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La fausse note : musiques populaires et musique people
0:00 Voilà, bonjour à toi Dominique. Bonjour Aymeric. Bonjour tout le monde. On avait prévu de parler des ghettos sonores, qui est une manière d'aborder… Oui, des ghettos sonores, c'est une notion en toute simplicité qui devrait commencer à devenir familière de la part de ceux qui suivent ce que j'en dis. Je me permets de renvoyer déjà à l'excellent court-métrage « J'en dis du bien » parce que ce n'est pas moi qui l'ai filmé, c'est notre ami Aliocha, avec la collaboration de Pierre-Alain, qui a travaillé notre site jusqu'à en faire sur Internet cette page très sollicitée depuis qu'il l'a mise au service du public avec une remarquable interactivité.
0:52 Donc, la même équipe avait tourné dans le domicile de notre camarade Jean-Hermé, d'ailleurs j'en profite pour dire qu'elle avait gentiment prêté son appartement, un court-métrage qui a pour titre « La fausse note », vous le trouvez soit sur notre site, le site de notre association dominiquepagani.fr, pardon pour l'autopublicité, et là c'est plutôt pour rendre hommage à ceux qui ont tourné le film, ou bien sur YouTube vous mettez Dominique Pagani, vous allez avoir une série et vous cherchez la fausse note.
1:28 Voilà, soit sur le site, soit sur YouTube, avec la fausse note, c'est un accès libre, et dans lequel je fais un petit peu le procès, au sens analytique du terme, pas pénal, le procès de la consommation musicale de l'immense masse des jeunes de la planète. Donc, première observation, j'ai dit de la planète, là je suis obligé de marquer un temps d'arrêt, parce qu'on me dirait, oui, ça y est, vous allez nous sortir les trucs élitistes, agacés par les musiques qui ont un grand succès populaire. Non, non, non, je ne vais jamais critiquer les musiques populaires, je dirais même le contraire.
2:10 Ce que je reproche aux musiques non pas populaires, mais people, pas au pluriel, parce que les musiques populaires sont extrêmement différenciées, quel rapport entre la polyphonie des îles Salomon, qui est d'une extrême richesse, qui est d'une complexité polyphonique qu'on n'attendrait pas de ce côté-là, si vous voulez. Je rappelle qu'en Nouvelle-Guinée, on maîtrise à peine le feu, je veux dire, puisqu'il y a le double handicap de la forêt vierge et de la très haute altitude.
2:43 Donc, il ne faut pas en déduire que les musiques sont simplistes. De même, chez les Pygmées, vous avez des polyphonies très complexes qui ont été écoutées. En revanche, ça peut être très simpliste dans des civilisations où, au contraire, on bénéficie de toutes les avancées technologiques. Mais justement, j'y arrive. Donc, les musiques populaires, il faut toujours en parler au pluriel, elles sont aussi différenciées, heureusement, que la diaprure culturelle étalée dans la géographie grâce à l'histoire.
3:22 Je rappelle au passage, parce qu'il aimerait un petit peu, dans la foulée de ce qu'il y a de négatif dans Lévi-Strauss, c'est mon point de vue, parce que je lui rends hommage souvent en particulier dans sa science musicale. Mais par contre, il a un peu tendance à étudier les cultures comme des espèces animales dispersées dans l'espace. Sans histoire. Au lieu d'accéder à leur vérité, qui est d'une riche diversité, je n'ai pas de la nier, mais déployée dans le temps.
3:59 Au point que, sinon, on tombe dans le contresens de croire que, ça y est, on a saisi la différence entre la culture, je dis n'importe quoi, ouest-africaine, puisqu'on est dans le n'importe quoi, et occidentale. En disant que là-bas, il y a encore un sens du collectif, de la famille, des solidarités. Alors, vous le trouvez dans nos campagnes il n'y a pas si longtemps. Oui, oui, c'est sûr. Souvent au détriment d'une autre collectivité, d'ailleurs. Parce qu'on est très solidaires dans la campagne, à condition de lyncher le premier étranger quand il y a un viol.
4:33 Je pense à un village de l'Ouest, pourquoi pas. Bref. Donc, on croit qu'on parle d'une authenticité africaine alors qu'on parle d'un moment dans le temps que toutes les cultures ont connue. C'est celui de la ruralité où il vaut mieux se serrer les coudes parce que sinon, le salut ne vient pas d'en bas. Voilà. Donc, je répète, j'oppose à la riche diversité des musiques populaires que non seulement je ne conteste pas mais qu'au contraire je compte bien défendre dans mon intervention sur les ghettos sonores.
Du rock'n'roll au disco : le grand renfermement
5:12 Mais je l'oppose à la, au singulier, à la musique people qui envahit la planète depuis en gros les années 50. On peut revenir sur les découpages depuis l'apparition de ce qu'on a appelé d'abord le rock'n'roll, puis qui est devenu par métonymie le rock désignant des musiques très différentes. Le rock'n'roll avait encore une alternance de temps et de contre-temps qui empruntait au swing, qui faisait une part de jazz. C'était, oserais-je le dire, un sous-produit du jazz déjà, ce qui est assez bien montré dans le film Bird, où l'on voit Parker complètement ahuri de voir arriver cette nouvelle musique avec le saxophoniste qui a cinq chevalières sur les doigts et dont Parker dit…
5:58 Est-ce qu'il sait faire plus de deux accords ce mec ? C'est son début. Le début du grand renfermement. Mais oui, je me sers de la formule de Foucault en l'inversant. Oui, il y a eu un grand renfermement. Oui, alors que c'était… il aurait pris ça pour une grande libération. Oui, bien surtout quand il était allé en Californie consommer de la mescaline, découvrir l'absolu dans les transes hippies.
6:32 Bon, il n'y a pas que ça dans Foucault, mais enfin, je veux dire, ça fait partie de la biographie. Moi, je n'y fais rien et puis je ne moralise pas. Il a parfaitement le droit de faire ce qu'il veut. Mais il ne faut pas confondre, comme dirait Hegel, l'absolu, comme avec la nuit où toutes les vaches sont noires, ou plus en français que où tous les chats sont gris. Donc voilà. Oui, le grand renfermement, mais vraiment presque au sens propre. Et ici, les barreaux de la prison seraient la barre de la mesure métrique qui caractérise ce qui est commun à toute cette musique.
7:05 People, elle a beau essayer de retrouver une factice diversité en changeant les noms, car rock est vite devenu twist, twist est devenu jerk, jerk est devenu… Après, en s'appauvrissant à chaque fois, plus ça s'appauvrit, plus les dénominations s'enrichissent ou se multiplient. Après, il y a eu le disco. Dans le disco, c'est carrément boum, boum, boum, boum, boum, boum. Alors là, il n'y a même plus de temps et de contre-temps. Et voilà. Ce sont ces musiques-là dont je me permets de faire le procès, encore une fois, d'une manière analytique dans la fausse note, en y procédant à l'inverse du procès qu'on leur fait d'une manière réactionnaire d'habitude.
7:48 C'est-à-dire qu'elle me casse les oreilles, elle me dérange dans mes habitudes. Moi, c'est le contraire. Je la trouve éminemment conservatrice. Immobile, elle n'a pas bougé depuis les années 50 en termes de métrique. Et en plus, elle s'est appauvrie en timbres, puisque à quelques exceptions près, si je compare surtout, c'est écrasant la comparaison à la richesse des timbres. Je suis uniquement dans le facteur timbre, ni dans le facteur paramètre, on va peut-être plus rigoureux, ni dans le paramètre rythme, ni dans le paramètre mélodie, ni dans le paramètre harmonie.
8:21 Pour l'instant, je suspends tout ça. Je ne retiens que le timbre. Ça fait 50 ans que les jeunes sont condamnés à ignorer la riche diversité de ce qui distingue, comme dirait Verlaine, le rêve au rêve et la flûte au cor. La flûte, le corps, le hautbois, le basson, la richesse de ces timbres et de leur diversité. Voilà une vraie diversité. ramener à la corde amplifiée. Je dis la corde amplifiée pour intégrer la guitare électrique et la basse électrique. Voilà. Alors après, tout est amplifié, le clavier lui-même, n'est-ce pas ?
8:52 Ce n'est plus moi qui fais le son, c'est l'ampli qui s'en charge. Voilà. Et surtout la monotonie des timbres. Ce n'est pas une critique. Ce n'est pas le fait qu'il n'y ait qu'un seul timbre, à la limite, qui est réducteur, puisqu'un quatuor à cordes, il n'y a quoi de plus monotone ? C'est une corde non amplifiée. C'est la corde non amplifiée, se divisant du premier violon jusqu'au violoncelle, dans le sens de la hauteur. Oui, absolument. Mais à ce moment-là… Mais il y a une diversité d'harmonie, de rythme.
9:24 Voilà. La monotonie du timbre est plus qu'équilibrée. Et c'est pourquoi le quatuor reste, y compris dans la musique contemporaine, la plus avant-gardiste. Je pense au quatuor de Ligeti, par exemple, au hasard. Qui a survécu une forme, un genre et une forme. On reviendra sur cette distinction musicale. Qui a survécu à tout ce qui a pu être aboli dans les avant-gardes. On ne fait plus de symphonie. On fait très peu de concerto, un petit peu plus que de symphonie.
9:56 On ne fait plus des passions, rarement des cantates. Mais le quatuor reste fondé par le bon père Haydn, que nous avons évoqué la dernière fois. Développé par Mozart aussi. Voilà, voilà. Et en hommage à Haydn. Mozart dédie ses quatuors à Haydn. Donc, qui arrive au monument impérissable, que sont le massif de quatuors de Beethoven, ceux de Bartók au XXe siècle, qui en sont comme une symétrie.
10:26 Et souvent, on a fait le parallèle. Il y a plein de merveilles, je ne veux pas tous les énumérer. Donc là, il y a une monotonie du timbre, largement rattrapée, comme tu dis très bien, par l'incroyable. Ça force le compositeur à être beaucoup plus dense et exigeant au niveau des surprises dans les mélismes, dans la mélodie, dans les hardiesses harmoniques et dans les ressorts rythmiques, dans la subtilité rythmique.
10:56 Et c'est pourquoi le quatuor reste une école, un petit peu un baccalauréat, qu'il faut passer pour être un bon compositeur. C'est un peu facile d'attraper le public avec une richesse de timbres, c'est un peu la couleur, c'est un peu comme un film en couleur par rapport à un film noir et blanc. Par contre, je veux dire, quand on n'a que le quatuor à cordes et qu'il faut faire un chef d'œuvre, là, il faut savoir écrire. Voilà, je rappelle. Donc, je ne critique pas la diversité des timbres, je critique la réduction sur tous les paramètres.
Rythme contre métrique : le code et le message
11:26 Tous les paramètres, oui. Le rythme réduit à la métrique, au TGV, ou plutôt même au train précédant le TGV, où on entend plus les secousses entre les rails. Le TGV, le sein de plus rapproché. Ou le rythme, ce qu'ils appellent le rythme, mais qui n'est en fait que la mesure, il n'y a rien de plus mécanique que la mesure. La mesure, c'est ce qui est écrit sur la partition avant même qu'on y ait couché une seule note. un papier à musique, c'est un papier où sont des signes.
11:58 Les mesures, on n'a encore rien. Les barres de mesure, on n'en prend pas forcément. Voilà, ça veut dire que le temps est divisé abstraitement en un a priori kantien, simplement. Et c'est après au compositeur. Et là, par contre, je rends hommage à Lévi-Strauss, de dire que tout le talent du compositeur, c'est d'anticiper sur cette métrique attendue par l'auditeur, soit en la retardant, soit en l'accélérant, enfin bref, en rattrapant tout en gardant une rigueur. Et donc, le rythme est plutôt ce qui s'oppose à la métrique, ce qui la surprend.
12:28 C'est aussi le talent des grands danseurs d'être toujours en train de, pardon pour le barbarisme, de challenger le centre de gravité, de prendre des risques par rapport à la chute. Challenger, c'est du vieux français. Ah ben, je te remercie. Merci pour la validation. Non, je fais un peu canadien. Voilà, c'est ça. Québécois. D'où les syncopes, effectivement. Salut nos amis outre-Atlantique, où j'ai pas mal de… Pardon ? D'où les syncopes où on joue avec, mais sur la barre de mesure.
12:59 Ça ne tombe jamais juste, justement. Exactement. La syncope est une des formes les plus fondamentales de cette tentative du bon compositeur de prendre en défaut l'attente de ce qui devrait être évident dans l'attente de l'auditeur. Et bien sûr, l'auditeur est frustré et comblé, n'est-ce pas ? Par ce jeu entre… Allez, soyons clairs, entre le code et le message. Voilà, encore une dialectique.
13:30 Voilà, exactement. Une tension à tenir entre deux paramètres. Voilà, j'en profite pour rappeler, ça vaut ce que ça vaut, tout ça est approximatif, mais que Lévi-Strauss, ça fait une tripartition qui n'est pas si mauvaise du répertoire musical, ne serait-ce que pour s'en tenir au répertoire classique, en disant qu'il y a des musiciens du code, des musiciens du message et des musiciens du mythe. C'est sa tripartition. Il donne un exemple, Bach est un musicien du code, on comprend en gros ce qu'il veut dire.
14:01 il commande perpétuellement un code, en étant une étoile de première grandeur, dans la manière justement où il le… Il le pousse jusqu'aux extrémités. Il fait toujours semblant de le transgresser à la dernière minute. Donc, on a vu un exemple l'autre jour avec le canon de l'art de la fugue, où il y a cette blue note surprenante. Donc, Bach est un musicien du code, Beethoven est un musicien du message, typique, Beethoven est assez indifférent, pas au timbre, mais enfin, je veux dire, ce n'est pas ça qui est le plus intéressant.
14:32 Qu'est-ce que c'est que les timbres d'une symphonie de Beethoven par rapport à ceux de la musique russe, par exemple ? Il y a très peu de couleurs orchestrales. Ravel, par exemple. Mon Berlioz. Merci pour ta corrélation. Les Français et les Russes, toujours en relation d'équivalence en musique, c'est très curieux. On peut confondre Ravel et Prokofiev par moments. On ne va jamais confondre un musicien russe avec un musicien allemand. Avec un Français, ça arrive souvent. Et d'ailleurs, je prolonge ta parenthèse, sous le lien Debussy-Moussorgski, par exemple.
15:03 Non, mais on disait à Stravinsky, avouez que vous avez pompé Debussy. À quoi Stravinsky répondait ? J'ai rendu à la Russie ce que Debussy lui avait pris. Il avait pris, oui. C'est bien, c'est bien. On ne va pas compter les points. On va être comme les enfants à qui il a commencé. Mais enfin, c'est vrai que c'est deux écoles qui se font écho. Donc, il y a une richesse orchestrale, une palette incomparable. Et ce qui n'est pas le cas chez Beethoven, tu fais « Tant, tant, tant, tant, au piano », c'est le même message.
15:36 Ça n'a pas perdu de sa force. Ça interpelle immédiatement. Ou ça pourrait être fait par un chœur d'hommes, tout d'un coup. Mais même Wagner au piano, ça rendrait très bien. Bien sûr. Tristan au piano, ça donne presque Bill Evans s'il y avait la rythmique appropriée, quoi. Oui, c'est ça. Exactement. D'accord, bien, Jazzy. Voilà. Donc, au niveau, pauvreté des timbres, ramené à la corde amplifiée à très peu de choses près.
Pauvreté des timbres, des rythmes et des mélodies
16:08 Avec de temps en temps un cuivre qui vient visiter, comme ça, avec une note à la quinte, une à la dominante. Pardon, à la quinte et à la dominante, c'est la même chose. À tonique et à la quinte. À la tierce. Je donne un exemple, ça me fait rire tellement. Accord majeur, accord mineur, mais aucune septième. On va dans un tube dont tout le monde se souvient de Claude François. Pour un flirt avec toi, je ferais n'importe quoi, si vous vous rappelez. Pas que ce soit le Claude François, mais c'est pareil, oui, je comprends. Non, mais… C'est trois accords majeurs, je pense.
16:38 Quand on s'interrompte, il y a trois trompettes malheureuses qui font « Taratata taratata taratata » Voilà, on s'est mis à ça. Je veux dire, on est loin du concerto pour trompettes de Telemann. Pour s'en tenir là, et n'en parlons pas, de l'intervention de la trompette dans le merveilleux premier concerto pour piano de Chostakovitch, où le pianiste dialogue même avec le trompettiste qui vient s'interposer comme autre soliste dans ce merveilleux concerto.
17:09 Je recommande le final en particulier. Donc, pauvreté est d'état. Pauvreté rythmique absolue puisque le rythme est ramené à son degré zéro qui est la mesure, et dans la mesure, la mesure binaire. Pourquoi est-ce que le reconnaissant est encore à quatre temps ? Pardon ? Pourquoi le reconnaissant est encore à quatre temps et quand est-ce qu'on passe aux deux temps en fait ? Non, non, non, je ne parle pas binaire au sens des mesures, au sens…
17:40 Non, non, je veux dire binaire au sens arithmétique. Arithmétique, oui, c'est vrai. Que ce soit deux ou quatre, d'accord ? C'est les musiques de la symétrie, voilà ce que je veux dire, arithmétiquement. L'impair est toujours plus subtil. Une valse est toujours plus subtile qu'une marche militaire. Les marches militaires sont toujours à deux ou quatre temps. Exactement. On peut passer de deux à quatre, l'américain, grâce au swing apporté par la syncope d'origine des esclaves, les work songs des plantations de coton.
18:21 Les américains ont souvent transformé en deux-quatre le 4-4 des marches militaires. La marche de… Voilà, et puis il y a un petit contre-temps. Donc, pauvreté des rythmes, pauvreté des timbres. la mélodie, n'en parlons pas, des fois, ça se résume à une seule note.
18:57 Ou alors une rengaine. À deux ou trois, ou alors à la rengaine la plus simple qui soit, avec les notes les plus fondamentales de la gamme. On tourne le dos à tout ce qui peut être créativité. Parce que je ne veux pas qu'on fasse un contresens, que je dise que oui, il faudra qu'une musique soit complexe et difficile pour vous intéresser. Il y a dans Schubert comme dans Mozart des mélodies d'une simplicité. Pas de plus simple que ça.
19:28 Mais justement, ça va être l'objet d'une variation pas possible. Mais voilà ! Tu connais la sonate où il y a eu une variation ? On ne peut rien te cacher à ta culture musicale, oui. C'est l'énoncé du thème suivi par une série de variations ahurissantes qui finissent par donner... Pardon, pardon, j'ai un fil entre les deux doigts.
Années 50, États-Unis : naissance du ghetto sonore
19:58 Voilà ! Donc, pauvreté des thèmes, pauvreté mélodique, pauvreté harmonique, ce ghetto. Qui a enfermé les jeunes dans ce ghetto ? Là, ça devient intéressant. Car chronologiquement, ces ghettos commencent dans les années 50. Dans l'immédiat après-guerre. Je n'ai pas dit qu'avant, il y avait une excellente musique de variété. Il y avait des nullités, souvent posées comme telles, des chansons faites pour rigoler, une salle de music-hall.
20:28 j'ai la rate qui se dilate, j'ai le foie. Bien sûr, je veux dire, c'était plutôt du spectacle que des concerts qui étaient plus intéressants par la complicité humoristique de l'auditoire que par le contenu proprement musical qui n'étaient pas venus pour ça. Dans la chanson, il y a des platitudes comme il y a des chefs-d'œuvre absolus qui égale les sommets des répertoires dits nobles.
21:04 Je veux dire, le temps des cerises tant au niveau des paroles que de la mélodie et des harmonies qui devraient l'enrichir qui n'a pas pris une ride et il n'y a rien à reprendre. Je veux dire, il n'y a rien à rajouter. Donc, voilà, il s'est passé quelque chose à partir des années 50.
21:37 D'abord, comme par hasard, ça nous vient d'outre-Atlantique. Il y a donc une date, une chronologie, voilà pour le temps et il y a un lieu, voilà pour l'espace. N'est-ce pas ? Ça vient quand même de ce qui s'est tout d'abord appelé le rock'n'roll. Et je fais remarquer que les premières grandes vedettes, celles qui multiplient les ventes, sont blanches. Ce qui parle des fois a priori, mais je veux dire, c'est Bill Haley, un peu avant Elvis Presley, on croit toujours que ça commençait avec Elvis.
22:09 Bill Haley, Elvis Presley, bien sûr. et il a fallu des années avant qu'un Ray Charles commence à être connu. Et Ray Charles disait, moi, ce qui ne m'insupporte plus que tout, c'est la manière dont je suis pillé. Je pense à un tube comme I Got a Woman qui a fait un des grands succès d'Elvis Presley, qui ne l'a jamais cité, mais qui est une composition de Ray Charles. Comparer les deux versions, c'est accablant. Voilà, je ne dis pas pour qui, vous n'avez qu'à écouter, ce sera vite vu.
22:41 Donc, c'est là qu'on voit que l'art d'interpréter, soit dit en passant, c'est la même chanson, c'est la même mélodie. Mais Ray Charles s'accompagne au piano, on oublie toujours que c'est un extraordinaire clavieriste, puisqu'il joue l'orgue, bien sûr, aussi bien que le piano. Et il a un grand défaut, c'est que ses solos sont un peu courts. On aimerait bien avoir que ça dure un peu plus. Donc, ça commence aux États-Unis dans le début de l'après-guerre immédiat, comme les années 50, c'est-à-dire le début de la guerre froide.
Une classe d'âge visée et la sublimation empêchée
23:23 Je ne dis pas qu'il y a relation de cause à effet, je ne suis pas dans le mécanisme. Je ne fais pas l'injection de sens. J'établis des corrélations. En tout cas, il n'y a rien d'inexact dans ce que je dis. Ça commence dans les années 50. Ça vient des États-Unis et ça vise une classe d'âge. En tout cas, les premiers articles qui disent « Oh là là, on a cassé tous les sièges dans une salle de concert à Nice. » Ça a commencé comme ça, je me rappelle. Moi, j'étais gamin. Et oserais-je le dire, j'étais attiré par cette rumeur.
23:53 Je n'avais pas encore entendu une note qui prouve bien que ce n'est pas musical d'attirer ce cité. Il y a déjà, et ça, j'emprunte ici à les analyses de Clouscard, bien sûr, il y a déjà une posture, une imitation machinale qui est proposée en modèle comportemental. J'avoue que j'avais envie d'aller casser. Vous savez, quand on a 12 ans, je veux dire, je m'acharnais contre les plantes de mon jardin avec une épée en bois. Je veux dire, à cet âge-là, on a des pulsions destructrices qu'il vaut mieux.
24:27 Heureusement, sans aucun moyen. C'est ça. Une parenthèse, toi qui as une merveilleuse ribambelle d'enfants, tu dois bien t'apercevoir que je ne sais plus, je sais bien qu'ils ne veulent pas acheter des jouets agressifs à leurs enfants. Je ne sais pas moi, un pistolet en plastique avec des flèches en caoutchouc, etc. Il vaut mieux qu'ils exercent leur agressivité pour du beurre, comme on dit chez les enfants, sans que ça compte. D'accord ?
24:57 Parce que si cette agressivité ne trouve pas d'exutoire, elle risque de s'exercer non pas pour du beurre mais pour de bon plus tard. Voilà. Je veux dire, il y a un moment, il n'y a qu'à voir la légende de Saint-Hubert, le patron des chasseurs, qui a commencé par exterminer je ne sais pas combien de centaines de cervidés et tout, dans la légende. Jusqu'au jour, il a vu le cerf pour lui échapper faire un bond au-dessus d'un abîme ahurissant. et il avait une croix entre les deux cornes. Enfin, c'est une légende, bien sûr, médiébal et chrétienne.
25:28 Mais voilà, puis il a renoncé à la chasse ou bien sûr à Perceval, simplement, qui blesse la merlette et qui voyait trois gouttes de sang sur la neige. donc, j'avais 12 ans, j'étais déjà, j'avais déjà envie de faire partie de ces jeunes qui cassent des fauteuils, c'est pas grave de penser ça, dans une salle, alors que je n'avais pas encore entendu une note de cette musique. Il n'y avait pas encore la télévision qui se reproduisait, voilà.
26:01 Donc, ça vise une classe d'âge. celle où il y a une pulsion agressive, ce qui n'a rien de péjoratif. D'ailleurs, c'est ce qu'on appelle de l'ingénierie sociale, c'est exactement ça. La puberté est une montée d'adrénaline, je n'y peux rien, la puberté est la classe d'âge visé. J'ai dit 12 ans, c'est pré-pubertaire. La classe d'âge visé, c'est celle où une montée d'adrénaline, je ne suis pas spécialiste, c'est une subsubstance qu'on me pardonne.
26:39 Mais je veux dire, qui, en tout cas, alors là, je quitte le monde physiologiste qui n'est pas ma partie pour le champ symbolique, il est bien connu que la libido est une réserve d'agressivité. Bien sûr. Que le tout est de la sublimer, pour prendre un concept freudien, de telle sorte que, en ce moment, elle ne fasse pas de dégâts, mais qu'elle soit gratifiante. Voilà.
27:09 Restons là avant de devenir égrillards Et, mais, donc, il y a bien une classe d'âge visé et il y a un appauvrissement terrible. Je viens de lâcher le mot. Je vais parler de sublimation. Une atteinte terrible au potentiel de sublimation présent à chacun de ces enfants, de ses jeunes. Oui, mais c'est vrai. Car cette agressivité attends, Beethoven est mille fois plus brutale que ne l'a jamais été aucun rock, par moment.
27:42 Je dis bien le mot parce que ça lui correspond. Mais Beethoven peut surprendre avec un fortissimo au moment où on s'y attend le moins, au moment où on était dans le rêve en train de s'endormir. Comme il n'est pas un lyrique, on l'a déjà vu, il n'est pas essentiellement un lyrique comme un Schubert ou comme beaucoup, comme la plupart des romantiques, comme un Brahms ou un Chopin, et que c'est un dramatique au moment où, en tant qu'auditeur, on s'enferme dans un des sentiments dans lesquels il nous a berçés. Il peut tout d'un coup nous réveiller avec une brutalité.
Hypothèse : écologisme, métrique et ontologismes
28:13 C'est propre justement du compositeur. Je crois que c'est ça la différence entre le compositeur et le faiseur de musique. Je crois que c'est bien ça, c'est que composer, c'est passer d'un moment à l'autre. Tu cherchais un équivalent pour la musique de l'histrion pour le comédien. Oui, voilà, c'est exactement ça. Donc, il y a bien une genèse de ces ghettos. Là où j'en parle un peu plus de gravité, c'est que je vais jusqu'à dire, je le dis pour l'instant gratuitement, parce que je veux rester dans la chose musicale, je ne veux pas trop élargir le débat sur d'autres champs, mais je formule l'hypothèse, on aura peut-être l'occasion de l'étayer au moins par séquence, que l'écologisme, je dis bien l'écologisme, pas le souci légitime de notre environnement, bafoué par la rage de destruction ou l'exterminisme, pour parler comme Georges Gastaud du capitalisme.
29:23 Donc, l'écologisme, par contre, et son naturalisme hyper conservateur, rétrograde, voire fascisant, l'écologisme, la métrique issue du rock dont nous étions en train de parler, issue du rock à l'origine, celle des ghettos sonores, et les autres formes d'ontologisme de la race, de la couleur, des minorités visibles, comme on dit, de la lutte entre les genres.
29:59 Il est bien connu que les ennemis des femmes, c'est les hommes. Les hommes ont fait de terribles torts à Madame Lagarde, ou à Condoleezza Rice. Je parle de femmes, qui sont des criminels de guerre ou de paix, comme on voudra. Je dis ça parce qu'après le passage de Madame Lagarde, les vieilles Estoniennes, leur retraite a été ramenée à 50 euros il y a une quinzaine d'années. Il y a une dizaine d'années. Il y a une femme aux FMI, donc ça va bien.
30:30 Voilà, voilà, on est bien d'accord. Et beaucoup plus récemment, c'est-à-dire, jour dernier, Madame Yellen, dans le futur cabinet de Biden, n'est-ce pas ? Voilà. Je veux dire, une femme peut être beaucoup plus destructrice à l'égard du genre féminin. C'est le cas. Autant, autant. Je ne sais pas, mais autant, oui. Madame Condoleezza Rice, je veux dire, a été un faucon et qui est à l'origine de la famine de bien des fillettes de l'Irak.
31:03 N'est-ce pas ? Non, non. Madeleine Albright aussi, Madeleine Albright. Voilà, Madame Albright, c'est une championne. Elle a même justifié, cette famine. Ah oui, oui, par là, eh bien oui, sous-entendu, faire une omelette, il faut casser les œufs. Les œufs, il y en avait des femmes dans les œufs. Ah, ça oui. Bon, donc, cet ontologisme-là, celui de la femme comme genre, comme biologiquement, celui de la couleur, comme si Obama ne pouvait être qu'un démocrate puisqu'il est noir.
31:38 Oui, oui, c'est fait. Alors, il faut qu'il ait été fonctionnaire en Indonésie. Alors, il n'a plus déclenché de guerre que cette crapule de Trump. Mais qu'il y ait une crapule non masquée, c'est toujours un peu moins dangereux qu'une crapule masquée. C'est personnel, j'assume. Ce sont des crapules et des ordures dans tous les cas. Tu m'as dit quoi ? Je t'ai interrompu. Non, non, c'est juste que les parents d'Obama étaient présents pour la CIA en Indonésie. Mais bien sûr, mais bien sûr, bien sûr. Non, non, mais c'est...
32:08 C'est quelqu'un qui avance masqué, mais pas pour les mêmes raisons que Descartes. Donc, encore une fois, le fait de rester comme ça, de viser une classe d'âge au moment de la guerre froide et en l'empêchant de sublimer en faisant tout pour toutes ces réductions dont on a parlé qui étaient descriptives jusqu'à maintenant.
On n'entend que ce qu'on attend : Autumn Leaves
32:45 D'accord ? Après tout, j'ai montré qu'il peut y avoir dans Schubert ou dans Mozart des mélodies hyper simples sans que ce soit peu... Mais non, on réduit un facteur, mais on réduit tous les autres. On réduit tous les autres. Voilà, voilà. En même temps, musique, timbre, rythme, harmonie... Quand tous les paramètres sont appauvris, c'est extrêmement grave. Ça veut dire que... Je vois les dégâts que ça fait, scientifiquement, je les vois au niveau auriculaire. Je l'ai développé dans la fausse note, mais il est bien connu pour tous ceux qui ont fait une étude, y compris le behaviorisme, c'est extrêmement précis, avec des mesures et des expériences de la chose sonore, qu'on entend que ce qu'on attend, qu'il y a des...
33:30 que la perception est prédéterminée par des grilles culturelles. C'est évident en linguistique, ce que je dis. Je me rappelle d'une expérience faite dans un contexte behavioriste, justement. Je l'avais trouvé sous la plume de Watson, où il était précisé qu'on fait entendre à quelques Européens de nationalités différentes, à un Portugais, à un Tchèque, à un Écossais, à un Polonais, peu importe, on leur fait écouter, ils tournent le dos à l'expérimentateur qui frappe des coups sur une table à intervalles réguliers et qui en accentue tous les trois ou tous les deux temps, je ne m'en rappelle plus, peu importe, qui en accentue un, à un moment donné.
34:12 Et on pose la question à chacun, voilà les preuves, sur quel temps porte l'accent. Tout entendu, sur le deuxième, sur le troisième, sur le quatrième. Personne n'est d'accord, bon sang ! Première chose, premier résultat, personne n'est d'accord. Deuxième résultat, non seulement les réponses ne sont pas distribuées au hasard, parce qu'on pourrait penser que l'un a l'oreille bouchée, j'en sais rien. Elle dépend de l'accent tonique ? Chacun répond en fonction de la place de l'accent tonique dans sa langue.
34:42 Ça s'appelle des attentes perceptives pré-structurées. Oui, c'est ça. Pour la musique, encore plus. Et je donne un exemple précis dans le court-métrage de La Fausse Note. Je prends la mélodie bien connue, qui est devenue un standard de jazz, mais qui, pour une fois, est d'origine parisienne, grâce au grand amour de Miles Davis que plus Juliette Gréco, comme elle vient de disparaître il n'y a pas si longtemps, c'est une manière de lui rendre hommage.
35:13 Tout le monde connaît cette mélodie. Voilà, j'ai fait une cadence, ce qu'on appelle une cadence harmonique. Je suis parti de la tonique et j'y suis revenu, en passant par quelques tonalités voisines. Tout mes notes et retour à tonique. Miles Davis, dans un enregistrement célèbre, un des premiers qu'il fait avec Coltrane et son fameux quintet, fait ceci. Il termine sur la tonique, oui.
35:45 C'est pareil, pour l'ensemble. Voilà. Exactement, il déjoue notre attente complètement. C'est certain. Sauf que ce Mi bécarre est tellement près du Mi bémol qu'on aurait dû faire que c'est comme une appoggiature. C'est bien une sensible, en fait.
36:34 C'est la sensible de la dominante, c'est la sensible de fa. Alors qu'on est en Sol mineur, c'est-à-dire avec Si bémol comme relatif majeur, n'embêtons pas les gens avec de la technique. Mais en tout cas, c'est aussi scandaleux qu'une sensible de l'ancien régime. C'est-à-dire, c'est-à-dire, c'est condamné de la musique modale. Donc, ce que je suis en train de montrer là, c'est que j'ai fait l'expérience avec des jeunes.
37:05 Ils entendent tous, ils entendent, ils ne voient pas que, c'est ça. Ils s'attendent tellement à ce qu'ils se retombent sur la tonique qu'ils restent sur des fondamentaux dans leur oreille et dès qu'une musique un peu plus complexe s'en écarte, à peine un peu plus riche, s'en écarte, ils ne l'entendent pas. Et pourtant, on n'a pas joué sur le quart de ton, on est resté dans la division du clavier bien tempéré. Un exemple très basique, très très basique exprès.
37:38 On voit les dégâts qui se font ici au potentiel auditif. Je ne fais pas un procès comme ça d'esthète en disant, oh là là, ces musiques sont pauvres. Non, c'est bien plus grave. C'est-à-dire que... Le pire, c'est que tu as pris un exemple qui est presque une blague en fait parce que c'est un exemple appuyé justement, c'est un clin d'œil en fait, ce fait de changer à ce moment-là pile. Bien sûr, bien sûr.
38:10 Donc, cherchez-le sur YouTube, vous avez ce que vous voulez. Autumn Leaves, n'est-ce pas, la traduction littérale des feuilles mortes, des feuilles d'automne. Miles Davis, Autumn Leaves, vérifiez que c'est bien la version avec Cannonball Adderley parce qu'il a enregistré 36 fois ce thème. Et là, dans cette version-là, avec rien moins que Bill Evans au piano quand même, on entend cette fameuse fausse note, entre guillemets, n'est-ce pas ? Cette fausse note magistralement calculée, comme dirait les jeunes, par Miles.
38:42 Voilà. Donc, voilà tout ce dont on se prive pour faire passer ensuite, pour faire écouter un jeune des musiques autrement plus complexe que cette petite infraction qu'on vient de voir. C'est comme soulever le poids de Sisyphe. Pour soulever un poids si lourd de Sisyphe, il faudrait ton courage. Voilà. Oui, il pensait, exactement. Mais c'est pas peu dire.
Médias, Radio Classique et dialectique de la liberté
39:13 Donc, quand je parle de ghetto sonore, je fais allusion à ça. Et je constate aussi les niveaux médiatiques. La séquence musique dans les grandes chaînes médiatiques. Les chaînes radio, mais essentiellement, bien sûr, le plus souvent, les chaînes de télévision. La rubrique s'appelle, et maintenant, nous passons à une rubrique musique et on prend la spécialiste ou le spécialiste de musique.
39:44 Ce n'est plus que ces musiques-là. On pourrait penser que ce serait l'occasion ou jamais, vu le rôle éducatif d'un média de masse comme la télévision, que ce serait l'occasion de sortir, pas les jeunes seulement, mais le public en général, mais surtout les jeunes, mais pas seulement, de ce ghetto et de leur faire accéder à ce que les multinationales. Oui, tout à fait. Je pense même à un autre ghetto. Tu te branches sur Radio Classique sur ta voiture.
40:15 Tu as toujours les mêmes tubes. D'une certaine manière, tu as un mouvement de sonate, mais tu n'as pas toute la sonate. Donc, quelque part, tu perds l'entièreté du propos. Et c'est toujours les mêmes mouvements qu'on est censés connaître. Mais ça se veut rassurant, en fait. Parce que c'est vrai, tu as l'impression que tu es conforté dans une sorte de demi-culture, en fait. C'est un véritable ghetto aussi. Oui. Parce que ça nous force à faire une philosophie, à rappeler un peu les éléments d'une philosophie de la musique.
40:46 On est là pour ça. à savoir que, comme on l'a vu tout à l'heure, tout le plaisir à écouter de la musique vient d'un certain dosage entre ce qui est attendu et ce qui est entendu. D'un décalage. Il y a un dosage de décalage. Une dose de décalage entre ce qui est attendu et ce qui est entendu. Tout à l'heure, je faisais une espèce de boutade sous forme de maxime en disant on n'entend que ce qu'on attend.
41:23 On va bien l'attendre plus, cette fausse note. Donc, autrement dit, il y a toujours un décalage et un âge n'entend plus. Oui, ça va mieux ? Qui bug ? Oui. Attends, il y a un décalage pas de souci.
41:54 Allô ? Oui, écoute, non, c'est bon, j'ai repris la connexion. Non, non, j'en... Donc, on fait un petit trou pour... On ne comprend pas. Écoute, il n'y a rien qui explique ça. On fait un petit trou pour le montage, voilà. Oui, oui, bien sûr, c'est pas... Oui, il y a donc toujours un décalage entre le code et le message pour généraliser. Entre ce qui est attendu, ce qui est de l'ordre du code, et le message. C'est là qu'on voit que les enjeux philosophiques sont considérables.
42:27 C'est le rapport qui est entre liberté et contrainte. La dialectique de la liberté et de la loi qui sont inséparables. Rousseau parle de la liberté comme l'obéissance et non pas comme le fait d'obéir à rien ni à personne. Je pense à Rimbaud qui est un grand moment de la révolte, sinon de la révolution, où il dit « C'est rire aux parents que de rire au soleil, mais moi, je ne me rire à rien et libre-soi, c'est infortune. » Ou comme il dit dans une magnifique correspondance, « Moi, ce que j'aimais, c'était la liberté libre. »
43:01 Et Rousseau montre, alors là, on passe de la révolte à la révolution, justement, que être libre, comme il dit quelque part dans l'Émile magnifiquement, c'est moins faire ce qui nous plaît que ne pas dépendre du travail de l'autre. Et d'obéir à la loi qu'on s'est prescrite, et non pas qu'on vous a prescrite, bien sûr, qu'un maître aurait prescrit arbitrairement et par la force. Donc, je suis en train de rappeler que la musique de Bach, autour duquel il y a un quasi-consensus de la quasi-totalité des musiciens, pour dire que c'est vraiment le patron, comme on dirait en Afrique, est très tôt, contrairement à ce qu'on pense, je veux dire, les baroqueux essayent de se constituer face à un romantisme qui serait le début de la fin de la musique, le mauvais goût, etc., alors que ce sont les romantiques qui ont créé la vogue de la musique baroque.
Bach redécouvert par les romantiques
44:03 Nous sommes en histoire de la musique, il faut s'attarder sur des choses comme ça. Oui, c'est vrai. La passion selon saint Matthieu, un des sommets, pour parler comme Furtwängler, de toute la musique occidentale, la passion selon saint Matthieu était tombée en désuétude sous la génération d'un Beethoven, par exemple, pratiquement à l'époque de la mort de Bach et même dans ses dernières années puisque déjà ses fils l'appelaient la vieille perruque. Et puis, c'était plus sensible parce qu'il était en train de venir à la forme sonate, à la nouvelle sensibilité qui est beaucoup moins exigeante en matière de complexité d'écriture, en particulier contrapuntique.
44:38 qui a joué pour la première fois en concert et non plus pour l'office religieux pour lequel elle avait été commandée au départ la passion à l'office de Pâques, bien sûr, du vendredi saint, qui, Mendelssohn, un romantique, devant un auditoire bouleversé, composé exclusivement de générations romantiques, a joué à Leipzig solennellement, ce qui ne se faisait plus depuis bien longtemps, la passion selon saint Matthieu.
45:12 Beethoven avait toujours le clavier bien tempéré sur son piano. Schumann a toujours vécu dans le culte de Bach. Schumann est un grand critique. Et tous les grands musiciens postérieurs à Bach, qu'ils soient amateurs de contrepoint ou pas, finissent toujours par y revenir dans la phase finale de leur œuvre. Je pense bien sûr au fugue qui se multiplie dès la dernière sonate de Beethoven et dans les quatuors. sans même parler de la grande fugue, puisque je parle des quatuors ?
45:42 Je parle des fugues qui sont dans les… surtout dans les… 109, 110, 111 et je ne parle pas des multiples, innombrables fugatos, c'est-à-dire des séquences fuguées qu'il y a dans d'autres sonates. Et quant à Schubert, il prend des cours de contrepoint. Sa courte vie, le pauvre, il meurt à 31 ans. Il prend des cours de contrepoint quelques mois avant sa mort. C'est la dimension qu'il semblait à lui-même lui manquer.
46:16 Mozart, l'anecdote est bien connue, Mozart était un grand pote de Jean Chrétien, le fils de Bach, et en visite un jour chez Jean Chrétien, c'est lui qui le raconte, Jean Chrétien, il voit le tout jeune Mozart qui a 16 ans, ébahi devant les partitions que vient de lui sortir le fils de Jean Sébastien, les dispersant sur les tapis et émerveillé devant l'écriture fuguée. Ce qui va nous donner des chefs-d'œuvre soit comme l'adagio et fugue en ut mineur de Mozart. Bien sûr, le plus grandiose exemple c'est le final de la symphonie Jupiter, le final de sa dernière symphonie de la 41e, le Köchel 551, mais aussi la merveilleuse fugue à laquelle se ramène la quasi-totalité de l'ouverture de la flûte enchantée.
Vogue baroque et rock : une même métrique sécurisante
47:06 Et puis ça passe aux autres voix et ça passe par tous les timbres. Bon. Donc, tout ça pour étayer ma thèse, c'est la postérité de Bach qui a créé la vogue de la musique baroque. Pourquoi je m'attarde ? Parce que je reviens à mon rock'n'roll et au ghetto sonore. C'est tout de même incroyable que la chronologie nous oblige à dire que c'est mesurable. On n'est plus dans la doxa, dans l'opinion, ni dans les jugements de valeur. Que la vogue du répertoire baroque intervient dans les années 50 au moment où le rock apparaît pour un autre public.
47:43 C'est curieux. Ce qu'ils ont de commun, c'est la métrique. Comme c'est curieux. Pas le rythme, le rythme est bien plus complexe chez Bach que dans le rock'n'roll. Mais, le point commun, c'est que la métrique est invariante d'un bout à l'autre du morceau. Le... Ça ne bouge pas jusqu'à la fin du mouvement. Furtwängler le dit très précisément dans ses entretiens sur la musique. Dans Bach, le rythme n'est jamais un élément indépendant.
48:16 On le voit bien là. Sauf que là, c'est le contraire du rock. C'est-à-dire qu'on ne se contente pas de la mesure. On est tout le temps en train d'avoir les syncopes extraordinaires chez Bach. La syncope des cors dans le premier brandebourgeois d'où l'envie irrésistible de danser. on croirait quelquefois avoir la transcription sonore de la noce de Bruegel, de la noce de paysanne de Bruegel.
48:49 Donc, c'est quand même curieux que tout d'un coup, dans l'après-guerre, une certaine bourgeoisie qui, grâce au plan Marshall, retrouve quelques-unes de ses habitudes de confort et de consommation. On sait que je n'ai rien contre la consommation quand ça se fait au détriment du producteur, du créateur des marchandises que celui qui envoie le moins la couleur. Cette bourgeoisie-là découvre, tout d'un coup, redécouvre ce répertoire qui avait été négligé pendant le siècle précédent des quatre saisons de Vivaldi, de Bach, n'en parlons pas.
49:31 Le retour à Bach a précédé au XIXe siècle, tout ça. Albinoni. Et le fameux Adagio d'Albinoni qui a été le tube le plus diffusé dans les années 70-60 et qui est un fake. Le public, le sait rarement, c'est composé par un contemporain, Giazotto, qui a arrangé une vague basse continue où il n'y a pas du tout les cordes sirupeuses qu'il y a dans la version qu'on a fait passer pour être celle d'Albinoni.
50:01 Voilà. Le génie, c'est d'avoir fait du faux vieux, en fait. Voilà, voilà, exactement. du faux vieux, oui, du toc. Il y a quelque chose de profond, là. Je veux dire, je cesse d'ironiser. Comme si, que ce soit sur un mode sophistiqué, je ne dis pas noble, c'est les jugements de valeurs sociaux, c'est-à-dire le répertoire baroque, ou que ce soit les ghettos sonores appauvris à l'extrême qu'on réserve aux jeunes des banlieues, par exemple, n'empêche que la métrique est la même.
50:38 Comme si ça correspondait à un besoin de sécurisation, car la métrique régulière a surtout pour fonction de faire en sorte que la séquence de temps qui s'ouvre devant moi n'est pas menaçante, puisque je peux la prévoir, elle se répète à l'identique. Quand vous avez du côté une mesure d'un rock pendant trois secondes, vous pouvez être sûr que les autres vont suivre. Il ne va pas y avoir de rupture. Voilà. La rupture dans l'histoire de la musique, tu la dates de Mozart, je crois, concernant la sonate ?
Haydn et Mozart : la rupture de la métrique continue
51:13 De cette métrique-là ? La rupture de cette métrique-là, le fait qu'on joue complètement sur le silence. Il y a silence et silence, effectivement. Disons, j'avais dit la dernière fois, je le rappelle, que Haydn est le premier à faire une entorse à cette métrique continue, à la basse continue. Oui, oui, tout à fait. À la basse obligée, on dit, en termes musicologiques. Basse chiffrée qui sera une technique reprise par le jazz.
51:46 Nous voulons chier pour les accords exactement comme à l'époque baroque. Oui, Haydn, quand je dis le premier, attention, laissons aux spécialistes le tout premier. Ce n'est pas une question de chronologie pure. Il y en a toujours un avant qui avait fait de timides essais. En fait, la forme sonate, par exemple, c'est Haydn le premier qui lui procure des chefs-d'œuvre par ses compositions. Mais il est inconnu que c'est l'école dite de Mannheim avec des compositeurs moins connus comme Stamitz qui ont mis la forme au point à ce moment-là.
52:18 Voilà. Il y a donc deux naissances pour une forme musicale. Il y a sa naissance proprement chronologique, matérielle, si l'on veut, et puis sa naissance, les premiers chefs-d'œuvre qui font résonner cette forme. Donc, Haydn est le premier qui produit des ruptures dans le récit musical, des interrogations sans réponse immédiate, des résolutions retardées, qui traduit bien la nouvelle forme d'inquiétude qui commence à poindre dans la modernité exposée ailleurs, je pense, en littérature, à ce qu'on a appelé l'école du Sturm und Drang, préromantique, si on préfère.
53:06 Par contre, je suis réalisé en concerto pour clarinette, ce qui est... Il y a des moments où cette rupture devient bouleversante et grave comme enjeu sous la plume d'un Mozart. Et effectivement, dans le concerto pour clarinette qui est son ultime, une de ses toutes dernières œuvres, Köchel 620 et quelques fois, dans son final, très précisément, qui est une espèce de rondo où le clarinettiste montre tout son savoir-faire, ses cabrioles, c'est le but d'un concerto à l'époque.
53:50 Le final doit laisser l'auditeur sur une note gaie, donc plutôt un peu comme un... Surtout quand il n'y a pas de scherzo, c'est le cas du concerto, sur une note qui tranche avec la mélancolie du mouvement lent, qui est quasi paradisiaque dans le cas du concerto pour clarinette, pour rompre avec cette fascination dans la mélancolie, on a remarqué que la clarinette comme timbre et la tonalité de la majeure et celle de ce concerto sont toujours connotées à la sensualité chez Mozart.
54:29 On le retrouve bien sûr dans l'admirable quintet avec clarinette et corde qui est en la majeure aussi et le concerto pour piano en la majeure et baigne aussi dans une espèce de mélancolie d'automne d'une volupté, pas une mélancolie mortifère, pas du tout, au contraire. Donc, langueur, voilà, très 18e. Or, dans ce final, ces cabrioles, ces rondeaux, ces gammes, ces fusées, ces arpèges, tout d'un coup, s'interrompent.
55:08 Un ange, je ne sais pas combien d'anges passent et le rondeau reprend comme si rien ne s'était passé. Comme si Mozart, tout d'un coup, a été gagné par une lassitude. Comme s'il disait « Est-ce que je vais pouvoir assurer jusqu'au bout mon rôle de musicien courtois qui fait son final, qui laisse l'auditeur sur une autre... » Il les plante pile au mauvais moment, en fait. Il a des pudeurs anti-romantiques, s'il en fut.
55:42 Cette fois, au sens laudatif, ou comme a très bien vu quelqu'un, les larmes perles chez Mozart, elles ne coulent pas. Et c'est le cas de ce passage du concerto pour clarinette auquel tu faisais allusion. C'est bizarre parce que, par rapport à la sensibilité du XVIIIe, en plus, le fait que les larmes ne coulent pas, c'est une extrême retenue parce que quand on pense à Rousseau qui revenant de la maison où il a vu Diderot et où il a son intuition par rapport à... Si c'était que Rousseau, comme tu disais, vraiment un truc d'époque, Diderot, de verser des larmes de baleine de Greuze.
56:17 Je baignais mon gilet de larmes. Tout à fait. Parce qu'il a une intuition en télécolle. Voilà. Et quand il revient lui-même, il s'aperçoit que son gilet est mouillé. Voilà, c'est ça. Voilà. Donc, on parle beaucoup du 18e. C'est une donnée. Et Diderot s'extasie devant les tableaux de Greuze où tout le monde pleure. Devant le décembre de Herb-Horibon. Ah non, il y a quelque chose d'époque, c'est sûr. Et... On dit que tout finit par des chansons, mais tout commence par des larmes aussi.
56:52 Mais chez Mozart, il y a évidemment l'imprégnance du style galant, comme on disait à l'époque. Bien sûr, bien sûr. Et puisque je parlais du final de la Symphonie Jupiter tout à l'heure où il retrouve la maîtrise d'écriture inouïe de son grand-ancêtre Jean-Sébastien, son grand-prédécesseur, on a parlé à ce propos de ce mouvement, de l'union sans précédent du style galant et du style savant. Voilà, la réunion des deux.
Un trou noir : la musique people rase les musiques populaires
57:22 Bon, on voit bien tous ces paradis musicaux, n'est-ce pas, dont on prive, j'y reviens, des millions de jeunes générations en les enfermant dans un ghetto. Je crois qu'on comprend de plus en plus précisément ce que j'appelle le ghetto, un peu comme un trou noir. Une des caractéristiques est d'une telle densité gravifique que même la lumière n'arrive pas à en ressortir. Plus cette musique est martelée et je reprends ce que je disais tout à l'heure dans les médias, la rubrique musique maintenant, au lieu de parcourir au moins plusieurs genres musicaux.
58:02 Je ne sais pas, comme le lundi, la rubrique musique porte sur le classique, le mardi sur le jazz, je dis n'importe quoi, le mercredi sur les musiques du monde, à faire écouter les musiques de Gnawa marocaine, je ne sais si le monde est riche ou de la musique accompagnant le théâtre traditionnel japonais. Puis le jeudi, un rock'n'roll, le vendredi, un rap, il y a de quoi faire. Non.
58:32 C'est toujours les mêmes groupes, d'une lamentable monotonie et d'une pauvreté musicale ahurissante qui occupent la rubrique musique dans les grands médias de masse. Ce n'est même pas l'heure des jeunes, c'est l'heure de musique. C'est sans précédent, je veux dire. C'est la première fois dans l'histoire de l'humanité qu'on écoute les mêmes rengaines, les mêmes refrains, les mêmes morceaux, pour parler comme iTunes entre 22h et 2h du matin dans une boîte de nuit à Tokyo, à Abidjan, à Montréal, à Buenos Aires, à Paris.
59:14 Autrement dit, et là, je retourne à la critique qui dirait vous défendez les musiques élitistes contre les musiques populaires, c'est l'inverse. Cette musique people a rasé la riche diversité des musiques populaires. Ça ne s'est jamais vu dans l'histoire et encore moins dans la géographie. Une musique populaire, là, je développe maintenant, je donne un embryon statut philosophique à ces mots-là, qu'on emploie bien souvent sans les réfléchir.
59:44 Il y a au moins deux sens de musique populaire qui non seulement sont différents mais peuvent être opposés. Une musique est soit populaire parce qu'elle est l'expression d'un peuple déterminé, ainsi, je vais te parler des polyphonies des îles Salomon tout à l'heure, c'est la musique des peuples qui habitent cet archipel. La musique populaire du Finistère n'est pas la même, je pense aux instruments qui sont tout ce que vous voulez sauf la harpe celtique qui n'a jamais existé en Bretagne, soit dit en passant, ça c'est très people.
1:00:29 Il n'y a jamais eu de harpe celtique en Bretagne. Bon, par contre, les Vieilles Charrues, on va vous faire croire, n'est-ce pas ? Et puis attention, je me fais lyncher si je dis ça là-bas parce qu'il y a des enjeux économiques et commerciaux maintenant, avec ces festivals et ce régionalisme qui va toujours avec les mêmes dimensions, régionalisme, anti-jacobinisme, bien sûr, régrès. on a vu les gilets rouges, les bonnets rouges, non ? C'était les bonnets rouges en Bretagne ? Voilà.
1:00:59 Du super-poujadisme, enfin bref, je m'arrête là parce que sinon je vais m'échauffer. une musique populaire justement, premier sens, c'est l'expression d'un peuple déterminé. C'est tout un patrimoine ici qui est en jeu. Et donc forcément divers car la musique populaire à base d'accordéon dans le nord-est, par exemple, avec la polka ou la mazurka, est bien différente du tango qu'on écoutait à Toulouse.
1:01:29 Oui, tout à fait. dans le sud-ouest en général et à Toulouse en particulier. Tout ça a été rasé. Maintenant, à partir des années 50, c'est soit les Beatles pour tout le monde, soit les... C'est sans précédent. Donc voilà, je veux dire, on n'en parle jamais. Or que c'est des phénomènes strictement extraordinaires, soit en termes historiques, soit en termes géographiques, j'en parle.
1:01:59 Il se plaît. que à cause de nos déchets dans l'océan, à juste titre, il se plaigne, que ça a supprimé des tas d'espèces de la faune sous-marine mais aussi de la flore et qu'il ne reste plus qu'une seule variété d'algues qui ne pousse que... Cette musique, c'est l'équivalent de ça, comme un cancer. Elle a supprimé toutes les autres formes de vitalité pour s'étendre comme une hydre appauvrissante.
Éducation musicale et world music
1:02:29 Voilà, je t'ai interrompu. Non, non, je vois une contradiction entre l'accès possible à ces musiques parce que tous azimuts, finalement, et le fait que ça ne se fait pas. Mais c'est aussi quand même lié à l'éducation musicale qui n'est pas... qui devrait être répartie de manière assez... l'éducation de l'oreille. Enfin, je crois que c'est ça aussi qui n'a pas suivi. C'est que... Il y a l'accès technique, en fait, qui développe pas des forces productives qui ont travaillé par la rapport de production où, justement, l'éducation musicale, c'est toujours ce qui vient en dernier.
1:03:02 C'est toujours ce qui... Alors que... Pourtant, ça fait partie de l'être même de l'humanité. De même que les peintures de Lascaux montrent bien qu'on est une espèce qui parle, on est aussi... qui fait de la musique. Je pense même que depuis la préhistoire, on voit des instruments. ça fait partie de notre être. C'est même une négation de ce qu'on est que de privé de musique ou alors de simplifier jusqu'à la caricature. Et il me semble que oui, cette contradiction, elle est là. C'est qu'à la fois, l'accès est possible et l'envie d'y accéder est réprimée.
1:03:36 Mais c'est une contradiction du mode de production dans laquelle on vit, il me semble. Au moins. Au moins, c'est ça. Je n'ai pas la solution en disant ça, mais au moins, on essaye de montrer le problème. Et voilà, bien sûr, le plus important, c'est ce que tu commentes. Mais voilà, c'est un peu pour résumer ce que ça m'évoque. Je vais marquer un silence pour le montage parce que je vais me faire réchauffer un café si ça ne te dérange pas. Oui, très bien.
1:04:06 Excellent. Voilà, parce que je tiens la suite. ça va être 33 secondes. Oui, oui. Une ressucée du café de ce matin. Bon, je crois que c'est important ce chapitre. Oui, oui, tout à fait. Là, j'enregistre toujours a priori parce que sinon j'aurais des problèmes pour le classement. Tu fais ce que tu veux au montage après.
1:04:36 Oui, oui. ou Pierre-Alain dans ce que je voudrais. Je ne sais pas comment vous vous entendez. Oui, oui, je lui envoie tout. Ne t'inquiète pas, c'est jamais perdu avec lui. À ce propos, on fait bien en parler. Il faut que je te parle de quelque chose très rapidement. Oui, oui. Attends, mais ça enregistre toujours Dominique. Alors, je ne sais pas, mais il y a des... D'accord, d'accord. Pardon. On en parlera après. Je couperai après. Oui, un truc qui intéresse les éditions Delga.
1:05:07 Voilà. Là, j'ai mis à 52 secondes, ça ne doit pas être trop long.
1:05:42 Merci.
1:06:12 Désolé. C'est vrai que l'éducation musicale, je le vois bien, même en France, il y a au moins, à partir du collège, je crois qu'il y a au moins une heure de musique dans tous les collèges par semaine. Oui, une bonne séquence laxiste, il faut se mettre à la portée des enfants. Oui, il y a différentes manières d'escamoter pour.
1:06:42 Ce que je dis est injuste pour certains qui essayent de se battre contre ce grand renfermement, je veux dire, il y en a. Oui, c'est sûr. Mais c'est malheureusement une minorité. Alors, justement, je... Je pense que ce qui manque le plus, c'est l'aspect militant dans cette éducation-là, et c'est pour ça que tu as raison. Résistance, voilà. Il faut nommer l'ennemi parce que sinon, on... Sinon, on est dans la démagogie et on perd le sens même de ce qu'on est censé enseigner.
1:07:13 Donc... Il faut nommer l'ennemi parce que quand on parle de world music, par exemple, c'est qu'une manière d'être en face avec ce que je dis, l'audative. Il y a bien une musique du monde qui a donc supprimé la riche diversité populaire. On oublie que le world, le monde, ce n'est pas un monde sans maître. Ah non, c'est certainement pas. Donc, c'est la musique d'un seul.
Le centre musical du Niger : une demande supérieure à l'offre
1:07:43 C'est la musique du maître. Ein Welt, ein Reich, ein Führer. C'est vraiment... Alors, musicalement, ça ne s'est jamais vu avec une telle efficience. C'est ça. Alors, tu soulèves le problème didactique, d'y lutter par l'enseignement musical. Dieu sait ce que j'ai essayé dans ma vie. D'abord, ça a été ma fonction et mon rôle comme chef de projet du Centre Musical au Niger, qui a fonctionné grâce à vos impôts puisque c'est l'Union Européenne, n'est-ce pas, qui est finie.
1:08:17 Je m'étais si bien payé, je vous remercie. Et entre nous, je veux dire... Bon, je crache un peu dans la soupe vis-à-vis des anciens employeurs, mais enfin, il faut être clair. Je veux dire, l'Union Européenne, il faut voir dans quel état est le Niger, où ce centre s'était installé, ou le Mali, et équivalent parmi les plus pauvres du monde, comme par l'équipe des PMA, les pays les moins avancés. Ces acronymes savoureux qu'on retrouve dans les organisations internationales, d'aide au développement, en fait, d'instruments qui ont surtout bonne fonction de les maintenir dans le sous-développement.
1:08:56 Non mais, c'est vrai quoi, on se dispute comme des chiffonniers entre Français, Allemands, Anglais, Japonais et Coréens pour savoir qui va vendre ses camelotes. Il ne manquerait plus que le Nigeria, avec ses 150 millions d'habitants, rentre dans la danse. Oui, oui, oui. Qui est fou ? C'est une expression très familière à Abidjan, de l'homme de la rue. Qui est fou ? J'ai entendu, c'est pas pour se fabriquer un concurrent de plus. On a déjà du mal avec ceux qui sont...
1:09:26 Oui, bien sûr, oui, exactement. Ça ne veut rien dire l'aide au développement, enfin, quand même, tant que ce n'est pas fait par des collectivités démocratiques, bien sûr, entre elles. Oui, oui, je crois. Ce n'est pas Comic-Con, en tout cas, c'est sûr. Ben voilà. Donc, c'est quand même pas un hasard de remarquer que quand on veut enseigner justement, établir une résistance à ce diktat sonore, au début on est handicapé par ce que je soulevais tout à l'heure, l'oreille s'est appauvrie.
1:10:10 Mais quand on insiste et quand on prend son temps, je n'ai jamais vu un seul jeune qui soit pas enthousiasmé par les choses qu'on lui fait découvrir. Autrement, ils ont une demande bien supérieure à l'offre qu'on leur propose. Voilà le nouvel énoncé que je vous tenais. Je prends une métaphore, ce qui vaut ce qu'elle vaut, enfin une comparaison, une métaphore qui vaut ce qu'elle vaut. Mais un gars qui sort de tôle et qui a mangé ce qu'on imagine pendant longtemps, prenons plutôt une tôle dans un pays en voie de développement pour que ce soit encore plus vrai, puis ils donnent un quignon de pain rassis, c'est comme une brioche quand il sort.
1:10:51 C'est la fameuse énoncée de Hegel, la facilité avec laquelle l'esprit se satisfait, on peut mesurer l'étendue de sa perte. Donc ces gars-là sautent sur la première musique venue parce qu'ils ont une demande qui est investie à la moindre offre qu'ils trouvent dans leur proximité, malheureusement. Donc il faut enrichir l'offre qui va au-devant de cette demande. Voilà le centre de l'enseignement musical.
1:11:21 Et je n'ai jamais vu, au contraire, je me rappelle d'un gamin au Niger, je dis un gamin, il avait 17 ans. Je rappelle que ce centre était dans un quartier populaire et qu'il était pratiquement gratuit, il y avait une inscription symbolique, mais je veux dire, vu le niveau de vie moyen du Niger, il ne s'agissait pas de faire une école payante. Donc c'était des gens qui venaient socialement, du néant socialement, pas sociologiquement, et venant un peu de toute la région.
1:11:55 Il y en a qui fuyaient les massacres au Libéria de leurs petits frères qui venaient se réfugiés dans des pays où il n'y avait pas la guerre encore à l'époque. Depuis qu'on fait ce que nous savons en Libye, toute la région est affuillasse, malheureusement. J'ai eu le plaisir de le retrouver il y a quelques semaines. Il a quitté le Niger, il fait carrière à Abidjan, il donne des cours de piano grâce à la formation qu'il a reçue dans le centre à l'époque. Et je me rappelle de lui parce que ce gamin-là, qui ne connaissait des musiques occidentales que Vanessa Paradis, je parle des succès de l'époque, je veux dire, il y a pire, il y a meilleur, mais qui ne connaissait que la tisane que leur offre Radio France Internationale ou tout ce à quoi ils peuvent se raccrocher.
1:12:43 Je me souviens qu'il s'était entiché de Debussy, il avait commencé à… et aussi des Mikrokosmos de Bartók, très pratiques pour cette forme de résistance auquel tu faisais allusion. C'est une méthode d'apprentissage de la musique, avec des morceaux très simples techniquement au départ, qui tout de suite jouent sur d'autres échelles sonores, y compris même que celle du mode d'ut, donc c'est inespéré. Or, ce garçon-là me disait « La larme à l'œil, monsieur, vous n'avez pas d'autres partitions des impressionnistes français ? »
Musiciens de rock, musiciens de jazz et Jimi Hendrix
1:13:23 Quelques semaines auparavant, il ne connaissait que la tisane des variétés de Radio France. Oui, ça va très vite en fait. C'est quand même extraordinaire quoi. Donc ça, c'est plutôt confortant. Oui, tout à fait. Et peu de fois, j'ai vu des musiciens de groupes de rock, des guitaristes, des batteurs, surtout des responsables de clavier, je dis ça parce que ce n'est pas des pianos, la plupart du temps c'est des synthés.
1:13:55 Et même pas des pianos numériques, parce que moi je n'ai rien contre les pianos numériques, mais des synthés carrément. Qui sautaient sur des musiciens de jazz après un concert de Nougaro. Nougaro est un des chanteurs qui a été le mieux accompagné depuis l'après-guerre. Il était accompagné par la fine fleur des musiciens de jazz français. Je pense à Maurice Vander au piano qui se joue toute l'œuvre complète de Schumann une fois par hiver pour garder la main, par exemple.
1:14:25 Qui est un immense improvisateur de jazz. Je pense à Eddy Louiss qui est accompagné sans doute le plus grand organiste de jazz de l'Europe occidentale. et qui à 16 ans était une des voix masculines dans le fameux groupe vocal des Double Six. Donc c'est une élite jazzistique qui accompagnait les chansons de Nougaro, qui s'y connaissait très bien. Je l'ai rencontré d'ailleurs une fois, j'étais avec le poissonnier Luis Chiavo, dans un club jazz qui n'existe plus, qui s'appelle Riverbop, tout près de Odeon.
1:15:02 et qui devinait en quelques secondes à l'introduction de trois notes de piano sur quel thème le pianiste allait attaquer. Il avait une grande culture jazzistique. Or, pourquoi j'en parle ? Parce que les musiciens de rock sautaient sur les musiciens de jazz. C'est lui qui m'a raconté ça. C'est Maurice Vander. Non, c'est René Urtreger, c'est pareil. Le Bud Powell français, comme on l'appelait. qui me disait, mais il vient de nous demander comment tu fais cet accord-là ?
1:15:37 Qui peut le plus, peut le moins. Exactement. Quand on voit la diversité harmonique, rythmique et mélodique d'un pianiste de jazz, c'est sûr que le musicien de rock, il se dit, tiens, je pourrais peut-être varier les effets en lui demandant comment il fait. Il ne faut pas se contenter de faire vraiment du basique quand on me demande de faire un A mineur septième. Il y a multiples manières de le réaliser. Je donne un autre exemple. Si il y a une idole absolue de la guitare au niveau people, c'est Jimi Hendrix.
1:16:11 J'écarte même les raisons extra-musicales qui font que c'est une idole people. Je reviens à la drogue, comme on m'a parlé de casser les chaises tout à l'heure. Au départ, ce n'est pas tellement la musique qui fait son principe. Le côté maudit qui est toujours… L'alors jeune, oui. Il y a un fait aussi d'excellents musiciens. Parker avait l'honnêteté de dire, je n'ai jamais si mal joué que lorsque j'étais shooté. Oui, oui. Il faut être clair. Bon. Et…
1:16:43 Et quand un des plus grands pianistes classiques, ça m'y fait penser, très peu connu de grand public, parce que ça remonte aux années 30, mais quand un des météores de l'histoire du piano contemporain, si je prends le 20e et le 21e siècles, je pense à Josef Hofmann, très peu connu de grand public, qui est d'origine polonaise, malgré son nom allemand, mais qui a vécu aux États-Unis, qui a été un ingénieur, qui a fait des inventions, qui avait une mémoire prodigieuse, qui a dû…
1:17:16 à qui une fondation, les dames patronesses américaines ont interdit à son père de le faire jouer, parce qu'il était trop jeune. C'était une enfance… Et donc, il a interrompu l'étude de piano pour le reprendre à 18 ans. Il était en tête de tous les… Joseph Hofmann. Regardez sur YouTube, il y a quelques enregistrements, hélas pas assez, très ingrats au niveau technique, mais alors, on est stupéfait de ce qu'il fait, de morceaux qu'on croyait bien connaître. Regardez ce qu'il fait de la première ballade de Chopin, ou de la quatrième plutôt, je ne crois pas qu'on est la première, par lui, c'est ahurissant.
1:17:50 bon… Or, il quitte la scène à un moment donné, vers les 70 ans, parce qu'il est alcoolique. Là, il commence à accrocher. Comme disait Parker, je n'ai jamais si mal joué que j'étais shooté. Mais il y en a pour qui, au contraire, ce serait dans la drogue qu'il puiserait son inspiration. Jimi Hendrix, même quand il est en forme, un guitariste qui connaît son instrument, enfin, je veux dire, il faut vraiment n'avoir jamais entendu un quart de solo d'un Jim Hall, d'un Kenny Burrell, je parle parmi les guitaristes de jazz, de James Barney Kessel, de Charlie Christian, bien sûr de Wes Montgomery, ou de Joe Pass, qui a passé 15 ans en prison, parce que je crois qu'il avait été dans une bande qui avait tué un policier, et qu'en est ressorti le premier guitariste de sa génération, qui fait d'admirables duos avec la guitare sèche et Ella Fitzgerald, une version de Lush Life, ahurissante, voilà.
1:18:55 Sans compter toute la grande tradition de la guitare manouche inaugurée par notre Django national, pour lesquels, Outre Atlantique, on a le plus grand respect encore maintenant, soit dit en passant. On a du mal à se contenter de la montée et la descente des accords du blues par Jimi Hendrix, qui les fait très bien ces montées et ces descentes, mais enfin, c'est autrement plus monotone et appauvri. Je sais que je suis sacrilège en disant ça, les gens sont tellement pas écoutés, ils sont sincères !
1:19:29 Ils sont bluffés par sa technique, c'est vrai que bon, il sait comment fonctionne une guitare, mais ça fait beaucoup moins difficile que les gens que je viens d'énumérer, mais qui ne donnent pas l'impression que c'est difficile, ils ne font pas l'esbroufe. Ils ne montent pas les arpèges à toute vitesse, non, c'est pas ça, mais ils prennent des risques harmoniques, mélodiques, on revient sur la même chose, et rythmiques, qu'on voit rarement dans la musique de Jimi. Voilà pour ça. Mais même si c'est ça, les années 70, tu avais vraiment une virtuosité qui était encore appréciable dans le rock, avec comme tu dis, souvent des solos qui étaient raccourcis.
1:20:08 Absolument. Mais par exemple, les solos ont complètement disparu après les années 80. Ils ont commencé par se réduire, avec moins en moins de notes et disparaître totalement. Tout à fait, bien sûr. Bien sûr. Le rock'n'roll le plus séquant. Un autre point, le principe de la cadence, par exemple, la virtuosité d'un instrument, c'est quelque chose qui venait en droite ligne du concerto, finalement. C'était fait pour ça, il y avait une petite plage de temps dans laquelle le soliste devait montrer tout ce qu'il pouvait. Voilà.
Le geôlier du ghetto et ses bénéfices
1:20:38 Exactement. Ça fait partie de la culture militée. Qui a été la plupart du temps improvisée et qui, à partir de Beethoven, a commencé à être écrite. Voilà, c'est ça. Il arrive que Beethoven propose trois cadences au choix aux solistes dans ses concertos. Voilà. Donc, encore une fois, quand je parle de ghetto, ce n'est pas une image prise au hasard. Ça veut dire qu'il y a un maître. Ça veut dire qu'il y a un geôlier. Ça veut dire qu'il y a un intérêt. Parce que ces jeunes-là n'ont pas eu de se disséminer dans la région. Ça veut dire qu'il y a une punition.
1:21:09 Ça veut dire… Ça veut dire qu'il faut toujours s'inquiéter des musiques populaires laissées à elles-mêmes, et non pas ramener à la monotonie de la music people. Oui, tout à fait. Il faut oublier le rôle des chants révolutionnaires pendant la Révolution. De la Carmagnole à la Marseillaise et j'en passe. Et où le succès d'un Béranger dans les années 1840-50, je veux dire, il faut voir le succès de ces chansons dans l'opposition de l'époque.
1:21:44 Et Gavroche meurt en chantant. Bien sûr. C'est la faute à Voltaire, c'est la faute à Rousseau. Je suis tombé par terre, c'est la faute à Voltaire. Le nez dans le ruisseau, c'est la faute à Rousseau. Et si l'on crève à terre, il y a plutôt, et ainsi de suite. Donc, il y a multiples bénéfices de l'opération ghetto sonore. D'abord, la pulsion agressive est privée de toute sublimation.
1:22:16 Et donc, l'amateur de rock se tape la tête contre les murs en mesure. Autant dire, ça fait du bien quand ça s'arrête. Je ne sais pas, mais je veux dire, mais c'est terrible. Je pense ici surtout, c'est tragique ce que je veux dire, mais... Dès la chute du mur de Berlin, on a vu des individus d'origine africaine qui étaient nombreux, comme échanges étudiantins dans la République démocratique allemande, se faire massacrer de battes de baseball dans les faubourgs de Dresde ou de Leipzig par des skins, comme on dirait.
1:22:48 Or, ils ont une musique à eux, c'était le hard rock, le métal, le heavy. Parce qu'on pouvait faire des nuances dans ces ghettos. Dans cette pauvreté sonore, elle n'a pas... Elle n'a pas tout à fait les mêmes contenus et n'y la même forme, bien sûr, selon qu'on s'échange des pétards dans un luxueux appartement du 16e, et là, on va écouter le chant des baleines, faire des musiques planantes. Alors que le heavy metal sera réservé au pauvre gamin de banlieue ou celui qui a 18 ans quelque part en Lorraine, après trois générations de chômeurs et d'industries, là encore, arrasées et détruites, tourne avec sa mobilette dont il a scié le tuyau d'échappement pour faire du bruit, c'est la seule manière de compter finalement d'agacer les passants.
1:23:41 Autour du monument aux morts, on se demande ce qu'on va faire. Et ceux-là écoutent du heavy metal, bien sûr, et en veulent aux nègres, aux rebeux, etc. Voilà, on retrouve toujours les mêmes contenus. Donc, c'est intéressant aussi de voir que ça se répartit selon les publics. Le latino qui met tout le monde d'accord. Le latino, c'est le supplément d'âme car il y a un dérangement, il y a un after beat, un contretemps, qui se prête mieux à la danse, donc à la convivialité, disons, au partage.
1:24:19 Et depuis toujours, la génération de mes grands-parents écoutait la rumba. Puis ça a été le tango. chronologiquement, la biguine, la musique, c'est pas d'aujourd'hui que les Caraïbes. Maintenant, ça a été à partir d'une certaine génération. Ça s'est enrichi de nouveaux rythmes. Mais je veux dire, il y a toujours eu, parallèlement au hard, à la métrique hard dont j'ai assez suffisamment parlé, l'origine anglo-saxonne nordique, j'ose pas dire barbare, il y a toujours eu le supplément d'âme apporté par la composante latino.
1:25:04 Et c'est ce qui fait que, pendant longtemps, avant Castro, Cuba était le bordel de la bourgeoisie. Oui, c'est une division du travail, une répartition des tâches, en fait. Voilà. Haïti, celui des homosexuels de Floride, américains en général, états-unien pour être précis. Cuba, tous les mutes, n'est-ce pas ? Ça se voit même dans le football, par exemple.
1:25:34 Il y a une manière de jouer, américaine, qui est agréable à voir, tout simplement. Parce qu'on n'est pas dans le catenaccio, on n'est pas dans les gens qui jouent tous sur la force brute, en tirant le coup. Il faut bien se dire, parce que la musique et le sport étaient les deux seuls échappatoires possibles pour une jeunesse afro-américaine pendant longtemps. Comment s'en sortir du ghetto, alors là, du ghetto, au sens le plus propre ou le plus sale, comme on voudra qu'il soit, et de se dire si c'est terrible dans des coins comme Chicago, c'était soit de devenir un des grands sprinters de l'époque.
1:26:12 Je constate là encore, c'est pas dans le tennis ou la natation qu'ils se sont disponibles. Ça demande des équipements, ça demande des pays à haut niveau de vie. C'est pas un hasard. Si les grandes médailles d'or de la natation et le tennis pendant des générations, ça a d'abord été les Australiens, les Africains du Sud blancs, et ainsi de suite. Si tu survoles en avion le Cap ou Melbourne, il y a des mosaïques de piscine. Alors évidemment, il y a des fouillis. Ça dit que là, il suffit de son corps. L'athlétisme. Puis le basket.
1:26:44 C'était les voies d'échappatoire. Puis le football américain. Ça et le jazz à l'époque, c'était deux manières. Faire danser les foules de blancs la soirée. On retrouve même dans le jazz, il paraît que la habanera est une des sources parmi d'autres du jazz. Donc on retrouve aussi... La quoi pardon ? La habanera. Bien sûr, bien sûr. Et qui a fait des petits jusques dans le classique.
Question d'un auditeur sur la techno ; danger et espoir
1:27:14 Il y a des habaneras chez Ravel, il y en a il y en a chez Chabrier, il y en a bien sûr. Voilà. Donc, je crois qu'on peut en rester là pour ça. On pourrait s'étendre longtemps, mais je tenais à tirer un peu une sonnette d'alarme, contre, je répète, contre ce cancer appauvrissant. Qui... Alors, oui. Si, si, je voudrais tout de même citer ce garçon qui en est une illustration.
1:27:48 Voilà la question à laquelle j'ai fait allusion en début d'intervention. Je voudrais clore avec le traitement de cette question, si je puis dire. Il faut que je refasse le code. Alors, voilà. Voilà. Bonjour. Ayant regardé quelques conférences et vidéos de votre association, je me suis rendu évidemment compte de la connaissance musicale de M. Pagani. Ainsi, je me posais la question étant directement impliqué, le jeune qui parle, s'il avait étudié, je le dis avec son style, s'il avait étudié et souhaitait partager une analyse de la musique techno, de la trance, T-R-A-N-C-E, ainsi que les styles rattachés.
1:28:30 Je n'ai pas énormément lu, mais je crois que le rock, avec l'américanisation croissante commençant au plan Marshall, était un nouveau code d'intégration à la société libérale libertaire. Voilà un jeune, il dit qu'il n'a pas beaucoup lu, il est modeste, parce qu'il a réussi à écarter bien des censures et d'avoir écrit ça dans le cas visiblement. Bon. Je me demandais si ces musiques plus récentes s'inscrivaient, plus récentes que le rock sous-entendu techno, techno et électro, s'inscrivaient dans la même démarche et la même analyse, ou s'il y avait quelque chose en plus, parce que j'ai le sentiment, peut-être erroné, très nuancé, qu'il y a quelque chose en plus déjà dans l'utilisation des drogues durant ces événements.
1:29:15 Fils l'analyse. Il y en avait déjà avant, je me doute, mais différentes, je crois. Ce que j'ai remarqué, c'est que dans le rock, les chanteurs cassaient leur guitare sur scène, ou n'hésitaient pas à faire n'importe quoi, je le cite, alors que dans les rave parties, il y a une ambiance plus de respect, il a mis des guillemets à respect. Je n'ai pas connaissance d'un DJ qui a cassé sa table de mixage pour créer l'euphorie. On consomme, mais pas trop non plus, pas partout bien sûr, on boit, mais il faut toujours s'amuser, pas être trop entreprenant dans la danse.
1:29:46 Bon sens. Il est en train de nous décrire le loubard bien tempéré. Donc, pour défendre leur rave party, il tombe sur la critique que Clouscard faisait en disant « Le comble, c'est de voir que la musique est de la contestation, le rock, le machin, le rap, ce que vous voulez. Maintenant, c'est encadré par les CRS et les gendarmes dans un endroit. » C'est l'un des noblesseurs. On négocie avec le responsable du concert que personne ne… C'est extraordinaire, déjà.
1:30:18 Comme la puissance d'intégration du capital de ce qui prétend le subvertir. Il n'en fait qu'une bouchée de ces musiques-là. Il y a une ambiance plus de respect dans les raves. On boit, mais il faut toujours s'amuser, pas être trop entreprenant dans la danse. Je continue d'être les uns sur les autres, mais pas trop intrusif. Bref, je me demandais si cela avait aussi à voir avec la musique en tant que telle. C'est très fin tout ce qu'il dit. Pour l'instant, il n'a parlé que des comportements extra-musicaux. Casser du luitard, fumer des joints, etc.
1:30:50 Mais là, la musique, en quoi elle pourrait être elle-même vite réactionnaire ? Et il dit ceci. La musique en tant que telle. Dans les gabbers, par exemple, aux Pays-Bas, c'est plus la débauche. Il y a plus de BPM. BPM, beats per minute. De contraintes métriques. Bon, c'est une constatation triviale sans doute. Comment la musique techno et ses dérivés s'inscrivent dans les évolutions idéologiques depuis le début de la contre-révolution ? Dans quelle mesure cela se retransmet ?
1:31:22 Notamment dans le rythme qui est binaire totalement avec des BPM, beats per minute, plus élevés. Est-ce qu'il n'y aurait pas une part de cette musique ? C'est pathétique. Et vraiment, je me félicite de sa franchise et du coup de la pertinence de sa question. Est-ce qu'il n'y aurait pas une part de cette musique pouvant être utilisée à des fins révolutionnaires ? Il y a cette parenthèse merveilleuse parce que j'aime bien ça quand même, mais je m'en voudrais participer à la contre-révolution. Superbe.
1:31:53 Un scrupule politique. Ça, c'est typiquement des questions. Il a déjà la réponse. Le fait même qu'il la formule comme ça, c'est qu'il a déjà la réponse. Il est sauvé, il est sauvé celui-là. Merci beaucoup. J'espère que ma question n'est pas trop large et pas trop confuse non plus. Voilà. Je crois qu'il n'y a pas de meilleure conclusion que de voir qu'il y a à la fois danger et espoir. Oui, bien sûr, exactement. Il y a menace et il y a heureusement des portes de sortie. Si cela pouvait être entendu par l'institution d'enseignement musical en général, il y a du boulot.
1:32:29 Oui, exactement. Tout à fait. Un boulot de passeur. Voilà. En tout cas, il ne te chercherait pas s'il ne t'avait pas déjà trouvé, en tout cas, par rapport à sa propre angoisse. Moi, je suis en même temps à l'Afrique. Ça m'a aidé à prendre conscience de tout ça. C'est mes auditeurs africains. Je veux dire, quand je me suis aperçu que des gamins de la rue à Abidjan, des mecs qui disent « je garde ta voiture quand tu te gares », vraiment, socialement, ils le font. En plus, les gamins qui te gardent ta voiture sont raquettés après par un peu plus âgé qu'à un ou deux ans de plus et qui, à coups de gifle, leur prennent la pièce que tu lui as donnée.
1:33:08 Quand ceux-là ne connaissent comme musique que les succès commerciaux qui viennent de chez nous, en ignorant complètement la richesse de leur propre musique traditionnelle, celle de leurs parents, ça m'a fait tilt, quelque part. Et de voir dans mon centre musical à quel point ce, je le nomme, il s'appelait Sido, Kaila, qui me disait « la larme à l'œil, vous n'avez pas de nouvelle partition des impressionnistes français ? »
1:33:42 Alors qu'il venait de ce terreau-là. Voilà. Il y a de l'espoir. Super, on va couper là-dessus. Je coupe l'enregistrement. Le socialisme, c'est la jeunesse du monde. Bravo. Je coupe l'enregistrement.