Transcription automatique (Whisper), non relue — cliquez pour aller au passage.
Accueil et exposition du plan
0:19 On va revenir à la philosophie. Non, je vous remercie d'être là, parce que c'est le début des vacances aujourd'hui, non ? La région, je crois. Premièrement, je suis désolé de vous recevoir dans de mauvaises conditions physiques, parce que j'ai été opéré lundi. Je n'ai pas envie de me plaindre, mais je souffre plus que ce que le chirurgien m'avait dit. Il m'avait dit, pfff, vendredi, ce sera oublié. Voilà, j'ai peut-être un peu trop bougé. J'aime pas trop être immobilisé, j'aurais pas dû, mais enfin voilà.
0:50 Mais je craignais d'avoir mal assis, parce que j'ai très mal assis chez moi, et je constate qu'ici ça va. Ça va être grâce à vous. Merci beaucoup. Donc, je vous ai parlé d'un plan, comme certains l'ont et d'autres ne l'ont pas, et qu'on n'a pas la Wi-Fi là aujourd'hui pour une fois. Je l'ai quand même là. Je vais vous le lire. Il est plus court que d'habitude, je vous rassure. Je vais vous le lire sans commentaire d'abord et faire quelques mots après. Je vais faire une introduction en prenant comme thème le retour sur le thème de ce cycle sur le sujet.
1:27 Je vais revenir sur la manière dont ce cycle très particulier se présente. C'est ça le titre complet. Et donc, retour sur le thème de ce cycle sur le sujet. Je vais insister sur sa bipolarité.
1:57 Il y a une partie du thème qui est proprement philosophique. La logique du sujet, on ne peut pas faire plus Sorbonne. Sorbonne ou Institut d'études hegeliennes de Tübingen. Il y a l'embarras du choix, il y avait. Et puis, il y a un aspect plus politique ou plus historique, la reconstitution du nazisme. Enfin, quand je dis historique, la constitution, elle est contemporaine.
Être son temps : la bipolarité philosophique et historique du cycle
2:28 Encore, il ne devrait pas y avoir trop de contradictions entre l'aspect philosophique et l'aspect politique, puisque un aphorisme du jeune Hegel qu'il met sur son journal et que j'aime à répéter, c'est lorsqu'il dit, tu ne pourras jamais être plus que ton temps, mais au mieux, tu seras ton temps. Comme si le présent historique était pour chacun de nous et à chaque époque. L'horizon, au sens carrément presque astrophysique du terme, vous voyez, l'horizon au-delà duquel il n'y a plus de pertinence à la recherche philosophique.
3:02 Comme si c'était une limite. C'est très bizarre, mais c'est le moins si on réalise qu'on est très en deçà de notre présent historique dans notre tête. On est beaucoup plus souvent dans le passé, où on est en train d'imaginer un avenir utopique, on est rarement dans le présent. Voilà. C'est peut-être pas si contradictoire que ça, l'aspect philosophique, logique du sujet, et l'aspect proprement historico-politique, et non pas comme avait mis la dactylo la première fois que je l'avais dit, c'est hystérico-politique, c'est un joli lapsus.
3:36 Hystérico-politique. De l'autre côté. Et je remarque aussi, ce sera la fin de ce retour et de cette introduction, que selon les derniers ateliers, on en est au cinquième sur ce thème-là, nous pratiquions, je essentiellement, et avec le Jean-Ciès de votre suivi, une alternance, tantôt les ateliers étaient plus proprement philosophiques, je pense à l'avant-dernière fois où j'avais rappelé les relations apparemment complexes, mais pas tant que ça, entre le concept de substance et celui de sujet, pratiquement depuis Aristote jusqu'à aujourd'hui, si vous vous rappelez ça, c'est vraiment philosophique, du hard, on dirait, chez les Caillans.
4:29 Et à très juste titre. Et tantôt, il y avait une dimension plus proprement historique-politique, en particulier la dernière fois, où je me suis contenté, en bon corse, zut, c'est enregistré, c'est trop tard, je vais encore avoir du mal avec mes compatriotes, en bon corse, à ne pas faire grand-chose, et à montrer l'écran derrière moi, où il y avait, vous savez, une vidéo de l'historien Chapoutot, qui est un immense spécialiste, un immense, il est jeune, très brillant, mais sans doute l'homme le mieux documenté au sens historique, Catherine qui est historienne, je crois que, Catherine le connaît bien, enfin, ses ouvrages, et je crois qu'en effort de documentation, il y a peu d'équivalent, je veux dire, il fait même du rentre-dedans avec les archives allemandes, je veux dire, parce que j'ai appris que ce n'est pas si simple, pour y avoir accès, qu'on prend des tas de prétextes administratifs, que s'il manque la demi-lettre, ou le signe prêt, on peut toujours attendre le document, voilà, donc on a alterné un peu les séances à dominante philosophique, et les séances à dominante historique,
5:42 et bien, justement, aujourd'hui, je vais insister sur leur, c'est dans le plan, je vous le lis, leur implication mutuelle, structurée par le couple substance-sujet, au stade pénultième de son développement, je répète, parce que c'est un peu prétentieux, mais c'est moi qui l'ai formulé comme ça, je me suis aperçu après que ça avait un peu, amphigourique, leur implication mutuelle, structurée par le couple substance-sujet, ça, je ne sais pas, on a déjà vu, au stade pénultième, je rappelle que la pénultième syllabe, c'est l'avant-dernière, tout simplement, elle est souvent associée à celle qui la précède, et qui est l'anté-pénultième, ainsi on dit qu'en italien, l'accent tonique est quelquefois, pour certains mots, sur l'anté-pénultième, quand vous dites popolo, le peuple, popolo, c'est l'avant-avant-dernière, donc pénultième, c'est l'avant-dernière, oui, donc leur implication mutuelle, structurée par le couple substance-sujet, au stade pénultième de son développement, deux-points, la modernité brute, entre savoir et non-savoir absolu,
6:53 j'ai dit, je ne faisais pas de commentaire, je finis, pour l'introduction, elle est terminée, la phrase un peu amphigourique, que je viens de citer, c'est la première partie, et la deuxième, je la cite, le griffon et la grue, alternance post-moderne, entre l'illusoire ascension esthétique, la grue est un oiseau, et son symétrique opposée, la descente aux enfers politiques, et enfin, troisièmement, quelques avatars ou modèles de ces structures matricielles, donc tout tourne autour de ces structures matricielles, c'est le pénultième stade, c'est-à-dire, ce n'est pas tout à fait le dernier, c'est l'avant-dernier, des rapports substance-sujet, et maintenant, j'éclaircis un petit peu, tel qu'il apparaît, au moment de ce que, depuis un bon moment entre nous, déjà, j'appelle, en essayant d'être un peu plus précis que ce terme d'olympique, généralement, la modernité, sans l'imposer, je veux dire, on peut très bien dire que la modernité commence avec homo sapiens par rapport à Neandertal, vous savez, les curseurs, on peut les mettre où on veut, il y a même quelques allumés
La modernité : révolution industrielle et révolution française
8:03 qui disent qu'à partir de la chasse et de la cueillette, ça y est, c'est fini, c'est la décadence, il ne fallait pas toucher, il ne fallait pas toucher à la nature, mais j'ai vu ça, j'ai Aurélien Barrau, vous voyez, Barrau, et on peut dire aussi que la modernité commence à la Renaissance, pour les historiens, l'histoire officielle, c'est le cas, il y a l'Antiquité, le Moyen-Âge et à la fin du Moyen-Âge, au début de la Renaissance, les temps modernes, en général, liées aux grandes découvertes, dont celle de l'Amérique, entre autres, et surtout l'imprimerie, n'est-ce pas, et la redécouverte de nos sources antiques, dans les temps modernes, donc la modernité, je ne nie aucun de ces sens-là, ça ne les supprime pas, mais la modernité dont je parle, c'est la vôtre, la nôtre, la mienne, c'est celle que je balise, il faut toujours essayer de donner des balises, qui valent ce qu'elles valent, mais j'en vois difficilement de plus pertinentes, qui commence avec ces deux grands craquements, je reprends souvent les métaphores, que ce sont la révolution industrielle anglaise et la révolution politique française, les deux se déroulent dans un mouchoir de poche chronologique qui s'appelle
9:13 la deuxième moitié du XVIIIe siècle, voilà, c'est cette modernité-là, celle dont nous sommes issus et dans laquelle nous continuons à vivre, que j'appelle le pénultième stade, l'avant-dernier stade des rapports entre substances et sujets, alors, je me réjouis de voir qu'il y a beaucoup de nouveaux visages aujourd'hui, même si ça peut paraître un handicap des fois, parce que je ne peux pas continuer, sauf à dire d'une manière un peu mule, vous n'avez qu'à prendre le train en marche, vous n'avez qu'à être là au début, ce n'est pas mon style, et puis en plus, moi j'aime bien, comme vous savez, faire des détours, des retours, sans recours, n'est-ce pas ?
10:04 Donc ça me va très bien, vous savez que mon approche est un peu spiralante, pardon pour le barbarisme, c'est-à-dire un essai audacieux de synthèse entre le cercle et la droite, la spirale, qui tourne en rond, mais qui progresse en même temps. Donc ça m'arrange que pour, prenant prétexte qu'il y a de nouveaux visages, je revienne à certaines notions qui sont indispensables pour comprendre ce qu'on va voir aujourd'hui. Parce que, et là j'en veux à ceux qui sont là depuis le début, ah oui, comme je retourne, oui, c'est que ça n'a aucun sens ce que nous faisons s'il n'y a pas un minimum de cumulativité de mes interventions.
10:45 Je ne vais pas jouer aux vieux profs gâteux qui râlent parce que les élèves ne font plus leur leçon, ce n'est pas ça. Mais je me suis aperçu, tenez, au hasard, qui est-ce qui a vu le plan déjà sur Internet ? Bon, quel est le passage qui semblait le plus étrange ? Dans le plan, le plus insolite, le plus énigmatique ? Non savoir et savoir. Ah, d'autres l'ont vu ? Toutes à voir leur avis. Vous allez voir pourquoi c'est un sondage important.
11:17 Je pense qu'il y a la question de l'esthétique. Il y a une question de l'esthétique. D'accord. L'illusion esthétique versus la descente aux enfers politiques. C'est ça. Le savoir absolu, c'est-à-dire quoi ? Pardon ? C'est-à-dire quoi le savoir absolu ? C'est le savoir absolu. Savoir et non savoir absolu. La lutte entre les deux. C'est le thème qu'on va développer. Je vais y revenir, bien sûr. Ça t'a semblé un peu clair. C'est ça. Très bien. C'est marrant.
Le griffon et la grue de Nerval
11:47 Je pensais que quelqu'un aurait relevé ce qui me semble le plus bizarre dedans, c'est le griffon et la grue. Non ? Je vous ai plus fort que moi. Moi, je trouve ça paradigmatique quand même. C'est pas moi. Vous connaissez mes manies. C'est de Nerval. Sur un de ses carnets, les carnets de notes un peu dans le désordre comme ça, il avait marqué cette espèce d'impératif qu'il s'impose à lui-même comme poète, n'est-ce pas ? Faire monter le griffon de la mer et faire descendre la grue du ciel.
12:23 C'est pas énigmatique. faire monter le griffon de la mer et faire descendre la grue du ciel. La grue, je vous l'ai dit, c'est un oiseau. Je ne prends pas au sens argotique. Restons dans les plumes. Mais le griffon aussi, c'est un monstre, une espèce de fauve mais qui a des ailes. Le griffon. Et qui apparaît très, très tôt dans l'histoire de l'humanité. Je ne parle pas de la préhistoire mais dans l'histoire des grandes civilisations puisque c'est un des thèmes qui revient le plus souvent dans la sculpture mésopotamienne.
12:54 aller voir la porte d'Istar où on a des fantastiques musées à Berlin, Pergamon. Parce qu'il y avait beaucoup d'espions. On ne dit pas d'espions, on dit archéologues. Dans les endroits à risque comme ça, comme le Proche-Orient, dès le début. Vous savez, Lawrence d'Arabie, vous avez entendu parler, c'était un des plus grands espions de Sa Majesté. c'est lui qui a induit à peu près toute la situation d'aujourd'hui. De jouer à fond les identités locales, de jouer les Arabes contre les Turcs.
13:25 À l'époque, c'était les Turcs, l'ennemi, vous savez, pour les Anglais. Donc, de jouer le nationalisme arabe, c'est lui qui a créé l'Arabie Saoudite, pratiquement, qui a réuni les tribus de Bédouins. Vous voyez, quand je dis des espions, ils ont le droit, c'est pas péjoratif, il est classe, Lawrence d'Arabie, enfin voilà. Donc, les Allemands, eux, chacun avait son terrain d'élection. La France, c'était l'Égypte, Champollion, le prestige, le déchiffrage, le musée français d'Alexandrie. L'Égypte était anglaise, mais la culture était française. J'ai entendu le représentant égyptien à la Banque africaine de développement à Abidjan, qui m'avait dit un jour, dans les années 70, M. Pagani, mais s'il y avait une volonté politique en France, tout le monde parle français en Égypte du jour au lendemain.
14:07 Intéressant, on parle anglais comme ça parce que c'est pratique, mais le prestige, chez nous, c'est le français. C'est vieux, c'est 70. Comme la volonté politique n'est pas venue depuis, je ne sais plus s'il y a la même ardeur. Voilà. Et puis les Allemands, c'était la Mésopotamie. Donc, le griffon est une forme qui revient souvent. Mais, ce qui m'intéresse là, c'est ce mouvement quasi dialectique entre le haut et le bas. Voilà, c'est ça. Faire monter le griffon de la mer.
14:38 Bonsoir. Le retour du refoulé, on dirait en psychanalyste, par exemple. Par exemple. Vous voyez, en tout cas, ça ne le contredit pas du tout. Parce que ce qui remonte, c'est le refoulé. Vous voyez, remonter, essayez d'enfoncer un ballon ou une balle à votre gamin quand il prend son bain, les gamins en bas âge. un ballon dans l'eau, dès que vous le lâchez, pouf, il vous saute à la figure, le ballon. Vous voyez, c'est ça le retour du refoulé. C'est rarement calme et ça prend souvent une forme monstrueuse. Mais pas du tout, moi je suis un mec bien, je suis un type sympa, équilibré.
15:10 Je vois, je ne sais pas, j'apparais comme un monstre. Faire monter le griffon de la mer, connais-toi toi-même, et faire descendre la grue du ciel. Peut-être sans doute, je ne sais pas, par exemple, faire passer l'essence du monde des idées de Platon à l'existence. De faire en sorte que le royaume de Dieu, là je le mets dans le champ religieux, n'est-ce pas, ne soit plus seulement un au-delà qui n'est pas de ce monde, justement, mais qu'il fasse une descente ici-bas, cette descente qui clôt le Nouveau Testament, cette extraordinaire fin de l'Apocalypse, où après une série de catastrophes ahurissantes dont l'Orient a le secret, avec des métaphores épouvantables, l'étang de soufre, le grand Satan qui chute comme ça, le voici vaincu, le serpent ancien qui accusait nos frères devant l'Éternel.
La descente du royaume : Apocalypse et femme adultère
16:06 Cette religion dont on dit tout le temps qu'elle est judéo-périté, chrétienne, c'est-à-dire culpabilisante, mais quel contresens, c'est vraiment des ignars qui disent ça, des sous-nietzschéens, pas Nietzsche, Nietzsche est subtil, mais enfin, vous savez, je fais souvent la différence entre Nietzsche et l'usage frauduleux de Nietzsche pendant la guerre froide. parce qu'il y a un néo-paganisme très à la mode, vous savez, qui veut en finir, le culpabilisme, j'invente ce mot, judéo-chrétien, alors que c'est une religion, enfin, je ne sais pas, tout le monde connaît l'histoire de la femme adultère, le Christ intervient pour dire arrêtez avec vos morales traditionnelles culpabilisantes, ou alors, si vous êtes vierge immaculée, vous pouvez à la rigueur lui jeter un caillou, et tout le monde se barre honteusement, c'est pas, et on s'arrête là quand on raconte l'histoire, il ne faut pas, la suite est encore plus scandaleuse par rapport à la morale traditionnelle, quand il est en tête-à-tête avec la nana, pardon, avec Marie-Madeleine, qu'est-ce qu'il lui dit ?
17:04 Quelqu'un le sait peut-être ? Va, et ne pèche plus. Pardon ? Il dit va, et ne pèche plus. Oui, mais avant, ça c'est la conclusion, bravo. Où sont tes accusateurs ? Eh, mais tu connais, ça me fait plaisir. Bande de mécréants quand même, heureusement qu'il y en a quelques-uns qui sauvent l'honneur. Femmes, où sont ceux qui te condamnaient ? Je ne sais pas, va, je ne te condamne pas non plus. C'est pas je te pardonne, ça impliquerait qu'il faut, je ne trahis pas le texte. Je ne te condamne pas non plus.
17:34 Si vous voulez qu'on enfonce encore le clou, il dit aux pharisiens, vous, vous jugez selon la chair, moi je ne juge personne. C'est quand même des phrases qui sont tellement à l'envers de ce qu'on nous dit. La culpabilité judéo-chrétienne, ça met un peu les choses au point. Voilà. Je ne défends pas le christianisme, n'est-ce pas ? On oppose beaucoup le christianisme et l'islam en dehors même des enjeux politiques. Ça demande beaucoup, faire abstraction de beaucoup de choses. Mais admettons même qu'il y aurait un différend, je ne sais pas moi, culturel, religieux.
18:04 J'ai tenté que tout ça soit séparable, ce que je ne pense pas. Mais admettons, n'empêche que j'ai vécu mes dernières années en Afrique subsaharienne dans un pays à 98% musulman qui s'appelle le Niger. qui est occupé par le grand désert en arabe sahara, dans ses deux tiers au nord. C'est un islam de l'Afrique noire, pardon de ne pas parler politiquement correct, mais les Africains disent les blancs, ils ne disent pas, les euro-asiatiques, ou les afro-américains.
Ibn Battuta, l'islam africain et le centre musical du Niger
18:39 C'est un islam beaucoup moins contraignant, n'est-ce pas, que dans, soit dans les pays du Golfe, soit dans, soit dans certains endroits du Maghreb. Et, il y a le côté africain. Je rigole parce que je pense à Ibn Battuta, c'est le premier historien arabe qui raconte l'histoire de cette région, de l'Afrique noire. C'est le premier par lequel l'Afrique noire entre dans l'histoire. On a une trace écrite, immense voyageur, géographe, géographe entre autres compétences, qui est donc le premier, qui au XIVe siècle, traverse le grand désert et arrive dans l'endroit qui correspond maintenant actuellement aujourd'hui au Mali et au Niger.
19:14 Vous allez voir pourquoi je ris, excusez-moi. C'est qu'il est admiratif, il voit des villes admirablement policées, au Mali en particulier, à Tombouctou, Gao, c'est affreux de dire ça maintenant, ou depuis la connerie qu'on a faite en Libye, c'est la mort et la désolation. C'est quoi ? Enfin, passons sur la manière. C'était des endroits où vous pouviez amener votre femme à 3 heures du matin et être plus en sécurité qu'un samedi soir à Saint-Germain. Maintenant, c'est enlevé, prise en otage, ou mitraillé dans son hôtel dès qu'on s'assied.
19:47 Donc, il est très admiratif. Il voit des vendeurs d'or qui sont d'un scrupule sur le poids, sur le calcul de l'alliage de l'or. Il voit le couvre-feu à une heure bien régulière à la tombée du soleil. Et il dit, et c'est ça qu'il bluffe, lui, il dit les noirs et les blancs. Les blancs, c'est lui. Lui, il vient de Kairouan, en Tunisie. Il est passé par le Maroc. C'est grâce aux armées almoravides du Maroc.
20:21 Dont Marrakech, c'est la capitale, quelque part, que l'Afrique noire s'est islamisée. Et il est très admiratif de leur piété. Ça le frappe beaucoup comme musulmans. Ils attachent leurs enfants jusqu'à ce qu'ils connaissent le Coran par cœur. Les noirs, vous voyez. Ils vont me dire, il ne faut pas pourquoi tu t'esclaves en disant ça. Non, ce n'est pas ça qui est rigolo. Il dit, il y a une chose que je n'apprécie pas chez eux.
20:51 Il y a quand même quelque chose qui lui plaît. Il a vu rentrer 30 favorites, quasiment à poil pour parler français, dans le palais du sultan. On voit la différence Afrique noire, en fait du noir. Quand même, ce n'est pas sérieux. Un rapport au corps qui est un peu différent. en Afrique subsaharienne, en Afrique du Nord. Jusqu'en Corse, c'est tout ça. Je ne suis pas en train de jeter la pierre dans les amis du Maghreb. Donc, je finis encore quand même ma petite parenthèse là.
21:27 Je connaissais un pêcheur corse à Calvi. Une amie française qui avait eu le malheur d'épouser un pêcheur corse à Calvi. Je vais encore me faire allumer. et elle voulait envoyer leur fille au collège. Le mari s'enquietait son filet comme ça. Si tu l'envoies au collège, le collège, c'est le bordel. Si tu l'envoies au collège, tu vois, le fusil au mur, il est pour toi. C'est pas si vieux. Je ne suis pas né sous Vercingétorix. Voilà.
21:58 Ibn Battuta traverse et voit des régions policées déjà à l'époque. Alors, je résume tout ça parce que je reviens à mes rapports du haut et du bas à la transcendance. Là, je viens de montrer que l'opposition du christianisme et de l'islam, j'en étais là avant, ma longue parenthèse, ma longue digression, de l'islam, c'est au Niger que j'ai découvert vraiment l'islam au quotidien.
22:35 Et je travaille dans le domaine musical, une école de musique fondée grâce à vos impôts puisque c'est l'Union européenne qui payait, j'ai jamais gagné autant d'argent. Si vous critiquez l'Union européenne, c'est mon carré. Vous diriez, il y a une exception une fois, elle a fait une faute, une chose intelligente, c'est de payer Pagani pour faire ce centre musical. C'est un centre de formation musical. En fait, c'était malin parce que les bailleurs de fonds, comme disent les Africains, ils aiment bien les expressions archaïques des Africains. Ils ne disent pas la finance internationale ou les organisations multilatérales, c'est un peu abstrait.
23:07 Ils disent les bailleurs de fonds. Ils aiment bien. La culture, ça ne coûte pas cher. On va dire un paganiste en occupant. Une autoroute transnationale, ça, ça coûte cher. Allez vous faire voir. Allez chercher tout le charbon qu'il y a sous le sol. Au Niger, il y a des gisements de charbon gigantesques dans tout ça. Ah non, non, ça troublerait les équilibres naturels. Les coopérants écolos, pas question. Pas question. Alors que c'est un pays qui crève.
23:37 Le peu d'arbres qu'il y a disparaît parce que c'est le bois de chauffe qui est encore la principale source d'énergie. Vous voyez ce que je veux dire. La corvée des femmes, c'est l'eau et le bois à porter, à ramasser des branches dans un pays où il n'y a pas d'arbres. Et où il n'y a pas d'eau. Voilà, il faut que je me calme. Eh bien, j'avais un collaborateur nigérien, national, qui était le directeur national du centre de formation qui avait une triple fonction de conservatoire. Mais c'est une révolution dans le pays parce que ce n'est pas la France, ce n'est pas l'Europe.
24:10 là-bas, ils n'ont pas de quoi acheter une corde de guitare. Je veux dire, il n'y a pas à compter sur la maison, sur un piano à la maison, encore moins. il fallait qu'on importe tout le matériel musical. C'était émouvant de voir les jeunes africains en haillons parce que c'était, je l'avais mis dans un quartier populaire. Je veux dire, je ne tenais pas à avoir des enfants d'expatriés seulement dans mon centre. faire la queue près des studios où il y avait des pianos pour travailler. Des gamins qui n'avaient jamais connu qu'à l'époque Vanessa Paradis ou la soupe que RFI envoie comme glorieuse représentation de 15 siècles de musique occidentale.
24:47 Et qu'est-ce que j'ai dit ? Il faut que je me calme. Non, mais j'ai souvent croisé des hommes d'affaires là-bas qui me disaient « Et vous vendez quoi, vous, ici ? » On ne dit pas « Qu'est-ce que vous faites comme métier ? » On ne dit pas « Vous vendez quoi ? » Alors je dis « Je m'occupe de musique prudemment. » Oh, ils ont de musique dans ce pays. Le mec, il n'avait que Julio Iglesias chez lui et puis, je ne sais pas, un ou deux succès de Dance Boys. Voilà. Et or, ce collaborateur qui a pu obtenir une bourse par l'Europe pour aller à Strasbourg devenir le premier musicologue au Sahel, ethnomusicologue diplômé, je veux dire, habilité à faire des recherches et être docteur, me disait que quand il était jeune, avant que j'aille au Niger, c'était dans les années 80 à peu près, il avait assisté à des autodafés, non pas de livres, ce n'est pas une culture écrite, d'instruments de musique traditionnels faits par les imams.
25:47 Vous voyez, le christianisme à son inquisition, l'islam luttait contre des instruments qui étaient liés à des rites, je ne sais pas moi, d'anthropophagie, je ne suis pas en train de défendre, je veux dire, l'islam a eu un rôle civilisateur exactement, donc on les oppose, mais en fait, ils ont la même fonction par rapport au paganisme précédent. Voilà. Ça, pour mettre des choses au point. Alors, le haut et le bas, j'en étais là, faire monter, c'est ça mon fil, le griffon de la mer et faire descendre la grue du ciel, essayer de tenir en même temps, le haut et le bas.
Tomber vers le haut : Hölderlin et l'Aufhebung
26:23 Et j'ai un autre exemple, vous allez voir pourquoi je comprenais sur ces exemples, je vais théoriser cette manière de faire juste après, mais je préfère commencer par le concret, par des exemples singuliers, je veux dire. Oui, dans le dernier, chez le poète vous avez là aussi, ça pourrait être un aphorisme, mais en fait, c'est l'extrait d'un texte théorique auquel il se risque dans ces quasi-dernières années avant l'effondrement dans la folie, où il dit on peut aussi bien tomber vers le haut que vers le bas.
26:55 Et pour quelqu'un qui est mort fou, c'est... Je ne prononce pas sur la folie, je dis ce qu'on dit, je ne suis pas spécialiste. Je dis ça parce que certains de ses amis, comme Sinclair, partisan enthousiaste de la Révolution française, disaient que c'était une manière pour Hölderlin de se protéger contre les flics de la restauration qui recherchaient tous les partisans de la Révolution française. Je vous le dis. Enfin, on a comme quelques témoignages qui étaient dans un sale état.
27:28 Donc, il disait on peut aussi bien tomber vers le haut que vers le bas. et vous retrouvez ça dans des radicaux linguistiques que tomber, vous le retrouvez dans le même radical que dans le tumulus. Or, le tumulus, c'est plutôt une bosse qu'un creux. Le creux, c'est la tombe, la bosse, c'est le tumulus, c'est le même radical. Et vous trouvez chez deux auteurs qu'on associe rarement, Hegel et Freud, la même fascination pour dans les langues, en particulier en allemand, parce que c'est leur langue commune.
28:01 Vous le devinez, pour ceux qui sont bien au courant, les mots qui expriment une contradiction réelle. Le plus célèbre étant Antoine, je suis sûr que tu veux laisser la parole aux autres et que tu le sais. D'un mot qui exprime en allemand quelque chose de contradictoire. Oui, merci. qui veut dire en même temps supprimer et conserver, dites-donc. Ou je supprime, ou je conserve.
28:35 Oui, mais comme dit Hegel, le fruit accomplit la fleur. Le fruit est l'accomplissement de la fleur. Mais au prix de la supprimer, pour que le fruit apparaisse, il faut que la fleur, malgré sa beauté, disparaisse. Qu'elle ne se contente pas d'un bling-bling d'apparence, mais qu'elle devienne enfin utile. C'est moi qui rajoute ça. J'ai du libertinage. Oui, ça veut dire ça. Supprimer au sens d'accomplir.
Accomplir la loi : l'Évangile et Rousseau
29:06 Et je reviens au christianisme. J'ai dit que cette méthode-là, je passe d'un exemple à l'autre, mais pour tourner autour du même pot. Lorsque les pharisiens qui suivent le Christ à la trace pour le piéger, pour faire dire la phrase qui va servir à le condamner, par exemple, quand ils se reposent un samedi à manger des épis de blé dans un champ qui a déjà été moissonné, les pharisiens disent tes apôtres mangent des épis le jour du sabbat.
29:38 Christ répond le fils de l'homme est le maître du sabbat. On s'en fout de vos règles. C'est dur quand même. Mais ce n'est pas ça que je veux citer là. C'est quand on le piège. J'essaie de retrouver la citation exacte. Oui, c'est ça. Quand il dit quand on frappe sur une joue, il faut tendre l'autre joue. Vous connaissez ça.
30:08 C'est célébrissime. Il s'oppose complètement à la loi de Moïse, à l'Ancien Testament, dans laquelle on dit œil pour œil, dent pour dent. Et c'est ce que lui disent les pharisiens. Moïse nous a dit œil pour œil, dent pour dent, et toi tu dis qu'il faut tendre l'autre joue. Vous voyez ? Et Jésus répond je ne suis pas venu pour abolir la loi, pardon de rire, mais pour l'accomplir. C'est malin ! Comme je viens de vous le dire, l'accomplir, c'est la supprimer. On n'a plus besoin. Et d'ailleurs, je vais vous citer sa réponse jusqu'au bout, parce qu'elle inaugure une fonction historiale, si je puis dire.
30:44 C'est rare que j'emprunte des mots à un fieffé nazi comme Heidegger. Enfin, je le fais là. Non, mais c'est vrai, je... Je suis un peu malhonnête d'autrefois parce que j'évite ce concept pour ne pas lui devoir quelque chose, mais enfin, il est bien trouvé, historial, pas historique. Vous allez comprendre tout de suite. Je prends un autre exemple pour y revenir tout de suite à celui-ci, c'est quand Rousseau dit c'est vrai qu'il y a des hommes nés pour commander et des hommes nés pour obéir. C'est ce que Aristote écrit, mais il prend l'effet pour la cause.
31:15 Car s'il y a des hommes esclaves par nature, c'est qu'ils ont été faits par esclaves contre nature. Donc, Rousseau rétablit l'histoire. Il n'a jamais fait des bouquins d'histoire. C'est pour ça que je dis que c'est historial, ce n'est pas historique au sens où Voltaire écrit le siècle de Louis XIV, qui est une très belle monographie historique. La force a fait les premiers esclaves toujours dans le contrat social. Leur lâcheté les a perpétués. Vous voyez, ça reprend un peu La Boétie, ça vous regardez bien.
31:48 La force a fait les premiers esclaves. Pourquoi pas ? Le glaive sur la gorge à la bataille, quand on me demande si je préfère mourir ou si je préfère servir, je deviens esclave. Mais enfin, on a perdu un grand esclave rebelle ces jours derniers. Je pense à Kirk Douglas. Je suis sûr que tu allais apprécier. Médier est un grand cinéphile. Oui, vous savez, son rôle le plus célébricime, c'est Spartacus qui joue admirablement. C'est rare que Kubrick fasse un péplum.
32:18 Vous voyez, quelle réussite. Oui, Crassus, à lui seul, un des hommes du triumvirat avait 10 000 esclaves. Écoutez, si vous n'arrivez pas à vous rebeller avec ça, le maître, il est un peu en position de faiblesse. Vous savez, c'est comme la dette. Vous savez, vous avez un million de dettes, vous êtes en mauvaise posture. Vous avez un milliard de dettes, c'est votre créancier qui est en mauvaise posture. Vous voyez, faites circuler. Ça fera du bien à la banque centrale, c'est-à-dire à la Bundesbank.
32:50 Donc, je reviens au Christ et à sa réponse. Il dit, oui, Moïse a dit, œil pour œil, dent pour dent, mais c'est parce qu'à l'époque, vous aviez le cœur dur. Donc, il introduit une dimension historique, c'est-à-dire, maintenant, on peut déposer cette loi. Et ailleurs, il dit, tel Moïse, éleva le serpent dans le désert. Ainsi, faut-il que le fils de l'homme soit élevé. Vous voyez, je suis en train de tourner autour du pot.
Centre et périphérie : La Promenade de Hölderlin
33:21 Alors, maintenant, j'explique pourquoi cette méthode tourne autour du pot. Et là, on va arriver presque au cœur de notre session d'aujourd'hui. Pénultième stade des rapports substance-sujets. Pourquoi on ne fonce pas immédiatement sur le pot ? Vous voyez, c'est la question qui nous brûle les lèvres. Pourquoi je suis tout le temps en train de... Hop, on croit y arriver, je fais une nouvelle digression, on ne vient jamais au centre. Je vais faire un dernier détour pour vous faire comprendre.
33:51 Mais cette fois, ce n'est pas un détour par le thème que je viens d'illustrer, par le haut et le bas, mais par celui qui nous préoccupe dans la question que je viens de soulever, celui du centre et de la périphérie. Philippe Moreau avait eu la gentillesse de venir en compagnie d'Hugo à Mont-Domé-Sille pour préparer un cycle sur nature et paysage, si vous vous souvenez bien. Et j'avais fait défiler plusieurs extraits de Hölderlin, dont un qui s'appelle La promenade, un poème de l'époque dite de la folie.
34:32 Paradoxalement, les poèmes de la folie sont beaucoup plus clairs que ces avant-derniers textes. Il y a quelque chose de dénoué. D'ailleurs, il paraît qu'il répétait tout le temps cette phrase chez le menuisier, il ne m'arrive rien. Il ne m'arrive rien. Quelque chose, c'est dénoué. Mais à quel prix ? Et donc, ce poème s'appelle tout simplement La promenade. Comme beaucoup de ces poèmes de la fin, c'est des textes d'une simplicité presque comme les peintres naïfs. Vous voyez, un peu comme le Verlaine qui dit le ciel par-dessus le toit, si bleu, si calme. Vous voyez, avec ses couleurs fondamentales, simples.
35:09 Et dans ce poème, il commence par dire, par exprimer tout simplement ce qui s'offre à ses yeux et à ses sens pendant la promenade. Ô forêts si joliment peintes. Vous voyez, peintes comme si c'était sur une surface comme ça. Splendides images du paysage que je hante. Et puis, ça se termine par un crescendo et là, j'y viens au centre et à la périphérie. Ce crescendo tient sur une seule phrase. Souvent, la divinité nous guide.
35:42 Amical. Avec je le pense en allemand, je traduis un instant, avec du bleu pour commencer, puis des nuages qu'elle arrange d'une forme arrondie et grise, puis, vous voyez, il y a un crescendo, les nuages, les champs, les coups de tonnerre et la beauté qui sourd, le verbe sourd, mais sur les bords de l'image toute première, point final.
36:12 À la fin, on ne voit plus rien. Vous voyez, il y a une limite. On ne va que jusqu'aux franges. Selon la traduction, c'est les bords, les franges. Et la beauté qui sourd. C'est sourd, c'est le liquide qui vient d'en bas. Chez Rimbaud, vous trouvez la jeune fille et la lèvre d'orange, les genoux croisés dans le clair déluge qui sourd, des prés. et bien, cette périphérie, on ne peut pas aller au-delà. Il y a un interdit.
36:42 C'est ça que je voudrais aborder aujourd'hui. Comme si on refoulait. On était attiré par le centre. Tout notre travail était d'aller vers ce centre de l'énigme, comme on dit le pot aux roses, vous voyez, en français. Et quelque part, mes hésitations ne sont que le reflet de la difficulté qu'il y a d'aller directement au but. Il faut y aller par essais successifs. Voilà pourquoi. Là, j'emprunte un concept à Lacan. Vous savez, je ne me situe pas entièrement dans le champ freudien, tant s'en faut, ni même lacanien, même s'ils sont de immenses avancées.
37:16 Mais, chez Lacan, il y a un concept très opératoire qui est la chaîne du signifiant. Vous voyez, je me sais, je vais d'un signifiant à l'autre en renvoyant tout le temps le signifié à plus tard. C'est ce centre-là. Alors, c'est là que j'en arrive au savoir absolu. D'abord, évitons un malentendu. Enfin, par contre, l'Hégel, c'est le mégalo qui croit que c'est il sait tout.
Le savoir absolu et les vérités éternelles chez Descartes et Spinoza
37:47 C'est une vision un peu naïve de l'hégelianisme. Il n'avait jamais prétendu rivaliser avec les mathématiciens français qu'il cite dans sa grande logique qui sont les sommets des mathématiques de l'époque. je pense à Lagrange, par exemple. Il y a un autre, elle, qui est très important à l'époque, Laplace. C'est celui qu'il cite le plus. Mais il n'a jamais pensé qu'il savait plus que dans ce domaine-là. Pas un idiot.
38:17 Mais que veut dire le savoir absolu ? Ça veut dire quelque chose qui est accessible à tout le monde et pas seulement à M. Hegel. La preuve, c'est qu'il passe son temps à le transmettre en pédagogue. au point que la plupart des œuvres de Berlin sont les notes de ses élèves qui sont validées par lui. Mais enfin, ce n'est pas lui qui a écrit. Et le savoir absolu, c'est le stade où en arrive la modernité, j'y reviens, issue des craquements dont j'ai parlé, qui ont fait s'écrouler notre relation.
38:51 Maintenant, je résume tout ce qu'on a dit ces dernières séances. Là, je vais au centre. toute notre relation substantielle au monde pour remplacer la substance par le sujet. Jusque-là, depuis l'apparition de l'homme, le sujet était aliéné dans la substance. Je vais vous prendre un exemple que j'avais déjà cité. C'est pour ça que tout à l'heure, je faisais semblant de vous en vouloir de ne pas être assez cumulatif. Vous avez autre chose à faire. Et puis, j'ai des lacunes.
39:21 Mais tout de même, regardez Descartes. Il y a un différend entre Descartes et Spinoza. Je ne sais pas si quelqu'un se souvient, je l'avais déjà évoqué une fois. Il y en a plusieurs, mais il y en a un qui est célèbre, qui est classique des études universitaires. C'est le rapport au concept des vérités éternelles. Vous savez ? A égale B, implique B égale A, ça fait partie de ce que Descartes tout aussi bien que Spinoza, toute la philosophie classique, l'apogée de la métaphysique occidentale, avant qu'elle soit pratiquement ruinée par Kant.
39:58 Ça s'appelle les vérités éternelles, ça. C'est pas vrai le lundi et faux le mardi, c'est pas vrai à Tombouctou et faux à Abidjan. La différence, elle n'est pas là. Elle est où ? Victor, je pourrais la formuler, peut-être, la différence ? Par rapport à Dieu, je parle. pour Descartes, les vérités éternelles, elles sont vraies que parce que Dieu les a voulu le conteneur. Alors que ? Pour Spinoza, c'est l'inverse. Et voilà. Pour Spinoza, ces vérités sont tellement fondamentales qu'elles s'imposent même à l'entendement divin.
40:32 Quand Dieu pense, la somme de 2 et 3, il trouve 5. D'accord ? Descartes dit non. Non, non, non. Dieu fait ce qu'il veut. C'est le Tout-Puissant. Il ne peut pas être contraint par la somme de 2 et 3. C'est extraordinaire comme raison. D'accord ? C'est là qu'on voit que l'enjeu n'est pas proprement philosophique. Il n'est encore moins scientifique. D'accord ? Vous voyez bien qu'il est... Je parle de l'inconscient, l'idéologie.
41:05 J'ai dévié sur Descartes quand j'ai parlé d'aliénation. Vous avez remarqué. Parce que Descartes accorde plus d'importance à la liberté ici que Spinoza. D'accord ? Même un poète réactionnaire. Réactionnaire, il y a bien pire. C'est une grande figure de droite. Catholique, je pense à Péguy. Même un immense poète. Même un poète comme Péguy dit... Descartes, pourtant, les livres n'aiment pas Descartes. Descartes, c'est ce cavalier français qui est parti d'un si bon pas.
41:37 Vous voyez ? C'est l'histoire de la liberté du sujet qui commence. Une chose est vraie parce que je la pense cogito et non pas parce que la nature ou Dieu me l'impose. Eh bien, cette liberté humaine, Descartes ne va pas jusque là, il est encore une époque où la liberté de l'homme ne se pense pas comme telle, mais étant, on n'est pas à la révolution française, mais est aliénée en Dieu. Dieu est là. Vous voyez ? C'est ça, le rapport substantiel au monde. C'est ce qui m'est propre, je le mets dans un autre, alius en latin, que moi. Je crois que je suis clair.
42:08 C'est ce rapport-là, aliéné, qui faisait qu'on disait il pleut. Pardon, on continue à dire il pleut, mais à l'époque, on croyait vraiment qu'il y avait une personne car c'est un pronom personnel, il. Pour conjuguer, pardon, des modes impersonnels comme il pleut. Parce qu'à l'époque, on disait que c'est une divinité qui faisait pleuvoir, une personne, donc, vous voyez. Or, le monde s'est peu à peu désubstantialisé. Pas pour tout le monde, pas pour les papous de Nouvelle-Guinée.
42:42 Pendant qu'on parle, il y a des papous qui sont en train d'attaquer un village voisin pour faucher deux ou trois femmes. je ne dis pas ça contre eux. Toutes les sociétés ont commencé par le rapte des femmes. Ben oui, l'enlèvement des sabines. Si vous connaissez l'histoire romaine, ça commence par l'enlèvement des sabines, des villages à côté, des sabines. Il faut être pratique dans la vie. Je n'ai pas dit que ce qui est pratique, c'est d'aller faucher les femmes du voisin. Je ne vais pas dire ce que je n'ai pas dit. Je suis en train de dire, on est tellement habitué dans nos macro-sociétés où il y a le choix.
43:17 Place comme Paris, ça va. Mais quand on est, allez, pour simplifier, 100 au fond de la forêt, une petite tribu, une centaine, je suppose, pour simplifier, 50-50 hommes-femmes, j'exclus, dans mon accès possible aux femmes, celles qui sont trop jeunes, celles qui sont trop vieilles. J'exclus celles qui sont déjà mariées. J'exclus celles qui sont exclues par la prohibition de l'inceste, qui varie d'une culture à l'autre, mais qui est toujours présente. C'est-à-dire, des fois, je crois que je suis au troisième degré, des fois, peu importe.
43:47 Il ne reste pas grand-chose. Vous comprenez pourquoi on va chercher les femmes d'à côté ? Eh bien oui ! Pour montrer que le réel est rationnel, comme dit Hegel. Il est peut-être cruel, ce coup. Mais il a une raison d'être. Rationnel veut dire ça, ça ne veut pas dire c'est bien. Ça veut dire les hommes ne sont pas idiots. L'immense Montesquieu, au XVIIIe siècle, avait déjà dit dans l'admirable préface à l'esprit des lois, quand j'ai examiné les hommes, je me suis aperçu qu'ils n'étaient pas uniquement guidés par leur fantaisie.
44:22 À chaque époque, les lois correspondent à quelque chose. Bon, voilà. D'ailleurs, le Christ même le dit, ce qu'il dit, je vous l'ai dit tout à l'heure. Oui, œil pour œil dent pour dent, c'était la loi avant, maintenant, on n'a plus besoin. Parce que vous aviez le cœur endurci à l'époque, sorti à peine de la barbarie. Merci Romain. Voilà. Donc, j'ai résumé l'essentiel. nous avions un rapport qui s'est petit peu à peu dans certaines régions du monde, c'est pour ça que je parle de la Nouvelle-Guinée par opposition, mais qui potentiellement est à la portée de tout homme.
44:56 Un néo-Guinéen naissant demain et étant élevé à Chicago, je veux dire, il aura un rapport au monde moins substantialiste, moins animiste, bien sûr, que s'il est élevé au fond de la jungle de Nouvelle-Guinée, qui est une des plus impénétrables qui soit, ce qui est à la fois le handicap de la jungle et de la montagne. Et, c'est un des sommets au niveau esthétique des peintures sur le corps, les papous, je le dis au passage.
Le christianisme désubstantialise le monde
45:26 Et, ils ont une musique beaucoup plus complexe qu'on ne croit, polyphonique par moment, mais ne nous égarons pas. Donc, ce qui est le plus, un des facteurs qui a le plus contribué à désubstantialiser notre rapport au monde, c'est précisément la religion de l'Occident, le christianisme. À partir du moment où vous dites mon royaume n'est pas de ce monde, à partir du moment où vous dites que Dieu n'est pas là, mais il est au-delà, notre rapport au monde se laïcise.
46:03 On peut exploiter la forêt, on peut faire un petit barrage sur la source pour donner de l'eau au village parce que la source, ce n'est pas des nymphes, c'est H2O. Vous comprenez que Descartes ne pouvait... Descartes, c'est une métonymie, l'approche scientifique du monde. Ne pouvait apparaître que dans un monde dé... Je me fais mal à dire dé-paganisé, si vous voulez. C'est pas ? Un monde désanimé, si j'ose ce barbarisme. Parce qu'avant, tout a une âme, justement.
46:35 Il y a compris ça, Donc, vous voyez, désubstantialiser, désanimer, rendre à l'inertie ce qu'on croyait à un moment donné vivant. Je prends souvent l'exemple, je continue, je vais me tourner autour du pot, des enfants, lorsqu'ils se cognent à une table, et à qui les parents, n'est-ce pas, frappent ostensiblement à la table de veuille en disant la table est méchante. C'est le moyen idéal, n'est-ce pas, d'ancrer l'aliénation animiste dans la tête de l'enfant, de croire que la table est méchante.
47:10 Vous voyez, par exemple, nous avons spontanément ce rapport-là au monde. Il est beaucoup plus spontané que le rapport rationnel. Forcément. Alors, là où j'en arrive, j'en arrive à la dernière partie de mon plan où je dis qu'à partir si vous regardez bien, il y a, allez, je vais vous donner la référence. C'est pour ça que je suis content qu'on ait évoqué l'énorme et superbe travail de référencement fait par Stéphane, pardon de te faire rougir, Stéphane, dans son si beau bordereau, qui a repris quand même six ans pratiquement de causerie de deux heures chacune en moyenne mensuelle.
47:56 et pour que vous les consultiez d'une manière interactive et rapide. C'est-à-dire que si ce qui vous intéresse dans mon bavardage, c'est uniquement, je ne dis pas que je parle de Mallarmé, au hasard, vous mettez M, A, deux, L, vous allez tomber tout de suite grâce à lui sur tous les passages 15 minutes 08 secondes où je parle de Mallarmé. Ce n'est pas un travail fantastique. Eh bien, je vous renvoie à la vidéo qui est libellée 3, 2, c'est-à-dire 3ème année, 2ème atelier, 2ème mois.
L'alternance entre romantisme et formalisme depuis la Révolution
48:29 Dans laquelle, c'est pour ça que je suis content qu'il y ait de nouveaux visages pour pouvoir le répéter à leur intention, n'est-ce pas ? Et je suis sûr que les anciens vont dire c'est ça maintenant que je comprends. on m'avait posé une question de revenir sur, j'avais évoqué le fait que depuis la Révolution française jusqu'à maintenant, je ne sais pas si certains s'en souviennent, il y avait une alternance dans le monde de la création poétique, je prends un mot un peu prétentieux, mais pour ne pas dire littéraire seulement, c'est valable aussi en musique, c'est valable en peinture, c'est valable dans l'on.
49:07 Voilà, esthétique, je me méfie parce que c'est plutôt la partie de la philosophie qui s'occupe de l'art, c'est différent, je parle des créateurs, il y avait une alternance entre une poussée romantique, le romantisme arrive avec la modernité, c'est l'expression, la première expression chronologiquement de la modernité, l'explosion. Attention, quand je dis le romantisme, je ne fais pas seulement allusion au romantisme français qui est censé commencer en 1821 avec les méditations poétiques de Lamartine, c'est comme ça dans les manuels, qui se termine en 1853, le 31 décembre à minuit, j'en rajoute un peu, avec l'échec des Burgraves de Hugo, on prend en général cet échec pour mesurer le fait que le romantisme est passé de mode, lui qui remplissait les salles il n'y a pas si longtemps, ça ne passe plus, on passe après au réalisme, enfin, au symbolisme les trois grands mouvements qui ponctuent la littérature du 19e siècle.
50:03 Je suis très scolaire là. donc, depuis, ça c'est le romantisme au sens très limité, par exemple, le romantisme allemand qui est de loin celui qui est le plus fécond en modernité, en pérennité, puis de toute façon, c'est l'originel, l'allemand comme l'anglais, mais surtout l'allemand, puisque Mme de Staël, vous savez, a dit, la lumière nous vient du nord, quand le romantisme a commencé, ça avait commencé d'abord, j'ai dit que ça commençait en France en 1821, officiellement, avec les méditations poétiques de Lamartine, avant qu'il fasse des méditations politiques, puisqu'il a été chef du gouvernement provisoire après la révolution.
50:43 Donc, en 1821, tous les romantiques allemands sont déjà morts, fous ou suicidés, presque, presque tous. Le romantisme, c'est donc une plus grande extension que celle qu'on entend généralement dans un sens restreint. Et puis, il y a un romantisme au-delà du monde de la création littéraire et artistique, il y a un romantisme juridique, il y a un romantisme historique, regardez Michelet, il a des côtés romantiques, Michelet, Catherine. Il y a un romantisme militaire.
51:14 Vous regardez le portrait de Bonaparte au pont d'Arcole, peut-être que tout ça est arrangé, légende, comme on dirait aujourd'hui. Parce que les grands stratèges de l'histoire, nous en faisons partie, ce n'est pas ceux qui se jettent sous la mitraille comme ça. C'est ceux qui décident quel modèle de godasse vont porter les bidasses. C'est ça qui décide des batailles. N'oubliez pas que lorsque l'armée française a vaincu toute la coalition des émigrés à Valmy, on les appelait des armées des va-nu-pieds et des savetiers.
51:47 N'oubliez pas. Oui, en motif militaire, la figure de Bonaparte va rester une référence. Regardez la fameuse lettre de Hegel, à Niethammer, son ami, lorsqu'il met le point final à la phénoménologie en 1807, au moment où Napoléon entre dans la ville à Iéna. Ça ne s'invente pas des choses comme la sienne. Il devait y avoir une partie de légende, ce n'était pas au moment où il a mis le point final, mais c'est vrai qu'il a assisté à l'entrée de Napoléon à Iéna.
52:17 La Prusse est foutue là pour longtemps, après l'écrasante défaite d'Iéna. Cette fameuse lettre où il dit « J'ai vu l'empereur, cette âme du monde. » Cette âme du monde. Vous voyez, il y a un romantisme, un militaire qui, de son cheval, domine le monde. Toute l'intelligentsia allemande attendait avec impatience l'arrivée des forces de la Révolution française qui allaient les débarrasser. Je parle de ce qu'ils avaient dans leur tête. Des hobereaux, des grands ducs et des petits ducs et des princes.
52:50 Voilà. C'est l'époque où il y avait 400 États différents en Allemagne avec des archaïsmes juridiques qui remontaient avant Charlemagne. Voilà. Vous savez que Napoléon, d'une signature, a mis fin au Saint-Empire romain germanique. j'invente rien. Je parle du romantisme. Il va inaugurer un sentiment, j'entends dans le concret, un sentiment très trouble, enfin ambivalent, parce que trouble, un côté péjoratif, c'est à la fois pire et meilleur que ça.
53:23 de faire de la mélancolie ou de la tristesse une volupté. C'était impensable avant. Rousseau est un des tout premiers. Je n'aime pas qu'on dise qu'il est précurseur. Vous savez, un précurseur, c'est quelqu'un qui est censé, lexicalement, faire un peu ce que ses successeurs vont faire beaucoup après. Rousseau le fait bien mieux que ses successeurs et il faudra attendre vraiment les symbolistes à partir de Baudelaire pour aller plus loin. Dans sa lettre à Malesherbes, quand il dit à un moment donné qu'il courait dans l'île Saint-Pierre en disant « Ô grand-être, ô grand-être, sans pouvoir dire ni murmurer rien de plus, il dit que toutefois mon âme était contristée par le néant de mes chimères. »
54:07 Tout d'un coup, il réalise que tout ça est dans sa tête. Le néant de mes chimères venait la contrister tout à coup. « Eh bien, monsieur, cela même était jouissance car j'en étais pénétré d'une tristesse que je n'aurais pas voulu ne pas avoir. » On ne peut pas être plus clair. Pourquoi je m'attarde sur cet aspect-là du romantisme ? Parce qu'on va l'appeler pendant tout ce siècle qui va suivre, vous le devinez, ce symptôme, le mal du siècle.
Le siècle du Mal ; Rousseau, Newton de la morale
54:37 Oui, le mal du siècle. C'est le siècle où il fallait être, pour être à la mode, un peu tuberculeux, un peu... Mais oui, un peu comme moi, non, avec un peu plus d'épaule. Mais enfin, un peu maigrelet, vous voyez. Oui, phtisique. Regardez Nerval au début de Sylvie. « Je paraissais aux avant-scènes d'un théâtre en grande tenue de soupirant. » Déjà, Nerval montre que le romantisme est passé de mode, il se fout de la gueule de sa jeunesse. « Je paraissais tous les soirs au théâtre, aux avant-scènes en grande tenue de soupirant. »
55:07 « Je suis amoureux d'une actrice, la caricature. » Donc, ce mal du siècle, là, va se poursuivre, qu'est-ce qu'il y a après le XIXe siècle ? Le XXe. C'est une relation d'or. Le siècle du mal. Vous voyez, comme j'en reviens à un autre sujet, la reconstitution du nazisme. Je pense qu'il y a un lien.
55:37 Il faut chercher les raisons de l'émergence d'un phénomène comme le nazisme. Il y a toujours eu des atrocités dans l'histoire. Ce n'est pas les nazis qui ont l'inauguré. C'est la seule justice que je leur accorde. Quand vous lisez les descriptions des méfaits faits par les Assyriens, c'est sur les tablettes de l'ennemi. Enfin, quand même, je veux dire, les yeux arrachés. De toute façon, il y a l'embarras du choix. Quelle vallée de larmes, dit la Bible, n'est-ce pas ? Il y a des guerres de religion. Il y a des villages entiers où les gens on leur a arraché la langue et tout.
56:07 Vous connaissez Mornas sur l'autoroute A7 ? Tout le monde passe par Mornas, là. Vous savez, quand on arrive avant l'échangeur de Lançon, vous voyez où est Lançon, c'est le début de la Provence. Non, vous connaissez tout ça, quand même. Au sud de d'Avignon, vous voyez, regardez sur la gauche, Mornas, il y a marqué sur l'autoroute, Mornas sorti. Vous voyez des fortifications médiévales sur la crête. Tu connais Mornas ? Non, non, non, tu ne veux pas les sud-ouest. Tu connais ?
56:37 Tu habites tout près. Je n'en rajoute pas. C'est là qu'ont précipité les protestants, de la muraille. Salopard. Ils en ont fait d'autres, les protestants. Voilà, donc, ce n'est pas ça qui caractérise le nazisme. D'abord, c'est que ça se passe précisément à une époque non barbare, civilisée, raffinée. Dans les collabos français, il y avait des gens qui adoraient Proust, qui adoraient le jazz.
57:08 Mais oui ! Ne croyez pas que c'est mon beauf, ça c'est ce qu'on vous fait croire. La fausse gauche qui vous fait croire qu'il y a Harlem Désir contre Le Pen, c'est tout ce qu'il y a en France. Ça fait 50 ans que ça nous dirige, ça. C'est pratique. Non ! La droite est intelligente, cultivée. Ça n'a jamais empêché l'horreur. C'est là qu'on voit la profondeur de Rousseau. que la philosophie pratique, pour parler en termes kantien, celle des valeurs, n'a aucun rapport avec la dimension théorique.
57:44 C'est profond. Quand Kant a dit Rousseau est le Newton de la morale, ça veut dire ça. Ça veut dire qu'il est dans l'ordre des valeurs, ce que Newton est dans l'ordre physique. Et de même que dans l'ordre physique, la loi de la chute, la loi des graves, on les a à l'époque, est devenue emblématique de la nouvelle législation à laquelle la nature se trouve soumise dans le déterminisme physique moderne. J'inclus dedans la théorie des quanta.
58:15 Il y en a qui croient que ça a ruiné le déterminisme. N'importe quoi. Il est au contraire beaucoup plus fin. Dans la théorie des quanta, le déterminisme avec un déterminisme probabiliste corrige-moi, Etienne, si je me trompe. On arrive à prévoir avec encore beaucoup plus de précision. ce n'est pas les positions, les mouvements. Après, je m'y perds. Je prendrai le relais à l'apéritif avec nos amis physiciens. ce que la loi de la chute a représenté dans l'ordre des corps, pour parler de l'époque de Pascal, dans les corps, l'ordre des esprits, l'ordre de la charité.
58:52 C'est la liberté qui tient lieu de la gravité dans l'ordre des valeurs. Et que Rousseau est le premier à instaurer comme fondement de l'anthropologie. Non pas qu'il faut être libre, que si l'homme n'avait pas depuis toujours été libre potentiellement, autrement dit, que le contrat social est violé en permanence. C'est comme ça qu'il faut lire Rousseau. La force a fait les premiers esclaves, leur lâcheté les a perpétués.
59:22 Ils étaient libres de se révolter. Je vous ai dit je suis né au Vietnam. C'est quand même un petit pays, un petit peuple qui a vaincu les deux plus grandes puissances impérialistes de l'époque. D'abord pendant la guerre d'Indochine, puis après pendant la guerre du Vietnam. Bagatelle, trois millions de morts, on s'en fout, on s'en fout. des communistes après tout.
59:56 Rousseau dit bien, c'est la liberté qui est première. Il dit bien que la force ne peut pas constituer un pouvoir stable. Le plus fort n'est jamais assez fort, si vous voulez, je le cite textuellement, pour être toujours le maître s'il ne convertit sa force en droit et l'obéissance en devoir. Excusez-moi. Le plus fort n'est jamais assez fort pour être toujours, c'est une précision chirurgicale, le contrat social, ce n'est pas les rêveries du promeneur solitaire ou la nouvelle Héloïse, c'est le Rousseau théoricien.
1:00:29 Le plus fort n'est jamais assez fort, il peut l'être un certain temps, ça veut dire, pour être toujours le maître s'il ne convertit sa force en droit et l'obéissance en devoir. Parce que c'est le droit qui règle, là, je peux me sentir le devoir d'obéir. quand c'est la force, dès que l'autre faiblit, c'est moi qui prends le pouvoir. C'est instable. C'est la guerre permanente de chacun contre tous. Voilà.
Naturalisme, théologie, anthropologie : les trois positions
1:00:59 Donc, je suis en train de rappeler que le savoir absolu, je reprends mon fil, apparaît la possibilité de savoir absolu, c'est-à-dire de réaliser que les jeux ne sont pas faits, que le destin n'est pas inscrit dans la nature ou dans Dieu, que c'est à l'homme d'en décider. C'est ça, le savoir absolu. C'est ça, la leçon de la modernité. C'est simple à retenir. Pas dans le détail, mais dans le principe. C'est fondamental. Il faut d'autant moins l'oublier. Si vous oubliez tout de la philosophie, j'ai un conseil à vous donner comme repère.
1:01:32 C'est que toutes les théories philosophiques, quelles qu'elles soient, celles que j'aime, celles que je n'aime pas, ce n'est pas un problème, ça, parce qu'on n'est pas là pour voir mes humeurs, philosophiques, se ramènent aux trois suivantes, sont classables dans une des trois suivantes. Il y a la position naturaliste, illustrée aujourd'hui par les sciences cognitives, par exemple. D'accord ? Ma passion pour Mehdi, par exemple, elle serait explicable par des processus physico-chimiques, je ne veux dire n'importe quoi.
1:02:10 Et je voulais dire, je voulais prendre un objet féminin, mais maintenant, il faut se méfier. Parce que sinon, elle va dire me too. Bref, par un stimulus réflexe, naturalisme. Non, je ne caricature pas. C'est l'immense tradition des sciences dures, sans lesquelles, moi, je ne serais pas là, ni l'humanité. C'est bien sérieux. Mais qui, quelquefois, a des dérives en dehors de son domaine de compétence.
1:02:40 Antithèse totale, la conception théologique et non pas naturaliste. Ce n'est pas la nature, c'est la surnature qui explique le monde dans lequel on est et qui donne la loi. C'est les dix commandements, par exemple. C'est donné sur le Sinaï. par un Dieu qui dit quels sont les premiers mots de Dieu à Moïse ? Les tout premiers, avant les dix commandements. J'aime bien le rappeler. Avant même de dire « Je suis celui qui suis ».
1:03:10 Enlève tes sandales, car tu es sur une terre sainte. C'est ça que l'Éternel dit à Moïse d'abord. Il y a le sacré, il y a le profane. Premier partage de la transcendance. Je dis ça parce que j'avais posté une fois une photo dans Facebook d'une petite mosquée dans le désert, comme on en trouve plein dans le désert. C'est bouleversant à voir. C'est des petits cailloux en rond comme ça, avec une petite ouverture par où l'on rentre faire sa prière.
1:03:47 Ça, c'est des vrais croyants parce qu'il n'y a personne pour surveiller dans le désert. Il n'y a personne pour dire « Tu fais bien ta prière ». Non, non, les imams ne sont pas là. Avec quoi il va construire ? Il n'y a rien dans le désert. Il n'y a que des cailloux. Il a quoi ? Il a quatre chèvres, quelques moutons. Il est nomade. Mais il faut qu'il fasse cinq prières par jour. C'est ça une mosquée. C'est extraordinaire. Ce n'est pas le même espace avant les cailloux et après les cailloux. C'est ça qui est important. L'intérieur du cercle, c'est sacré.
1:04:18 Donc, il y a la conception naturaliste. Il y a la conception surnaturaliste, l'antithèse. Pour faire une symétrie, je dis bien surnaturaliste, peu importe la religion ici. Quelle religion, je veux dire ? Et il y a enfin, bien sûr, c'est celle où vous avez l'habitude de me voir me ranger, mais que je n'impose pas. Il y a la position anthropologique que je suis en train d'identifier à la modernité, en probabilité. C'est-à-dire, je reviens au classement. La première explique, dit que c'est la nature qui fait l'homme.
1:04:51 La seconde dit que c'est Dieu qui fait l'homme. La troisième dit que c'est l'homme qui fait l'homme. Voilà. Si vous pouvez une fois en philosophie, essayez de voir comment se situe soit le texte que vous lisez, soit votre propre positionnement dans un de ces trois-là. Je vous garantis que vous ne laisserez rien au hasard. Il est 8h15. Oui. Donc un quart d'heure. Oui, c'est bien. C'est bien de prévenir un quart d'heure avant cette fois. Et je me demande même si on ne va pas interrompre là.
1:05:22 Ah, si on va poser des questions. Encore que, pour aujourd'hui, on a dit, je ne sais pas si vous avez vu le petit communiqué que Thomas et la gentillesse a balancé, je suis à votre disposition pendant l'apéro, là. Si je ne hurle pas de douleur. Mais non, j'avais peur parce que j'ai souvent plus mal assis que debout depuis mon opération. Et là, ça se passe très bien. Donc, on peut peut-être arrêter maintenant et continuer à répondre aux questions autour des gâteries que vous nous avez prises.
1:05:52 J'ai dit de prendre des choses light. si vous trouvez que c'est un peu austère, c'est ma faute. C'est parce qu'après, on va s'éclater. Voilà. Merci beaucoup. Merci. Merci beaucoup. Merci.