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Retour à la nature et à l'origine de la philosophie
0:00 Regarde, regarde, regarde. Alors? Comme ça, hein? Cousse, cher. Tu n'es pas un chat névrosé, toi? Hein? Oui, ça va. Je ne t'ai pas insulté, hein? Chers amis, chers camarades, chers adhérents, bonsoir.
0:33 Ça fait plusieurs fois que la séquence que j'ai le bonheur de partager avec vous, mes petites interventions, étaient absorbées par la quantité effarante d'informations et l'accélération, n'est-ce pas, de l'actualité politique, géopolitique, internationale. Je ne vous fais pas un dessin. Chacun peut imaginer de quoi je veux parler. Et j'ai pensé qu'il était peut-être temps, puisqu'on ne va pas résoudre ça dans les heures qui viennent, vous vous en doutez bien, ni même dans les jours, ni même dans les semaines, je voudrais quand même recentrer notre tâche principale, qui est de l'ordre de la philosophie et non pas seulement les commentaires de l'actualité politique.
1:26 Et pour ce faire, je reviens un peu au fondement de mes interventions. Ne vous inquiétez pas, je ne vais pas revenir à zéro. Mais je fais quand même des rappels, pour ceux qui n'étaient pas là au début, sur un thème bien précis, que j'isole un peu des autres, et que je vais aborder dans la première partie de mes interventions, il y a presque une douzaine d'années maintenant, qui était comme souvent quand on débute un cycle en philosophie, c'était nature et origine de la philosophie, nature au sens logique, rien à voir avec la nature naturelle.
1:59 Ça veut dire définition, c'est quoi la philosophie, qu'est-ce qui la distingue, la science de la religion, la littérature, qu'est-ce qui est spécifique du champ proprement philosophique ? On me dirait, ce n'est pas vous qui allez trancher, qu'est-ce qui est vraiment philosophique ? Il ne s'agit pas de ça, il s'agit, indépendamment des différences énormes qu'il peut y avoir entre tel ou tel philosophe, de mettre entre parenthèses un peu la baston, que certains agitent entre, je ne sais pas, entre Descartes et Spinoza, entre Hegel et Kant, entre Nietzsche et les progressistes et les démocrates, et les chrétiens, n'est-ce pas ?
3:00 Il était tellement chrétien qu'ils s'en défendaient. Mais je reviens au début sur l'importance pour situer l'originalité du philosophe, pour bien préciser là où je reviens, je rappelle un petit détail sur lequel on glisse un petit peu trop rapidement dans nos entretiens, mais sur lequel je voudrais répéter et insister, parce qu'on a l'impression qu'on va hausser les épaules quand on entend ce que je veux dire, parce que ça semble tomber sous le sens, comme si j'enfonçais une porte ouverte, et pourtant, on oublie toujours d'en tenir compte, à savoir que chaque fois qu'on fait des distinctions, qu'est-ce qui distingue la philosophie des autres champs du monde intellectuel, et qu'est-ce qui la caractérise en propre, quand on vous demande, ou quand on en a pour le besoin de faire une distinction, ce n'est pas entre deux choses qui sont évidemment différentes.
4:01 On ne va pas perdre du temps à distinguer une coccinelle d'un éléphant. Mais entre un éléphant d'Afrique et un éléphant d'Asie, vous pouvez me dire la différence exacte ? Oui, je sais qu'il y en a qui ont des grandes oreilles, les bosses sur le front, ça c'est fantastique. Bon, c'est entre des choses qui sont proches et se ressemblent qu'il peut y avoir confusion. Et c'est là qu'il faut faire des distinctions. Voilà ce que je voudrais rappeler. Or, souvent on dit la philosophie hindou, la philosophie chinoise, ils sont entendus la philosophie traditionnelle.
4:37 Hindu, le brahmanisme par exemple, chinois, le taoïsme ou le confucianisme, ce ne sont pas des philosophies, je vous rappelle rapidement, parce qu'il ne faut pas recommencer à zéro à chaque fois, ce ne sont pas des philosophies, ce sont des sagesses. La sagesse confucianiste, la sagesse taoïste, brahmanique, bouddhiste, c'est des choses différentes. Mais enfin, je voudrais rappeler, là il y a confusion quand on dit tout ça, c'est des philosophies, ça ne me dérange pas, dans le sens courant, pourquoi pas.
5:15 Mais enfin, s'il y a un consensus chez les philosophes pour les faire commencer à Socrate, c'est-à-dire en gros, entre les pré-socratiques, Socrate, entre le 5e et le 4e siècle avant Jésus-Christ, donc, à un moment où il y a déjà eu des siècles de pensée, et là je vais être honnête, je préfère mille fois une pensée, une sagesse profonde à une philosophie superficielle.
5:47 Je ne suis pas en train de faire des jugements de valeur en disant que le taoïsme ou le brahmanisme n'arrivent pas à la cheville de la philosophie, ce n'est pas du tout mon propos, je suis en train de dire, ce ne sont pas les mêmes approches. Et la différence principale, pour la résumer, pour la condenser, puisque je ne veux pas tout répéter à chaque fois, c'est que les sagesses, les pensées non philosophiques commencent tout de suite par l'être, par l'objet dont on parle.
6:18 Qu'est-ce que la nature ? Qu'est-ce que Dieu ? Qu'est-ce que la vie ? Bon, ça, on n'a pas attendu Socrate pour réfléchir à tout ça. Il y a des pensées vertigineusement profondes dans la tradition hindoue, dans la tradition chinoise, dans la tradition du zen japonais, voire chez les griots de l'Afrique subsaharienne. Donc, ce n'est pas un jugement de valeur. Mais la grande différence, c'est que le philosophe s'occupe moins de la chose que des mots par lesquels nous parlons de ces choses.
« Qu'appelles-tu ? » plutôt que « qu'est-ce que c'est ? »
6:51 Je rappelle, je répète souvent la phrase, je rappelle parce que je suis obligé de repartir de ce début très important pour qu'on comprenne mon intervention d'aujourd'hui, de ce soir. Je rappelle que l'exemple très simple, qu'est-ce qu'une étoile ? Ce n'est pas une question de philosophie, c'est une question de physique, d'astrophysique, d'astronomie, comme vous voulez.
7:25 La question fondamentale en philosophie, ce n'est pas qu'est-ce que c'est. C'est qu'appelles-tu ? Regardez tous les dialogues de Platon, le premier grand système de philosophie qui nous a été transmis grâce à l'écriture de Platon, puisque Socrate, son maître, n'écrivait pas. Ça commence toujours par, si ça traite de l'amour, comme dans le Banquet, de l'éros, de l'amour. Qu'appelons-nous l'amour ?
7:56 C'est très différent de qu'est-ce que c'est. Parce que quand je dis qu'est-ce que c'est, l'être est déjà donné. Je ne me demande plus si ça existe ou pas, si ça est ou si ça n'est pas. Je me demande, voilà, ça est, mais c'est quoi ce qui est là ? La question ne porte pas sur l'existence, elle est acquise. Qu'est-ce que l'être, donc, on veut dire l'être est ? N'est-ce pas ? Mais en quoi ça consiste ?
8:28 Autrement dit, c'est plus l'existence qui est en question, c'est l'essence. C'est quoi ? Quand est-ce que je parle de l'être en vérité ? Donc, je ne veux pas bafouiller ce soir. Je veux rappeler que la question fondamentale étant qu'appelles-tu ? L'avantage, c'est que je commence vraiment d'une manière la plus radicale. Parce que je ne sais même pas si la chose dont on parle existe ou pas. On n'en sait pas assez pour savoir.
8:58 Mais je constate qu'il y a autour de moi des gens qui en parlent. Je ne sais pas moi, de la vertu, de l'éternité, de la vie, du temps. Si je dis qu'appelles-tu le temps ? C'est pareil qu'est-ce que le temps ? Parce que le temps, c'est compliqué. Mais qu'appelles-tu le temps ? Là, je viens vraiment à la racine de la question. Je ne sais même pas si le temps existe. Il y a beaucoup de physiciens aujourd'hui qui sont à la pointe de leur discipline, qui disent que le temps n'est peut-être qu'une illusion qui n'existe pas. Je ne tranche pas. Ce n'est pas mon domaine.
9:28 Je vous dis ce qui se dit dans le domaine des sciences dures. souvent d'hypothèse. Et que le temps n'existe pas. Mais en tout cas, l'important, c'est pour trancher et savoir s'il existe ou pas, c'est qu'on se met d'accord sur ce qu'on appelle le temps. Je cite ici une formule très connue de Saint-Augustin, donc je remonte très loin dans le temps, n'est-ce pas, au IVe siècle de l'ère chrétienne à peu près, où Saint-Augustin disait « Le temps, quand on ne me demande pas ce que c'est, je sais ce que c'est.
10:01 Mais dès qu'on me demande, je ne sais plus. » Vous voyez ? Donc, la question « Qu'appelles-tu ? » est celle qui surprend toujours parce qu'elle est plus radicale que la question « Qu'est-ce que c'est ? » N'oublions pas comment a commencé la philosophie par les interpellations de Socrate qui n'a pas laissé une ligne, mais dont tous les témoins, tous ses disciples, témoignent qu'il se promenait dans Athènes et il interpellait le spécialiste dans une compétence quelconque, par exemple, « Qu'appelles-tu le courage ? »
10:32 Il allait demander ça à un soldat qui s'était illustré à la guerre contre les Perses. « Qu'appelles-tu la beauté ? » Il allait demander à un peintre, à un sculpteur, à un créateur de beauté. Et la grande surprise, c'est que l'interlocuteur avait du mal à répondre. Par exemple, je parle de la beauté. « Qu'appelles-tu la beauté ? » J'imagine, soit l'interlocuteur à Athènes au IVe siècle avant Jésus-Christ, réponde « La beauté, c'est le Parthénon. »
11:03 Tiens, voilà. Je dis « Et un coucher de soleil ? » Il n'est pas beau ce coucher de soleil ce soir ? « Si, si, c'est très beau, mais ça n'a rien à voir avec le Parthénon. » « Ah oui, tu as raison. » Vous voyez, il y a un trouble. C'est le même mot pour des choses. Qu'est-ce qui est commun entre un coucher de soleil et un temple avec des colonnes ? Et puis, on ne s'arrête pas là. Parce qu'on dit de la beauté, on en parle d'une belle actrice ou d'un beau jeune homme, peu importe.
11:33 Et quelquefois de la beauté d'un raisonnement. Des choses qui n'ont rien à voir ni pour les yeux ni pour les oreilles ni pour la définition. Et on arrive, je reste dans l'exemple de la beauté pour me faire comprendre pour l'instant sur la radicalité de la question « Qu'appelles-tu ? » À savoir qu'on arrive toujours à deux catégories de réponses.
Le dogmatique et le sceptique devant la beauté
12:03 La réponse de deux personnages dont je rappelle avant de continuer et d'inaugurer la séance de ce soir, c'est un peu un prélude que je fais, une introduction. Deux personnages qui accompagnent le philosophe depuis toujours, qui existaient avant lui, qui ne sont pas dans la philosophie, mais qui sont toujours en train de marquer au sens footballistique, vous savez, comme marquer un peu de près un joueur. Deux personnages complètement opposés qui sont le dogmatique et le sceptique.
12:37 On ne peut pas faire plus opposer. Le dogmatique à la question du savoir, n'est-ce pas, répond qu'il sait tout. et le sceptique, c'est celui qui répond qu'on ne peut rien savoir de certains, sous-entendu, n'est-ce pas. Donc, il y a celui quand Socrate demande qu'est-ce que la beauté, le dogmatique qui répond tout de suite c'est le Parthénon, n'est-ce pas. et ça, c'est le dogmatique.
13:08 Et puis, il y a le sceptique, aucun des deux n'est en philosophie, pour l'instant, vous allez voir pourquoi. Et le sceptique va dire, non, mais attends, quand tu vas en Afrique du Sud, il y a les femmes calipiges, comme on dit, vous savez, avec d'énormes, formes, ça veut dire belles fesses, calipiges, mot à mot. C'est tout le contraire de la Vénus de Milo, n'est-ce pas, ou de Brigitte Bardot, pardon, je suis un peu vieux, il va y avoir des modèles de beauté cinématographique plus récentes.
13:42 Et vous avez le droit de la trouver laide, ce n'est pas le problème. Mais, et le sceptique va dire, tout va bien, ici, on appelle beau ceci, ailleurs, on appelle beau exactement l'inverse, donc la beauté n'existe pas. Vous avez ici un bel exemple de thèse et d'antithèse. Pourquoi je dis maintenant, j'ai l'air de le dire un peu brutalement et de manière un peu arbitraire, qu'aucun des deux n'est philosophe, ni le dogmatique, ni le sceptique. Parce que les deux, ce n'est pas l'essentiel de la philosophie, c'est-à-dire le travail de recherche.
14:16 Je n'ai pas besoin de rechercher quand je suis dogmatique, puisque je sais que la beauté, c'est le parthénon. Ça y est, j'ai trouvé, je ne m'épargne la recherche. Et le sceptique, il ne va pas rechercher quelque chose dont il dit que ça n'existe pas, qu'il y a autant de beauté que d'individus, en gros, si vous voulez. Donc, il n'y en a pas, donc, question oiseuse. Je continue et je termine ma petite parenthèse par le cas particulier de la beauté, de la question qu'appelles-tu le beau.
14:47 Socrate intervient entre le dogmatique et le sceptique pour dire qu'est-ce qui te fait dire que le parthénon, c'est beau. Ben, regarde, oui, c'est l'œil. Les deux ont en commun alors que tous semblent les opposer. L'un dit qu'on peut tout connaître, l'autre dit qu'on ne peut rien connaître. On ne peut pas faire plus opposer, apparemment. Je rappelle au passage que je suis en train de rappeler. Un des aspects de la dialectique, la dialectique, c'est de voir ce qu'il y a de commun dans deux thèses qui ont l'air de s'opposer d'une manière la plus radicale.
15:23 Alors, ceux qui m'écoutent depuis un certain temps déjà, sans doute se rappellent ce qu'il y a de commun entre celui qui dit la beauté, c'est le parthénon, celui qui dit la beauté, ça n'existe pas, ou il y en a autant que d'individus. Le point commun, c'est qu'ils cherchent la beauté à l'extérieur d'eux-mêmes. pour ça, je disais avec l'œil en gros, sauf qu'il y en a un qui n'a pas beaucoup voyagé en dehors d'Athènes, donc pour lui, le parthénon, c'est le modèle indépassable de la beauté et l'autre qui est allé apparemment en Afrique, ailleurs, etc., a quelques éléments de comparaison qui est un peu plus, un peu moins frustre que le dogmatique, si vous voulez, ça c'est les différences.
16:06 Le point commun, c'est que c'est l'extérieur qui tranche. Ici, le critère de la beauté, c'est la Vénus de Milo ou la victoire de Samothrace, ces sculptures. Et l'autre va dire, mais non, ça n'existe pas, regarde, ici, c'est des femmes qui font 120 kilos. Alors, c'est quoi l'antithèse de chercher à l'extérieur ? Comment les renvoyer dos à dos ?
« Connais-toi toi-même » : l'objet beau en sait plus sur moi
16:38 Eh bien, c'est par la phrase qui est inscrite au-dessus du fronton du temple de Delphes où l'on venait consulter, n'est-ce pas, l'oracle, l'endroit le plus sacré de la Grèce et que Socrate donne en exemple, dans l'Apologie de Socrate rédigée par son disciple de Platon qui lui écrivait, heureusement pour nous, à savoir, connais-toi toi-même, arrête de chercher la définition du beau à l'extérieur de toi. Et voilà la démonstration.
17:09 Et ça va être la fin de mon rappel à travers le cas particulier de la beauté. Quand je dis d'une chose, peu importe laquelle, que ce soit la femme hottentote callipyge ou que ce soit le modèle grec, quand je dis elle est belle, ça veut dire elle me plaît. Pour l'instant, on est dans la mathématique. A implique B. si elle me plaît, c'est qu'elle me fait éprouver un plaisir.
17:41 Pour l'instant, je suis dans la rigueur. Je peux beaucoup progresser parce que j'enfonce les portes ouvertes. Si elle me plaît, c'est que ça me procure un plaisir. Et si j'éprouve un plaisir, c'est que cet objet, la femme ceci Y et la femme X viennent satisfaire ce sans quoi il n'y a pas de plaisir, viennent satisfaire un désir. Le plaisir de boire n'est jamais aussi intense que lorsqu'on a soif.
18:16 Vous savez tous comme moi. Quand on a très soif après une course dans la chaleur, ce que vous voulez, qu'on arrive enfin chez soi, on ouvre le frigidaire, une bouteille fraîche ou une source, c'est encore mieux. C'est la première gorgée paradisiaque, la seconde un peu moins, la troisième encore moins et puis à la fin, si je continue à boire alors que je n'ai plus soif du tout, je me fais insulter par le capitaine Haddock qui à travers ses tombereaux d'injures, en lance souvent une qui s'appelle « Bois sans soif ».
18:56 Tout ça pour vous rappeler que si j'éprouve un plaisir, c'est qu'un désir vient d'être satisfait. Pas du tout, moi ça me plaît mais je ne désire rien, je n'ai pas dit un désir conscient, qu'est-ce que vous voulez que je vous dise ? Alors, qu'un bricoleur éprouve du plaisir à utiliser un marteau qui marche à merveille, c'est-à-dire qui ne tombe pas sur le doigt, avec lequel je peux enfoncer un clou pour accrocher un tableau à mon mur, n'est-ce pas, sans qu'il se casse, sans que le fer parte d'un côté et le manche de l'autre, ça c'est un plaisir qui n'a rien d'esthétique.
19:36 Mais quand je dis dans une vitrine cette chemise-là, elle me plaît, elle est belle, on me dira, cette chemise-là me plaît, je ne vois pas tellement le désir, ah ben voilà ! Moi je dis, il n'y a pas de plaisir sans désir, mais ce désir, c'est rare, et dans le domaine esthétique, c'est même pratiquement rarissime que ce désir soit conscient.
20:07 Je ne peux pas dire j'aime cette chemise parce qu'il y a dessus des cow-boys qui poursuivent des indiens, ce n'est pas ça, ce n'est pas le contenu, des fois c'est une chemise qui est unie ou qui a des rayures, des choses abstraites. Et donc j'en arrive à cette conclusion bizarre qui clôt mon exemple de la beauté, c'est qu'à propos de « Connais-toi toi-même », je suis un peu humilié, j'ai l'impression que l'objet contient le secret d'un désir dont je ne suis pas conscient, autrement dit, il en sait plus sur moi que moi-même.
20:40 Dis donc, l'objet beau, chaque fois que vous dites une chose est belle ou quelque chose est beau, vous avez affaire à un objet qui en sait plus sur vous que vous-même. C'est assez fascinant. Vous en avez une illustration saisissante dans un des poèmes les plus connus de Baudelaire, « Les correspondances ». Je dis juste le premier quatrain parce qu'il va suffire à illustrer et à mieux faire comprendre tout ce que je viens de dire, que l'objet en sait plus sur moi que moi-même et connaît mieux le désir qu'il vient satisfaire.
21:13 Voici ce quatrain. « La nature est un temple où de vivants piliers laissent parfois sortir de confuses paroles. L'homme y passe à travers des forêts de symboles qui l'observent. » Attention, pas Q apostrophe. Qui, QI, l'observe, observe l'homme. C'est un peu inquiétant, les symboles qui observent l'homme. Ce n'est pas l'homme qui observe les symboles. « L'homme y passe à travers des forêts de symboles qui l'observent avec des regards familiers. »
21:46 C'est-à-dire, l'homme se promène dans des mystères entourés de symboles. Pour lui, c'est le contraire de familier. C'est étrange, c'est intéressant. Il faut y aller des mystères à percer. Mais pour les symboles, l'homme est familier. C'est presque inquiétant. L'homme y passe à travers des forêts de symboles qui l'observent avec des regards familiers. L'homme géant c'est plus que le sujet du don. C'est quand même surprenant.
22:16 Alors, pourquoi j'ai pris ce... Rappelons-nous la cohérence de ce que j'ai dit depuis le début de mon intervention de ce soir. Il y a deux personnages qui encadrent le philosophe tout au long de son parcours et dans lequel la philosophie se perd, soit par excès, soit par défaut. c'est le dogmatique qui croit qui sait et donc il n'a pas à chercher. Vous ne cherchez pas l'argent que vous avez dans votre poche, après tout.
22:46 Et puis, il y a le... J'ai dit quoi ? Le sceptique ou le dogmatique ? Il y a le dogmatique qui pense qu'il n'a pas besoin de chercher parce qu'il connaît la vérité. Il sait quoi répondre immédiatement à la question qu'est-ce que la beauté ? Qu'appelles-tu ceci ? Qu'appelles-tu cela ? La justice ? Et puis, il y a l'inverse, le sceptique qui dit on ne peut rien savoir, ça dépend de chaque individu, etc. Tout est relatif. Et on a vu que le second a voyagé un peu plus que le premier et donc, il est enclin à désespérer d'un jugement universel, vrai et objectif sur la question qu'on lui pose.
Définir : le genre et la différence spécifique
23:25 J'ai rappelé ces deux personnages pour dire que ce qui est proprement philosophique, c'est la recherche elle-même. La recherche suppose qu'il y a un but à atteindre, ça c'est contre le sceptique qui dit que ce n'est pas la peine de chercher puisqu'il n'y a pas de vérité, il y a une vérité, mais elle n'est jamais immédiate. Et dans la question qu'appelles-tu ? On est renvoyé, et voilà la notion que j'introduis qui va nous occuper ce soir, il y a un rapport au langage, l'appellation, c'est de l'ordre des mots, du langage.
24:04 Est-ce que j'ai raison d'appeler ceci un félin et non pas un cétacé ? Je prends l'exemple du guépard, oui, on classe un des félins, oui ou non ? C'est un grand chat après tout, sauf que qu'appelle-t-on les félins ? Les mammifères ? Là, je vais trop vite, je vais revenir juste un peu en arrière. On doit à Aristote le mérite de nous avoir donné, excusez du peu, la définition de la définition.
24:41 À quelles conditions on peut dire que j'ai défini une chose ? Je donne la réponse d'Aristote, je la traduirai après, parce qu'elle est un peu abstraite, définir, c'est indiquer le genre plus la différence spécifique. Vous voyez avec l'adjectif spécifique qui vient de espèce, il faut donner le genre, les félins sont des animaux, voilà le genre, le genre animal, mais dans le genre, la différence spécifique des félins avec les autres animaux, c'est qu'ils ont des griffes rétractiles, par exemple, le chat peut les sortir ou les rentrer et faire patte de velours, comme on dit.
25:21 Mais voilà que le guépard, il a tout d'un chat, mais il n'a pas de griffes rétractiles. Ce n'est pas toujours évident de définir. Et les mammifères, on les appelle ainsi à cause des mamelles, parce qu'ils allaitent leurs petits, ce qui n'est pas le cas des oiseaux, ce n'est pas le cas des reptiles, il n'y a pas de lait chez les serpents ou chez les merles, n'est-ce pas ? Et pourtant, vous savez tous, en Australie, un animal comme l'ornithorynque qui a des poils, ça, ça fait très mammifère, mais qui pond des oeufs comme un oiseau qui a un bec de canard, n'est-ce pas ?
25:57 Voilà. Donc, je suis en train de jeter un trouble sur ce que désignent les mots, n'est-ce pas ? Et jamais l'interrogation sur les mots, la réponse à la question socratique qu'appelles-tu ? Ce n'est jamais aussi important qu'à propos de choses qui nous semblent aller de soi, qui nous semblent les plus évidentes, on est tellement habitués qu'il ne nous vient jamais à l'esprit de le traduire sous forme de question.
26:34 Ce qui fait dire à Hegel cette phrase magnifique, ce qui est bien connu, c'est dans le sens où il est bien connu, ce qui est bien connu parce qu'il est bien connu n'est pas connu. Il faut prendre une distance avec l'habitude qu'on avait, n'est-ce pas ? Si par exemple, je demande un exemple d'immobilité par opposition au mouvement fixité, je vais désigner par terre ce qu'on appelle le plancher des vaches.
27:04 Ce n'est pas pour dire voilà, ça c'est du solide, c'est du costaud, ça ne bouge pas, le reste ça passe, mais il y a le plancher des vaches, ce n'est pas de l'eau, ce n'est pas un fleuve qui coule. Oui, sauf que j'ai l'impression que le plancher ne bouge pas alors que ce plancher est dans ma maison sur la terre qui tourne autour du soleil à 30 km seconde, excusez du peu. Mais oui, pourquoi on ne tombe pas, pourquoi on n'est pas renversé à une telle vitesse ? C'est parce que tous les objets se déplacent à la même vitesse. Quand vous êtes dans un train ou un avion, on a l'impression que dans le wagon, il n'y a rien qui bouge dans le wagon ou dans l'avion, sauf quand il y a des trous d'air.
27:43 Mais quand la vitesse est constante, c'est-à-dire quand tous les objets se déplacent à la même vitesse, il n'y a rien qui distingue le mouvement de l'immobilité. Au point que la physique, à partir de Galilée, qui est quand même le fondateur de la physique scientifique, la physique montre qu'il est absolument impossible, ça s'appelle la relativité de mouvement, ne confondez pas avec la relativité d'Einstein qui est beaucoup plus récente, la relativité de mouvement, à savoir qu'il n'y a pas de différence entre le repos, au sens de la négation du mouvement et le fait qu'il y ait un mouvement rectiligne, uniforme, comme on dit en physique, où tout se déplace à la même vitesse sans accélérer, sans ralentir ni accélérer ou au sens courant.
De l'astronome à Socrate : du monologue au dialogue
28:26 si vous voulez. Alors, du coup, je suis amené au problème du langage qui est central, la question philosophique fondamentale, c'est qu'appelles-tu. Alors, je constate que maintenant dans les commentaires que je reçois ou que je recevais à l'époque où j'abordais ce début de la situation de la philosophie par rapport aux autres disciplines, je me résume, je me rappelle qu'il y en a qui disent « Oh là là, vous avez l'air d'accorder beaucoup d'importance à la différence entre qu'appelles-tu et qu'est-ce que c'est ?
28:56 Est-ce que c'est pas un peu couper les cheveux en quatre ? » Comme on dit en français, on peut être plus grossier encore, n'est-ce pas ? À propos des mouches, comme vous savez. Et là, maintenant, je vais juste vous montrer à quel point c'est énorme la différence. Prenez les astrologues qui pensaient étudier les astres en montant sur ce qu'on appelait dans la Mésopotamie 2000 ans avant Jésus-Christ, assyrienne, babylonienne, peu importe pour l'instant, qui montaient sur des tours un peu plus hautes que la plupart des maisons, comme si, en montant de 20 ou 30 mètres, n'oubliez pas qu'on est à Babylone, Babel, la tour de Babel, comme si, avec une tour de 30 mètres, j'allais mieux voir, n'est-ce pas, ce que c'est qu'une étoile.
29:54 Bon, alors, l'astronome qui est en haut regarde l'étoile et se pose la question qu'est-ce que c'est qu'une étoile ? Vous voyez ? Ce n'est pas de la philosophie, ça. Par contre, au pied de la tour où il est monté pour contempler les étoiles, il y a un petit bonhomme barbu, un peu ventru, vous reconnaissez, Socrate, qui ne s'adresse pas à l'étoile, qui ne s'interroge pas sur l'étoile, mais qui voit quelqu'un qui parle, qui se pose la question qu'est-ce qu'une étoile ?
30:26 Car, encore une fois, c'est une question d'astronome, pas de philosophe. Dans le premier cas, l'astrologue qui regarde l'étoile et qui s'interroge sur sa nature, il n'a pas de réponse, l'étoile ne va pas lui dire « Ah, je ne suis pas une planète, je suis une étoile ». Non. Là, il y a un sujet qui s'adresse à un objet muet, un sujet qui parle, un être humain, qui s'adresse à un objet muet, qui ne lui répond pas. Mais le petit bonhomme, le Socrate, qui est au pied de la tour, va s'adresser non pas à l'étoile qui ne répond pas, mais à l'astronome en disant « Au fait, qu'appelles-tu une étoile ? »
31:06 Et à partir du moment où tu me l'auras mieux défini, je vais dire après si la lune est une étoile ou une planète, etc. Si sa lumière vient d'elle-même ou si c'est simplement le reflet de la lumière du soleil, etc. Vous voyez donc que c'est au départ, on avait l'impression que je coupais les cheveux en quatre, qu'appelles-tu qu'est-ce que c'est, un peu pareil ? Non, mais l'écart se creuse encore. Dans le cas de l'astrologue regardant l'étoile, j'y reviens pour comparer encore au philosophe, je suis dans le monologue, c'est jamais l'étoile qui va me répondre.
31:43 Dans le cas du philosophe, il pose la question « Qu'appelles-tu ? » à quelqu'un qui peut lui répondre. Et là, un dialogue s'engage et du dialogue à la dialectique, il n'y aura pas loin. » Je voulais rappeler cette complicité intime de la philosophie avec une distance prise avec ce que Mallarmé appelle dans un poème célèbre les mots de la tribu, les mots du langage courant. On ne va pas faire comme Pagani à se demander « Qu'appelles-tu ? » On sait très bien si tout d'un coup j'arrive à un carrefour et qu'il y a une voiture qui arrive et qui va griller la priorité et que je dis au chauffeur « Attention, il y a une bagnole qui grille la priorité. »
32:27 Il ne va pas me dire « Qu'appelles-tu ? » « Qu'est-ce que je veux dire ? » C'est pas le moment dans l'action. N'est-ce pas ? Je suis d'accord. Mais on n'a pas les excuses de l'urgence de l'action quand on prend du recul et qu'on a le loisir de prendre une distance avec ce qui semblait aller de soi jusqu'ici. Et quelqu'un comme Aristote, ça fait deux fois que je le cite, même si je suis un peu plus proche de Platon, mais ça, excusez-moi, c'est personnel, c'est pas très intéressant.
33:00 Aristote est resté 30 ans à l'école de Platon, il le connaît mieux que moi, soit dit en passant, mieux que nous, moi compris, Aristote a dit une phrase à propos de ça, du fait qu'il ne faut pas qu'on soit dans l'action urgente pour commencer à penser avec rigueur, il faut du temps, du temps, du détour, de la connaissance, il dit, c'est en Égypte que les mathématiques ont commencé à se développer parce que là-bas, je le cite, la caste des prêtres jouissait de loisirs.
33:39 Une phrase pré-marxienne, c'est extraordinaire. Eh bien oui, les prêtres, ils avaient toute la population égyptienne qui leur apportait tous les jours pour les sacrifices, pour les dieux, n'est-ce pas, des moutons, des chèvres, des bœufs, de l'herbe, des brassés de blé, ce que vous voulez. D'accord ? Donc, ils avaient des loisirs. c'est pas comme le paysan au bord du Nil qui travaillait comme un fou pour faire pousser son blé entre deux inondations, du Nil, c'est pas.
34:12 Les mathématiques ont commencé donc la recherche, ont commencé à se développer chez les prêtres, parce que, en Égypte, parce que là-bas, la caste des prêtres jouissait de loisirs. Autrement dit, la recherche philosophique se passe dans ce que, un philosophe beaucoup plus récent, Husserl, qui est lié au courant qu'on appelle la phénoménologie, qui était très à la mode dans les années 50-60, entre existentialisme et structuralisme, ce que Husserl appelait l'épochè, si vous préférez la mise entre parenthèses.
34:49 Il faut un moment où on met entre parenthèses les urgences, pour commencer, à creuser les choses d'un point de vue rigueur, théorique. C'est pour ça que j'admire ceux qui résolvent des problèmes insondables, la vie, la mort, Dieu, l'athéisme, la croyance, au contraire, je veux dire, alors que les vrais savants, les mathématiciens, mettent des fois des pages et des pages de démonstration pour prouver que A égale A. Non, mais je ne plaisante pas, renseignez-vous.
35:19 Ou que si A égale B, alors B égale C. Enfin, implique que B égale A. Oui, je n'arrive pas à le dire seulement que c'est simple, que ça a l'air simple. Ça fait deux fois, je suis par exemple pris dans les mathématiques et dans les sciences. Je parlais de l'astrologue tout à l'astronome. Et donc, j'étais arrivé à cette conclusion avec laquelle j'achève mon rappel de ce qu'est en propre la philosophie. Je n'oublie pas mon propos. Qu'est-ce qu'elle a de particulier comme discipline qu'il ne faut pas la confondre avec ce qui lui ressemble.
Rigueur mathématique et métaphore du langage naturel
35:54 tantôt la littérature, tantôt la religion, tantôt la science. vous voyez ? Ce qui la distingue, c'est, et maintenant, je fais encore un pas en avant pour en terminer avec ce rappel, c'est que le philosophe semble être une médiation entre deux extrêmes. Donc là, je fais venir trois personnages chacun des trois a un rapport au langage.
36:26 Voilà pourquoi j'ai fait ce long détour. Au mot, au nom. c'est le mathématicien qui veille à avoir une langue où il n'y ait pas de confusion, où il n'y ait pas d'ambiguïté. Et à l'autre extrême, le poète qui ne parle qu'à travers des images, n'est-ce pas ? Plus ou moins clair. Le philosophe voudrait avoir, je résume tout maintenant, la rigueur du mathématicien que le mathématicien obtient comment ?
36:58 En quittant les ambiguïtés du langage courant pour forger une langue que vous voyez, dès que vous ouvrez un manuel de mathématiques, ce ne sont plus des mots. Ce qui est le plus abondant, ce sont des signes qu'on appelle, comme vous voulez, des algorithmes, des mathèmes. Vous voyez ? Mais ce ne sont pas des mots. Pourquoi il se méfie des mots le mathématicien ? Il a bien raison. Enfin, dans son but. Pourquoi il s'en méfie dans son but ? Son but, lui, c'est la connaissance. Parce que le langage courant n'est jamais uniquement destiné à la connaissance.
37:38 Les mots, les premiers hommes qui ont parlé, qui ont balbutié le langage, ce n'était pas pour savoir la distinction entre une planète et une étoile. non. C'était pour chasser, pour menacer, pour pardonner, pour séduire, pour condamner. Bref, des buts, des intérêts. Ce n'est pas de la connaissance, ça. Le but ici, ce n'est pas la connaissance objective.
38:08 Je vous donne un exemple qui montre que la langue de tous les jours, précisément parce que son but premier n'est pas de connaissance, fait de vous, de moi, de la plupart des gens qui parlent le langage que je suis en train de parler, qui n'est pas des formules mathématiques. Là, je parle à ce que les linguistes appellent le langage naturel. Sans doute par antifrase parce qu'il n'y a pas grand-chose de naturel dans le langage, mais le langage qui n'est pas formalisé en formule abstraite. À savoir, quand je dis le jour se lève, tiens, le jour se lève.
38:40 Je ne suis pas dans les formules compliquées, je ne suis pas dans les abstractions philosophiques. Mais qu'est-ce que je dis là ? Je suis en astronomie quand je dis le jour se lève. Le soleil se lève. Je suis en astronomie. C'est scientifique, ça, comme parole. Je ne dis pas que c'est faux. Je me demande est-ce que c'est vraiment rigoureux ? Il ne se lève pas. Il ne se couche pas, le soleil. D'ailleurs, ce n'est pas lui qui bouge, c'est nous. C'est la terre qui, en tournant sur elle-même, fait que tout d'un coup, ça bascule et que le soleil réapparaît ou disparaît lorsqu'elle a fait son tour dans la journée, disparaît vers l'ouest, n'est-ce pas ?
39:21 Mais ce n'est pas grave parce qu'il revient le lendemain matin à l'est. Ce qui fait dire à Nietzsche, que je cite souvent, péjorativement, je cite plus souvent les Nietzscheiens péjorativement que Nietzsche lui-même. Mais enfin, il a une très belle formule où il dit c'est toujours un nouveau soleil qui se lève chaque matin mais c'est toujours le même qui se couche le soir. Donc voilà, le jour se lève, le soleil se lève. Ça a l'air des phrases toutes simples, objectives, matérielles, pratiques.
39:51 Non, c'est de la poésie. Le jour se lève, c'est une image, c'est une métaphore comme on dit. Voilà pourquoi les mathématiciens ont eu raison dès l'origine, il y a un peu plus de 2500 ans, ils ont eu l'intelligence de mettre de côté le langage de tous les jours et de mettre au point une langue, une discursion discursive. Les énoncés mathématiques où il n'y a pratiquement pas de mots si je vous dis le discriminant du trinôme du second degré en algèbre.
40:27 moins B, plus ou moins B2, moins 4ac, plus ou moins racine de B2, moins 4ac sur 2a. si je me souviens bien. Il n'y a pas un mot là-dedans. Bien sûr, il y a des choses qui renvoient à des choses qu'on peut nommer avec des mots, mais la formulation, c'est ça qui m'intéresse. La langue qui est parlée là est une langue sans mots. Pour trouver les racines de l'équation, il faut appliquer le discriminant symbolisé par le symbole delta, la lettre grecque delta, qui va donner notre D, à savoir moins B, plus ou moins racine de B2, moins 4ac sur 2a.
41:05 Il n'y a pas un mot là. Il n'y a pas c'est joli, c'est pas beau, c'est bien, c'est mal. Non, il n'y a pas tout ça. Et du coup, là, on peut avancer en toute sécurité. Il n'y a pas les ambiguïtés du jour se lève où on ne sait jamais si on est en poésie, en astronomie. voilà pour ce qui est du mathématicien, rapport au langage, mais qui veut une langue, allez, je dis le mot maintenant, univoque, où il n'y a pas d'ambiguïté dans les termes de ce discours, des énoncés.
41:39 Et puis, à l'autre opposé, il y a, je disais, on est poète sans savoir quand on dit le jour se lève parce que c'est une image. c'est une métaphore. Donc, voilà les deux extrêmes dans les rapports au langage. Le rapport mathématique au langage avec la rigueur en abstraction de tout ce qui est subjectif dans le langage et puis, à l'autre extrême, le poète. Eh bien, le philosophe est celui qui essaye de garder la rigueur qui est l'exigence première du mathématicien mais sans quitter le langage de tous les jours.
42:18 Le rigueur avec les mots et non pas avec l'absence de mots qu'il y a dans racine, dans moins b racine de b2 moins 4ac sur 2a, plus ou moins racine de b2 moins 4ac sur 2a. Alors, il est idiot. Je ne vois pas pourquoi on vient nous bassiner avec le philosophe. Le philosophe devrait faire comme les mathématiciens s'il n'est pas rigoureux le langage de tous les jours, s'il mélange un peu la métaphore, les trucs et nos intérêts au détriment de l'objectivité.
La visée non seulement cognitive et les questions de Kant
42:51 Il n'a qu'à faire comme le mathématicien, l'abandonner Ah oui, mais non, mais ce n'est pas ça. C'est qu'on n'a pas le même objet, le mathématicien et le philosophe. On en arrive là ce soir. le mathématicien et le scientifique en général, le biologiste, le chimiste, le physicien, a fortiori le mathématicien, sans lequel il n'y aurait ni physique, ni chimie, ni biologie scientifique, à une visée, je veux dire un mot qui a l'air un peu savant, mais enfin, très courant et très facile, à une visée d'abord cognitive.
43:40 Ce qu'il veut, c'est connaître, savoir. Alors, comme je l'ai dit tout à l'heure, le langage en général, son premier but n'est pas la connaissance. encore une fois, je m'en sers pour séduire, je m'en sers pour menacer, je m'en sers pour pardonner, je m'en sers pour supplier. Vous voyez ? C'est plus proche de l'action que de la connaissance. Et la plupart du temps, d'ailleurs, sur l'action, à l'égard de nos semblables. Je ne sais pas. C'est mal vu celui qui parle tout seul.
44:10 Je ne sais pas. Quand on entre en une pièce quelqu'un qui parle tout seul, on commence à s'inquiéter. On a progressé là. On comprend pourquoi le philosophe ne peut pas et ne doit pas, vis-à-vis de sa visée à lui, quitter le langage de tous les jours avec toutes ses ambiguïtés, ses métaphores et ses images, avec ce langage qui a l'air d'être vraiment, qui n'est pas l'outil dont on a besoin pour connaître.
44:41 Or, la visée du philosophe, ce n'est pas seulement la connaissance. Et là, je rappelle que Kant, le philosophe Kant, qui est le couronnement du siècle des Lumières, la deuxième moitié du XVIIIe siècle, si vous préférez, Kant a, on peut en penser ce qu'on veut, mais il a eu ce mérite de rendre un immense service aux philosophes en général, en résumant le programme philosophique par trois questions fondamentales, mais sur les trois, je laisse tomber la troisième que m'est-il permis d'espérer, et je laisse de côté, mais deux fondamentales, que puis-je savoir, que dois-je faire ?
45:19 Voilà qui résume le programme de toute philosophie. Or, que puis-je savoir, le philosophe se la pose, bien sûr, je n'ai pas dit que le philosophe est indifférent à la connaissance, mais là, il n'est pas le seul, parce que les mathématiciens, les physiciens, les chimistes, les biologistes, bref, les sciences dures, comme on dit, sciences exactes, sciences dures, ça dépend des époques, sciences de la nature, sauf qu'il y a les mathématiques qui n'ont rien à voir avec la nature, mais on en a besoin pour comprendre la nature, eux aussi, cherchent à savoir où c'est qu'ils sont les mathématiciens, les physiciens, les chimistes, à Jussieu, ou au CNRS, centre national de quoi ?
46:11 de la recherche scientifique, science, ça vient d'un verbe, scire, qui veut dire savoir, ça vient de là, scio, je sais, d'accord, recherche scientifique, ça veut dire, la recherche, c'est un savoir, c'est-à-dire, attention, le contraire, de ce qu'on trouve au café du commerce, je n'ai rien contre au café du commerce, je me discuser football, faire le malin, payer la tournée, ou me la faire payer, c'est un jeu impersonnel, à savoir, celle-là, au café du commerce, ce n'est pas le savoir qui est visé, c'est l'opinion, chacun a son opinion, vous savez, on dit que la France, c'est 65 millions d'entraîneurs au foot, n'est-ce pas, chacun a sa conception, moi, j'aurais sélectionné un tel, je lui aurais mis trois-quarts aile, non, pardon, ça c'est le rugby, je l'aurais mis avant centre, et l'autre, je l'aurais mis dans les buts, bon, ça c'est l'opinion, c'est-à-dire un discours qui ne sait pas se justifier lui-même, n'est-ce pas, qui peut parfois dire la vérité, mais sans savoir quels en sont les fondements, c'est-à-dire qu'il peut arriver à, l'opinion, c'est la doxa en grec, qui peut parfois être orthodoxe,
47:21 c'est-à-dire avoir l'opinion droite, l'opinion vraie, mais qui la plupart du temps, n'est-ce pas, est le langage des passions, qui est bien loin de la vérité, donc, laissons ici le café du commerce, le monde scientifique cherche à savoir, lui aussi, comme le philosophe, donc, deux questions par lesquelles Kant définit le programme de la philosophie, essentiellement, à savoir, que puis-je savoir et que dois-je faire, la première, il n'est pas la seule à se poser, donc, c'est pas là qu'on va trouver ce qui spécifie, vous voyez, comme je tiens mon fil depuis le début, ce qui spécifie et ce qui caractérise en propre le philosophe et lui seul.
Qu'appelles-tu devoir ? Manger et respecter le feu rouge
48:02 C'est la deuxième question, que dois-je faire ? Je suis obligé de faire tous ces rappels parce que ça va nous prendre du temps et même après la science ce soir, si vous regardez bien. Car, les deux questions, que puis-je savoir, que dois-je faire ? Vous me demandez pourquoi je les répète ? parce que vous n'avez pas remarqué que ce n'est pas seulement les deux verbes, savoir et faire, qui les opposent, voire qui les distingue et même qui les opposent. C'est qu'il y a quatre verbes, il n'y en a pas deux.
48:33 Regardez bien, que puis-je savoir ? Il y a bien le verbe pouvoir là. Et que dois-je faire ? Et là, c'est le verbe devoir. Donc, les deux questions diffèrent à chaque fois à deux verbes près. Pour des énonciations aussi courts, c'est beaucoup. Alors, je braque mon projecteur, qu'appelles-tu ? Sur le verbe devoir, que dois-je faire ? Et je vous pose une question toute simple.
49:06 Qu'appelles-tu devoir ? Dans le langage courant, on va dire, je dois manger pour vivre, par exemple. Je dois respecter le feu rouge. manger pour vivre, c'est le même sens là. Chacun d'entre vous sent très bien que c'est bizarre que ce soit le même mot, parce que c'est bien différent. Manger pour vivre, est-ce que c'est vraiment un devoir ? Je dois manger pour vivre, comme si j'avais le choix. Par contre, respecter le feu rouge, ça, c'est un devoir.
49:36 La différence, c'est que je ne peux pas vivre sans manger. C'est un je impersonnel. Ce n'est même pas propre à l'homme. Ça ne définit pas l'homme qu'il faille manger pour vivre. Je ne dis pas que je suis matérialiste. Si je ne mange pas, je ne vais pas rester vivant. Surtout si je ne bois pas. Mais ce n'est pas ça qui définit l'homme, parce que le ver de terre, le moustique, les protozoaires, les amibes aussi, les végétaux, doivent se nourrir.
50:15 Cette belle formule du poète allemand Novalis qui dit la plante méditative qui est toute succion. l'impression qu'elle est immobile, tranquille, la plante, elle est tout le temps en train de sucer les sels minéraux qui sont dans le sol, les liquides, ou d'absorber la lumière du soleil par la photosynthèse, etc. Elle se nourrit. Donc, ça ne veut rien dire. Je dois manger pour vivre. C'est prétentieux. Ça ne dépend pas de moi.
50:45 Ce n'est pas un devoir. Par contre, le feu rouge, je répète, je ne peux pas vivre sans manger. On est bien d'accord là-dessus. C'est un jeu qu'un ver de terre pourrait faire sien. Par contre, je dois respecter le feu rouge. Là, le contraire est possible. Je peux le griller. Attention, il ne faut pas le faire. Mais enfin, on est en France. Trois heures du matin, pas de flic à gauche, pas de flic à droite. Ne le faites jamais.
51:15 jamais. Clouscard est passé si près de la mort que l'accident qu'il a eu dans un taxi où le chauffeur est mort et où il restait à l'hôpital bien longtemps. ne fait pas à cause d'un refus de priorité rue Rivoli. Je peux griller le feu rouge. Donc là, le verbe devoir est bien utilisé. C'est quand il y a la possibilité de faire le contraire.
51:45 Autrement dit, quand il y a une marge de liberté, on ne s'y attendait pas à celle-là. On voit tout d'un coup les enjeux de ces distinctions. Apparemment, dans des bavardages abstraits, c'est très concret. Je peux griller le feu rouge, mais je ne dois pas. C'est là qu'on voit l'importance du verbe devoir. Je peux tromper ma femme, mais je ne dois pas, en principe. Dans les mœurs, morale vient de mores les mœurs.
52:20 Le verbe devoir ne prend toute sa force et son sens que dans la mesure où il y a du choix. S'il n'y a pas de choix, je ne peux pas choisir de vivre sans manger. Si, pendant une période restreinte, ça s'appelle le carême à Pâques. C'est la saison. C'est bientôt. Ça s'appelle le ramadan chez les musulmans. Ça vient de passer, ça vient de finir. N'est-ce pas ? Il y a le jeûne dans le bouddhisme, dans le brahmanisme, dans toutes les cultures humaines. Il y a toujours une part oblative, comment on dit en anthropologie, c'est-à-dire un sacrifice.
Liberté et déterminisme
52:53 Mais enfin, vous savez, à un moment donné, il faut bien revenir à la nourriture. Par contre, je vous le répète, je peux griller le feu rouge, mais je ne dois pas. Donc, qu'est-ce qu'on a vu ce soir ? Et je vais m'arrêter là, parce que c'est tellement important les sujets, que cette révision, ce sujet je voudrais aborder, et que la révision de ce soir nous permet de circonscrire un peu.
53:28 Comme on prend du recul sur une forêt avant de rentrer dedans et de se perdre un peu dans les arbres et les branches, puisqu'on dit que souvent les arbres cachent la forêt, il faut prendre du recul d'abord. C'est qu'on vient de voir l'importance de la liberté dans la spécificité de la philosophie. La philosophie, en posant la question que dois-je faire, suppose que je peux arriver à un stade où c'est moi qui décide. Entre deux aspirations contradictoires, je pense que je dois plutôt opter pour la solution B que pour la solution A, par exemple.
54:07 Donc, ça suppose une certaine liberté. Le contraire de la liberté, c'est le déterminisme. Or, dans le monde des sciences, des sciences dures, il n'est pas la peine d'y chercher la liberté. Vous n'imaginez pas la Lune se disant « Je commence à en avoir marre un peu de tourner autour de la Terre, je vais, pour me changer les idées, faire tourner un peu autour de Saturne. ça me changera. » Non, elle n'a pas le choix.
54:38 La masse de la Terre étant plus grande, ainsi de suite, après vous demandez aux astronomes, ils sont plus qualifiés que moi. C'est un rapport de force, là, c'est pas... C'est un rapport de droit. Il n'y a pas de liberté. Donc, la philosophie suppose la liberté. Attention, je ne viens pas de dire que la liberté existe. C'est pas parce qu'une chose en implique une autre, autrement dit, il y a un lien logique. Par exemple, quand je dis chien, j'implique mammifère.
55:10 Dans la définition du chien, il y a déjà mammifère qui est donné. Le chien est un mammifère qui, après telle spécificité, n'est-ce pas, est un animal à cadavres, comme les coyotes, comme toute la famille, comme les loups. D'ailleurs, le milou de Tintin, il est tout le temps tenté avec un os entre les dents, pour rappeler que les familles de canidés, chien, loups, etc., aiment bien s'attaquer aux êtres en difficulté ou carrément morts, n'est-ce pas ?
55:47 Si je dis un ange est une créature céleste avec des ailes dans le dos et une auréole au-dessus de la tête, pour l'instant, j'ai donné une définition qui correspond à peu près aux représentations, soit picturales, soit théologiques, qu'on a des anges. Mais ça ne veut pas prouver qu'un ange existe. Le lien logique, c'est cohérent, ce que j'ai dit sur l'ange, c'est bien conforme à l'image qu'on en a, le lien logique ne fournit pas une certitude ontologique.
56:25 Je n'ai pas affaire à l'être, à l'existence, nécessairement. En tout cas, je n'ai pas la preuve que ça existe. De la même manière, ce n'est pas parce que la philosophie suppose qu'on vient de le voir une marge de liberté en se posant la question que dois-je faire. Ce n'est pas pour ça que la liberté existe. Autrement dit, tout le destin de la philosophie, regardez comme je la fragilise tout d'un coup, est suspendu à la possibilité de la liberté.
56:55 Pas de liberté. Si la liberté est impossible, c'est ce que pensent les déterministes, il y en a un comme ça, qui dit que tout ce que je dis, tout ce que je pense, tout ce que je fais, c'est guidé par des processus physico-chimiques, imageries cérébrales, très à la mode. Vous devinez que je reprends ma critique du néo-positivisme qui est l'idéologie dominante. Je ne critique pas les sciences quand je dis ça. Je critique de ceux qui veulent réduire le champ de la connaissance à ce modèle de connaissance qui est excellent et qui est le plus indiqué lorsqu'on étudie les galaxies, mais peut-être pas lorsqu'on étudie la différence qui est entre l'amour à l'époque de Néandertal et l'amour dans la princesse de Clèves.
Lecture de l'introduction du traité de Lavoisier
57:46 C'est là qu'on voit qu'il n'y a pas que des déterminations naturelles, il y a aussi des déterminations historiques lorsqu'on parle de l'être humain. Donc voilà, je voudrais en rester là pour ce soir et si vous trouvez que j'accorde trop d'importance au problème du langage alors qu'il y a des choses plus urgentes, je voudrais terminer la séance de ce soir par un admirable texte que j'emprunte, non pas comme souvent avec vous, emprunté à la littérature, à la poésie, même pas un texte philosophe, mais un texte d'un savant et pas n'importe lequel car c'est celui d'un chimiste et pas n'importe quel chimiste puisque c'est rien moins que Lavoisier, celui qui au 18e siècle, juste un peu avant la révolution où il y a perdu sa tête, a fondé la discipline, enfin a fait de ce qu'on appelle maintenant la chimie une science, avant c'était l'alchimie et ce qu'on voulait...
58:47 En a fait une science, le premier, et donc, je voulais que je retrouve mes documents, je vais essayer d'être moderne avec un portable, voilà, enfin pour vous, vous êtes nés là-dedans, mais pour moi c'est nouveau à chaque fois ces trucs-là. Voilà, c'est ça, mince la page d'après, excusez-moi, voilà.
59:22 J'extrais la citation que je vais me permettre de vous présenter là, d'un ouvrage de Lavoisier qui est le premier traité de chimie, n'est-ce pas, et c'est dans l'introduction que l'on trouve ce passage à propos des rapports entre la science, la connaissance et le langage. pardon, n'allons pas trop vite, excusez-moi, voilà.
1:00:04 c'est en m'occupant de ce travail, il s'adresse au lecteur comme introduction, lui aussi, il fait un prélude, que j'ai mieux senti que je ne l'avais encore fait jusqu'alors, l'évidence des principes qui ont été posés par l'abbé de Condillac, Condillac est le père des philosophes sensualistes, ceux qui disent en gros que tout nous vient d'abord au départ des sensations, que c'est à partir des sensations, qu'on arrive aux idées, à la pensée, mais qu'au départ on a un corps comme les animaux. Donc, il y a quelques autres de ses ouvrages où il établit, et là il cite, et c'est souligné, enfin c'est en italique, nous ne pensons qu'avec le secours des mots.
1:00:45 Vous voyez comment on arrive au langage chez un chimiste dès sa quinzième ligne, n'est-ce pas ? Que les langues sont de véritables méthodes analytiques, que l'algèbre la plus simple, la plus exacte et la mieux adaptée à son objet de toutes les manières de s'énoncer est à la fois une langue et une méthode analytique, enfin, que l'art de raisonner se réduit à, je cite, une langue bien faite. Et en effet, tandis que je croyais ne m'occuper que de nomenclature, il pensait d'abord donner une définition de tous les mots dont on use en chimie, ce que c'est qu'un gaz, ce que c'est que...
1:01:29 Tandis que je n'avais pour objet ce que c'est que la synthèse de l'eau, de l'air ou l'analyse, moi, tandis que je n'avais pour objet que de perfectionner le langage de la chimie, mon ouvrage s'est transformé insensiblement entre mes mains, sans qu'il m'ait été possible de m'en défendre en un traité de chimie. L'impossibilité d'isoler la nomenclature, regardez bien ce mot, dans la nomenclature, il y a nomen, c'est-à-dire le nom, la manière dont il faut dire ça c'est un âne, ça c'est un bœuf.
Nomenclature et science : Platon, Aristote et le nom
1:02:04 Dans l'écriture, je quitte la science, dans l'écriture, dans la Bible, dans l'Ancien Testament, dans la Genèse, on dit que Dieu a donné à Adam, à l'homme, le privilège de nommer les créatures. Je fais une petite parenthèse rapide, là, juste pour ceux qui creusent un peu tout ça et qui sont un peu plus familiarisés avec le corpus philosophique. Si vous regardez bien la première grande distinction entre philosophes, celle de Platon et d'Aristote, première chronologiquement, jusqu'à aujourd'hui, c'est deux versants de la philosophie.
1:02:44 Platon qui est dans le monde intelligible et Aristote qui est dans le monde sensible, comme le montre le célèbre tableau de Raphaël où on voit Platon et son disciple, le jeune Aristote, descendre les marches de l'Académie, l'école fondée par Platon parce que c'est un quartier qu'il avait acheté près d'Athènes qui s'appelait Academos, tout simplement, où l'on voit Platon, plus vieux bien sûr qu'Aristote, levant un doigt vers le ciel, vers le monde des idées intelligibles et Aristote, avec la main comme ça, leur dit « N'oublions pas le sol, quand même ! »
1:03:17 Je ne tranche pas pour l'instant entre les deux. Mais je voudrais, je refais ma petite parenthèse ici avant de reprendre le texte là, c'est qu'on a souvent dit, je dis pour ceux qui sont un peu plus spécialistes de la recherche philosophique, que tout l'effort d'Aristote porte sur le jugement, pensez à sa théorie des syllogismes, alors que tout l'effort de Platon ne porte pas sur le jugement, mais sur le concept lui-même, sur le mot, le nom, vous voulez voir la différence, c'est simple, lion, je dis lion, c'est un mot isolé, c'est un concept, qu'appelles-tu un lion ?
1:03:57 Lion, mais le lion est un mammifère, ça c'est un jugement, c'est la relation entre deux concepts, ça c'est Aristote, alors que Platon va se dire qu'appelles-tu l'Éros, l'amour, dans le banquet, qu'appelles-tu une cité juste dans la république, qu'appelles-tu l'art oratoire, la rhétorique, dans le Gorgias, etc. Chaque fois ça porte sur le nom, je referme, c'est pour dire dans nomenclature, il y a nomen le nom, l'impossibilité d'isoler, je reprends le texte de notre chimiste, de Lavoisier, la nomenclature de la science et la science de la nomenclature, donc voilà, là il dit très clairement qu'il n'y a pas de science sans une réflexion sur le langage, tient à ce que toute science physique est nécessairement formée de trois choses, la série des faits qui constituent la science, c'est le monde objectif, les idées qui les rappellent, les faits, qui rappellent les faits, les mots qui expriment les idées.
1:04:58 Je saute un passage pour en arriver à... Voilà. Excusez-moi que je ne... Comme c'est un petit écran... Voilà. Le mot doit faire naître l'idée, l'idée doit peindre le fait, ce sont trois empreintes d'un même cachet et comme ce sont les mots qui conservent les idées et qui les transmettent, il en résulte qu'on ne peut perfectionner le langage.
1:05:34 Voilà la phrase par laquelle je termine cette citation et la séance de ce soir, cette citation de Lavoisier, fondateur de la chimie, il en résulte qu'on ne peut perfectionner le langage sans perfectionner la science, ni perfectionner la science sans interroger le langage. et c'est ici que je suspends ma citation J'espère que je n'ai pas été trop abstrait, j'ai essayé de prendre quelques exemples concrets à chaque fois et nous soulevons un chantier important là que nous essayons de poursuivre la prochaine fois.
Remerciements et difficultés de l'association
1:06:12 merci beaucoup à vous, merci énormément à Adrien qui, ça s'est rafraîchi cette nuit, qui est venu en vélo depuis Aubervilliers jusqu'à Cachan, je le dis à chaque fois parce que pour mesurer la chance que j'ai d'avoir affaire à des bénévoles et j'en profite et ce sont mes derniers mots ce soir pour dire que j'ai mis l'excuse à présenter pour pas le délitement comment je dirais par les difficultés dans lesquelles se trouve notre association.
1:06:48 J'ai bénéficié comme c'est le cas avec Adrien que je ne remercierai jamais assez aussi peu que je ne remercierai jamais assez Pierre-Alain, Philippe Moreau qui a été le premier à mettre mes vidéos en boîte d'une manière un peu plus éphémère mais je n'oublie jamais même ceux qui ne l'ont fait qu'une fois à Médie Chentouf ou qui venaient tous les samedis avec Philippe Moreau je pense à Hugo Chiez je n'oublierai jamais tout ce que je dois je n'oublie jamais tout ce que je dois à ces bénévoles dont je bénéficie ne serait-ce que pour ne serait-ce il n'y a pas que ça que pour la mise en ligne de mes bavardages mais je n'oublie pas non plus toutes les questions que je laisse sans réponse parce que un tel qui était trésorier de l'association ou qui était secrétaire moi je les ai connus étudiants ces jeunes gens et voilà que maintenant ils sont mariés ils ont des enfants et ils ne sont plus à Paris et donc
1:07:58 je me trouve un petit peu démuni c'est pour ça je suis si reconnaissant au fait que Adrien pour prendre cet exemple la gentillesse de venir depuis Aubergh il y a jusqu'ici et plusieurs fois dans le mois et je n'oublie pas les questions que je laisse sans réponse ne croyez pas que je vous néglige je pense en particulier je vais juste consulter les dernières en date alors attendez il y a Laurent Denave je le dis de mémoire qui m'a envoyé un superbe essai inspiré par ce qui est arrivé à Unabomber vous savez l'éco-anarchiste poseur de bombes qu'il ne croie pas parce que je n'ai pas réagi je suis très tracassé et ça me paralyse un peu par les difficultés que rencontre la marche de notre association mais je vais retrouver ici alors il faut que je trouve voilà oui
1:09:09 j'ai eu récemment un texte de Emile Monsaint c'est des personnes que je n'ai jamais rencontrées je ne connais que par les commentaires qui font de mes bavardages et qui posent bien les difficultés auxquelles je fais allusion Dominique Pagani a fait mention dans les dernières vidéos publiées des conférences qu'il était invité à donner à travers la France j'avais dit il y a longtemps que je n'ai pas fait de vidéos je suis désolé mais j'ai eu des problèmes de santé et puis j'ai dû quitter la région parisienne j'ai été invité à faire quelques interventions en province voire même au-delà puisque je suis allé en décembre dernier n'est-ce pas à Leipzig tout près de la frontière polonaise bien loin dans l'est de l'Allemagne Leipzig la ville où Bach est mort et où Wagner est né c'est ça l'Allemagne entre autres je pensais mourir avant de revoir ces coins-là et j'étais bien content bref je ne peux pas être au four et au moulin et donc
1:10:19 il me dit ceci Dominique Pagani a fait mention dans la dernière vidéo publiée des conférences qu'il était invité à donner à travers la France et voilà entre nous j'aurais aimé savoir comment se tenir informé de la tenue des conférences futures j'ai beau chercher un programme sur la page de l'association je ne trouve aucune information vous voyez j'ai du mal à lire ça enfin ça me fait mal j'ai par ailleurs essayé d'y adhérer mais le site m'informe qu'il n'est plus possible de cotiser alors qu'il est les bras m'en sont tombés je me suis renseigné mais malheureusement notre trésorier n'étant pas en France en ce moment j'attends un peu son retour pour tirer au clair apparemment il y a je ne sais pas une campagne de cotisation qui a été clôturée par la banque concernée je vais me renseigner et désolé de terminer sur cette note un peu pas pessimiste mais inquiète et s'il y a des bénévoles pour assurer ne serait-ce que ce qui nous manque le plus
1:11:29 le secrétariat qui était bien assuré il n'y a pas si longtemps on ne sait pas beaucoup de travail ce n'est pas grand chose c'est même moi qui vais faire l'essentiel du travail je vais envoyer un texte à celui qui est volontaire pour être secrétaire je rêve et celle ou celui envoie un texte tiens voilà il faut publier ça sur Facebook pour annoncer la prochaine vidéo qui aura lieu vendredi à 21h voilà par exemple le travail sera mâché ce n'est pas grand chose c'est trois fois rien mais je ne peux pas être à la fois au four et au moulin j'ai de moins en moins de force pour m'occuper de mes propres intérêts immédiats et et voilà donc tout ça parce que je tenais à remercier Adrien de se déplacer et que j'aimerais bien qu'il y ait quelques camarades qui nous donnent un petit coup de main à son image voilà l'image de Pierre-Alain de Philippe Moreau et j'en passe et
1:12:39 de ceux qui sont intervenus pour m'aider mais qui sont maintenant loin de la région parisienne et qui ont des enfants élevés et que je ne remercierai jamais assez merci à vous d'abord et à la prochaine fois