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Le massacre des Innocents et la négation de la nature
1:00 Je crois que nous sommes en direct. Je suis ravi de vous retrouver en direct. Et surtout pour cette dernière séance 2023. Vous avez vu le carton, il n'a pas l'air très gai pour une période de Noël, mais c'est l'occasion de vous rappeler, avant d'arriver à des choses pratiques que nous allons mettre au point, C'est le moment de rappeler que juste avant la naissance que célèbre la fête de Noël, il y a l'épouvantable massacre des innocents.
1:56 C'est pour ça que j'ai tenu à ce que dans le carton que Pierre-Alain a superbement monté, il y ait outre l'image générique de ce cycle qui est le temps dévorant ses enfants, mais ça c'est la réflexion sur la dialectique, sur la négativité et sur le fait de s'affirmer par une auto-négation, si je puis dire. Bon, il y en a qui croient que je parle chinois, là c'est très simple, n'est-ce pas ?
2:32 La nature me détruit, la nature me force à mourir. Je dis ça parce qu'il y en a qui croient encore que c'est la nature qui nous fait vivre. Alors c'est sûr que seul le vivant est mortel, il n'y a pas de vie sans la nature, mais la vie c'est mortel. Et donc, je suis en train de dire quoi ? Je dis que pour ne pas être à l'origine, je parle quand l'humanité était balbutiante, en train d'essayer de sortir de la gangue de la naturalité à peine, n'est-ce pas ?
3:07 C'est un peu ce que les mythologies se représentent par des représentations, justement. Par exemple, pour le pléonasme de formes humaines se dégageant d'un corps animal, comme le sphinx par exemple, vous voyez qu'il y a une tête humaine sortant d'un corps de lion, comme le centaure, vous voyez, qui a un buste d'homme avec un arrière-train de cheval, comme on voudra, voire de bovidé. Et j'en passe, et puis, il y a le serpent à plumes des Indiens, d'Amérique latine, des Aztèques et des Mayas, qui a un corps de serpent et une tête anthropoïde, si je puis dire.
3:57 Mais à ce niveau-là, je veux dire, il fallait, pour ne pas que l'homme soit nié, je reviens toujours à la négativité, c'est pour vous montrer que j'avais l'air d'être abstrait, mais que c'est très concret, pour ne pas que l'homme vous mettez supprimé à la place de nier, et c'est simple, pour ne pas être supprimé par la faim, par la soif, par la violence, par la violence physique ici, puisque je parle de la nature, par la sécheresse, au contraire, par l'inondation, le développement de la praxis, de la techné, comme vous voulez, de la technique, galet éclaté, passage de la pierre taillée à la pierre polie, puis à la métallurgie, c'est une manière de nier, de supprimer, la suppression que la nature aurait exercée si on n'avait pas ses forces de résistance. Donc vous voyez, pour que l'homme s'affirme,
5:07 il faut qu'il opère une double négation, enfin il faut qu'il opère une négation contre la négation que la nature exerce à son égard. Tous les jours, la faim revient, par exemple, et si je ne nourris pas, je disparais. C'est la famine, Dieu sait s'il y en a eu dans l'histoire. Voilà. Vous voyez que négation, négation, ce n'est pas seulement abstrait, c'est très concret.
5:37 La manière la plus simple de la voir, ou de l'énoncer plutôt, et donc de la retenir, dans sa mémoire verbale, c'est de rappeler que pour qu'il y ait un champ, il faut qu'une forêt disparaisse, ou qu'un marécage soit asséché, drainé. Vous voyez, il faut bien la suppression de l'un pour l'apparition de l'autre. Pour qu'il y ait ce merveilleux paysage, je le dis souvent, chapelle romane au milieu d'un champ de blé, ou à la limite d'un champ de blé et de la forêt, il faut en supprimer des choses, il en faut du travail.
6:16 Voilà. Et ce travail consiste à nier ce qui était là naturellement au départ, mais ce qui était là au départ était une négation de moi-même, de nous-mêmes. N'oublions pas. N'oublions pas qu'à sa naissance, l'homme est plutôt handicapé par rapport aux autres espèces animales, je ne vais pas revenir sur sa prématuration générique, etc. Comme je vais y revenir, je dis etc. non pas pour accélérer et laisser la chose dans la confusion, mais parce que je vais y revenir au contraire, pratiquement tout de suite.
6:55 Mais auparavant, nous sommes à la veille des fêtes, et je vais m'attarder assez longuement sur la célébration de Noël, pour être dans le calendrier tout de même, et auparavant, les fêtes, surtout Noël, les cadeaux, les cadeaux, les dons, je pense à la cagnotte Clouscard, c'est le moment où jamais je ne m'adresse pas à ceux qui ont été très généreux, très généreux, je vais dire à l'échelle de leurs revenus, et je les en remercie, mais il faut qu'on arrive au cap qu'on s'est fixé, qui tourne autour d'à peu près 10 000 euros.
7:44 Mais il faut qu'on y arrive, et pour l'instant on s'en rapproche, mais on a encore un bon gap à franchir, donc pardon de commencer pratiquement par là, mais n'oubliez pas, je crois que, ah ben oui, je vois que Péralin a mis le lien, où il faut envoyer les virements, pour la traduction de Clouscard, les paiements, voilà, et j'ai le plaisir de vous annoncer, et j'ai le plaisir d'apprendre, et de vous annoncer, et de vous transmettre ce que j'ai appris, à savoir que notre camarade, ami et éditeur, Aymeric Monville, compte faire à son tour, comme je l'avais fait initialement, un teaser, je crois que c'est comme ça qu'on dit en français, pour encourager ceux qui, surtout pour ceux qui sont nouvellement agrégés, nous sommes ravis qu'il y en ait de plus en plus à notre association, pour les motiver,
8:54 dans le sens de cette participation, à la cagnotte, qui doit, nous devons atteindre un montant minimum pour payer le traducteur en anglais, désolé, Michel Clouscard, non pas, parce que nous visons seulement le marché américain ou anglais, mais le marché mondial, il est bien évident, je l'ai déjà dit, qu'un étudiant chinois ou nigérien, ou chinois, s'il parle une langue étrangère en dehors de sa langue maternelle, c'est en général, en toute probabilité, d'abord l'anglais, donc c'est une extension considérable.
Pas de contradiction interne sans intériorité
9:42 Voilà. Je vous remercie de ne pas l'oublier. Donc, j'en arrive à, je vais finir un peu en queue de poisson la dernière fois, j'avais, comme il m'arrivait là, c'est trop souvent, débordé un petit peu, le temps est parti et je ne voulais pas sacrifier les questions, donc j'ai terminé un peu, de manière un peu brusque au moment, et j'ai sacrifié, c'est pour ça que je vais commencer par eux, deux textes qui vont nous ramener à cette diversité antagonique qu'il y a à l'intérieur du sujet, le sujet de vous, de moi, de lui, d'elle, de chacun, chacune et chacun d'entre nous, comme sujet.
10:33 Il n'y a pas de contradiction interne en dehors de l'homme, puisque il n'y a pas un conflit entre la montagne et les précipitations de pluie, de neige, de glace et de sable qui érodent la montagne, ces quatre facteurs qui érodent, les fameux tafonis, les trous, ça veut dire en italien, qui a encore, c'est l'intérieur, du granit, sont faits par la conjugaison de la force du vent et des milliers de grains de sable.
11:13 Mais ce n'est pas un conflit où quand la mer attaque la falaise de Calguerre dans le pays de Caux, en Normandie, ou en Picardie, je veux dire, il n'y a pas un conflit entre la mer et la falaise. C'est nous qui en faisons un conflit en personnifiant la falaise et en personnifiant la mer. Mais la falaise ne se bat pas. Elle ne lutte pas contre elle. D'accord ? C'est un rapport purement physique.
11:45 Et je rappelle ici qu'il peut y avoir des oppositions si l'on veut, si l'on y tient entre le flot marin et la solidité calcaire de la falaise. Mais quand je parle de sujet, je parle de contradiction interne. Pour que la contradiction soit interne, encore faut-il qu'il y ait une intériorité n'attribuer pas des pensées à la falaise ni à la mer en furie.
12:20 Voilà. Personnifiant tant qu'on veut au niveau poétique, au niveau de la métaphore, bien sûr, il n'est pas du tout interdit de dire que le vent secoue les arbres comme vraiment, comme s'il y avait quelqu'un qui secoue l'arbre, comme un prunier, justement, comme on dit. Mais laissant la poésie et si on reste strictement au plan de la physique, qui est la seule manière scientifique de parler de la nature, je joue sur le mot exprès, physis, ça veut dire la nature en grec. Phousis, exactement.
12:50 Il y a un verbe qui veut dire croître, vous voyez déjà les grecs. Vous ne pouvez pas s'empêcher de voir tout d'une manière organique, même la moniaque ou les galaxies, les étoiles, tout ça, c'est phuô, croître, d'où vient Phousis. Donc, pour illustrer, comme c'est une des parties les plus difficiles de la philosophie et la plus éminemment dialectique, la contradiction interne au cœur de la notion dialectique, j'en saisis cette occasion de répondre à notre ami Laurent Melito, qui se trouve pas loin de la frontière espagnole, dans le Pays Basque, pour lui dire, je n'ai pas oublié la question qu'il a laissée en forme de commentaire, ou le commentaire en forme de question plutôt lors de ma dernière intervention, où il dit après tout c'est quoi exactement la dialectique.
13:59 Il a raison de reposer la question d'une manière fondamentale parce que c'est pour ça que je m'attarde un petit peu dans cette notion de contradiction interne. Et comme c'est très abstrait, et pour ne pas fatiguer les esprits, j'énonce d'abord d'une manière abstraite, comme je viens de le faire à plusieurs reprises, en disant contradiction interne, contradiction à l'intérieur du sujet, ce qui suppose une intériorité, mais tout ça demande un petit peu une réflexion auquel on n'est pas spontanément habitué.
14:37 Et c'est pourquoi je vais compenser cette abstraction par des illustrations on ne peut plus concrètes grâce aux plus grands créateurs, je parle en matière de textes, qui ont su justement exprimer ces antagonismes, ces contradictions internes propres au sujet que nous sommes. d'une manière beaucoup plus parlante, beaucoup plus imagée.
Le Parnasse et la lecture de « La Beauté »
15:07 Et je commence donc par les deux textes que j'avais inscrits la dernière fois, les deux textes du même auteur, de Baudelaire, n'est-ce pas, et dont vous allez voir qu'ils expriment deux moments non seulement différents, mais opposés, pour illustrer mon propos. Alors, je commence par le premier. Alors, je dis tout de suite que ce n'est pas le Baudelaire que je préfère. Enfin, c'est oiseux ce que j'aime, ce qui compte, c'est Baudelaire, ici.
15:39 Je vous ai déjà dit que quand quelqu'un dit « Oh, moi, je ne sais pas, je n'aime pas Mozart », il ne m'apprend rien sur Mozart, il m'apprend sur lui. Il parle de lui. Il croit qu'il parle de Mozart. Par contre, s'il me dit qu'il préfère dans Mozart les quatuors aux œuvres symphoniques ou l'inverse, je veux dire, là, déjà, il parle un peu moins de lui, il parle déjà plus de la musique de Mozart. Il faut savoir sortir de soi, quand on veut être objectif par définition.
16:15 Donc, quand je dis que ce n'est pas celui que je préfère, c'est parce que c'est celui qui est, en un mot, dans l'histoire littéraire, ce n'est pas notre domaine, donc je passe un peu vite, mais littéraire, on la comprendra facilement, c'est celui qui, c'est le cas de ce poème, illustre l'idéal parnassien. Le Parnasse, c'est l'école poétique qui succède vers le milieu du 19e siècle, donc vers les années fin des années 40, 50, qui succède et qui est une réaction contre le romantisme qui commence à passer de mode, je l'ai dit plusieurs fois, donc je ne m'attarde pas, vers le milieu du 19e siècle.
16:57 il y a des noms comme Banville, comme Théophile Gautier, Théophile Gautier, qui était un pote, si je puis dire, on dirait aujourd'hui de Nerval, ils étaient dans le même bahut au lycée Charlemagne, sur le faubourg Saint-Antoine, tout près de la Bastille, voilà, Théophile Gautier, n'oublions pas que les fleurs du mal de Baudelaire sont dédiées au magicien ès lettres, je cite la dédicace, enfin, la boutade que Baudelaire a mis au début de son volume, n'est-ce pas, au magicien ès lettres, au poète impeccable, c'est Baudelaire qui dit ça de Gautier, et impeccable, c'est exactement ça, le Parnasse, par réaction contre les romantiques qui, pris dans leur passion et dans leur intériorité et leur subjectivité, il leur arrivait des fois, un peu trop souvent, de négliger la perfection formelle, le côté un peu objectif du poème.
17:57 Regardez un titre de Gautier comme « Émaux et Camées », émaux, le pluriel d'émail. Alors, on n'est pas dans les rêveries et dans la fumée et dans les larmes. Émaux, les émaux, c'est dur, ça a une forme bien déterminée, l'émail, Émaux et Camées, c'est un terme de bijouterie. C'est ça, le Parnasse, je ne veux pas trop m'attarder, mais pourquoi ? Pourquoi bavarder alors que Baudelaire le dit si bien ? Le poème s'appelle « La beauté » et on va voir qu'il y a une autre beauté baudelairienne qu'on verra après qui est beaucoup plus, je vous le dis tout de suite, musicale que plastique, mais ici, restons au côté parnassien, au côté plastique de la beauté et vous allez voir tout de suite qu'il va être plus question de statue, n'est-ce pas, que de mélodie.
18:46 Regardez, « La beauté parle, je suis belle ô mortels comme un rêve de pierre. » Vous voyez, je n'interprète jamais parce que tout ce que je viens de dire, je ne fais qu'énoncer ce que dit le texte. « Je suis belle ô mortels comme un rêve de pierre. » et mon sein, où chacun s'est meurtri tour à tour sur un sein de pierre.
19:17 Je vous prie de m'excuser, c'est de ma faute, j'ai oublié de couper mon téléphone. Allô, chers amis, chers camarades, je suis en plein direct, je suis désolé, mais tu peux me rappeler à l'heure que tu veux, à partir de 23 heures, voilà. Mais à tout à l'heure. Je vous prie de m'excuser pour cet incident, mais de l'autre côté, comme c'est la personne qui m'invite pour Noël en Bretagne et je pars demain matin le rejoindre aux aurores, ben oui, il me semble des fois que je suis plus bousculé qu'avant ma retraite, des fois.
19:55 Mais c'est une bousculade que je vous dois et j'en suis bien content, n'est-ce pas ? Et c'est une bousculade qui me manque beaucoup lorsque j'en suis privé. Encore une fois, je vous demande pardon pour cette petite parenthèse, la beauté parle et tout de suite, vous voyez, elle est. On disait souvent au Parnasse qu'il était marmoréen. Marmoréen, marmor, c'est le marbre en latin, n'est-ce pas ?
20:26 Voilà. Donc, ça veut dire, de toute façon, les formes sont bien délimitées. Vous devinez, là, l'opposition qui va venir. Le déterminer, et oui, c'est notre sujet. Le dé, fini, terminé. Le déterminer, le défini, ce qu'est un contour bien net. On n'est pas dans, vous voyez, Turner, Monet, l'impressionnisme, les contours, on ne sait plus où la mer finit, où le ciel commence. Non, non, on est, dans ce qui est bien clair et distinct, on aurait dit, sous la plume de Descartes.
21:04 Or, l'avantage, c'est ça, c'est que les choses sont impeccablement dessinées. Par contre, qui dit marbre, c'est un peu froid. C'est un peu froid. n'est-ce pas ? Donc, voilà, je ne fais pas un cours de littérature, mais je reviens, je redonne la parole à la beauté que Baudelaire fait parler. Je suis belle, ô mortels comme un rêve de pierre, et mon sein, où chacun s'est meurtri tour à tour, image, de tous ceux qui essayent de produire de la beauté, des artistes, n'est-ce pas, qui sont dans un challenge permanent, je continue à parler français, un challenge permanent pour produire de la beauté sans jamais y arriver comme il le souhaiterait, donc mon sein, où chacun s'est meurtri tour à tour, est fait pour inspirer au poète.
21:59 Prenons-le au sens général, ça peut être un peintre, un musicien, un créateur, un poète vient de poiein, un verbe grec qui veut dire créer, est fait pour inspirer au poète un amour, regardez bien, éternel et muet, on n'est pas en musique là, éternel et muet, ainsi que la matière, rêve de pierre, éternel et muet, matière, on n'est pas dans le mouvement, on n'est pas dans la dialectique.
22:29 Je ferai une petite remarque à l'intention de Laurent Melito, je n'oublie pas sa question, lorsque je ferai un bilan un peu plus abstrait, qui nous sera facilité par ces superbes métaphores baudelairiennes, après ce poème et avant d'attaquer l'autre. Je trône dans l'azur, un trône, ce n'est pas pour courir ou pour somnoler, c'est pour y rester immobile et attentif. Je trône dans l'azur comme un sphinx incompris.
23:02 Je unis un cœur de neige à la blancheur des cygnes, le froid, la neige, le blanc. Je hais le mouvement qui déplace les lignes. On ne peut pas être plus parnassien que ce vers. Et jamais je ne pleure et jamais je ne ris. Le romantisme, il est terminé là. Le romantisme, ça rit ou ça pleure, c'est toujours dans le sentiment. On n'est que là, il y a une espèce d'impavidité, comme on dit en français, n'est-ce pas ? Presque d'insensibilité au profit de la perfection formelle.
23:35 Et jamais je ne pleure et jamais je ne ris. Les poètes, devant mes grandes attitudes, que j'ai l'air d'emprunter aux plus fiers monuments, de nouveau la métaphore plastique, on était dans la sculpture et là carrément presque l'architecture, les monuments, dans ce qui ne bouge pas. Les poètes, devant mes grandes attitudes, que j'ai l'air d'emprunter aux plus fiers monuments, consumeront leurs jours en d'austères études, car j'ai pour fasciner ces dociles amants, les poètes, n'est-ce pas, de purs miroirs qui font toutes choses plus belles, mes yeux, mes larges yeux, aux clartés éternelles.
« Harmonie du soir » : la musique comme mouvement
24:18 Voilà. Antithèse, maintenant. Le même Baudelaire. Alors, c'était La beauté, Je suis belle au mortel comme un rêve de pierre. C'était le premier vers. Et là, dès le titre, on est en musique. Dès le titre, on est dans le mouvement. Parce que ce n'est pas n'importe quelle harmonie. Parce qu'il peut y avoir un accord, vous voyez, je ne sais pas moi. Il résonne, il ne bouge pas.
24:54 Je le fais le même. J'égrène des notes, mais qui résonne l'accord. Je ne change pas, je ne sais pas. Là, je change d'accord. Non, non. Là, c'est Harmonie du soir. Or, le soir, ce n'est pas midi ou minuit. C'est le passage du jour à la nuit.
25:27 Ah, ben voilà. Là, on est dans le mouvement. À double titre. Parce que c'est musical. Et que la musique, à chaque instant, dès que vous entendez un son, on est dans le temps. Sinon, comment voulez-vous ? Si le son ne durait pas, ne fût-ce qu'une milliseconde, comment pourriez-vous l'entendre ? Il faut qu'il continue, qu'il se reproduise. Autrement dit, qu'il se supprime. La voilà, ma négation. Il faut que le son, à l'instant T1, supprime, à l'instant T2, supprime le son qu'avait à l'instant T1.
26:04 Le son qui reste. Si je lève le doigt du clavier, le son s'arrête. Et tant que je le laisse appuyer, ou si j'utilise la pédale, si vous voulez, pour que mes deux mains soient occupées, s'entendent. N'est-ce pas ? Si le son se prolonge, et qu'on continue à l'entendre, c'est qu'à chaque instant du présent, il chasse le son passé. On est loin de la statue, là.
26:34 Allez, ce n'est qu'un début, vous allez voir que ça va être de plus en plus musical. Voici venir les temps où, vibrant, il y a une vibration, on est passé du statique au dynamique, voici venir les temps, où, vibrant, sur sa tige, chaque fleur, une fleur, c'est plastique, ça a une forme, ah oui, non, mais regardez, chaque fleur s'évapore, à peine la fleur apparaît, elle s'évapore dans son parfum.
27:04 Chaque fleur s'évapore, ainsi qu'un encensoir. Un encensoir, vous savez, dans les églises, c'est l'objet par lequel on diffuse l'odeur énivrante de l'encens. Baudelaire joue énormément sur les parfums. Les parfums, allez attraper un parfum, une statue, vous pouvez la toucher, un bâtiment, vous pouvez le cadrer, le dessiner. N'est-ce pas ? Qui montrera du doigt une odeur désiril que dans un poème, n'est-ce pas ?
27:34 Ou le goût, quand vous avez très soif et que vous ouvrez une orange et que vous buvez son jus à la première seconde. Comment saisir cette saveur qui s'échappe presque aussitôt qu'elle est là ? Voici venir les temps où vibrant sur sa tige, chaque fleur s'évapore, ainsi qu'un encensoir. Ça ne donne pas grand-chose à voir, il y a le mot fleur, mais on n'en a pas dit si c'est une tulipe, une rose, ce qui compte, c'est son arôme, chaque fleur s'évapore, ainsi qu'un encensoir.
Une logique des qualités sensibles : parfums et éros
28:10 Or, l'odeur, je rends hommage ici à Caroline Champion, vous savez, qui a joué un grand rôle au début de notre, de nos interventions et de l'association, qui a fait de superbes recherches, elle s'occupe surtout, elle, des saveurs, et non pas les odeurs. Mais quel est le point commun entre les saveurs, les odeurs, et la musique, puisqu'on est parti de là, c'est que ce sont trois arts, l'art des saveurs, c'est la cuisine, l'art des odeurs, c'est les nez, la cosmétique, tout ce que vous voulez, les grands parfumeurs, et bien sûr, la musique.
28:59 quel est leur point commun ? C'est que ils ne perdent pas leur efficacité, l'impression qu'elles font sur nous lorsqu'on ferme les yeux, et lorsqu'on fait l'impasse sur le monde extérieur, sur le monde extérieur visuel, parce que par contre, les parfums, ils viennent de l'extérieur. Ah ça, c'est intéressant. Ce sont des sensations, par métaphore, on dira nocturnes, parce qu'on peut fermer les yeux, et passer dans la nuit intérieure, vous sentez venir le texte de Hegel, tout à l'heure, la nuit du monde qui s'avance à la rencontre de chacun, je ferme les yeux, d'ailleurs souvent, quand il y a un plat exquis, il y en a qui font « Ah ça, il y a longtemps que je n'avais pas goûté ça ».
29:48 Mais instantanément, les yeux se ferment, ou un parfum, dans un autre, Baudelaire a beaucoup creusé cette histoire de parfum. Je m'attarde un peu pour vous entraîner à la logique des choses, pas la logique abstraite, des mots, des raisonnements, mais la logique des sensations. Lévi-Strauss a dit lui-même qu'il entendait « réhabiliter » ce qui avait été mis de côté dans la logique d'Aristote, de la logique, on ne peut plus classique, qui est importante, mais qui est une logique des concepts, des jugements, mais pas une logique des odeurs, des sons, des parfums, c'est une logique, dit Lévi-Strauss, des qualités sensibles, de ce qui vient par les sens.
30:38 Une logique des qualités sensibles. La logique traditionnelle n'accorde pas d'importance à ce qu'on appelle les qualités secondes, d'une manière un peu péjorative, trop fugaces, trop évanescentes, comme ça, et contingentes pour faire l'objet de l'austère logique. Alors, pour vous persuader du contraire, qu'il y ait une logique des qualités sensibles, c'est que, je disais, Baudelaire, la référence au parfum joue un très grand rôle de tout manuel de littérature.
31:13 Vous trouverez ça sur une étude baudelérienne. Jouant un rôle particulièrement important, comme jamais auparavant, disons, dans la poésie de Baudelaire. Comme rarement ou quasiment jamais auparavant. Or, Freud, vous voyez, quand je vous dis qu'il y a une logique, je passe à tout à fait autre chose. Freud qui n'est pas un poète. Mais Freud s'attarde lui aussi sur l'odeur, sur les parfums. Et il remarque que l'odorat est beaucoup moins développé chez l'homme que chez le chien, chez le chat, chez le fauve, plein d'autres animaux.
31:58 Et Freud le met en relation avec le refoulement de la pulsion sexuelle chez l'homme. C'est quand on voit le rôle que joue l'odeur dans la sexualité des mammifères. Vous voyez, comme je vous apprends à voir qu'il y a une logique des qualités sensibles. et quand on voit ce qu'on appelle en psychanalyse la sublimation, c'est-à-dire ce qui est interdit, je peux quand même en jouir par un tour de passe-passe, c'est-à-dire de le convertir en quelque chose qui fait que ça passe.
32:33 ainsi, l'odeur, la pulsion proprement érotique va être convertie dans des milliers d'années de l'art de la cosmétique. Vous lisez les textes mais les plus anciens, les textes égyptiens, vous voyez qu'il y avait déjà une culture des parfums, de l'encens. Pourquoi les régions du sud de l'Arabie qui étaient un peu plus arrosé que maintenant ?
33:05 Qui étaient moins torrides et en particulier le Yémen qui défraient la chronique depuis que les Houthis, pardon pour cette parenthèse, mais j'ai commencé par le massacre des innocents. Il y a beaucoup d'innocents qui sont massacrés par les temps qui courent. Ça rarement arrêtait dans l'histoire mais vraiment ça rarement aussi atteint une telle insupportabilité. Et oui, les Houthis habitent or le Yémen faisait partie de ce qu'on appelait dans l'Antiquité l'Arabie heureuse.
33:49 Elle était riche parce qu'elle vivait et j'y reviens avant tout de la culture et de l'exportation et des caravanes qui transportaient l'encens qui était leur marchandise, leur pétrole si vous voulez, leur richesse. Voilà. Quand je dis que je fais cette navette entre Baudelaire et Freud, Baudelaire, lui, voit très bien, pas avec la même rigueur que Freud, mais il voit très bien de manière intuitive le rapport qu'il y a entre l'éros et le parfum.
34:23 « Comme d'autres sur la musique, mon âme, ô bien-aimé, nage sur tes parfums. » Vous voyez, par exemple. Et un autre, un autre poème dans les Fleurs du Mal qui s'appelle « Le parfum » je vous en dis le début, vous allez voir comme ça glisse de l'odorat à l'éros. « Lecteur » c'est le texte de Baudelaire. « Lecteur, as-tu quelquefois respiré avec ivresse et lente gourmandise ? On croit qu'il mange ?
34:54 Non, non, respirer. Ce grain d'encens qui remplit une église ou d'un sachet le musc invétéré. Le musc c'est cette substance odorante qu'on extrait des glandes de certains mammifères de la famille des mustélidés et les civettes etc. et que vous retrouvez chez les coiffeurs à la base de plein de parfums. Et pendant longtemps c'était avant tout chez les coiffeurs.
35:31 Lecteur, as-tu respiré avec ivresse et lente gourmandise ce grain d'encens qui remplit une église ou d'un sachet le musc invétéré ? Alors, on dirait, oui, on voit bien son ivresse et parfum et les roses. Charme profond et magique dont nous grise dans le présent le passé restauré. Tout Proust, une génération avant est déjà là. Le passé restauré, le temps perdu est retrouvé grâce à un parfum.
36:04 Charme profond et magique dont nous grise dans le présent le passé restauré. ainsi l'amant on y vient sur un corps adoré du souvenir cueille la fleur exquise. Vous voyez, bon, Freud a creusé ça et a bien vu que la fascination pour l'art des cosmétiques dans le développement de la culture dans tous les sens du terme et depuis la plus haute antiquité est une forme de sublimation d'odeur qui était peut-être moins exquise à l'origine.
Le pantoum, la partition et le soleil qui se fige
36:47 Je reviens au texte après cette longue parenthèse olfactive chaque fleur s'évapore ainsi qu'un encensoir les sons et les parfums n'oublions pas on l'a vu que les sons et les parfums qu'on ait les yeux ouverts ou fermés et à fortiori si on les a fermés on ne les goûte pas moins et même plutôt plus les sons et les parfums tournent dans l'air du soir valse mélancolique et langoureux vertige chaque fleur s'évapore ainsi qu'un encensoir chaque strophe reprend un vers de la strophe précédente c'est une tradition extra-européenne qui vient une tradition de la poésie malaise de Malaisie et ce genre de poème s'appelle un pantoum quand on retrouve un vers récurrent chaque fleur s'évapore ainsi qu'un encensoir le violon de la dominante olfactive on passe à la dominante sonore le violon frémit tout à l'heure la fleur vibrer sur sa tige ici le violon frémit
37:57 oui tous ces mouvements qui sont bien loin de la statue de marbre le violon frémit comme un coeur qu'on afflige valse mélancolique et langoureux vertige le ciel est triste et beau comme un grand reposoir le violon frémit comme un coeur qu'on afflige non non je ne suis pas snob quand je dis le violon c'est pour qu'il y ait bien de douze pieds c'est pour respecter la musique qui joue ici un rôle essentiel le violon frémit comme un coeur qu'on afflige un coeur tendre qui hait le néant vaste et noir vous voyez on dirait que les phrases ne finissent pas c'est une audace incroyable pour l'époque c'est que des notations sensuelles au sens propre c'est à dire qui viennent des sens de l'ouïe de l'odorat du goût mais sans qu'il y ait de pitch sans qu'il y ait de dramatique sans qu'il y ait d'action d'histoire qui ne raconte pas quelque chose il ne dit pas oui c'était l'époque où je venais où j'étais aimé non le violon frémit comme un coeur qu'on afflige un coeur tendre qui hait le néant vaste et noir voilà la première personne
39:07 qui apparaît mais de manière très vague un coeur tendre c'est passé homme, femme, genou un coeur tendre qui hait qui a de la haine pour le néant vaste et noir on est bien le soir donc c'est quelqu'un qui ne veut pas qui voudrait reculer le moment où la nuit va venir donc qui tourne le dos à la nuit et qui regarde vers ce bas quoi vers temps va tendre toute l'oeuvre de Proust à la recherche du temps perdu un coeur tendre qui hait le néant vaste et noir regardez bien le ciel est triste et beau comme un grand reposoir le soleil s'est noyé dans son sang qui se fige je reviendrai sur ce vers un coeur tendre qui hait le néant vaste et noir c'est la dernière strophe du passé lumineux recueille tout vestige je vous le disais à l'instant il tourne le dos à ce qui vient à l'avenir au futur c'est la vie qui tourne le dos à la mort le jour qui tourne le dos à la nuit au néant c'est le mot qu'il emploie n'est-ce pas un coeur tendre qui hait le néant
40:17 vaste et noir du passé lumineux recueille tout vestige c'est vraiment le moment du soir le soleil s'est noyé dans son sang qui se fige on retrouve ce vers sur lequel je voudrais m'attarder et la chute ton souvenir en moi deuxième personnification sérieux probablement d'une femme c'est tellement vague que respectons le texte tel qu'il est n'interprétons pas ton souvenir en moi luit du verbe luire comme un ostensoir je remarque très très rapidement que de la première strophe à la dernière tous les termes en oir désignés des objets du culte des objets sacrés l'encensoir le reposoir c'est le plateau qu'on portait pendant les processions de temps en temps il fallait faire une halte avec la statue de la Vierge ou des Saints un pèlerinage reposoir et bien sûr ostensoir le calice dans lequel on recueille le corpus Christi ce qui nous rappelle l'importance dans la poésie baudelairienne
41:27 là aussi c'est pas romantique du luxe le luxe qu'on trouve dans les temples dans les églises là où il y a le plus important le sacré l'or du culte cet or que les vikings venaient piller quand ils venaient dans les estuaires au sud de leur région je vous ai dit que le soleil sang qui se fige il faut s'attarder oui parce que regardez il y a une telle magie verbale dans ce poème un tel art musical je l'ai déjà analysé donc je ne le refais pas une seconde fois n'est-ce pas je vous le rappelle rapidement pour les nouveaux quand même que prenant la première strophe la première on va revenir venir à la première si Pierre-Alain veut bien voici venir les temps voilà merci vous voyez 1,2,3,4,5,6 là je ne parle pas du tout de ce qui se passe des images des fleurs des parfums je parle uniquement de ce qui est pour l'oreille écoutez bien parce qu'il y a une partition il n'y a pas seulement un texte il y a une partition voici venir les temps
42:39 1,2,3,4,5,6 mais là la voix s'arrête voici venir les temps ça s'appelle une syllabe masculine là où le son s'arrête de résonner ou vibrant sur sa tige là ça ne s'arrête pas il y a un E muet qui fait que le I se prolonge syllabe féminine ou rime quand c'est à la fin du vers donc si on devait écrire la partition on mettrait M au milieu 1,2,3,4,5,6 c'est un Alexandrin de douze pieds donc le milieu c'est 6 voici venir les temps 1,2,3,4,5,6 M on met un M temps masculin ou vibrant sur sa tige F M F chaque fleur s'évapore F ainsi qu'un encensoir il y aurait un E muet on le prononcerait pareil donc c'est une syllabe féminine je ne sais pas le son ne s'arrête pas donc premier vers M F deuxième vers F alors on va quoi où je vais là ?
43:42 vous allez voir là où Baudelaire nous emmène les sons et les parfums paf comme le premier vers M F il ne dit pas la même chose mais musicalement c'est exactement la même structure c'est à dire qu'il y a une syllabe masculine à l'hémistiche au milieu 1 au 6ème les sons et les parfums tournent dans l'air du soir F valse mélancolique j'arrive même pas à m'arrêter il faut enchaîner valse mélancolique et langoureux vertige la règle vous savez dans la poétique la règle fait que lorsqu'il y a un E muet celui qui termine mélancolique face à une voyelle en particulier ici un E on ne la prononce pas on enchaîne c'est comme s'il y avait valse mélancolique Q apostrophe et langoureux vertige je vous le dis quand on le récite il faut savoir ne pas sucrer une syllabe ou au contraire rajouter une autre valse mélancolique et langoureux vertige F F donc on a la répétition en 4 vers de M F F F M F F F quand je vous dis que c'est une partition voilà comme je ne vais pas le développer
44:52 il y a une telle magie verbale mais d'où je suis parti là de ce vers le soleil s'est noyé dans son sang qui se fige là on revient au contenu je laisse maintenant les aspects formels et purement musicaux mais c'est lié c'est parce que le poète est devenu a produit pas seulement un poème mais une véritable incantation au sens propre cantare c'est chanter cantate c'est un morceau où il y a des paroles et de la voix il a tellement musicalisé son propos une incantation c'est un côté un peu magique en langue française on y est en plein c'est quoi un sorcier un magicien c'est quelqu'un qui fait tomber la pluie soit en dansant soit par sa musique soit par son chant je n'ai pas dit que ça existe je dis c'est ce qu'on appelle on est en philosophie un magicien un enchanteur un mage un sorcier un griot or qu'est-ce qu'il fait là ?
46:01 le soleil c'est noyé dans son sang qui se fige bon je ne vais pas le répéter 36 fois prenez-le à la lettre au lieu d'interpréter se figer c'est s'arrêter tout à l'heure il y avait une angoisse un peu sourde au début et puis qui ? voici venir les temps le valse mélancolique et langoureux vertige parce que c'est un peu mélancolique parce que il y a le passé lumineux c'est merveilleux mais il y a la nuit qui vient je tourne le dos à la nuit je recueille tous les passés je reprends les termes du poème du passé lumineux je recueille tous les vestiges mais je ne veux pas faire ça longtemps la nuit va arriver et non j'immobilise je sors du temps je reviens à la statue mais grâce à la musique maintenant pas en ayant fait l'impasse avec une froideur un peu de marbre non au contraire grâce à la magie verbale le soleil s'arrête comme l'autre fait tomber la pluie là c'est le soleil qui s'arrête le soleil s'est noyé dans son sang qui se fige pensez à ce tableau de Monet coucher de soleil
47:13 sur la tamise je crois que ça s'appelle quelque chose comme ça où l'on voit un mélange d'eau d'air de ciel et la tamise et la brume londonienne avec un soleil qui est exactement la couleur qu'évoque Baudelaire ici le soleil s'est noyé dans son sang qui se fige qui s'arrête donc vous voyez on a vu un Baudelaire parnassien marmorien je creuse là parce qu'on est en philosophie il ne faut pas croire qu'on est en littérature seulement on est passé par la littérature pour résoudre des énigmes philosophiques ou plutôt pour retrouver des problématiques philosophiques qui n'ont rien à voir avec ici le marmorien et le musical sinon précisément ce rapport du déterminé à l'indéterminé un parfum un son c'est beaucoup moins déterminé ça a beaucoup moins de contours bien définis c'est pas un carré c'est pas un losange un parfum un son c'est pas c'est pas une statue c'est pas un tableau
La sécurité est-elle progressiste ou réactionnaire ?
48:24 fût-il impressionniste même parce qu'un tableau même impressionniste il est hors temps tandis que là s'il n'y a pas de temps le parfum disparaît le son s'arrête n'est pas donc donc élargissant notre problématique cette opposition du premier poème la beauté parnassienne rêve de pierre mais c'est le déterminé et au contraire alors est-ce que ça veut dire qu'au bout de l'air est volatile il est inconséquent ou qu'il n'a pas de caractère tant qu'on y est non c'est tout le contraire c'est là que j'en reviens à la dialectique et que je réponds à la question de Laurent Melito par un détour un détour poétique qui empêche n'est-ce pas de le réduire à la grisaillerie abstraite des seules notions c'est le rapport entre le déterminé et l'indéterminé
49:34 qu'on retrouve dans toutes les problématiques proprement humaines regardez j'avais fait une vidéo longtemps posant cette question la sécurité c'est une notion progressiste ou réactionnaire la sécurité vous la mettriez de quel côté du côté de ce qui est un contour net bien défini ou du côté de ce qui va un peu dans tous les sens ou qui a un peu comme les nuages quand le vent souffle qui semble avoir une forme mais hop à peine on l'a distingué qu'elle a déjà disparu qu'elle a changé qu'elle s'est agrandie rétrécie voire disparue vous avez tout de suite compris que la sécurité est du côté de la détermination et lorsque je suis au milieu d'un baby-boom en ce moment je suis très heureux que un nombre assez important de mes jeunes followers je continue à m'acharner à parler français viennent d'avoir leur première naissance chez eux la chambre où on protège
50:44 là on n'est pas dans l'indéterminé il y a le landau qui vient à l'intérieur de la chambre qui est elle-même un contour dans l'appartement lequel est dans l'immeuble lequel est dans la cité vous voyez ces problématiques que vous n'avez pas vues on croyait que qu'on en était dans l'esthétisme elle est là la dialectique qui va faire l'impasse sur la sécurité qui va croire qu'elle est suffisante car cet enfant qu'on protège là prendra des risques énormes lorsqu'il s'agira d'être amoureux et les mammifères en général qui font tout dans la nature dans la forêt dans la savane dans la prairie dans le jardin si ce sont de petits animaux qui font tout pour préserver leur sécurité ne prennent jamais autant de risques que la saison des amours c'est ça la dialectique c'est que pour qu'il y ait la dialectique il faut que les deux se rencontrent
51:54 dans le même sujet que les deux imposent leurs exigences contradictoires à l'intérieur du même sujet un caillou ne connaît pas ce genre de de dramatique drama veut dire action combien de fois je vous ai dit qu'il n'y a pas d'action dans la nature sauf poétiquement par métaphore on ne parle plus de la nature on parle de l'image de la surface du paysage à la rigueur mais pas de la nature et je reprends mon énoncé le vent secoue les arbres grammaticalement dans l'impression pas dans l'impression grammaticalement c'est bien clair le vent est actif et les arbres sont passifs les arbres sont secoués par la nature n'est-ce pas n'importe quel élève du primaire qui a bien appris sa leçon saura que le vent secoue les arbres complément d'agent du sujet actif n'est-ce pas le vent non mais le vent n'est pas plus actif dans la réalité physique que les arbres s'il y a du vent c'est qu'il n'est pas la cause
53:04 et le mouvement des arbres serait l'effet non le vent lui-même l'effet des différences de pression de température puis on se perd dans la chaîne infinie comme ce qui est dans la nature indéfinie des causes et des effets là où il n'y a pas de périphérie il n'y a pas de contour Pascal c'est une sphère dont le centre est partout la circonférence nulle part c'est ça la nature on n'est pas dans l'écologisme là l'écologie j'ai rien de contre il y a bien des choses à changer au nom des des nuisances écologiques mais je parle de discours écologiques Pascal disait déjà le silence éternel de ces espaces infinis m'effraie vous voyez et oui c'est que dans l'infini il n'y a pas de peras de contour c'est pas très rassurant non plus d'être ah je reviens au massacre des innocents de ne plus avoir de maison que tout exploser
54:14 que toute une ville soit réduite à un monceau de gravats et qu'en pleine saison froide glacial on soit avec la soif la faim les blessures comme ça au milieu de l'anéantissement pas du néant de l'anéantissement oui il y a eu des enfants morts dans les deux camps mais tout de même tout de même est-ce que j'ai besoin d'agir mon france tout de même où on va là où on va le massacre des innocents et oui je parlais de la sécurité parce qu'il y a des beaux esprits qui disent sécurité c'est bourgeois c'est ça oui oui je voudrais t'y voir toi le cul nu en hiver je voudrais t'y voir avec la faim et la soif je voudrais te voir en train de traverser la Méditerranée pour fuir la tyrannie la saison sèche la politique de la Banque mondiale et du FMI qui impose des plans d'ajustement structurel
55:24 aux pays les plus pauvres de la planète au point que le plus pauvre on dit que le plus pauvre c'est le Niger mais enfin je veux dire il y a un seuil ça ne veut pas dire grand-chose il y en a 4 ou 5 qui peuvent occuper cette place vous voyez où à quel niveau on est dans les organisations internationales on appelle ça les PMA il y a quelques pays comme ça les pays les moins avancés en termes de revenus par habitant peu importe les critères pour l'instant je crois que je l'avais dit mais il m'est arrivé de faire des tournées à l'intérieur du Niger parce que je mettais quelques instruments de musique en place dans les maisons des jeunes mais dans les marchés qui sont un peu dès qu'on s'éloigne un peu de la capitale il y a des marchés dans chaque petit patelin j'ai vu je faisais patelin sur patelin ou dans les marchés on ne trouvait que des oignons il n'y avait même pas un poulet bon bref je ne vais pas faire pleurer les chaumières le Niger on a été au bord nous non pas moi pas vous les occidentaux c'est comme ça qu'on dit en termes de journalisme on a déjà vu
56:35 que ça ne tient pas la route du reste et où on veut depuis qu'on sait que la terre est ronde c'est quoi ça les occidentaux les japonais sont dans le camp dont je parle pourtant c'est extrêmement riant les atlantistes les maîtres du monde on faillit faire la guerre au Niger oui parce qu'un coup d'état c'est illégitime on va rétablir la légitimité bref celui qui faisait ce qu'on voulait faire la guerre au pays le plus pauvre du monde la sécurité c'est bourgeois la sécurité il faut vraiment il faut vraiment être pété dans la soie pour sortir des conneries pareil mais d'un autre côté s'il n'y a que la sécurité c'est la mort si quelqu'un est bien enfermé dans sa gangue dans sa caverne dans son antre dans son trou comment il va se nourrir j'ai dit tout à l'heure que c'est au moment de la saison des amours pour que la vie se reproduise et qu'elle continue il faut prendre des risques pour chercher la nourriture
Le Terrier de Kafka et les moments de la graine
57:46 il faut prendre des risques et là je ne connais pas de plus beau texte je n'ai pas mis d'extrait parce que il faut lire tout le texte c'est pas très long c'est une nouvelle de Kafka qui s'appelle le terrier ou c'est l'animal l'animal à terrier ça peut être un blaireau imagine ce qu'on voulait une taupe peu importe un animal qui passe l'essentiel de sa vie dans les ténèbres souterraines c'est cet animal qui parle tout le long de la nouvelle et qui nous raconte comment il a creusé des galeries des leurres des choses qui trompent le visiteur parce que sa hantise sa hantise c'est qu'un ennemi rentre dans son terrier et lui plante ses crocs dans les reins c'est lui qui parle donc il y a des corridors des faux semblants un labyrinthe un labyrinthe souterrain et il est fier quelque part il a accumulé de la nourriture des stocks mais ces stocks quand ils mangent ils s'épuisent il faut sortir je reviens maintenant j'ai fait l'éloge de la sécurité et j'ai remis à leur place ceux qui estiment
58:56 que c'est une valeur réactionnaire point final mais maintenant je défends l'insécurité les stocks s'épuisants il faut bien qu'ils sortent de son terrier aller chercher des petites proies à l'extérieur de son terrier et là il y a un passage extraordinaire que je vous recommande bien sûr Clouscard et des fois se tordait de rire quand je lui lisais quelques passages de Kafka et en particulier celui-là lorsque le narrateur l'animal souterrain sort au soleil là ça repose un peu parce que tout ce texte souterrain comme ça là on voit de nouveau le soleil s'agiter entre les branches mais quand il revient il dit j'ai une émotion qui me saisit lorsque je vois l'entrée de mon terrier que je suis le seul à voir parce qu'elle est recouverte par des feuilles personne ne peut la voir si on ne sait pas exactement sauf celui qui a construit cette entrée qui l'a camouflé
1:00:06 et il dit j'ai presque des larmes d'émotion de voir à quel point j'ai fait un chef-d'oeuvre pour ma sécurité et d'où cette conclusion il dit de sorte que jamais mon terrier ne me protège autant que quand je le vois de l'extérieur c'est pas beau ça ? voilà voyez la dialectique ici les deux moments celui de la sécurité dont j'ai fait l'éloge et que j'ai justifié et celui de l'insécurité sans laquelle on s'achemine vers la mort et la disparition et on s'étiole on se dessèche les deux moments sont nécessaires retenez bien ce mot des moments mutuellement nécessaires la plante est parcourue par des moments la graine mais il faut que la graine éclate faire l'évangile si le grain ne se meurt il ne porte aucun fruit si le grain ne se meurt si le grain n'éclate pas n'est-ce pas ?
1:01:15 bon je n'ai pas besoin de chercher des noisettes je peux prendre la noix vous voyez voilà c'est une noix il y a toute une chanson de Charles Trenet une noix qu'y a-t-il dans une noix ? sait-on ce qu'il y a dans une noix ? lui il voit défiler les cavaliers enfin c'est lui Trenet mais c'est ça la graine mais si elle reste dure comme ça la sécurité bien protégée il le faut il le faut au départ il faut qu'elle prenne sa consistance et sa fertilité mais après il faut que le grain éclate explose et qu'une tige en sorte qu'elle s'extériorise et Hegel disait qu'une idée n'est pas une idée si elle ne s'extériorise pas ce n'est pas une idée c'est de la bouillie du sentiment des intuitions des représentations ce n'est pas l'idée et même Dieu même Dieu j'ai une phrase de Hölderlin qui me vient ce n'est pas celle que je cherchais mais elle me vient elle vient se substituer à celle que j'allais prononcer car Dieu lui-même porte aux surprises
1:02:26 vêtements même Dieu a besoin d'une extériorité pour apparaître même Dieu s'incarne soyons sérieux en théologie même Dieu a besoin du monde Dieu qui serait que Dieu sans le monde ne serait pas Dieu je ne parle pas de l'existence de Dieu c'est un autre problème je parle dans ce qu'on appelle Dieu serait indigne de cette appellation s'il n'y avait que lui sans le monde ça nous en fait voir des choses avoir comparé deux poèmes un pour laquelle la beauté est minérale l'autre pour laquelle elle est évanescente comme un beau soir d'automne voilà donc je vais maintenant passer à des textes vous voyez je tourne avec ces textes je ne progresse pas seulement de manière linéaire j'essaye de tourner autour de notre problématique de ce qui est fini et de ce qui est infini de ce qui est terminé et de ce qui est déterminé et ce qui est indéterminé alors je prends ce texte
Hegel en 1807 : la Révolution et la peur de la mort
1:03:40 qui est extrait de la correspondance de Hegel qu'il a écrit en 1807 quelle année féconde c'est en 1807 qui met le point final à la phénoménologie de l'esprit au moment où Napoléon rentre dans Iéna où Hegel est en train de terminer la phénoménologie quand même cette œuvre où pour la première fois un philosophe ne sépare pas le résultat de son devenir pour parler en termes hégéliens arrête de parler d'abstraction intemporelle mais de montrer que tout ça suppose une histoire un passé que tout ça est un « Gewordensein »
1:04:19 on dirait en allemand un être devenu nous sommes tous des « Gewordensein » pas des êtres devenus là je parle calmement avec vous mais quand je suis venu au monde j'étais une larve vagissante pas calme me débattant dans la souffrance la douleur la surprise et la fureur dans le bruit et la fureur il y a des moments différents et bien je reprends les moments de la plante pour revenir à ce texte n'est-ce pas la graine disparaît dans le jeune pousse puis on arrive au bouton mais le bouton explose dans la floraison et la fleur elle-même n'est pas le dernier terme c'est le fruit qui va être le dernier terme et le fruit s'introduit
1:05:29 je cite là la phénoménologie et le fruit s'introduit à la place de la fleur comme sa vérité la fleur essayait de me faire croire qu'elle était le dernier stade de la plante non la plante c'est des moments et je reviens au mot dont je suis parti pour toute cette parenthèse sur les moments ces moments sont chacun de ces moments est nécessaire ça c'est de la démocratie on ne peut pas faire l'impasse sur la sécurité on ne peut pas faire l'impasse sur le risque une vie et en particulier une vie humaine suppose l'articulation dialectique des deux voilà ce qu'on est en train de voir et de creuser et on va le voir non plus au niveau individuel mais collectif avec ce texte grâce au bain de sa révolution la nation française c'est écrit en 1807 il n'y a pas longtemps quand la révolution française est produite et elle commence à peine à résonner dans toute l'Europe et être une menace pour les anciens régimes arc-boutés sur leurs privilèges
1:06:39 millénaires grâce au bain de sa révolution la nation française n'a pas été seulement libérée de beaucoup d'institutions souvent on l'a réduit à ça la révolution il y avait des injustices d'accord et le peuple en a eu marre il les a supprimées il a fait la révolution et elle va montrer qu'il y a une surdétermination bien sûr il y a ça mais il y a une signification encore plus profonde grâce au bain de sa révolution je vous rassure ce n'est que la troisième mais c'est la dernière fois après j'enchaîne la nation française n'a pas été seulement libérée de beaucoup d'institutions que l'esprit humain sorti de l'enfance avait dépassé et qui par conséquent pesait sur elle sur la nation comme sur les autres ainsi que d'absurdes chaînes des contraintes mais il y a autre chose mais en outre l'individu s'est dépouillé de la peur de la mort voilà ce que Hegel admire dans la révolution française c'est qu'on a on a risqué l'insécurité pour un plus de liberté
1:07:49 mais en outre l'individu s'est dépouillé de la peur de la mort et du train du train-train on dirait en français du train habituel de la vie auquel le changement des circonstances a retiré toute solidité voilà ce qui lui donne la grande force dont elle la révolution française fait preuve à l'égard des autres il y en a il y a eu la révolution anglaise Cromwell rien à voir il y a ça qui est fondamental elle pèse cette révolution sur l'étroitesse d'esprit et l'apathie l'apathie le contraire du mouvement de ces derniers les autres les autres pays elle pèse sur l'étroitesse d'esprit et l'apathie de ces derniers elle dit ça au moment où la France est en lutte pour se défendre contre la coalition de toutes les grandes puissances d'Europe par financement anglais et avec la chair à canon ça rappelle des choses actuelles il faut il faut empêcher
1:09:00 que la paix revienne en Ukraine et il faut continuer à se battre jusqu'au dernier ukrainien pour affaiblir la Russie il y en a qui n'ont pas pas d'état d'âme voilà ce qui lui donne la grande force dont elle fait preuve à l'égard des autres elle pèse sur l'étroitesse d'esprit et l'apathie de ces derniers et les monarchies européennes qui enfin contraintes d'abandonner leur indolence indolence apathie on est loin de la dynamique au profit de la réalité sortiront de l'une l'apathie pour entrer dans l'autre et peut-être comme la profondeur intime du sentiment se conserve dans l'action extérieure dépasseront leur maître de loin c'est écrit en 1807 et le siècle des révolutions ne fait que commencer c'est prophétique ça vous voyez on est encore dans la dialectique allez ne croyez pas que je vous saoule en passant une problématique aux autres c'est toujours la même vous voyez bien mais sous des aspects différents un peu comme un polyèdre peut être posé sur la face
1:10:10 qu'on voudra ça reste le même polyèdre ici la problématique de la sécurité et de l'insécurité qui rejoint ce n'est pas une autre mais qui reprend si vous voulez qui reprend et varie la dialectique déjà reprend le même varie l'autre qui reprend la dialectique du déterminé et de l'indéterminé mais ici ça rejoint le côté du conservatisme et du progressisme du même coup l'apathie et l'indolence qu'il y a dans le conservatisme ce n'est pas le réactionnaire le réactionnaire c'est plus grave c'est plus méchant que le conservateur le conservateur il essaie de conserver on se met à sa place c'est pas il n'a pas envie de perdre ses avantages mais le réactionnaire c'est celui qui a eu peur en plus et qui est devenu méchant parce qu'il a eu peur c'est ces émigrés
1:11:20 qui ont quitté la France au moment de la révolution dans l'aristocratie et dont un historien a dit ceux qui n'ont rien perdu pardon ceux qui n'ont rien appris ils n'ont toujours rien compris à ce qui s'est passé ni rien oublié ils n'ont rien compris mais ils n'ont pas oublié qu'ils ont eu peur ça fait des morts ça vous voyez c'est la même dialectique qui se joue à chaque fois dans des champs différents mais c'est la même dialectique c'est aussi celle de l'intériorité et de l'extériorité vous voyez vous voyez que je ne vous saoule pas c'est la même chose tout à l'heure l'animal du terrier il fallait bien qu'ils sortent à l'extérieur donc que l'insécurité va avec la relation de l'intérieur à l'extérieur et non pas le repli sur soi du narcissisme de l'intériorité qui ne veut s'en tenir qu'à elle-même comme ces malheureux des fois atteint de schizophrénie
« L'homme est cette nuit » : nommer, c'est anéantir
1:12:30 au sens clinique je parle ça c'est très grave et qu'on voit des fois s'abriter sous une table dans une pièce comme si la pièce elle-même ne suffisait pas à les abriter des dangers qu'ils ressentent comme des menaces on en voit des choses je vais passer maintenant à un texte plus étrange celui-là est magnifique ce texte c'est un raccord ce texte de Hegel mais celui-là j'ai fait allusion il y a quelques mois à peine quelques nombreuses semaines presque quelques mois à propos de la magnifique exposition picturale de notre ami notre camarade Julien Haudebert un peintre que je me permets de recommander c'est pas un cousin c'est pas on n'est pas dans la mafia pas loin de là mais c'est un bosseur c'est un travailleur c'est quelqu'un pour lequel j'ai beaucoup d'admiration et surtout il a tellement été frappé par ce texte cet extrait de Hegel je vais vous donner la référence que de toute façon
1:13:40 elle sera inscrite sur la vidéo qu'il a intitulé son exposition La nuit du monde et vous allez comprendre pourquoi l'homme est cette nuit dit Hegel c'est un Hegel de jeunesse là on est revenu en 1803 mais il y a déjà ce qui est fondamental chez Hegel le risque absolu l'homme est cette nuit il n'y a pas de la nuit dans l'homme seulement il est cette nuit penser parler c'est faire disparaître vous dites lion vous faites disparaître l'animal vous avez une représentation il n'est pas là et c'est comme s'il était là avec le mot je lui ai dit panthère vous voyez déjà des taches mais elle n'est pas là la panthère mais vous voyez déjà des taches je profite pour dire qu'en Afrique lorsqu'il pleut en même temps qu'il fait soleil en France il y a une expression traditionnelle peut-être les jeunes la connaissent moins je ne sais pas c'est parce que dans les campagnes elle était fréquente on disait le diable bat sa femme ne me demandez pas pourquoi je ne sais pas
1:14:50 je ne connais pas mais il y a certainement des dictionnaires d'étymologie qui vous disent tout ça mais c'est étrange ma expression le diable bat sa femme alors je ne sais pas si le diable est du côté de la pluie la femme du côté du soleil ou l'inverse ça dépend des langues vous savez qu'en allemand le soleil est féminin dans les pays froids le soleil a une telle douceur n'est-ce pas qu'on ne peut pas ne pas le connoter avec le sexe doux je préfère dire le sexe doux que le sexe faible même s'il y en a dont je redoute la force allez soyons sérieux je continue ma petite parenthèse en Afrique enfin en Afrique forestière en Côte d'Ivoire par exemple ou au Gabon vous savez comment on dit quand il pleut qu'il fait soleil on dit la panthère a accouché d'un petit amiba un petit joli comme expression bon non le mot la pensée déjà c'est exercer une puissance sur les choses Dieu on dit dans l'écriture
1:16:01 Dieu a donné à Adam le privilège de nommer les créatures l'homme devient le maître du monde précisément il anéantit il met sous sa coupe les êtres enfin il a anéantit leur autonomie leur indépendance en les pensant en leur représentant et en leur donnant un nom Médor viens ici vous voyez le chien qui lève les oreilles les chats un peu moins je regarde voilà alors l'homme est cette nuit ce néant néant est le participe présent du verbe nier n'oubliez jamais des choses comme ça n'oubliez jamais que dans le Faust de Goethe œuvre qui inaugure la modernité s'il en fut qui coïncide exactement à cette fameuse modernité fin 18ème début 19ème qui voit apparaître le monde dans lequel nous sommes encore le monde de la société civile bourgeoise si vous voulez parler en termes historiques ou économiques n'oubliez pas que dans le Faust de Goethe lorsque la représentation
1:17:13 du diable ou son représentant comme voudra Méphistophélès apparaît pour la première fois dans le laboratoire comme un objet comme un vide seulement pas seulement mais voyez-le comme participe présent donc c'est un verbe il y a un acte d'anéantir l'homme est cette nuit ce néant vide qui contient tout dans la simplicité de cette nuit il n'y a pas plus il n'y a pas plus difficile chez Hegel qui est un auteur difficile que le terme de simplicité j'ai l'air de jouer sur les mots c'est pas moi je reviendrai mais ne croyez pas que ça me veut dire ici facile la simplicité de cette nuit ça veut dire je fais abstraction de tout il ne reste plus qu'un seul truc mais alors il en a fallu en exclure beaucoup l'homme est cette nuit ce néant vide qui contient tout dans la simplicité de cette nuit une richesse de représentation
1:18:23 ah ben oui je ferme les yeux ça y est je suis dans la nuit dont parle Hegel je n'ai plus le monde extérieur qui m'impose ses contours ses machins ses lois aussi si je vois tout d'un coup les arbres qui s'agitent ça n'a rien à voir avec moi tandis que là maintenant je veux dire je vois des choses mais elles ne sont pas vraiment présentes comme les arbres ou comme la lampe ou l'écran que j'étais en train de regarder donc pour qu'elles soient là sans être là ah oui elles ne sont pas présentes mais elles sont représentées quand un pays n'est pas là il se fait représenter par son ambassadeur son représentant son plénipotentiaire il faut faire attention aux mots n'est-ce pas quand je ferme les yeux et là une richesse de représentation d'images infiniment multiples dont aucune précisément ne lui vient à l'esprit on n'est pas dans la stabilité on n'est pas dans la détermination fixée là vous voyez bien ou qui ne sont pas en tant que présentes à peine je vais en saisir une qu'elle a déjà échappé n'est-ce pas je fais une parenthèse
La Flûte enchantée et la reine de la nuit
1:19:36 que j'avais déjà faite sur une œuvre musicale un opéra donc à la fois musicale plastique l'opéra c'est la réunion de tous les arts aujourd'hui ce serait le cinéma où il y a le son l'image la danse l'histoire le texte les dialogues l'œuvre d'art total un des opéras quasi contemporains en tout cas de la jeunesse de Hegel ou de Goethe c'est bien sûr de Mozart son dernier opéra quasi dernier je pense à Clémence de Titus HV la flûte enchantée alors si on avoue on rigole beaucoup il y a plein de gags où Mozart fait des clins d'œil à son public des enfants du paradis du petit peuple de Vienne des faubourgs de Vienne avec des on est süddeutsch comme on dit ne sais pas du pays germanique du sud de l'Autriche il y a des tyroliennes la laïtou tout ça il y a tout ça dans la Flûte enchantée mais il y a aussi l'initiation quasi religieuse à l'époque à la franc-maçonnerie qui était une espèce de reprise après le discrédit
1:20:46 jeté sur la religion catholique par les lumières le sacré revient car il est un moment nécessaire on avait l'intérieur opposé à l'extérieur on avait la sécurité opposée à l'insécurité on avait la vie opposée la mort opposée à la vie la mort si je reste que dans la sécurité sans jamais aucun renouvellement et voilà que maintenant il y a en plus le sacré et le profane mais oui la religion catholique ayant été discréditée le sacré revient sous d'autres formes c'est la mode des religions orientales il y avait les roses croix il y avait ce qu'on appelle l'illuminisme à l'époque qui était un vaste mouvement en particulier dans les pays germaniques justement et la maçonnerie qui n'avait pas encore le côté un peu cooptation entre copains et coquins dirait certains comme c'est souvent le cas dans la bourgeoisie affairiste mais c'était souvent une vraie solidarité entre gens démunis et Mozart
1:21:56 qui était dans une détresse matérielle grave lui arrivait de faire des recettes mais il était un petit peu comme un oiseau sur la branche et Mozart s'est affilié à la maçonnerie comme beaucoup du petit peuple de Vienne parce qu'il a senti une solidarité à l'égard de ses enfants et tout et à la part de la communauté voilà je rappelle que je fais au passage ne tombe pas dans les thèmes de l'extrême droite de diaboliser la maçonnerie je ne la défends pas je ne l'attaque pas je démontre la logique d'une mystique un peu vague qui insiste sur des rituels à partir qui vient occuper un vide le vide du discrédit que les Lumières ont imposé à la religion qui régnait là depuis des siècles à la religion officielle voilà mais je reviens à Flûte enchantée on rigole mais il y a ce sérieux de l'initiation d'un premier couple un couple sacré le prince Tamino et son aimé la fille j'y viens de la reine de la nuit vous croyez que je m'égarais par rapport au texte de Hegel la nuit
1:23:06 le rôle négatif le rôle du méchant et si c'est une méchante il y a Sarastro le père de Pamina la bien-aimée de Tamino je ne sais pas et ça fait joli voyelle et prénom très répandu en Afrique de l'Ouest c'est Amina c'est Amin mais en Afrique subsaharienne en Afrique noire pour parler français pour parler comme les africains on rajoute une voyelle pour adoucir Ahmed devient Amadou Ahmed devient Mamadou et David Daoud devient Daouda et Amine devient Amina je plaisante à peine Amina n'a rien à voir avec Pamina mais enfin c'est censé se passer en Égypte la flûte enchantée officiellement tout de même sur le continent africain alors il y a ce couple mais il y a aussi un couple mais on ne peut plus humain c'est Papageno et Papagena non c'est pas Papagani je dis ça parce que la plaisanterie a été faite je suis bavard
1:24:16 et Papagei veut dire perroquet en allemand il y a un jeu de mots ça joue un rôle dans l'histoire de la flûte enchantée il bavarde des fois trop souvent d'une manière imprudente il y a un moment où il faut faire silence il y a un moment où il faut parler Papageno il est plutôt dans l'excès de la parole que dans l'excès du silence voilà donc je ne m'attarde pas à ça par contre ce que j'en parle c'est que la reine de la nuit a un rôle quasiment criminel elle demande à sa fille à lui donner un couteau on n'est pas dans le comique pour aller tuer le père son mari le père de sa fille parce que c'est le roi du soleil au siècle des lumières tuer tout ce qui est le progrès la raison la science le savoir le clair le net le déterminé par contre en tant que reine de la nuit elle préside à tout ce qui est les sortilèges vous devinez que c'est le monde du rêve de l'imagination de tout ce qui existe quand on ferme les yeux c'est pas le néant c'est pas seulement la nuit pure c'est pas néant au sens justement je vous disais du vide qu'il ne serait que le vide mais c'est une obscurité
L'imaginaire : imagination, mémoire, rêve
1:25:27 qui est peuplée de tas de créatures mais de créatures de l'imaginaire vous voyez comment on retrouve des moments là allez on va creuser cette nuit là c'est la nuit l'intérieur de la nature il fallait le sortir ça quelle dialectique la nature c'est vraiment ce qui est extérieur encore que quand j'ai faim elle est bien intérieure la nature on ne pense pas souvent à la nature on croit toujours à parler des grenouilles qui traversent la route et des oiseaux des espèces en voie de disparition du ciel des arbres on oublie que la nature c'est d'abord le fait qu'on est en détresse si on ne satisfait pas les déterminations que la nature nous impose sous peine de mort c'est la nuit l'intérieur de la nature qui existe ici pur soi et oui je ferme les yeux là je suis dans le noir je vois un oiseau en imagination c'est pas un oiseau réel je peux lui donner les couleurs que je veux c'est la nuit intérieure de la nature qui existe ici pur Soi dans les représentations
1:26:38 ce qui est présent c'est le monde extérieur mais lorsqu'il disparaît ne serait-ce que dans la rêverie dans le rêve dans l'imagination dans le souvenir trois moments de l'imaginaire trois espèces du genre imaginaire l'imagination à tout seigneur tout honneur chacun connaît la mémoire je pense à ma grand-mère je ferme les yeux je me la représente c'est une image malheureusement elle n'est pas là pour de bon ça manque un l'imagination la mémoire et le rêve les trois grandes catégories dont la réunion fait l'ensemble de l'imaginaire c'est la nuit l'intérieur de la nature qui existe ici pur Soi dans les représentations fantasmagoriques il faut prendre fantasma au sens grec ça veut dire des images les images c'est pas du réel quand l'ancien testament
1:27:48 dit que Dieu a créé l'homme à son image ça veut pas dire qu'il a créé un deuxième Dieu ça veut pas dire que l'homme est Dieu et ça veut pas dire que Dieu a des poils dans les narines qu'il a créé l'homme à son image ça veut dire qu'il y a un lien il y a quelque chose qui fait que l'homme ressemble à Dieu pour moi c'est beaucoup plus l'aspiration et la liberté sauf que c'est une aspiration chez l'homme alors que Dieu n'a pas besoin d'aspirer puisqu'il est lui-même le tout puissant ce qui veut dire le parfaitement libre si vous réfléchissez si vous faites parler les mots qu'il existe ou pas ça ne change rien à la logique de ce qu'on appelle Dieu lorsqu'on dit qu'il est tout puissant par exemple ça veut dire qu'il peut faire ce qu'il veut donc les représentations fantasmagoriques c'est la nuit tout autour ici dans cette nuit-là donc à l'intérieur surgit alors subitement c'est le passage le plus étrange de ce texte étrange une tête ensanglantée le rêve tourne au cauchemar là une autre silhouette blanche
1:29:00 le rouge et le blanc des couleurs du Japon de la Suisse de la Pologne de Sainte-Catherine du martyr de Sainte-Catherine vous devinez que c'est Sainte-Catherine à la peinture quand il y a le rouge et le blanc c'est-à-dire les deux extrémités de l'éros parce que je vais chercher encore qu'est-ce qu'on raconte là où il nous embarque Pagani écoutez ou bien il n'y a que le blanc la virginité par exemple la pureté c'est merveilleux c'est ce qui attire le désir oui sauf que si on en reste là il n'y a pas de fécondité et qu'on ne peut pas avoir le beurre l'argent du beurre donc il faut que le blanc se rougisse vous voyez que c'est des métaphores presque au sens propre dans les mœurs traditionnelles je ne dis pas une région géographique car ce n'est pas le monopole d'une région il y a l'Orient mais aussi l'extrême-Orient ou dans nos campagnes il n'y a pas si longtemps il ne faut pas il faut arrêter de penser en termes d'identité comme si l'humanité c'était des espèces animales distribuées dans l'espace
1:30:10 non c'est la même chose mais qui se développe à différents moments dans le temps donc ce qui est encore actuel ici était encore vivace il n'y a pas si longtemps dans les campagnes d'un pays par ailleurs développé depuis ça peut être à l'intérieur du même pays l'ingénieur nucléaire chinois qui habite à Shanghai ne vit pas dans le même monde et dans les mêmes mœurs n'est-ce pas que son grand-père qui enfonçait le fumier humain avec ses pieds dans les rizières il n'y a pas si longtemps sans doute le plus grand événement de l'histoire de l'humanité contemporaine ce qui est en train de se passer en Chine mais qui est tellement énorme qu'on n'a encore pas assez de recul pour mesurer l'importance je ne parle pas du jugé en bien ou mal c'est tellement dérisoire notre moraline à côté de l'importance colossale de l'événement mais ne nous égarons pas vous voyez une silhouette blanche j'étais en train de parler du blanc
1:31:20 et du rouge comme les deux extrêmes là je suis en logique comme par les extrêmes on pense à un syllogisme vous savez tous les hommes sont mortels l'universel première extrême Socrate est mortel le singulier l'opposé de l'universel entre les deux il faut un moyen terme tous les hommes sont mortels Socrate est mortel pour passer de l'un à l'autre il faut la médiation Socrate est un homme ce qu'on appelle le moyen terme en logique syllogistique et bien entre le blanc et le rouge trouvez-moi le moyen terme vous avez trouvé c'est le rose bon sang si c'est pas la couleur de l'éros c'est pas moi qui le dit on disait les minitels rose la rubrique rose le pink mais c'est pas seulement c'est pas seulement non non c'est pas seulement l'érotisme commercial c'est aussi le sentiment rose ce soit au moment de la Saint Valentin par exemple n'est-ce pas c'est plus chaud
1:32:30 que le blanc c'est moins inquiétant que le rouge c'est moins violent et dans le sentiment il y a le verbe sentir comme dans la sensation c'est moins physique que sensation mais tout de même c'est pas coupé du physique et du corps c'est le rose et là je ne peux que renvoyer à cet admirable passage d'Aurélia mais je ne vais pas m'attarder parce que si on me branche sur Nerval je ferai un vrai détour au sens négatif mais il y a un passage d'Aurélia très précisément où Nerval relate un rêve c'est une suite de rêve tantôt effrayante tantôt paradisiaque et là la séquence paradisiaque il est dans une espèce de société idéale qu'il a trouvé au sommet des montagnes quelque part un monde un peu caucasien disons quoi et où il y a un développement des techniques et des sciences mais sans tout en gardant des traditions enfin une synthèse un peu de tout et à un moment donné je vais très vite il voit arriver une bande de jeunes gens jeunes garçons
1:33:40 jeunes filles jeunes gens des ados vêtus de tuniques blanches vous voyez mon propos et il dit mon guide car il est guidé dans toute cette société par un initiateur qui lui explique certaines choses comme ça et mon guide me dit que en fait leur habit n'était pas vraiment blanc qu'elles avaient toutes les couleurs du prisme mais que moi je ne pouvais pas les voir et il se mit mon guide à les dessiner sur leur tunique pour dire voilà comment elles sont en réalité c'est extraordinaire ce rêve où le blanc se macule enfin de couleur revenons à la nuit dans laquelle on peut représenter tout ça les représentations fantasmagoriques c'est la nuit tout autour ici surgit alors subitement une tête ensanglantée là une autre silhouette blanche et elles disparaissent de même vous voyez il n'y a pas encore la détermination le fixe encore moins le statut de pierre de la beauté parnassienne c'est cette nuit qu'on découvre lorsqu'on regarde un homme dans les yeux oh là là et la magnifique
Regarder un homme dans les yeux : finitude et désir
1:34:52 exposition de peinture de Julien Haudebert qui a pour titre qu'il a intitulé lui-même à la suite de la lecture de ce texte la nuit du monde c'est une succession de portraits de visages avec des yeux qui sont des trous dans une surface de cuivre c'est extraordinaire n'est-ce pas c'est cette nuit qu'on découvre lorsqu'on regarde un homme dans les yeux on plonge son regard dans une nuit qui devient et là le terme est souligné enfin en italique effroyable c'est la nuit du monde c'est la conclusion de ce texte on ne peut plus étrange c'est la nuit du monde qui s'avance ici à la rencontre de chacun ah oui rappelez-vous dans le livre de la jungle de Kipling je quitte les textes abstraits philosophiques non pas le dessin animé qui est très amusant danser le Bandar-log c'est très bien d'en faire un rock non je parle d'un chef d'oeuvre de la littérature jeunesse comme on dit c'est pas les anglais on il est dans la tradition du génie anglais
1:36:02 de faire des oeuvres la littérature française c'est au moins au moins aussi riche qu'à la littérature anglaise mais ce qui est propre de l'anglaise c'est que Racine c'est pas connu du monde entier c'est un sommet chez nous c'est pas connu du monde entier alors que le livre de la jungle Robinson Crusoé Ivanhoé Robin des Bois c'est connu du monde entier au passage donc rappelez-vous comment il s'appelle l'ours Balou et la panthère Bagheera dans le livre pas dans les animés comme Mowgli a regardé elle détourne les yeux ils ne peuvent pas supporter le regard de l'homme l'animal ne veut pas rentrer dans cette conscience de la mort de la finitude je préfère dire parce que la mort à mort de la finitude n'est-ce pas qui anéantit tout ce qui est satisfaction limitée finie déterminée et oui si je vous fais manger votre plat préféré celui que vous rêvez de manger que vous n'avez pas mangé depuis si longtemps que vous tomberiez à genoux pour en avoir une miette mais si je vous fais manger de ça tous les jours vous allez gerber l'homme est l'animal
1:37:17 qui soit est malheureux mais ça le ça il partage ça avec l'animal quand il ne peut pas satisfaire les contraintes que la nature lui impose ce qu'on appelle les besoins mais qui est malheureux aussi certains disent encore plus lorsqu'il a tout ce qu'il lui faut sauf ce qui lui manque un seul être vous manque et tout est dépeuplé au point qu'on en perd le boire et le manger comme dit la langue vous voyez alors c'est des choses la langue alors voilà je profite pour continuer à répondre à Laurent Melito je m'adresse surtout à lui ce soir parce qu'il a eu le mérite de dire après tout c'est quoi la dialectique et quel élément qui est récurrent tout au long de cette série de textes et de références et de développements que j'essaye de faire voilà je ne voudrais pas abuser de votre patience est-ce qu'il y aurait des questions mais oui je vois des questions s'afficher peut-on parler aussi
Libéral et libertaire : pas de dialectique
1:38:27 d'une dialectique entre libéral et libertaire ces deux instances sont-elles nécessaires en même temps et pour qui alors je réponds tout de suite merci à notre vieux compagnon vieux compagnon compagnon de longue date je ne suis pas beaucoup plus jeune que moi peut-on parler d'une dialectique je réponds tout de suite non précisément parce qu'ils sont trop proches c'est pas comme l'intérieur et l'extérieur c'est pas il n'y a rien de plus opposé n'est-ce pas à la sécurité que j'éprouve quand j'ouvre les yeux je viens de faire un cauchemar j'ouvre les yeux je suis dans mon lit il y a les draps il y a la nuit tranquille il y a la lune au dehors il y a les murs il y a les ruisseurs les rideaux qui frémissent à la moindre à la moindre brise qui passe par la croisée si c'est une nuit d'été je suis dans la sécurité alors je venais faire un cauchemar là c'est vraiment l'opposition tandis que la liberté qu'est-ce qu'il a montré Clouscard que c'est ce qu'il connaît bien c'est pour ça je me sers de lui pour l'illustrer c'est qu'ils sont
1:39:38 cul et chemise pour parler français c'est que Pompidou et Cohn-Bendit se sont alliés je ne fais que paraphraser Clouscard je dis ce qu'il dit je ne l'interprète pas mais changer en juste deux ou trois mots pour aller plus vite ils se sont alliés pour virer le vieux pour virer le père sévère je père sévère c'est un jeu de mots de Lacan je père sévère je suis le père sévère pour virer De Gaulle je ne fais pas du monde de valeur peut-être en tout cas s'arranger l'atlantisme et tiens comment on y revient ça alors ça je n'ai pas fait exprès c'est fort plus car les gaullistes à droite les communistes à gauche avaient un point commun autrement dit les deux cibles attaquées par les libéraux libertaires qui étaient contre De Gaulle le libéral Giscard d'abord vous savez qu'il a menacé de sa démission si De Gaulle ne graciait pas les assassins de l'OAS qui faisaient du ponctuel
1:40:48 parce que c'est le ponctuel ponctuel c'est les partisans de l'Algérie française les partisans acharnés on ne parle pas bien des pieds noirs qui ont subi tous ces événements des fanatiques qui prenaient un revolver et au premier musulman ou arabe dans la rue l'Algérien paf l'abattaient faire du ponctuel on disait comme ça avec cette langue effrayante et froide Giscard menaçait il avait un tout puissant ministère de l'économie de la finance et du plan car sous De Gaulle il y avait encore un plan c'est pas une idée giscardienne le plan c'est un libéral Giscard mais enfin là il n'avait pas le choix c'est De Gaulle qui avait imposé et ça a commencé à disparaître sous lui d'ailleurs et donc sous son règne ils sont trop proches de libéral-libertaire pour qu'il y ait dialectique la dialectique a besoin d'opposition mais réelle
1:41:59 pas d'opposition verbale c'est pas l'opposition au parlement là ah non vous connaissez beaucoup de gens qui disent moi je suis de droite il y en a la majorité des hommes politiques je parle pas au bistrot pour dire ce que vous voulez je ne risque pas grand chose mais les hommes politiques ils se présentent toujours comme étant attachés à la démocratie progrès d'ailleurs qu'est-ce que c'est que la guerre en Ukraine s'il y a la lutte de la démocratie contre les dictatures c'est ce que vous entendez alors évidemment quand on dit la démocratie fait 3 millions de morts au Vietnam 3 millions de morts en Corée n'est-ce pas 500 000 enfants liquidés en Irak avec les mesures et les embargos sur les médicaments la nourriture etc bagatelle tout ça et dois-je parler de l'actualité et je reviens au massacre des innocents par lequel nous avons commencé cette émission voilà cher ami Stavisky libéral
1:43:09 et libertaire le grand travail de Clouscard c'est d'avoir forgé ce concept car c'est un concept c'est pas une donnée immédiate au contraire dans les données immédiates j'allume ma télé et je regarde les bulletins d'information on va opposer libéral et libertaires alors que quand on les élève au concept on s'aperçoit qu'ils défendent le même camp celui qui a supprimé le gaullisme à droite et le communisme à gauche c'est-à-dire ceux qui donnaient des boutons alors je dis pas aux américains je charge jamais l'américanité je fais pas de l'anti-américanisme plein de gens de droite font de l'anti-américanisme parce que pour eux les américains c'est un peu trop populaire c'est un peu des voyous c'est des anglais mal élevés non non non moi je suis anti-atlantiste et combien de fois dois-je répéter qu'il y a bien beaucoup d'atlantistes dans le monde qui n'ont rien d'américains dans tous les cinq continents et dans toutes les couleurs les races ce que vous voulez les identités vous savez à quel point ça me bassine cette question d'identité ça devrait nous bassiner ça ferait moins de morts et que par contre
1:44:19 il y a aux Etats-Unis aussi des gens qui s'opposent à l'atlantisme peut-être pas assez je suis bien d'accord maintenant mettons-nous tous d'accord le navire amiral de l'atlantisme c'est bien sûr l'exécutif américain voilà pour ne pas parler du peuple américain parce qu'il y a des tas de choses dans le monde américain que j'aime beaucoup le cinéma le jazz le cinéma des années 50 en particulier je croyais que c'était il n'y a rien de plus réactionnaire que de parler en termes générationnels comme c'est devenu maintenant systématique je ne sais pas ce qu'on a mis dans la tête des jeunes ah oui mais ça c'était oui bon d'accord alors qu'ils répètent des choses comme ils disaient il y a 300 ans ils ne sont même pas au courant que ça a déjà été dit 10 000 fois mais laissons cela le côté que tout commence maintenant le changement c'est maintenant il n'y a rien de plus vieillot que ça non non le danger c'est l'atlantisme c'est d'imposer une relation de puissance au reste du monde
La balance, la différence indifférente et le sociétal
1:45:29 bien sûr il commence à y avoir pas mal de plomb dans l'aile mais je ne veux pas m'égarer on aura le temps d'illustrer ça ce que je veux montrer c'est que les événements de 68 cohn-benditiens si j'ose ce barbarisme pas le 68 de la CGT des travailleurs les deux sont antagonistes mais lisez la presse de l'époque ne me croyez pas sur parole Cohn-Bendit dès qu'il ouvre la bouche c'est pour cracher sur le parti communiste et la CGT et bien sûr sur le pouvoir gaulliste les deux forces qui donnaient des boutons au maître du monde comme c'est curieux donc ils ne sont pas assez en opposition pour créer une dynamique quand il y a une balance de Roberval si je mets deux poids égaux là de chaque côté elle ne bouge pas la balance il n'y a pas de dialectique il n'y a pas de mouvement c'est la statue ce n'est pas la mélodie où le parfum est évanescent ce n'est pas la dynamique c'est la statue pure mais dès qu'il y a la moindre inégalité un lourd et un léger là tout d'un coup ça bouge
1:46:39 il y a longtemps que les choses n'ont pas bougé à ce niveau-là je vais dire en particulier dans notre pays mais pas seulement car il s'en passe des choses pour que l'extrême droite soit au pouvoir partout maintenant en Italie dans les pays scandinaves presque en Angleterre en Israël même les plus fervents partisans en Israël disent maintenant avant c'était tabou le gouvernement d'extrême droite de Netanyahou quand même et aux Etats-Unis l'alternative entre Bush vous voyez mon lapsus entre Trump et Biden mais c'est effrayant d'être condamné à cette similitude comment similitude ?
1:47:38 pas du tout Biden il est mondialiste alors que Trump il veut il veut pas faire la guerre à la Russie mais pour faire la guerre à la Chine j'en parle pas à quel point il était un partisan inconditionnel d'Israël c'est effrayant il n'y a plus d'opposition qu'entre la droite et l'extrême droite c'est pas dialectique ça c'est sur la même pente on va un peu plus loin mais c'est ce que Hegel appelle la différence indifférente la différence seulement quantitative un caillou plus un caillou ça reste un tas de cailloux qu'il y en ait dix ou qu'il y en ait cent ou mille on n'est pas dans la dialectique la dialectique c'est quand j'arrive à un carrefour et je dois aller ou bien à droite ou bien à gauche les deux en même temps mais aussi c'est ça la dialectique c'est d'aller en même temps dans la sécurité et dans la sécurité et quand deux rivières se rencontrent elles confluent et elles prennent une direction qui n'est ni celle de la rivière A ni celle de la rivière B mais une troisième qui les dépasse et qui change le cours
1:48:49 qui ne va ni dans le sens de l'une ni dans le sens de l'autre merci en tout cas pour cette question je réponds donc non je ne noie pas le poisson dans ma réponse je réponds non mais je dis bien pourquoi ? c'est que ça manque d'opposition il n'y a pas plus libertaire que le libéral et d'ailleurs je terminerai là-dessus ce n'est pas un hasard si à court d'argument face à la Russie et à la Chine parce que je regardais des documentaires sur la Chine au niveau technologique c'est ahurissant ce qui se passe je ne veux pas y revenir on va croire je suis payé par le gouvernement chinois bientôt alors que je me suis battu en 68 contre les maoïstes français les maoïstes occidentaux n'est-ce pas qui applaudissaient des gamins de 14 ans menaçant avec des kalachnikov des anciens compagnons de Mao qui avaient fait la longue marche parce qu'on avait trouvé trois poulets un mouton chez eux et c'était donc de sales capitalistes la Chine a bien changé heureusement et c'est depuis qu'elle a fait ce changement qu'elle met tout le monde d'accord mais non mais je ne suis pas en train de c'est pas le dossier chinois qui m'intéresse là
1:49:59 c'est le dossier occidental dit occidental l'atlantiste l'occidental c'est tout à l'heure vous l'avez eu à Harmonie du soir c'est ça l'occident le soleil se couche à l'ouest quand je dis atlantiste c'est bien différent c'est des millions de tonnes de bombes c'est des sanctions des pays affamés où on fait soit on les affame soit on fait la guerre soit on fait les deux dans le même pays regardez dans quel état est le Yémen avant qu'il y ait la crise actuelle au Moyen-Orient il n'y a pas si longtemps l'ONU disait que l'Yémen était la pire des catastrophes humanitaires au monde et maintenant on en fait les criminels, des Houthis parce qu'ils ont trois pirogues face à des porte-avions qui ont chacun une puissance de feu supérieure à toutes les armées de la deuxième guerre mondiale ah je vais m'énerver vous voyez il y a vraie opposition et fausse opposition encore une fois un homme de droite ne s'oppose s'oppose rarement comme étant de droite c'est ça qu'il faut on croit qu'il y a une certaine gauche ah oui mais une gauche sociétale
1:51:09 le MEDEF est tranquille je réponds là mon cher Estaviski je réponds clairement on peut être tranquille on va dire madame la ministre moi aussi je préfère je trouve toujours un peu absurde dire madame la bon qu'est-ce qu'on s'en moque le bon sang alors que c'est là que se concentre le libéral il est progressiste seulement dans le sociétal et actuellement je termine là-dessus parce qu'il y a peut-être d'autres questions pour à court d'arguments face à la à la Russie qui se portent presque mieux maintenant qu'avant les sanctions et à la Chine n'en parlons pas je compare ça au kilomètre de SDF qu'on voit dans les villes américaines je regarde des reportages américains là pas des reportages venant de leurs adversaires et de SDF non non non c'est effarant ce qui se passe à court d'arguments je finis maintenant et dit oui oui mais chez nous on a le droit de choisir son sexe
1:52:19 son genre il n'y a plus que ça il n'y a plus que le sociétal je ne suis pas contre je suis contre de le mettre au premier plan de faire croire que c'est une opposition au capitalisme mais il se réjouit tant qu'il y a ça je ne perds pas un centime je dis madame la ministre madame le ministre dans les deux cas je n'ai pas perdu un dixième de centime de mes bénéfes l'arnac elle est là voilà donc j'ai répondu clairement il n'y a pas de dialectique parce qu'il n'y a pas d'opposition il n'y a au contraire non seulement pas d'opposition mais complicité complémentarité contre la volonté générale je reviens à Rousseau dont Clouscard disait que c'était peut-être le plus grand dialecticien de tous les auteurs qui ne prononcent pas le terme de dialectique voilà MZM voilà un pseudo ça sonne un exemple historique de dialectique effective écoutez j'en ai donné je ne sais pas combien pendant cet exposé je ne suis pas sûr de comprendre la question la plante
La dialectique n'est pas une politique : classes et reconnaissance
1:53:30 c'est bien la même plante puisque je dis elle faisait 10 cm regardez maintenant elle fait 40 cm de haut je l'ai bien arrosé elle a plu elle a fait bon il n'y a pas eu de gel il n'y a pas eu de sécheresse aucun des deux extrêmes pas trop de soleil ni pas trop d'eau donc c'est bien la même plante et pourtant elle est tantôt bouton tantôt fleur tantôt fruit cette unité est faite d'une variété de diversité de moments dont chacun est aussi nécessaire que l'autre on ne peut pas passer de la graine aux fruits en sautant la fleur voilà il faut que je vous donne je voulais dire merci MZM de préciser un exemple de dialectique politique ayant réussi dans l'histoire réussir ou échec l'important c'est que l'histoire est dialectique je les dialectiques c'est pas une politique la dialectique c'est ce qui permet de comprendre ce qui se passe que ce soit atroce
1:54:40 ou que ce soit superbe que ce soit démocratique ou que ce soit sanguinaire et tyrannique dans tous les cas pour le comprendre il faut cesser de faire de la psychologie de dire la police a manqué de sang froid comme si c'était psychologique comme si elle n'ait pas des instructions et il faut revenir à la dialectique c'est à dire à qu'est-ce qui s'oppose là et vous connaissez la réponse de Marx ce sont les classes sociales ce dont on ne parle pratiquement jamais si si on a les riches les pauvres non mais les classes sociales c'est pas les riches et les pauvres c'est pas réductible à cela il y a de ça mais il n'y a pas que cela croyez-moi je regardais très récemment un débat qui a eu lieu à la librairie Tropiques où il y a beaucoup de débats intéressants et pour laquelle j'ai librairie pour laquelle j'ai de la reconnaissance pour des raisons que chacun comprendra en particulier ceux à l'égard de qui je voue cette reconnaissance mais j'ai tiqué
1:55:50 un petit peu là je vais à un débat je ne donne pas des noms parce que je je fais rarement des attaques ad hominem vous savez bien j'aime pas ça la lutte des classes c'est pas la lutte des personnes c'est pas la lutte des identités et des égos c'est beaucoup plus grave que ça donc un philosophe qui se pose comme marxiste qui est un des meilleurs marxistes contemporains il me semble je vous dis tout de suite qu'il n'est plus des nôtres malheureusement disait pour satisfaire un autre homme qui se pose à droite ce qui est assez rare donc un homme de droite beaucoup moins dangereux que ceux qui font une politique d'extrême droite tout en se posant comme étant progressistes et libéraux et pour la démocratie il disait je vous accorde qu'il n'y a pas que l'économique dans la lutte des classes pourquoi pas moi je ne suis pas dogmatique on ne sait jamais sauf que son exemple était étrange il disait par exemple Hegel parle de la lutte pour la reconnaissance indéniable s'il y a un moteur de la dialectique hegelienne
1:57:01 c'est bien la lutte pour la reconnaissance je continue à répondre à votre question or il dit la lutte pour la reconnaissance c'est pas seulement économique mais pourquoi on met la reconnaissance ici et l'économie là regardez le film Citizen Kane un des films les plus illustrissimes de l'histoire du cinéma je ne suis pas un grand cinéphile je veux dire techniquement je ne suis pas un connaisseur comme j'aimerais l'être et comme j'aime l'entendre dans la bouche de ceux qui sont des connaisseurs dans le désordre à Lyosha mais dit Gérard d'Astuche que je viens de faire la connaissance à Toulouse à l'Institut catholique sont des gens qui savent qui étaient réalisateurs éclairagistes en 1938 dans tel film je ne suis pas un cinéphile comme ça mais j'ai vu plusieurs fois tellement que c'est inépuisable un film comme Citizen Kane je ne sais pas qui est illustre on dit que c'est le magnat de la presse de l'époque Hearst milliardaire de milliardaires qui a assez de moyens matériels pour incarner
1:58:12 le prince dont je parle souvent de Rimbaud n'est-ce pas dans le conte qui possédait au moins un assez large pouvoir humain comme dit Rimbaud bien sûr qui veut être reconnu mais si je paye une femme tous les jours pour dire que je suis le plus beau le meilleur le plus intelligent la femme une femme que j'aime je veux dire si pour qu'elle m'aime je ne serais jamais gratifié de la même manière que si elle me le disait de sa libre et souveraine volonté donc pour que je sois vraiment gratifié il faut que l'autre cesse d'être pauvre il faut qu'elle soit mon égale et donc on ne peut pas séparer la lutte pour la reconnaissance de la lutte économique et sociale par exemple voilà un exemple de dialectique je crois qu'il y a le social ici l'économique là et le politique ailleurs non non non ça c'est ça c'est les statuts tout à l'heure ou comme je disais les différences de l'humanité
1:59:22 c'est pas comme les espèces animales qu'il y a des noirs ici des Zoulous des Bantous des Hutus des Tutsis des Corses des Turcs non c'est pas ça l'humanité c'est des moments dans le temps c'est pas des parties dans l'espace voilà encore la dialectique il y a dialectique quand il y a la différence qui va jusqu'à l'opposition voire l'inversion extérieur intérieur l'inversion le temps on a vu tout à l'heure que la balance le mouvement donc le temps s'introduit dès l'instant qu'il y a une inégalité c'est lorsqu'il y a tout ça qui est dialectique mais surtout à l'intérieur d'un même sujet j'étais hier malade je vais beaucoup mieux aujourd'hui j'étais malade je suis en bonne santé mais c'est toujours je il y a donc à la fois deux choses complètement opposées le même et l'autre j'étais moi dans les deux cas voilà donc c'est pas une doctrine politique
Castoriadis, infrastructure et superstructure, politique du pire
2:00:32 c'est la réalité qui est dialectique Julien Belmont que je retrouve ici avec plaisir que pensez-vous de la rupture de Castoriadis avec le marxisme il critiquait que l'on sépare la théorie et la pratique du marxisme alors que Marx lui-même suivant Hegel ne les a jamais dissocier et bien j'apprécie beaucoup la fin de votre question par contre pour ce qui est du début pourquoi revenir à ces querelles intellectuelles qui nous ont amenés là où nous sommes pas la société je donne pas cette importance aux idées ça va pas très marxien je parle à l'intérieur même de la marxographie la marxologie si vous voulez les discours qu'on peut faire sur Marx je parle pas du discours de Marx ou de sa parole ses textes mais je parle des discours sur Marx il critiquait que l'on sépare la théorie et la pratique du marxisme qui séparait les deux bon c'est vrai qu'il y avait des écoles dites théoricistes je crois que vous faites allusion à ça
2:01:42 il me semble comprendre Althusser par exemple et d'autres qui disaient que l'essentiel c'est le critère de la pratique dialectisons et dialectiser et ça vous le dit très bien dans la deuxième partie de votre question ce que Marx et Hegel font c'est de ne jamais séparer les deux par exemple et là je réponds sur le fond à votre question à travers un exemple quoi de plus trivial au sens courant au sens mathématique de trivial le plus fréquent si vous préférez ça se mesure que l'opposition chez Marx entre infrastructure et superstructure et ce qui est un peu plus extérieur toutes les forces productives depuis les galets éclatés jusqu'à aux machines à commande numérique aux robots si tout à coup vous voulez ChatGPT qui s'oppose bien sûr à tout ce qui est idéologie c'est le terme générique
2:02:52 que prend Marx je crois que ça ne prend rien visiblement vous connaissez tout ce qui est la manière dont le sujet parle n'est-ce pas et construit et modélise son discours avec ce qui n'est pas fait pour ça en mathématiques il y a des modèles au sens propre pas au sens métaphorique mais dans le langage courant il n'est pas fait pour la connaissance donc je veux dire je prends toujours le même exemple parce que tout le monde le comprend c'est mon souci de transmission que tout le monde comprenne tout de même le jour se lève ça c'est le langage courant c'est pas le langage mathématique alors le jour se lève il ne se lève pas il ne s'est pas couché c'est une métaphore on est en poésie on n'est pas en physique on n'est pas en astronomie en astronomie c'est même l'inverse c'est pas le soleil qui bouge même si tout ça bouge mais en l'occurrence le lever du soleil c'est plutôt que la terre vienne s'incliner sur son axe quoi de plus opposé
2:04:03 dans la traduction marxienne j'y reviens que les infrastructures les forces productives c'est cette extériorité qui produit nos intériorités d'après Marx et ce qu'en retient notre intériorité sous forme d'idéologie beaucoup de marxistes dits dogmatiques je ne sais pas comment il faut dire on a fait un terme péjoratif prendre les celles que vous voulez voudraient dire que ce qui compte c'est les infrastructures il ne faut pas dire réaliste les superstructures c'est foutaise comme tout ce qui est j'allais dire dans la tête c'est aussi bien dans le ventre dans le genou quelquefois je me rappelle il y a quelqu'un qui était tellement antisémite quand il parlait que chaque fois qu'on disait le mot juif dans la conversation je vous garantis que c'est vrai il avait une veine qui tremblait ici sur le front donc je ne sais pas si c'est dans la tête ah là c'est sur la tête mais il n'est pas dans la tête allez l'idéologie sauf que Marx ne dit pas ça il dit il faut faire attention
2:05:13 les superstructures c'est pas rien c'est les formes sous lesquelles je cite les hommes prennent conscience des conflits et le mènent jusqu'au bout il n'y a pas d'infrastructures sans super structures et vice versa bien sûr mais le bien sûr il est accordé qu'il n'y aurait pas les super structures la pensée et tout ça s'il n'y avait pas les forces matérielles mais on oublie l'inverse donc je ne sais pas qui sépare la théorie de la pratique vous voulez dire qu'il y en a qui exagèrent l'importance des théories que d'autres l'importance de la pratique alors ça je suis d'accord avec vous c'est ce que condamne Hegel d'abord et avant tout c'est ce qu'appelle le Einseitigkeit l'unilatéralisme comme tout à l'heure celui qui jouait à fond la sécurité c'est la droite aujourd'hui dans son discours elle impose l'insécurité à tout le reste du monde pendant toute la guerre du Vietnam la droite parce qu'on me demande encore qu'est-ce que vous appelez la droite c'est incroyable enfin je veux dire pendant la guerre du Vietnam on ne va pas dire que c'est la gauche qui était partisane de la guerre et la droite qui était contre si la droite gaullienne
2:06:23 quelle petite marge dans la droite capitaliste mondiale on en revoit des choses vous voyez des clivages politiques je votais contre de Gaulle pendant tout temps qu'il était là donc j'ai le droit je suis quand même un peu mieux placé que les autres pour parler de ce que le parti communiste appelait à l'époque les aspects positifs de la politique étrangère du général je ne parle pas de ces mesures contre la sécurité sociale même s'il n'a pas fait la liquidation qu'en ont fait ses successeurs voilà mais sinon votre question est très intéressante mais elle nous fait revenir au débat au débat des sixties là je veux dire on n'en est pas là maintenant c'est le débat il est entre la droite et l'extrême droite je parle en Occident où nous sommes je ne parle pas de ces ponts qu'on jette en Chine dans des endroits à peine explorés sur des abîmes avec des machines je ne savais même pas que ça existait les machines comme ça ou des tunnels sous-marins non non je parle
2:07:33 je vous présume que vous aussi ce qui se passe chez nous Castoriadis c'est chez nous oui et quoi c'est un peu facile quand on est dans dans l'intelligentsia dans des cafés j'étais aussi je ne dis pas ça avec mépris c'est un peu facile de se distinguer du marxisme au pouvoir Sartre c'est pas ma référence absolue loin de là même si j'ai eu d'excellents amis qui étaient sartriens qui étaient un peu plus âgés que moi qui étaient à l'apogée de l'existentialisme mais Sartre disait qu'on peut avoir les mains blanches que lorsqu'on n'a pas de main il faut se mouiller jusqu'au coude et quand un marxiste est au pouvoir il fait des choses sous-entendu négatives que ne risque pas de commettre ceux qui ne sont que dans les mots les pensées et les abstractions je ne dis même pas les concepts parce que les concepts ce n'est pas abstrait le concept dit Hegel qui n'est que le concept n'est pas le concept voilà je l'ai dit
2:08:43 tout à l'heure l'idée n'est vraiment l'idée que lorsqu'elle s'extériorise voilà la dialectique tiens on me demandait des exemples tout à l'heure j'ai dit qu'il y en avait fourni plein on voit là un je ne sais pas que j'ai passé sous silence l'idée et le plus apparemment ce qu'il y a à l'intérieur produit des méninges pour parler naïvement l'idée n'est pas l'idée si elle ne s'extériorise pas un peintre sans tableau Van Gogh est autrement courageux quand il dit nous ne pouvons faire parler que nos tableaux un peintre qui est là tout le temps dans l'exposition en train de parler devant les journalistes ça c'est la rubrique des arts à France 24 par exemple j'ai voulu à cette époque là changer il n'a qu'à faire des livres Van Gogh dit nous ne pouvons faire parler que nos tableaux qu'est-ce que vous voulez que je rajoute si je pouvais faire mieux je l'aurais mis sur le tableau Geoffrey Joe ça fait plaisir en veille de Noël ici le capitalisme bénéficie du refoulement et du besoin de divertissement faut-il souhaiter une baisse du niveau de vie
2:09:53 pour espérer un retour d'une nécessité dialectique là tout de suite je réponds non je voudrais un peu aller vite ce soir parce que les questions sont très bonnes mais alors absolument pas ça ça s'appelle la politique du pire il faut que si les gens étaient plus pauvres ils râleraient plus contresens total réviser votre histoire où que ce soit il y a quelques moments de l'histoire les grandes révolutions les grands bouleversements c'est quand ça va bien lorsque tout d'un coup il y a le chômage de masse qui revient à partir des années 70 comme c'est étrange comme coïncidence 68 c'est le début des années 70 quand fleurissent tout d'un coup des idéologies comme l'écologisme je ne parle pas de l'écologie qui milite pour la décroissance au moment où comme par hasard le patronat a trouvé que la croissance ça commence à bien faire parce que ça ne va pas dans le sens qu'on veut les ouvriers coûtent trop cher à leurs yeux comment il dit Macron ça nous coûte
2:11:03 ça nous coûte une fortune je ne sais pas il avait une expression je crois un peu plus précise un argent fou je ne sais pas quoi bon bref attendez mais à partir du moment où je suis menacé dans mon emploi ça y est j'en trouve un bon c'est un peu à mi-temps c'est pas très bien payé mais je ne vais pas râler c'est quand ça va mal qu'on met les luttes en berne et qu'on essaie de s'en sortir par contre il y a des changements profonds lorsque plusieurs mécontentements non pas quand ils sont à leur paroxyme mais plusieurs mécontentements tout d'un coup de milieux très différents et d'intérêts qui peuvent être divergents par ailleurs mais se rencontrent sur certains points comme ça a été le cas et de la bourgeoisie et de la paysannerie à la révolution française alors que d'habitude elles n'étaient pas dans le même camp voilà je ne veux plus voir cette formule faut-il souhaiter une baisse du niveau de vie enfin demander aux intéressés demandez à ceux qui sont dans un niveau de vie à peine supportable s'ils veulent qu'on le baisse encore
2:12:13 et vous aurez la réponse et vous savez bien que vous serez le premier à dire non j'en connais qui dit c'était mieux avant et qui ne supporterait pas une demi-journée de la vie d'avant sauf dans la représentation qu'ils s'en font on a vu tout à l'heure que la représentation c'est le mode de l'imaginaire non pas du réel voilà alors ceci dit ce que je vais demander l'heure à Pierre-Alain pardon ou plutôt non non non je l'ai c'est pas la peine que Pierre-Alain se dérange je suis idiot alors je voudrais je sais bien qu'il est tard mais comme c'est la veille de Noël enfin nous approchons de la veille de Noël je pars demain en Bretagne où un ami à la gentillesse m'inviter je le dis d'ailleurs c'est notre ami vous le connaissez plusieurs d'entre vous le connaissent bien ils suivent je l'espère son excellent blog qui s'appelle le gros rouge qui tâche il s'agit de Benjamin le Loirne mais auparavant je voudrais tout de même
Le sermon de Noël du Rivage des Syrtes
2:13:23 vous parler de Noël et qu'on se quitte là-dessus et voilà depuis que quelqu'un a trouvé impayable que je quitte le champ pendant mes vidéos je remarque que je le fais systématiquement c'est pas volontaire je remarque après coup mais voilà alors allez soyons sérieux extrait du Rivage des Syrtes je ne vous fais pas le contexte ça nous prendrait des heures je ne sais pas mais le chef d'oeuvre de Julien Gracq pour lequel est le prix Nobel dans les années 50 le prix Goncourt dans les années 50 pardon refusé par Gallimard comme Proust bon bref et donc il restait toute sa vie fidèle à l'éditeur José Corti qui malheureusement dans la boutique a disparu malheureusement c'est l'époque glorieuse de l'édition française et la plupart des textes des romans de Julien Gracq
2:14:34 sont caractérisés par une attente une attente et ici bien sûr Rivage des Syrtes le narrateur je vais vite il est tard le narrateur et puis c'est simple voilà le pitch le narrateur est un jeune homme un peu de l'establishment on dirait aujourd'hui des milieux dirigeants d'une principauté disons les noms sont italiens mais qui est à la limite du monde oriental c'est actuel et du monde occidental de l'Europe et du monde musulman par exemple il existe d'ailleurs en géographie et l'auteur de son vrai nom Julien Poirier était professeur d'histoire et géographie au lycée Jean-Mathier-Soucien en 16e donc le narrateur s'ennuie des états d'âme de décadents de privilégiés et puis il a un chagrin d'amour et donc il demande par les relations de son père
2:15:44 etc la grande hiérarchie de la principauté pensait à je ne sais pas la Venise de l'époque Lampedusa voilà d'être envoyé sur le front des Syrtes parce qu'il y a plusieurs siècles la principauté a été en guerre avec en face en face c'est le désert c'est l'islam et le traité n'a jamais la paix n'a jamais il n'y a jamais eu de traité de paix qui a mis fin à cette guerre mais on s'est mis de part et d'autre d'accord pour cesser les hostilités et la guerre est mort de sa belle mort comme on aimerait que ce soit le cas par les temps qui courent c'est effrayant de voir à quel point l'ONU n'arrive pas à obtenir un cessez-le-feu quand on voit les massacres des innocents et le héros est envoyé au front des Syrtes comme observateur un peu espion enfin inspecteur inavoué qu'est-ce qui se passe sur le front des Syrtes où il y a une amirauté là qui somnole depuis qu'il n'y a plus la guerre depuis des siècles il n'y a plus que des pêcheurs d'éponges qui font des tournées
2:16:55 voilà bon je ne m'attarde pas sauf que les jeunes gens s'ennuient un peu dans cette c'est pas vraiment une caserne dans ce cantonnement un peu militaire c'est quand même une amirauté et en face des Syrtes de l'autre monde là-bas et temps en temps pour se divertir il y a une petite ville pas loin qui agonise un peu sur les lagunes on pense à Venise n'est-ce pas et il assiste et c'est pour ça vu le calendrier qu'il assiste à un prêche à la veille de Noël dans l'église Saint-Damas dans cette ville un petit peu qui agonise au bord des lagunes et où plein de rumeurs de ce qui se passe de l'autre côté là-bas et je vous le prends au moment où il voit le prédicateur monter en chair marchant vers la chair il ondulait donc il n'est pas encore en train de prêcher il ondulait entre les rangs
2:18:05 sans les toucher comme une flamme blanche puis quand il eut gravit les marches le buisson de cierge l'éclaira par-dessous et fit jaillir des mâchoires une dure ombre carnassière on ne s'attente pas à ça la part d'un prêtre la face entière semblait venir affleurer à la surface indécise de la nuit il se fit dans l'assistance un resserrement imperceptible aussi intime que des mains qui se touchent et je compris que le temps des prophètes était revenu il rappela d'abord regardez le crachin de bouquet commence il rappela d'abord d'un ton neutre et où se traduisait comme une hésitation de la située de la place très insigne que la liturgie accordait à cette fête de Noël et se félicita comme d'une marque particulière de la faveur providentielle qu'elle peut être célébrée pour la première fois depuis si longtemps en cette année avec tout son éclat habituel à Saint-Damas c'est une église qu'il a décrit avant avec des coupoles on pense encore à l'Orient ou à Venise à Saint-Damas mais une toute petite
2:19:15 Venise là sur les lagunes voix entre toutes les voix unies en cette nuit dont le chœur de l'église militante à laquelle fut toujours accordée une résonance particulière et dans le cœur de notre peuple une insigne efficacité fin de citation après cet exorde sans couleur la voix marqua une pause et s'éleva peu à peu plus tranchante et plus claire comme une lame qu'on tire lentement de son fourreau il y a quelque chose de profondément troublant on commence un sermon de Noël et pour certains d'entre vous allez comprendre pourquoi je fais ce sermon de Noël en ayant commencé par le massacre des innocents il y a quelque chose de profondément troublant et pour certains d'entre vous il y a comme une dérision amère à songer que cette fête de l'attente comblée et de l'exaltation divine de l'espérance il nous est donné de la célébrer cette année sur une terre sans sommeil et sans repos sous un ciel dévoré de mauvais songes et dans les cœurs étreints angoissés comme par l'approche
2:20:25 de ces signes même dont l'annonce redoutable est écrite au livre et cependant dans ce scandale de notre esprit auquel notre cœur n'a point de part je vous invite à lire frères et sœurs une signification cachée et à retrouver dans le tremblement ce qui nous est permis de pressentir du profond mystère de la naissance c'est au plus noir de l'hiver c'est au cœur même de la nuit que nous a été remis le gage de notre espérance et dans le désert qu'a fleurit la rose de notre salut ne soyons pas ingrats contre les migrants les migrants sont ceux qui ne peuvent rester là où ils sont là où c'est le néant là où c'est le désert ne soyons pas ingrats contre les bédouins le mot arabe à l'origine ne désigne pas du tout une ethnie
2:21:35 ou un peuple même pas une langue car ceux qui écrivaient cette langue dans l'arabe classique dans les grandes institutions arabes intellectuelles et religieuses de Kairouan en Tunisie ou du Caire mais en n'en parlant pas appelle arabe celui qui est dans le bled avec trois chameaux et deux moutons c'est une classe sociale l'arabe nomade il aimerait bien être sédentaire dans un palais n'est-ce pas donc n'oublions pas que c'est dans le désert comment il dit c'est magnifique n'est-ce pas qu'a fleurit la rose de notre salut en ce jour qu'il nous est donné maintenant de revivre Noël la création toute entière était prostrée muette la parole ne se levait plus et le son même de la voix ne trouvait plus d'écho dans cette nuit où les astres s'inclinaient au plus bas de leur course il semblait que l'esprit de sommeil pénétra toute chose je vais bientôt vous libérer vous allez voir on y arrive
2:22:45 il semblait que l'esprit de sommeil pénétra toute chose et que la terre dans le cœur même de l'homme se réjouit de sa propre pesanteur il semblait que la création même pesa à la fin de toute sa masse comme une pierre écrasante sur le souffle scellé de son créateur et que l'homme se fut couché de tout son long sur cette pierre comme celui qui tâte dans l'ombre vers la place de son sommeil car il est doux à l'homme de tirer le drap sur sa tête et qui d'entre nous n'a pourchassé plus avant ses songes et pensé qu'il pourrait mieux dormir s'il se faisait de son corps même une couche commode et de sa tête un oreiller il y a aussi des lits clos pour l'esprit et non pas seulement pour les corps ici en cette nuit je maudis en vous cet enlisement je maudis une terre trop lourde une main qui s'est empêtrée dans ses œuvres dans ses habitudes c'est Péguy qui disait le bois mort c'est les voix habituées une main qui s'est empêtrée dans ses œuvres un bras
2:23:55 tout engourdi dans la pâte qui la pétrit en cette nuit d'attente et de tremblement en cette nuit du monde la plus béante la plus incertaine je vous dénonce le sommeil et je vous dénonce la sécurité je vous souhaite en toute sécurité une fête merveilleuse et merci pour vos questions oui merci pardon juste un petit appendice très très court à l'intention encore de Laurent Melito dont je remercie qu'il m'ait servi un petit peu vous voyez de fanal tout au long de cette traversée de ce soir je précise que je vais en arriver et aux autres parce que je vois que d'autres me questionnent sur la dialectique et je les remercie parce que c'est pas une notion qu'on s'approprie d'une manière immédiate la prochaine fois je vais lire la toute première partie de la grande logique de Hegel qui voit la première dialectique à l'œuvre entre thèse l'être antithèse le néant synthèse le devenir le temps je vous souhaite une bonne nuit
2:25:05 je vous souhaite surtout de meilleures fêtes et je vous dis à 2024 si Dieu me prête vie et