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Spaniens Himmel, chant des brigades internationales allemandes
0:00 Die Thälmann-Kolonne Spaniens Himmel breitet seine Sterne über unsere Schützengräben aus und der Morgen grüßt schon aus der Ferne, bald geht es zum neuen Kampf hinaus.
0:40 Die Heimat ist weit, doch wir sind bereit, wir kämpfen und siegen für dich, Freiheit. Dem Faschisten werden wir nicht weichen, schickt er auch die Kugeln hageldicht. Mit uns stehn Kameraden ohne Gleichen, und ein Rückzug gibt es für uns nicht.
1:19 Die Heimat ist weit, doch wir sind bereit, wir kämpfen und siegen für dich, Freiheit. le monde. C'est donc notre séance de réponse aux questions que j'avais annoncées pour le dernier direct il y a quinze jours et que l'urgence de la situation m'a fait différer à aujourd'hui. Je m'acquitte donc de ma promesse. Et si j'ai eu du mal à reprendre ma voix parce qu'après l'émotion suscité par ce qui a été l'hymne des brigades internationales allemandes pendant la guerre d'Espagne. Vu les textes de Nietzsche que j'ai analysés sur les lectures à vif,
2:34 il y en a qui peuvent penser, faire ce gros contresens qui consiste à me prendre pour un germanophobe. Je suis un germanophile de culture, ces mots-là ne veulent pas dire grand-chose. On peut être germanophile pour la musique et germanophobe pour les chrétiens démocrates allemands qui sont le parti majoritaire depuis la fin de la guerre. Très chrétien, fort peu chrétien et fort peu démocrate entre nous. Mais là j'ai une pensée pour ceux qu'on oublie toujours, c'est les communistes allemands qui étaient si nombreux, qui étaient le parti le plus puissant dans l'Europe occidentale, capitaliste, vous savez j'aime pas le mot d'occident, avant la guerre, c'est pareil, qui a été anéanti dans les conditions que vous imaginez. Si entre tous ceux qui pourraient illustrer le titre de ce soir, sur lequel je veux revenir bien sûr, si j'ai décidé pour l'illustrer entre mille exemples qui pourraient se
3:45 rapporter à l'actualité, donc au néo-nazisme, donc au néo-fascisme, donc à la guerre, non pas au danger de guerre, mais à la guerre qui est là et qui se rapproche, qui se rapproche dans le temps, enfin hélas dans la probabilité et dans l'espace, c'est pas très loin, pendant toute la guerre froide, les deux super grands, comme on disait au niveau médiatique, avaient réussi à ne se battre que par pays lointains interposés, c'était des bagatelles, des bagatelles pour des massacres, 3 millions de morts en Corée, 3 millions de morts au Vietnam, tout ça parce que la Corée, actuellement Corée du Nord et le Vietnam, avaient eu l'idée saugrenue d'avoir une orientation marxiste et communiste au moment de leur indépendance, et qu'à 10 000 kilomètres de là, l'oncle Sam a trouvé que c'était une agression inadmissible.
4:49 Enfin l'oncle Sam, déjà l'OTAN, enfin déjà les puissances de l'OTAN, et la puissance principale, vous savez que je n'aime pas faire de l'anti-américanisme, qui masque souvent le vrai coupable, qu'est l'atlantisme, et qu'on peut être atlantiste en étant le Tchadien, le Français, le Balte, le Polonais, certains milieux ukrainiens bien sûr, et voilà, et qu'inversement il y a aux États-Unis des gens qui détestent cette politique, il y en a même, y compris des élus et des grands journalistes qui ont pignon sur rue, qui sont autrement plus hostiles à la politique de l'OTAN, dans le dossier ukrainien, et sidérées par la néofascisation, avec de moins en moins de masques qu'elle exprime, que dans une certaine intelligentsia américaine, qui est évidemment beaucoup moins médiatisée,
Heimat et Vaterland ; Guernica
6:02 c'est pas que, comment vous aimez dire, que les médias mainstream pour parler français. Donc si j'ai choisi ce bouleversant Spaniens Himmel, ciel d'Espagne, c'est comme ça le titre de ce chant, ce chant des brigades internationales allemandes qui se sont faits trouer la peau là-bas loin de la patrie, et c'est le refrain, « Die Heimat ist weit » « Le pays natal est loin ».
6:36 Je reviendrai sur cette traduction, je dis « pays natal » et non pas « la patrie ». Ça a l'air d'être à peu près pareil, mais après tout, tout le monde n'est pas né dans sa patrie. On peut naître loin de la terre du Père, patrie mot à mot, c'est ça, et en Allemagne, l'équivalent c'est exactement pareil, c'est « Vaterland », la terre du Père, n'est-ce pas ? Mais là il s'agit de Heimat, c'est plus intime quand on est en danger, n'est-ce pas ?
7:08 Et qu'on entend les hurlements des Stukas allemands au fer, bombardant pour le compte des fascistes espagnols, vous voyez comme tout ça, il paraît à la fois lointain et présent et actuel, n'est-ce pas ? Quand la guerre d'Espagne, à l'image de celle d'Ukraine, servait de terrain d'essai aux nouvelles armes, surtout du côté fascisto-nazi, je veux dire italo-allemand, mais surtout allemand, le bombardement célébrissime, et regrettablement célébrissime bombardement illustré par Picasso, je pense à Guernica, la ville a été incendiée par des bombes incendiaires, par des bombardements piqués de Stuka, et de quelques Messerschmitt aussi.
Un commentaire d'auditeur : Hailé Sélassié et la République espagnole
8:06 Donc, 109 je veux dire. Si j'ai commencé par là, alors que j'avais le choix entre plusieurs, hélas c'est pas le choix qui manque en ce moment pour illustrer l'actualité de ce retour du fascisme sans masque, de moins en moins masqué, c'est parce que j'ai été très touché par une question, alors on va peut-être commencer par là, je vais renvoyer à Pyrales dans un certain ordre, qui va peut-être commencer, voilà par la question qui aurait dû venir en cinquième position, mais vous allez voir tout de suite parce qu'elle est tellement en phase avec le générique, que Pyrales a eu la bonté de passer, que je commence tout de suite par elle si vous le voulez bien.
9:06 C'est pas une question d'ailleurs, c'est un commentaire, c'est une question et un commentaire à cette séance. Donc, cher Dominique, oui, je ne donne même pas le pseudo, pour ne pas attenter à la pudeur de celui qui écrit, car il rappelle certaines de ses données les plus personnelles, tout en restant dans un champ politique, et pas dans les états d'âme seulement.
9:38 Jugez plutôt. Cher Dominique, je suis touché dès l'introduction, il fait allusion à la dernière vidéo « Racines et Migrations », mon dernier atelier où la vidéo commençait par le discours. Il n'a même pas eu le temps de faire un discours, par les quelques mots qu'essaye de bredouiller, ou plutôt d'articuler d'ailleurs très clairement. Le roi des rois, le Negus, l'empreur d'Éthiopie, Hailé Sélassié en 1937 devant la Société des Nations, au moment où son pays est ravagé par une agression fasciste, celle de l'Italie.
10:19 Guerre qu'on appelait aujourd'hui asymétrique, n'est-ce pas ? Des avions et blindés contre des armes blanches et quelques fusils, même pas automatiques, du côté éthiopien, carnage. Et l'empereur avait été obligé de fuir, je le rappelle, je l'avais déjà signalé, mais je le rappelle, parce qu'il y a toujours des nouveaux. L'empereur, et puis parce que cette histoire n'est pas tellement enseignée en Occident, n'est-ce pas ?
10:49 Vous comprenez pourquoi je n'aime vraiment pas ce mot ? Il était obligé de se réfugier à Londres précipitamment, parce qu'à cette époque-là l'Angleterre était très présente dans la région, par l'Égypte, par le Soudan, qu'on appelait à l'époque l'actuel Soudan, le plus grand pays d'Afrique en superficie, s'appelait le Soudan anglo-égyptien, qui confine à l'Éthiopie, donc il était allé se réfugier à Londres, et puis à la SDN pour alerter l'opinion mondiale sur l'agression italienne, et il était l'objet, aucun pays occidental n'a bronché pour condamner l'intervention italienne.
11:31 Oui, je n'arrive pas à le dire. Il a à peine commencé à faire son rapport devant l'Assemblée Générale de la SDN, que tout d'un coup des sifflets éclatent, et là il y avait bien sûr des commandos dans le public, n'est-ce pas, exprès, téléguidés par le régime italien, mais enfin je veux dire, l'extraordinaire dignité d'empereur d'Éthiopie n'a pas suffi à convaincre les puissances occidentales, qui ne s'appelait pas encore « Le monde libre », ils auraient eu du mal à condamner l'agression dont il était l'objet.
12:25 Et par analogie, voilà que je reprends maintenant, je l'ai interrompu, le commentaire de notre cher ami, c'est un fidèle auditeur de nos diffusions, dont les commentaires sont toujours très pertinents, intéressants et instructifs, et ici donc vous voyez quel rapport entre l'oubli qui règne sur cette histoire éthiopienne et l'oubli qui règne sur la guerre civile espagnole, sauf quand il s'agit de taper sur les communistes, méprisés et oubliés par notre mémoire collective, les Éthiopiens et tant d'autres.
13:14 Ces toutes premières minutes, donc celles que j'ai diffusées de la prestation de l'empereur d'Éthiopie à la SDN, ces toutes premières minutes résonnent en moi avec une violence qui remonte à loin avant moi. « Premier né en France de ma famille, issu d'un autre pays » qui fait partie de ces si nombreux camarades espagnols qui ont dû fuir, non pas parce qu'ils n'étaient pas d'accord avec les idées, il s'agit bien d'idées, fuyant le massacre et le carnage dont ils auraient été l'objet, n'est-ce pas ?
13:52 « Premier né en France de ma famille, issu d'un autre pays, oublié, la République espagnole » mais oui, l'éphémère « Republica espagnole » l'oubli dans ce cas, vous voyez, on revient à ce oubli, est tellement profond qu'il a même lieu là où sont mes racines. Ça veut dire que même dans certains endroits d'Espagne, là-bas tout le monde s'en fout, n'est-ce pas ? On connaît mieux Michael Jackson que la guerre civile espagnole. « Parmi les centaines de milliers de combattants antifascistes et d'innocents encore dans les fosses communes, là-bas aussi des enfants mouraient.
Chapoutot : les nazis contre l'État jacobin
14:28 Sous les bombes, pendant que sévissait le tout aussi oublié comité de non-intervention franco-britannique démocratique. » Alors là, je vais faire un détour pour rester au centre de l'intervention de notre ami. Je suis obligé de m'attarder et j'ai remarqué que la quasi-totalité d'entre vous apprécient le fait que je restitue les passages oblitérés sur lesquels les médias font l'impasse, n'est-ce pas, de votre, notre passé, sans lesquels le présent est absolument incompréhensible.
15:12 Et c'est pour ça d'ailleurs qu'on passe ce passé sous silence. Il y avait bien sûr une grande division dans le monde politique occidental. Je vais rester au niveau français pour l'instant pour que ce soit plus clair pour les uns et pour les autres. Faut-il ou pas intervenir en Espagne pour aider à ce massacre ? Si jamais il y a une lutte asymétrique, se fût bien celle-là.
15:43 Parce qu'il est inutile de vous dire que les volontaires, à jamais glorieuses brigades internationales qui de tous les pays venaient donner un coup de main aux républicains espagnols contre les franquistes, et le fascisme franquistes, contre l'Espagne dite nationaliste. Je rappelle qu'aucune de ces brigades internationales ne disposait d'une aviation.
16:14 La guerre était vraiment asymétrique. Donc, il y avait le débat en France. On doit intervenir pour sauver la République espagnole. Et vous voyez, la réponse est déjà dans l'intitulé de ce comité franco-britannique, les deux phares de l'Occident européen à l'époque, la France et l'Angleterre, comité de non-intervention franco-britannique. Alors, vous voyez, les mêmes qui disent, mais il faut faire la guerre en Ukraine maintenant, il faut intervenir. C'est les mêmes. C'est-à-dire le camp anti-russe, anti-communiste, anti…
16:49 Poutine n'a rien d'un communiste, il est même violemment anti-communiste. Mais ça ne fait rien. Dans l'idéologie nazie, les slaves, qu'ils soient communistes ou pas, sont des sous-hommes, qu'il faut réduire en esclavage. Là, je ne fais que restituer les textes. Je ne suis pas dans le délire ou l'interprétation. Les textes, tout le monde peut y avoir accès. Je recommande surtout, bien sûr, si on veut vraiment, comment je puis dire, la recension la plus actualisée de cette idéologie concernant les plans qu'avait l'Allemagne vis-à-vis de ces sous-hommes-là qui sont à l'est de la Vistule, c'est-à-dire l'actuelle frontière germano-polonaise.
17:36 Je conseille les travaux de Chapoutot. Ce n'est pas mon camp. C'est un immense historien. C'est de loin le mieux renseigné sur la période nazie, le temps qu'il a passé dans les archives et les efforts qu'il a fait pour y accéder. Ce n'est jamais aussi simple qu'on ne le croit. En Allemagne, pas plus qu'ailleurs. Il est souvent moins, mais fait qu'il est absolument incontournable. Je dis qu'il n'est pas de mon camp parce qu'il ne voit même pas que Heidegger est nazi.
18:09 D'après lui, il ne l'est pas. Ce n'est pas son domaine de la philosophie. Je ne veux pas lui faire un procès injuste. Mais par contre, je l'ai déjà cité dans d'autres interventions à propos d'une de ses publications, où il révèle d'après les publications. Lui, il ne fait pas de procès d'intention. Lui, c'est les archives. Il cite des textes. Il n'enlève pas de leur contexte. Au contraire, ça permet de brosser tout le contexte de l'époque, donc des années près, juste avant la guerre et pendant la guerre du régime nazi.
18:43 L'entreprise de colonisation. Et il rappelle que contrairement à une légende, un faux clivage. L'idéologie commence toujours par des faux clivages, des fausses oppositions. On me demande des fois de prendre parti pour l'un ou l'autre terme d'opposition, alors que moi, je les renvoie dos à dos. Vous allez comprendre pourquoi. Par exemple, ici, à savoir le privé contre le public, le libéralisme du privé contre l'étatisme totalitaire du public, ou le jacobinisme comme on dit quand on est en France, c'est pas ?
19:21 Ou dans les fractions extrême-droitières du régionalisme. Le régionalisme est pas extrêmement droitier. Mais voilà. Qu'est-ce qu'il dit ? Il cite des textes où les dirigeants nazis disent « Notre ennemi, c'est l'État, c'est le modèle français, c'est justement le jacobinisme. » Et ils veulent remplacer, n'est-ce pas, tout côté nationalisation, administration d'État par des agences.
19:52 Mais regardez l'actualité, c'est exactement ce que s'ingénie à faire nos dirigeants. Alors là, je reviens en France, depuis toute la série, Giscard, Mitterrand, Jospin, Sarkozy, Hollande et le pompon actuellement. Donc, à savoir de libéraliser tout ce qui avait été, et au prix de combien de sang et de larmes, tout ce qui avait été ramené au bercail de notre collectivité, c'est-à-dire à vous et à moi, dans les deux étapes avant la guerre du Front populaire et après la guerre du CNR, du Conseil national de la résistance.
20:41 Donc, contrairement à une opinion bien répandue, si je fais ce long détour, c'est précisément pour rappeler que… Qui avait-il au pouvoir à ce moment-là en France ? Un Front populaire dirigé par Léon Blum, social-démocrate anticommuniste. Pas viscéral. Il a fait…
Léon Blum, le Front populaire et la légitimité de la rue
21:12 Il n'avait pas beaucoup le choix parce qu'il y avait… Ça grondait dans les usines, il y avait les grèves. S'il n'y avait eu que le gouvernement de Léon Blum, n'est-ce pas ? On n'aurait pas les congés payés et les grandes acquisitions obtenues par les mouvements sociaux du Front populaire. Mais la partie communiste du Front populaire, ce qui est hyper léniniste, a bien compris qu'il ne fallait mépriser aucune forme de lutte. La lutte parlementaire, qu'il ne faut jamais mépriser. C'est une forme de la démocratie, mais aussi les luttes sociales.
21:45 C'est à peine actuel ce que je dis à la veille du 7 mars. Quand la démocratie disparaît de ses institutions, quand elle ne marche plus qu'à coup de 49-3, et quand elle détricote tout ce qui a été péniblement acquis par les meilleurs de nos anciens, à ce moment-là, la légitimité est dans la rue.
22:15 Ce n'est pas un anarchiste qui vous parle là. Je restitue l'esprit du contrat social de Rousseau. On aura du mal à faire passer pour un anarchiste. Lorsqu'il parle de la volonté générale, je reviendrai tout à l'heure parce qu'il y a une question sur qu'est-ce que j'entends par la distinction de l'État et de l'appareil d'État. On est en philosophie. Je parle beaucoup de la guerre, du présent, j'ai l'air de faire de la politique. Non, mais pas celle des plateaux télé, on est en philosophie.
22:46 Et donc, je reprends le texte de notre ami, mais je voulais faire cette parenthèse. Le gouvernement, et je vais terminer sur une distinction philosophique capitale, et le gouvernement du Front populaire, à la tête duquel était Léon Blum, ne voulait pas intervenir à la guerre d'Espagne. maintenant, on se précipite, les socialistes français, et même une partie de ce qui reste du PC, n'est-ce pas ?
23:18 J'ai du mal à dire communiste, tellement qu'ils s'en ont éloigné. vont appuyer les ukronazis, n'est-ce pas ? Et les mêmes, à l'époque, non, il ne faut surtout pas intervenir. Et avec le meilleur des arguments qui soient, que j'accepte vous aussi certainement, c'est que rien n'est meilleur que la paix par rapport à la guerre. Oui, c'est là que je veux faire une distinction, n'est-ce pas ? Les mêmes, les mêmes individus, les mêmes partis, les mêmes tendances, les mêmes groupes, les mêmes personnes, peuvent être en même temps, il en prend un coup le principe de non-contradiction, là, bellicistes et pacifistes.
Pacifistes en Espagne, bellicistes en Finlande
24:00 Qu'est-ce qu'il raconte Pagani, là ? Où on est pour la guerre, où on est pour la paix. Oui. Mais rappelez-vous le magnifique travail d'Aristote sur les conditions à partir desquelles on peut dire qu'il y a vraiment une contradiction. Il faut trois conditions. Et dans chacune, on retrouve le mot « même ». Je rappelle, on est en philosophie. Pour qu'il y ait contradiction, il faut que deux attributs opposés, lisse, rugueux, chaud, froid, belliciste, pacifiste, ne peuvent pas appartenir…
24:35 Alors attention ! En même temps, premier même, au même sujet, sous le même rapport. Alors j'ai dit qu'ils étaient en même temps, toute la France anticommuniste, en gros. Ça faisait du monde même, à l'époque où le Parti communiste était fort, quand il était non négligeable. ça rassemblait la droite traditionnelle et la social-démocratie.
25:06 J'anticipe une question sur la social-démocratie. Oui, je gagne du temps en montrant tous les rapports qu'il y a entre ces questions, apparemment indépendants de l'une des autres. En même temps, on ne peut pas faire parler le chaos dans son intrication. Il faut bien en dégager les éléments, mais pour rappeler que dans la réalité, ils sont bien intriqués. Donc, j'y reviens. Les mêmes étaient contre l'intervention de la France, par exemple, en Espagne, de l'armée française en Espagne, pour soulager le martyr des républicains espagnols, et des volontaires qui les aidaient, des brigades internationales, dont, je reviens ici au texte de notre ami, oubliez aussi les brigades internationales appelées par des affiches « Hoy España, mañana el mundo ».
26:05 Dites donc, c'est autre chose que le consensus objectif, qui est maintenant dans ce qu'on appelle l'Occident, n'est-ce pas ? Aujourd'hui l'Espagne, demain le monde. Ah ! Puissiez-vous faire revivre, je m'adresse surtout aux plus jeunes bien sûr, mais puissiez-vous faire revivre des moments comme ça ? Il est grand temps. Je reprends ma distinction, que je n'ai pas encore livrée.
26:36 les mêmes qui refusaient d'intervenir en Espagne pour aider la République espagnole, je me condense. Et alors vous direz, ben oui, moi aussi je préfère la paix à la guerre, après tout, on comprend qu'il y a de quoi hésiter. Non, non, mais ils n'ont pas hésité à faire la guerre, au même moment, mais contre l'Union Soviétique en Finlande. C'était l'Ukraine de l'époque. Je ne vais pas dire que les Finlandais étaient des nazis. Ils étaient anti-russes, anti-communistes, tout ce que vous voulez.
27:07 En tout cas, moins nazis tout de même que ceux qui arborent leur croix gammée sur toutes. Dès qu'il y a un prisonnier fait par les Russes, dès qu'on le déshabille, on a à peine à voir sa peau tellement qu'il y a des insignes nazis. Mais non, mais c'est marginal. Il y a quelques têtes brûlées comme ça. Oui, oui, c'est les têtes brûlées qui ordonnent au niveau gouvernement le nom des avenues et les monuments, n'est-ce pas ? La disparition des monuments de martyrs soviétiques à l'époque du nazisme, et au contraire, n'est-ce pas ?
27:42 La glorification de ce qui a été le pire dans le nazisme européen. Pas seulement nazi, le pire. Je vous dis que même les SS étaient sidérées par les exactions commises par les bandéristes. Du nom de Bandera qui était à la tête. La sinistre tête des nazis ukrainiens. Elle n'était pas toute l'Ukraine, tant s'en faut, pas d'amalgame. Et qui a massacré les juifs, les communistes, bien sûr, ça va de soi, mais aussi les polonais. Ces polonais qui viennent maintenant comme amis éternels de l'Ukraine, n'est-ce pas ?
28:15 Et qui n'attendent qu'une occasion, n'est-ce pas, pour s'emparer de l'Ouest de l'Ukraine, au cas où ça tournerait mal. Bon, n'anticipons pas l'avenir proche. Non, vous voyez, les mêmes... Et vous voyez, ils étaient en même temps. Pacifistes en Espagne, bellicistes en Finlande, dites-donc. Fallait y penser ça. Vous voyez que ces mots ne veulent rien dire maintenant. M. Pagani, êtes-vous pacifistes ou bellicistes ? Êtes-vous pour la guerre ? Êtes-vous pour la paix ?
28:46 Spontainement, je répondrai, je suis pour la paix. Qui n'est pas pour la paix quand il regarde ses enfants ? Ou ses petits-enfants ? Pas ? Mais ça n'empêche pas de faire la guerre aux voisins. Aux petits-enfants des voisins. Vous voyez. Donc, vous voyez, la philosophie, c'est ça. D'abord et avant tout, j'y reviendrai toujours. Chercher ce que parler veut dire. Donner un sens plus pur aux mots de la tribu. Ces mots-là sont impurs.
29:18 Enfin, ils ont un sens noble, mais la plupart du temps, quand on les emploie, pacifistes, bellicistes, ils ont un sens impur. C'est pour encourager la guerre quand on en a besoin, n'est-ce pas ? Ou la laisser massacrer l'autre quand on n'a pas envie de secourir cet autre. Voilà. Je reprends et je termine le magnifique texte de notre auditeur. Là-bas aussi, des enfants mouraient sous les bombes pendant que sévissaient le tout aussi oublié comité de non-intervention franco-britannique.
Racines, migration et dialectique de l'ici et de l'ailleurs
29:54 On ne vous la raconte pas souvent celle-là. Franco-britannique démocratique. Deuxième intervention beaucoup plus courte. J'ai une question importante, très courte, qui m'a été posée. Mais qu'est-ce que vous entendez par le libéralisme libertaire ? Il y en a qui l'ignorent, ce qui est normal, parce qu'on ne fait pas beaucoup de publicité. Enfin, c'est quand même un moment qu'on en parle. Il n'y a pas de meilleure manière de l'introduire que de montrer à quel point ça remonte à loin, car c'est déjà au nom de la liberté qu'on écrasait les libertés par les armes fascistes.
30:28 Là-bas, chez moi, un chez-moi que je n'ai connu que quelques mois de vacances, et que d'une moitié de la famille, l'autre moitié étant dans une région qui nous était interdite par la répression franquiste. J'ai connu cette époque. Je ne l'ai pas connu comme un espagnol. Certains d'entre vous se rappellent peut-être que j'ai eu une épouse allemande, dont le petit frère, qui est venu très jeune en Espagne et qui n'a pas voulu retourner en Allemagne, mais qui s'appelle Bernd, et qui ne veut pas qu'on l'appelle Bernd, mais qui veut qu'on l'appelle Bernardo.
31:12 Je lui rends hommage ici, Carstin, qui sont très sympathiques et que j'aime beaucoup, qui n'a pas les mêmes implications politiques que je peux avoir, mais qui n'est pas contre eux non plus. Ce n'est pas trop son problème. Ce jeune homme, à l'époque, nous disait de faire attention dans les rues de Palma, quand la guardia civile, la police espagnole de l'époque franquiste, quand la guardia civile était à la recherche d'un voleur, d'un cambriolage qui avait été signalé, il disait qu'il ne faut pas trop sortir là, parce que comme ils ont la flemme de le chercher, etc., ils s'attrapent les premiers, répression, c'était terrible.
31:51 Et alors, un témoignage personnel, maintenant, j'ai vu dans un grand café de Barcelone, un touriste d'un pays du Nord qui était en short, en vacances, comme ça, à la terrasse du café, la guardia civile qui venait lui dire « Monsieur, allez vous habiller ? » C'était une époque ! Et ça, c'est pour des touristes étrangers, ou j'imaginais ce que c'est pour des descendants de communistes espagnols, ou simplement de partisans de la République espagnole. Donc voilà, l'autre moitié étant dans une région qui nous était interdite par la répression franquiste, la mémoire y est de nouveau ravivée par les petits enfants des martyrs.
32:33 Aujourd'hui, rien ne m'interdirait de retourner dans les Asturies, magnifique région d'Espagne. Et pourtant, j'en suis incapable. C'est cette région, vous savez, qui est dans le Nord-Ouest, qui monte vers les monts Cantabriques. Et puis, au Nord-Ouest, vers la Bretagne espagnole, si je puis dire la Bretagne ibérique, je pense à la Galicia. Je fais une troisième parenthèse très courte. Une légende espagnole dit qu'on avait demandé à Dieu quelle est la plus belle région du monde.
33:06 Et il a mis sa main sur le Finistère espagnol, parce qu'il y a cinq caps, comme les cinq doigts à ouvrir sur la Galicia. Aujourd'hui, rien ne m'interdirait de retourner dans les Asturies et pourtant j'en suis incapable. Je pensais pourtant ne pas avoir de lien affectif avec cette région. Depuis longtemps qu'il était en France, voyez, la conclusion est magnifique, n'est-ce pas ?
33:41 On ne se débarrasse pas comme ça de ses racines et de son histoire familiale. Oh non, je ne suis pas dans un détour et dans les états d'âme en tout cas, je n'oublie pas tout le reste au profit des seuls états d'âme, parce qu'on a le droit d'en avoir tout de même, quand ils sont de cet ordre si universel. La dernière fois, j'intervenais sur racines de l'immigration. On ne se débarrasse pas comme ça de ses racines et de son histoire familiale.
34:16 dialectique de l'ici et de l'ailleurs, de l'identité et de l'altérité, de l'origine et du parcours, de la résidence et de la migration. Je maintiens que la migration est une dimension intrinsèquement anthropologique de l'espèce humaine.
34:46 de l'espèce humaine, depuis les jungles africaines jusqu'aux cavernes du Périgord ou de Chine, qu'il s'agisse de l'homo erectus de l'homme de Java, de ceux qui ont peint les grottes d'Altamira en Espagne, ou de ceux dont on a trouvé les extraordinaires restes fossiles à Bougraïve. Ça me reviendra au Maroc. J'ai fait une édition là-dessus, excusez-moi, mais je fais une attraction modale avec le bagne que les Américains ont conservé à Cuba.
35:25 Je rappelle ici que c'est l'histoire d'une immense migration qui n'est pas achevée, mais qui n'exclut pas qu'il y ait de longues stases. Une migration n'exclut pas qu'on puisse faire une pause. Les meilleurs moments de nos grandes randonnées dans les plus beaux paysages que la nature et l'aménagement de la nature par l'homme a pu nous offrir, c'est quand on fait un pique-nique dans les plus beaux endroits, après tout.
36:00 Voire quand on y campe. Voilà, je voulais partager ce témoignage avec vous, et je voulais insister sur les nombreux rapports. Vous voyez que ça vous permet d'avoir avec les questions qui suivent. Je vais demander à Pierre-Alain d'enchaîner, dans l'ordre qu'il y avait maintenant. Peu importe. Voilà.
Que faire de la distinction entre État et appareil d'État ?
36:30 Alors, Bobby Fischer. Là, il s'agit de gens qui m'ont posé des questions il y a deux ans. J'ai tellement de retard sur les questions que je me suis aperçu que c'est parce que ce retard se cumulait, car je partais des dernières vidéos, puis je remontais à celles qui étaient un peu avant. En fait, maintenant, je prends les plus anciennes et les plus récentes, comme ça, j'essaye d'élargir le spectre de mes réponses à vos questions. Donc, voilà ce que me disait Bobby Fischer il y a presque deux ans.
37:03 L'État ne doit pas être confondu avec l'appareil d'État. Je vous avais dit qu'on y reviendrait. « Certes, mais que faire de cette information ? » Non, celle-là est plus récente. Mais enfin, on va revenir aux questions plus anciennes juste après qui vont dans le même sens. « Celle-ci est plus récente. » « Certes, mais que faire de cette information ? » Alors, je veux dire, Bobby, c'est énorme ce qu'il y a à faire. C'est tellement énorme qu'on ne le voit pas, c'est ça.
37:38 Ce n'est pas de la cécité, c'est de l'aveuglement. Quelquefois, trop de soleil, comme il dit Pascal, trop de lumière éblouie, n'est-ce pas, et pas assez obscurcie. Je rappelle d'abord en quoi consiste la distinction. C'est quand même le plus important. On est en philosophie. Parce que tout le monde parle de l'État. Tout le monde dit « Ah, j'en ai marre, c'est la faute de l'État. » Oui, bien sûr, les anarchistes, pourquoi pas.
38:09 Celui qui voit tout d'un coup pour l'Xème fois un PV sur son pare-brise, alors qu'il travaille avec son véhicule, mais aussi la quasi-totalité du MEDEF, n'est-ce pas ? « Ah là là, l'État qui nous impose des taxes, des lois, des limitations... » Je vous fais une confidence, mais ma mère, que la terre lui soit légère, se plaignait d'avoir épousé, je la cite, « le seul Corse qui est honnête et qui ne sait pas jouer aux cartes. »
38:45 Je lui laisse le soin de ce truc boutade. Il y a des corses honnêtes et travailleurs. Il y a même beaucoup. C'est vrai que mon père avait une réputation d'incorruptible, ce qui est assez rare dans l'administration coloniale en général. Je n'ai pas ajouté chez les corses en particulier. Et il traînait les pieds quand il fallait sortir de prison des cousins qui n'étaient pas tout à fait de son côté, de sa famille... Enfin, voilà. Bref, il n'aimait pas faire ça. Alors...
39:15 C'est intéressant de remarquer qu'il a été insulté en Côte d'Ivoire. Je parle de mon père, c'est très rare que j'en parle. C'est même la première fois à ma connaissance. Parce qu'il y avait eu des malversations énormes, exceptionnelles, d'un agent français de l'administration coloniale de l'époque. C'était dans les sixties, pour parler français, qui avait été pris la main dans la confiture.
39:50 Et c'était tellement gros qu'il avait été obligé de reprendre l'avion. Ce qui était exceptionnel. Il fallait pénaliser toutes les malversations qui se faisaient à ce moment-là. Mais celle-ci était spécialement grossière. Et donc, dans la Réunion, c'était un très puissant ministère de l'économie, des finances et du plan. Il y avait encore le ministère du plan. Le ministre Ivoirien s'appelait Saller à l'époque. Ça fait rire beaucoup de mes amis Ivoiriens.
40:20 Mais on l'appelait déjà à l'époque tellement qu'il faisait attention au compte de son ministère. On l'appelait le Salaire de la Peur. Donc, mon père a été sollicité pour savoir, comme d'autres, qui on pourrait mettre à la place pour le remplacer en urgence. Mon père a eu le culot de proposer un fonctionnaire ivoirien. Il n'est pas que ça ne se faisait pas. Vous savez, les insultes dont il a été l'objet. Et oui, mais c'est ça l'État. Mais ce n'est pas le sens que lui donne le MEDEF. Mais déjà, le MEDEF fulmine contre l'État.
Forêts domaniales, hôpital, école : l'État élargit ma liberté
40:51 Bref. Vous voyez que privé et public, là encore, ça ne veut pas dire grand-chose. Je suis en train d'y revenir. Ou bien, maintenant je suis à la distinction, l'État est une limitation à ma liberté. Il décide sans me demander mon avis d'augmenter d'un an l'âge du départ en retraite, sans me consulter.
41:21 Il décide de concentrer tout l'argent dont on aurait tellement besoin pour soulager les injustices. Il y en a toujours, mais il y en a beaucoup plus qu'il n'y en a jamais eu depuis que je suis né. On dirait que je suis né au moment du plus grand gouvernement qu'a eu la France depuis la Convention et le Front populaire, à la fin de la guerre. dans l'immédiat après-guerre, si vous préférez.
41:54 Mais l'entreprise de détricotage, auquel je faisais allusion tout à l'heure, de ces acquis. Il y en a qui sont morts pour les avoir, ces acquis-là. Il y en a qui parlent de l'État-providence, de la notion religieuse, comme si ces choses-là tombaient du ciel. Il parle aussi de privilèges. Vous vous rendez compte ? L'Ancien Régime, les privilèges, c'est ce qu'on a vu de naissance. Et là, les congés payés, ce n'est pas la retraite par répartition, mais ça, c'est des privilèges. C'est fantastique, c'est l'arnaque. « Or, donner un sens plus pur aux mots de la tribu. Gardons ces mots-là, mais évitons leur sens impur.
42:30 Qu'un sens impur abreuve nos sillons, dirais-je pour paraphraser les paroles célèbres. » Libéralisme, libertaire, l'État ne doit pas être confondu avec l'appareil d'État. On le voit là, parce que je vais arriver après au libéralisme libertaire. Je fais part de la question suivante. « Lorsque l'État signifie la limitation arbitraire de ma liberté, » ça peut aller, comme je vous dis, de la contravention que je vois sur mon pare-brise, n'est-ce pas ?
43:05 Une fiscalité injuste par rapport à d'autres qui gagnent incomparablement plus que moi, mais qui ont planqué ça aux îles Caïmans, ou au Panama Papers. Bon, bref, je ne sais pas à vous que vous soyez, que je vais en apprendre beaucoup là-dessus. Ou alors, l'État veut dire non pas quelque chose de différent, le deuxième sens n'est pas différent, c'est l'inverse.
43:36 L'État, c'est l'instance qui augmente ma liberté. « Ah ben celle-là elle est bien bonne, il faudrait voir. » « Vous allez voir tout de suite. » « Mais vous l'oubliez. » Il faut vous le rappeler, moi je n'en veux pas à vous, hein. Pour donner un sens plus pur aux mots de la tribu. Il faut rappeler ce qui était intitulé dans le titre, pardon, mais au nom d'un ouvrage que je vous ai souvent recommandé d'un sociologue, des années 50, Maurice Halbwachs, « Les cadres sociaux de la mémoire. »
44:08 « Ce qui n'a aucun relais pour qu'on vous le rappelle, « Rappel disparaît de votre mémoire. » » Ça n'empêche pas que ça a existé, hein. Alors, c'est le moment de le rappeler. « Lequel ? Le sens où l'État élargit ma liberté. » Non, non, mais je ne vais pas chercher des choses rares, c'est des choses très courantes. Allez, on passe du printemps qui est en train de s'ouvrir aujourd'hui, il y avait vraiment une petite air de printemps. À l'automne, la saison qui lui ressemble le plus parce qu'elle est juste symétrique dans le miroir. C'est la même chose que le printemps, saison de transition, mais tout est à l'envers.
44:39 Ce n'est pas la naissance, c'est le dépérissement. Donc, oui, mais justement, sur les moisissures poussent les champignons. Allez, on part à la cueillette des champignons. Et puis, poum, on voit un mur, « Champignons, propriétés privées, champignons interdits. » Ah ben, je me fais une raison mince, parce qu'avec une forêt, ça avait l'air pas mal, là. Voilà, je ne dis pas de faire le mur et d'aller par infraction. Avec Clouscard, ça nous arrivait. Parce qu'on allait faire des petites incursions dans le pays de Nerval, comme ça, des fois.
45:12 Et il y avait des petites brèches dans les murs, des vieux murs du 18ème siècle. Et voilà. Bon bref, des propriétés qui appartiennent maintenant aux émirs du Koweït, si vous voulez le savoir. « Champignons, forêts privées, champignons interdits. » Il faut respecter.
45:42 Je fais la base, je vais ailleurs. Et puis voilà que je vois tout d'un coup un panneau. « Forêts domaniales d'Ermenonville, forêts domaniales d'Halatte, forêts domaniales de Chantilly, tout ça, ce ne sont pas les unes à côté des autres. « Forêts domaniales de Pontarmé, de Compiègne, la plus grande au nord de l'Île-de-France, comme celle de Fontainebleau, la plus grande au sud de l'Île-de-France. » Et là, je peux les ramasser. Là, l'État élargit.
46:12 C'est à moi ce terrain-là. Mais pas à moi à titre privé, c'est à moi, à vous, à lui. Et comme je disais à Clouscard, pardon de rire, vous allez comprendre, il avait connu l'occupation lui, pas moi. D'accord ? Donc moi, je faisais la fine bouche, c'est le cas de le dire. Il y a des années où il y en a tellement qu'il y en a pour tout le monde. Donc je lui disais, bon, on prend juste les jeunes, on fait des infanticides, on prend les petits, là, comme ça. Puis on en laisse, là, les gars, il y en a beaucoup, il y en a qui sont trop vieux. Il y a bon ? Tu les prends pas ceux-là, au moins que t'as pas connu la guerre.
46:44 Bon oui, vous voulez tout ramasser. On est libre. Et ça, c'est l'État qu'on casse, c'est l'hôpital. C'est le service de santé où je me rends, où je n'ai rien à débourser. Parce que je suis classé en remboursement intégral, en prise en charge totale, si vous préférez. Où vous trouvez ça ? Vous savez bien qu'il y a des pays, je ne vais pas pointer seulement les États-Unis, mais même d'autres.
47:14 Où vous êtes avec le sang qui est en train de gicler, en arrière de la circulation dans le caniveau, là près de votre véhicule écrabouillé. vous dit, une ambulance arrive et vous demande d'abord votre numéro de carte bancaire, ou de carte de mutuelle. Et puis ça cartonne, le brilet mutuel, voilà, avant de commencer à vous soigner. Là, l'État élargit ma liberté. Et enfin l'école, bon je vais… C'est évident ce que je dis, mais il faut rappeler ce qui est évident, qui à force qu'on le passe au silence est de moins en moins évident.
47:51 Le travail de destruction de la mémoire, n'est-ce pas ? D'amnésie. J'avais fait une série là-dessus, n'est-ce pas ? Sur Mnémosyne, la divinité qui est à l'origine de la mémoire et des mots et du langage, comme c'est curieux. Donc voilà. Alors, j'ai tenu à faire cette séparation abstraite.
L'extrême droite et la restauration de l'état de nature
48:25 Il y a un État qui vient limiter ma liberté, auquel je me heurte, n'est-ce pas, dans ma pratique quotidienne de petit commerçant, d'automobiliste, de ramasseur de… Et puis il y a un État qui élargit ma liberté, à l'école, à l'hôpital et dans la forêt domaniale. Et j'en passe, je pourrais donner mille autres exemples. Maintenant, je vais y répondre d'une manière beaucoup plus concrète, par l'intermédiaire d'une autre intervention, d'un autre commentaire, celui d'une vieille connaissance, Christian Régnier, dont les commentaires sont toujours aussi, comme celui précédent, qui sont toujours très pertinents quant au contenu.
49:09 La reprise par le youtubeur d'extrême droite, c'était à la suite de la vidéo que j'avais consacrée à cette personne que je ne connaissais pas, mais on m'avait conseillé de visionner une de ses vidéos, pour voir ce que j'en pensais. Et la reprise par les youtubeurs d'extrême droite de tous les lieux communs de cette fange intellectuelle de la nouvelle droite a un mérite à mes yeux, la mise en évidence de la complémentarité, voire souvent de la complicité, de ses discours, ceux d'extrême droite, avec les actes politiques posés par les représentants en titre de la haute bourgeoisie. Et on revient au MEDEF, qui ne se présente jamais d'extrême droite, donc il la combat, au contraire, n'est-ce pas ? En les traitant de populistes, de complotistes.
50:02 Oui, bien sûr. Si vous dites qu'il y a longtemps que les États-Unis veulent faire la peau de la Russie, je veux dire, bien avant même, qui est le gouvernement actuel en Ukraine, et bien avant les événements de Maïdan, vous direz, oui, oui, c'est complotiste. Du mot de la tribu. En effet, les gouvernements successifs font pour cible permanente les gouvernements. Là, on ne parle plus de petites têtes brûlées, skin avec des tatouages de croix gammées. Non, les gouvernements, des gens bien, des gens qui ont du bien.
50:43 Les gouvernements successifs font pour cible permanente l'éducation, tiens, les libertés publiques. On n'a plus le droit de suivre Russia Today et puis Spoutnik. C'est extraordinaire, c'est la première fois, mais je suis entre 75 et 80 ans maintenant. C'est la première fois que je vois des médias comme ça, rayés, mais de grands États, rayés. On n'a jamais censuré les médias américains quand ils faisaient des millions de morts au Vietnam, en Corée.
51:18 Voilà, attendez, je ne vais pas faire dire, je n'aime pas faire bouffer de l'Américain, il y a des gens bien aux États-Unis. Ils n'ont pas intérêt à se manifester. En effet, les gouvernements successifs font pour cible permanente l'éducation, les libertés publiques, les droits sociaux, les mécanismes de solidarité, etc. En clair, ils, les gouvernements, s'appuient sur une idéologie et mettent en œuvre des politiques visant à restaurer et légitimer, écoutez bien, lui il a compris toutes les avancées de la pensée moderne la plus féconde de Rousseau jusqu'à aujourd'hui, en passant par Kant, Hegel, Marx, Lénine, Clouscard.
52:00 J'ai fait une petite série de vidéos sur cette progression, ça s'appelle la pensée révolutionnaire de Rousseau à Lénine. À l'époque, je n'avais pas osé mettre Clouscard dedans, comme étant trop récent, enfin, je le regrette maintenant. En clair, il s'appuie sur une idéologie et mettre en œuvre des politiques visant à restaurer et légitimer un état de nature basé sur ce qui règne dans la nature, la force.
52:31 Ce n'est pas le mal, la nature, ce n'est pas le mal. Je veux dire, un loup qui égorge le faon, le petit faon d'une biche, oui, il y a un racisme dans nos rapports aux animaux. Oh, le pauvre petit faon, mais on ne va jamais dire le pauvre petit lézard. C'est rare, beaucoup plus rare. Qu'on s'apitoie sur un iguane comme on s'apitoie. Légitimer un état de nature basée sur la force.
53:02 Il faut bien nourrir ses petits, le loup aussi, comme les chiens sauvages. Il faut bien qu'ils nourrissent leurs petits. Ils ne font ni le bien ni le mal. Ces notions-là supposent déjà qu'on a quitté l'état de nature. Mais je ne vais pas vous réciter à chaque fois le fameux chapitre 8 du livre 1 du contrat social. Je vous donne la référence, c'est le moment de le relire. livre 1, chapitre 8, tout ça est sur Wikisource, bien sûr, du contrat social. Sur la distinction de l'état de nature et de l'état civil.
53:34 Un état de nature basé sur la force, la contention, la soumission. Brrrrrr. Ici, Christian Régnier vient donner de la chair et du sang à ma distinction abstraite de l'état qui diminue ma liberté, qui s'y oppose, et au contraire l'état qui l'augmente. Il est en train de dire quoi ? C'est ça, le grand mystère qu'on vous cache des temps modernes. C'est l'extrême droite qui va absolument se faire passer pour progressiste, c'est-à-dire pour la liberté.
La droite s'empare de la liberté : le « monde libre »
54:10 Comme étant de gauche. La liberté, c'était l'ennemi de la droite pendant longtemps. Jusqu'à quand ? Ah là là, à tous ces secrets-là qu'il faut remettre à la lumière du jour maintenant. Mais jusqu'à la guerre froide. La guerre froide, c'était la croisade. L'Occident, maintenant je le dis, avec plein de guillemets, c'est le monde libre contre le totalitarisme. Ben voyons ! On peut faire donc, ben oui, qu'est-ce qu'il y a 3 millions de morts au Vietnam ?
54:42 Ils étaient communistes, non ? Oui, on a la liberté d'opinion, non-intervention dans les pays. Quelle non-intervention ? Plus de bombes sur le Vietnam que sur tous les champs de bataille de la Deuxième Guerre mondiale. Voilà les donneurs de leçons actuels. Pas seulement donneurs de leçons, n'est-ce pas ? Mais pitbull, Doberman, aboyant pour que vous et moi les accompagnons dans la guerre.
55:20 Pour qu'on soit contaminés par la horde, n'est-ce pas ? qui veut bouffer du russe. Et je vous répète que je ne suis pas poutinien, tant s'en faut. Quelle importance ! Comme si c'était à cause de ce qui ne me plaît pas chez Poutine, que les Américains, les Français, les Allemands, les Polonais, les Baltes, les pays les plus nazis en Europe, actuellement Pologne, Baltes, Ukraine, les pays baltes.
55:55 Mais non, je ne suis pas en train de faire des hyperboles. Enfin, je veux dire, dans les pays baltes, on a cassé la statue d'un monument aux morts soviétiques, des dizaines de milliers de morts pour libérer la ville, quand l'armée rouge avançait, de soviétiques. Et on les a remplacés par la statue d'un SS qui, à l'époque, a organisé la déportation, une des plus grandes déportations de juifs par habitant qui a eu en Europe, c'est dans les pays baltes, avec la Hongrie, par exemple.
Un appareil d'État géant au service du capitalisme privé
56:28 Je ne parle pas des massacres sur place, ça, c'est l'Ukraine. L'Ukraine de Bandera. Voilà. Donc, merci à Christian Régnier de nous avoir fait comprendre, et je conclue là-dessus. Je reviens un peu à l'abstraction, mais plus compréhensible et enrichie par la chair et le sang apportés ici par Christian Régnier. L'arnaque la plus actuelle en politique, c'est de constituer un gigantesque appareil d'État, des instruments de pouvoir, police, armée, juridiction, loi 49.3, appartenance à l'Europe de Bruxelles alors qu'elle a été refusée par un référendum et avec une large majorité.
57:18 Ça, l'appareil d'État s'en moque. Mais cet appareil d'État, pourquoi il s'en moque ? Parce qu'il est au service non pas de l'État, deuxième sens, c'est-à-dire l'intérêt général, ce que Rousseau appelle la volonté générale, l'intérêt général, le vôtre, le mien. Pour l'éducation, la santé, tout de nos enfants, de nos proches, non ! Pour nous-mêmes, non ! Cet appareil d'État est au service de « oh là là ! »
57:48 Eh oui, vous comprenez, du contraire de l'État, il faut le faire, hein ! Oui, c'est difficile de donner un sens plus pur au mot de la tribu, j'ai l'impression de bafouiller. Non, c'est clair ! Au contraire, c'est maintenant que ça s'éclaircit. Un gigantesque appareil d'État, le plus grand qu'il y ait jamais eu, il y a des écoutes maintenant, des satellites, le système de contrôle du troisième Reich, c'était de la bricole régionale à côté. Le service de quoi ? De cet ennemi mortel de l'État, qu'est le capitalisme privé. Voilà.
58:19 Voilà là. Quoi faire de la distinction État-appareil d'État ? On ne peut pas dire que ce n'est pas très actuel. Vous voyez que les questions, ont un air de famille, c'est curieux tout ça, hein ! Et voilà ! Alors, Mister ! Mister, deux points, point interrogation. J'ai une question. Les gauchistes, ce sont les sociodémocrates ou pas du tout ? Puis, il y a une deuxième question qui a été rajoutée un petit peu après, le même jour.
Qui sont les gauchistes ? Lénine et Mitterrand
58:52 Bonsoir, pourriez-vous, par le même Mister, pourriez-vous préciser de qui parlez-vous exactement ? Par gauche libérale ou libertaire ? Vous voyez, on n'en sort pas. Et en quoi elle mène au fascisme ? Le titre de la session de ce soir n'est pas arbitraire, comme vous pouvez voir. Donc, je commence par la première question. Les gauchistes sont les sociodémocrates ou pas du tout ? Alors, là encore, je vais commencer par une petite distinction.
59:25 Il y a le gauchiste dans la bouche d'un quelqu'un de droite. Alors, c'est bien simple, c'est tout ce qui est à gauche de lui, n'est-ce pas ? Donc, il mélange tout, les gauchistes au sens précis, que je veux dire après, et qui existe depuis longtemps, puisque dès les années 1920, Lénine faisait paraître un texte célébrissime qui s'appelle « La maladie infantile du communisme deux points le gauchisme ». Donc, déjà, il y avait un combat, n'est-ce pas, du communisme de Lénine contre les gauchistes, qui à l'époque se dispersait dans les SR, les sociorévolutionnaires.
1:00:07 Enfin bon, je vais y revenir. Je ne vais pas s'égarer dans le chaos groupusculaire qui caractérise le gauchisme. proprement dit, je vais y revenir. Mais pour l'instant, le premier sens pour la droite, et surtout pour la droite actuelle, n'est-ce pas ? Tout ce qui est à gauche d'elle, ou qu'elle pense à gauche d'elle, même quand ce n'est pas le cas, c'est là que ce serait comique si ce n'était pas si grave par les conséquences, ils appellent ça des gauchistes.
1:00:39 Je pense que même dans le parti pro-russe, vous voyez, j'essaie d'être intellectuellement honnête, qui sont des partis pro-russes, il y en a qui sont tellement anti-communistes, n'est-ce pas ? Mais qui parlent de Macron comme un gauchiste, vous voyez ? Oui, oui, oui, oui. Il y a tellement d'officines sur le net que je n'ai pas besoin de préciser, la plupart d'entre vous connaissent bien toutes ces chapelles.
1:01:16 Donc, je vais vous dire maintenant ce que je propose, moi, comment je propose de parler précisément du gauchisme, mais non pas de noyer le poisson, de telle manière que les arbres finissent par cacher la forêt, et les branches cachent les arbres.
1:01:47 Il eût fallu cacher les branches. Voici donc les gauchistes, c'est-à-dire ceux qui étaient les plus farouches adversaires du Parti communiste et de la CGT pendant les événements de 68, je le dis pour beaucoup de jeunes qui ne le savent pas, il y a qui on se garde bien de le dire, surtout ceux pour qui, justement, à droite, appellent aussi ce tout ce qui est. Ouais, ben ça c'est les querelles internes. Ah bon ? D'accord.
1:02:17 Prenez Jospin aussi, vous avez entendu parler, il n'y a pas si longtemps qu'il était quand même Premier ministre de la France, Parti Socialiste, enfin du nouveau Parti Socialiste fondé par Mitterrand. Je rappelle au passage, puisqu'on va parler de la social-démocratie, que Mitterrand a fait une OPA, comme on dit, sur le Parti Socialiste, alors qu'il n'y avait même pas sa carte, il s'est retrouvé secrétaire général d'un parti dont il n'avait même pas la carte, alors qu'il venait de la droite, d'une droite très marquée par l'extrême droite.
1:02:49 Tout ça est bien documenté, vous vous renseignez. Je cite souvent une des rares saillies de Foucault que je recommande, n'est-ce pas ? C'est Mitterrand, c'est Vichy. Mais qu'est-ce que vous racontez ? Mais Mitterrand, quand même, il a eu le courage, il supprime la peine de mort. Oui, mais Mitterrand, c'est un homme politique, c'est pas comme De Gaulle, c'est pas un homme d'État. Lui c'est un politique, il est malin. Ça faisait plus de dix ans qu'il n'y avait plus de condamnations, qu'il n'y avait plus d'exécution.
1:03:23 Et donc il suffisait de faire un petit chouïa, là, pour que le fait et le droit coïncident. Il était temps. Oui, ben dites-donc, c'est mieux que rien. Ben oui, moi je suis pour, hein. Je suis pour la suppression de la peine de mort. Mais quand il était garde des Sceaux, quand il était au pouvoir, sous la 4e République, il a refusé la grâce d'un communiste qui sympathisait avec les indépendantistes d'Algérie et qui a été décapité suite au refus par le garde des Sceaux, François Mitterrand, de lui accorder la grâce.
L'extrême centre et les trois espèces du gauchisme
1:04:05 Ça, c'est la social-démocratie. Celle qui refusait d'intervenir en Espagne par amour de la paix, amour de la paix, amour de la liberté. J'ai fait une intervention qui, je vois maintenant qu'elle existe en short, merci Pierre-Alain, sur l'extrême centre. Je ne vais pas y revenir. Quelle dérision de savoir si je suis centre-gauche ou centre-droit, vous savez. Vous voyez ça ?
1:04:35 C'est dissonant. Plus des notes sont rapprochées, plus c'est dissonant. Une dissonance bien placée peut être excellente comme un épice dans un plat. Mais ici là... Centre-gauche, centre-droite, c'est tellement proche, n'est-ce pas ? Allez, distinguez. Vous savez, c'est mon image sur un segment AB. Si le milieu M...
1:05:06 Quelle est la couleur du milieu M ? Sachant que AM, la première moitié, est bleue, en peinture bleue, fraîche. Et la seconde moitié MB est en peinture rouge, fraîche. Et le milieu, chacun sait qu'il va être violet, le point M. C'est-à-dire qu'on sait jamais si les rouges ou bruns, bleus ou rouges. Extrême centre. Je me fais passer pour quelqu'un de libéral, le monde libre. Je résume tout. Je lutte pour la liberté, je lutte pour la démocratie, contre ce qu'on dit maintenant les régimes autoritaires.
1:05:40 Totalitaires, autoritaires. Dites donc ! Je donne ma voix à un référendum. On ne veut pas de votre Europe de Bruxelles. Elle n'existe pas. C'est un pantin agité par l'oncle Sam. C'est d'ailleurs inscrit en toutes lettres, je ne fais pas de procès d'intention. Vous regardez le projet de constitution européenne qu'on a soumis aux Français. Dès qu'il s'agit de la politique étrangère et de la politique de défense, on y voit l'OTAN. L'OTAN, ce n'est pas spécialement l'Europe au départ.
1:06:13 Bon. Ne nous énervons pas. Donc, les gauchistes. J'ai pris l'exemple de Jospin, je reprends cet exemple. Il était trotskiste en 68. Donc, il était situé comme à gauche du PC. Vous voyez les gauchistes, c'est ceux qui ont comme posture d'être à gauche des partis communistes institutionnels. soit partis communistes officiels, soit partis communistes carrément au pouvoir.
1:06:45 C'est-à-dire qu'il y a plusieurs familles. Dans le genre gauchiste, il y a trois sous-espèces. Maintenant, j'en parle précisément, on est en philosophie. Dans l'ordre chronologique, pour ne léser personne, les anarchistes, ce qui remonte à une plus grande épaisseur historique. Les libertaires, c'est-à-dire les anarchistes, les trotskistes et les maoïstes. A partir des années 60-70, en Europe occidentale.
1:07:19 Ici, je fais une petite parenthèse. J'aurai toujours le plus immense respect pour celui qui a permis à la Chine de sortir de la honte et de la misère. La misère, ça va de soi. À l'époque où on enfonçait le fumier humain avec les jambes dans les rizières pour les ensemencer. Ceux qui dénoncent, qui montrent la Chine du doigt, maintenant, ils ne la montraient pas à ce moment-là. C'est curieux, quand elle souffrait incomparablement plus que maintenant.
1:07:59 J'aurai un immense respect pour celui qui a tiré la Chine de là pour le mao, de la longue marche. Distinction, pas entre les Mao là, mais entre deux époques. Et puis, il y a eu le mao qui a perdu de son importance à ses yeux dans la direction du Parti communiste chinois à l'époque. Et qui, pour reprendre le pouvoir, a été à l'origine de ce qu'on a appelé historiquement la révolution culturelle, on a vu des gamins de 14 ans braqués avec des kalachnikovs, des anciens compagnons de Mao qui avaient fait la longue marche, comme étant des bureaucrates, stérilisés, et surtout un anti-soviétisme.
1:08:44 On ne vous dit pas tout ça. Cette Chine-là, qui heureusement a disparu, cette Chine de la révolution culturelle, je n'ai pas dit que la Chine Maoïste a disparu. L'essentiel, heureusement, reste là. La nationalisation des grands moyens de production et d'échange sera toujours ce qui réconcilie tous les communistes, en principe. Pas de votre brosse à dents et de votre femme. Des grands moyens de production et d'échange. Vous êtes un grand moyen d'échange. Vous êtes Carrefour, vous êtes Auchan, vous êtes Dassault, Bouygues, Danone.
1:09:23 Les Maoïstes dont je parle, je parle des Maoïstes français ici. Il y en a plein actuellement chez les écologistes qui se sont reconvertis. Il y en a au MEDEF, numéro 2 ou 3 du MEDEF, je ne m'en souviens plus très bien, qui avait dit, il y en a marre, il faut se débarrasser du gouvernement du CNR, des institutions du CNR.
Liberté franque et liberté révolutionnaire
1:10:13 Et comme tu as Jospin le Trotskiste, je prends les trois familles, Jospin lui, il a fini par dire, bien après 68, quand il était Premier ministre, mon programme, je vais dire, n'est même pas socialiste. C'est moi qui ajoute même. Mais il a dit, mon programme n'est pas socialiste, alors qu'en 68, pour arriver au pouvoir, il fallait, parce qu'en France, il faut se donner un visage de gauche depuis la Révolution française pour avoir la moindre crédibilité.
1:10:44 C'est un hommage à la France que je fais là. C'est pas une ironie, une critique. Ce qui prouve votre force, ce qui prouve à quel point le pouvoir a besoin de votre adhésion à ce qu'on appelle l'opinion publique. Et d'où l'importance de la propagande et des médias. Voilà, le reste, vous savez. Mais vous comprenez mieux d'où ça vient. C'est qu'il est dirigé avant tout contre la tradition de la Révolution française, de justice sociale et de liberté, oui, mais pas de la liberté du renard dans le poulailler ou du loup dans la bergerie.
1:11:20 Ça, c'est le sens médiéval de la liberté. « frei » qui donne « Frank » « Frankreich » « La terre des Francs » « Les Francs, les Francs, c'était des égorgeurs » Vous savez comment Clovis a réglé le problème du vase de Soissons, hein ? Il a fracassé le crâne de celui qui l'avait chouravé, n'est-ce pas ? Et il a fracassé comme le précédent avait fracassé le vase. Souviens-toi du vase de Soissons.
1:11:51 « Franc » veut dire ici « Celui qui à la guerre a eu le dessus dans la bataille, qui a pointé son glaive sur la gorge de l'adversaire » Il a dit « Ben non, ou ce sont tes dernières secondes, ou bien tu vis comme esclave avec moi. Moi je suis l'homme libre. Frei, Frank ! » Cette liberté-là, c'est pas celle-là pour laquelle on se bat depuis la révolution française. Comme dit Rimbaud, ce que j'aimais moi, c'était la liberté libre. Et oui, il faut un gamin de 17 ans.
À gauche du PC, à droite de De Gaulle
1:12:22 On met les choses au point. Donc voilà, les gauchistes au sens précis, c'est la réunion au sens mathématique de trois espèces. Les anarchistes, c'est ceux dont je pourrais me sentir le plus proche pour une certaine tradition, parce qu'il y a un anarchisme ignoble de droite, je pense à Céline. Mais il y a un anarchisme qui s'est mouillé, qui a été victime, je pense à la commune par exemple, aux côtés de la classe ouvrière, ou simplement qui émanait de la classe ouvrière.
1:12:57 Je ne dirai jamais un mot contre cela. Non, non, je parle de ceux qui mettent le visage de gauche pour faire la politique la plus à droite. Je suis en train de rappeler, je vais conclure là-dessus, sur la question de Mister, la première partie. C'est que ceux qui se disaient à gauche du Parti communiste, plus radical, plus révolutionnaire, les maos, les trotskistes, les anarchistes, n'est-ce pas. Je participe à des manifs. Moi aussi j'ai manifesté en 68 à côté de tas de gens qui étaient, qui en tenaient plus pour Cohn-Bendit que pour Georges Séguy, secrétaire de la CGT à l'époque, secrétaire général.
1:13:37 C'est à la fin de la manif qui était une grande réussite, c'était un million. Maintenant on dit que la manif est réussie quand il y en a 5 000, 10 000. Plus d'un million. Et voilà qu'au moment de la dispersion, c'était une grande victoire. Et rien que la force de cette manif, tout d'un coup il y avait une bande de gauchistes qui disaient « Mais non, on va aller brûler la bourse, qu'est-ce que ça va faire ? » Au BDF qu'on brûle la bourse, je vous jure. Franchement, il y a longtemps qu'il n'y est plus. La bourse, oui. Les actions, oui. Mais ça se fait à l'intérieur des bécanes et des ordinateurs.
1:14:13 Ce sont pas les brunards. Donc, cette réunion des anarchistes, des trotskistes et des maoïstes, ceux qui se disaient à gauche du parti communiste, vraiment à l'extrême gauche, au sens propre, c'est moi, à la fin, au bout de l'arc politique, à l'extrême de la gauche, on trouve les gauchistes, puis les communistes, puis les socialistes, les sociodémocrates, vous voyez, je réponds aux deux questions.
1:14:50 Sociaux-démocrates, on revient à l'extrême-centre. En fait, c'était un masque pour ceux qui étaient à droite de De Gaulle. Là, je suis sérieux et je reviens maintenant à ce qui est le plus actuel. Combien de fois les atlantistes, en premier lieu, bien sûr, le navire amiral, l'exécutif américain, a tenté de se débarrasser de De Gaulle à l'époque où il régnait, à l'époque où il dirigeait la France.
1:15:24 Combien de fois ? Chaque fois, ça échouait, ils ont essayé avec des gens de centre-droit, justement. Je pense à Lecanuet, par exemple, l'ancien maire de Rouen. Ça ne marchait pas. Ça ne marchait pas, justement à cause de ce que je vous ai dit. Il y a une tradition révolutionnaire en France. Les Français ont la tête près du bonnet.
1:15:55 Citation en français dans le texte de Hegel puis de Marx, qui était très reconnaissant à la conscience politique française, qui comme un serpent de mer, revient périodiquement. En dernière instance, c'était les Gilets jaunes. Au moment où on croit l'avoir oublié, qu'elle a disparu, qu'elle est intégrée, que tout le monde s'est embourgeoisé, ce soit là qu'elle se manifeste. Il y a un petit peu d'espoir. Donc, ceux qui se disaient à gauche du PC étaient à droite de De Gaulle. Sur quel point avant tout la participation à l'Europe, tiens, tiens !
1:16:27 Alors que De Gaulle avait la politique de la chaise vide à Bruxelles. Et c'était opposé à l'entrée de la Bretagne, la Grande Bretagne dans le marché commun. Car il savait que c'était pour que les moutons, la laine d'Australie et de Nouvelle-Zélande, bref, du Commonwealth, où elles viennent concurrencer. Les agriculteurs français et européens qui avaient déjà du mal à tenir les prix agricoles, à les empêcher de s'effondrer. Mais surtout à l'OTAN.
1:16:59 Vous voyez, vous voyez comme tout ça est plus que jamais actuel. Donc là, les gauchistes, c'était l'arme favorite de l'OTAN. Là où il y avait un danger communiste. Pas en Angleterre, pas en Suède. Non, en Suède, la social-démocratie, maintenant c'est grâce à des néo-nazis qu'il y a une majorité politique en Suède. Renseignez-vous, c'est les dernières élections, c'est pas compliqué. Vous lisez la presse.
1:17:29 Il y en a qui ont un froid dans le dos. Passons là. La France et l'Italie. Les deux pays où il y avait un parti communiste puissant, plus d'un quart de la population. Dans ces pays-là, on a compris que c'est en se prétendant encore plus à gauche que les communistes, qu'on pouvait avoir une crédibilité. Et ça, ça donnait à peu près presque toute l'école philosophique française de Sartre à Derrida.
1:18:02 En passant par Deleuze, Foucault, etc. Alors, les gauchistes, ce sont les sociodémocrates. Au départ, non ! Les gauchistes, ils voyaient les sociodémocrates, les socialistes comme étant bourgeoisés, pourris, etc. Mais dès qu'ils sont au pouvoir, je pense à Jospin, hein ! Ex-Trotskiste ! Un premier ministre de Mitterrand, ex-vichiste, dit « Mon programme n'est pas socialiste. » Allez, tout est dit.
1:18:33 Alors, j'ai déjà répondu aux trois quarts, à la deuxième partie de votre question, Mister. Bonsoir, pourriez-vous préciser de qui parlez-vous exactement ? Par gauche libérale, libertaire et en quoi elle mène au fascisme ? Eh bien, je viens de vous dire, je répète, parce que j'essaie d'être rigoureux, on est en philosophie, pas au café du commerce. Ceux qui se disaient à gauche du PC, étaient pour la plupart, car il y en a qui croyaient les pauvres, c'est les victimes, ça c'est les hippies qu'on voit avec des chiens, là, sur des lieux publics de Paris, là, qui vieillissent mal.
1:19:14 C'est très marginal. Donc, ceux qui se disaient à gauche du PC, les forces politiques qui se proclamaient à gauche du PC, étaient en fait sous ce masque à droite de De Gaulle. Mais dis donc, De Gaulle ne s'est jamais prétendu à gauche, lui. Lui n'a jamais joué ce jeu-là. C'est un homme de droite que j'ai combattu, j'ai toujours voté contre. Mais je donnerais tout ce qu'il y a comme exécutif actuellement en France pour un quart de De Gaulle, aujourd'hui. Si vraiment j'étais obligé d'avoir ce choix-là, je préférerais mieux.
Le libertaire roule pour le libéral : la voie du fascisme
1:19:44 Mais il ne s'est jamais prétendu à gauche. Donc, à droite de De Gaulle, c'est à droite de la droite, dites donc ! Mais ça y est, j'ai répondu à votre question, et en quoi elle mène au fascisme ? Eh bien, on y est. Maintenant, l'argent qui ne va pas aller aux retraites, l'argent qui ne va pas aller à l'hôpital, l'argent qui ne va pas aller à la scolarité, au logement. Un couple de jeunes qui essaient à trouver à se loger dans Paris 1,3 euros, mais quel parcours du combattant ?
1:20:14 De jeunes désargentés, hein, parce qu'il y en a, il y a des jeunes maintenant, qui ne sont pas très nombreux, mais qui possèdent plusieurs appartements à Paris. C'est grave, ce qu'on est en train de voir, c'est extrêmement grave. Je suis en train de dire que ceux qui se proclament en marge de la société, anarchisant, libertaire, comme on dit en niais, voilà, c'est votre question, libertaire.
1:20:48 Roule pour qui ? Pour les libéraux qui sont au MEDEF. Écoutez un anarchiste, il va commencer par cracher sur l'État. Écoutez n'importe quel membre important du patronat, il va commencer par cracher sur l'État. Pas sur l'appareil d'État. L'appareil d'État dont se sert Macron pour imposer, qu'on le veuille ou non, ce qu'on appelle des réformes, maintenant, ça donne envie de vomir de vos réformes de plus en plus au peuple de France maintenant, parce qu'ils savent que dès qu'il y a le mot réforme, c'est qu'on prépare une contre-révolution.
1:21:18 Voilà que sera ma conclusion. Mais je suis sûr que Mister, je présume qu'il doit être jeune pour poser des questions comme ça, parce que c'est toute une histoire qu'on n'a pas enseignée à sa génération. Mais qu'il la vérifie, qu'il ne me croit surtout pas sur parole, parce qu'il va en apprendre des vertes et des mûres que je n'ai pas le temps de détailler ici. Et qu'il va encore plus loin, bien plus loin que je ne le fais. La réalité dépasse la fiction. Je vais demander l'heure à Pierre-Alain.
Annonces : dons, traduction de Clouscard, lecture à vif
1:21:48 Ou plutôt, ah oui quand même. Bon, je crois que je vais suspendre les réponses aux questions là pour pas… J'ai remarqué que vous étiez attaché sans aller jusqu'au short, je ne veux pas passer d'un extrême à l'autre, mais j'ai remarqué que votre attention et votre implication dans les commentaires et dans les questions avaient rebondi depuis que nous nous appliquons à faire des formats un peu moins longs, car solliciter un effort d'abstraction pendant deux heures et demie d'affilée, et c'est un petit peu difficile.
1:22:26 Donc je vous propose qu'on se donne rendez-vous pour dans 15 jours, puisque vous voyez qu'on a repris notre périodicité régulière, si je peux oser ce pléonasme, mais auparavant j'ai quand même deux communications. D'abord, nous avons reçu des courriers sur la boîte mail de l'association de deux personnes qui souhaitent, et je les remercie éperdument, créditer le compte de l'association. L'une, je crois que c'est une assemblée, que c'était Mandrine, si je me rappelle bien, je présume que c'est un pseudo, et un autre, je ne sais pas son nom, mais j'ai peur de le déformer, avec tous ceux que je viens de citer et de rappeler, qui voudraient créditer le compte, mais sans la formule de la carte bancaire ou du PayPal, et donc du PayPal, qu'est-ce que je dis, et qui souhaitent le régler soit par chèque, soit par virement.
1:23:41 Alors je leur dis tout de suite, je vais leur répondre bien sûr, maintenant par écrit, dès demain matin. Mais c'est très simple, je vais leur envoyer mon adresse par écrit, je leur dis mon adresse pour aller plus court, car je pourrais aller, si c'est un chèque, je pourrais aller le mettre immédiatement au compte de l'association à Paris. Ça ne fait que quelques stations de RER. Et quant au compte bancaire pour lequel notre ami souhaite faire un virement, j'aurai l'intitulé de ce compte demain matin, grâce à notre trésorière, voilà qui me le communiquera demain matin au plus tard.
1:24:22 Voilà, c'est la première communication. La seconde communication, c'est de remercier tous ceux qui l'ont déjà fait, mais d'objurguer ceux qui ne l'ont pas encore fait, de nous aider à la grande opération de crowdfunding, si vous préférez, pour financer la traduction en anglais de l'œuvre de Michel Clouscard. Et puis j'avais un troisième point que je suis en train d'oublier.
1:25:02 Mais ça me reviendra. De toute façon, dès que je le retrouverai, et si j'arrête de le chercher, je vous le communiquerai sur les réseaux sociaux, dont je me réjouis que vous les suiviez avec tant de fidélité. Je vous en remercie et je vous dis à dans 15 jours. Ah si, si, voilà, c'est le troisième. Je voulais juste préciser que, avant 15 jours, il y aura une nouvelle lecture à vif, faite avec Philippe Moreau, sans doute dans la semaine qui vient, à partir de lundi prochain.
1:25:38 Voilà. Donc très différent, là c'est le commentaire de texte. J'ai vu que, pour parler comme mon fils, il y en a beaucoup d'entre vous qui kiffent ça. Donc je ne me déroberai pas à cet exercice. A très bientôt, et merci beaucoup pour votre attention ce soir, et votre fidélité toujours.
1:26:13 à bientôt.