voilà bien donc je laisse ici cette autre forme de la médiation qu'est l'argent n'est-ce pas qui est un milieu intermédiaire entre mon désir et sa satisfaction comme ce que très bien dit Mallarmé parler parler et échanger de la monnaie sont deux actes de médiation et et voilà comment je crois répondre à la question je veux bien me répondre me reposer la question parce que je voudrais bien savoir si si j'ai répondu à moitié ou à la totalité la question Patrick tu remercies déjà pour la réponse la réponse la question c'était le contraire de la mort pour Hegel c'est la liberté pour l'interrogation oui mais à condition que cette liberté il est bien clair qu'elle est toujours en puissance et que ce n'est pas une liberté qu'on a ou qu'on n'a pas comme a très bien dit un intervenant lors de la dernière fois il faut passer de la liberté à la libération à chaque fois que j'agis c'est là qu'on voit le lien entre la mort la praxis la liberté cette fois j'ai les trois termes d'accord pour pas que la mort
Ruse de la raison, fadeur et travail du négatif
1:12:00 me détruise je passe je fais un détour par la praxis Hegel le fameux concept hegelien de ruse de la raison de ruse la ruse c'est toujours un détour je vais y revenir de ruse de la raison Hegel dans ses premières œuvres où il emploie cette expression c'est toujours au moment où il conçoit l'outil l'instrument l'outil au sens marxiste l'outil l'outil qui sert à produire à la production matérielle donc encore une fois pour ne pas se laisser terrasser par l'idée de la mort non pas simplement que ça va me foudroyer mais encore pire et c'est là que je reviendrai tout à l'heure j'y viens maintenant il y a une nouvelle valeur qui apparaît chez Hegel c'est le contraire de la fadeur du fade jusqu'à Hegel l'essentiel c'est le vrai et le faux c'est le grand couple de la recherche de la vérité et les post-modernes croient qu'il faut attendre Nietzsche pour dire que c'est peut-être pas le plus important que c'est les valeurs qui sont importantes vous savez que dans un passage célèbre de Par-delà bien et mal Nietzsche dit ah là là les philosophes ils nous font croire
1:13:10 qu'ils sont peut-être pas d'accord entre eux pour les moyens d'être en quête de la vérité par où il faut passer ils sont peut-être pas d'accord sur la route qu'il faut suivre mais ils sont tous d'accord pour nous faire croire qu'ils cherchent la vérité et pourquoi ce serait une valeur, dit Nietzsche il a raison de poser la question et pourquoi pourquoi on aurait tellement intérêt à savoir la vérité est-ce que c'est pas peut-être une plus grande valeur que de se fabriquer un non vrai de ne pas savoir la vérité et Nietzsche de nous raconter le mythe de Marsyas ce faune qui avait été euh ce ce joueur de flûte qui avait été qu'il avait poursuivi un faune pour pendant toute une journée dans les fourrés pour lui demander le secret de notre existence parce que les faunes sont un peu demi-divins donc Marsyas le joueur de flûte voulait savoir et le faune se retourner à un moment donné il a dit malheureux tu veux savoir le secret de notre existence le plus grand bien que peut avoir l'homme dans cette vie c'est de mourir et si il ne peut pas avoir ce bien euh s'il est obligé de naître et bien qu'il meurt aussitôt après c'est très pessimiste d'accord
1:14:21 et voilà donc il y a une autre valeur que Hegel connaît bien bien avant Nietzsche qui est ce n'est pas le vrai qui est la valeur suprême ici mais c'est ce qui empêche la vie d'être fade vous voyez comme je reviens à l'histoire de la mort car à partir du moment où il y a la mort la répétition ce que font les lions moi je n'ai jamais vu j'en ai vu des lions en Afrique dans les réserves de faunes je n'ai jamais vu un qui ne roupillait pas chaque fois que j'en ai vu un il est en train de roupiller ça veut dire qu'il n'y a pas plus répétitif qu'une vie de lion j'aime dire du lion par la métonymie de l'animal en général mais voilà quoi hein temps en temps il ouvre un oeil comme ça parce que tout d'un coup l'instinct le réveille il faut quand même manger vraiment quand même donc il regarde ah mais ça va les femelles sont en train de s'occuper de ça c'est bon je veux dire hop je re-roupille puis la nourriture arrive un petit grognement pour écarter tout le monde les petits les femelles ils mangent et ils se rendorment nous on trouve déjà que c'est long qu'on passe 33 ans de notre vie à dormir enfin un tiers de notre vie à dormir le lion ça doit être 90% quoi hein je veux dire de sa vie mais voilà l'homme ne peut pas vivre comme ça quand tu as l'idée de la mort dans le coeur je veux dire qu'il ne peut pas se faire à cette répétition
1:15:31 qui font que les abeilles j'ai pris l'exemple des abeilles du Japon les nôtres celles de Californie qui ont le même mode de vie depuis les millions d'années voilà on se rend compte il y a la différence qu'il y a entre les modes de vie de l'homme sur un million d'années entre je ne sais pas moi entre le monde de Néandertal le monde romain le monde médiéval et le nôtre par exemple pour aller très vite donc pourquoi je dis ça parce que Hegel dit dans la préface de la phénoménologie la vie de Dieu et celle de l'esprit peut donc si l'on veut vous voyez pour Hegel c'est même plus important être exprimé comme un jeu de l'amour avec soi-même donc là il donnerait raison à Schopenhauer pourquoi pas mais cette idée c'est là qu'il ajoute s'abaisse à l'édification voire jusqu'à la fadeur vous voyez je parlais du fadeur lorsqu'il manque le sérieux la douleur la patience et le travail du négatif de l'histoire citation capitale peut-être que le vrai est que l'esprit est toujours en colloque avec lui-même mais c'est une idée qui est fade lorsqu'elle manque de contenu et ce contenu
Le détour de l'être fini : Hölderlin, Proust, la rose dans la croix
1:16:41 l'homme se le donne par un immense détour j'insiste et j'ai dit tout à l'heure et j'achèverai là-dessus que j'y reviendrai la ruse suppose toujours une courbe un tropos tropisme un détour car si je suis tout-puissant comme Dieu je ne vois pas pourquoi je vais me fatiguer à faire un détour si j'ai la toute-puissance je vais directement à ce qui m'intéresse il n'y a rien qui m'en empêche la ruse et les théologiens le savent très bien Rimbaud avait déjà dit que la théologie est sérieuse les théologiens savent que c'est le diable qui le rusait c'est parce qu'il n'est pas le tout-puissant il est un peu moins puissant que Dieu ce n'est pas un manichéisme c'est pas un christianisme qui doit être obligé pour avoir notre âme c'est ça qui l'intéresse le diable vous le savez bien de s'y prendre par la ruse de nous séduire avec des bling bling de faire le capitalisme de la séduction pour prendre le titre n'est-ce pas un titre qui me tient à cœur comme vous le savez donc faire un détour suppose un être qui n'est pas tout-puissant c'est ça l'homme il fait un détour par la technè par l'outil par la praxis mais ce détour en même temps c'est ce détour
1:17:51 qui fait dire à Hölderlin les dieux ne peuvent pas tout car les hommes avant eux atteignent l'abîme ainsi avec eux donc avec nous avec nous avec nous tous l'écho change car il est long le temps mais il survient le vrai ainsi s'est produit un monde je finirai par une illustration si je le prends à l'envers maintenant pour comprendre tout ce que ce détour a apporté parce qu'il y en a qui pourraient dire quand même c'est beaucoup accordé à une ruse à un détour est-ce que c'est pas mieux un monde naturel regarder comme la nature est belle en confondant nature et paysage mais ça je reviendrai le trimestre suivant je cite un passage de la recherche du temps perdu de Proust un passage où il surprend le regard il est encore timide il est adolescent il donne jamais tout à fait son âge à un narrateur il surprend le regard d'une des jeunes filles qu'il a aperçues sur la jetée et il est trop timide pour lui adresser la parole elle est sur un vélo ce qui est très moderne pour l'époque et elle le regarde et tout d'un coup il a cette réflexion je cite si nous pensions que les yeux d'une telle fille
1:19:01 ne sont qu'une brillante rondelle de mica bref si c'était une fille virtuelle comme on dit maintenant l'homme bionique si vous voulez une fille qui serait une apparence de fille faite parfaitement reconstituée par une image vous savez c'est tout à fait votre génération on peut faire beaucoup mieux maintenant que les automates de l'époque de Descartes bon et bien si nous pensions que ses yeux ne sont qu'une brillante rondelle de mica nous ne serions pas avides d'unir à nous sa vie ne la désirions pas quoi mais il dit au contraire de cela sous-entendu nous sentons que ce qui luit du verbe luire donc là il ne parle même pas de la composition matérielle de l'œil mais de l'éclat qu'il y a dedans donc de ce qui vient de l'intérieur mais nous sentons que ce qui luit à travers je cite ce disque réfléchissant je je fais suivre le texte de Hegel succès à mort qu'on voit quand on regarde un homme dans les yeux je fais suivre maintenant d'un surcroît de vie dans l'éclat de l'œil de cette jeune fille un éclat que je compare à celui qu'il y a sur la lèvre de la jeune fille à la perle de Vermeer pour prendre un tableau bien connu de chacun
1:20:11 et que je souhaite en tout cas qu'il soit connu de chacun et de chacune donc ce même éclat nous sentons que ce qui luit dans ce disque réfléchissant c'est virgule inconnues de nous et là commence le sujet renversé les noires ombres de ces idées les noires ombres des idées que cet être se fait par rapport aux gens qui l'intéressent la pièce dans laquelle elle va entrer les projets qu'elle a formés ou qu'on a formés pour elle le casino la pâtisserie dans laquelle elle rentre la pelouse des hippodromes dans lesquelles elle va aux courses bref c'est toute sa vie qui m'inspirait un désir infini limité et douloureux parce que je le sentais irréalisable qu'est-ce qu'il cite tout ce que l'histoire a produit un peu des hippodromes par qui s'écrit le casino le monde dans lequel elle va rentrer nous savons bien au fond et c'est pour ça que j'ai beaucoup d'admiration j'en ai fait allusion la dernière fois aux amours de midinette n'est-ce pas que je le filet est-ce qu'on parle de ces jeunes filles avec un certain mépris parce qu'elles ne sont pas aussi cultivées que celles qui vont écouter les bavardages de Philippe Sollers ou autres
1:21:21 salons littéraires et bien moi je trouve que c'est admirable parce qu'elles ont bien conscience qu'il y a tous ces enjeux-là et elles ne voudraient pas qu'on retire tout l'artifice et tout ce qui est produit par la praxis de leur vie quotidienne parce que les pauvres avec le peu de salaire qu'on leur donne et le travail extenuant qu'elles sont assignées il ne leur resterait pas grand-chose voilà je ne peux pas rendre plus bel hommage à ce que l'homme a fait pour surmonter la mort c'est une bonne nouvelle je ne suis pas en train de paralyser l'homme avec l'idée hegelienne de la mort au contraire et Hegel certainement pas Hegel dit bien dans la préface à la philosophie du droit que la vraie connaissance donne une réconciliation beaucoup plus chaleureuse concevoir la raison ce sera ma conclusion c'est une citation de Hegel dans la philosophie du droit concevoir la raison comme la rose dans la croix du présent et la raison ruse voilà merci beaucoup Dominique merci rappelle-moi le nom alors c'était Patrick pour la dernière question merci Raphaël et Patrick voilà on peut terminer pour se dire
1:22:31 que l'atelier numéro 3 on ne sait pas encore la date parce qu'il y a toujours des petites incertitudes sur la salle oui je crois que on ne prendra pas ma connaissance seulement les tout premiers jours de décembre d'accord ok on communiquera je fais de la structure donc on ne peut pas le savoir ok de toute façon on dira tout ça sur Facebook à tout le monde dès qu'on aura la date et bien écoute merci beaucoup et puis merci à vous qui nous ont suivi et aux commentaires je te transmettrai Dominique tous les commentaires qui ont été édités merci ils sont les bienvenus y compris les commentaires négatifs ça fait avancer merci