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Le tableau du Douanier Rousseau et la forme en trois actes
0:00 Bonsoir chers amis, bonsoir tout le monde.
0:30 Je présume que la plupart d'entre vous savent maintenant que Pierre-Alain vient de faire un retour triomphal de Cannes, n'est-ce pas ? Je me suis permis de dire dans son dos pas mal de choses sur ses succès là-bas. C'est quand même le premier concours du film immersif dans l'histoire du Festival de Cannes qui est quand même le plus prestigieux au monde dans ce domaine. remporté le prix. Il y a de quoi être... Nous pouvons, vous et moi, être fiers d'être mis en scène, n'est-ce pas ?
1:05 Par de tels talents. Voilà, je pense à Pierre-Alain et à son équipe. Je rappelle tout de même que dans l'équipe, entre autres, ils sont tous remarquables et toutes. Mais je rappelle à ceux qui nous suivent depuis longtemps qu'il y a aussi les deux enfants, le frère et la sœur de Philippe Moreau, n'est-ce pas ? à qui on doit tant de vidéos avant que ces fonctions ne l'absorbe entre Paris et Lyon. Voilà.
1:36 Entre la région parisienne et Lyon. Donc nous nous retrouvons, comme promis, pour continuer la quête du Graal. Cette fois, je vais creuser et je vais commencer par dire un petit mot sur le superbe carton, la belle image que Pierre-Alain vient de vous projeter, n'est-ce pas ? À laquelle certains connaisseurs que je connais en peinture ici, que je connais dans notre auditoire, dans notre public, ont reconnu le tableau du Douanier Rousseau, peintre dit naïf, n'est-ce pas ?
2:19 Et qu'il est effectivement. Ce n'est pas un très grand dessinateur, mais quel peintre, n'est-ce pas ? Et vous voyez pourquoi j'ai retenu ce tableau ? Parce que, on va surtout parler du deuxième acte de Parsifal, ce soir. Je rappelle. Ça y est, quand j'ai dit que je rappelle, je vais m'écarter du sujet. Pas du tout. Au contraire. Le général est immanent au particulier.
2:50 Je rappelle que d'une manière générale, dans les drames lyriques de Wagner, le deuxième acte est l'acte de l'action, irréversible. Le premier est toujours un acte d'exposition, souvent un long, laborieux. Ça ne veut pas dire qu'il n'y a pas des passages sublimes. Le troisième est toujours celui du dénouement. Soit de la rédemption par l'amour, soit du renoncement. Quand Wotan enterre sa fille, c'est un renoncement. Et quand Isolde n'arrête pas de mourir pendant qu'elle est engloutie par la mer d'Irlande dans les dernières secondes de Tristan, c'est le plus bel orgasme jamais mis en musique.
Premier acte : un rituel dont la foi s'est enfuie
3:37 Mais là, il s'agit du deuxième acte. C'est l'acte de la médiation, celui qui est au milieu, puisqu'il y en a toujours trois. Et les extraits que je vous avais passés, les premiers actes, les cérémonies des chevaliers, ces rites qui ont perdu leur signification, ces hymnes qui n'ont rien à voir avec, je ne sais pas, les chœurs qu'il y a dans une passion, une cantate de Bach, ou dans ses motets, où il y a une foi immédiate substantielle.
4:07 Là, au contraire, on a l'impression que c'est le rite formel qui continue, des habitudes, du cérémonial. Il ne reste plus que le formel du cérémonial, mais le cœur n'y est plus, et l'âme encore moins. Les statues sont des… Comment il dit Hegel dans le passage « La fille aux fruits », quand il parle juste avant, n'est-ce pas qu'elle apparaisse, de l'état dans lequel est Rome. Un moment clé entre la fin de l'Empire romain et le début du christianisme, les statues ne sont plus que des pierres dont l'âme s'est enfuie.
4:45 C'est ça qui est devenu la religion, le rituel du Graal, depuis, je rappelle quand même, parce qu'il y en a qui prennent le train en route, depuis que nous avons bien le Graal, mais nous n'avons plus la lance. C'est cette dichotomie qui va nous occuper essentiellement ce soir. Nous avons le Graal, nous n'avons plus la lance. Deuxième rappel, la plupart des quêtes du Graal, à commencer par la toute première, celle qui est la première même à prononcer, le mot Graal, le saint-âme, celle de Chrétien de Troyes, donc, au XIIe siècle.
5:26 Perceval est une quête. Perceval a la vision du Graal dans un château qui n'arrive plus à retrouver, et après, tout le long du roman, il essaie de retrouver ce château, et de poser cette fois, de ne pas être ébahi comme un idiot, stupéfait devant cette cérémonie, mais cette fois de poser la question qui lève le maléfice, qui pèse sur le monde. Et dans toutes les quêtes du Graal, le Graal, c'est un peu le stade terminal, c'est la fin de la quête, au jeu de l'oie, c'est quand on arrive à la fin, là, voilà.
6:03 Terminé, on a gagné. Mais là, c'est le contraire, voyez, on est dès le départ au château du Graal, et le Graal ne remplit plus sa fonction. Alors, je vais faire des va-et-vient entre l'abstrait et le concret, parce que c'est la seule manière de donner de la chair et du sang à l'abstraction, et inversement, de comprendre un peu mieux les enjeux qu'il y a dans les intuitions et les images, de ne pas rester fasciné par l'image seulement.
6:35 Pour aller très vite, je dirais que ce couple fondamental, qui sera réuni à la fin de l'œuvre, à la fin du troisième acte, lorsque Parsifal ramènera enfin la lance que Klingsor a brûlée, pendant que le roi pêcheur qui était venu avec cette lance, dont il était le gardien des reliques du Graal et de la lance, il était venu pour mettre un terme aux agissements du sorcier et du séducteur, celui qui n'a plus de testicules. Je vous rappelle qu'il s'est châtré, c'est dire, explicitement, ne pouvant faire taire en lui les assauts de la libido, il a porté sur lui une main coupable, et cet acte abominable a fait chasser de la communauté des prêtres guerriers du Graal, et, souvenir de la théologie, Satan est un ange déchu.
7:28 Et vous le retrouvez dans le fait que Satan s'appelle Lucifer, c'est-à-dire le porteur de lumière, au début, ce n'est pas l'être des ténèbres, n'est-ce pas ? Donc, il y a tout ça comme souvenir, mais là, furieux d'avoir été chassé de la communauté pour prendre sa revanche, et ça, on ne l'a pas vu ce personnage, on en entend parler, on nous dit tout ça, ce qui s'est passé, comment il a profité que Amfortas, c'était dans les bras de Kundry, de la séductrice en chef, et donc, dans cette inattention, dans cette extase et inattention qui en résulte, le magicien a profité pour lui prendre la lance, la retourner sur son flanc, lui faire cette fameuse blessure qui ne guérit pas, et toute la mission de Parsifal, qui a regardé la cérémonie à la fin du premier acte, mais qui n'a pas posé la question, qui est hébété, c'est un souvenir de Chrétien de Troyes, on l'a vu à l'instant, qui est hébété devant la souffrance du roi Pécheur, qui est admirablement interprété par Wagner, par sa musique, je veux dire,
8:38 l'acte se termine sur un échec, rappelez-vous que le vieux chevalier qui fait un peu l'historien de tout ça, qui nous raconte tout ça, qui fait l'éducation des jeunes écuyers, et qui a l'impression que, Parsifal, qui surgit en tuant un cygne, là où c'est interdit de frôler le moindre animal dans le domaine sacré du Graal, qui le prend sous son aile, qui pense que c'est celui qui est promis, cette fameuse promesse qui dit qu'un jour viendra celui qui est instruit par la pitié, par la compassion, la valeur la plus anti-nietzschéenne, d'après Nietzsche, on sait qu'il est mort de pitié pratiquement, enfin sa raison est morte de pitié.
9:18 qui va poser la question pendant la cérémonie, voilà, on attend, et en fait il est tellement stupéfait par la souffrance du roi Pécheur, par la plaie, n'est-ce pas, qu'il reste hébété, n'est-ce pas, il ne pose pas la question, et du coup le vieux chevalier le chasse, et dès le deuxième acte dont je vais vous parler ce soir, dès le deuxième acte, on a deviné que c'est mis en quête, parce que le deuxième acte contraste énormément avec le premier, ces hymnes, j'y reviens, dont je vais vous parler, ces cœurs dont la foi s'est enfuie, ce rituel pesant, le temps que le cortège se met à se constituer, puis à évacuer la grande salle, et puis il ne reste plus que les deux, le vieux chevalier et Parsifal qui a la main sur la poitrine comme si c'est lui qui ressentait la plaie, et cette phrase étrange qui termine l'acte, « À l'avenir laisse les signes tranquilles, dit le vieux chevalier, et cours après les oies, oison que tu es ! »
Chez Klingsor : le jardin des sortilèges et les filles-fleurs
10:22 Il le chasse et donc nous sommes, nous, public, seuls devant la scène qui est vide, vide, un temps vide, sanctuaire, sans, déserté par le divin, vous voyez là, souvent, fin de premier acte, c'est un échec, et au deuxième acte, nous sommes chez Klingsor, nous sommes chez le magicien, alors ça, on ne peut pas en parler abstraitement, il faut voir ça, je vous passerai plusieurs mises en scène un peu différentes, la prochaine fois, sans doute le 2 juin, mais ça reste à confirmer, mais le plus probable, c'est que ce sera le 2 juin, j'en profite ici pour remercier encore Pierre-Hélène de sa disponibilité, vous imaginez qu'il y a de plus en plus de chats à fouetter, et donc, nous verrons des séquences là, où, nous sommes chez Klingsor, donc c'est lui qui a la lance maintenant, et Klingsor fait un duo terrifiant avec Kundry, la séductrice, et on apprend maintenant que la messagère du Graal, cette femme à haillons qui venait de temps en temps apporter des baumes, des cataplasmes, pour soulager tant soit peu
11:32 la blessure, sans jamais la guérir, du roi pêcheur, on apprend que c'est la même qui est à l'origine de la blessure, qui la séduit, et qui a permis à Klingsor, profitant des ébats dans lesquels elle a entraîné Amfortas, permettant à Klingsor de prendre la lance et de la lui retourner, n'est-ce pas ? Je vous enverrai avant le 2, je vous enverrai des actes entiers pour ceux qui ont le temps de regarder, ça vaut le coup, avec des mises en scène différentes, mais je vous dis tout de suite, parce que c'est facile à trouver dans le YouTube, vous mettez Parsifal, Wagner, et Syberberg, n'est-ce pas ?
12:11 S-Y-B-E-R-B-E-R-G, Syberberg, on a déjà vu des extraits, c'est celui qui a fait un vrai film, un opéra filmé, un vrai film, avec les chanteurs doublés, un travail techniquement assez ahurissant, et surtout, qui connaît profondément l'oeuvre de Wagner, et qui connaît bien l'Allemagne. Je vous rappelle quand je vois le film sur Louis II, Ludwig, n'est-ce pas ? Donc, donc, Visconti a tiré le film que vous connaissez, Requiem pour un roi vierge.
12:52 Donc, la prochaine fois, je vous les passe, mais vous pouvez déjà vous programmer Parsifal, acte II, souvent c'est groupé 1 et 2, donc vérifiez bien, dans la mise en scène, je vous répète, Parsifal, par Syberberg, S-Y-B-E-R-B-E-R-G. Alors, qu'est-ce qui se passe dans ce deuxième acte ? Nous sommes dans l'antre de Klingsor, et il est en train, enfin, il est le principal personnage, il est d'abord tout seul, il commence par dire « Die Zeit ist da, le moment est venu ».
13:28 Voilà, aujourd'hui, il y a du danger. Et, parce que les autres chevaliers, ils sont faciles à séduire par les filles fleurs, tout ça. Je vous rappelle, troisième, que depuis qu'il a été chassé de la communauté du Graal, il s'est installé tout près, enfin, très loin dans l'esprit, mais tout près en kilomètres, dans ce qu'on appelait le désert. Car un désert, sépare le Graal, le domaine du Graal du reste du monde. Dans l'ordre symbolique, ça veut dire qu'il faut, pour arriver au Graal, il faut vraiment une traversée du désert, des épreuves, etc., bien sûr, que ce n'est pas donné à tout le monde.
14:07 Voilà, donc, mais voilà que de ce désert, lui, il a transformé, quel est le contraire du désert, en jardin des sortilèges. Non seulement, ce n'est plus un désert, mais c'est une flore exubérante. Et vous comprenez, maintenant, j'y reviens, le carton dont je suis parti, le tableau, l'extraordinaire tableau de ce peintre naïf, n'est-ce pas ? Mais regardez ça, regardez, on dirait qu'il a voulu peindre les filles fleurs. Vous voyez ces fleurs-là, les filles fleurs ? Oui, dans ce jardin magique, le magicien fait pousser des fleurs, moitié fleurs, moitié femmes, je vais dire par là qu'elles sont censées être fleurs, en bas, comme les sirènes, un peu en bas, ce sont des poissons, et en haut, elles ont une poitrine.
14:50 Eh bien, les filles fleurs, c'est pareil, en gros, quoi. Et vous verrez, des mises en scène, je vous promets, là, on ne voit qu'une femme nue, si vous voulez, et il ne pensait pas du tout à Wagner et à Parsifal, mais ça correspond tellement, au point que, dans la correspondance que je vous ai citée de Wagner avec Judith Gautier, son ultime amour, quand il a plus de 60 ans avec la fille de Théophile Gautier, il y en a moins de 30, il est en train de rédiger le texte de Parsifal à ce moment-là, il dit, vous vous rendez compte, Parsifal entre dans le jardin enchanté et il met entre tirets « tropique », pour une exclamation, au pluriel, comme si « tropique »
15:28 était un adjectif, il parle mal le français. Voilà, donc c'est exactement pourquoi je faisais ce tableau avec la magicienne qui joue de la flûte ou je ne sais quel hautbois là-bas, n'est-ce pas, au fond de la jungle. Alors, on dit, pour ceux que ça intéresse, que la scène des filles-fleurs et du jardin de Klingsor aurait été inspirée à Wagner par les jardins de Sorrente en Italie, au sud de Naples.
15:59 Il y a quelque chose de tragique que Nietzsche et Wagner qui sont déjà éloignés l'un de l'autre et qui avaient rendez-vous à Sorrente et raté leur rendez-vous à Sorrente. Voilà, bon, bref, passons. Donc, j'insiste sur le côté profus, tropical et abondant de la végétation de Klingsor, qui fait tellement oublier le désert et les épreuves, n'est-ce pas, alors, à quoi sert ce jardin et ses filles-fleurs ?
16:32 Eh bien, elles séduisent les chevaliers de Graal qui partent guéroyer. N'oubliez pas que le château des Graal est sur un sommet des Pyrénées, donc, et les infidèles. Pas loin, n'est-ce pas ? Il y en a qui craignent le grand remplacement, mais nous, pour l'instant, on est allés les remplacer à Jérusalem au croisade. Il guéroit contre les infidèles et quand il passe, eh bien, il traverse le jardin de Klingsor et là, ils sont envoûtés par les filles-fleurs et chaque fois qu'il y en a un qui succombe, Klingsor le fait basculer dans son armée des ombres, sa nouvelle armée des ombres, c'est un peu des morts vivants, au sens de, oui, des films auxquels vous pensez, des films d'horreur auxquels vous pensez, cette armée des ombres au travers de laquelle Klingsor prépare un jour une attaque généralisée sur le domaine du Graal et son but, ce n'est pas de prendre le Graal, c'est de l'éteindre car sa blessure, car il ne souffre jamais autant que lorsque, comme le roi pêcheur, il ne souffre jamais autant que lorsque le Graal rayonne et irradie.
Décadence ou guerre : le sermon du Rivage des Syrtes
17:39 Alors, vous voyez, il a la lance, donc, premier acte, on avait le Graal sans la lance, une cité qui dépérit. Non, mais je ne m'éloigne pas de l'actualité. Vous vous rendez compte de la situation qu'on est en train de vivre ? Est-ce qu'on est dans une décadence sans fin ou qu'on est au contraire à quelques encablures de la guerre ? Pas de la guerre, d'une guerre comme on n'en a jamais vue. N'oubliez pas qu'Einstein disait que s'il y a une troisième guerre mondiale, sous-entendu avec l'arme nucléaire, la quatrième se fera avec des cailloux.
18:13 On aura regressé dix mille ans. Alors, vous me dites, qu'est-ce que c'est que c'est brusque ? Écoutez, vous savez que je vous ai lu plusieurs extraits de Julien Gracq parlant de Parsifal. Là où il en parle le plus, je le rappelle, c'est dans son premier roman « Le château d'Argol », « Au château d'Argol ». Mais là, je vous cite un passage que je vous avais lu à Noël, parce que c'est un chapitre qui s'appelle Noël, où il assiste à la messe de Noël dans l'étrange cité qui ressemble un peu à Venise, qui agonise sur les lagunes en face du Farghestan.
18:50 Allez, voilà, les infidèles en face de l'autre côté où ça s'agite. Vous savez que le roman finit le moment où la guerre se déclare. Non, non, tout ça est très actuel. Et alors, zut, excusez-moi, non, c'est bon, je vais là. Il assiste à la messe de Noël et à ce fameux sermon, je suis sûr, certains d'entre vous se rappellent de ce sermon plutôt inusité. Noël, l'enfant Jésus, les jouets, ah non, mais ce n'est pas ça. Il se fit dans l'assistance comme un frémissement d'attention et des toussotements, ça et là, étouffés dans l'ombre.
19:32 Reportons-nous en notre cœur avec tremblement et espérance. C'est le sermon du prêtre qui vient de monter. Et d'ailleurs, il nous dit que lorsqu'il est éclairé par en bas, là, des petites ampoules qui sont sur la place pour qu'on le voit en bas, ces mâchoires ressortent. C'est assez... Bon. Reportons-nous en notre cœur avec tremblement et espérance, et ceci nous est plus facile qu'à bien d'autres, à cette nuit profondément décevante.
20:07 Comment la nuit de Noël décevante ? Décevante, cette nuit qui est jour, cette aube qui se roule encore comme un voile autour de la lumière incréée. Déjà, de cette naissance pressentie, la terre est grosse. Et pourtant, ce qu'elle a choisi pour s'y cacher, c'est la nuit du trouble conseil, oui, la nuit de Noël, du trouble conseil et des mauvais présages. Et ce qui marche devant elle et l'annonce comme la poussière au-devant d'une armée, c'est une rumeur sinistre de sang répandu.
20:43 Mais non, il n'en rajoute pas. C'est un commentaire de ce qui s'appelle dans l'Évangile le massacre des innocents. Vous savez qu'on a dit à Hérode qu'un jour un roi naîtrait en Judée et qu'il viendrait étendre son royaume sur la terre. Le prophète qui annonce la naissance du Christ. Et du coup, il a ordonné à ses sbires d'aller égorger tous les premiers-nés, tous les nouveaux-nés. Et il y a eu dans Jérusalem des pleurs et des grincements de dents Donc, voyez, ce qui précède cette naissance, ce qui marche devant elle et l'annonce comme la poussière au-devant d'une armée, c'est une rumeur sinistre, le sang répandu et les présages même de la destruction et de la mort.
21:35 Vous croyez que j'oubliais l'actualité ? Quel carnage ! N'est-ce pas ? Carnage que le parti de la guerre ne veut surtout pas finir alors qu'on est arrivé à une quasi-paix, il était prêt à signer Zelensky, avec la Turquie avec les négociants de la Russie et la Russie était prêt à laisser les territoires qu'elle contrôle maintenant à la souveraineté de l'Ukraine. Tout ce qu'elle demandait c'est de ne pas servir de base pour les fusées américaines nucléaires à une encablure de Moscou, de ne pas entrer dans l'OTAN.
22:09 Et bien sûr, vous vous rappelez, vous connaissez tous la suite, Boris Johnson est venu, espèce d'abruti du pire chef d'État qu'on ait vu et c'est pas peu dire en ce moment, commandité bien sûr par le Pentagone parce que l'Amérique est toujours un bon sentiment pour dire « Allez, il ne faut pas signer ce traité, vous n'aurez plus une arme, vous n'aurez plus une aide, vous n'aurez aucun pognon si vous faites la paix avec les Russes. » C'est terrible ! Mais je reviens au carnage ! Les pauvres gosses, je pense aux Ukrainiens, aux Russes, les drames dans les deux camps, c'est épouvantable !
22:46 Vous croyez qu'avec Parsifal, j'étais dans le bras, attendez, attendez, attendez, attendez, qu'à l'époque, le sang répandu et les présages même de la destruction et de la mort, en cette nuit même, il y a des siècles, des hommes veillaient et l'angoisse les serrait aux tempes. Mais c'est nous ça ! Ceux qui sont lucides, de porte en porte, ils allaient, étouffant les nouveaux-nés à peine sortis du sein de leur mère, ils veillaient pour que l'attente ne s'accomplit point, pour empêcher la naissance à Noël, n'est-ce pas ?
23:23 Pour que l'attente ne s'accomplit point, ne laissant rien au hasard afin que le repos ne fût point troublé, le repos, les habitudes, n'est-ce pas ? Que le repos ne fût point troublé et que la pierre ne fût point descellée. Car il est des hommes pour qui ces choses toujours malvenues que la naissance, il raidait ce retournement tout d'un coup, chose ruineuse et dérangeante, sans égards, la naissance, sans égards, douleur et appauvrissement, un terrible remue-ménage.
La naissance comme remue-ménage et les sentinelles du repos
24:07 Je suis sûr que les plus fidèles d'entre vous, quand je dis fidèles, ce n'est pas ceux qui sont là à chaque fois, ça me comble, mais ceux qui en plus retiennent ce qu'il faut. Et je constate qu'il y en a de plus en plus dans les commentaires. Franchement, je suis très touché. Je suis sûr qu'il y en a qui se rappellent quelque chose, un texte d'un auteur africain que j'avais cité de Cheikh Hamidou Kane, le premier matin des Blancs en Afrique noire fut constellé de sourires, de verroteries et de coups de canon. La terre, le monde connu, s'en enfantait un nouveau monde qui se fit dans la boue et dans le sang.
24:39 Vous voyez l'arrivée des premiers Blancs en Afrique. Donc, je reprends. Car il est des hommes pour qui c'est une chose malvenue que la naissance toujours, chose ruineuse et dérangeante, sans égards, douleur et appauvrissement un terrible remue-ménage l'heure qu'on a point fixé les projets qu'elle traverse la fin du repos. Les nuits blanches, toute une tornade de hasard autour d'une boîte minuscule, comme si l'outre même de la fable venait de se rompre où l'on avait enfermé les vents.
25:18 Et il est vrai que la naissance aussi apporte la mort et le présage de la mort. Alors, on dirait, mais c'est un blasphème, ça, il dit du mal de Noël. Non, non, regardez, regardez le retournement. Mais elle est le sens. Le sens est le sens. Je vous parle d'une espèce d'homme qui n'est point morte, de la race, de la porte close, de ceux qui tiennent que la terre a désormais son plein et sa suffisance. Ceux qui croient que l'histoire s'était arrêtée avec la victoire du capitalisme à la fin de la guerre froide, n'est-ce pas ?
25:53 Que le monde est plein et atteint sa suffisance. Je vous dénonce les sentinelles de l'éternel repos. Comme le oncle Picsou qui se repose sur son tas d'or, n'est-ce pas ? Comme le dragon dans Siegfried, rappelez-vous, qui passe son temps de dire « Je dors, je veille sur le trésor ». Ô frères et sœurs, dans cette incertitude épouvantable de la nuit qui sont rares ceux qui fêtent du fond de leur cœur, naissance.
26:23 Ils viennent du fond de l'Orient et ils ne savaient rien de ce qu'ils auraient demandé. Allusion aux rois mages. Ce qu'ils auraient demandé. Ils n'ont point pour guide que le signe de feu qui brille indifféremment dans le ciel, l'étoile, quand va se répandre le sang des grappes ou le sang des désastres. Texte magnifique. Ils ont charge pardon, je vois mal, ils ont charge d'un royaume aux richesses fabuleuses.
26:55 Ils apportent des cadeaux de l'or, de l'encens et de la myrrhe. De richesses fabuleuses. Et ils sentent qu'il y ait sur leurs vêtements au fond de cette nuit une lueur encore, comme quand on voit crouler faiblement au fond d'une cave l'amoncellement inestimable du trésor. Ils sont partis pourtant, laissant tout derrière eux, emportant de leur coffre le joyau le plus rare. Et ils ne savaient à qui il leur serait donné de l'offrir.
27:28 Considérons maintenant comme un symbole grand et terrible au cœur du désert ce pèlerinage aveugle et cette offrande au pur avènement. C'est la parole royale. C'est la parole royale en nous qui, avec eux, se met en marche sur cette route obscure derrière cette étoile bougeante et muette dans l'attente pure et dans le profond également dans le fond de cette nuit déjà qu'ils sont en main.
28:00 Je vous invite à entrer dans leur sens et à vouloir avec eux aveuglément ce qu'il va être. Et donc, je reviens en arrière et pour revenir à l'époque que nous vivons, le tout début de son sermon, il y a quelque chose de profondément troublant et pour certains d'entre vous, il y a comme une dérision amère à songer que cette fête – il parle de Noël – que cette fête de l'attente comblée et de l'exaltation divine de l'espérance il nous est donné de la célébrer cette année sur une terre sans sommeil.
28:45 Je m'excuse de parler un peu plus personnel mais je vais avoir 80 ans l'année prochaine. Voilà, je m'arrête là. Pour ce qui est du perso, je n'ai jamais vu un tel danger imminent de guerre. Je ne veux pas sonner de l'alarme, je ne suis pas prophète, je ne dis pas que la guerre est sûre, mais elle n'a jamais été aussi probable. car les forces de l'OTAN sont comme les mâchoires d'un pitbull et c'est lâche un chien. Vous le faites peur, il recule et les mâchoires reviennent, reviennent.
29:16 On a failli avoir la paix, je vous l'ai dit, en février 2023. On l'a mis en échec. Il y a eu des tentatives, des médiations, la Chine a proposé un plan. En ce moment, il y a une conférence ridicule qui va se tenir, n'est-ce pas, à laquelle l'Ukraine tient énormément, une conférence de paix, où il n'y a ni la Russie, ni les États-Unis qui refusent d'y aller, ni la Chine. On est là, on est.
29:47 Et à la tête de toute cette flambée guerrière, il y a Macron. Non, non, mais écoutez, franchement, qu'est-ce qui s'est passé ? Je ne parle pas de communisme, la France de De Gaulle, c'est un homme de droite, De Gaulle. D'accord ? Vous imaginez De Gaulle se mobilisant du côté des Américains pour faire la peau aux Russes à côté des néo-nazis dont il a aidé à débarrasser la France en liaison avec les communistes, De Gaulle ?
30:17 quand même ! Non mais attendez, où on va ? Mais c'est quoi ce retournement ? La France qui était vraiment vomi par les autres pays de l'Alliance Atlantique parce que De Gaulle laissait la chaise libre à Bruxelles, le machin, comme il appelait, la Commission qui a décidé que nazisme et communisme étaient la même chose. Sympa pour les résistants. Lui qui chasse l'état-major de l'OTAN qui était à Fontainebleau en disant « Vous déguerpissez, pas chez moi. »
30:51 S'il y a une guerre atomique, je ne veux pas que la France soit vitrifiée pour un caprice d'un fou du Texas, d'un convulsé puritain. Donc, je pense à Bush, machin, ou d'un gâteux comme Biden, comme le Pentagone a la chance d'avoir un mec qui ne sait pas s'il faut aller à gauche ou à droite après avoir remis le micro quand il fait trois mots de déclaration. Ça donne des tentations à ceux qui veulent faire un sale coup. Oui, oui, l'heure est grave, l'heure est grave. Et donc, ces mots résonnent, je ne sais pas, avec une actualité, je ne sais pas.
« Je vous dénonce le sommeil » : le salut au plus noir de la nuit
31:29 Il nous a donné cette fête de la célébrer cette année sur une terre sans sommeil et sans repos. Je continue sous un ciel dévoré de mauvais songes et dans des cœurs étreints et angoissés comme par l'approche de ces signes S majuscule, de ces signes même dont l'annonce redoutable est écrite au livre. C'est un prêtre. Et cependant, dans ce scandale de notre esprit auquel notre cœur n'a point de part, je vous invite à lire, frères et sœurs, une signification cachée et à retrouver dans le tremblement ce qui nous est permis de pressentir du profond mystère de la naissance.
32:11 Pourquoi je continue ? Maintenant, soyez attentifs aux lignes qui viennent parce que ça fait comprendre ce qu'est la lance. je ne perds pas mon fil. C'est au plus noir de l'hiver, nous voici dans le négatif, dans la nuit, c'est au plus noir de l'hiver, c'est au cœur même de la nuit que nous a été remis le gage de notre espérance. C'est le minuit, le minuit, et dans le désert qu'a fleurit la rose de notre salut.
32:43 On n'est pas loin, on revient aux filles fleurs. En ce jour qu'il nous est donné maintenant de revivre, la création toute entière était prostrée et muette. La parole ne s'élevait plus, on croirait entendre les cérémonies des premiers actes de Parsifal, dont la foi s'est enfuie, le cœur n'y est pas, il y a, mais encore moins, je vous disais, la parole ne s'élevait plus et le son même de la voix ne trouvait plus d'écho. Dans cette nuit où les astres s'inclinaient au plus bas de leur course, il semblait que l'esprit de sommeil pénétra toute chose et que la terre, dans le cœur même de l'homme, se réjouit de sa propre pesanteur.
33:20 Je ne peux pas m'empêcher de penser, moi je vais vous dire ces lignes qui ont été écrites 60 ans avant ce que je vais vous dire, ça c'est actuel, vous l'avez lu, certains de vous se sont informés que les classes moyennes des États-Unis font ce que Clouscard appelle plus précisément les couches moyennes, ce qui n'est pas tout à fait pareil. Les classes moyennes sont vraiment entre deux extrêmes, le travailleur immigré qui franchit la Méditerranée et qui a survécu et puis les membres du MEDEF entre les deux, ça fait beaucoup de monde, il y a nous, il y a tout le monde. Donc les couches moyennes, en particulier les libéraux libertaires, n'est-ce pas ?
33:53 Les couches moyennes qui essaient de se raccrocher du pouvoir avec le rapport avec le texte. elles sont ravagées par une drogue, je ne me rappelle plus son nom, une nouvelle drogue qui au départ est un antidépresseur, Pierre-Alain n'était pas le nom du produit, je ne m'en rappelle plus, la drogue qui fait des ravages aux États-Unis, avec un nombre de morts ahurissants. Mais non, mais attendez, ce n'est pas abstrait, ça, n'est-ce pas ? La création tout entière était prostrée, muette, la parole ne se levait plus et le son même de la voix ne trouvait plus d'écho.
34:30 Dans cette nuit, les êtres s'inclinaient au plus bas de leur course, il semblait que l'esprit de sommeil, n'est-ce pas ? Shooter, on dit bien, pénétra toute chose et que la terre, dans le cœur même de l'homme, se réjouit de sa propre pesanteur. Il semblait que la création même, j'enchaîne, pesa à la fin de toute sa masse comme une pierre écrasante sur le souffle scellé de son créateur et que l'homme se fût couché de tout son long sur cette pierre comme celui qui tâte dans l'ombre vers la place de son sommeil.
35:08 Car il est doux à l'homme de tirer le drap sur sa tête. Il y a aussi des lits clos pour l'esprit. Ici, je vais terminer sur cette phrase, ici, en cette nuit, je maudis en vous cet enlisement. Je maudis l'homme tout cousu aux choses qu'il a faites. Je maudis sa complaisance et je maudis son consentement. Je maudis une terre trop lourde, une main qui s'est empêtrée dans ses œuvres. C'est exactement le rituel auquel personne ne croit plus dans le domaine du Graal au premier acte.
35:41 Celui qui s'est une terre trop lourde, une main qui s'est empêtrée dans ses œuvres, une nuit d'attente et de tremblement en cette nuit d'attente, pardon, et de tremblement en cette nuit du monde. la plus béante et la plus incertaine, je vous dénonce le sommeil et je vous dénonce la sécurité. Ah, ça change de ce qui dit on n'a jamais été en une telle insécurité des dons, ils ne connaissent pas les statistiques des faits divers d'il y a à peine 50 ans, je vous le dis.
Le Graal comme substance maternelle, la lance qui saigne
36:12 Bon, voilà, alors, je reviens à la lettre de Parsifal et pour ceux qui suivent, je rappellerai que je vous ai dit que je ferai un va-et-vient entre le concret et l'abstrait, le Graal et la lance, on est dans les images, on est dans le mythe, on est dans la métaphore, on est dans l'intuition, élevons l'intuition au concept. Si nous convenons ensemble que le Graal, c'est-à-dire le vase qui a recueilli le sang du Christ comme le corps du Christ qui tombe de la croix et soutenu par la mère, vous savez, il y a des tas de tableaux magnifiques là-dessus, la Pietà d'Avignon, toutes les Pietà, n'est-ce pas ?
36:54 Souvent la Vierge elle-même, n'est-ce pas, s'évanouit de douleur, et c'est à ce moment-là que Jean, d'après le texte, dit en montrant le Christ qu'il faut qu'il croisse et que je diminue. À quoi je suis en train de faire allusion ? C'est que le vase, il y a un côté maternel, c'est ce qui soutient, c'est ce qui recueille le sang qui s'épandrait, un sang sacré qui, de manière sacrilège, se perdrait dans les sables.
37:28 Terre ne boit pas ce sang ! Il y en a qui connaissent. Gide, André Gide, oui, le romancier qui a fait un voyage en Afrique dans la jungle, vous croyez que je m'égare, vous allez voir, au Congo, en pirogue, il remonte au fleuve Congo, je l'imagine, à peine vous baillez, vous avalez mille moustiques. Vous savez ce qu'il lisait dans la pirogue ? Les oraisons de Bossuet, et celle-là en particulier, où il commente le livre de Job, terre ne boit pas ce sang, qu'importe le sang de Job, mais terre ne boit pas ce sang.
38:07 Allusion, n'est-ce pas, à tout ce qui se passe en ce moment, mais qui est plus que sacrilège, n'est-ce pas, quand on opère, quand on coupe le bras à des bébés sans anesthésie, à des gamins, terre ne boit pas ce sang. Donc là, ce qui recueille ce sang, ce qui le console, ce qui le porte, c'est quand même l'élément maternel. Le Graal, c'est la substance. Ça veut dire substance, vous vous rappelez ? Mot à mot, ne cherchez pas une interprétation personnelle, ni à la Pagani.
38:41 Substance, le mot, qu'est-ce qui dit le mot ? Pas moi, pas lui ou elle, ce que dit le mot, si le mot ne parle pas, qu'il va parler. substare, ce qui se tient en dessous, en dessous de la souffrance, de la douleur, du nouveau-né qui sortant du ventre, rencontre tout d'un coup pour la première fois la pesanteur. Jusque là, il était porté et il est recueilli par les bras, par les relais de la mère, le landau, tout ce que vous voulez, par les berceuses plus tard. C'est pas.
39:12 La terre ne boit pas ce sang. Donc, si le Graal, c'est l'élément maternel, féminin en général, et maternel en particulier, la lance, c'est l'élément masculin plus agressif, plus pointu. Or, ça, c'est pas Wagner qui l'a inventé. Dans la donnée, la première, je vous l'ai dit, Chrétien de Troyes au douzième siècle, le premier, au point que les érudits, encore maintenant, se demandent où il a trouvé ce mot de Graal et que personne n'est d'accord.
39:43 Bon, si vous voulez vous y mettre, ce serait l'événement du Sœur Néismen qui a une étymologie arabe, que ça reviendrait des croisades, vous voyez, bon, bref, comment voulez-vous, je tranche là-dedans. Ce qui est sûr, c'est que Chrétien de Troyes, lorsque Perceval, dans ses aventures au début, là, il n'a pas encore, mais, il n'est pas encore mis en quête, mais il tombe par hasard sur le château du Graal. N'est-ce pas ? Il voit la cérémonie, il voit, c'est une scène extraordinaire, je vous lirai une autre fois, mais, on le mettra sur le site, ce passage, où il y a eu trois pucelles qui arrivent à un cortège, dans la grande salle, où on le fait dîner, qui se dirige vers une chambre où il serve un roi mystérieux, c'est le roi pêcheur avec sa blessure, et il dit, elle portait un Graal, mais il ne nous dit pas ce que c'est, si c'est un vase, une pierre, un plat, mais il est lié à la nourriture, pour ça je dis un plat, un vase, c'est sûr que c'est lié à la nourriture, puisque quel riz froid, on en servait, vous voyez, et, il dit que la lumière du Graal était telle, que c'est comme si elle était née
40:53 de toutes les bougies qui, qui resplendissaient dans la salle du Seigneur, du château, du roi pêcheur, donc, quand, une fois qu'il, qu'il a vu ce Graal, il voit immédiatement, après le Graal, la lance, c'est un cortège, il y a deux ou trois personnes, et des pucelles en général, de très belles jeunes filles, écrits, radieuses, et il y en a une qui tient, la lance, la lance qui saigne, voilà où je voulais en arriver, oui, de la pointe, la lance filtre, une goutte de sang qui coule jusqu'aux manches, vous voyez, l'extraordinaire surdétermination symbolique qu'il y a dans des œuvres comme ça, de Perceval, le Gallois, de notre français, Chrétien de Troyes, un des plus beaux poèmes de notre langue qui était naissante, n'est-ce pas, et, et au Parsifal de Wagner, et jusqu'au château d'Argol, Julien Gracq, après tout, puisque les variations sont infinies sur des thèmes comme ça, vous savez que le roman de Chrétien de Troyes est inachevé,
42:03 et que déjà, dès le Moyen-Âge, il y a eu d'innombrables tentatives de continuation par des poèmes de toute l'Europe jusqu'en Suède, c'est pas pour conclure, le Graal, avec les Galaad, et tout ça, ça n'a pas l'extraordinaire, l'extraordinaire richesse symbolique qu'il y a, dès le départ, dans Chrétien de Troyes, dans la quête du Graal, vous le trouvez en folio, en 168, je vais dire, Perceval, ou le Conte du Graal, vérifiez bien que c'est ça, et avec auteur Chrétien de Troyes.
Passer par le négatif : la lance comme concept
42:34 Voilà, donc Wagner n'a pas inventé que la lance, elle fait mal, c'est pointu, donc, si le vase, c'est ce qui soulage la douleur, la lance est celle qui la procure, et donc je vous repasserai, je l'ai passé en vitesse les toutes premières fois qu'on a abordé ce cycle, mais je vous repasserai, maintenant que vous le connaissez, parce que c'est pas du tout la même perception, la scène où une dernière fois le roi pêcheur hurle sa douleur et même enlève ses linges et montre sa plaie, ça terrifie tous les prêtres du Graal, c'est la fin, c'est les dernières minutes de l'œuvre, c'est pas ?
43:14 Les moments où il dit allez-y, percez-moi, j'ai péché, je le mérite, bon bref, à ce moment-là, les battants de la porte du Temple du Graal s'ouvrent et arrive Parsifal qui est revenu avec la lance, ça c'est le troisième acte, avec la lance et qui touche et qui dit cette fameuse phrase sur laquelle tous les ténors se sont essayés « Nur eine Waffe taugt » « Une seule arme peut te guérir celle qui a fait la blessure ». Donc, voyez, la main qui inflige la blessure est la même que celle qui guérit.
43:52 Qu'est-ce qu'on est en train de voir ? Je pense que j'étais tout à l'heure dans le passage de Gracq que je vous ai lu, c'est dans la nuit la plus sombre qu'est apparu notre salut. Il faut passer par le négatif, il faut passer par le vendredi saint pour qu'il y ait un dimanche de Pâques, il faut passer par la négativité pour qu'il y ait véritablement une solution, une positivité. La positivité issue du négatif est autrement plus solide que celle qui est positive parce qu'elle n'a jamais été encore en danger.
44:24 n'est-ce pas ? Ça me fait penser à les quelques pages d'un très grand protestant, un très grand poète, fanatique, attention, pendant les guerres de religion, je ne sais pas entendre, mais un excellent poète oublié, enfin le grand public, je pense à Agrippa d'Aubigné. Donc Baudelaire a cité un passage en épitaphe aux fleurs du mal. Voilà le passage, vous allez voir le rapport qu'il faut passer par le négatif pour arriver au positif.
44:58 On dit qu'il faut couler les exécrables choses dans le puits de l'oubli aux ténèbres encloses. Bref, le mal, il faut le cacher, il ne faut pas l'aborder. Comme les néospinozistes, je parle pas de Spinoza pour lequel j'ai une admiration sans l'enjeu, mais les néospinozistes de la guerre froide, les Deleuze, les Foucault, les Onfray, ce n'est pas du même niveau, Deleuze, c'est un grand philosophe. On peut être un grand philosophe et ne craquer plus politique, ce n'est pas la question. Mais enfin, je veux dire, mais tous, ils admirent chez Spinoza le fait qu'il n'y a plus de négativité, il n'y a que du positif.
45:32 D'accord, on a la chance, cela. Elle expliquait ça à ceux qui vivent à Gaza en ce moment. Or, on dit qu'il faut couler les exécrables choses dans le puits de l'oubli aux ténèbres encloses. Mais, c'est Agrippa qui continue, le vice n'a point pour mère la science. Ce n'est pas parce que je suis arrivé au savoir, au concept, à la lance, ça fait mal le savoir.
46:04 Ça fait mal le savoir, vous voyez ? À la lance, il y a le concept. et concept vient d'une racine latine capere, capture. C'est agressif comme mot, surtout en allemand, où concept se dit begriff. C'est là que vient griffe, le mot griffe qui vient du Germanien. Greifen, c'est saisir, mais comme l'oiseau de proie. Ce n'est pas ? Dieu a donné à Adam le privilège de nommer les créatures et on saisit le Teckel et le Saint Bernard, tous les deux, dans le concept de chien.
46:36 Quelle puissance ! Non, je fais un détour important, on est en philosophie. Dans le domaine du Graal, tout va à vau-l'eau. C'est le monde qu'a décrit Julien Gracq dans les extraits que je vous ai lu. C'est un monde qui répète tout le temps des rites sans plus y croire et qui ne fait que dépérir les sentinelles de l'éternel au repos. Parce qu'il y a le Graal, oui, mais sans la lance. Au deuxième acte, dans la Klingsor, on a la lance, mais pas le Graal.
Hegel et la chute de l'homme dans Au château d'Argol
47:06 On a la lance que pour faire du mal. Vous voyez ? Alors, je vais insister maintenant sur le côté dialectique qui réunit tout ça. C'est-à-dire que c'est l'instrument qui a fait la blessure qui peut la guérir. C'est-à-dire que c'est l'instrument du mal qui produit le bien, la négation, si vous préférez. Or, vous trouvez ceci dans le château d'Argol, donc, quand même.
47:39 Excusez-moi, voilà, une visite. Je vous rappelle que le héros du château d'Argol, Albert, ce qui se passe dans le monde contemporain, un peu en guerre, mais enfin, puisqu'il y a des voitures, tout ça, déjà, des automobiles, a invité un couple d'amis en Bretagne, n'est-ce pas ? Et dans ce château, c'est Solitude, n'est-ce pas ? De son manoir de Bretagne dont il a hérité, il emmène la Logique de Hegel pour la bosser, n'est-ce pas ?
48:11 Pendant ces longues heures. Excusez-moi, parce que là, je suis dans les pages des Syrtes, n'est-ce pas ? Voilà. Un beau ténébreux. Excusez-moi, je l'ai préparé et j'ai glissé.
48:42 Ah, voilà, la chambre. Voilà. Alors, voilà, alors, vous voyez, il travaillait, Albert, donc le héros, il travaillait avec ardeur, déchiffrant les pages difficiles de cette logique, je vous dis qu'on est en philosophie, avec un L majuscule, il s'agit de la grande logique, où le système hégélien entier semble prendre tout à coup son vol auguste et angélique.
49:15 Albert portait une riche curiosité aux mythes qui ont bercé l'humanité dans sa longue histoire. Il en recherchait avec passion la signification intime. Aussi, un matin, fut-il tout à fait surpris de voir que Hegel, malgré son aversion déclarée pour les exemples, s'était attaché à donner une explication du mythe de la chute de l'homme. la scène du moment où Adam et Ève se saisissent du fruit défendu.
49:46 Bref, arrachent le fruit de l'arbre de la connaissance. Vous savez que le serpent, le séducteur pour pousser Ève à faire l'irréparable, l'irréparable en apparence pour le diable en tout cas, lui avait dit, c'est le menteur, vous savez, c'est le mensonge, je l'ai sans yeux, dans le christianisme. Je le disais plutôt, si vous goûtez ce fruit, eritis sicut dei, scientes bonum et malum, vous serez comme Dieu, connaissant le bien et le mal.
50:23 Voilà. L'animal ne connaît pas le mal. Il connaît la douleur, mais il ne connaît pas le mal moral, n'est-ce pas ? Mais du coup, il ne connaît pas le bien non plus. Alors, allons-y. Donc, vous voyez, et il cite le passage de Hegel, « Si nous examinons de plus près l'histoire de la chute, disait-il, nous trouvons, comme je l'ai dit, dès qu'elle met en lumière le retentissement universel de la connaissance sur la vie spirituelle. Dans sa forme naturelle et instinctive, donc quasi animale, si vous faites attention au bout, la vie spirituelle porte la robe de l'innocence, vous voyez ?
51:03 L'innocence, c'est-à-dire la positivité avant de connaître le mal, la douleur, le négatif. » Il y a une continuité dans ce que j'essaye de dire. « La vie spirituelle porte la scène de l'innocence et de la confiante simplicité, mais l'essence même de l'esprit implique l'absorption de cette condition immédiate en quelque chose de plus élevé. » En français, on dit bien imbécile heureux. « Le spirituel est distingué du naturel et plus spécialement de la vie animale en ce qu'il s'élève à la connaissance de lui-même. »
51:39 Pas seulement la conscience. Un animal a la conscience. Un chien a la conscience qu'il y a un chat-là qu'il a envie de poursuivre et une panthère a la conscience qu'il y a une gazelle. Et c'est force que la gazelle n'ait pas la conscience que lui, il est là en train de la traquer. Mais il n'y a pas la conscience de soi, la réflexion de soi. Donc, le spirituel est distingué du naturel plus spécialement de la vie animale lorsqu'il s'élève à la connaissance de lui-même et d'un être à lui propre. Cette division doit à son tour s'évanouir – négation de la négation – et être absorbé.
52:16 Et l'esprit peut s'ouvrir à nouveau une route victorieuse vers la paix. La concorde alors est spirituelle. c'est-à-dire que le principe du rétablissement est trouvé dans la pensée, dans ce qui a fait mal au départ, dans la connaissance, dans la pensée et dans la pensée seule. Et là, je suis cette phrase mais qui est presque le résumé de Parsifal sur la plume de Hegel. La main qui inflige la blessure, sous-entendu la connaissance, le concept, et la main qui guérit.
Le blanc et le rouge : Stabat Mater, le cygne, Mallarmé
52:49 C'est de ça que je voulais vous entretenir. Je vous ai dit que c'est le couple la lance-le-graal. mais si vous le traduisez en le graal, la substance, et tout le chemin qui mène de la substance au sujet, il y a une dimension dont il nous faut parler, que j'ai faite pour l'instant, je vais parler à titre allusif, mais qu'il faut développer maintenant, c'est que qu'est-ce qui incarne la substance dans le monde maintenant fondamental ? c'est la figure maternelle. On l'a bien vu, quand j'ai parlé des Mater dolorosa et des innombrables, madone en douleur, n'est-ce pas, dans l'histoire de la peinture ou simplement dans les...
53:32 dans l'un des plus beaux et celui de Pergolèse, Stabat Mater. Vous savez, Stabat Mater, c'est... une œuvre pour un orchestre et un chœur. Mais on oublie que Stabat Mater, ce sont les premiers mots de Stabat Mater Dolorosa. Dum pendebat filius ? La mère se tenait dans la douleur pendant que le fils pendait.
54:02 Oui. Eh bien, toutes ces images-là rappellent. Maintenant, on rentre au cœur de ce qui va nous occuper pour le deuxième acte. rappel du premier acte. Nous sommes au domaine du Graal. Tout ce que je vous ai dit, les cérémonies, la lance qui n'est plus là, les trucs qui dépérissent, c'est raconté par le vieux chevalier, c'est des récits qui n'en finissent plus. Pour les connaisseurs, c'est les plus beaux passages musicaux. Tu vois ? C'est des longueurs dont on ne voudrait pas qu'elles s'arrêtent une seconde.
54:34 Mais la musique est comme prise à la glu, lente, fascinante, bouleversante, à déchirer l'âme. Mais comme prise à la glu. Et quand tout d'un coup, contraste, on interrompe l'histoire sainte, enfin le rappel de tous ces événements, par des cris qui viennent du lac où le roi va une fois par jour. La brise du lac est un des baumes qui soulage un peu sa blessure. Vous voyez, tous ces symboles. Et sur le lac, il y avait un cygne gracieux dans ce domaine où il ne faut même pas toucher une feuille d'arbre, pas bien avant les neus que le végan, c'est comme ça qu'on dit, bien avant les végétariens, c'est-à-dire ça n'a jamais empêché certaines tendances politiques redoutables, mais c'est un autre dossier.
55:22 Toujours est-il qu'on amène tout d'un coup le cadavre d'un cygne qui vient d'être transpercé par une flèche sur cette blancheur immaculée dont Bachelard, dans « L'eau et les rêves », que je vous recommande, une série sur les éléments, « L'air et les songes », « La psychanalyse du feu », tout ça. Et puis il y a, sans doute dans mon avis le plus riche, symboliquement, mais c'est un point de vue personnel, « L'eau et les rêves », avec toute une typologie. Il y a l'eau croupie, des marécages, il y a l'eau cristalline, au contraire.
55:55 Et puis il y a l'eau limpide du lac dans lequel se reflète le narcissisme du cygne, la nudité. Mais ne nous égarons pas, mais justement une flèche, un sang pourpre qui éclate sur cette blancheur, ces extrêmes terribles du blanc et du rouge, je m'attarde là, parce qu'on revient, on revient à notre couple de la lance et le Graal.
56:26 Essayez de faire travailler un petit peu votre intuition conceptuelle, si j'ose dire, pour réunir les deux. Le blanc, la Vierge Marie, l'immaculée conception, oui ou non ? Là, il n'y a pas de rouge. Sauf qu'en dehors de la Vierge Marie et du mystère qu'elle représente, une femme qui est blanche au sens moral, qui est vierge, et c'est ce qui est l'objet de convoitises de tous les libidineux que nous sommes, c'est pas ?
56:59 Oui, mais l'inconvénient de tout ça, tant qu'elle reste vierge, elle est stérile. Tant que ce blanc n'est pas rougi, nous avons bien la pureté, mais nous n'avons pas la fécondité. Vous voyez qu'on retrouve la positivité d'avant la douleur et de celle qui est après. N'est-ce pas ? Eh bien, il y a une magnifique illustration de ça dans un sonnet célèbre de Mallarmé, dont le personnage central est un cygne, l'animal, un cygne, comme dans Parsifal.
57:30 Un cygne, mais dans affreuse image. A-t-il dormi, a-t-il rêvé comme un poète ? Quand il se réveille, il est pris dans la glace de l'hiver. Ses ailes sont prises. Je vous le dis un peu avant, parce que Mallarmé, c'est des choses en peu, il faut le traduire. Donc, le vierge, le blanc, le vierge, le vivace et le bel aujourd'hui, va-t-il nous déchirer, sous-entendu, enfin, d'un coup d'aile ivre, nous déchirer quoi ? Ce lac dur, la glace, c'est blanc, ce lac dur, oublié que hante sous le givre, qu'est-ce qui hante sous le givre ?
58:09 L'animal qui est pris, le transparent glacier des vols qui n'ont pas fui. Allusion sans doute à la stérilité littéraire qui est la hantise de Mallarmé et de la modernité. Les œuvres complètes de Mallarmé, ce n'est quand même pas Victor Hugo en nombre de volumes. Vous voyez donc, stérilité, fécondité, on y revient, qu'elle soit littéraire, ou qu'il s'agisse d'enfanté au sens propre. Tout est blanc dans ce texte. Donc, je continue.
58:39 Un cygne, donc c'est lui, un cygne d'autrefois se souvient que c'est lui magnifique, mais qui sans espoir se délivre. Pourquoi sans espoir ? Voilà la réponse dans le poème. Pour n'avoir pas chanté la stérilité littéraire, pour n'avoir pas chanté la région où vivre, quand du stérile hiver, l'hiver c'est tout blanc, a resplendu l'ennui. Tout son col, c'est un sonnet, c'est vite fini, tout son col secouera, le cou est libre, le cou du cygne, c'est les ailes qui sont tous, tout son col secouera cette blanche agonie par l'espace infligé à l'oiseau qui le nie.
59:18 Mallarmé est un des rares auteurs français, un grand connaisseur de la philosophie en général, et de Hegel en particulier. Tout son col secouera cette blanche agonie par l'espace infligé à l'oiseau qui le nie, mais non l'horreur du sol où le plumage est pris. Fantôme, encore une image de blancheur, fantôme qu'à ce lieu la glace, son pur éclat, puisqu'il est blanc, il est assigné au lac violet.
59:49 Fantôme qu'à ce lieu son pur éclat assigne, et c'est la conclusion, il s'immobilise au songe froid de mépris des cadences aristocratiques que vêt parmi l'exil inutile le Cygne. Vous voyez, ça c'est le blanc sans le rouge. Je vous fais travailler aujourd'hui. Je ne vais pas te raconter seulement les aventures de Perceval. Ils sont là, il faut voir les enjeux.
Le rose d'Aurélia, moyen terme entre les extrêmes
1:00:19 Voilà ce que c'est, le Graal sans la lance. La lance qui saigne, qui apporte ce rouge qui manque. Et là, je vous recommande un extraordinaire passage de l'Aurélia de Nerval. Je ne vais pas parler de Nerval, vous permettez, ça me manque. J'espère que ça manque à certains. Allez, sérieusement, c'est un plein de rassuriers, vous allez voir où il est dans un rêve, une vision, c'est des rêves éveillés, quand il est à l'asile psychiatrique, ce qu'il appelle l'épanchement du songe dans la vie réelle.
1:00:54 Ici a commencé ce que j'appellerais pour moi l'épanchement du songe dans la vie réelle. Et là donc, dans cette vision, qui est là aussi bien en plein jour, les hallucinations, il est guidé dans une ville mystérieuse et merveilleuse, où il y a une société qui vit un peu sur des hautes montagnes, qui connaît le progrès, qui fait des recherches scientifiques, mais en même temps, en gardant les mœurs patriarcales, c'est très étrange ce rêve. Et il voit tout d'un coup des jeunes gens arriver sur une terrasse, où on a une grande vue, des jeunes gens qui sont à l'étude, avec des tuniques toutes blanches.
1:01:32 Vous voyez le rapport avec ce qu'on disait ? Mais mon guide me dit, je donne la parole à Nerval, qu'en réalité, ils étaient colorés, mais qu'un caprice du prisme m'empêchait de les voir. Et il se mit, c'est extraordinaire comme passage, avec un pinceau, ils s'est mis à dessiner sur leurs habits, à les colorer, en disant, voilà comment ils sont en réalité, ce que vous ne voyez pas. Et cinq minutes après, arrive une nouvelle bande de jeunes gens et de jeunes filles, cette fois les deux, qui ont un habit blanc, mais plein de couture rose.
1:02:09 Et les plus intelligents d'entre vous ont déjà deviné qu'entre les deux extrêmes de la lance et du graal, je résume tout entre deux extrêmes de la substance, de l'immédiateté, de l'origine, de la fixation maternelle, dont il faut sortir, si on veut vivre quand même, sinon c'est mortifère, entre ces deux extrêmes de la substance et du sujet, de la substance et du concept, entre le graal et la lance, entre le blanc et le rouge, eh bien, moyen terme, c'est le rose.
1:02:45 Il ne faut pas trop se moquer du sentiment. Comme le moyen terme idéal entre les deux extrêmes, du carnage, le rouge, quand il n'y a que le rouge, la lance dans les mains de Klingsor, du carnage, et au contraire de la stérilité que vêt parmi l'exil, inutile, pour reprendre Mallarmé, le Cygne. Voilà. Est-ce que par hasard, j'ai demandé à Pierre-Alain s'il y a eu des questions ?
Saint-Dizier, le vase de Vix et la grâce chez saint Bernard
1:03:22 Parce que, je ne vous l'ai pas dit, j'aurais dû commencer par là, mais je suis un peu épuisé ce soir, heureusement épuisé, c'est les tâches auxquelles rien ne m'oblige, donc je ne vais pas me blâmer. Mais, je vais demain à Saint-Dizier, où je suis invité à venir participer au dixième anniversaire de l'UPSD, de l'Université Populaire de Saint-Dizier. On y projettera un film où certains peut-être ont déjà regardé sur notre site et que je vous recommande, tourné par Bertrand Puy-Ségur, qui m'invite si souvent et si gentiment à Saint-Dizier et avec son association l'Université Populaire de Saint-Dizier, où il a tourné qui s'appelle l'Île du Peuple, si vous cherchez sur notre site.
1:04:11 L'Île du Peuple, qui fait allusion en même temps à la tombe de Rousseau, laquelle est dans l'Île des Peupliers. Vous voyez. J'y vais demain. Il m'a très gentiment dit d'apporter quelques livres, n'est-ce pas, le petit livre que j'ai commis sur Hegel et la féminité, n'est-ce pas, féminité et communauté chez Hegel, et Pagani en détours que nous devons à Alexis Managot pour d'éventuelles demandes de dédicaces. Donc, je suis allé chez Delga, j'ai porté des kilos de livres, mes artères ne suivent plus, donc je suis épuisé, je vais avoir 80 ans, l'année prochaine, ça fait deux fois que je le dis, je gâtise un peu et donc, c'est une fatigue normale et voilà pourquoi j'aurais préféré commencer par vous dire, je reste dans le genre réponse aux questions.
1:05:02 au lieu de ça, j'ai démarré, n'est-ce pas, peut-être pour attraper tout le temps pendant lequel vous avez attendu la suite des aventures de Perceval et de Parsifal. Voilà, donc, je suis, il n'y en a pas, donc, Péran, on peut... pas direct, pas sur le sujet, il y a des commentaires si tu veux les voir. Oui, oui, tout à fait, tout à fait. Je vais regarder sur le côté. Ah oui, c'est vrai, il faut que je... J'oublie toujours qu'il faut que je clique pour les commentaires. Alors, je vais les voir.
1:05:34 Stavisky est toujours pertinent, je pense. L'important, c'est le rose, l'important, il est bon. Bon, peut-être les plus jeunes n'ont pas connu cette chanson de Gilbert Bécaud, l'important, c'est la rose, l'important, c'est la rose, c'est le rose, il a très bien compris. Merci à Stavisky. La conquête du Graal conduit toujours à Saint-Dizier. Eh bien, c'est à voir.
1:06:04 Une fois, je suis passé à Châtillon-sur-Seine. Je ne sais pas si vous connaissez ce patelin. Pardon pour ceux qui sont à Châtillon, je dis patelin. J'ai dit ça, je fais une parenthèse, je commente les commentaires, mais une fois, j'étais dans la banlieue, là, au lieu de prendre comme d'habitude le RER pour aller sur Paris en rendez-vous, je vais en sens inverse pour explorer un peu la banlieue. C'est ce que je suis à Cachan, que je découvre l'univers extraordinaire de la banlieue. et je me retrouve à Fontenay-aux-Roses, vous voyez.
1:06:37 Je ne connaissais pas, c'est assez résidentiel, assez rupin, comme on dit en français. Et puis, il est 13h, j'ai un peu faim, c'était un dimanche et je croise un quidam dans des rues quasi désertes, un dimanche, des rues de villas pavillonnaires, comme ça. Je lui dis, excusez-moi monsieur, est-ce qu'il y aurait un restaurant ouvert un dimanche dans le patelin ? Il s'est rebiffé. Ce n'est pas un patelin monsieur, c'est une communauté de communes. C'est terrible, quand même, le monde dans lequel on vit.
1:07:07 Le patelin, c'est quand même pas un fin. Le patelin, c'est la clé de la France, c'est le nombre de patelin avec un clocher, qu'est-ce qu'il y a ? Bon, je referme cette parenthèse personnelle et c'est à cause de Stavisky qui dit que le Graal est peut-être à Saint-Dizier. Je suis passé à Châtillon-sur-Seine. C'est l'endroit où la Seine cesse d'être navigable. C'était important dans l'Antiquité. Et donc, c'est là que les Gaulois se sont emparés du vase de Vix, c'est en gaulois, V-I-X, c'est une petite colline qui est tout près de Châtillon-sur-Seine, en Bourgogne, dans le nord de la Bourgogne, là où la Bourgogne confine à la Champagne, où on fait le fromage, le yaourt, le chaource, excusez-moi.
1:07:59 Et donc, comme la Seine cesse d'être navigable, les marchands de l'époque qui allaient chercher, je ne sais pas moi, l'ambre, mais, je ne sais pas, allaient l'acheter avec des richesses qui les amenaient de Grèce, par exemple, je ne sais pas, c'était des circuits extraordinaires par les voies navigables, parce que dans les forêts et tout, on parle d'insécurité, maintenant, ça fait rigoler à côté de l'époque, les chemins, vous traversez la forêt de Fontainebleau, déjà, vous risquez souvent votre vie.
1:08:33 Donc, on a trouvé ce vase qui est le plus grand vase de toute l'Antiquité en bronze. Oui, il n'est pas en Grèce, il n'est pas en Rome, il n'est pas en Afrique du Nord où il y a tellement de ruines romaines, les plus belles, sans doute, de tout l'Empire romain, en particulier en Libye, pour ceux qui ont entendu parler de Leptis Magna, cette extraordinaire cité romaine au bord de la mer en Libye. Donc, là, en Bourgogne, dans un patelin, et ce vase, vous le voyez, au musée de Châtillon-sur-Seine.
1:09:07 J'y suis allé, mais au-dessus, il y a une église, j'en arrive à ce que dit Stavisky, une église où Saint Bernard est venu travailler la notion de grâce, le mystère de la grâce, la grâce qui peut toucher aussi bien le pécheur endurci, et laisser de côté celui qui dit « moi, je fais les dix commandements, je respecte, je devrais mériter le paradis, et puis non, c'est le pécheur qui va avoir le salut. » C'est mystérieux, la grâce. Et bien, la théorie de la grâce chez Saint Bernard est une des sources que Wagner a utilisées pour écrire Parsifal.
1:09:43 Donc, mon cher Stavisky, je suis ravi de vos rapprochements, mais je veux dire, c'est plus pertinent qu'il n'y paraît. Alors, le cratère de Vix, je vois qu'ils en connaissent, de la part d'un joli pseudo, opposition, contrôlée. Franchement, j'ai un public que j'admire. J'habite à deux pas, dit-il. Ah, j'ai eu des hypothèses, mais je suis trop fatigué pour me fixer sur une seule.
1:10:16 Bien, alors, « Rose profonde » de Dioné et Pyrus, c'est chouette aussi. Bon, allez, ne soyons pas égrillards. Les maçons connaissent le béton et en espagnol « El concreto », dit Karcha, qui est une vieille connaissance, qui est souvent extrémiste, hein, Karcha, quand il parle du jazz ou des choses comme ça. Oui, non, mais il est cultivé, je le taquine.
1:10:49 Voilà, c'est bon, là, les commentaires ? Je peux remonter, il y en a plein. Ah, d'accord, d'accord. Ça m'étonnait aussi parce que j'adore le style de notre public. Alors, le cratère de Vix, c'est ça. Communauté de communes, vocabulaire d'administrateur, colons, couleur de béton. Merci, Ablussien. J'avoue que j'ai mal encaissé, quand même, c'est pas une insulte, c'est-à-dire, est-ce qu'il n'y a pas un restaurant dans le Patelin, enfin, quand même ? Pas une Patelin, monsieur le Seigneur, mais c'est une commune.
Symbolique du blanc et du rouge, Luther et le président Schreber
1:11:20 Oui, merci, vocabulaire de gratte-papier, on a besoin des gratte-papier, mais il y en a qui parasitent, il y en a qui sont indispensables, il y en a que le MEDEF voudrait bien supprimer. Voilà, allez, opposition contrôlée. Bon, qu'est-ce qu'il y a encore ? Julien Chevalier, bonsoir. Auriez-vous, à l'instar de M. Pastoureau, une précision symbolique apportée sur les chromatiques blanches et rouges ? J'avoue que je cut, comment dire, un argot de potache, les touches blanches et noires, ça je comprendrais, n'est-ce pas ?
1:11:58 Mais, blanches et rouges, le blanc et le rouge peuvent vous faire des variations inépuisables. On l'a vu tout à l'heure, c'est les deux extrêmes, c'est pas de la fécondité, mais qui peut aller au carnage, le rouge, c'est pareil de la blancheur qui est attirante, comme la Vierge, c'est pas immaculée, mais c'est terrible, tant qu'elle reste Vierge. Et, c'est pas un hasard, si c'est les deux couleurs qu'on retrouve dans le drapeau, regardez la liste, du Japon, de la Pologne, de la Suisse, des passes, des gens passent.
1:12:39 C'est les couleurs de Sainte-Catherine, le martyr de Sainte-Catherine. Enfin, voilà, il y a, pour ceux qui s'intéressent à la symbolique, à l'initiatique, c'est toujours les mêmes choses. Excusez-moi, j'ai l'air de mépriser un peu ce qu'on appelle la gnose, mais c'est vrai que c'est un peu toujours le même truc. Les mêmes symboles qui reviennent. Alors que, avec Julien Gracq, il les fait travailler. Oui, les socialistes, sodomites, n'existent que de se prendre des coupes à ça. Ah, c'est Karcha, j'étais sûr. Vous voyez que c'est un extrémiste. Allez, calmons-nous.
1:13:09 Si les sodomites existaient que les socialistes, ça se saurait. Et puis, qu'est-ce que vous avez contre les sodomites, après tout ? Je ne sais pas qu'est-ce que c'est que ces jugements de valeur. Les Allemands, à l'époque nazie, étaient hantés par la pénétration. Et oui, écoutez, puisque vous me cherchez, je vous réponds. Je vous réponds. J'ai déjà fait des interventions là-dessus, sur la passion du blindage, des Panzerdivisionen, de la forteresse et du choral le plus célèbre de la grande tradition.
1:13:48 de la musique protestante. Bach, c'est titan, attention, mais c'est Luther, le premier, qui a écrit un choral dont le titre était « Ein feste Burg ist unser Gott. » Notre Dieu est une citadelle imprenable. Ça veut dire « Vous ne pourrez jamais me pénétrer par surprise. » Celui qui dit ça, c'est que quelque part, il en a envie. Bon, allez, je vous dis ça comme ça pour vous scandaliser. Mais vous savez, quand on en fait trop comme ça, hein ? Non, non, mais je ne plaisante pas.
1:14:18 Vous avez l'exemple le plus saisissant de ça, c'est l'extraordinaire document que nous a laissé le président Schreber. Vous me cherchez, moi je vous réponds, hein ? Oui, la seule analyse de Freud dans les cinq grandes analyses. Oh, c'est Freud, c'est encore du délire d'un charlatan. Attendez, ce n'est pas Freud, c'est un document qui existe que tous les spécialistes connaissent, laissé par l'honorable président Schreber qui était un savant très connu, un docteur, comme on dit en Allemagne, et qui a pété les plombs. Il y a une crise psychose assez grave. Et Freud, c'est la seule psychanalyse qu'il a faite, il dit, ce n'est pas très dans mes normes, non pas d'après une parole sur un divan, mais d'après un texte, il est tombé sur sa confession.
1:14:59 Et dans sa confession, c'est honorable, oui, au sens où vraiment, lui, toutes ses horreurs, la sodomie, tout ça, il n'est pas question, je suis un des hommes les plus connus, les plus honorés dans la place, je ne sais plus, je crois que c'était à Augsburg, mais je ne suis pas sûr, en Allemagne en tout cas. Tout d'un coup, est parti sur un plan. Alors, je vous le dis, son délire, c'est que Dieu l'a choisi parmi toutes les créatures, ça commence toujours comme ça, un truc de fou, c'est toujours les mêmes choses, parmi toutes les créatures, pour sauver le monde, mais la condition pour ça, c'est qu'il faut qu'il se transforme en femme.
La rose dans la croix du présent : religion et raison
1:15:32 Mais oui ! Et Dieu, qui prend l'aspect du soleil, ça aussi, ce n'est pas lui qui l'a inventé, c'est mieux, le soleil, chaque rayon du soleil lui rentre là où je pense. Qu'est-ce que vous voulez que je vous dise ? Voilà, allez, je vais continuer mes commentaires, parce que je sens que je suis sur un terrain glissant, ça va être la fatigue. Mais c'est profond, non, non. rose, anagramme d'Éros, une tonne, c'est Thoth qui dit ça, vous savez qui est Thoth chez les Égyptiens ?
1:16:03 C'est le meilleur intellectuel, c'est le dieu des scribes, n'est-ce pas ? Parce qu'avec son bec, là, vous savez, c'est avec son bec, ça rappelait, le calame, le roseau taillé pointu, avec lequel on écrivait sur les papyrus, n'est-ce pas ? Le bec, de l'Ibis, Thoth, c'est le dieu qui a une figure d'Ibis avec le bec, comme ça. Rose, anagramme d'Éros, dieu de l'amour, mais l'amour, c'est our, la lumière, et âme, pour l'âme, soit la lumière de l'âme.
1:16:37 C'est bon, hein ? Voilà. Je crois qu'il y a des gens versés dans la glose, c'est bien, ça aurait pu être Nerval, ça. Je vous le dis, en même temps, pour calmer un peu les ardeurs et les tentations de délire, alors que Nerval se trouve dans une mondanité une fois, et quelqu'un lui dit, mais qu'est-ce que c'est que cet individu, qui n'a pas de religion ? Nerval lui répond, vous exagérez, j'en ai au moins douze. Bon. Alors, Ablussien, le film L'île du peuple se trouve-t-il en ligne ? Sur YouTube, on trouve un débat avec Puy-Ségur ?
1:17:07 Il me semble que oui. Si ce n'est pas le cas, n'hésitez pas à m'envoyer un autre message, parce que je vais voir Puy-Ségur demain, et je vais voir ce qu'on peut faire, mais je sais qu'il est en vente, sur un DVD, qui est commercialisé, par ceux qui l'ont produit, ce film, de manière admirable, techniquement d'ailleurs, c'est-à-dire par l'Université populaire de Saint-Dizier. Voilà. Merci Ablussien. Alors, je continue.
1:17:43 Akarcha, j'aime bien ce qu'il dit, les illusions d'optique sont emprès dans le démon de l'inconscient, deux points, rose croix. Non, non pas les rosicruciens, mais la rose qui pousse, la rose qui croît. Oui. On a souvent dit que Hegel, parce que toute l'intelligentsia allemande était comme si ce n'était pas dans la maçonnerie, était dans les roses croix, c'était à la mode. Il faut savoir, pour toutes ces choses-là, qu'à la fin du XVIIIe, il y a une vague de ce qu'on appelait à l'époque l'illuminisme.
1:18:13 Vous voyez, on a un texte sur l'importance des illuminés allemands qui sont entrés en France par des terres qui étaient considérés comme l'Allemagne, la Lorraine, la Chantal, c'était complètement... Bref, laissons l'érudition pour l'instant, mais ce qui est sûr, c'est qu'on a trouvé chez Hegel, on sait que Goethe, par exemple, c'est parti, mais c'est parmi les plus équilibrés qui soient. Et puis, n'oublions pas que la religion chrétienne, catholique en particulier, avait tellement été discréditée pendant le siècle des Lumières, comment voulez-vous qu'elle se remette ?
1:18:48 Des coups de boutoir, des Pierre Bayle, qu'on oublie un peu, le premier le plus, celui qui les traissait tous, puis Montesquieu, puis Diderot, Voltaire, je ne parle même pas de Rousseau, qui ne fait jamais de sacrilège, mais qui ne compose jamais avec l'Église, avec les curés, si vous préférez. Et donc, c'était tellement discrédité que ça ne supprime pas.
1:19:18 Et là, je pense à l'admirable texte de Marx dont on cite pour le mutiler que le passage « La religion est l'opium du peuple ». On oublie que, dans tout ce passage, c'est un immense hommage à la religion. Il dit que la consolation de l'âme de la souffrance, il montre qu'il y a une raison d'être de la religion. Et tant qu'on n'a pas résolu cette souffrance, le problème de la souffrance humaine, sur l'extérieur, etc., la religion sera là. Donc, quand il dit l'opium, vous avez déjà essayé de faire décrocher quelqu'un de l'opium.
1:19:48 Les alcaloïdes, attention, ce n'est pas le Bédo, c'est autre chose. Je ne dis pas qu'il faut fumer le Bédo. J'ai failli mourir d'un infarctus. J'ai beaucoup fumé. Mais c'est rien. Ça n'accroche pas. Quand on arrête, ça manque beaucoup moins que le tabac. Le tabac est beaucoup plus accrocheur. Il est plus dangereux, n'est-ce pas ? C'est lui qui fait des... Ah ! Qui épaissit le sang et qui fait qu'à un moment donné, il y a un caillot, excusez-moi, qui ne passe plus dans le cœur.
1:20:20 Je bouge voiture, l'échappement des voies de voiture, le moteur implose. C'est ça un infarctus. Il fait arrêter l'héroïne, c'est-à-dire le concentré de l'opium et la morphine. Essayez voir. Ça veut dire que c'est une force extraordinaire. Alors, les gens avec elle l'attirent d'une nécessité. Aliénée. N'est-ce pas ? Je fais toute une... Rappelez-vous, il n'y a pas si longtemps, une vidéo dont le titre était « La laïcité, vérité de la religion ».
1:20:53 Mais vérité au sens hégélien, c'est-à-dire son accomplissement et suppression en même temps. comme l'esprit dans la trinité, et l'accomplissement de la dichotomie qui est entre le père et le fils. L'esprit calvaire et le labeur et la patience de l'histoire. Donc, je rappelle tout ça pour dire que j'insiste sur le fait que l'Église instituée, officielle, catholique, était tellement discréditée au XVIIIe siècle que la nécessité du sacré continuant à, par les raisons que je vous ai dit, à avoir ses raisons d'être, le réel est rationnel.
1:21:45 Ça veut dire que le réel a des raisons, ratios. Les sujets de l'époque les plus cultivés récupéraient n'importe quelle forme de religiosité pourvu que ce ne soit pas celle dont il sortait depuis les siècles, qu'à savoir le catholicisme, d'où la franc-maçonnerie, la rose-croix, tout ça pour vous dire qu'il y a, à la fin de la préface au testament politique de Hegel, un passage où l'on a semblé voir une allusion qui semble évidente par ailleurs à la rose-croix.
1:22:22 Je vous cite « Concevoir la raison comme la rose dans la croix du présent » Merci, Carja. « Concevoir la raison un peu comme la lance ça fait mal, mais c'est ce qui guérit. » Concevoir la raison comme la rose dans la croix du présent et la vision médiatrice qui réconcilie avec la réalité. Voilà. Quand même, vos commentaires, c'est quand je commente vos commentaires que je suis le plus inspiré, n'est-ce pas ?
Satyajit Ray, Visconti, la partition de l'Inde ; Kant
1:22:56 Je vous en remercie. « En rouge et blanc, je vivrai ma vie. » Déchaînez, Carja. Faites que le noir soit blanc et que le blanc devienne rouge. Des dons, totes. Je suis d'accord. D'accord. Quel programme ? Je ne sais pas. « Le premier jeu d'échec serait fait de rouge et de blanc. » Ah oui, bon sens, c'est vrai. Je suis inexcusable de ne pas avoir compris l'allusion, d'autant que je suis un fan du plus grand cinéaste indien, Satyajit Ray.
1:23:34 Les cinéphiles, je n'en suis pas, je ne suis pas assez connaisseur, mais ceux qui le sont connaissent bien cet admirable, un peu le Visconti hindou. Je dis Visconti parce que de même que Visconti exprime tout, c'est un prince, c'est une très grande famille, les Visconti en Italie, mais un prince communiste au rouge. C'est un peu pareil, le Satyajit Ray. Et de même que Visconti exprime la lutte des classes, mais pas par un film qui se passe dans la classe ouvrière comme, je ne sais pas moi, le Germinal. Non, mais au contraire, comment la lutte des classes se manifeste là où on fait tout pour l'ignorer ?
1:24:08 Chez ceux qui gouvernent, chez le guépard, le comte, le guépard admirablement joué par Burt Lancaster qui a une tête à avoir été sicilien depuis sa naissance, ou bien dans Les Damnés, vous savez, qui se passe en Allemagne dans les milieux dirigeants du capitalisme allemand pendant la montée du nazisme. Mais on sent venir par en dessous le Nibelung qui gratte par en dessous, n'est-ce pas ? De même que dans le guépard, en plein dîner, où triomphe les militaires qui ont maté, qui ont réprimé les partisans de la gauche italienne qui vont triompher finalement, des partisans qu'on appelait les chemises rouges, les partisans de Garibaldi, qui a fatigué un peu par tout ce dîner, le guépard sort dans la nuit, comme ça, vers 3h du matin et on entend une rafale qu'on vient de fusiller, discrètement, vous voyez.
1:25:08 C'est comme ça que Visconti exprime les luttes de classe en Sicile à ce moment-là. Et bien, vous trouvez ça dans Satyajit Ray, dans un film, je n'arrive Les Joueurs d'échecs, que je vous recommande, qui est drôle par moments, qui est tragique aussi, un film qui se passe au moment où l'Angleterre est en train d'avaler l'Inde morceau par morceau, il ne manque plus que le royaume de Oudh, et c'est un royaume musulman, ce qui est maintenant au Pakistan. Je vous rappelle qu'avant l'indépendance de l'Inde, il n'y avait pas la séparation Inde et Pakistan.
1:25:43 C'est les Anglais, je vais dire les anglo-saxons, là c'était les Anglais, n'est-ce pas ? Et en particulier Mountbatten, le mari de la future reine, Elisabeth II, que la terre lui soit légère comme on dit en Afrique, même, je ne tire pas sur les... non seulement sur les ambulances, je ne tire pas sur les... ah, comment ça s'appelle ? Les voitures qui transportent les morts. Donc, Mountbatten, quand il a vu qu'il ne pouvait plus rien contre l'indépendance de l'Inde et Gandhi, a dit pour ne pas qu'on perde de tout, on va semer la zizanie entre les musulmans de l'Est et de l'Ouest et de l'Extrême-Est, ce qu'on appelait à l'époque, mais c'est trop jeune, le Pakistan oriental et le Pakistan occidental.
1:26:33 Le Pakistan occidental s'appelle maintenant toujours le Pakistan et l'oriental s'appelle le Bangladesh. N'est-ce pas ? Eh bien, pour ne pas tout perdre, on va les séparer les opposés. Vous savez ce que ça a fait en 47 ? Deux millions de morts. Et on vous apitoie sur quoi ? Tiens, il y a eu combien de morts ? Vous savez combien il y a eu des morts ? Il y en a eu dix fois moins qu'à Gaza depuis quelques semaines.
1:27:07 Voilà, tout mort, il est déplorable. Soyons sérieux, mais quand même, quand même, vous voyez, le carnage, il revient toujours. Le rouge sans le blanc. Bon, on va essayer de revenir aux roses. Quand Platon se prend pour Socrate à louer son apprentissage, alors, peut-on s'endormir sur un tapis d'éveil ? Les contes mythes et légendes sont faits pour endormir les enfants et à éveiller l'esprit des parents.
1:27:41 C'est bien, et les enfants en dormant, ils rêvent. Très beau poème de Rilke là-dessus, n'est-ce pas ? Sur le dormeur dormant, mais rêvant. Bon, alors, jeune kantien, tiens, c'est nouveau comme pseudo, ça, vive le négatif. Ben, dites donc, ça fait plaisir, ça. Je rappelle, en hommage à Kant, puisque j'ai affaire à un jeune kantien, c'est que Hegel a beaucoup critiqué Kant, mais tout de même, les trois jeunes gens de Tübingen disaient bien que Kant est le Moïse de notre nation, n'est-ce pas ?
1:28:16 Ça décrit que tout a commencé avec Rousseau, d'après Kant lui-même. Donc, ni avec l'Allemagne, ni avec la France, mais entre les deux, en Suisse. Et moi, je ne crois jamais au hasard. mon côté un peu paranoïaque, je fais le sur à quoi ? C'est que Kant dit qu'on ne peut rien connaître de nous-mêmes, vous savez, c'est la suite qu'il y a de la critique. Sinon, là, il n'est jamais laissé au incant, sinon, à titre négatif.
1:28:46 Imaginez que j'ai des lunettes jaunes depuis ma naissance, et que je ne peux pas les enlever. Vous êtes persuadé que le jaune est une propriété du mur, de machin, de la robe qui est en fait blanche immaculée de ma copine, mais je vais la voir jaune. C'est à cause de mes lunettes, parce que je n'ai pas conscience de mes catégories, de ce qui est a priori, avant même qu'un objet soit frappe ma vue, j'ai du jaune là. Imaginons, admettons, je dis, que notre perception soit ainsi faite, qu'elle soit catégorisée, si vous voulez.
1:29:21 Pour Kant, le jaune, c'est le temps et l'espace, qui nous forcent à tout voir à travers les cadres spatio-temporels, et donc, ce qu'il appelle à ne voir que le phénomène, sans jamais voir ce qui est hors temps et hors espace. Donc, on ne peut pas avoir une connaissance positive, mais, je peux en avoir une connaissance négative. Si je prends conscience que le jaune vient de moi, de mes lunettes, je sais au moins que le noumène, je ne sais pas comment il est, mais je sais qu'il n'est pas jaune.
1:29:53 Merci à jeunes kantiens de nous avoir donné l'occasion de faire ce rappel du plus grand kantien, du plus grand kant, pardon, de celui qui va jusqu'à, ne pas dire, qu'on peut avoir une approche négative, mais tout de même une approche du noumène. Voilà. je crois qu'on va s'arrêter là, non ? Voilà, je vous prépare la prochaine fois, donc ce sera sans doute le 2 juin prochain, ou à mon retour de Saint-Dizier.
Annonce du deuxième acte : Klingsor, Kundry et le nom de Parsifal
1:30:28 À cause de vous, je ne chôme pas, vous remarquez, mais, comme je dis à mes jeunes amis, je râle, mais je ne me plains pas donc, je ne me plains pas, je vous remercie même d'être l'occasion pour moi d'essayer de continuer à transmettre, d'extérioriser, n'est-ce pas ? Je l'ai dit souvent, n'étant pas un créatif, je transmets les créations des autres, n'est-ce pas ? À quoi quelqu'un m'a dit une fois, vous êtes créatif dans l'art de transmettre, ça m'a fait bien plaisir. J'espère, je vous l'espère encore, je vais essayer.
1:31:00 Donc, à mon retour, vous allez avoir des séquences, je vais essayer d'en poster quelques-unes des actes entiers, que chacun peut avoir le temps de voir d'ici là, dans les meilleures versions que je choisis. Je dois vous dire, je ne les choisis pas vraiment les meilleures, mais je choisis celles où il y a à la fois ce qu'il y a à peu près de moins mauvais comme mise en scène, c'est le plus fragile, le plus difficile, comme interprétation musicale, je m'efforce de prendre vraiment ce qu'il y a de meilleur, mais par contre, il faut aussi qu'il y ait, pour ceux qui ne parlent pas allemand, qui ne parlent pas l'allemand, qu'il y ait le texte Alors, avoir les trois, ce n'est pas toujours évident.
1:31:38 Voilà, donc je fais un compromis. J'en ai trouvé quelques-uns qui tiennent la route et qui ont les trois. Et nous verrons ce deuxième acte qui commence par un extraordinaire dialogue, c'est un corse qui vous parle, je vais me faire engueuler par mes compatriotes, entre le souteneur, enfin le proxénète, Klingsor, et Kundry. Allez, va, va travailler, parce qu'aujourd'hui, et je vais conclure sur cette citation de Klingsor par lequel s'ouvre le deuxième acte, le premier, qu'on voit enfin apparaître depuis qu'on en parle.
1:32:09 Vous savez que quand le diable apparaît, il est foutu. Quand l'inconscient devient conscient, c'est terminé. Quand la lance déchire les illusions, je ne sais pas. Donc, à la pointe de la lance, je reprends mon fil, il dit Klingsor, on commence par dire le moment est venu, qu'est-ce qui est exceptionnel aujourd'hui, pourquoi dit « Die Zeit ist da »
1:32:43 le moment est enfin venu, c'est que celui qui vient aujourd'hui ne s'est pas un chevalier comme les autres. Et il dit à Kundry « plus dangereux est aujourd'hui » je vous le cite mot pour mot maintenant, celui que protège le bouclier de l'idiotie. Donc, on devine que c'est le fol, le pur qui arrive, c'est Parsifal, et que ça va être une autre paire de manches de séduire celui-là. Je vous donne le programme et je finis. Et Kundry est parfaitement consciente dans son rôle de séductrice maintenant qu'elle est sous l'emprise, sous l'envoûtement après avoir résisté.
1:33:15 Je ne veux pas, c'est un enfant, c'est un gamin, c'est horrible de se réveiller pour des choses aussi. Mais c'est vraiment un dialogue entre le proxénète et la prostituée. Je veux dire, sauf que la prostituée, elle est vraiment sous la domination d'un envoûtement. Lorsque Parsifal va arriver, il va voir les filles fleurs, il est émerveillé, mais comme un gamin, de ne pas devoir des seins, des fesses, des machins, des trucs, et qu'il ne demande qu'à être possédé par lui.
1:33:48 Et puis, il les déçoit un peu, les filles fleurs, parce qu'il n'est pas très entreprenant, il passe de l'une à l'autre, il batifole, et à un moment donné, il les écarte, parce qu'il est quand même venu, parce qu'il est en mission, il veut récupérer la lance. Il y a un moment où il les écarte, pour la première fois depuis le début de l'œuvre, au milieu du deuxième acte, rappelez-vous, au milieu de la Tétralogie, à Siegfried, et au milieu de Siegfried, au deuxième acte, il y a la scène des oiseaux, et là, il y a la scène des filles fleurs.
1:34:22 Ça, je reprends mon fil. Je me fais confiance à certains pour comprendre le rapport que je viens d'évoquer. Au milieu-là, pour la première fois, on entend enfin son nom. Nous, nous savons que c'est Parsifal, mais personne ne le sait, et même pas lui, puisque dans l'interrogatoire que je vous ai diffusé, il y a deux séances, au début de ce cycle, sur le Graal, rappelez-vous, lorsque Gurnemanz, le vieux chevalier, lui dit, mais dis-moi au moins ton nom, qu'est-ce qu'il répond ?
1:34:53 J'en ai eu beaucoup, mais je ne me souviens d'aucun. Il est là. Il entend son nom prononcé par Kundry. Et il dit, comme dans un monologue, Parsifal, ainsi m'appelait la mère dans son sommeil. Voilà. Nous reverrons, deuxième acte, cette fixation maternelle qui est le plus grand piège qui nous attend. Lorsqu'on arrive presque à la fin du parcours, dans les récits médiévaux, c'est souvent la pire des épreuves, c'est celle qui nous attend.
1:35:25 Au moment où, ça y est, en arrivant, enfin, au château, il y a la fille, là-haut, avec des tresses qui tombent du premier étage presque jusqu'au rez-de-chaussée. Mais c'est à ce moment-là qu'il y a des monstres et des machins. Voilà. Il est diable. Faisons attention. Je vous remercie et je vous dis à la prochaine fois et au 2 juin, sans doute. Merci à Pierre-Alain.