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Annonces, cagnotte Clouscard et image de la soirée
0:00 Bonsoir tout le monde. Pardon pour ces quelques secondes, peut-être même une minute de retard. En fait, je vais vous dire la vérité. Pierre-Alain et moi, on était morts de faim. Et donc, on a essayé de manger avant l'épreuve.
0:40 Voilà, j'en profite pour… Je vais rendre pas mal d'hommages ce soir, puisqu'il va être question de vous, de vos questions, de vos commentaires. Et je commence par… C'était pas convenu ça, par contre. Je suis désolé pour lui, mais j'aurais un hommage à Pierre-Alain, parce qu'il y a un moment qu'on s'est pas vu. N'est-ce pas ? Et c'est parce que, non pas qu'il m'avait lâchement abandonné, mais qu'il était en train de triompher au Canada avec son exposition, chez nos amis québécois. Et à peine revenu, à peine vraiment l'avion atterrit de nouveau de ce côté-ci de l'Atlantique, il me propose de faire un direct ce soir. Et, une bonne nouvelle ne vient jamais seule, rebelote dimanche prochain, où nous ferons un spécial Clouscard… Là, je le dis plutôt à l'intention de notre ami Stavisky, pour rester dans son pseudonyme, et qui est légitimement impatient, n'est-ce pas, qu'on refasse un teaser pour parler français, qui pousse les uns les autres, les unes,
1:50 à abonder la cagnotte qui nous permet bientôt, parce que la somme commence à être substantielle, à pouvoir payer un traducteur pour Michel Clouscard. Voilà. C'est une traduction en anglais qui permettrait, je ne vais pas répéter à chaque fois, que ce serait un énorme passage de vitesse, pas seulement parce que ça fait connaître Clouscard, je ne sais pas, je ne sais pas, moi, dans le Nebraska, ou dans le Devonshire en Angleterre.
2:27 Non, mais c'est sûr, je pense souvent à un étudiant chinois, sa première langue étrangère, et quand il en a une, c'est quand même l'anglais, n'est-ce pas ? Donc voilà, ça a élargi considérablement l'extension d'un discours qui vient de plus en plus à son heure, si j'ose dire. Voilà, et donc, mille fois merci à, je sais que je l'embête, à Pierre-Alain, de s'être aussitôt porté, non pas porté pâle, mais expression qui m'est bien Clouscard.
3:00 Je veux me faire porter pâle, parce que j'ai des pages à écrire. Et de se porter disponible pour moi, pour vous, donc pour nous. Voilà. Et j'y reviendrai dans un petit instant, parce que je vais citer un commentaire. Il y a la réponse aux questions, et je vous l'ai dit, commentaire de commentaire. Il y a un commentaire que je vais citer, pour l'instant, je ne fais que l'indiquer. Je me force un peu à vous le lire, parce qu'il est très élogieux pour moi.
3:40 Et je suis vaniteux. Je ne dis pas que ça ne me plaise pas. Ça me plaît quand je le lis. Mais ça ne me plaît pas, n'est-ce pas, de le claironner en public. Sauf qu'il y aura un hommage encore plus développé à la régie technique, c'est-à-dire à Pierre Alain. Voilà, c'est pour vous dire que j'ai de la chance. Nous avons de la chance. Si on peut appeler ça de la chance, il y a un hasard. Voilà quoi. Et alors, j'en viens, je vous l'ai annoncé, donc, il y aura un direct dimanche prochain, autour de Clouscard cette fois.
4:19 Et j'étrenne une formule, si vous voulez, que j'aimerais bien garder pratiquement jusqu'à la fin de l'année scolaire, jusqu'à la fin juin, en gros, et qui consiste, non pas à vous donner la parole comme ce soir, mais à vous la laisser jusqu'en juin. C'est-à-dire, je partirai toujours de commentaires.
4:49 Multiple avantages. D'abord, j'aime bien répondre à des commentaires, surtout quand ils sont pertinents. Je prends mon temps et des fois, je traite trois questions et c'est tout juste si j'ai le temps à deux heures et demie. Donc, à ce rythme-là, c'est injuste pour tous les commentaires que je passe sous silence et qui me gratifient énormément. Donc, c'est assez injuste. Là, on restera toujours dans les réponses à vos questions.
5:23 Et je répète, ce n'était pas une boutade quand je l'ai postée sur Facebook, quand je dis les questions nouvelles et anciennes. Parce qu'il y en a auxquelles je n'ai pas répondu, je ne sais pas moi, depuis trois ans par exemple, parce que je prenais mon temps pour répondre à d'autres. Voilà. Non, pas parce qu'elles me semblent les plus intéressantes prioritaires, mais parce que je gère mal mon temps. Voilà. Donc, je vais partir de quelques questions.
5:58 Il y en a quelques-unes que je vais expédier parce qu'elles sont très courtes et qu'elles sont très précises. On va commencer tout de suite. Je vais demander à Pierre-Alain de nous présenter la question numéro 1, qui nous vient de notre ami Sébastien Deville, qui réside toujours au pied des Alpes, à Grenoble, entre Chartreuse et Vercors. Alors, vous voyez, comme c'est court, il dit « Moi, j'avais une question. Quel est ton regard sur ce qui se passe en Afrique ? » Sénégal, Burkina Faso, République démocratique du Congo, etc.
6:32 Alors, je suis d'autant plus heureux qu'il me pose la question que je ne vais pas y répondre ce soir. Donc, parce que, bonne nouvelle, enfin bonne nouvelle pour celui qui pose la question, et puis je présume qu'il ne doit pas être le seul, parce que c'est le sujet de mon intervention au café marxiste de la rue de la Butte-aux-Cailles, au café dit le Spoutnik, une réunion périodique qui est organisée par des camarades du PRCF.
7:09 Il peut m'arriver d'avoir quelquefois des petites divergences avec le PRCF, mais ce sont des camarades, ne seront jamais les adversaires. Et qui avaient eu la bonté et la gentillesse de m'inviter à leur université d'été à Dourdan, et je n'oublierai pas, c'était très gratifiant et très instructif. Et là, ils font périodiquement une intervention dans un café qui les héberge à la Butte-aux-Cailles, et qui s'appelle le Spoutnik, voilà.
7:42 Et ici, j'aurai un petit hommage, c'est la soirée, c'est comme ça, comme ça fait longtemps, on ne s'est pas vu. J'y pense souvent à notre ami Yannick Dutertre, alias Kinaï. D'abord, je m'excuse de lui avoir chouravé son logo, n'est-ce pas ? C'est Pierre-Alain qui l'a monté, l'image de ce soir. Mais je lui ai suggéré, puisqu'il va être question, vous allez voir dans la question qui suit, du rapport à la religion, sur un fond de chant marxiste, j'ai trouvé que ça tombait à pic une fête chrétienne, si l'on veut.
8:26 Parce que Noël, je ne vois pas en Palestine, enfin en Terre Sainte, je ne vois pas pousser les mélèzes couverts de neige, les skis du Père Noël, et les rennes, qui tirent son traîneau. Et surtout le petit renne au nez rouge. Ah, comme il était mignon, le petit renne au nez rouge, rouge comme un lumignon. Vous ne connaissez pas cette chanson ? Eh oui, c'est parce qu'il buvait un petit coup le renne là.
8:57 Alors, en Finlande, plus probable, il paraît que les origines, c'est nordique, voilà ce que je veux dire, c'est germanique, c'est nordique, c'est scandinave, c'est ce que vous voulez. Mais enfin, cette imagerie intervient, relativement tardive, intervient pour célébrer une fête éminemment chrétienne, bien sûr, en termes de contenu. Donc voilà, Marx en Père Noël, n'est-ce pas ?
9:29 Ou bien le pape, un peu perplexe devant le cadeau d'Evo Morales, n'est-ce pas ? Camarade, il dirige la Bolivie, dans la glorieuse lignée de, disons, de la Bolivarité, si j'osais ce barbarisme. n'est-ce pas ? Des régimes les plus en pointe dans ce bain de sang permanent qu'est l'Amérique latine, sous la férule des escadrons de la mort et des financements qu'il reçoit de l'oncle Sam.
10:03 donc chapeau à Evo Morales, qui a offert ce cadeau, n'est-ce pas ? d'une crucifixion sur fond de marteau de la croix. et le pape perplexe avec la faucille dans les mains. Voilà. Je remercie encore Pierre-Alain d'avoir réussi ce montage. Je réponds ici indirectement à notre ami, à cet homme, ce que je ne connaissais pas, ça devrait être quelqu'un de nouveau.
Le fruit est la vérité de la fleur
10:35 Pierre-Alain va me le rappeler. Opposition contrôlée. Oui, opposition contrôlée. Il a fait un commentaire très bref, il a dit « drôle de titre ». Je suis content qu'il dise ça, parce que c'est un peu pour interpeller ce titre, c'est bien qu'on le remarque. Mais je me permets de lui rétorquer, « drôle de pseudo ». Mais j'aime beaucoup aussi, c'est pas opposition contrôlée. C'est tout un programme intéressant. Donc voilà, je ne sais pas ce qui va être question.
11:10 Je le dis rapidement, même si je vais le développer dans le fil de la question qui vient, c'est qu'ici, la vérité, il ne faut pas la prendre, il ne faut pas isoler le syntagme. C'est la vérité de. C'est une expression éminemment hegelienne. Le fruit est la vérité de la fleur. Et la fleur est la vérité du bouton. Le bouton est la vérité de la graine. La vérité de tous ces moments, c'est la plante elle-même comme une unité organique.
11:46 Je n'insiste pas trop sur ces métaphores naturalistes. pour illustrer la pensée d'un auteur qui n'est rien moins que natureliste, n'est-ce pas ? Et qui sait que l'esprit, pour parler en termes hegeliens, ou la praxis, pour parler en termes plus marxiens, enfin, l'histoire, si vous préférez, parce que le terme de praxis n'est pas très fréquent chez Marx, commence quand la nature recule.
12:17 Il y a cette commune. Donc, la vérité de, vous voyez, le fruit est la vérité de la fleur. Je commence par une représentation pour vous aider à comprendre cet usage singulier. Il a raison. Notre ami incontrôlable, incontrôlé, pardon, ou plutôt très contrôlé.
12:47 Et il a raison d'être étonné, ce n'est pas l'usage habituel de vérité. Vérité, c'est l'opposé, le vrai, c'est l'opposé du faux, ou bien du mensonge. Comme j'ai fait des tas de cycles là-dessus, je ne reviens pas trop. Ce n'est pas la même chose. Quand le vrai s'oppose au faux, en mathématiques, par exemple, le résultat d'une opération ou d'une équation, ou des racines, c'est vrai ou c'est faux. Par contre, lorsque le vrai s'oppose au mensonge, c'est une autre problématique.
13:21 Surtout quand c'est le mensonge comme catégorie suprême du mal dans l'Évangile. Vous voyez, on reste dans le champ religieux. Puisque, je l'ai souvent cité, je ne m'y étends pas trop, mais rappelle de cette sentence christique du Jeudi Saint, un dernier entretien du Christ avec ses disciples, avant le supplice, « Le prince de ce monde vient, mais il est déjà vaincu, car son essence est mensonge. »
13:53 Mais la vérité de sort de ces acceptions, je ne parle pas d'acceptation, de ces significations, préfère de la manière dont c'est reçu dans l'usage. La vérité de, c'est à la fois l'accomplissement, et là, vous comprenez mieux, le fruit, accompli ce qui dans la fleur était merveilleux, odorant, séduisant. Vous voyez, toutes les métaphores classiques qui tournent autour de la fleur, qui est toujours liée au genre féminin dans l'histoire de toutes les cultures.
14:29 et je dis ça pour donner un petit coup de talon aux relativistes qui croient toujours « Oui, ça c'est vrai pour nous, mais pas pour les bantous. » Bon, bref. Donc, regardez le prénom Yasmina, comme il est fréquent dans le monde musulman. jasmin et sa fleur, c'est si odorante. Donc, la fleur, c'est le moment de la séduction, mais c'est pour aboutir au fruit, qui est le moment suivant.
15:06 Mais, les deux ne peuvent pas être simultanés. L'accomplissement est en même temps une suppression. C'est ça qui est éminemment dialectique. et sur lequel j'insiste, parce qu'on est moins habitué à cette conception de la vérité au prix d'une suppression de, de, ce qui suit le « de ». Ici, j'ai dit, la vérité du religieux. Voilà. C'est pour commenter ce titre que notre amie à opposition contrôlée a bien raison de relever.
Les trois lignes renvoyées dos à dos
15:45 donc, je vais vous dire maintenant la question numéro 2, c'est celle, justement, qui ouvre cette réflexion sur le champ religieux de quelqu'un qui n'est pas nouveau, je pense à Lucas Lederle, qui me dit, alors, bonjour, c'est une question sur laquelle j'aimerais avoir votre avis. Je trouve que sur la question de la religion, le débat militant est écartelé entre trois lignes stériles.
16:17 On sent quelqu'un là qui a l'esprit dialectique. Il y a trois lignes, donc des points de vue qui vont s'opposer, mais qui renvoient les trois dos à dos. Alors, oui, je précise déjà, que pour des raisons pédagogiques, je vais présenter de façon, bien sûr, caricaturale. Bon, honnêteté intellectuelle, il sait que c'est plus nuancé que ça dans la réalité, mais pour des raisons de clarté de la transmission, c'est bien de donner la priorité à la clarté et de faire confiance à l'auditeur pour les nuances.
16:54 de ce qu'il appelle la caricature, modestement, mais il veut dire de s'en tenir à l'essentiel, sans tous les scories de l'existentiel. Donc, voilà, vous voyez ? Je vais présenter de façon, bien sûr, caricaturale. Alors, première ligne, première position sur la religion. Je me cache derrière la loi de 1905, la loi qui a institué, n'est-ce pas, la laïcité dans notre République, pour éviter de me mouiller.
17:32 Voilà. Qu'on ne dise pas que je suis arabophobe, n'est-ce pas, islamophobe, non, non, non, je ne fais que défendre la laïcité, bien vu. Bien vu. Il y a plein de faux derches pardon, voilà, vous voyez ce que je veux dire. Il y en a aussi d'autre côté, qui disent qu'ils sont antisionistes, pour ne pas dire antisémites, bon, ça, ça vous est familier, ce n'est pas le sujet du soir.
18:04 Je ne parle pas de ce qui se passe à Gaza, ça c'est plus que le sujet qui se passe. C'est, c'est... L'année prochaine, j'ai 80 ans, je n'ai quand même pas mal vécu, je n'ai jamais vu cet horreur. Au niveau de la population civile, jamais. Ce n'est pas le sujet de ce soir, ça reste le sujet d'actualité pour un bon moment.
18:34 Malheureusement, je me cache derrière la loi de 1905 pour éviter de me mouiller, pour avouer que, en fait, c'est une arme un peu xénophobe. Ligne 2, chez certains dirigeants PS et LFI, oui, pardon, typique chez certains dirigeants PS et LFI, la ligne 1. Ligne 2, moins, critiquer la religion, c'est oppressif, c'est pas bien, c'est, on dirait, c'est politiquement incorrect aujourd'hui, n'est-ce pas ?
19:05 Typique chez les post-modernes, les intersectionnels, les dirigeants EELV, c'est bien qu'ils fassent la distinction. n'est-ce pas ? De ces politicards hyper-atlantistes, agressifs, bellicistes que sont les dirigeants du parti des Verts, alors que dans leur électorat, il y a des gens, peut-être, qui se font des illusions, mais qui sont sincèrement attachés à des valeurs démocratiques assez souvent. Pas toujours, il y a beaucoup.
19:36 Il n'y a pas plus agressif que les vélos dans la rue, c'est curieux, hein ? Il y a les piétons qui sont énervés, bien sûr, quand ils voient les voitures mais les plus agressifs, c'est les vélos. Je ne m'attarde pas. Tout ça est assez contingent. Si vous voulez, je le retire, je le ferai, mais enfin, c'est statistiquement vrai. Ligne 3, les curés, tous au goulag. bon, alors, le point de vue sur la religion, typique chez Lutte ouvrière ou certains stals.
Le gauchisme au sens léniniste et la Vendée des chouans
20:10 Alors, il met dans le même bloc les gauchistes et leur ennemi mortel des stals, n'est-ce pas ? Et vice versa, pour les stals, les ennemis mortels, c'est… Les gauchistes, au sens léniniste, attention, non, je dis ça parce que je suis un peu effrayé. J'ai l'impression des fois qu'il y a tellement plus de gauche dans notre pays, si c'était que dans notre pays quand on voit l'Europe, l'Europe, je ne parle même pas des États-Unis où le débat se fait entre deux droites, une droite extrême contre une extrême droite.
20:40 Il faut le faire. Bon, mais chez nous, en particulier, de plus en plus, j'entends le syntagme gauchiste employé par des gens qui signent et qui sont d'extrême droite quand tu dis ça, qu'ils en aient conscience ou pas, pour eux, c'est tout ce qu'il y a à gauche d'eux. Évidemment, comme ils sont très à droite, ça fait du monde. Chez eux, Macron est un gauchiste, Biden est un gauchiste. Oui, vous savez, il y a des Youtubers parmi vous, vous voyez très bien de qui je veux parler.
21:15 Pas au singulier, ça pullule. Ça pullule. Descends-tomber. Non, moi, je le prends d'abord par souci d'honnêteté intellectuelle, de savoir de quoi on parle quand on dit des mots. Ce n'est pas des insultes, c'est des concepts lorsqu'on explicite et qu'on précise. Le gauchisme, au sens léniniste, c'est la réunion, je le dis là, je propose ceci, au sens quasi mathématique que je donne à ce terme, trois sous-ensemble de l'extrême-gauche, je sais pas comment on dit, trois sous-ensemble distincts, quelques fois, ils se fermaient d'ailleurs, qui sont dans l'ordre chronologique pour ne vexer personne, les plus anciens, c'est les anarchistes, dont je respecte une bonne partie.
21:58 Autant, il n'y a pas plus anarchistes et anarchiques que le capitalisme, n'en déplaise aux libertaires, qui croient qu'ils sont dans l'opposition au capital, il n'y a pas, écoutez les patrons, dès qu'ils sont entre eux à un repas d'affaires, ils font que cracher sur l'État. Allez, ça suffit, les masques. Par contre, il y a une tradition anarchiste qui tient à être compagnon des combats de la classe ouvrière, pour lequel j'ai le plus grand respect. Voilà, je pense à ceux qui se sont illustrés dans l'inoubliable commune, n'est-ce pas ?
22:33 en particulier. Dans l'ordre chronologique, il y en avait trois espèces dans le genre gauchistes, les anarchistes, les trotskistes, et un peu plus récemment, historiquement, les maoïstes. Ces trois-là, leur pire ennemi, c'était la CGT et le PC pendant mai 68. Je voulais si vous préférez le voir comme ça.
23:05 Voyez ? Et, allez, je vais vous faire une confidence que de foi. À l'époque, j'étais prof, je n'avais pas encore tout à fait fini mes études, mais je, j'avais le culot d'enseigner la philo dans une école privée dans la Drôme, où mon fils est né, je sais, je le dis à chaque fois, je le dis à chaque fois parce qu'il est né à Dieulefit, en toute simplicité. C'est un peu flatteur, quand même. Et, dans cette école, qui était privée, chère, payante, j'ai fait mes premières armes là, j'ai découvert l'enseignement, j'ai été invité par les parents à Paris après.
23:48 Ces parents, c'était des grandes familles, ils sont dans le monde du spectacle, coût des affaires. Je me rappelle qu'il y en avait dans les grands moulins de Paris, par exemple, vous voyez, c'est un moment où on parle des agriculteurs, il y a agriculteurs, il y a agriculteurs. Alors, ils ont une grande fortune, il y en avait qui avaient trois enfants dans le même établissement. C'est une fortune. C'est un loyer dans le triangle d'or à Paris, ça, chaque mois. Donc, ils m'invitaient chez eux, ils étaient très gentils avec moi, j'avais fait passer le bac à leur fils, qui était un cas désespéré, comme souvent, dans les écoles privées, le gamin était transbauté, un truc, bon, bref.
24:22 Et puis, alors, ils apprenaient que j'étais communiste. On était en 68, plein dans les événements, je ne sais pas. Et ils me disaient, vous seriez pro-chinois, à la rigueur. Mais c'est quand même, mais franchement, vous voyez, mais oui, c'est l'époque où Godard, film de la chinoise, mais oui, bon, voilà, les gauchistes, au sens précis, léninistes, c'est ça, c'est ça.
24:55 et la réunion des anarchistes, des trotskistes, et des maoïstes. Je finis juste d'en parler pour dire que j'ai le plus grand respect pour le héros de la longue marche, je pense à Mao Tse-tung, n'est-ce pas, et le vainqueur des Japonais. 17 millions de morts. Mais oui, ce sont les deux grands pays communistes qui ont le plus de morts. même si la Chine n'était pas encore entièrement communiste à ce moment-là, mais enfin, le combat mené par les communistes a été décisif pour écraser les Japonais.
25:34 Pour les bouter hors de Chine. Mais je distingue ce Mao-là de celui qui perd un peu, qui perd un peu la main bien plus tard vis-à-vis de son parti et qui, pour reprendre la main, n'est-ce pas, a fait braquer les anciens compagnons de la longue marche par des gamins de 14 ans qui avaient une kalachnikov garde rouge, vous connaissez la suite. La Chine d'aujourd'hui est tellement loin de ça que je ne m'attarde pas, heureusement, pour les Chinois.
26:09 Et oui, il en faut des nuances. J'ai peur de devenir inaudible quand je fais des nuances. Les gens, ils n'entendent que les catégories auxquelles ils sont habitués. Mais quand on on fait comme Lucas Le Derlet quand on voit dos à dos des positions qui semblent s'opposer, n'est-ce pas, se distinguer, voire s'opposer, ça vaut le coup, comme je le fais, de m'attarder un peu pour être sûr d'être compris un petit peu quand même. Alors voilà, les curés, tous au goulag, typique chez lutte ouvrière ou certains stals.
26:43 Et voilà qui nous avouent, je reprends son terme, j'avoue qu'ayant grandi et fait mes premières armes militantes à Cholet, bastion du catholicisme réactionnaire. Cholet, la Vendée militaire, non mais moi, j'ai travaillé à Niort, un peu plus au sud, mais j'avais un ami qui était sous-préfet là-bas, que j'avais connu comme conseiller culturel en Côte d'Ivoire, je retrouvais par hasard quand je dirigeais le carrefour médias jeunesse de Niort, et mon premier poste de direction d'ailleurs et j'étais heureux de le retrouver et je lui dis alors comment ça se passe ici ?
27:20 Il me dit alors ici c'est vraiment des chouans. Ou alors ils viennent et ils lancent des lapins sur le mur de la préfecture comme ça. Mon patron, il parlait du préfet, lui il était sous-préfet, mon patron était terrifié parce qu'il manifestait contre l'importation de lapins chinois.
27:54 Et le préfet lui dit moi je trouve qu'ils n'ont pas si mauvais goût et lapins chinois. Et mon copain disait c'est pas le moment monsieur le préfet, c'est pas le moment. Et quand il y a le 14 juillet ils sont tellement contre-révolutionnaires qu'ils inventent une fête de la pomme de ce que vous voulez pour pas fêter la République. Voilà. Tout ça est franchouillard pour l'instant.
28:24 Tout ça est respectable en soi. Alors, donc notre ami Lucas a grandi là-dedans et je comprends, je comprends, n'est-ce pas, que de temps en temps il a envie, comme on dit, de bouffer du curé, n'est-ce pas ? Donc, Cholet, bastion du catholicisme réactionnaire, s'il en est, je peux parfois céder à cette tendance. J'aime bien sa façon de s'exprimer, n'est-ce pas ? Et la distance à soi-même qu'elle implique.
28:57 C'est pas grave d'avoir des sentiments qui ne sont pas les bons. Le tout est d'en prendre conscience et de prendre distance avec eux. Je trouve que la femme de mon voisin est charmante, c'est pas pour ça que, oui, vous voyez la suite, enfin quand même. J'aime bien cette chemise dans la vitrine, je ne vais pas casser la vitre pour me la prendre. Ces trois approches ne me semblent, alors attention, maintenant, on a l'impression qu'on a tout dit sur le point de vue sur la religion, ta-ra-ta-ta, ces trois approches ne me semblent ni matérialistes.
L'aporie est apéritive
29:33 ni dialectiques, ni historiques, ni rationnelles. Excusez-moi, je pense que c'est le soupir de soulagement parce que entendre la parole de Lucas ça me change un peu de ce qu'on entend de plus en plus, n'est-ce pas, dans ce pays déserté par la tradition progressiste. Par conséquent, quelles sont pour vous, donc, voici, les principales pistes envisagées pour sortir de cette aporie.
30:03 je précise pour ceux qui viennent tout juste de s'intéresser à la philo, qu'aporie veut dire impasse théorique. Ici, je ne mets pas un bémol, non, un bémol ça veut dire diminuer, non, je laisse sa vigueur à la parole de Lucas, mais petite correction de trajectoire. Moi, je n'aurais pas dit une impasse parce qu'une impasse veut dire que c'est bloqué par devant, vous voyez, devant, une impasse au sens propre, là, une rue qui est une impasse, il y a un mur, tandis que l'aporie est féconde en philosophie.
30:36 C'est vrai que la pensée est bloquée, elle semble bloquée, c'est avant tout une difficulté. Je vous donne l'exemple d'aporie, les Grecs, ils adoraient ça. on disait à Socrate que c'est impossible de se mettre à la recherche de la vérité comme le prétend le philosophe. Parce que par où commencer si on ne la connaît pas ? Est-ce qu'il faut aller à gauche, à droite, devant, derrière ? Et si on tombe dessus par hasard, à quoi on reconnaît que c'est la vérité puisqu'on l'ignore ?
31:06 Ou alors, à partir de combien de cheveux un chauve est un chauve ? Non, mais c'est des problèmes que posaient les Grecs, je ne suis pas en train de caricaturer. Est-ce que s'il reste dix cheveux, est-ce que c'est un chauve ? S'il en reste trois, deux, vous voyez, c'est des indécidables. À partir de combien de cailloux on a affaire à un tas ? Est-ce que si je mets deux cailloux l'un à côté de l'autre, c'est un tas de cailloux ? Pas évident tout ça. Vous voyez ? Vous trouvez les notions qui sont discutées encore maintenant en philosophie et dans les sciences dures des dichotomies comme le continu et le discontinu.
31:42 Par exemple, l'aporie, mais ici, je vais citer Ricœur, je ne cite pas souvent, mais tout ne me plaît pas chez Ricœur, mais il y a d'excellentes choses en particulier, je le recommande aux étudiants en philo, son cours sur Platon et Aristote dans les cahiers d'assortement. Remarquable. 70 pages à peu près. Remarquable. Sur un sujet aussi rebattu, sans tirer comme ça, c'est pas mal. Donc, il fait un jeu de mots qui me plaît bien, je vous le ressors, il dit que l'aporie est apéritive.
32:19 Apéritive. Donc, c'est pour ça que ce n'est pas une impasse. Au contraire, elle incite le philosophe à faire ce que vient de faire Luca avec ses trois tendances, à les renvoyer dos à dos et à faire intervenir, comment il dit, une approche matérialiste, dialectique, historique et rationnelle, ce que ne sont prises à part aucune des positions qu'on a vues auparavant. Voilà. Alors, je ne peux pas m'empêcher d'arriver à ce stade où j'ai perdu ma souris.
L'opium du peuple : une force, pas une formule réductrice
33:01 Voyons, voyons, voyons. Il faut que tu utilises le mail. Ah oui, pardon. Alors, je suis habitué à... Comment on fait ? Tu ne cherches pas. Ah, mais non. Ah si. Est-ce que je l'ai là ? Ce n'est pas évident. Un texte de Marx que j'avais noté dans une playlist. Alors, attends, je vais le retrouver. Mais je n'arrive pas à quitter. Ah si. Ah mais si, c'est bon. C'est bon. Alors, voilà, voilà.
33:34 Alors. Phrase célébrissime que chacun connaît de Marx. La religion est l'opium du peuple. N'est-ce pas ? Voilà. Et puis, ça semble réglé pour un marxiste taratata. Il y en a qui croient qu'ils ont réglé le point de la religion.
34:06 Ils sont marxistes puisque la religion n'est rien d'autre que l'opium du peuple. Et bien sûr, les adversaires de Marx sont encore pires. N'est-ce pas ? Comment on peut être réducteur à ce point-là un phénomène civilisationnel millénaire et concernant tellement de cultures différentes comme la religion, l'expédier, n'est-ce pas, dans une drogue douteuse ? D'abord, je commencerai par là. Douteuse, douteuse, vous avez déjà essayé de faire décrocher quelqu'un de l'héroïne ?
34:36 Parce que moi, je m'y suis attelé. dans les musiciens de jazz, il y avait pas mal de shootés, comme on dit à l'époque, n'est-ce pas ? À Hortense, comme on dit, à l'héroïne, ou à Hélène, ça dépend, enfin, ça commence par là, je suis toujours... et j'ai connu William Burroughs, je suis sûr que certains d'entre vous, peut-être un peu plus anciens, connaissent, fait partie de ce qu'on appelle la Beat generation, la littérature américaine.
35:12 C'est un peu les romanciers maudits, l'équivalent quoi. et je l'avais fréquenté à Tanger, à l'époque, Tanger était une ville internationale, et il y avait une radio Tanger qui était excellente, et j'accompagnais un ami qui était pianiste de jazz, pour une émission de jazz là-bas, et on passait la soirée avec lui, avec Malcolm, etc. Et moi, j'étais jeune, j'étais un peu groupi, admiratif devant des adultes, qui étaient des grands intellectuels, et le lendemain, cette soirée, je dis à Malcolm, comme c'était intéressant hier, l'discussion, et il m'a dit, tu sais à quoi j'ai pensé pendant la discussion, est-ce que tu te retournes et que je puisse te prendre ton portefeuille pour m'acheter une dose ?
36:02 Il dit, c'est ça l'héroïne petite, essaye d'éviter, parce que toute la pensée, tout est absorbé que par ça. Donc déjà, c'est pas rien, de dire la religion, ça veut dire qu'elle a une force, une force. Je pense aussi à l'alcoolisme, je parle à l'éthylisme, je ne parle pas de du vin qui nous rapproche tous dans les bonnes occasions, de la goutte, non, non. C'est une drogue dure, l'alcool à un haut niveau.
36:32 Et ce sont les plus addictifs, les alcaloïdes, les dérivés de l'opium, l'héroïne, morphine, qu'est-ce qu'on voudra, et l'alcool à un haut niveau. Donc, déjà, ça devrait nous mettre sur la piste que c'est mal reçu, cette expression de croire, que c'est réducteur. Ça veut dire, si vous voulez supprimer la religion, il faut la remplacer par quelque chose de fichtrement puissant et valable, pour que l'intéressé s'en contente, n'est-ce pas ?
37:05 C'est ça le problème, si vous vous occupez de jeunes drogués, etc., vous leur donnez quoi en échange, s'ils arrêtent ? Allez, je continue le texte de Marx. Vous allez voir qu'on va de surprise en surprise. Pour l'Allemagne, la critique de la religion, oui, je précise, je précise que c'est extrait de la première grande publication de Marx. Ce n'est pas sa première œuvre, il y avait sa thèse déjà, sur l'Épicure, sur les... Bon, bref, ou sur la mythologie grecque, mais c'est la première grande publication théorique de Marx, sa critique de la philosophie du droit de Hegel.
37:44 Hegel régnait pour un temps très court sur l'université, sur la philosophie allemande à ce moment-là. Et bien sûr, Marx, qui n'a pas encore son contour, qui n'est pas encore dans le matérialisme dialectique, encore moins dans le matérialisme historique, s'attaque à qui de droit ? C'est bien, cet âge-là. Il est encore feuerbachien, naturaliste, presque écolo à l'époque. Pour l'Allemagne, la critique de la religion est pour l'essentiel achevé. et la critique de la religion est la condition de toute critique.
38:18 Ça, ça veut dire, je viens après Feuerbach. Feuerbach s'est mouillé les mains jusqu'au coude en s'attelant à la critique de ce qui décidait depuis des siècles pour les sociétés, pas pour le gros des sociétés, c'est-à-dire l'aliénation religieuse. Et je vais vite parce que c'est une notion familière. À la vérité, notre sujet, ce n'est pas ça. Notre sujet, c'est est-ce que c'est si réducteur que ça, comme Marx dit la religion est l'opium du peuple ?
38:50 Suivons. À la vérité, la religion est, attention là, il n'est pas seulement l'opium du peuple, là, il développe, est la conscience de soi, du don. En général, la bibine, l'héroïne, le bédo, c'est plutôt pour noyer la conscience. Vous voyez ? Et la conscience de soi et le sentiment de soi de l'homme qui, ou bien ne s'est pas encore conquis, ou bien s'est déjà de nouveau perdu.
39:22 Donc, il y a une dimension tragique. C'est ça l'essentiel sur lequel je vais insister. On n'est pas marxiste quand on n'est pas passé par une saison en enfer, pour parler comme Rimbaud. Même si, pour conclure comme Rimbaud, cela est passé, je sais, aujourd'hui, saluer la beauté. On n'est pas marxiste si on n'est pas passé, n'est-ce pas ? Ici, je m'attarde un peu avant de continuer ce texte admirable qui n'est pas encore marxiste, marxien, si vous préférez, comme vous voulez, ça m'est égal, vous savez que je ne suis pas structuraliste, pour les signifiants, vous voulez.
La modernité déteste la modernité ; la philosophie naît des crises
40:03 Je ne vais pas parler à votre place. Mais, ce qui m'intéresse, c'est à quel point nous baignons ici dans la modernité dans ce que j'ai l'habitude d'employer avec vous. Vous savez, celles qui succèdent à la révolution industrielle anglaise et à la révolution politique française, lesquelles se sont produites toutes les deux au XVIIIe siècle, vers la fin du XVIIIe siècle, avec l'industrialisation, l'urbanisation, le monde dans lequel nous vivons.
40:38 Oui, cette modernité dans le champ économique s'exprime avec la notion de capitalisme, dans le champ culturel s'exprime avec la notion de romantisme, pourtant les romantiques, ils n'aiment pas capitalisme. Oui, oui, mais ce n'est pas des contradictions, c'est des oppositions. Comme je le répète souvent, ce qui est typique de la modernité, c'est de détester la modernité. Vous allez vous y retrouver.
41:08 J'ai consacré des cycles à ça dont je ne m'attarde pas trop et de toute façon, vous savez bien que je reviendrai. Je n'ai pas dit l'essentiel qui gouverne le texte de Marx ici à propos du malheur par lequel il faut passer, de la crise qu'il faut traverser. Tiens, tiens, c'est comme la philosophie, pas de philosophie. Quand la philosophie apparaît ou quand elle fait, quand elle franchit des moments décisifs de son histoire, ses avancées les plus importantes, c'est chaque fois à la faveur d'une crise, crise de la cité grecque, surgissement de la question socratique, la crise du Moyen Âge, vous avez tout, la réflexion humaniste de la Renaissance, bouillonnement incroyable, bouillonnement intellectuel, d'idées qui vont donner la Renaissance au sud de l'Europe et la réforme au nord.
42:03 C'est des crises, ça, vous savez, et puis, crise de la monarchie, de la féodalité monarchique ou de la monarchie féodale, comme vous voulez, le siècle des Lumières. La philosophie surgit sur fond de crise, ça aussi, c'est un rappel. Vous voyez, je fais une parenthèse dans la parenthèse, mais c'est un peu la démarche que je voudrais suivre jusqu'au mois de juin, c'est partir de vous, de vos questions, de vos commentaires et de voir et de revoir des choses que nous avons vues souvent ensemble d'une manière plus concrète et souvent à travers votre expression et votre manière de poser les problèmes.
42:46 De sorte que ce soit vraiment ce que j'appelle souvent une causerie, parce qu'on me dit « tu parles tout seul, comment tu peux appeler cette causerie ? » Voilà, c'est ce que nous sommes en train de faire, c'est pas chaque cause. Ici, avec vous et grâce à l'intervention de Lucas, parce que je suis à son écoute. Donc, pour l'instant, je nous fais écouter Marx à tout ce monde et je voudrais préciser le plus important, c'est que avant cette modernité, avant le siècle des Lumières qui a tant fait pour préparer le travail d'un Feuerbach puis d'un Marx, Feuerbach, ruisseau de feu, c'est-à-dire qui a tant fait pour donner des coups décisifs à ce que représentait la conscience religieuse dans les sociétés traditionnelles de l'Ancien Régime, de l'Ancien Monde, carrément.
Quand la réponse précédait les questions
43:44 Ce qui caractérise ce monde-là, l'Ancien Monde, c'est que la réponse précédait les questions. D'accord ? Regardez, l'apogée de la philosophie dite classique, celle qui succède à Descartes en haut, Descartes, Spinoza, Leibniz, Malebranche, l'apogée de la métaphysique occidentale, pratiquement, on est à peu près unanime là-dessus puisque après, ça aboutit à Kant qui, à partir duquel la métaphysique aura du plomb dans l'aile ce qui caractérise ces pensées-là, c'est qu'elles baignent en Dieu.
44:27 Alors, c'est pourtant des penseurs vigoureux, même un Spinoza qui a l'audace, jusqu'à l'audace de dire, attention, quand je dis Dieu, ce n'est pas Dieu dont on entend parler dans la rue, à savoir, il ne faut pas que Dieu soit l'asile, je cite Spinoza, l'asile de l'ignorance. Mais tandis que là, après le siècle des Lumières et la Révolution française, tout d'un coup, vous voyez pourquoi je parle de la laïcité, on en parlait tout à l'heure, tout d'un coup, pour la première fois, l'homme est face à son destin sans recours transcendant, transcendant ou immanent, parce que les religions animistes sont les plus répandues et les plus anciennes, bien avant le christianisme, l'islam et le judaïsme, pardon, chronologiquement, le judaïsme, le christianisme et l'islam, bien avant ces trois religions qui sont toutes les trois apparues dans ce mouchoir de poche qui est le désert.
45:26 Mais le lieu n'était autre que le désert. Il faut avoir vécu dans le désert pour voir que le salut ne va pas venir de la nature, dans le désert. Ce n'est pas Tahiti, il ne suffit pas de prendre une noix de coco, de boire le jus et de manger là. Notre coco elle-même, quand on est dans ce néant qu'est le désert, c'est une splendeur, je ne demande pas l'heure esthétique, mais on se dit ou bien il n'y a pas de Dieu, c'est un monde abandonné, ou bien s'il y en a un, il est au-delà.
46:10 Vous voyez d'où vient la transcendance et pourquoi elles sont apparues en pays de désert. Tant que la nature nous donne l'illusion qu'il y a des dieux un peu partout, des divinités, dans les sources, dans les fruits, dans la plante, dans l'arbre. Mais là, première grande crise, n'est-ce pas, la disparition de l'animisme a donné une âme, anima, à toute chose. Non, non. la suivie, c'est peut-être plus radicale puisqu'il interdit la représentation des êtres vivants, comme vous savez.
46:40 Donc, d'où l'arabesque. Bien avant qu'on parle de peinture abstraite, l'arabesque. C'est une admirable écriture, ce magnifique graphe. Les réponses précédées des questions, pour la première fois, fin 18e, 18e, vous comprenez pourquoi je parle de crise. Ce n'est pas hasard si, au siècle qui poursuit le bonheur, au 18e siècle, va succéder le mal du siècle.
47:10 Et qui va atteindre un paroxysme de crise, avec des cas comme celui de Baudelaire, de Rimbaud, je pensais à la saison en enfer tout à l'heure, pas. Il est pour être boudi, sans aller même jusqu'aux angoisses encore plus modernes, je ne sais pas, le Kafka, le Joyce, par moments. Et, quand je dis qu'on n'est pas marxiste, si on n'est pas moderne, on n'est pas moderne, si on n'assume pas sa modernité, c'est-à-dire si on déteste la modernité, ce qui est typique du moderne, je répète.
47:57 Je n'écoute que de la musique d'avant la révolution française, de la musique baroque. Je ne dirai jamais un mot contre le répertoire de la musique baroque, quand on peut en faire mieux que Bach. s'il y a un consensus des musiciens, celui devant lequel nous sommes tous des petits-enfants, comme disait Schumann, je ne parle pas du répertoire baroque, je parle de la manière dont ce répertoire ressurgit, et surtout le discours qui soutient ce ressurgissement, si je puis me permettre, linguistiquement.
48:31 d'abord, le retour de ce répertoire, et ça c'est bien, je suis pour, parce qu'on a passé sous silence les bons portiers, Clément Vivaldi, Albinoni, oui, beaucoup d'Italiens, mais aussi Telemann, mais bien sûr, tout ça culmine dans l'œuvre de l'immense œuvre de Jean-Sébastien. Heureusement qu'on a récupéré ce répertoire à peu près fin 18e, Hegel fait l'éloge de la Passion selon saint Matthieu dans son esthétique, c'était impensable chez Kant, par exemple.
49:09 Pourtant, Kant est encore vivant quand Hegel est jeune. Ça va vite, ces histoires-là, la modernité. Et ce n'est pas le répertoire que je suis en train de discréditer, mais le discours anti-romantique, les interprétations romantiques, boursouflées, c'est comme ça que parle le baroqueux, il faut, jouer comme ça se jouait à l'époque. Mais non, regardez les textes de Bach, ses suppliques, ses requêtes à ceux qui l'employaient ou consistoires protestants qui l'employaient pour lesquels il devait faire une cantate chaque dimanche.
49:43 Il se plaignait des orchestres qu'il avait. Il n'était pas du tout satisfait de l'exécution de son temps. Il avait des budgets très maigres, n'est-ce pas ? Il fallait qu'il apprenne aux élèves à la chorale à se laver, à être propre, à se moucher, c'était compliqué. Voilà, donc, non, c'est ce discours qui joue le baroque contre le romantique que je m'insurge, alors que celui-ci est l'accomplissement de celui-là.
50:14 Eh oui, eh oui. Regardez Chopin, on ne peut pas faire plus romantique que Chopin dans l'imagerie, c'est le compositeur romantique par excellence, c'est le plus emblématique si je devais parler comme les journalistes. Eh bien, Chopin, quand on interrogeait les musiciens qu'il préférait, c'était Bach et Mozart. C'est un moderne qui préfère l'ancien régime. Vous voyez ? assez contemporain. Voilà, bon, donc, cette crise, il faut assumer la modernité, nous ne l'avons toujours pas fait, moins que jamais, la crise que subit non pas le monde, pas l'humanité.
Défaite de l'atlantisme et deuxième vague d'indépendances
50:55 Il ne faut pas toujours croire que ce qui vous arrive à vous est exemplaire de l'humanité. N'est-ce pas ? Comment il s'appelle ? La Todd. Je remercie ici notre ami Estavisky, que vous connaissez bien, et qui a eu la gentillesse de m'envoyer ce livre que je ne vous présente pas parce qu'on vous le présente partout. C'est étonnant, il arrive à son heure. Mais vous savez que ce n'est pas un concept à moi de l'Occident. Moi, je dis, c'est la défaite de l'atlantisme.
51:26 Parce que l'Ouest, depuis qu'on sait que la Terre est ronde, il est où vous voulez. Je peux planter un drapeau ici, l'Ouest, n'importe quel endroit de la Terre. Ce sera toujours valable. en Pologne, je serai à l'Ouest de la Russie et je serai à l'Est de l'Allemagne. Et voilà. Ceci dit, moi, je dis que je suis anti-atlantiste. L'atlantisme, c'est pas comme l'Ouest. L'Ouest, à l'Atlantique, c'est mieux situé. Mais c'est intéressant, dis-donc. Moi, je ne crois pas au hasard si ça s'appelle l'Organisation du Traité de l'Atlantique Nord, en français, l'OTAN, c'est que son lieu, c'est dans la flotte, vous voyez, entre les États-Unis, l'Irlande et l'Angleterre.
52:05 C'est curieux, quand même. Offshore. Et oui, c'est des cultures vikings, tout ça. C'est bien ce que je vous dis. Quand je dis offshore, je sais ce que je dis. Ils n'aiment pas le continent, les États centralisés, ils aiment bien faire ce qu'ils veulent un peu au large, pas sans impôts, sans taxes, pas vu, pas pris.
52:36 Et oui, les Panama Papers, vous avez entendu parler ? Ça, c'est du offshore, tout ça. C'est souvent dans des îles, vous n'avez pas remarqué. 88% des échanges boursiers quotidiens à Wall Street, à la bourse de New York se font avec le Japon, mais pas du tout, avec l'Europe, mais non plus, avec l'Allemagne, mais non, avec les îles Caïmans. Renseignez-vous. Voilà. Donc, vous voyez où on en est, cette modernité, quand elle ne s'assume pas, et en ce moment, l'atlantisme est en crise, mais tenez, ça va à une vitesse.
53:21 Alors là, je ne m'interromps pas, au contraire, je suspends juste le temps que Pierre-Alain nous présente la question, nous représente, pardon, la question numéro 1 par laquelle j'ai commencé, de Sébastien Deville, n'est-ce pas ? Rappelez-vous, où il me dit, elle est facile à mémoriser, mais alors, qu'est-ce que tu fais, qu'est-ce que tu penses de tout ce qui est en train de se passer au sud du Sahara, si je me rappelle bien, où il est mon canard ?
53:52 J'ai partout, il me... Voilà, ce trimestre, pardon. Oui, voilà, merci Pierre-Alain. Moi, j'avais une question, quel est ton regard sur ce qui se passe en Afrique, Sénégal, Burkina, Vaz, Boscou, oui, la défaite de l'Occident, la défaite, on pense à voir l'Ukraine, mais vous avez vu la vitesse à laquelle ça se passe ? Avdiïvka, l'imprenable, depuis hier, c'est fini, depuis hier, mais c'est terrible, et à peine c'est fini, n'est-ce pas, que les armes russes se déploient du côté de Robotyne, de Robotyne, et de Kupiansk, là-haut.
54:32 Malgré les sanctions, malgré, je vous ai déjà dit que je ne voterais pas Poutine, si, attention, si, si j'étais citoyen russe, si je vivais en Russie, et si la Russie n'était pas encerclée par des fusées nucléaires jusqu'à la gorge, comme pour la punir d'avoir écrasé le nazisme. Car on n'enlèvera pas de l'idée qu'on n'a pas digéré Stalingrad. Quand on ne digère pas Stalingrad, on se ramasse de nouveau Stalingrad.
55:06 Voilà, je ne le démontre pas, ça je le dis gratuitement. Et l'actualité est là pour illustrer mon propos. Donc, l'Ukraine, Gaza, écoutez, je vois un titre là, c'est le Hamas qui a déjà gagné la guerre. Ce n'est pas mon point de vue, je ne parle pas de l'insoutenable, de ce qui arrive aux civils qui ne sont ni Hamas ni Tsahal. C'est insoutenable, ce que nous voyons.
55:37 Ce que nous voyons, ce n'est rien par rapport à ce qui est sur le terrain. Et en Ukraine, pareil. Heureusement qu'on n'est plus à l'époque des voyeurs, sauf, comment ça s'appelle ? Dark Media, Dark Television, je ne sais pas, Dark Net. Il y en a qui se complaisent à montrer les Ukrainiens trébuchants sur les cadavres, n'est-ce pas, de leurs compagnons, de leurs frères d'armes sur les champs de bataille. Dites donc, ça m'a mal un peu partout là !
56:13 Le Yémen, vous entendez parler du Yémen ? Oui, c'est des voyous, c'est des houthis, c'est ceux qui empêchent le commerce, qui bloquent la mer Rouge. Pardon ? Écoutez, il y a à peine quelques mois, on disait que c'était la plus grande catastrophe humanitaire du temps présent. Vous vous souvenez ? Si vous l'avez oublié, je suis sûr que vous vous en rappelez maintenant. Le Yémen, ils ont montré, depuis Auschwitz, on n'avait pas vu des gens aussi amaigris. D'accord ?
56:43 Et on leur fait la guerre, on les écrase sous les bombes anglaises et américaines. Ah, parce qu'il faut faire la police, la libre circulation, des biens, des marchandises et des biens. Mais pourquoi j'en parle ? Parce que, je veux dire, c'était impensable. Mais pardon ? Le gouvernement d'Netanyahou traînait en justice devant la Cour internationale par l'Afrique du Sud. Mais écoutez, ça va une vie. Vous m'auriez dit tout ça il y a six mois.
57:14 Écoutez, on n'est pas le 1er avril, je sais bien que je suis un peu naïf. Vous voyez, on ne réalise pas à quelle vitesse ça va. Et là, la question pose sur, et j'y arrive, la même débatte. C'est une chose qui est très simple dans l'Afrique dite sahélienne. Comme je lui en parlais le 16 mars, je me garderai bien de détailler et déflorer le sujet. C'est pour ça que je disais, mi-plaisant, mi-sérieux, à Sébastien, que ce n'est pas aujourd'hui que je vais lui répondre de manière exhaustive, si tant est que ce soit possible.
57:45 Mais en tout cas, de manière au moins développée. Mais je rappelle tout de même que là aussi, ça va très vite. Et j'ai la chance d'avoir accès à une documentation inespérée et rare grâce à mes anciens élèves du Niger. Mais oui, mais oui, mais oui. Ils ont fait une association des anciens de l'école de musique que j'ai eu l'honneur de diriger grâce à vous.
58:15 C'était l'Union européenne qui finançait. Comme l'Union européenne, son budget c'est financé par vous, par les impôts des Européens. Je n'ai jamais autant gagné d'argent, je vous remercie. Et dans les pays les plus pauvres, le dernier en date étant le Niger, où j'ai vécu quelques années, et bien justement, mes anciens élèves nigériens ont eu le bonheur de s'apercevoir que j'étais encore vivant. Ils sont très fidèles. Ils m'ont bombardé président d'honneur.
58:45 Et j'ai grâce à une documentation extraordinaire, des manifestations qui se passent dans la rue. Macron, dégage. C'est incroyable la vitesse où ça va. Prenons le Niger, le plus pauvre des trois. Ce n'est pas peu dire, parce qu'ils peuvent se donner le pompon. On les appelle les PMA dans les chancelleries multinationales. L'Union Européenne, la Banque mondiale, le Fonds monétaire international. Les PMA, les pays les moins avancés.
59:16 Et les pays en voie de développement dans lesquels il y a le bas de gamme. Les PMA, le bas de gamme, en termes de revenus par habitant. Or, depuis plus d'un demi-siècle, l'essentiel de notre électricité était pris grâce à l'uranium qu'on extrait au Niger. Un peu moins maintenant, c'est un peu plus différencié depuis quelques toutes récentes années, mais enfin, je veux dire, l'essentiel d'énergie qu'on a eue pendant un demi-siècle, ça venait de là.
59:47 Et bien, à l'heure où je vous parle, plus de 85% des Nigériens n'ont pas le courant à la maison. Cherchez l'erreur. On a l'impression que ça pouvait durer comme ça pendant une éternité, sous couvert de ce qu'on appelle, sans doute par antiphrase, l'aide au développement. Vous avez déjà vu un pays en aider un autre à devenir son concurrent ? Dites-moi où ? Moi, je n'ai jamais vu. Il y a des pays qui sont passés du sous-développement au sommet de la puissance économique.
1:00:19 Je pense au Japon, à la fin du XIXe siècle, à l'époque de ce qu'on appelle, chez les historiens, l'ère du Meiji. Mais là, ça venait du Japon lui-même, de l'empereur. Ça n'est jamais venu de la Banque mondiale, du FMI ou de la coopération anglaise, française ou allemande. Ça s'est fait en toute souveraineté. Et maintenant, j'ai l'impression d'assister à une deuxième vague d'indépendance. J'ai connu la première, j'étais gamin.
1:00:49 J'étais gamin. C'est ma proto-adolescence. J'avais 14 ans, j'étais dans le palais de justice d'Abidjan. On m'avait dit, il ne faut pas rater l'occasion. Et je vois toutes les futures élites du pays rassemblés dedans. Et je vois le président Houphouët-Boigny, celui qui a initié l'indépendance à la Côte d'Ivoire, le premier président, n'est-ce pas ? Qui est devenu après, la coqueluche des occidentaux pour parler, comme je ne parle pas, des atlantistes, parce qu'il était le principal rempart quant à la pénétration soviétique en Afrique, surtout francophone.
1:01:27 Donc, là, attention, c'est quelqu'un qui a été apparenté communiste à la fin de la guerre à l'Assemblée nationale française. Mais, fort heureusement, pour les ennemis du communisme, il a été désapparenté sous l'initiative d'un petit inconnu à l'époque qui s'appelait François Mitterrand. C'est curieux ! Vous voyez ? On en apprend des choses quand on travaille sur cette région. Donc, vérifiez tout ça. C'est trop important pour m'écouter parler sans contrôle.
1:01:57 Mais tout ça est très documenté si vous creusez un peu. Tenez, je vous recommande un historien dont on ne parle pas souvent de cette région qui est morte depuis longtemps. Suret-Canale. S-U-R-E-T Trait d'union canal avec un E. Et je vous recommande au cinéma les extraordinaires films de Vautier. Mais j'en reparlerai quand je ferai quelque chose de spécial sur ce... Un des rares cinéastes qui a investi à ce point jusqu'à être maudit, enfin, pratiquement pas diffusé sur l'exploitation coloniale.
1:02:38 Voilà. Alors, ce n'est pas mon sujet aujourd'hui. Je ne développe pas. Je ne vais pas définir ce que c'est que le Sahel. Mais je dis, pour finir, que c'est une des illustrations de la déconfiture à laquelle Todd, avec une sémantique un peu différente de la mienne, mais on parle des mêmes événements, c'est ça qui compte du moment que ça désigne les mêmes ensembles, les mêmes réalités, n'est-ce pas ? Mais là, qui l'eût cru est là où ça bougeait le moins ?
1:03:09 Ça bougeait le moins. L'impression que... Vous rigolez, enfin, Pagani, mais il y a longtemps qu'ils sont indépendants, c'est plus lourd. Pardon ? Écoutez, moi j'étais en Côte d'Ivoire avant l'indépendance, pendant et après. Je vais vous dire la différence. Je vais dire mesurable, on n'est pas dans les opinions. Il n'y a de science que du mesurable. Avant l'indépendance, on était 5000 Français, habituellement. 20 ans après l'indépendance, on était 50 000. Enfin, 5000 expatriés.
1:03:39 Foire d'empoigne, français, japonais, allemands. C'est une bonne affaire, cette indépendance-là. Donc, on assiste à une deuxième voilà. Il y a tellement à dire. Mon cher Sébastien, j'apprécie beaucoup Sébastien, je vous recommande ses posts. Il a posté, je crois que c'était aujourd'hui ou hier, un des plus beaux extraits d'un des plus beaux poèmes des temps modernes qui est le fou d'Elsa d'Aragon. Je vous recommande ce post si vous allez sur sa page. Voilà.
1:04:09 Donc, merci pour la question Sébastien. On se retrouve le 16 mars. Ce sera filmé grâce à notre ami, camarade, Yannick, alias Kinaï. Je ne sais pas. Voilà. À partir de là, je reviens aux questions. Tu veux le texte de Marx ? Oui, oui, exactement. Tu le mets en plein écran.
Un monde renversé et un monde dédivinisé
1:04:40 Je l'ai ici, je l'ai ici moi. Parce que voilà, c'est pour ça que j'avais besoin de ça tout à l'heure. Alors, ça alors. On est tout à droite. Pardon ? Tout à droite. Mais tu es bon, oui, c'est ça. Oui, je reprends à partir du second alinéa, si je puis dire, à la vérité, vous voyez, à la vérité, c'est la quatrième ligne.
1:05:12 la religion est la conscience de soi et le sentiment de soi de l'homme qui, ou bien, ne s'est pas encore conquis, donc, qui n'a pas encore réalisé cette modernité qui apparaît, fin de dix-huitième, début de dix-neuvième, révolution industrielle, passage de la campagne à la ville, et puis, il n'y a plus Dieu pour expliquer tout ce qui se passe. Dieu, ça veut dire la vie éternelle et tout ça, ça fait beaucoup en moins. Bon. Mais l'homme, ce n'est pas les droits de l'homme, vous savez, l'abstraction, pire, Marx s'est attaqué à cette expression, les droits de l'homme et du citoyen, comme si les deux, et on pouvait les distinguer, vous connaissez, une société humaine, pardon, un individu humain qui ne soit pas membre d'une collectivité, d'une société qui ne soit pas citoyen ou sujet, ou peu importe, je ne sais pas, d'une collectivité.
1:06:09 C'est comme qu'on en dit maintenant pour les luttes, pour le développement social et écologique. Alors, quoi que ça veut dire ? La pollution, on n'en souffre pas de la même manière selon que vous soyez puissants, misérables, comme dirait Molière. Donc, l'homme, ce n'est pas un être abstrait, recroquevillé, croquevillé, hors du monde, ce n'est pas une généralité, ce n'est pas l'universel au sens péjoratif, car moi, je défends l'universel contre une certaine post-modernité.
1:06:44 Lorsqu'il est concret, mais c'est ici universel abstrait. Celui qui a, qui vous demandez, ce quoi, Mozart, il répond, c'est un autrichien, ce qui n'est pas fou. Enfin, je veux dire, vous ne savez pas grand-chose sur Mozart encore, parce que Hitler aussi, il était autrichien. Cet État, cette société, vous voyez, et là, il y a un démonstratif, celle-là, au singulier, produisent la religion une conscience renversée du monde, parce qu'ils sont eux-mêmes un monde renversé.
1:07:14 Vous imaginez l'audace. Pourtant, il est jeune encore, Marx, il est encore loin d'avoir formulé la théorie de la plus-value et la baisse tendancielle du taux de profit. Les plus grandes avancées de Marx, non, il en est loin encore. Mais quand même, oser dire, n'est-ce pas, cet État, cette société, produisent la religion. En général, ça fait des millénaires, lorsqu'il y a un principe divin, c'est lui qui produit tout le reste, n'est-ce pas, qui est la genèse, comme on dit, n'est-ce pas, de tout le reste.
1:07:48 Donc, voilà, la religion est la théorie générale de ce monde, son compendium encyclopédique, sa logique sous une forme populaire, c'est admirable les formules, comme ça, appropriées, mais sa logique, vous trouvez que c'est réducteur, tout ça, c'est un tout, ça embrasse, c'est que la religion, c'est pas rien, en tout cas, sous la plume de Marx, son point d'honneur spiritualiste, son enthousiasme, sa sanction morale, son complément, cérémoniel, c'est presque, ah là là, je vais dire, c'est presque Wagner, c'est un sacrilège, parce que Marx détestait les ferblanteries germaniques à la Wagner, par contre, je vais dire, il y a un art des cérémonies, chez Wagner, n'est-ce pas, chez Baudelaire, chez Mallarmé, qui fait écho à ce que dit Marx ici, n'est-ce pas, c'est admirable, formule, son complément cérémoniel, son universel motif de consolation et de justification, s'il faut une consolation, c'est qu'il y a un malheur, j'y reviens, je martèle,
1:08:58 si vous ne pouvez pas passer par ce malheur, le malheur absolu, la croix, ce n'est pas le signe oméga, où il y a un petit trou, là quand même, qui fait qu'il y a un espoir, ça passe, la croix, c'est ça, et ça va être le symbole du monde moderne à partir de la fin de l'antiquité, la crucifixion, un individu qui se tord de douleur sur une croix, je ne dis pas c'est que ça la vérité, mais il faut passer par cette vérité, mais vous commencez à comprendre le titre de la séance ce soir, c'est l'exemple que je prends souvent, dire que dans cette source s'il y a des nymphes, c'est rester au plan religieux, pourquoi pas, ça fait de beaux poèmes, puis on ne sait jamais, il ne faut pas trop s'attaquer à la source, parce que les nymphes peuvent se venger, mais à partir du moment où vous décidez que l'eau qui coule de cette source est H2O, et ça c'est à l'époque de Galilée, Descartes, et on revient à ce qui prépare la modernité, la révolution scientifique du 17ème siècle, la révolution industrielle,
1:10:09 milieu 18ème, la révolution politique, fin 18ème, française, mais c'est préparé ça, vous savez, à partir du moment où vous dites, il ne dit pas H2O Descartes, mais enfin pour lui c'est bien qu'il n'y a pas des nymphes dans les sources, et qu'il y a là-dedans un terme clé chez Descartes, un mécanisme, il faut assumer ça, ça veut dire un monde dédivinisé, oh là là, je suis en train de dire que le christianisme, la civilisation chrétienne, a pour originalité parmi les autres religions, en commun avec les deux autres religions de la transcendance et du monothéisme, de dédiviniser le monde qui nous entoure, je n'ai pas dit de le réduire, jamais on n'a autant glorifié, n'est-ce pas, le paysage, je ne parle pas de la nature, le paysage, qu'à partir de l'époque romantique, jamais la campagne n'a été aussi séduisante qu'à partir du moment où elle commence à disparaître.
1:11:16 Regardez, ce n'est pas moi, la lumière nous vient du Nord, à la phrase la plus célèbre de Madame de Staël, qui n'est pas toujours fut-fut, mais qui a eu cette formule heureuse, parce que c'est vrai que le romantisme explose d'abord dans les pays du Nord, il faut attendre une génération pour que ça vienne en France. En France, on commence officiellement dans les manuels, ça ne se passe pas, comme je dis souvent, un 31 décembre, à minuit, mais enfin, on dit que la première publication proprement romantique, c'est les méditations poétiques de Lamartine en 1821. À cette époque-là, tous les romantiques allemands sont morts, fous, suicidés, déjà, déjà.
1:11:51 Les plus grands sont fin 18e, début 19e, les Hölderlin, les Novalis, les Kleist, les Büchner, mort à 23 ans, l'extraordinaire auteur de Lenz et de Woyzeck, de la mort de Danton. Un des rares, romantiques allemands, qui ne soit pas contre-révolutionnaire. qu'est-ce qui se passe ? Il se passe une crise. Une crise. Je dis fou, suicidé. Au Nerval, c'est les deux.
1:12:23 Le mal du siècle. Oui, voilà. Donc, ce n'est pas réducteur, comme dit, c'est l'opium du peuple. C'est que pour que tout ceci soit vivable, il y a deux manières. de survivre à ce malheur, à cette crise de réaliser tout d'un coup. Comment il dit Pascal ? Le silence éternel de ces espaces infinis, m'effraie. C'est une des premières phrases de la modernité qui est en train de faire son chemin. Parce que c'est un grand scientifique, Pascal. Il sait bien qu'il n'y a pas…
1:12:53 n'est-ce pas… que ce n'est pas le monde d'Aristote, de Ptolémée, avec les coupoles qui sont concentriques, avec la Terre au milieu et moi au milieu de la Terre, non. Qu'est-ce que l'homme, la nature, je cite Pascal, un tout à l'égard du néant, un néant à l'égard du tout, un milieu entre rien et tout, pour faire le vertige, entre rien et tout. Il a fallu cette crise pour construire le monde où nous sommes et la modernité, c'est-à-dire pour déconstruire l'ancien.
Lecture de L'Action restreinte de Mallarmé
1:13:30 Et ce n'est pas fini. On n'en a pas fini d'un coup avec cette histoire. Et là, je voudrais passer à… je ne sais pas si je l'ai posté, le texte de Philippe Moreau. Je crois que… pardon, je vais ici, ne vous inquiétez pas. Voilà, alors. Où est mon… C'était quoi ce texte ?
1:14:01 Sur mon… Je peux te le mettre… Tu l'as ? Oui. Ah oui, on n'a qu'à le mettre à l'écran. Il y a la petite citation de Philippe Moreau, tu remarques, ça commence comme ça, non ? Oui. Voilà. Et puis après, moi, j'ai mis le contexte un peu. Si tu retournes sur Stringer, tu vas… Ah, c'est vrai que je n'étais pas, je me disais oui, d'accord. Pardon. Alors, voilà. Donc, oui, vous voyez, j'étais en train de dire quel vertige, et puis on n'en est pas encore tout à fait sortis.
1:14:35 Comment voulez-vous qu'on sorte de basculement ? À l'échelle historique, c'est récent quand même tout ça. Regardez l'Égypte, c'est des pharaons, c'est 3000 ans, au moins 3000 ans, je ne compte même pas l'époque ptolémaïenne, vous voyez ? Là, ça ne fait pas trois siècles. À peine, quoi. Or, pourquoi, je fais intervenir tout d'un coup, la question de notre jeune vieille connaissance, n'est-ce pas, Philippe Moreau, qui, sans lequel, nous n'aurions pas eu ses débuts, en termes pas seulement techniques, avec ses apports de contenu, et Philippe, avec lequel j'ai souvent en discussion, à propos, justement, pas de la modernité en général, mais d'un de ses aspects qui est le monde scientifique.
1:15:36 Ce n'est pas le sujet tout à fait ce soir, mais où il cite ce texte d'un des plus beaux textes de Mallarmé, un texte en prose qui s'appelle « Variations sur un sujet ». Vous retrouvez les mêmes textes avec un autre titre de Mallarmé dans « Divagation » au pluriel, et où Mallarmé dit ceci, il s'adresse à un jeune qui lui avait écrit, un jeune en crise, « Tu remarques, on n'écrit pas lumineusement sur champ obscur ».
1:16:12 C'est vrai, on écrit noir sur blanc. « Tu remarques, on n'écrit pas lumineusement sur champ obscur ». L'alphabet des astres, seul, ainsi, s'indique, ébauché ou interrompu. L'homme, soit entendu, quant à lui, à l'inverse, poursuit noir sur blanc. Mais ce n'est pas que du formalisme, il y a un enjeu avec ce noir-là.
1:16:44 Vous voyez ? C'est extrait d'une partie de Variation sur un sujet, d'une sous-partie qui s'appelle l'action restreinte. Je vous dis quand même un peu le contexte parce que je tire tout ça de vos commentaires. Quelle chance, je ne sais pas, d'avoir un public aussi attentif et pertinent. Dans ce texte, l'action restreinte, Mallarmé, c'est un réputé hermétique, c'est le terme convenu.
1:17:19 Ce n'est pas difficile, très difficile. Des fois, il faut le traduire en français, traduire le français en français. Donc, je vous dis quand même, pour ne pas qu'il y ait trop d'obscurité, il en restera quelques-unes, mais on est en train de parler de ça, qu'il y a du noir dans l'expression de toute façon, des ténèbres. Je vous dis en gros le pitch de cette partie-là qui s'appelle l'action restreinte. Un jeune homme lui avait écrit, comme souvent un jeune homme tourmenté, quoi faire, à quoi sert la littérature, la poésie, que faut-il ?
1:17:51 J'ai envie de... Je voudrais m'investir dans une action, d'où le titre l'action restreinte. Mallarmé va restreindre son goût de l'action. Je voudrais me dévouer une cause. Bon, alors, Mallarmé commence par lui dire que... Alors, je crois que j'ai mis après, encore après, je crois, stop, encore non, effectivement, encore plus loin.
1:18:21 Non, non, c'est bon, on revient au début, excuse-moi, on revient au début, tu remarques, voilà. Donc, je vais vite parce que je ne fais pas un commentaire de texte au sens académique. Mallarmé finit par dire si tu veux agir, l'action par excellence, alors c'est inattendu, écris, écris mon grand, écris. Vous voyez, regardez. écrire, un tiret, un blanc, ce blanc est un fond noir ici, n'est-ce pas, et à la ligne, l'encrier, cristal.
1:18:56 Ce n'est pas bête, vous ne connaissez pas, parce que maintenant, tout ça, c'est du clavier, du streaming, mais à l'époque, l'écriture était liée à l'encre, et l'encre à l'encrier, et l'encrier, l'encrier, avait souvent une forme biseautée, une forme, je ne sais pas, hexagonale, etc. Et donc, la comparaison, quand on a connu cette époque-là, est évidente, l'encrier cristal, mais le cristal, c'est fait pour engloutir et réfracter, et faire rayonner la lumière qui rentre dedans, n'est-ce pas, et nous la rendre au centuple, à l'intérieur de l'encrier, au contraire, c'est une ténèbre, l'encre, quoi de plus sombre que l'encre, l'encrier cristal, comme une conscience, avec sa goutte au fond de ténèbre, relative à ce que quelque chose soit, puis, il s'adresse toujours au jeune, écarte la lampe, peut-être qu'il y aura écrit une ligne, deux lignes, trois lignes, c'est fait, la suite sera pour demain, écarte la lampe.
1:19:58 Je pense à Clouscard, que je n'ai jamais vu un seul jour sans remplir au moins une page, avec son écriture d'écolier sur des cahiers d'écolier. Et c'est là qu'il enchaîne avec le passage que cite Philippe Mourou à très bon escient, « Tu remarquas, on n'écrit pas lumineusement sur champs obscurs, l'alphabet des astres, seul ainsi s'indique, ébauché ou interrompu, lumière sur fond de ténèbre, l'homme poursuit, noir sur blanc. »
1:20:30 Et là, il justifie pourquoi il faut qu'il y ait du noir, le pli de sombre dentelle. C'est les entrelacs, les arabesques, ça aussi, vous ne connaissez pas, sur l'ordinateur, c'est le même look toutes les lettres, je ne sais pas. On peut les mettre en italique de temps en temps, mais un lit là, vous voyez, il y en avait, des queues, des pattes de mouche, le pli de sombre dentelle qui retient l'infini tissé par mille chacun selon le fil ou prolongement, ignoré du signe que le lettré saisisse, peu importe, si tout n'est pas clair, si tout n'est malheureux, mais vous voyez, la métaphore centrale, elle est claire, tant elle est sombre, que le lettré saisisse ce ténu secret, secret, c'est ce qui est à l'intérieur, c'est les ténèbres, vous voyez, c'est ce qui n'est pas mis en pleine lumière, ne le rompe, malgré des entrelacs, distants ou se plouent un luxe pour l'inventorier, strige, nœud, feuillage, c'est une métaphore de l'écriture sur papier, n'est-ce pas, l'écriture cursive, manuscrite, on dit cursive quand c'est à la main, comme ça, au gré de la plume, n'est-ce pas,
Le mystère doit s'exprimer : Hegel, Schiller et la part de ténèbres
1:21:40 donc, strige, nœud, feuillage, et le présenter surimprimé aux autres comme une invite à s'y intéresser, avec, il y revient tout le temps, un rien de mystère, au début, indispensable, oui, il justifie, qui demeure exprimé quelque peu, ça c'est la dialectique, comment le mystère, c'est-à-dire ce qui est dedans, ce qu'on ne voit pas, ce qui est caché, ce qui est dans la boîte, ce qui est à l'intérieur, dans ma poitrine, dans mon cerveau, mais que je ne divulgue pas, comment le secret, le mystère, peut, ex, c'est l'extérieur, peut être exprimé, fût-ce quelque peu, mais malheureusement, c'est précis, Hegel dit que l'idée n'est pas l'idée, si elle ne s'extériorise pas, et on le prend pour un idéaliste, que Dieu n'est pas Dieu, s'il ne crée pas le monde, sans le monde, il serait, ce sont les dernières lignes, de la Phénoménologie, sans le monde, il serait la solitude, sans vie, je cite, c'est presque sacrilège,
1:22:50 en parlant de Dieu, il serait, sauf que, c'est moi qui ajoute, sauf que pour vous, pour vous dire la suite, et ce sont les dernières lignes, et elles ne sont pas de Hegel, il laisse la place au poète, cet ouvrage incroyable, cette odyssée, de la pensée, que la phénoménologie de l'esprit, se termine, par une citation de Schiller, « Aus dem Kelche dieses, Geisterreiches, sois, ce scho, il serait la solitude, sans vie, s'il était seul, s'il n'y avait pas la création, les créatures, les autres, vous, moi, ça c'est moi qui ajoute, pour que vous compreniez, mais Schiller, il dit, sans lequel, il serait la solitude, sans vie, mais du calice, des esprits, des esprits au pluriel, des autres sujets, écume jusqu'à lui, sa propre infinité. »
1:23:44 Voilà, et donc, très justement, je reviens au tout début de la citation, si tu veux bien y revenir, parce qu'il y a quelques mots de Philippe qui m'intéressent, sur le langage, justement, n'est-ce pas ? Voilà. Après avoir cité Mallarmé, et avoir indiqué la source, l'action restreinte, 1897, on est à la fin de ce siècle qui ne finit pas d'en finir, il faudra le carnage de 14, il faudra le commencement du siècle du mal, celui des guerres mondiales et des camps, de la mort, pour que tout d'un coup, on passe du 19ème à nous, du mal du siècle au siècle du mal.
1:24:31 Voilà l'essentiel mystère de l'humanité. Et ça, c'est Philippe Mouveau qui enchaîne. Le langage remis à sa vraie place ? Non. Alors, puisqu'il me pose la question, je dis oui et non. On a un dialogue très fécond avec Philippe à ce niveau-là. Parce qu'il justifie, ici. Il ne dit pas que il y a un intérêt mystère qu'on ne déchiffrera jamais. mais, ça, c'est donné au quantisme, ce n'est pas du Mallarmé. Non, Mallarmé, il dit.
1:25:01 Qu'il est nécessaire qu'il y ait cette part du mystère, peut-être parce que je ne veux pas savoir, ce n'est pas que je ne peux pas. Ah, quand il s'agit de savoir qu'il y a de satellites autour de Saturne, il n'y aura rien qui m'empêche de le savoir, sauf au plan purement technique, mais là, c'est là où on fait le plus de progrès, on finit par savoir. C'est le plus facile. Il ne faut pas savoir combien il y a de satellites autour de Saturne maintenant. Par contre, quand ce savoir se rapporte plus à des objets, mais au sujet, à toi, à elle, à lui, à moi, dit tout.
1:25:35 Je n'ai pas envie qu'on me dise n'importe quoi de moi. Là, on est concerné. Et donc, nous freinons. Et la voilà, la part de ténèbres. Ce ne sont pas les ténèbres de la substance, de la nature inhérente à la matière. Ce sont les ténèbres qui sont dans un sujet nulle part ailleurs. Après tout, je ne le critique pas, après tout, le sujet à droit à son, comme on dit, sur le net, à son pseudo. N'est-ce pas ? Voilà. Donc, je termine, pardon, je te fais jongler, là, avec le haut et le bas du texte.
« Il n'est pas de présent » : la langue, le haut et le bas
1:26:08 Pierre-Alain, je vais conclure avec la fin. Parce que je vous ai parlé de ce jeune homme qui lui avait écrit, et j'aurais pu en rester sur le problème du langage, ce n'est pas bien philosophique, mais je ne peux pas ne pas citer l'incroyable, ah, j'allais dire bonté de Mallarmé, c'est un thème qui ne lui aurait pas plu, mais quand même, voyez, lorsqu'il dit, à partir de là, voyez, juste après, les points de suspension, entre parenthèses, le suicide ou abstention, ne rien faire. sous-entendu, le jeune lui avait dit qu'il avait des tentations de suicide, comme c'était si fréquent, ce siècle du mal du siècle.
1:26:46 Pourquoi ? Pourquoi ne pas se tuer ? Unique fois au monde. Il faut le dire à un jeune, n'est-ce pas ? Unique fois au monde, rappel. Parce que, en raison d'un événement toujours que j'expliquerai, on peut trouver une explication à tout, mais allons tout de suite à l'essentiel. « Il n'est pas de présent ». Et le P est majuscule. Il faut renoncer à croire qu'on va avoir l'illumination définitive, n'est-ce pas, qui met fin à la quête, le Graal, là, ça y est, je peux m'arrêter.
1:27:22 « Il n'est pas de présent ». Un présent n'existe pas, faute que, regardez bien, se déclare la Foule. Bon sang, c'est que chacun tient à son mystère. Et donc, dans le langage que nous échangeons, nous échangeons de la clarté. Tiens, passe-moi le sel, vous voyez, c'est précis. Et en même temps, il y a des ténèbres dans nos manières de parler.
1:27:54 Je reprends toujours les mêmes exemples parce qu'il y a des nouveaux arrivés. pour eux, pédagogiquement, il faut que ça reste clair. Mais quand je dis « le jour se tient, le jour se lève », c'est-à-dire les phrases les plus élémentaires, les plus basiques qu'on dit mille fois par jour. « Le soleil se couche ». On est en poésie, on n'est pas en astronomie. Comment voulez-vous que le soleil se couche ? Où sont ses draps ? Où est son lit ? D'ailleurs, ce n'est pas lui qui bouge, c'est nous ! On le sait, on l'oublie, le langage nous piège.
1:28:25 Vous voyez ? Le jour se lève. C'est heureux quand il se lève. Il vaut mieux l'érection que la castration, on dirait en psychanalyse. Ben oui, il vaut mieux aller vers le haut que vers le bas. Pardon, j'ai l'air d'être un peu cru, mais qu'est-ce que vous voulez ? Les langages tournent tout le temps autour de ça. Ce n'est pas moi ! Regardez la langue française, mais les autres langues, c'est pareil. On dit son altesse. Alto, c'est en haut.
1:28:56 Une voix d'alto, c'est une voix de femme. Il y a plus haut, il y a soprano. Mais alto, c'est plus que tenor, qui est le plus aigu avec la haute contre des hommes. Oui, oui. Altitude. Altimètre. Guardai in alto e vidi le sue spalle vestite già de' raggi del pianeta che mena dritto altrui per ogne calle. Je regardais en haut, c'est dans Dante. Il parle d'une colline et je vis ses épaules couvertes et déjà des rayons de la planète qui érige tout le monde droit, le soleil.
1:29:33 Par contre, le contraire, le bas est toujours connoté péjorativement. Il m'a traîné dans la boue. La boue, c'est ce qu'on a sous les pieds. et ce n'est pas moi qui invente, je n'interprète pas. Vous le dites, je le dis, tout le monde parle comme ça. Il m'a traîné dans la mouille, il m'a roulé dans la fange, il se traîne dans la fange. N'est-ce pas ? Cette fille est une traînée, traînée, par les cheveux, par en bas. Non mais écoutez, tout ce qui est vers le bas, ce n'est pas moi.
1:30:05 On n'en est pas conscient du tout, mais la langue, la langue, c'est ce qui nous est commun. Je ne parle pas de ma parole à moi avec mes accents, mes intonations, mes types de langage, les vôtres, les siens. Je parle de la langue, ce qui est commun, le code qui nous est commun, nous oblige à une distribution de valeurs dont nous ne sommes pas toujours conscients. on va tenir le haut du pavé. Je vous en prie, madame, parce qu'à l'époque, vous savez, il y avait les égouts qui étaient à ciel ouvert, c'était le bon temps, on dirait certains écolos.
1:30:35 Quand l'innommable circulait dans toutes les rues là au milieu, donc quand il y avait une dame élégante avec une jolie robe par courtoisie au pays dit de la galanterie, on lui laissait le haut du pavé qui était un peu plus propre. Alors, au propre comme au figuré, vous voyez, ces notions-là, qui se distribuent une fois au monde, parce qu'en raison d'un événement toujours que j'expliquerai, il n'est pas de présent.
1:31:08 Je reprends ce passage admirable. Non, un présent n'existait pas. Faute que se déclare la foule, donc j'ai fait cette longue parenthèse sur le haut et le bas, n'est-ce pas ? Parce que la foule ne dit pas tout ce que je viens de vous dire, mais elle l'emploie. Elle fait mieux qu'elle l'exprime sans s'apercevoir qu'elle le dit. Faute, faute, et puis là, faute de tout. Vous voyez, il ne rassure pas le jeune à bon compte.
1:31:38 Faute de tout. Mal informé, et j'en arrive maintenant au temps présent aujourd'hui là, où on croit que ça y est, on est post-modernes, les imbéciles, qui sont post-modernes, dans lesquels ils ne sont même pas encore modernes. Ils n'arrivent pas à assumer leur modernité et ils sont post-modernes. Eh bien, regardez, regardez comment on y arrive. Mal informé, celui qui se croirait son propre contemporain, qui se crierait, pardon, qui se proclamerait son propre contemporain.
1:32:11 Moi, je vis dans le présent, moi je ne suis pas un intello, un rêveur. Son propre contemporain, désertant, usurpant, avec impudence égale, quand, regardez bien, quand du passé, cessa, et que tarde un futur, vous voyez, l'entre-deux. Mais oui, mais oui, merci, j'entends des marxistes bien informés là, à qui ça vient aux lèvres, la citation de Gramsci, n'est-ce pas ? Entre un monde qui tarde à venir et un monde qui tarde à disparaître, il y a un entre-deux et c'est dans ces entre-deux que surgissent les monstres.
1:32:50 Il s'en passe des choses en ce moment, il y a quelle rapidité des monstres. Vous voyez, c'est pour ça que ça, je reviens à ce passage, je ne voulais pas sucrer, même si ça nous éloignait un peu de la problématique du langage, très bien posé par Philippe, n'est-ce pas ? avec un très bon choix d'extrait, mais vous voyez, un présent n'existe pas, faute que se déclare la foule, faute, un tiret, de tout, il manque tellement de choses, il fallait les énumérer, faute d'argent, faute de santé, faute que se déclare la foule, faute de tout, aussi, garde-toi, il dit aux jeunes, garde-toi et sois là, mal informé, qui se crierait son propre contemporain, désertant, usurpant, maintenant je ne m'arrête pas, avec impudence égale, quand du passé cessa et que tarde un futur, ou que les deux se remêlent perplexement en vue de masquer l'écart.
1:33:51 Et on dit que c'est un auteur incompréhensible, qu'est-ce que ça devient clair quand on creuse un peu, n'est-ce pas ? Et qu'est-ce que ça illumine notre présent ? Merci beaucoup, je vais peut-être me renseigner sur l'heure quand même, parce que je ne voudrais pas vous embarquer. 22h44, nous avons commencé à 21h, mais si on passait aux questions, et renouveler le stock des questions, vous êtes rassurés, jusqu'au mois de juin, je vais passer mon temps à répondre à vos questions.
Marx dépolitisé ; Spinoza, Hegel et Marx penseurs de ce qui est
1:34:21 J'ai une question en trois parties, donc je te... Oui, allons-y, une question en trois parties, vous dites Pierre-Alain. Oui. Alors, elle est en bas là, c'est ça ? Oui. Bonjour M. Pagani, connaissant votre théorisation à laquelle on liquide Hegel pour mieux liquider Marx, dites donc, il y en a qui suivent, pourtant il y a longtemps je lui ai dit ça. J'ai lu autre part, de la part de un auteur qui ne rejette pas Hegel pour autant, qu'à une certaine époque où les manuscrits de 44 furent publiés, une certaine philosophie bourgeoise essaya de tirer un Marx, philosophe, pour mieux le dépolitiser.
1:35:00 Bien à vous. Eh bien, ce ne sont pas des compliments gratuits, mais c'est une question fine et pointue, si je puis dire. Sauf que, j'allais dire, qui le prennent pas mal, Philippe, un duratif, mais un peu bancal, parce que la seconde partie de la question, les deux parties sont excellentes, mais la seconde partie me semble poser un autre problème que celui qui était promis dans la première. Voilà. Je croyais qu'il allait dire, à certaines époques où les manuscrits de 44 furent publiés, vous savez qu'ils ont été découverts tardivement, cette œuvre de jeunesse de Marx, qui sont d'une admirable richesse alors-là proprement philosophique, il n'a pas encore réalisé la misère de la philosophie et de l'idéologie en général.
1:35:47 À l'époque où ils furent publiés, une certaine philosophie bourgeoise essaya, je croyais qu'il allait dire, de tirer un Marx vers Hegel, contrairement, n'est-ce pas, à ce que vous dites, que la plupart des gens, des couples, Marx et Hegel, un Marx philosophe pour mieux le dépolitiser. Mais ceci dit, j'apprécie que Philippe fasse allusion à ce moment-là. Je pense, je pense, je ne sais pas s'il parle de la période existentialiste ou à celle qui a suivi, celle du structuralisme, parce que dans les deux cas, ça illustre très bien le propos de Philippe, qui visiblement connaît bien son corpus.
1:36:29 Mais je ne vois plus ce qui fait question, pour la pourquoi je parlais d'un peu bancal. Est-ce que, sous-entendu, c'est une déformation de Marx, je crois, parce qu'il me dit, tirer un Marx philosophe pour mieux le dépolitiser, prouve bien que Philippe, et à juste titre, et là je l'approuve, n'est-ce pas, s'insurge contre une tentative de dépolitiser Marx et d'en faire, je ne sais pas, quelqu'un qui est partie prenante dans les débats entre mécanisme et finalité, entre rationalisme et empirisme, entre, bref, des débats de philosophes.
1:37:09 Alors que le débat chez Marx, je ne sais pas, il est mis aux prises des classes sociales, pas des individus, des classes sociales. Ah, qui comportent beaucoup d'individus, mais ce n'est pas du tout la même chose, le tout est plus que la somme des parties. Voilà, donc, je trouve la question est pertinente, mais je ne vois plus où ça fait question dans la deuxième partie.
1:37:42 Merci beaucoup, en tout cas, de rappeler cette époque, et il me semble, et c'est bien de paraître si opposé. En tout cas, je le suis à ce niveau-là, notre ami Philippe, c'est qu'on a pris prétexte, n'est-ce pas ? Peut-être c'est ça qu'il voulait dire, parce que c'est Hegel qui a disparu dans la deuxième partie. Peut-être qu'il voulait dire qu'on ne disait plus que Marx qu'à travers Hegel, par exemple.
1:38:12 C'est possible, je veux dire, ça a été le cas un petit peu à la fin de la période existentialiste et au début de la période structuraliste. Voilà. Même si la période structuraliste a été violemment anti-Hegelienne. Maxime Bernadé, conseillez-vous de commencer à lire Marx avant Spinoza ou l'inverse ? Voilà des questions. Alors, écoutez, je ne suis pas très… je ne suis pas à l'aise, moi, je suis à l'aise. Je dis ça parce qu'on m'a dit « Pourquoi vous ne parlez jamais de Spinoza ? » C'est quelqu'un qui dit « Maman, ne suivez pas mes vidéos, ce n'est pas le cas ici. »
1:38:44 Mais, ce que j'en parle souvent, en particulier pour cette phrase pré-freudienne incroyable de Spinoza, « L'âme est une idée du corps. » Ça paraît toujours simple, Spinoza, mais c'est extraordinaire, n'est-ce pas ? À quel point c'est pré-freudien ? Je crois que c'est mon âme qui s'exprime, mais c'est le corps qui lui fait dire ce qu'elle dit, qui lui fait dire ce qu'elle dit, mon âme. Alors, ou alors, quand je cite surtout « L'idée que Pierre a de Paul exprime plus l'état du corps de Pierre que l'état du corps de Paul. »
1:39:15 Et enfin, une des plus connues qui est si féconde, tellement féconde, c'est tellement simple et clair comme phrase qu'on ne voit pas la profondeur. Nous ne désirons pas les choses parce que nous les jugeons bonnes, nous les jugeons bonnes parce que nous les désirons. Autrement dit, ce qui est premier, ce n'est pas la connaissance. Ce n'est pas par là que ça commence. Si ça finit par la connaissance, c'est déjà une chance, mais ce n'est jamais par là que ça commence. Ça commence. Je dis tout à l'heure que la philosophie, elle commençait d'abord par une crise.
1:39:49 Et il faudra du temps pour que la crise ait une expression philosophique pour qu'un Socrate descende dans les rues d'une cité qui est menacée par l'Empire. Là, c'était le macédonien et plus tard, Rome. Le modèle de la cité est en train de s'écrouler. Et Socrate aura beau faire avec son questionnement, ça n'empêchera pas. Philippe de Macédoine ne veut faire qu'une bouchée d'Athènes. Ce qui se fera dire à Hegel vingt siècles plus tard, vingt-cinq siècles plus tard.
1:40:22 En tout cas, pour ce qui est, je le cite dans la préface de la philosophie du droit, pour enseigner comment doit être le monde, ironiquement, les prêchis-prêchats, nous remarquons que la philosophie vient toujours trop tard. Lorsqu'elle surgit une manifestation de la vie, je cite, achève de vieillir. On ne peut pas la rajeunir avec du gris sur du gris, mais seulement la connaître, virgule, et la formule qui conclut ce paragraphe un peu crépusculaire.
1:40:54 et celle-là, vous la connaissez, ce n'est qu'au début du crépuscule que la chouette de Minerve, la philosophie, prend son vol. Donc, voilà, c'est pourquoi la question, est-ce qu'il faut commencer ? Je répondrai par exposition. Comment, selon moi, il faut voir le rapport Spinoza-Marx, n'est-ce pas ? Y a-t-il un hasard ?
1:41:24 Je ne crois pas, je ne reviens pas que la question de Maxime Bernadé succède à celle qu'on vient de voir chez Philippe. C'est incroyable, parce que les deux posent un peu le même problème. Il y avait Marx et Hegel et maintenant, c'est Marx et Spinoza. Et souvent, on dit que Spinoza et Hegel sont très proches comme philosophie de ce qui est et non pas de ce qui doit être. Spinoza dit à cette simplicité qui n'est qu'à lui, qui n'est jamais réductrice au niveau du contenu, il ne s'agit ni de rire ni de pleurer, il s'agit de comprendre.
1:42:00 Et Marx, il ne dit pas « Voilà, la société communiste qu'il nous faut construire. » Non, lui, il étudie ce qui est parce qu'il doit être ce qui est, c'est le capital. Si vous en accommodez, tant mieux pour vous. Si vous voulez, comme la majorité, que ça change, il vaut mieux savoir comment ça fonctionne. Donc, si je faisais un rapport entre Marx et Spinoza, vous voyez, la médiation que j'ai faite par Hegel, je repense à la question précédente, c'est que les trois sont plus préoccupés par ce qui est que par donner des leçons ce qui doit être.
1:42:44 Par l'écologie punitive ou les LGBT qui interdisent d'employer tel mot, n'est-ce pas ? Vous savez qu'il ne faut pas dire que quelqu'un est gros, il faut dire qu'il est horizontal, challenged. non, non, mais je l'ai entendu, je ne croyais pas, je croyais que c'est une plaisanterie. Il ne faut pas dire que quelqu'un a une courte taille, mais qu'il est vertical, challenged. Non, non, ce n'est pas ça, les Hegel, Spinoza, Marx, c'est des gens qui étudient ce qui est.
1:43:14 Et n'ont pas les masques dont il faut affubler l'être. Donc, ça ne répond pas exactement à la question par laquelle il faut commencer, mais vous allez voir que la réponse est dans la relation des deux que j'essaye de développer. À savoir que Marx, je vous l'ai dit qu'il annonçait Freud, mais il annonce Marx quand il dit que l'âme est une idée du corps, c'est incroyablement matérialiste, c'est la partie matérielle de l'homme, le corps, ici, qui est déterminante dans ce que la tête pense.
1:43:49 Comme s'il y avait déjà la notion d'idéologie qui est si importante chez Marx, voilà, Marx postérieur, manuscrits de 1844, surtout à partir de la fin des années 50, en gros, je pense à ce qui devait être à l'origine le titre du Capital, critique de l'économie politique, contribution à une critique de l'économie politique, et à sa préface de 59. Mais, laissons ici, pour l'instant, ce qui est académique et l'érudition.
Du dualisme au tertium quid : l'inconscient
1:44:21 La différence, c'est une différence de contenu, c'est que, chez Spinoza, le corps, c'est encore le corps de Galilée et de Descartes, c'est encore une vision mécaniste du corps. Entre le corps et l'âme, il n'y a pas un troisième terme. Comme chez Descartes, ils ont beau ne pas être d'accord sur des points, sur les idées éternelles, par exemple, des choses comme ça. Par contre, ou sur la lumière naturelle, enfin bref, par contre, ce qu'il y a de commun tout ce mouvement que j'appelais tout à l'heure la philosophie classique du XVIIe siècle, l'apogée, la métaphysique classique, c'est qu'il y a la res cogitans, la chose qui pense, en train de penser, cogitans, en latin, c'est le participe présent, c'est la forme progressive anglaise, en ing, si vous voulez, il y a la chose pensante et la res extensa,
1:45:32 la chose étendue, le corps, tout ce qui est de l'ordre des corps, je ne sais pas, la planète Uranus, les particules de lumière, les photons, les éléments de la chimie organique, tout ça, c'est de l'étendue, c'est dans l'étendue, dans l'espace, il y a la res cogitans, la res extensa.
1:46:02 Or la modernité, ça consiste, et c'est là qu'il y a un pas en avant de Marx par rapport à Spinoza. Donc lisez Spinoza et enrichissez-le avec Marx, dans l'ordre que vous voulez, mais ou bien vous commencez par Spinoza et vous allez découvrir, je ne l'ai pas encore dit, l'avancée, je ne l'ai pas encore formulé en tout cas, c'est que il n'y a pas seulement ma pensée d'un côté, l'âme et puis le corps en face, il y a entre les deux des pensées que je ne pense pas, que je me refuse à penser, on revient aux ténèbres que grâce à Philippe Moreau nous avons vu enfoui dans tous les lambeaux de la langue et dans l'écriture qui la fixe sur le vide papier que la blancheur défend, pour citer encore Mallarmé.
1:46:55 Bon, voilà. on passe de deux à trois, il n'y a pas un, la pensée en face, la chose étendue, l'âme, le corps, l'esprit, la matière, tout ça, c'est dualiste, duel, dichotomique. tout ça ressort du diable, je joue sur le mot exprès, parce que diable, ça vient de là, de double diavolo, de diable, la diade chez Platon, la diade d'un...
1:47:30 Non, il y a un troisième terme, il y a des pensées mais que je ne pense pas, allez vous y retrouver, des volontés que je ne veux pas, oh, ça semble plus fort, c'est pas, des volontés que je ne veux pas, je me gratte la tête, la mémoire, je veux revenir dans ce souvenir qui m'échappe mais en même temps il y a une force en moi qui ne veut pas retrouver ce souvenir.
1:48:01 Et là, je renvoie un film, je crois que je l'ai signalé déjà une fois, un chef d'œuvre de l'époque Hollywood et d'Asso, mais je ne suis pas cinéphile, je ne dis pas ça dogmatiquement, je ne suis pas un spécialiste, je vois les... pardon, il y a les conneries qu'on peut dire en musique, je n'ai pas envie de faire pareil dans un domaine que je connais moins techniquement et je respecte ceux qui le connaissent mais qui m'ont confirmé que la période que je préfère dans l'histoire de cinéma américain par exemple, c'est les 50's en gros, l'apogée d'Hollywood, à cette époque-là il y a un film qui s'appelle Suddenly, Last Summer soudain, l'été dernier un film de Mankiewicz avec une Elisabeth Taylor qui doit avoir entre 17 et 18 ans mais ce n'est pas pour ça, parce qu'elle est déjà bien femme dans le film et ce salopard de Montgomery Clift, non, non, je l'adore mais seulement c'était l'acteur préféré de ma femme alors voilà, c'est des ressentiments.
1:48:55 Ce n'est pas celui qui joue aussi admirablement dans Tant qu'il y aura des hommes ce n'est pas dans From Here to Eternity et qui doit soigner dans un asile psychiatrique une jeune femme qui a été enfermée dans l'asile par une tante parce qu'elle disait des obscénités et on le saura après que c'était parce qu'elle était dérangeante surtout et elle a vu son frère se faire assassiner quelque part en vacances en Espagne chaque fois qu'elle veut on lui demande de reconstituer comment ça s'est passé il a des sueurs qui coulent il n'y arrive pas c'est tout l'enjeu du film qu'est-ce qui s'est passé l'été dernier Last Summer voilà donc c'est comme ça que je réponds à Maxime ça c'est nouveau ça c'est la modernité c'est plus l'époque classique je dis ça parce qu'on voudrait bien sauter par-dessus Hegel et Marx pour rester dans Spinoza et Kant mais tiens mais bien sûr bien sûr mais moi je n'ai rien contre Spinoza loin de là à condition qu'il ne soit pas l'objet d'une régression c'est-à-dire qu'on ne l'aime
1:50:05 que pour ne pas faire les avancées qui se sont faites après lui lui il a fait le maximum pour son temps c'est extraordinaire Spinoza au point que Hegel qui n'est pas la même génération disait tout philosophe a deux philosophies la sienne et celle de Spinoza je ne parle pas contre Spinoza comme tout à l'heure je ne parlais pas du tout rien contre une seule note de la musique baroque mais contre les discours par lesquels on essaie de la faire revenir de dire qu'il n'y avait rien de mieux après voilà voilà comment je réponds commencer par Jers Spinoza pour bien poser les problèmes mais voir après ce qui manque et qui va être comblé au choix par Freud ou par Marx vous savez pour moi pour moi Freud est contenu dans Marx c'est que la réciproque n'est pas valable il y a un inconscient de classe qui n'est pas creusé dans la psychanalyse donc
1:51:15 je le précise ici ou bien on commence par Spinoza on l'a enrichi avec Marx en faisant intervenir ce tertium quid pour parler comme Freud cette troisième chose qui n'est ni tout à fait l'esprit ni tout à fait le corps qui n'est ni l'âme ni le corps qui n'est ni la res cogitans ni la res extensa mais qui est une âme corporelle et un corps animé ou bien vous commencez par Marx et à ce moment-là vous avez encore plus admiration par Spinoza vous dites mais bon sang le hollandais portos Spinoza ce portugais hollandais qu'est-ce qu'il avait vu comme truc qu'est-ce qu'il avait pressenti mais c'est pressenti voilà très intéressant votre question et rappelons ce qu'ils ont de commun et qu'est-ce qu'il y a Marx et Spinoza c'est qu'il faut bien aller je finis par une citation de Spinoza que j'ai déjà dite et que je répète
Christianisme primitif et communisme
1:52:25 il ne s'agit ni de rire ni de pleurer en philosophie il s'agit de comprendre Vexalor que j'ai déjà vu Camille bonsoir Dominique le christianisme primitif ne serait-il pas en fait la première tentative de mise en place d'une société communiste oui c'est une idée qui a souvent circulé bien sûr alors je rappelle ce qui alimente cette idée elle n'est pas elle n'est ni sacrilège ni ni très nouvelle d'ailleurs la preuve d'ailleurs c'est que le christianisme aurait commencé par là et surtout elle a été étayée par même des passages de l'évangile la seule fois où le Christ est un sujet de violence lui c'est pas lui qui est si douceur et amour c'est pour chasser les marchands du temple ça suffit pour que certains disent que c'est un texte antisémite c'est extraordinaire c'est écrit par des juifs pour des juifs n'est pas mais les mêmes qui ont massacré les juifs en ont besoin maintenant pour mater les arabes dans les deux cas on est antisémite je rappelle ici que le mot sémite surtout du point de vue
1:53:35 linguistique désigne des communautés dont la plus nombreuse et de loin sont les arabes oufins je le rappelle donc si on est antisémite on est anti-arabe et anti-juif on joue pas l'un contre l'autre si on en a eu besoin de jouer l'un contre l'autre pour régner sur cette région où la source d'énergie était si importante que c'est bien d'avoir quelqu'un qui sème la zizanie au milieu contre la majorité ben oui donc mais c'est vrai je referme cette parenthèse qui me mettrait presque en colère quand je vois l'horreur de ce qui se passe maintenant mais c'est vrai que le Christ chasse les marchands du temple et puis il n'y a pas que ça le rapport qui nous rapproche de certains aspects du communisme je ne suis pas en train de les identifier je vous montre ce qu'ils rapprochent c'est ce qu'on appelle en mathématique l'intersection des deux en quoi les deux ensemble se recoupent sur une certaine surface qui est précisément
1:54:46 l'intersection c'est plusieurs passages on ne peut pas à la fois adorer Dieu et Mamon Mamon c'est une personnification religieuse de la richesse dans la langue hébraïque par exemple et surtout l'anecdote du jeune riche l'anecdote pardon la parabole il y a un jeune riche qui arrive quand on est parlé de Jésus qui arrive et qui dit voilà moi je suis les dix commandements je vis selon la loi je m'efforce d'être juste qu'est-ce qu'il me reste à faire j'ai compris les dix commandements et le Christ lui répond laisse tes biens et suis-moi non mais c'est la suite qui est encore plus forte presque humoristique si j'ose dire c'est pas la suite la voilà c'est dans le texte et le jeune homme s'en alla fort triste car il avait beaucoup de bien donc voilà ce veut dire et puis aimez-vous les uns les autres par contre pour être honnête
1:55:57 intellectuellement voilà maintenant ceux qui les opposent par rapport d'une manière violente pas comme un ennemi je ne suis pas en train de prôner une coagulation pacifique Bisounours tout le monde est beau tout le monde est gentil je suis en train de penser au fait que pendant la résistance il y avait des croyants et des non-croyants je ne suis pas je suis en train de penser au poème d'Aragon qu'Aragon a immortalisé celui qui s'appelle la rose et le réséda et dans le refrain obsessionnel celui qui croyait au ciel celui qui n'y croyait pas qui se sont retrouvés ensemble côte à côte contre l'occupant ils ont aimé les mêmes femmes celui qui croyait au ciel celui qui n'y croyait pas donc je suis en train de parler des différences ici je ne suis pas en train de parler de conflits mais il y a que mon royaume n'est pas de ce monde alors que le communisme veut se réaliser dans le monde puisqu'on me pose la question j'essaie d'être honnête si je raffine l'analyse je dirais que mon royaume n'est pas de ce monde tant qu'il n'y a pas
1:57:07 le jugement dernier parce que quand on arrive à l'apocalypse la Jérusalem céleste descend enfin sur terre et devient la Jérusalem terrestre c'est comme ça que se conclut l'ultime épilogue du Nouveau Testament de la Bonne Nouvelle pour traduire exactement ce que dit le mot évangile à savoir que Dieu n'est plus au-delà il est là et je cite les extraits qui bluffaient Clouscard Clouscard me faisait répéter parce qu'il avait été éduqué une institutrice qui était athée il n'est pas fait son catéchisme alors et l'époux dit à l'épouse vient ce sont les derniers mots de l'apocalypse et que celui qui a faim et soif se serve gratuitement du don là on n'est pas loin du communisme quand même chacun selon ses besoins chacun selon ses capacités ça c'est pas dans l'évangile mais quand même et l'époux dit à l'épouse vient et le Nouveau Testament il disait ah oui il dit ça le mec le mec c'est quand même Jean l'évangéliste merci beaucoup
La religion relie, le capitalisme isole
1:58:17 pour ces magnifiques questions de Vexalor qui est une vieille connaissance et que j'espère ça doit être une jeune vieille connaissance et que nous reverrons j'espère très prochainement en tout cas au plus tôt dimanche prochain une dernière oui c'est en trois parties de Stavisky qui rejoint un peu ça oui allons-y parce que je voulais conclure justement sur la sur la séance prochaine Clouscard et la cagnotte mais allons-y parce que je sais que Stavisky allons-y alors bonsoir Stavisky je dis merci publiquement je l'ai déjà dit en privé mais je le dis publiquement je regardais beaucoup d'interventions n'est-ce pas sur Youtube mais enfin je veux dire je suis plus un homme du papier de ma génération n'est-ce pas qu'un homme de la toile donc la religion relie les gens ah ben voilà quelqu'un qui connaît son étymologie religare relié n'est-ce pas le capitalisme isole les gens ça c'est un bon début je ne sais pas il n'y a pas encore de questions
1:59:27 mais alors je suis presque comblé là c'est clair mais oui comment il isole les gens capitalisme les femmes contre les hommes je ne sais pas les noirs contre les blancs les arabes contre les juifs les roms contre les rebeux les jeunes contre les vieux les quadras qui prennent les emplois des jeunes mais c'est ignoble chacun dans sa bulle se faire la guerre qu'est-ce qu'il est-ce que le capitalisme portera la guerre civile chez les pauvres la religion relie les gens le capitalisme isole les gens pour en faire des consommateurs qui peuvent être ciblés chacun individuellement plus facilement alors je suis comblé par le début je tique un peu sur la suite mais c'est ici Philippe je n'ai jamais dit qu'il était marxiste quelqu'un d'honnête mais ça n'empêche pas c'est pas quand on suit une rivière que chacun soit sur un bord de la rivière et qu'on fasse qu'on la descende ou qu'on la remonte ensemble n'est-ce pas non c'est quand il dit les consommateurs le capitalisme
2:00:38 les gens pour en faire moi je dirais pour en faire des producteurs produits et ferme ta gueule ben oui je ne comprends jamais pourquoi ce terme de société de consommation moi quand on me montre les consommateurs dans un supermarché dans une grande surface je vois mes pauvres hères je regarde une mamie qui regarde en bas ou une maman qui regarde les prix d'entrée de gamme parce qu'elle en a 4 à la maison n'est-ce pas et elle n'est pas en train de prendre tout comme ça sans regarder les prix et puis surtout elle a produit de la valeur toute la journée à mettre des des pâtés de poulet dans des boîtes de conserve à l'usine ou bien à la poste à se faire insulter parce qu'à la queue parce qu'on a supprimé des postes je me suis engueulé des fois dans la queue en disant écoutez vous avez voté pour des gens qui ont fait supprimer des postes alors arrêtez lui fais porter les chapeaux la pauvre dame qui est là quand même voyez donc voilà c'est juste c'est agaçant je suis philosophe donc je m'attarde à la sémantique moi je n'aurais pas dit consommateur j'aurais dit producteur qui peuvent être ciblés chacun individuellement plus facilement moi je trouve que le capitalisme
2:01:48 nous empêche de consommer mais oui c'est la scandaleuse que je dis par rapport à l'idéologie dominante mais il ne faut pas se faire avoir même partiellement par l'idéologie dominante le capitalisme veut qu'on consomme certains trucs ah oui ça moi je ne peux pas regarder un truc sur Youtube ou chercher une musique etc sans que j'ai 20 pubs etc comment on va gagner vous n'avez pas encore acheté le stylo virtuel je ne sais rien je dis n'importe quoi voilà non non mais c'est de la sous-consommation c'est de la pacotille comme dit Clouscard à Séguéla quand Séguéla a le culot de lui dire mais moi je ne dis pas que Oulit lave plus blanc je dis que Oulit lave plus belle mais ce n'est pas le publiciste j'ajoute à l'acte banal de consommation banal pour lui j'ajoute le rêve et là Clouscard lui dit c'est pas du rêve c'est de la pacotille le rêve c'est Tristan vous connaissez oui mais vous voyez la tête de Séguéla quand il en a parlé de Tristan combien d'anges sont passés voilà oui en tout cas moi je retiens de la question de Stavisky qui n'est pas une question d'ailleurs c'est en trois parties ah pardon
2:02:58 très bien en tout cas je retiens pour l'instant sa magnifique dichotomie du début c'est que le capitalisme va à l'inverse de la religion dont nous parlions tout à l'heure et dont la vérité ça intriguait les gens le texte la laïcité comme vérité de la religion vérité c'est-à-dire suppression conservation conservation de ce qu'elle a de plus important de relier les gens et suppression de la forme fantasmée dans laquelle elle a surgi d'abord deuxième partie alors certains disent que le communisme était une religion car il cherchait à relier les gens à nouveau et autrement pour les mettre en mouvement et bien voilà merci écoutez on est tous d'accord maintenant y compris avec ceux qui posaient la question tout à l'heure que le titre était étrange là ce soir c'est une religion supprimée à partir du moment où la religion est réalisée je viens de le dire l'évangile il ne faut pas être plus chrétien que l'évangile or l'évangile se termine par la descente du ciel sur la terre il n'y a plus de religion il n'y a plus d'au-delà il y a la communauté
2:04:09 réconciliée avec elle-même mais non il y aura toujours dans l'homme le mal ça c'est les gens de droite c'est le droit de toute façon il faut qu'il y ait le mal il faut que des djihadistes dans le Sahel j'en disais mon intervention le 16 mars pour justifier ma présence militaire permanente pour aller mater ces gens dont j'ai bien besoin pour justifier ma présence ben oui comment ils en avaient marre les maliens parce que avant l'arrivée des troupes françaises qui étaient censées débarrasser du réalisme on égorgeait deux ou trois de leurs frères dix ans après l'intervention on en égorge par milliers alors troisième partie mais j'approuve entièrement la seconde à condition de voir le rapport négatif du communisme mais négatif avec la positivité du négatif comme le fruit supprime la fleur les pétales sont tombés on a fini de séduire on passe au substantiel mais le programme de la fleur s'accomplit certains en profitent pour dire que si la religion
2:05:19 l'opium du peuple alors le communisme est son trac qu'en pensez-vous? ben qu'ils sont anticommunistes ils ont le droit tant pis pour eux voilà quoi je crois pas que le fruit soit inférieur à la fleur à toute autre saison je préfère l'automne tiens j'avais complètement oublié celle-là je l'ai appris en CM2 elle me revient tout d'un coup c'est un poète s'appelait François Fabié que personne ne connaît que notre instituteur c'est peut-être un copain de notre instituteur à toute autre saison je préfère l'automne c'est la saison des fruits je préfère au chant des arbres plein de nids la lamentation lugubre et monotone que chante la harpe d'or des grands chênes jaunis voilà je veux dire regarde j'ai fait quand même un podcast grâce à notre ami Aliocha sur une magnifique version de cette inoubliable balade de My Funny Valentine par Gerry Mulligan et son saxo bariton et le titre c'était de l'or pour tout le monde l'automne c'est gratuit je conclue ici sur Rousseau l'or des genêts la pourpre des bruyères me frappait
Conclusion : cagnotte et appel pour un ancien élève nigérien
2:06:29 d'un luxe qui touchait mon cœur mais ce luxe là est offert à tout le monde voilà donc oui on peut les comparer mais pas de compétition le programme est le même mais il s'achève avec la descente de Jérusalem céleste sur terre voilà écoutez grâce à vos questions j'ai trouvé qu'on a repris plein de choses qu'on s'est souvent dites partiellement un peu plus un peu plus développées un peu plus concentrées mais on a clarifié parce qu'on y revient grâce à vos interrogations donc merci d'avoir pu de bavarder avec vous comme ça et d'avoir pu peut-être mettre quelques petits points sur des grands i voilà et je vous donne rendez-vous maintenant puisqu'on termine sur Stavitsky notre ami Stavitsky qui est si attaché à l'opération de la cagnotte de Clouscard et je l'en remercie je voudrais vous rappeler
2:07:40 on va faire un teaser j'ai déjà dit la prochaine fois mais je voudrais ici d'abord rendre hommage à ceux qui ont déjà souscrit et parmi ceux-ci je ne suis pas en train de faire une distribution des prix ce serait obscène mais enfin je donne des noms je pense à Pierre-François Boursé comme ça et je pense à Réginal de Duquenois qui nous a gratifiés d'une manière somptuaire pour avancer vers une traduction de Clouscard et y compris d'ailleurs pour la situation sociale de votre serviteur voilà je voulais ici j'attendais ce direct-là parce qu'il n'y en a pas eu depuis sa contribution je voulais attendre cette occasion de lui exprimer publiquement tout ce que nous lui devons et tant d'autres je suis aussi bouleversé par quelqu'un qui envoie 20 euros
2:08:50 que par celui qui en envoie 500 ou 1000 je ne dis pas que ça m'arrange de la même manière je dis que je suis aussi ému je me rappelle de ce jeune homme qui était chômeur qui nous avait envoyé 5 euros je n'oublierai jamais et je voudrais puisqu'on en est ici je n'aime pas du tout le terme caritatif il ne s'agit pas de ça il s'agit de rendre justice mais je vais parler de l'Afrique ce sera ma conclusion le 16 mars prochain je vous tiendrai au courant des liens de comment on accède à la vidéo qui sera tournée à cette occasion ce n'est pas notre organisation habituelle donc je ne peux pas vous en dire plus pour l'instant mais ce qui est sûr c'est que j'ai été contacté par un ancien élève de l'école de musique du Niger je donne seulement son prénom Magloire qui avait commencé par jouer de la trompette dans des petits ensembles dans des boîtes comme tout jeune musicien
2:10:02 débutant qui avait un style où se mélangeaient les mélismes de Fela Kuti au Nigeria qui est ça parce qu'il est béninois et puis les admirables fanfares syncopées du style high life comme on dit au Ghana on y reviendra une autre fois à tout ce foisonnement sonore subsaharien seulement il fait partie de ses anciens élèves qui ont fait une association et j'ai été bouleversé d'apprendre qu'il souffre de l'AVC alors qu'il est jeune et il m'a fait un appel de détresse mais il ne sait pas je lui dis donc maintenant publiquement je lui dis que je suis sous régime de tutelle que je n'ai même pas le droit d'avoir une carte de crédit je ne suis pas en train de me plaindre je n'ai pas rarement été si bien dans ma peau n'est-ce pas je ne vais pas vous raconter ma vie mais j'ai dû subvenir des dépenses médicales de proches qui n'étaient pas assurés enfin l'histoire corse n'en parlons pas et donc je suis sous tutelle
2:11:12 je n'ai même pas le droit d'avoir une carte de crédit et je n'ai pas le droit de dépenser plus de 400 euros par mois je suis donc toujours un peu ricrac je repense à christianisme et capitalisme tout à l'heure enfin bref et communisme je n'ai pas fait exprès enfin allez savoir j'ai fait un suicide social où je ne me suis pas loupé disons mais je me bats pour que les gens aient de l'argent je ne suis pas en train vous voyez encore une différence avec le christianisme avec le point de vue religieux c'est que je me bats pour tout le monde en est mais voilà apparemment moi je n'étais pas fait pour je voudrais avec le même destinataire auquel vous envoyez vos contributions essayer de faire quelque chose parce qu'il voudrait se faire un scanner et il n'en a pas les moyens ou bien un voilà je ne sais pas comment ça coûte mais toute contribution soit la bienvenue je ne lui ai pas encore dit que à toute personne je ne sais pas je ne peux pas faire grand chose je ne peux rien faire mais si parmi certains d'entre vous
2:12:23 il y en a qui seraient moins gênés pour essayer de lui venir en aide qu'ils adressent leur contribution même adresse que en précisant pour Magloire M A G L O I R E voilà et il va de soi que je vais je vais l'avoir au téléphone et lui souhaiter comme j'ai appris à dire en Afrique bonne guérison j'ajoute quand même pour être plus positif qu'il a il m'a dit dans son message j'ai été très handicapé pendant deux ans mais grâce au traitement que j'ai commencé à suivre il y a du mieux ça se termine par une note positive voilà merci encore aux uns et aux autres merci de votre soutien et n'arrêtez pas de bientôt on devrait arriver à la somme qui nous permettra de payer ces exigeants et indispensables traducteurs dont nous avons besoin très bonne soirée et puis je vous dis à dimanche prochain et merci à qui mais à Pierre Alain voilà merci à vous